Elimination de Ben Laden: Comment transformer une victoire en aveu de culpabilité ou d’impuissance (How America’s most calamitously pc president could botch its greatest triumph)

The post-mortem revelations of Osama bin Laden’s daily habits have confirmed the orthodox narrative about the al-Qaeda chief. Rather than a traditionalist conservative Muslim, bin Laden has been caricatured as a mentally unstable fringe figure, a narcissistic megalomaniac who “highjacked” Islamic doctrine in order to prey on Muslims traumatized by a lack of economic or political opportunity. Learning that bin Laden enjoyed Coke, watched porn, and was vain about his appearance seemingly confirms that assessment. Yet this kind of thinking reveals more about our own cultural myopia, the way we reduce all human behavior to our own categories and assumptions. Unfortunately, this mistake leads to our misunderstanding the tactics and strategy of the jihadists. A recent example of this phenomenon is Bret Stephens’ column in The Wall Street Journal about bin Laden’s references to MIT linguist and radical crank Noam Chomsky. Most of the column is an astute dissection of Chomsky’s political rants, which Stephens correctly notes function as pop-cultural commodities and fashion markers for the badly educated young with épater le bourgeois pretensions. The problem comes with Stephens’ ruminations on why bin Laden would find Chomsky appealing. As a “wannabe philosopher,” bin Laden sought “the imprimatur of someone he supposes to be a real philosopher” who could provide him an “intellectual architecture for his hatred of the United States.” Chomsky’s academic position and celebrity “could only have sustained bin Laden in the conceit that his thinking was on a high plane.” An analysis such as this, focused as it is on bin Laden’s personal psychology and pathologies, misses how shrewdly the jihadists have taken the measure of the West and its left-wing elites, whose guilt and self-loathing make them important allies in undermining our morale. The usefulness of leftist ideology for jihadists was obvious from the beginning in the work of Sayyid Qutb, “al Qaeda’s intellectual godfather,” according to Lee Smith. Qutb found in communism’s clichés about industrial capitalism’s alienation and dehumanization an idiom of indictment that could resonate with left-wing Western intellectuals. (…)  So too the Iranian Islamist Ali Shari’ati, who translated into Persian Frantz Fanon’s 1963 The Wretched of the Earth, one of the most important anti-colonial, anti-Western tracts. Shari’ati and other Iranians adapted the Marxian notion of “false consciousness,” the device by which capitalism fools the proletariat into ignoring their own true interests and obscures the oppressive reality of socio-economic institutions, and called it “Westoxification,” the mind-addling allure of Western commodities and ideas that seduces Muslims from the true faith. The Ayatollah Khomeini, architect of the first Islamic state, likewise adorned his sermons and speeches with anti-colonial, anti-imperialist, and Third World revolutionary rhetoric sure to delight European Marxists like Michel Foucault, who indeed celebrated Khomeini as a revolutionary hero. Today’s jihadists employ the same tactic, linking their theologically inspired hatred of the West to left-wing indictments of the uniquely oppressive and exploitative nature of capitalism, creating what David Horowitz calls the “unholy alliance.” Thus when bin Laden was communicating to Americans, he sounded all these old shibboleths of leftist theory. (…) All these statements are indistinguishable from those made over the years by Noam Chomsky, Michael Moore, Howard Zinn, Robert Fisk, William Blum, or thousands of college professors, pundits, and editorial writers. That similarity is not accidental, for bin Laden, like Qutb and Khomeini, was seeking allies among an influential class of Americans who could shape public opinion and thus change US policy. For when speaking to Muslims, bin Laden and his theorist Ayman al-Zawahiri focused not on these left-wing clichés, but on Islamic theology. As Raymond Ibrahim points out, bin Laden and Zawahiri “argue to Muslims that Muslims should battle the West because it is the infidel.” Bin Laden didn’t need Chomsky or anybody else to provide him with an “intellectual architecture for his hatred of the West” or to validate his own thinking. He could find all the “architecture” and support he needed in the Koran and 14-centuries of Islamic theology and jurisprudence. His references to Chomsky and other leftist fellow-travelers of jihadism were, like the jihadists terrorist attacks, tactical, a device for advancing the long-term strategy of defeating the West by eroding our will to fight and exposing the weakness at the center of our civilization — the suicidal self-loathing and failure of nerve that, to paraphrase Lenin, will provide the jihadists with the rope they will use to hang us. Bruce Thornton
Du temps du règne du général-président Pervez Musharraf, on avait coutume de dire que Ben Laden était son «assurance-vie» puisque de dictateur militaire paria, Musharraf était devenu après le 11-Septembre l’allié indispensable de l’Occident et donc qu’il le protégerait pour justifier son importance. La plaisanterie courante était que la meilleure planque de Ben Laden était sans doute une des maisons sécurisées de l’ISI, les puissants services de renseignements pakistanais. François Chipaux
AMERICA IS BACK Le Point
C’est un triomphe pour Barack Obama, qui a, comme toujours, la victoire modeste. Sa stratégie de lutte ciblée contre Al-Qaida porte ses fruits, en rupture avec la désastreuse « guerre globale contre la terreur » de son prédécesseur, George Bush. L’Amérique peut enfin, au bout de près de dix ans de travail, de deuil inachevé, tourner la page du 11-Septembre. Jean-Pierre Filiu (historien spécialiste du djihadisme, Institut d’études politiques de Paris)
Il est très important de ne pas laisser des preuves photographiques dans la nature comme un outil d’incitation (à la violence) ou de propagande. Ce n’est pas dans notre genre. Nous n’arborons pas ce genre de choses comme des trophées. Obama
Quels que soient les actes attribués à Ben Laden, l’assassinat d’un être humain désarmé et entouré de sa famille constitue un acte odieux. Castro
Nous condamnons l’assassinat de tout moujahid (combattant islamique) et de tout individu, musulman ou arabe, et nous demandons à Dieu de lui accorder sa miséricorde.  Si cette nouvelle est vraie, nous pensons que c’est la poursuite de la politique d’oppression américaine fondée sur l’effusion du sang des Arabes et des musulmans. Ismail Haniyeh (Hamas, Gaza)
Les Arabes et les musulmans sont des êtres humains et l’Occident doit les traiter avec dignité, qu’ils soient des partisans ou des opposants à Oussama Ben Laden. (…) Il y a des règles morales à respecter, et l’effusion de sang arabe et musulman par des Américains ou d’autres n’est pas permise. Khaled Mechaal (Hamas, Damas)
Ben Laden était un homme, qui malgré ses défauts, a forcé les criminels à être vigilants. Al-Akhbar (quotidien proche du mouvement chiite Hezbollah)
C’est surprenant à quel point le crime et l’assassinat se sont banalisés et comment ils sont célébrés. Avant, les gouvernements impérialistes respectaient au moins les formes. Maintenant, les chefs des gouvernements qui bombardent célèbrent la mort de n’importe quel individu, indépendamment des accusations qui pèsent sur lui. Et pas uniquement d’éléments hors-la-loi comme Oussama Ben Laden, mais aussi de présidents, de familles de présidents. (…) L’empire n’a plus d’autre issue, l’issue politique, l’issue diplomatique sont dépassées. La seule chose qui reste est l’assassinat. Elias Jaua (vice-président vénézuélien)
L’élimination de Ben Laden relance le débat et les anciens de l’équipe Bush refont surface ces jours-ci en tentant de justifier l’usage de la torture. Ils essaient de prouver aujourd’hui que leur politique était la bonne et que l’usage de méthodes d’interrogatoire poussées était justifié. Le débat fait rage, mais le New York Times, par exemple, a pris position aujourd’hui, dans un éditorial très clair : rien ne peut justifier l’usage de la torture. (…) Cela illustre bien le paradoxe américain. Les Américains, et Barack Obama en particulier, sont profondément attachés aux libertés publiques qui sont inscrites dans leur Constitution et que la Cour suprême réaffirme régulièrement. Pourtant, depuis le 11 septembre 2001, ils se sont souvent trouvés en porte-à-faux à ce sujet. Obama a en effet fait campagne sur la promesse de fermer le camp de Guantanamo, mais trois ans plus tard, il y a toujours 172 prisonniers dans ce camp militaire. Il est aussi étonnant, pour des Européens, d’entendre un président d’un pays démocratique dire que Oussama Ben Laden « a eu ce qu’il méritait », alors qu’on peut considérer qu’il a été exécuté sommairement sans autre forme de procès. C’est l’Amérique de l’après-11-septembre. Il faut aussi rappeler que dans plusieurs Etats américains, la peine de mort est toujours en vigueur et pratiquée. Le Monde
La France condamne l’action conduite contre Cheikh Ahmed Yassine qui a fait dix morts palestiniens comme elle a toujours condamné le principe de toute exécution extrajudiciaire, contraire au droit international. La pratique des exécutions extrajudiciaires viole les principes fondamentaux de l’Etat de droit sans lequel il n’y a pas de politique juste et efficace possible, y compris en matière de lutte contre le terrorisme. Cette pratique des forces armées israéliennes doit cesser. Au-delà de son caractère illégal, l’attaque d’hier risque d’être contre-productive au plan politique. Jean-Marc De La Sablière (représentant français à l’ONU, 2004)
Quand Israël a éliminé les deux chefs précédents du Hamas, le ministre des affaires étrangères britannique a déclaré:  » les éliminations ciblées de cette sorte sont illégales et injustifiées. (…) Maintenant la Grande-Bretagne applaudit l’élimination ciblée d’un terroriste qui a mis en danger ses soldats et citoyens. Quelle est la différence, si ce n’est qu’Israël ne peut jamais trouver grâce aux yeux de beaucoup dans la communauté internationale. Alan Dershowitz
Cette action a donc été minutieusement planifiée, préparée, commandée et exécutée. (…) Sauf que l’on a assisté, aussitôt après l’annonce solennelle de la part du Président Obama de la mort de l’ennemi public n°1 de l’Amérique, à une cacophonie médiatique mal orchestrée, erratique, incohérente. Des informations sporadiques essentielles filtrent dans la presse, ou pire sont présentées officiellement au compte gouttes, sans fil directeur et visiblement non préparées, par des intervenants qui semblent improviser.  (…) Les révélations médiatiques relevaient de la plus grande prudence et du plus extrême sang froid. Or, mise à part l’annonce présidentielle dans la nuit du 1er au 2 mai, manifestement bien préparée et mise en scène, la suite de la « manœuvre médiatique » américaine donne la fâcheuse impression d’avoir été improvisée, bâclée. Nous vivons à l’ère de la communication : c’est la phase finale de toute manœuvre, guerrière ou pas, qui ne doit pas être ratée, au risque de gâcher les phases précédentes. La réussite complète est à ce prix. Général Abel Pertinax (ancien haut-responsable de l’armée française)
Y a-t-il jamais eu de chef occulte plus pathétique ou de chef planqué ayant davantage autorisé la mise à mort de simples spectateurs? (…)  Par contre, (…)  le discours d’Obama n’aura aucune valeur s’il s’attend à ce que nous continuions à armer et financer les mêmes personnes qui ont fait de cette traque une entreprise si inutilement longue, difficile et coûteuse. Christopher Hitchens
En privant le monde de l’image d’un Ben Laden mort, les autorités américaines agissent comme si la mise à mort du leader d’Al-Qaida le privait du droit à l’image. Pourtant, dans notre « civilisation de l’image », priver une personne publique de visibilité, fusse-t-elle considérée comme négative et morte, semble nourrir l’imaginaire collectif de manière encore plus radicale que le manque de sépulture. (…) De manière étrange, le refus de l’image de ce qui semblait être un trophée de guerre pour les Américains résonne comme un aveu de culpabilité ou d’impuissance des Etats-Unis dans la gestion même de cette victoire. Comme si ce succès sonnait le départ d’une bataille encore plus terrible que la précédente. Irène Costelian

L’honneur de l’Amérique  sous Obama n’aurait-il décidément pas été assez flétri?

A l’heure où l’évidemment heureuse élimination du cerveau diabolique du 11 septembre et de tant d’autres assassinats de masse révèle à nouveau …

Outre l’habituel double jeu des régimes musulmans comme un Pakistan hébergeant depuis des années à la barbe de tous le terroriste le plus recherché de la planète …

La véritable engeance  des amis, du Hamas au Hezbollah et des gérontocrates cubains au bouffon vénézuélien, de nos compagnons de route et idiots utiles habituels,  Mélenchon et Besancenot compris …

Comment ne pas voir …

L’indécrottable naïveté ou plus justement l’impardonnable cynisme de ces prétendus défenseurs de la démocratie et de la liberté qui, avec l’énième réconciliation Fatah-Hamas, en sont encore à exiger des concessions à Israël devant le dernier subterfuge de ceux qui prônent ouvertement sa disparition?

Comment continuer à accorder le moindre crédit …

A des médias qui n’ayant toujours pas compris 10 ans après qu’un camp de prisonniers de guerre n’a jamais eu vocation à juger ses détenus mais à les empêcher de rejoindre le champ de bataille jusqu’à la fin des hostilités …

Et après les monceaux d’insanités accumulées contre le véritable architecte de la traque enfin récompensée du tueur de masse saoudien fêtent aujourd’hui, de la part de son successeur paradant en couverture du Point, un acte qu’ils n’ont eu de cesse de condamner quand il venait de son prédécesseur ou des dirigeants israéliens ?

Comment conserver quelque respect que ce soit pour celui qui contre les victimes elles-mêmes défendait il y a quelque mois encore l’ultime défiguration de Ground Zero par les tenants de la religion au nom de laquelle l’abomination y avait été commise et se permet aujourd’hui, comme l’a bien perçu l’ancien président Bush qui a très intelligemment refusé de se joindre à lui, de venir y faire son numéro pour le seul bénéfice de sa propre réélection ?

Mais surtout comment ne pas être inquiet, avec une bien seule Irène Costelian, au moment où par l’incompréhensible refus, outre l’incroyable cafouillage de l’annonce, d’en publier les images  d’un président plus calamiteusement politiquement correct que jamais …

L’Amérique voit ce qui aurait dû être sa plus grande victoire ravalé  à un improbable « aveu de culpabilité ou d’impuissance »?

L’absence d’images de la mort du chef d’Al-Qaida va renforcer son aura

Irène Costelian, docteur en sciences politiques

Le Monde

05.05.11

Durant les dix ans que dura la traque d’Oussama Ben Laden, le monde fut submergé par l’image du leader d’Al-Qaida. Placardée dans tous les postes de police des Etats-Unis, ainsi qu’aux postes frontières de tous les Etats, la photo de l’ennemi public numéro un avait conduit à familiariser les citoyens et les garants de l’ordre public avec le visage de Ben Laden. Toutefois, depuis l’annonce de sa mort, les autorités américaines refusent de diffuser la photo de sa dépouille, ce qui ne fait qu’entretenir l’ambiguïté sur la mort même du terroriste.

En privant le monde de l’image d’un Ben Laden mort, les autorités américaines agissent comme si la mise à mort du leader d’Al-Qaida le privait du droit à l’image. Pourtant, dans notre « civilisation de l’image », priver une personne publique de visibilité, fusse-t-elle considérée comme négative et morte, semble nourrir l’imaginaire collectif de manière encore plus radicale que le manque de sépulture. En effet, si la sépulture confère un emplacement géographie, qui peut se transformer en lieu de mémoire, l’image, quant à elle, prend très vite une dimension iconographique, avec tous les travers que cela comporte.

De plus, la sépulture est un lieu figuré où, de toute manière, la dépouille est cachée, alors que l’image demeure mobile, pouvant être transportée ou recrée par l’imagination à chaque fois que la personne est évoquée. Toutefois, en l’absence d’images réelles de la dépouille d’Oussama Ben Laden, de nombreuses représentations circulent sur Internet, certaines ayant aussi été reprises par les médias. Mais mêmes truquées, ces images semblent constituer la clef de cet événement, puisqu’elles posent la question de la réalité de la mort de Ben Laden.

La fausse image de la dépouille du leader d’Al-Qaida, loin de représenter une « non-image », représente une réalité sublimée et marque le désir des citoyens occidentaux de matérialiser leur plus grande victoire dans la lutte contre le terrorisme.

Par ailleurs, l’absence d’images officielles renforce l’aura mythique, presque mystique, d’Oussama Ben Laden. Le leader d’Al-Qaida demeurera, dans l’inconscient collectif, continuellement jeune et souriant, le visage émacié, comme transfiguré par ses idéaux. Cette image serait sans doute pire que celle de son cadavre dans la mesure où elle laissera subsister les doutes sur sa mort.

Alors que le monde occidental a exhibé les dépouilles de tous les dictateurs qu’il a contribué à éliminer, du couple Ceausescu à Saddam Hussein, le choix de ne pas le faire pour Oussama Ben Laden semble incompréhensible pour certains et moralement juste pour d’autres.

Les dernières révélations des autorités américaines sur les circonstances de la mort du numéro un d’Al-Qaida renforcent la création non seulement d’une héroïsation mythologique de Ben Laden mais surtout d’un culte autour de l’ancien chef. Selon la déclaration de Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche, Ben Laden n’était pas armé lors de sa mort, alors que dans l’imaginaire collectif il était mort l’arme à la main. L’impossibilité de se défendre du combattant semble ainsi diminuer le prestige même du vainqueur et de sa victoire.

Le manque d’images de la mort de Ben Laden pose également la question d’un éventuel remord des autorités américaines, ce qui est renforcé par les versions successives des conditions dans lesquelles le numéro un d’Al-Qaida est mort. La fin de Ben Laden présente des similitudes avec son arrivée sur la scène médiatique internationale. Mort ou vif, il demeure insaisissable.

De manière étrange, le refus de l’image de ce qui semblait être un trophée de guerre pour les Américains résonne comme un aveu de culpabilité ou d’impuissance des Etats-Unis dans la gestion même de cette victoire. Comme si ce succès sonnait le départ d’une bataille encore plus terrible que la précédente.

Voir aussi:

Ben Laden, la mort d’un fou

Christopher Hitchens

Slate

La politique que va maintenant adopter Barack Obama sera déterminante pour faire diminuer l’influence d’al-Qaida.

Elles sont nombreuses, au Pakistan, les charmantes petites villes comme Abbottabad, s’égrainant le long des routes qui mènent aux montagnes Rawalpindi (la ville de garnison des hauts-gradés de l’armée pakistanaise où se cachait aussi, jusqu’en 2003, Khalid Cheikh Mohammed). Muzaffarabad, Abbottabad… fraîches en été comme en hiver, avec leurs vues imprenables et leurs constructions discrètes.

Les autorités coloniales britanniques –comme le major James Abbott, qui donna son nom au lieu– les appelaient des «stations de montagne», faites pour le repos et les loisirs des officiers supérieurs. Cette idée agréable, à l’image de l’endroit, s’est perpétuée dans la hiérarchie militaire pakistanaise.

Si vous me dites séjourner dans une jolie résidence protégée d’Abbottabad, je pourrais vous répondre que vous êtes l’invité d’honneur d’un pouvoir militaire qui, annuellement, dépense plusieurs milliards de dollars d’aide américaine. La flagrante évidence d’un tel propos a de quoi couper le souffle.

Une complicité avérée

Il y a peut-être une légère satisfaction à tirer de cette preuve éclatante de complicité entre autorités pakistanaises et al-Qaida, mais, globalement, cela ne fait qu’accroître un sentiment de déception. Après tout, qui ne savait pas que les États-Unis nourrissaient grassement les mêmes mains qui nourrissaient Ben Laden? Il y aurait, aussi, un triomphe modeste dans la confirmation que notre vieil ennemi n’était pas un héroïque guérillero, mais le client pourri-gâté d’une oligarchie vicieuse et corrompue, au sommet d’un État voyou et déliquescent.

Mais, là encore, nous étions au courant. Au moins, nous n’aurons pas à supporter une de ses vidéos auto-satisfaites quand approchera le dixième anniversaire de son crime le plus célèbre.

D’ailleurs, quand bien même, il n’avait récemment émis aucun communiqué* majeur (et je m’étais ainsi demandé, voici quelques temps, s’il n’était pas mort, ou s’il n’avait pas déjà été tué accidentellement), et l’activité fondamentalement haïssable de son groupe, tout comme son idéologie, ont été transmises à la génération de ses successeurs, à l’instar de son clone irakien, incomparablement plus impitoyable, Abou Moussab al-Zarqaoui.

Il m’arrive d’espérer, comme avec al-Zarqaoui, que Ben Laden ait eut quelques instants, sur la fin, pour réaliser qui était celui qui l’avait débusqué, et pour se demander qui l’avait trahi. Ce serait quelque chose. Pas grand-chose, mais quelque chose.

Du Ben Laden fortuné au Ben Laden diminué

En termes «iconiques», pour reprendre un vocabulaire courant si irritant, Ben Laden n’avait certainement aucun rival. L’espèce de noblesse, étrange et pestilentielle, et la spiritualité bidon qui se dégageaient de ses apparitions étaient affreusement télégéniques, et il sera très intéressant de voir si ce charisme survit à l’autre définition de la révolution qui transfigure actuellement le monde musulman.

Mais, par-dessus tout, son empreinte la plus tenace et la plus durable sera celle de sa pure irrationalité. A quoi cet homme pouvait-il bien penser? Il y a dix ans, avait-il prévu, sans même parler de désir, de se retrouver dans une résidence protégée de notre chère petite Abbottabad?

Il y a dix ans, je vous rappelle, il jouissait d’une influence gigantesque sur un autre État voyou et déliquescent –l’Afghanistan– et exerçait de plus en plus son pouvoir sur son voisin pakistanais. Les Talibans et les sympathisants d’al-Qaida étaient en position de force dans l’armée pakistanaise et son programme nucléaire, et n’avaient pas encore été repérés comme tels.

D’énormes flux financiers se déversaient dans sa direction, souvent par des voies officielles, en provenance d’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe. Tout en dirigeant une internationale nihiliste, il était à la tête d’un gigantesque et rentable système de transactions bancaires et de blanchiment d’argent. Il pouvait donner l’ordre de détruire à l’artillerie lourde les trésors de l’art bouddhique afghan, en plein jour. Un réseau de madrassas se passait le mot entre l’Indonésie et Londres, tout comme un réseau de camps d’entraînement scolarisait de futurs assassins.

Et il décida d’un seul coup de risquer tous ces anciens et stratégiques avantages. Non seulement en s’enfuyant d’Afghanistan, laissant ses crédules disciples se faire tuer en masse, mais en choisissant aussi de devenir un personnage furtif et ombrageux, sur lequel les chances de réussite d’un «contrat», ou d’une trahison grassement payée, ne faisaient que s’accroître de jour en jour.

Un «lâche» devenu fou

On peut raisonnablement penser qu’il croyait sincèrement à sa propre et folle propagande, souvent esquissée dans ses enregistrements et ses vidéos, surtout après la déroute américaine en Somalie. L’Occident, affirmait-il, était gangréné par la corruption, et régenté par des cabales de juifs et d’homosexuels. Il n’avait aucune volonté de résistance. Il était devenu féminisé et lâche.

Il suffisait d’un coup psychologique dévastateur pour que le reste de l’édifice finisse par suivre les tours jumelles dans un panache de poussière. Certes, avec l’aide de ses camarades psychopathes, il a en effet réussi à tuer des milliers de personnes en Amérique du Nord et en Europe occidentale, mais ces dernières années, ses principaux triomphes militaires se sont faits contre des écolières afghanes, des civils musulmans chiites, et des synagogues sans défense en Tunisie et en Turquie. N’y a-t-il jamais eu de chef occulte plus pathétique, ou de capitaine ayant davantage autorisé la mise à mort de simples spectateurs?

Le combat n’est pas fini

L’irrationalité théocratique n’est pas aussi rare que des défaites comme celle-ci soient suffisantes pour diminuer son aura. Sans doute, là-bas, certains fiers-à-bras continueront, dans des sondages d’opinions, à dire qu’ils le considèrent comme un sheikh saint, ou d’autres balivernes de ce genre. (Il est amusant de voir que de tels sondages n’ont jamais décelé la soif de démocratie constitutionnelle à l’œuvre dans la région.)

Avec un peu de chance, on devra même démentir des rumeurs pour qui Ben Laden n’est pas «vraiment» mort. Parfait: il avait probablement occasionné les pires dégâts dont il était capable. Dans tout ce qu’on pourrait décrire comme le monde réel, ses tactiques généraient des anticorps et des antagonistes, ou des conditions favorables qui n’étaient plus visibles, ou avaient, au moins, atteint des rendements décroissants.

Le martyr d’Abbottabad n’est plus, et ses sous-fifres aux complexes du Führer vont peut-être maintenant se livrer une amère bataille. Par contre, les mandarins anonymes et en uniforme de cette résidence protégée d’Abbottabad sont toujours tout à fait parmi nous, et le discours d’Obama n’aura aucune valeur s’il s’attend à ce que nous continuions à armer et financer les mêmes personnes qui ont fait de cette traque une entreprise si inutilement longue, difficile, et coûteuse.

Voir enfin:

10 ways Barack Obama botched the aftermath of the masterful operation to kill Osama bin Laden

Toby Harnden

The Telegraph

May 5th, 2011

The past few days have seemed like an extended amateur hour in the White House as unforced error after unforced error has been made in the handling of the US Government’s message about the killing of bin Laden.

We should not forget the bottom line in this: bin Laden was justifiably and legally killed by brave and skilled US Navy SEALs. The operation was audacious and meticulous in its planning and execution. President Barack Obama made the call to carry out the raid and his decision was vindicated in spades.

Having said that, the messiness since then has taken much of the sheen off this success, temporarily at least. Here’s a summary of what went wrong once the most difficult bit had been achieved:

1. It took nearly three days to decide not to release the photographs. I think there was a case for not releasing the pictures, though on balance I think disclosure would have been best. But whichever way Obama went on this, the decision should have been made quickly, on Monday. By letting the world and his dog debate the issue for so long and then say no made the administration look indecisive and appear that it had something to hide. It will fuel the conspiracy theories. And the pictures will surely be leaked anyway

2. To say that bin Laden was armed and hiding behind a wife being used as a human shield was an unforgiveable embellishment. The way it was expressed by John Brennan was to mock bin Laden as being unmanly and cowardly. It turned out to be incorrect and gave fuel, again, to conspiracy theories as well as accusations of cover-ups and illegality. Of all the mistakes of the week, this was by far the biggest.

3. It was a kill mission and no one should have been afraid to admit that. Bin Laden was a dead man as soon as the SEAL Team landed. There’s nothing wrong with that but the Obama administration should have been honest about it rather than spinning tales about bin Laden having a gun, reaching for a gun (the latest) and resisting (without saying how he resisted).

4. Too much information was released, too quickly and a lot of it was wrong. When it made the administration look good, the information flowed freely. When the tide turned, Jay Carney, Obama’s spokesman, clammed up completely. I’m a journalist; I like it when people talk about things. But from the administration’s perspective, it would have been much better to have given a very sparse, accurate description of what happened without going into too much detail, especially about the intelligence that led to the compound (an account which is necessarily suspect).

5. Obama tried to claim too much credit. Don’t get me wrong, he was entitled to a lot of credit. but sometimes less is more and it’s better to let facts speak for themselves. We didn’t need official after official to say how “gutsy” Obama was. Far better to have heaped praise on the CIA and SEALs (which, to be fair, was done most of the time) and talked less about Obama’s decision-making. And a nod to President George W. Bush would have been classy – and good politics for Obama.

6. Proof of death was needed. The whole point of the SEAL operation, rather than a B2 bombing that levelled the compound, was to achieve certainty. The administration has DNA evidence, facial recognition evidence and photographic evidence. Some combination of that evidence should have been collated and released swiftly. It’s not enough to say, effectively, “Trust me, I’m Obama” – especially given all the misinformation that was put out.

7. The mission should have been a ‘capture’ one. Notwithstanding 3. above and the legitimacy of killing bin Laden, I think a capture of bin Laden was probably possible and, in the long term, would have been better – not least because of the intelligence that could have been gleaned from interrogating him and the couriers. My hunch is that Obama didn’t want him alive because there would have been uncomfortable issues to address like whether he should be tried, where he should be held (it would have been Guantanamo – obviously) and the techniques for questioning him.

8. Obama’s rhetoric lurched from jingoistic to moralistic. During the initial announcement, Obama said that by killing bin Laden “we are once again reminded that America can do whatever we set our mind to”. If Bush had said that, he would have been mocked and laughed at, with some justification. But by today Obama was all preachy and holier than thou saying: “It is important for us to make sure that very graphic photos of somebody who was shot in the head are not floating around as an incitement to additional violence or as a propaganda tool. That’s not who we are. We don’t trot out this stuff as trophies.”

9. Triggering a torture debate was an avoidable own goal. Following on from 3. by discussing the intelligence, the administration walked into the issue of whether enhanced interrogation techniques yielded important information. That was certainly something they could have done without. Politically, it gave something for Republicans to use against Obama.

10. The muddle over Pakistan. Everyone I talk to with knowledge of these things tells me that Pakistan had to have given the green light for the raid in some form. But the Pakistanis, for good reasons, would not want this made public. Rather than say it would not comment on whether Pakistan had harboured bin Laden or was playing a double game, the White House poured petrol on the flames by encouraging criticism of Pakistan. That might have been deserved, but in terms of managing the region it was impolitic. The Pakistanis are clearly riled and the contradictions between the US and Pakistani accounts, again, fuel the conspiracy theories.

 All this has meant that this week’s media story has become one about Obama and the White House more than one about the SEALs, the CIA and what killing bin Laden means. That’s exactly the wrong way round.

 Voir par ailleurs:

The Fellow Travelers of Jihadism

The post-mortem revelations of Osama bin Laden’s daily habits have confirmed the orthodox narrative about the al-Qaeda chief. Rather than a traditionalist conservative Muslim, bin Laden has been caricatured as a mentally unstable fringe figure, a narcissistic megalomaniac who “highjacked” Islamic doctrine in order to prey on Muslims traumatized by a lack of economic or political opportunity. Learning that bin Laden enjoyed Coke, watched porn, and was vain about his appearance seemingly confirms that assessment. Yet this kind of thinking reveals more about our own cultural myopia, the way we reduce all human behavior to our own categories and assumptions.

Unfortunately, this mistake leads to our misunderstanding the tactics and strategy of the jihadists. A recent example of this phenomenon is Bret Stephens’ column in The Wall Street Journal about bin Laden’s references to MIT linguist and radical crank Noam Chomsky. Most of the column is an astute dissection of Chomsky’s political rants, which Stephens correctly notes function as pop-cultural commodities and fashion markers for the badly educated young with épater le bourgeois pretensions.

The problem comes with Stephens’ ruminations on why bin Laden would find Chomsky appealing. As a “wannabe philosopher,” bin Laden sought “the imprimatur of someone he supposes to be a real philosopher” who could provide him an “intellectual architecture for his hatred of the United States.” Chomsky’s academic position and celebrity “could only have sustained bin Laden in the conceit that his thinking was on a high plane.” An analysis such as this, focused as it is on bin Laden’s personal psychology and pathologies, misses how shrewdly the jihadists have taken the measure of the West and its left-wing elites, whose guilt and self-loathing make them important allies in undermining our morale.

The usefulness of leftist ideology for jihadists was obvious from the beginning in the work of Sayyid Qutb, “al Qaeda’s intellectual godfather,” according toLee Smith. Qutb found in communism’s clichés about industrial capitalism’s alienation and dehumanization an idiom of indictment that could resonate with left-wing Western intellectuals. “Look at this capitalism with its monopolies, its usury, at this individual freedom,” Qutb wrote, “devoid of human sympathy and responsibility for relatives except under force of law; at this materialistic attitude which deadens the spirit.” So too the Iranian Islamist Ali Shari’ati, who translated into Persian Frantz Fanon’s 1963 The Wretched of the Earth, one of the most important anti-colonial, anti-Western tracts. Shari’ati and other Iranians adapted the Marxian notion of “false consciousness,” the device by which capitalism fools the proletariat into ignoring their own true interests and obscures the oppressive reality of socio-economic institutions, and called it “Westoxification,” the mind-addling allure of Western commodities and ideas that seduces Muslims from the true faith. The Ayatollah Khomeini, architect of the first Islamic state, likewise adorned his sermons and speeches with anti-colonial, anti-imperialist, and Third World revolutionary rhetoric sure to delight European Marxists like Michel Foucault, who indeed celebrated Khomeini as a revolutionary hero.

Today’s jihadists employ the same tactic, linking their theologically inspired hatred of the West to left-wing indictments of the uniquely oppressive and exploitative nature of capitalism, creating what David Horowitz calls the “unholy alliance.” Thus when bin Laden was communicating to Americans, he sounded all these old shibboleths of leftist theory. In 2002, for example, he exhorted Iraqis not to fight for “capitalists, the lords of usury, and arms and oil dealers.” That same year he chided Americans for failing to sign the Kyoto agreements “so that you can secure the profit of your greedy companies and industries,” and criticized our law as “the law of the rich and wealthy people.” In an address to American soldiers in 2003, bin Laden told our troops that they were “spilling [their] blood to swell the bank accounts of the White House gang and their fellow arms dealers and the proprietors of great companies.” And before the 2004 election, he warned Americans not to support a war begun “to give business to their [the Bush administration’s] various corporations.” All these statements are indistinguishable from those made over the years by Noam Chomsky, Michael Moore, Howard Zinn, Robert Fisk, William Blum, or thousands of college professors, pundits, and editorial writers.

That similarity is not accidental, for bin Laden, like Qutb and Khomeini, was seeking allies among an influential class of Americans who could shape public opinion and thus change US policy. For when speaking to Muslims, bin Laden and his theorist Ayman al-Zawahiri focused not on these left-wing clichés, but on Islamic theology. As Raymond Ibrahim points out, bin Laden and Zawahiri “argue to Muslims that Muslims should battle the West because it is the infidel.”

Bin Laden didn’t need Chomsky or anybody else to provide him with an “intellectual architecture for his hatred of the West” or to validate his own thinking. He could find all the “architecture” and support he needed in the Koran and 14-centuries of Islamic theology and jurisprudence. His references to Chomsky and other leftist fellow-travelers of jihadism were, like the jihadists terrorist attacks, tactical, a device for advancing the long-term strategy of defeating the West by eroding our will to fight and exposing the weakness at the center of our civilization — the suicidal self-loathing and failure of nerve that, to paraphrase Lenin, will provide the jihadists with the rope they will use to hang us.

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Un commentaire pour Elimination de Ben Laden: Comment transformer une victoire en aveu de culpabilité ou d’impuissance (How America’s most calamitously pc president could botch its greatest triumph)

  1. jcdurbant dit :

    Voir aussi le commentaire de Rioufol:

    c’est bien le chef charismatique d’une guerre sainte menée au nom du Coran, vu d’ailleurs comme un héros par certains jeunes des cités françaises, qui vient d’être éliminé. Chercher à taire cet aspect du personnage, comme le font ce lundi matin tous les commentaires officiels, est faire insulte aux musulmans et à leur capacité de faire le tri entre les fanatiques sanguinaires qui se réclament d’Allah et le reste de leur nation. C’est une caricature du monde islamique, qui a fait des musulmans modernes des cibles privilégiées, qui vient d’être éliminée.

    Cependant la mort de Ben Laden ne va pas faire disparaître si rapidement la face hideuse et totalitaire de l’islam extrémiste, qui risque au contraire d’exploiter la mort en martyr de son coriace et vénéré guerrier. Les révolutions arabes, qui aspirent à la liberté et à la démocratie, sont les meilleurs opposants du moment aux fondamentalistes et à leurs soutiens terroristes. Mais ces mouvements populaires et courageux, qui prennent tous les risques comme en Syrie actuellement, restent à la merci de cette force de haine et de violence que peut produire une lecture littérale et dévoyée du Coran. C’est donc bien cet islamo-fascisme qui ne doit cesser d’être désigné comme tel et combattu pour ce qu’il est, dans une confrontation qui ne doit pas avoir peur des mots. Les vertus occidentales de liberté et de tolérance, qui servent d’exemples au printemps arabe, doivent être défendues en sachant qui cherche à les combattre, au coeur d’un monde islamique complexe et contradictoire.

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