Affaire Angot: La littérature est un pays très peu accueillant (Trouble in writer’s paradise)

When writers die and go to heaven, they go, in fact, to Paris. Not for the wine, the food or even the romance, but for the honor. Writers are honored in France almost independent of the quality of their work. (…)Nor is this adulation confined to France’s own writers. Philip Roth is a national idol; Paul Auster is far better loved here than he is in the United States. At a recent book event, Festival America, in the Paris suburb of Vincennes, the panels were overcrowded; the American authors, tickled silly.  »This is incredible, » the novelist Jim Shepard said.  »Hardly anyone knows I write in my hometown. Here I walk down the street and a guy flags me down and says: ‘Hey, aren’t you Jim Shepard? I love your books!’ The NYT
Tueur en série, ça fait partie de mon charme. Christine Angot
Mon intention n’était pas de faire du mal. J’ai voulu montrer que la vie en Auvergne est dure. C’est un témoignage d’admiration, pas de mépris. J’ai beaucoup de respect pour tous ces gens. Pierre Jourde
Les cinq habitants du hameau de Lussaud (Cantal) poursuivis pour avoir violemment agressé en 2005 l’écrivain Pierre Jourde et sa famille, parce qu’ils s’étaient sentis humiliés dans l’un de ses romans, ont été condamnés jeudi à deux mois de prison avec sursis pour quatre d’entre eux et 500 d’amende pour le patriarche. Les prévenus, deux hommes et trois femmes, des agriculteurs âgés de 39 à 72 ans, jugés notamment pour violences volontaires, dégradations en réunion et injures racistes, devront en outre payer conjointement 4 200 de dommages et intérêts pour le préjudice moral et 2 397 pour le préjudice matériel. Le Parisien (O6.07.07)
Les écrivains sont aussi d’intraitables chasseurs de papillons. Ils épinglent tout ce qui bouge, simples passants, parents, voisins, amis, maîtresses, rencontres d’un soir, héros fragiles de faits divers. Proust maniait à merveille son filet. On dit que si Montesquiou fut frappé d’une maladie mortelle, c’est qu’il ne s’était pas remis d’avoir été mis à nu sous les traits du baron de Charlus. François Nourissier ne se débrouille pas trop mal non plus. Un jour, il y a longtemps, une femme l’a supplié: «Je t’en prie François, ne parle plus de moi, même la plus lointaine allusion, dans aucun de tes livres.» Au sujet de cet effroyable carnage, l’écrivain repenti a eu cette formule: «Je m’aperçois qu’écrire c’est comme l’accident d’un boeing dans une forêt: 500 mètres de clairière détruites avant l’arrêt.» Au cours de l’été 2005, c’est à Pierre Jourde qu’on a fait payer, par la violence, son usage immodéré de la vie des autres. Ses personnages offensés sont sortis du livre. L’écrivain revenait au village parmi les gens dont il s’était inspiré pour «Pays perdu», on lui a jeté des pierres. Anne Crignon
Il ne faut pas oublier le contexte. L’une des choses qu’on oublie de rappeler, c’est que la production a doublé en dix ans. Deux fois plus d’objets littéraires, donc deux fois plus de cibles de mécontentement. D’autre part, la judiciarisation est générale. On attaque son médecin, on attaque son voisin; il y a dix ans on aurait laissé tomber ou on serait allé toquer à la porte. Dans l’édition aussi, les rapports se sont durcis. (…) Cette fois encore, l’affaire est à situer dans un contexte plus général, qui est cette tendance contemporaine du romancier à s’inspirer du réel de manière plus directe. Là où Balzac décrivait une calèche ou une simple voiture, Begbeider parle de BMW. On nomme davantage les choses. Avant on évoquait un homme ou une femme aimée avec une certaine prudence, aujourd’hui Christine Angot parle de «Pierre-Louis» et donne son patronyme à deux reprises dans le roman de leurs amours. Emmanuel Pierrat (avocat spécialiste des questions littéraires et artistiques)
Soyons clair, la contrefaçon existe. Mais ce n’était pas mon sujet. J’appelle «plagiomnie» la dénonciation calomnieuse de plagiat. A l’origine, on trouve un désir fou d’être plagié. C’est tout bénéfice : on s’imagine une reconnaissance qu’on n’a pas forcément, puisqu’on est digne d’être copié. On se pose comme auteur qui compte, comme victime aussi. Et par les temps qui courent, être victime, c’est une assurance de respect, d’attention médiatique.
Quand on écrit, on est constamment sous influence. Je suis sous celle de Duras, Joyce, Faulkner, Perec. J’écris parce que j’ai lu, non parce que j’ai ressenti des choses dans mes tripes. Je n’aurais pas réussi à penser ma vie si des mots n’étaient pas venus m’éclairer. Je me suis appropriée par le style des mots qui, au départ, n’étaient pas les miens.
Pour certains écrivains, notamment d’autofiction, le roman ne serait qu’un pâle reflet de l’autobiographie, voire un plagiat. Un « plagiat psychique », comme disait Camille Laurens. Ceux-là ne croient pas à l’imagination. (…) Camille Laurens m’a reproché d’oser faire parler à la première personne une femme qui a perdu son enfant, sans en avoir perdu. Mais au moment où Albert Camus écrit « l’Etranger », il n’a pas perdu sa mère. Boulgakov raconte la mort de son frère Kolia alors qu’il est vivant. Pourquoi serait- ce interdit d’écrire ses cauchemars ? Je trouve ça très étrange.
Quand Marie NDiaye m’a accusée en 1998, je sortais du succès de « Truismes ». Je la connaissais un peu. A la suite de bisbilles personnelles, qui passaient essentiellement par son mari, elle a été prise d’une jalousie féroce. Et quand on veut tuer un écrivain, on l’accuse de plagiat. Il n’y a pas pire. Camille Laurens me reprochait moins de la plagier que d’avoir écrit ce qu’elle pense inimaginable. Mais en ajoutant le mot « plagiat », c’est encore plus vendeur. Et très douloureux : dans ce livre, je parle de gens qui se suicident à cause de ce genre d’accusation. Heureusement, j’ai les nerfs solides. Mais on m’a attaquée dans ma chair.
La plagiomnie est une pathologie : on veut être le seul écrivain, éliminer les frères et soeurs, être le préféré du père.
Après « le Bébé », où je racontais mon expérience de la maternité, il y a eu un effet de mode dans la littérature française. Je ne me suis pas crue plagiée, mais je me suis offusquée que d’autres osent écrire sur le même sujet après moi. Je me souviens en particulier d’Eliette Abécassis qui avait sorti six mois après un très bon livre, « Un heureux événement ». J’étais prise d’un accès de mégalomanie.
Lors de l’affaire Marie NDiaye, Philippe Sollers m’avait dit : « Faites très attention. C’est une tentative d’assassinat. » Mes accusatrices savaient très bien où frapper. Surtout Marie NDiaye. Camille Laurens, c’est autre chose, il y avait une part de stratégie. J’avais déjà été accusée, c’était facile de revenir sur ce terrain-là. La calomnie a tendance à s’autonourrir. J’ai découvert que la littérature est un pays très peu accueillant. Marie Darrieussecq 

Vous avez dit paradis des écrivains?

Atteintes à la présomption d’innocence ou à la vie privée, injure, incitation à la haine raciale, apologie du crime de guerre ou de la pédophilie, diffamation, plagiat, plagiat moral ou psychique …

A l’heure des affaires PPDA, Drucker et à présent Angot

Retour, avec un spécialiste des litiges littéraires et artistiques, sur l’actuelle multiplication des contentieux dans les milieux de l’édition.

Exaspéré tant par la judiciarisation de la vie quotidienne que, sans compter le simple effet de la croissance de la production littéraire et donc de cibles potentielles de mécontentement et de l’inflation correspondante des textes de loi (pas moins de 400 textes !), la fascination toujours plus grande des auteurs comme de leurs lecteurs (jusqu’aux jets de pierres !) pour le réel et la vie privée.

Mais aussi attisé, comme le rappelait il y a quelques années dans un essai l’une de ses plus récentes victimes la romancière Marie Darrieussecq, par les rapports quasi-incestueux entre auteurs au sein même du petit milieu littéraire lui-même.

Et ce au-delà du cas particulier historique des sociétés totalitaires (comme par exemple pour Celan ou Maïakovski), entre mégalomanie, stratégie éditoriale, auto-victimisation, soif d’attention, bisbilles personnelles et jalousie.

Mais également, sans parler du système de copinage et de renvois d’ascenseurs comme de la « peoplisation médiatique », la simple influence de l’air ambiant ou, au titre près, les effets de mode.

Autrement dit, toutes les dérives et pathologies que ne peuvent manquer d’entrainer des conditions de production aussi raréfiées … 

« Dans l’édition aussi, les rapports se sont durcis »

Propos recueillis par Anne Crignon

Le Nouvel Observateur

25.09.07

Après la condamnation de Philippe Besson, pour diffamation envers Christine Villemin, et l’invention par Camille Laurens de la notion de «plagiat psychique», que penser de l’inflation des recours en justice dans la vie littéraire? Réponses avec maître Emmanuel Pierrat, avocat depuis quinze ans au cœur de Saint-Germain-des-Prés

Les écrivains sont aussi d’intraitables chasseurs de papillons. Ils épinglent tout ce qui bouge, simples passants, parents, voisins, amis, maîtresses, rencontres d’un soir, héros fragiles de faits divers. Proust maniait à merveille son filet. On dit que si Montesquiou fut frappé d’une maladie mortelle, c’est qu’il ne s’était pas remis d’avoir été mis à nu sous les traits du baron de Charlus. François Nourissier ne se débrouille pas trop mal non plus. Un jour, il y a longtemps, une femme l’a supplié: «Je t’en prie François, ne parle plus de moi, même la plus lointaine allusion, dans aucun de tes livres.» Au sujet de cet effroyable carnage, l’écrivain repenti a eu cette formule: «Je m’aperçois qu’écrire c’est comme l’accident d’un boeing dans une forêt: 500 mètres de clairière détruites avant l’arrêt.»

Au cours de l’été 2005, c’est à Pierre Jourde qu’on a fait payer, par la violence, son usage immodéré de la vie des autres. Ses personnages offensés sont sortis du livre. L’écrivain revenait au village parmi les gens dont il s’était inspiré pour «Pays perdu», on lui a jeté des pierres. Il y a peu, une femme vaguement séduite par un romancier pilier du Seuil s’est sauvée en courant. Mauvais feeling. «J’avais l’impression d’être une proie»,dit elle. Denyse Simenon a raconté son désarroi en découvrant que la Martine de «Lettre à mon juge» avait, comme elle, une cicatrice abdominale. «Cette découverte d’une part de moi même dans les livres de Simenon devait m’arriver plus d’une fois et j’en ai souvent frémi» écrira-t-elle; ce qui ne l’empêchera pas, plus tard, de publier sous pseudo un étonnant catalogue de ragots intimes doctement intitulé «Le Phallus d’or». Phallus d’or aussi pour Claire Castillon, ravissante figure parisienne entrée en littérature avec un déballage charmant sur Patrick Poivre d’Arvor.

Mais il arrive, et de plus en plus souvent, qu’un coléoptère outré saisisse la justice. Cela suffirait-il à expliquer l’inflation de procès dans le milieu de l’édition? Emmanuel Pierrat, avocat au cœur de la cité germanopratine, spécialiste des questions littéraires et artistiques, répond

Nouvel Observateur.- Vous qui êtes aux premières loges de ces conflits dans l’édition, observez- vous qu’il y a de plus en plus de procès intentés aux livres et à leurs auteurs?

Emmanuel Pierrat.- C’est indéniable, mais il ne faut pas oublier le contexte. L’une des choses qu’on oublie de rappeler, c’est que la production a doublé en dix ans. Deux fois plus d’objets littéraires, donc deux fois plus de cibles de mécontentement. D’autre part, la judiciarisation est générale. On attaque son médecin, on attaque son voisin; il y a dix ans on aurait laissé tomber ou on serait allé toquer à la porte.

Dans l’édition aussi, les rapports se sont durcis. Un exemple: cette année il y a deux romans et un beau livre qui, d’une certaine façon, font l’apologie du plaisir du tabac tout en laissant paraître une exaspération face à l’hygiénisme ambiant. Eh bien, quand ces livres arrivent dans mon cabinet avant parution, je suggère aux auteurs des modifications ou des coupes, ou l’ajout d’un avertissement pour préciser qu’en aucun cas l’ouvrage n’est une incitation à fumer. Je dois freiner leur élan; sinon, on est sûr d’avoir un procès de la Commission nationale de lutte contre le tabagisme. Ce qui peut coûter très cher, car c’est mis au même rang, ou presque, que l’apologie du terrorisme…

Autre exemple, il faut être prudent également sur les personnages de fiction n’ayant pas atteint la majorité sexuelle. Si un romancier invente une lolita de 14 ans et demi, il doit faire bien attention avant de la mettre en scène, même si c’est avec un gamin de son âge… ou alors il se ramasse toutes les ligues de vertu. On nage en plein délire.

Nouvel Observateur.- En même temps, a-t-on le droit de salir madame Villemin comme l’a fait Philippe Besson dans «L’enfant d’octobre»? N’a -t-il pas abusé – et dans les grandes largeurs – de son «droit d’artiste» en accusant la mère d’avoir tué son petit garçon, et en lui prêtant des monologues intérieurs totalement fantaisistes?

Emmanuel Pierrat.- Cette fois encore, l’affaire est à situer dans un contexte plus général, qui est cette tendance contemporaine du romancier à s’inspirer du réel de manière plus directe. Là où Balzac décrivait une calèche ou une simple voiture, Begbeider parle de BMW. On nomme davantage les choses. Avant on évoquait un homme ou une femme aimée avec une certaine prudence, aujourd’hui Christine Angot parle de «Pierre-Louis» et donne son patronyme à deux reprises dans le roman de leurs amours. Mais pour revenir à «L’Enfant d’octobre», la 17ème chambre civile du tribunal de Paris vient de condamner Philippe Besson pour diffamation, ainsi que son éditeur (en l’occurrence Grasset).

Nouvel Observateur.- Quelle est la part de la diffamation dans le contentieux actuel?

Emmanuel Pierrat.- Un tiers environ. L’autre tiers, c’est l’atteinte à la vie privée. Ces deux fondements sont régulièrement utilisés, mais ils n’ont pas la même articulation. Dans le premier cas, on porte atteinte à votre honneur ou à votre probité comme dans le livre de Besson où il prête des pensées personnelles à madame Villemin et l’accuse d’être la meurtrière. L’auteur se met dans sa tête. Dans l’autre cas, celui de l’atteinte à la vie privée, on a révélé quelque chose de votre vie non professionnelle et non publique; ça n’est pas offensant mais ça vous regarde et ça n’a pas à être divulgué. Un tiers, enfin, du contentieux est un fourre-tout général qui vise tout l’arsenal juridique à disposition, environ 400 textes – présomption d’innocence, injure, incitation à la haine raciale, apologie du crime de guerre ou de la pédophilie.

Nouvel Observateur.- Pensez-vous que la notion de plagiat moral puisse un jour entrer dans l’arsenal juridique, justement ?

Emmanuel Pierrat.- J’imagine que vous parlez du plagiat «psychique» dont Camille Laurens accuse Marie Darrieussecq. En invoquant cette notion, une plainte n’aurait aucune chance d’aboutir à une condamnation, car comme on dit dans mon jargon, «les idées sont de libre parcours». En, clair, on ne peut pas s’approprier un sujet, mais seulement sa mise en forme: style, expressions, etc.

Nouvel Observateur.- Un écrivain nous a confié qu’«écrire un livre en parlant de soi légitime qu’on mette les gens qui nous entourent en enfer.» Qu’en pensez-vous?

Emmnuel Pierrat.- La formule est belle… Mais je ne suis pas vraiment sûr que j’aimerais faire partie de ses proches.

Voir aussi:

 

Darrieussecq: Plagiaires, vos papiers!

Marie Darrieussecq a été accusée de plagiat par Marie NDiaye et Camille Laurens. Elle leur répond dans un essai littéraire ambitieux.

07/01/10

Née le 3 janvier 1969 à Bayonne, Marie Darrieussecq est normalienne et agrégée de lettres. Son premier roman, « Truismes » (1996), s’est vendu à 1 million d’exemplaires dans 45 pays. « Tom est mort » a paru en 2007. Elle est par ailleurs psychanaliste.

Février 1998. Marie Darrieussecq publie son deuxième roman, « Naissance des fantômes ». Elle est déjà célèbre pour s’être rêvée en truie deux ans auparavant. Les journalistes se précipitent sur ce petit bout de Kafka sorti de Normale sup. Huit jours plus tard, ils reçoivent la lettre d’une autre jeune prodige, dont l’oeuvre est plus épaisse et la notoriété plus discrète. C’est Marie NDiaye, qui crie à la « singerie » avec une violence qu’on ne lui connaissait pas.

Septembre 2007. Marie Darrieussecq sort « Tom est mort », dans lequel elle imagine la perte de son fils. Camille Laurens y reconnaît « Philippe » (1995), le livre écrit d’une traite pendant son deuil maternel. Egalement publiée chez POL, elle parle de « plagiat psychique ». Darrieussecq aurait-elle pour les livres qu’elle aime une dévotion de moine copiste ? Sa réponse est un gros essai, « Rapport de police ». La calomnie « plagiomniaque », nous dit-elle, est un phénomène vieux comme la littérature. Elle en dévoile les sources.

Le Nouvel Observateur. – Qu’est-ce que la « plagiomnie » ?

Marie Darrieussecq. – Soyons clair, la contrefaçon existe. Mais ce n’était pas mon sujet. J’appelle «plagiomnie» la dénonciation calomnieuse de plagiat. A l’origine, on trouve un désir fou d’être plagié. C’est tout bénéfice : on s’imagine une reconnaissance qu’on n’a pas forcément, puisqu’on est digne d’être copié. On se pose comme auteur qui compte, comme victime aussi. Et par les temps qui courent, être victime, c’est une assurance de respect, d’attention médiatique. L’exemple le plus marquant est celui de Daphné Du Maurier, l’auteur de « Rebecca ». Deux femmes, sorties de nulle part, disent chacune qu’elles l’ont écrit. Preuves à l’appui. L’une d’elles, une Américaine, croit que des éditeurs ont subtilisé son manuscrit, l’ont fait sortir en fraude des Etats-Unis… Ca lui semblait plus plausible que d’imaginer Du Maurier en train d’écrire un roman. Du Maurier mettra dix ans à gagner son procès. Dix ans pour rien.

N. O. – Peut-on parler de propriété en littérature ?

M. Darrieussecq. – C’est très compliqué. La littérature n’est pas un territoire qu’on peut séparer avec des frontières, des piquets et des douaniers qui demandent : « Poètes, vos papiers ! » Quand on écrit, on est constamment sous influence. Je suis sous celle de Duras, Joyce, Faulkner, Perec. J’écris parce que j’ai lu, non parce que j’ai ressenti des choses dans mes tripes. Je n’aurais pas réussi à penser ma vie si des mots n’étaient pas venus m’éclairer. Je me suis appropriée par le style des mots qui, au départ, n’étaient pas les miens.

N. O.-L’étymologie latine de «plagiat» renvoie à l’idée de propriété…

M. Darrieussecq. – Ca a signifié « voleur d’esclave », puis « voleur d’enfant ». On dit souvent que les Anciens se copiaient les uns les autres, se réinterprétaient sans arrêt. Or l’accusation de plagiat est aussi vieille que cette pratique. Il y avait une tolérance, mais quand on voulait se débarrasser d’un auteur, comme c’est arrivé à Epicure, on utilisait cette arme. La figure du voleur d’enfant, c’est le mal absolu. Le plagiat introduit l’idée de l’écrivain repoussant.

N. O. – Que vient faire la justice là-dedans ?

M. Darrieussecq. – Hors des cas de contrefaçon, elle éprouve une gêne, avec ces affaires de plagiat. Elle est appelée à remarquer ce qui se ressemble. Or ça marche avec presque tous les livres. J’ai pris « Une partie de campagne » de Maupassant et « les Raisins de la colère » de Steinbeck : les similitudes sont incroyables. Le juge laisse de côté les dissemblances. La jurisprudence est confuse et s’en remet à son impression de lecture. Une universitaire parle de « l’invention du lecteur moyen ». Et ça rejoint la mythologie tripière qui veut qu’on lise avec son estomac plutôt qu’avec son cerveau.

N. O. – Et pour vous, cette obsession du plagiat nie la possibilité du roman…

M. Darrieussecq. – C’est un phénomène qui remonte à Platon et sa célèbre haine de la fiction : si on n’a pas vécu ce qu’on écrit, on l’a forcément copié. Pour certains écrivains, notamment d’autofiction, le roman ne serait qu’un pâle reflet de l’autobiographie, voire un plagiat. Un « plagiat psychique », comme disait Camille Laurens. Ceux-là ne croient pas à l’imagination. C’est la controverse entre Chalamov et Soljénitsyne. Chalamov disait qu’on peut écrire sur le goulag sans y être allé, que c’est même un devoir. Soljénitsyne n’était pas tout à fait d’accord. C’était un débat précurseur : ma génération a la lourde charge de prendre la relève des témoins. Ceux de la Shoah sont en train de mourir. Nous sommes dépositaires d’une parole qui ne pourra être qu’imaginée, si on accorde au roman la même gravité qu’au témoignage. Au-delà de ce cas limite, Camille Laurens m’a reproché d’oser faire parler à la première personne une femme qui a perdu son enfant, sans en avoir perdu. Mais au moment où Albert Camus écrit « l’Etranger », il n’a pas perdu sa mère. Boulgakov raconte la mort de son frère Kolia alors qu’il est vivant. Pourquoi serait- ce interdit d’écrire ses cauchemars ? Je trouve ça très étrange.

N. O. – Comment expliquez-vous cependant ces accusations répétées contre vous ?

M. Darrieussecq. – Quand Marie NDiaye m’a accusée en 1998, je sortais du succès de « Truismes ». Je la connaissais un peu. A la suite de bisbilles personnelles, qui passaient essentiellement par son mari, elle a été prise d’une jalousie féroce. Et quand on veut tuer un écrivain, on l’accuse de plagiat. Il n’y a pas pire. Camille Laurens me reprochait moins de la plagier que d’avoir écrit ce qu’elle pense inimaginable. Mais en ajoutant le mot « plagiat », c’est encore plus vendeur. Et très douloureux : dans ce livre, je parle de gens qui se suicident à cause de ce genre d’accusation. Heureusement, j’ai les nerfs solides. Mais on m’a attaquée dans ma chair.

N. O. – Le cas de Paul Celan est en effet terrible…

M. Darrieussecq. – A l’origine, il y avait son ami Yvan Goll, un poète. Ils travaillaient ensemble, s’échangeaient des idées. Yvan Goll est mort sans jamais se plaindre de rien. C’est sa veuve, Claire, qui a accusé Celan avec obsession, dans les années 1950 et 1960. Ca a mené Celan en clinique, puis au suicide. Il pensait, je le pense aussi, que c’était une attaque antisémite. Pas forcément de la part de Claire Goll, mais de certains journalistes, ainsi que du Groupe 47, formé en Allemagne autour de Gunter Grass. La calomnie est une forme de rejet de l’Autre, comme l’antisémitisme. Tsvetaeva disait : « Tous les poètes sont des juifs ». Dans beaucoup des dénonciations de plagiaires que j’ai étudiées – dont celle de Marie NDiaye -, la langue employée puise, souvent à l’insu du dénonciateur, dans un vocabulaire d’extrême droite, dans des images liées aux parasites, à la digestion. C’est la langue de Léon Bloy ,qui voyait des plagiaires partout.

N. O.-En URSS, l’accusation de plagiat était une véritable stratégie totalitaire…

M. Darrieussecq. – Le plus beau cas est celui de Maïakovski. Gorki et lui se détestaient. Une haine très banale, mais il était possible alors de se débarrasser physiquement d’un ennemi… Le KGB a monté de toutes pièces une accusation de plagiat contre Maïakovski. On est allé trouver un obscur écrivain pour crier un peu partout que leurs livres se ressemblaient. Maïakovski avait d’autres ennuis sur le dos, il était épuisé. Il s’est suicidé deux ans plus tard. C’est ensuite arrivé à Ossip Mandelstam. Un pauvre mec qui s’appelait Gornsfeld se figurait qu’il avait été dépossédé. Ca a beaucoup plu à la presse parce que Mandelstam commençait à gêner. Sa lente ostracisation a débuté sur le plagiat. On retrouve ici le rejet de l’Autre. La plagiomnie est une pathologie : on veut être le seul écrivain, éliminer les frères et soeurs, être le préféré du père.

N. O. – Vous-même, ne vous êtes-vous jamais sentie plagiée ?

M. Darrieussecq. – Après « le Bébé », où je racontais mon expérience de la maternité, il y a eu un effet de mode dans la littérature française. Je ne me suis pas crue plagiée, mais je me suis offusquée que d’autres osent écrire sur le même sujet après moi. Je me souviens en particulier d’Eliette Abécassis qui avait sorti six mois après un très bon livre, « Un heureux événement ». J’étais prise d’un accès de mégalomanie.

N. O. – Ces accusations vous heurtent-elles encore aujourd’hui ?

M. Darrieussecq. – Oui. Lors de l’affaire Marie NDiaye, Philippe Sollers m’avait dit : « Faites très attention. C’est une tentative d’assassinat. » Mes accusatrices savaient très bien où frapper. Surtout Marie NDiaye. Camille Laurens, c’est autre chose, il y avait une part de stratégie. J’avais déjà été accusée, c’était facile de revenir sur ce terrain-là. La calomnie a tendance à s’autonourrir. J’ai découvert que la littérature est un pays très peu accueillant.

« Rapport de police

Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction »

par Marie Darrieussecq

POL, 368 p., 19,50 euros

Propos recueillis par D.C.

Voir également:

Littérature française – L’ancien et le nouvel univers de Pierre Jourde

Guylaine Massoutre  

Le Devoir

24 septembre 2005

Un auteur en vue dans la presse, miroir des nouvelles et des faits divers, s’attire une notoriété sans nécessaire rapport avec les enjeux de la littérature. Qu’on pense à Houellebecq. Pierre Jourde l’a compris. En 2002, il lançait des escarmouches, qui ont pris feu. Dans son essai, La Littérature à l’estomac, il s’en prend au milieu littéraire, écrivains, éditeurs et publicistes, et aux journalistes. À des figures aussi notoires que Sollers, Darrieussecq ou Angot, il décerne des prix citron.

Depuis, Jourde a publié un récit noir, Pays perdu. Il y peint les moeurs d’un village isolé de son Auvergne ancestrale: puanteur, arriération, alcoolisme et sottise humaine. Rusticité y rime avec cruauté. Ce mode de vie arriéré, en voie de disparaître au pays des volcans, témoigne des changements de civilisation. Ceux qui connaissent les coutumes frustes des paysans savent que deux mondes, l’ancien et le nouveau, s’entrechoquent. L’écriture de Jourde apporte un supplément à cette constatation: la délectation de l’écrivain, dont le style ferme et efficace touche le lecteur. L’homme manie bien le scalpel sur le lieu du trauma.

Au-delà du règlement de comptes avec les Auvergnats qui s’en est réellement suivi, preuve que la littérature peut créer le fait divers, Jourde stigmatise un monde perdu. Perdu dans le «jadis», selon le mot de Quignard, mais perdu aussi car aujourd’hui en hérite.

Jourde sait mettre les rieurs de son côté. Il en a froissé d’autres. Un horizon d’attente est ainsi né. Dans cet espace sur mesure, il abat une double carte (car il est joueur): un gros roman, Festins secrets, et un essai conséquent, Littérature et authenticité.

Le roman social

À première vue, Festins secrets est un roman bâti sur deux plans, plus ou moins reliés. L’histoire raconte la vie d’un jeune professeur, malmené par des élèves ignares dans un collège horrible. L’autre versant du livre est consacré à l’univers privé de cet homme. Littéraire forclos, le personnage se jette dans des jeux de miroir (parfois longuets), où ses obsessions et ses désillusions le mènent à une folie croissante.

Faut-il s’en tenir à la première partie du livre? C’est tentant. Brillante, l’écriture campe les frustrations du monde des enseignants. Quelques pages très réussies décrivent le labyrinthe du ministère, archétype du pouvoir abstrait. Entre la bande dessinée et l’absurde kafkaïen, Jourde rend bien la déchirure sociale entre la réalité humaine et l’institution qui prétend l’encadrer.

L’ouvrage met-il dos à dos l’enseignant et les sciences de l’éducation? C’est sûr. Qu’il décrive également l’odieux des élèves, qui rend impossible l’enseignement de valeurs, c’est évident. Voyez la visite des jeunes crapules dans un lieu de mémoire consacré à l’Holocauste: la scène est bien menée. L’incurie de l’État place le professeur dans une situation inextricable et douloureuse. Et parfois ridicule.

Le roman noir

L’autre versant du roman est inattendu, moins accessible d’emblée. Dans la maison qu’il partage, le personnage s’adonne à des comportements maniaques, sous divers prétextes littéraires. Une veuve loufoque agite ses sens. Derrière les portes closes, un mystère s’épaissit, dont le littéraire nourrit son esprit malsain auprès d’une clique grotesque. Les sociétés littéraires, bien-pensantes et compassées, sont égratignées.

Le Janus de Jourde montre deux visages, l’un social, l’autre privé. Il représente une France de bonne foi, travailleuse et idéaliste, et une autre, retorse et soumise aux arcanes du «pays perdu». Le personnage principal, décadent, est un dinosaure naïvement perdu dans le nouveau siècle. Le roman, très référencé — du romantisme balzacien de La Peau de chagrin aux cités obscures de Schuitten, empruntant le trait expressionniste appuyé, presque kitsch — a pourtant quelque chose de neuf. Mais quoi?

Il faut donc relire. Trier le vraisemblable et la fiction littéraire. Dépasser le polar noir. Ce que Jourde fait lui-même dans son essai, Littérature et authenticité. Dans cet ouvrage savant, le professeur définit moins la fonction de la littérature que le point de vue du créateur: «Le neutre est en nous ce qui accueille indéfiniment, ce qui est amour de la singularité, et aussi son salut. Ce qui, au plus intime, est le dehors.» Le réalisme, selon lui, passe par le dépouillement, qui ramène aux évidences silencieuses. Un lieu d’indignation et de témoignage, forme littéraire de spiritualité.

Borges et Butor sont les maîtres de Jourde. Dans Festins secrets, il emprunte à La Modification, de Butor, la technique du récit à la seconde personne: la conscience y est sollicitée en reine. Dans l’ascèse d’une écoute où le narcissisme s’éteint, l’écrivain libère une voix de poésie. Réel et imaginaire n’y font qu’un. Le langage maîtrisé refait et saisit alors ce qu’on appelle la réalité. La «saveur du chaos» passe ainsi par l’allègement du rire, tout près du cynisme, lorsqu’illusions et désillusions basculent dans la vacuité indifférenciée du singulier.

Festins secrets, confié à un petit éditeur jouant parmi les grands, est déjà en lice pour le prix Renaudot. Entre la vocifération du monde et le retrait qui le pense, Jourde crée un territoire libre d’emprise. Il en propose l’expérience comme une cavale, au cours de laquelle il remet à l’état de spectres les féroces mordeurs, les Érinyes déchiqueteuses du grenier. Ce mythe est sa portée. 

 

Voir aussi:

Violences

Six mois avec sursis requis contre les agresseurs d’un écrivain

Aurillac (Cantal) Geneviève Colonna d’Istria

22.06.2007

On était bien loin  hier de l’image d’Epinal d’une vie à la campagne calme et sereine. Le tribunal correctionnel d’Aurillac (Cantal) examinait hier l’affaire de l’écrivain Pierre Jourde, universitaire parisien originaire du Cantal, victime de la colère d’une poignée d’habitants s’étant reconnus dans son livre « Pays perdu », paru en 2003. A la barre, quatre prévenus originaires de Lussaud, un hameau d’une vingtaine d’âmes niché sur les hauteurs du Cantal. Ils comparaissaient pour cinq délits dont des violences volontaires aggravées en réunion, avec préméditation, usage et menace d’une arme, ainsi qu’injures publiques envers des particuliers en raison de leur race, de leur religion ou de leur origine. « Mon intention n’était pas de faire du mal » A mi-chemin entre le Clochemerle et le pathétique, le tribunal est revenu longuement sur cet après-midi du 31 juillet 2005. Ce jour-là, Pierre Jourde débarque avec femme et enfants dans sa maison familiale de Lussaud pour y passer, comme chaque année, ses vacances d’été. A peine descendu de la voiture, un groupe de villageois en colère lui réserve un accueil musclé. Coups de poing, jet de pierres, noms d’oiseaux et injures racistes à l’égard des enfants de Pierre Jourde dont deux sont métisses. Dans la bagarre, le troisième garçon de l’écrivain, âgé de 15 mois, est même blessé par des bris de verre. Cause de ce déchaînement de violence ? Le livre écrit par l’enfant du pays… Bien que l’auteur ne cite aucun patronyme ni même le nom du hameau, certains se sont reconnus dans cette fresque féroce. Pourtant, Pierre Jourde n’en démord pas à la barre : « Mon intention n’était pas de faire du mal. J’ai voulu montrer que la vie en Auvergne est dure. C’est un témoignage d’admiration, pas de mépris. J’ai beaucoup de respect pour tous ces gens », explique-t-il posément. « Le livre n’était pas bien pour les habitants de Lussaud », insiste pourtant l’une des prévenues qui reconnaît dans la foulée ne pas l’avoir lu en entier. « Il s’est moqué de mon tas de fumier », argumente le deuxième, un peu piteux. La troisième, âgée de 62 ans, accuse même l’auteur, la larme à l’oeil, d’avoir provoqué la mort de son mari, décédé d’un infarctus quelques mois après les faits. Quant au patriarche, il n’a pas admis qu’on reparle des vieilles histoires d’adultère… Bref, pas de regrets ! « S’il ne s’était pas débattu, mon client serait peut-être mort ou bien amoché ! s’insurge l’avocat de l’écrivain. On n’est pas chez les ayatollahs ou dans les cités du 93 où on fait régner la loi du plus fort. » La procureure, qui a requis six mois de prison avec sursis et 300 d’amende pour les cinq prévenus, a regretté « dans cette histoire de passion, le manque de dialogue au pays du silence ». Quant à M e Portejoie, avocat de la défense, il a réclamé pour tous la « paix des braves »… L’affaire a été mise en délibéré au 5 juillet, avec l’espoir qu’à l’issue de ce procès très médiatisé, Pierre Jourde puisse revenir en vacances sur la terre de ses ancêtres sans risquer pour sa vie ou celle de ses proches.

Voir enfin:

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

LETTER FROM PARIS

Writers in Paradise

Cristina Nehring

The NYT

 December 12, 2004

When writers die and go to heaven, they go, in fact, to Paris. Not for the wine, the food or even the romance, but for the honor. Writers are honored in France almost independent of the quality of their work. La rentrée littéraire, the early-autumn period when the largest number of books is published, is a hagiographic celebration. Faces of authors smile down from newsstands; lines for author signings wind around a shopping mall; magazines and newspapers teem with book reviews, most of them glowing. So quick to protest, argue and rebel, the French turn into turtledoves when placed before a hardcover:  »Devour this book without moderation! » a critic exclaims in Lire, France’s best-known literary magazine.  »Amelie Nothomb is a star, » declares a rival publication, Muze.  »Every year in September her readers await her with more longing and impatience than the previous year. »

 

Nor is this adulation confined to France’s own writers. Philip Roth is a national idol; Paul Auster is far better loved here than he is in the United States. At a recent book event, Festival America, in the Paris suburb of Vincennes, the panels were overcrowded; the American authors, tickled silly.  »This is incredible, » the novelist Jim Shepard said.  »Hardly anyone knows I write in my hometown. Here I walk down the street and a guy flags me down and says: ‘Hey, aren’t you Jim Shepard? I love your books!’  »

 

It is small wonder, in this culture of bibliophiles, that when Jacques Derrida died in October, his picture was splashed across the covers of the major newspapers, his career eulogized by the president, the prime minister and the mayor of Paris. It was the same in September, at the death of Francoise Sagan, who, for all the bravado and charm with which she lived her life, had not published a book anybody paid much attention to for 50 years. And yet, Le Figaro said, her loss  »leaves France in despair. »

 

But if France loves writers, it is also impatient with them. Donna Tartt took quite a beating from a reporter at Festival America:  »I am sure you have been asked this question thousands of times, but let me ask again: why — oh why — are there 10 years between your first and your second novel? » He seemed to expect to hear of an incarceration or dire illness.  »I guess I’m just slow, » she replied. This, to the French way of seeing things, is inconceivable. Many French novelists try to publish a novel a year; even Amelie Nothomb, the cult writer who describes herself as  »incredibly lazy, » clocks in with a new book every rentrée. When a well-known literary figure misses a year, speculation abounds. The September cover of L’Imbecile, the irreverent cultural magazine, pictures the novelist Michel Houellebecq with a headline that reads,  »Houellebecq, the Great Absentee. » He has dared not to submit a novel this fall — and the world will puzzle over the cause of his indolence.  

It is curious that writers are so busy in a country that often relishes leisure. A best-selling book a few months ago was  »Hello, Laziness, » an essay on how to take the longest time to do the least amount of work.  »We can reproach French editors for publishing far too much, » says Jean d’Ormesson, the Academie Francaise’s crustiest old man of letters.  »But at least it is true that if they publish a lot of rubbish, they don’t miss a lot of works of genius. »

 

The works of genius, however, are rare in this rentrée. The big books of the season are disconcertingly weak, marked by lazy prose, easy narcissism and a peculiar brand of knee-jerk pessimism. Much discussed is  »The Queen of Silence, » Marie Nimier’s self-indulgent memoir of her father, a novelist who died in a car accident when she was 5.  »It’s a golden subject . . . if you want to sell books, » she confides in the first pages.  »Twenty years ago, I didn’t write this book. » Unfortunately, she has now, and its idleness and emptiness are appalling. Nor is Nothomb’s hotly awaited  »Biography of Hunger » better; anyone who has dipped into her previous novels will find the same formula: a heroine who flirts with anorexia, relocates to exotic countries, thinks she is a princess.  

Then there is  »A French Life, » by Jean-Paul Dubois, yet another autobiographical novel, in this case interspersing the author’s infidelities and family vicissitudes with political commentary and editorializing about events like Abu Ghraib. Finally, there is  »Out of Sync, » by Christine Angot, who hasn’t missed a scandal since she began fictionalizing her incest with her father in  »Seen From Heaven, » published in 1990. This year Angot is tamer, offering a monotonous account of a marriage between screenwriters — one blocked, the other manic-depressive — who incessantly think of leaving each other but maddeningly do not.

 

It is striking that the French — so idealistic about pleasure, politics, love and literature — should produce such a strenuously sad crop of new fiction. One would think melancholy were being fetishized. Still, it’s a tradition that can be traced to Proust, Sartre and Nathalie Sarraute. In a thought-provoking work of literary criticism,  »Professors of Despair, » the Canadian novelist Nancy Huston argues that much modern European literature has embraced a mechanical and hypocritical nihilism. It is a nihilism that inclines writers to affect a fashionable malaise, pursue pathologies as though they were badges of honor, view solutions with contempt and cultivate an apathetic manner (even as they churn out books). And it is a nihilism out of step with the mood of French readers.  

That mood may be best captured by Bertrand Delanoe, the ebullient mayor of Paris and the author of  »Life, Passionately, » possibly the most intriguing book of the rentrée.  »There is a difference between a writer and an author, » he told me over lunch in City Hall.  »A writer has literary talent. An author writes because he needs to say something. I am not a writer, but only an author. » When writers equate depression with profundity, and facility with brilliance, perhaps a mere  »author » gains an edge.  »Life, Passionately » narrates the rise of France’s best-known openly gay politician: his childhood in Tunisia, his experiences of racism, his first encounter (at 18) with the French capital, and his quest to merge practical reforms with such fantastic schemes as Paris-Plage — the popular initiative to dump tons of sand on the banks of the Seine each summer, erect umbrellas and volleyball nets, and declare a beach.  »Without a dose of utopia, » Delanoe asks,  »how can we find the will to change things? »

 

 

His colleagues at the book signings could digest a bit of utopia. They could do worse than to stop for a rentrée or two, head for Paris-Plage and lose a little of their self-importance. France nurtures and adores its writers. Do they prove worthy?  »The truth, » as Delanoe says, quoting Oscar Wilde,  »is rarely pure and never simple. » But nor is it relentlessly gloomy. Paris still stands for hope.  

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Cristina Nehring, a contributing editor for Harper’s Magazine, is the author of the forthcoming  »Women in Love From Simone de Beauvoir to Sylvia Plath: A Feminist Defense of Romance. »

 

 

 

2 Responses to Affaire Angot: La littérature est un pays très peu accueillant (Trouble in writer’s paradise)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    sur un sujet que vous évoquiez précédemment :
    QUELQUES RÉFLEXIONS AUTOUR DE L’AFFAIRE WIKILEAKS Gérald Arboit 02-01-2011
    http://www.cf2r.org/fr/notes-de-reflexion/quelques-reflexions-autour-de-affaire-wikileaks.php

    J'aime

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