Affaire DSK: Une cruauté insoutenable (No equalizer perp walk please, we’re French)

Oswald (1963)Johnny Depp (1994)Timothy McVeighMichael Jackson (2003)Russell Crowe (2005)Bernard Madoff (2008)IMF chief (2011)
J’en veux, ce matin, au juge américain qui, en le livrant à la foule des chasseurs d’images qui attendaient devant le commissariat de Harlem, a fait semblant de penser qu’il était un justiciable comme un autre. J’en veux à un système judiciaire que l’on appelle pudiquement « accusatoire » pour dire que n’importe quel quidam peut venir accuser n’importe quel autre de n’importe quel crime – ce sera à l’accusé de démontrer que l’accusation était mensongère, sans fondement. (…) J’en veux, en France, à tous ceux qui se sont jetés sur l’occasion pour régler leurs comptes ou faire avancer leurs petites affaires. BHL
C’est comme ça qu’a commencé l’affaire Dreyfus, je vous le rappelle ! Au départ, presque tout le monde le condamnait et il a fallu de longues années pour qu’il soit innocenté. Jean-Pierre Chevènement
Le sort infligé à DSK par la justice américaine me fait penser que le peuple américain et nous n’appartenons pas à la même civilisation.  Jean Daniel
Cela fait près de trente ans que je fais de la politique. Je n’ai jamais vu cela et je n’ai jamais ressenti cela. Dominique Strauss-Kahn est un ami que je connais de puis longtemps, les images de ce matin sont d’une cruauté insoutenable. J’avais les larmes aux yeux. Manuel Valls (député et candidat à la primaire PS pour 2012)
J’ai trouvé cette image d’une brutalité, d’une violence, d’une cruauté inouïe. (…) je suis heureuse que nous n’ayons pas le même système judiciaire. Élisabeth Guigou (députée PS, ex-ministre de la Justice)
L’arrestation de DSK menotté est une belle leçon de démocratie. (…) Qui a eu une pensée pour la femme de chambre? Robert Ménard (i>Télé)
Aux Etats-Unis, particulièrement à New York et plus encore quand la victime présumée est une femme noire, les droits de cette victime présumée et sa parole, l’emportent sur la présomption d’innocence du coupable accusé. Ceci étonne ou choque des Français, mais pas les Américains : c’est la victime possible que l’on écoute d’abord et qui est, a priori, la plus légitime. Les Américains vivent dans la crainte d’ignorer une victime ce qui est clairement, l’héritage d’un long passé de brutalisation des faibles, en particulier des Noirs. Les Etats-Unis sur ce terrain, sont en permanente session de rattrapage : sans doute, une femme blanche dans des circonstances comparables, n’aurait-elle pas suscité la même compassion ni la même attention judiciaire. Autre différence essentielle entre la France et les Etats-Unis (…) : les Américains sont spontanément démocrates tandis que les Francais conservent des réflexes plutôt aristocratiques. Il ne s’agit pas ici des institutions mais des mœurs, des comportements sociaux. La police et la justice aux Etats-Unis, viellent à traiter équitablement c’est à dire avec une même brutalité, les grands et les humbles de ce monde : DSK aura été traité avec une sévérité singulière parce qu’il est un aristocrate par l’argent et le pouvoir. Témoigner envers lui de quelques égard particulier, c’est inconcevable dans une société qui s’affiche comme égalitariste. En France, c’est évidemment l’inverse qui s’imposerait : nos aristocrates, soit parce que très honnêtes, soit parce qu’au dessus des lois, se retrouvent rarement en prison préventive. Aux Etats-Unis, la fortune et l’influence confèrent donc plus d’obligations sociales que de droits : DSK est malmené pour abus de pouvoir, implicitement, autant que pour le crime qu’il a peut-être commis. Guy Sorman
Lorsqu’elle est réalisée sans l’accord de l’intéressé, la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image d’une personne identifiée ou identifiable mise en cause à l’occasion d’une procédure pénale mais n’ayant pas fait l’objet d’un jugement de condamnation et faisant apparaître, soit que cette personne porte des menottes ou entraves, soit qu’elle est placée en détention provisoire, est punie de 15 000 euros d’amende. Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (art. 35 ter)
Mais, à l’heure de l’information mondialisée, alors que, grâce à Internet, le public peut se connecter à n’importe quel site étranger, n’y a-t-il pas une part d’hypocrisie à brandir cette loi inapplicable dans les faits ? Qui plus est régulièrement contournée par la presse française, qui fait mine de la respecter en floutant les menottes ou en cadrant la photo de l’intéressé au niveau des coudes, mais légende le visuel de façon explicite… Le Nouvel Observateur
Ces « perp walks » sont quasiment institutionnalisées aux Etats-Unis et révèlent un fonctionnement culturel où l’accusé est livré à l’opprobre public. Jocelyne Arquembourg (chercheur en sciences de l’information)
Filmé au ralenti, tout le monde a l’air coupable. Lisa Taylor (avocate canadienne)
C’est un peu comme si on faisait poser un chien de chasse, avec sa proie dans la gueule, pour une photo, c’est barbare! Daniel Horwitz (avocat spécialisé dans la défense pénale et ancien procureur du comté de New York
The “perp walk,” that is, when an accused wrongdoer is led away in handcuffs by the police to the courthouse, police station, or jail, has been featured in newspapers and newscasts for decades. The normally camera-shy arrestees often pull coats over their heads, place their hands in front of their faces, or otherwise attempt to obscure their identities. A recent surge in “executive perp walks” has featured accused white collar criminals in designer suits and handcuffs. Whether the accused wrongdoer is wearing a sweatshirt over his head or an Armani suit on his back, we suspect that perp walks are broadcast by networks and reprinted in newspapers at least in part for their entertainment value. Yet, perp walks also serve the more serious purpose of educating the public about law enforcement efforts. The image of the accused being led away to contend with the justice system powerfully communicates government efforts to thwart the criminal element, and it may deter others from attempting similar crimes. New York Criminal Procedure (2001)
The tradition does not violate a prisoner’s civil rights so long as it is not « an inherently fictional dramatization » staged solely to satisfy press curiosity. Panel of the 2nd U.S. Circuit Court of Appeals
Oui, je trouve que c’est humiliant, mais si vous ne voulez pas être soumis à une Perp Walk, il ne faut pas commettre de crime. Michael Bloomberg  maire de New York)
Outre celui d’humilier le prévenu, la perp walk peut présenter d’autres intérêts. Si la police soupçonne l’accusé d’avoir commis d’autres crimes, cela lui permet de diffuser son nom et son portrait pour inciter d’autres victimes à sortir de l’ombre. Un procureur peut également demander une perp walk s’il pense que la personne inculpée risque de s’enfuir.  (…) Parfois, les policiers font sortir les suspects par une porte arrière et les emmènent dans une salle d’audience, à huis clos. D’abord pour des raisons de sécurité. (Rappelons tout de même que Lee Harvey Oswald a été assassiné par Jack Ruby lors d’une présentation aux journalistes.) Par ailleurs, un suspect peut éviter une perp walk s’il promet de coopérer, auquel cas les policiers font bien attention à préserver son anonymat. Les bons avocats de la défense négocient parfois un accord pour épargner à leurs clients de haut rang de jouer les bêtes de foire. (…) Les Français auront beau condamner cette pratique, la perp walk n’est pas près de disparaître. La police l’adore. Les médias aussi. Si un suspect est finalement déclaré innocent, personne ne se remémore sa perp walk pour évoquer l’humiliation qu’il a dû subir. Tout le monde est passé à autre chose. Christopher Beam
Riches ou pauvres, célèbres ou inconnus, tous sont soumis au même traitement, et le maire de New York s’était attiré les foudres de la police, en 1987, quand il avait assoupli le régime pour les cols blancs se livrant d’eux-mêmes à la police en présence de leur avocat (ce qui n’est pas le cas de DSK). Philippe Boulet-Gercourt (Le Nouvel Observateur)
Recognize that private people have a greater right to control information about themselves than do public officials and others who seek power, influence or attention. Code of ethics (SPJ)
Watching executives climb the courthouse steps became a spectator sport in 2002. Business week
First, it gets used in slow motion. And “everyone looks guilty when they are slo-mo’ed (But “People who have been treated unfairly should have civil remedies, but to be that prescriptive to put a blanket on coverage, this freedom of expression proponent is nervous about a prohibition of photographing and publishing anything. Lisa Taylor
To show them ‘at their best’ would misrepresent to the public what is going on. In the case of the Strauss-Kahn arrest, the reports show he was on an airplane, 10 minutes from leaving the country when he was arrested. To NOT show his state of being after being arrested or to use merely file tape where he looked ‘his best’ would be misrepresentative and abdicating our role as truth-tellers for our viewers/readers. I would argue it is NOT the journalist’s job to ‘pretty someone up’ or NOT show someone because he/she does not look their best. (but) journalists should seek out other images to use in addition to the perp walk “to add fairness and balance. Stephen Stock (WFOR investigative reporter)
Most of these people arrested for high-profile crimes have been secretive. When they’re caught, there’s something telling about how they look and how they react in the spotlight. Lori Waldon
(WISN)
The perp walk is an equalizer, giving voice and power to a hotel maid to accuse and confront a powerful man,” Harris says. “It might give other victims (if there are any) courage to come forward if they see her being taken seriously. (…) This is not Napoleonic justice where the judge is the fact finder, prosecutor and jury. Here the people will decide ultimately. And no matter who you are, if you have been arrested for something, it is understood you are going to be subject to all the scrutiny the press is going to give you.  Art Harris (investigative reporter)

Trophée de chasse pour la police, moyen de pression pour intimider un prévenu ou influencer un jury, coup de pub bon marché pour les politiciens, pilori modernisé, lynchage ou mise à mort médiatique, barbarie d’un autre âge …

Vous avez dit barbare?

A l’heure où l’on découvre que le « district attorney » (traduit par procureur en français) chargé de prouver la culpabilité de notre DSK national est un ancien avocat (accessoirement fils d’un ancien secrétaire d’Etat et diplomé de Yale et de l’école de droit de Georgetown) « sensible à la cause féminine » comme à la lutte contre « la délinquance des cols blancs » et à la « justice de proximité » …

 

Que, censé jouer le « dossier de sa carrière » explicitement politique (élection – la dernière à 91 % en novembre 2009 avec l’unanimité des médias new-yorkais et le soutien de son prédecesseur -, tous les quatre ans sous l’étiquette démocrate), il supervise en fait le travail d’une équipe de 500 personnes et se trouve être le successeur d’un DA  qui a exercé pendant trente-quatre ans …

 

Et que, missionné dans un système judiciaire accusatoire pour trouver les preuves à charge, il est surtout censé négocier un « plea bargain » (minimisation des chefs d’accusation et de la peine encourue) pour éviter un procès (90% des cas) mais aussi présenter les éventuelles preuves à décharge rencontrées pendant l’enquête sous peine d’annulation du procès pour vice de procédure …

 

Retour sur cette fameuse « perp walk » ou « parade du suspect » (« exhbition judiciaire du prévenu » dans la loi française) qui, au pays des gardes à vue jusqu’à tout récemment massives et des photos aux menottes floutées ou cadrée au niveau des coudes avec légende explicite, a tant, sur fond d’images montrées en boucle ad nauseam, déchainé les passions.

 

Pour découvrir d’un Oswald à un Timothy Mc Veigh ou d’un Johnny Depp à un Michael Jackson ou d’un Russell Crowe à  un Tom De Lay ou un Bernard Madoff … 

 

Une pratique barbare d’un autre âge aux mains d’individus prêts à tous les abus et dérapages  (de la stigmatisation durable d’innocents à la mort d’un Oswald) pour leur réélection …

Mais qui, soutenue par la presse au nom du droit à  l’information du public et confirmée par la Cour suprême, se trouve assurer, outre le nécessaire transfert d’accusés vers le lieu de leur jugement, une certaine dissuasion voire la remontée d’informations sur d’éventuels autres délits commis par les suspects.

Et qui surtout, crime impardonnable,  semble affecter le plus durement dans une société littéralement obsédée par l’égalité (tout en protégeant jusqu’au ridicule l’anonymat du plaignant)… ceux qui vivent souvent le plus grassement de la « recherche du pouvoir, de l’influence ou de l’attention des autres »!

 

DSK menotté : le « perp walk » mode d’emploi

L’image du patron du FMI à sa sortie du commissariat a choqué. Une pratique courante aux Etats-Unis, devenue une arme de choix pour le procureur.

Philippe Boulet Gercourt

Le Nouvel observateur

18/05/11

 

De toutes les images, c’est celle qui a le plus choqué : Dominique Strauss-Kahn livré en pâture aux médias, les bras menottés dans le dos comme un criminel. Même pas inculpé, et donc présumé innocent, le directeur du FMI s’est retrouvé confronté à une tradition détestable mais généralisée : le perp walk.

 

« Perp » est une abréviation de perpetrator, c’est à dire d’auteur d’un crime, walk (« marche », en anglais) est le fait de montrer en public la personne arrêtée, dans une position humiliante.

 

Menottes

 

A New York, la police passe systématiquement les menottes à une personne arrêtée et conduite au commissariat, sauf s’il s’agit d’une infraction mineure justifiable d’une amende.

 

Riches ou pauvres, célèbres ou inconnus, tous sont soumis au même traitement, et le maire de New York s’était attiré les foudres de la police, en 1987, quand il avait assoupli le régime pour les cols blancs se livrant d’eux-mêmes à la police en présence de leur avocat (ce qui n’est pas le cas de DSK).

 

Aucun fondement juridique

 

La pratique du « perp walk », elle, n’a en revanche aucun fondement juridique ou réglementaire. Elle vise spécifiquement les personnes riches et/ou célèbres et remonte aux années 1980. Elle a été popularisée par Rudy Giuliani, alors procureur fédéral de Manhattan, quand il s’en est pris aux traders de Wall Street.

 

Le premier « Wall Street » d’Oliver Stone montre d’ailleurs Charlie Sheen menotté, perdant son pantalon faute de ceinture devant les caméras.

 

Arme

 

Le perp walk est depuis devenu une arme de choix, frappant sans discrimination politiciens (Ron Blagojevich, gouverneur de l’Illinois), hommes d’affaires (Ken Lay, PDG d’Enron) ou stars du show-biz (Michael Jackson).

 

Le mot est même entré dans le langage populaire : on dit par exemple du gouverneur du New Jersey qu’il a donné un perp walk aux syndicats qu’il combat, c’est-à-dire une sorte de bizutage public. Et la parade des responsables de BP devant le Congrès a été assimilée à un perp walk au figuré.

 

Coup de pub à bon marché

 

Mais cette pratique populaire et populiste n’est pas appréciée de tout le monde. Elle est souvent un coup de pub à bon marché, pour le procureur, qui ne préjuge pas de ce que sera la suite.

 

En 1987, Rudy Giuliani s’était acheté une réputation de dur envers Wall Street avec ces perp walks, mais trois mois plus tard les accusations contre trois des traders humiliés devant les médias avaient été abandonnées.

 

Surtout, le perp walk est en contradiction flagrante avec la présomption d’innocence, le perpetrator étant par définition un criminel.

 

Paul Summit, un avocat et ancien procureur fédéral, s’était indigné en 2004 de cette pratique : « Il s’agit, écrivait-il, d’une disgrâce, d’une tache sur la justice américaine ». Il n’est pas le seul à le penser.

 

De notre correspondant à New York Philippe Boulet-Gercourt – Le Nouvel Observateur

Voir aussi:

  

Fallait-il cacher les menottes de DSK

Valerie De Senneville

Les Echos

16/05/11

Les images ont fait le tour du monde : celles d’un homme fatigué, le visage sombre, l’imperméable glissant le long de l’épaule, les deux mains jointes dans le dos… Fallait-il montrer Dominique Strauss-Kahn sortant menotté du commissariat de Brooklyn ou comparaissant, en début de semaine, devant la juge américaine ?

 

Mardi, un des avocats français de l’ex-directeur du Fonds monétaire international (FMI) a annoncé son intention de poursuivre les médias qui diffuseraient des images de DSK menotté. Pour lui, ces clichés, pris pendant la « perp walk » (terme argotique utilisé par les médias américains pour désigner la « perpetrator walk », littéralement « marche de l’auteur » des faits), sont illégaux en France. L’article 35 ter de la loi de 1881 sur la liberté de la presse est, il est vrai, parfaitement clair : il est formellement interdit en France « de publier, sans l’accord de l’intéressé, l’image d’une personne, portant des menottes, mise en cause à l’occasion d’une procédure pénale mais n’ayant pas fait l’objet d’un jugement de condamnation ».

 

Mais, à l’heure de l’information mondialisée, alors que, grâce à Internet, le public peut se connecter à n’importe quel site étranger, n’y a-t-il pas une part d’hypocrisie à brandir cette loi inapplicable dans les faits ? Qui plus est régulièrement contournée par la presse française, qui fait mine de la respecter en floutant les menottes ou en cadrant la photo de l’intéressé au niveau des coudes, mais légende le visuel de façon explicite…

 

Dominique Strauss-Kahn a été arrêté aux Etats-Unis et est soumis à une procédure américaine. Outre-Atlantique, ces photos de l’accusé sortant du commissariat, menotté et encadré par les policiers, sont monnaie courante. « Ces « perp walks » sont quasiment institutionnalisées aux Etats-Unis et révèlent un fonctionnement culturel où l’accusé est livré à l’opprobre public », analyse Jocelyne Arquembourg, chercheur en sciences de l’information interrogée par l’AFP. En France, la présomption d’innocence est un principe fondamental.

 

La jurisprudence ne s’est jamais montrée tendre avec les médias qui ne respectaient pas l’article 35 ter. En 2004, « France-Soir », « VSD » et « Paris Match » s’étaient fait condamner pour avoir diffusé la photo de Bertrand Cantat, le chanteur de Noir Désir, menotté lors de son arrestation en Lituanie, après avoir été accusé du meurtre de sa compagne Marie Trintignant.

 

Peu importe que l’image cache pudiquement les menottes : un jugement du 13 juin 2006 du tribunal de grande instance de Paris a considéré comme illégale la diffusion d’une photo laissant apparaître le prévenu dans « une position peu naturelle, aux côtés d’un gendarme qui le tient au niveau des poignets »… une image qui pourrait être celle de Dominique Strauss-Kahn sortant du commissariat d’Harlem, entouré de deux policiers.

 

La problématique est la même pour les images d’audience. Une chaîne privée américaine est spécialisée dans la retransmission en direct ou en léger différé des procès en cours. En France, – et dans la plupart des pays européens d’ailleurs -c’est l’interdiction totale. Seules sont autorisées les images de la salle d’audience… vide, la veille du procès. Le rapport Linden publié en 2005 avait bien essayé d’entrouvrir la porte des prétoires aux micros et aux caméras… sans aucune suite. Il faut dire aussi que la procédure accusatoire à l’américaine, où l’instruction de l’affaire se fait à l’audience, se prête mieux à une « mise en scène » judiciaire. Il n’est pas certain que le long rappel des faits en début d’audience correctionnelle ou la litanie des experts aux assises passionnent les foules.

 

Le juge français préfère donc encore le poids des mots au choc des photos : l’article 35 ter de la loi sur la liberté de la presse est repris dans la loi Guigou de 2000 sur la présomption d’innocence. « C’est une loi de protection de la dignité humaine, elle empêche de revenir au Moyen Age où les accusés étaient cloués au pilori », analyse l’avocat spécialisé en droit de la presse, Richard Malka. « Mais, admet-il, il y aurait eu quelque chose de ridicule à ce que les journaux français ne diffusent pas des images qui ont inondé la Toile et ont été visibles dans le monde entier. »

 

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a d’ailleurs bien perçu le problème. Le timide communiqué publié le 17 mai à la suite de la diffusion par toutes les chaînes françaises d’images de l’accusé Strauss-Kahn se borne à appeler « les chaînes de télévision à la plus grande retenue dans la diffusion d’images relatives à des personnes mises en cause dans une procédure pénale ». Mais se garde bien de les interdire.

 

Le problème est bien là : comment empêcher la diffusion de ces images ? «  Peu importe que des sites Internet soient émis des Etats-Unis ou des îles Fidji, c’est le lieu de réception du site qui est générateur du délit », insiste Dominique de Leusse, l’avocat de Dominique Strauss-Kahn qui menace de déposer plainte contre les médias qui ne respecteraient pas la loi. Encore faut-il identifier et aller chercher le propriétaire du site. « Les télévisions, elles, peuvent maîtriser leurs contenus », précise-t-il cependant. A bon entendeur… Mais peut-on imaginer l’avocat poursuivant l’ensemble des médias français ?

 

Il serait inutile de nier que les images de DSK ont choqué, mais qui s’est ému de celles de Bernard Madoff, dans la même situation ? La loi sur la présomption d’innocence agit au sens propre comme un garde-fou. Le reste est le problème de la conscience de chacun.

 

Valérie de Senneville est journaliste au service Enquêtes des « Echos »

Voir également: 

  

 

Affaire DSK: «la perp walk», une danse pour les canards

Qu’est-ce qu’une Perp Walk? Et sur quels critères la police américaine décide-t-elle de faire parader un suspect pour le bonheur des médias?

Christopher Beam 

Slate

20 mai 2011

Les ennuis judiciaires de DSK pourraient durer plus d’un an  DSK, un justiciable comme un autre L’arrestation du directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, accusé d’avoir violé une femme de chambre dans un hôtel de New York, a soulevé un véritable tollé en France. Bon nombre de ses compatriotes sont furieux que la police de New York l’ait présenté aux caméras de télévision menottes aux poignets, en route pour la salle d’audience pour la lecture de l’acte d’accusation. Une tradition de la police new-yorkaise que l’on appelle «Perp Walk».

 

«J’ai trouvé cette image d’une brutalité, d’une violence, d’une cruauté inouïes», a déclaré l’ex-ministre de la Justice Élisabeth Guigou; «je suis heureuse que nous n’ayons pas le même système judiciaire».

 

Mardi, le journal Le Parisien titrait: Les images chocs de DSK arrêté et menotté. Interrogé sur ces images lors d’une conférence de presse, le maire de New York, Michael Bloomberg, a défendu cette pratique: «Oui, je trouve que c’est humiliant, mais si vous ne voulez pas être soumis à une Perp Walk, il ne faut pas commettre de crime».

 

Eh bien, c’est exactement ce que dénoncent les détracteurs de cette pratique: ces «perps» n’ont pas (encore) été déclarés coupables. Or, jeter ainsi en pâture un prévenu constitue une violation du droit à la vie privée et peut introduire des préjugés dans l’esprit des jurés, alors susceptibles de pencher pour une condamnation. Surtout lorsque ces images tournent en boucle sur les chaînes d’info, parfois diffusées au ralenti et accompagnées d’une musique accablante. Pour reprendre la formule d’un avocat qui s’est adressé au site Poynter: « filmé au ralenti, tout le monde a l’air coupable.»

 

Pourquoi cette pratique est-elle autorisée? C’est une tradition, explique Nicholas Casale, ancien inspecteur du NYPD, qui a assuré la sécurité de Bernie Madoff durant sa comparution. Il considère la Perp Walk comme une sorte de service rendu par la police: «cela permet de promouvoir l’arrestation, l’accusé a ainsi l’occasion de faire une déclaration à la presse, et puis c’est centralisé» (spécialement pensé pour que les médias obtiennent leurs photos au cours de ce seul événement).

 

Plus ou moins humiliant

 

Cependant, les différents degrés de Perp Walk montrent que les forces de l’ordre s’en servent comme un d’un outil pour faire respecter la loi. La police, ou dans de nombreux cas, le FBI, procède à l’interpellation d’un suspect dans un lieu public, comme son bureau, et le présente aux médias, qui ont été avertis de l’opération – une pratique extrêmement humiliante. Dans les années 80, Rudy Giuliani, alors procureur général des Etats-Unis, avait exploité cette pratique pour punir sévèrement les criminels en col blanc de Wall Street. Son message: ces types-là ne valent pas mieux que les petits délinquants.

 

Selon le ministère américain de la Justice, il pourtant est interdit de prévenir la presse avant d’appréhender un suspect: «dans les cas où un mandat de perquisition ou un mandat d’arrêt doit être établi, les médias ne recevront aucune information en amont sur les mesures qui seront prises par la police; en outre, les représentants des médias ne doivent pas être sollicités ou invités à assister [aux opérations d’arrestation]».

 

Un «perp» un peu moins extrême: la police présente un accusé aux caméras de télévision au cours du trajet entre le commissariat local et le lieu de lecture de l’acte d’accusation. Dans ce cas, il arrive que le prévenu mette sa veste par-dessus sa tête pour se cacher le visage. Les policiers, eux, ne se décarcassent pas pour aider le suspect à se préserver des photographes et autres caméramans. «Un flic ne va pas dire: “voyons voir si on a un chapeau ou quelque chose qui traîne dans le placard”», ironise Nicholas Casale.

 

Naturellement, la police n’est pas obligée de créer un show. La perp walk est à son entière discrétion. Mais à chaque fois qu’on assiste à une telle pratique, on peut être sûr que quelqu’un au sein des forces de l’ordre cherche à se faire de la pub. «C’est un peu comme si on faisait poser un chien de chasse, avec sa proie dans la gueule, pour une photo», s’indigne Daniel Horwitz, avocat spécialisé dans la défense pénale et ancien procureur du comté de New York, c’est barbare!»

 

Comment éviter une perp walk?

 

Il existe d’autres cas de figure. Parfois, les policiers font sortir les suspects par une porte arrière et les emmènent dans une salle d’audience, à huis clos. D’abord pour des raisons de sécurité. (Rappelons tout de même que Lee Harvey Oswald a été assassiné par Jack Ruby lors d’une présentation aux journalistes.) Par ailleurs, un suspect peut éviter une perp walk s’il promet de coopérer, auquel cas les policiers font bien attention à préserver son anonymat. Les bons avocats de la défense négocient parfois un accord pour épargner à leurs clients de haut rang de jouer les bêtes de foire.

 

Outre celui d’humilier le prévenu, la perp walk peut présenter d’autres intérêts. Si la police soupçonne l’accusé d’avoir commis d’autres crimes, cela lui permet de diffuser son nom et son portrait pour inciter d’autres victimes à sortir de l’ombre. Un procureur peut également demander une perp walk s’il pense que la personne inculpée risque de s’enfuir.

 

Au lieu de se contenter d’une citation à comparaître, les forces de l’ordre procèdent alors à une interpellation surprise, à laquelle la presse a été invitée. Par ailleurs, «cela influe sur les négociations concernant une libération sous caution», explique Ryan Blanch, avocat de défense pénale exerçant à New York. «Si [l’accusation] souhaite empêcher une libération conditionnelle sous caution, la police pourra dire qu’elle a dû arracher le suspect à son domicile.» Mais même en cas de libération sous caution, la perp walk diminue le risque d’une fuite du suspect.

 

Une tradition américaine vouée à perdurer

 

Qu’on le veuille ou non, cette pratique est devenue monnaie courante dans le système judiciaire américain, au même titre les droits Miranda – la lecture, au moment de l’arrestation d’un suspect, de ses droits: la fameuse réplique «Vous avez le droit de garder le silence! Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous! (…)» Cette pratique est par ailleurs jugée conforme à la Constitution américaine, pourvu qu’elle serve les intérêts de la justice.

 

Si les policiers emmènent un suspect du commissariat au tribunal et que des photographes parviennent à immortaliser la scène, c’est acceptable (même si on a prévenu la presse). Ce le serait moins si les policiers faisaient monter un suspect à bord d’un véhicule de police à des seules fins médiatiques. Il est toujours possible de contourner ce principe. Par exemple, s’il n’y a pas de place de parking directement devant le tribunal et que les policiers doivent accompagner le suspect à pied sur quelques mètres!

 

Les Français auront beau condamner cette pratique, la perp walk n’est pas près de disparaître. La police l’adore. Les médias aussi. Si un suspect est finalement déclaré innocent, personne ne se remémore sa perp walk pour évoquer l’humiliation qu’il a dû subir. Tout le monde est passé à autre chose.

  

Traduit par Micha Cziffra

 Voir de même:  

 

« La chute des puissants est plus dure aux Etats-Unis »

Le Monde

19.05.11

 

« C’est sûr que la justice américaine est beaucoup plus violente [qu’en France] », déclarait l’ancienne juge Eva Joly, aujourd’hui députée européenne, lundi 16 mai, jour de la première audience de Dominique Strass-Kahn devant le tribunal pénal de New York. Justice accusatoire, rôle central du procureur, images de l’accusé menotté : l’affaire DSK révèle un fonctionnement judiciaire américain différent du système français. Pour Arthur Dethomas, avocat aux barreaux de Paris et de New York, « ce n’est pas la justice qui est violente mais les images » dans un système où « la chute des puissants est d’autant plus dure ».

 

Dominique Strauss-Kahn doit notamment répondre, devant la justice américaine, des charges d’agression sexuelle et de tentative de viol. Ces actes sont-ils jugés avec plus de sévérité aux Etats-Unis qu’en France ?

 

Me Arthur Dethomas : Une des grandes différences entre les justices des deux pays est qu’en France, il y a un système d’assimilation des peines. On poursuit un seul crime, en général, celui qui implique la peine la plus lourde. Aux Etats-Unis, au contraire, elles se cumulent. La peine de prison qui est potentiellement encourue se révèle donc beaucoup plus élevée. Or, les charges retenues contre DSK sont très sévères.

 

Aux Etats-Unis, le « sexual abuse » va très vite : c’est la règle du « no means no » [« non, c’est non »]. Même une plaisanterie sexuelle sur le lieu de travail, par exemple, est inadmissible dans ce pays. Ces faits sont poursuivis de façon extrêmement sérieuse par les autorités. Cela s’inscrit dans une différence qui relève plus de la culture que du droit.

 

Eva Joly évoquait, lundi, à propos de l’affaire DSK, la « violence » du système judiciaire américain. Peut-on parler d’un « choc des cultures » ?

 

Le choc des cultures repose sur une différence fondamentale entre les Etats-Unis et la France : outre-Atlantique, on voit ce qui se passe dans une affaire judiciaire. Le « perp walk », [cette « marche du suspect » où l’on voit l’auteur présumé des faits avancer menotté] est ancré dans la tradition américaine et a énormément choqué car dans l’Hexagone, on ne montre pas la personne arrêtée au moment du transférement chez le juge.

 

Mais en France, la justice pénale est tout aussi violente : l’incarcération, la privation de liberté et la garde à vue sont des mesures qui, par nature, marquent l’homme. Ce n’est donc pas exact de dire que la justice américaine est « violente ». C’est l’image qui l’est.

 

Cette façon de montrer la justice en action ne nuit-elle pas à la présomption d’innocence ? Existe-t-il les mêmes garanties du respect de ce principe aux Etats-Unis ?

 

Ce principe existe de la même façon qu’en France. Il est reconnu, bien que les Américains n’en fassent pas la même lecture : il n’y a pas de loi sur les images [que l’on peut montrer ou pas] et la vie privée est beaucoup moins protégée qu’en France. Mais couvrir un événement [comme l’arrestation de DSK] de façon plus discrète parce que l’accusé est une célébrité aurait été vécu comme un passe-droit. Cette idée est ancrée dans la tradition américaine.

 

Contrairement au système français, la justice américaine est accusatoire…

 

Il s’agit en effet d’une démarche à charge. Contrairement à la France, il n’existe pas de juge impartial qui instruit à charge et à décharge. Il y a l’équipe du procureur, d’un côté, qui instruit à charge, et l’équipe de la défense, de l’autre côté, qui cherche des preuves à décharge. C’est à chaque partie de fournir ses preuves. Mais l’accusation dispose des moyens illimités de l’Etat alors que l’accusé a l’air très seul face à un système qui, tout entier, est fait pour l’accuser.

 

En France, il s’agit, à l’inverse, d’un système inquisitoire : le juge d’instruction dispose des moyens illimités de l’Etat pour mener à bien une enquête, à la fois à charge et à décharge. C’est très rassurant pour quelqu’un qui ne dispose pas d’énormément d’argent ni d’une armée de détectives privés susceptibles d’apporter des preuves au dossier.

 

Quel est le rôle du procureur dans la procédure aux Etats-Unis ?

 

Absolument central, particulièrement à New York. C’est le procureur, le « district attorney », qui instruit, à charge. En outre, il occupe un poste d’élu, extrêmement politique, généralement tenu par un démocrate, comme c’est d’ailleurs le cas ici [avec Cyrus Vance Jr]. Comme le procureur a obligation de donner tous les éléments qui sont en sa possession, il ne va donc surtout pas chercher ceux à décharge. Car s’il les trouvait, il devrait les remettre à la défense.

 

La personne qui devra gérer le dossier contre l’ancien patron du FMI peut en tirer un gain politique phénoménal. On peut jurer que DSK aura face à lui quelqu’un de déterminé à mener cette affaire de telle sorte qu’il puisse en tirer tous les bénéfices politiques pour lui-même. Cela complique la tâche de DSK dans ce dossier.

 

Le rôle des avocats est également particulier…

 

La grande différence avec le système français, c’est qu’aux Etats-Unis, les avocats peuvent enquêter. Ainsi, le passé judiciaire, médical, affectif, sexuel de la victime va être observé au microscope par les équipes de la défense pour essayer de mettre en difficulté tout témoignage qu’elle pourrait apporter.

 

Les avocats de la plaignante, eux, ont un rôle de protection, car la partie civile n’existe pas aux Etats-Unis. La présumée victime pourra éventuellement déposer une plainte civile pour obtenir des réparations, mais dans le cadre d’un autre procès. Le rôle de ses avocats consiste à la protéger de la pression médiatique extrêmement forte qui, quand on n’est pas habitué à ce genre de maelström, se révèle d’une violence inouïe. Ils vont également la préparer pour sa déposition, parce que le témoignage a une valeur centrale dans la justice américaine : on témoigne à charge, mais la partie adverse peut ensuite poser des questions qui peuvent se révéler d’une extrême violence. Elle peut aller très loin pour montrer qu’on ne doit pas vous croire.

 

Ce système – où le fait de s’attacher les services des avocats les plus réputés et les plus expérimentés fait une vraie différence – ne favorise-t-il pas une justice à deux vitesses ?

 

Ce serait un raccourci facile, en France comme aux Etats Unis. Bien sûr, avoir davantage de moyens donne accès à une équipe de défense plus fournie, avec des avocats plus expérimentés. Il est vrai qu’aux Etats-Unis, le système accusatoire implique énormément de moyens pour apporter des preuves. C’est en ce sens-là que l’on peut parler d’une justice à deux vitesses.

 

Néanmoins, tout le monde est traité à la même enseigne. J’entendais Robert Badinter affirmer qu’il était choquant de traiter Dominique Strauss-Kahn comme un « minable dealer ». C’est donc en France qu’il y aurait une justice à deux vitesses : on a peut-être tendance à mieux protéger les puissants et à prendre moins d’égards avec les faibles. Aux Etats-Unis, le traitement des gens célèbres n’est pas différent : pas de quartiers VIP dans les prisons, pas de passe-droits. La chute n’en est que plus dure si vous êtes puissant.

Propos recueillis par Flora Genoux

Voir de plus:

DSK, LETTRES ECARLATES, LE « PERP WALK » ET SES RACINES PURITAINES

Le Post

18/05/2011

 

On voyait cette pratique dans les séries télévisées américaines sans trop s’en émouvoir ni en percevoir le sens. Une personne inculpée est présentée aux médias qui en profitent pour prendre des photos en vue d’alimenter leurs articles sur l’affaire en cours. Cela s’appelle le « Perp » ou « Perpetrator Walk » (« la marche ou la parade de l’accusé »). En voyant Dominique Strauss-Kahn soumis à cette épreuve, il m’est venu à l’esprit une scène du roman de Nathaniel  Hawthorne La lettre écarlate, paru en 1850. De quoi est-il question dans ce roman tragique, qui dénonce l’hypocrisie des colons puritains de la Nouvelle Angleterre ? Une jeune femme, Esther, commet un adultère avec un pasteur respecté de sa petite communauté. Esther est livrée à la vindicte populaire avec sa petite fille. Toutes les deux subissent l’épreuve du pilori afin que la mère révèle le nom de son complice.

 

Les esclaves noirs fugitifs (runaway slaves) subissaient des épreuves encore pires lorsqu’ils étaient capturés. Ces épreuves évoquaient parfois les châtiments infligés aux grands criminels français dans ce qui est devenu aujourd’hui le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. Montaigne en parle dans ces Essais, et surtout dans « Des cannibales ». Après l’écartèlement, le corps du supplicié était traîné d’un bout à l’autre de la ville pour susciter un sentiment d’horreur auprès de la population. De même, les esclaves noirs dans le Sud des Etats-Unis étaient tirés par les pieds ou les mains derrière un cheval ou un chariot avant l’épreuve du lynchage public. Ils étaient soient pendus à un arbre (cf. « Strange Fruit » de Billy Holiday) ou brûlés vif sur la place publique. Il s’agissait de dissuader l’esclave de toute tentative de fuite ou de toute tentative de sabotage de l’institution raciste de l’esclavage.

 

Il me semble que c’est cette tradition d’exposition du « présumé coupable » à l’opprobre, courante dans les mœurs puritaines de la Nouvelle Angleterre,  et du lynchage des esclaves noirs dans le Sud, qui se poursuit aujourd’hui avec la police américaine, telle que l’a illustré le cas Dominique Strauss-Kahn, devenu en l’espace de quelques heures un « damné de la terre ». 

 

Voir enfin :

 

The Crime Beat: Perp Walks

Dave Krajicek

 

« Perp walks » have been used for decades, although more frequently in some cities than others.

 

In New York, the police press information office frequently has placed a courtesy call to reporters when a high-interest suspect was to be « moved » from a precinct stationhouse to a central booking facility.

 

Photographers and videographers would gather outside the stationhouse to record the « walk. »

 

The courtesy calls set the NYPD apart from most police departments. In other big cities, including Los Angeles and Washington, no such photo appointments are set. Photographers who want a perp walk shot often must wait and hope.

 

Many police departments have made perp walks obsolete by freely passing out copies of mug shots to the media.

 

But old-school reporters argue that perp walks can be great theater.

 

For example, legendary robber Willie Sutton, who knocked over 100 banks from 1925 to 1952, uttered an immortal quote during a perp walk in New York.

 

A reporter shouted, « Hey, Willie, why do you rob banks? »

 

Sutton responded, « Because that’s where the money is. »

 

Federal authorities have been fond of perp walks since the early years of the FBI’s J. Edgar Hoover, who understood the priceless public relations value of an image that showed a cuffed bad guy in the grasp of a federal agent.

 

In conspiracy and racketeering cases, the feds frequently have offered the media – and the news-consuming public – a graphic of criminal collusion by tethering the alleged conspirators to a single heavy chain before the photo-op.

 

In 1997, Timothy McVeigh, later convicted and executed in the Oklahoma City bombing case, was subjected to a perp walk nearly three hours before he was officially arrested. McVeigh’s attorneys protested that the FBI timed the walk for maximum network TV exposure. McVeigh was surrounded by a dozen FBI agents. They were selected as a reward for collaring McVeigh, a tangential but important aspect of perp walks.

 

Defense attorneys and minority advocates have long complained about perp walks – lawyers because the photos make their clients look guilty, and blacks because an inordinate number of perp-walk shots show young black men in handcuffs with sweatshirt hoods pulled over their heads, like Grim Reapers.

 

Some compare perp walks to other forms of public humiliation, such as confinement to stocks or the practice of parading defeated opponents in war, an ancient custom that has regained popularity in the Mideast.

 

In 2002, federal authorities used perp walks in several white-collar crime cases, including the arrests of John Rigas, former chairman of Adelphia Communications, and two of his sons.

 

An attorney for the men said, « The Rigases had repeatedly offered to surrender, but were instead roused from their Manhattan apartments at 6 a.m. by federal agents. Later in the morning, they were escorted in handcuffs past news cameras. »

 

Another New York case may sound a death knell for contrived perp walks.

In 1995, a New York City doorman was arrested after a surveillance camera caught him rifling through the underwear drawer and cabinets of a vacationing tenant. The tenant sold the surveillance tape to the local Fox affiliate.

 

The news director wanted video of the suspect. He called the police press information office, which ordered detectives to walk the perp. The doorman, who was being questioned at a precinct stationhouse, was handcuffed, walked outside, placed in an unmarked police car, driven around the block and returned to the stationhouse.

 

Fox shot footage of the walk and broadcast it that night.

 

Charges against the doorman were soon dropped because nothing was missing from the apartment. He sued the city and police for violation of his Fourth Amendment right against unreasonable arrest.

 

A trial court and the U.S. Second Circuit Court of Appeals agreed the police had acted unreasonably and invaded the doorman’s privacy by staging a perp walk that was « an inherently fictional dramatization » with « no legitimate law enforcement justification. »

 

However, the court added, « Despite its adverse effects on (the doorman’s) dignity and privacy, the perp walk might nevertheless have been reasonable under the Fourth Amendment had it been sufficiently closely related to a legitimate governmental objective. »

 

New York police have been moving to the concept of « legitimate justification » for perp walks. The department says its policy was and is to neither impede nor promote photographs of suspects as they are being moved.

 

Most journalists oppose any official curtailing of perp walks. The Society of Professional Journalist’s Code of Ethics makes these points:

 

Journalists should « minimize harm » by balancing a criminal suspect’s fair trial rights with the public’s right to be informed.

« Show good taste. Avoid pandering to lurid curiosity. »

« Recognize that private people have a greater right to control information about themselves than do public officials and others who seek power, influence or attention. Only an overriding public need can justify intrusion into anyone’s privacy. »

 

Voir par ailleurs:

 

Cyrus Vance Jr joue le dossier de sa carrière

Flora Genoux

Le Monde

 20.05.11

 

C’est l’homme qui doit prouver la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn. Celui qui dans un système judiciaire accusatoire est missionné pour trouver les preuves à charge : les Américains l’appellent le « DA » pour « District Attorney ». Que l’on traduit par « procureur » en français. Cet homme, Cyrus R. Vance Jr, 56 ans, va devoir gérer le dossier de sa carrière, estiment les observateurs qui, à l’instar de Me Pierre Hourcade, avocat aux barreaux de Paris, New York et Californie, promettent « une lutte à mort entre lui et les avocats de la défense ».

 

DSK formellement inculpé depuis jeudi 19 mai, le procureur va travailler étroitement avec les avocats de la plaignante et éventuellement négocier avec la défense pour parvenir à un « plea bargain »,  c’est-à-dire une minimisation des chefs d’accusation et de la peine encourue pour éviter un procès. Si le procureur et la défense n’aboutissent pas un « deal », l’ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI) sera jugé en procès, devant des jurés. Ce sera alors Cyrus Vance Jr « qui expliquera les charges et passera plusieurs jours à démolir Dominique Strauss-Kahn devant un juré populaire », explique Me Hourcade.

 

UNE EXCELLENTE RÉPUTATION

 

« Cy », comme le surnomment la presse et ses proches collaborateurs est le fils de Cyrus Vance, ancien secrétaire d’Etat sous Jimmy Carter. Le poids de cette filiation l’écarte des affaires étrangères et le pousse vers le droit, développe le New York Times. Elément essentiel dans son appréhension de l’affaire DSK, le fils connaît bien les rouages de la défense : il a lui-même exercé comme avocat à Seattle avant de devenir procureur. « Il a donc aussi ce point de vue-là. Il n’a pas été un procureur toute sa vie », tient à souligner Richard Albert, avocat au cabinet Morvillo, Abramowitz, Grand, Isaon, Anello et Bohrer à New York, où Cyrus Vance Jr a lui-même exercé. « Cy » expliquait alors à Richard Albert ses ambitions de devenir procureur de New York et affichait son désir de « de rendre justice pour la communauté ».

 

Muni d’une réputation solide d’avocat déterminé, sérieux, honnête, Cyrus Vance Junior est décrit par Robert S. Bennett, juriste de renom et ancien avocat de Bill Clinton, commme un homme à « l’intégrité irréprochable ». Mêmes louanges d’un ancien collègue, Ronald Fischetti, avocat au barreau de New York qui évoque un homme « dévoué » à son travail.

 

COMBATTRE « LA DÉLINQUANCE DES COLS BLANCS »

 

Trop dévoué, « trop dur », critiquent des avocats de la défense cités anonymement dans un article du Daily News : davantage de cas iraient jusqu’au procès sans parvenir à une négociation depuis que Cyrus Vance Jr est procureur. « On peut peut-être dire qu’il est dur, mais ce n’est pas un jusqu’au-boutiste, » tempère Ronald Fischetti.

 

Sa légitimité, Cyrus Vance Jr la doit également à un poste obtenu par des élections : le procureur de New York est élu tous les quatre ans, sous une étiquette politique. Cyrus Vance Jr remporte largement les primaires démocrates avant d’être élu à 91 % au poste de procureur en novembre 2009. Il fait l’unanimité dans les médias new-yorkais et bénéficie du soutien de son prédecesseur, Robert Morgenthau, qui a exercé pendant trente-quatre ans. A son nouveau poste, Cyrus vance Jr entend combattre « la délinquance des cols blancs » et mettre en place une « justice de proximité », avec des unités spéciales travaillant étroitement avec la police et les organisations locales.

 

« C’est un pur produit de ce que les Etats-Unis font de mieux en termes de District Attorney », résume Me Hourcade : diplômé de la prestigieuse université américaine de Yale, puis de l’école de droit de Georgetown, il travaille d’abord au bureau du procureur Robert Morgenthau avant de quitter la côte est pour Seattle en 1988. Une décision dictée par la nécessité d' »échapper à l’ombre du père », analyse le New York Times. Il ne reviendra qu’en 2004.

 

A Seattle, il défendra 29 000 employées de Boeing face à leur employeur pour discrimination contre les femmes. Sa victoire au procès ainsi que le cas d’une femme tuée par son ex-fiancé instruit pendant ses années au bureau du procureur de New York lui vaudront la réputation d’un avocat, « sensible à la cause féminine ».

 

LE DOSSIER DE SA CARRIÈRE

 

C’est donc « probablement le plus gros dossier » de sa carrière que va instruire Cyrus Vance Jr, estime Robert S. Bennett. C’est surtout, « l’opportunité unique de se faire un prénom », affirme Me Hourcade. Si le rôle du procureur est d’abord judiciaire, il occupe en effet un poste politique. Ce dossier aura donc des « conséquences pour les prochaines élections », analyse Me Stéphane Drai : « Ce serait se mentir que d’affirmer qu’il s’agit d’un cas comme les autres », explique l’avocat aux barreaux de Paris, Lyon, New York et à la Cour Suprême des Etats-Unis.

 

Dans une affaire où le « gain politique est phénoménal », cela complique la défense de Dominique Strauss-Kahn, juge de son côté Me Arthur Dethomas, avocat aux barreaux de Paris et de New York : le procureur « ne va donc surtout pas chercher [les éléments] à décharge. » L’importance du dossier pourrait également durcir les négociations avec la défense : « Le procureur a tout à gagner à ce qu’il n’y ait pas de négociations, qui montreraient une faiblesse de sa part. Toute sa logique est de poursuivre DSK vigoureusement et de le voir condamné en quelques mois », commente Me Hourcade.

 

Les méthodes orientées d’anciens procureurs avaient joué favorablement pour leur élection à des postes politiques, rappelle Me Dethomas : « Rudolph Giuliani a été élu maire de New York après s’être rendu célèbre en tant qu’Assistant District Attorney à New York dans des affaires de crimes organisés. »

 

PAS D’AGENDA POLITIQUE

 

Incomparable, estime Ronald Fischetti : « Guiliani faisait tout pour gagner en popularité. [Cyrus Vance Jr] n’a pas d’agenda politique, c’est pas ce genre de personne. » Le District Attorney est d’ailleurs décrit comme un homme plutôt discret : « Ce n’est pas quelqu’un qui cherche à être médiatique », analyse Robert S. Bennett. Son ancien collègue, Richard Albert martèle : « [Cyrus Vance Jr] est a-politique », insistant sur le « a ».

 

 

Face à la couverture médiatique massive de l’affaire, les avocats américains relativisent l’importance du dossier : une accusation de tentative de viol, « ce n’est pas si compliqué », estime Ronald Fischetti. Dans un bureau où environ 500 personnes travaillent pour le procureur, il est probable que ce ne soit pas lui qui poursuive le cas « personnellement », même s’il devrait le « superviser », prédit-il.

 

Si, pour Robert S. Bennett, Cyrus Vance Jr « ne veut pas perdre ce cas », il ne le poursuivra cependant pas si les preuves ne sont pas suffisantes. Le procureur est en effet tenu de présenter les éventuelles preuves à décharge rencontrées pendant l’enquête. Si Cyrus Vance Jr omet de mentionner des éléments qui pourraient disculper l’accusé, le procès pourrait être annulé pour vice de procédure. Jonathan O’Brien, avocat à Boston, prévient : « S’il poursuit l’affaire uniquement pour sa réputation, c’est dangereux pour lui. »

 

Voir enfin: 

  

Cynics might call the perp walk the crime reporters red carpet: How we justify images of accused IMF chief in handcuffs

Al Tompkins

Poynter

May 17, 2011

 

Some Europeans are upset over how American journalists have used “perp walk” photos and videos of International Monetary Fund chief Dominique Strauss-Kahn, who is accused of attempting to rape a hotel maid in New York City last weekend.

 

Former French Minister of Justice Elisabeth Guigou helped push through legislation that prohibits publication of handcuffed suspects, like Strauss-Kahn, unless they are convicted. Guigou objected to the perp walk photo on French radio, saying “I found that image to be incredibly brutal, violent and cruel.”

 

And France’s “broadcasting watchdog” has reminded media there that it remains illegal to show these images. Still, seven of the country’s eight national daily newspapers showed photos of Strauss-Kahn in the courtroom, where cameras are banned in France.

 

Strauss-Kahn’s legal team objected, according to The Wall Street Journal:

 

“We’ve been watching Strauss-Kahn on prime-time TV shows and on the front page of all newspapers handcuffed, being forcibly pushed into a car by policemen, and this is contrary to the spirit of the law,” said Dominique de Leusse, a lawyer for Mr. Strauss-Kahn. “Even if the handcuffs weren’t apparent, it was obvious that he was being coerced.”

 

In the United States, the images are viewed differently, though.

 

“Cynics might call the perp walk the crime reporter’s red carpet,” says Art Harris, an award-winning investigative reporter who has covered dozens of celebrity scandals and criminal trials for CNN, People Magazine, CBS, ABC, FOX and the Washington Post over the last 30 years.

 

International Monetary Fund leader Dominique Strauss-Kahn is escorted away from the special victims unit precinct, Sunday, May 15, 2011 in New York. Strauss-Kahn is accused of sexually assaulting a maid in his hotel room in New York City. (Julio Cortez/AP)“Police and prosecutors get to show off their trophy. Reporters lap it up because that’s all we know we’re going to get. After all, what better visual than an unshaven, shackled perp, sullen and shuffling?” Harris tells me.

 

“No one except defense lawyers on Nancy Grace, the ACLU or pointy-headed ethics profs even dare ask such questions. But, you’re right. They should be asked.”

 

WISN News Director Lori Waldon told me, “Perp walks are often the very first ‘money shots’ of a high-profile crime case. Those first images are important when the story breaks. But we also know that the perp walk often looks and feels like a circus. Unfortunately, those images often portray journalists at their worst.”

 

“Those 30 seconds of a perp walk are the lifeblood to the TV news,” Harris confirms. “Between that and the mug shot that is often all you got as visuals to tell a crime story. If you are writing for print you would not even mention that Joe Blow walked 50 steps between the police and the courthouse handcuffed face-down, unless it was some really high sensational story and you needed that tiny bit of description for color.”

 

Waldon says one of her biggest concerns about perp walks is that they are used over and over.

 

“The first couple of times are okay. After that, those pictures not only become wallpaper, they lose their effectiveness. Those images become caricatures,” Waldon says.

 

“The challenge is when we don’t have many ‘cover shots’ for a story, so the reporter and/or editor revert back to the same worn pictures. But that still doesn’t excuse using those same shots over and over. I would ask my reporters and photographers to find a more creative way to tell the story.”

 

Looks can be deceiving or revealing

 

There are a few other problems with perp walk video, according to Canadian lawyer and teacher Lisa Taylor.

 

First, it gets used in slow motion. And “everyone looks guilty when they are slo-mo’ed,” Taylor says.

 

The images can also damage a person’s reputation and his or her ability to get a fair trial.

 

“If I was arrested, I would be disheveled, distressed, probably not have my makeup on. When you are held in jail it is not a night at the Ritz. It is hard not to look exhausted/creepy/guilty when you just spent a night in jail,” says Taylor.

 

WFOR investigative reporter Stephen Stock agrees.

 

“I have witnessed many, many ‘perp walks’ and rarely is the person under arrest at their best,” Stock says. “I think you could make the argument that showing this ‘walk’ in such circumstances is exploitative and may even be viewed by some as ‘knocking someone down a peg’ especially if the person under arrest is of one who has a high profile in the community.”

 

But, Stock says, sometimes that unkempt appearance is part of the story. Think of how Saddam Hussein looked when soldiers plucked him from the underground box in which he was hiding.

 

“To show them ‘at their best’ would misrepresent to the public what is going on,” Stock says. “In the case of the Strauss-Kahn arrest, the reports show he was on an airplane, 10 minutes from leaving the country when he was arrested. To NOT show his state of being after being arrested or to use merely file tape where he looked ‘his best’ would be misrepresentative and abdicating our role as truth-tellers for our viewers/readers. I would argue it is NOT the journalist’s job to ‘pretty someone up’ or NOT show someone because he/she does not look their best.”

 

Journalists should seek out other images to use in addition to the perp walk “to add fairness and balance,” Stock says.

 

Actions speak as loud as words

 

WISN’s Waldon says sometimes the way a person acts when paraded in front of cameras can be telling.

 

“Most of these people arrested for high-profile crimes have been secretive. When they’re caught, there’s something telling about how they look and how they react in the spotlight,” Waldon says.

 

“A good reporter can literally detach themselves from the spectacle and provide smart, insightful observations, ” Walden said. “I cringe when I hear some reporter yell to a murder suspect something like, ‘Did you kill your wife?’ It’s those silly questions that elevate a perp walk to a circus. That’s the stuff of a ‘Saturday Night Live’ skit.  I think any question that’s insulting, presumptuous or bullying is totally off limits.”

 

Harris says he has almost never shouted and finds it ineffective, as well. “Usually you get no response. The journalists who shouts probably knows they are not going to get an answer but the reporter gets the voice on tape and his boss says, ‘Hey, hey he is out there doing his job.’ It is usually purely provocative and just for Hollywood sake.”

 

Law enforcement, media need each other

 

In the U.S., police and media often have a sort of “silent collaboration” in criminal cases, Harris says, where cops need the public’s support to solve a case or urge witnesses to come forward and journalists need pictures and information to tell stories.

 

“The perp walk is an equalizer, giving voice and power to a hotel maid to accuse and confront a powerful man,” Harris says. “It might give other victims (if there are any) courage to come forward if they see her being taken seriously.”

 

Harris doesn’t worry much about pre-trial publicity corrupting fair trials.

 

“This is not Napoleonic justice where the judge is the fact finder, prosecutor and jury. Here the people will decide ultimately. And no matter who you are, if you have been arrested for something, it is understood you are going to be subject to all the scrutiny the press is going to give you,” Harris says.

 

Legal precedent

 

Over the years, U.S. courts have been sensitive to pre-trial publicity, but reluctant to forbid journalists from capturing or using images of the accused. 

 

The Nevada Law Journal explains, “The perp walk has two potential effects: shaming the accused and generating publicity for law enforcement. The perp walk has been criticized,  but constitutional challenges to perp walks have met with very limited success.”

 

The American Bar Association’s Rules of Professional Conduct includes two sections that speak to the legality and ethics of perp walks. Section 3.6 lays out what prosecutors may say about a case. Generally it allows prosecutors to name a suspect and say things that are already in the public record. ABA rule 3.8 does not prohibit perp walks but advises:

 

“Except for statements that are necessary to inform the public of the nature and extent of the prosecutor’s action and that serve a legitimate law enforcement purpose, refrain from making extrajudicial comments that have a substantial likelihood of heightening public condemnation of the accused….”

 

Taylor explains how it’s handled in Canada. “We don’t have any laws that prohibit [us] from showing stills or video going in and out of jail or court, what we don’t have is the deliberate or circus atmosphere that so often surrounds high-profile arrests in the States.”

 

Taylor says, “While we can still use the pictures we get from a perp walk, it is usually because it is just the way they get a person from Point A to Point B, not a deliberate attempt by police to shame the person. If they did it to shame somebody, it could be a legal claim for abuse of legal process in Canada.”

 

Journalists should consider the journalistic purpose of using the perp walk images, says Taylor.

 

“Does the perp walk image show something newsworthy, such as how much security is around the suspect? If Strauss-Kahn was surrounded by 20 special agents, for example, the video might say something about the importance of the case. What if the image shows the person in handcuffs being pushed around or abused? There might be a good reason to use the video.”

 

Taylor disagrees with those, especially Europeans, who think it should be illegal to show suspects in handcuffs.

 

“People who have been treated unfairly should have civil remedies, but to be that prescriptive to put a blanket on coverage, this freedom of expression proponent is nervous about a prohibition of photographing and publishing anything,” she says.

 

The history of ‘perp walks’

 

New York Times columnist William Safire wrote that “perp walk” became a catch-phrase in 1986. But the practice has deep roots in American justice and journalism.

 

Poynter Chief Librarian David Shedden dug around journalism files to find us some examples of famous/infamous perp walks.

 

O.J. Simpson, Ken Lay, Bernie Madoff, Timothy McVeigh, Saddam Hussein all appeared for cameras after their capture. Maybe the most noteworthy perp walk was Lee Harvey Oswald’s walk to his death shown on live television.

 

Bank robber Willie Sutton was reported to have uttered a widely quoted line during a perp walk. It is often told that a reporter asked a cuffed Sutton why he robbed banks, to which Sutton was reported to have quipped “because that is where the money is.” Sutton later denied ever having said it.

 

A solution

 

There is a way to assure that perp walk video will not come to define a suspect: Allow cameras inside the courtroom. If journalists can capture video of the accused in court, there is no need to chase him down the sidewalk. The courtroom video is likely to show the accused in a better light, the same setting in which a jury would see them.

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