Philosophie: Les métaphysiciennes sont-elles des blondes parfumées qui séduisent les extra-terrestres? (Barbarella at College de France: First woman at France’s top philosophy position faces her country’s usual parochialism and sexism)

Pourquoi est-ce toujours le romantisme, et jamais le rationalisme, qui donne l’impression d’être plus profond et de se rapprocher davantage de l’essentiel ? Il n’est tout de même pas exclu que ce que Derrida appelle « une philosophie assurée dans son humanisme libéral et démocratique de gauche » puisse être néanmoins une grande philosophie, ni même que notre siècle en ait donné certains exemples. Il ne va pas de soi que la profondeur doive toujours être située du côté de l’inquiétant et du diabolique et que la pensée rationaliste, libérale, démocratique et humaniste soit nécessairement condamnée à en rester à une analyse superficielle des choses. L’analyse de la situation du monde contemporain qui est proposée par un rationaliste comme Musil me paraît bien supérieure, pour ce qui est de la perspicacité, de la subtilité et du sens de la complexité, à celle de Heidegger. Jacques Bouveresse
Il y a des formes de nationalisme philosophique que je ne peux considérer autrement que comme puériles et déshonorantes, en particulier celle dont la rue d’Ulm semble être devenue depuis quelque temps la représentante par excellence dans sa façon de militer pour le retour à la seule philosophie digne de ce nom – autrement dit, la philosophie française, et plus précisément la « French Theory ». Verra-t-on un jour arriver enfin une époque où on trouvera normal, pour ceux qui estiment avoir des raisons de le faire, de pouvoir critiquer certaines des gloires de la philosophie française contemporaine, comme Derrida, Deleuze, Foucault et d’autres, sans risquer d’être soupçonné immédiatement d’appartenir à une sorte de « parti de l’étranger » en philosophie ? Si la philosophie, au moins quand il s’agit de penseurs de cette sorte, est en train de se transformer en une sorte de religion dont les dogmes et les ministres sont à peu près intouchables, je préfère renoncer tout simplement, pour ma part, à la qualité de philosophe. (…) Dans les années 1960-1970, j’ai entendu moi-même à plusieurs reprises des philosophes comme Althusser, Derrida, Foucault et d’autres déplorer le provincialisme de la philosophie française et son manque d’ouverture sur l’étranger, en particulier sur le monde anglo-saxon. Même s’ils n’ont pas fait eux-mêmes grand-chose de concret pour essayer de mettre en pratique ce qu’ils prêchaient, ils trouvaient néanmoins normal d’encourager ceux qui essayaient de le faire. C’est à la demande d’Althusser – qui, s’il n’était sûrement pas un libéral en matière théorique, l’était néanmoins à coup sûr en matière d’organisation de l’enseignement -, que j’ai donné à la rue d’Ulm pendant les années 1966-1969 des cours sur la philosophie analytique. C’est bien la dernière chose qu’il pourrait me venir à l’esprit d’essayer de faire aujourd’hui. Jacques Bouveresse
La philosophie jouit en France d’un prestige singulier. Elle est enseignée en classe de terminale, ce qui est presque unique au monde. Elle fait des triomphes en librairie. Nombre de nos grands intellectuels (Sartre en étant l’archétype) sont philosophes de formation, et de vastes campagnes commémoratives confortent le public dans l’idée que la France produit un génie philosophique tous les dix ou quinze ans. Ce qui est un très bon rythme au regard de la moyenne historique mondiale. La philosophie est chez nous une véritable institution, et de celles que l’on songe le moins à suspecter. Que cette situation ne soit pas, à tout prendre, très heureuse et qu’elle repose sans doute sur un grave malentendu quant à ce que la philosophie peut offrir et ce que l’on doit attendre d’elle : voilà une idée qui a donc peu de chances de susciter l’enthousiasme au pays de Descartes. (…) Comme le signale Jean-Jacques Rosat dans son excellente préface, le ton adopté par Bouveresse est aux antipodes du « style héroïque » prisé par les tenants d’une vision légendaire de la philosophie. C’est en moraliste ironique que Bouveresse scrute les dernières décennies de notre vie intellectuelle. (…) La légende raconte une histoire tourmentée, pleine d’innovations fracassantes : nos philosophes, à la force du concept, terrassent des géants (tour à tour la morale, le pouvoir, le sujet, la métaphysique, l’objectivité, ou la « pensée 68 ») ; le public, qui n’a rien vu venir, est averti qu’une nouvelle ère vient de s’ouvrir, celle de la structure, de la déconstruction, ou plus récemment de la morale et du droit qui avaient été bannis quelques années plus tôt. Le moraliste est plutôt frappé par la morne constance des mœurs de la tribu. Elle est d’un nationalisme invétéré : pour elle, rien de vraiment sérieux, encore moins de profond, n’est à attendre, par exemple, de la philosophie de langue anglaise. Elle ignore d’ailleurs les philosophes de langue allemande dont l’unique défaut, semble-t-il, est de ne pouvoir être comptés ni parmi les précurseurs de Heidegger ni parmi ses épigones. Changeant plus facilement de dieux que de vice, elle méprise volontiers la logique. Quand on ne soupçonne pas celle-ci d’être le masque d’une autorité répressive (Bouveresse rappelle à ce propos d’accablantes déclarations de Foucault et Deleuze), on tient du moins ses exigences pour de mesquines chicanes. Un argument peut être à la fois un pur sophisme, et délivrer une vérité profonde, et d’autant plus utile qu’elle s’affranchit justement de la rationalité ordinaire (« Visiblement, même dans le monde intellectuel, les fautes contre la raison et la logique scandalisent beaucoup moins que le manque d’égard pour l’affectivité »). L’épisode des « nouveaux philosophes » ou celui des réactions françaises face à la « révélation » des sympathies durables de Heidegger pour le régime nazi inspirent à Bouveresse de salutaires réflexions sur les rapports entre nos grands philosophes et la politique. Comme on le sait, il n’est guère en ce siècle de mauvaise cause qui n’ait été soutenue avec ferveur par les intellectuels les plus adulés. Le philosophe, pourtant, ne se trompe jamais, car les raisons de ses erreurs sont encore préférables aux vérités que les autres ont atteintes au même moment par des moyens plus ordinaires. Certains en voudront peut-être à Bouveresse de revenir sur ces mésaventures passées : mais le fait que certaines options soient aujourd’hui démodées ne signifie aucunement que les dispositions qui les ont produites ont disparu, ni que l’on a tiré toutes les conséquences des égarements du passé. La satire est pour Bouveresse la façon de soulever un problème de fond, celui de la spécificité française de la philosophie. Comparant les penseurs continentaux à leurs homologues anglo-saxons, il discerne chez les premiers une tendance à penser que la philosophie doit inventer « de nouvelles façons de parler » plutôt que formuler « des propositions à propos desquelles la question de la vérité et de la justification pourrait réellement se poser ». De là, sans doute, la tendance de nos philosophes à l’obscurité, au style poétique ou grandiloquent, et le fait qu’ils « ne croient généralement pas qu’il puisse exister en philosophie quelque chose comme une erreur (ou a fortiori un non-sens)». Ce dernier trait, qui devrait être rédhibitoire, est au contraire à la source des espérances que nourrit aujourd’hui la philosophie. Vincent Aubin (Le Figaro littéraire)
Parfois, quand je les entends, j’ai l’impression d’assister à un conseil d’administration où un nouveau manager vous bombarderait de termes anglais. Russell, Popper, on pensait que c’était ça la philosophie analytique. Ce que représente quelqu’un comme Mme Tiercelin, c’est encore autre chose : des problèmes hyper pointus, exprimés dans un jargon très intérieur. C’est une philosophie qui se veut argumentative mais avec laquelle il est très difficile d’argumenter. Philosophe (ENS)
Deux ou trois livres sur le pragmatisme de Charles Peirce… et même pas de fiche Wikipédia. Consoeur philosophe
Quelles que soient les qualités de sa nouvelle collègue, sa vivacité et son intelligence, qu’il salue, le linguiste Claude Hagège, professeur honoraire du Collège, résume un sentiment assez général en voyant dans cette mise à l’honneur d’une disciple de Searle et Peirce «un symptôme certain de notre américanisation». Répétiteur à l’ENS, le philosophe Quentin Meillassoux se déclare lui aussi troublé de voir que, par une inversion spectaculaire, c’est désormais aux Etats-Unis que la French Theory est obligée de se réfugier. Plus sévère encore, Alain Badiou, star de la Rue d’Ulm, voit dans cette élection le résultat de vingt-cinq années d’abaissement qui auront abouti à faire de l’institution où enseignèrent Barthes et Foucault «une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine, favorisant le consensus conservateur au détriment du contemporain novateur». Le Nouvel Observateur
Songez qu’Alain Corbin n’y est pas ! Ni Michelle Perrot, ni Jacques Rancière, ni Badiou, ni Jean-Claude Milner… Elisabeth Roudinesco (psychanalyste)
Foucault ne serait plus élu aujourd’hui, ni Bourdieu. Disciple de Bourdieu
Vous voulez savoir qui gagnera à la fin? C’est nous qui allons gagner. Ils peuvent se faire élire où ils veulent, ils peuvent pérorer à Oxford ou Acapulco, mais ils n’ont pas d’oeuvres dignes de ce nom. Or vous savez quoi ? A la fin, c’est l’oeuvre qui gagne. Disciple de Derrida
Pour dire les choses crûment, la philosophie analytique, c’est celle qui se pratique dans le monde entier, de Taïwan jusqu’en Australie. S’ils ne veulent rien y entendre, tant pis pour eux. (…) Moi aussi j’ai dévoré Nietzsche, Deleuze, «De la grammatologie», tout ça… Mais c’est vrai qu’à un moment donné cette pensée «profonde», métaphorique, ne m’a pas suffi. J’ai commencé à suivre les cours de Bouveresse et Vuillemin [NDLR : philosophe des sciences au Collège de France, de 1962 à 1990], et je suis partie aux Etats-Unis. Claudine Tiercelin
Peirce est le fondateur du pragmatisme, souvent présenté de façon caricaturale. On lui fait dire que le vrai se réduit à l’utile, la connaissance à l’action, la réalité à ce qu’on en fait. C’est tout le contraire ! Peirce était un philosophe scientifique, un évolutionniste qui se demandait comment peuvent émerger des normes et des valeurs dans un univers soumis au hasard. Pour lui, la vérité est le but idéal de l’enquête scientifique ; la connaissance porte sur un monde réel, fait de possibles et de propriétés stables, sous forme de capacités ou de dispositions naturelles et mentales. Sa métaphysique est celle d’un logicien et d’un savant. Pour Peirce, il y a des propriétés universelles réelles, thèse qu’il emprunte à Duns Scot. Cela m’a conduite à m’intéresser à la métaphysique médiévale. J’y ai découvert un type de philosophie où l’ontologie tutoyait la logique, la théorie de la connaissance et la théorie des signes. On dira : et la théologie ? Certes, elle y est, sans cesse, mais je n’ai jamais conçu la philosophie comme une « servante de la théologie », selon la formule célèbre. Les servantes, de nos jours, se rebiffent ! (…) On tend à considérer la métaphysique comme une sorte de nacelle pour nous élever vers le ciel avec des crochets célestes. Je la vois plutôt comme un véhicule lent, roulant au ras du sol, enregistrant les propriétés réelles des choses et la manière dont elles tiennent ensemble (…) La philosophie (…) n’est pas une sagesse, elle ne protège et ne console de rien, et c’est fort bien ainsi. Elle ne doit surtout pas être oraculaire : un philosophe est un animal social, pas un animal grégaire, et il ne saurait servir de mouton de tête. Comme toute entreprise rationaliste dont le but est la connaissance, la philosophie se pratique sur le mode de l’enquête, non pas dans le silence du cabinet, mais dans un esprit de laboratoire, en testant ses hypothèses. Elle doit donc se tenir prête à jeter par-dessus bord toutes ses croyances, si des chocs avec le réel la forcent à en douter. Claudine Tercelin
Il y a quelques semaines, La pensée du discours s’est penchée sur la question de la description des intellectuelles dans la presse à travers deux articles de Libération, l’un sur la philosophe Cynthia Fleury, qui était décrite comme une « jolie blonde cheveux sagement tirés en arrière en une longue queue de cheval », l’autre sur l’écrivaine Silvia Avallone, dont on mentionnait les « gros seins, son sourire, ses cheveux bouclés en cascade, son imposant tatouage tribal sur l’épaule gauche qui date de ses 15 ans ». C’était une « réflexion sur la question potiche ». Je poursuis aujourd’hui cette enquête en proposant quelques pistes pour l’analyse d’une question autrement plus importante : les métaphysiciennes sont-elles des blondes parfumées qui séduisent les extra-terrestres ? Aude Lancelin a signé le 14 juin dans le Nouvel observateur un papier titré L’inconnue du collège de France, portrait de la philosophe Claudine Tiercelin, récemment nommée sur une chaire intitulée « Métaphysique et philosophie de la connaissance » (…). Elle cède elle aussi à cette bizarre habitude que semblent avoir les journalistes d’agrémenter leurs portraits de marqueurs physiques et de comparaisons qui, sur le plan de l’information, n’apportent rien à leur travail. Claudine Tiercelin y est en effet décrite comme un « petit personnage blond perdu derrière trois vastes tableaux noirs », porteuse d’un « parfum poudré », et, clou de la technique descriptive néo-balzacienne de la journaliste, comme une éventuelle « Barbarella du concept yankee ». Alors évidemment, l’idée même d’associer Claudine Tiercelin à quoi que ce soit de « petit » est déjà désopilante et le coup du parfum est assez bête. Mais alors, la « Barbarella du concept yankee », on en redemande… On sait bien quel est le trait dominant du personnage de Barbarella : la séduction féminine sexualisée, emblématisée par le célèbre orgasmotron. Donc on n’en sort pas : la femme philosophe ou écrivaine ne peut être décrite hors de sa composante sexuelle dont on se demande un peu ce qu’elle vient faire dans l’enseignement de la métaphysique et la recherche en philosophie de la connaissance.  Marie-Anne Paveau

« Inconnue du Collège de France », « petit personnage blond perdu derrière trois vastes tableaux noirs », « parfum poudré », « Barbarella du concept yankee », ex-shampouineuse chez L’Oréal , « encore inconnue il y a un mois, même chez les libraires les plus pointus », « même pas de fiche Wikipédia », « courant anglo-saxon épris de formalisme logique et notoirement arrogant à l’égard d’une tradition continentale plus volontiers littéraire », « nuée de patronymes anglo-saxons inconnus », « Dame de fer» du Collège », « petite Bretonne débarquée à Paris, fille de militaire brestois », « tropisme pour les concepts anglo-saxons », « symptôme certain de notre américanisation », « résultat de vingt-cinq années d’abaissement », « sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine » …

En cette semaine de premières pour les femmes …

Après la nomination de la première femme (et non-économiste) à la tête du FMI (remplacée à Bercy par un ancien journaliste chiraquien) et la condamnation de la première femme pour génocide

Retour, avec la linguiste Marie-Anne Paveau, sur le petit joyau de nationalisme et de sexisme ordinaire avec lequel le Nouvel Observateur a salué l’élection le mois dernier au plus haut rang de l’enseignement supérieur français et dans la reine jusque-là exclusivement masculine des disciplines, de la première femme à la chaire de métaphysique et philosophie de la connaissance du Collège de France, Claudine Tiercelin

Et dans lequel, reprenant largement les dires de ses adversaires et multipliant à l’envi marqueurs physiques comme comparaisons les plus futiles, Aude Lancelin nous présente cettte disciple de Bouveresse et Bourdieu passé par Berkeley non seulement comme une « inconnue », incarnation de l’irrémédiable noyautage scientiste de ce dernier temple des sciences humaines qui avait déjà refusé refus d’élire Derrida (traité d’«astrologue» par les neurobiologistes!).

Mais aussi, à l’instar de son mentor pour qui « le rôle de la philosophie n’est pas d’avancer des thèses mais de dissoudre des faux problèmes », un inquiétant symbole de l’américanisation rampante de la patrie de notre Badiou national.

Censé apporter la dernière touche, à l’heure où « par une spectaculaire inversion c’est aux Etats-Unis que la French Theory est obligée de se réfugier », à la transformation de notre dernier haut « lieu de sacralisation des hérétiques » en vulgaire »sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine » …

Barbarella au collège de France. Du traitement médiatique de la métaphysique et des métaphysiciennes

Marie-Anne Paveau

La pensée du discours

15/06/2011

Il y a quelques semaines, La pensée du discours s’est penchée sur la question de la description des intellectuelles [1] dans la presse à travers deux articles de Libération, l’un sur la philosophe Cynthia Fleury, qui était décrite comme une « jolie blonde cheveux sagement tirés en arrière en une longue queue de cheval », l’autre sur l’écrivaine Silvia Avallone, dont on mentionnait les « gros seins, son sourire, ses cheveux bouclés en cascade, son imposant tatouage tribal sur l’épaule gauche qui date de ses 15 ans ». C’était une « réflexion sur la question potiche ». Je poursuis aujourd’hui cette enquête en proposant quelques pistes pour l’analyse d’une question autrement plus importante : les métaphysiciennes sont-elles des blondes parfumées qui séduisent les extra-terrestres ?

Aude Lancelin a signé le 14 juin dans le Nouvel observateur un papier titré L’inconnue du collège de France [2], portrait de la philosophe Claudine Tiercelin [3], récemment nommée sur une chaire intitulée « Métaphysique et philosophie de la connaissance » (merci à Xavier Molénat @SH_lelabo [4] d’avoir twitté l’info). Elle cède elle aussi à cette bizarre habitude que semblent avoir les journalistes d’agrémenter leurs portraits de marqueurs physiques et de comparaisons qui, sur le plan de l’information, n’apportent rien à leur travail. Claudine Tiercelin y est en effet décrite comme un « petit personnage blond perdu derrière trois vastes tableaux noirs », porteuse d’un « parfum poudré », et, clou de la technique descriptive néo-balzacienne de la journaliste, comme une éventuelle « Barbarella du concept yankee ».

[5]Alors évidemment, l’idée même d’associer Claudine Tiercelin à quoi que ce soit de « petit » est déjà désopilante et le coup du parfum est assez bête. Mais alors, la « Barbarella du concept yankee », on en redemande… On sait bien quel est le trait dominant du personnage de Barbarella : la séduction féminine sexualisée, emblématisée par le célèbre orgasmotron [6]. Donc on n’en sort pas : la femme philosophe ou écrivaine ne peut être décrite hors de sa composante sexuelle dont on se demande un peu ce qu’elle vient faire dans l’enseignement de la métaphysique et la recherche en philosophie de la connaissance.

Et puis, en lisant attentivement l’article, on comprend peut-être : bien qu’elle soit elle-même agrégée de philosophie (me dit Wikipedia), Aude Lancelin (que d’aucuns surnomment la « Zaza du Nouvel Obs » [7]) semble avoir des connaissances un peu fragiles sur la philosophie analytique. Elle écorche d’ailleurs Quine en Quayle, ce que remarque un commentaire. Ne sont citées dans son article que de rares références de Claudine Tiercelin dont est curieusement absent Le doute en question [8], qui est l’un des livres importants de ces dernières années en philosophie de la connaissance (2005, Éditions de l’Éclat). Elle ignore également beaucoup du système relationnel complexe que constitue le champ philosophique en France, qu’elle réduit au triangle rue d’Ulm-Sorbonne-Collège de France, et surtout des pratiques et rituels discursifs en milieu universitaire… Du coup, elle rapporte, à tous les sens du terme, et l’article est parcouru de ces discours malveillants que l’on appelle des médisances. En ce sens il constitue presque un bon corpus d’étude pour l’hétérogénéité énonciative [9], que l’on définit comme une multiplicité des voix et des points de vue qui traversent un texte. Elle rapporte, comme elle la qualifie elle-même, la « perfidie d’une consœur » qui considère Claudine Tiercelin comme une « inconnue » (Claudine Tiercelin, la Jane Doe de la rue des Écoles ?), les commentaires très négatifs d’un « philosophe trentenaire déjà renommé » rue d’Ulm (mais qui ne se nomme pas), le sentiment protectionniste de Claude Hagège qui fait de cette nomination « un symptôme certain de notre américanisation », et les diatribes d’Alain Badiou considérant que cette élection contribue à faire du Collège de France « une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine ». Mais la journaliste rapporte aussi, sans guillemets, dans les interdiscours non questionnés qui forment la toile de fond de son propre discours, des points de vue et des jugements de valeur, en particulier issus de la fameuse querelle philosophie continentale vs philosophie analytique qui parcourt la communauté. À partir de quoi choisit-elle le camp des continentaux en attribuant autant de points négatifs à la métaphysicienne, comme le montre sa conclusion prédisant la victoire des disciples de Derrida, si ce n’est les on-dits et mé-dits qu’elle recueille, en lieu et place d’une enquête sérieuse ? Un bon corpus, cet article, également, pour l’étude des méthodes d’enquête et les pratiques journalistiques…

Claudine Tiercelin a terminé sa leçon inaugurale du 5 mai dernier par une phrase qui m’a beaucoup frappée : la moindre des choses pour un philosophe est de ne pas s’avancer masqué, a-t-elle dit en substance. Je ne sais pas s’il existe beaucoup de philosophes, hommes ou femmes, blondes ou brunes, Barbarella ou Minnie Mouse, qui assumeraient un discours de ce type. J’ai écrit il y a quelques mois [10] quels étaient pour moi les « marqueurs » de Claudine Tiercelin et j’avoue que la couleur de cheveux ou le type de parfum de la « fille de militaire brestois » (ah là là, ces filles de militaires !), m’indiffèrent. Ce qui m’intéresse, c’est sa pensée. Elle l’a magistralement, méthodiquement, pédagogiquement et fermement exposée dans Le ciment des choses [11]. Elle y est sévèrement critique avec certaines postures nécessairement constructivistes de la linguistique, et je suis parfois en profond désaccord avec elle. Mais son propos sur la réalité des choses me semble extrêmement précieux pour penser la théorie du discours et retravailler l’épistémologie des sciences du langage. La linguiste brune essaiera de rendre tout cela explicite dans un très prochain billet.

Crédits : « Barbarella poster », Michael Heilemann, 2003, galerie de l’auteur sur Flickr, CC.

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Billet imprimé depuis La pensée du discours: http://penseedudiscours.hypotheses.org

URL du billet: http://penseedudiscours.hypotheses.org/5674

URLs dans ce billet :

[1] intellectuelles: http://penseedudiscours.hypotheses.org/4698

[2] L’inconnue du collège de France: http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110608.OBS4766/l-inconnue-du-college-de-france.html

[3] Claudine Tiercelin: http://sites.google.com/site/claudinetiercelin/

[4] @SH_lelabo: https://twitter.com/#!/SH_lelabo

[5] Image: http://penseedudiscours.hypotheses.org/5674/27277634_4fd37fb730

[6] orgasmotron: http://www.youtube.com/watch?v=p82DoH96yAY

[7] la « Zaza du Nouvel Obs »: http://vipere-litteraire.over-blog.com/article-28756039.html

[8] Le doute en question: http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Le-doute-en-question.html

[9] l’hétérogénéité énonciative: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lgge_0458-726x_1984_num_19_73_1167

[10] il y a quelques mois: http://penseedudiscours.hypotheses.org/2713

[11] Le ciment des choses: http://www.ithaque-editions.fr/livre/20/Le+Ciment+des+choses+-+Petit+traite+de+metaphysique+scientifique+realiste

Voir aussi :

http://blog.agone.org/post/2011/06/27/Poussee-de-nationalisme-philosophique-a-la-rue-d-Ulm#rev-pnote-616524-4

Poussée de nationalisme philosophique à la rue d’Ulm

Agone

27 juin 2011

Lettre ouverte de Jacques Bouveresse au Nouvel Observateur

Élue professeure au Collège de France, la philosophe Claudine Tiercelin y a présenté le 5 mai dernier sa leçon inaugurale, La Connaissance métaphysique. Son projet s’inscrit dans un large courant international récent, qui développe une approche rationaliste, scientifique et réaliste des questions métaphysiques. Elle s’appuie résolument sur une certaine tradition du rationalisme en France, largement ouverte aux philosophies de langue allemande et anglaise et au style de pensée analytique – tradition incarnée au Collège de France notamment par Jules Vuillemin (1962-1992) et par Jacques Bouveresse (1995-2010).

Sous la plume d’Aude Lancelin, Le Nouvel Observateur – arbitre autoproclamé des valeurs philosophiques en France – a discrédité la nouvelle élue, ironisant dans un article de quatre pages sur « L’inconnue du Collège de France ».

« Stupéfaction rue d’Ulm. Émoi place de la Sorbonne… » Le trait le plus remarquable de cet article est que les seuls cités ne sont pas seulement des adversaires de la philosophie en question : tous crient haut et fort que celle-ci n’a aucune valeur, qu’elle n’est d’ailleurs pas française, et qu’elle ne devrait donc pas avoir droit de cité dans un haut-lieu de la recherche et de la pensée comme le Collège de France.

Jacques Bouveresse n’a cessé depuis les années 1970 de dénoncer la mainmise d’un certain journalisme sur le monde philosophique français et l’utilisation des médias par certains courants philosophiques à la recherche de pouvoir. Voici la lettre qu’il vient d’adresser au Nouvel Observateur.

Puisque vous m’aviez fait l’honneur de me demander, dans un mail daté du 23 mai dernier, ma réaction à propos de l’élection de Claudine Tiercelin au Collège de France (je vous ai expliqué, je crois de façon suffisamment claire, pourquoi j’étais dans une position qui aurait rendu pour le moins étrange une intervention de ma part dans la presse sur ce point [1]), je me permets de vous faire part de l’étonnement et de l’indignation que suscite en moi l’article que vous venez de publier dans Le Nouvel Observateur. Il n’est pas seulement méprisant, mais même à bien des égards insultant, pour Claudine Tiercelin et pour tous les philosophes qui, en France, se rattachent de près ou de loin à la tradition analytique. Le titre lui-même, « L’inconnue du Collège de France », me semble déjà pour le moins contestable. Je ne suis pas surpris que Claudine Tiercelin soit inconnue du Nouvel Observateur et des médias en général, mais la présenter comme une inconnue tout court n’a pas de sens. Elle est tout à fait connue dans les milieux philosophiques et intellectuels qui ont des raisons de s’intéresser à ce qu’elle fait, et elle a même une réputation internationale que beaucoup de philosophes pourraient lui envier.

D’autre part, je trouve particulièrement inquiétante la tendance que l’on a aujourd’hui de plus en plus à oublier que la célébrité médiatique et la célébrité tout court ne constituent pas une preuve suffisante de la qualité et de l’importance, et n’en sont pas non plus une condition nécessaire. Le fait d’être inconnu ou peu connu n’a jamais constitué et ne constituera jamais par lui-même un argument sérieux à utiliser contre un intellectuel. Enfin, je remarque que votre journal se contentait jusqu’à présent d’ignorer ostensiblement à peu près tout ce qu’écrivent les philosophes qui, en France, se rattachent de près ou de loin à la tradition analytique en philosophie. Je ne pensais pas, je vous l’avoue, en être réduit à penser un jour, comme cela a été le cas lorsque j’ai lu votre article, que c’était peut-être, tout compte fait, encore ce qui pouvait leur arriver de plus supportable.

Quand j’ai reçu votre mail, je me suis imaginé naïvement qu’il s’agissait pour l’essentiel de donner à vos lecteurs une idée un peu plus précise de ce que fait Claudine Tiercelin, de l’importance de la contribution qu’elle apporte à la philosophie d’aujourd’hui et des raisons qui ont pu motiver le choix de quelqu’un comme elle pour une chaire au Collège de France. Je ne me doutais pas qu’il s’agissait en réalité avant tout de permettre à un certain nombre de gens qui sont mécontents de cette élection de régler leurs comptes à travers la presse. Votre article n’apporte malheureusement aucun des éclaircissements que l’on était en droit d’attendre sur ce que fait exactement Claudine Tiercelin, sur les raisons pour lesquelles on peut parler depuis quelque temps d’un véritable renouveau de la métaphysique, dont il était important qu’il soit représenté au Collège de France, et qui a la particularité de s’effectuer pour le moment davantage dans des pays comme l’Australie ou les États-Unis qu’en France. Les seules personnes à qui vous avez donné la parole, à peu près comme s’il n’y avait pas également des philosophes qui ont trouvé pleinement justifié le choix de Claudine Tiercelin et s’en sont réjoui, se trouvent être des gens hostiles a priori et qui, si j’en juge d’après les propos qu’ils tiennent, n’ont aucune connaissance réelle de son œuvre. Je pense que, dans les cas de cette sorte, il faudrait peut-être faire l’effort d’aller chercher des informations également dans d’autres endroits que les librairies du Quartier latin et la rue d’Ulm – dont les philosophes les plus représentatifs, ou en tout cas les plus en vue, semblent convaincus plus que jamais qu’il ne se fait rien d’intéressant en philosophie en dehors de la France [2].

Je ne reproche pas, bien entendu, aux gens auxquels vous vous êtes adressée de ne savoir manifestement pas grand-chose de philosophes aussi importants que Peirce (je parle ici de Peirce métaphysicien), Bradley, McTaggart, David Lewis, David Armstrong et d’autres, dont ils n’ont même peut-être jamais entendu parler ; mais la moindre des choses, en pareil cas, est de se montrer un peu plus prudent et un peu moins catégorique dans ses jugements ; et, pour un journal, de ne pas reproduire ceux-ci sans prendre au moins un minimum de distance par rapport à eux.

Je ne veux pas entrer dans les détails d’une discussion qui m’entraînerait beaucoup trop loin et ne servirait manifestement pas à grand-chose. Mais je me permettrai néanmoins de faire quelques remarques sur des points particuliers :

1. Dire que des gens comme Foucault ou Bourdieu ne seraient pas élus aujourd’hui au Collège de France est une affirmation gratuite et parfaitement absurde, formulée par quelqu’un qui ignore manifestement tout de la situation réelle.

2. Le comble de l’inexactitude est atteint par la déclaration de Badiou [3]. Sur les quatre philosophes qui ont enseigné au Collège de France depuis le départ à la retraite, en 1990, de Jules Vuillemin et Gilles-Gaston Granger et avant l’élection de Claudine Tiercelin, aucun ne peut être considéré, même de loin, comme un représentant de la philosophie analytique américaine. Ce n’est sûrement pas le cas d’Anne Fagot-Largeault, ni de Jon Elster, dont la formation philosophique a, du reste, été pour une part essentielle française (Jean Hyppolite, Raymond Aron, etc.), et même pas non plus de Ian Hacking, qui est un admirateur et un disciple de Foucault. Quant à moi, que Badiou a qualifié autrefois de « héraut de l’hégémonie anglo-saxonne », j’ai travaillé en fait essentiellement, comme il est facile de s’en rendre compte en regardant simplement une bibliographie, sur des philosophes et des écrivains qui sont autrichiens ou allemands ; et si j’ai effectivement une certaine proximité avec la philosophie analytique, ce n’est sûrement pas en priorité avec la philosophie analytique américaine. En dépit de tout ce que certains d’entre nous ont essayé de dire sur ce point, Badiou, depuis les années 1960, continue à répéter à peu près les mêmes clichés et les mêmes contre-vérités à propos de la philosophie analytique en général et également de Wittgenstein.

3. Il y a des formes de nationalisme philosophique que je ne peux considérer autrement que comme puériles et déshonorantes, en particulier celle dont la rue d’Ulm semble être devenue depuis quelque temps la représentante par excellence dans sa façon de militer pour le retour à la seule philosophie digne de ce nom – autrement dit, la philosophie française, et plus précisément la « French Theory ». Verra-t-on un jour arriver enfin une époque où on trouvera normal, pour ceux qui estiment avoir des raisons de le faire, de pouvoir critiquer certaines des gloires de la philosophie française contemporaine, comme Derrida, Deleuze, Foucault et d’autres, sans risquer d’être soupçonné immédiatement d’appartenir à une sorte de « parti de l’étranger » en philosophie ? Si la philosophie, au moins quand il s’agit de penseurs de cette sorte, est en train de se transformer en une sorte de religion dont les dogmes et les ministres sont à peu près intouchables, je préfère renoncer tout simplement, pour ma part, à la qualité de philosophe. Et s’il y a une régression qui est en train de s’effectuer, je crains malheureusement que ce ne soit pas dans le sens qui est suggéré par les gens que vous avez interrogés, mais plutôt dans l’autre [4]. J’ai, en effet, bien peur que ce ne soient d’abord ceux qui, comme moi, depuis le milieu des années 1960 ont essayé, dans des conditions particulièrement défavorables, d’ouvrir la philosophie française sur l’étranger et de l’internationaliser un peu plus, qui ont des raisons de s’inquiéter. Mais c’est, me semble-t-il, plutôt de leur côté que de celui des défenseurs de la philosophie essentiellement et même parfois uniquement « française » que devrait se situer un journal ayant des ambitions intellectuelles comme le vôtre.

Quand je parle de « régression », je ne compare pas simplement, bien entendu, la situation actuelle à ce que les choses étaient encore il y a une dizaine d’années. Dans les années 1960-1970, j’ai entendu moi-même à plusieurs reprises des philosophes comme Althusser, Derrida, Foucault et d’autres déplorer le provincialisme de la philosophie française et son manque d’ouverture sur l’étranger, en particulier sur le monde anglo-saxon. Même s’ils n’ont pas fait eux-mêmes grand-chose de concret pour essayer de mettre en pratique ce qu’ils prêchaient, ils trouvaient néanmoins normal d’encourager ceux qui essayaient de le faire. C’est à la demande d’Althusser – qui, s’il n’était sûrement pas un libéral en matière théorique, l’était néanmoins à coup sûr en matière d’organisation de l’enseignement -, que j’ai donné à la rue d’Ulm pendant les années 1966-1969 des cours sur la philosophie analytique. C’est bien la dernière chose qu’il pourrait me venir à l’esprit d’essayer de faire aujourd’hui. Et si j’avais eu encore des hésitations sur ce point, ce que j’ai lu dans Le Nouvel Observateur me les aurait sûrement enlevées.

4. Le nom de l’auteur du livre intitulé Ontological Relativity (1969) n’est pas « Quayle », mais « Quine » (prénom : « Willard van Orman ») (1908-2000). Il est probablement le philosophe américain le plus célèbre et le plus important du XXe siècle ; et il aurait droit, me semble-t-il, au moins à ce que son nom soit cité correctement.

5. Bien que cela puisse sembler un détail insignifiant, je tiens à vous signaler que Jules Vuillemin n’était pas, en tout cas sûrement pas uniquement ni même d’abord, un « philosophe des sciences », mais un philosophe tout court, au sens le plus classique et le plus plein du terme, et un historien de la philosophie de premier ordre (c’était un élève et un héritier de Martial Gueroult). Si je vous dis cela, c’est parce que qualifier quelqu’un de « philosophe des sciences » revient toujours à suggérer implicitement qu’il ne s’attaque pas aux « grands » problèmes philosophiques et ne peut intéresser qu’un nombre tout à fait restreint de spécialistes, ce qui, dans le cas de Vuillemin, ne correspond en aucun cas à la réalité. Je ne vois d’ailleurs pas ce qui autorise à parler, comme vous le faites dans l’article, d’un « effet de terreur garanti [5] » quand des gens qui sont de vrais savants s’efforcent de communiquer au moins une partie de leur savoir à des auditeurs qui sont venus là pour apprendre et n’ont aucune raison de se sentir terrorisés. C’est une sensation que je n’ai en tout cas jamais eue quand je me suis trouvé ou me trouve encore aujourd’hui dans une situation de cette sorte.

Après vous avoir envoyé, dans un premier temps, une version de ce message à titre personnel, j’ai décidé de le diffuser publiquement, avec quelques corrections et adjonctions : je me suis senti obligé de le faire tellement les choses sont en train de prendre une tournure désagréable (pour ne pas dire plus).

Bien cordialement à vous,

Jacques Bouveresse

——

Pour une analyse complémentaire de l’article en question, lire Marie-Anne Paveau, « Barbarella au Collège de France. Du traitement médiatique de la métaphysique et des métaphysiciennes », La Pensée du discours, 15 juin 2011. [ndlr]

Notes

[1] « En ce qui concerne l’élection de Claudine Tiercelin au Collège de France, je n’ai pas à exprimer une réaction, puisque c’est moi qui ai proposé et défendu sa candidature (toute proposition de création d’une chaire nouvelle au Collège de France doit être présentée devant l’assemblée des professeurs par l’un d’entre eux). Il serait même, je crois, assez incongru que je m’exprime dans la presse pour dire tout le bien que je pense de ce qu’elle fait (sans cela, je n’aurais évidemment pas pensé à elle pour occuper une chaire au Collège de France). De toute façon, il me semble que ce qui compte dans cette affaire et ce à quoi Le Nouvel Observateur devrait s’intéresser est essentiellement la qualité, la nouveauté et l’importance de son travail, et non l’opinion que je peux avoir sur lui. » (25 mai 2011).

[2] Dans sa réponse à Jacques Bouveresse, avec la simplicité et la bonne foi caractéristique des grands médias en général et du Nouvel Observateur en particulier, la journaliste explique avoir « recherché activement des défenseurs pour l’élection de Mme Tiercelin » et que « cette mission est quasi impossible aujourd’hui à Paris ». Il est intéressant de remarquer qu’en plus du refus de Jacques Bouveresse Le Nouvel Observateur n’aurait parfois même pas eu de réponse à ses demandes. Ce qui est une bonne nouvelle : on commencerait à se défier de l’usage que la presse officielle peut faire des propos cités ? [ndlr]

[3] « Alain Badiou, écrit la journaliste, voit dans cette élection le résultat de vingt-cinq années d’abaissement qui auront abouti à faire de l’institution où enseignèrent Barthes et Foucault “une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine, favorisant le consensus conservateur au détriment du contemporain novateur” »,  »Le Nouvel observateur », 14 juin 2011.

[4] Le Nouvel Observateur rapporte, par exemple, que « la psychanalyste Elisabeth Roudinesco évoque une grande période de déclin pour l’institution [le Collège de France] » et que « Quentin Meillassoux, répétiteur à l’ENS, se déclare troublé de voir que, par une inversion spectaculaire, c’est désormais aux États-unis que la French Theory est obligée de se réfugier ». (Ibid.)

[5] Le Nouvel Observateur écrit que le cours de Claudine Tiercelin produirait « un effet de terreur garanti pour quiconque est plutôt coutumier de l’établissement d’en face [la Sorbonne]. » (Ibid.)

Voir enfin:

L’inconnue du Collège de France

Aude Lancelin

le Nouvel Observateur

9 juin 2011.

Mais qui est donc Claudine Tiercelin? Depuis le 5 mai, elle incarne la philosophie dans la prestigieuse institution où enseignèrent Bergson et Foucault. Une élection qui déchaîne les passions. Aude Lancelin a enquêté.

«Claudine, qui ?» Stupéfaction Rue-d’Ulm. Emoi place de la Sorbonne, où la nouvelle élue au Collège de France, Claudine Tiercelin, était encore inconnue il y a un mois, même chez les libraires les plus pointus. «Deux ou trois livres sur le pragmatisme de Charles Peirce… et même pas de fiche Wikipédia», souligne perfidement une consoeur. A 58 ans, c’est pourtant elle qui vient de décrocher une chaire de métaphysique et philosophie de la connaissance dans le prestigieux établissement fondé en 1530 par François Ier, soit le plus haut rang de l’enseignement supérieur français.

Elle qui est appelée à y prendre la relève de Bergson, Merleau-Ponty, Aron ou Foucault, entre autres figures mythiques à avoir professé dans ces murs. Une seule femme l’y avait jusqu’ici précédée en philosophie : Anne Fagot-Largeault, aujourd’hui professeur honoraire. Mais il s’agissait d’une chaire de philosophie des sciences biologiques et médicales, domaine plus technique, bien moins symbolique que ce champ métaphysique au lustre notoirement masculin.

A cette première bizarrerie, forcément sympathique, viennent toutefois s’en ajouter d’autres. C’est à une mouvance montante mais très contestée en France qu’appartient en effet Claudine Tiercelin. La philosophie analytique, courant anglo-saxon épris de formalisme logique et notoirement arrogant à l’égard d’une tradition continentale plus volontiers littéraire. Une querelle à couteaux tirés, notamment illustrée en France par l’hostilité de Jacques Bouveresse, héritier de la philosophie du langage de Wittgenstein et proche des «analytiques», à l’égard des maîtres-penseurs des années 1970 comme Derrida ou Deleuze.

On se souvient d’ailleurs que celui-ci avait épaulé Sokal et Bricmont lors de la parution d’«Impostures intellectuelles», en 1997, livre qui raillait l’incompétence scientifique de certaines gloires philosophiques françaises. C’est justement à Bouveresse, son ancien directeur de thèse, désormais retraité du Collège de France, que la nouvelle recrue doit en grande partie son élection. C’est lui qui l’a proposée au suffrage des 57 autres professeurs du Collège, au détriment d’autres figures légitimes, comme Christiane Chauviré, aujourd’hui dévastées par ce choix.

Petit personnage blond perdu derrière trois vastes tableaux noirs, Claudine Tiercelin ne laisse pas d’impressionner par la fermeté de son ton. Lorsqu’on pénètre ce mercredi dans l’immense amphithéâtre Marguerit-de-Navarre, c’est le troisième cours que la philosophe dispense depuis sa leçon inaugurale, le 5 mai. Un public épars d’étudiants, de geeks et de retraités, deux cents personnes peut-être, écoute dans un silence religieux ses considérations sur «l’irréalisme pluraliste» de Goodman ou la «relativité ontologique» chez Quayle  (sic).

Effet de terreur garanti pour quiconque est plutôt coutumier de l’établissement d’en face, la Sorbonne. Renforcée par une nuée de patronymes anglo-saxons inconnus, la stupeur se dissipe à peine quand résonne une citation de Wittgenstein, nom familier : «Si un lion parlait, nous ne le comprendrions pas.» Et si c’était un philosophe analytique qui parlait?

«Parfois, quand je les entends, j’ai l’impression d’assister à un conseil d’administration où un nouveau manager vous bombarderait de termes anglais, témoigne rue d’Ulm un philosophe trentenaire déjà renommé. Russell, Popper, on pensait que c’était ça la philosophie analytique. Ce que représente quelqu’un comme Mme Tiercelin, c’est encore autre chose : des problèmes hyper pointus, exprimés dans un jargon très intérieur. C’est une philosophie qui se veut argumentative mais avec laquelle il est très difficile d’argumenter.»

Ce procès-là, Claudine Tiercelin l’écarte d’un revers de main. «Pour dire les choses crûment, la philosophie analytique, c’est celle qui se pratique dans le monde entier, de Taïwan jusqu’en Australie. S’ils ne veulent rien y entendre, tant pis pour eux.» Rire cordial et fréquent, parfum poudré, la nouvelle «Dame de fer» du Collège vous reçoit dans une splendide crypte restaurée à neuf, sous la cour d’honneur. Les polémiques, elle en a vu d’autres. Au début des années 2000 surtout, lorsque Claude Allègre en fit la première femme présidente d’un jury d’agrégation de philosophie.

Bronca, appel au boycott, déjà la fulgurante ascension de celle qui se décrit comme une «petite Bretonne débarquée à Paris» révulse le milieu. Fille de militaire brestois, Claudine Tiercelin a 9 ans quand son père meurt durant la guerre d’Indochine. Pupille de la nation, elle obtient une bourse pour le lycée français de Londres. Son tropisme pour les concepts anglo-saxons daterait-il de là ? Pas du tout.

Le premier texte de philosophie à l’avoir littéralement empoignée, à 16 ans, c’est «le Traité de la réforme de l’entendement» de Spinoza. «J’ai compris qu’il me faudrait une vie pour démêler tout ça. C’est ce qui est fascinant avec la philosophie. Vous reprenez un livre vingt ans plus tard et, subitement, les écailles vous tombent des yeux. C’est comme le vin, la philosophie, il faut la laisser mûrir, il faut y consacrer du temps, beaucoup de temps.»

Après avoir intégré l’Ecole normale supérieure de filles, elle vient souvent écouter Althusser et Derrida à Ulm. «Moi aussi j’ai dévoré Nietzsche, Deleuze, «De la grammatologie», tout ça… Mais c’est vrai qu’à un moment donné cette pensée «profonde», métaphorique, ne m’a pas suffi. J’ai commencé suivre les cours de Bouveresse et Vuillemin [NDLR : philosophe des sciences au Collège de France, de 1962 à 1990], et je suis partie aux Etats-Unis.»

Avant de rejoindre Berkeley aux côtés du philosophe Pascal Engel, aujourd’hui encore son mari, elle connaîtra une parenthèse inattendue et non dénuée de sel. Fraîchement agrégée, elle décide de s’inscrire en DEA avec Pierre Bourdieu pour tester d’autres possibles. Titre du mémoire: «les Usages sociaux des sciences sociales dans l’entreprise». Sur le conseil de l’auteur des «Héritiers», elle postule pour un stage en entreprise. Ce sera shampouineuse chez L’Oréal, où là aussi sa discipline fait merveille. Rapidement on lui propose un poste de marketing à Orléans. «Ca devenait gênant… à un moment, il a bien fallu que je me dévoile.»

Il y a deux ans, Claudine Tiercelin a failli quitter l’Hexagone. Appelée par l’université de Fordham à New York, elle a passé avec succès une redoutable batterie de tests pour y devenir professeur. Au dernier moment, la Française a renoncé à s’expatrier. Quelles que soient les qualités de sa nouvelle collègue, sa vivacité et son intelligence, qu’il salue, le linguiste Claude Hagège, professeur honoraire du Collège, résume un sentiment assez général en voyant dans cette mise à l’honneur d’une disciple de Searle et Peirce «un symptôme certain de notre américanisation».

Répétiteur à l’ENS, le philosophe Quentin Meillassoux se déclare lui aussi troublé de voir que, par une inversion spectaculaire, c’est désormais aux Etats-Unis que la French Theory est obligée de se réfugier. Plus sévère encore, Alain Badiou, star de la Rue d’Ulm, voit dans cette élection le résultat de vingt-cinq années d’abaissement qui auront abouti à faire de l’institution où enseignèrent Barthes et Foucault «une sous-préfecture attardée de la philosophie analytique américaine, favorisant le consensus conservateur au détriment du contemporain novateur».

Une Barbarella du concept yankee, elle? Claudine Tiercelin assure tout simplement qu’on ne l’a pas lue. «Mon travail se situe pleinement dans la tradition du rationalisme français. Celui d’un Etienne Gilson ou d’un Martial Guéroult, qui jusqu’à preuve du contraire furent aussi professeurs au Collège…» Son intérêt pour la spéculation métaphysique n’en fait certes pas une philosophe analytique ordinaire.

Paru en avril, son nouveau livre, «le Ciment des choses» (Editions Ithaque), montre aussi un véritable refus du jargon et un dialogue serré avec le kantisme et l’ontologie grecque, que ses pairs anglo-saxons, comme Putnam, tiennent, eux, pour un «cadavre puant». Pas davantage elle n’accepte bien sûr d’être dépeinte en continuatrice servile. «Bouveresse ne tardera pas à trouver mes audaces coupables. La métaphysique, voilà ce qui nous sépare. En grand wittgensteinien, il considère que le rôle de la philosophie n’est pas d’avancer des thèses mais de dissoudre des faux problèmes.»

Mais, bien au-delà du cas Tiercelin et des aigreurs qu’il suscite fatalement, c’est l’évolution du Collège de France qui se voit aujourd’hui impitoyablement jugée. Les élections, noyautées par les scientifiques, en effet surreprésentés au Collège, ne seraient plus capables d’y promouvoir un seul grand nom des sciences humaines. «Foucault ne serait plus élu aujourd’hui, ni Bourdieu», jure un disciple de ce dernier.

Le refus d’élire Derrida, barré par les neurobiologistes et traité d’«astrologue», était déjà un signal désastreux. Chacun ne cesse depuis lors d’égrener les oublis du Collège de France, ses injustices honteuses, ses frilosités coupables. «Songez qu’Alain Corbin n’y est pas ! Ni Michelle Perrot, ni Jacques Rancière, ni Badiou, ni Jean-Claude Milner…», s’indigne la psychanalyste Elisabeth Roudinesco, qui évoque une grande période de déclin pour l’institution, à l’exception de quelques individualités brillantes.

Passionnée par la philosophie américaine, Sandra Laugier, professeur à Paris-I, se félicite, elle, que ce courant soit honoré mais déplore également la cooptation qui prévaut au Collège de France, barrant le passage aux gens plus originaux. «Lieu de sacralisation des hérétiques», selon le mot de Bourdieu, l’institution a souvent fonctionné comme un recours pour esprits iconoclastes et grands blacklistés de la Sorbonne, à commencer par Bergson et Lévi-Strauss. Serait-elle aujourd’hui devenue le temple du conformisme?

Le problème, c’est que chacun des camps en présence se perçoit comme celui des persécutés. L’aura de la pensée française des années 1970 en Californie angoisse les amis de Claudine Tiercelin, tandis que leurs adversaires croient au contraire voir surgir des hordes de vandales scientistes dans tous les lieux de pouvoir universitaire français.

«Vous voulez savoir qui gagnera à la fin?», demande une disciple de Derrida dans un sourire féroce. «C’est nous qui allons gagner. Ils peuvent se faire élire où ils veulent, ils peuvent pérorer à Oxford ou Acapulco, mais ils n’ont pas d’oeuvres dignes de ce nom. Or vous savez quoi ? A la fin, c’est l’oeuvre qui gagne.» Le Collège de France, un western pour vrais durs.

Voir par ailleurs:

Rencontre

Claudine Tiercelin : « La philosophie ne protège et ne console de rien »

Roger-Pol Droit

LE MONDE DES LIVRES

| 30.06.11

Des femmes philosophes, il y en a un bon nombre. Celles qui se proclament ouvertement métaphysiciennes ne sont pas légion. Mais pour se réclamer à la fois des sciences contemporaines et de la métaphysique classique, de la philosophie analytique et de la tradition rationaliste française, il n’y a que Claudine Tiercelin. Elle vient d’inaugurer, au Collège de France, sa « chaire de métaphysique et de philosophie de la connaissance » et résume une partie de ses analyses actuelles dans un livre qui vient de paraître, Le Ciment des choses (voir ci-dessous).

Les collectionneurs d’anecdotes seront déçus, les amateurs d’esclandres, frustrés : le parcours de Claudine Tiercelin se confond avec son travail – solide, charpenté, plus soucieux d’arguments, de concepts et de vérité que de réseaux mondains. Née à Brest en 1952, elle entre à 20 ans à Normale Sup et à 25 se retrouve déjà à Berkeley (Etats-Unis), agrégation de philosophie en poche, diplôme de sociologie avec Bourdieu en prime. Tout en enseignant successivement à Rouen, Tours, Paris, Berkeley, New York – sans oublier quelques pérégrinations au Danemark, en Australie, en Finlande -, en présidant aussi le jury de l’agrégation, elle a commencé par explorer et faire découvrir aux autres l’oeuvre de Charles Sanders Peirce (1839- 1914). Ce « Leibniz américain » – mathématicien, logicien, philosophe – a laissé… 80 000 pages de notes manuscrites sur des sujets aussi divers que la théorie du signe, pour laquelle il est célèbre, et les vins de Bordeaux, où il est moins connu.

En s’immergeant dans cette oeuvre-fleuve, en cours d’édition en France comme aux Etats-Unis, Claudine Tiercelin a d’abord été conduite à rectifier un grand malentendu à son propos. « Peirce est le fondateur du pragmatisme, souvent présenté de façon caricaturale, souligne-t-elle. On lui fait dire que le vrai se réduit à l’utile, la connaissance à l’action, la réalité à ce qu’on en fait. C’est tout le contraire ! Peirce était un philosophe scientifique, un évolutionniste qui se demandait comment peuvent émerger des normes et des valeurs dans un univers soumis au hasard. Pour lui, la vérité est le but idéal de l’enquête scientifique ; la connaissance porte sur un monde réel, fait de possibles et de propriétés stables, sous forme de capacités ou de dispositions naturelles et mentales. Sa métaphysique est celle d’un logicien et d’un savant. »

Relisez les lignes qui précèdent, vous aurez, à peu de choses près, le cadre de la recherche poursuivie aujourd’hui par Claudine Tiercelin. Ce qu’elle a trouvé chez Peirce, ce n’est pas simplement un grand ancêtre mais un programme de travail autant qu’une armature conceptuelle. « Pour Peirce, ajoute-t-elle, il y a des propriétés universelles réelles, thèse qu’il emprunte à Duns Scot. Cela m’a conduite à m’intéresser à la métaphysique médiévale. J’y ai découvert un type de philosophie où l’ontologie tutoyait la logique, la théorie de la connaissance et la théorie des signes. On dira : et la théologie ? Certes, elle y est, sans cesse, mais je n’ai jamais conçu la philosophie comme une « servante de la théologie », selon la formule célèbre. Les servantes, de nos jours, se rebiffent ! »

Apparemment, les métaphysiciennes aussi. Car Claudine Tiercelin n’ignore pas que son programme de métaphysique scientifique peut susciter malentendus ou scepticisme. « On tend à considérer la métaphysique comme une sorte de nacelle pour nous élever vers le ciel avec des crochets célestes. Je la vois plutôt comme un véhicule lent, roulant au ras du sol, enregistrant les propriétés réelles des choses et la manière dont elles tiennent ensemble. » Son projet, en une phrase ? « Reformuler les problèmes de la métaphysique classique en tenant compte des acquis de la science. » Mais la philosophe se hâte de préciser aussitôt : « Tenir compte de la science ne signifie pas s’en laisser conter par elle. La philosophie ne doit pas devenir « silencieuse », comme si ses questions s’effaçaient derrière celles des sciences. »

Le prochain livre de Claudine Tiercelin, à paraître chez Gallimard, doit s’intituler L’Identité de la philosophie. En attendant, quelle serait une définition provisoire de la philosophie ? « Ce n’est pas une sagesse, elle ne protège et ne console de rien, et c’est fort bien ainsi. Elle ne doit surtout pas être oraculaire : un philosophe est un animal social, pas un animal grégaire, et il ne saurait servir de mouton de tête. Comme toute entreprise rationaliste dont le but est la connaissance, la philosophie se pratique sur le mode de l’enquête, non pas dans le silence du cabinet, mais dans un esprit de laboratoire, en testant ses hypothèses. Elle doit donc se tenir prête à jeter par-dessus bord toutes ses croyances, si des chocs avec le réel la forcent à en douter. »

Peut-être entrevoit-on un peu mieux, alors, ce que veut dire « métaphysique scientifique réaliste ». Pour en savoir plus, il faudra découvrir cette oeuvre exigeante. Dont on peut parier sans crainte qu’on n’a pas fini d’entendre parler.

Voir aussi:

Critique

Avoir accès à ce qui est

R.-P. D

LE MONDE DES LIVRES

30.06.11

Débutants s’abstenir. Si ce « petit traité » de plus de 400 pages est rédigé dans une langue volontairement limpide, sa lecture est souvent technique, malgré tout, réservée à des esprits aguerris, disposés à arpenter des contrées nouvelles. Ou plutôt de vieux territoires, mais dans de nouveaux équipages. Objectif final : discerner des propriétés fondamentales de la nature, connaître la structure même de la réalité, discerner les relations des choses et les lois qui les gouvernent. Bref, avoir accès à ce qui est. Par la connaissance, non par l’intuition. Rien de moins. En amont, trois étapes. D’abord, une analyse des outils logiques dont nous disposons et de leur évolution contemporaine vers la primauté des relations sur les substances. Ensuite, une mise à l’écart des pièges du scientisme comme des pièges de l’apriorisme. Enfin, une défense et illustration du réalisme en métaphysique.

L’originalité n’est pas seulement dans les références. Certes, David Lewis, David Armstrong, Saul Kripke, D. H. Mellor ou Kit Fine ne sont pas les auteurs de chevet habituels des philosophes hexagonaux. La vraie singularité de Claudine Tiercelin est de réunir ces métaphysiciens du courant analytique à des médiévaux comme Duns Scot, pour tenter de transformer la métaphysique en connaissance effective de la réalité. Les philosophes, mais aussi les scientifiques, auraient tort de s’abstenir.

——————————————————————————–

Le Ciment des choses. Petit traité de métaphysique scientifique réaliste, de Claudine Tiercelin, Les éditions d’Ithaque, « Science et métaphysique », 416 p., 25 €.

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