Egypte: Le PNUD confirme Tocqueville! (Blame it all on Tocqueville!)

3 février, 2011
En politique, ce qu’il y a souvent de plus difficile à apprécier et à comprendre, c’est ce qui se passe sous nos yeux. Tocqueville 
Le désir d’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande. Tocqueville
L’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le Mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Alexis de Tocqueville (L’ancien régime et la révolution, 1856)
Avec notre aide, les peuples du Moyen-Orient s’avancent maintenant pour réclamer leur liberté. De Kaboul à Bagdad et à Beyrouth, il y a des hommes et des femmes courageux qui risquent leur vie chaque jour pour les mêmes libertés que nous apprécions. Et elles ont une question pour nous : Avons-nous le courage de faire  au Moyen-Orient ce que nos pères et grands-pères ont accompli en Europe et en Asie ? En prenant position avec les chefs et les réformateurs démocratiques, en donnant notre voix aux espoirs des hommes et des femmes décents, nous leur offrons une voix hors du radicalisme. Et nous enrôlons la force la plus puissante pour la paix et la modération au Moyen-Orient : le désir de millions d’être libres. (…) En ce tout début de siècle, l’Amérique rêve au jour où les peuples du Moyen-Orient quitteront le désert du despotisme pour les jardins fertiles de la liberté – et reprendront leur place légitime dans un monde de paix et de prospérité. Nous rêvons au jour où les nations de cette région reconnaitront que leur plus grande ressource n’est pas le pétrole de leur sous-sol – mais le talent et la créativité de leurs populations. Nous rêvons au jour où les mères et les pères de tout le Moyen-Orient verront un avenir d’espoir et d’opportunités pour leurs enfants. Et quand ce beau jour viendra, les nuages de la guerre seront balayés, l’appel du radicalisme diminuera… et nous laisserons à nos enfants un monde meilleur et plus sûr. Bush (11/9/2006) 
 Depuis la chute de la dictature de Ben Ali en Tunisie, les dictateurs et autres despotes arabes tremblent devant le vent de liberté, transformé en tempête. Les peuples arabes, compressés depuis des décennies, rêvent de liberté et de démocratie. Ils finissent, à tour de rôle, par réaliser le projet de George W. Bush, qu’ils avaient tant dénoncé. Mediarabe.info
La colère se nourrit du désespoir (…) Nous avons des circonstances plus difficiles que la plupart des pays arabes, mais malgré cela, la Syrie est stable. Pourquoi? Parce qu’il faut être très proche des croyances de la population (…) C’est là le coeur du problème. Quand il y a divergence (…) il y aura un vide qui crée des perturbations. Assad
Like other secular Middle Eastern dictators (e.g., the Assads in Syria or Saddam Hussein in Iraq), Mr. Mubarak played a canny double game with the Islamists, ruthlessly repressing their domestic attacks but turning a blind eye to their organizing and export of jihadism abroad. Thus while Egypt’s security services cracked down hard on Islamist terrorism in the 1990s when it was threatening the lucrative tourist trade, Mr. Mubarak has allowed the Muslim Brotherhood—the mother of all Islamist organizations—to become the main opposition party. This has made him, as he well knows, the indispensable man to the West—the only thing supposedly standing in the way of an Islamist power grab. Yet Mr. Mubarak’s police state actually drove many Egyptians into the arms of the radicals. It is no coincidence that al Qaeda started as primarily an Egyptian-Saudi organization run by citizens of two of our closest and most repressive allies. Ayman al-Zawahiri, al Qaeda’s No. 2, was radicalized as a boy in Egypt and then all the more so after spending three years being tortured in Mr. Mubarak’s dungeons in the 1980s. Max Boot
Hélas, si la leçon tunisienne nourrit la réflexion sur le devenir des régimes de la région, le sort de Ben Ali procure des enseignements aux autocrates régionaux : il est probable que beaucoup prennent les devants en s’assurant de la loyauté des militaires, en s’informant sur le prix du blé, en augmentant le salaire des policiers, et surtout en prêtant une attention plus sérieuse aux revendications des chômeurs. Luis Martinez (directeur de recherche au CERI-Sciences Po)
Tout le monde souffre de cette situation, ils savent que l’on fait ça pour eux.  Nous voulons un changement. Cette révolution n’est pas seulement celle des pauvres, qui n’ont rien à manger. Elle est aussi celle de la classe moyenne, qui souffre des bas salaires, de l’inflation et des passe-droits dont bénéficient les favoris du régime. Ceux-là sont exaspérés par ce qui se passe. J’en avais d’ailleurs quelques-uns pour client. La corruption, je l’ai vue défiler sur mon écran d’ordinateur.  Samer Ahmed ( analyste financier egyptien, 26 ans)
En réalité, la principale préoccupation de ces dirigeants n’est pas d’intégrer un club de démocraties méditerranéennes, mais de sanctuariser leurs régimes et de maintenir leurs clans au pouvoir. (…) La fermeture du champ politique met en rivalité deux systèmes totalitaires et écarte toute hypothèse démocratique. Il n’y aura pas d’alternance par les urnes. Elle se fera un jour dans la rue, au profit des islamistes. Antoine Basbous
Le régime sait que s’il y avait une élection vraiment libre, il la perdrait. C’est la preuve que sa stratégie ne marche pas. Mais je n’en vois pas d’autres. D’un côté les Frères ne sont pas prêts à créer un parti dans le cadre de la législation actuelle, d’un autre, on ne peut pas ignorer et encore moins éliminer un mouvement qui bénéficie d’une telle assise populaire. (…) Tout cela montre qu’ils sont « prêts à accepter le jeu des élections. Mais ils sont très loin d’avoir mené à bien leur aggiornamento.  Tewfik Aclimandos
Cette campagne a également généré des tensions à l’intérieur de la confrérie. Une minorité, désormais habituée aux joutes électorales, prône un changement de cap et souhaite se soucier davantage de « politique » et moins de « prédication ». Mais la confrérie refuse le terme de « dissidences ». « Ils restent d’accord sur l’essentiel, c’est juste un changement sur la méthode.  Amr Rabie Hashem
La société égyptienne est de plus en plus crispée, de moins en moins ouverte à ce qui n’entre pas dans la norme, même si le débat d’idées reste vif et la communauté des intellectuels très mobilisée. Tewfik Aclimandos
La stratégie du pouvoir est très claire : on enterre l’option du fils, Gamal Moubarak, autant que faire se peut, on s’efforce de jouer la montre et on fait peur aux classes moyennes, et on met en avant l’armée. Le déploiement militaire semble en effet plus agressif qu’aux premiers jours. (…) Les canaux de transmission n’ont pas été rompus entre les Frères musulmans et le pouvoir. Simplement, on leur a «demandé» de rester discrets de façon plus ou moins menaçante. Dans les premiers jours de la révolte, ils étaient assez peu présents, puis ils se sont montrés un peu plus, notamment dans les villes de province. Ils sont en train de tester jusqu’où ils peuvent aller. Ils sont très sensibles aux menaces que peut leur lancer le pouvoir. C’est un parti qui a une mémoire. Ils ont autrefois lancé des offensives contre le régime qui ont été réprimées dans le sang. Il y a aussi l’élément clé de Camp David. Ils n’ont pas envie de respecter ces accords de paix avec Israël, mais en même temps, s’ils ne le font pas, c’est la guerre ! Ils marchent donc sur des œufs. (…) Ce sont les fils des classes moyennes qui ont lancé le mouvement, remplacés ensuite par les plus pauvres. Aujourd’hui, le pouvoir s’efforce de faire peur à cette classe moyenne afin de la rallier à lui. C’est là où Moubarak a fait quelque chose qui n’est pas très propre, il a lâché la pègre en ville. On l’a bien vu avec les scènes de pillage, les évasions de prison… tout cela ressemble à quelque chose de voulu. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, entre l’interruption d’Internet, des réseaux de téléphonie mobile et l’incendie du Caire, la classe moyenne a peur. Tewfik Aclimandos
Il faut savoir que la confrérie (des Frères musulmans) est panislamiste mais que chaque pays décide pour lui. Et en Egypte, la maison mère du mouvement, où elle est interdite mais tolérée, l’appareil est tenu par les plus radicaux. Ils ont un discours très violent, ne reconnaissent pas l’égalité hommes-femmes, prônent les peines corporelles… Et leur programme est édulcoré par rapport à ce qu’ils pensent. (…) ils ont développé un réseau de protection et d’aide sociale à travers les mosquées. Et le vote identitaire joue beaucoup. Ils sont aussi la seule force d’opposition organisée et représentent, selon moi, 70 % des intentions de vote. Dans le cadre d’élections libres, le pouvoir leur reviendra. Tewfik Aclimandos
Les pays arabes enregistrent un retard par rapport aux autres régions en matière de gouvernance et de participation aux processus de décision. La vague de démocratisation, qui a transformé la gouvernance dans la plupart des pays d’Amérique latine et d’Asie orientale dans les années quatre-vingts, en Europe centrale et dans une bonne partie de l’Asie centrale à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix, a à peine effleuré les États arabes. Ce déficit de liberté va à l’encontre du développement humain et constitue l’une des manifestations les plus douloureuses du retard enregistré en terme de développement politique. La démocratie et les droits de l’homme sont reconnus de droit, inscrits dans les constitutions, les codes et les déclarations gouvernementales, mais leur application est en réalité bien souvent négligée, voire délibérément ignorée. Le plus souvent, le mode de gouvernance dans le monde arabe se caractérise par un exécutif puissant exerçant un contrôle ferme sur toutes les branches de l’État, en l’absence parfois de garde-fous institutionnels. La démocratie représentative n’est pas toujours véritable, et fait même parfois défaut. Les libertés d’expression et d’association sont bien souvent limitées. Des modèles dépassés de légitimité prédominent.(…) La participation politique dans les pays arabes reste faible, ainsi qu’en témoignent l’absence de véritable démocratie représentative et les restrictions imposées aux libertés. Dans le même temps, les aspirations de la population à davantage de liberté et à une plus grande participation à la prise de décisions se font sentir, engendrées par l’augmentation des revenus, l’éducation et les flux d’information. La dichotomie entre les attentes et leur réalisation a parfois conduit à l’aliénation et à ses corollaires, l’apathie et le mécontentement. (…) Deux mécanismes parallèles sont en jeu. La position de l’État tutélaire va en s’amenuisant, en partie du fait de la réduction des avantages qu’il est en mesure d’offrir aujourd’hui sous forme de garantie de l’emploi, de subventions et autres mesures incitatives. Par contre, les citoyens se trouvent de plus en plus en position de force étant donné que l’État dépend d’eux de manière croissante pour se procurer des recettes fiscales, assurer l’investissement du secteur privé et couvrir d’autres besoins essentiels. Par ailleurs, les progrès du développement humain, en dotant les citoyens, en particulier ceux des classes moyennes, d’un nouvel éventail de ressources, les ont placés en meilleure position pour contester les politiques et négocier avec l’État. Rapport arabe sur le développement humain 2002
Les pays arabes doivent combler «l’écart croissant de connaissances» en investissant de manière significative dans l’éducation et en encourageant un débat intellectuel ouvert, indique le rapport arabe sur le développement humain pour l’année 2003, publié aujourd’hui par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Selon le « Rapport arabe sur le développement humain 2003 » (RADH 2003), les États arabes devraient encourager une plus grande interaction avec d’autres pays, cultures et régions du monde. « L’ouverture, l’interaction, l’assimilation, l’absorption, la révision, la critique et l’examen ne peuvent que stimuler la production de connaissances créatives au sein des sociétés du Monde arabe », est-il indiqué. Centre d’actualités de l’ONU
Les « 10 pays les plus performants » mis en évidence dans le Rapport 2010 – ceux qui, parmi les 135, ont le plus progressé en termes d’IDH au cours des 40 dernières années – avaient à leur tête l’Oman qui, au fil des décennies, a investi ses revenus de l’énergie dans l’éducation et la santé publique  Les neuf autres « pays les plus performants » sont la Chine, le Népal, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, le Laos, la Tunisie, la Corée du Sud, l’Algérie et le Maroc. Fait étonnant, la Chine était le seul pays à faire partie de la liste des « 10 plus performants » en raison uniquement de sa performance dans la dimension monétaire ; les principaux moteurs du progrès de l’IDH étaient la santé et l’éducation (…) La région affichant les progrès les plus rapides en termes d’IDH depuis 1970 était l’Asie de l’Est, avec la Chine et l’Indonésie en tête de file. Les pays arabes ont eux aussi enregistré des gains importants et comptent 8 des 20 premiers pays au palmarès des meilleures performances en termes d’IDH au cours des 40 dernières années. De nombreux pays d’Afrique subsaharienne et de l’ex-Union soviétique sont cependant restés à la traîne, victimes de l’impact du SIDA, des conflits, du bouleversement économique et d’autres facteurs. L’espérance de vie a en fait chuté au cours des 40 dernières années dans trois pays de l’ex-Union soviétique – le Bélarus, l’Ukraine et la Fédération de Russie – et dans six pays d’Afrique subsaharienne – la République démocratique du Congo, le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Swaziland, la Zambie et le Zimbabwe. Les pays arabes comptent cinq des « 10 pays les plus performants » (sur les 135 étudiés) qui ont enregistré la plus forte performance en termes d’IDH depuis 1970 : l’Oman (n° 1), l’Arabie saoudite (n° 5), la Tunisie (n° 7), l’Algérie (n° 9) et le Maroc (n° 10). Rapport UNDP 2010

Au secours! Bush revient!

Alors qu’à l’apparente surprise de nombre de nos commentateurs qui du temps de l’invasion de l’Irak n’avaient pas de mots assez forts pour fustiger une démocratie prétendument inexportable, la « contagion » libertaire semble se répandre à travers le monde arabe …

Et qu’après la surprise tunisienne et à l’instar de l’Egypte et déjà l’Algérie, la Jordanie , le Yemen,  le Soudan, ou la Syrie, les autocrates de la région commencent à sortir leurs premières contre-mesures …

Pendant qu’ailleurs comme en Chine ou en Iran, les autorités locales tentent de faire le blocus des images ou inversement jouent les apprentis sorciers en attisant des flammes qui pourraient un jour se retourner contre eux …

Alors qu’à l’image d’un président Obama toujours aussi peu à la hauteur ou un Nicolas Sarkozy contraint de remballer dans ses cartons ses projets de début de mandat de club med pour tyrans en bout de course, l’Occident a maintenant remplacé ses habituelles tergiversations par le plus imprudent des soutiens à à  des islamistes (la maison-mère même d’al Qaeda et du Hamas comme du télécoraniste de JihadTV!) passés maitres dans l’art de jouer aux modérés …

Qui se souvient que, véritable confirmation de la loi de Tocqueville, le 1er rapport arabe sur le développement humain avait dès 2002 pointé le retard historique des pays arabes et en avait largement prédit l’actuelle vague de mécontentement ?

Et qui prend la peine de rappeler qu’à l’instar de la Chine, de l’Iran ou de la Russie, la croissance ou alternativement le maintien forcé dans la précarité (ou, ajouterions-nous, le souvenir du dernier Tienanmen) pourraient bien très prochainement s’avérer insuffisants pour apaiser un mécontentement qui ne peut manquer de s’accroitre dans les pays que, d’Oman à l’Arabie saoudite, le rapport 2010 place en tête de son classement des « pays les plus performants »?

 Rapport sur le développement humain 2010: analyse des tendances sur les 40 dernières années révèle une plus forte progression des pays pauvres  

L’édition du 20e anniversaire du rapport du PNUD constate des progrès à long terme indépendants des revenus dans les domaines de la santé et de l’éducation, et introduit de nouveaux indices spécifiques au genre, à la pauvreté et à l’inégalité

Nations Unies, le 4 novembre 2010 — La majorité des pays en développement ont réalisé, au cours des quelques dernières décennies, des progrès spectaculaires et pourtant souvent sous-estimés dans les domaines de la santé, de l’éducation et du niveau de vie. Un grand nombre des pays les plus pauvres ont enregistré les gains les plus importants, constat issu d’une nouvelle analyse détaillée des tendances à long terme de l’indice de développement humain (IDH) dans le Rapport sur le développement humain 2010, publié ce jour.

D’importantes variations se dégagent néanmoins des tendances et le Rapport sur le développement humain 2010 révèle une perte de terrain pour certains pays depuis 1970. L’édition du 20e anniversaire du Rapport présente trois nouveaux indices et documente des inégalités béantes tant à l’intérieur des pays que d’un pays à l’autre, de profondes disparités entre hommes et femmes sur un large éventail d’indicateurs du développement, et la prévalence de l’extrême pauvreté multidimensionnelle en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne.

Les Rapports sur le développement humain, commandités chaque année par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) depuis 1990, sont éditorialement indépendants du PNUD.

Le Rapport 2010, intitulé La vraie richesse des nations : Les chemins du développement humain, a été lancé aujourd’hui par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, l’administrateur du PNUD Helen Clark et le prix Nobel Amartya Sen. Ce dernier a participé à la mise au point de l’IDH pour le premier Rapport sur le développement humain en 1990 en collaboration avec Mahbub ul Haq, économiste fondateur de la série, aujourd’hui disparu. Les Rapports sur le développement humain et l’IDH ont remis en question les mesures purement économiques de la réussite nationale et aidé à poser les bases conceptuelles des Objectifs du Millénaire pour le développement de l’ONU, exigeant un suivi mondial régulier des progrès accomplis en matière de santé, d’éducation et de niveaux de vie globaux.

« Les Rapports sur le développement humain ont changé notre façon d’observer le monde », a déclaré Ban Ki-moon aujourd’hui. « Nous avons appris que bien que la croissance économique compte pour beaucoup, le plus important est d’utiliser le revenu national pour donner à tous une chance de vivre une vie plus longue, plus saine et plus productive ».

Le premier Rapport sur le développement humain présentait son IDH novateur et analysait les décennies antérieures d’indicateurs de développement pour conclure que « le rapport entre croissance économique et développement humain n’est nullement automatique ». L’examen rigoureux des tendances à plus long terme dans le Rapport de 2010 — remontant aux indicateurs de l’IDH de 1970 pour la majorité des pays — révèle l’absence de corrélation constante entre performance économique nationale et réussite dans les dimensions non monétaires de l’IDH que sont la santé et l’éducation.

« Le Rapport indique que, dans l’ensemble, les populations sont aujourd’hui en meilleure santé, plus riches et mieux éduquées qu’auparavant », remarque Helen Clark. « Bien que toutes les tendances ne soient pas positives, les pays ont maintes mesures à leur disposition pour améliorer les vies de leurs populations, même dans des conditions défavorables. De tels progrès requièrent une direction courageuse au niveau local, ainsi que l’engagement continu de la communauté internationale. »

Dans l’ensemble, comme l’indique l’analyse que donne le Rapport des pays sur lesquels nous disposons de données complètes depuis 40 ans, l’espérance de vie a augmenté de 59 ans en 1970 à 70 ans en 2010, la scolarisation est en hausse d’à peine 55 pour cent de tous les enfants d’âge primaire et secondaire à 70 pour cent, et le PIB par habitant a doublé pour dépasser les 10 000 dollars. Ce progrès est commun aux populations de toutes les régions, bien qu’à différents degrés. L’espérance de vie, par exemple, a augmenté de 18 ans dans les États arabes entre 1970 et 2010, comparé à huit ans en Afrique  subsaharienne. Les 135 pays étudiés représentent 92 pour cent de la population mondiale.

« Nos résultats confirment, appuyés par les nouvelles données et analyses, deux postulats de départ du Rapport sur le développement humain : le développement humain se distingue de la croissance économique, et des progrès importants sont possibles même sans croissance rapide », explique Jeni Klugman, auteur principal. « Ce travail nous a également ouvert de nouvelles perspectives sur les pays les plus performants, ainsi que sur les variations des formes et voies du progrès ».

Les « 10 pays les plus performants » mis en évidence dans le Rapport 2010 – ceux qui, parmi les 135, ont le plus progressé en termes d’IDH au cours des 40 dernières années – avaient à leur tête l’Oman qui, au fil des décennies, a investi ses revenus de l’énergie dans l’éducation et la santé publique 

Les neuf autres « pays les plus performants » sont la Chine, le Népal, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, le Laos, la Tunisie, la Corée du Sud, l’Algérie et le Maroc. Fait étonnant, la Chine était le seul pays à faire partie de la liste des « 10 plus performants » en raison uniquement de sa performance dans la dimension monétaire ; les principaux moteurs du progrès de l’IDH étaient la santé et l’éducation. Les 10 pays suivants au palmarès des pays dont l’IDH a le plus progressé au cours des 40 dernières années comprennent plusieurs pays à faibles revenus mais IDH élevé « que l’on n’associe pas habituellement au succès » remarque le Rapport, notamment l’Éthiopie (n° 11), le Cambodge (n° 15) et le Bénin (n° 18). Tous ont enregistré d’importants progrès dans les domaines de l’éducation et de la santé publique. 

Dans le contexte général du progrès mondial, les variations d’un pays à l’autre sont frappantes : au cours  des 40 dernières années, les 25 pour cent les moins performants ont enregistré une amélioration de moins de 20 pour cent de leur performance en termes d’IDH, par rapport à 54 pour cent en moyenne pour le groupe le plus performant. Pourtant, en tant que groupe, le quartile de pays au bas de l’échelle de l’IDH en 1970 a progressé encore plus rapidement que les pays au sommet de l’échelle, enregistrant un gain moyen de 61 pour cent. Les diverses trajectoires nationales vers le développement documentées dans le Rapport montrent qu’il n’existe pas de formule unique pour un progrès soutenable, soulignent ses auteurs.

La région affichant les progrès les plus rapides en termes d’IDH depuis 1970 était l’Asie de l’Est, avec la  Chine et l’Indonésie en tête de file. Les pays arabes ont eux aussi enregistré des gains importants et comptent 8 des 20 premiers pays au palmarès des meilleures performances en termes d’IDH au cours des 40 dernières années. De nombreux pays d’Afrique subsaharienne et de l’ex-Union soviétique sont cependant restés à la traîne, victimes de l’impact du SIDA, des conflits, du bouleversement économique et d’autres facteurs. L’espérance de vie a en fait chuté au cours des 40 dernières années dans trois pays de l’ex-Union soviétique – le Bélarus, l’Ukraine et la Fédération de Russie – et dans six pays d’Afrique subsaharienne – la République démocratique du Congo, le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Swaziland, la Zambie et le Zimbabwe.

La tendance dominante de l’espérance de vie à l’échelle mondiale est à la convergence, c’est-à-dire que les durées de vie dans la majorité des pays pauvres se rapprochent de plus en plus près de celles des pays développés. En ce qui concerne les revenus, cependant, la tendance reste à la divergence : la plupart des pays riches deviennent toujours plus riches tandis que la croissance reste hors de portée d’un grand nombre de nations pauvres.

« Des progrès importants ont été enregistrés, mais tout n’a pas été positif, loin s’en faut. », écrit l’auteur.

« Certains pays ont essuyé des revers sérieux − particulièrement en ce qui concerne la santé − effaçant parfois en quelques années les gains accumulés durant plusieurs décennies. La croissance économique s’est révélée extrêmement inégale − tout à la fois entre les pays à croissance rapide et au sein du groupe de ceux bénéficiant d’un progrès national d’ensemble. Les différences de développement humain dans le monde, si elles se réduisent, demeurent énormes. »

IDH 2010 plus de nouveaux indices spécifiques aux inégalités, à l’inégalité des genres et à la pauvreté

Cette année, le Rapport comprend de nouveaux classements IDH 2010, et plusieurs indicateurs clés ont été modifiés. Les 10 premiers pays au classement 2010 par IDH sont la Norvège, l’Australie, la NouvelleZélande, les États-Unis, l’Irlande, le Lichtenstein, les Pays-Bas, le Canada, la Suède et l’Allemagne. Au bas des classements IDH 2010 de 169 pays se trouvent, dans l’ordre : le Mali, le Burkina Faso, le Libéria, le Tchad, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Burundi, le Niger, la République démocratique du Congo et le Zimbabwe.

Les changements de classement des pays par IDH sont désormais enregistrés sur une période comparative de cinq ans, plutôt que d’une année sur l’autre, afin de mieux illustrer les tendances du développement. En raison d’améliorations méthodologiques apportées à la formule de calcul de l’IDH, les classements 2010 ne sont pas directement comparables à ceux des Rapports antérieurs.

Le Rapport sur le développement humain 2010 perpétue la tradition d’innovation en matière de mesure incarnée par l’IDH, en introduisant de nouveaux indices relatifs à des facteurs de développement fondamentaux qui ne sont pas directement reflétés dans l’IDH :

• L’indice de développement humain ajusté aux inégalités (IDHI)

Pour la première fois, le Rapport 2010 examine les données de l’IDH à travers le prisme de l’inégalité, en ajustant les progrès en termes d’IDH de manière à refléter les disparités au niveau des revenus, de la santé et de l’éducation. « L’IDH seul, composé des moyennes nationales, masque les disparités au sein des pays. Ces ajustements en fonction des inégalités donnent une image plus précise du bien-être des populations », explique Jeni Klugman.

• L’indice d’inégalité de genre (IIG)

Le Rapport 2010 introduit une nouvelle mesure des inégalités entre hommes et femmes, incluant les taux de mortalité maternelle et la représentation parlementaire des femmes. « L’indice d’inégalité de genre est conçu pour mesurer l’impact négatif sur le développement humain des profondes disparités sociales et économiques entre hommes et femmes », commente Jeni Klugman. L’IIG calcule les déficits en termes d’IDH national dus aux inégalités de genre, des Pays-Bas (pays le plus égalitaire en termes d’IIG) au Yémen (pays le moins égalitaire).

• L’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM)

Le Rapport introduit une nouvelle mesure de la pauvreté multidimensionnelle qui vient compléter les

évaluations de la pauvreté basées sur les revenus en tenant compte de plusieurs facteurs relatifs aux foyers, aux niveaux de vie, à l’accès à la scolarisation, à l’eau propre et aux soins de santé. On estime qu’environ 1,75 milliard de personnes, soit un tiers entier de la population des 104 pays couverts par l’IPM, vivent dans une pauvreté  multidimensionnelle. Ce chiffre  dépasse les 1,3 milliard estimés vivre avec 1,25 dollars par jour ou moins. 

Le Rapport 2010 appelle à une recherche approfondie et de meilleures données pour évaluer les défis dans d’autres dimensions critiques du développement humain, notamment l’autonomisation politique et la soutenabilité environnementale.

Afin d’encourager l’innovation continue pour le 20e anniversaire du Rapport, le Bureau du Rapport sur le  développement humain a remanié son site Internet (http://hdr.undp.org) ; une multitude de nouvelles ressources y ont été ajoutées, les profils statistiques de tous les États membres de l’ONU ont été révisés, et de nouveaux outils interactifs sont proposés, dont une option « Générez votre propre indice » pour les visiteurs.

Dans son introduction du nouveau Rapport, Amartya Sen écrit : « Vingt ans âpres la sortie du premier Rapport sur le développement humain, le chemin parcouru mérite d’être célébré. Mais nous devons également rester en éveil, prêts à saisir toute possibilité qui nous permettrait d’améliorer notre compréhension des difficultés chroniques et de repérer – et de surmonter – les menaces nouvelles mettant en péril le bien-être et la liberté des humains ».

Points forts du Rapport sur le développement humain 2010 par région

Les analyses de l’IDH à long terme et les nouveaux indices contenus dans le Rapport 2010 révèlent des progrès et des défis importants – ainsi que des modèles de développement différents – dans chaque région du monde en développement :

États arabes

Les pays arabes comptent cinq des « 10 pays les plus performants » (sur les

135 étudiés) qui ont enregistré la plus forte performance en termes d’IDH depuis 1970 : l’Oman (n° 1), l’Arabie saoudite (n° 5), la Tunisie (n° 7), l’Algérie (n° 9) et le Maroc (n° 10). En ce qui concerne l’indice d’inégalité de genre (IIG), cependant, les États arables ont atteint un IDH régional moyen de 70 pour cent, nettement supérieur au déficit moyen mondial de 56 pour cent.  Le pays le moins bien classé en termes d’IIG à l’échelle mondiale est le Yémen, avec un déficit d’IDH de 85 pour cent.

Amérique latine et Caraïbes

L’inégalité des revenus en Amérique latine et aux Caraïbes reste la plus marquée au monde. L’écart s’agrandit le plus en Argentine, suivie du Venezuela et d’Haïti. Cependant, les inégalités se resserrent dans plusieurs pays, notamment au Brésil et au Chili. L’espérance de vie a augmenté de 60 à 74 ans dans la région depuis 1970, atteignant 79 ans au Chili, au Costa Rica et à Cuba. La scolarisation est également en hausse, de 52 pour cent il y a 40 ans à 83 pour cent aujourd’hui. Plusieurs pays sont actuellement proches d’une scolarisation totale.

Afrique subsaharienne

En dépit de difficultés souvent graves, de nombreux pays africains ont réalisé des progrès maintes fois négligés au cours des décennies récentes. L’Éthiopie (n° 11), le Botswana (n° 14), le Bénin (n° 18) et le Burkina Faso (n° 25) comptent parmi les 25 « pays les plus performants » (sur 135) en termes d’IDH depuis 1970. Ce constat est largement dû aux gains dans les domaines de l’éducation et de la santé publique. Cependant, la République démocratique du Congo, la Zambie et le Zimbabwe sont les seuls pays à enregistrer des valeurs d’IDH inférieures aujourd’hui à celles de 1970, victimes d’une combinaison fatale de conflits et de SIDA entraînant la réduction de l’espérance de vie. La représentation parlementaire des femmes est supérieure à celle de l’Asie du Sud, des États arabes ou de l’Europe de l’Est, bien que cet accomplissement soit atténué par des disparités de genre dans le domaine de l’éducation.

Asie de l’Est

Le Népal (n° 3), l’Inde (n° 16), l’Iran (n° 20), le Pakistan (n° 25) et le Bangladesh (n° 26) figurent parmi les pays les plus performants en termes d’amélioration à long terme de l’IDH depuis 1970. C’est cependant en Asie de l’Est que l’on trouve la plus grande population vivant dans l’extrême pauvreté, telle qu’elle est mesurée par le nouvel indice de pauvreté multidimensionnelle : 844 millions, comparé à 458 millions de personnes « multidimensionnellement » pauvres en Afrique subsaharienne.

Asie de l’Est et Pacifique

Une croissance économique exceptionnelle depuis 1970 a doublé l’IDH moyen de la région (de 0,36 en 1970 à 0,71 en 2010), le propulsant au premier rang mondial. Cinq des « 10 pays les plus performants » en termes d’amélioration de l’IDH mondial appartiennent à cette région : la Chine (n° 2), l’Indonésie (n° 4), le Laos (n° 6) et la Corée du Sud (n° 8). La hausse des revenus s’est toutefois accompagnée d’écarts grandissants sur ce plan, entraînant un déficit de plus de 20 pour cent de l’IDH de la région une fois ajusté aux inégalités.

Europe de l’Est et Asie centrale

L’Europe de l’Est et l’Asie centrale sont relativement égalitaires dans les trois dimensions de l’IDH ajusté aux inégalités, bien qu’avec des variations régionales considérables. Le principal revers de situation dans la région, en termes d’IDH, touche trois pays de l’ex-Union soviétique où l’espérance de vie a chuté au-dessous des niveaux de 1970 : le Belarus, la Fédération de Russie et l’Ukraine.

*  *  *

Pour tout renseignement complémentaire sur l’édition du 20e anniversaire du Rapport sur le développement humain et pour obtenir le dossier de presse complet, merci de consulter : http://hdr.undp.org/

Voir aussi:

 «Le mur de la peur a sauté»

INTERVIEW

Tewfik Aclimandos, chercheur au Collège de France, estime que tout est désormais possible :

ALEXANDRA SCHWARTZBROD

Libération

31/01/2011

Tewfik Aclimandos est chercheur au Collège de France, spécialiste de l’histoire de l’Egypte.

VOUS QUI CONNAISSEZ BIEN LE PAYS, VOYEZ-VOUS CLAIR DANS CE QUI SE PASSE AUJOURD’HUI EN EGYPTE ?

La stratégie du pouvoir est très claire : on enterre l’option du fils, Gamal Moubarak, autant que faire se peut, on s’efforce de jouer la montre et on fait peur aux classes moyennes, et on met en avant l’armée. Le déploiement militaire semble en effet plus agressif qu’aux premiers jours. Ce qu’on voit bien, aussi, c’est que les militaires ont forcé la main de Moubarak. Qu’il ait attendu samedi pour nommer un nouveau vice-président [Omar Souleiman, ndlr] et un nouveau Premier ministre [Ahmed Chafik] alors qu’il était intervenu publiquement vendredi soir montre que, soit il a hésité, soit on lui a forcé la main. Notamment pour la nomination d’un vice-président. Quand on sait que c’est une mesure qu’il n’avait jamais voulu prendre, on voit bien que c’est une grosse concession qu’il a faite.

MOUBARAK PEUT-IL ENCORE SE MAINTENIR AU POUVOIR ?

Je pense que les gens ne veulent plus de Moubarak et je suis enclin à dire qu’il est intervenu trop tard. Il aurait dû faire monter Souleiman bien plus tôt. Car celui-ci fait partie, avec Shafik, des deux personnes les plus populaires, ou plutôt les plus respectées de l’establishment. Souleiman est assimilé à l’Etat, c’est le maître du sublime secret, il est prestigieux. Mais si les Egyptiens continuent à manifester, l’armée sera contrainte soit de sacrifier Moubarak, soit de tirer dans la foule, et elle ne veut ni de l’un ni de l’autre.

ET LES FRÈRES MUSULMANS ? POUR L’INSTANT ILS SE SONT MONTRÉS ASSEZ DISCRETS. POURQUOI ?

Les canaux de transmission n’ont pas été rompus entre les Frères musulmans et le pouvoir. Simplement, on leur a «demandé» de rester discrets de façon plus ou moins menaçante. Dans les premiers jours de la révolte, ils étaient assez peu présents, puis ils se sont montrés un peu plus, notamment dans les villes de province. Ils sont en train de tester jusqu’où ils peuvent aller. Ils sont très sensibles aux menaces que peut leur lancer le pouvoir. C’est un parti qui a une mémoire. Ils ont autrefois lancé des offensives contre le régime qui ont été réprimées dans le sang. Il y a aussi l’élément clé de Camp David. Ils n’ont pas envie de respecter ces accords de paix avec Israël, mais en même temps, s’ils ne le font pas, c’est la guerre ! Ils marchent donc sur des œufs.

ON DIT QUE TOUT EST ENTRE LES MAINS DE LA CLASSE MOYENNE…

Ce sont les fils des classes moyennes qui ont lancé le mouvement, remplacés ensuite par les plus pauvres. Aujourd’hui, le pouvoir s’efforce de faire peur à cette classe moyenne afin de la rallier à lui. C’est là où Moubarak a fait quelque chose qui n’est pas très propre, il a lâché la pègre en ville. On l’a bien vu avec les scènes de pillage, les évasions de prison… tout cela ressemble à quelque chose de voulu. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, entre l’interruption d’Internet, des réseaux de téléphonie mobile et l’incendie du Caire, la classe moyenne a peur.

MOHAMED EL-BARADEI PEUT-IL REPRÉSENTER UNE ALTERNATIVE ?

L’opposition peut le mettre en avant, il est assez prestigieux, il veut des élections libres. Mais il ne change pas le rapport de forces. Son grand problème, c’est qu’il n’a pas de troupes.

COMMENT VOYEZ-VOUS LES JOURS À VENIR ?

C’est la crise la plus sérieuse que l’Egypte ait jamais connue. Sur le papier, le régime peut tenir. Mais dans la réalité, il s’est passé un truc énorme depuis la révolution tunisienne, le mur de la peur a sauté. Tout est donc possible. La grande question, c’est l’armée. Le fait qu’elle soit entrée dans le jeu est un aveu de faiblesse du régime. L’armée est là pour protéger l’Etat, mais cela ne veut pas dire protéger le régime !

Voir enfin:

Hosni Mubarak, Troublesome Ally

It is no coincidence that al Qaeda started essentially as an Egyptian-Saudi organization run by citizens of two of our closest and most repressive allies.

Max Boot

The WSJ

February  1, 2011

As Hosni Mubarak teeters on the brink, a lot of wishful thinking is emanating from the West—both from those who want him gone and those who don’t. But it does scant justice to the complexity of the situation to claim that Mr. Mubarak was a superb ally, or to imagine that we can manage an easy transition to a post-Mubarak regime. The best that can be said for Mr. Mubarak is that he has been easy for the West to deal with. He is always ready to spur along Israeli-Palestinian negotiations and to stage military exercises with the United States. He is certainly a dedicated foe of Gamaa al Islamiya and other Islamist terrorist organizations that threatened his rule. Above all, he did not renounce the peace treaty with Israel that had gotten his predecessor, Anwar Sadat, killed. Behind the scenes, Mr. Mubarak and Omar Suleiman, formerly his intelligence chief and now his vice president, have had close relations with a succession of Israeli prime ministers and American presidents.

But let’s not romanticize the soon-to-be-departed dictator. He presided over a very cold peace with Israel. Even as he was negotiating with Israeli leaders, he was turning a blind eye to the rabid anti-Semitism and anti-Westernism that polluted Egypt’s state-controlled news media and mosques. The Middle East Media Research Institute has an invaluable archive of these revolting statements. Last year an Egyptian cleric, Hussam Fawzi Jabar, was quoted as saying, « Hitler was right to say what he said and to do what he did to the Jews. » Keep in mind that in Egypt most clerics are state employees whose pronouncements are carefully monitored by the secret police. That Mr. Jabar is able to say such things in public means that Mr. Mubarak doesn’t object.

Consider the two-part essay, « The Lie About the Burning of the Jews, » that appeared in 2004 in Al Liwaa Al-Islami (The Islamic Banner), an official journal of Mr. Mubarak’s National Democratic Party. The article is a statement of Holocaust denial, claiming that Hitler’s genocide was invented by the Zionists to justify the creation of the Jewish state. At least the editor-in-chief of Al Liwaa Al-Islami was fired after that incident, under heavy American pressure.

By contrast, no one in Egyptian state television has been disciplined for its 41-part series « A Knight Without a Horse, » which ran in 2002 and dramatized that old canard of anti-Semitism, « The Protocols of the Elders of Zion. » That cinematic masterpiece was produced in cooperation with Hezbollah’s Al-Manar television, which suggests that Mr. Mubarak is hardly an inveterate foe of all things Islamist.

Indeed he often did little to stop the massive smuggling of supplies into Hamas-controlled Gaza. His attitude has seemed to be that Hamas can arm itself against Israel as long as it doesn’t cooperate with its Egyptian Islamist brethren against him.

Like other secular Middle Eastern dictators (e.g., the Assads in Syria or Saddam Hussein in Iraq), Mr. Mubarak played a canny double game with the Islamists, ruthlessly repressing their domestic attacks but turning a blind eye to their organizing and export of jihadism abroad.

Thus while Egypt’s security services cracked down hard on Islamist terrorism in the 1990s when it was threatening the lucrative tourist trade, Mr. Mubarak has allowed the Muslim Brotherhood—the mother of all Islamist organizations—to become the main opposition party. This has made him, as he well knows, the indispensable man to the West—the only thing supposedly standing in the way of an Islamist power grab.

Yet Mr. Mubarak’s police state actually drove many Egyptians into the arms of the radicals. It is no coincidence that al Qaeda started as primarily an Egyptian-Saudi organization run by citizens of two of our closest and most repressive allies. Ayman al-Zawahiri, al Qaeda’s No. 2, was radicalized as a boy in Egypt and then all the more so after spending three years being tortured in Mr. Mubarak’s dungeons in the 1980s.

Mr. Mubarak’s downfall could well be a good thing in the long run if it opens up Egypt’s closed political and economic systems to greater dynamism and debate, so that in the future frustrated young Egyptians can find peaceful expression rather than strapping on a suicide vest. Yet we should be realistic about the short-term costs of a new regime in a country that has been subjected to decades of anti-Western and anti-Israeli propaganda by Mr. Mubarak—and where many blame us (with some justification) for inflicting Mr. Mubarak on them. A government that better reflects the will of the people will be less willing to cut deals with the U.S. or Israel.

Mohammed ElBaradei, the former U.N. atomic agency head who has emerged as the leader of the opposition, made clear his anti-Israel sentiments in an interview last summer with the German magazine Der Spiegel. He called the Gaza Strip « the world’s largest prison » and declared that it was imperative to « open the borders, end the blockade. »

Mr. ElBaradei also spoke glowingly of Turkey’s prime minister, Recep Tayyip Erdogan, who has assailed Israel in harsh terms and voted against United Nations sanctions on Iran. Mr. ElBaradei said: « Turkey is a member of NATO and partner of the West and Israel. And yet Prime Minister Erdogan has no qualms about supporting an aid flotilla for Gaza that was supposed to breach Israel’s sea blockade. The people of the Arab world are celebrating him. Erdogan’s photo can be seen everywhere. »

That is probably what we can expect from a post-Mubarak Egypt. It is doubtful that Mr. ElBaradei would terminate Egypt’s peace treaty with Israel—a move that would cost Egypt more than a billion dollars annually in American aid. But it is probable that, like Mr. Erdogan’s Turkey, Mr. ElBaradei’s Egypt would be less cooperative with Israel and more friendly to its enemies. In the Muslim world, this is actually a moderate position compared to the jihadism of the Islamists. But from the standpoint of the U.S. or Israel it is obviously far from ideal.

Yet what choice have we? Mr. Mubarak’s day is done. It’s only a question of time before he slinks out of office. The best the U.S. and our allies can do at this point is try to make the transition as fast and painless as possible.

Mr. Boot is a senior fellow at the Council on Foreign Relations.


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