Livres: Et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée (Is current reality fast catching up with Jean Raspail’s 40-year-old grim vision?)

The Camp of the saints (Jean Raspail, 1973)Quand les mille ans seront accomplis, Satan (…) sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Jean (Apocalypse 20: 7-9)
It’s the end of the world and I feel fine. REM
If they want peace and security, they should surrender to the will of Islamic Shariah. Muslims have to protect Copts. Sobhi Saleh (ex-député égyptien des Frères musulmans et seul représentant des groupes anti-Moubarak choisi par l’Armée pour la récente révision constitutionnelle)
Israel treats us as enemies If they are enemies for all its neighbors, why is it there? Sobhi Saleh
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. Boumediene (mars 1974)
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épée, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l’Union Européenne. Il y aura alors 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une fâcheuse posture. Et il en est de même de l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien de déclarer la guerre aux musulmans. Kadhafi (10.04.06) 
Et si Raspail, avec « Le Camp des Saints », n’était ni un prophète ni un romancier visionnaire, mais simplement un implacable historien de notre futur? Jean Cau
Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l’oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme. (…) Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident « le monde libre » par rapport au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce « monde libre », fonctionnaires zélés de l’oeil du Coran, pullulent en son sein. Robert Redeker
La pitié ! La déplorable, l’exécrable pitié, la haïssable pitié ! Vous l’appelez : charité, solidarité, conscience universelle, mais lorsque je vous regarde, je ne distingue en chacun de vous que le mépris de vous-mêmes et de ce que vous représentez. […] En pariant sur la sensibilité, que vous avez dévoyée, des braves gens de chez nous, en leur inculquant je ne sais quel remords pour plier la charité chrétienne à vos étranges volontés, en accablant nos classes moyennes prospères de complexes dégradants […], vous avez créé de toutes pièces au coeur de notre monde blanc un problème racial qui le détruira, et c’est là votre but. Consul belge (personnage du roman)
Me voilà avec un million de frères, de sœurs, de pères, de mères et de fiancées. Je ferai un enfant à la première qui s’offrira, un enfant sombre, après quoi je ne me reconnaîtrai plus dans personne…(…) Je vous hais. Et c’est chez vous que je conduirai les plus misérables, demain. Ils ne savent rien de ce que vous êtes, de ce que vous représentez. Votre univers n’a aucune signification pour eux. Ils ne chercheront pas à comprendre. […] Chacun de vos objets perdra le sens que vous lui attachiez, le beau ne sera plus le beau, l’utile deviendra dérisoire et l’inutile, absurde. Plus rien n’aura de valeur profonde. Cela va être formidable ! Foutez le camp ! Jeune pillard européen à un vieux professeur de français à la retraite)
Le titre m’est venu de la lecture de l’Apocalypse, du chapitre 20, qui annonce qu’au terme de mille ans, des nations innombrables venues des quatre coins de la Terre envahiront « le camp des saints et la Ville bien-aimée ». Jean Raspail
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Qu’est-ce que Big Other ? C’est le produit de la mauvaise conscience occidentale soigneusement entretenue, avec piqûres de rappel à la repentance pour nos fautes et nos crimes supposés –  et de l’humanisme de l’altérité, cette sacralisation de l’Autre, particulièrement quand il s’oppose à notre culture et à nos traditions. Perversion de la charité chrétienne, Big Other a le monopole du Vrai et du Bien et ne tolère pas de voix discordante. Jean Raspail
Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et double conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faiblesse, que la peur d’opposer la légitimité de la force à l’illégitimité de la violence. Jean Raspail
Il est exceptionnel qu’un éditeur se mêle d’écrire dans le livre d’un de ses auteurs. Qu’il s’agisse d’une note, d’un avertissement ou d’une préface, la pratique est si rare qu’elle a échappé à l’œil pourtant exercé de Gérard Genette : le chapitre qu’il consacre à « L’instance préfacielle », dans son fameux inventaires des coquetteries paratextuelles (Seuils, Seuil, 1987), est muet à ce sujet. Or, si l’on a déjà lu des avant-propos visant à justifier la publication d’un livre sulfureux (Pierre Nora pour le Journal 1939-1945 de Pierre Drieu La Rochelle) ou à soutenir celle d’un livre émondé de ses pages les plus contestées (Claude Durand pour La campagne de France de Renaud Camus), on ne souvient pas avoir jamais vu d’éditeur prenant ses distances avec le livre qu’il publie. Faut-il que l’affaire soit délicate pour en arriver à un tel état d’exception. Pierre Assouline
La véritable cible du roman, ce ne sont pas les hordes d’immigrants sauvages du tiers-monde, mais les élites, politiques, religieuses, médiatiques, intellectuelles, du pays qui, par lâcheté devant la faiblesse, trahissent leurs racines, leurs traditions et les valeurs de leur civilisation. En fourriers d’une apocalypse dont ils seront les premières victimes. Chantre des causes désespérées et des peuples en voie de disparition, comme son œuvre ultérieure en témoigne, Jean Raspail a, dans ce grand livre d’anticipation, incité non pas à la haine et à la discrimination, mais à la lucidité et au courage. Dans deux générations, on saura si la réalité avait imité la fiction. Bruno de Cessole
La zemmourisation des esprits est en marche, et à grande échelle (…) C’est la réédition que s’arrachent les tenants d’une France menacée dans son identitépar un « raz de marée » de migrants. Pour une partie de la droite et de l’extrême droite, « Le camp des saints », de Jean Raspail, publié en 1973, est un livre prophétique, qui s’avère terriblement d’actualité. Le livre décrit en effet l’arrivée de 1 million d’immigrants, venant d’Inde, sur les côtes françaises. Ce qui annonce, selon l’auteur,« la fin du monde blanc ». Le Point

« Raciste »? « Toxique »? « Zemmour des années 70 »?

A l’heure où à chaque nouvelle dépêche la réalité semble vouloir rattraper la fiction la plus échevelée …

Où, avec leurs « démocratie islamique » et « partis de la Liberté et de la Justice » de l’autre côté de la Méditerrannée, les « Frères » se préparent à « protéger les Coptes » … 

Où la vague de déshérités qu’est en train de jeter sur nos plages l’actuel « printemps arabe » menace de prendre des proportions proprement apocalyptiques…

Et où la bienpensance socialisante des probables successeurs de notre brouillon Sarkozy national à l’Elysée l’an prochain a rarement été aussi haute … 

Peut-on imaginer, de la part de notre belle âme de service de Libération, meilleure incitation… 

A lire ou relire la toute récente réédition de l’allégorie prophétique de Jean Raspail (« Le Camp des saints« )?   

Appeler racistes les racistes 

Daniel Schneidermann  

Libération  

07/03/2011  

Ces dignitaires UMP acclamant Zemmour comme une pop star, ce Copé, ce Novelli, avec leurs calculs électoraux qui crèvent l’écran, leur panique camouflée en matoiserie, leur course aux canots de sauvetage déguisée en ricanantes provocations, leurs trépignements («on a quand même bien le droit de dire ce qu’on veut chez nous, na») : quelle image pour la jeunesse de Tunis ou du Caire ! Si toutefois cette jeunesse nous regarde, ce qui semble de moins en moins probable. Le légalisme de la jeune révolution tunisienne, sa décision d’élire une constituante ! Et pendant ce temps, nos benalistes rassis à nous, acclamant un raciste condamné ! 

Tiens, puisqu’on parle de la belle France, de la France éternelle, ouverte sur l’horizon. Pendant qu’il n’est bruit que de Zemmour, les éditions Robert Laffont viennent de rééditer le Camp des saints, de l’écrivain d’extrême droite Jean Raspail. Le livre a été publié en 1973. Son thème ? Un million d’Indiens miséreux, à bord d’une flottille hors d’âge, s’échouent sur la Côte d’Azur. Qu’en faire ? Les accueillir ? Les empêcher de débarquer, arme à la main ? Le véritable sujet du livre n’est pas l’invasion elle-même. C’est la capitulation des élites politiques et médiatiques françaises devant cette invasion. Ils rêveraient de tirer dans le tas, mais n’osent pas. Leur lâcheté, leur déballonnement, devant ce qu’on n’appelait pas encore, en 1973, la bien-pensance tiers-mondiste (mais le concept était déjà là) les paralysent. La médiatisation du livre a été limitée : quelques articles et interviews dans le Figaro Magazine et Valeurs actuelles. Même Copé n’a pas osé inviter Raspail (mais ça viendra peut-être). Le livre est pourtant un grand succès : 5 000 exemplaires ont été vendus en février. Jean Raspail, en outre, a participé à une grande émission de télévision, Ce soir ou jamais, animée sur France 3 par Frédéric Taddeï. Très bien. Il est tout à fait légitime que la télévision publique reçoive tout le monde, même les écrivains racistes, tant qu’ils n’ont pas été condamnés. Sauf que l’animateur, Taddeï, a soigneusement omis de prononcer un mot : «racisme», justement. «Sulfureux», «controversé» : pour présenter le livre, Taddeï s’est soigneusement limité à ces adjectifs, qui évitent de prendre parti et de s’engager.

Le Camp des saints est pourtant un livre raciste. Odieusement raciste. Si Frédéric Taddeï l’a vraiment lu, il ne peut le qualifier autrement. Exemples ? Ils fourmillent. Les naufragés de Jean Raspail puent, et l’écrivain insiste longuement sur cette puanteur. Pas un seul, dans ce million d’Indiens, n’est doté par le romancier d’un visage humain, ou de réactions humaines. C’est une masse grouillante, informe et menaçante. Noirs et Arabes, jetés sur les routes par la débâcle française devant cette invasion pacifique, ne sont que des délinquants et des violeurs. Il a beau être édité par l’honorable maison Robert Laffont, c’est un livre raciste – ce qui ne lui retire pas ses qualités littéraires, et notamment sa perverse puissance d’évocation. En considérant cet accueil critique intimidé, aujourd’hui, du Camp des saints, comment ne pas repenser à l’accueil critique de Bagatelles pour un massacre, l’immonde pamphlet antisémite de Céline, tel que le relatait récemment André Derval, dans un recueil passionnant (1) ? Céline le publie en 1937. Au comble de l’embarras, la «grande presse» fait silence. La presse d’extrême droite exulte. Rien que de très normal. Et il se trouve, dans les revues littéraires, des critiques pour exalter le style de l’œuvre, en faisant mine de ne pas voir son contenu. Jean Raspail était une sorte de Zemmour des années 70. Comme Zemmour, d’ailleurs, il faut le voir faire patte de velours, sur les plateaux.

 Entretien. L’écrivain retrace le destin hors norme du « Camp des saints ».

Jean Raspail : “Ouvrir les yeux sur les mensonges”  

Bruno de Cessole 

Valeurs actuelles

10/02/2011 

Revenant sur l’étonnante aventure de son livre, Jean Raspail raconte sa genèse comme les raisons de son audience, et confie ses ultimes convictions. 

Votre livre le Camp des saints, qui est réédité ce mois-ci avec une importante préface inédite, a été publié la première fois en 1973. Comment s’est imposé à vous ce que l’on peut considérer com­me votre premier grand ro­man ? 

Effectivement, j’avais publié auparavant deux romans de jeunesse qui n’avaient pas eu beaucoup d’écho, et des récits de voyage qui avaient touché un assez large public. L’image qu’ils donnaient de moi était celle d’un écrivain voyageur, qui se penchait avec intérêt et sympathie sur des peuples étrangers ou des minorités oubliées. Le Camp des saints tranchait de façon radicale à la fois avec cette image et avec la nature de mes précédents ouvrages, et même tranche avec mes romans ultérieurs. Si un livre m’a été “donné” ou “inspiré”, ce fut bien celui-là, encore que je n’accorde pas une considération particulière à la notion romantique de l’écrivain “mage et prophète”… On m’avait prêté une villa au bord de mer, dans le Midi. De la pièce que j’avais choisie pour écrire j’avais une vision à 180° sur l’horizon. Un jour que je contemplais cette vue idyllique, je me suis dit : « Et s’Ils arrivaient de la mer ? » Je me suis vu à la place du vieux professeur qui, du haut de sa terrasse, aperçoit dans sa longue-vue une armada de rafiots en ruines avec leur cargaison d’émigrants misérables rêvant à la Terre promise de l’Occi­dent. Je n’avais aucune idée de ces “Ils”, et pas davantage des personnages du roman, de l’intrigue et moins encore de sa fin. J’ai commencé à écrire, sans aucun effort, ce qui ne m’était pas naturel, et deux ans plus tard le livre était achevé. Le titre m’est venu de la lecture de l’Apocalypse, du chapitre 20, qui annonce qu’au terme de mille ans, des nations innombrables venues des quatre coins de la Terre envahiront « le camp des saints et la Ville bien-aimée ». En aucune façon vous n’avez été sensible à la pression de l’actualité ? Nullement, car on parlait peu à cette époque des flux migratoires. C’est sous la présidence de Giscard qu’a été inaugurée la politique de regroupement familial, qui a généré ces flux. Le Camp des saints ne fait pas référence à une communauté précise d’émigrants. Il n’est question ni des populations du Maghreb ni de l’Afrique, et aucunement d’une communauté religieuse particulière. Les migrants que j’évoque représentent le tiers-monde dans son ensemble. Si je les appelle les « gens du Gange », c’est que l’idée de multitude innombrable était liée dans mon esprit au continent indien. Quant à l’armada de bateaux hors d’âge sur lesquels ils embarquent, il s’agit d’une réminiscence de l’Exodus et aussi du phénomène plus récent des boat people, à cette exception près que les raisons de l’exode de ces derniers étaient politiques. Quelles ont été les réactions de l’éditeur à la réception de votre manuscrit, puis de la presse et du public à la sortie du livre ? Robert Laffont, mon éditeur, et toute son équipe lui ont réservé un accueil très chaleureux. Du côté de la presse, qui, au début, n’a pas été très abondante, les journaux de gauche sont restés silencieux et, dans la presse de droite, le livre, s’il a été loué par Valeurs actuelles, sous la plume de Pol Vandromme, a été éreinté par le Figaro… En fait, la critique s’est surtout manifestée lors de la réédition de 1985, pour laquelle j’avais donné une préface, sous le premier septennat de François Mitterrand. C’est alors que j’ai fait l’objet d’un tir de barrage et qu’on m’a décrété infréquentable. Il y a eu de vio­lentes attaques, notamment celle de Max Gallo, qui, depuis, a quelque peu changé d’avis… À l’étranger, le Camp des saints a été traduit dès 1975 aux États-Unis chez Charles Scribner’s Sons à New York et a suscité quantité d’articles. Le livre a été bien accueilli du public, et même des universitaires, qui l’ont inscrit au programme de plusieurs établissements. Dans la foulée, de nombreuses traductions étrangères ont suivi… En France, le livre s’est écoulé à 15 000 exemplaires, moins que ce qu’espérait Laffont, puis, vers la fin de 1974, alors qu’il aurait dû achever sa carrière, les commerciaux, à leur surprise, ont observé qu’il poursuivait sa progression. Jusqu’à la réédition de 1985, quelque 8 000 exemplaires par an, en moyenne, se sont vendus grâce au bouche à oreille. Je n’ai jamais rencontré un seul de ses lecteurs qui n’en en ait acheté qu’un exemplaire. Ils le prê­taient, on ne le leur rendait pas, ils en acquéraient un autre. Ainsi le Camp des saints a-t-il élargi son audience pour atteindre, toutes éditions et traductions confondues, près de 500 000 exemplaires jusqu’à aujourd’hui. 

Attachez-vous un prix particulier à cette réédition de 2011 et à la préface “musclée” que vous avez rédigée, sous le titre : « Big Other » ?

Cette réédition revêt pour moi une importance plus haute que les précédentes car il me semble que le moment où elle s’inscrit est crucial. La vi­sion développée dans le roman sera sans doute une réalité au­tour de 2050. La plupart des démographes sont d’accord sur le caractère inéluctable du phénomène, qui touche d’autres pays d’Europe. Les minorités dites visibles seront alors des majorités et ce sont les Français dits de souche qui seront minoritaires. Des pans entiers de ce pays seront peuplés de Français d’origine extra-européenne. On me dira que la France a été constituée par des vagues d’immigration successives. Certes, mais l’immigration des siècles précédents était composée d’immigrés d’origine européenne, qui, en deux ou trois générations, se sont intégrés dans le modèle français. Or, le modèle d’intégration républicain se révèle inopérant depuis au moins une décennie. On assiste à la prolifération du communautarisme, à la juxtaposition de groupes revendiquant leurs différences ethniques, religieuses, culturelles, qui ne se reconnaissent pas dans le “vouloir vivre ensemble” qui fait le ciment d’une nation, comme le soulignait Renan. Je défie nos gouvernants de prétendre qu’il s’agit là d’un progrès. Nous sommes ou serons confrontés à un retour à la tribalisation, qui m’apparaît comme le contraire de la civilisation. On a beaucoup parlé, récemment, de la nature de l’identité française, des limites de notre capacité assimilatrice, et puis on a enterré le débat dès que Big Other a froncé le sourcil.

Qu’est-ce que Big Other ?

C’est le produit de la mauvaise conscience occidentale soi­gneusement entretenue, avec piqûres de rappel à la repentance pour nos fautes et nos crimes supposés –  et de l’humanisme de l’altérité, cette sacra-lisation de l’Autre, particulièrement quand il s’oppose à notre culture et à nos traditions. Perversion de la charité chrétienne, Big Other a le monopole du Vrai et du Bien et ne tolère pas de voix discordante. Je n’ai jamais été un écrivain engagé, mais je n’ai jamais, non plus, dissimulé mes convictions, et j’aimerais que le Camp des saints ouvre les yeux des lecteurs sur les mensonges et les illusions qui pervertissent notre vie publique. Depuis sa parution, j’ai reçu énormément de courrier, et j’ai discuté avec nombre d’hommes po­litiques, de droite et de gau­che. Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et dou­ble conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faibles­se, que la peur d’opposer la légi-timité de la force à l’illégitimité de la violen­ce. Je crains, hélas ! que l’épilogue de la pièce ne soit déjà écrit, mais j’aurai au moins joué mon rôle d’estafette et essayé de libérer le pouvoir de la parole. À l’âge que j’ai, du reste, je n’ai plus rien à perdre : cette réédition est ma dernière “sortie”. L’occasion de rappeler, sans mépris et sans haine, que l’Autre, contrairement à ce qu’assurait François Mitterrand, n’est pas totalement chez lui chez moi !

Propos recueillis par Bruno de Cessole  

Voir aussi:

Evènement. Le roman-culte de Jean Raspail à nouveau en librairie. 

« Le Camp des saints », une réalité en 2050 ? 

Bruno de Cessole

Valeurs actuelles

10/02/2011

Assortie d’une préface inédite, la seconde réédition du roman prophétique de Jean Raspail s’inscrit au coeur des débats récents sur l’identité et le devenir de la France. 

Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint- Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. « Cette pointe rocheuse, écrit Jean Raspail au début de sa préface, faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. » 

Dans le Critique en tant qu’artiste, Oscar Wilde avait soutenu et démontré, longtemps avant, que ce n’est pas la fiction qui imite la réalité, mais la réalité qui imite l’art. À preuve. 

Depuis sa parution, en 1973, le Camp des saints n’a cessé de susciter la controverse et de conquérir de nouveaux lecteurs, de tous milieux, de toutes opinions, de tous âges, les un ano nymes, les autres connus ou haut placés, de François Mitterrand à Raymond Barre, d’André Malraux à Maurice Schumann, de Robert Badinter à Jean Anouilh, de Jean-Pierre Chevènement à Lionel Jospin, d’Alfred Sauvy à Denis Olivennes et même de Samuel Huntington au président Ronald Reagan… Cette troisième édition élargira-t-elle encore son audience ? Tel est le souhait de l’auteur (lire notre entretien avec Jean Raspail), pour qui le livre n’a pas terminé sa mission : ouvrir les yeux des Français sur la désinformation qui gangrène la vie publique, désabuser les esprits crédules qui se sont laissé contaminer par un humanisme dévoyé. Et témoigner, bien sûr, pour la liberté de pensée et d’expression, qui, depuis trente-deux ans (loi Pleven), s’est singulièrement rétrécie. 

À telle enseigne que ce roman, susceptible de poursuites judiciaires pour un minimum de 87 motifs, serait aujourd’hui impubliable en son état. Les lois n’étant pas encore rétroactives, Jean Raspail n’y a pas changé un iota. En revanche, il l’a fait précéder d’une longue préface (lire les extraits dans « Valeurs actuelles ») qui, loin de tempérer le propos du livre, “aggrave son cas” en développant les conséquences probables de la situation exposée dans le roman. 

L’intrigue est simple. Sur les côtes du midi de la France viennent s’échouer délibérément des centaines de navires en provenance du sous-continent indien. À leur bord, un million de déshérités fuyant la misère de leur pays d’origine, en quête de la Terre promise occidentale, de ses richesses gaspillées, de ses espaces sous-peuplés et de sa tra – dition d’hospitalité… Cette invasion pacifique, forte de sa faiblesse et de son nombre, a été encouragée et préparée par une poignée d’agitateurs : religieux idéalistes, philosophes athées, écrivains catholiques renégats, médecins missionnaires, moins animés par un humanisme per verti que par la mauvaise conscience occidentale, ce « sanglot de l’homme blanc » dénoncé naguère par Pascal Bruckner, le désir de repentance et, sur tout, le ressentiment, le nihilisme honteux du « dernier homme » jadis explicité par Nietzsche. Deux scènes primordiales du livre illustrent cette confrontation entre les ultimes et rares mainteneurs des va leurs occidentales et la troupe plus nombreuse des renégats. 

En Inde, le consul de Belgique, qui a refusé d’augmenter les procédures d’adoption et qui, fidèle à ses convictions, mourra pour l’exemple en s’opposant symboliquement à la prise d’assaut des navires par la marée humaine, déclare à la poignée de manipulateurs occidentaux qui a mis en oeuvre cette immigration sauvage : « La pitié ! La déplorable, l’exécrable pitié, la haïssable pitié ! Vous l’appelez : charité, solidarité, conscience universelle, mais lorsque je vous regarde, je ne distingue en chacun de vous que le mépris de vous-mêmes et de ce que vous représentez. […] En pariant sur la sen – sibilité, que vous avez dé – voyée, des braves gens de chez nous, en leur inculquant je ne sais quel remords pour plier la charité chrétienne à vos étranges volontés, en accablant nos classes moyennes prospères de complexes dégradants […], vous avez créé de toutes pièces au coeur de notre monde blanc un problème racial qui le détruira, et c’est là votre but. » 

La seconde scène oppose un vieux professeur de français à la retraite, habitant un village de la côte, dans une maison appartenant à sa famille depuis trois siècles, et un jeune pillard européen venu accueillir sa famille d’élection : « Me voilà avec un million de frères, de sœurs, de pères, de mères et de fiancées. Je ferai un enfant à la première qui s’offrira, un enfant sombre, après quoi je ne me reconnaîtrai plus dans personne… » Au professeur qui s’efforce de comprendre ses motivations, il réplique : « Je vous hais. Et c’est chez vous que je conduirai les plus misérables, demain. Ils ne savent rien de ce que vous êtes, de ce que vous représentez. Votre univers n’a aucune signification pour eux. Ils ne chercheront pas à comprendre. […] Chacun de vos objets perdra le sens que vous lui attachiez, le beau ne sera plus le beau, l’utile deviendra dérisoire et l’inutile, absurde. Plus rien n’aura de valeur profonde. Cela va être formidable ! Foutez le camp ! » 

Le vieil homme rentre chez lui, en ressort avec un fusil et, avant de tirer sur l’intrus, justifie son acte : « Le monde qui est le mien ne vivra peutêtre pas au-delà de demain matin et j’ai l’intention de profiter intensément de ses derniers instants. […] Vous, vous n’êtes pas mon semblable. Vous êtes mon contraire. Je ne veux pas gâcher cette nuit essentielle en compagnie de mon contraire. Je vais donc vous tuer. » Un peu plus tard, le professeur rejoindra la dizaine de combattants qui auront choisi de renouveler Camerone et se feront tous enterrer sous les bombes d’une escadrille française, les plus hautes autorités du pays ayant capitulé devant l’invasion. 

La véritable cible du livre : les “belles âmes” occidentales 

Récit allégorique, « impétueux, furieux, tonique, presque joyeux dans sa détresse, mais sauvage, parfois brutal et révulsif » où il se tient des propos « consensuellement inadmissibles », de l’aveu de son auteur, le Camp des saints concentre en un jour un phénomène réparti sur des années. En aucune façon, cependant, il ne s’agit, comme de belles âmes l’ont clamé avec indignation, d’un livre raciste. 

La véritable cible du roman, ce ne sont pas les hordes d’immigrants sau vages du tiers-monde, mais les élites, politiques, religieuses, médiatiques, intellectuelles, du pays qui, par lâcheté devant la faiblesse, trahissent leurs racines, leurs traditions et les valeurs de leur civilisation. En fourriers d’une apocalypse dont ils seront les premières victimes. Chantre des causes dé sespérées et des peuples en voie de disparition, comme son œuvre ultérieure en témoigne, Jean Raspail a, dans ce grand livre d’anticipation, incité non pas à la haine et à la discrimination, mais à la lucidité et au courage. Dans deux générations, on saura si la réalité avait imité la fiction. Bruno de Cessole 

Le Camp des saints, précédé de Big Other, de Jean Raspail, Robert Laffont, 392 pages, 22 €.

Voir par ailleurs:

IDÉES « Qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ? » Une série du « Figaro »

LA PATRIE TRAHIE PAR LA RÉPUBLIQUE

Jean Raspail

Le Figaro

17 juin 2004

J’ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence d’un colis piégé. Difficile de l’aborder de front sans qu’il vous explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C’est pourtant l’interrogation capitale. J’ai hésité. D’autant plus qu’en 1973, en publiant Le Camp des saints, j’ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je n’ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont cuites.Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu’« ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d’une « Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu’au basculement définitif des années 2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié la plus âgée de la population du pays, le reste étant composé d’Africains, Maghrébins ou Noirs et d’Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l’islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer.

La France n’est pas seule concernée. Toute l’Europe marche à la mort. Les avertissements ne manquent pas rapport de l’ONU (qui s’en réjouit), travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier, notamment, mais ils sont systématiquement occultés et l’Ined pousse à la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des gouvernements et des institutions communautaires sur le krach démographique de l’Europe des Quinze est l’un des phénomènes les plus sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l’incurie des « gouvernances » et qu’il lui faudra affronter dans son âge d’homme…Sans compter que les « Français de souche », matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l’homme, de « l’accueil à l’autre », du « partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite enfance au « métissage » culturel et comportemental, aux impératifs de la « France plurielle » et à toutes les dérives de l’antique charité chrétienne, n’auront plus d’autre ressource que de baisser les frais et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français de 2050.

Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu’on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français et pas nécessairement tous de race blanche qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s’obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu’elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.Face aux différentes « communautés » qu’on voit se former dès aujourd’hui sur les ruines de l’intégration (ou plutôt sur son inversion progressive : c’est nous qu’on intègre à « l’autre », à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s’agira en quelque sorte je cherche un terme approprié d’une communauté de la pérennité française. Celle-ci s’appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore.

Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l’autre. Quelque chose comme l’élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés. Et ensuite ?Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des bernard-l’ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d’une espèce à jamais disparue qui s’appelait l’espèce française et n’annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé.

Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu’en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat, c’est que les derniers isolats résistent jusqu’à s’engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l’espagnole mais s’inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n’est pas moi qui m’en chargerai, j’ai déjà donné. Son auteur n’est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j’en suis sûr…Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c’est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d’hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n’ose dire cyniquement, à l’immolation d’une certaine France (évitons le qualificatif d’éternelle qui révulse les belles consciences) sur l’autel de l’humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l’Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces « intelligents » qui jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l’organisme encore sain de la nation française.Même si je peux, à la limite, les créditer d’une part de sincérité, il m’arrive d’avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication : ils confondent la France avec la République. Les « valeurs républicaines » se déclinent à l’infini, on le sait jusqu’à la satiété, mais sans jamais de référence à la France. Or la France est d’abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n’est qu’une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d’idéologie, idéologie avec un grand « I », l’idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu’ils trahissent la première pour la seconde.

Parmi le flot de références que j’accumule en épais dossiers à l’appui de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien l’étendue des dégâts. Elle est extraite d’un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune Française issue de l’immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République… »Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure : « Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. » (Président Boumediene, mars 1974.)Et celle-là, tirée du XXe chant de l’Apocalypse : « Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée. »

Voir enfin: 

Among the Muslim Brothers

The contradictory faces of political Islam in post-Mubarak Egypt.The WSJMatthew KaminskiApril 9, 2011CairoTwo months after Hosni Mubarak’s ouster, Egyptian politics are a dervish of confused agitation. Each day, it seems, a new party forms to fill liberal, Nasserist, Marxist, Islamist and other niches. A joke has it that 10% of Egyptians plan to run for president. »All Egyptians now think they are Che Guevara, Castro or something, » says Essam el-Erian, a senior leader of the Muslim Brotherhood, bursting into laughter. « This is democracy. »Amid this political ferment, the Brotherhood is an exception: a well-funded, organized and established force. Founded in 1928, it’s also the grandaddy of the Mideast’s political Islamist movements. The Brotherhood was banned from politics 57 years ago and focused on business, charity and social ventures. But the secretive fraternity always aspired to power.Now free elections due later this year offer the Brotherhood their best opportunity. The group says it believes in « Islamic democracy, » but what does that really mean? I spent a week with members of the Muslim Brotherhood, and it turns out the answers are far from monolithic, though often far from reassuring.***Shortly before midnight on Monday, Mohamed Baltagi walks into his office in a middle-class Cairo apartment block and apologizes for the late hour. Brotherhood leaders are all over the place these days—on popular evening chat shows, at public conferences, setting up their new Freedom and Justice Party, or advising the military regime on the interim constitution. The revolution made Dr. Baltagi, an ear-nose-and-throat specialist, a prominent face of what might be called the Brotherhood’s progressive wing.Dr. Baltagi, who is 47, led the group’s informal 88-strong caucus in Egypt’s parliament during a limited democratic experiment from 2005-10. He wears a moustache and gray business suit and expresses regret that U.S. diplomats shunned him and other Brothers during their time in parliament. The Brotherhood’s green flag—with the group’s motto « Islam is the solution »—sits on his desk next to the Egyptian tricolor. While the most senior Brotherhood leadership sat out the first few days of anti-Mubarak protests, Dr. Baltagi was in Tahrir Square from the start of the 18-day uprising. He was the only Brother on the 10-member revolutionary steering committee. « It’s not a revolution of the Muslim Brotherhood, or of the Islamists, » he says. « It’s the revolution of all Egyptians. »Egyptians in Alexandria celebrate after Hosni Mubarak was forced out of office..Unprompted, Dr. Baltagi brings up the charge that Islamists prefer « one man, one vote, one time. » « As far as I know, » he says, Islamists in Algeria, Egypt and elsewhere were victims, not perpetrators, of repression. Iran’s theocracy, to him and every other Brother I spoke to, is a Shiite apostasy irrelevant to Sunni Muslim countries. The Muslim Brothers recently lost elections for student union posts at state-run Cairo University, which the group dominated in the past. « We accepted that, » he says. « We accept democracy. »He says the revolution will change the Brotherhood. For the first time, his organization considers its goal in Egypt the establishment of a civic not a religious state, as close to « secular » as an Islamist group might come in words. After some internal wrangling, the Brothers said they could live with an elected Christian woman as president of Egypt—a merely symbolic concession since the odds of that happening are less than zero.***The new environment has already exposed internal tensions. Any push for transparency runs against six decades of cloak-and-dagger Brotherhood habits. « We will be working openly in front of everyone, » says Dr. Baltagi, « talking openly about our members, programs, fund raising. »So how many Brotherhood members are there? He gives a nervous, almost apologetic smile and says, « for now that is a secret. » He offers little more on funding beyond that members tithe and include generous businessmen.Its conservative culture jars the younger, tech-savvy Brothers. The leadership announced that all members must support the new Freedom and Justice Party, angering especially the youth wing of the group.A week ago Friday, the Brotherhood didn’t call out its supporters to join other anti-Mubarak groups in Cairo’s Tahrir Square, the epicenter of the « January 25th Revolution. » Islam Lotfi, a 33-year-old lawyer, was one of numerous « young Brothers » who went anyway. The tensions inside the Brotherhood, he says, « are very normal. It is a gap between generations. »Mr. Lotfi has a smoothly shaved, round face and works closely with youth activists across the spectrum. « We want wider opportunities to work inside » the hierarchical Brotherhood, he adds. « It’s not accepted by a culture that doesn’t believe in young people. » Two-thirds of Egypt’s 80 million people are under the age of 30.Abdel Moneim Aboul Fatouh, a leader of the Brotherhood’s middle generation, last week refused to fall in line behind Freedom and Justice, instead backing another religious-leaning party. He wants to bring the discontented younger Brothers with him. Dr. El-Erian, a physician who sits on the group’s 15-member ruling Guidance Bureau, waves off the defection. « In Israel you have many religious parties, » he says. « You can have many Islamist parties [that] can cohere together and make alliances » in a future parliament.The Brotherhood has seen splits before, with no serious consequences. Fifteen years ago, Abou Elela Mady, then the youngest member of its Shura Council, left to found the Wasat (or Center) Party. He says the Brotherhood’s new, tolerant positions are nothing more than « tactical » moves to reassure anxious Egyptians, the military and the West.Mr. Mady, whose party will compete with the Brothers for the large conservative and poor chunk of the electorate, says he wouldn’t form a coalition with them. The Mubarak regime called Wasat a Trojan Horse for Islamists. He likens his group to Turkey’s ruling Justice and Development Party.Mr. Mady, who is 53, fits the profile of many current and former Brothers. Born into a lower-class family, he did well in school and got an engineering degree. He joined the Brotherhood in the late 1970s through the university unions. The Brotherhood seeks out ambitious outcasts—a sort of geeky fraternity for those who study hard and feel awkward around girls.He left the party, he says, because « I wanted to be more open-minded. . . . I now can watch TV, listen to music and shake a woman’s hand without feeling you were doing something wrong. Most members frown on it, » he says. « The challenge of freedom for the Muslim Brotherhood is much more difficult than the challenge of an authoritarian regime. . . . They have to give concrete answers to difficult questions » about Egypt’s future political and economic course.***Then there are Egypt’s adherents of Salafist Islam, which in its most extreme version is practiced by Osama bin Laden. After last Friday’s demonstrations, Salim Ghazor takes me to a large gathering in a lower-class Cairo neighborhood. A line of buses has brought the faithful from across Egypt to the Amr Ibn El-Aas mosque. Lit by a faint moon, bearded men in billowing gellabiyas walk past women in black niqabs into Egypt’s oldest mosque. « Islam is the religion and the country, » reads a sign.The Muslim Brothers, who favor Western clothes and neatly trimmed facial hair, have clashed with the traditional Salafists, who looked down on political activity until the revolution. Mr. Ghazor, a teacher, once backed the Brotherhood but went over to the Salafists. « The Brothers care about politics more than the application of Islam, » he says. Yet Brothers tend to practice the Salafist brand of Islam—raising the possibility that their movement could become Salaficized.Here’s a sampling. At the prayer meeting, the Salafist cleric Ahmed Farid calls out: « Those who refuse to abide by Islamic law will suffer and be damned. » Another, Said Abdul Razim, gives advice for the Coptic Christian minority, about 10% of Egypt’s population: « If they want peace and security, they should surrender to the will of Islamic Shariah. »***On Sunday, I drive to Alexandria, the famed Mediterranean port, to meet the Brotherhood’s rising star. Sobhi Saleh, 58, is a former parliamentarian and lawyer whom the military picked for the committee that drafted a raft of amendments to the interim constitution. No other anti-Mubarak political group was represented on the body. In the next parliament, Mr. Saleh would likely help draft a permanent new constitution. « People will be surprised how open-minded we will be, » he promises.Mr. Saleh rehearses the Brotherhood’s plans to « purify laws » and « implement Shariah » in Egypt. It wouldn’t, he says, be of the Taliban variety. Alcohol would be banned in public spaces. Women would be required to wear the hijab headscarf, but not the full-bodied niqab. These laws are intended to « protect our feelings as an Islamic society, » he says.As for the rights of Coptic Christians, he says that « Muslims have to protect Copts »—a patronizing view held by many Islamists. (Dr. Baltagi, by contrast, had offered that Copts are « fellow citizens. »)Having been a left-wing nationalist in his youth, Mr. Saleh waves away complaints about the Brotherhood’s possible dominance over political life. « I do not care about the opinions of secularists who are against their own religion, » he says. « If they were real liberals they should accept others and their right to express themselves. »But aren’t the Brothers proposing to limit their right to self-expression? « We would ban activities in the public square, not in private space. Islam is against spreading unethical behavior and this is the difference between Islamic democracy and Western democracy. In Islam, everything that is against religion is banned in public. You »—meaning the West— »selectively ban behavior. We are only against those who are against religion and try to diminish it. » This view seems to allow limited tolerance of dissenting opinions or minority rights.The Brotherhood abandoned violence against Egypt’s government in the 1970s, but it endorses Hamas and other armed Islamic movements. Every Brotherhood member I spoke to calls the 1979 Egyptian-Israeli Camp David accords existing international law that a future government might reopen. Egypt’s liberals say the same. »Israel treats us as enemies, » says Mr. Saleh. « If they are enemies for all its neighbors, why is it there? » Should Israel exist? « When they admit our peoples’ rights, » he says, referring to Palestinians, « we can study this. »The appeal of the Brotherhood remains hard to gauge, with no proper polls, few parties or elections in living memory. The group’s candidates took 20% in a partially contested parliamentary poll in 2005, and it aims to win a third of seats this year.The Brothers won’t field a presidential candidate, a savvy move to soothe nerves and avoid governing responsibility. They can wait. Anyway, the military seems to prefer an establishment figure like Amr Moussa, the recent chief of the Arab League. The secular parties are immature, numerous and elitist—not the best recipe for electoral success. »No one needs to be afraid of us, » says Dr. El-Erian. « We need now five years of national consensus of reform, to boost the new democratic system, and then have open political competition. » How seriously one chooses to take such reassurances depends on whether the Brotherhood ends up as just another political party in a freer Egypt or stays a religiously-driven cause. »Skeptical optimism » is a phrase often heard in Egypt these days. Religion wasn’t the galvanizing force in Egypt’s revolution, and the Brotherhood’s 83-year-old brand of political Islam looks its age compared to ideas of modernity and freedom that excited the crowds in Tahrir Square. You don’t find the fervency of religious extremism here as in, say, Pakistan. If the generals today or a future regime allow space for pluralism to flourish, Egypt could build on its weak foundations and accommodate a changed Muslim Brotherhood. That assumes, not altogether safely, that the worst instincts of would-be authoritarians in military, clerical or Brother garb are kept in check, and the Arab world’s most important democratic transition stays on track.Mr. Kaminski is a member of the Journal’s editorial board.

8 commentaires pour Livres: Et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée (Is current reality fast catching up with Jean Raspail’s 40-year-old grim vision?)

  1. […] La véritable cible du roman, ce ne sont pas les hordes d’immigrants sauvages du tiers-monde, mais les élites, politiques, religieuses, médiatiques, intellectuelles, du pays qui, par lâcheté devant la faiblesse, trahissent leurs racines, leurs traditions et les valeurs de leur civilisation. En fourriers d’une apocalypse dont ils seront les premières victimes. Chantre des causes dé sespérées et des peuples en voie de disparition, comme son œuvre ultérieure en témoigne, Jean Raspail a, dans ce grand livre d’anticipation, incité non pas à la haine et à la discrimination, mais à la lucidité et au courage. Dans deux générations, on saura si la réalité avait imité la fiction. Bruno de Cessole […]

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  2. […] frontière sud, l’Europe peine de plus en plus à retenir les vagues de plus en massives de nouveaux damnés de la terre contre ses murs (pardon: ses "barrières" […]

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  3. […] donneuse de leçons peine de plus en plus à retenir les vagues de plus en massives de nouveaux damnés de la terre contre ses murs à elle (pardon: ses "barrières") […]

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  4. […] une Europe si volontiers donneuse de leçons peine à retenir les vagues de plus en massives de nouveaux damnés de la terre contre ses murs à elle (pardon: ses "barrières") […]

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  5. […] par les pires conflits de la planète, les vagues d’immigration sauvages prophétisées par Jean Raspail ont déjà commencé à atteindre nos rivages […]

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  6. […] pires conflits de la planète, les vagues d’immigration sauvages et massives prophétisées par Jean Raspail ont déjà commencé à atteindre nos rivages […]

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