Printemps arabe: Sommes-nous prêts pour 70 ans d’islamisme? (Rare clear-eyed French-Egyptian Jesuit spells out the West’s dilemma over the inescapable islamization of the Arab world)

dangerous-democracy-1Combattez les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’incroyants et jusqu’à ce que tous croient en Allah. Le Coran (8 :39)
 Si dialoguer signifie négocier pour qu’on vous tolère une place pas trop mauvaise, c’est-à-dire pour qu’on vous laisse disparaître en douceur, alors ce sont les chrétiens qui n’ont pas d’avenir. Rémy Brague
Le bio a été saturé de vertus et pourtant il il n’est pas forcément plus sûr que les prodiuits conventionnels. Jocelyn Raude (spécialiste des crises alimentaires)
In fact, far from eliminating radicalization, there is reason to believe that Western values can actually exacerbate Islamist tendencies. (…) Nor should any of this be surprising: a set of noble principles articulated through a fascistic paradigm can produce abominations. Raymond Ibrahim
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…)  l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) Le fascisme en Italie est arrivé au pouvoir en 1922 et il est demeuré puissant jusqu’à ce qu’il soit renversé par les Américains et les Anglais. L’islamisme est arrivé au pouvoir en divers endroits, commençant en 1979 avec l’Ajatollah Khomeini en Iran. Le baasisme est encore une autre variante de la même chose, et probablement que dans les jours à venir, en Irak, il sera renversé par les mêmes Américains et Anglais qui ont renversé Mussolini. L’islamisme est arrivé au pouvoir en Iran en 1979, et la révolution islamique en Iran était une vraie force mondiale. Alors l’islamisme est arrivé au pouvoir au Soudan et en Afghanistan, et pendant un moment il a semblé progressé tout à fait bien. Les Iraniens sont chi’ites et les autres pays sont sunnites, donc ce sont des dénominations différentes de l’Islam. Mais, cependant, c’était un mouvement qui jusqu’à récemment semblait avancer d’une manière traditionnelle — c’est-à-dire par la capture d’Etats. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
De même que longtemps les intellectuels demeurèrent dans la cécité volontaire devant l’épouvante que transportait la forme prise dans l’histoire par l’idéal communiste, sous prétexte que cet idéal concentrait l’espoir des malheureux, de même cette posture de cécité volontaire trouve sa reprise depuis les attentats de New York, mais par rapport à l’islam. Sous le même prétexte : l’islam est aujourd’hui la foi des opprimés comme le communisme l’était hier, ce qui justifie l’islamophilie contemporaine par la même tournure d’esprit que se justifiait la soviétophilie d’hier. Robert Redeker
Roy (…) relève (…) avec justesse que l’Islam fondamentaliste est une forme de modernisation. Contrairement à une supposition courante, ce fondamentalisme n’est pas médiéval dans l’esprit mais constitue bien une forme de protestation résolument moderne. Pour reprendre la formulation élégante de Roy, c’est «la charia plus l’électricité». Roy constate également avec raison que l’Islam fondamentaliste ne peut pas fonctionner: il n’y a aucune chance que son programme se révèle utile aux Musulmans ou qu’ils s’y accrochent durablement. À mesure que les Musulmans reconnaîtront le dysfonctionnement élémentaire du fondamentalisme, ils l’abandonneront. Ici, toutefois, Roy rate le coche: la réalisation du fait que le fondamentalisme ne fonctionne pas pourrait prendre des années, voire des décennies. Entre-temps, comme le montre l’exemple antérieur du marxisme-léninisme, les régimes touchés peuvent infliger des sévices terribles à leurs propres populations et au reste du monde. Les mollahs iraniens ont goûté au pouvoir et semblent l’apprécier; nous devons nous attendre à ce qu’ils fournissent de gros efforts pour conserver le contrôle de leur pays. Mais la notion la plus incroyablement faussée du livre de Roy est contenue dans sa thèse sur l’échec de l’Islam fondamentaliste. Il semble croire que parce que les fondamentalistes n’ont pas encore envahi le monde musulman, il est exclu qu’ils y parviennent jamais. C’est un peu comme un analyste de 1933 qui aurait affirmé, 16 ans après le coup bolchevique, que «la révolution est derrière nous» parce que le communisme n’avait encore pu prendre le pouvoir que dans deux pays (le deuxième étant la Mongolie), et n’y avait même pas encore réalisé ses idéaux socialistes. Cette conclusion, bien sûr, aurait constitué une profonde erreur. Une erreur que Roy commet aujourd’hui, 16 ans après la révolution iranienne. En fait, l’erreur de Roy est d’ores et déjà manifeste. La version française de son livre a été publiée en octobre 1992, et les trois dernières années ont bien montré à quel point il avait totalement mésestimé la situation en Algérie. Il s’attendait à une dilution du mouvement dans l’insignifiance. Si le FIS arrive au pouvoir en Algérie, prédisait-il, il «n’inventera pas une nouvelle société (…) l’Algérie du FIS ne fera rien d’autre que d’ajouter un tchador à l’Algérie du FLN». Aujourd’hui, le FIS a été dépassé par le Groupe islamique armé (GIA). Comme son nom l’indique, le GIA n’est pas constitué d’une réunion de prêcheurs aimables appelant à un réveil des valeurs morales personnelles, mais d’une bande d’assassins. Les nouvelles de leurs méfaits nous parviennent presque quotidiennement d’Alger. Ils sont spécialisés dans le meurtre d’enfants d’officiers de police, de femmes sans voile, de journalistes non accommodants et d’étrangers non musulmans. Ils tuent leurs victimes par des procédés particulièrement horribles, tels que l’égorgement et la décapitation. Comme au Cambodge, où les Khmers rouges s’attaquaient à toutes les personnes instruites et occidentalisées, en Algérie, parler le français ou porter un costume à l’occidentale transforme quiconque en une victime potentielle. Comparée aux exactions de la guerre culturelle algérienne, la révolution iranienne était un jeu d’enfant. Le GIA et les siens apportent un désaveu irrémédiable à la prédiction de Roy selon laquelle le fondamentalisme serait en cours d’apprivoisement. Daniel Pipes (1995)
Je ne crois guère au développement d’un terrorisme de masse. (…) Je ne pense donc pas, contrairement à certains, que nous verrons des actes terroristes entraînant des milliers de victimes. Pascal Boniface (mai 2001)
La liberté d’expression est dans tous les pays occidentaux d’ores et déjà limitée (…) en 2005, l’Eglise catholique de France a obtenu le retrait d’une publicité utilisant la Cène, mais remplaçant les apôtres par des femmes court vêtues. Cela relève exactement de la même démarche qu’entreprennent les associations musulmanes aujourd’hui. (…) Aucun grand journal ne publierait des caricatures se moquant des aveugles, des nains, des homosexuels ou des Tziganes, plus par peur du mauvais goût que de poursuites judiciaires. Mais le mauvais goût passe pour l’islam, parce que l’opinion publique est plus perméable à l’islamophobie (qui très souvent recouvre en fait un rejet de l’immigration). Olivier Roy
Je ne suis pas pessimiste mais il va y avoir quelques années difficiles. Olivier Roy (juin 2011)
 Le passage par l’islamisme est actuellement incontournable dans le monde arabe. Et il faut admettre cette période où l’islamisme va prendre le pouvoir. Pour combien de temps ? Je ne le sais pas. Sans doute jusqu’à ce que les islamistes démontrent qu’ils sont incapables de gérer les vrais problèmes des pays concernés.
Pour [Israël] , il va falloir limiter les dégâts car une relative stabilité va être remise en question si ces États tombent dans la mouvance islamiste. Et, de ce point de vue, il ne faut pas, non plus, oublier l’Iran… (…) Ce qui se joue n’est pas une guerre de religion mais une guerre de civilisation. Il suffit pourtant d’analyser l’histoire. L’islamisme va vers un échec mais cela ne signifie pas qu’il va baisser les armes. En d’autres termes, la faiblesse de l’islamisme est de n’avoir d’autres réponses que celle de la violence.
Je reconnais dans l’islam certaines valeurs, le sens de Dieu, le sens de la prière, la soumission, foi profonde, sens de communauté, mais face à ce qui se passe, je vois ce côté religieux de l’islam malheureusement piégé par le côté totalitaire fasciste de l’islam politique.(…) L’islam est en conflit avec lui-même. Les deux tendances sont là. Les intellectuels et les jeunes incarnent la tendance d’ouverture de l’islam mais ils se heurtent au mur de l’islam radical. Si l’islam radical se réforme, il se dénature. Et comme le mouvement islamiste est fidèle à ses origines, il va vers l’affrontement. C’est donc une alternative tragique.
Les chrétiens étaient 20% au Proche-Orient il y a un siècle. Ils sont 2% aujourd’hui. Il semble que l’islam ait pour objectif de vider la région de toute présence chrétienne. Aujourd’hui, les chrétiens vivent dans l’inquiétude, l’angoisse et la peur d’être attaqués. Beaucoup émigrent ou ne sortent plus, surtout dans les quartiers dangereux, populaires. Mais je ne plaide pas la cause d’une minorité qui est la mienne. Mon combat est pour les chrétiens et pour les musulmans. Il est pour la justice, pour l’égalité et la citoyenneté. C’est là un terrain solide. Je veux que tout être humain ait le droit de choisir en conscience ce qu’il veut croire ou ne pas croire. En ce sens, les chrétiens doivent aujourd’hui prendre fait et cause pour ces révolutions qui vont dans le sens d’un État laïc. Qui ouvrent la porte à un choix libre.
Le problème est que si les révolutions vont dans ce sens, ces pays ne seront plus musulmans, ils seront modernes. Or, un pays moderne en supprimant le religieux de sa Constitution cesse d’être un pays musulman. C’est tout le conflit entre les Frères musulmans et le reste du monde. Henri Boulad (directeur du Centre culturel jésuite d’Alexandrie)

Et si, comme on vient de le voir en Europe avec la nourriture bio, le « printemps arabe » n’apportait pas forcément les vertus dont on l’a jusqu’ici paré ?

A  l’heure où se confirme la piste égyptienne pour la vague d’ intoxications mortelles à la bactérie Ecoli qui vient de toucher l’Europe …

A lire ou relire dans Le Figaro d’il y a une semaine,  cet entretien d’un des rares commentateurs lucides du prétendu « printemps arabe », à savoir celui du directeur du Centre culturel jésuite d’Alexandrie Henri Boulad.

Qui a l’insigne mérite de rappeler, contre les actuelles bondieuseries politiquement correctes et la fumisterie du dialogue entre les religions ou les cultures à la Olivier Roy, l’inévitabilité du passage par l’islamisme pour l’Egypte comme pour le reste du Monde dit arabe.

Et donc l’impossible dilemme de démocraties occidentales, condamnées à soutenir une démocratisation qui à court et moyen terme (70 ans quand même pour le dernier concurrent en lice, un certain bolchévisme!) ne peut déboucher que sur le totalitarisme.

Face à l’impossible choix auquel ne peuvent se résoudre sans se renier les pays musulmans, déchirés entre les aspirations libérales de la fraction la plus avancée de leurs jeunes générations et, sous le contrôle ambigu de l’Armée et avec en sous-main les milliards de l’Arabie saoudite (mais aussi ses troupes au Bahrain), l’attachement indéfectible de masses sous-éduquées et prolétarisées à l’islam qui fait leur identité.

Avec à terme ou en tout cas pendant des années voire des décennies et sans parler du chiisme iranien, non seulement l’accroissement de la menace sur la sécurité d’Israël mais la véritable purification religieuse et probable quasi-extinction, après celle du judaïsme, du christianisme dans la région, passé en un siècle de 20 à 2% …

« Le passage par l’islamisme est incontournable dans le monde arabe »

Jean-Marie Guénois

30/06/2011

INTERVIEW – Henri Boulad est directeur du Centre culturel jésuite d’Alexandrie. Il ne voit pas comment le printemps arabe échapperait à des gouvernements à majorité islamiste. Une transition inévitable, selon lui, avant la démocratisation, car les jeunes révolutionnaires n’aspirent pas à ce modèle de société fondé sur la religion.

LE FIGARO. – Vous êtes né à Alexandrie il y a quatre-vingts ans et connaissez particulièrement l’Égypte. Comment analysez-vous la situation de votre pays ?

Henri Boulad – Cette révolution a été déclenchée par des jeunes de tendance libérale, ouverte et laïque, mais elle a été récupérée dès le quatrième jour par les islamistes. Ils ont écarté les jeunes promoteurs pour les empêcher de parler. Ils ont mis à leur place le cheich al-Qaradawi qu’ils ont fait venir d’Arabie saoudite pour prendre les affaires en main. Cet Égyptien est non seulement un promoteur mais une grande figure de l’islamisme. La situation actuelle est donc celle d’un bras de fer entre deux courants : les Frères musulmans et les jeunes. Les Frères musulmans ont la force, l’organisation, les racines, le financement ; les jeunes sont fragiles mais déterminés.

Les troubles viennent de reprendre, qui va l’emporter ?

Analyser les forces en présence porte au pessimisme. Mais voir les jeunes, dans la rue, continuer la révolution redonne l’espérance. J’essaie de lire cette révolution sur un plan spirituel et théologique. Et je pense au combat entre David et Goliath. Toutes les chances sont du côté de Goliath mais c’est David qui triomphe car l’affrontement entre force et faiblesse n’est pas toujours du côté de la force. Cela dit, on aura probablement un gouvernement Frères musulmans dans un avenir proche avec un programme qui ira dans le sens de la charia. Mais la démocratisation s’imposera dans un second temps même si elle sera difficile à acquérir car les islamistes ne vont pas démordre.

Vous n’évoquez pas l’armée égyptienne : n’est-elle pas dans un rôle d’arbitre ?

C’est la troisième force et elle permet la transition. Sans elle, l’anarchie régnerait. Ce serait la guerre civile. Il faut donc se réjouir de sa présence mais elle joue un rôle ambigu. Elle était neutre au début mais j’ai l’impression qu’une partie de l’armée est passée du côté des Frères musulmans. Pourtant, elle a toujours été connue pour sa tendance laïque et anti-Frères musulmans.

La perspective de l’arrivée au pouvoir d’islamistes en Égypte est donc très sérieuse à vos yeux ?

Le risque est très sérieux en Égypte et dans l’ensemble du monde arabe. À ce titre, j’ai l’impression que l’Arabie saoudite joue un jeu souterrain, subtil. Elle soutient à milliards les Frères musulmans et les salafistes qui sont encore pires… Elle cherche ainsi à enfourcher le mouvement de ces révolutions et à les islamiser. C’est une opportunité en or pour s’emparer de ce souffle et placer des gouvernements islamistes dans tous ces pays. Il faut dire que ces États avaient jusqu’à présent résisté à cette idéologie car tous les islamistes étaient en prison !

Mais sur quoi vous fondez-vous pour penser que l’islamisme ne serait qu’un passage ?

Le passage par l’islamisme est actuellement incontournable dans le monde arabe. Et il faut admettre cette période où l’islamisme va prendre le pouvoir. Pour combien de temps ? Je ne le sais pas. Sans doute jusqu’à ce que les islamistes démontrent qu’ils sont incapables de gérer les vrais problèmes des pays concernés. Car la charia n’a pas de réponses à apporter aux questions sociales et économiques telles qu’elles se posent aux gens de la rue. Nous n’avons pas besoin de réponses religieuses à des questions aussi pragmatiques et concrètes ! Ensuite, je ne vois pas qu’Israël laisse faire les choses sans intervenir d’une manière ou d’une autre. Pour ce pays, il va falloir limiter les dégâts car une relative stabilité va être remise en question si ces États tombent dans la mouvance islamiste. Et, de ce point de vue, il ne faut pas, non plus, oublier l’Iran… Israël a toujours montré sa détermination et on connaît les faucons israéliens. Je pense même qu’il va y avoir une attaque préventive contre l’Iran. Enfin, et surtout, les jeunes, la modernité sont un mouvement irrésistible ! Tôt ou tard, l’esprit l’emportera. On peut retarder le réveil des peuples. On ne peut pas les bloquer définitivement.

Mais comment pouvez-vous concilier ce pessimisme et cet optimisme ?

Je suis pessimiste à court terme mais optimiste à long terme. En ce moment, tout le monde cherche à placer ses pions: l’Amérique, Israël, l’Arabie saoudite, l’ancien régime toujours aux aguets, l’armée qui ne veut pas perdre ses privilèges, les Frères musulmans. Chacun essaye de tirer la couverture à lui. Mais je crois à la force de l’esprit. Napoléon écrivait: «Il y a deux forces qui mènent le monde : l’esprit et le glaive. La plus forte des deux, c’est l’esprit.» Quand un être humain est déterminé à aller jusqu’au bout, il peut renverser des barrières insurmontables. Une idée peut déstabiliser un empire. Ce qui se joue n’est pas une guerre de religion mais une guerre de civilisation. Il suffit pourtant d’analyser l’histoire. L’islamisme va vers un échec mais cela ne signifie pas qu’il va baisser les armes. En d’autres termes, la faiblesse de l’islamisme est de n’avoir d’autres réponses que celle de la violence. Je reconnais dans l’islam certaines valeurs, le sens de Dieu, le sens de la prière, la soumission, foi profonde, sens de communauté, mais face à ce qui se passe, je vois ce côté religieux de l’islam malheureusement piégé par le côté totalitaire fasciste de l’islam politique.

Mais vous dites pourtant que l’islam politique ne peut avoir de longévité électorale…

L’islam est en conflit avec lui-même. Les deux tendances sont là. Les intellectuels et les jeunes incarnent la tendance d’ouverture de l’islam mais ils se heurtent au mur de l’islam radical. Si l’islam radical se réforme, il se dénature. Et comme le mouvement islamiste est fidèle à ses origines, il va vers l’affrontement. C’est donc une alternative tragique.

Le Maroc veut pourtant démontrer le contraire. Et semble y parvenir ?

Le Maroc ? C’est la seule solution mais ce n’est pas l’islam. Et ce n’est pas moi qui l’affirme, ce sont les salafistes. Pour eux, si l’on ne va pas dans cette ligne, les révolutions seront dans l’impasse.

Vous êtes un chrétien, comment voyez-vous l’avenir de cette communauté au Proche-Orient ?

Les chrétiens étaient 20% au Proche-Orient il y a un siècle. Ils sont 2% aujourd’hui. Il semble que l’islam ait pour objectif de vider la région de toute présence chrétienne. Aujourd’hui, les chrétiens vivent dans l’inquiétude, l’angoisse et la peur d’être attaqués. Beaucoup émigrent ou ne sortent plus, surtout dans les quartiers dangereux, populaires. Mais je ne plaide pas la cause d’une minorité qui est la mienne. Mon combat est pour les chrétiens et pour les musulmans. Il est pour la justice, pour l’égalité et la citoyenneté. C’est là un terrain solide. Je veux que tout être humain ait le droit de choisir en conscience ce qu’il veut croire ou ne pas croire. En ce sens, les chrétiens doivent aujourd’hui prendre fait et cause pour ces révolutions qui vont dans le sens d’un État laïc. Qui ouvrent la porte à un choix libre. Mettons un point final à l’emprise du religieux sur la société. Le problème est que si les révolutions vont dans ce sens, ces pays ne seront plus musulmans, ils seront modernes. Or, un pays moderne en supprimant le religieux de sa Constitution cesse d’être un pays musulman. C’est tout le conflit entre les Frères musulmans et le reste du monde.

* Également ancien vice-président de Caritas Internationalis pour le monde arabe

Voir aussi:

Will the Arab Spring bring U.S.-style “culture wars” to the Middle East?

Tom Henegan

Reuters

Jun 21, 201

Where is the Arab Spring leading the Middle East? What will be the longer-term outcome of the popular protests that have shaken the region since the beginning of this year? Of course, it’s still too early to say with any certainty, even in countries such as Tunisia and Egypt that succeeded in toppling their authoritarian regimes. Some trends have emerged, however, and they’re on the agenda at a conference in Venice I’m attending entitled “Medio Oriente verso dove?” (Where is the Middle East heading?). The host is the Oasis Foundation, a group chaired by Cardinal Angelo Scola, the Roman Catholic patriarch of this historic city, and guests include Christian and Muslim religious leaders and academics from the Middle East and Europe.

In one of the most interesting — and hotly debated — presentations, the French Islam specialist Olivier Roy described the Arab Spring as “a break with the culture and ideologies that dominated the Arab world from the 1950s until recently.” It marks a clear change in the demographic, political and religious paradigms operating there, he said. The old dichotomy of the authoritarian regime or the Islamist state has broken down, he argued, and Islam is taking on a new role in the political process. In the end, the region — or at least the states where the Arab Spring brings real change — could see democratic politics marked not by major efforts to establish an Islamic state but by Muslim “culture war” controversies not unlike the way hot-button issues such as abortion and gay marriage emerge in U.S. political debates.

The first trend Roy cited to back up this thesis is the sharp drop in fertility levels in the Arab world since the late 1980s and the 1990s. Several Arab countries, especially those in North Africa, now have birthrates of around two children per woman, close but still above the European average. Tunisia’s birthrate is actually lower than France’s. “The generation that is now on the job market is the last generation of big families,” said Roy, who is now director of the Mediterranean Programme at the European University Institute in Florence. “It’s a generation that has many fewer children and marries much later.”

There is also more equality between men and women because they’ve all been educated, he said, often to a university level. Even with the high unemployment in many countries, this generation of 20- and 30-somethings has less economic pressure to care for their ageing parents (because there are still many siblings) or for their own families (because they’re not having as many babies).

For these young Arabs, the older generation is no longer a model to follow. The system they set up has failed. So, Roy said, the younger generation “feels in a sense superior to its parents. It’s a generation that’s not fascinated by the patriarchalism that dominated political and social life until now. It doesn’t believe in charismatic personalities. We are no longer in a period of charismatic leaders like (Iranian Ayatollah Ruhollah) Khomeini or (Egyptian nationalist leader Gamal) Nasser.” Added to that are factors such as the new mobility and access to information that young Arabs have, which means they are no longer subject to the information monopoly formerly enjoyed by the political and religious authorities.

“This will translate into a change in the political paradigm,” Roy said. “Today the protesters are asking for full rights as citizens, which is an individualist demand … There are no more sacred causes. Islamism was not mentioned in the protests. Pan-Arabism not mentioned. Support for the people of Palestine not mentioned. At the moment, they want liberty and democracy for themselves.” Because protesting youths want their individual rights, they’re not forming political parties. “That’s a problem because if one wants to institutionalise democracy, one needs political parties. But we see that these youths are not interested in creating a political party.”

The parties that are operating in Tunisia and Egypt are the ones that already existed, including the Islamist parties Ennahda and the Muslim Brotherhood. But they do not attract that many youths, said Roy (who foresaw this development in his 1992 book The Failure of Political Islam). Why not? “The Islamic revolutions aren’t working. They can take power but, as we can see in Iran every day, they have not succeeded in creating social justice, happiness and prosperity. Whatever the form of Islamic state — Islamic revolution in Iran, sharia in Pakistan, sharia in Saudi Arabia — it doesn’t work and the people know it.”

Roy said some Islamist parties — notably those in Tunisia, Egypt, Jordan and especially Turkey — had changed in opposition and realised they had to make electoral alliances with other groups if they wanted to win votes. “It’s no longer enough to say the Koran is our constitution,” he said. “There is a consensus now to want a parliamentary system. So there is a new political paradigm, even if not everybody says the same thing.”

One signpost of the shift from the old collective way of approaching politics toward the new and more individualistic one is a change in slogans, Roy said. “Dignity is the new slogan,” he explained. “During the Iranian Islamic revolution, they spoke a lot about honour. Dignity is an individual question that concerns the human being as an absolute. Honour is much closer to the honour of the group. This change of terminology illustrates well the change of the vision of politics.”

As for the change in religious paradigm, the standard Western view that democratisation leads to secularisation apparently does not apply in the Arab world. Instead, Roy said, Arab societies have seen a revival of religion in the past three decades, but religion has also become more diversified. Sufi fraternities have returned in Egypt. Some youths follow popular religious leaders such as the Egyptian “telemufti” Amr Khaled. Conversions of Muslims to evangelical Protestantism are on the rise in Algeria. “We see a diversification of religious practices that goes with individualisation of the society. Both the Islamists and the official clergy have a hard time controlling this diversification of religious sphere.”

All these changes are bound to foster a “party of order” that emerges in these transforming societies and argues that change has been fine so far but it must not go any further, Roy said. “The army will be in this group, some Islamists such as Egypt’s Muslim Brotherhood too, and of course business circles.” These groups have achieved their goal, which was the end of the corrupt regime of the dictators, and now want peace and quiet again. But some pressing social problems remain and the Islamists, the main organised opposition force in many countries, has nothing to offer here.

“We will see a return of the left in the Arab world, especially the trade unions. Unions will play an important role,” he said. “In the coming elections, I would expect a conservative wave. Lots of peasants will vote conservative. Those disappointed by the revolution will vote conservative. So we will see a conservative movement.”

As for Islam, Roy argued that it will become an essential issue. “The Islamist movements can’t renounce their Islamic political demands, otherwise they would not exist,” he explained. “But how can one bring Islam into the public sphere in a democratic system? We can expect them to define limits and barriers to set off what is sacred and cannot be touched, regardless of the democratic will.” There is a consensus across the region to say that Islam is an essential part of the national identity, but there is a difference between making just a symbolic reference to Islam in the constitution and making adherence to Islamic law a political principle. “They can’t install sharia,” Roy said. “So I think the conservative Islamists and Salafis will concentrate on certain themes like blasphemy. This is political. Blasphemy indicates the limits that cannot be passed, that even parliament or elections cannot touch.”

But the trend towards more individual rights will project the calls for political liberty into the religious sphere, making freedom of religion a human right that citizens can demand. Roy said this will not be like the old method of demanding minority rights for persecuted non-Muslim religious communities such as Christians. Many Islamists could agree that minorities had certain rights, he said. “But when you pass from paradigm of religious group = closed community to the problem of religion and individual liberty, that changes everything. The right to conversion will become a political demand. We have to expect a huge debate about that and we shouldn’t be afraid of it.”

Here’s where Roy’s argument links into the “culture war” model in U.S. politics, which conservative Christian politicians use to mobilise voters by focusing narrowly on polarising issues such as abortion or gay marriage that highlight conflicting values. “These debates in the Middle East will not be that far away from those we know in the West,” he said. “Take the example of the evangelicals in the United States. They don’t demand a Christian society. They battle it out over very concrete questions like abortion. In the Muslim world, we’ll have a debate dominated by very concrete but very symbolic issues, including conversion and apostasy.”

The prospect is daunting, but Roy professes not to be pessimistic about it. “I think we’ll have several difficult years,” he admits. But the debate will be worth having, he said, especially because it holds the potential for transforming the Islamists as they participate in it. Christian minorities in the Middle East cannot rest assured, however, since their status as closed and (at least legally) protected religious communities will also be transformed by this new approach.

“Here we enter into a paradox,” said Roy, who first outlined and analysed this shift in his 2008 book Holy Ignorance. “We will not be able to think of religious belonging simply as identity but in terms of faith and individual choice,” he said. “It’s a new type of problem. But it’s one that goes very well with the democratisation of societies in Muslim world.

Several participants from the Middle East disagreed with Roy’s analysis, calling it “too theoretical” (even “too French”!). Some said that Muslim societies would not change, others that they have been changing in recent decades, but in a more conservative direction rather than opening up to individualism the way Roy described it. One can always find specific examples where the analysis doesn’t apply, but I think that modern individualism as we see in Western countries is a very powerful force. We see it at work in the demand for civil rights and human rights in the political and legal spheres and the demand for personal choice in many moral and bioethical questions such as abortion and end-of-life decisions. We see it addressed by the non-stop bombardment of advertising for individual consumption we get in the media. How can something that appeals so strongly to individuals and underdog interest groups and fits well into the mechanisms of consumer society not catch on in any society that reaches a certain level of economic development and political freedom?

What do you think? Let us know in the comments section below.

Un commentaire pour Printemps arabe: Sommes-nous prêts pour 70 ans d’islamisme? (Rare clear-eyed French-Egyptian Jesuit spells out the West’s dilemma over the inescapable islamization of the Arab world)

  1. […] recettes de bombes artisanales!) qui a tant contribué dans le monde arabo-musulman au prétendu "printemps arabe" vite transformé en "hiver salafiste" […]

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