Guerre civile américaine/150e: Quand la France pariait sur la désunion américaine (In Lafayette’s footsteps?: France’s ambivalent involvement in US civil war)

14 avril, 2011
 The Battle of the Kearsarge and the Alabama (Manet, 1864)Si le Nord est victorieux, j’en serai heureux, mais si le Sud l’emporte, j’en serai enchanté! Napoléon III
La destruction de l’Alabama au sortir du port de Cherbourg devient chez Manet un moment de vérité (…) [le] naufrage d’une politique: celle de la France impériale. Avec l’Alabama, c’est la discrète espérance d’un démembrement durable des Etats-Unis qui a sombré. Phillippe Roger
Déplorée par quelques humanistes chagrins et une poignée de républicains inconsolables, la « Civil War » apparait comme une aubaine aux calculateurs « réalistes » ou qui se croient tels. Aussi reçoit-elle en français un nom qui sonne comme une promesse : non pas « guerre civile américaine  » mais « guerre de Sécession ». Ce grand dessein a priori n’était pas à clamer sur la place publique. Son succès même requérait plutôt le silence, la prudence et la patience. Rêve de Chancellerie, songe doré de Bourse et de Chambre de commerce, ce pari sur la désunion américaine n’avait pas vocation à susciter le débat. Et la mobilisation de la presse et de l’opinion en effet viendra d’ailleurs : d’une opposition qui saisit là une chance d’exister. Phillippe Roger

Quand la France pariait sur la désunion américaine…

En ce 150e anniversaire du début de la Guerre civile américaine …

Avec, avant la première vraie bataille de Bull Run trois mois plus tard, la canonnade sudiste à partir du 12 avril 1861 de la garnison unioniste du fort Sumter à l’entrée du port de Charleston qui,  contrairement à un conflit qui en quatre ans tua plus que toues les guerres américaines réunies – 620 000 dont les deux tiers dans les hôpitaux ou les prisons des suites de blessures ou de maladie –, ne fera que quelques victimes… accidentelles (lors des salves de capitulation!) …

Retour sur la position particulièrement ambiguë ou en tout cas très partagée de la France (comme certes aussi de l’Angleterre) d’alors …

Qui, derrière une neutralité affichée et au-delà d’une condamnation quasi-unanime de l’esclavage, restera (le terme même en français de « guerre de sécession » en témoigne encore aujourd’hui) largement favorable aux Confédérés.

A la fois par proximité idéologique, sociologique et culturelle et l’espoir caché d’un coup d’arrêt à la puissance américaine alors en plein essor dont Napoléon III s’empressera d’ailleurs de profiter avec son équipée mexicaine (la 2e en 20 ans en fait après le pillage d’une pâtisserie  française) pour remettre pied sur le continent américain et tenter d’y imposer un empire « catholique et latin » face à la domination « anglo-saxonne » et protestante …

Sans compter pour certains gros intérêts, la perspective alléchante d’échapper, via un Sud libre-échangiste et principal producteur mondial de coton, au protectionnisme devenu plus tard blocus imposé par le Nord qui risquait de priver commerçants et industriels français d’une partie importante de débouchés pour leurs vins ou soieries voire,  pour le coton, de l’essentiel de leur matière première …

Mais qui, à l’image du dernier « forceur de blocus » sudiste (l’Alabama) coulé au large de Cherbourg devant une foule de curieux venus pour l’occasion de Paris et immortalisé par un célèbre tableau de Manet, fera long feu et dont se souviendra d’ailleurs plus tard un Grant refusant non seulement de reconnaître le souverain fantoche des Français au Mexique mais allant jusquà féliciter Guillaume Ier au lendemain de la défaite française de Sedan en 1870 …

D’où, outre les migrants français notamment en Louisiane enrôlés plus ou moins contre leur gré, l’engagement très partagé, un siècle après Lafayette, de toute une génération de jeunes aristocrates français (mais aussi allemands) entre le camp sudiste pour les proches de l’Empereur et le côté nordiste pour ses opposants …

Des Français dans la Guerre de Sécession : l’exemple de la French brigade de la Nouvelle-Orléans (24 avril/2 mai 1862)

Philippe de Ladebat

Hosttoire-généalogie

15 octobre 2009

Dimanche 19 juin 1864 midi : deux navires américains sont en train de se canonner à 4 miles au large de Cherbourg. Nuages de fumées blanches et noires, claquements des canons, voiles en flammes : plusieurs centaines de badauds, spectateurs, journalistes attroupés sur la côte assistent ébahis au spectacle. On est même venu de Paris pour assister au duel naval annoncé. Quelques-uns ont même loué des petites barques de pêcheurs pour voir l’affrontement de plus près ; plus près encore on distingue un yacht anglais et le bateau pilote qui suivent le combat.

À 12h50 l’un des navires coule par l’arrière : c’est la corvette CSS Alabama de la marine Confédérée (Sudiste) vaincue par la frégate USS Kearsarge de la marine de l’Union (Nordiste). Sur la falaise un homme regarde le naufrage ignorant qu’il a un de ses fils sur chacun des navires. Outre de nombreux peintres Américains et Anglais, Édouard Manet et Louis Le Breton (voir ci-dessous) vont immortaliser quelque temps plus tard en France la victoire du Kearsarge en représentant l’Alabama en train de sombrer.

L’intérêt des Français pour cette lointaine guerre civile américaine se borna-t-il à cette position d’observateurs curieux ? Avaient-ils choisi leur camp ? Fallut-il que cette guerre s’étale ainsi sous leurs yeux pour que les Français s’intéressent enfin à l’« Américain Civil War » qu’ils baptisèrent « Guerre de Sécession » ?

La participation des Français à la guerre de sécession n’a pas eu, beaucoup s’en faut, la notoriété de leur participation à la guerre d’indépendance américaine symbolisée par notre La Fayette national. Si cette dernière fut une affaire d’État avec un engagement volontaire, officiel bien que tardif de Louis XVI, concrétisé par une aide en hommes (Plus de 10 000 hommes) et en moyens importants, la guerre civile américaine ne reçut au contraire aucune aide, engagement ou participation officiels de la France et l’opinion française ne la considéra guère que comme un lointain ouragan qui ne la concernait pas.

Si notre pays, et la Grande-Bretagne, ne cachèrent pas toujours leurs sympathies pour les confédérés, ils ne prirent jamais de position officielle en faveur de l’un ou l’autre camp. Dès lors, sur le terrain même des opérations, c’est sans l’appui de leur pays, et souvent individuellement, que des citoyens français résidents ou non se sont engagés, de gré ou de force, dans les combats.

Une histoire de la participation des Français à la guerre de sécession américaine reste à écrire. Pour notre part après un rappel du contexte politique et diplomatique, nous limitons ici notre ambition à présenter l’exemple de résidents français de la Nouvelle-Orléans, volontaires de la « French Brigade », lors du siège et de la prise de cette ville par les Nordistes. Comme eux plusieurs milliers d’autres citoyens français ont choisi de défendre ainsi leur patrie d’adoption malgré l’imbroglio politico-diplomatique du moment. À cette occasion on pourra trouver ici quelques pistes d’investigations généalogiques pour les lecteurs qui désireraient rechercher si leurs ancêtres ont participé d’une manière ou d’un autre à la guerre de sécession. On conseille aussi dans cette intention la consultation sur internet des numéros de l’époque du journal local en français « L’Abeille de la Nouvelle-Orléans »

Le contexte politique

On rappelle qu’à la suite de l’élection présidentielle du candidat républicain Abraham Lincoln en novembre 1860, onze états du sud firent sécession et formèrent une confédération en élisant leur propre président, Jefferson Davis. La Confédération sudiste ouvrit bientôt les hostilités en envoyant les troupes du général Beauregard bombarder le fort Sumter, le 12 avril 1861. Ce n’est qu’un an plus tard que les Nordistes parvinrent à la Nouvelle-Orléans.

Dès le 28 septembre 1861, Napoléon III faisait paraître un décret stipulant que tout officier qui s’enrôlerait dans un camp ou dans un autre des troupes américaines serait radié définitivement des cadres de l’armée. Plus généralement l’article 21 du Code Napoléon stipulait déjà que tout Français qui, sans autorisation de l’Empereur, prendrait du service chez l’étranger ou s’affilierait à une corporation militaire étrangère perdrait sa « qualité de français ». Ainsi, Édouard Thouvenel, ministre français des affaires étrangères, recommanda-t’il aux ressortissants français, via ses ambassades ou consulats en Amérique, de « ne prendre aucune part aux événements qui se préparent ou s’accomplissent dans le sud de l’Union ».

En novembre 1861, la Confédération avait dépêché deux délégués en Europe pour solliciter une aide officielle de la France et de l’Angleterre, mais le paquebot sur lequel ils étaient embarqués fut arraisonné par un navire de l’Union et les deux délégués furent emmenés prisonniers. Une autre tentative de pression par un embargo sur les envois de coton en Europe n’eut pas non plus d’effet, pas plus qu’une promesse de l’Union d’aider si besoin la France dans son aventure guerrière mexicaine.

En fait les sympathies de l’Empereur allaient plutôt à la Confédération, sans doute pour des motifs très divers : stratégies politiques intérieures et extérieures, proximités sociologiques et culturelles, enjeux économiques, etc. Ainsi voyait-il d’un bon œil une Amérique en guerre civile peu encline à se préoccuper de ses projets d’intervention au Mexique ou de ses problèmes avec la Prusse. De même l’attitude française à l’égard de cette guerre lointaine fut aussi dictée par la politique intérieure : tandis que l’Empereur et ses partisans penchaient pour les Confédérés par leurs affinités culturelles et politiques, l’opposition libérale à l’Empire, muselée en France, trouvait son expression de l’autre côté de l’Atlantique dans une attitude favorable au Nord : l’enthousiasme des bourgeois républicains comme du parti orléaniste pour l’abolitionnisme, était une manière d’exprimer leur opposition aux intérêts économiques et politiques de Napoléon III. Au plan économique enfin le blocus naval des ports du sud par l’U.S. Navy et l’embargo à destination de l’Europe provoquaient, notamment, une crise logistique sur les envois de coton : la « famine du coton » entraînait l’effondrement des manufactures cotonnières en France, comme en Angleterre et en Belgique, avec des milliers de chômeurs.

Les opposants à la politique de Napoléon III offrirent rapidement leurs services aux Nordistes, tandis que beaucoup de résidents français dans les états du sud se trouvèrent bon gré mal gré enrôlés dans les armées sudistes. On va donc trouver des Français dans les deux camps, du général au simple soldat, dans les armées régulières comme dans les milices urbaines.

À défaut de position officielle de leur pays et compte tenu du devoir de neutralité qu’imposait le gouvernement français, les engagements de nos compatriotes d’Amérique dans la guerre résultèrent donc de démarches individuelles ou d’obligations imposées par les autorités locales. On verra combien cette situation confuse entraîna de tergiversations pour les milliers de résidents français de la Nouvelle-Orléans qui s’illustrèrent pourtant au moment de la chute de la villeLes opposants à la politique de Napoléon III offrirent rapidement leurs services aux Nordistes, tandis que beaucoup de résidents français dans les états du sud se trouvèrent bon gré mal gré enrôlés dans les armées sudistes. On va donc trouver des Français dans les deux camps, du général au simple soldat, dans les armées régulières comme dans les milices urbaines.

À défaut de position officielle de leur pays et compte tenu du devoir de neutralité qu’imposait le gouvernement français, les engagements de nos compatriotes d’Amérique dans la guerre résultèrent donc de démarches individuelles ou d’obligations imposées par les autorités locales. On verra combien cette situation confuse entraîna de tergiversations pour les milliers de résidents français de la Nouvelle-Orléans qui s’illustrèrent pourtant au moment de la chute de la ville.

La Nouvelle Orléans dans la guerre de sécession

En 1860 la Nouvelle-Orléans était la sixième ville par importance des États-Unis. Avec 169 000 habitants, elle était la seule ville du Sud de plus de 100 000 habitants et son plus grand centre commercial pour les exportations de coton, de tabac et de sucre. Plus de la moitié du coton produit aux États-Unis transitait par son port.

En février 1860, un planteur citoyen français de la Nouvelle-Orléans, Charles Laffon de Ladebat [1] raconte : « C’est un spectacle unique que cette ville industrieuse dont on embrasse toute l’activité d’un seul regard. Sur près de 10 km le long du fleuve on voit s’activer en permanence une foule de gens absorbés par leurs besognes. Amarrés aux quais les bateaux à coton avec leurs cales profondes qui débordent sur les ponts ; à côté d’eux les vapeurs, bord à bord, par dizaines, qui crachent leurs bouffées de fumées et annoncent leurs départs à coup de cloches ou de sifflets ; se faufilant entre les gros bateaux une flottille de barges, de barques de marchands, de radeaux en bois ; derrière, au milieu du fleuve, la forêt de mâts des bateaux au mouillage, dense comme une forêt tropicale. Sur la levée, à perte de vue, des montagnes de balles de coton, des hectares couverts de barriques de sucre, et les groupes de nègres qui s’activent partout en chantant leurs refrains en chœur. Et puis courants dans tous les sens, des employés de commerce, des marchands, des marins et, assises sur des ballots, des femmes nègres avec leurs bandanas de couleur qui vendent café, gâteaux et fruits. »

Le 26 janvier 1861, la Louisiane vote la sécession et ratifie la Constitution de la Confédération lors de la Convention de Montgomery. Elle rejoint ainsi les six premiers états sécessionnistes auxquels se joindront bientôt quatre autres états du sud, formant tous ensemble les États Confédérés d’Amérique.

Au Nord, protectionniste, tourné vers le marché intérieur, plus industrialisé et animé par l’égalitarisme et des principes antiesclavagistes, s’opposait dès lors le Sud, libre-échangiste, orienté vers l’Europe pour ses exportations de produits agricoles et recourant largement à une main-d’œuvre esclave.

L’importance commerciale et politique de la Nouvelle Orléans, ses ressources susceptibles d’approvisionner les armées du Nord aussi bien que sa situation stratégique en fit donc l’une des premières cibles stratégiques des attaques l’Union. Dès les premières semaines du conflit l’Union voulut étouffer économiquement la Confédération par un blocus naval de tous les ports du sud ; ensuite il s’agissait de s’emparer de ces ports pour prendre les Sudistes à revers dans la perspective d’une jonction avec les troupes terrestres de Grant qui descendaient du nord : la Nouvelle-Orléans constituait donc l’objectif majeur de ce plan.

L’effet du blocus se fit rapidement sentir ; Charles Laffon de Ladebat, qui s’émerveillait un an plus tôt de la vie trépidante qui régnait sur des quais de la ville et la levée le long du Mississippi, note : « Depuis le blocus, les bateaux à coton ont disparu ; les vapeurs sont cachés dans les bayous ou ont remonté le fleuve pour ne plus revenir. Disparues aussi les montagnes de coton et les barriques de sucre. On entend plus les chants des nègres et les mauvaises herbes poussent sur la levée abandonnée. Le commerce de la ville est mort. On a tenté d’équiper des corsaires pour forcer le blocus, mais seul un bateau sur trois y parvient parfois et le profit qu’il rapporte ne parvient pas à couvrir la perte des deux autres. Plus de 1 500 familles n’ont plus les moyens de se nourrir et on a du leur ouvrir un « marché gratuit ».

Les Nordistes parvinrent à la Nouvelle-Orléans.

Dès le 28 septembre 1861, Napoléon III faisait paraître un décret stipulant que tout officier qui s’enrôlerait dans un camp ou dans un autre des troupes américaines serait radié définitivement des cadres de l’armée. Plus généralement l’article 21 du Code Napoléon stipulait déjà que tout Français qui, sans autorisation de l’Empereur, prendrait du service chez l’étranger ou s’affilierait à une corporation militaire étrangère perdrait sa « qualité de français ». Ainsi, Édouard Thouvenel, ministre français des affaires étrangères, recommanda-t’il aux ressortissants français, via ses ambassades ou consulats en Amérique, de « ne prendre aucune part aux événements qui se préparent ou s’accomplissent dans le sud de l’Union ».

En novembre 1861, la Confédération avait dépêché deux délégués en Europe pour solliciter une aide officielle de la France et de l’Angleterre, mais le paquebot sur lequel ils étaient embarqués fut arraisonné par un navire de l’Union et les deux délégués furent emmenés prisonniers. Une autre tentative de pression par un embargo sur les envois de coton en Europe n’eut pas non plus d’effet, pas plus qu’une promesse de l’Union d’aider si besoin la France dans son aventure guerrière mexicaine.

En fait les sympathies de l’Empereur allaient plutôt à la Confédération, sans doute pour des motifs très divers : stratégies politiques intérieures et extérieures, proximités sociologiques et culturelles, enjeux économiques, etc. Ainsi voyait-il d’un bon œil une Amérique en guerre civile peu encline à se préoccuper de ses projets d’intervention au Mexique ou de ses problèmes avec la Prusse. De même l’attitude française à l’égard de cette guerre lointaine fut aussi dictée par la politique intérieure : tandis que l’Empereur et ses partisans penchaient pour les Confédérés par leurs affinités culturelles et politiques, l’opposition libérale à l’Empire, muselée en France, trouvait son expression de l’autre côté de l’Atlantique dans une attitude favorable au Nord : l’enthousiasme des bourgeois républicains comme du parti orléaniste pour l’abolitionnisme, était une manière d’exprimer leur opposition aux intérêts économiques et politiques de Napoléon III. Au plan économique enfin le blocus naval des ports du sud par l’U.S. Navy et l’embargo à destination de l’Europe provoquaient, notamment, une crise logistique sur les envois de coton : la « famine du coton » entraînait l’effondrement des manufactures cotonnières en France, comme en Angleterre et en Belgique, avec des milliers de chômeurs.

Les opposants à la politique de Napoléon III offrirent rapidement leurs services aux Nordistes, tandis que beaucoup de résidents français dans les états du sud se trouvèrent bon gré mal gré enrôlés dans les armées sudistes. On va donc trouver des Français dans les deux camps, du général au simple soldat, dans les armées régulières comme dans les milices urbaines.

À défaut de position officielle de leur pays et compte tenu du devoir de neutralité qu’imposait le gouvernement français, les engagements de nos compatriotes d’Amérique dans la guerre résultèrent donc de démarches individuelles ou d’obligations imposées par les autorités locales. On verra combien cette situation confuse entraîna de tergiversations pour les milliers de résidents français de la Nouvelle-Orléans qui s’illustrèrent pourtant au moment de la chute de la ville.

La Nouvelle Orléans dans la guerre de sécession

En 1860 la Nouvelle-Orléans était la sixième ville par importance des États-Unis. Avec 169 000 habitants, elle était la seule ville du Sud de plus de 100 000 habitants et son plus grand centre commercial pour les exportations de coton, de tabac et de sucre. Plus de la moitié du coton produit aux États-Unis transitait par son port.

En février 1860, un planteur citoyen français de la Nouvelle-Orléans, Charles Laffon de Ladebat [1] raconte : « C’est un spectacle unique que cette ville industrieuse dont on embrasse toute l’activité d’un seul regard. Sur près de 10 km le long du fleuve on voit s’activer en permanence une foule de gens absorbés par leurs besognes. Amarrés aux quais les bateaux à coton avec leurs cales profondes qui débordent sur les ponts ; à côté d’eux les vapeurs, bord à bord, par dizaines, qui crachent leurs bouffées de fumées et annoncent leurs départs à coup de cloches ou de sifflets ; se faufilant entre les gros bateaux une flottille de barges, de barques de marchands, de radeaux en bois ; derrière, au milieu du fleuve, la forêt de mâts des bateaux au mouillage, dense comme une forêt tropicale. Sur la levée, à perte de vue, des montagnes de balles de coton, des hectares couverts de barriques de sucre, et les groupes de nègres qui s’activent partout en chantant leurs refrains en chœur. Et puis courants dans tous les sens, des employés de commerce, des marchands, des marins et, assises sur des ballots, des femmes nègres avec leurs bandanas de couleur qui vendent café, gâteaux et fruits. »

Le 26 janvier 1861, la Louisiane vote la sécession et ratifie la Constitution de la Confédération lors de la Convention de Montgomery. Elle rejoint ainsi les six premiers états sécessionnistes auxquels se joindront bientôt quatre autres états du sud, formant tous ensemble les États Confédérés d’Amérique.

Au Nord, protectionniste, tourné vers le marché intérieur, plus industrialisé et animé par l’égalitarisme et des principes antiesclavagistes, s’opposait dès lors le Sud, libre-échangiste, orienté vers l’Europe pour ses exportations de produits agricoles et recourant largement à une main-d’œuvre esclave.

L’importance commerciale et politique de la Nouvelle Orléans, ses ressources susceptibles d’approvisionner les armées du Nord aussi bien que sa situation stratégique en fit donc l’une des premières cibles stratégiques des attaques l’Union. Dès les premières semaines du conflit l’Union voulut étouffer économiquement la Confédération par un blocus naval de tous les ports du sud ; ensuite il s’agissait de s’emparer de ces ports pour prendre les Sudistes à revers dans la perspective d’une jonction avec les troupes terrestres de Grant qui descendaient du nord : la Nouvelle-Orléans constituait donc l’objectif majeur de ce plan.

L’effet du blocus se fit rapidement sentir ; Charles Laffon de Ladebat, qui s’émerveillait un an plus tôt de la vie trépidante qui régnait sur des quais de la ville et la levée le long du Mississippi, note : « Depuis le blocus, les bateaux à coton ont disparu ; les vapeurs sont cachés dans les bayous ou ont remonté le fleuve pour ne plus revenir. Disparues aussi les montagnes de coton et les barriques de sucre. On entend plus les chants des nègres et les mauvaises herbes poussent sur la levée abandonnée. Le commerce de la ville est mort. On a tenté d’équiper des corsaires pour forcer le blocus, mais seul un bateau sur trois y parvient parfois et le profit qu’il rapporte ne parvient pas à couvrir la perte des deux autres. Plus de 1 500 familles n’ont plus les moyens de se nourrir et on a du leur ouvrir un « marché gratuit ».

Dès le début des hostilités, la Nouvelle-Orléans fut la principale pourvoyeuse de troupes, d’armement et de ressources pour les armées confédérées. À côté des compagnies d’Américains blancs, la communauté des Noirs libres constitua un régiment dénommé « Louisiana Native Guards » ; de même les résidents étrangers formèrent des brigades particulières. Ce fut le cas des résidents français dont il va être spécialement question dans cet article.

C’est le général Mansfield Lovell qui commandait les troupes terrestres confédérées de la Nouvelle-Orléans, fortes de seulement 500 hommes et défendant la ville et les forts Jackson et Saint Philip bâtis de part et d’autre du Mississippi, à 110 km en aval de la ville. On rappelle en effet que la ville de la Nouvelle-Orléans est bâtie sur un « flottant » de terrains marécageux entre le lac Ponchartrain au nord et le Mississipi au sud. Le fleuve est large et bien navigable et donne accès au golfe du Mexique situé à environ 180 kilomètres. Une dizaine de vaisseaux en arme commandés par l’amiral Holling, protégeaient en outre la ville devant la levée le long du fleuve. De fait, les seules réelles défenses de la ville étaient constituées par les deux forts avec leurs batteries de canons et par les chaînes qui barraient le fleuve à leur niveau [2].

Dans le camp de l’Union, c’est le capitaine David G. Farragut [3] » qui fut désigné en janvier 1862 par le gouvernement pour commander la flotte du West Gulf constituées par dix-neuf navires armés de canons et par une flottille de bateaux portant des mortiers sous le commandement de David Dixon Porter. Quatre gros vaisseaux non armés transportaient en outre les 12 000 hommes du général Benjamin Franklin Butler devant être débarquées sur Ship Island (Fort Massachusetts), une petite île à une centaine de km à l’est de la Nouvelle-Orléans.

À la mi avril le plan se déroulait comme prévu avec Farragut et sa flotte qui cinglaient dans le golf du Mexique vers les bouches du Mississipi, Grant qui descendait vers le sud le long du même fleuve et Butler qui stationnait sur Ship Island en attendant l’attaque finale.

Les milices européennes et la French Brigade

La population française de la ville, constituée en grande partie de colons réfugiés de Saint-Domingue à la suite de la révolte des Noirs d’août 1791, s’était accrue pendant la Restauration. Malgré ses promesses de clémence, Louis XVIII avait laissé faire ou suscité une certaine épuration en France contre ceux qui avaient servi « l’usurpateur ». Condamnés à mort en fuite, proscrits, adversaires politiques et rétifs au régime des Bourbons, des milliers de Français avaient ainsi pris la route de l’exil, notamment vers l’Amérique et la Nouvelle-Orléans où ils furent bien accueillis par les réfugiés de Saint-Domingue qui parlaient français et chez qui subsistait souvent le culte de Napoléon. Au moment de l’attaque de la ville la colonie française comptait plus de 15 000 personnes.

Dès le début de la mobilisation à la Nouvelle-Orléans on trouve de nombreux Français parmi les volontaires qui affluent dans les bureaux de recrutement. Outre toute considération plus désintéressée, il est clair que le blocus des ports du sud et notamment de la Nouvelle-Orléans par les flottes yankees suscitait une crise économique qui ruinait les planteurs ne pouvant plus expédier leurs marchandises, notamment leur coton, vers l’Europe. En outre la révolte de Saint-Domingue en 1791 qui vit un demi million d’esclaves révoltés massacrer 2 000 blancs en deux semaines, avait laissé par les récits de ceux qui l’avaient fuie en se réfugiant à la Nouvelle-Orléans des traces dans les esprits louisianais et renforcé la volonté des propriétaires de plantations de se défendre contre toute éventualité de soulèvement provoquée par l’arrivée des Yankees.

Devant l’enthousiasme croissant de ses compatriotes pour les fédérés, le comte Eugène Méjean, consul de France à la Nouvelle-Orléans va devoir leur rappeler leur devoir de neutralité. À l’inverse le gouverneur de l’État, Thomas Moore, entendait mobiliser les résidents français. Pour concilier obligations de neutralité et devoirs à l’égard de la Louisiane, il fut convenu que les citoyens français ne seraient pas astreints à la lutte armée et n’effectueraient qu’un service de maintien de l’ordre pour veiller à la sécurité des personnes et des propriétés.

C’est ainsi que se constituèrent plusieurs milices qui affichaient clairement leurs sympathies pour les confédérés ; on a estimé à plus de 3 000 hommes le nombre total de résidents citoyens français qui servirent dans les milices de la ville. Il s’agissait principalement des quatre groupes suivants :

•la « Légion française », forte de 1200 hommes, composée de six compagnies et placée sous les ordres du colonel Albin Rochereau,

•les « Volontaires français » d’environ 800 hommes, sous les ordres du colonel Ferrier

•les « Volontaires indépendants » du colonel Brogniet,

•la « Garde d’Orléans » du colonel Charles Janvier.

Tous ces hommes, équipées aux frais des notables et des engagés eux-mêmes, furent surnommés « les jambes rouges » car ils portaient un uniforme directement inspiré de la tenue du fantassin français de l’époque : képi bleu, veste bleu horizon et pantalon garance.

On trouve souvent dans les recensements des différentes milices, les noms de plusieurs membres de la même famille. Un exemple parmi d’autres : les Laffon de Ladebat. Dans le Règlement de la Légion Française au moment de la constitution de cette milice on trouve le colonel Charles Laffon de Ladebat, 55 ans dans l’état major d’Albin Rochereau et son fils René, 23 ans comme lieutenant dans la troisième compagnie. Comme tous les autres membres de la Légion française ils ont prêté le serment pro-confédéré au moment de leur enrôlement ce qui ne laisse guère de doute sur leur conception particulière de la neutralité théoriquement imposée aux résidents citoyens français par leur Consul et les lois de leur pays.

Rapidement au sein de la « Légion française » vont se constituer des clans ; en particulier le capitaine Paul Juge qui dirige la compagnie des « Voltigeurs de La Fayette » s’oppose au colonel Laffon de Ladebat. Les dissensions portent notamment sur l’incorporation dans la Légion française de citoyens belges et suisses ou naturalisés, comme Juge, ce que refuse Laffon de Ladebat en raison des dispositions particulières accordées aux seuls citoyens français.

Son argumentation tenait au fait que les résidents citoyens français non naturalisés et eux seuls avaient obtenu du Gouverneur de la Louisiane par l’entremise de leur Consul, de ne pas violer la neutralité imposée par la France en ne participant pas directement aux combats et en se bornant à protéger la sécurité des personnes et de leurs biens dans la ville. Cette dispense s’appliquant exclusivement aux résidents citoyens français non naturalisés ceux-ci devaient obligatoirement constituer une brigade séparée à laquelle des naturalisés ou des citoyens d’autres pays ne pouvaient être intégrés.

En pleine confusion, l’affaire se termine par une scission : le capitaine Juge forme une unité séparée sous le nom de « Garde française » qui incorpore les bataillons belges et suisses et les étrangers naturalisés.

Quand on va annoncer que l’escadre fédérale de Farragut s’engage dans les bouches du Mississippi, le gouverneur Moore va demander aux miliciens européens de se rassembler dans une unique « European Brigade » dont il entend confier le commandement à Paul Juge. Aussitôt la « Légion française » rémanente refuse de se soumettre et se constitue en « French Brigade » exclusivement constituée de seuls français ; après avoir incorporé les « Volontaires indépendants », la French Brigade élit comme général Victor Maignan.

Bientôt la flotte de Farragut commence à remonter le Mississippi, tandis que les troupes de Butler débarquées sur la côte marchent vers le fleuve. Le 24 avril 1862 les forts Jackson et Saint-Philippe, pris entre les troupes terrestres de Butler et les tirs des navires de Farragut, sont débordés et se rendent ou se mutinent. Le 25, les dernières batteries fluviales sont détruites et tandis que la ville est menacée par les canons de la flotte de l’Union, les troupes Confédérés de Lovell battent en retraite et vont rejoindre au Nord les troupes de Beauregard. Farragut attend maintenant l’appui des troupes terrestres du général Butler pour porter l’attaque finale [4]

Dans la ville assiégée c’est maintenant la panique : la « French Brigade » et les autres milices vont entrer en scène.

La French Brigade et les milices en action

Il faut maintenant imaginer toute une ville soudainement abandonnée à l’ennemi alors qu’elle se croyait imprenable avec ses forts bien armés, désormais passés à l’ennemi et ses troupes entraînées, désormais en déroute. Menacés d’un bombardement par le fleuve et d’un assaut des cavaliers et des fantassins de Butler par la terre, les habitants se terrent dans leurs maisons. Alors que les vapeurs fédéraux remontent le fleuve arrivent devant la ville à la lueur des navires incendiés entrain de couler, la levée est envahie par une foule en désordre. Des centaines de femmes en haillons et d’enfants sans chaussures ayant appris que les produits entassés sur la levée étaient abandonnés à qui voulaient les prendre, courent avec de grands paniers pour faire provision de sucre, de bœuf, de porc et de poisson séchés. Déjà à côté d’eux des bandes d’émeutiers et de pillards emportent ou incendient des balles de coton, des boucaux de sucre et des barils de mélasse puis enfoncent les portes des dépôts de sucre et de tabac. Bientôt ce sont des brigands, armés de barres de fer, de couteaux de chasse et de revolvers ou de fusils, qui parcourent les rues brisant les vitrines, forçant les portes des maisons particulières, terrorisant leurs occupants et en ressortant chargés de butin. Des bâtiments publics sont incendiés. Le bruit court que des Noirs ont agressé et dépouillé de riches notables. Des familles de résidents étrangers se réfugient dans les locaux des consulats.

Dans sa ville désormais sans défense militaire, le maire John T. Monroe refuse pourtant de livrer sa ville aux fédérés : des officiers fédéraux venus négocier la reddition manquent d’être lynchés par la foule. Dans la confusion la plus totale, il n’a plus désormais d’autres ressources que de faire appel aux milices étrangères : il demande en urgence aux officiers français Maignan et Juge de mobiliser tous les hommes de la milice pour empêcher le saccage, l’incendie et la destruction de la ville.

Le vendredi 25 avril les miliciens entrent en action : en rangs serrés, baïonnettes au canon, menaçant d’ouvrir le feu sur les émeutiers, ils les chassent de la levée et des quais, puis peu à peu, des principales rues avoisinantes. Par endroits on les voit sur plusieurs rangs protéger des familles des jets de projectiles ; ailleurs ils tentent de maîtriser un incendie ; partout ils s’efforcent de rétablir l’ordre. Charles Laffon de Ladebat observe que ses hommes de la « French Brigade » ont formé des cordons, échelonnés le long de la levée et des rues de Chartres, Toulouse, St Louis, Conti, Bienville et Camel. Ils parviennent ainsi à arrêter au passage tous ceux qui remontaient du fleuve avec leurs butins. Le soir les trottoirs de ces rues sont jonchés du sucre et du maïs abandonnés de force, et le sirop ruisselle sous les pieds des curieux qui regardent couler, à travers une fumée noire, les navires enflammés de leur flotte. Le ratissage de la ville se poursuivra jusqu’au petit matin. Mais l’accalmie sera de courte durée.

Au lever du jour, le 26 avril, les navires de Farragut mouillent, menaçants, devant la ville. Au prétexte de ne rien laisser sur place qui puisse servir aux fédérés, les émeutiers recommencent leurs pillages avec des chariots pour emporter leurs butins et mettent le feu à ce qu’ils ne peuvent prendre. Les brigades reprennent leurs patrouilles dans la ville. Capturant et retenant prisonniers les émeutiers armés, montant la garde devant les entrepôts et les magasins, ils font des barrages devant les édifices publics. Le quadrillage du sud de la ville et sa reprise en mains se poursuivra les jours suivants.

La ville aura été sauvée de la destruction et tous ses habitants protégés des exactions des émeutiers. Le maire et le conseil municipal félicitent publiquement les milices, et la presse telle « L’Abeille de la Nouvelle-Orléans » fait leur louange.

Le 30 avril les troupes de Butler entrent dans la ville et en prennent possession. Le 1er mai et les jours suivants le général yankee va demander avec insistance que les brigades européennes demeurent en activité et continuent à maintenir l’ordre mais sous l’autorité fédérale. Au nom de la neutralité de leur pays – décidément interprétée en fonction des circonstances – les généraux Juge et Maignan refuseront catégoriquement et donneront l’ordre de démobilisation des milices européennes et de la French Brigade. En représailles Butler exigera le désarmement total des brigades étrangères.

Ainsi se termine le rôle des français dans les brigades de la Nouvelle-Orléans ; partout on s’accordera pour dire que ces brigades ont certainement évité la destruction de la ville. Plusieurs journaux dithyrambiques, évoquant même la campagne de Russie de Napoléon Ier, iront jusqu’à écrire qu’elles ont évité à la ville d’être un nouveau Moscou…

Ensuite les premières semaines d’occupation de la ville par les Nordistes passent pour avoir été très difficiles à vivre sous la dictature de Butler, surnommé « la brute » (beaty). On trouve dans les correspondances entre le général nordiste et notre Consul ou les ex-officiers français des brigades, une série d’anecdotes qui illustrent les brimades et vexations du vainqueur et les susceptibilités des vaincus. Par exemple comme les soldats de Butler trouvent que les femmes de la ville ne sont guère aimables à leur égard, Butler décrète que les femmes qui afficheraient du dédain à l’égard d’officiers ou soldats de l’Union seraient désormais considérées et traitées comme des prostituées… Le reste à l’avenant. Cet Ordre N° 28 du 15 mai 1862 souleva un tel tollé aux États-Unis et en Europe que Butler, par ailleurs accusé de malversations, fut rappelé à New-York.

Comment retrouver la trace d’ancêtres ayant participé à la guerre de sécession ?

On trouve facilement quelques noms de français connus qui se sont illustrés dans les états-majors au cours de la guerre de sécession. Ainsi par exemple, côté confédérés, Pierre Gustave Toutant Beauregard et Camille Armand de Polignac ; côté Union, outre le prince Jérôme Bonaparte, on trouve le prince de Joinville (troisième fils de Louis-Philippe) et ses deux neveux le comte de Paris et le duc de Chartres ainsi que son fils le duc de Penthièvre.

Quelques sites web américains permettent de faire des recherches dans ce domaine :

> http://www.militaryindexes.com/civilwar/

> http://www.footnote.com/documents/6…

> http://www.itd.nps.gov/cwss/

> http://www.civil-war.net/

>http://faculty.marianopolis.edu/c.b…

> http://freeriders2.over-blog.com/ar…

>http://en.wikipedia.org/wiki/Louisi…

> http://www.ancestry.fr

On a dénombré près de trois millions de soldats engagés dans la guerre de sécession, deux millions avec le Nord et un million avec le Sud. Sur les 620 000 victimes, 360 000 étaient des Yankees et 260 000 des Sudistes. La très grande majorité des soldats étaient des « natifs » des États-Unis ; concernant la participation non américaine on a avancé le nombre de 500 000 étrangers, principalement européens, qui servirent au Nord et 100 000 avec le Sud. S’agissant des 54 000 citoyens français recensés en 1860, on aurait recensé environ 26 000 combattants dont environ 40% combattirent avec le Nord, et 70% environ avec le Sud. Les données étant très imprécises on ne sait si ces chiffres comprennent ou non les 3 000 citoyens français de la Nouvelle-Orléans qui servirent dans les milices.

Aucune autre Nation occidentale, si ce n’est la France avec sa Révolution de 1789, ne possède un sujet historique aussi inépuisable que l’histoire des États-Unis avec sa guerre de sécession. Le sujet a occupé et continue d’occuper l’esprit, la plume et les claviers de dizaines de milliers d’historiens, érudits, journalistes, cinéastes et romanciers et aucun aspect du sujet ne paraît avoir été négligé ; il reviendra peut-être un jour à un auteur français de s’intéresser au rôle particulier de ses concitoyens dans cette guerre lointaine et meurtrière.

Sources

Manuscrits de la division Eugene Mejan papers (Library of Congress) et notamment correspondances de Charles Laffon de Ladebat avec le général Butler.

Règlements de la Légion française / Ordre du jour (Library of Congress).

Correspondances diplomatiques : CADN de Nantes.

Archives familiales privées Laffon de Ladebat.

Bulletin N° 28 du 14/10/2008 de l’Institut Pierre Renouvin. Article : « Au nom de la France, restons unis » signé Farid Ameur.

« Beauty and Booty », Marion Southwood, The Confederate Reprint Company, 1997.

Journal « L’Abeille de la Nouvelle-Orléans » 1827/1925. Consultable sur le site web : « Jefferson Parisch Library : The New-Orleans Bee » Vol. 55, june1861 – june 1862.

« Les colons de Saint-Domingue réfugiés à la Louisiane » – Louisiana Review Codophil 10.2.1981 p. 104.

« Foreigners in the Confederacy », Ella Lonn, Unic Press, 1940.

« La guerre civile en Amérique. Prise de la Nouvelle-Orléans », Comte de Paris, revue des deux Mondes, Paris, 1875.

« La France et les états confédérés », John Welsford Cowel, édition Dantu, 1865.

« From Saint-Domingue to New Orleans : Migration ans Influences », Nathalie Dessens, University Press of Florida.

Iconographie : Wikipedia, images référencées sous licence libre « Wikimedia » et Library of Congress « public domain notice » (May be reproduced or copied without permission from Federal Goverment).

Notes

[1] Charles Laffon de Ladebat était le fils de Philippe Auguste Laffon de Ladebat (frère cadet d’André-Daniel Laffon de Ladebat (voir l’article sur ce personnage). Colon de Saint-Domingue jusqu’en 1791, il guerroya contre Toussaint Louverture avant de se réfugier avec sa famille à la Jamaïque puis à Baltimore. Les Laffon de Ladebat acquièrent finalement trois plantations de canne à sucre et une de coton dans l’ouest de la Nouvelle-Orléans où ils s’installent et ouvrent une maison de négoce.

[2] Quelques semaines plus tôt c’est le capitaine Raphael Semmes qui avait organisé la défense du fleuve. Après le désastre de la Nouvelle-Orléans ce célèbre marin sur le Sumter puis sur l’Alabama coula, captura ou détruisit 83 navires fédéraux dans l’Atlantique : c’est lui qu’on retrouvera commandant ce même CSS Alabama coulé devant Cherbourg par l’USS Kearsarge le 19 juin 1864.

[3] David Glasgow Farragut est une sorte d’Horatio Nelson pour les Américains : héros naval il a 60 ans quand il commande la flotte de l’Union devant La Nouvelle-Orléans. On lui prête quelques mots célèbres comme : « La meilleure protection contre le feu de l’ennemi c’est de bien viser avec nos canons » ou encore, à Mobile Bay, alors qu’il s’était fait ficeler au grand mât de son navire : « Au diable les boulets, en avant toute vapeur !

[4] On trouvera le déroulement détaillé de la bataille navale de la Nouvelle-Orléans sur Wikipedia English sous la référence : « Battle of forts Jackson and St Philip ».

1862)

Voir aussi:

En bleu et en gris : les Français et les Allemands dans les armées de la guerre de Sécession

En avril 1861, la guerre civile éclate aux États-Unis. Dans un pays en ébullition, où chaque camp s’attend à une guerre courte et glorieuse, la mobilisation bat son plein.

Farid Ameur

02/03/09

Les milices françaises de la Nouvelle-Orléans pendant la guerre de Sécession », article de Farid Ameur

À l’instar des autres groupes ethniques, les immigrants français et allemands sont nombreux à répondre à l’appel sous les drapeaux. Cédant à la pression populaire, des milliers d’entre eux accourent dans les bureaux de recrutement pour s’inscrire sur les registres régimentaires et endosser l’uniforme bleu de l’Union ou gris de la Confédération. À l’heure où se nouent les destinées de la jeune république américaine, certains de leurs compatriotes, épris d’aventures ou séduits par une cause idéologique à défendre, n’hésitent pas à traverser l’Atlantique pour aller offrir leur épée à l’un des deux belligérants comme au temps de la guerre d’Indépendance. Quatre années durant, leur participation au plus grand affrontement jamais mené sur le sol du Nouveau Monde ouvre un chapitre inédit de l’histoire militaire des États-Unis, aujourd’hui complètement tombé dans l’oubli

L’appel aux armes

En 1860, le recensement fédéral dénombre plus de quatre millions d’individus nés à l’étranger, soit 13 % de la population nationale. Après les Irlandais, les ressortissants des États allemands sont les plus représentés avec 1.276.075 âmes. Loin derrière, les Français occupent le cinquième rang avec un total de 109.870 expatriés. Malgré cet écart considérable, les deux groupes présentent des caractéristiques communes. D’immigration récente, ils forment une population relativement jeune, plutôt masculine et d’origine rurale, venue chercher aux États-Unis les moyens d’améliorer son niveau de vie. Dans leur immense majorité, ces immigrants se sont fixés dans les États du Nord, fer de lance de l’industrie et du progrès, délaissant le Sud, terre d’élection d’une société agrarienne fondée sur l’esclavage. Ils se sont établis pour la plupart dans les grandes villes de la Nouvelle-Angleterre, surtout à New York, Philadelphie et Boston, et dans le Midwest, où nombre de cultivateurs ont acquis des terres à bon marché. Au sein de la Confédération, en revanche, seuls la Louisiane et le Texas ont accueilli des foyers de peuplement étranger.

Géographiquement dispersés, idéologiquement divisés entre réfugiés des diverses révolutions et en quête de repères, Français et Allemands offrent l’image d’une population qui tente de se fondre dans la société américaine.

La guerre ne tarde pas à éveiller les instincts guerriers. L’enrôlement pour l’un ou pour l’autre camp répond à des motivations diverses. Les plus enthousiastes y voient l’occasion de démontrer l’attachement sincère qu’ils portent envers leur patrie d’adoption et de gagner à la pointe de leur épée une reconnaissance sociale. D’autres choisissent de défendre par les armes leurs convictions. Farouchement opposés à l’esclavage, les Allemands du Missouri s’engagent ainsi massivement dans les rangs de l’Union. Les Français de La Nouvelle-Orléans, de leur côté, se prennent de passion pour la cause du Sud. D’autres volontaires, jetés sur le pavé par le ralentissement des activités économiques, cherchent dans l’armée les moyens de se mettre temporairement à l’abri du besoin. Ceux-ci sont bientôt rejoints par une foule de jeunes gens, en quête d’aventures et de divertissements, engagés sans se faire la moindre idée des fatigues, des dangers et des privations de la vie militaire.

Sans les Allemands, nous battrions facilement les Yankees ! (Robert E. Lee)

Les recrues n’oublient pas pour autant leur pays d’origine. Dans les deux camps, les immigrants souhaitent faire belle figure et se couvrir de gloire en rendant hommage à leurs traditions guerrières. Aussi l’idée est-elle retenue de former des régiments ethniques capables d’imposer une identité nationale. À New York, après une active campagne de recrutement, trois unités françaises sont fondées : les « Gardes La Fayette » (55e New York), les « Zouaves d’Epineuil » (53e régiment) et les « Enfants Perdus » (Independent Corps). En Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, les Français forment une « Légion française » et une « Brigade française » pour assurer un service de garde civique. Les Allemands ne sont pas en reste. Ils sont environ 200.000 à servir dans les armées du Nord. On comprend ainsi le mot fameux du général Lee : « Sans les Allemands, nous battrions facilement les Yankees ! »

Près de soixante régiments à prédominance allemande étoffent les rangs de l’Union, la plupart étant formés dans les États de New York, de l’Ohio, du Missouri, de Pennsylvanie et du Wisconsin. Des brigades, voire des divisions entières sont ainsi constituées. Le XIe corps de l’armée du Potomac est composé en grande partie de ressortissants des pays allemands. Inversement, dans le Sud, où l’apport étranger est beaucoup plus réduit, seul le 20e régiment d’infanterie de Louisiane en compte un nombre appréciable.

Sur les champs de bataille du Nouveau Monde

Plusieurs de ces immigrants gravissent les échelons de la hiérarchie militaire eu égard à leurs états de service. Originaire de Bretagne, l’aristocrate Régis de Trobriand, que rien ne prédisposait au métier des armes avant d’être élu colonel des « Gardes La Fayette », gagnera au feu ses étoiles de général et commandera une brigade à la bataille de Gettysburg. L’un de ses compatriotes, Alfred Napoléon Duffié, ancien officier de cavalerie de l’armée française, bénéficiera de la même promotion. Né en Alsace, Victor Girardey, qui a épousé avec ardeur la cause des Confédérés, atteindra lui aussi le grade de général de brigade avant d’être tué lors du siège de Petersburg en 1864. La liste des officiers allemands est plus longue. Dans les deux camps, près de soixante-dix d’entre eux sont placés à la tête d’un régiment avec le grade de colonel. Mieux encore, Carl Schurz, Franz Sigel et Peter Osterhaus, commandent des corps d’armée nordistes, tandis que Ludwig Blenker et le baron Adolf von Steinwehr exercent les fonctions de général de brigade. Pour le compte des États confédérés, John Wagener assume les mêmes responsabilités lors du siège de Charleston, en Caroline du Sud.

Fait peu connu, certains volontaires se hâtent de traverser l’Atlantique pour offrir leurs services aux belligérants. Comme au temps de la guerre d’Indépendance, l’ouverture des hostilités attire en effet les soldats de fortune et les chevaliers errants du Vieux Continent sur les rivages du Nouveau Monde. Désireux de marcher sur les pas du marquis de La Fayette et du baron von Steuben, de se couvrir de gloire, de faire le coup de feu ou simplement de tromper l’ennui, de jeunes aristocrates demandent à prendre rang dans les deux armées, où l’on a besoin d’officiers compétents et expérimentés pour encadrer les troupes.

Les plus célèbres sont les princes de la famille d’Orléans. Opposants au Second Empire et exilés en Angleterre, le comte de Paris et son frère le duc de Chartres, petit-fils de Louis-Philippe, servent pendant neuf mois dans l’état-major du général McClellan, commandant de l’armée du Potomac, avec le grade de capitaine. Ils y retrouvent Paul von Radowitz, rejeton d’une illustre famille prussienne et ancien officier de cavalerie qui s’illustrera durant la bataille d’Antietam en septembre 1862. Côté sudiste, le prince Camille de Polignac, fils de l’ancien ministre de Charles X, rejoint le camp rebelle et se hisse peu à peu au rang de général. À Richmond, capitale de la Confédération, il croise la route de Heros von Borcke, un noble de Poméranie qui a quitté l’état-major prussien pour servir dans les troupes sécessionnistes, au sein desquelles il gagne l’estime du général Lee.

Pour ces immigrants, l’expérience macabre de la guerre de Sécession ouvre la voie à l’américanisation.

Les soldats français et allemands payent cher leur participation au conflit. Lors de la bataille de Chancellorsville, en mai 1863, les unités allemandes du XIe corps de l’armée du Potomac sont surprises et décimées par les Sudistes. Pendant le combat de Fair Oaks, en juin 1862, le régiment français des « Gardes La Fayette » perd le quart de ses forces en défendant une batterie d’artillerie. Dans le Missouri, les francs-tireurs rebelles s’acharnent contre les Allemands, auxquels ils vouent une haine tenace. Dans six comtés du Texas, où les autorités confédérées ont décrété la loi martiale, les « insoumis » allemands sont traqués sans relâche par des détachements de cavalerie, obligeant des centaines d’immigrants à fuir en direction du Mexique. Deux contributions essentielles sont néanmoins à relever. En leur qualité de garde urbaine, les milices françaises de La Nouvelle-Orléans empêchent la destruction de la ville au moment de sa prise par les forces fédérales en avril 1862. Enfin, la rapide mobilisation de la communauté allemande dans le Missouri et le Kentucky permet à ces deux États frontaliers de rester dans le giron de l’Union au début du conflit.

Pour ces immigrants, l’expérience macabre de la guerre de Sécession ouvre la voie à l’américanisation. Le passage dans les armées a noué des liens nouveaux, ouvert des barrières et gommé certains préjugés. Les étrangers qui ont servi dans les troupes unionistes acquièrent de plein droit la citoyenneté et touchent désormais une pension du gouvernement fédéral. Et dans le Sud, le mythe de la « cause perdue » donne aux anciens combattants une aura qui durera plusieurs générations. En un mot, qu’ils aient été dans le camp des vainqueurs ou dans celui des vaincus, en bleu ou en gris, ils ont gagné une place nouvelle dans le grand corps national américain.

Voir également:

Les milices françaises de la Nouvelle-Orléans pendant la guerre de Sécession

Farid Ameur

Institut Pierre Renouvin

04-02-09

« Au nom de la France, restons unis ! » Les milices françaises de la Nouvelle-Orléans pendant la guerre de Sécession

Farid Ameur

14 octobre 2008 |

Les corps français de la milice louisianaise restent peu connus dans l’histoire de la guerre de Sécession [1]. Nés d’un compromis entre les autorités de l’État sudiste et le consul de France pour concilier la législation locale avec les devoirs de neutralité imposés aux sujets neutres, ils ont pourtant compté des milliers de sujets de Napoléon III dans leurs rangs. Nulle part autant d’étrangers n’auront réussi à s’assembler sous un commandement unifié au cours du conflit. Au terme d’une histoire mouvementée – émaillée de frictions avec les dirigeants confédérés et de dissensions internes, ils ont fini par s’illustrer au moment de la chute de La Nouvelle-Orléans.

Un service de garde civique

Le 26 janvier 1861, l’État de Louisiane fait sécession. Quelques jours plus tard, il s’associe à la Confédération lors de la convention de Montgomery. À La Nouvelle-Orléans, la mobilisation bat son plein. Au milieu de la liesse populaire, les volontaires affluent dans les bureaux de recrutement. De nombreux Français se joignent avec entrain aux corps en voie de formation. Un plus grand nombre encore s’apprête à en faire autant. Pour tempérer l’ardeur belliqueuse de certains de ses compatriotes, le comte Eugène Méjan, qui exerce les fonctions de consul depuis 1856, doit ainsi lancer une mise en garde. Les premières instructions de Thouvenel sont claires. En attendant que le cabinet des Tuileries se prononce officiellement sur la question américaine, il faut adopter une « ligne de prudence » et recommander aux Français de « ne prendre aucune part aux événements qui se préparent ou s’accomplissent dans le sud de l’Union » [2].

Dans la première quinzaine de février, le comte Méjan dépose un avis dans les bureaux du consulat, aussitôt reproduit dans les journaux francophones de la ville. Très concis, le texte se borne à rappeler les dispositions de la loi ainsi que les sanctions auxquelles les contrevenants s’exposent. En vertu de l’article 21 du Code Napoléon, tout Français qui, sans autorisation de l’Empereur, prendrait du service chez l’étranger ou s’affilierait à une corporation militaire étrangère perdra sa « qualité de Français ». D’après le consul, l’avertissement a été pris au sérieux. Il aurait produit « un certain effet » au sein de la colonie. Pour les jours à venir, prévoit-il, « il retiendra sans doute chez eux beaucoup de Français qui, par manque d’ouvrage, auraient été disposés à s’engager au service de la Louisiane, et sur l’aide desquels on paraît avoir beaucoup compté » [3].

Or, les choses ne tardent pas à se compliquer. La rébellion entend mobiliser toutes les ressources humaines disponibles. À Shreveport, capitale de l’État, le gouverneur Thomas Moore remet ainsi en vigueur une ancienne loi incorporant dans la milice pour une durée de cinq ans tous les hommes valides entre 18 et 45 ans, quelle que soit leur nationalité, pourvu qu’ils résident dans l’État depuis au moins soixante jours. Seuls les consuls, vice-consuls et agents consulaires sont exemptés de ce service militaire [4]. Sitôt rendue publique, cette mesure met en émoi la population étrangère. À l’instar de ses collègues européens, le comte Méjan tente d’abord de dissiper les appréhensions de ses nationaux. Mais après s’être entretenu avec une pléiade de généraux, de politiciens et de jurisconsultes, il doit bientôt se rendre à l’évidence. Fort embarrassé, il renonce à écrire une lettre de protestation à Moore et à recourir aux tribunaux. Comme il l’expliquera plus tard, la bataille juridique était « perdue d’avance ». Avec ne serait-ce qu’un « brin de bonne foi », il était impossible de contester « la légalité et la force de la loi » [5]. Bien qu’elles soient tombées en désuétude depuis longtemps, les prescriptions de la législation sur la milice sont formelles. D’ailleurs, l’une des clauses du traité consulaire de 1853 entre la France et les États-Unis en reconnaît la légitimité en revenant sur la question des immunités. En outre, la loi du Second Empire stipule que les résidents étrangers peuvent être astreints au service de la garde nationale. Au nom de la réciprocité, comment imaginer un seul instant que les Français vivant à l’ombre du drapeau américain puissent en être dispensés ? [6]

Plutôt que de chercher à éluder la loi, le comte Méjan se rend à Shreveport, où il espère trouver un terrain d’entente avec le gouverneur. Le temps presse. Nombre de Français ont déjà reçu leurs convocations pour la milice. Résignés, des négociants expriment le vœu d’être « engagés le moins possible » pour continuer à veiller sur leurs affaires. Qui plus est, les consuls européens sont déconcertés par le mouvement d’opinion réclamant le service militaire des étrangers. Pour plaider la cause des sujets neutres, Méjan reçoit le soutien du colonel Louis Hébert, un officier créole avec lequel il entretient d’excellents rapports. Après des négociations serrées, les deux hommes obtiennent gain de cause. Moore consent à tourner la loi. Il est finalement convenu que les étrangers pourraient former des compagnies destinées au service de sûreté et à la garde des villes ou des zones rurales qu’ils habitent. Les miliciens seraient armés, équipés et habillés à leurs frais. En aucun cas, toutefois, les Foreign-Born qui auraient acquis la nationalité américaine ne pourraient se joindre à eux [7].

De retour à La Nouvelle-Orléans, Méjan se félicite du résultat de sa mission. Il répète qu’il a « obtenu beaucoup » et que le gouverneur s’est montré « raisonnable » [8]. Pour concilier le respect des droits des neutres et les devoirs incombant aux résidents de la Louisiane, le consul de France a reçu l’assurance que les milices composées d’étrangers n’effectueraient qu’un service de garnison et de maintien de l’ordre. Exemptées de service régulier, elles ne seraient vraisemblablement jamais opposées aux troupes fédérales. Gardiennes de la paix publique, leur mission consiste à veiller à la sécurité des personnes et des propriétés [9]. L’éminent avocat Pierre Soulé, auquel Méjan a demandé conseil, approuve le compromis. Ce service, lui écrit-il de surcroît, est « une obligation naturelle péremptoire », « un devoir sacré dont l’étranger ne peut s’exonérer qu’en quittant le pays » [10].

Sous les auspices des consuls, les résidents étrangers s’organisent alors en bataillons et régiments ethniques. À La Nouvelle-Orléans, les Français sont les plus actifs. Dès le 26 avril, une « Légion française » est constituée pour la défense exclusive de la cité créole. Composée de six compagnies d’infanterie, elle est placée sous les ordres du colonel Albin Rochereau, un riche entrepreneur. Les espoirs de fusion s’étant rapidement envolés, trois autres organisations voient le jour : la « Garde d’Orléans », les « Volontaires français » et les « Volontaires indépendants ». Si l’on en croit les registres, les miliciens sont des hommes plutôt jeunes, célibataires et d’immigration récente. La plupart sont des ouvriers, des petits commerçants et des artisans du « Vieux Carré » [11].

Un très net esprit sécessionniste préside à la création de ces corps. Les règlements de la Légion française sont à ce titre évocateurs. Après avoir rappelé les divers extraits du Code Napoléon interdisant les enrôlements dans les armées étrangères, le préambule affirme que « la dissolution de l’Union est un fait accompli » et qu’elle est imputable à « l’attitude hostile du Nord envers le Sud ». L’état de guerre civile ? Il a été provoqué par « les proclamations d’Abraham Lincoln », le « président des États du Nord ». Le texte lance également un appel à l’Empereur, « soutien des nationalités » et champion militant du « droit de chaque peuple de se gouverner comme il l’entend ». Mieux encore, les membres de la Légion française font état de leurs « sympathies pour la cause du Sud » et de leur désir de « défendre contre d’iniques agresseurs leurs familles, leurs foyers et la ville qui leur donne l’hospitalité ». Ils jurent de « soutenir, de maintenir et de défendre la Constitution de l’État de Louisiane et celle des États confédérés » [12].

Ce n’est pas tout. Les unités françaises organisent des manifestations fastueuses pour témoigner leur attachement à la Confédération. Fières de leur allure martiale, elles défilent en grande pompe dans les rues de La Nouvelle-Orléans, où elles attirent naturellement tous les regards [13]. Le 28 juillet, la Légion française parade à Jackson Square, l’ancienne Place d’Armes du Vieux Carré. Au son des fifres et du tambour, elle rassemble près d’un millier de miliciens vêtus d’une capote bleu horizon et d’un pantalon garance, copie parfaite de l’uniforme des troupes impériales. Sous les acclamations de la foule, les orateurs se succèdent à la tribune pour rappeler les liens anciens et indissolubles existant entre la France et la Louisiane. Afin d’encenser cette « union fraternelle », on brandit pêle-mêle les drapeaux français, louisianais et confédéré. Prenant la parole, des officiers se font une gloire de payer « une dette de reconnaissance et de sympathie » envers leur État d’adoption. D’autres conçoivent leur unité comme une avant-garde de la prochaine alliance française. Les autorités catholiques sont également de la partie. Au pied de la cathédrale Saint-Louis, l’étendard de la Légion, surmonté d’un aigle en cuivre doré, est béni par l’archevêque Jean-Marie Odin, qui n’a jamais fait mystère de son parti pris pour la cause du Sud. Connu pour ses positions esclavagistes, l’abbé Perché prononce quant à lui un « discours enflammé » dans lequel il salue l’enrôlement de ses compatriotes aux côtés des sécessionnistes [14].

Naturellement, les Français sont nombreux à s’insurger contre ces atteintes répétées aux règles de la neutralité. Un officier prétend n’avoir prêté le serment d’allégeance que « sous protêt ». Enrôlé malgré lui, un autre milicien se plaindra de la pression exercée par les autorités :

« Nous avons protesté contre l’injuste prétention de nous faire forcément participer à la guerre et malgré notre grand désir de nous rendre utiles au pays, ce ne fut surtout que pour nous soustraire aux violences et à l’emprisonnement que nous jurâmes de défendre la ville contre l’agression » [15].

Certains de ses camarades avouent sans vergogne s’être engagés « à contrecœur ». « Il fallait ou obéir ou quitter le pays » reconnaîtra le colonel de la Légion française [16]. D’autres mettent en cause l’attitude suspecte du comte Méjan, qu’ils accusent de manquer à ses premiers devoirs de représentant d’une puissance neutre [17]. Au début de l’été, la publication de la déclaration de neutralité de Napoléon III cristallise les tensions. Le 21 juillet, des résidents français adressent une pétition au baron Mercier, ministre de France à Washington. Le consul de France, disent-ils, a démontré, sinon une coupable connivence avec les dirigeants louisianais, du moins un manque de fermeté et une inaptitude à représenter les intérêts d’une colonie de plus de dix mille âmes. Peu désireux de rejoindre les rangs de la milice, les pétitionnaires sollicitent en conséquence « l’appui moral de leur gouvernement » [18].

À Paris, la nouvelle déclenche la colère de Thouvenel, d’autant que l’information lui a été d’abord transmise par William L. Dayton, ministre plénipotentiaire des États-Unis en France. Furieux, il expédie aussitôt une dépêche pour réprimander son agent et lui demander des explications. La conduite de Méjan lui paraît d’autant plus inadmissible et désinvolte que des instructions précises ont été données aux consuls pour faire observer la plus stricte neutralité aux sujets de Napoléon III. Les résidents français, lui rappelle-t-il, doivent s’abstenir de « toute immixtion dans les affaires du pays » et « ne participer en rien à ce qui pourrait être considéré comme un acte d’intervention ». Malgré ses excellents états de service, le prévient-il, le gouvernement impérial n’hésiterait pas à le congédier s’il s’était effectivement laissé aller à des excès de complaisance envers la cause rebelle [19].

Sommé de s’expliquer, le comte Méjan se défend tant bien que mal, n’hésitant pas à se donner le beau rôle. La question du service de la milice, avoue-t-il à Thouvenel, « m’a donné beaucoup d’embarras, et m’en promet encore » [20]. Fait certain, les prescriptions de la loi de Louisiane sont catégoriques. Bon gré mal gré, les Français doivent s’armer pour défendre leur foyer d’adoption. Aussi, l’exemption de service militaire régulier qu’il a si difficilement obtenu doit être considéré comme un moindre mal. « Entre deux maux, répète-t-il, j’ai choisi celui qui m’a paru le moindre ». Jamais, promet le consul de France, ses nationaux ne sortiront des limites de leurs attributions spécifiques. Pour qu’on ne se méprenne pas sur son rôle, Méjan prétend avoir condamné des « manifestations de sympathie », « quelques fautes commises » et des « paroles imprudentes prononcées sous l’empire de certaines surexcitations momentanées ». Il assure s’être tenu en dehors de la rédaction du règlement et de l’administration des corps français, allant jusqu’à refuser d’assister à la moindre de leurs réunions [21]. En outre, rappelle-t-il, l’issue de la guerre ne fait aucun doute. Les Nordistes vont bientôt lâcher prise sur le front de Virginie, où se déroule l’essentiel des combats. Pour rompre le blocus, les puissances européennes vont intervenir, serait-ce à coups de canon. La Louisiane ne devrait vraisemblablement pas être le théâtre d’affrontements. En un mot, les corps français n’auront jamais l’occasion de tirer le moindre coup de feu.

Les explications du comte Méjan ne rassurent pas totalement sa hiérarchie. Si Thouvenel reconnaît qu’il était « difficile et peut-être dangereux de chercher à obtenir plus dans les circonstances présentes », il fait remarquer à son consul qu’il ne s’agit pas, pour les sujets français, de la « ligne d’abstention absolue » que le gouvernement impérial avait appelée de ses vœux [22]. À Washington, le baron Mercier adopte la même position. Il n’approuve pas l’initiative de Méjan, mais ne la désavoue pas non plus. En aucun cas, concède-t-il, leurs compatriotes ne doivent « s’aliéner les sentiments d’une population au milieu de laquelle ils sont appelés à vivre » [23].

Le temps des discordes

Devançant toutes les craintes, les principales difficultés surgissent du sein même de la colonie française. À l’instar de ses collègues européens, le comte Méjan doit affronter le courroux d’une partie de ses nationaux, qui lui reprochent de vouloir s’attirer les faveurs des autorités rebelles à des fins personnelles. Au début du mois de mai, déjà, le consul de France avait tenté de dissiper les inquiétudes de ses compatriotes mécontents en tenant une réunion d’information dans la salle de la Société de bienfaisance française. Sans succès. Durant des mois, ses bureaux sont encombrés d’individus lui demandant conseil ou lui faisant des remontrances. La presse francophone alimente la polémique [24]. Dans une dépêche qu’il adresse à Thouvenel, le comte Méjan fait part de ses appréhensions : « J’ai peur qu’à un moment donné, on ne force les récalcitrants soit à s’enrôler, soit à quitter le pays » [25]. Face à l’inflexibilité des autorités confédérées, ceux-ci tournent à nouveau leurs regards vers la mère patrie. Le 10 octobre, les réfractaires sont à l’origine d’une nouvelle pétition adressée au gouvernement impérial [26].

Pendant ce temps, les « Jambes rouges », comme on surnomme les miliciens français, se disputent les faveurs du public. En septembre 1861, la Légion française compte près de 1 200 fantassins équipés aux frais des notables de la colonie. Moins connu, le corps des Volontaires français est placé sous les ordres du colonel Ferrier. De taille équivalente, il comprend neuf compagnies d’infanterie et une de cavalerie [27]. De passage à La Nouvelle-Orléans, un officier de la marine impériale, le capitaine Ribourt, rapporte que ses compatriotes « s’exercent fréquemment », qu’ils sont « bien armés » et qu’ils ont « une tenue régulière » [28]. La presse orléanaise est unanime : les corps français sont les meilleures unités de la milice locale. Les manœuvres de la Légion française, s’accorde-t-on, ont atteint « l’état de perfection ». « Splendide ! » écrit un journaliste créole enthousiasmé par la revue des Volontaires français. « Si l’occasion se présente, se réjouit l’un de ses confrères, nous pourrons ainsi compter sur ces braves représentants de la France pour la défense de notre ville ! » [29]

Or, après seulement quelques mois d’existence, la Légion française est en proie à de graves dissensions internes. Les délibérations de son Conseil d’administration portent le témoignage de frictions de toutes sortes et de luttes d’influence. Dès le début, les élections des officiers ont constitué une pierre d’achoppement, de fortes pressions ayant abouti à l’élévation de personnalités fortunées et influentes aux plus hautes responsabilités. Les ressentiments et jalousies qu’elles ont entraînés ont favorisé l’éclosion de clans. Le principal est conduit par le capitaine Paul Juge, officier commandant des « Voltigeurs de La Fayette », la sixième compagnie de la Légion. Cet importateur de vins au caractère pugnace, qui a en fait été naturalisé en 1853, s’oppose d’emblée à l’autorité du colonel Rochereau, dont il a sans aucun doute convoité la place. Frustré dans son ambition, il a juré de provoquer la perte de son supérieur, auquel il voue une haine inextinguible. Chacun des deux hommes ayant ses partisans, le Conseil d’administration devient le premier champ de bataille de la milice. La moindre question y est débattue avec âpreté. À coups de savants compromis, on amende le règlement en fonction des derniers incidents signalés. Pour rééquilibrer le budget, on remet en question les plus menues dépenses et on réévalue le montant des cotisations. On se dispute pour déterminer les jours d’exercice (deux à trois par semaine selon la saison). On se déchire sur les détails de l’uniforme et de l’équipement. Chaque décision est soumise à un vote serré. En clair, l’esprit de faction règne sans partage [30].

Le pire reste à venir. L’admission de deux corps étrangers met le feu aux poudres. En août, malgré de violentes oppositions, une compagnie suisse est incorporée à la Légion, alors que ses fondateurs s’étaient engagés à ne compter dans leurs rangs que des citoyens français non naturalisés. Pour rassurer les mécontents, toutefois, il est convenu qu’aucune autre unité étrangère ne serait désormais admise. Or, deux mois plus tard, un bataillon belge, sous les ordres du capitaine Max Le Roy, demande à bénéficier de la même faveur. La motion provoque de vives contestations. Rochereau, qui s’y oppose fermement au nom des principes fondateurs du corps, doit cependant s’incliner lorsque la question est mise aux voix.

Le 19 octobre, alors que le Conseil d’administration s’apprête à élire de nouveaux officiers supérieurs, dont certains sont destinés à servir dans l’état-major, le problème posé par la présence des miliciens suisses et belges revient à l’ordre du jour. Le droit de vote des officiers étrangers n’étant pas reconnu, le capitaine Juge demande que l’on reconsidère la question en vue d’établir une « plus grande harmonie » au sein du corps. Après des débats orageux, il obtient que la question soit réglée devant les urnes. Mais deux tours de scrutin donnent une égalité parfaite aux deux opinions. Au final, le droit de prendre part aux élections est refusé aux officiers étrangers par autorité du colonel [31].

La décision est suivie de démissions en cascade d’officiers appartenant aux deux factions. Le mécontentement grandit dans les rangs. À l’instigation de Juge, des compagnies envoient des délégués pour contester les pouvoirs conférés au Conseil. Trois cent soixante-huit hommes apposent leur signature au bas d’une pétition accusant le colonel d’outrepasser ses droits. Les minutes des délibérations montrent bien l’atmosphère tendue qui règne alors au sein de la Légion. Après de longues palabres, les démissions offertes sont refusées. Cinq bataillons ayant menacé de se débander, les élections prévues sont annulées. Mais la situation se détériore rapidement. En vain Rochereau lance-t-il des appels à la concorde [32]. Groupée autour du capitaine Juge, la faction des mécontents supporte de plus en plus mal l’autoritarisme grandissant du commandant de la Légion. Alors que deux nouvelles compagnies françaises renforcent les effectifs durant l’automne, la scission se profile à l’horizon. Excédé par « l’action incessante d’une minorité », Rochereau décide d’en finir avec les « perturbateurs ». Des considérations d’ordre politique lui en fournissent le prétexte. Le pas décisif est franchi le 2 décembre. Pour conserver à la Légion son caractère de garde locale neutre, il exige l’exclusion des Français qui ont été jadis naturalisés, dont la présence avait été jusqu’à présent tolérée, sachant pertinemment qu’il se débarrasserait par la même occasion des éléments indésirables, à commencer par le capitaine Juge. Les naturalisés, déclare-t-il, sont « des Américains du Nord et du Sud » ; ils ne peuvent reconnaître « ni la France, ni l’Empereur ». Leur présence dans les rangs pourrait conduire le gouverneur Moore à dissoudre « la belle Légion », formée avec « tant de peines », et à remettre en cause les privilèges accordés aux ressortissants étrangers [33].

Paul Juge s’insurge contre son exclusion. S’il reconnaît avoir été naturalisé huit ans auparavant, il prétend avoir repris la nationalité française au début du conflit. Aucune source, malheureusement, n’apporte de réponse définitive à la question. Seule certitude, le choix du colonel Rochereau provoque l’éclatement de la Légion. Vexé, le capitaine Juge forme aussitôt une unité concurrente sous le nom de « Garde-française », dont il obtient le commandement. Avant la fin de l’année, cinq compagnies de la Légion, dont les bataillons belge et suisse, se rallient à lui [34].

La situation des unités françaises est alors extrêmement confuse. Outre la Légion et la Garde-française, il existe toujours les corps des Volontaires indépendants et des Volontaires français, dont les effectifs ont atteint la taille régimentaire. Cette diversité surprend plus d’un voyageur. De retour à La Nouvelle-Orléans au début de février 1862, moins de cinq mois après l’avoir quittée, le capitaine Ribourt tire un constat d’échec. C’est le signe, écrit-il dans son rapport, que la colonie française est désunie et qu’elle n’a pas su ni voulu réaliser l’union sacrée que Méjan avait demandée au commencement des hostilités [35].

Des privilèges souvent contestés

Il y a plus grave encore. Au fil des mois, une violente campagne de presse dénonce les avantages concédés aux étrangers, que l’on accuse d’être des « planqués ». Admirés pour leur belle tenue, les miliciens sont pointés du doigt lorsque les premiers régiments louisianais prennent le chemin de la Virginie. Leur allure martiale ne fait pas longtemps illusion. Au fil du temps, les « Jambes rouges » épuisent leur crédit. Pendant presque un an, leur rôle se révèle quasiment nul. Certes, malgré les différends qui les opposent, elles manœuvrent avec ensemble et précision. Elles s’exercent avec régularité et sérieux. On les voit patrouiller de temps à autre le long de la rue du Canal. Mais elles n’ont jamais l’occasion de se mettre en évidence. Ni émeutes ni révoltes d’esclaves à réprimer. Tout juste quelques bagarres d’ivrognes à séparer le long des quais de La Nouvelle-Orléans. Tout porte à croire, disent les mauvaises langues, qu’elles déposeront les armes à la première occasion et qu’elles préfèreraient livrer la ville à l’ennemi plutôt que de sortir des limites de la neutralité [36].

Le tournant intervient au cours de l’hiver suivant, lorsqu’une escadre fédérale sous les ordres de l’amiral Farragut resserre son étau le long du golfe du Mexique, et notamment près des bouches du Mississippi. L’alerte qui s’ensuit surexcite les esprits. Comme le nouvel appel aux armes ne rencontre pas le succès escompté, les étrangers subissent les foudres de l’opinion. Les sujets de Napoléon III ne font pas exception, d’autant que les espoirs d’une intervention européenne semblent s’éloigner. En février 1862, les effets du blocus et les défaites enregistrées dans le Tennessee accroissent le malaise de la population louisianaise [37]. Face à un danger aussi pressant, estiment certains, les « troupes de parade » qu’ils ont formées n’ont plus lieu d’être. Malgré les conventions internationales qui régissent les droits des neutres, il leur faut maintenant s’engager plus directement dans la guerre contre les envahisseurs du Nord. L’État de Louisiane ne saurait se passer plus longtemps des services de milliers de ses résidents en armes [38].

Confrontées à la pression populaire et aux nécessités militaires, les autorités louisianaises remettent alors en cause les accords précédemment conclus [39]. Au début du mois d’octobre 1861, déjà, le consul de France avait dû se rendre à nouveau à Shreveport pour obtenir le maintien des immunités dont bénéficient les sujets neutres [40]. Et pourtant, la situation se complique dès l’hiver suivant. Le gouverneur Moore, qui ne cesse de demander des renforts au cabinet de Richmond, en appelle à l’union sacrée pour faire face à la menace que représentent les mouvements de l’escadre de l’amiral Farragut dans le golfe du Mexique et la marche du général Grant dans le Tennessee. Pour protéger le front intérieur, les autorités promulguent le 23 janvier une nouvelle loi sur la milice. Désormais, tous les miliciens doivent se tenir sur le pied de guerre et se préparer à combattre sur n’importe quel point de l’État pour une durée allant de trois à six mois. Cette fois, la législation s’applique aussi aux sujets neutres. Moore, d’ailleurs, souhaite remédier à la trop grande diversité des unités étrangères. Usant de ses pouvoirs de commandant en chef de la milice, il ordonne la création de brigades de Defense Guards à compter du 15 février.

Dès que la nouvelle est rendue publique, le comte Méjan se joint à une démarche collective de ses collègues pour réclamer le maintien du statut privilégié des corps étrangers. Les agents consulaires craignent de voir leurs ressortissants assimilés aux troupes de l’État et comme tels opposés aux forces fédérales, ou du moins forcés à quitter le centre de leurs affaires. Or, le gouverneur Moore leur oppose d’emblée une fin de non-recevoir. Nul doute que la présence avérée d’un nombre indéterminé de naturalisés dans les rangs de la milice ait conforté son opinion. À La Nouvelle-Orléans, le maire John Monroe est aussi inflexible. En conséquence, les représentants des puissances neutres en poste à Richmond sont instruits du dossier [41].

Dans l’immédiat, toutefois, les miliciens français sont contraints de s’organiser en brigades. La tâche n’est pas aisée. Le 4 février, une tentative faite pour réunir tous les corps français sous le commandement d’un seul général de brigade échoue [42]. Le temps pressant, Monroe préside à la création de l’European Brigade, vaste rassemblement d’unités européennes dont il confie le commandement à Paul Juge [43]. La promotion éclair de ce dernier mécontente bien évidemment le colonel Rochereau, dont la Légion passe pour être le corps d’élite des milices étrangères. À l’issue d’une assemblée générale, ses membres refusent de se placer sous les ordres de leur ancien capitaine, qu’ils accusent d’arrivisme. Le 13 février, A. de la Motte, président de l’Union française de La Nouvelle-Orléans, demande en conséquence aux autorités de Shreveport la création d’une French Brigade composée exclusivement de citoyens français pouvant élire leur propre général. Le 4 mars, le projet de fusion ayant reçu l’approbation des légionnaires du colonel Rochereau et des Volontaires indépendants du colonel Brogniet, le gouverneur Moore donne son accord. Sitôt constituée, la brigade élit comme général Victor Maignan, ex-capitaine de la Légion [44].

Pendant ce temps, Méjan est en proie à de vives inquiétudes. Sans nouvelles de Richmond, il a appris de source certaine que la loi martiale serait proclamée dans les prochaines semaines. Le 14 février, les consuls étrangers adressent une énième protestation collective à Shreveport.

« Les étrangers de La Nouvelle-Orléans, déclarent-ils, ont prouvé par l’empressement qu’ils ont mis à se former en corps séparés combien ils étaient disposés au maintien de l’ordre et de la police au moment suprême où les citoyens seraient peut-être forcés à quitter la ville, leurs foyers et leurs familles ».

Il serait injuste, poursuivent-ils, qu’ils soient soumis à un service qui pourrait les entraîner « en dehors des limites de la neutralité » que leur imposent « la loi des nations et les ordres de leurs gouvernements respectifs » [45]. Le gouverneur Moore reste inflexible. Dans sa réponse, il fait appel à la « galanterie nationale » des étrangers pour les faire coopérer à une défense active [46]. Désabusé, Méjan fait part de son désarroi à sa hiérarchie :

« Sur l’affaire de la milice, je ne puis malheureusement être certain de rien. […] Croyez bien que je ne négligerai rien pour que mes nationaux soient le moins compromis. Vous savez du reste combien la constitution politique de ce pays et l’indépendance relative des États rendent notre intervention auprès des autorités difficile et presque toujours inutile… » [47]

L’affaire est finalement réglée à Richmond. Le consul Alfred Paul, qui a été instruit du dossier, a ses entrées dans les cercles politico-militaires de la capitale de la Confédération. Il entretient notamment de bonnes relations avec le secrétaire à la Guerre Judah Benjamin, un bourgeois de La Nouvelle-Orléans francophile. Grâce à ses bons offices, les pièces du dossier sont portées à la connaissance du président Jefferson Davis. Le 27 février, il rétablit de sa propre autorité les privilèges des corps étrangers. Benjamin explique ainsi à Moore la position du premier magistrat de la Confédération : « Les résidents étrangers doivent effectivement être mis à contribution pour défendre la ville où ils ont élu domicile, mais le président craint qu’il ne soit pas de bonne politique de les obliger à servir au dehors » [48]. À Richmond, à vrai dire, on ne veut pas courir les risques de complications diplomatiques avec la France impériale, qui reste une alliée possible. L’épée de Napoléon III peut encore montrer sa pointe pour protéger le Sud.

Une contribution significative

Pourtant, contre toute attente, les opérations militaires précipitent les corps français sur le devant de la scène. Le 24 avril, après avoir essuyé le feu de l’artillerie confédérée, l’amiral Farragut franchit la passe et remonte le delta du Mississippi en direction de la ville. Démoralisées, les garnisons des forts Jackson et Saint-Philippe, qui barrent l’entrée de la cité créole, se mutinent. Le 25, au matin, l’escadre fédérale réduit au silence les dernières batteries fluviales en activité. En début d’après-midi, alors que La Nouvelle-Orléans est sous la menace des canons de l’Union, les forces régulières du général Lovell battent en retraite. Si Farragut n’ose pas débarquer sans avoir reçu l’appui des 15 000 fantassins du général Butler, toujours retenus au-delà de la passe, la partie n’en reste pas moins jouée. Indéfendable, la « reine des villes » est en passe de tomber entre les mains des Fédéraux [49].

Le coup de force de l’amiral Farragut prend totalement au dépourvu les habitants de la cité créole, la veille encore rassurés par la solidité des forts et les autres moyens de défense accumulés en travers du fleuve. Aussi, la présence inopinée de la flotte adverse donne lieu à d’importantes scènes de panique. La retraite désordonnée de Lovell accentue la confusion des esprits. La ville paraît promise au pillage et à l’incendie. Amassées sur la levée, des bandes d’émeutiers profitent du désordre ambiant pour accomplir leur sinistre besogne. En l’espace de quelques heures, des milliers de balles de coton, de boucaux de sucre et de barils de mélasse disparaissent en fumée. Les pillards s’en prennent ensuite aux magasins particuliers et aux bâtiments publics. Des dizaines de vitrines volent en éclats. On rapporte quelques cas d’agression de Noirs et de riches bourgeois. Bien que protégés par le drapeau parlementaire, les officiers fédéraux venus négocier la reddition de la ville avec le maire Monroe sont tout près d’être lynchés par la foule. Entre la menace d’un bombardement et la surexcitation de la population civile, l’anarchie est totale [50].

Le 25, vers onze heures du matin, alors que le pillage menace de prendre une plus grande ampleur et que les derniers soldats sudistes s’apprêtent à quitter La Nouvelle-Orléans, les généraux Maignan et Juge sont convoqués d’urgence à la mairie. Ils y trouvent une cellule de crise. Monroe refuse obstinément de livrer la ville à l’amiral Farragut. Aussi, pour contenir le mouvement populaire, Monroe n’a d’autre choix que de faire appel aux brigades étrangères. Après avoir brièvement exposé la gravité de la situation aux deux officiers français, il leur demande de battre le rappel de toutes leurs forces et de sauver la ville de l’incendie et du pillage. Avant de prendre congé d’eux, il attribue à chacune des deux brigades un secteur d’intervention. Dans la précipitation, Monroe rédige à la hâte un ordre confiant au général Paul Juge, eu égard de l’antériorité de son grade (senior officer), le commandement en chef des milices étrangères. Outré, Maignan élève aussitôt quelques protestations. Les circonstances présentes, s’entend-il répondre, appellent à davantage de désintéressement. L’heure n’est plus aux luttes d’influence. Il faut prendre les armes pour réprimer l’insurrection [51].

Au milieu de ces graves événements, le comte Méjan entend garder un droit de regard sur les services des brigades étrangères. « Il est essentiel, écrit-il à Monroe, que la position de nos miliciens soit bien comprise par les autres autorités avec lesquelles ils pourraient se trouver en contact ». En vertu des précédents accords, leurs devoirs sont « purement civiques et ne peuvent en aucun cas causer de conflit avec l’ennemi » [52]. La mise au point est d’une grande clarté. Méjan a d’ores et déjà anticipé l’entrée des forces fédérales dans la « reine des villes ». Astreints à un service de police, les étrangers n’ont pas reçu le mandat de refouler les Nordistes à la pointe de leurs baïonnettes. Leur mission consiste à faire régner l’ordre, à assurer la protection des biens et des personnes jusqu’à la prise en main des Fédéraux. Ni plus ni moins. Quoi qu’il advienne, ils ne sauraient donc être tenus responsables de la chute de La Nouvelle-Orléans.

La situation reste explosive. Agacé par la lenteur des négociations, l’amiral Farragut menace de bombarder la ville. Au même moment, dans les rues de La Nouvelle-Orléans, l’effervescence populaire atteint son paroxysme. « On aurait dit Paris aux pires heures de la Révolution » écrira un témoin horrifié [53]. Décidés à faire de la cité « une nouvelle Moscou », les pillards et les incendiaires poursuivent leur œuvre de destruction dans la confusion la plus totale. Armés de revolvers, de barres de fer et de couteaux de chasse, ils mettent à sac les établissements situés le long de la levée. Certains s’introduisent dans les maisons, terrorisent leurs occupants et en ressortent chargés de butin. Le tournant intervient au milieu de l’après-midi du 25 avril. Alors que les émeutiers cherchent à étendre leurs déprédations aux quartiers avoisinants, les « Jambes rouges » entrent en action. Répondant aux ordres de leurs officiers, leurs manœuvres au pas cadencé, en rangs serrés et baïonnettes au canon, dispersent bientôt la foule. Un face-à-face avec une poignée de têtes brûlées ne dure que quelques instants. Les miliciens, qui ont menacé d’ouvrir le feu sur les insurgés, se rendent maîtres des lieux. Leur intervention prompte et salutaire ne rétablit pourtant qu’un semblant d’ordre. Les heurts se poursuivent jusque tard dans la nuit. Les « Jambes rouges », dont le nombre croît au fil des heures, sont la cible de jets de projectiles. Plusieurs départs d’incendie sont maîtrisés à temps. Des familles éplorées se mettent sous la protection des nouveaux représentants de l’ordre. Au prix de grandes difficultés, l’essentiel est néanmoins préservé. Pour l’heure, les milices étrangères sauvent la ville d’une destruction quasi certaine [54].

Le lendemain, après une courte accalmie, l’émeute reprend de plus belle. L’escadre de l’amiral Farragut ayant jeté l’ancre devant la ville, les trublions ont juré de ne rien laisser qui puisse servir à l’ennemi. À pied d’œuvre tout au long de la journée, les miliciens peinent d’autant plus à contenir le mouvement populaire qu’un grave différend oppose les généraux Juge et Maignan. Bien que l’état d’urgence ait été décrété, les officiers de la French Brigade refusent de se plier plus longtemps à la chaîne de commandement conçue par le maire. Estimant ses intérêts lésés et blessé dans son amour-propre, Maignan demande à Monroe de reconsidérer son choix [55]. Après un rapide échange de billets, les deux états-majors rivaux se retrouvent à l’Hôtel de Ville. D’après le témoignage que nous en a laissé un greffier, la scène est surréaliste. Alors que La Nouvelle-Orléans menace d’être livrée aux flammes et au pillage, que la flotte fédérale a pointé ses canons et que les vivres manquent, une quinzaine d’officiers français, sanglés dans des uniformes resplendissants, leurs sabres cliquetant sur le sol marbré, se toisent du regard dans les bureaux de la mairie, décidés à régler une affaire d’honneur ! Aussi le Conseil municipal improvise-t-il une cour militaire. Au final, les délibérations confortent le premier choix de Monroe. Paul Juge conserve le commandement en chef des corps étrangers.

« Je me rappellerai toujours, écrira le même témoin, le visage ému du vainqueur quittant la salle du tribunal, agitant son képi en triomphe, suivi de près par les membres de son état-major en tenue d’apparat » [56].

De retour à son quartier général, Victor Maignan réunit ses officiers. La résolution est prise à l’unanimité de déposer les armes et de licencier la brigade en guise de protestation. Cette attitude dangereuse laisse l’European Brigade assumer seule le maintien de l’ordre public dans une ville en pleine fermentation. Le consul de France joue alors un rôle décisif. Avec beaucoup d’insistance, il prie Maignan d’écarter toute considération personnelle et de se rallier au nouvel ordre des choses pour le bien commun et l’honneur du nom français en Amérique. Au regard des circonstances, l’officier accepte de faire ce « douloureux sacrifice » et de revenir sur sa décision [57]. Telle n’est pourtant pas la volonté de la majorité de ses hommes, notamment des membres de la Légion. Si l’on en croit le rapport de Joseph Deynoodt, consul de Belgique, le comte Méjan passe vingt-quatre heures « en pourparlers et scènes fort désagréables » dans les casernes de la French Brigade à persuader ses nationaux de suivre les conseils de leur chef et d’accomplir leur devoir civique au nom de l’intérêt général. Soutenu par ses collègues européens, le consul de France parvient finalement à lever les dernières hésitations [58].

Si les rapports entre Juge et Maignan restent tendus, les deux corps ont bien mérité de la ville. Pendant plus d’une semaine, ils assurent de façon efficace le maintien de l’ordre et la protection d’une population désarmée contre les bandes de pillards et d’incendiaires. De jour comme de nuit, les « Jambes rouges » patrouillent dans les rues, éteignent les foyers d’incendie, procèdent à des interpellations et montent la garde devant les entrepôts, les édifices publics et les consulats. S’ils évitent tout contact avec les soldats fédéraux venus parlementer ou planter symboliquement la bannière étoilée, ils s’efforcent de dissiper les inquiétudes des Orléanais. Pour inciter les négociants à rouvrir leurs commerces, le général Juge place des piquets à proximité des magasins. Si l’indécision du maire reste problématique, la ville semble peu à peu à l’abri désormais d’un coup de force de ses ennemis de l’intérieur. La presse orléanaise est unanime pour saluer la performance des corps étrangers. Le 29 avril, d’ailleurs, ceux-ci reçoivent les félicitations publiques du Conseil municipal [59].

Le débarquement de Butler change la donne. Le 1er mai, lorsque les Nordistes prennent enfin possession de la ville, la question du licenciement des brigades étrangères est débattue. D’emblée, les consuls font savoir aux deux unités que leur rôle cesse et qu’elles doivent se dissoudre dans les plus brefs délais. Maignan et Juge expriment eux aussi leur volonté de laisser la responsabilité de l’ordre public aux Fédéraux [60]. Mais à la demande du Conseil municipal et de citoyens influents, qui craignent des heurts sanglants avec les Fédéraux, les unités de la milice continuent leurs services durant les premières heures de l’occupation [61].

Le vendredi 2 mai, les troupes fédérales sont en nombre suffisant pour quadriller la ville. Après une nuit d’angoisse, le calme est revenu à La Nouvelle-Orléans. À onze heures du matin, le général Juge est convoqué à la mairie, où il rencontre le chef d’état-major de Butler. Au nom de la neutralité, l’officier français refuse l’offre qui lui est faite de maintenir son corps en activité sous l’égide des autorités fédérales et rédige l’acte de licenciement de ses troupes [62]. La démobilisation s’opère avant la tombée de la nuit [63].

En vain Butler insiste-t-il à plusieurs reprises dans les jours suivants pour s’assurer le concours des deux brigades étrangères. En militaire avisé, il sait que ses fantassins sont mal préparés à lutter contre une éventuelle guérilla urbaine. Le 4 mai, il convoque ainsi les consuls à l’Hôtel Saint Charles, où il a établi ses quartiers. Son offre est rejetée en termes catégoriques [64]. Deux jours plus tard, il réitère sa demande auprès de Paul Juge, qu’il essaie maladroitement de séduire en lui promettant des avantages en nature. Conseillé par Méjan, ce dernier s’y refuse en s’abritant derrière la neutralité du gouvernement impérial. Le général Butler, toutefois, n’est pas dupe. Il sait où vont les préférences des « Jambes rouges ». À ses yeux, les étrangers se livrent à un abject double jeu. Les consulats et les brigades, écrit-il, sont des « nids de rebelles ». Ils ont aidé la Confédération en sous-main depuis un an. De surcroît, les espions fédéraux recueillent bientôt des informations qui ne laissent plus aucun doute sur les manquements aux règles de la neutralité dont se sont rendus coupables les miliciens. Ivre de colère, Butler apprend que la compagnie des British Guards, soit une soixantaine d’hommes appartenant à l’European Brigade, a envoyé clandestinement ses armes et ses uniformes à l’armée du général Beauregard au moment de sa démobilisation [65]. Le commandant fédéral met également la main sur le serment pro-confédéré imposé aux membres de la Légion française et accuse ses officiers d’avoir transporté en connaissance de cause des valeurs confédérées à l’abri du consulat de France [66]. En représailles, Butler exige le désarmement complet des corps. Celui-ci n’intervient qu’au début du mois de juillet, lorsque les services secrets de l’Union apprennent que des sympathisants rebelles ourdissent un complot au sein de la cité créole. Les consuls contestent d’abord cet ordre sous le prétexte que les armes sont en majorité des propriétés individuelles et que leurs nationaux en ont besoin pour se défendre contre les bandes de pillards et d’éventuels soulèvements d’esclaves. Mais rien n’y fait. Durant l’été, l’administration fédérale se durcit. En butte à l’hostilité du général nordiste, le comte Méjan doit s’occuper de dossiers autrement plus préoccupants [67].

Reste encore aux Orléanais à féliciter les brigades étrangères pour les services rendus durant ces jours d’effroi. Les compliments fusent de toutes parts. Le maire n’a pas attendu le débarquement des forces fédérales pour leur adresser des félicitations publiques. La presse est unanime pour saluer la performance des « valeureux gardiens de la cité » [68]. Pour le comte Méjan, leur rôle a été « magnifique » et a fait « l’admiration de la ville entière ». Dans des circonstances dramatiques, rappelle-t-il, les corps ont su « maintenir la paix publique sans froisser les passions » et « prévenir les désordres pour n’avoir pas à les réprimer par la force ouverte » [69]. Arrivé le 28 avril, le capitaine Cloué souligne lui aussi la contribution essentielle des milices étrangères, « surtout les nôtres » [70]. Dans leurs mémoires, des civils et des officiers nordistes tiendront également à leur rendre hommage [71].

Les services rendus par les unités étrangères de la milice orléanaise restent peu connus dans l’histoire de la guerre de Sécession. À La Nouvelle-Orléans, le souvenir des « Jambes rouges » s’est perdu dans le premier tiers du XXe siècle avec la disparition des derniers témoins. Plus que n’importe quel autre groupe d’immigrants, les Français y ont tenu un rôle important. Sous les auspices du consul Méjan, ils ont fourni les plus grands contingents et se sont hissés à la hauteur de leur tâche. Au milieu d’un imbroglio politico-diplomatique, des luttes d’influence et de la fermentation populaire, ils ont sauvé la cité créole d’une destruction certaine. C’est dire à quel point cette page pittoresque de la guerre civile américaine mérite d’être exhumée de la poussière de l’oubli.

[1] Farid Ameur termine actuellement une thèse de doctorat sur la participation des Français à la guerre de Sécession (1861-1865), à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, sous la direction d’ André Kaspi.

Voir enfin:

« La France n’en voudrait pas en cadeau… »

Le Texas, enjeu de la diplomatie franco-américaine pendant la guerre de Sécession

Farid Ameur

Les visées françaises sur le Texas au cours de la guerre de Sécession restent fort peu connues dans l’histoire des relations transatlantiques. Réelles ou supposées, elles n’en ont pas moins altéré les rapports déjà tendus qu’entretiennent, alors, la France et les États-Unis suite à l’affaire du Mexique et aux velléités d’intervention de Napoléon III en faveur du Sud. D’un simple malentendu, l’affaire a pris les proportions d’un scandale diplomatique et entraîné d’importants réajustements stratégiques dans les deux dernières années du conflit. À Washington, surtout, comme à Richmond, elle a alimenté la polémique, éveillé les susceptibilités et divisé les partis. Et si l’idée d’un « coup français au Texas », que l’accession de Maximilien à la couronne impériale paraît un moment conforter[1] n’était au fond qu’une étape de plus pour accomplir le « grand dessein » du Second Empire ? Dans cette éventualité, l’intervention des forces impériales au nord du Rio Grande n’est-elle pas, comme l’écrivit un dignitaire texan, le « dernier espoir de la Confédération » ?[2]

Une démarche inconsidérée

2 Les origines du scandale remontent à l’été 1862. Pour obscures qu’elles soient, elles découlent de l’étrange initiative d’un agent consulaire français dénommé Benjamin Théron. Âgé de 56 ans, ce négociant excentrique, qui a connu d’importants revers de fortune depuis son arrivée aux États-Unis, représente les intérêts de la France et de l’Espagne dans la cité portuaire de Galveston, dans le sud-est du Texas. Farouche esclavagiste, il n’a pas caché ses sympathies pour la Confédération lorsqu’a éclaté la guerre civile. D’emblée, tout en défendant avec ardeur le principe de la sécession, il a prédit la victoire du Sud, condamné la politique du président Lincoln et fait l’apologie des principaux dirigeants rebelles. Ses opinions, toutefois, ne l’ont jamais empêché d’exercer consciencieusement ses fonctions. À partir du printemps 1862, il s’est opposé au service militaire obligatoire que les autorités texanes ont prétendu imposer aux ressortissants étrangers. Lorsqu’une flottille de l’Union a commencé à bloquer le port de Galveston, il a mis un point d’honneur à protéger les intérêts des neutres, n’hésitant jamais à brandir la menace de représailles. En conformité avec la déclaration impériale du 10 juin 1861, Théron s’est solennellement engagé à veiller à ce que ses compatriotes observent « la plus stricte neutralité dans le conflit existant entre les deux partis du Nord et du Sud de l’Amérique »[3]

3 Or, la tournure des événements lui fait bientôt perdre son optimisme. Au printemps 1862, les graves revers qu’enregistrent les armées du Sud sur le front de l’Ouest détruisent ses illusions. À ses yeux, les percées notables des forces fédérales dans le Tennessee, la Louisiane et l’Arkansas portent dans leur germe la défaite future de la Confédération. Les coups d’éclat du général Lee en Virginie ne font que retarder l’échéance. Depuis la chute de La Nouvelle-Orléans, en avril 1862, Théron prévoit une guerre de dévastation d’autant plus effroyable que les effets du blocus commencent à se faire sentir et que la pression qu’exercent les troupes de l’Union le long du Mississippi menace de couper le Sud en deux dès l’été suivant. Seul agent consulaire français en poste dans les États confédérés à l’ouest du grand fleuve, lui-même éprouve les pires difficultés à correspondre avec sa hiérarchie. En sa qualité de marchand il se trouve, en outre, ruiné par le ralentissement des activités commerciales. Aussi, au milieu de l’effervescence populaire, il se convainc de l’aubaine que représente la présence du corps expéditionnaire français sur le proche territoire mexicain. Comme nombre de résidents du Lone Star State, Théron est un nostalgique de la république du Texas (1836-1845), où il a fait autrefois ses premiers pas dans le Nouveau Monde. Il n’ignore pas qu’en 1845, l’annexion de ce vaste territoire par les États-Unis s’était faite au grand mécontentement de la France et de l’Espagne. Aussi livre-t-il ses impressions dans une lettre confidentielle adressée à Édouard Thouvenel, ministre des Affaires étrangères, insistant bien sur le parti que l’Empereur pourrait prendre de la scission quasi effective de la Confédération. Le Texas, écrit-il, est « une terre riche qui ne doit pas risquer son avenir et être ruinée par la guerre ». Cette immense contrée, ajoute-t-il, doit « rétablir ses droits à figurer au nombre des nations indépendantes » et, de là, œuvrer à « la résurgence de la race latine » que Napoléon III appelle de ses voeux en Amérique du Nord[4]

En somme, voilà les conditions réunies pour accomplir l’inimaginable : l’affaiblissement de la Confédération, l’incapacité du gouvernement fédéral à appliquer la doctrine Monroe – qui interdit théoriquement aux puissances européennes de prendre pied dans les Amériques –, et le déploiement massif de troupes impériales à proximité du Rio Grande représentent l’occasion rêvée de conquérir une position stratégique et commerciale de premier ordre sur ce continent.

4 Naturellement, la proposition de Théron n’engage que lui et aurait dû rester lettre morte. Or, de son propre chef, sans avoir consulté personne, il prend la liberté de s’adresser aux plus hautes autorités texanes. Le 18 août 1862, il écrit une lettre pleine de sous-entendus à Francis Lubbock, gouverneur de l’État, et à son prédécesseur Sam Houston, ancien président de la république du Texas et figure emblématique de la révolution de 1836. Dans celle-ci, il pose une série de trois questions, dont les réponses, déclare-t-il maladroitement, auront « un titre purement confidentiel » et lui serviront de « guide dans sa correspondance politique ». Le document se présente sous cette forme :

5

1°/ L’annexion de la république du Texas aux États-Unis a-t-elle été ou non une bonne mesure politique ?

2°/ L’acte de désunion et le rattachement de l’État du Texas aux États confédérés a-t-il été ou non une autre bonne mesure politique ?

3°/ Le rétablissement de l’ancienne république du Texas serait-elle bénéfique ou non à notre cher État d’adoption[5]

6 Si Sam Houston se garde de répondre, les questions ambiguës de l’agent français, en revanche, attirent rapidement l’attention du gouverneur Lubbock, ne serait-ce que parce qu’elles dérogent à la déontologie diplomatique. Le 9 septembre 1862, il répond sèchement à chacune des trois interrogations. Le Texas, conclut-il fièrement, a choisi de lier son destin à celui de ses « sœurs du Sud » ; la politique du Lone Star State dans la présente lutte, assure-t-il, sera « fidèle, loyale et victorieuse »[6]

L’affaire n’en reste pas là. Courroucé par la prétention d’un agent consulaire étranger de s’immiscer dans les affaires du pays en dehors de ses attributions, le gouverneur Lubbock envoie aussitôt des copies de la lettre de Théron au président de la Confédération, Jefferson Davis, à qui il fait part de ses soupçons. La démarche, lui confie-t-il sans ambages, porte le cachet d’une « intrigue naissante »[7] À Richmond, le document est immédiatement porté à la connaissance de Judah Benjamin, secrétaire d’État de la Confédération, ainsi qu’aux sénateurs texans Williamson S. Oldham et Louis T. Wigfall.

7 Une démarche toute personnelle ? Voilà la première conclusion à laquelle aboutit le cabinet du président Davis[8]

La France, répètent les dirigeants confédérés, est une puissance « amie » vers laquelle tous les espoirs se tournent. Personne n’ignore que Napoléon III, par inclination personnelle et calcul politique, aimerait voir le Sud l’emporter et qu’il tente de convaincre le gouvernement britannique de s’associer à lui pour admettre la Confédération dans le concert des nations. Et pourtant, l’affaire rebondit quelques semaines plus tard à la suite d’une fâcheuse coïncidence survenue à Richmond. Cette complication intervient le 13 octobre 1862 à la suite d’un échange entre René Tabouelle, chancelier du consulat de France, et le sénateur Oldham. Faisant quelques relevés statistiques pour évaluer les ressources respectives des États confédérés, l’agent français aurait émis un certain nombre de remarques de nature à confirmer les premiers soupçons du gouverneur Lubbock. Dans une lettre adressée à Davis, Oldham rapporte les propos de l’agent français, à qui il a transmis des renseignements sur « le territoire, la population, la dette, les taxes et les capacités de production agricole du Texas ». Tabouelle, s’indigne-t-il, a non seulement affirmé que « les ressources de l’État [le Texas] étaient formidables et tout à fait capables de soutenir un peuple puissant et indépendant », mais s’est, en outre, hasardé à demander s’il ne serait pas « dans son intérêt de s’attribuer une nationalité indépendante »[9]

8 Cette fois-ci, la réaction du cabinet confédéré est immédiate. Pour Benjamin, le doute n’est pas permis. La France impériale ourdit un complot en vue de prendre pied de ce côté du Rio Grande. Les représentants du corps diplomatique et consulaire français sont tous dans la confidence des desseins de Napoléon III. Ce projet explique la politique équivoque du cabinet des Tuileries. Le Sud, se persuade Benjamin, n’aurait pas dû fermer les yeux sur les menées françaises au Mexique. Bien qu’elle entretienne le rêve d’une alliance militaire, la présence des troupes impériales près de la frontière du Rio Grande n’est qu’un leurre. En politicien avisé, le secrétaire d’État redoute le démembrement de la Confédération, processus qui serait fatal à la rébellion[10]

Une incursion française ? Rien de plus crédible à ses yeux. L’Empereur a tout intérêt à créer un État tampon, une barrière supplémentaire entre le Mexique et les deux confédérations rivales anglo-saxonnes, voire d’établir une sorte de protectorat sur les riches terres à coton du Texas. Après tout, Alphonse Dubois de Saligny – qui occupe les fonctions de ministre plénipotentiaire à Mexico –, n’avait-il pas publiquement désavoué, en 1844, le principe même d’une annexion par les États-Unis alors qu’il dirigeait la légation française à Austin ? N’avait-il pas été à l’origine d’un audacieux plan de colonisation française au Texas en 1841 ? Sous la Monarchie de Juillet, François Guizot n’avait-il pas répété que le Texas pouvait être une formidable zone d’expansion au commerce ?[11]

[11] US Navy Department, Official Records of the Union and Confederate…

suite

Le 17 octobre 1862, Benjamin Théron et René Tabouelle sont expulsés du territoire de la Confédération pour avoir « abusé des règles de l’hospitalité » et entamé des « manœuvres hostiles » contre le gouvernement et le peuple du Sud[12]

Le lendemain, le second est mis hors de cause après s’être expliqué devant le cabinet confédéré et avoir présenté ses excuses pour cette « coïncidence regrettable »[13]

En revanche, l’ordre d’expulsion est maintenu pour Théron comme en témoignent les instructions données au général John B. Magruder, commandant en chef du district du Texas, du Nouveau-Mexique et de l’Arizona[14]

Sur place, l’agent consulaire français bénéficie cependant d’un sursis en raison de circonstances particulières. Le 8 octobre 1862, le port de Galveston est tombé aux mains des Nordistes. En février 1863, les Sudistes ayant repris le contrôle de la ville, Judah Benjamin renouvelle son ordre d’expulsion[15]

Encore une fois, Théron parvient à gagner du temps. Apprécié des autorités locales, il se confond en excuses, invoque des problèmes de santé, se retranche derrière sa hiérarchie, bien qu’il ait été rayé des cadres du corps consulaire, et insiste sur les difficultés que provoquerait son départ pour la sécurité des citoyens français et espagnols, aucun successeur n’ayant été désigné. Sa missive pour Lubbock, se défend-il, était « de nature confidentielle » et devait servir à « la préparation d’un ouvrage » qu’il se proposait de publier sur le Texas. Ses questions n’avaient qu’un « intérêt historique » pour objet[16]

Persona non grata, il continue ainsi à exercer ses fonctions, se payant le luxe d’étendre sa protection aux sujets portugais et italiens menacés par la conscription.

Le général Magruder, convaincu de ses sympathies pour la cause du Sud, lui accorde de sa propre autorité un nouveau sursis, qu’un certificat médical, prouvant qu’il souffre bien d’une maladie cardiaque, prolonge au printemps 1863. À Galveston, d’ailleurs, il acquiert peu à peu une certaine popularité en menaçant de représailles les officiers de la marine fédérale qui bombarderaient la ville. « Je serai bien content lorsque ce lieu sera enfin débarrassé de cette peste ! » écrit le commandant Bell à son sujet[17]

Ce vœu ne sera exaucé que le 13 mai 1864, lorsque Théron succombe à une attaque cardiaque, mettant ainsi fin à une carrière brève et contestée au sein des services consulaires français.

Dans l’intervalle, l’affaire prend une ampleur nationale. Au début de janvier 1863, des documents confédérés sont capturés à bord d’un forceur de blocus au large de Charleston. Parmi ceux-ci, les autorités fédérales découvrent des lettres de Judah Benjamin destinées à John Slidell, commissaire des États du Sud à Paris. Dans plusieurs d’entre elles, le secrétaire d’État, qui avait ordonné une enquête auprès de la cour des Tuileries, relate tous les détails de l’affaire et fait allusion aux possibles visées expansionnistes de Napoléon III au Texas :

« L’Empereur des Français a résolu de conquérir le Mexique et de s’y établir à terme. Son intérêt, à la vérité, est d’interposer un pouvoir faible entre sa colonie et la Confédération. […] Comme le gouvernement français entend s’assurer une source d’approvisionnements en coton, il prendrait bien volontiers le Texas sous sa protection après l’avoir reconnu comme république indépendante. L’indépendance du Texas intéresse au plus haut point la France. […] En somme, la France impériale semble encline à profiter de notre crise pour promouvoir ses intérêts particuliers… »[18]

Dès le 17 janvier 1863, ces lettres sont publiées par la presse nordiste avec l’assentiment du gouvernement fédéral, dont le but était de jeter un brandon de discorde entre le cabinet de Richmond et celui des Tuileries[19]

Les journaux du Sud les reproduisent à leur tour, mais en doutant de leur authenticité[20] Il faut tout le tact de Slidell pour obtenir un démenti formel des intentions françaises au Texas[21] [21] Library of Congress, Pickett Papers, LV, Slidell à Benjamin,…

suite. Le mal est pourtant fait. Car si le président Lincoln se tient pour l’instant sur la réserve, l’idée d’un « complot texan » finit par germer dans les esprits des dirigeants sudistes, interloqués au même moment par la publication des instructions données au général Forey pour justifier l’expédition du Mexique. En Europe, où la nouvelle s’est répandue, les diplomates américains sont divisés. Parmi ceux qui accordent foi à la rumeur, les uns accusent Napoléon III de vouloir rétablir le Mexique dans ses limites territoriales d’avant 1848, les autres de vouloir récupérer la Louisiane, ou simplement de vouloir sécuriser la frontière du Rio Grande[22]

Toujours est-il que la suspicion est désormais à l’ordre du jour. « Dans les circonstances exceptionnelles où nous vivons depuis près de deux années, résume le chancelier du consulat de La Nouvelle-Orléans en parlant de Théron, ces sortes d’agents ont été généralement plutôt un embarras qu’une aide… »[23]

La mission secrète de M. Supervièle

9 L’affaire aurait pu être enterrée si l’hypothèse d’un « coup français » au Texas n’avait pas reçu une autre publicité au printemps 1863. Cette fois-ci, le scandale arrive par un certain A. Supervièle, un notable français d’Austin qui réside dans le Lone Star State depuis 1846. En décembre 1862, le général Hamilton Bee, avec l’assentiment de Magruder, le charge d’entrer en contact avec des officiers supérieurs français au Mexique. Il arrive à Tampico peu de temps après le départ d’une escadre impériale. Plutôt que de s’aventurer sur les zones côtières contrôlées par les forces juaristes, il s’embarque pour Cuba. Le 3 février 1863, Supervièle obtient une entrevue avec le consul de France à La Havane. Muni d’une précieuse lettre de recommandation, il se met ensuite en route pour les côtes mexicaines et gagne Veracruz le 28 février. Sur place, il est reçu par le contre-amiral Jurien de la Gravière, commandant en chef de la flotte française au Mexique, auquel il détaille l’objet de sa mission. Celle-ci consiste à faire savoir au gouvernement impérial que le Texas serait prêt à fournir un soutien logistique à son contingent engagé au Mexique et à lui expédier, en métropole, 300 000 balles de coton à bas prix pour approvisionner ses filatures. Le Texas, lui déclare-t-il, est un « allié naturel » de la France. Les Texans n’ont pas oublié que la France de Louis-Philippe avait été la première puissance européenne à reconnaître leur indépendance. En échange, il suffirait aux Français d’occuper Matamoros, ville frontière sur la rive sud du Rio Grande faisant directement face à la ville américaine de Brownsville, afin d’y faciliter le transit du matériel de guerre destiné à la Confédération que gênent le flibustier juariste Juan Cortina et ses hommes. Au besoin, l’offensive pourrait bénéficier de l’appui de l’artillerie sudiste, qui serait mise à la disposition du corps expéditionnaire[24]

10 D’après le rapport qu’en a fait Supervièle, Jurien de la Gravière, « grand sympathisant de la Confédération », aurait accueilli très favorablement cette proposition, mais aurait dû décliner cette offre sous prétexte que seul le général Forey avait l’autorité nécessaire pour déclencher une telle opération. Confronté à cette fin de non-recevoir, Supervièle ne désarme pas pour autant. En avril, il se déplace dans la région de Puebla pour défendre son plan devant Dubois de Saligny, le ministre plénipotentiaire au Mexique. Tout en reconnaissant l’intérêt de la proposition, le diplomate français, qui se serait déclaré « zélé sécessionniste » et « à fond pour la cause du Sud », refuse de s’engager et demande le temps d’en référer à de plus hautes autorités. Sur le chemin du retour, A. Supervièle est capturé près de Matamoros par la police mexicaine, qui l’inculpe d’espionnage. Bien que relaxé, le Français commet l’imprudence de faire une publicité abusive de la mission qui lui a été confiée, si bien que la nouvelle ne tarde pas à parvenir à la connaissance du gouvernement fédéral. Depuis son passage à Cuba, à vrai dire, des espions fédéraux avaient suivi de près ses pérégrinations et rendu compte du contenu de sa mission[25] [25] US War Department, The War of the Rebellion…, ibid. …

suite.

Ses aventures ne devaient pas s’arrêter là. Depuis la chute de Vicksburg, le 4 juillet 1863, le Sud est coupé en deux. Pour organiser la défense du territoire, les Texans ne peuvent plus compter que sur leurs propres ressources. L’autorité centrale de Richmond n’existe plus que virtuellement. Aussi, en octobre 1863, le général Edmund Kirby Smith, commandant en chef des forces confédérées à l’ouest du Mississippi, fait appel à Supervièle pour aplanir un malentendu avec l’escadre impériale stationnée à Veracruz, qui a arraisonné au large du port de Bagdad The Love Bird, un navire britannique transportant des cargaisons d’armes destinées aux armées du Sud[26] [26] US War Department, The War of the Rebellion…, ibid. , p. …

suite. Les officiers français refusent cependant d’accéder à sa requête, l’identité des commanditaires de la marchandise ne pouvant être déterminée avec exactitude. Cortina, à cette date, tient toujours Matamoros, où il se livre lui aussi à un intense trafic de contrebande. Débouté, Supervièle passe à la seconde phase de sa mission. Il s’agit de s’embarquer pour la France et d’y remettre une dépêche confidentielle à Slidell. La teneur de la missive témoigne du désastre qui guette les forces texanes. Le moment est venu pour les Français, écrit Kirby Smith, de faire une démonstration de force le long du Rio Grande et d’en occuper « les deux berges » à la lisière du golfe du Mexique[27] [27] Official Records…, op. cit. , ser. I, vol. 22, p. 992-994. …

suite. En y chassant les forces de Juarez, notamment à Matamoros, ils rétabliraient le passage de la contrebande de guerre en faveur de la rébellion et donneraient à réfléchir aux troupes de l’Union dont le but avoué, déclare-t-il, est de fondre sur le corps expéditionnaire français à Mexico. En janvier 1864, Supervièle arrive à Paris et s’acquitte de sa mission, dont il fait encore la publicité. Plus jamais, toutefois, on n’entendra parler de lui[28] [28] Daily Richmond Examiner, 12 janvier 1864. …

Un « coup français » au Texas ?

11 La question ne manque pas d’intérêt. Napoléon III a-t-il réellement eu des visées sur le Texas au risque d’encourir de graves complications diplomatiques ? Son rêve inextinguible de créer au Mexique une monarchie catholique sous influence française qui serait autant une zone d’expansion à son commerce et à son industrie qu’un contrepoids à la domination anglo-saxonne sur le continent nord-américain l’a-t-il amené à s’intéresser au Texas ou à un autre territoire situé de ce côté du Rio Grande ? Le cabinet des Tuileries a-t-il échafaudé un plan d’action pour que la France recouvre des points d’appui au Texas, en Louisiane ou en Floride, serait-ce à coups de canon ?[29] [29] Kathryn Hannah, « The Role of the South in the French Intervention…

12 À l’examen des sources, force est de constater que la rumeur n’est pas dénuée de fondement. Il est possible que Napoléon III ait conçu son expédition mexicaine dans un cadre politique plus global et que, bercé par un excès d’optimisme, il ait songé un moment à étendre sa sphère d’influence par-delà le Rio Grande. La scission effective des États-Unis en deux puissances rivales et indépendantes sert ses intérêts dans la mesure où il n’a plus à redouter, du moins à titre provisoire, l’application de la doctrine Monroe qui lui interdit théoriquement toute intervention dans le Nouveau Monde. Pour Napoléon III, d’ailleurs, la sécession arrive à point nommé pour circonscrire le redoutable expansionnisme américain. Au début de l’année 1862, le Sud opposant une résistance énergique au Nord, la France profite de l’affaiblissement du pays pour prendre pied au Mexique. Aussi, bien que sa politique étrangère reste fondée sur l’entente avec le Royaume-Uni, elle voit naturellement d’un œil complaisant le Sud libre-échangiste, grand exportateur de coton et importateur de produits manufacturés. À deux reprises, les espoirs de la Confédération en fait de reconnaissance diplomatique s’incarnent en la personne de l’Empereur. En novembre 1862, ce dernier tente de convaincre l’Angleterre et la Russie que le moment est venu de recommander aux parties belligérantes un armistice qu’il conçoit sur la base de la séparation, c’est-à-dire favorable aux Sudistes. Sa démarche ayant avorté, il se contente, en janvier 1863, d’une dernière tentative de médiation unilatérale. Encore une fois, les bons offices du gouvernement impérial sont repoussés par le cabinet de Washington. Malgré quelques velléités d’intervention, Napoléon III, empêtré dans son affaire mexicaine – et la fortune des armes changeant de camp à compter de l’été suivant –, choisit désormais de s’éloigner d’une cause perdue pour jouer sa propre carte[30] [30] Farid Ameur, La Guerre de Sécession, Paris, PUF, « Que…

13 Le Texas ? Voilà une terre riche et fertile à laquelle la France n’avait jamais cessé de s’intéresser depuis deux siècles. En 1685, suite à une erreur de navigation, l’explorateur René Cavelier de la Salle y avait planté le drapeau à fleur de lys du Roi Soleil. L’objectif avait été de poser des jalons autour du golfe du Mexique. Pendant quatre ans, cette terra incognita avait ainsi été une propriété française avant de revenir dans le giron de la Nouvelle-Espagne. À la vérité, il avait fallu attendre la fin de la guerre de Sept Ans pour que cesse cette lutte d’influence entre Français et Espagnols. Le traité de Paris de 1763 avait dépouillé la France de la quasi-totalité de ses possessions américaines. En vertu d’un accord secret, la couronne d’Espagne avait hérité du territoire de la Louisiane, qui couvrait en fait toute l’étendue des Grandes Plaines. Récupérées entre-temps par la France de Bonaparte, qui n’avait guère les moyens de les administrer, ces immenses terres avaient finalement été vendues en avril 1803 au gouvernement des États-Unis, ce qui avait mis un terme à l’aventure coloniale française en Amérique du Nord.

14 Napoléon III souhaitait-il redonner à la France une position stratégique au nord du Rio Grande ? Sans doute, mais encore faut-il rappeler que le Texas ne faisait pas partie du vaste territoire que son oncle avait vendu à Jefferson. En 1821, il avait été rattaché à la fédération mexicaine à la suite d’une guerre d’indépendance qui avait consacré la rupture avec l’Espagne. En 1836, les colons anglo-américains qui s’y étaient installés en masse avaient défié l’autorité centrale de Mexico et proclamé la république indépendante du Texas. La France de Louis-Philippe, on l’a vu, n’était pas restée insensible à la fondation d’un État tampon entre les États-Unis et le Mexique. Sous l’impulsion du diplomate Dubois de Saligny, placé à la tête de sa légation à Austin, elle avait nourri l’intention de s’associer durablement au Texas sous la forme d’un partenariat commercial et politique de grande envergure. En 1842, elle avait ainsi conçu un audacieux projet de colonisation (Franco-Texian Bill) pour permettre à la France d’investir le terrain. Échec. Trois ans plus tard, nous l’avons déjà dit, la nouvelle de l’annexion du Texas aux États-Unis avait été accueillie à la cour des Tuileries avec beaucoup de déception, certains dirigeants n’hésitant pas à déclarer publiquement que la France avait « raté le coche »[31] [31] Se reporter à Nancy Nichols Barker (ed. ), The French Legation…

suite. Plus inquiétants pour les milieux conservateurs avaient été les progrès de la « destinée manifeste » en 1848. En vertu du traité de Guadalupe Hidalgo, qui met fin à une guerre de deux ans, le Mexique avait dû, en effet, céder aux États-Unis leurs territoires situés au nord du Rio Grande. La république outre-Atlantique avait atteint une dimension continentale au moment de la sécession.

15 D’après maints témoignages, Napoléon III s’est intéressé de près au conflit américain. Bien qu’absorbé par les conséquences de la guerre d’Italie et la résolution de la difficile crise syrienne, il avait étonné plusieurs de ses interlocuteurs par l’étendue de ses connaissances. À la veille de la sécession, le professeur W. F. Maury, de l’université de Virginie, en avait été stupéfait à l’occasion d’un entretien que lui avait accordé le souverain à Biarritz :

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« Après avoir tiré de moi le peu d’informations que je pouvais lui fournir, me laissant à la fin sous l’impression qu’il en savait davantage que moi-même, il est passé avec une avidité particulière sur la question mexicaine… Il connaissait même le nombre des canons dans le Morro, les sommes dépensées par les États-Unis en fortifications en Floride, les exportations et les importations de Galveston et de Matamoros, en bref, tout ce que les agents locaux bien informés pouvaient avoir rapporté à un homme d’État expérimenté et avide d’information. Il m’interrogea aussi sur le Texas et sa population, les dispositions des résidents français, les tendances des émigrants allemands, l’atmosphère à la frontière du Texas. Deux fois, je m’en souviens bien, il répéta : “La Louisiane, n’est-ce pas qu’elle est française au fond ?” Il insista sur l’idée que la France devrait, tôt ou tard, avoir un pied à terre sur la côte de la Floride afin de protéger son commerce dans le golfe du Mexique, car, ajouta-t-il, “nous ne voulons pas un autre Gibraltar de ce côté-là”. Au fond, je crois, il retournait dans son esprit la possibilité de recouvrer un point d’appui en Louisiane »[32] [32] John Bigelow, Retrospections of An Active Life, New York,…

17 Son intérêt pour la question américaine ne fait que croître au fil des événements. Sa connaissance de la langue anglaise lui permet de se tenir lui-même informé du développement de la crise séparatiste à la lecture des journaux ; des exemplaires du Boston Transcript, du New Orleans Delta ainsi que du Courrier des États-Unis sont souvent remarqués à sa table, certains passages annotés de sa main. Si l’on ajoute la correspondance diplomatique et consulaire, les entretiens qu’il accorde, et les récits des voyageurs anglais et français aux États-Unis qu’il dévore dès leur publication, l’Empereur dispose d’informations suffisamment précises pour satisfaire sa curiosité[33] [33] Thomas Evans, Le Second Empire. Mémoires, Paris, Plon-Nourrit,…

18 Pourquoi la France se hasarderait-elle à envoyer un corps expéditionnaire au Texas ? Aucune source française, convient-il de souligner, ne vient étayer l’idée d’un tel déploiement de forces. Aucune dépêche officielle ne fait mention d’un quelconque plan d’action visant à démembrer la Confédération et à établir une sorte de protectorat sur le Texas. Il n’empêche que l’idée est probablement venue à l’esprit de Napoléon III et de son cabinet[34] [34] Lilian Friedman, Belle Sideman (eds), Europe Looks at the…

 N’écrit-il pas au maréchal Forey que la France n’a « aucun intérêt » à ce que la république des États-Unis s’empare de « tout le golfe du Mexique » et soit, en fin de compte, la « seule dispensatrice des produits du Nouveau Monde » ? Ne lui dit-il pas qu’il s’agit de rendre « à la race latine » de ce côté de l’océan « sa force et son prestige », d’y rétablir « notre influence bienfaisante » et de « créer des débouchés immenses à notre commerce » pour se procurer « les matières indispensables à notre industrie » ?[35] [35] Émile-Félix Fleury, Souvenirs du général comte Fleury,…

19 Aussi le Texas suscite-t-il des convoitises. Est-ce un hasard si Édouard Drouyn de Lhuys, le ministre des Affaires étrangères, demande à son corps diplomatique et consulaire en poste aux États-Unis de lui adresser autant d’informations que possible sur le Lone Star State ? N’insiste-il pas sur le besoin de renseignements du département sur les dispositions de ses habitants et ses capacités de production agricole ?[36] [36] Voir notamment AMAE, Mémoires et documents, États-Unis,…

Chose certaine, les riches terres à coton du Texas ont attiré l’attention du cabinet des Tuileries. À partir du printemps 1862, la France et l’Angleterre souffrent d’une grave pénurie de cette matière première à la suite de la rupture des approvisionnements américains consécutifs au blocus du Sud. La « famine du coton » provoque des difficultés dans les industries textiles du Lancashire, de Normandie et d’Alsace. La diversification des sources de ravitaillement, aux Indes, en Égypte et en Algérie, n’a pas donné entièrement satisfaction, la qualité supérieure du coton américain à fibres courtes étant bien reconnue[37] [37] Frank Owsley, King Cotton Diplomacy: Foreign Relations of…

Le Texas a pu faire figure de remède à ce mal. D’autant que la frontière du Rio Grande est connue pour être poreuse et que l’armée impériale, qui a reçu d’importants renforts au Mexique, est au faîte de sa gloire. Les Texans, qui plus est, semblent disposés à accueillir les Français comme des libérateurs et à leur faire des concessions en échange d’une alliance politique et militaire[38] [38] Galveston Tri-Weekly News, 31 mars 1863 ; Francis Lubbock,…

 Il resterait cependant à la France de créer le fait accompli avant la fin de la guerre civile américaine.

20 Voilà évidemment un rêve chimérique qui parie sur une résolution rapide de l’affaire mexicaine, laquelle, contre toute attente, s’enlise dans une impasse sanglante. Et pourtant, en mai 1863, les Français finissent par s’emparer de Puebla et à s’ouvrir la route de Mexico. Durant l’été, une assemblée de notables offre la couronne impériale à l’archiduc Maximilien, frère cadet de François-Joseph, l’Empereur d’Autriche. Sans considérer les alliés mexicains, le corps expéditionnaire compte près de trente mille soldats. Suite à ce succès, les Français concentrent leurs efforts dans le nord du pays, près de la frontière du Rio Grande, où les forces juaristes se sont repliées. La réaction du président Lincoln ne se fait pas attendre. Déjà, lorsque Juarez avait été renversé, l’administration fédérale avait rappelé son ambassadeur au Mexique et refusé ensuite de reconnaître le gouvernement provisoire mis en place par les Français. La colère de Lincoln n’a d’égale que son inquiétude. Et si le bruit qui court au sujet du Texas depuis l’affaire Théron avait un fond de vérité ?[39] [39] James M. McPherson, La Guerre de Sécession, Paris, Robert…

À Washington, le cabinet fédéral croit à l’imminence d’un « coup français » au Texas. Lincoln reste sur ses gardes. À la fin du mois de juillet 1863, le sujet est à l’ordre du jour dans une cellule de crise tenue à la Maison Blanche. « On dirait que Louis-Napoléon a la ferme intention de s’approprier le Texas » lance le secrétaire d’État Seward à ses collègues[40] [40] Gideon Welles, Diary of Gideon Welles, Boston, Houghton…

« On répète ici, écrit-il à l’ambassadeur américain à Paris pour tâcher d’en savoir davantage, que la France aurait l’intention de passer la frontière et d’enlever le Texas aux États-Unis. On nous annonce également qu’elle serait sur le point de conclure à une alliance entre le gouvernement provisoire du Mexique et les insurgés de Richmond »[41] [41] George D. Baker (ed. ), The Diplomatic History of the War…

La rumeur enfle pendant l’été. Pour s’assurer du soutien militaire de la France, répète-t-on dans la capitale fédérale, le Sud serait prêt à brader le Texas. L’alarme est vive auprès des cercles dirigeants de l’Union. Malgré les assurances du gouvernement impérial, Lincoln propose de procéder à des réajustements stratégiques et de lancer une vaste expédition au Texas, histoire de faire réfléchir les Français dans le cas où ils nourriraient effectivement le désir de franchir le Rio Grande. John Hay, son secrétaire, se rappellera que le chef de l’État désirait ardemment que des troupes fédérales occupent le Texas « au nez et à la barbe des Français »[42] [42] Tyler Dennett (ed. ), Lincoln and the Civil War in the Diaries…

La correspondance de Lincoln témoigne de son inquiétude tout au long de l’été 1863. Le 29 juillet, il écrit d’abord au ministre de la Guerre pour lui demander s’il serait possible de faire converger des troupes en direction du Texas[43] [43] Roy Basler (ed. ), The Collected Works of Abraham Lincoln,…

Le 5 août 1863, il s’ouvre du sujet au général Banks, qui occupe une partie de la Louisiane : « Les événements récents qui sont survenus au Mexique rendent une expédition militaire au Texas plus désirable que jamais… »[44] [44] Ibid. , p. 364. …

Quatre jours plus tard, Lincoln explique au général Grant, qui vient de prendre Vicksburg dans le Mississippi et se prépare à s’enfoncer dans le Vieux Sud, que la priorité doit désormais être de faire une démonstration de force dans le Lone Star State : « Au vu des derniers événements du Mexique, il me semble extrêmement urgent de rétablir l’autorité nationale dans l’ouest du Texas »[45] [45] John Nicolay, John Hay (eds), Abraham Lincoln: A History,…

 Le général Halleck, son principal conseiller militaire, partage largement son avis si l’on en croit les directives qu’il donne au commandant en chef des troupes fédérales sur le front de l’Ouest : « Dans le cadre de notre politique étrangère, et plus précisément dans le contexte de nos relations avec la France et le Mexique, nos troupes doivent de toute urgence occuper et tenir au moins une partie du Texas… ». En somme, Lincoln conçoit une opération préventive pour préserver l’intégrité du territoire national contre toute agression extérieure. Comme le résume à juste titre Seward, la priorité est « que la bannière étoilée flotte au moins quelque part au Texas… »[46] [46] Official Records…, op. cit. , series 1, XXVI, p. 673. …

Au total, le gouvernement de l’Union met au point quatre opérations militaires pour atteindre cet objectif. Ce sont les seules expéditions montées pour des mobiles de politique étrangère pendant le conflit. En septembre 1863, la première tentative nordiste se solde par un fiasco au col de Sabine, aux confins du Texas et de la Louisiane. Deux mois plus tard, Banks obtient de meilleurs résultats en s’emparant de Brownsville, près de la frontière mexicaine, même s’il ne parviendra jamais à mettre fin au trafic de contrebande de la Confédération. À la fin de l’année, les Fédéraux essuient un cuisant échec en tentant de reprendre Galveston. Il y a plus grave encore. Au printemps 1864, la campagne de la Red River s’achève dans un bain de sang pour les forces du général Banks, obligées de battre en retraite dans le plus grand désordre après la bataille de Mansfield. Les Français ne sont pas en reste, loin s’en faut. En septembre, la flotte du contre-amiral Bosse débarque à l’embouchure du Rio Grande et contraint les juaristes à évacuer Matamoros. Suite à ce coup de force, le général Castagny entre sans coup férir dans la ville. Du côté fédéral, le pire est alors à craindre. Au même moment, la cavalerie texane, sous les ordres du colonel Rip Ford, reprend le contrôle de Brownsville. Seul le grand fleuve sépare désormais les Français des Confédérés[47] [47] Jean Avenel, La campagne du Mexique (1862-1867). La fin…

Paradoxalement, c’est à partir de cette date que les rumeurs d’une intervention des troupes françaises en Louisiane cessent de courir. La France et les États-Unis sont décidés à éviter tout malentendu. Les revers du maréchal Bazaine au Mexique inquiètent Napoléon III. En Europe, les agissements de la Prusse ébranlent ses certitudes. Après les campagnes de Gettysburg et de Vicksburg, la victoire finale du Sud paraît improbable. En conséquence, Drouyn de Lhuys apporte un démenti qui paraît plus convaincant que les précédents : « La France ne voudrait pas recevoir le Texas en cadeau, même s’il s’accompagnait d’avantages pécuniaires. Elle n’en veut pas et ne pourrait pas l’avoir »[48] [48] AMAE, CP, États-Unis, 130, Drouyn de Lhuys à Mercier,…

suite. Le cabinet fédéral calme aussi le jeu. À Washington, Lincoln est préoccupé par la résistance opiniâtre que lui oppose le général Lee en Virginie et qui pourrait lui coûter sa réélection. Aussi Seward émet-il le vœu que les contingents fédéraux en garnison au Texas, si faibles soient-ils en nombre, observent la plus grande prudence et s’abstiennent de la moindre provocation[49] [49] Cité par Dean Mahin, One War at a Time…, op. cit. , p. …

Il faut cependant attendre la tragédie de Querétaro et le retrait des dernières troupes françaises en 1867 pour que les appréhensions du gouvernement américain se dissipent. Un mouvement offensif au nord du Rio Grande ? Après la reddition de Lee à Appomattox, en avril 1865, le cabinet de l’Union n’y croit pas mais entend néanmoins sécuriser sa frontière du Rio Grande en y envoyant une colonne de cavalerie sous les ordres du général Sheridan. Une démonstration de force qui intervient au moment où la garnison du colonel Jeanningros a dû évacuer Matamoros et où le cabinet des Tuileries accuse les Américains de soutenir Juarez en lui délivrant des armes et l’autorisation tacite de passer la frontière, chaque fois que les besoins de la guérilla l’exigent[50] [50] Cf. Alain Gouttman, La Guerre du Mexique…, op. cit. , p. …

En novembre 1865, alors que les Français entament leur retraite, le maréchal Bazaine n’hésite pas à transmettre un ordre que l’amiral Cloué n’osera pas exécuter : « Si de la rive du Texas l’on tire encore sur nos troupes, répondez, en rendant au moins coup pour coup… ». Ainsi fut évité un fâcheux incident diplomatique entre la France et les États-Unis[51] [51] Henri Buchard, L’amiral Cloué, sa vie, récits maritimes…

Les visées françaises sur le Texas au cours de la guerre de Sécession n’ont pas été que le fruit de l’imagination des autorités fédérales. À l’instar de ses prédécesseurs, Napoléon III s’est intéressé de près aux riches terres à coton du Lone Star State. Son rêve mexicain l’a certainement amené à nourrir de plus hautes ambitions sur le continent américain, à plus forte raison lorsqu’il a cru y avoir instauré un régime monarchique viable. La sécession lui a laissé les mains libres pour violer la doctrine Monroe. Sans doute a-t-il alors imaginé, dans un excès d’optimisme, qu’il pourrait trouver un arrangement avec les Confédérés, en échange d’une alliance défensive, pour que la France recouvre des points d’appui sur le pourtour du golfe du Mexique. Dans cette optique, on peut supposer que, malgré leur échec final, les opérations militaires lancées au Texas par Lincoln à partir de l’été 1863 ont considérablement refroidi ses ardeurs, au même titre que les difficultés croissantes du corps expéditionnaire français et la défaite annoncée du Sud. Bien qu’elle ait prêté une oreille complaisante aux appels à l’aide des dirigeants texans, la France du Second Empire n’a pu contempler les terres du Texas que de la berge opposée du Rio Grande.


Israël: Attention, un tsunami peut en cacher un autre (In a world turned upside down will the body formed to help foster peace throughout the world directly bring the next great Arab-Israeli war to the Middle East?)

13 avril, 2011
Cairo anti Israel rally (Ap. 2011)Nous ne sommes plus une petite minorité faible au sein de l’Europe. Nous sommes au moins 45 à 50 millions de musulmans : la communauté au plus fort taux de croissance de tout l’Occident. (…) Mes chers frères, et même les non-musulmans, sachez qu’un grand tsunami de musulmans arrive aujourd’hui sur l’Europe et que nous sommes en train de nous éveiller, de revenir à nos racines. Andy Choudary
C’est un problème européen (…) On ne peut pas penser à jouer un rôle sur la scène internationale si on ne s’engage pas à résoudre ce grand problème qu’est un tsunami humain qui arrive du sud (…) on parle de milliers, peut-être de dizaines, de centaines de milliers qui pourront arriver. Franco Frattini (ministre italien des affaires étrangères, 11.04.11)
Je pense bien évidemment que le terrorisme est inacceptable mais lorsque l’on est occupé avec des moyens militaires infiniment supérieurs aux vôtres, la réaction populaire ne peut pas être que non-violente. Stéphane Hessel
Selon toute vraisemblance, les « Palestiniens » déclareront unilatéralement un Etat arabe sur les terres de Judée et Samarie cette année. (…) Ces derniers n’ont rien à perdre car même si le Conseil de sécurité rejette leur candidature, ce qui est loin d’être certain, elle sera certainement approuvée par l’Assemblée générale des Nations-Unies. Bien que l’adoption par l’Assemblée Générale ait moins d’influence que l’approbation par le Conseil de Sécurité, elle peut s’avérer nuisible. Particulièrement, comme de nombreux commentateurs l’on souligné récemment, il existe dans les textes de l’Assemblée Générale une résolution, la 377 qui lui permet de demander des sanctions voire une intervention militaire contre un pays pour non respect ou mise en place des recommandations décidées par l’Assemblée. (…) Si le « monde civilisé » permet la réalisation du plan des « palestiniens », alors le probable résultat sera le déclenchement de la guerre. Dans un monde comme on le voit aujourd’hui bouleversé, l’Organisation des Nations-Unies, organisme crée pour promouvoir la paix comme indiqué pas moins de 6 fois dans son article 1, sera l’organisme responsable d’intenter la prochaine guerre israélo-arabe au Moyen-Orient. (…) Si Israël ne se plie pas aux sanctions alors votées, et aux attaques arabes sans réagir, l’Onu pourrait demander alors une intervention militaire pour faire respecter la volonté de la Communauté internationale. En conséquence ce que la Communauté internationale n’oserait faire pour l’Iran, elle le ferait pour Israël. Il en sera comme aujourd’hui, la cause principale du manque de paix dans la région sera mis sur le dos d’Israël et de la présence des juifs sur leur terre ancestrale, et non comme c’est le cas due à la violence arabe, au terrorisme, à la haine, à l’intransigeance, à l’antisémitisme. Yoel Metze

Attention: un tsunami peut en cacher un autre!

Retour et préparation d’attentats et d’attaques de roquettes, rapports systématiquement biaisés mais maintenus, premières manifestations de masse anti-israéliennes, appels à une nouvelle intifada ou flotille turque pour Gaza … 

A l’heure où, avec le prétendu « printemps arabe », arrivent sur nos plages les prémices d’un potentiel « tsunami humain » s’ajoutant à un possible « tsunami musulman » démographique intérieur …

Comme en Egypte, après l’autorisation par les nouvelles autorités de l’entrée en Méditerrannée des premiers navires de guerre iraniens, les premières manifestations de masse et les appels à une 3e intifada contre Israël …

Mais aussi, après celle de plus de cent pays pour la plupart des pays du tiers-monde, le véritable « tsunami diplomatique » qui s’annonce avec la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 par la communauté internationale lors de la prochaine assemblée générale des Nations-Unies en septembre …

Comment ne pas voir, avec le blogueur israélien Yoel Meltzer sur fond de boycott et délégitimation d’Israël, la nouvelle guerre arabo-israélienne qui s’annonce  à l’instigation justement de l’organisation censée assurer la paix mondiale ?

Et, en ces temps étranges de la plus perverse des équivalence morales, avec le soutien de nos propres armées qui, en ce moment même et au nom de la liberté des peuples, appuient les crieurs d’allah akbar libyens ?
 

The Next War

Yoel Meltzer

April 7, 2011

5 April 2011

In all likelihood, the Palestinians are going to unilaterally declare a state in Judea and Samaria within the coming year. This is not a ploy or a desperate attempt on their part but rather a clear, rational decision. By correctly gauging the stark contrast between the massive international support for their cause as opposed to the steadily increasing de-legitimization of Israel the “apartheid state”, the Palestinians have wisely decided to bypass direct negotiations since there is no point in paying for something when you can get if for free. Thus, with country after country pledging its support for such a measure, the Palestinians are simply going to take their case to the United Nations.

There, the Palestinians have nothing to lose for even if the Security Council rejects their bid for statehood, something that is far from certain, it will most likely be approved by the General Assembly. Although this is less influential than an endorsement by the Security Council, an approval by the General Assembly does nonetheless have some teeth. Most notably, as many commentators have recently pointed out, there is something known as UNGA Resolution 377 that allows the General Assembly to call for sanctions or even military force against a country that fails to implement its recommendations. This appears to be the direction the Palestinians are heading.

If the “civilized world” helps bring the Palestinian plan to fruition then a very likely result of such actions will be the outbreak of war. Thus, in a world turned upside down it will be the United Nations, a body formed to help foster peace throughout the world and whose Charter right up front in Article 1 mentions the word “peace” no less than six times, that will be directly responsible for bringing the next great Arab-Israeli war to the Middle East.

It’s worth noting that more than sixty years ago the Palestinians rejected a similar state that had been allotted to them by the UN. Then a few months later when Israel had the chutzpah to declare a state, rather than reject one, in the portion they were granted by the UN, several Arab countries attacked the new Jewish state. That was the first war of independence, a result of Arab refusal to receive anything less than 100%.

During the course of the years nothing has fundamentally changed in this aspect, the only difference being that the Arabs have finally learned how to achieve their goal. Thus they’re ready to accept what they formally rejected as a means for eventually getting it all.

This brings us to today and the quickly approaching second war of independence. Of course unlike sixty years ago, this time around nearly the entire international community will be aligned with the Palestinians against Israel. In this war it will be clear; there is only one villain and its name is Israel.

The war will not break out immediately but rather it will slowly escalate. First there will be calls for sanctions against Israel for failing to immediately remove its military and citizens from the new Arab state in Judea and Samaria. Then there will be the predictable eruption of terrorist attacks in Judea and Samaria, making life hell for the Jews living there. The attacks will then spill over into the rest of Israel, bringing back memories of the horror days a decade ago. Next up will be rocket attacks from Hamas in the south and Hezbollah in the north. Thanks to a porous border with Egypt as well as other regional changes, Iran will have no problem constantly rearming its proxies.

As the attacks intensify, Israel will be routinely chastised for retaliating and not showing proper restraint since such Arab attacks will be viewed as somewhat understandable in light of continued Israeli noncompliance. Moreover, Israeli reprisals will probably draw some neighboring countries into the fray as they all begin to sense Israel’s imminent downfall.

If Israel is still obstinate following the sanctions and Arab attacks, then the UN will call for military intervention in order to enforce the will of the international community. Consequently, what they would never do to Iran, they will surely do to Israel. After all, Israel’s continued presence in Judea and Samaria – and not Arab violence, terrorism, hatred, anti-Semitism and intransigence – will be considered, like it is today, as being the main reason that peace and harmony is lacking in the region.

Following the isolating effect of sanctions and de-legitimization together with incessant terrorist attacks and missile showers, the threat of military intervention will probably do the trick. Having been cowered by the cumulative effect of all the actions, Israel will be sufficiently pliable to give in on everything – the removal of all Jewish presence from Judea and Samaria, the acceptance of the return of Palestinian refugees to Israel, the division and internationalization of Jerusalem. Thus the Palestinian War of Independence, the first stage in the total elimination of the State of Israel, will come to a conclusion.

Is this scenario an exaggeration? Perhaps, although one should keep in mind that before the Gaza Disengagement there were those who warned that the Israeli pullout from Gaza would result in missiles landing in nearby Ashkelon. As expected, such voices were ridiculed and ultimately ignored. History of course showed that these “right-wing hawks” erred. They were far too conservative with their predictions as missiles not only exploded in nearby Ashkelon but even reached Beersheva nearly 50 kilometers to the east.

Israel, the tsunami is coming. Wake up!


Jean Raspail: Etre blanc, ce n’est pas une couleur de peau mais un état d’esprit (How many more Golden ventures before Raspail’s warning is finally heard?)

11 avril, 2011
Golden venture (NY, 1993)C’est un problème européen (…) On ne peut pas penser à jouer un rôle sur la scène internationale si on ne s’engage pas à résoudre ce grand problème qui est un tsunami humain qui arrive du sud (…) On parle de milliers, peut-être de dizaines, de centaines de milliers qui pourront arriver. Franco Frattini (ministre italien des affaires étrangères, Europe 1, 11.04.11)
Nous ne sommes plus une petite minorité faible au sein de l’Europe. Nous sommes au moins 45 à 50 millions de musulmans : la communauté au plus fort taux de croissance de tout l’Occident. (…) Mes chers frères, et même les non-musulmans, sachez qu’un grand tsunami de musulmans arrive aujourd’hui sur l’Europe et que nous sommes en train de nous éveiller, de revenir à nos racines. Andy Choudary (06.04.11)
Vous ne connaissez pas mon peuple, sa crasse, son fatalisme, ses superstitions idiotes et son immobilisme atavique. Vous n’imaginez pas ce qui vous attend, si cette flotte de primitifs vous tombent sur le dos. Tout changera, dans ce pays qui est devenu le mien, en eux et avec eux vous vous perdrez. (…) A mon sens, être blanc, ce n’est pas une couleur de peau. Mais un état d’esprit. Dans les rangs des Sudistes, quels que soient l’époque et le pays, il y a toujours eu des Noirs qui n’éprouvaient aucune honte à combattre du mauvais côté. Si les blancs sont devenus noirs, pourquoi quelques « peau-noire » ne voudraient-ils pas rester blancs? J’ai opté et me voici. Hamadura (personnage du « Camp des saints natif de Pondichéry)
Sur les rives du Limpopo, à Paris, Londres, New York (…) Aux Philippines, à Jakarta, Karachi, Conakry, et encore Calcutta – tous ces ports étouffants du tires-monde, d’autres flottes immenses appareillaient pour l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Europe (…) D’autres civilisations, sagement étiquetées dans les vitrines de nos musées, avaient déjà subi le même sort. Le Camp des saints
Dans la nuit du 20 février 2001, un cargo non identifié chargé d’un millier d’émigrants kurdes  s’échoua volontairement de toute la vitesse de ses vieilles machines , sur un amas de rochers reliés à la terre ferme , et précisément à… Boulouris à une cinquantaine de mètres du Castelet! Cette pointe rocheuse, j’allais y nager par beau temps. Elle faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu’on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français et pas nécessairement tous de race blanche qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s’obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu’elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.Face aux différentes « communautés » qu’on voit se former dès aujourd’hui sur les ruines de l’intégration (ou plutôt sur son inversion progressive : c’est nous qu’on intègre à « l’autre », à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s’agira en quelque sorte je cherche un terme approprié d’une communauté de la pérennité française. Celle-ci s’appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore. Jean Raspail
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épée, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l’Union Européenne. Il y aura alors 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une fâcheuse posture. Et il en est de même de l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien de déclarer la guerre aux musulmans. Kadhafi (10.04.06) 
Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac
La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage. Eric Besson
L’introduction clandestine de migrants est une activité fort lucrative et, précisément pour cette raison, en constante expansion. Ces opérations génèrent des revenus de 8 milliards US$ à l’échelle internationale, et certains passeurs exigent parfois jusqu’à 45 000 $ pour leurs services, une somme qu’ils perçevront à même le salaire des clandestins qui, une fois arrivés à bon port, seront embauchés sur le marché noir. Les passeurs puisent leur matière première à même les catastrophes humanitaires qui ponctuent l’actualité internationale. Comme celles-ci se multiplient, ce commerce illicite n’est pas en passe de s’effondrer dans les prochaines années. Au seul Sri Lanka, ravagé par une guerre civile qui perdure depuis plus de 15 ans, environ un millier d' »agences de voyage » offrent aux intéressés un séjour prolongé au Royaume-Uni ou au Canada pour la somme de 25 000 CAN$. Les individus moins fortunés, mais tout aussi déterminés, emprunteront quant à eux des chemins plus tortueux passant par l’Afrique, la Russie ou l’Asie centrale, pour finalement atteindre l’Amérique du Nord.
Si l’on cherche, par de nouveaux mécanismes rivalisant d’ingéniosité, à bloquer cette ultime voie d’échappement, comment les individus en quête de protection pourront-ils exercer leur droit de chercher asile? Il ne faut pas oublier que l’Histoire regorge de précédents qui démontrent que les passeurs, dont on s’emploie à ternir l’image dans les textes étudiés, ont de tout temps permis à de véritables réfugiés de fuir leurs bourreaux. Pour ne nommer que ceux-là, on se rappellera que les républicains espagnols et les juifs allemands ont dû recourir à des passeurs pour échapper à la terreur fasciste, tout comme les leaders étudiants qui gagnèrent Hong Kong suite au massacre de la place Tianamen. Philippe Tremblay
la plupart des étrangers en situation irrégulière sont entrés de façon légale et les entrées avec l’aide d’un passeur restent une toute petite minorité des flux migratoires y compris en Espagne et en Italie d’où les images des bateaux remplis de candidats à l’exil nous parviennent. D’ailleurs les institutions européennes travaillent sur un fichier visiteurs destinés à empêcher les visiteurs entrés avec des papiers en règle de rester plus longtemps que les trois mois prévus.
 Les études historiques montrent que les frontières ont toujours généré des contrebandes (…) les contrôles plus fréquents supposent des moyens plus importants pour les contourner, le trafic se professionnalise, les sommes allouées à la corruption des fonctionnaires augmentent, le prix du passage aussi. Au lieu de démilitariser la frontière pour la décriminaliser, les politiques et les fonctionnaires demandent plus de moyens pour lutter contre une contrebande plus sophistiquée (…). La dynamique est enclenchée. Ce que Peter Andreas décrit aux Etats-Unis s’est également passé en Europe où les études montrent l’augmentation de l’« industrie » des passeurs et de leur tarif dans les années 1990 une fois les mesures restrictives en place telles que la politique des visas, les contrôles par les compagnies de transport, l’augmentation des patrouilles maritimes (…). Intrinsèquement, la politique de contrôle aux frontières s’auto-entretient. Self-fulfilling prophecy, elle prédit la criminalité frontalière qu’elle a contribué à développer. (…)  Les études distinguent les opérations frontalières « artisanales » ou les stratégies individuelles de contournement des opérations de plus grande envergure mais aussi de celles menées par des organisations criminelles qui s’occupaient d’autres trafics auparavant. Les deux peuvent coexister mais la sophistication du système de contrôle et le prix du passage peuvent attirer des organisations criminelles. En effet, elles peuvent considérer que c’est un secteur lucratif alors que ce ne l’était pas du tout avant. En outre, les systèmes de contournement peuvent déjà être en place : les « passages protégés » utilisés par exemple par les trafiquants de cocaïne aux Etats-Unis sont apparemment utilisés désormais pour faire enter des migrants y compris en se servant d’eux comme « porte valises ». (…) Le prix du passage ne correspond pas au coût du voyage. Le cas le plus flagrant est celui des immigrés chinois qui se trouvent dans des situations de « servitude pour dette ». Aux Etats-Unis, les migrants de Fenzhou qui arrivaient illégalement à New York au début des années 1980 passaient par l’Amérique latine et avait le surnom de « eighteeen thousand-dollar man », cette somme était payée par leur famille. Les trafiquants ont fait miroiter à leurs compatriotes la possibilité d’une régularisation comme en 1986 ou d’une demande d’asile après le massacre de la place de Tiannamen de 1989, et ont augmenté les prix de $22000 en 1988 à 35 000 début 1990. Au bout de quelque temps, à la suite en particulier de l’arrivée du bateau Golden venture en 1993 qui comme Douvres a médiatisé l’arrivée clandestine de Chinois, les Chinois de Fenzhou sont plutôt arrivés par avion avec des faux visas et les prix ont alors augmenté, jusqu’à $42 000. Clairement, la communauté de Fenzhou n’avait pas de quoi payer ces sommes y compris sous la menace et il a fallu trouver des Chinois issus d’autres provinces mais surtout des « sponsors » locaux (traiteurs par exemple) qui engageaient les nouveaux arrivants pour les faire travailler afin qu’ils repaient leur dette aux « snakeheads » surnom des têtes de réseaux (…). Ce système chinois, qui s’est aussi développé en France, est complexe car il implique des intermédiaires dans le pays d’origine qui peuvent recruter des candidats au voyage et ensuite menacer sur les familles restés au pays et le suivi des migrants endettés pendant des années après leur arrivée (…). Il repose aussi sur une absence flagrante de contrôle par l’Inspection du travail et des syndicats qui longtemps n’ont pas soutenu les employés chinois même si à New York il y a finalement eu des grèves dans la restauration et des gros restaurateurs arrêtés pour ne pas avoir versé de salaires à leurs employés.  Virginie Guiraudon
Ici, il faut des relations. A l’étranger, je suis sûr de trouver un travail et de rembourser. Chinois émigré clandestin multirécidiviste
Vous avez trois catégories de gens au Fujian. Ceux qui font des affaires dans toute la Chine. Ceux qui font des études, et deviennent fonctionnaires. Et puis ceux qui s’en vont à l’étranger. Parce que quel que soit le travail, ils ne gagneront jamais plus que l’équivalent de 150 euros par mois en Chine. A l’étranger, on gagne jusqu’à dix fois plus. (…) Les hommes partent des années à l’étranger. Toutes ces villas où vivent leurs femmes, on appelle ça ici des guafucun, des «villages de veuves». Les épouses prennent des gigolos. Des copains m’ont raconté qu’ils les faisaient chanter. Robin Weng (jeune Chinois de la province du Fukien)
Certains candidats au départ s’endettent, c’est l’échec. Alors ils s’endettent de nouveau en pensant s’en sortir. C’est une spirale, comme le jeu. (…) Le shetou contrôlera son client jusqu’à la fin, pour être sûr d’obtenir l’argent. Si quelqu’un meurt en mer, ou dans la montagne, ils se débarrassent du corps, et réclament l’argent aux familles en prétendant que la personne a fui. (…) On nous contacte quand les gens ont un problème avec un shetou. Policier de Fuqing (spécialiste des shetou)
Il pense qu’il y aura deux fois moins d’appels cette année, à cause de la crise. Les officiels locaux veulent éviter de tuer la poule aux oeufs d’or. Le gouvernement chinois fait seulement mine d’agir quand un scandale émeut l’opinion publique occidentale. Ce fut le cas en 2004, lorsqu’une majorité de gens originaires de Fuqing ou Changle furent parmi les ramasseurs de coques de la baie de Morecambe, en Grande-Bretagne, piégés par la marée. En 1993, le naufrage, au large de New York, du cargo Golden Venture, permit au FBI de désigner Cheng Chui-ping, une commerçante fujianaise de Chinatown, comme le cerveau de l’émigration clandestine vers les Etats-Unis. Réfugiée dans son village de Shengmei, près de Changle, elle continua ses activités avant d’être arrêtée à Hongkong en 2000, puis extradée vers les Etats-Unis où elle purge une peine de trente-cinq ans. Le Monde
Nul ne s’inquiète de ce qui est légal ou non. Ici, telle banque clandestine a blanchi des millions en devises. Là, on rit encore de l’empire de la contrebande monté à la fin des années 1990 à Xiamen, dans le sud du Fujian, par Lai Changxing, qui avait corrompu une flopée d’officiels, et vit désormais exilé au Canada où il a obtenu un « permis de travail». Berceau des Triades, les sociétés secrètes, le Fujian a une longue tradition de piraterie et de contrebande. Et dans les communautés côtières, l’émigration clandestine est vue plus comme un service que comme un crime : « On commence par envoyer des gens de la famille, puis des amis d’amis. Les gens avaient confiance en moi », dit Wang (nom d’emprunt), 39 ans. (…) Le passeur est appelé « tête de serpent », car, derrière lui, les candidats au départ se déplacent furtivement en file indienne, évoquant un reptile. (…) A Shengmei, Ping Jie (grande soeur Ping) est célébrée comme une bienfaitrice : « Tout le monde la respecte ici. Ce qui lui est arrivé n’est pas juste. On est tous passés par elle », gesticule Cheng, 64 ans. Lui est parti pour les Etats-Unis en 1990, via la Belgique, puis Mexico. Coût : 20 000 dollars, remboursés en trois ans. Il fit pendant des années la vaisselle dans un restaurant de Chinatown. Il montre fièrement la grande tombe en demi-cercle qu’il a fait construire pour ses grands-parents et, à côté, celui qui accueillera ses cendres, dans un complexe de temples à la sortie du village.Tout a été financé, par l’argent d’outre-mer. « Grande soeur Ping y a participé, mais on ne pouvait pas mettre son nom », chuchote-t-il. Le Monde

Combien faudra-t-il encore de « Golden venture » avant que l’avertissement de Jean Raspail soit enfin entendu?

Dizaines de milliers d’Albanais s’échouant un beau matin de juin 1991 sur les plages italiennes (après en fait deux tentatives à l’hiver précédent), centaines de Chinois faisant de même dans la baie de New York à l’été 1993, centaines de migrants illégaux venus par le Détroit de Gilbratar en moins d’une année et issus, de la Corne éthiopo-somalienne à l’Afrique du sud, de la quasi-toalité de l’Afrique mais aussi des Philippines, de la Chine et même d’Europe de l’est …

Suite à notre dernier billet sur la toute récente réédition du « Camp des saints » de Jean Raspail …

Et en ces temps post-11/9 de tsunamis (y compris peut-être bientôt « humains« ), catastrophes nucléaires et prétendus « printemps arabes » …

Retour, avec un long papier de 1994 de la revue américaine The Atlantic, sur quelques uns de ces débarquements spectaculaires de migrants illégaux en Occident  (au terme, tout en sachant que l’essentiel de l’immigration illégitime se fait suite à une entrée légale dans les pays en question, de périples encore plus longs et épiques souvent que celui de Raspail) ….

Qui, à l’instar de l’arrivée sur la plage même où celui-ci avait écrit son roman presque 30 ans plus tôt, d’un millier de Kurdes …

Permettent de mesurer toute l’actualité et la préscience de ce texte qualifié encore tout dernièrement par notre Schneidermann national de « raciste » et « toxique ».

Mais aussi à l’exacte mesure en fait du manque total de scrupules tant des réseaux de « têtes de serpents » que de nombre des « victimes » qui recourent à leur services comme le confirme un reportage du Monde sur les Chinois du Golden venture de 1993 …

Toute la naïveté de nos belles âmes incapables de comprendre …

Comme le rappelait déjà ce personnage « peau-noire » issu de Pondichéry (et commodément oublié par nos censeurs)  qui se joint à la toute fin du roman au dernier carré du « Camp des saints »…

Qu' »être blanc n’est pas tant une couleur de peau qu’un état d’esprit »…

Must It Be the Rest Against the West?

Absent major changes in North-South relations, the wretched should inherit the earth by about 2025

Matthew Connelly and Paul Kennedy

The Atlantic review

December 1994

« Now, stretching over that empty sea, aground some fifty yards out, [lay] the incredible fleet from the other side of the globe, the rusty, creaking fleet that the old professor had been eyeing since morning. . . . He pressed his eye to the glass, and the first things he saw were arms. . . . Then he started to count. Calm and unhurried. But it was like trying to count all the trees in the forest, those arms raised high in the air, waving and shaking together, all outstretched toward the nearby shore. Scraggy branches, brown and black, quickened by a breath of hope. All bare, those fleshless Gandhi-arms. . . . thirty thousand creatures on a single ship! »

–The Camp of the Saints

Welcome to the 300-page narrative of Jean Raspail’s disturbing, chilling, futuristic novel The Camp of the Saints, first published in Paris twenty-one years ago and translated into English a short while later. Set at some vague time–perhaps fifteen or twenty years–in the future, the novel describes the pilgrimage of a million desperate Indians who, forsaking the ghastly conditions of downtown Calcutta and surrounding villages, commandeer an armada of decrepit ships and set off for the French Riviera. The catalyst for this irruption is simple enough. Moved by accounts of widespread famine across an Indian subcontinent collapsing under the sheer weight of its fast-growing population, the Belgian government has decided to admit and adopt a number of young children; but the policy is reversed when tens of thousands of mothers begin to push their babies against the Belgian consul general’s gates in Calcutta. After mobbing the building in disgust at Belgium’s change of mind, the crowd is further inflamed by a messianic speech from one of their number, an untouchable, a gaunt, eye-catching « turd eater, » who calls for the poor and wretched of the world to advance upon the Western paradise: « The nations are rising from the four corners of the earth, » Raspail has the man say, « and their number is like the sand of the sea. They will march up over the broad earth and surround the camp of the saints and the beloved city. . . . » Storming on board every ship within range, the crowds force the crews to take them on a lengthy, horrific voyage, around Africa and through the Strait of Gibraltar to the southern shores of France.

But it is not the huddled mass of Indians, with their « fleshless Gandhi-arms, » that is the focus of Raspail’s attention so much as the varied responses of the French and the other privileged members of « the camp of the saints » as they debate how to deal with the inexorably advancing multitude. Raspail is particularly effective here in capturing the platitudes of official announcements, the voices of ordinary people, the tone of statements by concerned bishops, and so on. The book also seems realistic in its recounting of the crumbling away of resolve by French sailors and soldiers when they are given the order to repel physically–to shoot or torpedo–this armada of helpless yet menacing people. It would be much easier, clearly, to confront a military foe, such as a Warsaw Pact nation. The fifty-one (short) chapters are skillfully arranged so that the reader’s attention is switched back and forth, within a two-month time frame, between the anxious debates in Paris and events attending the slow and grisly voyage of the Calcutta masses. The denouement, with the French population fleeing their southern regions and army units deserting in droves, is especially dramatic.

The Voyage of the Golden Venture

Why revisit this controversial and nowadays hard-to-obtain novel? The recovery of this neglected work helps us to call attention to the key global problem of the final years of the twentieth century: unbalanced wealth and resources, unbalanced demographic trends, and the relationship between the two. Many members of the more prosperous economies are beginning to agree with Raspail’s vision: a world of two « camps, » North and South, separate and unequal, in which the rich will have to fight and the poor will have to die if mass migration is not to overwhelm us all. Migration is the third part of the problem. If we do not act now to counteract tendencies toward global apartheid, they will only hurry the day when we may indeed see Raspail’s vision made real.

One of us (Kennedy) first heard The Camp of the Saints referred to at various times during discussions of illegal migration. One such occasion was in the summer of 1991, following media reports about the thousands of desperate Albanians who commandeered ships to take them to the Italian ports of Bari and Brindisi, where they were locked in soccer stadiums by the local police before being forcibly returned to a homeland so poor that it is one of the few parts of Europe sometimes categorized as « developing » countries. Apparently, one reason for this exodus was that the Albanians had been watching Italian television–including commercials for consumer goods, cat food shown being served on a silver platter, and the like. More than a few colleagues mentioned that the incident struck them as a small-scale version of Raspail’s grim scenario.

If a short trip across the Adriatic seems a far cry from a passage from Calcutta to Provence, the voyage of the Golden Venture was even more fantastic than anything imagined by Raspail. This 150-foot rust-streaked freighter left Bangkok, Thailand, in February of 1993 carrying ninety Chinese refugees, mostly from the impoverished Fujian province. Two hundred more Chinese boarded in Mombasa, Kenya. When they finally came ashore, on June 6, in the darkness and pounding surf off Rockaway, Queens, in New York City (eight drowned trying to swim to land), all had traveled a much greater distance than Raspail’s fictional refugees.

What was remarkable about the Golden Venture was not that Chinese refugees tried to smuggle themselves into the United States–some experts estimate that 10,000 to 30,000 manage to do so each year–but that in traveling west rather than east, they were taking a new route to America. In the past most Chinese illegal immigrants came ashore on the West Coast or crossed into California after landing in Mexico. But the Golden Venture rounded the Cape of Good Hope and thus crossed some of the same waters as Raspail’s imaginary armada.

The Camp of the Saints was also to some extent recalled in a special report of October 18, 1992, by the New York Times correspondent Alan Riding, about the remarkable increase in illegal immigration across the Strait of Gibraltar, the narrowest gap between Africa and Europe. The most startling fact in the report was not that ambitious, unemployed North Africans were heading to Europe to find jobs but that such traffic has now become pan-continental or even global. Of the 1,547 immigrants detained by the Spanish authorities in the first ten months of the year of Riding’s report, 258 were from Ethiopia, 193 from Liberia, seventy-two from South Africa, and sixty-four from Somalia. Seventy-two from South Africa! Did they walk, hitchhike, or take buses across the entire continent? Even a journey that long pales beside Riding’s further point that « word of the new route had spread far beyond Morocco, with not only Algerians and growing numbers of sub-Saharan Africans, but also Filipinos, Chinese and even the occasional Eastern Europeans among those detained. » Take a look at an atlas and pose the question, Just how does a desperate citizen of, say, Bulgaria get to Morocco without going through western Europe?

The Doom of the White Race

Jean Raspail, born in 1925, has been writing works of travel and fiction since the 1950s. Many of his books recount his experiences in Alaska, the Caribbean, the Andes; he is not ignorant of foreign lands and cultures. Raspail won prizes from the Academie Francaise, and last year only narrowly failed to be elected to that august body. The Camp of the Saints is different from his other writings. In the preface, written a decade after the book, he states that one morning in 1972, at home by the shore of the Mediterranean, he had this vision: « A million poor wretches, armed only with their weakness and their numbers, overwhelmed by misery, encumbered with starving brown and black children, ready to disembark on our soil, the vanguard of the multitudes pressing hard against every part of the tired and overfed West. I literally saw them, saw the major problem they presented, a problem absolutely insoluble by our present moral standards. To let them in would destroy us. To reject them would destroy them. »

« During the ten months I spent writing this book, the vision never left me. That is why The Camp of the Saints, with all its imperfections, was a kind of emotional outpouring. »

Is this simply a work of imagination or, as Raspail’s critics charge, a racist tract dressed up as fiction? In some parts of the novel Raspail appears to be resigned, fatalistic, not taking sides: « The Good are at war with the Bad, true enough, » he says at one point. « But one man’s ‘Bad’ is another man’s ‘Good,’ and vice versa. It’s a question of sides. » And he has the President of France, puzzling over the question of inequality among races, attribute to the Grand Mufti of Paris the idea that it is « just a question of rotation, » with « different ones on top at different times »–as if to imply that it is quite natural for Europe, having expanded outward for the past 500 years, to be overwhelmed in turn by non-Western peoples. Indeed, Raspail claims that in depicting the French armed forces fleeing from confrontation rather than bloodily repulsing the armada, he shows he is no racist, for « I denied to the white Occident, at least in my novel, its last chance for salvation. »

Yet for much of the rest of the novel Raspail makes plain where his cultural and political preferences lie. Whereas the Europeans all have characters and identities, from the Belgian consul in Calcutta, trampled to death by the crowd, to the French politicians paralyzed by their impending fate, the peoples of the Third World, whether already laboring in the slums of Paris or advancing upon the high seas, are unrelentingly disparaged. « All the kinky-haired, swarthy-skinned, long-despised phantoms; all the teeming ants toiling for the white man’s comfort; all the swill men and sweepers, the troglodytes, the stinking drudges, the swivel-hipped menials, the womanless wretches, the lung-spewing hackers; all the numberless, nameless, tortured, tormented, indispensable mass. . . . They don’t say much. But they know their strength, and they’ll never forget it. If they have an objection, they simply growl, and it soon becomes clear that their growls run the show. After all, five billion growling human beings, rising over the length and breadth of the earth, can make a lot of noise! »

Meanwhile, along with Josiane and Marcel, seven hundred million whites sit shutting their eyes and plugging their ears.

If anything, Raspail’s contempt for sympathizers and fellow travelers in the West is even more extreme. The collection of churchmen who plead for tolerance of the approaching armada; the intellectuals and media stars who think this is a great event; the hippies, radicals, and counterculture people who swarm south to greet the Indians as the panic-stricken Provencois are rushing north–all these get their comeuppance in Raspail’s bitter, powerful prose. In one of the most dramatic events, close to the book’s end, the leader of the French radicals is portrayed as rushing forward to welcome the « surging mob » of Indians, only to find himself « swept up in turn, carried off by the horde. Struggling to breathe. All around him, the press of sweaty, clammy bodies, elbows nudging madly in a frantic push forward, every man for himself, in a scramble to reach the streams of milk and honey. » The message is clear: race, not class or ideology, determines everything, and the wretched of the earth will see no distinction between unfriendly, fascistic Frenchmen on the one hand and liberal-minded bishops and yuppies on the other. All have enjoyed too large a share of the world’s wealth for too long, and their common fate is now at hand.

It is not just the people of France who suffer that fate. Near the end of Raspail’s novel the mayor of New York is made to share Gracie Mansion with three families from Harlem, the Queen of England must marry her son to a Pakistani, and just one drunken Russian general stands in the way of the Chinese as they swarm into Siberia. « In the Philippines, in all the stifling Third World ports–Jakarta, Karachi, Conakry, and again in Calcutta–other huge armadas were ready to weigh anchor, bound for Australia, New Zealand, Europe. . . . Many a civilization, victim of the selfsame fate, sits tucked in our museums, under glass, neatly labeled. »

To describe The Camp of the Saints as an apocalyptic novel would be a truism. The very title of the book comes, of course, from Saint John’s Apocalypse, the lines of which are uttered almost exactly by the messianic untouchable early on in the book. The work is studded with references to much earlier clashes between « the West » and « the Rest »: to Charles Martel, to the fall of Constantinople, to Don John of Austria, to Kitchener at Omdurman–all to fortify the suggestion that what is unfolding is just part of a millennium-old international Kulturkampf that is always resolved by power and numbers. When Europe dominated the globe, the Caucasian race’s relative share of world population achieved its high point; as the proportion shrinks, Raspail argues, so the race dooms itself. In his 1982 preface he spells it out again: « Our hypersensitive and totally blind West . . . has not yet understood that whites, in a world become too small for its inhabitants, are now a minority and that the proliferation of other races dooms our race, my race, irretrievably to extinction in the century to come, if we hold fast to our present moral principles. »

« Not Since Genghis Khan »

When The Camp of the Saints first appeared, in 1973, it was, to put it mildly, not well received. Sixties radicalism still prevailed in Paris; a century of capitalist imperialism was blamed for the problems of the Third World, though the feeling was that Africans and Asians now at least had control of their own destinies; and French intellectuals and bureaucrats believed that they had a special rapport with non-European cultures, unlike the insensitive Anglo-Saxons. Besides being shocking in its contents, Raspail’s book was also offensive: it insulted almost everything that Sorbonne professors held dear. The Camp was swiftly dismissed as a racist tract. As for Raspail, he went off to write other novels and travel books. But in late 1985 he offended again, by joining forces with the demographer Gerard Dumont to write an article in Le Figaro Magazine claiming that the fast-growing non-European immigrant component of France’s population would endanger the survival of traditional French culture, values, and identity. By this time the immigration issue had become much more contentious in French politics, and only a year earlier Jacques Chirac, then the mayor of Paris, had publicly warned, « When you compare Europe with the other continents, it’s terrifying. In demographic terms, Europe is disappearing. Twenty or so years from now our countries will be empty, and no matter what our technological power, we shall be incapable of putting it to use. » The Raspail-Dumont article was highly embarrassing to the French Socialist government, which, though pledged to crack down on illegal immigrants, was deeply disturbed by the potential political fallout from such a controversial piece. No fewer than three Cabinet Ministers, including Prime Minister Laurent Fabius, attacked it as « racist propaganda » and « reminiscent of the wildest Nazi theories. » It was no consolation to them that Jean-Marie Le Pen, the head of the fast-growing National Front, was making immigration the leading issue as he campaigned among the discontented French electorate.

Despite attempts by centrist politicians to ignore this touchy topic, it refuses to go away. For example, although the early 1990s were supposed to mark the culmination of the decades-long drive toward the European Union’s integration, an increasing number of Europeans were looking over their shoulders, especially after the British Broadcasting Corporation raised the specter of a « march » on Europe in a 1990 made-for-TV movie of that name. In the program a band of Sudanese refugees decide to walk straight across the Sahara rather than slowly starve on the paltry rations of Western relief agencies. With timely assistance from the Libyan government, which calls them the « spirit of suffering Africa, » a throng swollen to 250,000 finally arrives at the Strait of Gibraltar. « We’ve traveled almost as far as Columbus, » says their leader, now called the Mahdi. « We have no power but this: to choose where we die, » he proclaims before embarking for the European shore. « All we ask of you is, watch us die. » On the advice of a media-savvy African-American congressman, the flotilla washes ashore in the glare of flashbulbs and prime-time TV broadcasts–and a large force of EU soldiers. The movie ends there, and what happens next is left to the viewer’s imagination. But its production was enough to provoke Raspail to complain. The producers insisted that when they began the project they had been unaware of the earlier work–an insistence that only confirmed that the themes of The Camp continue to resonate. The March has itself become something of a cult classic. Though rejected by the Public Broadcasting System as « not suitable to their programming » (nobody actually said it was too hot to handle), after four years it continues to be shown to audiences throughout Europe.

All of which brings us to the present day. Raspail may have written the most politically incorrect book in France in the second half of the twentieth century, but the national mood concerning immigration is nowadays much less liberal than it was two decades ago. In fact, France’s tough new Conservative government began this year by announcing a series of crackdowns on illegal immigrants, including mass deportation. « When we have sent home several planeloads, even boatloads and trainloads, the world will get the message, » claimed Charles Pasqua, the hard-line Cabinet Minister in charge of security and immigration affairs. « We will close our frontiers. » Last year he announced that France would become a « zero immigration » country, a stunning reversal of its 200-year-old policy of offering asylum to those in need. That Pasqua believed it was in fact possible to halt immigration was called into doubt when he later remarked, « The problems of immigration are ahead of us and not behind us. » By the year 2000, he asserted, there will be 60 million people in Algeria, Morocco, and Tunisia under the age of twenty and « without a future. » Where else to go but France, whose television programs they can view every evening, much as Albanians goggle at Italian cat-food commercials?

The Camp of the Saints is not well known in the United States, but it has attracted some attention in predictable circles. The only English-language edition we could find came from the American Immigration Control Foundation, which, as its name suggests, campaigns for stricter policies. That is an aim also expressed by the Federation for American Immigration Reform (FAIR) in its recent publication Crowding Out the Future: World Population Growth, U.S. Immigration, and Pressures on Natural Resources, which presents the following argument very early on: « A traditional moralist may object, asserting, « I am my brother’s keeper. » We must ask him: « And what about your children? And your children’s children? What about the children of your neighbor next door? Must we subdivide and distribute our patrimony among the children of all the world? » Americans are already outnumbered twenty-to-one by the rest of the world. Our grandchildren will be outnumbered even more. Must we condemn them to the poverty of an absolutely equal distribution? How would that benefit them or the descendants of other people? »

« Total poverty can be avoided only if people agree that the ancient admonition « Charity begins at home » is still the best guide to philanthropic action. »

The Washington Times is also strongly in the « let’s regain control of our borders » camp, and its staff writers and op-ed contributors find reference to Raspail particularly useful in attacking the United States’ liberal immigration policy. Illegal immigrants caught coming by boat–Chinese, Haitians –make for especially neat comparisons, and nowadays the language is as blunt as Raspail’s own. « Not since Genghis Khan rode out of the Asian steppes has the West–Europe as well as the United States–encountered such an alien invasion, » the Washington Times columnist Samuel Francis has written. His fellow columnist Paul Craig Roberts predicts « a cataclysmic future. » Roberts has written, « Not since the Roman Empire was overrun by illegal aliens in the fifth century has the world experienced the massive population movements of recent years. » Both writers posit what others have called a growing « Third-World-ization » of America’s cities, with a privileged minority increasingly besieged by a disgruntled, polyglot lumpenproletariat. (Raspail had carefully built such a situation into The Camp of the Saints: the night came when the « black tide, » learning what had happened in Provence, rose up and overwhelmed the elegant apartments around Central Park.)

Readers made uncomfortable by all this nativist and racist opinion will no doubt find it easy to counterattack. Migrants are not usually the poorest of the poor–instead they are the ones best informed about opportunities elsewhere and able to act on them. Paul Craig Roberts’s figure of an « estimated » three million illegal aliens who find their way into the United States each year is much higher than other guesses we’ve seen. And historically, the greatest population migrations of all consisted of the tens of millions of « illegal aliens » who sailed from Europe to the Americas, Africa, and Australasia during the past 250 years; in the face of them the aboriginal inhabitants could do little but submit or be annihilated. In pointing to the reversal of that flow, Raspail was at least willing to concede that « different ones [are] on top at different times. » Moreover, many economists–Julian Simon, at the University of Maryland, is one–argue that immigration gives a net boost to the United States, a position also held by the free-market paper The Wall Street Journal. Those who predict that immigration will become one of the hottest political issues of the 1990s may be correct; what is less certain is that Fortress America attitudes will win the day. Yet if the United States maintains a liberal policy while every other rich nation decides, like France, to do the opposite, will that not simply increase the pressures on this country’s borders?

Cornucopian Hopes

Let us now get to the heart of the matter. Readers may well find Raspail’s vision uncomfortable and his language vicious and repulsive, but the central message is clear: we are heading into the twenty-first century in a world consisting for the most part of a relatively small number of rich, satiated, demographically stagnant societies and a large number of poverty-stricken, resource-depleted nations whose populations are doubling every twenty-five years or less. The demographic imbalances are exacerbated by grotesque disparities of wealth between rich and poor countries. Despite the easy references that are made to our common humanity, it is difficult to believe that Switzerland, with an annual average per capita income of about $35,000, and Mali, with an average per capita income of less than $300, are on the same planet–but Raspail’s point is that they are, and that a combination of push and pull factors will entice desperate, ambitious Third World peasants to approach the portals of the First World in ever-increasing numbers. The pressures are now much greater than they were when Raspail wrote, not only because we’ve added 1.5 billion people to our planet since the early 1970s, but also, ironically, because of the global communications revolution, which projects images of Western lifestyles, consumer goods, and youth culture across the globe. Ambitious peasants no longer need a messianic untouchable to urge them to leave by boat for Europe; they see the inducements every day on their small black-and-white television sets.

Is all this gloom and doom justified? What about rosier visions of the future? What about the good news? The apocalyptic literature appears to be at odds with an equally large array of writings, chiefly by free-market economists and consultants, that proclaim a brave new world of ever-greater production, trade, wealth, and standards of living for all. In these portrayals of « the coming global boom, » a combination of market forces, diminished government interference, ingenious technologies, and the creation of a truly universal customer base will allow our planet to double or treble its income levels during the next few decades. In the view of those who believe that the global technological and communications revolution is making the world more integrated, rather than more envious, the constant modernization of the world economy is leading to a steady convergence of standards of production and living. As more and more countries open up to a borderless world, the prospects for humankind–or, at least, for those able to adapt–are steadily improving.

Yet a closer look at this cornucopian literature reveals that its focus is overwhelmingly upon the world’s winners–the well-educated lawyers, management consultants, software engineers, and other « symbolic analysts » analyzed by Secretary of Labor Robert Reich–who sell their expertise at handsome prices to clients in other rich societies. To the extent that they consider the situation in the Third World, the cornucopian writers typically point to the model minority of global politics–the East Asians. The techno-liberals pay hardly any attention to the mounting human distress in Calcutta or Nicaragua or Liberia, and no wonder: were they to consider the desperate plight of the poorest two billion beings on our planet, their upbeat messages would sound less plausible.

Our global optimists might consider Robert D. Kaplan’s horrific analysis, in the February, 1994, Atlantic Monthly, of the collapse of entire societies across West Africa. With governments losing control of any areas they cannot intimidate through their armies and police, groups of unemployed young men plundering travelers, AIDS and tuberculosis joining malaria to kill people in their prime, forests cut down and topsoil washed away, the region increasingly looks like strife-torn, plague-ridden medieval Europe. Even The Economist, claiming to detect « a flicker of light » in Africa amid the gloom, admits that if the sub-Saharan countries did grow at the (overoptimistic) rates recently predicted by the World Bank, « Africans would have to wait another 40 years to clamber back to the incomes they had in the mid-1970s. Exclude Nigeria, and the wait would last a century. » What The Economist did not ask was whether the more than a billion and a half Africans likely to be living in 2035 will be content to watch the Northern Hemisphere grow and prosper while they themselves struggle to attain the same standard of living their great-grandparents had.

It is often argued that Africa is a special case (the Third World’s Third World, as the saying goes), although Kaplan’s more general point is that the same combination of rapid population growth, mass unemployment among youth, environmental devastation, and social collapse is to be seen, in a less acute form, everywhere from central China to the Euphrates Valley. Reportedly the State Department has sent copies of Kaplan’s article to many embassies and missions abroad; the Pentagon prefers Martin Van Creveld’s grim portrayal of future chaos and ethnic conflict, The Transformation of War (1991)–to which Kaplan’s article pays tribute–as recommended reading for its service officers. Perhaps the most significant thing about these writings is their assumption that the demographically driven breakdown of order will not be confined to one continent but will be global in its manifestations–precisely what Raspail sought to convey in his stark account of swarms of immigrants moving out of Jakarta, Karachi, and Conakry.

If the problem is global, it is not all of a piece. There is a world of difference between, say, Mexican immigrants searching for a better life and Rwandan refugees fleeing a grisly death. But the most relevant divide is not between migrants and refugees–we will be seeing a lot more of both–but rather between what they lack and what we have to offer. Regardless of whether it is in an increasingly resentful American labor market or an overcrowded relief camp, the West will be hard put to provide answers to this burgeoning problem.

The techno-liberals are right to draw attention to the fact that virtually all the factors of production–capital, assembly, knowledge, management–have become globalized, moving across national boundaries in the form of investments, consulting expertise, new plants, patents, and so on. What they ignore is that one factor of production has not been similarly liberated: labor. Even the most outre proponent of free-market principles shrinks from arguing that any number of people should be free to go anywhere they like on the planet. This irony–or, better, this double standard–is not unnoticed by the spokespeople of poorer countries, who charge that while the North presses for the unshackling of capital flows, assembly, goods, and services, it firmly resists the liberalization of the global labor market, and that behind the ostensible philanthropic concern about world demographic trends lies a deep fear that the white races of the world will be steadily overwhelmed by everyone else.

Numbers Count

It is impossible to isolate population growth from the economy, environment, politics, and culture of each country to prove that it causes external migration–though it is suggestive that Haiti and Rwanda have about the highest fertility rates in Latin America and Africa. What cannot be contested is that the sheer size of other countries that are « at risk » will make international migration a problem of ever greater magnitude. Similarly, in broad figures the future pattern of global population increases is not in dispute. At present the earth contains approximately 5.7 billion people and is adding to that total by approximately 93 million a year. It is possible to estimate the rough totals of world population as the next century unfolds: by 2025 the planet will contain approximately 8.5 billion people. The pace of growth is expected to taper off, so the total population may stabilize at around 10 or 11 billion people by perhaps 2050, although some estimates are much larger. By the second quarter of the coming century India may well rival China as the world’s most populous country–with 1.4 billion to China’s 1.5 billion inhabitants–and many other countries in the Third World are also expected to contain vastly expanded numbers of people: Indonesia 286 million, Nigeria 281 million, Pakistan 267 million, Brazil 246 million, Mexico 150 million, and so on.

Of the many implications of this global trend, four stand out–at least with respect to our inquiry. The first and most important is that 95 percent of the twofold increase in the world’s population expected before the middle of the next century will occur in poor countries, especially those least equipped to take the strain. Second, although globally the relative share of human beings in poverty is expected to shrink, in absolute numbers there will be far more poor people on earth in the early twenty-first century than ever before, unless serious intervention occurs. Third, within the Third World a greater and greater percentage of the population is drifting from the countryside into gigantic shanty-cities. Even by the end of this decade Sao Paulo is expected to contain 22.6 million people, Bombay 18.1 million, Shanghai 17.4 million, Mexico City 16.2 million, and Calcutta 12.7 million–all cities that run the risk of becoming centers of mass poverty and social collapse. (Right now there are 143,000 people per square mile in Lagos and 130,000 per square mile in Jakarta, as compared with 23,700 per square mile in the five boroughs of New York.) And fourth, these societies are increasingly adolescent in composition–in Kenya in 1985, to take an extreme case, 52 percent of the population was under fifteen–and the chances that their resource-poor governments will be able to provide education and jobs for hundreds of millions of teenagers are remote. In many North African cities unemployment rates among youth range from 40 to 70 percent, providing highly combustible levels of frustration among young men who turn with interest to the anti-Northern messages of fundamentalist mullahs or, equally significant, to tempting televised portrayals of European lifestyles.

Regardless of the rosy prospects for East Asia, the gaps between rich and poor countries–between Europe and Africa, between North America and Central America–are widening, not closing; and, as Raspail bluntly put it, numbers do count. The southern European states of Spain, Portugal, France, Italy, and Greece, whose combined populations, it is estimated, will increase by a mere 4.5 million between 1990 and 2025, lie close to North African countries–Morocco, Algeria, Tunisia, Libya, Egypt–whose populations are expected to grow by 107 million in the same period. The population of the United States is expected to rise by 29 percent by 2025, while its southern neighbors Mexico and Guatemala may grow by 63 percent and 135 percent respectively. Together Europe and North America, which contained more than 22 percent of the world’s population in 1950, will contain less than 10 percent by 2025.

In any case, even if tremendous economic progress were to be made over the next few decades in some of the poor regions of the globe, the result, ironically, would also challenge the West, as the economic and political balances of power swung toward countries that, on current evidence (the 1993 human-rights conference in Vienna, the Singapore caning), will actively resist cultural homogenization. Kishore Mahbubani, the deputy secretary of Singapore’s Foreign Ministry, recently suggested as much when he pointed to a « siege mentality » in the West, affirming that « power is shifting among civilizations. » « Simple arithmetic demonstrates Western folly, » he wrote. « The West has 800 million people; the rest make up almost 4.7 billion. . . . no Western society would accept a situation where 15 percent of its population legislated for the remaining 85 percent. » Westerners’ « fatal flaw, » according to Mahbubani, is « an inability to conceive that the West may have developed structural weaknesses in its core value systems and institutions. » He added, « The West is bringing about its relative decline by its own hand. » It is probably still premature to predict when China will overtake the United States as the world’s largest economy, but it is undeniable that a shift in material power toward Asia is under way. Raspail’s « seven hundred million whites » may well confront two very different challenges by early next century: Africa’s collapse and Asia’s rise.

Perhaps the global problem of the early twenty-first century is basically this: that across our planet a number of what might be termed demographic-technological fault lines are emerging, between fast-growing, adolescent, resource-poor, undercapitalized, and undereducated populations on one side and technologically inventive, demographically moribund, and increasingly nervous rich societies on the other. The fault line central to The Camp of the Saints lies along the Mediterranean, but it is easy to point to several others, from the Rio Grande to central Asia. One of the most interesting lines of all runs right through China, dividing most of the coastal provinces from the interior. How those on the two sides of these widening regional or intercontinental fissures are to relate to each other early in the next century dwarfs every other issue in global affairs.

If one accepts that this is our biggest long-term challenge, then the inadequacies of simplistic, knee-jerk responses assume great importance. The zero-immigration policies of France and Japan do nothing to affect tilting population balances and probably increase the resentment of these countries’ poorer neighbors, but denying that migration is an international problem, as some American liberals do, invites the possibility that a continuing (and growing) flow of immigrants will place even greater strains on this country’s social and cultural politics.

Yet what are the alternatives? Even if we wished to alter demographic balances, is there any acceptable prospect of doing so? When Raspail said, obliquely, that our « present moral principles » were dooming the West, was he really getting at the idea that rich societies could expect to preserve the status quo only if they were prepared to use any means necessary to cut global population? It is easy to see where that logic leads. To take but one of the more extreme examples, a Finnish philosopher has become a best-selling writer in his country by arguing that the world can continue to be habitable only if a few billion human beings are eliminated; another world war would therefore be « a happy occasion for the planet. »

Some would argue that we must reverse the decline of Western populations, and that any people that falls below the replacement fertility rate (2.1 children per woman) is committing demographic suicide. This is a sensitive topic. Quite apart from environment-oriented objections to a rise in the birth rates of rich societies (the average American or European baby will consume in its lifetime hundreds of times as many resources as the average Chadian or Haitian baby), there are simply too many social and cultural obstacles to reversing a declining national birth rate. Japanese and American politicians who bemoan the failure of « bright, well-educated women » to bear enough children have been noticeably unsuccessful in their campaigns. Perhaps, then, we should just accept that the global demographic imbalances are so huge that nothing can be done to affect them, and, like the old professor in Raspail’s book, simply hunker down and survey the impending invasion through a spyglass.

The only serious alternative, it seems to us, is simultaneously to persuade our political leaders to recognize the colossal, interconnected nature of our global problem and to strain every element of our human ingenuity, resourcefulness, and energy to slow down, or if possible reverse, the buildup of worldwide demographic and environmental pressures. Such an effort cannot rest upon a single policy, such as urging Third World countries to reduce their population growth; it must instead be part of a major North-South package wherein all parties, in accepting changes to their present policies, are persuaded to see that a comprehensive and coordinated response is the only way forward. If political leaders and their advisers cannot come up with some sort of win-win solution, in which every country can see benefits for itself, serious reforms are unlikely and humankind’s prospects by 2025 may indeed be bleak.

A New (North-South) Deal

What elements should be included in such a package? In offering some answers to that question, it is important to stress that nothing that follows is either new or impossible. In theory, there are lots of things that the global community could do to improve its condition, and such ideas have been around for decades, if not longer. The real problem has been the lack of political commitment to change, or, to put it more charitably, the tendency of national leaders and delegates to see only the elements of the package that call for sacrifices on their part–the North to contribute more money, the South to accept environmental monitoring–and to ignore both the individual and the collective gains that could flow from a linked set of agreements between developed and developing countries. If that mind-set can be changed, so can everything else.

* What if, for example, the rich Organization for Economic Cooperation and Development countries actually fulfilled their quarter-century-old promise to allocate 0.7 percent of gross domestic product annually to development aid, instead of (for the most part) falling far short of that target? The United States, with one of the poorest records of all, now contributes less than 0.2 percent of GDP each year. What if the OECD countries were bold enough to contribute one percent of GDP each year? As a kind of global insurance premium–protecting not only poorer countries but also ourselves from the worst consequences of mismatched demographics and development–this is not very much. In fact, if viewed more positively, as an investment in the future of the people of our planet, it is a modest sum indeed.

* What if this money could actually be spent efficiently and appropriately, instead of falling into the wrong hands and being devoted to the wrong purposes? For the fact is that international-aid agencies have (again for the most part) acquired a reputation for investing in ambitious, technologically inappropriate schemes, channeling funds to highly paid consultants and local leaders and ignoring the ideas of indigenous inhabitants, while poor countries themselves have provided far too many examples of corrupt, oppressive, or simply inefficient regimes that have squandered their treasuries and their resources for years. Extra development aid has no chance of succeeding unless it is accompanied by vastly improved accounting and supervisory techniques. However, the failings of present regimes and of previous aid programs are no reason not to continue to try to assist development; if anything, these provide compelling reasons to redouble–and reform–our efforts.

* What if we were able to use some of this money to employ the tens of thousands of scientists and engineers now released from Cold War-related research to seek solutions to our global environmental problems? Such solutions might include a truly dramatic breakthrough in solar or photovoltaic energy production, achieving such a drop in the cost of sun-powered energy that it could be made available to the peoples of Asia and Africa, and could wean them from their reliance on wood, oil, coal, and other fossil fuels. The enhanced technology might also include the mass production of small solar ovens, sufficient to cook a village’s meals without a daily search for firewood. The results of breakthroughs in biotech agriculture (new disease-resistant and heat-resistant crop strains) might be shared without requiring large patent and user fees from poor nations.

* What if it were possible to respond to the desire of hundreds of millions of women in Third World countries for access to safe and inexpensive contraceptives, to allow them to stabilize family size and concentrate on nurturing their existing children? The costs involved are not enormous–a few billions of dollars rather than hundreds of billions–and when such programs are administered through women’s groups and supported by enlightened governments, they can have a dramatic effect on fertility rates, as has recently been demonstrated in Kenya and Egypt. (Such programs ought to be kept apart from the issue of abortion, which is much more problematic politically and which, in any case, is used disproportionately in many Third World countries to prevent the birth of girls.)

* Since order is the precondition of social betterment, what if, instead of the nations of the world having to respond to or rebuff the United Nations Secretary General’s pleas to send troops for peacekeeping purposes to one crisis spot after another, some of the more useful schemes to improve the UN’s capacities–from creating a military staff to establishing « ready-to-go » units–were agreed upon by the Security Council nations and implemented in the next year or two?

* And what if, as a separate yet parallel measure to reduce violence, a much more serious effort were made to stem the flow of arms (simple guns as well as sophisticated systems) into Third World countries–arms that are manufactured primarily by the five permanent members of the Security Council?

* What if, as a contribution to reducing the forecast clash of civilizations, the United Nations strove to promote agreement not just in the important sphere of human rights but also on the equally important issue of recognizing cultural diversity, both within countries and between technologically dominant cultures and the rest of the globe? This is not a call for a revival of the crude and ideologically inept UNESCO programs of the early 1980s. We would, however, argue that a genuine North-South entente is unlikely unless Third World countries grow less fearful that their cultures will be swallowed up by the technologies and material way of life of richer nations, especially the United States. Cultural arrogance bedevils our planet and gives rise to many conflicts and antagonisms, just as it suffuses The Camp of the Saints. If the relationship between North and South is to be improved significantly, a set of norms (and agreements to disagree) must be established that all or at least most nations can abide by.

Various other matters–from measures to enhance the status of women in Third World countries to improved coordination between UN agencies and the Bretton Woods institutions–might also be incorporated into a North-South package of linked agreements. As it is, any one of the aforementioned elements–more aid more efficiently allocated, appropriate and accessible technological advances, reduced fertility rates, enhanced peacekeeping powers, acceptance of cultural diversity–might by itself make all the difference, though we cannot know which one that might be.

Donne’s Island

How likely are any of these changes to come about during the next few years? This is the critical period if we hope to change the socio-economic condition of humankind in the early decades of the twenty-first century. A global idealist could point to some promising indicators even in the midst of our present woes. There is a growing awareness in at least a few rich societies (the Scandinavian countries, Germany, the Netherlands, Canada) that a serious effort has to be made to improve the lot of poorer countries and protect their environments. There are the impressive economic successes of most of the nations of East Asia, which are raising the quality of life of hundreds of millions of people and which, provided that further environmental damage can be avoided (a big proviso, admittedly), offer a possible model to Third World countries. The end of the Cold War, while certainly not signaling the start of any new world order, has at least permitted the UN Security Council to function as it was designed to. International agencies, especially those within the UN but also innumerable nongovernmental ones, are actively pursuing policies that not only are more realistic than those of previous decades (for example, no more World Bank loans for giant dam projects) but also reveal a greater awareness of the interconnectedness of agendas for real improvement: economic growth, environmental protection, population control, the status of women, migration, jobs, investment, education, human rights, and democracy are all related considerations in any serious effort to improve the condition of the poorer half of humanity. And at least some commentators are openly arguing that the need for concerted action ought to be presented no longer in humanitarian-response terms (because, for example, after the fifth or sixth Ethiopian famine « aid fatigue » sets in) but in terms of a global ethic that recognizes our common human destiny and the necessity for shared stewardship of our delicate global ecosystem.

But can these sporadic signs of promise really prevail against the lack of effective political leadership, the turning inward of so many rich societies, the problem of global structural unemployment in an age of intensified modernization, the resistance to many programs to encourage the limitation of family size (even when the thorny issue of abortion is excluded), and the widespread lassitude and even downright hostility that exist in many quarters toward the idea of helping the world’s two billion poorest? As Zaire, Rwanda, and Yemen follow Somalia, Sudan, Bosnia, Georgia, and Tajikistan into bloody chaos and ethnic wars, while Boutros Boutros-Ghali finds fewer and fewer nations willing to contribute peacekeeping forces, can one seriously expect significant reforms soon? With the political leadership of the world’s most powerful nation deeply divided over scandals and parochial issues, with its public evincing exhaustion in respect to international problems, and with irresponsible though powerful senators blaming the United Nations for every peacekeeping mishap (such as the deaths of U.S. Rangers in Somalia), is it not naive and unrealistic to hope for a North-South package of reforms along the lines suggested above?

Perhaps it is. Perhaps, as some observers fear, we shall have to observe truly awful and widespread societal destruction–the collapse of continents rather than single states; oceans of dead rather than mere rivers–with repercussions that significantly affect rich countries as well as poor before our public and our political leadership finally appreciate that an intelligent and far-reaching response is unavoidable, and that, tempting though it is to turn away from the world, too large a proportion of humankind is heading into the twenty-first century in too distressed a condition for any nation to imagine that it can avoid the larger consequences. We will have to convince a suspicious public and cynical politicians that a serious package of reform measures is not fuzzy liberal idealism but a truer form of realism. It is simply a matter of perspective–or of timing. Doing little or nothing at present seems the more practical course; yet given the pace and intensity of global change, the richer societies need to recognize that John Donne’s reasoning applies on an international scale. « No man is an island, entire of itself »–with massacres, social collapse, and migrations occurring across our planet on a weekly basis, do not ask « for whom the bell tolls; it tolls for thee. »

These are, of course, idealistic arguments, and just how many Americans, Europeans, and citizens of other privileged countries will heed the tocsin is unclear. For the remainder of this century, we suspect, the debate will rage over what and how much should be done to improve the condition of humankind in the face of the mounting pressures described here and in other analyses. One thing seems to us fairly certain. However the debate unfolds, it is, alas, likely that a large part of it–on issues of population, migration, rich versus poor, race against race–will have advanced little beyond the considerations and themes that are at the heart of one of the most disturbing novels of the late twentieth century, Jean Raspail’s The Camp of the Saints. It will take more than talk to prove the prophet wrong.

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Matthew Connelly is a Ph.D. candidate in the Department of History at Yale University. He is now in Paris doing research for his dissertation, on the diplomatic history of the Algerian war of independence.

Paul Kennedy is the J. Richardson Dilworth Professor of History and the director of international security studies at Yale University. He is internationally known for his writings and commentary on global political, economic, and strategic issues. Kennedy is the author of The Rise and Fall of the Great Powers (1988), among many other books, the most recent being Preparing for the Twenty-first Century (1993).

Voir aussi:

Huit morts et une trentaine de disparus après l’échouage d’un cargo transportant des immigrés clandestins chinois

La fin tragique d’un « rêve américain »

Serge Marti

Le Monde

08.06.93

Le Golden Venture, un cargo transportant plus de trois cents immigrants illégaux chinois, s’est échoué, dimanche 6 juin, à l’entrée du port de New-York. Au moins huit d’entre eux sont morts noyés, et on compterait une trentaine de disparus. Ils avaient promis de payer jusqu’à 35 000 dollars (soit environ 200 000 francs) l’espoir de fouler le sol américain. Mais l’aventure, après cent jours de mer dans des conditions épouvantables, s’est achevée dans les centres de détention des services de l’immigration, avec la quasi-certitude d’être prochainement rapatriés vers la Chine qu’ils voulaient fuir.

Lorsque le cargo s’est échoué dans le Queens, l’un des districts de la ville de New-York, la plupart des passagers, originaires de la province du Fujian, se sont jetés à la mer et ont tenté de gagner la rive à la nage. D’après le commissaire de la ville, Raymond Kelly, 273 immigrants ont été arrêtés ainsi que le commandant et les onze membres d’équipage, de nationalité indonésienne. Plusieurs heures après l’accident, la police continuait à appréhender des passagers qui cherchaient à se cacher dans les bosquets ou à trouver refuge dans les habitations proches de la plage.

Selon les services de l’immigration, les hommes (on ne comptait qu’une vingtaine de femmes à bord) étaient destinés à des ateliers clandestins new-yorkais, où ils devaient travailler pendant plusieurs années contre un salaire de misère (80 à 100 dollars par mois) pour rembourser leurs  » passeurs « . Pendant ce temps, ils auraient été réduits à un esclavage de fait, ainsi que l’atteste une récente descente de police dans l’Etat voisin du New-Jersey, au cours de laquelle une soixantaine de clandestins chinois ont été découverts enfermés dans un entrepôt. Le Golden Venture est le vingt-quatrième navire transportant des immigrés chinois saisi par les autorités américaines depuis août 1991. L’immigration new-yorkaise a enregistré 2 900 demandes d’asile politique de la part de Chinois pour les seuls mois d’avril et mai, soit autant que pour toute l’année 1992.

Les enquêteurs considèrent qu’un important réseau de main-d’oeuvre clandestine lié à la pègre chinoise de New-York mais disposant d’importantes ramifications de par le monde a été constitué. Jusqu’à présent, les navires interceptés avaient cherché à gagner les Etats-Unis en accostant à Hawaï, en Californie ou en Floride. A présent, il semble que New-York constitue un nouveau port de destination pour les candidats – malheureux – au  » rêve américain « .

Voir enfin:

Les passeurs du Fujian, en Chine, ne connaissent pas la crise

Brice Pedroletti

Le Monde

24.04.09

Partir en clandestin à l’étranger est très couru. Les « têtes de serpent » se chargent de tout

Ce sont de vraies villes champignons, sorties de terre grâce à l’argent envoyé de l’étranger. Tout juste bâties ou encore en chantier, des maisons étroites et colorées, alignées à l’infini, ont transformé en une génération les anciennes zones rurales des petites villes qui s’étalent entre Fuzhou, la capitale de la province du Fujian, et la côte dentelée qui fait face à Taïwan. Crise ou pas, partir pour l’étranger est une option très courue dans le triangle formé en Chine par les villes de Fuqing, Changle et l’île de Pingtan.

A 38 ans, « Jake » – c’est son surnom -, est un récidiviste de l’émigration clandestine. « Je ne vais pas abandonner comme ça. La prochaine fois, je vais réussir », raconte-t-il, dans un estaminet de la banlieue de Fuqing. La première fois, en 2001, il pouvait apercevoir les côtes du Japon quand la police maritime nipponne est montée à bord du cargo. Fin du voyage. Les 180 000 yuans (20 000 euros) dus au passeur, le « shetou » (tête de serpent), auraient dû être payés à l’arrivée par sa famille. Le billet de retour fut, ironise-t-il, payé par le gouvernement chinois.

En 2004, deuxième tentative, Jake choisit le Royaume-Uni. Via la Russie, l’Ukraine… marches en montagne la nuit, trajet dans un coffre de voiture, et interception à la frontière allemande. Il se retrouve six mois en détention en République tchèque. Retour en Chine, toujours aux frais du gouvernement.

Autrefois musicien dans des cortèges funéraires, Jake, qui n’a pas fait d’études, a une fille de 12 ans. Sa femme tient un petit salon de coiffure et lui, désoeuvré, joue au mah-jong. Il a perdu deux ans de sa vie en détention, dont neuf mois au Japon. Mais il n’en démord pas : « Ici, il faut des relations. A l’étranger, je suis sûr de trouver un travail et de rembourser. »

«Vous avez trois catégories de gens au Fujian. Ceux qui font des affaires dans toute la Chine. Ceux qui font des études, et deviennent fonctionnaires. Et puis ceux qui s’en vont à l’étranger. Parce que quel que soit le travail, ils ne gagneront jamais plus que l’équivalent de 150 euros par mois en Chine. A l’étranger, on gagne jusqu’à dix fois plus », dit Robin Weng, 26 ans. Ses parents font partie des « commerçants », il a fait l’Institut du cinéma à Pékin et réalisé Fujian Blue, un film sur ses ex-camarades d’école qui vivent de petits trafics dans une économie gonflée par les rentrées de devises.

«Les hommes partent des années à l’étranger. Toutes ces villas où vivent leurs femmes, on appelle ça ici des guafucun, des «villages de veuves». Les épouses prennent des gigolos. Des copains m’ont raconté qu’ils les faisaient chanter », dit Robin. Il a écrit un scénario où de petits truands filment en cachette des épouses délaissées qui s’encanaillent. Un des personnages, qui tente sa chance à l’étranger, est calqué sur un camarade devenu riche en Irlande. Nul ne s’inquiète de ce qui est légal ou non. Ici, telle banque clandestine a blanchi des millions en devises. Là, on rit encore de l’empire de la contrebande monté à la fin des années 1990 à Xiamen, dans le sud du Fujian, par Lai Changxing, qui avait corrompu une flopée d’officiels, et vit désormais exilé au Canada où il a obtenu un « permis de travail ».

Berceau des Triades, les sociétés secrètes, le Fujian a une longue tradition de piraterie et de contrebande. Et dans les communautés côtières, l’émigration clandestine est vue plus comme un service que comme un crime : « On commence par envoyer des gens de la famille, puis des amis d’amis. Les gens avaient confiance en moi », dit Wang (nom d’emprunt), 39 ans. Ses « passagers » transitaient par deux types d’embarcations avant de rejoindre des cargos en partance pour le Japon, dissimulés dans des caches. Le passeur est appelé « tête de serpent », car, derrière lui, les candidats au départ se déplacent furtivement en file indienne, évoquant un reptile. Cette activité est plus artisanale, soutient-il, qu’organisée : « Tout le monde peut devenir shetou. On n’appartient pas à une Triade, on est indépendant, c’est comme un petit commerce. » Dénoncé par un subalterne, Wang écopa toutefois de huit ans de prison pour avoir transporté 390 personnes illégalement au Japon.

«Certains candidats au départ s’endettent, c’est l’échec. Alors ils s’endettent de nouveau en pensant s’en sortir. C’est une spirale, comme le jeu », prévient, sous couvert d’anonymat, un policier de Fuqing spécialiste des shetou. En 1997, tout juste sorti de l’académie de police, il fut envoyé comme « infiltré » dans une opération trop voyante, qu’il fit capoter.

Les plus crédules s’exposent aux plus gros risques. « Le shetou contrôlera son client jusqu’à la fin, pour être sûr d’obtenir l’argent. Si quelqu’un meurt en mer, ou dans la montagne, ils se débarrassent du corps, et réclament l’argent aux familles en prétendant que la personne a fui », dit-il.

En favorisant l’ascension sociale, les sources de revenus des expatriés ont modifié les pratiques familiales : on se rend légalement dans tel ou tel pays grâce à des parents sur place. Des intermédiaires arrangent des mariages internationaux.

Notre interlocuteur démantèle de sept à huit réseaux d’émigration par an, une infime fraction. « On nous contacte quand les gens ont un problème avec un shetou », dit-il. Il pense qu’il y aura deux fois moins d’appels cette année, à cause de la crise. Les officiels locaux veulent éviter de tuer la poule aux oeufs d’or. Le gouvernement chinois fait seulement mine d’agir quand un scandale émeut l’opinion publique occidentale. Ce fut le cas en 2004, lorsqu’une majorité de gens originaires de Fuqing ou Changle furent parmi les ramasseurs de coques de la baie de Morecambe, en Grande-Bretagne, piégés par la marée. En 1993, le naufrage, au large de New York, du cargo Golden Venture, permit au FBI de désigner Cheng Chui-ping, une commerçante fujianaise de Chinatown, comme le cerveau de l’émigration clandestine vers les Etats-Unis. Réfugiée dans son village de Shengmei, près de Changle, elle continua ses activités avant d’être arrêtée à Hongkong en 2000, puis extradée vers les Etats-Unis où elle purge une peine de trente-cinq ans.

A Shengmei, Ping Jie (grande soeur Ping) est célébrée comme une bienfaitrice : « Tout le monde la respecte ici. Ce qui lui est arrivé n’est pas juste. On est tous passés par elle », gesticule Cheng, 64 ans. Lui est parti pour les Etats-Unis en 1990, via la Belgique, puis Mexico. Coût : 20 000 dollars, remboursés en trois ans. Il fit pendant des années la vaisselle dans un restaurant de Chinatown. Il montre fièrement la grande tombe en demi-cercle qu’il a fait construire pour ses grands-parents et, à côté, celui qui accueillera ses cendres, dans un complexe de temples à la sortie du village.

Tout a été financé, par l’argent d’outre-mer. « Grande soeur Ping y a participé, mais on ne pouvait pas mettre son nom », chuchote-t-il.


Livres: Et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée (Is current reality fast catching up with Jean Raspail’s 40-year-old grim vision?)

10 avril, 2011
The Camp of the saints (Jean Raspail, 1973)Quand les mille ans seront accomplis, Satan (…) sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Jean (Apocalypse 20: 7-9)
It’s the end of the world and I feel fine. REM
If they want peace and security, they should surrender to the will of Islamic Shariah. Muslims have to protect Copts. Sobhi Saleh (ex-député égyptien des Frères musulmans et seul représentant des groupes anti-Moubarak choisi par l’Armée pour la récente révision constitutionnelle)
Israel treats us as enemies If they are enemies for all its neighbors, why is it there? Sobhi Saleh
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. Boumediene (mars 1974)
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épée, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l’Union Européenne. Il y aura alors 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une fâcheuse posture. Et il en est de même de l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien de déclarer la guerre aux musulmans. Kadhafi (10.04.06) 
The discovery in Dover of the bodies of 58 Chinese who suffocated to death in the container in which they were being smuggled into this country is unlikely to deter anyone from making a similar effort in the future. The urge to migrate in search of a better life has always been a strong one, but it has never been stronger than it is today. Thanks to television, the poor are in daily imaginative contact with the rich, and the unprecedented movement of goods and people across frontiers has given the poor more opportunities to migrate than ever before. Moreover, oppressive political regimes are by no means consigned to history, and probably never will be. Both push and pull, therefore, favour mass migration. The rich countries of the world are far from delighted by such a prospect, however, and all try to erect barriers to limit the influx of political refugees and economic migrants. The author of this short book, which is part reportage and part analytical essay, believes that « fortress Europe » is neither desirable nor practicable. His sympathies are all with the migrants, and not with the mean-spirited authorities who try to keep them out. No one loves an immigration officer. (…) The essential dilemma of the situation is this: should everyone who wishes it be permitted entry into western Europe or not? After all, the pool of potential immigrants is vast. (…) Most people would agree that there has to be some limit to immigration: that a world without frontiers is not really a possibility in the foreseeable future. Upon what basis, then, are immigrants to be allowed or refused entry and residence? Is the determining factor to be our need of their labour or their need of our succour? Is the fact that some immigrant groups are more easily assimilated into our culture than others to be taken into account? Is it really true that one immigrant is as good as another? And how many immigrants should be accepted annually into a country like Britain? 700? 7,000? 70,000? 700,000? 7m? These are hard questions, and can’t really be avoided. Moreover, Harding’s desire to dissolve boundaries, not only between countries and continents but between different kinds of human suffering, so that anyone who has suffered anything in his or her life can plausibly claim to be a refugee, hardly helps: for if everyone is a refugee, no one is. And if there are no undeserving cases, there can be no specially deserving ones either. The book reads as if its author wants the glory of appearing generous, broadminded and warm-hearted, without the trouble of descending to tedious administrative detail that might so easily give one the opposite impression. Anthony Daniels
Et si Raspail, avec « Le Camp des Saints », n’était ni un prophète ni un romancier visionnaire, mais simplement un implacable historien de notre futur? Jean Cau
Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l’oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme. (…) Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident « le monde libre » par rapport au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce « monde libre », fonctionnaires zélés de l’oeil du Coran, pullulent en son sein. Robert Redeker
La pitié ! La déplorable, l’exécrable pitié, la haïssable pitié ! Vous l’appelez : charité, solidarité, conscience universelle, mais lorsque je vous regarde, je ne distingue en chacun de vous que le mépris de vous-mêmes et de ce que vous représentez. […] En pariant sur la sensibilité, que vous avez dévoyée, des braves gens de chez nous, en leur inculquant je ne sais quel remords pour plier la charité chrétienne à vos étranges volontés, en accablant nos classes moyennes prospères de complexes dégradants […], vous avez créé de toutes pièces au coeur de notre monde blanc un problème racial qui le détruira, et c’est là votre but. Consul belge (personnage du roman)
Me voilà avec un million de frères, de sœurs, de pères, de mères et de fiancées. Je ferai un enfant à la première qui s’offrira, un enfant sombre, après quoi je ne me reconnaîtrai plus dans personne…(…) Je vous hais. Et c’est chez vous que je conduirai les plus misérables, demain. Ils ne savent rien de ce que vous êtes, de ce que vous représentez. Votre univers n’a aucune signification pour eux. Ils ne chercheront pas à comprendre. […] Chacun de vos objets perdra le sens que vous lui attachiez, le beau ne sera plus le beau, l’utile deviendra dérisoire et l’inutile, absurde. Plus rien n’aura de valeur profonde. Cela va être formidable ! Foutez le camp ! Jeune pillard européen à un vieux professeur de français à la retraite)
Le titre m’est venu de la lecture de l’Apocalypse, du chapitre 20, qui annonce qu’au terme de mille ans, des nations innombrables venues des quatre coins de la Terre envahiront « le camp des saints et la Ville bien-aimée ». Jean Raspail
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Qu’est-ce que Big Other ? C’est le produit de la mauvaise conscience occidentale soigneusement entretenue, avec piqûres de rappel à la repentance pour nos fautes et nos crimes supposés –  et de l’humanisme de l’altérité, cette sacralisation de l’Autre, particulièrement quand il s’oppose à notre culture et à nos traditions. Perversion de la charité chrétienne, Big Other a le monopole du Vrai et du Bien et ne tolère pas de voix discordante. Jean Raspail
Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et double conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faiblesse, que la peur d’opposer la légitimité de la force à l’illégitimité de la violence. Jean Raspail
Il est exceptionnel qu’un éditeur se mêle d’écrire dans le livre d’un de ses auteurs. Qu’il s’agisse d’une note, d’un avertissement ou d’une préface, la pratique est si rare qu’elle a échappé à l’œil pourtant exercé de Gérard Genette : le chapitre qu’il consacre à « L’instance préfacielle », dans son fameux inventaires des coquetteries paratextuelles (Seuils, Seuil, 1987), est muet à ce sujet. Or, si l’on a déjà lu des avant-propos visant à justifier la publication d’un livre sulfureux (Pierre Nora pour le Journal 1939-1945 de Pierre Drieu La Rochelle) ou à soutenir celle d’un livre émondé de ses pages les plus contestées (Claude Durand pour La campagne de France de Renaud Camus), on ne souvient pas avoir jamais vu d’éditeur prenant ses distances avec le livre qu’il publie. Faut-il que l’affaire soit délicate pour en arriver à un tel état d’exception. Pierre Assouline
La véritable cible du roman, ce ne sont pas les hordes d’immigrants sauvages du tiers-monde, mais les élites, politiques, religieuses, médiatiques, intellectuelles, du pays qui, par lâcheté devant la faiblesse, trahissent leurs racines, leurs traditions et les valeurs de leur civilisation. En fourriers d’une apocalypse dont ils seront les premières victimes. Chantre des causes désespérées et des peuples en voie de disparition, comme son œuvre ultérieure en témoigne, Jean Raspail a, dans ce grand livre d’anticipation, incité non pas à la haine et à la discrimination, mais à la lucidité et au courage. Dans deux générations, on saura si la réalité avait imité la fiction. Bruno de Cessole
La zemmourisation des esprits est en marche, et à grande échelle (…) C’est la réédition que s’arrachent les tenants d’une France menacée dans son identitépar un « raz de marée » de migrants. Pour une partie de la droite et de l’extrême droite, « Le camp des saints », de Jean Raspail, publié en 1973, est un livre prophétique, qui s’avère terriblement d’actualité. Le livre décrit en effet l’arrivée de 1 million d’immigrants, venant d’Inde, sur les côtes françaises. Ce qui annonce, selon l’auteur,« la fin du monde blanc ». Le Point

« Raciste »? « Toxique »? « Zemmour des années 70 »?

A l’heure où à chaque nouvelle dépêche la réalité semble vouloir rattraper la fiction la plus échevelée …

Où, avec leurs « démocratie islamique » et « partis de la Liberté et de la Justice » de l’autre côté de la Méditerrannée, les « Frères » se préparent à « protéger les Coptes » … 

Où la vague de déshérités qu’est en train de jeter sur nos plages l’actuel « printemps arabe » menace de prendre des proportions proprement apocalyptiques…

Et où la bienpensance socialisante des probables successeurs de notre brouillon Sarkozy national à l’Elysée l’an prochain a rarement été aussi haute … 

Peut-on imaginer, de la part de notre belle âme de service de Libération, meilleure incitation… 

A lire ou relire la toute récente réédition de l’allégorie prophétique de Jean Raspail (« Le Camp des saints« )?   

Appeler racistes les racistes 

Daniel Schneidermann  

Libération  

07/03/2011  

Ces dignitaires UMP acclamant Zemmour comme une pop star, ce Copé, ce Novelli, avec leurs calculs électoraux qui crèvent l’écran, leur panique camouflée en matoiserie, leur course aux canots de sauvetage déguisée en ricanantes provocations, leurs trépignements («on a quand même bien le droit de dire ce qu’on veut chez nous, na») : quelle image pour la jeunesse de Tunis ou du Caire ! Si toutefois cette jeunesse nous regarde, ce qui semble de moins en moins probable. Le légalisme de la jeune révolution tunisienne, sa décision d’élire une constituante ! Et pendant ce temps, nos benalistes rassis à nous, acclamant un raciste condamné ! 

Tiens, puisqu’on parle de la belle France, de la France éternelle, ouverte sur l’horizon. Pendant qu’il n’est bruit que de Zemmour, les éditions Robert Laffont viennent de rééditer le Camp des saints, de l’écrivain d’extrême droite Jean Raspail. Le livre a été publié en 1973. Son thème ? Un million d’Indiens miséreux, à bord d’une flottille hors d’âge, s’échouent sur la Côte d’Azur. Qu’en faire ? Les accueillir ? Les empêcher de débarquer, arme à la main ? Le véritable sujet du livre n’est pas l’invasion elle-même. C’est la capitulation des élites politiques et médiatiques françaises devant cette invasion. Ils rêveraient de tirer dans le tas, mais n’osent pas. Leur lâcheté, leur déballonnement, devant ce qu’on n’appelait pas encore, en 1973, la bien-pensance tiers-mondiste (mais le concept était déjà là) les paralysent. La médiatisation du livre a été limitée : quelques articles et interviews dans le Figaro Magazine et Valeurs actuelles. Même Copé n’a pas osé inviter Raspail (mais ça viendra peut-être). Le livre est pourtant un grand succès : 5 000 exemplaires ont été vendus en février. Jean Raspail, en outre, a participé à une grande émission de télévision, Ce soir ou jamais, animée sur France 3 par Frédéric Taddeï. Très bien. Il est tout à fait légitime que la télévision publique reçoive tout le monde, même les écrivains racistes, tant qu’ils n’ont pas été condamnés. Sauf que l’animateur, Taddeï, a soigneusement omis de prononcer un mot : «racisme», justement. «Sulfureux», «controversé» : pour présenter le livre, Taddeï s’est soigneusement limité à ces adjectifs, qui évitent de prendre parti et de s’engager.

Le Camp des saints est pourtant un livre raciste. Odieusement raciste. Si Frédéric Taddeï l’a vraiment lu, il ne peut le qualifier autrement. Exemples ? Ils fourmillent. Les naufragés de Jean Raspail puent, et l’écrivain insiste longuement sur cette puanteur. Pas un seul, dans ce million d’Indiens, n’est doté par le romancier d’un visage humain, ou de réactions humaines. C’est une masse grouillante, informe et menaçante. Noirs et Arabes, jetés sur les routes par la débâcle française devant cette invasion pacifique, ne sont que des délinquants et des violeurs. Il a beau être édité par l’honorable maison Robert Laffont, c’est un livre raciste – ce qui ne lui retire pas ses qualités littéraires, et notamment sa perverse puissance d’évocation. En considérant cet accueil critique intimidé, aujourd’hui, du Camp des saints, comment ne pas repenser à l’accueil critique de Bagatelles pour un massacre, l’immonde pamphlet antisémite de Céline, tel que le relatait récemment André Derval, dans un recueil passionnant (1) ? Céline le publie en 1937. Au comble de l’embarras, la «grande presse» fait silence. La presse d’extrême droite exulte. Rien que de très normal. Et il se trouve, dans les revues littéraires, des critiques pour exalter le style de l’œuvre, en faisant mine de ne pas voir son contenu. Jean Raspail était une sorte de Zemmour des années 70. Comme Zemmour, d’ailleurs, il faut le voir faire patte de velours, sur les plateaux.

 Entretien. L’écrivain retrace le destin hors norme du « Camp des saints ».

Jean Raspail : “Ouvrir les yeux sur les mensonges”  

Bruno de Cessole 

Valeurs actuelles

10/02/2011 

Revenant sur l’étonnante aventure de son livre, Jean Raspail raconte sa genèse comme les raisons de son audience, et confie ses ultimes convictions. 

Votre livre le Camp des saints, qui est réédité ce mois-ci avec une importante préface inédite, a été publié la première fois en 1973. Comment s’est imposé à vous ce que l’on peut considérer com­me votre premier grand ro­man ? 

Effectivement, j’avais publié auparavant deux romans de jeunesse qui n’avaient pas eu beaucoup d’écho, et des récits de voyage qui avaient touché un assez large public. L’image qu’ils donnaient de moi était celle d’un écrivain voyageur, qui se penchait avec intérêt et sympathie sur des peuples étrangers ou des minorités oubliées. Le Camp des saints tranchait de façon radicale à la fois avec cette image et avec la nature de mes précédents ouvrages, et même tranche avec mes romans ultérieurs. Si un livre m’a été “donné” ou “inspiré”, ce fut bien celui-là, encore que je n’accorde pas une considération particulière à la notion romantique de l’écrivain “mage et prophète”… On m’avait prêté une villa au bord de mer, dans le Midi. De la pièce que j’avais choisie pour écrire j’avais une vision à 180° sur l’horizon. Un jour que je contemplais cette vue idyllique, je me suis dit : « Et s’Ils arrivaient de la mer ? » Je me suis vu à la place du vieux professeur qui, du haut de sa terrasse, aperçoit dans sa longue-vue une armada de rafiots en ruines avec leur cargaison d’émigrants misérables rêvant à la Terre promise de l’Occi­dent. Je n’avais aucune idée de ces “Ils”, et pas davantage des personnages du roman, de l’intrigue et moins encore de sa fin. J’ai commencé à écrire, sans aucun effort, ce qui ne m’était pas naturel, et deux ans plus tard le livre était achevé. Le titre m’est venu de la lecture de l’Apocalypse, du chapitre 20, qui annonce qu’au terme de mille ans, des nations innombrables venues des quatre coins de la Terre envahiront « le camp des saints et la Ville bien-aimée ». En aucune façon vous n’avez été sensible à la pression de l’actualité ? Nullement, car on parlait peu à cette époque des flux migratoires. C’est sous la présidence de Giscard qu’a été inaugurée la politique de regroupement familial, qui a généré ces flux. Le Camp des saints ne fait pas référence à une communauté précise d’émigrants. Il n’est question ni des populations du Maghreb ni de l’Afrique, et aucunement d’une communauté religieuse particulière. Les migrants que j’évoque représentent le tiers-monde dans son ensemble. Si je les appelle les « gens du Gange », c’est que l’idée de multitude innombrable était liée dans mon esprit au continent indien. Quant à l’armada de bateaux hors d’âge sur lesquels ils embarquent, il s’agit d’une réminiscence de l’Exodus et aussi du phénomène plus récent des boat people, à cette exception près que les raisons de l’exode de ces derniers étaient politiques. Quelles ont été les réactions de l’éditeur à la réception de votre manuscrit, puis de la presse et du public à la sortie du livre ? Robert Laffont, mon éditeur, et toute son équipe lui ont réservé un accueil très chaleureux. Du côté de la presse, qui, au début, n’a pas été très abondante, les journaux de gauche sont restés silencieux et, dans la presse de droite, le livre, s’il a été loué par Valeurs actuelles, sous la plume de Pol Vandromme, a été éreinté par le Figaro… En fait, la critique s’est surtout manifestée lors de la réédition de 1985, pour laquelle j’avais donné une préface, sous le premier septennat de François Mitterrand. C’est alors que j’ai fait l’objet d’un tir de barrage et qu’on m’a décrété infréquentable. Il y a eu de vio­lentes attaques, notamment celle de Max Gallo, qui, depuis, a quelque peu changé d’avis… À l’étranger, le Camp des saints a été traduit dès 1975 aux États-Unis chez Charles Scribner’s Sons à New York et a suscité quantité d’articles. Le livre a été bien accueilli du public, et même des universitaires, qui l’ont inscrit au programme de plusieurs établissements. Dans la foulée, de nombreuses traductions étrangères ont suivi… En France, le livre s’est écoulé à 15 000 exemplaires, moins que ce qu’espérait Laffont, puis, vers la fin de 1974, alors qu’il aurait dû achever sa carrière, les commerciaux, à leur surprise, ont observé qu’il poursuivait sa progression. Jusqu’à la réédition de 1985, quelque 8 000 exemplaires par an, en moyenne, se sont vendus grâce au bouche à oreille. Je n’ai jamais rencontré un seul de ses lecteurs qui n’en en ait acheté qu’un exemplaire. Ils le prê­taient, on ne le leur rendait pas, ils en acquéraient un autre. Ainsi le Camp des saints a-t-il élargi son audience pour atteindre, toutes éditions et traductions confondues, près de 500 000 exemplaires jusqu’à aujourd’hui. 

Attachez-vous un prix particulier à cette réédition de 2011 et à la préface “musclée” que vous avez rédigée, sous le titre : « Big Other » ?

Cette réédition revêt pour moi une importance plus haute que les précédentes car il me semble que le moment où elle s’inscrit est crucial. La vi­sion développée dans le roman sera sans doute une réalité au­tour de 2050. La plupart des démographes sont d’accord sur le caractère inéluctable du phénomène, qui touche d’autres pays d’Europe. Les minorités dites visibles seront alors des majorités et ce sont les Français dits de souche qui seront minoritaires. Des pans entiers de ce pays seront peuplés de Français d’origine extra-européenne. On me dira que la France a été constituée par des vagues d’immigration successives. Certes, mais l’immigration des siècles précédents était composée d’immigrés d’origine européenne, qui, en deux ou trois générations, se sont intégrés dans le modèle français. Or, le modèle d’intégration républicain se révèle inopérant depuis au moins une décennie. On assiste à la prolifération du communautarisme, à la juxtaposition de groupes revendiquant leurs différences ethniques, religieuses, culturelles, qui ne se reconnaissent pas dans le “vouloir vivre ensemble” qui fait le ciment d’une nation, comme le soulignait Renan. Je défie nos gouvernants de prétendre qu’il s’agit là d’un progrès. Nous sommes ou serons confrontés à un retour à la tribalisation, qui m’apparaît comme le contraire de la civilisation. On a beaucoup parlé, récemment, de la nature de l’identité française, des limites de notre capacité assimilatrice, et puis on a enterré le débat dès que Big Other a froncé le sourcil.

Qu’est-ce que Big Other ?

C’est le produit de la mauvaise conscience occidentale soi­gneusement entretenue, avec piqûres de rappel à la repentance pour nos fautes et nos crimes supposés –  et de l’humanisme de l’altérité, cette sacra-lisation de l’Autre, particulièrement quand il s’oppose à notre culture et à nos traditions. Perversion de la charité chrétienne, Big Other a le monopole du Vrai et du Bien et ne tolère pas de voix discordante. Je n’ai jamais été un écrivain engagé, mais je n’ai jamais, non plus, dissimulé mes convictions, et j’aimerais que le Camp des saints ouvre les yeux des lecteurs sur les mensonges et les illusions qui pervertissent notre vie publique. Depuis sa parution, j’ai reçu énormément de courrier, et j’ai discuté avec nombre d’hommes po­litiques, de droite et de gau­che. Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et dou­ble conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faibles­se, que la peur d’opposer la légi-timité de la force à l’illégitimité de la violen­ce. Je crains, hélas ! que l’épilogue de la pièce ne soit déjà écrit, mais j’aurai au moins joué mon rôle d’estafette et essayé de libérer le pouvoir de la parole. À l’âge que j’ai, du reste, je n’ai plus rien à perdre : cette réédition est ma dernière “sortie”. L’occasion de rappeler, sans mépris et sans haine, que l’Autre, contrairement à ce qu’assurait François Mitterrand, n’est pas totalement chez lui chez moi !

Propos recueillis par Bruno de Cessole  

Voir aussi:

Evènement. Le roman-culte de Jean Raspail à nouveau en librairie. 

« Le Camp des saints », une réalité en 2050 ? 

Bruno de Cessole

Valeurs actuelles

10/02/2011

Assortie d’une préface inédite, la seconde réédition du roman prophétique de Jean Raspail s’inscrit au coeur des débats récents sur l’identité et le devenir de la France. 

Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint- Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. « Cette pointe rocheuse, écrit Jean Raspail au début de sa préface, faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. » 

Dans le Critique en tant qu’artiste, Oscar Wilde avait soutenu et démontré, longtemps avant, que ce n’est pas la fiction qui imite la réalité, mais la réalité qui imite l’art. À preuve. 

Depuis sa parution, en 1973, le Camp des saints n’a cessé de susciter la controverse et de conquérir de nouveaux lecteurs, de tous milieux, de toutes opinions, de tous âges, les un ano nymes, les autres connus ou haut placés, de François Mitterrand à Raymond Barre, d’André Malraux à Maurice Schumann, de Robert Badinter à Jean Anouilh, de Jean-Pierre Chevènement à Lionel Jospin, d’Alfred Sauvy à Denis Olivennes et même de Samuel Huntington au président Ronald Reagan… Cette troisième édition élargira-t-elle encore son audience ? Tel est le souhait de l’auteur (lire notre entretien avec Jean Raspail), pour qui le livre n’a pas terminé sa mission : ouvrir les yeux des Français sur la désinformation qui gangrène la vie publique, désabuser les esprits crédules qui se sont laissé contaminer par un humanisme dévoyé. Et témoigner, bien sûr, pour la liberté de pensée et d’expression, qui, depuis trente-deux ans (loi Pleven), s’est singulièrement rétrécie. 

À telle enseigne que ce roman, susceptible de poursuites judiciaires pour un minimum de 87 motifs, serait aujourd’hui impubliable en son état. Les lois n’étant pas encore rétroactives, Jean Raspail n’y a pas changé un iota. En revanche, il l’a fait précéder d’une longue préface (lire les extraits dans « Valeurs actuelles ») qui, loin de tempérer le propos du livre, “aggrave son cas” en développant les conséquences probables de la situation exposée dans le roman. 

L’intrigue est simple. Sur les côtes du midi de la France viennent s’échouer délibérément des centaines de navires en provenance du sous-continent indien. À leur bord, un million de déshérités fuyant la misère de leur pays d’origine, en quête de la Terre promise occidentale, de ses richesses gaspillées, de ses espaces sous-peuplés et de sa tra – dition d’hospitalité… Cette invasion pacifique, forte de sa faiblesse et de son nombre, a été encouragée et préparée par une poignée d’agitateurs : religieux idéalistes, philosophes athées, écrivains catholiques renégats, médecins missionnaires, moins animés par un humanisme per verti que par la mauvaise conscience occidentale, ce « sanglot de l’homme blanc » dénoncé naguère par Pascal Bruckner, le désir de repentance et, sur tout, le ressentiment, le nihilisme honteux du « dernier homme » jadis explicité par Nietzsche. Deux scènes primordiales du livre illustrent cette confrontation entre les ultimes et rares mainteneurs des va leurs occidentales et la troupe plus nombreuse des renégats. 

En Inde, le consul de Belgique, qui a refusé d’augmenter les procédures d’adoption et qui, fidèle à ses convictions, mourra pour l’exemple en s’opposant symboliquement à la prise d’assaut des navires par la marée humaine, déclare à la poignée de manipulateurs occidentaux qui a mis en oeuvre cette immigration sauvage : « La pitié ! La déplorable, l’exécrable pitié, la haïssable pitié ! Vous l’appelez : charité, solidarité, conscience universelle, mais lorsque je vous regarde, je ne distingue en chacun de vous que le mépris de vous-mêmes et de ce que vous représentez. […] En pariant sur la sen – sibilité, que vous avez dé – voyée, des braves gens de chez nous, en leur inculquant je ne sais quel remords pour plier la charité chrétienne à vos étranges volontés, en accablant nos classes moyennes prospères de complexes dégradants […], vous avez créé de toutes pièces au coeur de notre monde blanc un problème racial qui le détruira, et c’est là votre but. » 

La seconde scène oppose un vieux professeur de français à la retraite, habitant un village de la côte, dans une maison appartenant à sa famille depuis trois siècles, et un jeune pillard européen venu accueillir sa famille d’élection : « Me voilà avec un million de frères, de sœurs, de pères, de mères et de fiancées. Je ferai un enfant à la première qui s’offrira, un enfant sombre, après quoi je ne me reconnaîtrai plus dans personne… » Au professeur qui s’efforce de comprendre ses motivations, il réplique : « Je vous hais. Et c’est chez vous que je conduirai les plus misérables, demain. Ils ne savent rien de ce que vous êtes, de ce que vous représentez. Votre univers n’a aucune signification pour eux. Ils ne chercheront pas à comprendre. […] Chacun de vos objets perdra le sens que vous lui attachiez, le beau ne sera plus le beau, l’utile deviendra dérisoire et l’inutile, absurde. Plus rien n’aura de valeur profonde. Cela va être formidable ! Foutez le camp ! » 

Le vieil homme rentre chez lui, en ressort avec un fusil et, avant de tirer sur l’intrus, justifie son acte : « Le monde qui est le mien ne vivra peutêtre pas au-delà de demain matin et j’ai l’intention de profiter intensément de ses derniers instants. […] Vous, vous n’êtes pas mon semblable. Vous êtes mon contraire. Je ne veux pas gâcher cette nuit essentielle en compagnie de mon contraire. Je vais donc vous tuer. » Un peu plus tard, le professeur rejoindra la dizaine de combattants qui auront choisi de renouveler Camerone et se feront tous enterrer sous les bombes d’une escadrille française, les plus hautes autorités du pays ayant capitulé devant l’invasion. 

La véritable cible du livre : les “belles âmes” occidentales 

Récit allégorique, « impétueux, furieux, tonique, presque joyeux dans sa détresse, mais sauvage, parfois brutal et révulsif » où il se tient des propos « consensuellement inadmissibles », de l’aveu de son auteur, le Camp des saints concentre en un jour un phénomène réparti sur des années. En aucune façon, cependant, il ne s’agit, comme de belles âmes l’ont clamé avec indignation, d’un livre raciste. 

La véritable cible du roman, ce ne sont pas les hordes d’immigrants sau vages du tiers-monde, mais les élites, politiques, religieuses, médiatiques, intellectuelles, du pays qui, par lâcheté devant la faiblesse, trahissent leurs racines, leurs traditions et les valeurs de leur civilisation. En fourriers d’une apocalypse dont ils seront les premières victimes. Chantre des causes dé sespérées et des peuples en voie de disparition, comme son œuvre ultérieure en témoigne, Jean Raspail a, dans ce grand livre d’anticipation, incité non pas à la haine et à la discrimination, mais à la lucidité et au courage. Dans deux générations, on saura si la réalité avait imité la fiction. Bruno de Cessole 

Le Camp des saints, précédé de Big Other, de Jean Raspail, Robert Laffont, 392 pages, 22 €.

Voir par ailleurs:

IDÉES « Qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ? » Une série du « Figaro »

LA PATRIE TRAHIE PAR LA RÉPUBLIQUE

Jean Raspail

Le Figaro

17 juin 2004

J’ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence d’un colis piégé. Difficile de l’aborder de front sans qu’il vous explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C’est pourtant l’interrogation capitale. J’ai hésité. D’autant plus qu’en 1973, en publiant Le Camp des saints, j’ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je n’ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont cuites.Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu’« ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d’une « Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu’au basculement définitif des années 2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié la plus âgée de la population du pays, le reste étant composé d’Africains, Maghrébins ou Noirs et d’Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l’islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer.

La France n’est pas seule concernée. Toute l’Europe marche à la mort. Les avertissements ne manquent pas rapport de l’ONU (qui s’en réjouit), travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier, notamment, mais ils sont systématiquement occultés et l’Ined pousse à la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des gouvernements et des institutions communautaires sur le krach démographique de l’Europe des Quinze est l’un des phénomènes les plus sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l’incurie des « gouvernances » et qu’il lui faudra affronter dans son âge d’homme…Sans compter que les « Français de souche », matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l’homme, de « l’accueil à l’autre », du « partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite enfance au « métissage » culturel et comportemental, aux impératifs de la « France plurielle » et à toutes les dérives de l’antique charité chrétienne, n’auront plus d’autre ressource que de baisser les frais et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français de 2050.

Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu’on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français et pas nécessairement tous de race blanche qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s’obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu’elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.Face aux différentes « communautés » qu’on voit se former dès aujourd’hui sur les ruines de l’intégration (ou plutôt sur son inversion progressive : c’est nous qu’on intègre à « l’autre », à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s’agira en quelque sorte je cherche un terme approprié d’une communauté de la pérennité française. Celle-ci s’appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore.

Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l’autre. Quelque chose comme l’élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés. Et ensuite ?Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des bernard-l’ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d’une espèce à jamais disparue qui s’appelait l’espèce française et n’annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé.

Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu’en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat, c’est que les derniers isolats résistent jusqu’à s’engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l’espagnole mais s’inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n’est pas moi qui m’en chargerai, j’ai déjà donné. Son auteur n’est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j’en suis sûr…Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c’est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d’hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n’ose dire cyniquement, à l’immolation d’une certaine France (évitons le qualificatif d’éternelle qui révulse les belles consciences) sur l’autel de l’humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l’Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces « intelligents » qui jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l’organisme encore sain de la nation française.Même si je peux, à la limite, les créditer d’une part de sincérité, il m’arrive d’avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication : ils confondent la France avec la République. Les « valeurs républicaines » se déclinent à l’infini, on le sait jusqu’à la satiété, mais sans jamais de référence à la France. Or la France est d’abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n’est qu’une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d’idéologie, idéologie avec un grand « I », l’idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu’ils trahissent la première pour la seconde.

Parmi le flot de références que j’accumule en épais dossiers à l’appui de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien l’étendue des dégâts. Elle est extraite d’un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune Française issue de l’immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République… »Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure : « Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. » (Président Boumediene, mars 1974.)Et celle-là, tirée du XXe chant de l’Apocalypse : « Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée. »

Voir aussi:

Anthony Daniels is unconvinced by Jeremy Harding’s polemic on asylum seekers, The Uninvited

The Uninvited: Refugees at the Rich Man’s Gate
Jeremy Harding
Profile, £5.99, 128pp

The discovery in Dover of the bodies of 58 Chinese who suffocated to death in the container in which they were being smuggled into this country is unlikely to deter anyone from making a similar effort in the future. The urge to migrate in search of a better life has always been a strong one, but it has never been stronger than it is today.

Thanks to television, the poor are in daily imaginative contact with the rich, and the unprecedented movement of goods and people across frontiers has given the poor more opportunities to migrate than ever before. Moreover, oppressive political regimes are by no means consigned to history, and probably never will be. Both push and pull, therefore, favour mass migration.

The rich countries of the world are far from delighted by such a prospect, however, and all try to erect barriers to limit the influx of political refugees and economic migrants. The author of this short book, which is part reportage and part analytical essay, believes that « fortress Europe » is neither desirable nor practicable. His sympathies are all with the migrants, and not with the mean-spirited authorities who try to keep them out. No one loves an immigration officer.

Jeremy Harding is at his best when describing individual cases. Only someone who was invincibly hard-hearted would not be moved by the dignified plight of individuals who have often risked hardship and even death in the hope of bettering themselves and their families. And migrants who succeed in evading the many obstacles put in their path are more than likely to prove resourceful and productive citizens of their new lands of residence.

When Harding moves from the particular to the general, however, he becomes convoluted, vague and evasive. One is never quite sure what he is proposing, if indeed he is proposing anything definite at all. His desire to appear more compassionate than thou always prevents him from getting down to brass tacks: and there is nothing quite like a brass tack to deflate a moral balloon full of hot air.

The essential dilemma of the situation is this: should everyone who wishes it be permitted entry into western Europe or not? After all, the pool of potential immigrants is vast. Harding’s answer – neither yes nor no – reminds me rather of what Father Divine, a charlatan evangelist, used to tell his followers on the vexed question of his own divinity. « I’m not saying I’m God, » he would declare. « But I’m not saying I’m not. »

Most people would agree that there has to be some limit to immigration: that a world without frontiers is not really a possibility in the foreseeable future. Upon what basis, then, are immigrants to be allowed or refused entry and residence? Is the determining factor to be our need of their labour or their need of our succour? Is the fact that some immigrant groups are more easily assimilated into our culture than others to be taken into account? Is it really true that one immigrant is as good as another? And how many immigrants should be accepted annually into a country like Britain? 700? 7,000? 70,000? 700,000? 7m?

These are hard questions, and can’t really be avoided. Moreover, Harding’s desire to dissolve boundaries, not only between countries and continents but between different kinds of human suffering, so that anyone who has suffered anything in his or her life can plausibly claim to be a refugee, hardly helps: for if everyone is a refugee, no one is. And if there are no undeserving cases, there can be no specially deserving ones either. The book reads as if its author wants the glory of appearing generous, broadminded and warm-hearted, without the trouble of descending to tedious administrative detail that might so easily give one the opposite impression.

Harding’s writing does not so much convey a meaning as a mood: one of intense self-satisfaction. The warm glow of self-righteousness radiates from almost every page, as from an electric heater. Here he is on the Macedonian treatment of Kosovar refugees during Nato’s bombing campaign: « There was much to extenuate the reaction of this little country to the overwhelming influx of refugees – it was no worse than the worst reactions in wealthier countries to the arrival of the Kosovars – but in the end, it looked very much like a version of the same hostility that had driven them from their homes in the first place. »

This sentence succeeds in being confused, repulsive and erroneous at the same time, which is a considerable achievement in so short a passage of prose. It conveys no overall moral or empirical point; it is mealy-mouthed about the problems faced by the Macedonians, which were roughly equivalent in scale, pro rata, to those that would have been posed by the arrival within a few weeks of 25m Mexicans in the United States; and it implies that the treatment of the Kosovars in Macedonia was morally equivalent to that they had received in Kosovo. This latter is a disgusting slur, the only possible function of which is to stimulate admiration in the reader for the intensity of the author’s compassion.

The refusal to face in any concrete way the real moral and practical dilemmas posed by mass migration is this book’s greatest weakness. It also has an exhibitionist, self-important quality. There is a great difference between being open-hearted and wearing one’s heart on one’s sleeve, though this is a distinction that we seem ever less able to make.

• Anthony Daniels is the author of Monrovia Mon Amour, a book about Liberia.

Voir de même:

Attacking « Fortress Europe »
The Uninvited:
Refugees at the Rich Man’s Gate

Jeremy Harding
Profile Books
ISBN 1861972113

Oliver Craske

In the spring of 1999, British Home Office Minister Barbara Roche described the « aggressive » begging-with-baby techniques of asylum-seeking Eastern European Romani women in London as « vile. » This was just one outburst in a prolonged and unsettling outbreak of near-xenophobic hysteria which flooded British tabloid newspapers and the mainstream of the political debate, with both Labour and Conservatives competing to out-tough each other with measures including locking up asylum applicants.

In September of this year, the same minister surprised many pundits with a speech in which she extolled the social, economic and cultural benefits of inward migration and called for an increased intake of new foreign workers. « Aspiring economic migrants to Britain must be scratching their heads, » commented The Economist (9 September 2000, p 43).

Recently, there has been a great deal of short-sighted or just plain intolerant thinking on the issue of migration and a crying need for sane and humane policy-making. Jeremy Harding’s highly-recommended contribution to the debate is this extended essay (a revised version of one he published in February 2000 in the London Review of Books, the literary newspaper where he is a senior editor), which is now available in a slim and very readable 120-page paperback. The Uninvited: Refugees at the Rich Man’s Gate combines excellent reportage and incisive analysis, drawing always on the historical perspective and exhibiting a confident feel for current and future trends.

Post-Cold War migration

Since the end of the Cold War, there has been a sharp rise in the number of migrants arriving in the European Union (EU). Asylum applications in Western Europe rose from 104,000 in 1984 to 692,000 in 1992, and they were still running at 400,000 in 1999. This period has constituted the twentieth century’s second period of great migration, after the one which peaked between the 1920s and 1940s, when most European countries opened their borders to refugees with commendable generosity. Harding’s historical and global perspective is convincing, though he could be criticised for giving insufficient weight to the mass deportations of Germans in 1945.

Despite important primary migration at the end of the European empires, there was actually a relatively low level of movement in the Cold War era. But this gave way to new uprootings, provoked by the unfreezing of numerous conflicts worldwide, coinciding with the rapid growth in cheap global travel and the worldwide projection of images of rich Western society. By now, he notes, « the idea of sanctuary had withered » (p 33), and migrants were received with much less warmth in West European countries. Indeed, humanitarianism has become a commodity the UK exports, using it to justify its actions in Kosovo while it remains in short supply at home in Britain.

Though the conflicts in former Yugoslavia have created the continent’s biggest movements of people since the late 1940s, these new migrations have not affected Europe alone. Half of the world’s refugees are in Africa, while Iran and Pakistan, for example, each hold around two million in temporary camps.

Fortress Europe

But Fortress Europe, as Harding terms it, is the main focus of The Uninvited. The western end of the continent has all but pulled up the drawbridge around itself to create « Europe’s dreary pastoral fantasy, in which the EU resembles an Alpine valley, surrounded by impregnable, snow-capped mountains » (p 24).

Restrictions on primary immigration have been in force across the EU for years (which is a big reason why asylum applications have soared: other routes are closed). Boris Johnson, editor of The Spectator, has described this vision of homogeneity as a « racist stockade. »[1] In a shrinking world in which we increasingly like to think of ourselves as global citizens, rich Europeans seem bewilderingly afraid of new blood.

The roots of this attitude go back a long way. Harding cites a Daily Mail article from October 1999, entitled « The Good Life on Asylum Alley, » which has echoes of a Daily Mail piece from 1900, when a shipload of Jewish refugees from South Africa met with a vitriolic reception upon arrival in Britain (pp 48-49). Harding notes that in their attitudes and language, receiving countries often take their lead from the persecuting governments who have driven out the migrants: in 1998, the Dover Express described the Kosovan and Kurdish refugees in its midst as « human sewage » (p 37) or « the scum of the earth » (p 56). And, as in the 1930s with the Jews, today there is a particular vitriol reserved for Romani immigrants who are all too often stateless, unwanted everywhere.

Harding’s analysis is structured around some fascinating reportage. He visits the Puglia coast of Italy, where he follows the efforts of Italian authorities to prevent illegal immigrants from streaming across the Otranto Channel on inflatable boats from Albania, and talks to the new arrivals and the authorities who look after them.

He also spends time in Spain’s North African enclave of Ceuta, the target of increasing numbers of extremely determined people fleeing conflicts, poverty and lack of opportunity in West Africa. The EU has responded by providing GBP 25 million in funding to surround the enclave with an eight-kilometre-long double-security fence complete with razor wire, watchtowers, infrared cameras and 24-hour patrols with dogs and guns. Evidence of a slight siege mentality?

Debunking myths

One of the strengths of Harding’s narrative is that it shows how many popular attitudes are rooted in myth. For example, he confronts the popular division between « genuine » asylum applicants and « bogus » economic migrants. It is absurd that the catch-all term « economic migrant » is becoming one of abuse. As he puts it, « the banker from Seattle who signs a five-year contract for a post in Berlin is a migrant, » and we have no problem with him (p 7).

Britons should know better: in their time they have been the world’s champion migrants. In fact, the suffering of an economic migrant from, for example, sub-Saharan Africa may be just as unbearable as that of a political refugee from Algeria. In a bitter irony, the perilous desert trek that has to be made to reach Ceuta from south of the Sahara serves to sieve out the applicants: those job-seekers who make it « are among the most highly motivated in Europe » (p 118).

A Europe that is rapidly ageing and facing a worsening dependency ratio needs new workers who tend to be motivated and self-reliant, net contributors to societies. The American economy continues to thrive on migrant labour. Yet, to date Britain has chosen to restrict economically motivated immigration and makes asylum applicants live off paltry handouts in the humiliating form of vouchers.

Hardliners who argue for dispersing asylum applicants evenly between EU countries, and inside the UK between different regions, often reason that « genuine » refugees will be grateful wherever they are sent: those who wish to choose exactly where to live are guilty of « asylum shopping. » This is counterproductive. It makes sense for new arrivals to settle where they already have friends or family who can help them find work; and this must be better for the country as a whole, which otherwise may grudgingly have to support another benefit claimant.

Human traffickers

Harding even tackles the popular image of human traffickers as, without exception, evil. This is lucrative work, and the cost in human misery can be appalling: consider the 80 or 90 migrants drowned in a collision between coastguard and trafficker off the Italian coast in 1997; or the 58 Chinese migrants discovered suffocated in a lorry at Dover this summer; or the estimated 3000 who have perished crossing the Straits of Gibraltar in the past five years.

Though Harding admits there are « few Schindlers » among this breed (p 20), he is struck by one report of the care taken by Albanian traffickers to deliver their charges safely onto the Italian shore, despite the close attention of a chasing coastguard boat. A conversation with a drug trafficker in Tangier revealed that for him, drugs paid far better than human trafficking (contrary to many public pronouncements in the West) and are less risky: « If things go wrong for a migrants’ agent, he can’t heave his passengers overboard as you would a consignment of drugs. If they go badly wrong, he has other deaths to consider, along with his own, in the final prayer » (pp 104-105).

Yet in the terminology of global capitalism, these human traffickers are providing a service that is in demand. « All the while, governments strenuously resist the conclusion about the free movement of people that they reached with equanimity about the free movement of capital: that it may be an expensive waste of time to try to fend it off » (p 86).

As Europe contemplates with varying levels of enthusiasm its planned enlargement to the east, this contradiction lies at the heart of some current tensions on the issue. Poland, for example, is concerned that joining the EU’s free market will allow wealthy Germans to buy up Polish property at knock-down prices, and yet at the same time Germans and other West Europeans are pressing for transitional restrictions on the migration of Poles into existing EU states.

No measures, however draconian, will stop the demand for migration. We would do better to get used to that now and allow all to enjoy the many benefits there are to be had. Perhaps that is the British government’s belated realisation.

Voir enfin: 

Among the Muslim Brothers

The contradictory faces of political Islam in post-Mubarak Egypt.The WSJMatthew KaminskiApril 9, 2011CairoTwo months after Hosni Mubarak’s ouster, Egyptian politics are a dervish of confused agitation. Each day, it seems, a new party forms to fill liberal, Nasserist, Marxist, Islamist and other niches. A joke has it that 10% of Egyptians plan to run for president. »All Egyptians now think they are Che Guevara, Castro or something, » says Essam el-Erian, a senior leader of the Muslim Brotherhood, bursting into laughter. « This is democracy. »Amid this political ferment, the Brotherhood is an exception: a well-funded, organized and established force. Founded in 1928, it’s also the grandaddy of the Mideast’s political Islamist movements. The Brotherhood was banned from politics 57 years ago and focused on business, charity and social ventures. But the secretive fraternity always aspired to power.Now free elections due later this year offer the Brotherhood their best opportunity. The group says it believes in « Islamic democracy, » but what does that really mean? I spent a week with members of the Muslim Brotherhood, and it turns out the answers are far from monolithic, though often far from reassuring.***Shortly before midnight on Monday, Mohamed Baltagi walks into his office in a middle-class Cairo apartment block and apologizes for the late hour. Brotherhood leaders are all over the place these days—on popular evening chat shows, at public conferences, setting up their new Freedom and Justice Party, or advising the military regime on the interim constitution. The revolution made Dr. Baltagi, an ear-nose-and-throat specialist, a prominent face of what might be called the Brotherhood’s progressive wing.Dr. Baltagi, who is 47, led the group’s informal 88-strong caucus in Egypt’s parliament during a limited democratic experiment from 2005-10. He wears a moustache and gray business suit and expresses regret that U.S. diplomats shunned him and other Brothers during their time in parliament. The Brotherhood’s green flag—with the group’s motto « Islam is the solution »—sits on his desk next to the Egyptian tricolor. While the most senior Brotherhood leadership sat out the first few days of anti-Mubarak protests, Dr. Baltagi was in Tahrir Square from the start of the 18-day uprising. He was the only Brother on the 10-member revolutionary steering committee. « It’s not a revolution of the Muslim Brotherhood, or of the Islamists, » he says. « It’s the revolution of all Egyptians. »Egyptians in Alexandria celebrate after Hosni Mubarak was forced out of office..Unprompted, Dr. Baltagi brings up the charge that Islamists prefer « one man, one vote, one time. » « As far as I know, » he says, Islamists in Algeria, Egypt and elsewhere were victims, not perpetrators, of repression. Iran’s theocracy, to him and every other Brother I spoke to, is a Shiite apostasy irrelevant to Sunni Muslim countries. The Muslim Brothers recently lost elections for student union posts at state-run Cairo University, which the group dominated in the past. « We accepted that, » he says. « We accept democracy. »He says the revolution will change the Brotherhood. For the first time, his organization considers its goal in Egypt the establishment of a civic not a religious state, as close to « secular » as an Islamist group might come in words. After some internal wrangling, the Brothers said they could live with an elected Christian woman as president of Egypt—a merely symbolic concession since the odds of that happening are less than zero.***The new environment has already exposed internal tensions. Any push for transparency runs against six decades of cloak-and-dagger Brotherhood habits. « We will be working openly in front of everyone, » says Dr. Baltagi, « talking openly about our members, programs, fund raising. »So how many Brotherhood members are there? He gives a nervous, almost apologetic smile and says, « for now that is a secret. » He offers little more on funding beyond that members tithe and include generous businessmen.Its conservative culture jars the younger, tech-savvy Brothers. The leadership announced that all members must support the new Freedom and Justice Party, angering especially the youth wing of the group.A week ago Friday, the Brotherhood didn’t call out its supporters to join other anti-Mubarak groups in Cairo’s Tahrir Square, the epicenter of the « January 25th Revolution. » Islam Lotfi, a 33-year-old lawyer, was one of numerous « young Brothers » who went anyway. The tensions inside the Brotherhood, he says, « are very normal. It is a gap between generations. »Mr. Lotfi has a smoothly shaved, round face and works closely with youth activists across the spectrum. « We want wider opportunities to work inside » the hierarchical Brotherhood, he adds. « It’s not accepted by a culture that doesn’t believe in young people. » Two-thirds of Egypt’s 80 million people are under the age of 30.Abdel Moneim Aboul Fatouh, a leader of the Brotherhood’s middle generation, last week refused to fall in line behind Freedom and Justice, instead backing another religious-leaning party. He wants to bring the discontented younger Brothers with him. Dr. El-Erian, a physician who sits on the group’s 15-member ruling Guidance Bureau, waves off the defection. « In Israel you have many religious parties, » he says. « You can have many Islamist parties [that] can cohere together and make alliances » in a future parliament.The Brotherhood has seen splits before, with no serious consequences. Fifteen years ago, Abou Elela Mady, then the youngest member of its Shura Council, left to found the Wasat (or Center) Party. He says the Brotherhood’s new, tolerant positions are nothing more than « tactical » moves to reassure anxious Egyptians, the military and the West.Mr. Mady, whose party will compete with the Brothers for the large conservative and poor chunk of the electorate, says he wouldn’t form a coalition with them. The Mubarak regime called Wasat a Trojan Horse for Islamists. He likens his group to Turkey’s ruling Justice and Development Party.Mr. Mady, who is 53, fits the profile of many current and former Brothers. Born into a lower-class family, he did well in school and got an engineering degree. He joined the Brotherhood in the late 1970s through the university unions. The Brotherhood seeks out ambitious outcasts—a sort of geeky fraternity for those who study hard and feel awkward around girls.He left the party, he says, because « I wanted to be more open-minded. . . . I now can watch TV, listen to music and shake a woman’s hand without feeling you were doing something wrong. Most members frown on it, » he says. « The challenge of freedom for the Muslim Brotherhood is much more difficult than the challenge of an authoritarian regime. . . . They have to give concrete answers to difficult questions » about Egypt’s future political and economic course.***Then there are Egypt’s adherents of Salafist Islam, which in its most extreme version is practiced by Osama bin Laden. After last Friday’s demonstrations, Salim Ghazor takes me to a large gathering in a lower-class Cairo neighborhood. A line of buses has brought the faithful from across Egypt to the Amr Ibn El-Aas mosque. Lit by a faint moon, bearded men in billowing gellabiyas walk past women in black niqabs into Egypt’s oldest mosque. « Islam is the religion and the country, » reads a sign.The Muslim Brothers, who favor Western clothes and neatly trimmed facial hair, have clashed with the traditional Salafists, who looked down on political activity until the revolution. Mr. Ghazor, a teacher, once backed the Brotherhood but went over to the Salafists. « The Brothers care about politics more than the application of Islam, » he says. Yet Brothers tend to practice the Salafist brand of Islam—raising the possibility that their movement could become Salaficized.Here’s a sampling. At the prayer meeting, the Salafist cleric Ahmed Farid calls out: « Those who refuse to abide by Islamic law will suffer and be damned. » Another, Said Abdul Razim, gives advice for the Coptic Christian minority, about 10% of Egypt’s population: « If they want peace and security, they should surrender to the will of Islamic Shariah. »***On Sunday, I drive to Alexandria, the famed Mediterranean port, to meet the Brotherhood’s rising star. Sobhi Saleh, 58, is a former parliamentarian and lawyer whom the military picked for the committee that drafted a raft of amendments to the interim constitution. No other anti-Mubarak political group was represented on the body. In the next parliament, Mr. Saleh would likely help draft a permanent new constitution. « People will be surprised how open-minded we will be, » he promises.Mr. Saleh rehearses the Brotherhood’s plans to « purify laws » and « implement Shariah » in Egypt. It wouldn’t, he says, be of the Taliban variety. Alcohol would be banned in public spaces. Women would be required to wear the hijab headscarf, but not the full-bodied niqab. These laws are intended to « protect our feelings as an Islamic society, » he says.As for the rights of Coptic Christians, he says that « Muslims have to protect Copts »—a patronizing view held by many Islamists. (Dr. Baltagi, by contrast, had offered that Copts are « fellow citizens. »)Having been a left-wing nationalist in his youth, Mr. Saleh waves away complaints about the Brotherhood’s possible dominance over political life. « I do not care about the opinions of secularists who are against their own religion, » he says. « If they were real liberals they should accept others and their right to express themselves. »But aren’t the Brothers proposing to limit their right to self-expression? « We would ban activities in the public square, not in private space. Islam is against spreading unethical behavior and this is the difference between Islamic democracy and Western democracy. In Islam, everything that is against religion is banned in public. You »—meaning the West— »selectively ban behavior. We are only against those who are against religion and try to diminish it. » This view seems to allow limited tolerance of dissenting opinions or minority rights.The Brotherhood abandoned violence against Egypt’s government in the 1970s, but it endorses Hamas and other armed Islamic movements. Every Brotherhood member I spoke to calls the 1979 Egyptian-Israeli Camp David accords existing international law that a future government might reopen. Egypt’s liberals say the same. »Israel treats us as enemies, » says Mr. Saleh. « If they are enemies for all its neighbors, why is it there? » Should Israel exist? « When they admit our peoples’ rights, » he says, referring to Palestinians, « we can study this. »The appeal of the Brotherhood remains hard to gauge, with no proper polls, few parties or elections in living memory. The group’s candidates took 20% in a partially contested parliamentary poll in 2005, and it aims to win a third of seats this year.The Brothers won’t field a presidential candidate, a savvy move to soothe nerves and avoid governing responsibility. They can wait. Anyway, the military seems to prefer an establishment figure like Amr Moussa, the recent chief of the Arab League. The secular parties are immature, numerous and elitist—not the best recipe for electoral success. »No one needs to be afraid of us, » says Dr. El-Erian. « We need now five years of national consensus of reform, to boost the new democratic system, and then have open political competition. » How seriously one chooses to take such reassurances depends on whether the Brotherhood ends up as just another political party in a freer Egypt or stays a religiously-driven cause. »Skeptical optimism » is a phrase often heard in Egypt these days. Religion wasn’t the galvanizing force in Egypt’s revolution, and the Brotherhood’s 83-year-old brand of political Islam looks its age compared to ideas of modernity and freedom that excited the crowds in Tahrir Square. You don’t find the fervency of religious extremism here as in, say, Pakistan. If the generals today or a future regime allow space for pluralism to flourish, Egypt could build on its weak foundations and accommodate a changed Muslim Brotherhood. That assumes, not altogether safely, that the worst instincts of would-be authoritarians in military, clerical or Brother garb are kept in check, and the Arab world’s most important democratic transition stays on track.Mr. Kaminski is a member of the Journal’s editorial board.


Gaza: Quand France 2 collaborait à l’intox du Hamas… et s’en excusait! (Looking back at a rare apology from France’s state TV)

9 avril, 2011
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Enderlin
 Pour montrer la violence des combats, les télévisions arabes et internet diffusent ces images filmées par un téléphone. Il s’agirait d’une frappe de missiles le 1er janvier. Des militaires portent  le brassard du Hamas. Sur le sol des combattants mais aussi beaucoup de cadavres de civils. Ces dernières heures les bombardiers israéliens ont frappé 30 fois . France 2
Ce qu’Israël ne veut pas que vous voyez: Cette vidéo a été filmée avec un téléphone portable après qu’une frappe aérienne terroriste menée par Israël a touché un marché où une nombreuse foule, des enfants, accompagnés de leurs parents, cherchaient de la nourriture dans l’un des marchés locaux, tôt dans la matinée du 03 janvier 2009, à Gaza. Comme vous pourrez le constater, il n’y a pas de mots pour décrire l’horreur perpétrée par l’État juif d’Israël. Voilà pourquoi Israël refuse continuellement l’accès à Gaza aux correspondants et reporters étrangers. Merci de diffuser cette vidéo à grande échelle. Que le monde voie ce que ses chaînes de télé refusent de montrer quant à la réalité d’Israël. Alterinfo (Traduit du site SabbahBlog)
Je suis infiniment désolée de vous avoir envoyé cette vidéo ce matin : en effet, il semble que je me sois fait avoir (comme bcp). Après des recherches sur internet il s’avère qu’elle n’a pas été filmée à Gaza hier suite à une frappe israélienne, mais en 2005 suite à l’explosion d’un camion contenant des roquettes du Hamas : Cela n’enlève rien à l’horreur de ce qui se passe actuellement à Gaza, mais il est hors de question de donner du grain à moudre aux sionistes en colportant de la désinformation à valeur de propagande : refusons les méthodes sionistes (mensonge et propagande), ce qui importe est la Vérité. Donc SVP, retirez cette vidéo de votre site ou publiez un disclaimer. Encore désolée pour cette méprise. Alterinfo
Raw; (2005) Hamas Weapons Parade Accident Kills 15, including kids Initially believed to be new footage from the current events in Gaza information has come to light that this media is in fact from 2005 although it seems to have only been released in this particular form recently. Israelinsider staff and partners September 23, 2005 Liveleak
I greet you today in these moments of sadness and anger that spoiled our happiness and joy over the departure of the settlers and soldiers (…) What happened yesterday is what we always feared would happen, and what we always warned against (…) Today, we are required more than ever to end this tragedy that resulted from chaos and military parades in residential areas (…) We need security as a matter of national interest (…) We all must preserve security for the sake of our people. So we all should stop this chaos. Abbas
The Fatah Central Committee holds the Hamas movement fully responsible for the victims of the military parade [that was held] among civilians. Communiqué du Fatah
 Les images sont anciennes, elles n’auraient pas dû se retrouver dans le sujet diffusé hier. Nous pensions qu’elles avaient été tournées récemment. L’erreur est d’autant plus bête que nous sommes en possession de beaucoup d’images. Il ne s’agit en aucun cas d’une manipulation, et leur diffusion n’a duré qu’une dizaine de secondes. Mais pour éviter que la polémique enfle, et que l’on soit accusé de ne pas reconnaître nos fautes, nous avons préféré présenter des excuses. (…) Dans ce cas, c’est un manque de vérification des sources. Nous ne nous sommes pas vraiment posé de question car ces images étaient diffusées sur un grand nombre de chaînes de télévision arabes. Cela nous incite à prendre encore plus de précautions, et à renforcer notre vigilance. (…) en ce qui me concerne, je privilégie le principe de précaution. Plutôt que de devoir m’excuser pas la suite, je préfère faire l’impasse sur quelques images. Lorsque nous n’avons pas pu identifier l’origine des images et vérifier les conditions de tournage, nous ne les utilisons pas. Il ne faut pas prendre pour argent comptant les images qui circulent sur le Web.…(…) il est très difficile de travailler à Gaza, pas seulement à cause de l’interdiction des Israéliens, mais aussi pour des raisons de sécurité. Nos correspondants sur place continuent de filmer mais il devient très difficile de nous faire parvenir leurs images en France. D’autant qu’elles sont très dures, et nous préférons ne pas les montrer. Aussi travaillons-nous avec les agences de presse sur place et les autres télévisions. Arlette Chabot
C’est une erreur de notre part d’avoir diffusé ces images, qui datent en effet de 2005. La séquence que nous avons diffusée était censée illustrer la guerre des images sur Internet. Les personnes qui ont préparées le sujet sont allés trop vite. C’est une bonne piqûre de rappel pour notre rédaction. Cela nous rappelle que nous devons être très attentif sur la vérification des sources. Nous allons présenter des excuses à nos téléspectateurs demain [mardi, ndlr] lors du JT de 13. Etienne Leenhardt (directeur-adjoint de l’information de France 2)
Le BNVCA saisit le CSA et la Ministre de la Communication afin qu’une enquête identifie l’auteur d’une faute professionnelle commise par la rédaction du JT 13H France 2, du 5/1/09 .en se trompant de reportage sur GAZA (…) Le BNVCA reçoit un grand nombre d’appels et messages de téléspectateurs choqués scandalisés,d’apprendre que France 2 , pour illustrer la situation de Gaza durant le conflit qui l’opppose à Israel, a diffusé le lundi 5 janvier 2009,un reportage filmé le 23/9/2005,montrant cris, larmes, blessés de civils ,enfants palestiniens morts à Gaza. Il a été présenté comme s’il avait pu s’agir à une frappe israelienne, alors qu’il s’agissait de victimes de  l’explosion accidentelle d’un camion .La présentatrice , prévient « attention si des enfants  à côte de vous, les images sont très dures » Le commentaire du journaliste Renaud Bernard aura appuyé ainsi l’atrocité de ces images « Pour montrer la violence des combats, les télévisions arabes et internet diffusent ces images filmées par un téléphone. Il s’agirait d’une frappe de missiles le premier janvier, des militaires portent le brassard du Hamas »,, Ici encore des corps deposes à même le sol…87 enfants ont été tués…. »Nous  prenons acte  des excuses presentées par Mr Etienne LEENHARDT Directeur Adjoint de l’information de France 2, qui reconnaît un dysfonctionnement. Toutefois (…) Nous rappelons que pour le BNVCA, la diffusion du reportage de la mort du jeune Mohamed AL DURA aujourd’hui controversée, a été l’un des déclencheurs des actions hostiles  antisémites en 2001. A ce jour, France 2 n’a pas encore exprimé ses excuses, pour les faits qui lui ont été reprochés par le tribunal après la plainte de M KARSENTI Directeur de Media Rating.Nous demandons aux rédactions de veiller à traiter les sujets avec la plus grande objectivite, et veiller aussi à ce que certains  reporters,  n’expriment pas leur propre état d’âme . Sammy Ghozlan (président du  Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme, 06/01/09)
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel, réuni en assemblée plénière le lundi 12 janvier 2009, a mis France 2 en demeure de respecter ses obligations en matière d’honnêteté de l’information, à la suite de la diffusion d’un reportage consacré au conflit israélo-palestinien dans la bande de Gaza, dans le journal télévisé de 13 heures, le 5 janvier dernier. Lors de ce reportage, une séquence extraite d’une vidéo disponible sur internet, datant de septembre 2005, avait été diffusée et, contrairement à ce qui était indiqué aux téléspectateurs, celle-ci ne se rapportait pas aux évènements du 1er janvier 2009. Tenant compte des excuses présentées dans l’édition du journal de 13 heures le lendemain, le CSA estime que, au regard de l’article 43-11 de la loi du 30 septembre 1986 et de l’article 2 du cahier des missions et des charges, la chaîne a manqué à son obligation d’honnêteté de l’information du téléspectateur. Communiqué du CSA

Au lendemain du mea culpa de l’auteur du rapport Goldstone sur les prétendus crimes de guerre commis par l’armée israélienne à Gaza en janvier 2009 …

Retour sur un autre mea culpa, tout aussi rare celui-ci huit ans après la supercherie (toujours pas reconnue du « petit Mohammed » avec son indéboulonnable correspondant en Israël Charles Enderlin), à savoir celui de France 2.

Qui, pour illustrer de prétendus effets collatéraux des frappes israéliennes de janvier 2009 sur Gaza pour stopper les incessants envois de roquettes sur ses villes et sous prétexte qu’elle « circulait sur les télévisions arabes » (« l’image correspondait à la réalité » aurait dit Enderlin), avait tout bonnement repris une vidéo intox de l’internet (probablement mise en ligne par le site sensationnaliste britannique LiveLeak, le même qui s’était précedemment illustré en mettant en ligne la pendaison de Saddam).

Pour se voir dès le lendemain, sous la pression conjuguée d’internautes et d’associations qui avaient débusqué la supercherie, contrainte de reconnaître sa méprise.

Mais sans jamais, curieusement (comme d’ailleurs la plupart des intervenants dans l’affaire), se poser la question de l’origine de ladite vidéo.

Alors que visiblement remontée (ou en tout cas amputée du début), celle-ci montrait les suites d’un énième « accident de travail » du Hamas qui, à l’occasion d’une parade (France 2 ayant apparemment oublié que c’est à ses défilés exclusivement que le Hamas réserve ses beaux uniformes ?) censée fêter le retrait israélien de Gaza quelque 3 mois plus tôt, avait vu certaines de ses roquettes artisanales exploser sur le pick up qui les transportait, semant le carnage dans la foules assemblée tout autour (une quinzaine de morts et quelque 87 blessés).

Et, à l’instar de la première tentative du Hamas (démentie aussitôt par le Fatah de Mamoud Abbas) d’en faire  attribuer la cause à un missile israélien, se voyait reprendre du service cette fois pour démontrer au monde les prétendus » effets collatéraux » des bombardements israéliens pour déloger les nids de roquettes kassam, situées délibérément, on s’en souvient, dans des zones résidentielles pour justement maximiser les risques de pertes civiles …

Les télévisions arabes comme française se voyant ainsi, une fois de plus et plus ou moins volontairement (mais ça il ne fallait bien sûr pas le dire et le site Arrêts sur images ne pourra s’empêcher pour ce faire  – le bon vieux truc du 5 minutes pour Hitler-5 minutes pour les juifs épinglé en d’autres temps par Godard – d’y adjoindre une prétendue méprise israélienne nullement démontrée celle-là), embrigadées dans la campagne de guerre médiatique dudit mouvement terroriste

Gaza : France 2 diffuse par erreur les images d’une explosion de…2005

Arrêt sur images

05/01/2009

Images non datées, missiles ou bonbonnes d’oxygène : le retour des intox

Des cris, des larmes, des blessés au milieu de débris, un mère fuyant, un enfant dans les bras, deux autres la suivant en pleurant. Ces images, les téléspectateurs de France 2 ont pu les voir dans un reportage sur Gaza du lundi 5 janvier 2009.

Des images montrées de façon peu conventionnelle, entourées des couleurs du site de partage de vidéos Dailymotion

Une forme de distanciation bien vite effacée par le commentaire : « Pour montrer la violence des combats, les télévisions arabes et internet diffusent ces images filmées par un téléphone. Il s’agirait d’une frappe de missiles le premier janvier, des militaires portent le brassard du Hamas », indique le journaliste, qui donne ainsi de la crédibilité aux images.

Problème : cette vidéo a bien été filmée à Gaza, mais pas le premier janvier 2009. Elle date du 23 septembre 2005 et filme les suites de l’explosion d’un camion du Hamas lors d’un rassemblement militant.

 « Ce que TF1 ne montre pas, horreur à Gaza », « Ça fait mal au coeur Gaza Palastin »: l’une datée du 2 janvier 2009, l’autre de la veille, ce sont deux des multiples versions de cette vidéo qui circule sur différentes plateformes de partage depuis quelques jours.

Elle dure 9 minutes environ, les images sont très dures

Cette vidéo, a priori, a d’abord été mise en ligne sur la plate-forme britannique Live Leak, spécialisée dans les images polémiques (comme celles de l’exécution de Saddam Hussein).

C’est ensuite notamment sur le site Reddit (qui permet aux internautes de partager les liens qu’ils estiment intéressants) qu’un commentateur a pointé que la vidéo n’était pas ce qu’elle semblait être : il a expliqué qu’il s’agissait d’images datant de trois ans. Sur LiveLeak, la légende accompagnant la vidéo a ensuite été modifiée.

Selon ce commentateur, cette vidéo n’a pas été filmée le 1er janvier 2009 mais le 23 septembre 2005. Ce jour-là, un camion transportant des hommes du Hamas et des armes avait explosé lors d’un rassemblement dans le nord de Gaza, tuant 15 personnes et faisant de nombreux blessés. Le Hamas avait accusé Israël d’être responsable de cette explosion. Tsahal de son côté avait nié toute implication. Le leader du Fatah, Mahmoud Abbas, avait lui aussi pointé la responsabilité du Hamas.

A l’appui de cette thèse: la correspondance entre une photo prise ce jour de septembre 2005 (présente dans la section « photo » de cet article de CBS) et un plan de la vidéo autour de 4’30 ».

Interrogé par Le Post, Etienne Leenhardt, directeur-adjoint de l’information de France 2, où il est responsable du service enquête et reportage, reconnaît « un dysfonctionnement interne de vérification de l’info ». « La séquence que nous avons diffusée était censée illustrer la guerre des images sur Internet. Les personnes qui ont préparé le sujet sont allées trop vite ».

Roquettes quassam ou bonbonnes d’oxygène ?

Une autre vidéo postée sur Youtube, cette fois-ci par l’armée israélienne, a aussi soulevé des doutes sur la Toile (mais dans l’autre sens). Souvenez-vous, @si vous en parlait la semaine dernière, Tsahal a créé un profil Youtube où sont notamment postées des vidéos présentées comme des attaques aériennes sur Gaza.

Sur celle-ci, grâce à un zoom, on peut apercevoir ce qui ressemble à un groupe de personnes en train de charger des objets longs et fins sur un camion — des roquettes selon le titre de la vidéo.

L’attaque a eu lieu lundi 28 décembre selon les forces armées israéliennes

Mais B’Tselem, une association israélienne de défense des droits de l’homme dans les territoires occupés, a reçu le témoignage d’un certain Ahmad Sanur, qui a expliqué être le propriétaire du camion en question. L’information a notamment été relayée sur info-palestine.net. Or, assure-t-il, il s’agissait non pas de roquettes, mais de bouteilles d’oxygène utilisées pour ces activités de soudure. Huit personnes dont son fils sont décédées dans le bombardement, selon B’Tselem.

Ahmad Sanur aurait en fait souhaité mettre à l’abri des pilleurs le matériel de son atelier parce qu’une maison voisine avait été bombardée, laissant un trou béant dans son mur. Il dément tout lien avec des militants du Hamas ou des activités militaires.

Un membre de B’Tselem a pris des photos de bouteilles d’oxygène gisant au sol après le bombardement :

Interrogé par le Guardian, Sarit Michaeli, un porte-parole de l’association, a expliqué que leur organisation n’était pas aujourd’hui en mesure de vérifier si le témoin n’était en rien lié à des activités militantes à Gaza, tout en estimant que son histoire était crédible. « Cela montre surtout que les forces armées israéliennes doivent ouvrir une enquête sur cet incident, en tirer les leçons qui s’imposent et si nécessaire reformer le personnel. Il n’est pas possible d’éviter les pertes civiles, mais dans ce cas il est clair qu’une enquête est nécessaire », a-t-il ajouté.

Voir  aussi:

 EXCUSES

Vidéo intox de Gaza sur France 2: « Nous avons fait une erreur »

Le Post.

05/01/2009

La direction de la chaine reconnait « un dysfonctionnement interne de vérification de l’info », après la diffusion dans le JT de 13 heures, d’images datant de 2005.

Pour illustrer l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, le JT de 13h de la chaine a diffusé des images qui datent de 2005 dans un reportage.

Des images qui viennent d’une vidéo amateur censée montrer les ravages causés par les bombes israéliennes sur des civils palestiniens, ce début janvier à Gaza. Le problème: la vidéo date de 2005 et elle n’a pas été filmée sur un marché de Gaza début janvier suite à une frappisraélienne, mais le 23 septembre 2005 suite à l’explosion accidentelle d’un camion contenant des roquettes du Hamas, dans un camp de réfugiés à Jabalya.

Après cette « erreur », à la rédaction de France 2, « ça a gueulé », explique au Post mardi un journaliste.

Mardi, la directrice de l’information de la chaîne, Arlette Chabot, s’est également justifiée.

Ce mercredi, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) réclame « des sanctions exemplaires » après la diffusion de cette vidéo erronée.

Sur Le Post, le président du Bureau National de Vigilance Contre L’Antisémitisme assure ce jeudi qu’il a « saisi la ministre de la Culture Christine Albanel et le CSA » pour que des « sanctions soient prises à l’encontre » du ou des responsables.

Voici le reportage en question (passage de 20 secondes, à partir de 30 secondes) :

(Source: France 2)

 où il est responsable du service enquête et reportage, reconnait « un dysfonctionnement interne de vérification de l’info ».

C’est une erreur de notre part d’avoir diffusé ces images, qui datent en effet de 2005. La séquence que nous avons diffusée était censée illustrer la guerre des images sur Internet. Les personnes qui ont préparées le sujet sont allés trop vite. C’est une bonne piqûre de rappel pour notre rédaction. Cela nous rappelle que nous devons être très attentif sur la vérification des sources. Nous allons présenter des excuses à nos téléspectateurs demain [mardi, ndlr] lors du JT de 13. Etienne Leenhardt (directeur-adjoint de l’information de France 2)

Voir également: 

Ce qu’Israël ne veut pas que vous voyez:

Cette vidéo a été filmée avec un téléphone portable après qu’une frappe aérienne terroriste menée par Israël a touché un marché où une nombreuse foule, des enfants, accompagnés de leurs parents, cherchaient de la nourriture dans l’un des marchés locaux, tôt dans la matinée du 03 janvier 2009, à Gaza.

Notez

gai_chat@yahoo.fr

Dimanche 4 Janvier 2009

 Comme vous pourrez le constater, il n’y a pas de mots pour décrire l’horreur perpétrée par l’État juif d’Israël. Voilà pourquoi Israël refuse continuellement l’accès à Gaza aux correspondants et reporters étrangers

Merci de diffuser cette vidéo à grande échelle. Que le monde voie ce que ses chaînes de télé refusent de montrer quant à la réalité d’Israël. (YouTube a supprimé la vidéo quelques minutes après qu’elle a été déposée, mais vous pouvez toujours retenter le coup).

Traduit du site SabbahBlog

je suis infiniment désolée de vous avoir envoyé cette vidéo ce matin :

en effet, il semble que je me sois fait avoir (comme bcp).

Après des recherches sur internet il s’avère qu’elle n’a pas été filmée à Gaza hier suite à une frappe israélienne, mais en 2005 suite à l’explosion d’un camion contenant des roquettes du Hamas :

http://www.wakeupfromyourslumber.com/node/9917

Cela n’enlève rien à l’horreur de ce qui se passe actuellement à Gaza, mais il est hors de question de donner du grain à moudre aux sionistes en colportant de la désinformation à valeur de propagande : refusons les méthodes sionistes (mensonge et propagande), ce qui importe est la Vérité.

Donc SVP, retirez cette vidéo de votre site ou publiez un disclaimer.

Encore désolée pour cette méprise,

Cordialement

Alterinfo

Vidéo intox de Gaza sur France 2: « Ça a gueulé dans la rédaction« 

Dimanche 4 anvier 2009

06/01/2009

Comme l’a révélé Le Post lundi, pour illustrer l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, le JT de 13h de la chaine a diffusé lundi dans un reportage des images qui dataient en fait de 2005. Les civils que l’on y voyait avaient été victimes de l’explosion accidentelle d’un camion et non d’un bombardement israélien.

Le directeur-adjoint de l’information de France 2 Etienne Leenhardt a d’ailleurs reconnu lundi sur Le Post « une erreur », due à « un dysfonctionnement interne de vérification de l’info ».

Mardi, à 13h, Elise Lucet a présenté des excuses à l’antenne.

Ce mercredi, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) réclame « des sanctions exemplaires » après la diffusion de cette vidéo erronée.

Sur Le Post, le président du Bureau National de Vigilance Contre L’Antisémitisme assure ce jeudi qu’il a « saisi la ministre de la Culture Christine Albanel et le CSA » pour que des « sanctions soient prises à l’encontre » du ou des responsables.

Sur Le Post, un journaliste du service étranger de France 2 précise ce mardi que « c’est un anonyme qui a signalé à la rédaction » la vidéo intox de Gaza diffusée par erreur au JT de 13h.

Ça a gueulé dans la rédaction. À France 2, chacun a conscience que l’on ne peut se permettre une telle ‘boulette’. Cela va nous apprendre ce que l’on sait déjà: il faut être encore plus méfiant et rigoureux avec tout ce qui vient d’Internet. Même si la vidéo comportait un intérêt dans le sens où elle montre la proximité géographique entre civils et militaires dans la bande de Gaza, il aurait fallu vérifier la date.  « En fait, c’est un anonyme qui a appelé la rédaction de France 2 il y a quelques jours pour signaler l’existence de cette vidéo, qui d’après lui, ‘faisait un buzz sur le web’. L’info a été relayée jusqu’au service concerné. Vous connaisez la suite… Journaliste du service d’informations étranger de France 2.

Voir pareillement:

Les excuses de la rédaction de France2 après la diffusion de 12 secondes d’images de 2005

Le Post

06/01/2009

Alors que l’offensive d’Israël sur Gaza se poursuit, Elise Lucet, la présentatrice du journal télévisé de France 2 a -comme prévu- présenté ce mardi midi les excuses de la rédaction pour avoir diffusé lundi, dans un reportage sur Gaza, une vidéo datant de 2005.

Les images devaient illustrer les « dommages collatéraux » des bombardements israéliens dans la bande de Gaza, ce début janvier. Mais en fait, les civils que l’on y voyait avaient été victimes de l’explosion accidentelle d’un camion en septembre 2005…

Voici le reportage en question (passage de 20 secondes, à partir de 30 secondes) :

(Source: France 2)

Lors de l’entretien qu’il a accordé au Post lundi, où il a reconnu cette « erreur », due à « un dysfonctionnement interne de vérification de l’info », le directeur-adjoint de l’information de France 2 Etienne Leenhardt avait annoncé qu’Elise Lucet présenterait ce mardi midi des excuses aux téléspectateurs de France 2.

Après cette « erreur », à la rédaction de France 2, « ça a gueulé », explique au Post mardi un journaliste.

Mardi, la directrice de l’information de la chaîne, Arlette Chabot, s’est également justifiée.

Ce mercredi, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) réclame « des sanctions exemplaires » après la diffusion de cette vidéo erronée.

Sur Le Post, le président du Bureau National de Vigilance Contre L’Antisémitisme assure ce jeudi qu’il a « saisi la ministre de la Culture Christine Albanel et le CSA » pour que des « sanctions soient prises à l’encontre » du ou des responsables.

Voir aussi :

Gaza – France 2 : « une erreur bête » (Arlette Chabot)

 D.R.

TeleObs

06.0109

France 2 a présenté des excuses aux téléspectateurs lors de son journal de 13 heures ce mardi, après la diffusion la veille, d’images tournées en 2005 dans la bande de Gaza, et présentées – au conditionnel – comme une vidéo récente. La directrice de l’information de la chaîne, Arlette Chabot revient sur cet incident pour téléobs.com.

Arlette Chabot: – Les images sont anciennes, elles n’auraient pas dû se retrouver dans le sujet diffusé hier. Nous pensions qu’elles avaient été tournées récemment. L’erreur est d’autant plus bête que nous sommes en possession de beaucoup d’images. Il ne s’agit en aucun cas d’une manipulation, et leur diffusion n’a duré qu’une dizaine de secondes. Mais pour éviter que la polémique enfle, et que l’on soit accusé de ne pas reconnaître nos fautes, nous avons préféré présenter des excuses.

Comment une telle confusion a-t-elle été possible ?

– Dans ce cas, c’est un manque de vérification des sources. Nous ne nous sommes pas vraiment posé de question car ces images étaient diffusées sur un grand nombre de chaînes de télévision arabes. Cela nous incite à prendre encore plus de précautions, et à renforcer notre vigilance.

Le principe même du JT ne force-t-il pas à montrer des images à tout prix ?

– Non, en ce qui me concerne, je privilégie le principe de précaution. Plutôt que de devoir m’excuser pas la suite, je préfère faire l’impasse sur quelques images. Lorsque nous n’avons pas pu identifier l’origine des images et vérifier les conditions de tournage, nous ne les utilisons pas. Il ne faut pas prendre pour argent comptant les images qui circulent sur le Web.…

Comme la couverture de la plupart des guerres, celle du conflit armé à Gaza est difficile. Comment vous procurez les images sans piocher sur le Web ?

– En effet, il très difficile de travailler à Gaza, pas seulement à cause de l’interdiction des Israéliens, mais aussi pour des raisons de sécurité. Nos correspondants sur place continuent de filmer mais il devient très difficile de nous faire parvenir leurs images en France. D’autant qu’elles sont très dures, et nous préférons ne pas les montrer. Aussi travaillons-nous avec les agences de presse sur place et les autres télévisions.

Propos recueillis par Charlotte Clidi

Voir par encore:

Gaza: Le JT piégé par de fausses images de raids/Fr2 s’excuse

Jean-Marc Morandini

06.01.09

France 2 a présenté mardi ses excuses aux télespectateurs pour avoir diffusé la veille dans son journal de la mi-journée une vidéo amateur censée illustrer l’offensive israélienne à Gaza, mais qui datait en fait de 2005 et avait été réalisée après une explosion accidentelle.

Le journal télévisé de 13h00 de France 2 a diffusé lundi des images d’une vidéo amateur montrant des blessés et des scènes de panique, censées illustrer les conséquences des bombardements israéliens sur Gaza.

« Pour montrer la violence des combats, les télévisions arabes et internet diffusent ces images filmées par un téléphone. Il s’agirait d’une frappe de missiles le 1er janvier. Les militaires portent les brassards verts du Hamas. Sur le sol, des combattants mais aussi beaucoup de cadavres de civils », commente sur ces images un journaliste depuis Paris.

Mais comme l’a révélé le site internet Le Post.fr, la vidéo date en fait de 2005 et a été réalisée suite à l’explosion accidentelle d’un camion contenant des roquettes du Hamas, dans un camp de réfugiés à Jabalya, dans le territoire de Gaza.

« Nous vous avons montré une séquence de 12 secondes présentée comme étant d’actualité. Il s’agit en fait d’images tournées, toujours dans la bande de Gaza, mais en 2005. La rédaction de France 2 vous présente donc ses excuses pour cette confusion regrettable », a déclaré mardi la présentatrice Elise Lucet dans le journal de 13H00.

« La séquence que nous avons diffusée était censée illustrer la guerre des images sur internet. Les personnes qui ont préparé le sujet sont allées trop vite », avait précisé plus tôt le responsable du service enquêtes et reportages de France 2, Etienne Leenhardt, sur Le Post.fr.

Voir par ailleurs:

Palestinians killed in Gaza blast

At least 15 Palestinians have been killed and scores injured in a blast during a parade by the militant Hamas group in the Gaza Strip.

BBC NEWS:

2005/09/23

A truck carrying gunmen and home-made weapons blew up during the rally in the Jabaliya refugee camp in northern Gaza.

Israel has denied involvement, while the ruling Palestinian Fatah faction said it held Hamas responsible.

It is the deadliest incident in Gaza since Israel pulled its troops and settlers out earlier this month.

Hours earlier, Palestinians fired rockets into Israel from Gaza after Israel killed three militants in a raid in the West Bank town of Tulkarm.

The rockets did not cause any casualties.

People in pieces

Palestinian witnesses said a crowd, including many children, swarmed round the truck moments before the explosion.

Video filmed during the rally showed a large cloud of white smoke rising into the sky, as hundreds of people ran from the scene of the blast.

The pictures also showed several badly injured bodies on the ground.

An unnamed witness was quoted by Reuters news agency as saying « I was thrown several metres, then I looked behind and I saw people dismembered and lying on the ground dead. »

The Associated Press news agency quoted another man, who gave his name as Hussam, as saying he helped pull three men out of the truck, two dead and one alive but with a severed leg.

Hamas accused Israel of causing the blast and vowed revenge.

However Palestinian leader Mahmoud Abbas’ Fatah faction said it held Hamas « fully responsible for the victims of the military parade [that was held] among civilians ».

Israel has denied any involvement in the blast.

Earlier, Islamic jihad militants fired a volley of rockets into Israel in what they said was retaliation after Israel killed three militants in Tulkarm.

Israel said the militants were killed after opening fire on troops who were trying to arrest them.

The BBC’s James Reynolds in Jerusalem says the latest incidents are a sign of high tension in the Gaza Strip even after the Israeli withdrawal.

Voir aussi:

Bloody rally

Gaza: Blast during Hamas rally kills 19

Ynews

At least 19 Palestinians killed, dozens more hurt when a car explodes during a Hamas rally at Jabalya refugee camp in north Gaza; Hamas Representative in Lebanon Osama Hamdan says that according to information gathered by the organization, the explosion resulted from IDF helicopter fire that was aimed at Ismail Randur, commander of the Izz el-Din al-Qassam Brigades in north Gaza

At least 19 Palestinians were killed and some 80 more were injured Friday from an explosion that occurred during a Hamas rally at the Jabalya refugee camp in north Gaza.

While the Palestinian Interior Ministry has reported that 19 people died in the blast, hospitals said that at least 10 people were killed. Some of those killed were Hamas members, and the rest were citizens, among them two children, who took part in the rally

The Palestinian Interior ad National Security Ministry said that according to eyewitness accounts the blast occurred inside a vehicle carrying Qassam rockets and was not the result of IDF fire.

A videotape of the rally showed a jeep blowing up, followed by images of people running for safety. Hundreds of Palestinians crowded outside local hospitals, chanted anti-Israel slogans and called on the al-Qassam Martyrs Brigades to avenge the blood of those who were killed in the explosion.

Witnesses said the first explosion triggered several other blasts in nearby vehicles that were also carrying rockets and ammunition.

Earlier Hamas Representative in Lebanon Osama Hamdan said that according to information gathered by the organization the explosion in Gaza resulted from IDF helicopter fire that was aimed at Ahmed Randur, commander of the Izz el-Din al-Qassam Brigades in north Gaza.

In an interview with Al-Jazeera, Hamdan added that Randur has been injured but his condition is not known.

The IDF has denied any involvement in the incident.

Fatah responds to Hamas show of force

A short time before the rally began Palestinian sources said an IDF Apache helicopter was hovering over Gaza, apparently due to the firing of rockets toward Israel by Islamic Jihad terrorists.

During a press conference held by Hamas in Gaza, members presented an electronic chip they claimed was part of a missile fired by the IDF and was found in the body of one of the Palestinians killed in the blast.

Hamas spokesman Sami Abu Zuhri said in an interview with Al-Jazeera that he personally saw four missiles fires from an Apache helicopter in the rally’s direction.

A short while later IDF Spokesperson’s Office official Eitan Sarusi went on the air and said the IDF had nothing to do with the incident, adding that whatever exploded during the rally may have been smuggled into Gaza this week.

Abu Zuhri refused to respond to Sarusi’s remarks, saying, “We will not permit a representative of the Zionist enemy to talk on the air. He said he was surprised that Al-Jazeera is permitting “such a criminal” to speak.

During the broadcast a Palestinian minister supported Hamas’ position and also refused to address Sarusi’s statement, saying Sarusi was trying to bring about civil war between the Palestinians.”

The Palestinian factions have heeded Palestinian Authority Chairman Mahmoud Abbas’ call and announced they would refrain from organizing military processions as of this Sunday.

About two weeks ago five Palestinians were killed during an explosion in a Hamas weapons cache, and calls to ban the carrying of arms on streets and in population centers are ris

It is not e clear how Friday’s incident will affect the military rally of Fatah’s armed groups, scheduled for Saturday. The armed groups, including the al-Aqsa Martyrs Brigades, initiated the rally amid Hamas and Islamic Jihad’s recent shows of force and as a celebration of the IDF’s recent withdrawal from Gaza.

Voir de plus:

JEBALIYA, Gaza Strip, Sept. 23, 2005

Truck Explodes At Gaza Hamas Rally

Hamas Blames Israel; Palestinian Authority Blames Carelessness

 Lloyd de Vries

Explosion At Hamas Rally

CBS News RAW: A pickup truck carrying masked militants and two homemade rockets blew up at a Hamas rally killing at least 10 Palestinians and wounding 85. Hamas blames Israel for the attack.

 .(CBS/AP)  A pickup truck carrying masked Islamic militants and homemade rockets blew up at a Hamas rally Friday, killing more than a dozen Palestinians, including children, and wounding dozens more, hospital doctors and witnesses said.

Witnesses told Israel’s Yedioth Internet Web site the first explosion triggered several other blasts in nearby vehicles that were also carrying rockets and ammunition.

Estimates of the number of dead ranged from seven to 19.

Hamas blamed an Israeli helicopter, but the Israeli military denied involvement and the Palestinian Interior Ministry said the blast was set off by the mishandling of explosives.

The rally was held in the Jebaliya refugee camp, one of the last military-style parades before a ban on flaunting weapons in public — agreed to by all militant groups — takes effect Saturday evening.

Witnesses said participants, including children, crowded around the pickup truck just before the explosion. The witnesses said the truck carried two homemade rockets.

One man, who only gave his first name, Hussam, said he helped pull three men out of the pickup, two of them dead and one still alive. The side of the pickup was charred.

The witness said he saw five dead children nearby. Dozens more were wounded. The Hamas military wing, Izzedine al Qassam, is popular with youngsters and when the pickup with the gunmen arrived at the rally, many crowded around the vehicle.

After the blast, men carried bodies wrapped in blankets and body parts to nearby cars.

At Shifa Hospital in Gaza, doctors treated patients on the emergency room floor because they ran out of beds. Masked Hamas men wheeled in casualties, including children.

The truck was not heavily damaged by the blast.

One witness, Hazem Abu Rashad, 18, said the truck had two rockets in its bed. Three militants rode in the back and at least three more were inside, he said.

« There was smoke all over, and then we saw people in pieces, but we couldn’t make out what really happened, » he said.

Also Friday, Palestinians temporarily opened the crossing between Gaza and Egypt, taking control of a border for the first time in their history. Palestinians hoped the two-day opening would set a precedent and pressure Israel to reach a permanent border agreement with them.

It was the first time Palestinians crossed the Gaza border without Israeli supervision in 38 years, reports CBS News Correspondent Robert Berger. Israel still wants supervision of the border, fearing that weapons and terrorists could be smuggled across the border. Israeli and Palestinian negotiators are seeking a compromise.

Earlier, Israeli forces killed three Palestinian gunmen in a West Bank raid.

Israel shut down Rafah, Gaza’s main gateway to the outside world, before leaving the coastal strip last week after a 38-year occupation. Israel wants Rafah to remain sealed for six months for a technological upgrade and to test the Palestinians’ ability to take control in Gaza.

In the meantime, Palestinians are to use an alternative crossing in Israel, which will open next week.

Israel, however, did not object to the Palestinian plan to open Rafah for two days starting Friday, mainly to allow the passage of people seeking medical treatment or studying or residing abroad.

Several thousand travelers arrived at Rafah on Friday morning, turning over travel documents to Palestinian border police and waiting for border officials to call them to ride buses that would take them to the Rafah terminal and then to Egypt. Some travelers sat on suitcases, napping as they waited.

Inside the gate, new X-ray equipment was in place, and plastic still covered new chairs in the air-conditioned waiting area.

« This is the first time we cross without the Israelis standing over our heads, and that indeed is a blessing, » said Manal Hatem, 36, who arrived with her 11-month-old baby and a sister-in-law en route to a religious pilgrimage to Mecca, Saudi Arabia.

Thousands of Palestinians busted through the Gaza-Egypt border last week after Israel withdrew.

Israeli Foreign Ministry spokesman Mark Regev said Israel was concerned by the border chaos last week and does not want the crossing permanently reopened until security is upgraded.

  « If that crossing doesn’t function in a positive way, that has very negative security consequences, » Regev said, without clarifying why Israel allowed the two-day opening.

Rafah is important to the economic recovery of Gaza, which was devastated by nearly five years of Israeli-Palestinian fighting. Stable border arrangements there would encourage foreign investment in Gaza and ensure the free flow of people, long cooped up under Israeli travel restrictions.

On Thursday, Israeli Defense Minister Shaul Mofaz indicated Israel would speed up its plans to reopen Rafah, probably by January.

Also Friday, Israeli forces killed three Palestinian gunmen in a West Bank raid.

Israeli forces entered the village of Ilar near Tulkarem after midnight and surrounded a building to arrest senior Islamic Jihad militants inside, the military said. Three gunmen fled and were killed after opening fire on pursuing Israeli troops, the military said.

Palestinians identified the dead men as Jamil Abu Saada, 25; Said Al-Ashkar, 23, a Palestinian policeman whose family is active in Islamic Jihad; and Raed Ajaj, 30, an Islamic Jihad leader from Tulkarem.

Palestinian leader Mahmoud Abbas called the killings a « dangerous and unjustified action. We are exerting efforts to maintain the cease-fire and they are doing this action without any reason. »

Despite the cease-fire declared in February, Israel continues to target Islamic Jihad cells. Abbas said he protested to Israel and the United States.

Islamic Jihad has been involved in several attacks on Israeli targets since the cease-fire.

Video

Explosion At Hamas Rally

CBS News RAW: A pickup truck carrying masked militants and two homemade rockets blew up at a Hamas rally killing at least 10 Palestinians and wounding 85. Hamas blames Israel for the attack.

http://www.cbsnews.com/video/watch/?id=881272n&tag=related;photovideo

http://www.reddit.com/r/politics/comments/7n4re/graphic_video_of_israel_defense_forces_attack_on/9rj2

GRAPHIC Video of Israel Defense Force’s attack on Gaza civilian market — originally uploaded on & banned by YouTube (NSFW) (muslimtv.magnify.net)

THIS VIDEO IS MISLEADING

The video was not taken on January 1st 2009. It was not taken in a civilian market, and it was not the result of an IDF air strike.

This video is from September 23rd 2005, and was taken in the Jabalya refugee camp in the northern Gaza Strip. A Hamas pick-up truck carrying Qassam rockets detonated by mistake during a Hamas rally, leaving at least 15 killed and dozens more injured.

The pick-up truck in question is visible for a split-second at the start of the video. The section of the video showing the pick-up exploding has been edited out. The large number of Hamas personnel present, the number of injured in military uniform, the large number of civilians and Hamas flags all over the place confirm this.

Compare the video from 4:08-4:24 with this photograph taken after the blast at the rally. In the background of the video the man shown in the white top in this photo is clearly visible tending to one of the casualties. Another person is shown coming over to him and placing the distinctive purple/green striped blanket over the body laying next to him, and the wooden pole he is knelt next to is visible.

The man in the white top is visible once again in this photograph (from this CBS News article) along with the man in a yellow shirt with serious leg injuries visible at around 3:55 in the video

A side-by-side comparison of a frame from the video at ~4:08 and the aforementioned photo from the CBS News article is here.

News articles about the actual incident depicted in this video:

Palestinians killed in Gaza blast – At least 15 Palestinians have been killed and scores injured in a blast during a parade by the militant Hamas group in the Gaza Strip. A truck carrying gunmen and home-made weapons blew up during the rally in the Jabaliya refugee camp in northern Gaza.

Israel has denied involvement, while the ruling Palestinian Fatah faction said it held Hamas responsible. […]

An unnamed witness was quoted by Reuters news agency as saying « I was thrown several metres, then I looked behind and I saw people dismembered and lying on the ground dead. » […]

— BBC News

Gaza: Blast during Hamas rally kills 19 – At least 19 Palestinians were killed and some 80 ore were injured Friday from an explosion that occurred during a Hamas rally at the Jabalya refugee camp in north Gaza.

While the Palestinian Interior Ministry has reported that 19 people died in the blast, hospitals said that at least 10 people were killed. Some of those killed were Hamas members, and the rest were citizens, among them two children, who took part in the rally.

The Palestinian Interior ad National Security Ministry said that according to eyewitness accounts the blast occurred inside a vehicle carrying Qassam rockets and was not the result of IDF fire.

A videotape of the rally showed a jeep blowing up, followed by images of people running for safety. […]

— Ynetnews

Edited for various grammatical mistakes, link to side-by-side comparison added since comment referenced at the top of the thread

Voir également: 

Abbas: Hamas irresponsibility caused Gaza rally blast Friday

Haaretz

23.09.05

Intelligence source: ‘Work accident’ caused blast at Hamas rally in Gaza Strip that left at least 15 dead.

Amos Harel and Arnon regular News Agencies

Palestinian Authority Chairman Mahmoud Abbas Saturday blamed Hamas for a deadly explosion at a rally in Gaza Friday that left at least 15 people dead. He said the Islamic group put civilians at risk by parading with weapons in crowded neighborhoods.

Abbas’ speech, broadcast on Palestinian radio, marked one of his harshest attacks yet on his main political rival. However, he also appeared to be appeasing Hamas, saying parliamentary elections would go ahead in January, as planned, and that he would not let outsiders dictate who can participate.

He was referring to Israel’s recent demand that Hamas be kept out of the election. Hamas is expected to make a strong showing in the contest, and has an interest in seeing elections held on time.

Abbas spoke to several thousand supporters in the West Bank town of Ramallah on Saturday, a day after at least 15 Palestinians were killed in an explosion at a Hamas rally in Gaza’s Jabalya refugee camp. Hamas blamed Israel, but Palestinian security officials held Hamas responsible, saying militants apparently mishandled weapons.

Abbas said he was deeply concerned.

« I greet you today in these moments of sadness and anger that spoiled our happiness and joy over the departure of the settlers and soldiers, » he told supporters.

He said he was « dumbfounded, pained and shocked » by the casualties at the Hamas rally. « What happened yesterday is what we always feared would happen, and what we always warned against, » he said, referring to repeated appeals to gunmen not to flaunt their weapons in public.

« Today, we are required more than ever to end this tragedy that resulted from chaos and military parades in residential areas, » he said.

Abbas said he remains committed to a peace deal with Israel. « We need security as a matter of national interest, » he said. « We all must preserve security for the sake of our people. So we all should stop this chaos. »

He also said elections would be held on time. « We are not going to comply with outside dictates, » he said. « We have decided who has the right to take part in this election, and no one has control over us. »

Hamas called Abbas’ position « a stab in the back of the martyrs » and a blow to efforts to work out differences between the factions. Abbas has been trying to co-opt Hamas and has rejected calls by Israel and the international community to confront and disarm the militants.

Under an informal agreement between Abbas and the militants, a ban on displaying weapons was to take effect Saturday, though it was unclear whether Hamas would honor the deal following the Israeli strikes.

Earlier Saturday, intelligence sources told Defense Minister Shaul Mofaz that the Gaza rally blast was likely the result of a work accident.

Hospital sources said that the dead included two children and several gunmen. Hamas reported that three of its militants were killed in the explosions, including As’ad Rian, the brother of Nizar Rian, a senior member of the group’s political wing.

The explosions were believed to have been set off when a pickup truck carrying masked militants and laden with weapons blew up.

Palestinian Authority Chairman Mahmoud Abbas’ Fatah faction placed the responsibility for the explosions with Hamas. « The Fatah Central Committee holds the Hamas movement fully responsible for the victims of the military parade [that was held] among civilians, » the committee said in a statement.

But in a press conference several hours after the incident, Hamas officials claimed that the rockets displayed during the rally were dummies that did not contain explosives. They also slammed the PA for blaming Hamas for the blasts.

The speakers at the press conference included Nizar Rian and Ahmed Randur, the leader of the Hamas militant wing in the Strip who organized the rally and who had been reported injured in the blasts.

They said that while Hamas would continue to honor an eight-month ceasefire it had agreed to in February by request of Abbas, it would still respond to Israeli attacks against Palestinians.

They went on to present an electronic component which they claimed was found on the body of one of the dead.

The chip, they claimed, strengthened their claim that Israeli missiles targeted the vehicle. Sources in Hamas claimed that an Israeli drone flying over the area fired several missiles at the rally.

Randur and Rian vowed Hamas « will find the right reaction at the right time. »

Israel Defense Forces officials denied involvement in the incident, which took place only hours after Islamic Jihad militants in Gaza Strip fired several Qassam rocketsat Israel, causing no injuries or damage.

Witnesses pulled body parts out of a vehicle that appeared to have been destroyed by the blast. A large plume of white smoke rose over the large crowd.

During the rally, Hamas paraded with homemade weapons and explosives. Thousands of Palestinians at the rally, sponsored by Hamas and attended by some of its top commanders, stormed into the streets of the camp, shouting and carrying the wounded.

The incident took place a day after Abbas met with leaders of Palestinian factions in the Strip who agreed to cease holding military parades in Gaza. The decision was due to be implemented as of Saturday.

In the past, there have been several ‘work accidents’ caused by premature explosions while Palestinian militants were preparing bombs.

Voir de même:

Communiqués de presse

Reportage sur le conflit israélo-palestinien : France 2 mise en demeure

13 janvier 2009

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel, réuni en assemblée plénière le lundi 12 janvier 2009, a mis France 2 en demeure de respecter ses obligations en matière d’honnêteté de l’information, à la suite de la diffusion d’un reportage consacré au conflit israélo-palestinien dans la bande de Gaza, dans le journal télévisé de 13 heures, le 5 janvier dernier.

Lors de ce reportage, une séquence extraite d’une vidéo disponible sur internet, datant de septembre 2005, avait été diffusée et, contrairement à ce qui était indiqué aux téléspectateurs, celle-ci ne se rapportait pas aux évènements du 1er janvier 2009.

Tenant compte des excuses présentées dans l’édition du journal de 13 heures le lendemain, le CSA estime que, au regard de l’article 43-11 de la loi du 30 septembre 1986 et de l’article 2 du cahier des missions et des charges, la chaîne a manqué à son obligation d’honnêteté de l’information du téléspectateur.

Le Conseil rappelle solennellement aux radios et aux télévisions les termes de sa recommandation du 7 décembre 2004 relative aux conflits internationaux et à leurs éventuelles répercussions en France. Cette recommandation prescrit une vigilance particulière dans l’exercice de la responsabilité éditoriale, notamment en ce qui concerne la vérification de l’exactitude des informations diffusées.

Le Conseil a aussi décidé d’engager une réflexion sur les conditions et les garanties qui doivent s’attacher à l’utilisation, par les médias audiovisuels, des images et des informations présentes sur internet.

Voir enfin:

Communiqués

BNVCA

06/01/2009

Le BNVCA saisit le CSA et la Ministre de la Communication afin qu’une enquête identifie l’auteur d’une faute professionnelle commise par la rédaction du JT 13H France 2, du 5/1/09 .en se trompant de reportage sur GAZA

BUREAU NATIONAL DE VIGILANCE CONTRE L’ANTISEMITISME

8 BOULEVARD SAINT SIMON 93700 DRANCY

LE PRESIDENT

SAMMY GHOZLAN

0609677005

Drancy le 6/1/09

Le Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme a décidé de saisir le CSA et la Ministre de La Culture et de la Communication  afin qu’il soit procédé à une enquête qui identifiera le ou les responsables, déterminera les causes et les responsabilites d’une faute professionnelle commise à la redaction du Journal Télévise de 13H sur France 2.

Le BNVCA reçoit un grand nombre d’appels et messages de téléspectateurs choqués scandalisés,d’apprendre que France 2 , pour illustrer la situation de Gaza durant le conflit qui l’opppose à Israel, a diffusé le lundi 5 janvier 2009,un reportage filmé le 23/9/2005,montrant cris, larmes, blessés de civils ,enfants palestiniens morts à Gaza. Il a été présenté comme s’il avait pu s’agir à une frappe israelienne, alors qu’il s’agissait de victimes de  l’explosion accidentelle d’un camion .La présentatrice , prévient « attention si des enfants  à côte de vous, les images sont très dures »

Le commentaire du journaliste Renaud Bernard aura appuyé ainsi l’atrocité de ces images « Pour montrer la violence des combats, les télévisions arabes et internet diffusent ces images filmées par un téléphone. Il s’agirait d’une frappe de missiles le premier janvier, des militaires portent le brassard du Hamas »,, Ici encore des corps deposes à même le sol…87 enfants ont été tués…. »

Nous  prenons acte  des excuses presentées par Mr Etienne LEENHARDT Directeur Adjoint de l’information de France 2, qui reconnaît un dysfonctionnement.

Toutefois,de  la même façon qu’une infirmière est mise en examen pour une erreur qu’elle a commise, même involontaire,nous considérons que des sanctions doivent être prises à l’encontre de ceux qui ont la charge de l’information, quand on sait que celle-ci peut avoir des répercussions telles qu’elles peuvent pousser à des actions violentes comme c’est le cas depuis le 27/12/08 au préjudice de la communauté juive. Nous rappelons que pour le BNVCA, la diffusion du reportage de la mort du jeune Mohamed AL DURA aujourd’hui controversée, a été l’un des déclencheurs des actions hostiles  antisémites en 2001. A ce jour, France 2 n’a pas encore exprimé ses excuses, pour les faits qui lui ont été reprochés par le tribunal après la plainte de M KARSENTI Directeur de Media Rating.Nous demandons aux rédactions de veiller à traiter les sujets avec la plus grande objectivite, et veiller aussi à ce que certains  reporters,  n’expriment pas leur propre état d’âme .

http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?3,62066,62112 http://jeanmarcmorandini.tele7.fr/article-22316.html


Printemps arabe: Contre un chèque à six chiffres, aucune star ne résiste à Doha (How long can Qatar play with fire without getting burned?)

8 avril, 2011
ZidaneQatarContre un chèque à six chiffres, aucune star ne résiste à l’aller-retour à Doha. L’Express
C’est donc de cette boîte d’allumettes que vient tout ce vacarme. Hosni Moubarak (Octobre 2001)
Al-Jazira a mis le feu en Tunisie, au Liban et dans divers pays arabes. Saëb Erakat (principal négociateur palestinien, 2011)
Without TV coverage, the revolutions would never have assumed such proportions. When people followed the revolutions, to what extent did they use the Internet, versus the extent to which they watched them on the TV channels, which gave them continuous coverage? Clearly, there is no comparison…The best proof [of the impact of] the TV channels is that any popular activity that they do not cover, in any country, will die before it can get off the ground. Some Arab countries are currently seeing… protests and the beginnings of a revolution, but these [events] are not getting the necessary TV coverage, because of the focus on the escalating revolution in Libya. As a result, [these protests] will not gain much momentum… but will fade away and be forgotten. Some might argue that the images broadcast on the satellite channels were often taken from the Internet. That is true, but had the [channels] not repeatedly aired these images, their impact would have remained limited. I have yet to hear any [protesters]… complain of insufficient coverage of their activity on the Internet or on Facebook. But [some protesters are] very angry at the satellite channels, which, they claim, are not giving their activity the necessary media coverage… It is [the satellite channels] that truly fuel the revolutions – with image and sound, which remain more powerful than any other weapon… It is no exaggeration to say that one TV report on a certain country has an impact equal to that of all the websites visited by all the Arabs put together – so much so that [activists] have sometimes said, ‘Let’s postpone our protest, because some satellite channel is busy covering another revolution’… Al-Sharq (Qatar,  March 13, 2011)
J’ai été très impressionnée par l’ouverture de ce pays. Par l’accueil, aussi, sans a priori. J’ai été frappée par l’ouverture, encore une fois, j’insiste, du Qatar. Ségolène Royal
Les gens du Qatar sont très forts en lobbying. Ils ont la volonté d’investir dans différentes causes et s’intéressent aux problématiques sociales en France. Kamel Chibli (« M. Banlieues » de Mme Royal)
Une année, les organisateurs ont fait gagner les trois voitures à la mi-temps. Quand les joueurs sont ressortis du tunnel, il n’y avait plus un chat dans les tribunes. Sabri Lamouchi (ancien milieu de terrain de Parme et de Marseille)
Dans l’histoire, nous n’avons connu qu’un projet aussi concentré que celui-ci et c’était lors de la première Coupe du Monde organisée en Uruguay en 1930 avec 10 équipes qui se partageaient deux stades, a-t-il déclaré. En 80 ans, la compétition a considérablement évolué. Il y a désormais 32 équipes, 80.000 accrédités et des dizaines de milliers de supporters. En l’état actuel des choses, le Qatar ne dispose pas d’assez de transports et d’hôtels. Harold Mayne-Nicholls (FIFA)
Si Doha a tout à gagner dans cette idylle, Paris doit s’accommoder de la diplomatie parfois ambiguë de son nouveau partenaire. Pendant la guerre de Gaza, l’Elysée s’est fortement irrité de la réception, digne d’un chef d’Etat, réservée par le Qatar au leader du Hamas Khaled Mechaal. « C’est déroutant », confie un conseiller. L’Express
Al-Jazeera’s coverage of the Iranian election and its aftermath has been scanty by comparison to other hot topics in the region, such as Gaza (…) Al-Jazeera « has proved itself a useful tool for the station’s political masters (…) Over the past three [visits] we have assessed as steady the lack of overall media freedom in Qatar. Although overt and official censorship is not present, self and discreet official censorship continue to render Qatari domestic media tame and ineffective. Ambassade américaine
Pendant quelques mois, nous avons fait entendre une voix indépendante, qui a dénoncé les exactions sans autre souci que la vérité. Nous avons aidé plus de 250 journalistes et médias en danger dans le monde. Et de cela, je crois, nous pouvons être fiers. Mais certains responsables qataris n’ont jamais voulu d’un Centre indépendant, libre de s’exprimer en dehors de toute considération politique ou diplomatique, libre de critiquer le Qatar lui-même : or, comment être crédible si l’on passe sous silence les problèmes dans le pays qui vous accueille ? Aujourd’hui, le Centre est asphyxié. Nous n’avons plus ni la liberté, ni les moyens de travailler. Cela ne peut plus durer. J’étais prêt à des compromis tant que l’essentiel – les aides distribuées, nos prises de position – était sauf. Ce n’est plus le cas. Robert Ménard.
Nous sommes consternés par l’attitude des autorités qataries qui n’ont pas véritablement joué le jeu, empêchant le Centre d’acquérir son indépendance. Robert Ménard et son équipe ont été pris à partie dès lors qu’ils ont dénoncé les manquements à la liberté de la presse au Qatar. C’était pourtant le préalable à la crédibilité de ce centre. Plusieurs personnes dans l’entourage de l’Emir ne l’ont pas compris. C’est regrettable et guère encourageant pour ceux qui croient en l’avenir de la liberté de la presse dans la région. Pour Reporters sans frontières, à l’origine de ce projet, cette aventure prend fin. Jean-François Julliard (secrétaire général de Reporters sans frontières)

Mini-royaume (moitié d’Israël, 1,5 fois la Corse), massive rente gazo-pétrolière (1er PIB par habitant mondial ; 14% des réserves de gaz mondiales), population réduite (1,5 millions dont 200 000 nationaux soit 20%) et homogène (majorité et famille régnante chiites), 1ère chaine satellitaire de la région (JihadTV alias Al Jazira avec son célèbre consultant religieux, le téléjihadiste Yusuf al-Qaradawi), (dernier dans l’index des lanceurs de chaussures de l’Economist où la seule démocratie arabe arrive, cherchez l’erreur, 4e sur 17!), révolutions de palais entre cousins, achat de sportifs, spectateurs et journalistes pour remplir ses stades vides (avec figurants payés par les clubs ou super-tombola), naturalisation de sportifs de hauts niveau à coup de salaires à vie,  trop petit pour avoir des partis politiques (sic), plus haut taux d’émissions de carbone par habitant (trois fois les Etats-Unis), massive campagnes de pub tous azimuts (55 millions d’euros pour Tracy Edwards pour rebaptiser son bateau Qatar), centre de commandment américain, base aéronavale  française, mission commerciale israélienne, extortion de fonds contre multinationales occidentales, centre de shopping ou de villégiature pour le gratin des autocrates de la région (Assad, Abbas, chef du Hamas), tête de pont chiite pro-iranien contre l’axe sunnite conservateur anti-iranien, soutien financier du Hamas et du Hezbollah, attribution de la Coupe du monde de football 2022 (nécessitant la contruction puis le démontage et démontage au profit de pays en voie de développement de 12 nouveaux stades entièrement climatisés, voire déplacement, pour des raisons climatiques, de la compétition en hiver?) et du Championnat du monde de handball 2015, organisation des jeux asiatiques 2006, candidature pour les JO 2016, candidateure pour la direction de la FIFA, sièges parfois peints en trompe l’oeil afin de créer une illusion de foule devant les 14 caméras de la chaîne Al-Jazira Sport, brumisateurs enchâssés dans le toit des tribunes pour faire pleuvoir une douce rosée sur des gradins déserts, engagement de lobbyistes internationauxde haut vol (Zidane, André Guelfi de l’Affaire Elf récemment sorti de prison), antenne de l’école militaire de Saint-Cyr et de grandes universités britanniques ou américaines, diplomatie hyperactive, médiations et coups politiques (infirmières bulgares), premier dirigeant arabe à être reçu à l’Elysée, dès mai 2007, renflouement de multinationales occidentales à coup de contrats de millions de dollars (aéronautique, armement, 80 avions, au prix catalogue de 16 milliards de dollars), ouverture en grande pompe d’un centre (vite refermé) de la liberté de la presse avec direction prestigieuse (Robert Ménard), dernier dans l’index des lanceurs de chaussures de l’Economist (où la seule démocratie arabe arrive, cherchez l’erreur, 4e sur 17!) …

Alors que contrairement à l’Egypte ou à la Libye,  la situation des peuples syrien, yemeni ou bahreini ne semblent pas préoccuper outre mesure nos nouveaux champions de la liberté des peuples  …

En ces temps étranges où, hormis certes pour leurs alliés syriens et eux-mêmes, les seuls mollahs poussent les feux de la révolution dans les rues du Moyen-Orient et énoncent l’intervention de troupes de la famille Saoud au Bahrein …

Retour sur cette étrange « boite d’allumettes » qui, profitant de sa massive rente gazo-pétrolière pour une population aussi réduite que particulièrement homogène, peut se permettre, via sa chaine satellitaire JihadTV (alias Al Jazira) et selon la bonne vieille méthode de la région (saoudienne comme iranienne ou libyenne) le luxe…

de mettre le feu chez les autres tout en maintenant d’une main de fer ses 20% de naionaux comme ses 80% de travailleurs migrants (121e sur 178 dans le classement RSF,  137e sur 167 à l’indice de démocratie) !

Saudi Columnist: Will Al-Jazeera Cover the Protests in Iran As It Did the Protests in Egypt?

MEMRI

February 17, 2011

In an article in the Saudi daily ‘Okaz, Saudi columnist Khalaf Al-Harbi, an outspoken critic of the Iranian regime, attacked the Al-Jazeera TV channel, arguing that it is motivated not by consistent moral principles but by a political agenda and commercial considerations. Questioning the channel’s sincerity in supporting the Egyptian uprising, Al-Harbi implied that it had acted less out of love for freedom than out of antagonism for Hosni Mubarak coupled with a desire for ratings. He wondered whether the channel would be as sympathetic in its coverage of the Iranian protests, or would change its tune and side with the Iranian regime against the protesters.

Following are excerpts from the article:[1]

Will Al-Jazeera Support Iranian Protesters, or the Mullahs Who Are Gagging the People?

« Thank you to those who helped the illustrious Egyptian people and its heroic youth, who stood exposed in the face of clubs, horses, camels, and armored vehicles. The people whose men, women, and children filled the streets of Cairo, Alexandria, [Port] Said, and the Sinai in order to say the greatest word in modern history: ‘No’. The people whom everyone thought would submit to tyranny forever and would remain forever silent over [its] oppression, [but who instead] leapt forth like a giant of legend and shook the world from end to end, turning the tables on the ruling classes in all the countries of the world – they are the ones who ushered in a new dawn, not Al-Jazeera TV.

« Today, the youth of Iran are taking the same stance, carrying the same desire in their hearts, and standing up to a deceptive regime. Just a few days ago, the turbaned leaders [of this regime] praised the revolution of the Egyptian youth, and [now], only a few days later, they are suddenly [trying] to suppress the revolution of the Iranian youth and calling for the execution of the free people, calling them ‘traitors.’

« Al-Jazeera TV must now answer an important question: Did it [champion the Egyptian uprising because] it supported Egypt’s freedom, or [merely] out of opposition to Hosni Mubarak? This question can be answered by seeing how the channel covers the events in Iran: Will it use the same tactics it used [in covering the events in Egypt], or will it follow the more expected route and support the mullahs who are suppressing the people’s voice? Is Al-Jazeera [guided by] pre-planned political tactics and agendas, or is it grounded in principled views and [a desire to play] a pioneering and enlightened role?…

« There are those who will say that Al-Jazeera views the issue of freedom from the commercial perspective [i.e., from the perspective of ratings], rather than from a political perspective, which is to say that the revolution of the Egyptian and Tunisian youth was a matter of interest to the Arab viewers, whereas the revolution in Iran is unimportant and [therefore] will not be given the same attention. However, this is entirely untrue – the situation in Iran is of interest to all the Arabs, and especially to those in the Gulf, since Iran is an important country in their [region] and the political situation there affects the stability [of their countries]. Moreover, Iran has always had cultural and social influence over the [Gulf] region and over all the Arab peoples, and it intervenes in their affairs, as in the case of the Iraqis, the Lebanese, and the Palestinians. I can assure Al-Jazeera ratings at least as high as those it achieved during the Egyptian revolution, as long as it covers the events [in Iran] in the same revolutionary spirit. »

« Al-Jazeera Is Not Concerned with Principles as Much as It Wants to Fan the [Flames of] Frustration in the Arab World »

« There are those who will say that Al-Jazeera TV is not concerned with principles as much as it wants to fan the [flames of] frustration in the Arab world. It defends Saddam Hussein and Osama bin Laden on the claim that the victory and unity of the Arab nation are more important than the Arabs’ human rights; and at the same time, it opposes Zine Al-‘Abidine Ben ‘Ali and Hosni Mubarak on the grounds that the Arab’s human rights are more important than the victory and unity of the Arab nation. It supports the youth of Al-Qaeda and the Taliban’s mujahideen because it [purportedly] believes they are the only hope for change, but [at the same time] it supports the youth of Facebook and Twitter, because it [purportedly] believes that they are the only hope for change. Finally, it sides with the free people of Tunisia and Egypt [in their struggle] against tyranny, yet all signs indicate that, in [the case of] Iran, it is preparing to side with the powers of tyranny against its free youth.

« In every issue… [Al-Jazeera endorses] ad hoc principles, and values determined by media interests and research, in an attempt to play on the frustrations building up in the Arab’s heart. This media juggling act of Al-Jazeera’s proves that the Arab street is leading [the channel], and not the other way around, as [Al-Jazeera] claims. This is a channel without a fixed airwave or frequency. It rides whatever wave the public is riding [at any given moment] and starts selling big words to simple, destitute people, without [bothering] to suit its stance [of the moment] to the principles it preached in the past. Such a role may bring it sweeping success among the public, but it is an irresponsible role that does not befit a pioneering channel like Al-Jazeera. Principles cannot be bought and sold, and it is unbefitting to sell them cheap at the Friday market.

« I say to [my] dear colleagues, the heroic fighting mujahideen of Al-Jazeera: Iran is calling you. The flags of freedom are waving in the east, only 150 kilometers from your offices, from which you [purport to] free oppressed peoples. Will you turn your feet unexpectedly to [protesters in] Tehran, or have they already been caught by someone else, who is dictating your steps? »

Endnote:

[1] ‘Okaz (Saudi Arabia), February 16, 2011.

Voir aussi:

L’Iran est une nouvelle fois pointé du doigt par le CCG

4 avril L’inquiétude est plus que perceptible au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Réunis hier à Ryad, les ministres des Affaires étrangères des six pays du CCG (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Oman, Qatar et Koweït) ont dénoncé l’ingérence persistante de l’Iran dans leurs affaires intérieures et rappelé leur solidarité face à l’Iran chiite. Ils accusent le régime iranien de fomenter des complots visant la sécurité nationale de leur pays.

Certains pays, comme le Koweït, ont dû expulser ces derniers jours des diplomates iraniens, accusés d’entretenir un réseau d’espionnage. Selon le nouveau secrétaire du CCG, Abdellatif al-Zayani, la découverte de ce réseau d’espionnage n’est « qu’un maillon dans la chaîne des ingérences iraniennes ». Les autorités bahreïniennes accusent l’Iran d’avoir soutenu durant un mois l’opposition chiite qui réclame toujours le renversement de la famille régnante sunnite al-Khalifa. L’Iran avait, par ailleurs, dénoncé avec force le déploiement de troupes saoudiennes à Bahreïn et accusé Ryad de « jouer avec le feu » dans le Golfe. L’Arabie Saoudite a condamné ce communiqué, le jugeant « irresponsable » et « insultant ».

M. Zayani a affirmé que les appels à retirer les forces saoudiennes constituaient une ingérence flagrante dans les affaires intérieures de Bahreïn. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad est allé jusqu’à affirmer que l’intervention pour mettre un terme à la révolte populaire était « un acte hideux voué à l’échec ». Les pays réunis au sein du CCG ont demandé à l’Iran de cesser ces politiques hostiles et de respecter les règles de bon voisinage dans le but de préserver la sécurité et la stabilité de cette région.

Plus que tout, les membres du CCG craignent de voir l’Iran favoriser des mouvements de contestations chez leurs minorités chiites. La création de ce club en 1981 avait déjà été motivée par la crainte d’une exportation de la révolution iranienne chez ses voisins. A Bahreïn, une monarchie sunnite règne sur un pays à 70% chiite, en Arabie saoudite, la minorité chiite, qui représente un dixième de la population, est concentrée dans l’Est de la péninsule, là où se trouve l’essentiel des réserves en hydrocarbures. Les Emirats arabes unis ont un conflit territorial avec l’Iran à propos de la souveraineté sur trois îles stratégiques du Sud du Golfe dans le détroit d’Ormuz. Mais le Qatar n’est pas aussi hostile à l’Iran que les autres puisque le pays partage un gisement gazier avec république islamique et tient à conserver de bons rapports avec Téhéran. Doha joue d‘ailleurs un rôle de médiateur dans la région.

Les documents obtenus par Wikileaks témoignent de cette obsession de la menace iranienne partagée par la quasi-totalité des pays de la région. Un compte-rendu américain dévoile quelques déclarations du roi d’Arabie saoudite qui a affirmé, en mai 2009, qu’on ne pouvait pas faire confiance aux Iraniens, que l’objectif de l’Iran était de causer des problèmes. Le 14 février 2010, l’émir du Qatar déclarait ainsi qu’en se basant sur 30 années d’expérience avec les Iraniens, il ne fallait croire qu’un mot sur cent qu’ils prononçaient.

Sources : Le Figaro.fr, Le Monde.fr, Rfi.fr

Voir également:

Le Qatar, ami discret de Paris

L’Express

le 27/02/2009

Cet émirat qui regorge de gaz est un marché en or pour les industriels et l’armement français. Du Golfe à la Syrie, il est devenu un levier clef de la politique arabe de Nicolas Sarkozy.

Le 29 novembre 2008, Nicolas Sarkozy a fait un aller-retour de vingt-quatre heures au Qatar pour prononcer un discours à la conférence des Nations unies sur le financement du développement. Le vrai message était ailleurs: il s’agissait de ménager les susceptibilités en prévenant que sa prochaine tournée dans le Golfe ne passerait pas par Doha.

Idylle judiciaire

La lune de miel entre la France et le Qatar s’étend aussi au domaine de la justice. Depuis quelques mois, la garde des Sceaux, Rachida Dati, et Ali Ben Fetais al-Marri, procureur général du Qatar (qui joue en fait le rôle de ministre de la Justice), ont noué d’excellentes relations. Très francophile – il a étudié le droit en France – le Qatari a organisé le 28 avril 2008 à Doha la deuxième conférence régionale sur la justice dans le monde arabe. A cette occasion, Rachida Dati a évoqué la création d’une antenne de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM), destinée à former des juges et à promouvoir la francophonie. Ce projet sera suivi par un magistrat de liaison qui devrait être nommé prochainement. Depuis cette annonce, la garde des Sceaux s’est rendue à plusieurs reprises – le week-end principalement – à Doha. Autant d’escapades qui ont fait écrire à Michaël Darmon et Yves Derai, auteurs de Belle Amie (éd. du Moment) que le procureur général du Qatar serait le père de Zohra, la fille de Rachida. Ce qu’a catégoriquement nié l’intéressé, menaçant même de poursuites quiconque colporterait cette rumeur.

Que de prévenance pour ce petit émirat! Il faut dire que le Qatar, riche des troisièmes réserves mondiales de gaz, dispose de moyens considérables au service d’une diplomatie très active. L’entente entre la France et cet émirat francophile ne date pas d’hier. Or, elle s’est considérablement renforcée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, et le Qatar s’est imposé comme un médiateur de premier plan de la diplomatie française au Proche et au Moyen-Orient. Parallèlement, il investit massivement en France dans l’aéronautique et l’hôtellerie de luxe. Cette relation privilégiée ne doit rien au hasard. L’émir Hamad ibn Khalifa al-Thani et son éminence grise, le Premier ministre Hamad ibn Jassem al-Thani, partagent avec le président français un goût prononcé pour les coups diplomatiques et politiques.

Bons offices

Doha rêve de jouer un rôle d’intercesseur régional, au détriment de l’Arabie saoudite, autrefois privilégiée par Jacques Chirac. Les dirigeants qataris se sont rapprochés de Sarkozy alors qu’il était ministre de l’Intérieur. En 2005, ce dernier y effectue sa seule visite ès qualités dans un pays du Golfe. Dès cette époque, des émissaires discrets lui proposent leurs bons offices sur le dossier des infirmières bulgares incarcérées en Libye. Sarkozy enregistre. De son côté, il sait qu’il a besoin d’alliés pour montrer aux pays arabes qu’il n’est pas seulement l’ami d’Israël. D’autant que le Qatar, régime modéré, occupe une position singulière : il est le seul à pouvoir dialoguer avec les Etats-Unis, Israël, l’Iran, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien.

Pour être le premier dirigeant arabe à être reçu à l’Elysée, dès mai 2007, l’émir du Qatar vole au secours de l’Airbus A 350, dont le projet subit des retards. Il achète 80 avions, au prix catalogue de 16 milliards de dollars. Il en profite pour plaider la cause du président syrien Bachar el-Assad, qu’il souhaite sortir de l’isolement dans lequel Chirac l’a placé après l’assassinat, en 2005 à Beyrouth, de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri. Le lancement de l’Union pour la Méditerranée, le 13 juillet 2008, à Paris, lui en donne l’occasion. Plus de 40 chefs d’Etat et de gouvernement des deux rives sont présents, dont Bachar el-Assad, qui perd son statut de paria. Pour la France, c’est un revirement diplomatique complet. En coulisses, l’émir du Qatar est l’artisan discret de la venue de son ami syrien. Sur la tribune présidentielle, il triomphe: il est l’invité d’honneur du défilé du 14 Juillet. Quelques jours plus tard, l’émir offre au président français son premier coup d’éclat, en intervenant financièrement auprès de la Libye, qui libère enfin les infirmières bulgares.

Une antenne de Saint-Cyr ouvrira ses portes à Doha

Royal conquise

« J’ai été très impressionnée par l’ouverture de ce pays. Par l’accueil, aussi, sans a priori. J’ai été frappée par l’ouverture, encore une fois, j’insiste, du Qatar »: ainsi parle la globe-trotteuse socialiste dans son dernier livre (Femme debout, Denoël). Son « M. Banlieues », Kamel Chibli, confirme: « Les gens du Qatar sont très forts en lobbying. Ils ont la volonté d’investir dans différentes causes et s’intéressent aux problématiques sociales en France. »

Depuis, les liens n’ont cessé de se resserrer. « Nous pouvons leur demander de grands services, résume un ministre. En retour, ils savent qu’ils peuvent compter sur nous. » Sur le plan diplomatique, le Qatar prend, de facto, en mai 2008, le relais de la France dans les affaires interlibanaises, parvenant à la conclusion d’un accord qui permet l’élection d’un président de la République après des mois de blocage institutionnel. En septembre, on le retrouve derrière l’organisation de la visite de Sarkozy à Damas, suivie d’un minisommet réunissant la France, la Turquie, la Syrie et le Qatar, au cours duquel Sarkozy apporte une missive des parents du soldat franco-israélien Gilad Shalit, captif du Hamas, destiné à l’un des leaders de l’organisation, Khaled Mechaal. En novembre, l’émir aménage une rencontre entre le président français et son homologue soudanais, Omar al-Bechir, à propos du Darfour.

Sur le plan économique, la France engrange les contrats et les projets: Areva, Gaz de France, EDF, Vinci, Suez, Veolia ont signé d’importants accords lors du premier déplacement du chef de l’Etat, en janvier 2008. Dans le domaine de la défense, une antenne de l’école militaire de Saint-Cyr doit ouvrir ses portes à Doha en 2010, afin de former les officiers qataris. L’an dernier, l’émirat a passé commande pour 142 millions d’euros de matériels de guerre à la France, du jamais-vu depuis 2003.

Si Doha a tout à gagner dans cette idylle, Paris doit s’accommoder de la diplomatie parfois ambiguë de son nouveau partenaire. Pendant la guerre de Gaza, l’Elysée s’est fortement irrité de la réception, digne d’un chef d’Etat, réservée par le Qatar au leader du Hamas Khaled Mechaal. « C’est déroutant », confie un conseiller.

Le Qatar est le 100e fournisseur de la France et son 40e client. Au niveau mondial, le Qatar est au 11e rang des pays générateurs d’excédents commerciaux pour la France (975 millions d’euros en 2007).

Voir de plus:

Le Qatar, un émirat francophile

L’Express

27/02/2009

Dès l’indépendance, en 1971, Doha a noué des liens avec Paris. Approfondis par l’actuel émir, dont la diplomatie vise à imposer ce petit Etat sur la scène régionale.

Les diplomates britanniques présents à l’Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre 1971, n’en croient pas leurs oreilles. A la tribune, le représentant du Qatar demande l’adhésion de son pays à l’ONU non dans la langue de Shakespeare, comme il se doit pour une ancienne colonie britannique, mais dans celle de Molière! Celui qui s’exprime ainsi, Hassan Kamel, est un intellectuel égyptien, conseiller politique et éminence grise du cheikh Khalifa ibn Hamad al-Thani. Un amoureux de la France, où il a jadis fait ses études.

Une obsession: faire sortir son pays de l’anonymat

L’émirat ouvre dès l’année suivante une ambassade à Paris. Mais l’émir lui-même attendra 1974 pour découvrir la France. Premiers accords économiques et financiers, premiers achats d’armes… et premiers investissements immobiliers. Le cheikh s’offre une villa dans le Midi, où il séjourne désormais plusieurs fois par an. Il fait venir à Doha un précepteur chargé d’enseigner le français à sa nombreuse progéniture. Sur fond de choc pétrolier, la « politique arabe de la France » est aussi une stratégie commerciale. En 1980, le Qatar achète ses premiers Mirage. Quelques années plus tard, les Français construisent une base aérienne près de Doha. Aujourd’hui, ces hangars abritent des Mirage 2000 et l’armée de l’émirat est équipée à 80 % de matériels français.

En 1995, le Qatar change d’émir à la suite d’une révolution de palais. Le prince héritier, le cheikh Hamad ibn Khalifa al-Thani, profite de l’un des nombreux séjours en Europe de son père, Khalifa, pour prendre sa place. Une affaire rondement menée, sans effusion de sang. Dans les mois qui suivent, l’embauche, par l’émir déchu, du capitaine de gendarmerie Paul Barril, ancien patron de la cellule antiterroriste de l’Elysée, crée un malentendu provisoire entre Doha et Paris. Mais tout rentre très vite dans l’ordre, d’autant que l’ami Chirac est de retour, à l’Elysée cette fois. Un accord de défense est signé en octobre 1998. Puis, au printemps 2006, les deux chefs d’Etat évoquent au cours d’une conversation à l’Elysée l’installation à Doha d’une antenne de l’école militaire de Saint-Cyr. L’un des fils de l’émir, Jouan, y termine alors ses études et se fait l’avocat du projet, repris par la suite par Nicolas Sarkozy.

Dès son accession au trône, le cheikh Hamad ibn Khalifa al-Thani a une obsession: faire sortir son pays de l’anonymat. Il propose à des journalistes, transfuges de la BBC en langue arabe, de créer à Doha une « télévision pour les Arabes ». Ce sera Al-Jazira. Le succès de cette CNN du Golfe, née en 1996, dont il est toujours le principal actionnaire, est immédiat. Grâce à elle, son petit pays atteint une notoriété que ses faramineux gisements gaziers ne lui avaient jamais conférée…

Au secours des infirmières bulgares

Quel a été le rôle du Qatar dans la libération, en juillet 2007, des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien détenus en Libye? La commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur ces négociations avec le colonel Kadhafi a cherché à le savoir. Sans grand succès…

Sarkozy avait alors salué devant la presse la « médiation » du Qatar. La commission a demandé des précisions à ses collaborateurs. Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, a dit que, au plus fort des négociations, le président français avait appelé le Premier ministre qatari, qui avait lui-même téléphoné au colonel Kadhafi. Jean-David Levitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, a confirmé le « rôle décisif » du Qatar. Et un autre conseiller, Boris Boillon, a précisé que ce pays avait fait office de « joker » de dernière minute. Interrogé sur l' »hypothèse d’une transaction financière », le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a répondu: « Mon sentiment est que nous ne sommes pas à l’abri de l’évocation de certaines transactions financières [sourire]. Mais je n’en sais rien! »

Broussard PhilippeCela n’empêche pas l’émir d’autoriser les Israéliens à ouvrir à Doha, l’année même de la naissance de la nouvelle chaîne, une mission commerciale. Ni d’accueillir, en 2003, le quartier général du commandement central américain, dont les Saoudiens n’ont pas voulu. C’est du Qatar que seront dirigées les opérations contre l’Irak de Saddam Hussein. Et du Qatar, aujourd’hui, que partent certains bombardiers américains engagés en Afghanistan.

En 2006, l’émirat devient, pour deux ans, membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Une situation dont il va se servir pour se démarquer ostensiblement, à plusieurs reprises, des positions prises par les Etats-Unis, sans pour autant jamais remettre en question son alliance avec Washington. Ce sera notamment le cas à propos du programme nucléaire iranien, des raids israéliens sur Gaza ou de la guerre livrée par Tsahal au Liban contre le Hezbollah. L’émir entretient de bonnes relations avec le président syrien, Bachar el-Assad – ce dernier vient fréquemment faire du shopping en compagnie de son épouse dans les galeries marchandes de Doha – ainsi qu’avec les autorités de Téhéran. Khaled Mechaal, le chef du Hamas, a ses entrées au palais royal de Doha. Ce qui n’empêche pas le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui possède une résidence dans l’émirat, d’y être également reçu. Le cheikh s’enorgueillit de parler à tout le monde avec franchise. En 2007, il recevait ainsi dans sa capitale le vice-Premier ministre israélien Shimon Peres. Pour lui expliquer, autour d’une tasse de café bédouin, qu’Israël ferait bien de prendre langue avec le Hamas…

Echapper à l’influence de l’Arabie saoudite

Cette diplomatie volontariste a un but: permettre au Qatar, petit Etat de 11 427 kilomètres carrés et de 724 000 habitants, dont à peine 20 % de nationaux, d’exister sur la scène régionale et internationale. Et d’échapper, du même coup, à la sphère d’influence de l’Arabie saoudite, au point d’apparaître comme son concurrent direct. Tandis que les Saoudiens jouent, avec l’Egypte et la Jordanie, la carte d’un axe sunnite conservateur anti-iranien, le Qatar dialogue avec l’Iran et la Syrie, engage des fonds pour aider le Hezbollah à reconstruire les villages du Sud-Liban, aide le Hamas en Palestine… C’est à Doha, en mai 2008, grâce à la médiation sonnante et trébuchante des autorités qataries, que les partis libanais finissent par se mettre d’accord sur l’élection d’un président de la République. Le précédent « traité » interlibanais, en 1989, avait lui été négocié à Taef, en Arabie saoudite, sous la houlette des Saoudiens et de leur homme lige, Rafic Hariri – alors futur Premier ministre libanais, assassiné en 2005. Tout un symbole.

Il était assez naturel, compte tenu de ces équilibres régionaux, que Nicolas Sarkozy, désireux de se rapprocher de la Syrie, avec laquelle Jacques Chirac avait coupé toute relation après l’assassinat de son ami Rafic Hariri, se tourne vers le Qatar. Invité à la tribune des Champs-Elysées le 14 juillet 2007, l’émir jouera un an plus tard un rôle clef dans la préparation de la visite à Paris du président syrien Bachar el-Assad. Entre-temps, les deux hommes ont eu le temps de se découvrir et de se rendre quelques menus services. Entre les deux, le courant passe: l’un et l’autre sont des pragmatiques. Et l’un comme l’autre n’aiment rien de moins que d’être indispensables…

Qatar

Les cheikhs du stade

L’Express

06/03/2008

Par la volonté de l’émir et de ses fils, ce miniroyaume du Golfe aux allures d’eldorado pétrolier se rêve en nouvelle superpuissance du sport. Visite dans les coulisses d’un paradis, un brin artificiel, candidat à l’organisation des JO 2016.

Assis sur la banquette du 4 x 4 qui précède le peloton du 7eTour cycliste du Qatar, Eddy Merckx surveille la course du coin de l’oeil. «Bon, si j’ai bien compris, ça va faire comme hier : arrivée groupée, un sprint à septante à l’heure et le bouquet pour Tom Boonen… » Le roi Eddy a beau être le parrain de l’épreuve, on ne la lui fait pas : rien ne ressemble plus à une étape du Tour du Qatar qu’une autre étape du Tour du Qatar. 140 bornes en ligne droite au milieu de la caillasse. De temps à autre, un chameau dresse un sourcil circonflexe au passage des coureurs. Jamais le désert n’a si bien porté son nom qu’en ce début du mois de février.

Comme chaque année, les plus beaux coups de pédale du cyclisme international ont fait le déplacement mais, sur la ligne d’arrivée, ils ne seront qu’une cinquantaine d’expatriés pour les acclamer. Sans oublier les applaudissements distraits de quelques cheikhs, hublots fumés sous le keffieh, que des serveurs en livrée ont fait patienter tant bien que mal à grand renfort de pâtisseries au miel.

Au Tour du Qatar, quand la caravane passe, les chiens n’aboient même pas. Mais il en faudrait davantage pour dissuader l’Etat confetti de s’incruster à la table des superpuissances du sport. « Il est plus important d’être au Comité international olympique qu’à l’ONU, a dit un jour l’émir du Qatar, le cheikh Hamad Al-Thani. Parce que tout le monde respecte les décisions du CIO…» Du coup, son pays est candidat à tout. A l’organisation des Jeux olympiques de 2016 et également – mais oui ! – au prologue du Tour de France. La Coupe du monde de football en 2018 ? Le cheikh Hamad y pense aussi. Ce n’est pas seulement la folie des grandeurs. C’est d’abord une question de survie dans cette région sous haute tension du golfe Persique où le royaume des Al-Thani dessine une excroissance saugrenue sur la face de l’imposante Arabie saoudite. A travers le sport, le pays, libéré de la tutelle britannique en 1971, construit encore et toujours sa souveraineté. «Quelqu’un qui se sent en danger préférera toujours marcher au milieu de la rue, sous la lumière des réverbères : le Qatar, c’est pareil », résume Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Après avoir attiré les vedettes vieillissantes du ballon rond et naturalisé une poignée d’haltérophiles bulgares et d’athlètes kényans, le cheikh et ses deux fils – Jassim, fan de foot ; Tamim, passionné d’équitation – rêvent désormais d’une vraie politique sportive et de champions 100% qatariens. Sauf qu’à Doha il est plus facile de faire pousser les gratte-ciel que les forçats des stades. Sous les lustres des palaces internationaux, la vie s’écoule comme un sablier rempli de poussière d’or. Et le seul record du monde détenu par les sujets du cheikh Hamad est celui du taux de cholestérol. Avec 5 % des réserves mondiales de gaz et 15 milliards de barils de pétrole en soute, le pays taillé comme un département français est l’un des plus riches de la planète. A la naissance, chaque Qatarien hérite d’une maison, d’un terrain et d’une rente à vie. Pour le reste, 1 million de travailleurs venus du tiersmonde asiatique s’occupent de bâtir à coups de pioche, de nuit comme de jour, le paradis de 200 000 autochtones à la silhouette aussi rebondie que les pare-chocs de leur 4 x 4.

Dans ces conditions, franchir les grilles d’un stade relève de la corvée, que ce soit pour y perdre quelques litres de sueur ou pour y faire la « ola ». Fierté nationale, le championnat de foot se déroule dans des cathédrales high-tech dont les sièges sont parfois peints en trompe l’oeil afin de créer une illusion de foule devant les 14 caméras de la chaîne Al-Jazira Sport. Les brumisateurs enchâssés dans le toit des tribunes font pleuvoir une douce rosée sur des gradins déserts. Et la centaine de supporters qui vocifèrent à chaque match dans les virages sont des figurants payés par les clubs. Une exception : la finale de la Coupe de l’émir, au début de juin. Ce jour-là, l’International Stadium de Doha est rempli jusqu’à la gueule de spectateurs hindous et pakistanais. Mais ils sont là pour la super-tombola. «Une année, les organisateurs ont fait gagner les trois voitures à la mi-temps. Quand les joueurs sont ressortis du tunnel, il n’y avait plus un chat dans les tribunes », raconte Sabri Lamouchi, 36 ans, ancien milieu de terrain de Parme et de Marseille, qui finit sa carrière au club d’Umm Salam, en première division qatarienne.

On se moque, mais l’émirat n’est pas qu’un Eldorado d’opérette aux ambitions grandiloquentes. Dans les instances internationales, sa puissance de feu est réelle et ses parrains européens bien introduits. Il y a d’ailleurs fort à parier que ses charmes sonnants et trébuchants ne devraient pas échapper à quelques incorruptibles du CIO au moment d’évaluer ses chances pour l’organisation des Jeux en 2016. Ne dit-on pas déjà qu’un des héros de l’affaire Elf, André Guelfi, alias «Dédé la Sardine », 87 ans, roi du lobbying international, jamais en panne d’aisance, travaille à la candidature de l’émirat ? L’intermédiaire, qui a ses entrées dans les coulisses du mouvement olympique comme dans les cuisines de la diplomatie moyenorientale, n’a pas souhaité répondre à L’Express. Sorti de prison, Dédé la Sardine préfère rester à l’ombre.

« L’argent n’est rien, juste l’air qu’on respire »

Le Qatar a déjà fait ses preuves en matière d’organisation : en 2006, lors des Jeux asiatiques. Un succès dont le président du CIO, le Belge Jacques Rogge, a pris bonne note. Sans en avoir l’air, les Jeux asiatiques n’ont rien d’un rassemblement de quartier. Les participants sont plus nombreux qu’aux JO. Et les « sports » inscrits au programme font rêver : tennis-ballon, catch mongol… Le Qatar en a profité pour décrocher au forceps l’une de ses trop rares médailles. Aux échecs, par équipes.

« L’argent n’est rien, juste l’air qu’on respire », aime à répéter le prince Tamim, qui, en 2002, à 23 ans, est devenu le plus jeune membre du CIO. Une âme de bâtisseur, l’héritier. Quelques semaines avant la cérémonie d’ouverture des Jeux asiatiques de 2006, il imagine une tour de 300 mètres au sommet de laquelle scintillera la flamme. Sa construction sera l’exploit sportif de la compétition. « Un contre-la-montre hallucinant : le building montait de 5 mètres par jour ! » se souvient l’entraîneur de chevaux Alban de Mieulle, qui affûte les pur-sang de la famille royale depuis huit ans.

L’architecte français Roger Taillibert, jeune homme de 81 ans, père du Parc des Princes à Paris et du stade olympique de Montréal, fait, lui aussi, partie des intimes de la famille Al-Thani. A l’automne 2005, il est l’invité de l’émir en son palais. On vient de baptiser sa dernière progéniture «Aspire », le plus grand dôme de sports du monde – 20 000 places assises, piscine olympique, terrain de football, centre de formation, une ville sous cloche rafraîchie par l’énergie d’une demi-centrale nucléaire. Coût total : 1 milliard de dollars. A côté, le Palais omnisports de Bercy ressemble à la halle polyvalente de Brie-Comte-Robert.

Ce jour-là, Roger Taillibert n’est pas seul à la table du cheikh Hamad. L’émir du Qatar a réquisitionné Pelé, Diego Maradona et Franz Beckenbauer comme d’autres convoquent la belle famille pour le repas du dimanche. Au café, il prend l’architecte par l’épaule : « Je crois que nous avons encore deux, trois bricoles à faire ensemble. » Cela fait maintenant deux ans que Roger Taillibert est attelé aux « deux, trois bricoles » en question, dont une académie militaire calquée sur le modèle de Saint-Cyr. L’addition devrait tourner autour de 5 milliards de dollars. 5 milliards et des bricoles.

Trop de tout est un manque de quelque chose, affirme le proverbe arabe. Chaque jour, dans le Gulf Times, le quotidien qatarien de référence, les pages sportives prennent des airs de Bottin mondain. Contre un chèque à six chiffres, aucune star ne résiste à l’aller-retour à Doha. En janvier, les dirigeants du FC Barcelone ont été sciés d’apprendre par une dépêche d’agence que le prodige argentin, Lionel Messi, était allé visiter Aspire durant sa journée de repos. La coqueluche du Nou Camp, qui a tapé ses premiers corners sur un terrain vague avec une balle de chiffon, a écarquillé les yeux en découvrant les chambres des aspirants footballeurs qatariens : minibars, écrans plasma, salles de bains cinq étoiles. « C’est beau, tout ce marbre…», a-t-il commenté.

Loin du rêve olympique climatisé, le gymnase Khalifa, dans la banlieue de Doha, semble sortir d’un autre siècle. C’est une salle de gym à l’ancienne, aux murs défraîchis et aux tapis de sol usés par les pirouettes d’une poignée de gamines en justaucorps acidulés. Elles ont 9 ans, traversent l’air cambrées comme des danseuses étoiles sous le regard ému de quelques mères de famille voilées. Ça n’a l’air de rien, ce ballet d’oisillons agrippés à des barres si hautes qu’il faut les y hisser à bout de bras, mais au pays de l’islam wahhabite et de la charia, c’est ici, aussi, que se joue l’avenir du sport au Qatar. Et même un peu plus que cela.

« La place des juments,c’est à l’étable ! »

Quand les parents viennent inscrire leur fillette au gymnase Khalifa, il leur faut d’abord signer une décharge. Pour la tenue vestimentaire de l’enfant. Il arrive, malgré tout, que des gamines veuillent s’initier aux acrobaties le corps entravé dans une abayah noire qui leur tombe jusqu’aux chevilles. Personne ne les en empêche. A la séance suivante, la plupart du temps, ce sont elles qui choisissent de laisser la panoplie au vestiaire. « Les choses se font d’elles-mêmes », souligne la directrice technique de la Fédération qatarienne de gymnastique, Jacqueline Herbrand.

L’entraîneuse belge n’a jamais oublié son arrivée à Doha, à la fin des années 1970. « Le matin, je suis allée courir sur la corniche, en survêtement et coupe-vent, capuche sur la tête. Le premier type que j’ai croisé m’a hurlé au visage : « Ici, la place des juments, c’est à l’étable ! »… » Trente ans plus tard, lors des finales de gymnastique des Jeux asiatiques, elle repense encore à son philosophe du bord de mer. Une de ses élèves, Shijoon, 17 ans, a accédé à la finale des barres asymétriques. C’est l’heure de gloire. L’heure de la revanche. Enfin, presque.

Le mois suivant, revenu d’un séjour d’études en Europe, le frère de la jeune fille remet de l’ordre dans l’étable : il n’a rien contre sa soeur, ni contre le sport. Il a juste un problème avec la gym et ses tenues échancrées. « Il lui a ordonné de se mettre à l’athlétisme, avec un short bien large, ou alors de s’essayer à l’escrime », dit Jacqueline Herbrand. Depuis ce jour, la petite championne n’est jamais réapparue au gymnase Khalifa. Depuis ce jour, chez Shijoon, le téléphone sonne dans le vide.

Voir enfin:

The US embassy cables

WikiLeaks cables claim al-Jazeera changed coverage to suit Qatari foreign policyUS embassy memos contradict Arabic satellite channel’s insistence that it is editorially independent despite being heavily subsidised by Gulf state

Robert Booth

The Guardian

6 December 2010

The Qatari prime minister, Sheikh Hamad bin Jassim al-Thani, offered a deal which was not agreed with Egypt over al-Jazeera, US embassy cables claim. Photograph: Getty

Qatar is using the Arabic news channel al-Jazeera as a bargaining chip in foreign policy negotiations by adapting its cohttp://www.guardian.co.uk/world/2010/dec/05/wikileaks-cables-al-jazeera-qatari-foreign-policyverage to suit other foreign leaders and offering to cease critical transmissions in exchange for major concessions, US embassy cables released by WikiLeaks claim.

The memos flatly contradict al-Jazeera’s insistence that it is editorially independent despite being heavily subsidised by the Gulf state.

They will also be intensely embarrassing to Qatar, which last week controversially won the right to host the 2022 World Cup after presenting itself as the most open and modern Middle Eastern state.

In the past, the emir of Qatar has publicly refused US requests to use his influence to temper al-Jazeera’s reporting.

But a cable written in November 2009 predicted that the station could be used « as a bargaining tool to repair relationships with other countries, particularly those soured by al-Jazeera’s broadcasts, including the United States » over the next three years.

Doha-based al-Jazeera was launched in 1996 and has become the most watched satellite television station in the Middle East. It has been seen by many as relatively free and open in its coverage of the region, but government control over its reporting appears to US diplomats to be so direct that they said the channel’s output had become « part of our bilateral discussions – as it has been to favourable effect between Qatar and Saudi Arabia, Jordan, Syria and other countries ».

In February, the US embassy reported to Washington how « relations [between Qatar and Saudi Arabia] are generally improving after Qatar toned down criticism of the Saudi royal family on al-Jazeera ». In July 2009, the US embassy said the channel « has proved itself a useful tool for the station’s political masters ».

In one dispatch, the US ambassador, Joseph LeBaron, reported that the Qatari prime minister, Hamad bin Jassim al-Thani, had joked in an interview that al-Jazeera had caused the Gulf state such headaches that it might be better to sell it. But the ambassador remarked: « Such statements must not be taken at face value. » He went on: « Al-Jazeera’s ability to influence public opinion throughout the region is a substantial source of leverage for Qatar, one which it is unlikely to relinquish. Moreover, the network can also be used as a chip to improve relations. For example, al-Jazeera’s more favourable coverage of Saudi Arabia’s royal family has facilitated Qatari-Saudi reconciliation over the past year. »

Although LeBaron noted that the station’s coverage of the Middle East was « relatively free and open », he added: « Despite GOQ protestations to the contrary, al-Jazeera remains one of Qatar’s most valuable political and diplomatic tools. »

US allegations of manipulation of al-Jazeera’s content for political ends also contradict Qatar’s claim to support a free press. « The Qatari government claims to champion press freedom elsewhere, but generally does not tolerate it at home, » the US embassy said after the French director of the Doha Centre for Media Freedom resigned in June 2009, citing restrictions on the centre’s freedom to operate.

In a clear example of the regional news channel being exploited for political ends, the Doha embassy claimed Sheikh Hamad (HBJ) told the US senator John Kerry that he had proposed a bargain with the Egyptian president, Hosni Mubarak, which involved stopping broadcasts in Egypt in exchange for a change in Cairo’s position on Israel-Palestinian negotiations.

« HBJ had told Mubarak ‘we would stop al-Jazeera for a year’ if he agreed in that span of time to deliver a lasting settlement for the Palestinians, » according to a confidential cable from the US embassy in Doha in February. « Mubarak said nothing in response, according to HBJ. »

The US has benefitted, too. « Anecdotal evidence suggests, and former al-Jazeera board members have affirmed, that the United States has been portrayed more positively since the advent of the Obama administration, » a cable in November 2009 said. « We expect that trend to continue and to further develop as US-Qatari relations improve. »

In 2001 the emir, Hamad bin Khalifa al-Thani, refused a US request to stop al-Jazeera giving so much airtime to Osama bin Laden and other anti-American figures, saying: « Parliamentary life requires you to have a free and credible media, and that is what we are trying to do.

« Al-Jazeera is one of the most widely watched [TV stations] in the Arab world because of its editorial independence. » The Gulf state has frequently held up al-Jazeera as evidence of its relative openness. The independent Visit Qatar website states: « What makes al-Jazeera such a unique channel in the Middle East is its editorial independence.

« This has been seen by many as evidence that Qatar is one of the region’s more liberal and democratic countries, and one which provides freedom of press and speech. »

Qatar maintains a working relationship with Iran, and the US embassy was concerned by the lack of al-Jazeera coverage of the civil unrest in Iran after the disputed presidential election in the summer of 2009.

« Al-Jazeera’s coverage of the Iranian election and its aftermath has been scanty by comparison to other hot topics in the region, such as Gaza, » reported the embassy at the time.

Al-Jazeera « has proved itself a useful tool for the station’s political masters », the cables said.

Local media are also affected by government interference. « Over the past three [visits] we have assessed as steady the lack of overall media freedom in Qatar, » the November cable said.

« Although overt and official censorship is not present, self and discreet official censorship continue to render Qatari domestic media tame and ineffective. »

Al-Jazeera last night denied the claims. A spokesman for the station said: « This is the US embassy’s assessment, and it is very far from the truth. Despite all the pressure al-Jazeera has been subjected to by regional and international governments, it has never changed its bold editorial policies which remain guided by the principles of a free press. » The embassy of Qatar in London declined to comment on the story last night.

COMPLEMENT:

Comment le Qatar a acheté la France (et s’est payé sa classe politique)

Eric Leser

Slate

06.06.11

Dans la stratégie d’influence de ce micro Etat richissime, la France occupe une place à part. La simple addition des liens établis en France par le Qatar et des intérêts acquis a pourtant de quoi inquiéter.

Le Qatar qui vient de racheter la majorité du capital du PSG, qui intervient militairement aux côtés des Occidentaux en Libye et qui organisera la Coupe du monde de football en 2022 est à peine un Etat. Etabli sur une petite presqu’île de 11.437 km2, un peu plus grande que la Corse, à l’est de l’Arabie saoudite, son territoire désertique est invivable l’été quand les températures oscillent entre 40 et 50 degrés.

L’émirat a obtenu son indépendance en 1971. Il compte 1,5 million d’habitants dont 200.000 seulement sont des citoyens qataris. Leur revenu par tête est tout simplement le plus élevé de la planète. Ils ne payent pas d’impôts, disposent de transports et d’un système de santé gratuits et pour la plupart n’ont tout simplement pas besoin de travailler, la main d’œuvre immigrée est là pour cela.

La vraie raison de la notoriété et du poids économique et politique de ce micro Etat se trouve sous la terre et sous la mer: le pétrole et plus encore le gaz naturel dont ce pays est le troisième producteur au monde. Cela permet au Qatar de gérer le plus grand fonds souverain de la planète, QIA (Qatar Investment Authority), dont les avoirs des différentes entités approchent les 700 milliards de dollars. Les Qataris sont riches à la naissance et assez rapidement inquiets.

Alternance de coups d’Etat

Leur obsession est de préserver et protéger ce qu’ils ont, c’est-à-dire l’indépendance et l’existence même d’un Etat féodal dirigé par un émir qui change au gré des coups d’Etat. Le dernier en date, en juin 1995, a permis à l’actuel émir, Hamad bin Khalifa al-Thani, de déposer son père qui était en vacances en Suisse et qui lui-même avait chassé son cousin du pouvoir en février 1972.

Il a failli y avoir un autre coup d’Etat en juillet 2009, mais il a échoué. «Les Qataris s’achètent en permanence des assurances-vie ou ce qu’ils croient être des assurances-vie, explique un banquier français installé depuis des années à Doha, la capitale de l’émirat. Ils ne font pas dans la finesse et dans la subtilité, mais ils sont très forts. Ils pensent non sans raison que tout s’achète.»

La survie étant sa préoccupation permanente, le Qatar cherche sans cesse des alliés, des obligés et toute forme de reconnaissance: diplomatique, économique, financière, et sportive… Il est le conseiller, le financier, le partenaire, l’intermédiaire de tout le monde ou presque: des Etats-Unis et d’Israël, de l’Arabie saoudite et de l’Iran, de l’Autorité palestinienne, du Hamas, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Syrie, du Liban…

Le Qatar a eu l’habileté de se doter d’une arme de politique internationale exceptionnelle, la chaîne de télévision d’information continue la plus influente du monde musulman, al-Jazeera. Elle couvre tous les pays, sauf un… le Qatar. Et sa bienveillance plus ou moins grande avec les régimes dépend aussi parfois des intérêts de l’émir comme le montrent certaines dépêches secrètes, révélées par Wikileaks, de la diplomatie américaine.

L’addition des biens acquis ne gêne personne

Dans la stratégie d’influence du Qatar, la France occupe une place à part. D’abord parce que les Qataris la connaissent très bien: ses institutions, son personnel politique, ses entreprises, ses forces et ses faiblesses. Ils viennent pour bon nombre d’entre eux en France tous les étés quand ils fuient les grandes chaleurs. Le Qatar aime tellement la France, qu’il a décidé de se la payer… au sens propre.

De se payer sa classe politique, ses grandes entreprises, sa fiscalité, ses grandes écoles, son patrimoine immobilier, ses footballeurs… Et cela ne semble gêner personne. La simple addition des liens établis en France par le Qatar et des intérêts acquis a pourtant de quoi inquiéter.

Car le Qatar n’est pas vraiment un pays fréquentable. C’est une monarchie absolue construite sur une rente. Il n’y a pas de partis politiques et encore moins de démocratie. Le régime de l’émir est fragile même si les révolutions arabes semblent ne pas l’avoir affecté. Il est très difficile d’obtenir des informations sur la tentative de coup d’Etat de juillet 2009. Des militaires de haut rang alliés à une puissance étrangère auraient été arrêtés avant de passer à l’acte.

Doha fait preuve d’une attitude pour le moins ambiguë à l’égard de l’islamisme chiite iranien et plus encore sunnite. C’est le seul pays wahhabite en-dehors de l’Arabie saoudite. C’est un pays où plus des trois quarts des résidents ne sont pas des nationaux et où les minorités iranienne, chiite, pakistanaise, immigrés de pays arabes, pourraient un jour se révolter, prendre le pouvoir, agir pour une puissance étrangère.

Alors Doha tente de jouer un jeu diplomatique subtil consistant à être dans tous les camps en même temps. En février 2010, le Qatar aurait signé un pacte de défense avec la Syrie et l’Iran tout en ayant sur son sol une base militaire américaine depuis la première guerre du Golfe.

Le Qatar a été l’organisateur avec le président syrien Bachar el-Assad, de la visite triomphale de Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, au Liban en juillet 2010. L’émir du Qatar s’est rendu en Israël lors d’une visite secrète en mars 2010. Et selon toujours des sources Wikileaks, le Qatar fait preuve d’un considérable laxisme concernant le financement du terrorisme à partir de son sol.

Tout cela n’empêche pas nos hommes et nos femmes politiques de se succéder en rangs serrés au Qatar. On peut citer pêle-mêle parmi les habitués des séjours à Doha: Dominique de Villepin, Bertrand Delanoë, Philippe Douste-Blazy, Rachida Dati, Ségolène Royal, Fadela Amara, Claude Guéant, Jean-Louis Debré, Gérard Larcher, Hubert Védrine, Frédéric Mitterrand, Hervé Morin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Baudis, Jack Lang…

Un pays pas fréquentable, mais très fréquenté par les politiques français

Trois semaines après son élection en 2007, le premier chef d’Etat arabe reçu à l’Elysée par Nicolas Sarkozy était l’émir Hamad bin Khalifa al-Thani. Un mois et demi plus tard, le 14 juillet 2007, il assistait au défilé sur les Champs-Elysées au côté du président de la République. Les liens étroits tissés par Nicolas Sarkozy avec l’émir quand il était ministre de l’Intérieur et faisait former les forces de l’ordre qataries ont été fructueux.

Cela s’est traduit, pour la partie visible, par le rôle déterminant du Qatar dans la libération en juillet 2007 des infirmières bulgares détenues en Libye par Kadhafi et plus récemment par la participation symbolique du Qatar à l’intervention militaire occidentale contre le même Kadhafi, seul pays arabe à le faire.

Illustration toutefois du double jeu permanent du Qatar, l’émirat a aussi joué un rôle dans l’affaire al-Megrahi, la libération en août 2009, soi-disant pour raisons médicales, de l’un des auteurs libyens de l’attentat de Lockerbie.

Parmi les actuels et anciens membres du gouvernement, Claude Guéant en tant qu’envoyé spécial de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati dont la sœur travaille pour le procureur général du Qatar et Fadela Amara ont multiplié les voyages dans l’émirat. A une époque, quand elle était Garde des sceaux, Rachida Dati se rendait jusqu’à deux ou trois fois par mois au Qatar.

Le Qatar soigne Sarkozy, mais pas seulement: des proches de Chirac (qui en tant que président de la République s’était rendu 9 fois en visite officielle à Doha) et des socialistes bénéficient aussi de son attention et de ses faveurs.

Le Qatar est le principal client du cabinet d’avocat de Dominique de Villepin. Le contrat stipulerait que les déplacements de l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac à Doha se font dans les avions de l’émir. Ségolène Royal s’est elle vu offrir un dîner en son honneur à l’ambassade du Qatar le 27 mars 2008.

La bataille d’Areva et les réseaux Sarkozy

Autre démonstration du poids de l’émirat dans la vie politique française, il a obtenu le vote à l’Assemblée et au Sénat au début de l’année 2008 d’un statut fiscal exorbitant pour ses investissements en France. Les investissements immobiliers ne sont pas imposables sur les plus-values et les résidents qataris en France ne payent pas l’ISF pendant leurs cinq premières années de présence. Le groupe d’amitié entre la France et le Qatar compte 49 députés à l’Assemblée nationale…

Le Qatar a passé des accords de défense avec la France qui assure la formation des marins de sa flotte de guerre et de ses policiers et lui a fourni une grande partie de son matériel militaire, notamment des mirages 2000. Le Qatar a obtenu ou veut obtenir l’ouverture d’antennes à Doha de quelques-unes de nos plus prestigieuses grandes écoles comme HEC, Saint-Cyr ou l’Ecole nationale de la magistrature.

Les grandes entreprises françaises sont évidemment très présentes à Doha, notamment dans la défense et l’énergie: Total, GDF-Suez, EDF, Veolia, Vinci, Air Liquide, EADS, Technip… ont raflé des contrats importants. Mais le Qatar est aussi et avant tout un investisseur. Le fonds souverain du Qatar est actionnaire ou cherche à le devenir, de groupes stratégiques comme Lagardère (défense et presse), Veolia environnement (services collectifs), Suez (énergie, services collectifs), Vinci (BTP), et du coté des tentatives répétées CMA CGM (shipping) et surtout Areva (nucléaire).

La partie qui s’est jouée il y a quelques mois autour du capital d’Areva illustre bien le poids et l’ambition des Qataris en France et la façon dont ils procèdent et dont leurs réseaux fonctionnent. En l’occurrence, ils ont joué sur les liens étroits et anciens entre Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, François Roussely, président du Crédit Suisse France et Henri Proglio, PDG d’EDF et proche de Nicolas Sarkozy.

Ces trois hommes se connaissent très bien. François Roussely a précédé Claude Guéant à la direction de la police nationale et Henri Proglio à la présidence d’EDF. François Roussely a été chargé par le gouvernement de rédiger un rapport sur l’avenir du nucléaire et, ce qui ne semble gêner personne, conseille le Fonds souverain du Qatar qui est client et actionnaire du Crédit Suisse et souhaite ardemment entrer dans le capital d’Areva.

Paris, la tête de pont qatarie

Il a fallu une intervention conjointe du Premier ministre François Fillon, de la ministre de l’Economie Christine Lagarde et d’Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva, pour empêcher in extremis l’entrée à la fin de l’année 2010 du Qatar dans le capital du fleuron français du nucléaire.

«Avec les Qataris, c’est toujours du donnant-donnant, explique sous le couvert de l’anonymat un Français qui a longtemps vécu au Qatar, connaît bien la famille régnante et a vu défiler à Doha une bonne partie de la nomenklatura française. Parfois, il y a un grain de sable in extremis comme dans l’affaire Areva, mais c’est l’exception, ils préparent bien leurs coups.»

L’immobilier donne également une bonne mesure de l’influence qatarie. L’émir possède un palais de 4.000 m2 à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine) et l’hôtel d’Evreux, place Vendôme ainsi que deux autres hôtels particuliers attenant. Le fonds souverain détient à Paris des hôtels de luxe (Majestic et Royal Monceau).

Mais ce sont les travaux du frère de l’émir lors de la restauration de l’hôtel Lambert, joyau du XVIIe siècle situé sur l’île Saint-Louis, racheté en 2007 aux héritiers du baron Guy de Rotschild, qui ont fait un peu de bruit. Des travaux considérables et illégaux qui ont provoqué une polémique. Pour y mettre fin, Christine Albanel, alors ministre de la Culture, n’avait pas saisi la Commission nationale des monuments historiques, mais un Comité scientifique… créé spécialement.

Et pour finir donc le sport et le football qui pour le Qatar semblent être le moyen idéal pour obtenir enfin la reconnaissance et le statut qu’il cherche frénétiquement. Le recrutement de Zinedine Zidane pour plusieurs millions d’euros afin de vanter les mérites de la candidature à la Coupe du monde de football de 2022 du plus petit pays au monde l’ayant jamais organisé — qui ne s’est jamais qualifié pour cette compétition et de surcroit à un climat inadapté à la pratique de ce sport en été… — a été couronné de succès.

La controverse qui a suivi et les lourds soupçons de corruption de la Fifa n’y ont rien changé. Après le Royaume-Uni, l’Allemagne à son tour vient pourtant de contester le choix du Qatar et demande que la candidature soit rééxaminée. Peu probable.

L’intérêt du Qatar pour le football ne s’arrête pas à l’organisation de la Coupe du monde et à l’achat pour ses clubs de joueurs européens en fin de carrière payés à prix d’or. Les clubs de football européens deviennent aussi des proies, celui de Malaga en Espagne, le FC Barcelone dans une moindre mesure, et donc maintenant le Paris Saint-Germain, le seul grand club de la capitale française dont Nicolas Sarkozy est un supporter affirmé. Il se dit de façon insistante que l’Elysée n’aurait d’ailleurs pas ménagé ses efforts pour convaincre l’émir de donner au PSG les moyens de nouvelles ambitions. Mais quelle en sera la contrepartie?


Printemps arabe: La sainteté n’est plus ce qu’elle était (Sainthood is not what it used to be)

7 avril, 2011
Gandhilike KhomeiniTu as complètement pris possession de mon corps. C’est un esclavage insupportable. Gandhi (lettre à l’architecte allemand Hermann Kallenbach, 1914, reproduite dans « Grande âme: Mahatma Gandhi et sa lutte avec l’Inde » de Joseph Lelyveld, 2011)
L’écriture de cette biographie est perverse par nature. Le peuple du Gujarat ne tolérera jamais une telle insulte vis-à-vis de Gandhi. Narendra Modi (ministre en chef de l’Etat du Gujarat)
Dans l’expression ‘gouvernement islamique’, pourquoi jeter d’emblée la suspicion sur l’adjectif ‘islamique’ ? Le mot ‘gouvernement’ suffit, à lui seul, à éveiller la vigilance. Foucault (dec. 1978)
Khomeini is a Gandhi-like figure. William Sullivan (ambassadeur américain à Téhéran)
Khomeini (…) is not a « mad mujahid », but a man of “impeccable integrity and honesty. James Bill (conseiller de Carter, Newsweek, February 12, 1979)
Supposer que l’Ayatollah Khomeiny est un dissimulateur est presque iconcevable. Son style politique est d’exprimer son point de vue réel d’une manière provocante  et sans concession. Peu importe les conséquences. Il a peu d’incitations pour devenir brusquement sournois pour flatter l’opinion publique américaine. Ainsi, le dépeindre comme fanatique, réactionnaire et porteur de préjugés bruts apparait heureusement et certainement faux. Aussi, ce qui est encourageant, c’est que son entourage de proches conseillers est uniformément composé d’individus modérés et progressistes. (…) En dépit de ces turbulences, beaucoup d’Iraniens non religieux parlent de cette période comme l’heure de gloire de l’Islam. Après avoir créé un nouveau modèle de révolution populaire fondée, pour l’essentiel, sur les tactiques nonviolentes, l’Iran pourrait bien finalement nous fournir le modèle de gouvernance humaine dont ont désespérément besoin  les pays du tiers-monde. Richard Falk (universitaire de Princeton et conseiller de Carter, NYT, February 16, 1979)
No less a moralist than UN Ambassador Andy Young has said that Ayatollah Khomeini may be a saint, but sainthood, like everything else, is not what it used to be. In Iran today, burly sinners do the saint’s work which involves many firing squads. George Will (April 1979)
Yes, that does worry me. But my own experience with the press leads me to be very sympathetic and understanding and forgiving of the way people are caricatured by the press. I would be willing to bet that, in another year or so – it probably won’t take that long – Khomeini will be some kind of saint when we finally get over the panic of what is happening there. He is not to be dismissed. I certainly cannot agree with what I hear people say he says. But I don’t agree with what people say I say either. Andrew Young
An eternal written testament to Falk’s sheer, triumphal idiocy — and a harbinger, perhaps, of his moral cretinism as well — was published in the New York Times February 16, 1979. The very title of Falk’s opinion editorial, « Trusting Khomeini, » is pathognomonic of two devastating Western maladies — cultural self-loathing, and jihad denial. Indeed these trends have worsened over the intervening three decades, as the civilizational war waged by Shiite and Sunni jihadists — consistent with Islam’s classical jihad theory — has intensified. Distressingly ignorant appraisals of the contemporary Egyptian Muslim Brotherhood (MB), which have accompanied analyses of the current unrest in Egypt, may represent the apotheosis of these trends. (…) Historian Robert Conquest identified a salient feature of the delusive mindset of apologists for Soviet era Communist totalitarianism shared by today’s useful idiots for totalitarian Islam — willful blindness. Andrew G. Bostom

Does Obama agree with Jimmy Carter that Khomeini & leaders of the Muslim Brotherhood are Ghandi-like figures?

Trouvée sur l’internet cette tonitruante question

A l’heure où, de Gandhi (bisexualité) à Martin Luther King (alcool et petites femmes), nos pauvres saints laïcs du siècle dernier sont soumis à rude épreuve par leurs hagiographes …

Alors qu’emportés par leur soudain enthousiasme pour le prétendu « printemps arabe » qui depuis quelques mois soulève l’ensemble du Monde arabe, nos gouvernants actuels ne semblent pas trop, y compris surmontant sa passivité naturelle le Tergiverseur en chef de la Maison Blanche, hésiter à financer voire à armer le premier jihadiste venu.

Apparemment oublieux de l’incroyable erreur de jugement de leurs prédécesseurs vis à vis notamment de l’Ayatollah Khomeini …

Dépeint justement, on s’en souvient à la veille de la Révolution islamique, comme une sorte de futur « saint » (l’ambassadeur américain à l’ONU Andy Young) ou une sorte de « figure gandhiesque » (ambassadeur américain à Téhéran) …

Was Khomeini Iran’s Gandhi?

Ramin Parsa

12-Dec-2009

This is how Andrew Young, Carter’s US Ambassador to the UN, described Ayatollah Khomeini in 1978, long before the revolution succeeded: « Khomeini will eventually be hailed as a saint. »

And this is the New York Times characterization of Khomeini, a tolerant leader whose “entourage of close advisers is uniformly composed of moderate, progressive individuals.” The editorials went on to say Khomeini would provide “a desperately needed model of humane governance for a third-world country. »

William Sulivan, Carter’s ambassador to Iran, said, “Khomeini is a Ghandi-like figure.”

Carter adviser James Bill, the author of the very baised « Lion and he Eagle, » said that Khomeini is not a « mad mujahid, » but a man of “impeccable integrity and honesty.”

A man of impeccable integrity and honesty? Mullah Khomeini? « Humane? » A « Ghandi-like » figure? A « saint? » « Moderate? » « Progressive? »

Add to this backdrop, the BBC’s daily promotion of their well-groomed mullah. And some people actually think Jimmy Carter merely « abandoned » the Shah. It seems much more likely that he (and the UK) actively promoted and deliberately orchestrated Khomeini’s ascendancy.

 Voir aussi:

The ‘Trusting Khomeini’ Syndrome, Redux?

Andrew G. Bostom

American thinker

February 06, 2011

International Law Professor Richard Falk has become infamous for his calumnies against Israel, based upon deliberately (and transparently) deceitful « investigations. »

An eternal written testament to Falk’s sheer, triumphal idiocy — and a harbinger, perhaps, of his moral cretinism as well — was published in the New York Times February 16, 1979. The very title of Falk’s opinion editorial, « Trusting Khomeini, » is pathognomonic of two devastating Western maladies — cultural self-loathing, and jihad denial. Indeed these trends have worsened over the intervening three decades, as the civilizational war waged by Shiite and Sunni jihadists — consistent with Islam’s classical jihad theory — has intensified.

Distressingly ignorant appraisals of the contemporary Egyptian Muslim Brotherhood (MB), which have accompanied analyses of the current unrest in Egypt, may represent the apotheosis of these trends. (For an accurate appraisal of the Egyptian MB’s current views and goals in its own Arabic words, carefully translated from the original, see this report.

Historian Robert Conquest identified a salient feature of the delusive mindset of apologists for Soviet era Communist totalitarianism shared by today’s useful idiots for totalitarian Islam — willful blindness.

[A] con job needs a con man and a sucker. In their case many suckers even managed not to take in what they saw with their own eyes, or rather somehow to process unpleasantness mentally into something acceptable…Mind-set seems too strong a word: these were minds like jelly, ready for the master’s imprint…[T]his was an intellectual and moral disgrace on a massive scale.

What follows are lengthy extracts from Falk’s February, 1979 New York Times essay. However intellectually deficient Falk and his New York Times editorial page abettors may have been — and remain — it is still worth reflecting upon their clear, and nefarious goal, as elucidated by Protestant theologian and social critic Jacques Ellul.

The goal of modern propaganda is no longer to transform opinion but to arouse an active and mythical belief.

Corrective annotation is provided as embedded links to sources documenting Khomeini’s longstanding, clearly articulated views (as well as the views of what Falk terms his « entourage » of « moderates and progressives »), and what actually befell non-Muslim minorities, and « the Left » under the Shiite theocracy Khomeini re-installed. The best source on the human rights tragedy engendered by Iran’s retrograde 1979 Khomeini « revolution » remains historian Reza Afshari’s seminal 2001 publication, Human Rights in Iran: The Abuse of Cultural Relativism

A compendious online source of refutations to the fatuous claims by Falk was assembled here, entitled, « Promises Before and Results After Khomeini’s Islamists Took Over. » More specific sources are cited within the three notes, below.

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Richard Falk, professor of international law at Princeton University, recently visited the Ayatollah Ruhollah Khomeini in France.

Part of the confusion in America about Iran’s social revolution involves Ayatollah Ruhollah Khomeini. More than any third-world leader, he has been depicted in a manner calculated to frighten.

In recent months, before his triumphant return to Tehran, the Ayatollah gave numerous reassurances to non-Moslem communities in Iran. He told Jewish community leaders that it would be a tragedy if many of the 80,000 Jews left the country. Of course this view is qualified by his hostility to Israel because of its support of the Shah and its failure to resolve the Palestinian question.

AGB: [Note: Shortly after the executions of Jewish community leaders, on manufactured charges of « espionage, » following Khomeini’s ascension to power, in fact 75% of the Jewish community did flee. See here pp. 141-150 and here about these events, the overall plight of Jews and other non-Muslims in Iran, notably, Zoroastrians, Bahai, and Christians, and Khomeini’s apocalyptic, genocidal Islamic views about the Jews of Israel because they did not live as « dhimmis, » subjugated under the Sharia, Islamic Law-sentiments that were independent of the so-called « Palestinians, » or any relationship between the Shah and « Zionists »]

He also indicated that the non-religious left will be free to express its views in an Islamic republic and to participate in political life, provided only that it does not « commit treason against the country » by establishing foreign connections-a lightly-veiled reference to anxiety about Soviet interference.

AGB:[Note: Reza Afshari (p. 22) has summarized what actually transpired: « Politically, the highly repressive character of the regime emerged during the process by which the clerics severely restricted the basic freedoms of political activists. They achieved their goal by forcibly removing all secular, leftist, and liberal political forces and individuals from the wide and unwieldy array of political activities that the revolution had opened up in 1979. » See here and pp. 5,8, 68,87,110,112,123,139-141,144,206 for additional discussion of Iran’s theocratic constitution regarding the rights and status of the « non-religious, » and Sharia based punishments for apostasy, and blasphemy; See here for a brief discussion of Khomeini’s brutal campaign against the left, involving murder, torture, and incarceration.]

To suppose that Ayatollah Khomeini is dissembling seems almost beyond belief. His political style is to express his real views defiantly and without apology, regardless of consequences. He has little incentive suddenly to become devious for the sake of American public opinion. Thus the depiction of him as fanatical, reactionary and the bearer of crude prejudices seems certainly and happily false. What is also encouraging is that his entourage of close advisers is uniformly composed of moderate progressive individuals…[T]hey are widely respected in Iran outside religious circles, share a notable record of concern for human rights and seem eager to achieve economic development that results in a modern society oriented on satisfying the whole population’s basic needs.

AGB [Note: Apparently Falk saw nothing « fanatical, reactionary or (rife with) crude prejudices » in Khomeini’s indeed unapologetic, openly espoused call for open ended offensive jihad genocide (pp. 226-29) to achieve regional, then global Islamic hegemony; his views (pp. 141-50) on Jews and other non-Muslims, including the dehumanizing Shiite concept of najis; and his grotesque misogyny including sanctioning of female child abuse. These views were shared and sanctioned by his « entourage. » Falk’s willful « intellectual and moral disgrace » in Conquest’s apt formulation, apparently included no understanding of the religiously sanctioned practice of taqiyya/ kitman (« ketman » as per Milosz), or « dissembling » to promote Islamic goals.

[Note: The concluding sections of Falk’s essay, below, reach such dizzying heights of willful delusion that no annotated comments are necessary.]

Ayatollah Khomeini said recently, in France, that in any well-governed society « the ruler does not live very differently from the ordinary person. » For him, to be religious is to struggle for these political goals, yet the religious leader’s role is to inspire politics, not to govern. Hence, it is widely expected that he will soon go to the holy city of Qum, at a remove from the daily exercise of power. There he will serve as a guide or, if necessary, as a critic of the republic.

In looking to the future, Ayatollah Khomeini has spoken of his hopes to show the world what a genuine Islamic government can do on behalf of its people. He has made clear frequently that he scorns what he considers to be the so-called Islamic Governments in Saudi Arabia, Libya, and Pakistan.

Despite the turbulence, many non-religious Iranians talk of this period as « Islam’s finest hour. » Having created a new model of popular revolution based, for the most part, on non-violent tactics. Iran may yet provide us with a desperately-needed model of humane governance for a third-world country. If this is true, then indeed the exotic Ayatollah may yet convince the world that « politics is the opiate of the people. »

Voir également:

Young Praises Islam as ‘Vibrant’ And Calls the Ayatollah ‘a Saint’

The New York Times

February 8, 1979

Andrew Young, the chief United States delegate to the United Nations, praised Islam yesterday as « a vibrant cultural force in today’s world » and said that Ayatollah Ruhollah Khomeini, the Iranian Islamic leader, would eventually be hailed as « a saint. »

Mr. Young, going considerably further than has the Carter Administration, declared that it would be « impossible to have an Islamic fundamentalist state » in Iran  because « too much western idealism has infiltrated that movement ».

Islam is a vibrant cultural force in today’s world and not something that died with the Middle Ages said the delegate in an hourlong meeting with the New York forum, a group of New York City reporters at the City University Graduate Center. He said that Islam had been revitalized with young people with western educations and added I don’t think the Ayatollah realizes the force he is in control of.

Mr. Young has frequently strayed from Administration policy and yesterday he seemed to be assuming that the government of Prime Minister Shahpur Bakhtiar would not survive the challenge by the Ayatollah. On Tuesday, the United States reiterated its support of the Bakhtiar government and of the constitutional process in Iran.

Asked whether he was writing off the Bakhtiar government, Mr. Young backtracked somewhat and said « It would be very good if there were some accomodation with the Bakhtiar government ».

Although he acknowledged that Ayatollah Khomeini had been accused of anti-Christian and anti-Semitic remarks, Mr. Young, who is an ordained minister in the United Church of Christ, predicted that « Khomeini will be somewhat of a saint when we get over the panic ». While anticipating « a rough year ahead » in United States-Iranian relations, the United Nations delegate predicted that « in two years, our relations with Iran will be on a pretty even keel ».

Mr. Young, who sat at the head of a conference table during the interview, appeared to take a harder line than the Administration toward the deposed Shah. While acknowledging that the United States could not « walk away from the Shah », he said that his downfall was not a case of too much technology or too much development, « The problem was basically repressive », he said.

Voir enfin:

Trusting Khomeini

Richard Falk

The New York Times

February 16, 1979

Princeton, New Jersey: Part of the confusion in America about Iran’s social revolution involves Ayatollah Ruhollah Khomeini. More than any third-world leader, he has been depicted in a manner calculated to frighten.

In recent months, before his triumphant return to Tehran, the Ayatollah gave numerous reassurances to non-Moslem communities in Iran. He told Jewish community leaders that it would be a tragedy if many of the 80,000 Jews left the country. Of course this view is qualified by his hostility to Israel because of its support of the Shah and its failure to resolve the Palestinian question.

He also indicated that the non-religious left will be free to express its views in an Islamic republic and to participate in political life, provided only that it does not « commit treason against the country » by establishing foreign connections-a lightly-veiled reference to anxiety about Soviet interference.

To suppose that Ayatollah Khomeini is dissembling seems almost beyond belief. His political style is to express his real views defiantly and without apology, regardless of consequences. He has little incentive suddenly to become devious for the sake of American public opinion. Thus the depiction of him as fanatical, reactionary and the bearer of crude prejudices seems certainly and happily false. What is also encouraging is that his entourage of close advisers is uniformly composed of moderateprogressive individuals.[T]hey are widely respected in Iran outside religious circles, share a notable record of concern for human rights and seem eager to achieve economic development that results in a modern society oriented on satisfying the whole population’s basic needs.

Ayatollah Khomeini said recently, in France, that in any well-governed society « the ruler does not live very differently from the ordinary person. » For him, to be religious is to struggle for these political goals, yet the religious leader’s role is to inspire politics, not to govern. Hence, it is widely expected that he will soon go to the holy city of Qum, at a remove from the daily exercise of power. There he will serve as a guide or, if necessary, as a critic of the republic.

In looking to the future, Ayatollah Khomeini has spoken of his hopes to show the world what a genuine Islamic government can do on behalf of its people. He has made clear frequently that he scorns what he considers to be the so-called Islamic Governments in Saudi Arabia, Libya, and Pakistan.

Despite the turbulence, many non-religious Iranians talk of this period as « Islam’s finest hour. » Having created a new model of popular revolution based, for the most part, on non-violent tactics. Iran may yet provide us with a desperately-needed model of humane governance for a third-world country. If this is true, then indeed the exotic Ayatollah may yet convince the world that « politics is the opiate of the people. »

Richard Falk, professor of international law at Princeton University, recently visited the Ayatollah Ruhollah Khomeini in France.


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