Tunisie: Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement (The best way to rob a country is to be president for life: Tunisia brings new confirmation to Tocqueville’s law)

17 janvier, 2011
Quand le sage montre la lune, le sot voit le doigt. Confucius
Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tout ce qu’on ôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui en reste et en rend le sentiment plus cuisant : le mal est devenu moindre, il est vrai, mais la sensibilité est plus vive. La féodalité dans toute sa puissance n’avait pas inspiré aux Français autant de haine qu’au moment elle allait disparaître. Les plus petits coups de l’arbitraire de Louis XVI paraissaient plus difficiles à supporter que tout le despotisme de Louis XIV. Le court emprisonnement de Beaumarchais produisit plus d’émotion dans Paris que les dragonnades. Tocqueville (L’ancien régime et la révolution, 1856)
Etre réaliste, c’est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible. Habib Bourguiba
La Tunisie a produit énormément de diplômés grâce à une priorité donnée à l’éducation, et ce dès l’indépendance. En trente ans, le pays a connu un développement universitaire incomparable à ce que pouvaient connaître d’autres pays au même stade de développement. Il s’est retrouvé dans une situation de ‘surproduction’ de diplômés – même si je n’aime pas ce terme… Vincent Geisser (sociologue à l’Institut de recherche sur le monde arabe et musulman)
Je vais bientôt publier des documents qui vont renverser les royaumes des pays arabes.  Julian Assange
 Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. Michèle Alliot-Marie (ministre française des Affaires étrangères)
En Tunisie, la condition des femmes est tout à fait remarquable. Il y a une opposition politique mais qui ne s’exprime pas comme elle pourrait s’exprimer en Europe. Mais dire que la Tunisie est une dictature univoque, comme on le fait si souvent, me semble tout à fait exagéré. Frédéric Mitterrand
La Syrie de Bashar al-Assad a été plus clairvoyante que la Tunisie de Ben Ali : elle a su associer au partage de la manne de très nombreuses familles issues de la majorité sunnite, qui n’ont pas intérêt à voir le régime tomber, quelque soit le degré d’hostilité qu’il leur inspire. La Syrie a su s’ouvrir économiquement, sans s’ouvrir politiquement. C’est sans doute dans cette voie minimale que les pays arabes vont être contraints de s’engager aujourd’hui. Georges Malbrunot (Le Figaro)
La réalité n’a(vait) bien sûr, rien de drôle, mais l’épisode du yatch volé, à lui seul, est un classique de l’histoire de fin de repas chez les Tunisiens de la diaspora (et sans doute au pays), et si vous savez raconter une histoire, vous pouvez faire rire vos amis, tout en œuvrant pour la cause Tunisienne. Ce câble, en particulier, a beaucoup servi pour faire découvrir la situation Tunisienne à beaucoup de ceux qui n’en avait jamais entendu parler, partout dans le monde. Fabrice Epelboin
Plus l’égalité progresse, plus les inégalités deviennent insupportables, et par conséquent la lutte contre les inégalités se poursuit et entraîne le progrès continu de l’égalité : « le désir d’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande » (loi deTocqueville). Les droits féodaux étaient devenus plus odieux pour le peuple de France que partout ailleurs parce qu’ils y étaient déjà largement allégés et assouplis. En Allemagne même, c’est en Rhénanie, où les paysans étaient libres, que la Révolution a fait son chemin. C’est parce que les pouvoirs seigneuriaux étaient allégés qu’ils étaient devenus insupportables aux paysans et qu’ils ont été une des causes des soulèvements révolutionnaires. D’une manière générale, c’est lorsqu’ un pouvoir despotique cherche à se libéraliser qu’il devient le plus vulnérable et qu’il doit s’attendre à des révoltes. Nicoud
Not that the Obama Administration has few illusions about Ben Ali. Remember even what I would describe as our least eminent president, George Bush, found it necessary to make a public criticism of Ben Ali to his face not that long ago! The problem is this: the U.S. would like to see change in Tunisia, but only that change that supports the status quo; the cables suggest that Washington no longer cares that much about Ben Ali today nor sees him as particularly effective in helping realize US strategic goals, but they are concerned with who might replace him. That is the problem… those damned reformed movements! You can never tell which way they will go and if they will, either economically or strategically go off in another direction. After all, look at those Latin Americans – Ecuadorians, Venezualans, even Brazil, Bolivia and Chile all seeking their own path to development, snubbing the World Bank, IMF etc. An “uncontrolled’ reform in Tunisia could well have consequences far behind the little country itself…thus one must (or the State Dept. must) tread carefully. The State Department seems to be probing a suitable replacement, one that will follow the broad guidelines of U.S. foreign policy (privatization and openness of the economy, support for the war on terrorism) and for Tunisia to play a role in U.S. strategic and military goals (they have merged) in the Middle East and North Africa. It would do Tunisians, even Ben Ali (!) well to recall how many U.S. allies different American adminstrations have discarded…the list is long and I will only mention a few – the Diem regime in the 1960s, Noriega of Panama – first a key U.S. ally, now rotting in a jail in Florida, the most famous ally-turned-enemy Bin Laden, Marcos of the Philippines. Although Habib Bourguiba bent the national will to accommodate the United States in many ways, in the end, it didn’t seem to matter. He had carefully cultivated U.S. support from the outset, even during the colonial period as a wedge against the French, and did so brilliantly. I have little doubt that the presence of the Peace Corps in Tunisia (in which I participated so long ago) was a concession to the U.S. made specifically to irritate the French (which it did). In any case, Bourguiba thought all that kowtowing to Washington would keep Tunisia safe from some kind of U.S. (and or Israeli) military action. But then there was the Israeli strike on the Palestinian headquarters in Tunis, something that was inconceivable without U.S. approval. Reagan didn’t hesitate to turn on Bourguiba when he thought it necessary. It left Bourguiba extremely bitter; it also revealed how “flexible” Washington could be with allies they no longer felt useful, and that such figures are “expendable”. Add to this that while it is unclear, just how involved the U.S. was with the coup that unseated Bourguiba in 1987, it has to be a bit more than coincidental that Ben Ali got some of his police training in the USA. (…)The TuniLeaks cables suggest that the U.S. State Department has, at long last, caught up with the rest of the world. The cables acknowledge as much. If the cables are accurate, they suggest that the State Department is beginning, however dimly, to understand the political consequences of these economic policies, many of which, while applied in Tunisia are “made in America”…and referred to as “The Washington Consensus”. The more fundamental question: why did it take so long? Rob Prince
Je me souviens encore de ces étudiants iraniens qui venaient me dire exaltés et souriants au moment de la chute du shah en Iran: à Téhéran, c’est 1789. Je leur répondais qu’ils devaient se souvenir qu’après 1789, il y avait eu 1793. (…) Ce qui a fait tomber Ben Ali, c’est, certes, la brutalité, l’absence de liberté de parole, la corruption, mais  c’est aussi que la Tunisie, par rapport aux pays voisins, a été ces dernières années un pays où le niveau de vie s’élevait plus vite, où le nombre de jeunes gens éduqués était plus élevé, et où l’économie était en croissance. (…) Ce qui a fait tomber Ben Ali, aussi, c’est l’ouverture du pays au monde et une répression qui, bien qu’elle ait été sanglante, n’a pas été absolument féroce. Le régime des mollahs en Iran, celui du FLN en Algérie sont des régimes féroces. Je ne m’attends pas à voir brûler de sitôt les effigies d’Ahmadinejad, Khamenei ou Bouteflika en place publique à Paris.  Guy Millière

Et si, contre toute attente et tous nos stratèges en chambre, c’était le ministre sycophante qui du haut de sa villa d’Hammamet avait le plus approché la vérité de l’actuel soulèvement tunisien?

Au lendemain de l’éviction, apparemment manu militari suite à l’impossibilité de contrôler la rue tunisienne, d’un président et d’une famille présidentielle lourdement chargés  …

Et à l’heure où reviennent, 5 ans après la révolution du cèdre et à peine 2 ans après la tentative iranienne, tant les emballements faciles que les discussions oiseuses sur une Révolution Al  Jazeera (alias Jihad TV), Twitter ou maintenant  WikiLeaks

Pendant que dans le reste du monde arabe les autres dictatures appréhendent une possible contagion et qu’en France nos journalistes vantent la méthode syrienne ou nos diplomates la coopération policière …

Retour, avec un intéressant commentaire de l’universitaire américain Rob Prince, sur l’une des dépêches diplomatiques volées publiées par WikiLeaks traitant justement de la situation en Tunisie.

Qui repère bien que tant le fait que pour l’essentiel les fuites n’ont fait que confirmer ce que la plupart des gens informés savaient déjà que la difficulté pour les diplomates de son pays de trouver, pour l’après-Ben Ali, des interlocuteurs crédibles.

Mais qui, enfermé dans ses préjugés de bienpensant de gauche et à l’instar du proverbial sot chinois, voit le doigt des réformes structurelles du Consensus de Washington là où le sage lui montre la lune de la fameuse Loi de Tocqueville.

A savoir, comme vient une fois de plus de le confirmer la réalité elle-même, que c’est généralement quand un pouvoir despotique se libéralise qu’il devient le plus vulnérable …

Deconstructing Tunileaks: An Interview with Professor Rob Prince, University of Denver

Nawaat

Dec 20, 2010

Professor Rob Prince, University of Denver

In order to have an “American” perspective on the Tunileaks affair, Nawaat invited Rob Prince to share his thoughts on the leaked diplomatic cables from the US embassy in Tunisia. Rob Prince is a Lecture of International Studies at the Josef Korbel School of International Studies, University of Denver. Rob served as a Peace Corps Volunteer and Staff Member in Tunis and Sousse. For more insight into Rob Prince thoughts on Tunisia, please listen to his interview with the KGNU Radio – Hemispheres about the human rights situation in our country. In this interview, we asked professor Rob about his first impression after reading the diplomatic cables; the state of the “institutionalized corruption” in the country and the consequence of these leaks on the US-Tunisia relationship; and how the Tunisian civil society, the opposition and the Tunisian online citizen media initiatives can use the leaks in their favor and push for a real change.

1. Introduction

Let me start by thanking Nawaat for collecting and posting these cables in the first place. That is a public service. It is only through reading them, discussing, analyzing them that the fog around them begins to clear.

At the outset let us also remember that of 251,000 or so cables that – as of this writing – a little less than 700 have been released or .002 % of those Wikileaks has released. Not much.

It is important to remember the process. WikiLeaks divided the number between 5 news outlets and then let the news outlets decide what to release to the public. What El Pais or the New York Times releases is what they want to release. The releases are selective and therefore can be used to create a certain spin, a certain reality. The leaks are not “lies” …or what is referred to as “black propaganda”, but are instead “gray propaganda”…one releases a part of the picture, holding back in this case what seems to be the lion’s share…thus public opinion can be manipulated.

And in the case of the cables leaked to the New York Times, it turns out that the documents went through a further filtering process, as the Times submitted what it wanted to publish to the State Department!! for approval. So it is only U.S. State Department approved cables that have seen the light of day in the NY Times. Not exactly the stuff of which the famous Pentagon Papers was made..

Of course the different news outlets have different things they want to expose, hide and in the end it is the Spanish and English sites which seem to be embarrassing the US a bit more (from what I have seen to date), while the U.S. site, the Times has focused on creating the impression that all the Arab countries would like the U.S. to attack Iran (much to Israel’s pleasure).

That having been said, many of my friends are “ambivalent” about the release of the documents, they feel the process is not controlled enough, does not have enough focus, some “innocents” (or not-so-innocents) will be hurt.

I don’t share this view at all.

WikiLeaks has provided a valuable service to the world. More and more countries want to conduct their foreign policy in secrecy, away from the eyes of the public. And it is foreign policy conducted largely in secrecy that leads to different forms of totalitarianism. “The need for secrecy” essentially provides a veil for corporate and state crimes. The kind of shallow jingo-istic hysteria which seems to be permeating the U.S. body politic at this moment is merely an excuse to take censorship here to yet another level.

So three cheers for WikiLeaks, for Assange. I praise his courage and hope that the hysteria that has greeted the cable release here in the USA will die down and that cooler heads will prevail

2. Tunileaks, a broad framework

I know that is a long introduction to the Tunisian cables and the question at hand, but I think it important to place the discussion within such a broad framework.

For example, from what I can tell, it is not the New York Times that has revealed anything about the US-Tunisia relationship, it has been the Guardian of London and El Pais of Spain. This is curious. What to make of it? An attempt to embarrass the US in its N. Africa policy? Perhaps…there is a certain competition for Algerian natural gas between Spain and the U.S., there are voices in UK, especially at the Guardian have been critical of U.S. Middle East and N. Africa policy since September 11, 2001. How do such things play into the release of the documents. Dunno, but it would be a bit foolish to think that some strategic considerations (if only to embarrass the U.S.) are not at play.

I have now read the Tunisian cables – the ones you have provided at Nawaat – through, three times.

There are certain themes which stand out, others which appear to be omitted. My first impression, which I have written and spoken about is that there was less there than meets the eye, ie, that they were not so interesting except for a few details here and there, that pretty much everything in the cables was certainly common knowledge to most Tunisians, and to those who, for various reasons, follow developments in Tunisia closely.

Most just gossip, ie, that Nesrine Ben Ali El Materi is “naive and clueless”, or that her husband Mohammed Sakia El Materi feeds his pet tiger in Hammamet four chickens a day (but are the chickens organic!), or that Imed and Moaz Trabelsi are addicted to stealing yachts from French bankers and painting them over, the way that mafia’s here in the USA steal and dissemble cars, etc, etc.  Juicy reading perhaps, but less than meets the eye at first glance until such remarks are put in context.

Even the more substantial stuff, was, with a few exceptions (the shopping list the Tunisian military would like to get as U.S. aid), “not new” : the general state of the country the corruption of the economic sector that seems to know no bounds of those closest to the Ben Ali and Trabelsi families in economic matters, the intensified levels of repression against journalists, social movements (students, trade unions) that has reached epidemic proportions the impact of the social uprising in Redeyef in 2008.

We could have found out about all of this – and most of us did – elsewhere. No not much of this was new,…the ambassador would have done better reading Le Monde, Liberation or Nawaat to be honest.

After first reading the documents, a distinct sense was that the embassy, in reality, does not know that much about Tunisia. It has little feeling or understanding for what is going on “on the ground”; while aware of the growing discontent and social movement there seems to be little or known contact or even interest in speaking to people outside of narrow government circles.

And for its part, it appears that the Tunisian government (like many others) is not particularly forthcoming to American authorities, as if to hide as much as possible. In these cables, the Tunisian government gives the American embassy as little as is possible. Embassy contacts with independent voices are severely restricted. But what surprises me, is the willingness of State Department reps to accept these limitations! The Tunisian authorities seem to know how to play U.S. paranoia about Islamic fundamentalism, overstate “the Iranian threat”…ie, giving the State Department what they want to hear to elicit aid and modern weaponry.

Now the suggestion that all is not well in the US-Tunisian relationship is, I would argue, very serious stuff. More on this below.

All that is not “new”, but it does substantiate many things that both Tunisians and others have thought about what is going on in the country:

that the place is corrupt today almost beyond belief,

that the human rights abuses are getting worse – the torture, the forced detention, the atmosphere of fear that permeates the country beyond the hotels and beaches of Sousse,

that the “economic miracle” is something less than that.

Or put another way, that the U.S. State Department has become aware of the many-sided crisis which has been percolating in Tunisia for a long time, and which has these past few years exploded into a general crisis of society, so much so that not even the U.S. State Department – which has known about it all along – can any longer avoid. The cat is out of the bag. The cables substantiate this.

And something else is going reading between the lines, a kind of dangerous dance that on some level the two sides are both aware of: it is as if the State Department is probing Ben Ali: are you still useful to us, they seem to be asking. And he is responding, “why yes, of course’. Tunisian authorities are somewhat defensive, nervous one would say and while the US ambassadors are not particularly rude, they are actually “diplomatic’, they have made mild criticisms to Ben Ali himself, to the Tunisian foreign secretary. And the cables themselves make the situation clear: all is not well in the relationship.

3.What is “the problem” for U.S. Tunisian policy?

Not that complicated. Not that the Obama Administration has few illusions about Ben Ali. Remember even what I would describe as our least eminent president, George Bush, found it necessary to make a public criticism of Ben Ali to his face not that long ago! The problem is this: the U.S. would like to see change in Tunisia, but only that change that supports the status quo; the cables suggest that Washington no longer cares that much about Ben Ali today nor sees him as particularly effective in helping realize US strategic goals, but they are concerned with who might replace him.

That is the problem… those damned reformed movements! You can never tell which way they will go and if they will, either economically or strategically go off in another direction. After all, look at those Latin Americans – Ecuadorians, Venezualans, even Brazil, Bolivia and Chile all seeking their own path to development, snubbing the World Bank, IMF etc. An “uncontrolled’ reform in Tunisia could well have consequences far behind the little country itself…thus one must (or the State Dept. must) tread carefully.

The State Department seems to be probing a suitable replacement, one that will follow the broad guidelines of U.S. foreign policy (privatization and openness of the economy, support for the war on terrorism) and for Tunisia to play a role in U.S. strategic and military goals (they have merged) in the Middle East and North Africa.

It would do Tunisians, even Ben Ali (!) well to recall how many U.S. allies different American adminstrations have discarded…the list is long and I will only mention a few – the Diem regime in the 1960s, Noriega of Panama – first a key U.S. ally, now rotting in a jail in Florida, the most famous ally-turned-enemy Bin Laden, Marcos of the Philippines.

Although Habib Bourguiba bent the national will to accommodate the United States in many ways, in the end, it didn’t seem to matter. He had carefully cultivated U.S. support from the outset, even during the colonial period as a wedge against the French, and did so brilliantly. I have little doubt that the presence of the Peace Corps in Tunisia (in which I participated so long ago) was a concession to the U.S. made specifically to irritate the French (which it did).

In any case, Bourguiba thought all that kowtowing to Washington would keep Tunisia safe from some kind of U.S. (and or Israeli) military action. But then there was the Israeli strike on the Palestinian headquarters in Tunis, something that was inconceivable without U.S. approval. Reagan didn’t hesitate to turn on Bourguiba when he thought it necessary. It left Bourguiba extremely bitter; it also revealed how “flexible” Washington could be with allies they no longer felt useful, and that such figures are “expendable”. Add to this that while it is unclear, just how involved the U.S. was with the coup that unseated Bourguiba in 1987, it has to be a bit more than coincidental that Ben Ali got some of his police training in the USA.

4. An alternative to Ben Ali?

At a certain point reading the cables, it occurred to me: they’re looking for an alternative to Ben Ali, they think “his goose is cooked” and are probing Tunisian society to find a viable alternative.

Admittedly this is just a hypothesis, and here I am sitting in Denver, high in Rockies, speculating about Tunisia. But reading the cables over, it comes through loud and clear. How so?

In the cables there is open admission of the overall crisis in Tunisian society, and the opposition to Ben Ali and the Trabelsi family.

The events of Redeyef in 2008 are noted with the fear that it might just be the opening salvo of a deeper social crisis that the US should prepare for.

There are several notes that the US “cannot do anything” until the “post Ben Ali’ era opens. That relations with Ben Ali are jog jammed at present

But in its own way, the dinner with Sakhi and Nesrine Ben Ali Materi was not as vapid, or empty as I suggested above. It seems that the U.S. ambassador was feeling Materi out…as a possible replacement for his father in law. Materi impresses the ambassador that the censorship of the Tunisian media is “too much”, he suggests that his media (he owns one of the country’s two radio stations) is not afraid to hear critical voices. On Middle East policy – Israel-Palestine, Iran, Iraq – he basically follows U.S. foreign policy to the letter. Even the comments about Nesrine are interesting. If she is “naive and clueless” perhaps she will not play the kind of nefarious role of running her husband as Leila Trabelsi has with Ben Ali!

Did the ambassador “decide” that Sakhi Materi “should” replace his uncle Ben Ali…No, that is not how things work. I would guess the ambassador is “shopping around”, getting a feel for who within Tunisia’s ruling circles might cooperate with U.S. policy and if and when “the right moment” presents itself, that the U.S. would “encourage” one of a number of “candidates” for power. And of course the French and probably the British and a number of other foreign embassies are doing precisely the same thing. Afterall, the few reports we get about Ben Ali, that he has cancer, that he spends an inordinate amount of time with grand children, that the Ben Ali and Trabelsi families run not only the economy today (and are frantically trying to buy up, steal what they don’t own, also in preparation for a change in power?) and that Zine Ben Ali is showing signs of senility not unlike Bourguiba manifested in 1986.

So… the vultures are swarming…

That is what a careful reading of the WikiLeaks documents suggests. Does they scream it out loud? No… but re-read the cables and see if I am off the mark?

So there is far more there than meets the eye, and I have to admit that at least where it concerns their take on Tunisia that the State Department’s take on what is happening in the country is less stupid than I originally imagined.

Deconstructing TuniLeaks: Part Two: Economic Consequences

Nawaat.org

Dec 22, 2010

Professor Rob Prince, University of Denver

Nawaat: So far the topic of corruption surrounding the (Ben Ali, Trabelsi) family seems visibly dominant in the cables. Do you think we are dealing with institutional corruption that could harm the relationship between Tunisia and the West in general, at least on an economic level?

Professor Rob Prince:

1. A deep, structural economic problems in Tunisia

As I respond to your question…at the moment in the Tunisian interior, in Sidi Bouzid, there have been four days of protests – what the government of Tunisia calls “riots” or “social unrest”; and now I read that similar protests have begun in Kasserine and elsewhere. The Sidi Bouzid events appears to have been a spontaneous uprising of people in the region over economic and social issues after a poor lad in his early 20s, one Mohammed Bouazizi poured a can of gasoline on himself and then lit a match in front of the police station there. Tunisian friends relate that this is the third young Tunisian in about six months, who chose to protest the grim economic and social prospects in the country by burning themselves to death.

I cannot put into words, how sad it makes me to see a photo of Mohammed Bouazizi seeming to be running down the main street of Sidi Bouzid his body nothing more than a ball of fire while Zine Ben Ali parrots old and worn nonsense about non-existent economic miracles and complains that those who criticize his regime’s human rights record are exaggerating.

Then there are more than 50 others, in Tunisia and in Europe who are on hunger strikes, also protesting both the socio-economic situation in the country as well as the overall repressive atmosphere. And all this comes after what I can only call the “social uprising” in the Gafsa region centered around Redeyef in 2008, which was a “warning shot” to Ben Ali that there are deep, structural economic problems in Tunisia that need addressing.

Other than 200 people were tortured, imprisoned, with a fair number of them still in jail, including the journalist Fahem Boukkadous, virtually nothing has happened since to suggest the Tunisian government takes the economic crisis serious: no development plan, a few insipid crumbs of promises of economic aid from Ben Ali’s advisors, that is about it.

Combine such painful news of economic woes with its opposite: that two families – that of the president Zine Ben Ali, and his wife, Leila Trabelsi – are accumulating wealth at a breath-taking pace; indeed, I read this morning that Ben Ali has squirreled away more than $5 billion in foreign bank accounts and a more sober picture of Tunisia’s so-called “economic miracle” comes into perspective: a precious few are making a fortune at the expense of the multitude whose situation is deteriorating as a generalized impoverishment grows. So, the Philippines has its Marcos family, the Congo Mobutu, Saudi Arabia its royal family, and now we can add to the picture the Ben Ali-Trabelsi family clans of Tunisia! Quite an honor!

The social explosion in Sidi Bouzid reinforces the opinion of those voices in the Tunisian opposition who have argued that Zine Ben Ali’s government is facing a full blown socio-economic and political crisis, one which it is questionable the government can or will survive.

2. Will TuniLeaks affect Tunisia’s economic relations with “the West”

How will the TuniLeaks, the corruption they expose, affect Tunisia’s economic relations with “the West” (the USA, Canada and the European Union?)

Again, while the WikiLeaks documents are embarrassing – and evidence that the United States embassy is aware of the scope of the corruption – there is not much here that is not known to Tunisians or close “Tunisia watchers”. Certainly the cables verify the word “on the street” and much that has been published on line and in the French press. But I think the question should be somewhat rephrased to: if this corruption has gone on for so long and has been so pervasive, why has it taken until now for Europeans and the US ambassador to Tunisia to take note of it?

It appears that, despite all their talk of “transparency”, foreign economic interest can and does tolerate rather substantial rates of corruption in Tunisia without much complaining. At what point has the level of corruption reached such heights that even Tunisia’s Western partners have finally said “enough is enough” and “we need more caution in our economic relations with Tunisia”. Well they haven’t said it yet – but it appears they will rather soon.

And here look at the relationship between the growing economic disparities of the country – which have long existed despite the rosy propaganda “the economic miracle mirage” – and the reality. It is the intensification of Tunisia’s social crisis which has more and more exposed the level and nature of corruption, and that the U.S. State Department has, at long last, noted all this in the released cables, is of course a positive development, one that re-enforces what others have been saying for a long time.

The US does so as it begins to perceive threats to its economic and security interests that has resulted in all these developments.

For my work, I have just finished reading an excellent book – quite serious and frankly not easy reading- on the Savings and Loan crisis in the United States in the late 1980s, early 1990s by William Black, a former federal bank regulator here in the USA. Its title is “The Best Way To Rob A Bank Is To Own One“; one could make a slight change to make this relevant to Tunisia: “The Best Way To Rob A Country Is To Be President For Life”…

But at some point, the social crises of Redeyef and Sidi Bouzid will spill over onto the beaches of Sousse and Djerba, the villas of Sidi Bou Said. Social unrest and tourism have never been particularly good partners. That is why at Sidi Bouzid, as at Redeyef, the government of Tunisia (GOT) moved so quickly to “localize” the problem, cutting off foreign and press access in both places. That is why the GOT has pursued such a vicious policy against Fahem Boukkadous, only the last of many Tunisian journalists to suffer repression. Thanks to his reporting the events of Redeyef became known beyond Tunisia, in France and then, really worldwide.

I was reading on-line reports that several journalists from Tunis hoping to report on Sidi Bouzid were arrested, one badly beaten up by the government security forces. Still, in this age of the internet, it will be impossible for the GOT to keep a lid on what is unfolding at Sidi Bouzid, now in its third day of protesting, with reports of a large number of arrests. The word is out.

The point here is that sooner or later these events will affect tourism, both from Europe and from Arab countries (particularly Libya). And the social unrest could have more far-reaching impacts as, at least in principle (and we know unfortunately how little that can sometimes mean) Tunisia’s economic ties with the European Union are based upon improving its human rights situation.

France seems to have a president who cares a lot more about economic contracts with French companies than he does about young Tunisians burning themselves to death, but even here, there is even a limit to how much longer Sarkozy can turn his back on Tunisia’s economic crisis, especially given the strong movement of support for Tunisian democracy in countries like France, with its large Mahgrebian community, still strong trade unions and generally active social movements.

3. The endemic corruption of the Ben Ali and Trabelsi families

To what degree will the endemic corruption of the Ben Ali and Trabelsi families, their tendency to use the Tunisian economy as their own personal cash cow affect foreign investment, foreign economic relations?

Here, the cables were interesting. They suggest that it is Tunisian investors who have pulled back their capital from investing in the country, while to date, the foreign investors have not yet withdrawn much. This is interesting, but not so surprising. What sectors are we talking about where foreign investment is strong? Mostly tourism and now, off shore oil and gas exploration. At least not yet.

At some point, all the shenanigans taking place in the banking sector will have an impact. Tunisian banks are, it is well known, not in good shape. When the only profitable and well run private bank in the country, Banque de Tunisie, is taken over by the current foreign minister and Mme Ben Ali’s brother, Belgassem Trabelsi, this is taking events a bit too far. The cables express a great deal of concern about this takeover, and some of the other machinations in Tunisia’s banking industry. What will the U.S. State Department recommend to US investors and business concerns? The cable strongly suggest they will urge caution in investment as long as Ben Ali remains in power.

4. The current social crisis

There is something else, though, concerning the corruption and economic developments which is related to the current social crisis gripping Tunisia that deserves mention and thought.

Since the early 1980s, Tunisia has been one of the most faithful pupils to World Bank and IMF structural adjustment programs, and has frequently been praised by the Bretton Woods institutions for their fiscal discipline and market economic policies which is supposed to result in making the country attractive to foreign investment.

As a part of this economic approach, Tunisia has been encouraged, if not pressured to privatize different state holdings and to lift subsidies on food and other basic needs as is typical of loans given with structural adjustment provisions.

What is the result?

In Tunisia as elsewhere where capital controls have been lifted, investment flows into non productive activities, bubble creating activities, real estate and finance, rather than into less profitable (at least in the short run) infrastructural grown (?) and agro-industrial modernization.

The lifting of subsidies has gone on for more than 25 years, beginning with the lifting of subsidies on the price of bread in 1984 which triggered what are referred to as “bread riots”, not only in Tunisia, but many places. As salaries have remained stagnant and prices have increased, combined with the growing crisis in unemployment, the lives of the majority of Tunisians have suffered. We are now more than a quarter of a century into such trends

But most interesting of all has been Tunisia’s process of privatization and joint ventures which has exacerbated the gulf between rich and poor in the country in an interesting fashion.

Foreign investment itself, although it exists, has been lackluster, especially from Europe and the USA. After the collapse of communism some of the foreign investment in Tunisia hoped to win more or less went to Eastern Europe restructuring. There is some from Arab oil producing countries, true…but necessarily in strategic economic sectors that would lead to growth long term.

It is impressive the degree to which unrestrained and unregulated privatization has been a failure in so many Third World and former Communist countries. Look at the privatization impact in Russia, Central Asia, Latin American countries like Bolivia, Argentina and Chile… and in Tunisia.

It is not that privatization and joint ventures under certain circumstances, are not viable economic responses, but not the way it has happened in Tunisia. There the processes have been dominated by the two ruling families, the Ben Alis and the Trabelsis who more and more monopolize all the contracts and are first in line when the Tunisian government sells of state resources at bargain basement prices.

As long as the families have control of the process, be it in the banking sector, the media or in education, privatization and joint ventures with foreign capital are supported.

As a result, these two families have become extraordinarily wealthy. But there has been another consequence: independent Tunisian entrepreneurs, small, medium sized and even some big investors have been driven from the field, either by hook or crook, by the crude methods of the first lady’s brother, or by more refined but equally self-serving approaches.

Not even Habib Bourguiba – in the end, no great democrat – was so crude. Yes, he seemed to like his palaces and that did represent a certain level of corruption, but Bourguiba’s corruption was pocket change compared to that of the Ben Ali and Trabelsi families today. And if Bourguiba wasn’t a great democrat, nor was he a cleptomaniac, robbing the country blind. For Bourguiba “wealth” was simply the trappings of power. He understood the importance of Tunisia’s economy “delivering” for certain key social milieus and while not immune to nepotism, kept something of a lid on it.

But these past 20 years, nepotism (giving special favors to close family members) in Tunisia’s economy has grown to rampant proportions, icing out of the possibilities for success many elements who did not fair badly in the Bourguiba years. This trend is so developed that a whole strata of businesspeople and entrepreneurs has been adversely affected or ruined. They now find themselves, along with the country’s intellectuals, trade unions and students, into the country’s burgeoning political opposition, narrowing Ben Ali’s political base to a considerable degree.

The TuniLeaks cables suggest that the U.S. State Department has, at long last, caught up with the rest of the world. The cables acknowledge as much. If the cables are accurate, they suggest that the State Department is beginning, however dimly, to understand the political consequences of these economic policies, many of which, while applied in Tunisia are “made in America”…and referred to as “The Washington Consensus”.

The more fundamental question: why did it take so long?

Voir aussi:

Document Wikileaks Tunisie – la traduction intégrale du câble-brulot de l’ambassadeur US 

L’ancien ambassadeur à Tunis Robert F Godec

Les câbles des diplomates américains divulgués par Wikileaks sont, du point de vue du fonctionnement des économies, d’un grand intérêt. Des lecteurs ont demande qu’on puisse les rendre accessibles. Maghreb Emergent entreprendra de traduire les câbles qui évoquent le fonctionnement des économies locales. La franchise des diplomates américains sur ces questions ne le rend que plus intéressant. Nous commençons par le câble-brulot de l’ancien ambassadeur à Tunis, Robert F. Godec, versé actuellement au département d’Etat dans l’antiterrorisme.

Traduction du câble mis en ligne par Wikileaks

Source:

http://213.251.145.96/cable/2008/06/08TUNIS679.html

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08TUNIS679 2008-06-23 13:01 2010-12-07 21:09 SECRET Embassy Tunis VZCZCXYZ0000

SUBJECT: CORRUPTION IN TUNISIA: WHAT’S YOURS IS MINE

Classified By: Ambassador Robert F. Godec for Reasons 1.4 (b) and (d).

Résumé

1. (S) Selon le rapport annuel de Transparency International et des observations de contacts de l’ambassade, la corruption en Tunisie ne fait qu’empirer. Que ce soit des liquidités, des services, des terres, des biens, ou oui, même votre yacht, la famille du président Ben Ali est réputée pour le convoiter et obtenir ce qu’elle souhaite.

Au-delà des histoires de magouilles de la première famille (présidentielle NDLR), les Tunisiens déclarent rencontrer la corruption de bas niveau dans leurs contacts avec la police, la douane, et une série de ministères du gouvernement. L’impact économique est clair, avec des investisseurs tunisiens, craignant le long bras de «la famille», qui renoncent à de nouveaux investissements, le maintien de taux d’investissement interne faible et un taux de chômage élevé (Refs G, H). Ces rumeurs persistantes de corruption, combinées à une inflation en hausse et un chômage structurel, ont contribué à alimenter la colère contre le GOT (gouvernement tunisien. NDLR) et ont contribué à de récentes manifestations dans le sud-ouest Tunisie (Ref A). Ceux d’en haut serait les pires délinquants, mais susceptibles de rester au pouvoir, il n’y a pas de garde-fous dans le système. Fin Résumé.

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Sans Limites (The Sky’s the Limit)

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2. (C) Selon Transparency International, indice 2007, la perception est que la corruption en Tunisie ne fait qu’empirer. Le classement de la Tunisie sur l’indice a chuté de 43 en 2005 à 61 en 2007 (sur 179 pays) avec un score de 4,2 (avec 1 pour le plus corrompu et 10 le moins corrompu). Bien que la corruption soit difficile à vérifier, et encore plus difficile à quantifier, nos contacts sont tous d’accord que la situation s’oriente dans la mauvaise direction. Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que la corruption est meilleure, pire ou de même niveau, XXXXXXXXXXXX, exaspéré s’est écrié : «Bien sûr que ça se dégrade! ». Il a déclaré que la corruption ne pouvait qu’augmenter, du fait que ses bénéficiaires sont à la recherche de plus en plus de sources de revenus. Plaisantant à propos de la hausse de l’inflation la hausse en  Tunisie, il a dit que même le coût des pots de vin a augmenté. « Un contrôle routier utilisé pouvait vous coûter 20 dinars, maintenant c’est à 40 ou 50! »

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Tout dans la famille

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3. (S) La famille élargie du Président Ben Ali est souvent citée comme le centre de la corruption en Tunisie. Souvent considérée comme une quasi-mafia, une mention indirecte de la « Famille » est suffisante pour indiquer à quelle famille l’on fait allusion. Apparemment la moitié du monde des affaires en Tunisie peut se prévaloir d’une connexion avec Ben Ali par le mariage, et bon nombre de ces relations auraient grandement tiré profit de cette parenté.

L’épouse de Ben Ali, Leila Ben Ali, et sa famille élargie- les Trabelsi – sont ceux qui suscitent le plus la colère des Tunisiens. Avec les nombreuses allégations de corruption, les piques visent les Trabelsi pour leur manque d’éducation, leur faible niveau social, et leur luxe ostentatoire. Bien que certaines des plaintes sur le clan Trabelsi semblent exprimer le mépris pour leurs tendances de nouveaux riches, les Tunisiens font également valoir que la brutalité des moyens utilisés par les Trabelsi et leur abus flagrant du système les rendent facilement détestables. Le frère de Leila, Belhassen Trabelsi le membre de la famille la plus célèbre, est réputé pour avoir été impliqué dans une large gamme d’affaires de corruption, du remaniement récent du conseil d’administration de la Banque de Tunisie (Ref B) à l’expropriation des biens et l’extorsion de pots de vin. Sans compter celles dont il a hérité, les propriétés de Belhassen Trabelsi sont nombreuses et comprennent une compagnie aérienne, plusieurs hôtels, l’un de la Tunisie deux stations de radio privées, une usine d’assemblage d’automobiles, la représentation Ford, une société de développement immobilier…et la liste continue. (Voir Ref K pour obtenir une liste plus étendue de son patrimoine.) Pourtant, Belhassen est seulement l’un des membres de la  famille de Leila composée de dix enfants connus, chacun avec ses propres enfants. Parmi cette grande famille élargie, Moncef frère de Leila et Imed son neveu en particulier, sont également d’importants acteurs économiques.

4. (S / NF) Le président est souvent absou par de nombreux Tunisiens qui prétendent qu’il est utilisé par le clan Trabelsi et n’est pas au courant de leurs magouilles. XXXXXXXXXXXX un fervent partisan du gouvernement et membre du XXXXXXXXXXXX, a dit à l’ambassadeur que le problème n’est pas Ben Ali, mais « la famille », qui va trop loin et enfreint les règles. Néanmoins, il est difficile de croire que Ben Ali ne soit pas au courant, au moins dans les grandes lignes, du problème de la corruption croissante.

Cela pourrait aussi refléter les divisions géographiques apparentes entre les fiefs de Ben Ali et des Trabelsi. Le clan Ben Ali se concentre sur région côtière centrale et le clan Trabelsi opère dans la région du grand Tunis et, par conséquent, génère la majeure partie des ragots. Le côté Ben Ali de la famille et de ses enfants et beaux-parents de son premier mariage sont également impliqués dans un certain nombre d’affaires.

Ben Ali a sept frères et sœurs, dont son défunt frère Moncef était un trafiquant de drogue connu, condamné par contumace à 10 ans de prison par les tribunaux français. Ben Ali a trois enfants avec sa première femme Naima Kefi: Ghaouna, Dorsaf et Cyrine. Elles sont mariées respectivement à Slim Zarrouk, Slim Chiboub, et Marouane Mabrouk – représentant des centres de pouvoirs économiques significatifs

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Cette Terre est votre Terre, cette Terre est ma Terre

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5. (S / NF) Avec les prix réels de l’immobilier en plein essor et le foncier à la hausse, posséder des biens ou des terres au bon endroit peut être soit une aubaine soit un aller simple vers l’expropriation. Au cours de l’été 2007, Leila Ben Ali a obtenu gratuitement du gouvernement tunisien un lot de terrain convoité à Carthage afin de construire une école privée Carthage International School (F Ref). En plus du terrain, l’école a reçu en cadeau un financement de 1,8 millions dinars (US $ 1,5 millions) du gouvernement Et, en l’espace de quelques semaines, le gouvernement a construit de nouvelles routes et installé des feux de signalisation pour faciliter l’accès à l’école. Il est rapporté que Mme Ben Ali a vendu l’Ecole Internationale de Carthage à des investisseurs belges, mais l’ambassade de Belgique a encore été incapable de confirmer ou démentir la rumeur. XXXXXXXXXXXX affirme que l’école a été en effet vendue pour une somme non divulguée mais énorme.

Il a observé qu’une telle vente serait un pur profit puisque Mme Ben Ali a reçu la terre, les ‘infrastructures et un énorme bonus de lourdes sans bourse délier.

6. (S / NF) La construction d’un manoir énorme et criard est en cours à côté de la résidence de l’Ambassadeur depuis l’année dernière. Plusieurs sources nous ont rapporté que la maison est celle de Sakhr Materi, gendre du Président Ben Ali frère et propriétaire de Radio Zitouna. Le propriétaire de ce terrain de premier ordre aurait été exproprié par le gouvernement tunisien pour une utilisation par l’administration de l’hydraulique, le terrai a ensuite été attribué à Materi pour un usage privé. Un propriétaire de café a raconté une histoire semblable à un employé de l’ambassade, Belhassen Trabelsi l’a forcé à échanger le café qu’il possédait, situé dans un emplacement de choix contre le café qu’il dirige actuellement. Le propriétaire du café a déclaré que Trabelsi lui a dit qu’il pouvait faire ce qu’il voulait; si un pot de vin de 50 dinars à la police n’étaient pas suffisant, Trabelsi a déclaré que le propriétaire (du café NDLR) n’avait qu’à l’appeler et il serait « prendrait soin de l’affaire. »

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Yacht Recherché

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6. (S / NF) En 2006, Imed Trabelsi et Moaz, neveux de Ben Ali, auraient volé le yacht d’un homme d’affaires français bien introduit, Bruno Roger, président de Lazard Paris. Le vol, largement rapporté dans la presse française, est apparu en pleine la lumière quand le yacht, fraîchement repeint de sorte à couvrir ses caractéristiques distinctives, est apparu dans le port de Sidi Bou Said. Roger, un personnage  important dans l’establishment français a créé un potentiel d’irritation dans les relations bilatérales et selon les rapports, le yacht a été rapidement restitué. L’affaire du yacht volé a refait surface au début de 2008 du fait d’un mandat d’Interpol pour les deux Trabelsis. En mai, les frères ont été traduits devant les tribunaux tunisiens, dans un effort destiné à satisfaire la justice internationale. Le verdict du procès n’est pas connu.

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Montrez-moi votre argent

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7. Le secteur financier (S) de la Tunisie reste en proie à de graves allégations de corruption et de mauvaise gestion financière.

Les milieux d’affaires tunisiens ironisent en disant que la relation la plus importante est celle que vous pouvez avoir avec votre banquier, ce qui reflète l’importance des contacts personnels plutôt qu’un projet d’affaires solide pour obtenir des financements. Le résultat d’un système bancaire fondé sur les relations personnelles est que le taux global des crédits non performants est de 19 pour cent, ce qui reste élevé, mais est inférieur au pic de 25 pour cent en 2001 (Ref I).

Les contacts de l’ambassade soulignent que beaucoup de ces crédits ont été consentis à de riches hommes d’affaires tunisiens qui utilisent leurs liens étroits avec le régime pour éviter le remboursement (réf. E)

La supervision laxiste du secteur bancaire en fait un excellent gisement d’opportunités, nourri par de nombreuses histoires de montages de la « Première Famille ».

Le récent remaniement à la Banque de Tunisie (Ref B), avec la femme du ministre des Affaires étrangères à la présidence et Belhassen Trabelsi nommé au conseil d’administration, en est le dernier exemple.

Selon un représentant du Crédit Agricole, Marouane Mabrouk, un autre des gendres de Ben Ali, a acheté une participation de 17 pour cent de l’ancienne Banque du Sud (aujourd’hui Attijari Bank) immédiatement avant la privatisation de la banque. Cette part de 17 pour cent a été décisive pour le contrôle majoritaire de la banque, la privatisation ne représentant que 35 pour cent du capital de la banque. Le représentant du Crédit Agricole a déclaré que Mabrouk a vendu ses actions à des banques étrangères avec une plus-value significative, l’adjudicataire de l’appel d’offres, l’hispano-marocain Santander-Attijariwafa a finalement payé une prime non déclarée à Mabrouk. XXXXXXXXXXXX a raconté que quand il était encore à sa banque il avait l’habitude de recevoir des appels de clients paniqués qui l’informaient que Belhassen Trabelsi leur avait demandé de l’argent. Il n’a pas précisé s’il leur avait conseillé ou non de payer.

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Effet d’entraînement

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8. (S) bien que les histoires de corruption de haut niveau de la famille soient parmi les plus  fréquentes et les plus souvent répétées par les tunisiens, la petite corruption est celle qu’ils rencontrent le plus fréquemment dans leur vie quotidienne. Les contraventions pour excès de vitesse peuvent être ignorées, la délivrance des passeports peut être accélérée, et les usages peuvent être contournés – tous pour le bon prix. Les dons au fonds gouvernemental pour le développement 26-26 ou à la Société caritative Bessma pour les Handicapés soutenue par Leila Ben Ali  sont également réputés pour graisser les rouages. Hayet Louani (protect), un membre bien introduit du Parlement, a fait face à une pression accrue du gouvernement après avoir refusé plusieurs « demandes » de donner de l’argent à l’équipe de football des Trabelsi. XXXXXXXXXXXX a déclaré que les inspecteurs des douanes réclament 10.000 dinars pour obtenir ses marchandises à la douane, il n’a pas révélé si oui ou non il a acquiescé à la demande.

9. (S) Le népotisme est également soupçonné de jouer un rôle important dans l’octroi de bourses et d’emplois. Connaître les personnes idoines au ministère de l’enseignement supérieur peut déterminer l’admission dans les meilleures écoles ou peut signifier une bourse pour étudier à l’étranger. Un FSN (employé local. NDLR) de l’ambassade a déclaré que le Directeur de la Coopération internationale, un contact de longue date, a offert de donner à son fils une bourse d’études au Maroc sur la base de leur connaissance. Si vous ne connaissez pas quelqu’un, l’argent peut aussi faire l’affaire. Il ya beaucoup d’histoires de Tunisiens qui ont payé des fonctionnaires au ministère de l’Enseignement supérieur pour envoyer leurs enfants à de meilleures écoles que celles auxquelles ils auraient eu droit au vu de leurs résultats aux examens. On soupçonne également que les emplois dans l’administration – très recherchés en Tunisie – soient alloués sur la base de connexions.

La défunte mère de Leila Ben Ali, Hajja Nana, est aussi citée pour avoir agi à titre de courtier pour les admissions scolaires et de recrutement au sein de l’administration, en fournissant ses services de facilitation contre une commission. Parmi les plaintes déposées par les manifestants dans le bassin minier de Gafsa figuraient des allégations selon lesquelles des emplois dans la Société des phosphates de Gafsa ont été attribués sur la base de connexions et de corruption.

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Le règne des voyous

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10. (S / NF) Les nombreuses histoires de corruption familiales sont certainement pénibles pour de nombreux Tunisiens, mais au-delà des rumeurs de commissionnements illicites domine l’exaspération devant le fait que ceux qui sont bien introduits peuvent vivre au dessus des lois. Un ressortissant tunisien a déploré que la Tunisie ne soit plus un Etat policier mais un Etat dirigé par la mafia. «Même la police rend compte à la famille! » s’écria-t-il.

Ceux qui sont au sommet seraient les pires  délinquants, et susceptibles de durer au pouvoir, il n’y a pas de contrôles au sein du système. La fille d’un ancien gouverneur a raconté que Belhassen Trabelsi a fait irruption dans le bureau de son père dans un état de fureur, -allant même jusqu’à jeter un employé de bureau, une personne âgée, à terre,  après avoir été invité à respecter les lois exigeant une couverture d’assurance pour son parc d’attractions. Son père a écrit une lettre au Président Ben Ali pour défendre sa décision et en dénonçant les méthodes de Trabelsi. La lettre est restée sans réponse, et il a été démis de ses fonctions peu après. La forte censure de la presse par le gouvernement fait que les histoires de corruption familiale ne sont pas publiées. La corruption de la famille reste une ligne rouge que la presse ne peut franchir qu’à ses risques et périls.

Bien que l’incarcération du comédien Hédi Février Baballah Oula était apparemment liée à la drogue, des groupes de défense des droits de l’homme pensent que son arrestation était une punition pour un spectacle de 30 minutes parodiant le président et ses gendres. (Tunis D).

Les ONG internationales assurent que les conditions de détention difficiles du journaliste Slim Boukdhir, arrêté pour avoir omis de présenter sa carte d’identité et outrage à un agent de police, sont directement liées à ses articles critiquant la corruption du gouvernement. La corruption demeure un sujet évoqué en murmurant après un bref regard derrière l’épaule.

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L’éléphant dans la pièce

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11. (S) Plusieurs économistes tunisiens estiment que l’augmentation ou non de la corruption n’est pas significative, car «la perception est la réalité. » La perception de la corruption croissante et les rumeurs persistantes de tractations en coulisses a un impact négatif sur l’économie indépendamment de la véracité des faits rapportés. Des contacts nous ont confié avoir peur d’investir, craignant que la famille n’exige une part de l’affaire. « Et alors ? » se demande Alaya Bettaieb, « Le meilleur scénario est que mon investissement soit un succès et que quelqu’un d’important essaie d’en prendre une part. » La persistance de faibles taux d’investissement interne le confirment (Ref H). Bien qu’illégaux, les comptes bancaires à l’étranger, seraient monnaie courante. Une récente amnistie du ministère des Finances destinée à encourager les Tunisiens à rapatrier leurs fonds a été un échec lamentable. Bettaeib confie qu’il envisage d’enregistrer sa nouvelle société en Mauritanie ou à Malte, craignant des interférences indésirables. De nombreux économistes et hommes d’affaires observent que l’importance des investissements dans l’immobilier et le foncier reflètent-le manque de confiance dans l’économie et une tentative de mettre leur argent en sécurité (Ref C).

12. (S) Jusqu’à présent, les investisseurs étrangers n’ont pas été découragés, et selon les contacts dans les milieux d’affaires tunisiens, largement non affectés (par ces agissements. NDLR).

Les investissements étrangers continuent d’affluer à un rythme soutenu, même en excluant les privatisations et les grands projets du Golfe qui n’ont pas encore commencé. Les investisseurs étrangers rapportent plus rarement les tentatives d’extorsion rencontrées par les Tunisiens, ce qui est peut-être du au fait que les investisseurs étrangers ont recours à leurs propres ambassades et les gouvernements. Le représentant de British Gas a dit à l’ambassadeur qu’il n’avait été confronté à aucune irrégularité. XXXXXXXXXXXX a déclaré qu’il ya plusieurs années Belhassen Trabelsi avait tenté de faire pression sur une entreprise allemande activant dans le secteur offshore, mais qu’après une intervention de l’ambassade d’Allemagne, Trabelsi a été explicitement mis en garde afin d’éviter les sociétés offshore. Malgré les déclarations sur l’augmentation de l’investissement interne, le gouvernement tunisien met fortement l’accent sur l’accroissement des flux d’IED dans le pays, en particulier dans le secteur offshore. Néanmoins, il existe encore plusieurs exemples d’entreprises ou des investisseurs étrangers qui font l’objet de pressions en vue de s’associer au « bon » partenaire. Le meilleur exemple reste la non-entrée de McDonald’s en Tunisie. Lorsque McDonald’s a choisi de limiter la Tunisie à un franchisé qui n’était pas le candidat du gouvernement tunisien, l’affaire a capoté par le refus du gouvernement d’accorder l’autorisation nécessaire et le refus de Macdonald’s de jouer le jeu par l’octroi de sa licence à un franchisé ayant des liens avec la Famille.

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Commentaire

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13. (S) Bien qu’ils en aient  gros sur le cœur du fait de la petite corruption, ce sont les excès de la famille du président Ben Ali qui inspire l’indignation des Tunisiens. Pour les Tunisiens confrontés à une inflation en hausse et un chômage élevé, l’exhibition de la richesse et des rumeurs persistantes de corruption alimentent l’incendie.

Les récentes manifestations dans la région minière de Gafsa sont un rappel puissant d’un mécontentement qui reste largement souterrain. Le gouvernement a fondé sa légitimité sur sa capacité à assurer la croissance économique, mais un nombre croissant de Tunisiens pensent que ceux qui sont au sommet en gardent les bénéfices pour eux-mêmes.

14. (S) La corruption est un problème qui est à la fois politique et économique. Le manque de transparence et de reddition de compte (accountability = responsabilité. NDLR) °qui caractérisent le système politique de la Tunisie mine l’économie, dégradant le climat d’investissement et alimentant une culture de la corruption. S’agissant du discours d’un miracle économique tunisien et de toutes les statistiques positives, le fait que les investisseurs tunisiens ont opté pour une direction limpide est éloquent. La corruption est l’éléphant dans la pièce, c’est le problème que tout le monde connaît, mais que personne ne peut reconnaître publiquement.

Voir enfin:

Un regard froid sur la situation en Tunisie

Guy Millière

Drzz

 16 /01 /2011

Certains, qui s’enthousiasment rapidement, s’attendent à ce que les événements en cours en Tunisie depuis un mois, et qui ont débouché sur le départ de Ben Ali, conduisent à la liberté et à la démocratie. J’espère que la réalité leur donnera raison. Je ne puis, pour autant m’empêcher d’adopter une position plus modérée et plus circonspecte. 

Il ne fait aucun doute que Ben Ali était un dictateur, que son entourage vivait de prébendes et de corruption, que la liberté de parole n’existait pas en Tunisie et que tout mouvement d’opposition était sévèrement réprimé : il n’empêche. Je ne puis oublier que voici une décennie, les islamistes étaient très actifs dans le pays, et auraient pu aisément l’emporter à ce moment. Parfois, il n’existe pas de choix entre une bonne et une mauvaise solution, mais le choix entre deux mauvaises solutions, et, face aux islamistes, Ben Ali a représenté à l’époque, je le pense, la moins mauvaise solution. 

L’équation aujourd’hui est différente, dit-on. J’attends une démonstration, et j’attends que vienne la suite des choses. Je sais qu’il existe des gens qui veulent que la Tunisie devienne une société ouverte. Je n’ignore pas, pour autant que, sur l’ensemble du pourtour de la Méditerranée, l’islamisme n’est pas éteint. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder ce qui se passe au Liban ou en Egypte. Il suffit, pour en être persuadé, de lire les études d’opinion réalisées dans l’ensemble du monde musulman par de multiples instituts. Dans l’instabilité tunisienne, des islamistes commencent à faire entendre leur voix. 

De surcroît, l’étincelle qui a allumé l’incendie repose sur trois facteurs qui vont continuer à peser et ne vont pas s’effacer miraculeusement.

Le premier est l’existence d’un grand nombre de jeunes gens diplômés  que le marché du travail ne parvient pas à absorber et qui sont, dès lors, en situation de frustration : la conjoncture économique mondiale en général, et la configuration économique autour du bassin Méditerranéen en particulier, ne devraient pas s’améliorer dans l’immédiat, et les frustrations devraient durer, voire s’exacerber.

Le deuxième est l’impossibilité pour nombre de ces jeunes gens de traverser la Méditerranée pour tenter de mieux gagner leur vie en Europe. La conjoncture européenne ne devrait, dans l’immédiat, pas inciter les gouvernements à permettre des flux d’immigrants plus nombreux, au contraire.

Le troisième, qui a joué un rôle non négligeable, est l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Cette augmentation est due à des récoltes insuffisantes découlant d’hivers trop rudes, d’intempéries après l’hiver en de nombreuses régions du globe. Au cours de l’année 2011, les prix de toutes les denrées alimentaires devraient continuer à augmenter, créant des situations propices à des émeutes de la faim bien au delà de la Tunisie. Un gouvernement tunisien quel qu’il soit n’aura aucune influence sur cette augmentation des prix et ne pourra inventer de solution magique. Si une fuite en avant enclenchée par des démagogues et des gens promettant que demain on rasera gratis ne s’enclenche pas, ce sera un moindre mal, mais j’avoue avoir des craintes : combien d’opposants au régime Ben Ali sont-ils adeptes de cette doctrine qui promet beaucoup aux pauvres, mais qui les multiplie très vite, le socialisme ?

Des pillages ont eu lieu et ont encore lieu dans tout le pays qui vont, en outre, coûter très cher. Certains d’entre eux peuvent être attribués à la police, mais pas tous. Le désordre, par ailleurs, même s’il s’interrompait immédiatement, va nuire pendant des mois à un secteur crucial pour le pays, le tourisme.  Des emplois risquent non pas de se créer, mais de disparaître.

Je ne regrette aucunement la dictature, bien sûr. Je comprends la souffrance de millions de gens. Je ne doute pas que ces gens aspirent effectivement à être libres. Je ne doute pas que la dictature leur était devenue insupportable. Mais je crains, oui, qu’il n’y ait des lendemains qui déchantent. J’espère me tromper. 

Je me souviens encore de ces étudiants iraniens qui venaient me dire exaltés et souriants au moment de la chute du shah en Iran: à Téhéran, c’est 1789. Je leur répondais qu’ils devaient se souvenir qu’après 1789, il y avait eu 1793. C’est ce que je dirais à mes amis tunisiens, à qui je ne veux que du bien. Vous parlez de 1789 aujourd’hui ? N’oubliez pas qu’après 1789, il peut y avoir 1793. Regardez au delà de vos frontières l’état du monde et, tout spécialement, l’état du monde musulman. 

Ce que je dirais à mes amis tunisiens vaut pour tous ceux qui observent la situation. J’ai trop vécu et trop étudié l’histoire pour céder à des élans d’enthousiasme irraisonnés et pour ne pas rappeler que, simplement, la réalité existe.

Disons qu’en cet instant, je donne une chance sur dix à l’émergence d’une démocratie paisible, et neuf chances sur dix à une reprise en main par l’armée, ou à l’entrée dans une période chaotique avec possibilité d’influence islamique.

Et puis, lorsque je vois des gens de toute la gauche française célébrer la chute du dictateur, je me dis que ces gens sont sans vergogne : Zine Ben Ali fait partie de l’Internationale socialiste. Et ils feraient aussi bien de manifester pour que tombent d’autres dictateurs autrement plus féroces et d’autres régimes autrement épouvantable, le régime algérien, par exemple. 

Ce qui a fait tomber Ben Ali, c’est, certes, la brutalité, l’absence de liberté de parole, la corruption, mais  c’est aussi que la Tunisie, par rapport aux pays voisins, a été ces dernières années un pays où le niveau de vie s’élevait plus vite, où le nombre de jeunes gens éduqués était plus élevé, et où l’économie était en croissance. La population voudrait, sans aucun doute, une contrepartie politique à ces divers facteurs.

Ce qui a fait tomber Ben Ali, aussi, c’est l’ouverture du pays au monde et une répression qui, bien qu’elle ait été sanglante, n’a pas été absolument féroce. Le régime des mollahs en Iran, celui du FLN en Algérie sont des régimes féroces. Je ne m’attends pas à voir brûler de sitôt les effigies d’Ahmadinejad, Khamenei ou Bouteflika en place publique à Paris. 

Ce qui a été lamentable, lâche et opportuniste en ces circonstances a été l’attitude des dirigeants français. Un homme d’Etat sait rappeler certaines choses. Un politicien retourne sa veste en n’oubliant pas de veiller à ce que le portefeuille reste à l’intérieur. Il y a beaucoup de politiciens en France.

Quand on l’accusait d’être une girouette Edgar Faure disait que ce n’est pas la girouette qui tourne,


Affaires PPDA/Drucker: Attention, une imposture peut en cacher bien d’autres (French TV stars’ master class on the tough art of copy and paste)

14 janvier, 2011
 [Vous refuse-t-on des livres écrits ? demande une jeune femme.] Non, malheureusement pour moi. Mon éditeur ne me refuse rien. Il me faut deviner si le livre est mauvais ou non, parce qu’il ne me le dira pas. Beigbeder (réponse à une admiratrice)
Un nègre d’édition est celui qui vient en aide à des gens qui n’ont pas grand chose à dire mais qui ne savent pas trop comment le dire. Laurent Tirard
 C’était à l’époque où «on vivait ensemble. «il a refusé de me les donner quand on s’est séparé en 2006″. Calixte Beyala
La base du métier, c’est l’honnêteté. PPDA
Un mot sur l’affaire Castro. J’ai été attaqué en justice à ce propos. Et, à deux reprises, mes adversaires ont été déboutés. Il faudrait que, de temps en temps, on me traite normalement: en vingt-cinq ans de journalisme, il m’est arrivé de faire quelques «coups». Ou, plus simplement, de bien faire mon métier. PPDA
Je me suis naturellement documenté auprès des nombreuses biographies existantes, au nombre desquelles celle de Griffin me semble la meilleure sur le jeune Hemingway. Mais je n’allais pas lui réinventer une vie ! PPDA
Ce tirage diffusé en décembre à la presse a par erreur été réalisé à partir d’une de mes versions de travail antérieures. Celle-ci comportait effectivement de nombreuses notes de lecture, dont certaines que j’avais prises en vue d’une ébauche d’adaptation cinématographique de la vie d’Hemingway. PPDA
Le texte imprimé, qui a été diffusé par erreur à la presse en décembre, était une version de travail provisoire. Elle ne correspond pas à la version définitive validée par l’auteur, dont la commercialisation en librairie est prévue fin janvier.  Les éditions Arthaud présentent leurs excuses à l’auteur ainsi qu’aux journalistes destinataires de l’ouvrage. Editions Arthaud
Je ne suis pas le nègre de PPDA. Bernard Marck (qui a collaboré à la biographie contestée de PPDA sur Hemingway)
Intrigués par la précision à l' »anglo-saxonne » du livre, en contradiction avec un certain flou sur les sources citées dans la bibliographie, nous avons décidé de rechercher – chez des libraires d’occasion, sur ebay, sur des sites spécialisés… – toutes les biographies d’Hemingway publiées en français, ainsi que quelques-unes en anglais. En les comparant avec la biographie signée Patrick Poivre d’Arvor, nous avons découvert les parentés criantes avec l’ouvrage de Peter Griffin.   Jérôme Dupuis (L’Express)
Chacun sait que nombre de livres de célébrités ne sont pas écrites par elles-mêmes : Dan Franck a écrit pour Rika ZaraÏ et Lionel Duroy pour Sylvie Vartan, Mireille Darc ou Jean-Marie Bigard, même si dans ces derniers cas, s’agissant d’écrivains très connus, leur nom est mentionné à l’intérieur. Mais pour ces quelques « nègres littéraires », combien d’autres écrivent des livres d’hommes politiques voire d’écrivains parfois reconnus, non seulement sans qu’on mentionne leur travail mais en le dissimulant ! Combien de procès qui se sont clos par des accords amiables et… discrets ? Des écrivains confirmés en panne d’inspiration se sont retrouvés contraints de plagier : Henri Troyat s’est ainsi fait épingler en 1997 pour sa biographie de Juliette Drouet, maîtresse de Victor Hugo, qui devait beaucoup à celle des universitaires Gérard Poussin et Robert Sabourin publiée cinq ans plus tôt. Jérôme Dupuis (L’Express)
Si PPDA présentait encore le journal de 20H00, l’histoire ne serait jamais sortie. Editeur (souhaitant conserver l’anonymat)
Il a fait le gros du travail, il s’est beaucoup investi sur le livre. Quand vous écrivez une biographie, vous cherchez les proches, mais vous partez aussi de ce qui existe. En écrivant une bio de Guynemer, je m’étais rendu compte à la relecture que mon travail était un pur recopiage d’un livre de Jules Roy, que j’avais utilisé. (…) Pour Hemingway,  la bio de Griffin, je l’ai chez moi. Je l’ai même utilisée pour mon livre sur Lindbergh. Elle est riche mais manque de nerf dans l’écriture, alors que la jeunesse de Hemingway est nerveuse. Griffin, c’est trop linéaire. Il ne s’agit pas de recopier mais d’apporter un autre ton, d’autres infos.  Bernard Marck
Résumons l’affaire : le cinquantenaire de la mort d’Hemingway, disparu en 1961, est comme tous les anniversaires l’occasion pour les maisons d’édition de préparer des livres sur les auteurs disparus dont ils espèrent faire des best-sellers. Plutôt que de rééditer les biographies épuisées, on a recours à quelques plumes médiatisées dont on peut penser qu’elles seront sources de bonnes ventes. Parmi elles : Patrick Poivre d’Arvor, qui a déjà obtenu le prix Interallié en 2000, se hissant  jusqu’à la  première sélection du Goncourt 2006 pour un livre cosigné avec son frère. Si l’on s’en tient à la seule année 2010, il a publié un roman, cosigné deux essais, réuni huit anthologies et rédigé six préfaces ! Or, selon une enquête de l’Express, le livre, qui doit sortir le 19 janvier et a déjà été tiré à 20 000 exemplaires serait un plagiat : sur les 414 pages de cette volumineuse biographie, près de 100 pages seraient copiées de  l’ouvrage de Peter Griffin, que le propre fils d’Hemingway avait jugé comme la plus juste. Jérôme Dupuis
On se trompe si l’on croit que le métier de plagiaire-maquilleur est de tout repos. Il ne suffit pas de copier, encore faut-il tenter de le dissimuler en brouillant les pistes par des leurres : il faut accorder les verbes à un temps différent, chercher des synonymes, procéder à des inversions de termes ou de groupes syntaxiques, ajouter quelques trouvailles de son propre cru et rendre hommage à autrui en ne lui volant pas tout pour lui laisser quelque chose. Tout compte fait, plagier est presque aussi difficile que créer. Il faut remercier M. PPDA d’avoir offert ces travaux pratiques pour l’édification de tous. Paul Villach
La fabrication de ce genre de produits qu’on ose encore appeler livres, ne ravit pas seulement l’éditeur et ses actionnaires. La star y trouve aussi une importante source de revenu. La preuve ? Les 200.000 euros promis par M. Drucker à son nègre, qu’il ne lui a pas versés ! Au vu de cette rétribution, il est aisé d’imaginer la fortune attendue de la publication du produit. Présent sur une chaîne de radio comme à la télévision, M. Drucker est, en effet, a même d’être reçu dans tous les médias qu’il veut, selon « un plan-médias » d’enfer : il n’est que de voir comme ces gens des médias ne cessent pas de se recevoir dans leurs émissions ou leurs journaux pour promouvoir leur dernière production. L’affaire Drucker-Beyala montre quelles méthodes pitoyables emploient certaines maisons d’édition au service non pas de la pensée mais du profit maximal. Sous la tyrannie des actionnaires, la star qui n’a rien à dire devient auteur d’un livre qu’elle signe mais n’a pas écrit. Un nègre le rédige à sa place. Pour gagner du temps, la tentation du plagiat est grande, ou encore l’enquêteur chargé d’interviewer la star ne se soucie même pas de savoir si c’est elle qui a répondu à ses questions écrites. Qu’à cela ne tienne ! Il existe un public d’imbéciles suffisamment nombreux et conditionnés pour se jeter sur ce genre de publications par réflexe d’identification aux stars : le pactole est assuré autant que le crétinisme. De quoi se plaint-on ? Surtout pas d’un système qui est en train de s’autodétruire ! Paul Villach

Derrière le scandale, la réalité de ce qui jusque-là passait pour la normalité !

Plagiat du quart du livre (100 sur 414 pages) et à tous les niveaux (structure, enchaînements, incises sur la grande Histoire ou extraits de correspondance retenus), grossier maquillage par inversions de mots, phrases, synonymes, changement de temps, ajouts redondants et omissions bénignes, disparition, mises à part quelques notes de bas de page, du nom de l’auteur pillé d’une ‘impressionnante bibliographie de 63 livres …

Prétendue version appuyée sur de « nombreuses notes de lecture en réalité destinée à une « ébauche d’adaptation cinématographique de la vie d’Hemingway » particulièrement aboutie -120 pages pour les seules 23 premières années du grand écrivain américain – avec en tête de « chapitres »  des exergues signés Saint-Exupéry, F.Scott Fitzgerald ou Albert Londres, distribution dédicacée à des journalistes dont le patron de L’Express, excuses de la « précipitation», de l’inversion de versions et de « couac dans la relecture (même pas pris le temps de la relire avant de s’empresser de la dédicacer aux journalistes destinataires d’un plan-médias sur mesure), prétendue version de travail», stratégie du secret, dénégation, blanchiment ou au contraire noircissement de l’écrivain par son nègre, nègre, livre d’entretien par un expert en médiologie (Debray) sans contact avec le questionné (Drucker) et même questions remplies par un tiers elle-même ex-plagiaire condamnée (Beyala), dénonciation d’un complot supposé  …

Après le mémorable plantage BHL  d’il y a presque un an …

En cette année du 50e anniversaire – pourtant éditorialement prometteuse – de la mort d’Hemingway …

Et à l’occasion de deux ratés consécutifs (affaires de plagiat PPDA – Patrick Poivre d’Arvor, Ernest Hemingway, la vie jusqu’à l’excès, éditions Arthaud, 19 janvier 2011 – et de nègre littéraire Drucker-Bexala, elle-même ex-plagiaire condamnée, pour un livre finalement jamais écrit comme les stratégies de défense délirantes des éditeurs) magistralement démontés par le blogueur Paul Villach sur Agoravox …

Où l’on (re)découvre les misérables usages en honneur dans l’édition française comme les méthodes de travail de nos faussaires en chambre.

Mais aussi le cruel dilemme d’éditeurs contraints, pour à la fois garantir un minimum de ventes et assurer un plan médias maximal par son accès facile aux dits médias, de recourir à la signature factice d’une personnalité à forte notoriété (ex-présentateur vedette du 20h de TFI, soixantaine d’ouvrages à son actif dont certains avec son frère, prix Interallié 2000 et présélectionné pour le Goncourt 2006, avec son nom en plus gros caractères sur la couverture que celui d’Hemingway lui-même !),  tout en étant forcés, lesdites personnalités étant débordées et pas toujours à la hauteur du travail en question (émission de  télévision, chronique dans France-Soir, direction d’une collection d’anthologies littéraires, mise en scène d’un opéra, 1 roman, 2 essais, 8 anthologies, 6 préfaces, sans compter les signatures dans les foires du livre, pour la seule année 2010 et le seul PPDA !), de leur adjoindre un nègre qui risque à tout moment d’être découvert (Marck pour PPDA) ou de se rebiffer y compris quand on prend la précaution de la choisir parmi ses compagnes du moment  (Beyala pour Drücker) …

Sans compter, dans le cas du Charles Enderlin de la littérature, le lourd passif, d’une vraie-fausse interview de Castro à un entretien avec le pseudo-garde du corps de Saddam et à une condamnation pour recel d’abus de biens  sociaux (15 mois de prison avec sursis et 200.000 francs d’amende  – 30.000 euros -, affaire Botton), d’un ex-journaliste mouillé  jusqu’aux os …

PPDA et son Hemingway : le dur métier de plagiaire-maquilleur

Paul Villach

Agoravox

Un journaliste de L’Express, Jérôme Dupuis, a, dans un article du 4 janvier 2011, intitulé « Patrick Plagiat d’Arvor  » levé un lièvre qui fait grand bruit : la biographie d’Ernest Hemingway que l’ex-présentateur de TF1 s’apprête à publier aux Éditions Arthaud, filiale de Flammarion, a tout l’air d’être pour partie un plagiat d’une biographie d’un certain Peter Griffin paru en 1985 aux USA et traduite par Gallimard en 1989, qui serait aujourd’hui inaccessible.

Le journaliste présente trois extraits du livre de PPDA qu’il confronte à l’original : 1- une promenade des parents d’Hemingway, 2- son opération sur le front italien et 3- sa garde par une infirmière. (1). Le résultat est accablant. Ces trois exemples montrent à l’ évidence que PPDA a tout simplement copié Peter Griffin. Mieux, ils permettent d’observer comment un plagiaire opère pour s’approprier le texte d’autrui en tentant de masquer laborieusement ses emprunts frauduleux. Non seulement le plagiat est une copie qui ressemble à son original comme deux gouttes d’eau, reprenant souvent son texte mot pour mot, mais les différences que le plagiaire croit devoir introduire pour tenter de dissimuler ses emprunts, ne sont que des leurres : purement formelles, elles ne font que trahir un effort de dissimulation maladroite.

1- Une copie ressemblant à son original comme deux gouttes d’eau.

Le plagiat est d’abord une copie conforme à son original.

– Les personnages sont identiques et présentés dans les mêmes termes :

* les parents de Hemingway, Clarence et Grace, les amis Indiens Sioux Dakota de son père,

* le chirurgien italien qui a opéré l’écrivain américain sur le front italien,

* l’infirmière Agnès qui l’a veillé après l’opération.

– Le décor est aussi semblable : la même campagne pour la même promenade des parents, et, là où est opéré le blessé, « l’âcre odeur des antiseptiques et celle, face, du sang  »,.

– Les actions sont les mêmes et surtout inscrites dans le même ordre chronologique :

* Les parents se promènent dans la nature, effraient les mêmes bêtes sauvages caractéristiques, caille et renard à queue rouge ; le père évoque son goût pour la collection des pointes de flèches, de fers de lance, de coupes en terre cuite et des haches de pierre d’indiens Pottawatomie ; il relate le même souvenir d’un séjour chez les Sioux qui l’ont appelé « Nec-tee-la-la  », ce qui veut dire « Œil-d’aigle  », pour son acuité visuelle.

* Le chirurgien opère le blessé Hemingway en effectuant les mêmes gestes : il nettoie les plaies, extrait les éclats d’obus, explique au blessé le déroulement de l’opération ; celui-ci évalue la grosseur des éclats au bruit qu’ils font en tombant dans la cuvette. Un verre de cognac lui est servi avant que lui soit faite une piqûre antitétanique.

* L’infirmière au chevet du blessé éponge sa sueur et ne s’absente que pour une ronde toutes les heures.

2- Les leurres des différences formelles trahissant un effort de dissimulation maladroite

Dans cette copie parfois rigoureusement conforme à l’original sont introduites des variantes qui tentent de masquer ces emprunts sans usage de guillemets comme toute citation doit en être assortie pour signaler la propriété intellectuelle d’autrui. Mais ces différences ne sont que des leurres : elles sont si minuscules qu’elles éloignent moins la copie de l’original qu’elles ne trahissent l’effort de maquillage entrepris pour dissimuler frauduleusement le vol du bien d’autrui.

1- Le leurre des temps différents

Les temps diffèrent sans conséquence : l’original use du passé, la copie du présent.

2- Le leurre des synonymes

Les mots de l’original ne sont remplacés que par des synonymes. Le plagiaire doit disposer d’un dictionnaire spécialisé.

* ainsi dans le contexte de la promenade des parents relève-t-on les substitutions amusantes suivantes : emmener/entraîner – « la prairie » / la nature – faire jaillir une caille / débusquer une caille – Terres de la Des Plaines River / Terres près de la Rivière des Plaines – visite de deux mois à une école de mission pour les Sioux Dakota / séjour de deux mois chez les Sioux Dakota – appeler / baptiser – à cause de / en raison de – c’est-à-dire / ou – extraordinaire acuité visuelle / exceptionnelle acuité visuelle – et / ainsi que.

* Dans le contexte de l’opération chirurgicale, le agiaire se montre aussi inventif : (Le chirurgien) travaillant vite et bien / Ses gestes sont précis – Il décrivait à Ernest en Italien tout ce qu’il extrayait / Il accompagne (ses gestes)en commentant, dans sa langue, ce qu’il fait. – les plus gros fragments de shrapnel / les plus gros fragments d’obus – le bruit / le son – douleur aiguë / intervention douloureuse – donner à boire un peu de cognac / offrir un peu de cognac – finalement / au bout d’un temps infini.

* Dans le contexte du rôle joué par l’infirmière, le plagiaire fait preuve d’une égale dextérité synonymique : faire sa ronde / effectuer sa ronde – humecter le front d’Ernest / éponger son front.

3- Le leurre des inversions

Une autre rouerie du plagiaire est de tenter de brouiller les pistes en pratiquant des inversions qui pourtant ne trompent personne :

– On relève des inversions de mots : « l’âcre odeur des antiseptiques et celle, fade, du sang  » devient « l’odeur âcre des antiseptiques et celle, fade, du sang  » !

– Ce peut être encore une inversion de voix passive en voix active : « chaque fois que la chair était incisée… » « chaque fois que le médecin incise les chairs  » !

– Ou il s’agit d’inversions de groupes syntaxiques passant du début en fin de phrase : « À cause de son extraordinaire acuité visuelle, les Indiens l’appelaient Nec-tee-la-la, c’est-à-dire « Œil-d’aigle  » », lit-on dans l’original. « (Les Sioux)l’ont baptisé Nec-tee-la-la ou « Oeil d’aigle » en raison de son exceptionnelle acuité visuelle, » découvre-t-on dans la copie.

4- Le leurre des ajouts redondants

Il n’est pas, d’autre part, de copie servile qui ne témoigne de la capacité de création du plagiaire. Celui-ci procède à des ajouts redondants dont il a le don qui n’abusent que les dindons de la farce :

* « Faire jaillir une caille d’un fourré  », dit l’original, « débusquer une caille qui s’enfuit dans un claquement d’aile » répond le plagiaire. « (faire) détaler un renard à queue rouge  », reprend l’original, « (débusquer) un renard à queue rouge qui file à fond de train  », complète le plagiaire. « Il collectionne les pointes de flèches  », dit l’un, « il se passionne pour les pointes de flèches (…)qu’il collectionne  », dit l’autre.

* Le plagiaire éprouve le besoin de préciser ce que l’original n’a pas cru devoir signaler : « Le chirurgien ne tarde pas à un intervenir ». Si l’original apprend que le blessé « tentait d’évaluer le poids (des éclats d’obus extraits de sa chair)au bruit qu’ils faisaient en tombant dans la cuvette », pour le plagiaire c’est « au son qu’ils font en tombant au fond de la cuvette » ! Ça change tout : le plagiaire va au fond des choses ! De même, éprouve-t-il le besoin d’ajouter que l’intervention est « pratiquée sans anesthésie  » et d’expliquer que si l’infirmière essuie le blessé , c’est à cause des « nuits chaudes qui le rendent poisseux de sueur ».

5- Le leurre des omissions bénignes

Est-ce, enfin, sa conscience qui le tourmente ? Le plagiaire ne copie pas tout d’un original : il consent à commettre des omissions bénignes comme autant d’hommage à la propriété d’autrui.

Quand, selon l’original, le blessé « (évalue) la taille et le poids de ces fragments  », le plagiaire se contente de ne lui faire qu’ « évaluer le poids  ». Le chirurgien « (ne passe pas davantage) la main sur le crâne d’Ernest  » chez lui, comme dans l’original. « L’une des chaises au chevet du lit d’Ernest » devient seulement « une chaise dans sa chambre  ». Et si l’infirmière ne quitte le blessé, selon l’original, que « pour faire toutes les heures sa ronde », le plagiaire ne juge pas utile de préciser la périodicité de cette ronde qu’elle ne fait pas mais « effectue  ». Enfin plutôt que d’écrire comme l’original que l’infirmière « passait de l’eau froide sur le cou et sur la poitrine (du blessé) », le plagiaire trouve plus élégante la formule « rafraîchir son cou et sa poitrine  ».

On se trompe si l’on croit que le métier de plagiaire-maquilleur est de tout repos. Il ne suffit pas de copier, encore faut-il tenter de le dissimuler en brouillant les pistes par des leurres : il faut accorder les verbes à un temps différent, chercher des synonymes, procéder à des inversions de termes ou de groupes syntaxiques, ajouter quelques trouvailles de son propre cru et rendre hommage à autrui en ne lui volant pas tout pour lui laisser quelque chose. Tout compte fait, plagier est presque aussi difficile que créer. Il faut remercier M. PPDA d’avoir offert ces travaux pratiques pour l’édification de tous. Il semble, cependant que la convoitise du bien d’autrui soit chez lui un problème. On se souvient encore de son « interview exclusive » de Fidel Castro le 16 décembre 1991. Avec un simple leurre de montage par champ et contre-champ, excluant tout plan d’ensemble et reconstitution des questions en studio, il avait transformé une conférence publique du dictateur cubain en un entretien privé qu’il aurait eu avec lui. N’était-ce pas déjà un texte public qu’il avait voulu faire passer pour sa propriété privée, selon le principe du plagiat ? Paul Villach

(1) Jérôme Dupuis, « Trois exemples du plagiat de PPDA », L’Express, 4 janvier 2011.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-plagiat-de-ppda_949676.html

Voir aussi :

PPDA blanchi par son « nègre » ? L’interview qui tue !

Paul Villach

Agaravox

Il paraît qu’on vit une époque de transparence. La simple affaire du plagiat de PPDA, biographe d’Hemingway, tendrait à prouver le contraire. Un écran opaque de leurres grossiers est dressé pour tenter de discréditer la représentation de la réalité la plus fidèle, extorquée de l’examen rationnel du pluralisme d’indices réunis.

 L’analyse des trois premiers exemples publiés par Jérôme Dupuis dans L’Express à l’appui de sa dénonciation de plagiat, ne souffre pas la moindre contestation (1). On l’a soi-même montré sur AgoraVox : elle révèle que le texte de PPDA est une copie conforme du texte original de Peter Griffin, le biographe d’Hemingway, et que les différences observées ne sont que des leurres cousus de fil blanc qui masquent moins la copie qu’ils ne trahissent les efforts laborieux pour tenter de la dissimuler : changement de temps, usage de synonymes, inversions de mots et de groupes syntaxiques, ajouts redondants et omissions bénignes. (2)

L’information donnée peu crédible livrée par la défense

Contre cette évidence, éditeur, « auteur » et « nègre » dressent la même ligne de défense et dans les mêmes termes. Ils se copient mutuellement ! On reconnaît une information donnée calibrée, soigneusement passée au crible de leur autocensure. Les communicants, toujours prêts à multiplier les catégories sans nécessité, en violation du principe de Guillaume d’Occam, pour jeter la confusion, appellent cette information donnée, soigneusement configurée, des « éléments de langage  ». Ainsi l’éditeur Arthaud, PPDA et son « nègre », Bernard Marck, parlent-ils en chœur de « précipitation », d’une inversion de versions et de « couac dans la relecture  ». C’est, à vrai dire, le seul argument qu’ils pouvaient avancer !

Il est toutefois peu crédible pour deux raisons :

1- La première est qu’obligé de choisir entre deux maux, le soupçon de manque de professionnalisme et celui de malhonnêteté, l’éditeur choisit évidemment le moindre : nul être sain ne livre l’information susceptible de lui nuire le plus. Et tant pis si PPDA apparaît aussi peu attentif à « son œuvre » ! Il n’aurait même pas pris le temps de la relire avant de s’empresser de la dédicacer aux journalistes destinataires d’un plan-médias sur mesure.

2- La deuxième raison est que, si « la version de travail  » alléguée montre effectivement un travail, c’est celui de la dissimulation par des leurres grossiers de la copie éhontée du travail d’autrui. Est-ce composer une biographie que de piller celle d’autrui en tentant d’en dissimuler les preuves ?

L’interview du « nègre » qui tue

Interrogé, le 7 janvier 2011 par Le Parisien/Aujourd’hui, sur les exemples qu’a publiés Jérôme Dupuis, le « collaborateur » de PPDA, Bernard Marck fait lui-même , malgré lui, voler en éclats cette ligne de défense de fortune. C’est l’interview qui tue.

1- La stratégie du secret

Il avoue qu’une stratégie de secret absolu a été adoptée par l’éditeur Arthaud et PPDA : « J’ai donné ma parole, dit-il pour se justifier, je ne peux pas répondre directement. Patrick est profondément affecté, il s’impose le silence, et moi, on me l’impose » ! Tout est dit ! L’information qui leur est nuisible, est légitimement refusée par les intéressés. Mais le secret gardé ne leur est-il pas aussi dommageable en confirmant implicitement le soupçon de plagiat ? À croire qu’ils n’ont le choix qu’entre confirmation explicite ou confirmation implicite !

2- Les autres arguments de B. Marck ou renforcent aussi ce soupçon implicitement ou livrent un leurre de diversion lui-même suspect.

– Le rôle de « nègre » et ses méthodes de copie

Au sujet de son rôle dans « la rédaction » de cet ouvrage, B. Marck nie farouchement être « nègre » : « En tout cas, corrige-t-il, je ne le conçois pas comme ça  ». Or, on peut très bien ne pas vouloir être ce qu’autrui dénonce ce que l’on est, et l’être tout de même. Qu’est-ce qu’un « nègre  » dans l’édition ? « Quelqu’un qui aide celui qui n’a pas grand chose à dire et qui ne sait pas comment le dire », explique en substance avec humour ce « nègre » qui vit si mal sa condition dans l’excellent film de Laurent Tirard, « Trahisons et mensonges et plus si affinités  » (2004) ?

– B. Marck ne nie pas en tout cas avoir pris part à la rédaction de cet « ouvrage », comme tout « nègre », même quand il veut en attribuer le mérite à PPDA : « (Il) a fait le gros du travail, soutient-il sans rire, (il) s’est beaucoup investi sur le livre ». N’en déduit-on pas que lui, le « nègre », a fait le reste ? Mais peut-il inverser les rôles sans rompre sans doute les termes au moins tacites de son contrat ? Nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire. Même s’il l’a effectuée, il ne peut donc revendiquer la majeure partie du travail d’un livre qui sera signé par un autre dont la notoriété, fût-elle usurpée, garantit un minimum de ventes.

– B. Marck révèle même ses méthodes de travail contestables en croyant minimiser l’erreur commise par l’éditeur entre version inachevée et version définitive.« Quand vous écrivez une biographie, avoue-t-il, vous cherchez les proches, mais vous partez aussi de ce qui existe. En écrivant une bio de Guynemer, je m’étais rendu compte à la relecture que mon travail était un pur recopiage d’un livre de Jules Roy, que j’avais utilisé. »

Par quelle opération du Saint Esprit, – Grands Dieux ! – un auteur peut-il retrouver dans son texte des passages entiers d’un autre auteur ? B. Marck donne sa recette : il réécrit à sa façon une biographie déjà publiée : « Pour Hemingway, explique-t-il, la bio de Griffin, je l’ai chez moi. Je l’ai même utilisée pour mon livre sur Lindbergh. Elle est riche mais manque de nerf dans l’écriture, alors que la jeunesse de Hemingway est nerveuse. Griffin, c’est trop linéaire. Il ne s’agit pas de recopier mais d’apporter un autre ton, d’autres infos. » Il suffit de se reporter aux trois exemples publiés par J. Dupuis, pour savoir ce que B. Marck entend par « apporter un autre ton » ! C’est accablant !

– Un leurre de diversion : le leurre d’appel humanitaire

Enfin B. Marck tente une sortie de la nasse où il est enfermé avec ses compères, par un leurre de diversion suspect. Il cherche, à l’aide d’ un leurre d’appel humanitaire, à déclencher un réflexe de compassion envers PPDA. Il a le culot d’inverser à cette fin la distribution manichéenne des rôles : bien que soupçonné de plagiat, PPDA est présenté comme la victime qui mérite la compassion ; il est, dit-il, « profondément affecté  » par l’affaire. Dans le camp d’en face, les bourreaux, ce sont « des gens (qui) lui en veulent. Il y a un règlement de comptes dans cette histoire, »accuse-t-il sans preuve ! Ou comment transformer un suspect en innocent et des innocents en coupables ?

À vouloir blanchir à tout prix PPDA, son « nègre » démolit en fait à lui seul la fragile défense élevée par l’éditeur et répétée en boucle par chacun. L’aveu du secret exigé de lui, l’explication de ses méthodes de travail qui incluent sans vergogne la copie du texte d’autrui, et un leurre de diversion ne font qu’accroître le soupçon qu’il prétend combattre. Albert Camus disait qu’on vaut souvent ce que valent les procédés qu’on emploie. Au lecteur de juger des leurres grossiers utilisés par l’éditeur Arthaud, filiale de Flammarion, PPDA et son « nègre », et de la confiance que ces derniers méritent qu’on leur accorde. Paul Villach

(1) Jérôme Dupuis, « Trois exemples du plagiat de PPDA  », L’Express, 4 janvier 2011.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-plagiat-de-ppda_949676.html

(2) Paul Villach, « PPDA et son Hemingway : le dur métier de plagiaire-maquilleur  », AgoraVox, 6 janvier 2011.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ppda-et-son-hemingway-le-dur-86807

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20100819.BIB5509/olivier-poivre-d-arvor-passe-a-france-culture.html

Voir par ailleurs :

Patrick Poivre d’Arvor

La nouvelle affaire PPDA : après l’interview mensonge, le plagiat

05.01.2011

À force de passer entre les gouttes, Patrick Poivre d’Arvor finira bien un jour trempé. Sa dernière mésaventure est tellement énorme qu’elle figurera en bonne place dans le volumineux dictionnaire  des plagiats. Résumons l’affaire : le cinquantenaire de la mort d’Hemingway, disparu en 1961, est comme tous les anniversaires l’occasion pour les maisons d’édition de préparer des livres sur les auteurs disparus dont ils espèrent faire des best-sellers. Plutôt que de rééditer les biographies épuisées, on a recours à quelques plumes médiatisées dont on peut penser qu’elles seront sources de bonnes ventes. Parmi elles : Patrick Poivre d’Arvor, qui a déjà obtenu le prix Interallié en 2000,  se hissant  jusqu’à la  première sélection du Goncourt 2006 pour un livre cosigné avec son frère. Si l’on s’en tient à la seule année 2010, il a publié un roman, cosigné deux essais, réuni huit anthologies et rédigé six préfaces ! Or, selon une enquête de l’Express, le livre, qui doit sortir le 19 janvier et a déjà été tiré à 20 000 exemplaires serait un plagiat : sur les 414 pages de cette volumineuse biographie, près de 100 pages seraient copiées de  l’ouvrage de Peter Griffin, que le propre fils d’Hemingway avait jugé comme la plus juste. L’enquête de l’Express montre comment « la structure, les enchaînements, les incises sur la grande Histoire ou encore les extraits de correspondance retenus coïncident parfaitement » et sont « souvent grossièrement maquillés par des inversions de phrases ou l’usage effréné de synonymes » : une «opulente chevelure auburn ramassée en chignon» devient de « beaux cheveux auburn ramenés en chignon»

Comment PPDA a-t-il trouvé le temps d’écrire ces 414 pages entre son émission, sa chronique dans France-Soir, la direction d’une collection d’anthologies littéraires, sans compter la mise en scène d’un opéra ?

Plus étonnant : Si le nom de l’ancienne vedette de télévision figure en plus gros caractères sur la couverture que celui d’Hemingway lui-même, celui de Peter Griffin a disparu de l’impressionnante bibliographie de 63 livres qui clôt ces 414 pages. Une absence qui ressemble à un aveu: c’est ce qu’on appelle être pris sur le fait ! Malgré cela, PPDA s’indigne : il assure avoir passé un an et demi à écrire ce livre et trouve « très désobligeant » ce soupçon de plagiat. « Je me suis naturellement documenté auprès des nombreuses biographies existantes, au nombre desquelles celle de Griffin me semble la meilleure sur le jeune Hemingway. Mais je n’allais pas lui réinventer une vie ! », se défend-il. Pourquoi, dans ces conditions, ne citer cet ouvrage que par de petites notes de bas de pages ? Et surtout comment PPDA a-t-il trouvé le temps d’écrire ces 414 pages entre son émission hebdomadaire sur France 5, sa chronique quotidienne dans France-Soir, la direction, avec son frère, d’une collection d’anthologies littéraires, sans compter la mise en scène, l’été dernier, d’un opéra ?

Combien de « nègres » écrivent des livres d’hommes politiques voire d’écrivains parfois reconnus, sans que leur nom soit mentionné !

Certes ce graphomane qui multiplie les livres comme les petits pains avait pris soin d’anticiper en expliquant qu’il avait coutume d’écrire « entre minuit et quatre heures du matin ». N’empêche, tout cela sent le nègre. Chacun sait que nombre de livres de célébrités ne sont pas écrites par elles-mêmes : Dan Franck a écrit pour Rika ZaraÏ et Lionel Duroy pour Sylvie Vartan, Mireille Darc ou Jean-Marie Bigard, même si dans ces derniers cas, s’agissant d’écrivains très connus, leur nom est mentionné à l’intérieur. Mais pour ces quelques « nègres littéraires », combien d’autres écrivent des livres d’hommes politiques voire d’écrivains parfois reconnus, non seulement sans qu’on mentionne leur travail mais en le dissimulant ! Combien de procès qui se sont clos par des accords amiables et… discrets ? Des écrivains confirmés en panne d’inspiration se sont retrouvés contraints de plagier : Henri Troyat s’est ainsi fait épingler en 1997 pour sa biographie de Juliette Drouet, maîtresse de Victor Hugo, qui devait beaucoup à celle des universitaires Gérard Poussin et Robert Sabourin publiée cinq ans plus tôt.

Évidemment si « PPDA présentait encore le journal de 20H00, l’histoire ne serait jamais sortie », relève un éditeur souhaitant conserver l’anonymat

La riposte maladroite de l’éditeur de PPDA vient conforter ce soupçon :  » le texte imprimé, qui a été diffusé par erreur à la presse en décembre, était une version de travail provisoire. Elle ne correspond pas à la version définitive validée par l’auteur, dont la commercialisation en librairie est prévue fin janvier.  Les éditions Arthaud présentent leurs excuses à l’auteur ainsi qu’aux journalistes destinataires de l’ouvrage. »  Or, comme le souligne Blibliobs : « Contrairement à ce qu’avance l’éditeur, il est tout à fait normal de recevoir le livre courant décembre pour une parution en janvier et l’exemplaire que nous avons entre les mains n’est en rien une « version de travail », comme nous en recevons également souvent et qui, dénuées de couverture, portent clairement la mention « épreuves non corrigées ». Évidemment si « PPDA présentait encore le journal de 20H00, l’histoire ne serait jamais sortie », relève un éditeur souhaitant conserver l’anonymat. Ce statut le protégeait si bien que certaines des casseroles qu’il traîne  furent sans conséquence, comme sa mémorable fausse interview de Fidel Castro dont il avait lâchement reporté la responsabilité sur son comparse Régis Faucon, accusé d’avoir « monté » trop vite ! Mais ce statut n’avait pas empêché TF1 de le suspendre deux mois et demi à la suite de sa condamnation à 15 mois de prison avec sursis et 200.000 francs d’amende (30.000 euros) pour recel d’abus de biens sociaux par la cour d’appel de Lyon dans le cadre de l’affaire Botton. Cette fois, comment l’idole cathodique déchue réussira-t-il a s’en sortir sans s’enfoncer plus encore ?

Voir aussi :

Patrick Plagiat d’Arvor

Jérôme Dupuis

L’Express

04/01/2011

Le journaliste-écrivain publie un portrait fouillé d’Ernest Hemingway. Une biographie tellement « à l’américaine » qu’une centaine de pages sont directement inspirées d’un ouvrage paru en 1985 aux Etats-Unis. Révélations.

  La réponse de la maison d’édition

« Suite à l’article publié par l’Express.fr, au sujet de la biographie à paraître de Patrick Poivre d’Arvor, Hemingway, la vie jusqu’à l’excès, les Editions Arthaud tiennent à préciser que le texte imprimé, qui a été diffusé par erreur à la presse en décembre, était une version de travail provisoire. Elle ne correspond pas à la version définitive validée par l’auteur, dont la commercialisation en librairie est prévue fin janvier.  

Les éditions Arthaud présentent leurs excuses à l’auteur ainsi qu’aux journalistes destinataires de l’ouvrage. »   Il est plutôt rare, en matière de biographie, que le nom de l’auteur figure en caractères plus visibles que celui du « portraituré ». C’est pourtant l’honneur fait à Patrick Poivre d’Arvor pour la volumineuse biographie (414 pages) de Hemingway, qu’il publie, le 19 janvier, à l’occasion du cinquantenaire de la mort de l’écrivain américain, disparu en 1961. Après tout, justifie le communiqué envoyé à la presse par l’éditeur, Arthaud, « Patrick Poivre d’Arvor livre ici une vision très personnelle » de l’auteur du Vieil Homme et la mer. En fait de « vision très personnelle », L’Express peut révéler que l’ancien présentateur du 20 Heures a plagié une biographie signée Peter Griffin, parue aux Etats-Unis, en 1985, aux éditions Oxford University Press. Traduite en France, chez Gallimard, en 1989, elle est aujourd’hui quasiment introuvable en librairie. PPDA, lui, en a déniché un exemplaire. PPDA, comme Patrick Plagiat d’Arvor. 

Les « emprunts » opérés par le journaliste-écrivain sont manifestes, massifs, et comme portés par un étonnant sentiment d’impunité. Selon notre enquête, ce sont près de 100 pages de son Hemingway, la vie jusqu’à l’excès qui sont directement inspirées de l’ouvrage de Griffin, sans qu’aucuns guillemets le signalent. Des dizaines et des dizaines de paragraphes s’apparentent à des « copier-coller », souvent grossièrement maquillés par des inversions de phrases ou l’usage effréné de synonymes (voir fac-similés). On s’amusera de voir le « lait condensé » de Griffin devenir du « lait concentré » sous la plume de PPDA, un « maréchal-ferrant » se transformer en « forgeron » et l' »opulente chevelure auburn ramassée en chignon » de la future épouse de Hemingway se muer en « beaux cheveux auburn ramenés en chignon »… Mais on pourrait citer des centaines d’autres exemples. 

Bien sûr, PPDA saute des passages et des scènes secondaires du Griffin ou ne garde parfois qu’une formule saillante dans une longue lettre. Mais, au-delà des emprunts directs, le plus troublant est que la structure même des deux biographies, les enchaînements, les incises sur la grande Histoire (l’évolution du front italien, en 1917, par exemple), les descriptions de paysages (où les différentes essences d’arbres sont citées exactement dans le même ordre) ou encore les extraits de correspondance retenus coïncident parfaitement.  

Une bibliographie qui n’est qu’un leurre

Extraits

Le plagiat en trois exemples: cliquez ici.  Contacté par L’Express, Patrick Poivre d’Arvor assure : « J’ai passé un an et demi à écrire ce livre et trouve très désobligeant ce soupçon de plagiat. Je me suis naturellement documenté auprès des nombreuses biographies existantes, au nombre desquelles celle de Griffin me semble la meilleure sur le jeune Hemingway. Mais je n’allais pas lui réinventer une vie ! » Or, justement, il existe autant de manières de raconter la vie de l’écrivain américain que de biographes, comme suffit à le prouver la lecture des deux ouvrages de référence, « le » Carlos Baker (en deux volumes) et « le » Jeffrey Meyers, tous deux très différents du Griffin.  

Ces deux dernières bios, comme huit autres, font d’ailleurs partie de la très longue – 63 titres ! – bibliographie publiée par PPDA en annexe de son Hemingway. En revanche, c’est en vain qu’on y chercherait le livre de Peter Griffin… Ce dernier n’est cité que dans les notes, à la fin du volume, à une quinzaine de reprises, noyées au milieu de centaines de références, mais uniquement pour des extraits de lettres que PPDA y aurait glanés… 

Un mot, au passage, sur cette bibliographie. Sous ses apparences pseudo-universitaires, cette longue liste n’est qu’un leurre. On y trouve une ribambelle d’ouvrages pointus tels que The Story of American Red Cross in Italy ou Philippe Soupault, voyageur magnétique, sans parler de Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre, dont on chercherait en vain comment ils ont nourri l’ouvrage de PPDA. Après tout, l’ex-présentateur du 20 heures aurait pu écrire une vie romancée du géant des lettres américaines, nourrie de ses propres évocations des hauts lieux « hemingwayiens » – le Kenya, Cuba, le Ritz – où sa longue carrière de journaliste l’a mené. Mais il a préféré faire le choix d’une biographie « à l’anglo-saxonne », fourmillant de dates, de noms propres, de citations. Une « bio » à la Peter Griffin… 

Mais qui est ce Griffin ? Un défricheur passionné. Après une thèse consacrée à l’auteur de Paris est une fête, cet Américain avait travaillé des années à son grand oeuvre sur Hemingway. Il avait eu, le premier, accès à la correspondance entre le grand « Ernest » et son épouse, Mary, retrouvé un témoin capital de ses jeunes années, Bill Horne, exhumé des nouvelles inédites, écumé des archives aux quatre coins des Etats-Unis. Le propre fils de Hemingway, Jack, ne cachait pas qu’il voyait là le travail le plus juste jamais réalisé sur son père. En ce sens, PPDA a bien choisi son « modèle ». Mais Peter Griffin ne pourra goûter l' »hommage » d’un genre très particulier que lui a rendu l’ancien présentateur d’Ex Libris : comme nous l’a confirmé son éditeur américain à la fin de décembre, il n’est plus de ce monde. 

Archives, entretiens : aucune source directe n’est mentionnée

PPDA, lui, travaille plus vite. Contrairement à l’usage en vigueur chez tout biographe, l’ancienne star de TF 1 ne mentionne aucune source directe : ni archive consultée – un important fonds Hemingway est conservé à la John F. Kennedy Presidential Library, à Boston – ni entretien avec des témoins ou des spécialistes. Seule une discrète mention, étrangement placée sous les « crédits photographiques », en toute fin de sa biographie, intrigue : « Remerciements à Bernard Marck, grand spécialiste du Paris de l’entre-deux-guerres ». Etrange mention, en effet, car Bernard Marck, ancien rédacteur en chef d’Aéroports Magazine, est connu comme un historien de l’aviation, sujet auquel il a consacré de très nombreux ouvrages – il a par exemple publié un Il était une foi Mermoz (éd. Jean Picollec), en 2002, un an avant que PPDA sorte lui aussi un ouvrage consacré au célèbre aviateur, en collaboration avec son frère, Olivier. En 2006, le présentateur de TF 1 fera même d’un autre livre de Bernard Marck, Rêve de vol, son « coup de coeur » de l’émission littéraire qu’il présentait alors sur LCI. 

Marck n’a en revanche, à notre connaissance, jamais publié le moindre livre sur le « Paris de l’entre-deux-guerres ». Alors les « remerciements » de PPDA cacheraient-ils autre chose ? Bernard Marck aurait-il un peu « aidé » l’ex-présentateur du 20 Heures pour ce Hemingway ? Et lui ou un autre « collaborateur » aurait-il pillé le Griffin, sans le signaler à PPDA ? (On se souvient que Thierry Ardisson avait ainsi été « victime » d’un « nègre », qui avait recopié quelques pages d’un roman colonial, pour son Pondichéry). Ou alors, dernière hypothèse, PPDA se serait-il lui-même livré au plagiat de la biographie de Griffin, « entre minuit et quatre heures du matin », moments où, comme il l’a souvent expliqué, il a coutume d’écrire ? 

Il est vrai que ses journées ne lui laissent guère le loisir de travailler à de volumineuses biographies. Ces temps-ci, outre une émission hebdomadaire sur France 5 (La Traversée du miroir), une chronique quotidienne dans France-Soir, la direction, avec son frère Olivier, de la collection d’anthologies littéraires Mots pour mots aux éditions du Seuil et la mise en scène, l’été dernier, d’un opéra (Carmen), PPDA continue à être un écrivain prolifique. Souvent avec succès : il a ainsi obtenu le prix Interallié en 2000, pour L’Irrésolu, et s’est hissé jusqu’à la première sélection du Goncourt 2006, pour Disparaître, cosigné avec son frère. Si l’on s’en tient à la seule année 2010, il a publié un roman, cosigné deux essais, réuni huit anthologies et rédigé six préfaces… 

Cette biographie de « Big Ernest » était donc programmée pour devenir un best-seller. Les éditions Arthaud, département du groupe Flammarion, en ont d’ailleurs déjà imprimé 20 000 exemplaires, un premier tirage plutôt prometteur. Toutes les librairies de France l’attendent. A moins que l’éditeur ne se ravise au dernier moment. Et que ce plagiat ne sonne le glas d’une belle épopée littéraire. 

Voir également :

Comment L’Express a découvert le plagiat de PPDA

Jérôme Dupuis

L’Express

7/01/2011

Jérôme Dupuis, auteur du scoop sur la biographie de Hemingway plagiée par Patrick Poivre d’Arvor, revient sur les circonstances de sa découverte et sur la surprenante stratégie de défense de l’éditeur.

Ainsi donc, si l’on en croit le communiqué publié, le 5 janvier, par les éditions Arthaud, la biographie d’Hemingway, signée Patrick Poivre d’Arvor et imprimée à 20 000 exemplaires, n’aurait été qu’une « version de travail provisoire ». Une mauvaise version s’apparentant, selon les aveux, dans Le Monde, de la propre éditrice de l’ancien présentateur du 20 heures, à une « paraphrase grossière » de la biographie de l’Américain Peter Griffin.  

Il faut bien le dire, cette défense technique, invoquant une erreur d’aiguillage informatique, ne convainc guère. Même le New York Times, qui en fait écho, n’y croit pas. Reprenons chronologiquement : dans les tout premiers jours de décembre, L’Express reçoit ce que l’on appelle, dans le jargon de l’édition, les « épreuves reliées » du livre de PPDA, dont la sortie a été fixée au 19 janvier. Ces « épreuves », qui ont toutes les apparences du livre définitif (y compris sa couverture), permettent aux journalistes de lire les ouvrages avant leur parution. 

Puis, vers le 15 décembre, plusieurs journalistes de notre rédaction, comme de nombreux autres dans tous les médias, reçoivent le « vrai » livre de PPDA, avec un code-barres, un prix, destiné à être livré aux librairies – et dédicacé de la main de l’auteur. On imagine mal PPDA dédicaçant des dizaines de volumes, qui ne seraient que la « paraphrase grossière » d’un ouvrage américain, sans que ni lui-même ni son éditeur ne s’en rendent compte. D’ailleurs, preuve que la version imprimée est bien, en réalité, la « bonne » version : elle est, mot à mot, page à page, strictement conforme à celle des épreuves, à la seule exception de cinq lignes, rajoutées page 394. Or, c’est la règle dans l’édition, les épreuves sont toujours revues par des correcteurs, l’éditeur et l’auteur avant que le « bon à tirer » soit donné. Preuve est donc faite qu’il n’a jamais existé qu’une seule version du livre de PPDA. Celle qui s’apprêtait à être livrée à tous les libraires de France. 

A L’Express, nous avons donc travaillé sur la version imprimée et dédicacée par l’auteur. Intrigués par la précision à l' »anglo-saxonne » du livre, en contradiction avec un certain flou sur les sources citées dans la bibliographie, nous avons décidé de rechercher – chez des libraires d’occasion, sur ebay, sur des sites spécialisés… – toutes les biographies d’Hemingway publiées en français, ainsi que quelques-unes en anglais. En les comparant avec la biographie signée Patrick Poivre d’Arvor, nous avons découvert les parentés criantes avec l’ouvrage de Peter Griffin.  

Lorsque nous avons demandé à PPDA de réagir à notre enquête, avant sa parution, lundi 3 janvier, l’ex-présentateur du 20 heures s’est contenté de nier purement et simplement le plagiat. A aucun moment, il n’a évoqué une « mauvaise version ». Dans un communiqué envoyé hier 6 janvier à l’AFP, il prétend désormais que la version publiée, s’appuyant sur de « nombreuses notes de lecture » (sic), était en réalité destinée à une « ébauche d’adaptation cinématographique de la vie d’Hemingway ». Contentons-nous d’observer que pour une « ébauche » de scénario, elle était particulièrement aboutie -120 pages pour les seules 23 premières années du grand écrivain américain – et qu’il est pour le moins inhabituel de trouver des exergues signés Saint-Exupéry, F.Scott Fitzgerald ou Albert Londres en tête de « chapitres » d’un synopsis ! Et puis, après tout, cela ne ferait que déplacer le problème : PPDA aurait donc toujours bien plagié Griffin, mais cette fois-ci pour le cinéma… Est-ce vraiment moins grave ? 

Dans ce même communiqué, le journaliste rend hommage à son éditeur, qui aurait réagi « très loyalement ». Il peut. Car un éditeur qui « présente ses excuses » à un auteur lui ayant remis un manuscrit entaché d’un plagiat massif, c’est en effet une chose assez stupéfiante pour être notée. On ne saurait mieux illustrer la thèse du « lampiste ».  

Un dernier mot encore sur ces excuses présentées par Arthaud : n’aurait-il pas été un peu plus élégant de les présenter plutôt à la mémoire de Peter Griffin et à ses descendants ? Après tout, la vraie victime, dans cette histoire, c’est lui. 

Voir de même:

Onde de choc

PPDA au pilori après son plagiat

Basile Lemaire

 05/01/2011

Depuis que LEXPRESS.fr a révélé le plagiat d’une centaine de pages dans le dernier livre de Patrick Poivre d’Arvor, les réactions se multiplient sur le web.

  Quelques heures à peine après la publication de l’article de Jérôme Dupuis dans LEXPRESS.fr, la maison d’édition Arthaud envoyait un communiqué de presse accablant à toutes les rédactions françaises. Il y était précisé que « le texte imprimé, qui a été diffusé par erreur à la presse en décembre, était une version de travail provisoire ». Contactée par un journaliste des Inrocks.com, l’éditrice « catastrophée » n’en démord pas : « d’une certaine façon, on peut remercier l’Express de nous avoir alerté avant l’impression ». 

Seulement voilà, si le livre envoyé à la presse n’est qu’une version de travail que l’auteur n’a pas pu valider faute de temps, comment expliquer qu’un exemplaire dédicacé trône encore aujourd’hui sur le bureau de Christophe Barbier, le directeur de la rédaction de L’Express ?

On comprend facilement la panique des éditions Arthaud, tant l’information a pu être relayée en moins de 24h. « PPDA accusé de plagiat » en une du Parisien, « PPDA, une impression de déjà lu » dans Libération. Sans compter les matinales radiophoniques, les journaux télévisés et l’explosion de commentaires sur le web.

Pas de procès « Patrick Plagiat D’Arvor »

Sur le site web du Nouvel Observateur, Grégoire Leménager, dans un article à l’ironie saillante, se remémore les critiques de l’humoriste Pierre Desproges, qui évoquait à son époque le « style leucémique » de PPDA.

Jean-Marc Morandini ne se prive pas de rappeler les déboires journalistiques de l’ancien présentateur vedette de TF1. Sur son blog, il rappelle le trucage de l’interview de Fidel Castro en 1991. Entre gens de télévision, on se serre les coudes.

Les internautes de LEXPRESS.fr ne semblent pas particulièrement étonnés par la nouvelle. Ils sont nombreux à se se souvenir de « l’affaire Botton« . Une décision judiciaire datant de 1996, qui condamne Poivre pour recel d’abus de biens sociaux, à quinze mois de prison avec sursis et 200 000 francs (30 000 euros) d’amende.

De son côté, Rue89 s’est penché sur la question des conséquences juridiques de la pratique littéraire de Patrick Poivre d’Arvor. Si les éditions Gallimard ont confirmé être détentrices des droits de l’oeuvre plagiée, du moins de sa traduction, leur juriste explique que ce genre d’affaire se « règle généralement à l’amiable ». Selon elle, pas de procès « Patrick Plagiat d’Arvor » en vue.

Si l’écho médiatique de l’article de Jérôme Dupuis s’est considérablement étendu depuis mardi midi, il existe encore quelques niches dans lesquelles l’affaire n’a pas le droit de cité. A France Soir par exemple, où PPDA tient une chronique quotidienne, aucune mention n’a été faite d’une possible affaire de plagiat, que ce soit en ligne ou sur papier.

Voir enfin :

Télévision

Les grands moments de la carrière de PPDA

Pascal Melkonian, publié le 08/07/2008

Avec plus de 4500 journaux télévisés à son actif – sur Antenne 2 puis sur Tf1- PPDA est le journaliste le plus connu en France. En plus de trente ans de service, Poivre a reçu nombre de grandes personnalités du monde. Mais il a également défrayé la chronique, entachant parfois sa déontologie journalistique.

  Le plateau du JT : un passage obligé

La quasi-totalité des hommes et femmes politiques français se seront retrouvés, au moins une fois, devant PPDA au cours de leur carrière. A la tête du journal le plus visionné de France, il est devenu l’intervieweur phare des présidents de la République François Mitterrand, Jacques Chirac ou encore Nicolas Sarkozy.

Des personnalités importantes

Il s’est également entretenu avec des personnalités influentes du monde entier. Parmi les invités qu’il a rencontrés dont il est le plus fier : Mère Térésa, Jean-Paul II et le Dalaï-Lama.

L’ami des stars

Sharon Stone, Catherine Deneuve… Sur le plateau du 20 heures, PPDA a souvent reçu des stars du show-business. Des rencontres agréables pour le journaliste un brin séducteur avec les femmes.

Les faux-pas de PPDA : l’erreur Castro

L’histoire la plus fameuse est sans conteste celle de l’interview truquée de Fidel Castro. Diffusée le 16 décembre 1991, la séquence, réalisée avec Régis Faucon, se veut être un entretien exclusif, en direct,  avec le chef d’Etat cubain. En fait de scoop, il s’agit d’un montage d’une conférence de presse que le dirigeant a donné à plusieurs journalistes. Le mois suivant, le magazine Télérama épingle la supercherie; PPDA a, par la suite, rejeté la responsabilité sur son confrère à de nombreuses reprises.

PPDA, le sauveur

Un an plus tôt, PPDA avait déjà fait parler de lui. En août 1990, en pleine guerre du Golfe, le journaliste rentre de Bagdad. Dans ses bagages, il a caché un enfant irakien. Touché par le sort de Florian, 18 mois, il ramène le bébé à sa mère qui vit en France. Si le journaliste est érigé en héros à son arrivée, le coup médiatique passe mal et certaines voix s’élèvent pour critiquer ses agissements. Peu importe, PPDA retourne à Bagdad quelques jours plus tard pour interviewer Sadam Hussein, une exclusivité convoitée par de nombreuses chaînes.

Les démêlés judiciaires

En 1996, une autre affaire éclate. Cette fois, le journaliste ne doit pas s’expliquer devant ses pairs mais devant la justice. Le 10 janvier, il est condamné en appel pour recel d’abus de biens sociaux, à quinze mois de prison avec sursis et 200 000 francs (30 000 euros) d’amende dans l’affaire Botton. Au centre des accusations : PPDA a profité de cadeaux faits par Pierre Botton qui entretenait un réseau d’influences autour de son beau-père Michel Noir, alors député-maire de Lyon. Le journaliste sera suspendu d’antenne pendant près de trois mois.

Voir par ailleurs :

Pour qui sonne le plagiat? PPDA…

Grégoire Leménager
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Nouvel Obs
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Les gens sont vraiment méchants. Au prétexte que M. Patrick Poivre d’Arvor, qui signe ces jours-ci une bio d’Hemingway, a emprunté «des dizaines et des dizaines de paragraphes» à un livre publié en 1985 par l’Américain Peter Griffin en oubliant maladroitement de citer sa source, voilà que Jérôme Dupuis, sur le site de «l’Express», lui donne du « Patrick Plagiat d’Arvor ».

Plagiat. Tout de suite, les gros mots. Faut-il que ce confrère soit mal intentionné. Et tout ça parce que, dans son «Hemingway, la vie jusqu’à l’excès» (Arthaud, 414 p., 19,90 euros), PPDA reprend «la structure même» du livre consacré par Griffin aux jeunes années d’Hemingway – alors que dans sa version française publiée par Gallimard en 1989, ledit livre est épuisé depuis longtemps.

Tout ça parce qu’une «opulente chevelure auburn ramassée en chignon» devient, sous la plume du prix Interallié 2000, de «beaux cheveux auburn ramenés en chignon». Tout ça parce qu’on y retrouve, transfigurées avec le même genre de talent, «près de 100 pages qui sont directement inspirées de l’ouvrage de Griffin, sans qu’aucuns guillemets le signalent». Tout ça, enfin, parce que la bibliographie de l’ex-présentateur de TF1 compte 63 titres, mais pas le livre de Griffin. «Un ‘‘collaborateur’’ aurait-il pillé le Griffin, sans le signaler à PPDA?», va jusqu’à se demander Jérôme Dupuis.

Il faut bien se rendre à l’évidence: des jaloux sont à la manœuvre. D’ailleurs, parce qu’il a «passé un an et demi à écrire ce livre», dont le premier chapitre s’intitule «la Chute», l’homme qui a jadis interviewé Fidel Castro sans le rencontrer trouve «très désobligeant ce soupçon de plagiat».

Comme on le comprend. C’est que cela revient tout bonnement à faire l’impasse sur ses qualités proprement littéraires, heureusement saluées en leur temps par Pierre Desproges:

 « ‘‘Les Enfants de l’aube’’ nous conte l’histoire d’un adolescent leucémique qui rencontre dans un hôpital à leucémiques une jeune Anglaise leucémique. Dans un style leucémique également, l’auteur nous conte la passion brûlante et désespérée de deux êtres fragiles mais tremblants d’amour qui vont vers leur destin, la main dans la main et la zigounette dans le pilou-pilou… Je rappelle le titre : ‘‘Les Enfants de l’aube’’, par Patrick Poivre d’Arvor, chez Jean-Claude Lattès. Deux cent trois pages de romantisme décapant pour le prix d’un kilo de débouche-évier.»

Les gens sont vraiment méchants. Bonne année quand même*.

(*) L’année en question sera celle du cinquantième anniversaire de la mort d’Ernest Hemingway (1899-1961).

Voir enfin :

Plagiat: la réponse intégrale de PPDA

InfoBiblioObs

06.01.11

Alors que «L’Express» enfonce le clou, en publiant sur son site internet «trois nouvelles preuves du plagiat de PPDA», l’ex-présentateur de TF1 a adressé une lettre à l’Afp, pour s’expliquer sur la situation. BibliObs.com se l’est procurée. La voici, dans son intégralité

Je suis sidéré par ce que j’ai pu lire ou entendre depuis 48 heures. Je suis soupçonné de plagiat pour mon prochain livre, qui ne sortira en librairie que fin janvier, sur la base d’une version qui n’est pas la bonne ni la définitive, comme l’ont expliqué mardi les Editions Arthaud qui, sitôt la faute découverte, ont réagi très loyalement en la reconnaissant et en présentant leurs excuses.

Pour qui sonne le plagiat? PPDA …

Le plagiat de PPDA : une «grosse erreur technique»

[Par Jean-Marcel Bouguereau] Après l’interview mensonge, le plagiat

[Sur Teleobs.com] Plagiat de PPDA: les Guignols s’en mêlent

Ce tirage diffusé en décembre à la presse a par erreur été réalisé à partir d’une de mes versions de travail antérieures. Celle-ci comportait effectivement de nombreuses notes de lecture, dont certaines que j’avais prises en vue d’une ébauche d’adaptation cinématographique de la vie d’Hemingway.

Il y a eu très précisément onze allers et retours entre mon éditrice et moi depuis la remise de ma première version de travail à la fin de l’été. Le texte dépassait alors les 700 pages ! Mon éditrice m’a suggéré des coupes, j’ai proposé les miennes et nous sommes tous deux tombés d’accord pour estimer que les années de jeunesse d’Hemingway ne devaient pas représenter le propos essentiel du livre, davantage centré sur la mort qui le hantait et rôdait autour de lui, et sur les rapports qui me passionnent entre le journaliste et l’écrivain. J’ai en conséquence beaucoup retravaillé et réduit cette première partie de sa vie, sur laquelle Peter Griffin, qui a interrogé son fils et sa veuve, est de loin le meilleur biographe. Est-il si extraordinaire qu’il soit ma principale source pour cette courte période?

D’autant que contrairement à ce qu’ont affirmé certains, je l’ai cité dix-huit fois dans les notes figurant à la fin de la version provisoire incriminée. Cela eut été une étrange de façon de procéder si j’avais réellement voulu occulter l’existence de ce livre.

Est-ce qu’une erreur fâcheuse, assumée par l’éditeur, autorise ce déchaînement de malveillance que je constate ici ou là? Je souhaiterais simplement être jugé sur l’ouvrage définitif que je signe et assume, qui sera très bientôt disponible pour les libraires et le public, et qui m’a mobilisé pendant dix-huit mois. J’aimerais qu’on ne juge mon livre que lorsqu’il sera publié et que me soient épargnés ces pénibles procès d’intention.

Voir enfin :

Michel Drucker condamné pour un livre qu’il n’a pas écrit

[Billet du jour] PPDA ne serait-il donc pas le seul à (se) faire (aider pour) écrire ses livres? Voilà Michel Drucker condamné à indemniser Calixthe Beyala.

Le Nouvei Obs

13.01.11

Rien ne va plus, la France va de désillusion en désillusion. Pendant que «l’auteur» de «Hemingway, la vie jusqu’à l’excès», s’offusque du bruit fait autour de ses méthodes de travail, voilà que revient en boomerang une de ces histoires qui font de l’ombre aux imaginations les plus fertiles. C’est l’AFP qui nous l’apprend: «L’animateur de télévision Michel Drucker a été condamné par la cour d’appel de Paris à verser 40.000 euros à Calixthe Beyala, pour n’avoir pas rémunéré l’écrivaine qui en 2006 avait écrit un livre à sa place, selon un arrêt rendu hier.» L’actualité est vraiment réjouissante.

Le livre, on s’en souvient peut-être, n’était pas la première bio d’Hemingway venue: ce devait être, pour Albin Michel, des entretiens avec Régis Debray (oui, celui qui vient d’être élu à l’Académie Goncourt). Par quel prodige une Calixthe Beyala pouvait-elle écrire, à la place d’un Michel Drucker, des entretiens avec un Régis Debray pour une maison comme Albin Michel? La romancière du «Petit prince de Belleville» s’en était pudiquement expliquée, il y a dix-huit mois, devant la justice: «On vivait ensemble.»

L’ex-gendre idéal d’Antenne 2 lui avait alors promis 200.000 euros pour répondre à douze questions formulées par Debray. Il ne lui en versera finalement que 40.000, mais c’est triste quand même pour Drucker, qui avait marqué un point dans la manche précédente de ce passionnant match judiciaire: en juillet 2009, Calixthe Beyala avait été condamnée à lui verser un euro pour procédure abusive.

On ignore s’il y aura d’autres épisodes, de même qu’on ne sait pas encore si les héritiers de Peter Griffin, l’auteur plagié par Patrick Poivre d’Arvor et/ou son nègre, porteront plainte. Mais il y a bien quelque chose de pourri au royaume du PAF. Car si lon ne peut plus compter sur les gens qui écrivent à votre place, à qui se fier, franchement? Celui qui s’apprête à signer cet article de son nom est prévenu.

Grégoire Leménager

Voir enfin :

Les casseroles de PPDA

LEXPRESS.fr avec AFP

 05/01/2011

Avant la révélation du plagiat d’une biographie d’Ernest Hemingway, la réputation du journaliste Patrick Poivre d’Arvor avait déjà été entachée. Retour sur trois affaires.

  1990. Saddam Hussein, l’enfant et le garde de corps

L’image de PPDA a été troublée en juillet 1990 lorsque, après une interview de Saddam Hussein en pleine guerre du Golfe, il avait ramené de Bagdad, caché dans ses bagages, un enfant de la communauté française vivant en Irak âgé de 18 mois. Cet épisode lui vaudra la reconnaissance des parents mais surtout énormément de critiques, l’accusant d’avoir voulu faire « un coup médiatique ». Une autre affaire irakienne tache aussi la réputation du journaliste. Il s’agit d’une interview du capitaine Karim, un prétendu garde du corps de Saddam Hussein, diffusée dans l’émission Le Droit de Savoir le 23 janvier 1991. 

Extrait de l’émission publié dans Attention médias!: les médiamensonges du Golfe, manuel anti-manipulation de Michel Collon (ed. EPO): « Patrick Poivre d’Arvor: Dans la deuxième partie de l’émission, se dévoilera le fameux capitaine Karim. Il mettra le masque à bas.

– Capitaine Karim: Saddam Hussein complote pour tuer son propre peuple, avec les Etats-Unis

– Charles Villeneuve, joumaliste : Pourquoi traitez-vous Saddam Hussein d’agent des Américains?

– Capitaine Karim: C’est un agent américain, car c’est un agent américain.

– Patrick Poivre d’Arvor: Merci pour ce témoignage, en effet très éloquent.

– L’ambassadeur d’Irak téléphone en direct: Ce monsieur n’a jamais fait partie de la garde du président Saddam Hussein. Il était à Paris avant le 2 août. Il a travaillé comme attaché de presse à l’ambassade.

– Patrick Poivre d’Arvor, se tournant vers Karim : Je vous reconnais, je crois que vous y [à Bagdad] étiez le 20 août, lorsque vous m’avez fouillé. » 

Le 30 janvier 1991, Le Canard enchaîné avait demandé à PPDA s’il pouvait confirmer que le capitaine Karim était bien l’un des gardes du corps qui l’avait fouillé avant son interview avec Saddam Hussein en juillet 1990. Réponse du présentateur : « C’est lui qui me l’a dit. Il m’est impossible de dire que je l’ai reconnu. Ils se ressemblent tous et on ne fait pas attention à ceux qui nous fouillent. Je ne peux pas jurer à 100% que c’était lui, mais à 95 % ». Commentaire du Canard : « On aurait aimé que [PPDA] fasse part au téléspectateur cette petite part de doute. » 

Surtout que ce Capitaine Karim était bien un mythomane, comme l’explique Mark Hecker dans son livre La presse française et la première guerre du Golfe (L’Harmattan) : « Le portrait le plus cruel de Saddam Hussein a sans doute été dressé dans Le Nouvel Observateur lors d’une interview du capitaine Karim [paru le 20 décembre 1992]. Cet entretien de six pages n’est en fait qu’une énumération d’atrocités supposément commises par le leader irakien. Voici, à titre d’exemple, quelques exactions décrites dans cet article: « Le général a reculé, Saddam lui a tiré sept balles dans la poitrine » ; « L’officier m’a expliqué qu’on plongeait les prisonniers vivants dans le bain d’acide » ; ou encore « Il a réalisé que les deux têtes étaient posées sur deux corps décapités ». Le capitaine Karim nous est présenté comme un garde du corps repenti de Saddam Hussein. Il avait été interviewé quelques jours plus tôt par Patrick Poivre d’Arvor sur TF1. Le problème est qu’il s’est avéré par la suite que le capitaine Karim n’avait en fait jamais été garde du corps ; il ne s’agissait que d’un mythomane irakien dont certains médias s’étaient fait l’écho sans véritablement vérifier leurs sources. » 

1991. La vraie-fausse interview de Fidel Castro

En ouverture de son journal de 20 Heures du 16 décembre 1991, Patrick Poivre d’Arvor annonce qu’ « une des équipes de TF1 a interrogé [Fidel Castro] [la veille] à Cuba ». La séquence montre ensuite « PPDA » et son collègue du service étranger Régis Faucon poser des questions au leader cubain, comme s’ils étaient en tête-à-tête. 

Télérama et le journaliste Pierre Carles démontrent le mois suivant la supercherie : les deux journalistes de TF1 se sont filmés après une conférence de presse donnée le 15 décembre 1991 devant de nombreux journalistes, reprenant à leur compte des questions qu’ils n’avaient pas posées. L’interview a été remontée pour faire croire qu’ils s’entretiennent face à face avec Fidel Castro. PPDA et son collègue n’ont jamais posé de questions au leader cubain, comme l’explique Pierre Carles dans un sujet diffusé dans le Magazine du Fô présenté par Thierry Ardisson le 25 janvier 1992. 

La réaction de PPDA: « Vous pensez bien qu’il faudrait être bien nouille, outre le fait d’être sot et douteux, pour essayer de faire croire qu’une conférence de presse devant 80, 90, 100 journalistes a pu être une interview qui vous est donnée à vous », s’était défendu Poivre d’Arvor dans un documentaire diffusé en 2003 sur la chaîne Histoire. Il se défend en expliquant que Régis Faucon a réalisé le montage trop « rapidement »: « Il aurait pu le réaliser dans d’autres conditions cinq ans auparavant ou cinq ans plus tard, et on n’en aurait simplement pas parlé à l’époque; il l’a réalisé de manière très maladroite ». 

Le 19 février 2002, PPDA écrivait à L’Express : « Dans votre portrait élogieux d’Arnaud Montebourg (voir L’Express du 12 décembre 2002), vous avez cru pouvoir qualifier de truquée une interview que j’aurais réalisée de Fidel Castro. Il se trouve que j’ai bien rencontré le n° 1 cubain il y a dix ans et que nous avons diffusé cet entretien dans notre journal de 20 heures. L’année précédente, avec Régis Faucon, chef du service étranger de TF 1, nous nous étions rendus à une conférence de presse du même Fidel Castro et nous en avions gardé deux minutes diffusées le lendemain. Même si le montage, auquel je n’ai pas participé, pouvait prêter à confusion, je précisais bien dans mon lancement qu’il s’agissait d’une conférence de presse. Incident au demeurant banal dans nos métiers, mais monté quelques semaines plus tard en épingle, notamment par les amis de François Mitterrand qui n’avaient pas apprécié les sujets d’investigation, type affaire Urba, que nous traitions alors dans notre nouvelle émission, Le Droit de savoir. Me Arnaud Montebourg était de ce nombre; il a en effet créé une association, TV Carton jaune, pour attaquer TF1 dans cette affaire. Par deux fois, en première instance comme en appel, il a été débouté. Depuis, nous n’avons plus jamais entendu parler de cette association. Mais le mal a été fait. Notre probité professionnelle a été mise en question. Et, aujourd’hui encore, des journalistes, souvent de bonne foi, me ressortent ces sornettes. » 

1996. Les cadeaux de Pierre Botton

En janvier 1996, Patrick Poivre d’Arvor a été condamné en appel dans le procès Michel Noir-Pierre Botton, pour recel d’abus de biens sociaux, à 15 mois de prison avec sursis et 200 000 francs d’amende (30 000 euros). Il fut reproché au présentateur du JT d’avoir profité entre 1987 et 1992 des largesses de Pierre Botton, pour un montant total estimé à plus de 500.000 francs, afin de favoriser le passage sur TF1 de Michel Noir, député puis maire de Lyon et beau-père de Pierre Botton. Cette condamnation sera accompagnée d’une suspension d’antenne de trois mois infligée par TF1. 


Recolonisation: La pire des solutions… (From Hereros to Haiti: Rediscovering both the risks and the necessity of imperium)

12 janvier, 2011
We are tired of governing the country ourselves. Every dispute leads to war, and often to great loss of life, so we think it is the best thing to give up the country to you British men who no doubt will bring peace, civilization and Christianity in the country. Do for mercy’s sake please lay our request before the queen. . . . We are quite willing to abolish all our heathen customs. Kings Acqua and Bell (Letter to Gladstone, 1881)
Le drame herero reflète les horreurs dont a été entachée l’expansion coloniale européenne à la fin du XIXe siècle. Il donne aussi un avant-goût des génocides du XXe siècle. Est-il lui-même un génocide ? Non. Il ne relève pas du projet d’extermination d’un peuple, coupable du seul fait d’exister. Il se présente comme une riposte disproportionnée à un soulèvement armé. De ce genre de riposte, l’histoire européenne en est hélas tissée et les peuples africains n’ont pas été les seuls à en pâtir. Que l’on songe seulement à la répression du soulèvement vendéen par les Républicains français et au compte-rendu du général Westerman ! Si les colons allemands ont sévi contre les Hereros et laissé tranquilles les Ovambos et les Hottentots, autres peuples du Sud-Ouest africain, c’est que seuls les premiers les ont attaqués. Cela fait toute la différence entre ce massacre et les génocides ultérieurs d’Arméniens, de Juifs, de Tziganes ou encore de Tutsis. André Larané
C’est précisément en raison de la mort de l’impérialisme que nous voyons l’apparition du monde pré-moderne. Aujourd’hui, il n’y a aucune puissance coloniale qui accepte de s’atteler à cette tâche, cependant les occasions, peut-être même le besoin de colonisation, sont aussi grands qu’ils ne l’ont jamais été au XIXe siècle. (…) Le cas d’Ossama Ben Laden a maintenant démontré, pour ceux qui ne l’avait pas déjà réalisé, qu’aujourd’hui le monde entier est, potentiellement au moins, notre voisin. Robert Cooper
Haïti et la République dominicaine partagent la même île et le même environnement de base, pourtant la frontière entre les deux sociétés présente l’un des plus grands contrastes de la planète – avec des arbres et le progrès d’un côté et le déboisement, la pauvreté et la mort précoce de l’autre. David Brooks
Selon plusieurs estimations, entre 15 et 20% des habitants des camps de réfugiés sont des refugee warriors qui, entre un repas et un traitement médical repartent en guerre. (…) Grâce aux gains des négociations avec les organisations internationales, les groupes en lutte mangent et s’arment, en plus de payer leurs troupes. Linda Polman
L’avenir ne se fera pas sans nous, nous les peuples encore dominés, encore sans voix (…) La décolonisation d’ il y a cinquante ans était celle des fausses nations. Celle des vrais peuples va commencer. Son accélération ne tardera pas à dessiner de nouvelles cartes en Afrique et en Asie.Ferhat Mehenni (président en France du Gouvernement provisoire kabyle, Le siècle identitaire)
Le soutien public international détruit tout élan vers les réformes, le développement, la capacité de créer la richesse nationale et de l’exporter. Il alimente la corruption et les conflits internes et favorise le maintien de régimes pluriannuels. Dambiso Moyo
L’indépendance est un leurre, dans notre monde globalisé. L’Afrique, en particulier, souffre encore d’une dépendance au niveau mental, philosophique, économique. Nous cultivons un lien par la négative à l’Europe. Beaucoup d’Africains adoptent une posture victimaire vis-à-vis des anciens colons. On se lamente, on pleure. Nous ne sommes capables de voir en l’autre que le responsable de tous nos maux. Même ceux qui choisissent une attitude plus militante envers l’Europe, comme le président du Zimbabwe Robert Mugabe, élaborent un discours de faux courage. Ils restent profondément colonisés du point de vue politique. Nous nous construisons en fonction du Nord, pour lui montrer ce que nous sommes, pour nous affirmer face à lui. La véritable indépendance adviendra quand cet autre n’aura plus d’importance pour nous. Mia Couto
L’assistance est vraisemblablement la pire des catastrophes de la région, car elle rend possibles l’explosion démographique, les règlements de comptes interethniques, le financement de la guerre, la corruption et l’indifférence aux problèmes sociaux, notamment la précarité sanitaire. Denis-Clair Lambert 
Quel récit collectif sommes-nous capables de mettre en avant qui puisse donner un sens au sacrifice de ces jeunes ? Et l’absence d’un tel récit – qui va au-delà du sens subjectif que chacun d’eux pouvait donner à l’éventualité de mourir au combat et que chacun assumait en s’engageant dans l’armée – dépossède les jeunes soldats tombés du sens de leur mort. Danièle Hervieu-Léger
Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. Eric Zemmour

Et si, à l’instar de la démocratie selon Churchill, la recolonisation était la pire des solutions… à l’exception de toutes les autres?

Offre de sinécure grassement payée dans la bureaucratie onusienne pour se débarrasser d’un président africain refusant la sanction des urnes (Cameroun), Etats faillis sous perfusion permanente (12 000 casques bleus, 3000 ONG, 30% de ses revenus pour la seule Haïti), entretien de centaines de « camps » onusiens servant accessoirement de pépinières de terroristes pour toute la région (Palestiniens), financement d’opérations de guerre sous couvert d’aide humanitaire (Libéria), paiement de millions de dollars de rançon annuels pour les nouveaux pirates barbaresques de la Corne de l’Afrique …

En ce premier anniversaire du séisme haïtien qui est aussi, coïncidence du calendrier, le 106e du massacre des Hereros, triste et tragique première préfiguration des génocides du XXe siècle …

Et en  ces temps post-11 septembre d’Etats faillis, de pirates néo-barabaresques  et de brigades internationales de jihadistes comme d’interminables et sanglants conflits interethniques et de frontières annoncés …

Mais également, comme en font régulièrement l’expérience nos courageux Zemmour face aux soubresauts provoqués par l’arrivée massive dans nos métropoles des descendants de nos anciens colonisés ou nos propres soldats sacrifiant dans la plus grande indifférence leurs vies aux portes de l’Empire,  de paralysante tyrannie politiquement correcte

Où, 50 ans après les indépendances africaines (et ses quelque mille milliards de dollars d’aides engloutis comme ses on ne sait où) et deux millénaires après Rome (et pour de similaires raisons de sécurité: comment maintenir à distance les barbares qui risquent de réduire à néant votre propre civilisation), le monde développé redécouvre la nécessité impériale

Retour avec un article de Bret Stephens qui, revenant sur un épisode de l’histoire du Cameroun et même s’il oublie d’en rappeler les suites (les Allemands acceptèrent l’offre de colonisation volontaire des chefs africains en question), a le mérite de poser la question de plus en plus actuelle, pour le monde développé, de la recolonisation des Etats défaillants.

Ou plutôt celle en réalité de la reconnaissance et  de la pleine acceptation de la tutelle de fait que « la communauté internationale » exerce déjà sur toute une série, du Kosovo à Haïti ou des camps palestiniens à nombre de pays africains et sans compter leurs multiples ressortissants immigrés sur nos propres sols), de véritables pupilles des nations.

Et surtout, après l’amère leçon du 11 septembre et malgré tous les catastrophiques ratés (du quasi-génocide des Hereros d’il y a un siècle au véritable accident industriel de l’Haïti d’aujourd’hui), la question de la prise de conscience à la fois de l’étendue des risques et effets pervers qu’entraine inévitablement une telle entreprise et de l’absence pure et simple d’alternatives crédibles

Haiti, Sudan, Côte d’Ivoire: Who Cares?

Perhaps we need a new kind of colonialism.

Bret Stephens

The WSJ

January  11, 2011

Once upon a time in West Africa, two kings named Acqua and Bell made a memorable request of British Prime Minister William Gladstone.

« We are tired of governing the country ourselves, » they wrote in a letter dated Nov. 6, 1881. « Every dispute leads to war, and often to great loss of life, so we think it is the best thing to give up the country to you British men who no doubt will bring peace, civilization and Christianity in the country. Do for mercy’s sake please lay our request before the queen. . . . We are quite willing to abolish all our heathen customs. »

The kings’ offer (which Gladstone declined) makes for interesting reading as one postcolonial state—Sudan—votes this week to split in two, with uncertain consequences. Another state—Côte d’Ivoire—stands on a razor’s edge between outright dictatorship and civil war. And a third—Haiti, a de facto American colony from 1915 to 1934—has proved unable to pick itself even inches off the ground since last year’s devastating earthquake. What, if anything, does it all mean?

It means that we’ve come full circle. It means that colonialism, for which the West has spent the past five decades in nonstop atonement, was far from the worst thing to befall much of the colonized world. It means, also, that some new version of colonialism may be the best thing that could happen to at least some countries in the postcolonial world.

Take Haiti. Haiti is no longer a colony of the West, but it has long been a ward of it. Even before the earthquake, remittances and foreign aid accounted for nearly 30% of its GDP. The country is known as the « Republic of NGOs, » since some 3,000 operate in it. What good they’ve done, considering the state the country has been in for decades, is an open question. Security, to the extent there is any, is provided by some 12,000 U.N. peacekeepers.

Should more responsibility be handed over to Haitians themselves? I used to think so, and debate on this subject rages among development experts. A new consensus holds that the long-term presence of foreign aid workers is ultimately ruinous to what’s known in the jargon as « local capacity. » Probably true. Prosperity has never been built on a foundation of handouts.

But last year’s fraudulent elections are a reminder that Haitians have been as ill-served by their democracy as by their periodic dictatorships. When « Baby Doc » Duvalier was overthrown in 1986, per capita GDP was $768. In 2009, on the eve of the quake, it was $519. Nor do the troubles end there: Criminality is rampant, and Haiti ranked 177th out of 179 on Transparency International’s 2008 corruption index. These are not the depredations of greedy foreign interlopers. This is the depravity of the locals.

Put simply, Haiti has run out of excuses for its failures at the very moment the « international community » has run out of ideas about how to help.

Maybe the U.N. should be called in to take charge. But events in Côte d’Ivoire suggest otherwise.

Côte d’Ivoire used to be one of those promising African states bucking the usual trends of the continent. But then per capita GDP plummeted by about 40% in the past 40 years. More recently, the country has seen a civil war between north and south and military intervention by French troops. Now its president, Laurent Gbagbo, refuses to concede an election the U.N. insists he lost to challenger Alassane Ouattara, a former International Monetary Fund official.

Mr. Gbagbo seems in no mood to go anywhere. U.N. peacekeepers aren’t going to force him out. The State Department’s brainstorm is to entice the president to leave by offering him a high-paying job at an international organization, perhaps the U.N. itself. So here you have an administration that professes to believe in the U.N. prepared to see a senior job in that organization filled by a Third World would-be tyrant. There’s the U.N. and all its failures explained in a nutshell.

So if the U.N. can’t do the job, who will? In 1986, the Reagan administration effectively forced Baby Doc out and flew him to France, where he has lived ever since in the comfort of his ill-gotten gains. Perhaps something similar could be arranged for Mr. Gbagbo, and the people of Côte d’Ivoire will live happily ever after under governments of their own choosing.

That would be nice. But if history is any guide, it won’t happen. Postcolonial Africa has seen the future. As often as not, it looks like Zimbabwe.

The West professes to « care » about countries like Haiti, Côte d’Ivoire and—at least for as long as George Clooney is in the area—south Sudan. But « care » at the level of simple emotion is little more than a cheap vanity. The colonialists of yore may often have been bigots, but they were also, just as often, doers. Their colonies were better places than the shipwrecked countries we have today.

One day, some latter-day King Acqua will come to the West with a similar plea. If we aren’t prepared to shoulder the full burden entailed in the request, the least we can do is stop pretending we care.

 

Voir aussi:

12 janvier 1904

Les Hereros se révoltent… et meurent    

 Le 12 janvier 1904, les Hereros se révoltent contre les colons allemands qui occupent leur territoire, le Sud-Ouest africain (aujourd’hui la Namibie). Les Allemands réagissent avec une brutalité extrême et exterminent la presque totalité du peuple herero.

André Larané

Hérodote

10 janvier 2011

Un génocide ?

Le drame herero reflète les horreurs dont a été entachée l’expansion coloniale européenne à la fin du XIXe siècle. Il donne aussi un avant-goût des génocides du XXe siècle. Est-il lui-même un génocide ? Non. Il ne relève pas du projet d’extermination d’un peuple, coupable du seul fait d’exister.

Il se présente comme une risposte disproportionnée à un soulèvement armé. De ce genre de risposte, l’histoire européenne en est hélas tissée et les peuples africains n’ont pas été les seuls à en pâtir. Que l’on songe seulement à la répression du soulèvement vendéen par les Républicains français et au compte-rendu du général Westerman !

Si les colons allemands ont sévi contre les Hereros et laissé tranquilles les Ovambos et les Hottentots, autres peuples du Sud-Ouest africain, c’est que seuls les premiers les ont attaqués. Cela fait toute la différence entre ce massacre et les génocides ultérieurs d’Arméniens, de Juifs, de Tziganes ou encore de Tutsis.

Au bord de la guerre

Le Sud-Ouest africain est un territoire grand comme deux fois la France, semi-désertique et inhospitalier, bordé à l’ouest par l’océan Atlantique et au sud par le fleuve Orange. Avant l’arrivée des Européens, il est seulement habité par des groupes clairsemés.

Ce sont en premier lieu des Aborigènes à la peau cuivrée : les Hottentots et les Khoisans ou Bochimans (déformation de l’anglais Bushmen, hommes du bush). Ils comptent des tribus telles que les Sans, les Samaras ou les Namas. Ces pasteurs adaptés au climat semi-désertique descendent des populations qui habitaient le continent africain avant l’arrivée des Noirs.

Les Noirs, ou Bantous, sont également représentés dans le Sud-Ouest africain. Ils appartiennent à la tribu des Ovambos et à celle des Hereros. Dès le milieu du XIXe siècle, ils sont en relation avec des missionnaires britanniques.

Au printemps 1883, un jeune marchand allemand, Heinrich Vogelsang, aborde dans une crique du nom d’Angra Pequena. Il prend contact avec un chef local, Joseph Fredericks, et conclut avec lui l’achat des terres environnantes. C’est ainsi que le 12 mai 1883, il hisse le drapeau allemand au-dessus de la crique et télégraphie à son associé, un riche négociant du nom de Franz Lüderitz : «Territoire acheté au chef contre paiement unique».

À Berlin, l’empereur Guillaume 1er et son chancelier Otto von Bismarck suivent avec intérêt les tribulations africaines de leurs concitoyens. L’empire allemand n’a pas encore de colonies à la différence de la République française et du Royaume-Uni et ils commencent à s’en inquiéter, vu que les territoires disponibles en Afrique commencent à se faire rares.

Le 24 avril 1884, le gouvernement allemand du chancelier Bismarck informe officiellement Londres qu’il accorde sa protection à Lüderitz et Fredericks. De ce jour date la naissance de l’empire colonial allemand. Le premier gouverneur de la colonie du Sud-Ouest africain (Südwest-Afrika en allemand) est un certain Dr H. Goering, dont le fils Hermann s’illustrera d’une triste façon aux côtés d’Adolf Hitler.

Sous l’impulsion du gouverneur, les colons allemands fondent une capitale proprette, Windhoek, et développent de vastes plantations en employant les indigènes à des travaux forcés, en volant leur bétail et à l’occasion leurs femmes (d’où l’apparition, rapidement, d’une communauté métissée).

Les Hereros sont confinés dans des zones tribales et ne bénéficient pas des garanties du droit allemand.

Révolte

C’est dans ce contexte qu’éclate la révolte des Hereros. Un groupe de guerriers conduit par un certain Samuel Maharero attaque les colons du poste d’Okahandja. 123 Allemands sont massacrés en trois jours dans des conditions particulièrement horribles. Six mois plus tard, un nouveau gouverneur, le général major Lothar von Trotha, débarque dans la colonie avec un renfort de 3500 soldats. Il a mission de chasser les Hereros du territoire ou de les exterminer.

 Le 11 août 1904, les troupes allemandes conduites par Lothar von Trotha encerclent 7500 Hereros et leur chef Maharero sur le plateau de Waterberg. Leurs armes puissantes ont facilement raison des assiégés. Les survivants sont chassés avec leur bétail vers le désert du Kalahari.

Le 2 octobre, un ordre du jour de Von Trota enlève aux Hereros tout espoir de retour. Cet ordre d’extermination (Vernichtungsbefehl) est ainsi rédigé : «À l’intérieur de la frontière allemande, tout Herero, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n’accepte plus ni femme ni enfant, je les renvoie à leur peuple ou fais tirer sur eux. Telles sont mes paroles au peuple herero. Le grand général du puissant empereur. Von Trotha».

À Berlin, le chef d’état-major allemand, le comte Alfred von Schlieffen, peut écrire : «L’aride désert Omeheke finira ce que l’armée allemande a commencé : l’extermination de la nation Herero».

Le 11 décembre de la même année, le chancelier allemand Bülow ordonne d’enfermer les Hereros survivants dans des camps de travail forcé et peu après, les dernières terres indigènes sont confisquées et mises à la disposition des colons allemands.

Dans les trois années qui suivent, des dizaines de milliers de Hereros succombent à la répression, aux combats, à la famine et aux camps. De près d’une centaine de milliers, leur population tombe à 15.000.

Du Sud-Ouest africain à la Namibie

Conséquence de cette tragédie, les Hereros sont aujourd’hui dépassés en nombre par les Ovambos dans la Namibie moderne (nouveau nom du Sud-Ouest africain).

Placé par l’ONU sous mandat sud-africain en 1945, le territoire est devenu indépendant en novembre 1989.


Christianophobie: La religion musulmane comme la religion chrétienne prône la paix (Who are the real hijackers of Islam?)

11 janvier, 2011

Islam is a tolerant religionDepuis l’Holocauste, (…) on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. René Girard
Ce qui s’est passé (…) sont des symptômes assez graves, assez préoccupants. (…) Nous ne sommes plus dans le domaine de la religion ni du culte. La religion musulmane comme la religion chrétienne prône la paix, la concorde, le dialogue, l’entente, la tolérance. Mais là, nous ne sommes plus dans cette configuration. Il y a une stratégie, des actes, la genèse d’une identité meurtrière qui est en train de submerger et de faire croire que ça serait ça l’Islam, alors que ce n’est pas ça du tout. (…) Les musulmans en entier désapprouvent. Dalil Boubakeur (recteur de la grande mosquée de Paris et Président du Conseil Français du Culte Musulman)
Le président a clairement distingué les auteurs des attentats et les musulmans qui n’ont rien à voir avec ces fous de Dieu. J’ai aussi apprécié que Nicolas Sarkozy évoque les actes dégradants contre le chantier de la mosquée de Nogent-le-Rotrou, dimanche dernier. Les musulmans ne doivent pas devenir victimes de représailles injustifiées. Mohammed Moussaoui (président du Conseil Français du Culte Musulman)
Je condamne fortement les ignobles et distincts attentats d’Egypte et du Nigéria. L’attaque contre une église à Alexandrie en Egypte a fait 21 morts et des dizaines de blessés des deux communautés, chrétienne et musulmane. Les responsables de cet attentat visaient clairement des fidèles chrétiens et n’ont aucun respect pour la vie et la dignité humaine. Barack Hussein Obama
La religion, la tradition, l’histoire du monde musulman montre qu’il a toujours toléré, parfois même accueilli et protégé ceux que le Coran lui-même appelle les « gens du livre ». Faut-il rappeler que ce monde musulman a accueilli et protégé les juifs et les marranes qui fuyaient une Europe sur laquelle s’étendait l’ombre redoutable de l’Inquisition. Moins loin de nous, il n’est pas inutile d’évoquer, surtout dans les circonstances actuelles, le geste plein de noblesse de l’émir ABDELKADER volant au secours des chrétiens maronites de Damas.  (…) L’Islam n’a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu qui tuent aussi bien des chrétiens que des juifs, des sunnites que des chiites. Le terrorisme fondamentaliste tue aussi des musulmans. Nicolas Sarkozy
Pour nous, l’antichristianisme est aussi intolérable que l’antisémitisme ou l’anti-islamisme. Il est urgent d’agir. La semaine prochaine, à l’occasion du Forum pour l’Avenir qui se tiendra à Doha, au Qatar, je compte lancer un appel à la tolérance et au respect mutuel entre les trois religions monothéistes. Ce forum regroupe les pays du G8 et ceux du grand Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Il me paraît le lieu propice pour faire passer ce message de tolérance et de respect général de la religion, qu’elle soit chrétienne, juive ou musulmane. (…) Je souhaite, au demeurant, qu’il ne soit pas simplement question des chrétiens d’Orient, mais plus généralement, du respect de toutes les minorités religieuses. C’est extrêmement important, car il faut éviter que les récents actes terroristes n’entraînent une stigmatisation à rebours. Michèle Alliot-Marie
Entendre tous les jours que l’Islam est une menace, entendre un jour que 42% des Français le pensent, être amené soi-même à prononcer cette phrase magique, tout cela transforme une subjectivité, engendre des comportements (par exemple des réflexes de méfiance ou de défiance face à toute « manifestation ostensible d’islamité ») et bouleverse donc les interactions futures avec des musulman-e-s de chair et d’os. Pour être plus concret : à force d’entendre, puis de dire soi-même, que l’Islam est une menace, on finit qu’on le veuille ou non, qu’on le sente ou non, par adopter vis-à-vis des musulman-e-s qu’on croise une attitude hostile, distante, craintive ou méprisante, que lesdit-e-s musulman-e-s ne peuvent que ressentir, à laquelle ils ou elles ne peuvent que réagir – et à laquelle ils ne peuvent réagir que d’une manière vive qui sera à son tour décryptée par notre bon français comme la preuve que, décidément, « l’Islam est une menace ». Avec en prime, cette fois-ci, une « expérience » à faire valoir si d’aventure on le sonde sur son rapport personnel avec des musulmans réels. Voilà dans quels cercles vicieux nous ont enfermés plusieurs années de journalisme racoleur et tendancieux (sur « la poussée fondamentaliste », « les filières terroristes » et « les reculs de la laïcité »), d’éditorialisme belliqueux (sur « la défense du modèle républicain »), d’opérations idéologiques (sur « l’identité nationale », « les tournantes » et « les cités du mâle ») et de législations d’exception (sur « le voile » en 2004, sur « la burqa » en 2010). (…c’est tout un système qui porte aujourd’hui l’idée que « l’Islam est une menace ». Un système dont les agents – conscients ou pas – sont des ministres, des partis de droite, des partis de gauche, des patrons de presse, des intellectuels, des journalistes… et des sondeurs. Un système qui a ses petites mains mais aussi ses Grands Commis : Yves Calvi, Christophe Barbier, Éric Zemmour, Élisabeth Lévy, Caroline Fourest, Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter, Fadela Amara, Sihem Habchi, Abdennour Bidar, Abdelwahab Meddeb, Michel Onfray, Philippe Val, Robert Redeker, Claude Lanzmann et Bernard-Henri Lévy… Un système qui constitue, pour le coup, une véritable menace – pour la démocratie, pour la paix civile, mais plus directement, plus immédiatement, plus durement, pour les musulmans. (…) une chose est sûre : la propagande islamophobe bat son plein et porte ses fruits, les injures, violences et discriminations sont quotidiennes, et l’histoire nous a appris que tout cela peut, si on laisse faire, aller encore plus loin. Pierre Tévanian
Reprocher aux musulmans de n’être pas, ou pas assez, intégrés n’a qu’un sens : c’est leur reprocher d’être ce qu’ils sont. Et d’être de trop chez nous. Le rejet des musulmans n’est qu’une variante, la variante actuelle, d’une constante nationale : le rejet de l’étranger, que Montaigne, il y a plus de quatre siècles, dénonçait déjà. Maurice T. Maschino
Le grand paradoxe, c’est qu’un évangéliste comme Bush a liquidé les évangéliques du Proche-Orient. Régis Debray
Dans la représentation d’un corps étranger qui ne serait pas intégrable en France, les Musulmans ont tout simplement remplacé les Juifs. Jean-Marie Le Pen était antisémite, Marine est islamophobe, il n’y a pas rupture mais continuum. On ressort aujourd’hui, sur les Musulmans, le même type d’arguments que l’on réservait aux Juifs dans les années 30. Ils ne sont pas comme nous, ils font peser un danger sur la République. Ils ont un plan secret pour imposer leur loi. Leur religion est incompatible avec notre société. Ils ne seront jamais français et resteront étrangers, et ce, quelle que soit la mention figurant sur leurs passeports. Dans les années 30, même s’il en avait la nationalité, un Juif n’était pas considéré comme tout à fait français. Aujourd’hui, cet argument est servi pour les Musulmans. Pascal Boniface
Nicolas Sarkozy a rappelé le rôle de l’Etat concernant le respect de la liberté religieuse et de l’exercice de la laïcité. L’actualité récente nous rappelle que tous les pays ne disposent pas de telles garanties. Je reviens du Liban où l’Etat n’a pas l’autorité pour faire respecter ces règles. Je songe aussi à l’Algérie où le gouvernement a choisi de favoriser une religion. Pasteur Claude Baty (président de la Fédération protestante de France)
Il y a un effectivement un risque de radicalisation de groupes qui n’arrivent pas à trouver leur place dans la société, et pour qui les symboles religieux traduisent l’expression d’une identité. Il ne faudrait pas que les différences religieuses deviennent un mode de désignation des différences sociales. A la veille de Noël, nous avons retrouvé sur une église parisienne l’inscription « mort au chrétiens », c’est une première. Cardinal André Vingt-Trois (président de la conférence des évêques de France)
Souvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes. Les meilleurs poètes et écrivains étaient chrétiens, tout comme nombre de guerriers et de philosophes (…) Ce sont eux qui portaient la bannière du panarabisme. La première université palestinienne a été créée par des chrétiens. Abd Al-Nasser Al-Najjar (Al-Ayyam)
Au VIIe siècle, quand l’islam est arrivé, tout l’espace correspondant à l’Orient arabe, à la Turquie et à la péninsule arabique était habité, à l’exception des communautés juives, par des populations chrétiennes. De nos jours, sur 17 pays et 350 millions d’habitants, les chrétiens sont 14 millions. La Turquie, notamment, comptait 20% de chrétiens vers 1900; ils sont moins de 1% aujourd’hui. (…) Les chrétiens sont porteurs de valeurs universelles, comme la gratuité, le don, l’amour et le pardon. Ils le prouvent par leurs œuvres sociales, écoles ou hôpitaux, qui sont ouvertes à tous, sans distinction de religion. (…) C’est bien d’accueillir les blessés irakiens, mais la compassion n’est pas une politique. Notre crédibilité est en jeu: le monde musulman nous respectera si nous prenons la défense des chrétiens d’Orient, qui sont nos coreligionnaires. Annie Laurent
Plus de 200 millions de chrétiens, partout dans le monde, subissent sous une forme ou une autre la haine, la violence, la menace, la confiscation de leurs biens et d’autres abus, en raison de leur religion, faisant d’eux le groupe religieux le plus discriminé. Mgr Toso (Le Vatican)
De ce tour d’horizon, il ressort que 75 % des cas de persécution religieuse concernent les chrétiens, dont la condition se détériore en de nombreux endroits. En tête de liste, outre le Moyen-Orient, l’AED place la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam, l’Inde, le Pakistan, le Soudan et Cuba. Si l’on tente de classer ces phénomènes de christianophobie en fonction de leur origine, il ressort que leur premier vecteur, à l’échelle de la planète, est constitué par l’islam politique ou le fondamentalisme musulman. (…) Même s’il est géographiquement limité, l’hindouisme constitue un deuxième facteur de persécution antichrétienne. Si cette idéologie politico-religieuse est rejetée par le gouvernement central de New Delhi, elle inspire des forces actives dans plusieurs États de la fédération indienne, provoquant des violences qui ont culminé en 2009, mais qui n’ont pas cessé depuis. Troisième vecteur antichrétien: le marxisme. En Corée du Nord, toute activité religieuse est qualifiée de révolte contre les principes socialistes, et des milliers de chrétiens sont emprisonnés. En Chine, le Parti communiste fait paradoxalement bon ménage avec le capitalisme, mais les vieux réflexes sont loin d’avoir disparu: l’État tient à contrôler les religions. (…) Le 10 décembre dernier a été publié, à Vienne, un rapport de l’Observatoire sur l’intolérance et les discriminations contre les chrétiens en Europe, concernant les années 2005-2010. Ce document recense les actes de vandalisme contre les églises et les symboles religieux, les manifestations de haine et les brimades contre les chrétiens observées sur le continent européen au cours des dernières années. La liste est impressionnante, mais les faits incriminés ont suscité une émotion bien discrète ici. Aux facteurs aggravants de la situation des chrétiens dans le monde, peut-être faudrait-il ajouter l’indifférentisme religieux en Occident: si les Européens ne respectent pas le christianisme chez eux, comment aideraient-ils les chrétiens persécutés aux quatre points de l’horizon? Jean Sévillia (Le Figaro)

Et si, derrière les coups spectaculaires des jihadistes d’Al Qaeda et contre les dénégations de nos belles âmes de service,  les vrais responsables de la violence islamique n’étaient  pas ceux qu’on croit?

Après le véritable déluge, suite aux deux derniers attentats jihadistes contre des cibles chrétiennes en Irak et en Egypte, de rappels de la nature foncièrement pacifique de ldéluge’islam et d’appels à ne pas attribuer à cette religion l’épuration religieuse des chrétiens du Moyen-Orient

Et à l’heure où à la veille de Noël une église parisienne se  voit gratifiée d’un « mort au chrétiens » et au lendemain du Nouvel An un lieu de culte évangélique de nos banlieues se fait vandaliser …

Comment ne pas être indigné par ces Français ou Allemands qui, dans un énième sondage aux questions biaisées concocté par nos journaux pousse-au-crime, s’obstinent non seulement à considérer l’islam comme une « menace « mais à douter de « l’intégration des musulmans »?

Et comment ne pas être proprement révolté par ces rapports d’ONG que republiait tout récemment Le Figaro présentant les chrétiens, d’Arabie saoudite à l’Afghanistan et de Somalie à la Mauritanie (jusqu’aux Maldives de nos vacances!), comme  « le groupe religieux le plus discriminé dans le monde »?

Et ce même si l’on est quelque peu rassuré d’apprendre que, de la Corée du nord à Cuba et de l’Inde à notre propre Occident, les violences ne leur sont pas non plus épargnées dans le reste du monde?

Ils se battent pour rester chrétiens

Jean Sévillia

Le Figaro

04/01/2011

De l’Irak à la Chine et de l’Algérie au Pakistan, le christianisme est aujourd’hui, dans l’indifférence quasi générale, la religion la plus constamment et la plus violemment persécutée. Pourtant, partout dans le monde, il est des catholiques, des orthodoxes et des protestants qui ne capitulent pas devant le fondamentalisme musulman, l’hindouisme sectaire ou le marxisme militant. Les reporters et les correspondants du Figaro Magazine sont allés à la rencontre de ces héros silencieux qui luttent pour défendre leurs droits – et leur foi.

Dans son message annuel pour la paix, rendu public le 16 décembre et qui sera lu dans toutes les églises le 1er janvier, Benoît XVI appelle les responsables politiques à «mettre fin à toute brimade contre les chrétiens» vivant «en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et spécialement en Terre sainte». Et le pape d’ajouter: «Les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi.»

Du sang, des cris, des larmes. Nul n’a oublié les scènes d’horreur qui se sont déroulées à Bagdad, le 31 octobre dernier, dans l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, la cathédrale syriaque catholique. Bilan de l’attentat perpétré par un commando d’al-Qaida: 2 prêtres et 44 fidèles tués, de même que 7 membres des forces de sécurité et 5 assaillants, ainsi que 60 blessés. C’était il y a deux mois. Mais depuis, combien de victimes anonymes parmi les chrétiens d’Irak?

Quand il est question de la persécution des chrétiens dans le monde, c’est ce pays qui vient immédiatement à l’esprit. Il n’y a pas qu’en Irak, pourtant, que l’appartenance au christianisme se paye au prix fort. Les témoignages que nous avons réunis dans ce dossier l’illustrent abondamment: de l’Afrique à l’Asie et de l’Amérique à l’Europe (songeons au Kosovo), être chrétien, en 2010, peut coûter cher.

Au mois de juin, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui réunit 56 États d’Europe, d’Asie centrale et d’Amérique du Nord, tenait une conférence à Astana, la capitale du Kazakhstan, sur « la tolérance et la non-discrimination ». A l’issue de ce sommet international, le chef de la délégation du Saint-Siège, Mgr Toso, soulignait que «plus de 200 millions de chrétiens, partout dans le monde, subissent sous une forme ou une autre la haine, la violence, la menace, la confiscation de leurs biens et d’autres abus, en raison de leur religion, faisant d’eux le groupe religieux le plus discriminé».

Persécutions et discriminations anti-chrétiennes? C’est une impression fondée, mais avec ce qu’il peut y avoir de subjectif dans ce constat. Cerner la réalité sur des bases objectives nécessite des faits, des chiffres, des courbes et des statistiques, capables de rendre compte d’une tendance générale. La carte que nous publions, et qui traduit (en la simplifiant) la situation globale des chrétiens à travers le monde, n’a pas été conçue à partir d’éléments fortuits, mais de deux documents établis selon une méthode scientifique, dont nous avons opéré la synthèse.

L’Aide à l’Église en détresse (AED) est une association catholique qui dépend du Saint-Siège et dont l’action d’entraide envers les communautés chrétiennes s’étend à 130 pays. Fin novembre, elle a fait paraître un Rapport 2010 sur la liberté religieuse dans le monde. Ce volume de 500 pages contient 194 fiches de pays présentées par ordre alphabétique. L’ambition, affirment les auteurs, est de fournir un état détaillé de la liberté religieuse à travers le monde, selon des critères rigoureux. Leur rapport, précisent-ils, «s’efforce de donner la parole aux différentes religions, croyances et communautés religieuses, en évitant tout jugement de valeur sur les croyances et les convictions qui sont à la base de leurs pratiques et de leurs enseignements religieux». De ce tour d’horizon, il ressort que 75 % des cas de persécution religieuse concernent les chrétiens, dont la condition se détériore en de nombreux endroits. En tête de liste, outre le Moyen-Orient, l’AED place la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam, l’Inde, le Pakistan, le Soudan et Cuba.

Second document que nous avons utilisé, L’Index mondial de la persécution 2010, réalisé par Portes ouvertes, une association protestante. Son indice est calculé d’après différents paramètres, dont le statut juridique et politique des chrétiens dans les pays concernés, et la réalité de leur condition observée. Au sommet de cet affligeant palmarès figure la Corée du Nord («persécution très sévère»). Suivent 9 pays caractérisés par l’«oppression» des chrétiens: l’Iran, l’Arabie saoudite, la Somalie, les Maldives, l’Afghanistan, le Yémen, la Mauritanie, le Laos et l’Ouzbékistan. Puis 18 États où l’on relève de «fortes restrictions» au christianisme, et 21 autres, coupables de «discriminations» antichrétiennes.

Si l’on tente de classer ces phénomènes de christianophobie en fonction de leur origine, il ressort que leur premier vecteur, à l’échelle de la planète, est constitué par l’islam politique ou le fondamentalisme musulman. Sans doute l’islam s’étend-il, du Maghreb à l’Indonésie, sur des États et des aires culturelles différents. Néanmoins, ainsi que le souligne le rapport de l’AED, un trait commun caractérise les pays à majorité musulmane: en sont citoyens, disposant de l’intégralité des droits afférents, uniquement ceux qui professent la religion dominante. Les habitants du pays qui appartiennent aux confessions minoritaires sont, au mieux, tolérés, au pire, regardés comme un danger pour la cohésion sociale, et partant, vite suspects.

Dans le monde musulman, il est ainsi des États dont la Constitution garantit la liberté religieuse, comme l’Algérie, la Tunisie ou la Libye, et où le christianisme est autorisé en théorie. Dans la pratique, cependant, les chrétiens se trouvent sous surveillance, et traités comme un corps étranger. Les autorités algériennes se targuent par exemple d’avoir assuré la restauration de Notre-Dame-d’Afrique, basilique historique qui surmonte la baie d’Alger et dont l’inauguration des travaux vient d’avoir lieu, mais il n’y a plus que 5000 catholiques dans le pays, et les protestants y sont poursuivis. Dans la péninsule arabique (Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, Arabie saoudite, Yémen et Koweït) vivent 3 millions de chrétiens, mais tous sont des travailleurs immigrés, doublement marginalisés. En Mauritanie, dans le nord du Nigeria ou en Somalie, c’est le règne de la charia, où des actes condamnés par l’islam peuvent entraîner des peines comme la flagellation, l’amputation ou la lapidation. Au Pakistan, la Constitution garantit l’égalité des citoyens devant la loi «sans distinction de race ni de croyance», mais la loi sur le blasphème a permis d’inculper un millier de personnes depuis 1996, sous des prétextes qui n’avaient fréquemment rien à voir avec le Coran.

Même s’il est géographiquement limité, l’hindouisme constitue un deuxième facteur de persécution antichrétienne. Si cette idéologie politico-religieuse est rejetée par le gouvernement central de New Delhi, elle inspire des forces actives dans plusieurs États de la fédération indienne, provoquant des violences qui ont culminé en 2009, mais qui n’ont pas cessé depuis.

Troisième vecteur antichrétien: le marxisme. En Corée du Nord, toute activité religieuse est qualifiée de révolte contre les principes socialistes, et des milliers de chrétiens sont emprisonnés. En Chine, le Parti communiste fait paradoxalement bon ménage avec le capitalisme, mais les vieux réflexes sont loin d’avoir disparu: l’État tient à contrôler les religions. Passé les Jeux olympiques de Pékin et l’Exposition universelle de Shanghaï, où il fallait séduire les Occidentaux, la mécanique s’est remise en marche. Protestants et catholiques disposent de la marge de liberté que les autorités veulent bien leur laisser. Et, après une période de détente, un évêque de l’Église officielle a été nommé dans la province du Hebei, le 20 novembre dernier, sans l’aval du pape, ranimant le contentieux avec le Saint-Siège.

Le Moyen-Orient forme la région du monde où les difficultés s’amoncellent le plus. Dans la mesure où il s’agit du berceau du christianisme, un symbole est en jeu. Bien sûr, il faut prendre garde à ne pas simplifier un état des lieux complexe, et à ne pas l’interpréter selon des schémas occidentaux préconçus, car des surprises peuvent se révéler: c’est ainsi que dans certains pays, les chrétiens servent de tampon entre chiites et sunnites, dont les relations ne sont pas tendres. Mais la tournure générale des événements est évidente: les Églises d’Orient sont en recul. Spécialiste du Moyen-Orient et de l’islam, auteur d’un livre éclairant sur la question (Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître? aux Éditions Salvator), Annie Laurent dresse un constat frappant: «Au VIIesiècle, quand l’islam est arrivé, tout l’espace correspondant à l’Orient arabe, à la Turquie et à la péninsule arabique était habité, à l’exception des communautés juives, par des populations chrétiennes. De nos jours, sur 17 pays et 350millions d’habitants, les chrétiens sont 14millions. La Turquie, notamment, comptait 20% de chrétiens vers 1900; ils sont moins de 1% aujourd’hui. Le déclin est considérable.»

Soumis à une pression constante, les chrétiens d’Orient choisissent souvent l’exil, menaçant d’extinction leurs propres communautés. Du 11 au 24 octobre, Benoît XVI a réuni en synode, à Rome, les délégués des sept Églises catholiques du Moyen-Orient, afin que celles-ci se connaissent mieux et, retrouvant le sens de leur vocation, envisagent ensemble les conditions de leur pérennité. Annie Laurent, nommée experte auprès de ce synode et qui y était la seule femme laïque, rappelle que les communautés d’Orient ont un rôle à jouer non seulement pour elles, mais pour tous les habitants de la région: «Les chrétiens sont porteurs de valeurs universelles, comme la gratuité, le don, l’amour et le pardon. Ils le prouvent par leurs œuvres sociales, écoles ou hôpitaux, qui sont ouvertes à tous, sans distinction de religion.»

Le contexte géopolitique aggrave la situation des chrétiens d’Orient, car ils font les frais du conflit israélo-palestinien. Sans le rétablissement d’une paix juste et durable, leur condition ne s’améliorera pas. Mais ils sont aussi victimes d’eux-mêmes: leurs divisions historiques, quand ce ne sont pas leurs rivalités, brouillent le message évangélique. Si l’œcuménisme progresse – Benoît XVI est très soucieux du rapprochement avec les orthodoxes -, un long chemin reste à parcourir. Quand les confessions chrétiennes d’Orient fêteront-elles toutes Pâques à la même date ?

Lors de la clôture du synode, le pape a appelé les pays de la région à «élargir l’espace de la liberté religieuse». Face aux États ou aux groupes fanatiques qui aspirent à se débarrasser du christianisme, dans une aire de civilisation où le concept de laïcité, tel qu’il est entendu ici, est incompréhensible, les chrétiens disposent d’une arme: réclamer la réciprocité avec les musulmans, demander l’égalité de tous les citoyens, défendre la liberté de conscience. Pour cela, ils ont aussi besoin du soutien occidental. «C’est bien d’accueillir les blessés irakiens, commente Annie Laurent, mais la compassion n’est pas une politique. Notre crédibilité est en jeu: le monde musulman nous respectera si nous prenons la défense des chrétiens d’Orient, qui sont nos coreligionnaires.»

Encore faut-il que, chez nous, cette volonté se manifeste. Le 10 décembre dernier a été publié, à Vienne, un rapport de l’Observatoire sur l’intolérance et les discriminations contre les chrétiens en Europe, concernant les années 2005-2010. Ce document recense les actes de vandalisme contre les églises et les symboles religieux, les manifestations de haine et les brimades contre les chrétiens observées sur le continent européen au cours des dernières années. La liste est impressionnante, mais les faits incriminés ont suscité une émotion bien discrète ici. Aux facteurs aggravants de la situation des chrétiens dans le monde, peut-être faudrait-il ajouter l’indifférentisme religieux en Occident: si les Européens ne respectent pas le christianisme chez eux, comment aideraient-ils les chrétiens persécutés aux quatre points de l’horizon?

Voir aussi:

Who Are the Real Hijackers of Islam?

Maybe the hijackers are the peaceful ones.

Jonah Goldberg

National Review

January 7, 2011

For years, we’ve heard how the peaceful religion of Islam has been hijacked by extremists.

What if it’s the other way around? Worse, what if the peaceful hijackers are losing their bid to take over the religion?

That certainly seems to be the case in Pakistan.

Salman Taseer, a popular Pakistani governor, was assassinated this week because he was critical of Pakistan’s blasphemy law.

Specifically, Taseer was supportive of a Christian woman, Asia Bibi, who has been sentenced to death for “insulting Muhammad.”

Bibi had offered some fellow farm laborers some water. They refused to drink it because Christian hands purportedly make water unclean. An argument followed. She defended her faith, which they took as synonymous with attacking theirs. Later, she says, a mob of her accusers raped her.

Naturally, a Pakistani judge sentenced her to hang for blasphemy.

And Governor Taseer, who bravely visited her and sympathized with her plight, had 40 bullets pumped into him by one of his own bodyguards.

“Salmaan Taseer is a blasphemer and this is the punishment for a blasphemer,” Malik Mumtaz Hussain Qadri said to the television cameras as he was being arrested.

Now, so far, it’s hard to say who is the hijacker and who is the hijackee. After all, Taseer the moderate was a prominent politician, Qadri a mere bodyguard.

A reasonable person might look at this tragic situation and say it is indeed proof of extremists trying to hijack the religion and the country.

Except, it was Taseer who wanted to change the status quo and Qadri who wanted to protect it. Pakistan’s blasphemy laws have been on the books for decades, and while judicial death sentences for blasphemy are rare, the police and security forces have been enforcing it unilaterally for years.

And what of the reaction to the assassination?

Many columnists and commentators denounced the murder, but the public’s reaction was often celebratory. A Facebook fan page for Qadri had to be taken down as it was drawing thousands of followers.

And what of the country’s official guardians of the faith?

A group of more than 500 leading Muslim scholars, representing what the Associated Press describes as a “moderate school of Islam” and the British Guardian calls the “mainstream religious organizations” in Pakistan not only celebrated the murder, but warned that no Muslim should mourn Taseer’s murder or pray for him.

They even went so far as to warn government officials and journalists that the “supporter is as equally guilty as one who committed blasphemy,” and so therefore they should all take “a lesson from the exemplary death” of Salman Taseer.

If that’s what counts for religious moderation in Pakistan, I think it’s a little late to be talking about extremists hijacking the religion. The religion has long since been hijacked, and it’s now moving on to even bigger things.

Pakistan isn’t the only troubled spot. In Egypt, Coptic Christians were recently slaughtered in an Islamist terrorist attack. The Egyptian government, which has a long record of brutalizing and killing its own Christian minority, was sufficiently embarrassed by the competition from non-governmental Islamists that it is now offering protection. How long that will last is anyone’s guess.

But Pakistan is special because it has nuclear weapons and is inextricably bound up in the war in neighboring Afghanistan and the larger war on terror. U.S. relations with the Pakistani military remain strong, but — as we’ve seen with Turkey — good relations with a military don’t make up for losing support from an allied government as it goes Islamist. And it seems unlikely that a government can long stay secular when the people want it to become ever more Islamist.

Sadanand Dhume, a Wall Street Journal columnist (and my colleague at the American Enterprise Institute), writes that even “relatively secular-minded Pakistanis are an endangered species.”

While most of the enlightened chatterers remain mute or incoherent as they struggle for a way to blame Israel for all of this, the question becomes all the more pressing: How do we deal with a movement or a nation that refuses to abide by the expiring cliché, “Islam means peace”?

— Jonah Goldberg is editor-at-large of National Review Online and a visiting fellow at the American Enterprise Institute. © 2010 Tribune Media Services, Inc.


Epuration religieuse au Moyen-Orient: Non, l’islam n’a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu qui tuent (Looking back at the West’s fundamental misunderstanding of Islam)

8 janvier, 2011
Mahomet: contre-enquête (René Marchand, 2006)Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre … Jésus (Jean 8: 7)
Celui qui change de religion, tuez-le. Mahomet
La religion, la tradition, l’histoire du monde musulman montre qu’il a toujours toléré, parfois même accueilli et protégé ceux que le Coran lui-même appelle les « gens du livre ». Faut-il rappeler que ce monde musulman a accueilli et protégé les juifs et les marranes qui fuyaient une Europe sur laquelle s’étendait l’ombre redoutable de l’Inquisition. Moins loin de nous, il n’est pas inutile d’évoquer, surtout dans les circonstances actuelles, le geste plein de noblesse de l’émir Abdelkader volant au secours des chrétiens maronites de Damas.  (…) L’Islam n’a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu qui tuent aussi bien des chrétiens que des juifs, des sunnites que des chiites. Le terrorisme fondamentaliste tue aussi des musulmans. Nicolas Sarkozy
Le grand paradoxe, c’est qu’un évangéliste comme Bush a liquidé les évangéliques du Proche-Orient. Régis Debray
Dans la représentation d’un corps étranger qui ne serait pas intégrable en France, les Musulmans ont tout simplement remplacé les Juifs. Jean-Marie Le Pen était antisémite, Marine est islamophobe, il n’y a pas rupture mais continuum. On ressort aujourd’hui, sur les Musulmans, le même type d’arguments que l’on réservait aux Juifs dans les années 30. Ils ne sont pas comme nous, ils font peser un danger sur la République. Ils ont un plan secret pour imposer leur loi. Leur religion est incompatible avec notre société. Ils ne seront jamais français et resteront étrangers, et ce, quelle que soit la mention figurant sur leurs passeports. Dans les années 30, même s’il en avait la nationalité, un Juif n’était pas considéré comme tout à fait français. Aujourd’hui, cet argument est servi pour les Musulmans. Pascal Boniface
Au VIIe siècle, quand l’islam est arrivé, tout l’espace correspondant à l’Orient arabe, à la Turquie et à la péninsule arabique était habité, à l’exception des communautés juives, par des populations chrétiennes. De nos jours, sur 17 pays et 350 millions d’habitants, les chrétiens sont 14 millions. La Turquie, notamment, comptait 20% de chrétiens vers 1900; ils sont moins de 1% aujourd’hui.  (…) Les chrétiens sont porteurs de valeurs universelles, comme la gratuité, le don, l’amour et le pardon. Ils le prouvent par leurs œuvres sociales, écoles ou hôpitaux, qui sont ouvertes à tous, sans distinction de religion. (…)  C’est bien d’accueillir les blessés irakiens, commente Annie Laurent, mais la compassion n’est pas une politique. Notre crédibilité est en jeu: le monde musulman nous respectera si nous prenons la défense des chrétiens d’Orient, qui sont nos coreligionnaires. Annie Laurent
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
[C’est] le christianisme qui a permis l’émergence des sociétés laïques. Luc Ferry
Quand Stephane Guillon enfile un préservatif sur une statuette de Benoit XVI, j’ai envie de lui dire ‘fais donc ça avec une statuette de Mahomet, tu verras la différence… Luc Ferry
Pendant des siècles, jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident, il y a deux cents ans, l’Islam tout entier a été un totalitarisme. L’islam comme système, tel qu’on le voit fonctionner au long des siècles tant qu’il est maître de son destin, ne distingue pas le politique et le religieux, mais il ne distingue pas plus le profane et le sacré. Il ne reconnaît pas la moindre sphère privée aux individus. Il interdit la conversion à une autre confession sous peine de mort. En outre, aucune civilisation n’est allée aussi loin dans le contrôle sur l’individu… L’islam fait de la guerre contre les non-Musulmans un devoir de piété. Le Coran lui-même est un chant de guerre : il tombe, à l’évidence, sous le coup des lois actuelles réprimant l’incitation à la haine pour raisons ethniques ou religieuses. (Les appels au pardon ou à la “tolérance”, qui existent aussi dans le Coran, ne concernent que les Musulmans entre eux, jamais les non-Musulmans.) Dans toute l’histoire de l’islam, les non-Musulmans sont à anéantir ou à réduire à un état juridique de sous-homme – un statut défini uniquement par les Musulmans… Tous les musulmans sont et ne peuvent qu’être fondamentalistes. Qualifier seulement ceux que nous nommons islamistes de fondamentalistes est une erreur. Un musulman ne peut qu’être fondamentaliste. S’il cessait d’être fondamentaliste, il cesserait d’être musulman.” René Marchand
L’islam n’est pas une religion, selon nos définitions (il faudrait que l’islam reconnaisse l’existence d’une sphère privée de l’individu, la liberté de conscience, etc.) (…) D’après le président du Conseil français du culte musulman lui-même, l’islam est, certes, une religion mais également un droit, une culture, une civilisation, une identité (qui, par parenthèse, a prévalence sur toute autre et dont on ne sort qu’au prix de sa vie). Considérer l’islam comme une religion, c’est fausser et réduire l’islam. C’est une vision ethnocentriste. Nous bricolons l’analyse d’une civilisation avec des signifiants empruntés à une autre. En ce qui nous concerne, c’est même une attitude de dominant, de colonialiste : nous avons toujours cru tout savoir des Musulmans, que nous avions vaincus. Définir l’islam comme une religion, c’est aussi tomber dans le piège de nos pires ennemis, c’est, en vertu de nos principes de tolérance, de liberté de pensée… – qui, par parenthèse, n’ont pas cours en islam – nous interdire d’examiner l’islam avec un œil critique.
Pour commencer, en France, il faut affirmer que l’islam ne relève pas de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat (il suffit de lire la loi). A ce propos : il ne peut y avoir en France d’enseignement privé musulman (ou alors il faudrait envisager un enseignement privé socialiste, communiste ou UMP). Il y a énormément à dire, notamment au sujet de la diaspora musulmane (phénomène nouveau, qui n’a pas plus de quelques décennies), de la guerre subversive de colonisation de l’Europe qui est conduite par des ennemis qui nous connaissent parfaitement et dont nous ignorons tout (nous « croyons savoir », ce qui est pire que d’ignorer)… Il faudrait insister sur le fait que cette guerre est quasiment masquée par la guerre ouverte, très « télévisuelle », celle des attentats, mais qu’elle est autrement redoutable sur le long terme.  René Marchand
Un Français clerc ou laïc sans culture orientale abordera l’islam, en effet, comme une religion : une façon de se relier au mystère des origines et à celui des fins dernières de l’homme, qui relève dans la doctrine républicaine des ressorts du “libre arbitre“ et appartient au domaine de la “sphère privée”… Si ce Français est journaliste ou politicien, donc convaincu que “toutes les religions se valent” et que l’Etat doit les traiter sur un pied d’égalité, la martingale du contre-sens intégral est bouclée : l’islam sera considéré en toute bonne foi comme socialement et politiquement aussi “neutre” que le catholicisme contemporain. Dans cette perspective fermée au sens, la République peut donc légitimement créer des aumôneries d’imams dans les centres de détention, autoriser l’ouverture d’écoles coraniques et donner (voire financer) des lieux de culte pour tous nos musulmans ! Si ce Français enfin est historien, philosophe, géopoliticien, il décrira l’islam comme une entité politique d’un genre particulier, pluri-éthnique, transnationale et transcontinentale, comparable en bien des points à l’empire que Staline avait fondé dans les années cinquante autour du Parti Communiste d’Union Soviétique : un empire guerrier, sans foi ni loi, totalitaire avec ses sujets, esclavagiste avec les autres, et toujours conquérant… (…) Dix siècles exactement séparent nos mentalités. Religion, culture, droit positif, civilisation, empire, l’islam minusculaire des “cinq pilliers de la foi” ou l’Islam majusculaire des conquêtes arabo-musulmanes revendique de façon légitime toutes ces dimensions, comme ce fut le cas du christianisme en France, de Clovis à Napoléon III. Traiter de l’une en oubliant les autres, c’est s’assurer d’avance de n’y comprendre rien. Hugues Kéraly
L’idée que la religion relève de la “sphère privée” des seules consciences individuelles fait partie de la dogmatique du relativisme et de l’agnosticisme “libéral”, qui permet d’aplanir et cherche à neutraliser toutes les croyances dans le même panier, en les déchargeant aussi de toute responsabilité civique et politique dans l’action pour le bien commun de la Cité. Nous ne la partageons aucunement. [Il faut] dénoncer l’erreur de perspective qui nous fait considérer l’islam comme une “religion” où le spirituel et le politique appartiendraient comme dans le christianisme à deux ordres distincts. L’islam est une théocratie totalitaire qui ne laisse aucune place à la liberté dans la relation du croyant (le “soumis”) avec Dieu. Seul le christianisme établit une relation entre la personne humaine et la personne divine, et dit sa foi à la première personne du singulier : Credo, “je” crois. L’idée si fortement chrétienne que l’homme puisse partager une liberté quelconque avec son créateur dans le destin du monde, qu’il doive mobiliser sur terre son intelligence et sa liberté pour servir son prochain et faire retour après cette vie à la Divinité, cette conviction mystique n’a aucun sens aux yeux des croyants de l’Islam, toutes obédiences confondues. Elle constitue même pour eux une impiété considérable, comme insulte à la transcendance et à l’omnipotence d’Allah. Hugues Kéraly
Pour trouver des solutions afin d’enrayer l’exode qui risque de voir à terme le berceau du christianisme se transformer en champ de pierres mortes, faute de fidèles. La situation dramatique en Irak a été à l’origine de la convocation de ce synode. Il y avait urgence. En sept ans, ce pays a perdu plus de la moitié de ses chrétiens : leur nombre est passé d’environ un million à 400 000 personnes. Les violences qu’ils subissent résultent de l’impuissance de l’État à assurer la sécurité de tous ses citoyens et de la confusion que font souvent les musulmans entre christianisme et Occident. Pour protester contre la politique des grandes puissances, ces musulmans font de leurs compatriotes chrétiens des boucs émissaires. (…) Le synode a mis en évidence la situation très difficile que connaissent les centaines de milliers de chrétiens immigrés dans les pays de la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Yémen…) où ils sont exploités, privés de nombreux droits, dont la pratique cultuelle. En Arabie Saoudite, ils ne peuvent même pas être enterrés, sous peine de souiller la terre de l’islam ! Ces traitements sont d’autant plus injustes que ces travailleurs contribuent à la prospérité des pays concernés. Au-delà des violences physiques ou morales, les chrétiens de tous ces pays vivent dans une angoisse existentielle sans précédent. Annie Laurent

Qui parmi nous arrive à s’imaginer un temps où notre Qu’un sang impur national avait encore un sens?

Changement de religion puni de mort, condamnation à mort pour avoir bu dans le verre de sa voisine musulmane, construction interdite voire destruction d’églises, destruction systématique de bibles, refus d’inhumation de chrétiens en «terre d’islam » pour cause d’impureté …

A l’heure où l’épuration ethnico-religieuse, quasiment réussie en Turquie au siècle dernier, est sur le point de transformer, sous nos yeux faute de fidèles, « le berceau du christianisme«  en « champ de pierres mortes » …

Et où après des décennies de silence complice, nos dirigeants se voient enfin contraints de l’évoquer …

Petite remise des pendules à l’heure avec quelques évidences que seul un essayiste comme René Marchand peut encore se permettre d’écrire.

Pour ceux qui comme notre président Sarkozy ou nos antiaméricains et anti-israéliens patentés à la Régis Debray ou à la Pascal Boniface n’arrivent toujours pas à comprendre ou se refusent à dire …

Que pour une bonne partie du monde l’islam n’est tout simplement pas une religion, au moins au sens occidental du terme.

Et que son texte de référence, le Coran, est même un véritable « chant de guerre »

René Marchand: entretien exclusif

Enki40

Occidentalis

18 avril 2007

Nous tenons à remercier chaleureusement monsieur René Marchand pour nous avoir accordé cet entretien exclusif. Il est bon de signaler que la deuxième édition (en un an !) de ce livre est pratiquement épuisée et qu’une troisième est sous presse et ce sans le concours d’aucun grand média. Un signe non seulement de la très grande qualité de cette enquête mais aussi esperons-le d’un frémissement de l’opinion sur cette vérité occultée : Mahomet.

Occidentalis : Pourquoi une nouvelle biographie de Mahomet alors qu’on trouve sur les rayons des librairies plusieurs volumes consacrés au prophète de l’islam ?

René Marchand : Aucune des biographies proposées au grand public n’est satisfaisante.

On peut les classer en deux groupes :

– La plupart des ouvrages reprennent les grandes lignes de la tradition musulmane, avec parfois, lorsque les auteurs sont des Occidentaux, quelques ajouts mineurs empruntés aux études des orientalistes. Un des traits communs à ces livres, écrits dans les dernières décennies, est qu’ils édulcorent ou même parfois suppriment purement et simplement certains épisodes de la vie de Mahomet qui sont peu compatibles avec la figure de saint homme que la pensée dominante aujourd’hui veut imposer en Occident. Par exemple, le massacre, en 627, de 600 à 900 hommes d’une tribu juive de Médine – le prophète se réservant la veuve d’un supplicié pour son plaisir de lit – est traité comme un épisode sans grande importance, ou même totalement censuré, ignoré (alors que la tradition musulmane classique, bien loin de minimiser le fait, le range parmi les « campagnes » glorieuses du fondateur de l’islam). La dernière biographie parue dans ce genre sans valeur historique, du très connu Tariq Ramadan, n’est ni plus ni moins qu’une arme de propagande dans une guerre subversive contre l’Occident.

– Deux ouvrages signés de grands érudits, qui ont écrit dans les années cinquante du siècle dernier, méritent davantage de considération. Cependant, je me suis rendu compte que, alors que les orientalistes du XIXe siècle et du début du XXe faisaient preuve d’une grande liberté d’esprit vis-à-vis de l’islam, leurs successeurs, à partir de la fin de la Première Guerre mondiale, se laissent contaminer par les modes de penser du temps : la mauvaise conscience coloniale d’une part, le marxisme, qui submerge l’université, d’autre part. L’un des deux savants dont je vous parle écrit, en préface à sa biographie de Mahomet : « Je me suis imposé de ne rien déclarer qui puisse être en contradiction avec l’une ou l’autre des doctrines fondamentales de l’Islam. » (Texto !) L’autre explique l’émergence de l’islam par un « grand besoin de l’époque ». «Les voies étaient ouvertes à l’homme de génie qui saurait mieux qu’un autre y répondre. » Bref, pour lui, l’Arabie du VIIe siècle était dans l’attente de Mahomet comme l’Occident capitaliste souhaitait se livrer à un dictateur marxiste au milieu du XXe siècle.

Depuis une vingtaine d’années, des érudits, notamment en France, se délivrent de ces déviances de la pensée. Malheureusement, leurs livres sont souvent peu accessibles au lecteur non spécialisé et ils sont peu nombreux, car la corporation des grands orientalistes est en voie de disparition (dans notre pays, sans aucun doute à cause de l’anéantissement programmé des humanités dans le secondaire, qui ne fournit plus le vivier où se recrutaient ces chercheurs).

Occidentalis : Vous avez donc mené une contre-enquête sur ces livres qui sont disponibles en libraire et forgent l’idée que nos contemporains se font de Mahomet. Mais vous avez poussé plus loin vos investigations.

René Marchand : Il est connu de tous les spécialistes que, entre le IXe et le XIe siècle, les califes abbassides ont créé et imposé une « orthodoxie musulmane », l’islam étant le seul facteur d’unité dans leur immense empire, qui se fracturait de partout. Ils ont

a) imposé une version unique du Coran,

b) fait « épurer », selon leurs vues et au mieux de leurs intérêts, les hadîth (les faits et dits du Prophète et de ses Compagnons),

c) fait écrire des biographies « officielles » du Prophète.

Ils ont réussi pleinement dans leur œuvre de désinformation : aujourd’hui encore, la « tradition » musulmane recomposée par les Abbassides n’est aucunement mise en doute comme vérité historique en terre d’islam (les pouvoirs politico-religieux ne le permettraient pas).

Cette tradition a été sérieusement corrigée en deux siècles par des orientalistes européens. Toutefois, bien des découvertes des érudits n’ont pas atteint le grand public, même en Europe. D’autre part, beaucoup de ces savants ont fait preuve d’une certaine… naïveté. La naïveté d’hommes de cabinet face à un grand fauve de l’Histoire. Mahomet devient souvent, sous leur plume, une sorte de missionnaire presque bonasse.

D’autre part, sans doute parce qu’ils ont accordé trop d’importance à la littérature et pas assez aux faits bruts, ils ont une vision du monde antéislamique qui me semble biaisée.

En particulier, ils ont confondu les riches aristocrates mekkois, détenteurs du monopole sur un tronçon incontournable de la plus grande route commerciale du monde (la route qui relie les empires byzantin et persan à l’Inde et à la Chine) avec les bédouins illettrés et misérables des grands déserts que leur décrivaient des poèmes (lesquels étaient souvent des faux, postérieurs de plusieurs siècles). Ils ont vu les hommes des cités-Etats du Hedjaz, qu’on peut comparer aux riches et puissants Arabes de Palmyre ou de Pétra, comme des « indigènes », des « natives »– et là ils sont les enfants de leur temps, colonialiste – quasiment aussi « primitifs » que les pygmées ou les bantous qu’étudiaient certains de leurs collègues.

Occidentalis : Vous avez aussi lu avec beaucoup d’attention les sources premières, arabes et persanes.

René Marchand : Reprenant les biographies commandées par les Abbassides, j’ai constaté que les plumitifs chargés de ce travail de désinformation avaient laissé passer beaucoup de faits qui, à y regarder de près, « ne collaient pas » avec l’image souhaitée par leurs commanditaires. Non pas les actes de violence, bien admis : par exemple, les meurtres individuels et les massacres entrent, j’y ai fait allusion, dans les campagnes du Prophète comme des titres de gloire et ils ne sont nullement cachés. Mais d’autres faits, plus subtils : j’ai remarqué en particulier que le principal biographe, Tabari, avait laissé subsister bien des incohérences, comme s’il adressait des clins d’œil à des lecteurs attentifs. Mon opinion personnelle est que ce Persan, au demeurant très cultivé et excellent conteur, ne portait pas dans son cœur les Arabes, ces « mangeurs de lézards », qui avaient détruit la civilisation de ses ancêtres et qu’il s’est joué parfois des tyrans qui le payaient pour faire œuvre de propagande…

Occidentalis : Par exemple ?

René Marchand : L’Hégire, évènement à partir duquel l’Islam a établi son calendrier : en 622, Mahomet et les premiers musulmans quittent La Mekke pour s’établir à Médine.

D’après la tradition musulmane, Mahomet est appelé à Médine par les principaux chefs arabes pour y être une sorte d’arbitre suprême. Ce recours à un homme discrédité selon les codes arabes (il a été chassé de son clan trois ans plus tôt) est déjà peu vraisemblable (au point que beaucoup d’orientalistes, il y a cinquante ans, penchaient pour attribuer la responsabilité du fait aux tribus juives de l’oasis !) Mais Tabari nous dit que, pendant les mois qui suivent l’arrivée à Médine, Mahomet et les siens crèvent littéralement de faim, au point que le Prophète est obligé de monter plusieurs expéditions pour piller des caravanes. Contradiction : ou bien il est le numéro un de la cité, et les lécheurs de babouches ne manqueront pas de lui faire des présents, ou bien il n’est rien qu’un réfugié – ce que je crois.

Occidentalis : S’il arrive à Médine comme simple immigré, comment expliquer son ascension ?

René Marchand : Par la violence, par des actes qui contreviennent totalement au code des Arabes de ce temps.

Tant qu’il prêche pacifiquement à La Mekke, entre 610 et 622, Mahomet ne rassemble pas autour de lui plus d’une soixantaine de disciples. C’est ce petit groupe, très soudé, qui sera à la base de son succès. Quand il arrive à Médine, la cité est à prendre. C’est la plus grosse oasis agricole d’Arabie, sur la grand-route mondiale. Elle a été victime d’une immigration-invasion au cours des soixante-dix dernières années. Fondée par des juifs et habitée uniquement par des juifs, elle a accueilli des Arabes yéménites qui, au tournant du siècle, se sont emparés du pouvoir politique. Depuis lors, factions juives et factions arabes se déchirent. Mahomet, qui a, nous dit Tabari, impérativement besoin de moyens de subsistance, a le front de faire attaquer une petite caravane pendant la trêve religieuse. Immense sacrilège ! Immense scandale ! Mahomet se tient coi pendant un mois… Et rien ne se passe : aucun groupe médinois ne réagit, parce qu’aucun groupe n’est en mesure de réagir face à la violence hors normes d’une petite bande bien soudée. Quelque chose de décisif s’est produit à ce moment-là, comme un facteur déclenchant, la mise en route d’une mécanique que rien n’arrêtera.

Deux mois plus tard, les Musulmans, auxquels se sont joints des Médinois attirés par les perspectives de butin, attaquent une grosse caravane mekkoise qui circule sans gardes – et le butin, cette fois très important, assure de nouveaux recrutements. Peu après, le Prophète fait éliminer des opposants par des meurtres terroristes (une femme poétesse est assassinée au milieu de ses enfants alors qu’elle allaite son dernier né : si ce n’est pas du terrorisme…). La mécanique « violence plus butin égalent expansion » tourne désormais à plein régime sous la direction d’un homme convaincu de sa mission d’envoyé de Dieu, de surcroît très intelligent et qui sait s’entourer. Mahomet dépouille, chasse ou massacre les juifs ; il devient le maître absolu de Médine, passe des accords avec les tribus bédouines, toujours friandes de pillage, asphyxie le commerce de La Mekke, enfin rallie les chefs mekkois qui, ne pouvant se débarrasser de lui, préfèrent se mettre à son service pour, un jour, recueillir son héritage – et c’est ce qui se produira. Par un jeu subtil de conquêtes, de féodalisations, d’alliances, il étend en quelques années sa domination à la quasi-totalité de l’Arabie.

A sa mort, en 632, toutes les zones sous contrôle des Musulmans, y compris La Mekke, se révoltent. Et ce sont les chefs mekkois ralliés de la dernière heure qui répriment la révolte dans le sang et sauvent l’héritage à leur profit. Moins de trente ans plus tard, les descendants du principal collabo mekkois fondera, au mépris de toutes les traditions arabes qui récusaient le principe héréditaire, la première dynastie musulmane, celle des Omeyyades.

Occidentalis : Votre livre renouvelle les connaissances en beaucoup de points. Vous prétendez notamment que Mahomet ne fut pas persécuté à La Mekke.

René Marchand : Nuançons… Il n’était certainement pas bien vu des notables, puisque sa prédication portait atteinte au statut de la cité, capitale d’une religion polythéiste. Mais la tradition elle-même ne parle guère que de brimades ou de sanctions juridiques quand la même tradition nous présente les chefs mekkois sous les traits de caractère les plus noirs. Or, à ma connaissance, personne, parmi les orientalistes même, n’a fait une remarque de bon sens : il n’a pas été tué, alors que lui-même, dès qu’il aura un peu de pouvoir à Médine, fera tuer à tour de bras. Il n’a pas été tué parce que, avec les dizaines de membres de sa secte, il ne paraissait pas très dangereux aux riches et puissants doges de la cité-Etat.

Occidentalis : Votre livre s’ouvre par un chapitre intitulé : Un des maîtres du monde contemporain…

René Marchand : On ne peut rien comprendre aux problèmes que l’islam contemporain pose au reste du monde si on ne se réfère pas aux années de naissance de cette civilisation.

L’islam s’est fondé sur trois matériaux, qui constituent ce que les érudits appellent son « donné scripturaire » :

– le Coran, parole de Dieu, incréé, éternel comme Lui, valable au mot près pour tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux,

– les faits et dits du Prophète et de ses premiers compagnons (hadîth),

– les biographies du Prophète

Je vous ai dit que ces écrits ont été beaucoup « travaillés » sous les Abbassides, mais que, aujourd’hui, les Musulmans ne mettent pas en doute leur authenticité et les pouvoirs politiques et religieux ne permettent pas de les contester. L’islam, ce sont ces trois sources, plus leur développement, qui va donner la Loi (la sharî‘a), laquelle sera déclarée complète et définitive au XIe siècle (« les portes du raisonnement personnel sont fermées »).

Pour se constituer et tout au long de son histoire, l’islam s’est toujours référé à un principe : la sunna. Un principe arabe qui fonde le légal sur le précédent : une chose est juste ou légale parce qu’elle a été considérée comme telle dans le passé. Une notion très importante et qui est à l’opposé de toutes nos conceptions. (Arrêtez-vous un instant que le fait que, dans toutes les variétés d’islam, la grande faute a toujours été l’innovation – bid‘a –.)

Allons plus loin pour voir les différences entre la civilisation islamique et la nôtre. Arrêtons-nous sur ces trois caractéristiques :

a) Des faits historiques, qui se sont produits au temps de nos Mérovingiens, ont été, par la sunna, élevés au rang de modèles, de paradigmes métahistoriques comme disent les historiens des civilisations. Plus : ils sont devenus des articles de la Loi, des obligations ou des interdictions, valables définitivement, non révisables non amendables.

b) La Loi a compétence dans tous les domaines évoqués dans les textes sources, c’est-à-dire tous les domaines de la vie humaine, de la manière de se vêtir jusqu’aux relations sexuelles.

c) Le tout étant justifié à jamais et pour tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux par un absolu : l’ordre (au sens de commandement et d’organisation) du Divin

Occidentalis : Vous parlez donc de totalitarisme.

René Marchand : Pendant des siècles, jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident, il y a deux cents ans, l’Islam tout entier a été un totalitarisme. L’islam comme système, tel qu’on le voit fonctionner au long des siècles tant qu’il est maître de son destin, ne distingue pas le politique et le religieux, comme on le fait remarquer souvent, mais il ne distingue pas plus le profane et le sacré, il ne reconnaît pas la moindre sphère privée aux individus, il interdit la conversion à une autre confession sous peine de mort…

En outre, aucune civilisation n’est allée aussi loin dans le contrôle sur l’individu.

Occidentalis : Et ce totalitarisme est expansionniste et guerrier.

René Marchand : L’islam fait de la guerre contre les non-Musulmans un devoir pieux. Le Coran est un chant de guerre : il tombe, à l’évidence, sous le coup des lois actuelles réprimant l’incitation à la haine pour raisons ethniques ou religieuses. (Les appels au pardon ou à « la tolérance », qui existent aussi dans le Livre, ne concernent que les Musulmans entre eux, jamais les non-Musulmans.) Dans toute l’histoire de l’islam, les non-Musulmans sont à anéantir ou à réduire à un état juridique de sous-homme – un statut défini uniquement par les Musulmans.

Occidentalis : Vous soulignez : Ce totalitarisme est « involutif ».

René Marchand : Toujours la sunna, qui est dans les gênes de l’islam… Les premiers temps n’ont pas seulement servi de sources pour la constitution de l’islam : ils ont toujours et partout été la seule référence pour le meilleur islam et Mahomet, « le beau modèle » en toute chose – ainsi que le définit un passage du Coran (sourate 33). En Occident, nous avons peine à concevoir que cette civilisation a, pendant quatorze siècles, aurait pris pour paradigmes des modes de comportements remontant à Dagobert (contemporain de Mahomet). Notons ce fait historique incontestable : jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident au XIXe siècle, aucune rébellion, aucun renversement de pouvoir ne s’est fait pour un éloignement de l’islam, mais toujours au nom d’un retour à l’islam des origines, censé être plus pur… et plus contraignant.

Occidentalis : D’où une grande différence entre le fondamentalisme chrétien et le fondamentalisme musulman ?

René Marchand : Des différences de nature, essentielles.

a) Tous les musulmans sont et ne peuvent qu’être fondamentalistes. Qualifier seulement ceux que nous nommons « islamistes » de fondamentalistes est une erreur. Un musulman ne peut qu’être fondamentaliste. S’il cessait d’être fondamentaliste, il cesserait d’être musulman.

b) Le fondamentalisme musulman ne vise pas à puiser l’inspiration dans les textes des origines, mais à copier, à imiter les comportements du fondateur et de ses Compagnons, d’autre part à se conformer à une Loi qui touche à tous les aspects de la vie humaine.

c) Enfin, le fondamentalisme chrétien ne concerne qu’une religion. Or l’islam n’est pas une religion, selon nos définitions (il faudrait que l’islam reconnaisse l’existence d’une sphère privée de l’individu, la liberté de conscience, etc.)

Occidentalis : Si l’islam n’est pas une religion, qu’est-il ?

René Marchand : D’après le président du Conseil français du culte musulman lui-même, l’islam est, certes, une religion mais également un droit, une culture, une civilisation, une identité (qui, par parenthèse, a prévalence sur toute autre et dont on ne sort qu’au prix de sa vie).

Considérer l’islam comme une religion, c’est fausser et réduire l’islam. C’est une vision ethnocentriste. Nous bricolons l’analyse d’une civilisation avec des signifiants empruntés à une autre. En ce qui nous concerne, c’est même une attitude de dominant, de colonialiste : nous avons toujours cru tout savoir des Musulmans, que nous avions vaincus.

Définir l’islam comme une religion, c’est aussi tomber dans le piège de nos pires ennemis, c’est, en vertu de nos principes de tolérance, de liberté de pensée… – qui, par parenthèse, n’ont pas cours en islam – nous interdire d’examiner l’islam avec un œil critique.

Occidentalis : Cette remarque est importante. Selon vous, des conclusions politiques sont à tirer du fait que l’islam n’est pas seulement une religion ?

René Marchand : Bien sûr. L’islam-religion est le cheval de Troie introduit dans nos civilisations par les Musulmans qui ont décidé de repartir à la conquête de l’Europe, cette fois par la voie de la subversion et de l’invasion-colonisation.

Les politiques européens doivent définir un statut de l’islam dans nos pays qui tienne compte de la réalité pleine et entière de l’islam, et non d’une définition sans réalité… et utilisée par nos ennemis.

Pour commencer, en France, il faut affirmer que l’islam ne relève pas de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat (il suffit de lire la loi). A ce propos : il ne peut y avoir en France d’enseignement privé musulman (ou alors il faudrait envisager un enseignement privé socialiste, communiste ou UMP). Il y a énormément à dire, notamment au sujet de la diaspora musulmane (phénomène nouveau, qui n’a pas plus de quelques décennies), de la guerre subversive de colonisation de l’Europe qui est conduite par des ennemis qui nous connaissent parfaitement et dont nous ignorons tout (nous « croyons savoir », ce qui est pire que d’ignorer)… Il faudrait insister sur le fait que cette guerre est quasiment masquée par la guerre ouverte, très « télévisuelle », celle des attentats, mais qu’elle est autrement redoutable sur le long terme. Je vous renvoie à mon dernier chapitre : Et maintenant ?…

Occidentalis : Le « totalitarisme involutif » explique, selon vous, le succès des islamistes.

René Marchand : Les « islamistes » ne font qu’un retour aux constantes de l’histoire des Musulmans après la parenthèse de la colonisation. Ils trouvent immédiatement des échos dans la mémoire collective, notamment en évoquant les grandes défaites infligés à la Chrétienté pendant les « Siècles d’or » de l’islam. Ils restaurent une identité malmenée par l’impérialisme occidental, que tous les Musulmans récusent et ils rétablissent une fierté d’appartenance affaiblie depuis deux siècles. En face de cette force déferlante qui recrute sans cesse, aucun parti ne s’est vraiment constitué depuis l’échec (ou la destruction : cf. l’Iraq) des nationalismes plus ou moins laïcistes issus des idées occidentales et, surtout, aucune doctrine de la réforme n’a été élaborée. Les seuls réformistes qui s’expriment ouvertement le font en Europe, en alignant des banalités ou des contrevérités. Leur audience en terre d’islam est nulle. Certains sont des parasites ; il faut se demander combien parmi eux sont des taupes qui visent à désarmer l’Occident en présentant l’image d’un islam « près de », « sur le point de » devenir démocratique et pacifique.

Mahomet, prophète profondément convaincu de sa mission, mais chef de guerre, massacreur, terroriste, demeure « le beau modèle » pour un masse de un milliard deux cent millions d’hommes en explosion démographique. C’est dire l’intérêt que nous avons, nous les non-Musulmans de toutes les parties du monde à mieux

 Voir aussi:

Ne concevoir l’islam que comme une religion est un piège mortel pour les Européens

René Marchand

lundi 13 septembre 2010

Riposte laïque

 (…)

L’islam, défini seulement comme une « religion » : un piège mortel

L’ignorance pousse toujours les peuples à plaquer sur des phénomènes qui leur sont étrangers leurs propres concepts, leur propre grille d’analyse : c’est l’erreur d’ethnocentrisme. C’est ce que nous, Européens, avons fait et continuons à faire avec l’islam, et avec d’autant plus d’aveuglement que nous sommes « ignorants de notre ignorance » : nous croyons bien connaître cette civilisation qui nous est contiguë depuis toujours, que nous avons vaincue au cours des derniers siècles, qui est présente maintenant sur notre sol…

Ainsi, nous définissons l’islam comme une « religion » sans plus de précision. En notre siècle, en Europe, le mot « religion », recouvre un culte, des rites, une tradition…, mais, d’abord et avant tout, une foi, c’est-à-dire quelque chose qui relève de la sphère privée, du droit qu’a chacun chez nous de penser ce qu’il veut et de croire à ce qu’il veut. Et nous tombons dans un piège.

En proférant : « l’islam est une religion » comme une vérité connue de tous et qui ne mérite pas de commentaires, nous nous interdisons, en conséquence, au nom de nos valeurs démocratiques et laïques, d’examiner de près sa nature, son idéologie, ses modes d’expression, ses moyens et ses fins, et, nous nous gardons d’intervenir dans les pratiques de ses fidèles.

Des Musulmans, qui, eux, nous connaissent parfaitement, jouent à fond de notre ignorance satisfaite, mais aussi de notre respect du droit de l’individu, pour réclamer la libre expansion de leur « religion » dans nos nations. L’islam « religion » est l’arme principale des promoteurs de l’islamisation de l’Europe. C’est le cheval de Troie d’un totalitarisme dans une guerre de conquête. Les mots soulignés appellent une explication.

Un totalitarisme, à fondement religieux, à l’opposé de la laïcité

L’islam est bien différent de ce que nous nommons « religion ». En première analyse, disons que c’est un ensemble insécable, à la fois identité (une identité qui a prévalence sur toute autre, à laquelle il est interdit de renoncer sous peine de mort), religion, droit, morale, civilisation, culture – selon les mots de nos langues indo-européennes qui recouvrent très imparfaitement ses composantes.

Dans l’islam, tout a un contenu religieux, tout – absolument tout – est placé sous le signe d’Allâh, en référence à son Livre (le Coran, incréé et éternel comme Allâh), à son Prophète, « le beau modèle », et aux premiers Compagnons de celui-ci…

L’islam ignore nos distinctions entre le politique et le religieux, le sacré et le profane, le droit public et le droit privé, entre le droit, la morale, les moeurs… C’est un totalitarisme, à fondement religieux, sans doute, mais certainement pas simplement une religion au sens que nous donnons, aujourd’hui, à ce mot dans nos pays.

(Gardons-nous de l’ethnocentrisme à tous égards : Le mot « totalitarisme », pour les démocrates occidentaux que nous sommes, est chargé négativement. Mais pour un homme de foi, soucieux de placer sa vie sous tous ses aspects dans la complaisance à son Dieu, il ne peut être que valorisant.)

Concernant les droits et devoirs des individus, le totalitarisme islamique est d’un extrémisme et d’une rigueur sans équivalent dans l’histoire. L’individu est pris dans un lacis d’interdictions et de devoirs pour toutes les occurrences de sa vie. D’autre part, à tout instant, il se trouve placé dans un système croisé de surveillance et de sanction confié à la fois, verticalement, à des cadres : imams, uléma, qadis… et, horizontalement, aux parents, voisins, Musulmans ordinaires.

Seule la prise en compte de ces réalités permet de poser avec pertinence la question de la compatibilité de l’islam avec les principes constitutifs de nos sociétés, en particulier, en France, au regard d’un des piliers de notre république : la laïcité.

– Au plan des concepts, un islam laïc est impensable parce que contraire aux dogmes les plus sacrés. Strictement inimaginable. Comme un cercle carré ou un triangle à quatre pointes.

– Un Musulman peut se dire laïc ; il ne l’est pas, il ne peut pas l’être. Un Musulman qui se prétend laïc est un ignorant, un naïf, un cynique ou une taupe.

– Une variété d’islam acceptant les lois et coutumes d’un pays non musulman, « rendant à César ce qui revient à César », bref, un islam respectant la laïcité dans une nation laïque est tout aussi impossible.

Sur des points aussi essentiels que la place du politique et du religieux ou la liberté de conscience, le choix est binaire : ou la laïcité ou l’islam.

– L’histoire et l’actualité nous fournissent la réponse musulmane à cette question de la compatibilité : dès qu’elle en a le pouvoir, une autorité fondée sur l’islam a toujours réduit à l’état de sujets subordonnés les non-Musulmans et leur a interdit toute propagande pour leur idéologie.

D’où l’importance du combat pour le respect de la laïcité face aux débordements de l’islam dans notre espace civilisationnel. Au demeurant, la laïcité, c’est une pierre de touche irremplaçable pour juger de la menace islamique sur nos valeurs et nos modes de vie.

Résumons : En laissant l’islam prendre ses aises sur notre territoire – avec l’espoir, vain, de le contrôler –, nos gouvernants ne font pas place à une religion de la sphère privée parmi d’autres, mais à un totalitarisme incompatible avec tout ce qui fonde notre civilisation. Et ce totalitarisme est mobilisé en permanence pour la conquête.

(…)

Voir également:

L’idée qui fausse tout…

Hugues Kéraly

novembre 2008

Sedcontra

L’idée que la religion d’un homme puisse relever de sa conscience individuelle (1) est une notion que les croyants de l’islam n’ont jamais partagée. Je ne prétends pas avoir raison seul ni encore moins contre tous en établissant donc ici une distinction essentielle au débat : l’Islam majusculaire qui désigne une civilisation historique et englobe une diaspora contemporaine ne saurait être confondu sans risques avec l’islam minusculaire qui approche (sans s’y confondre) de ce que nous désignons en Occident sous le concept de “religion”… Je soutiens seulement, avec plusieurs autres historiens, philosophes et théologiens laïcs, que rien de ce qui se passe aujourd’hui dans cette famille humaine ne peut être approché hors de cette distinction.

Tenez, un simple exemple, tout-à-fait récent : Ayaan Hirsi Ali, l’ancienne députée des Pays-Bas d’origine somalienne, est toujours condamnée à mort par les “fondamentalistes” musulmans, au titre de sa lutte la liberté de penser. Son assassinat est annoncé par la nébuleuse d’Al-Quaeda depuis le 2 novembre 2004 : sur la poitrine du cadavre ensanglanté du cinéaste Theo Van Gogh, avec qui elle avait réalisé un documentaire contre l’excision, un Justicier d’Allah avait planté cette sentence au couteau…

Lorsqu’elle est venue donner une conférence à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, en février dernier, Bernard-Henri Lévy est intervenu avec sa générosité habituelle pour sommer le Président Sarkozy d’accorder l’asile politique et la nationalité française à cette militante héroïque, en révolte contre les violences physiques et morales imposées aux femmes dans la société musulmane dont elle est issue… Il a eu autant de succès que Jean Daniel ou votre serviteur, en 1975, lorsque nous réclamions à grands cris du Président Giscard qu’il veuille bien donner suite sans délai au vœu le plus cher d’Alexandre Soljénitsyne, banni d’URSS par les autorités du Kremlin : obtenir l’asile politique à Paris, dans le pays des “droits de l’homme” où il voulait poursuivre son œuvre et achever sa vie. La réponse de l’Elysée est tombée sans appel, énergique, courageuse, immédiate : c’était non ! L’Union Soviétique passait alors pour un État “comme un autre”, indépendant, souverain, respectueux de la liberté de conscience, la France n’aurait su lui faire l’affront de penser autrement…

Dans son intervention publique à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, Bernard-Henri Lévy ajoutait, après tant d’autres, qu’il ne saurait confondre la foi proprement religieuse de l’islam avec la folie politique des meurtriers fondamentalistes : “L’huître totalitaire (?) est en train de produire ses derniers effets”, déclarait-il curieusement à cette occasion. Comme on voudrait pouvoir souscrire à cette arrangeante prophétie.

Une distinction dénuée de sens pour l’islam

Tout philosophe qu’il soit, BHL oublie simplement ici que seule une vision judéo-chrétienne des choses (la nôtre) peut faire la part entre le politique et le religieux. L’idée que la religion d’un homme relève de sa conscience individuelle – même si elle ne si limite pas – est une idée chrétienne, active en Europe depuis Philippe Le Bel, mais qu’aucun autre courant religieux n’a jamais partagée. La doctrine de la distinction entre l’Eglise et l’Etat s’est beaucoup affinée au cours des siècles, sous l’action temporelle des princes et des constitutions, sans jamais se contredire. Elle trouve son fondement dans la réponse de Jésus au plus subtil des pièges tendus par les Pharisiens : “Rendez à César ce qu’est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.” (Mt 22, 21).

Or, cette distinction n’a aucun sens pour l’islam (minusculaire), quand bien même toutes les Républiques islamiques du monde proclameraient ensemble en un acte solennel sa distinction entre politique et le religieux. Un vrai Fidèle de Mahomet ne se posera jamais de questions sur le bien-fondé des règles sociales de la Charia et des principes politiques du Coran : confusion des intérêts de l’Islam avec ceux de l’Etat, justification de l’esclavage ou de la mise à mort pour les Infidèles, négation de la liberté et de l’égalité des hommes devant Dieu… A prendre ou à laisser, qu’on le veuille ou non !

“Pendant des siècles, explique René Marchand, jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident, il y a deux cents ans, l’Islam tout entier a été un totalitarisme. L’islam comme système, tel qu’on le voit fonctionner au long des siècles tant qu’il est maître de son destin, ne distingue pas le politique et le religieux, mais il ne distingue pas plus le profane et le sacré. Il ne reconnaît pas la moindre sphère privée aux individus. Il interdit la conversion à une autre confession sous peine de mort. En outre, aucune civilisation n’est allée aussi loin dans le contrôle sur l’individu… L’islam fait de la guerre contre les non-Musulmans un devoir de piété. Le Coran lui-même est un chant de guerre : il tombe, à l’évidence, sous le coup des lois actuelles réprimant l’incitation à la haine pour raisons ethniques ou religieuses. (Les appels au pardon ou à la “tolérance”, qui existent aussi dans le Coran, ne concernent que les Musulmans entre eux, jamais les non-Musulmans.) Dans toute l’histoire de l’islam, les non-Musulmans sont à anéantir ou à réduire à un état juridique de sous-homme – un statut défini uniquement par les Musulmans… Tous les musulmans sont et ne peuvent qu’être fondamentalistes. Qualifier seulement ceux que nous nommons islamistes de fondamentalistes est une erreur. Un musulman ne peut qu’être fondamentaliste. S’il cessait d’être fondamentaliste, il cesserait d’être musulman.” (René Marchand, entretien pour la parution de son dernier ouvrage : Mahomet. Contre-enquête, Editions de l’echiquier).

Merci de nous répondre avec des arguments !

Faire abstraction cette constante historique, au motif que beaucoup de musulmans intégrés dans nos villes ont suivi le même chemin de sécularisation progressive et d’affadissement ou de rejet des dogmes que leurs frères et sœurs de confession chrétienne, ne répond en rien à la question posée…

Nous nous trompons peut-être contre Bernard Henri Lévy et Nicolas Sarkozy sur tout ou partie de cette analyse revendiquée comme incontournabe par Khomeni, Katami, Qaradawi, Boubakeur, Rushdie, Ramadan, Hirsi Ali, René Marchand et Hugues Kéraly. Mais le sort du monde occidental, et spécialement celui du bassin méditerranéen, est en jeu. Il va faloir quand même nous nous répondre avec des arguments !

(1) Sur la relégation libérale de la religion dans la “sphère privée”

L’idée que la religion relève de la “sphère privée” des seules consciences individuelles fait partie de la dogmatique du relativisme et de l’agnosticisme “libéral”, qui permet d’aplanir et cherche à neutraliser toutes les croyances dans le même panier, en les déchargeant aussi de toute responsabilité civique et politique dans l’action pour le bien commun de la Cité. Nous ne la partageons aucunement.

Le texte publié ci-dessus n’avait pour but que de dénoncer l’erreur de perspective qui nous fait considérer l’islam comme une “religion” où le spirituel et le politique appartiendraient comme dans le christianisme à deux ordres distincts. L’islam est une théocratie totalitaire qui ne laisse aucune place à la liberté dans la relation du croyant (le “soumis”) avec Dieu. Seul le christianisme établit une relation entre la personne humaine et la personne divine, et dit sa foi à la première personne du singulier : Credo, “je” crois.

L’idée si fortement chrétienne que l’homme puisse partager une liberté quelconque avec son créateur dans le destin du monde, qu’il doive mobiliser sur terre son intelligence et sa liberté pour servir son prochain et faire retour après cette vie à la Divinité, cette conviction mystique n’a aucun sens aux yeux des croyants de l’Islam, toutes obédiences confondues. Elle constitue même pour eux une impiété considérable, comme insulte à la transcendance et à l’omnipotence d’Allah.

Cela dit, le christianisme, qui distingue fortement les responsabilités du pouvoir temporel de celles du pouvoir spirituel, ne sépare aucunement l’un et l’autre au regard des obligations issues du droit naturel, accessibles aux lumières de la raison et seules capables de mobiliser les libertés individuelles en direction du bien commun. Nous y reviendrons dans un prochain dossier de sedcontra.fr

 Voir par ailleurs:

 

Allah akbar ? 

Emmanuel Barbier

Sedcontra

 nov. 2010

L’article sur la Toussaint sanglante de Bagdad, dans le dernier numéro, nous a valu d’énergiques réprimandes de plusieurs membres du clergé catholique. Ils nous reprochent d’ignorer que l’islam est d’abord “une religion de paix, d’amour et de tolérance” dans le cœur de la majorité de nos frères musulmans, idéal trahi par les terroristes islamiques qui assassinent au nom d’Allah.

Un Français clerc ou laïc sans culture orientale abordera l’islam, en effet, comme une religion : une façon de se relier au mystère des origines et à celui des fins dernières de l’homme, qui relève dans la doctrine républicaine des ressorts du “libre arbitre“ et appartient au domaine de la “sphère privée”…

Si ce Français est journaliste ou politicien, donc convaincu que “toutes les religions se valent” et que l’Etat doit les traiter sur un pied d’égalité, la martingale du contre-sens intégral est bouclée : l’islam sera considéré en toute bonne foi comme socialement et politiquement aussi “neutre” que le catholicisme contemporain. Dans cette perspective fermée au sens, la République peut donc légitimement créer des aumôneries d’imams dans les centres de détention, autoriser l’ouverture d’écoles coraniques et donner (voire financer) des lieux de culte pour tous nos musulmans !

Si ce Français est sociologue, ou spécialiste de l’histoire des peuples, il va regarder du côté des identifiants communautaires, des modes de vie, du droit familial, des traditions pédagogiques, des arts, des lettres, et nous décrire une culture radicalement distincte de celle qui caractérisait jusqu’à une date récente les idéaux et les mœurs de la Chrétienté. Bref, il va nous conduire à l’idée d’ailleurs fort juste que l’islam se considère partout dans le monde comme une grande civilisation. Bien supérieure à toutes les autres, cela va de soi.

Si ce Français enfin est historien, philosophe, géopoliticien, il décrira l’islam comme une entité politique d’un genre particulier, pluri-éthnique, transnationale et transcontinentale, comparable en bien des points à l’empire que Staline avait fondé dans les années cinquante autour du Parti Communiste d’Union Soviétique : un empire guerrier, sans foi ni loi, totalitaire avec ses sujets, esclavagiste avec les autres, et toujours conquérant…

René Marchand montre fort bien, dans La France en danger d’islam, que cet empire est entré aujourd’hui dans l’enthousiasme des Espagnols du Moyen-Age, au XIe siècle, lorsqu’ils lancèrent la Reconquista. Il a raison de s’en alarmer. Nous n’avons plus de Charles Martel, de Cid Campeador, de saint Louis, de Père de Foucauld ou de maréchal Lyautey à mettre en face. Plus de soldats chrétiens à croiser. Plus d’instituteurs, d’infirmiers, de missionnaires. Plus de pasteurs en chaire pour soutenir la cause d’une société chrétienne contre les prétentions idéologiques et politiques des autres empires et des autres religions. L’aggiornamento est passé par là. Les catholiques se taisent, quand ils ne se terrent pas. S’ils vont chaque dimanche à la messe, leur héroïsme est saturé. Dix siècles exactement séparent nos mentalités.

Religion, culture, droit positif, civilisation, empire, l’islam minusculaire des “cinq pilliers de la foi” ou l’Islam majusculaire des conquêtes arabo-musulmanes revendique de façon légitime toutes ces dimensions, comme ce fut le cas du christianisme en France, de Clovis à Napoléon III. Traiter de l’une en oubliant les autres, c’est s’assurer d’avance de n’y comprendre rien.

René Marchand a raison d’insister sur l’incompatibilité des valeurs proprement musulmanes, en terre d’Islam, avec celles de notre civilisation. Je crois cependant que nous pourrions aussi nous réjouir de ce que 95% des musulmans de France soient conquis par un modèle respectueux de la femme, des droits de la conscience individuelle et du libre arbitre en matière de religion… sans cesser de se dire musulmans !

Sommes-nous capables de les convertir au christianisme en une génération ? Dans l’état actuel des convictions militantes des familles et du clergé catholiques, la réponse est non.

Sont-ils capables de nous aider nous-mêmes à faire un bout de chemin dans la réhabilitation identitaire du catholicisme et de la société qui en est issue ? La réponse est peut-être, pourquoi pas, réfléchissons-y… Dieu souvent écrit droit avec des lignes courbes, savantes et compliquées. Comme la calligraphie arabe, vous connaissez ?

Voir de plus:

Témoignage. Le calvaire d’un musulman irakien devenu catholique

Le prix d’une conversion

Raphaëlle Desjoyaux

Valeurs actuelles

 13/05/2010

Dans un livre, Joseph Fadelle raconte les violences qu’il a subies après sa conversion au christianisme. Il vit aujourd’hui en France.

« Même à cet instant je n’y crois pas. Non ! Je ne veux pas croire que les membres de ma propre famille puissent avoir réellement l’intention de me tuer. » Joseph Fadelle est arrivé en France il y a neuf ans, comme réfugié irakien. Son vrai nom : Mohammed al-Sayyid al-Moussaoui. En Irak, ce nom ouvre les portes de l’influence, de la richesse et du pouvoir. Les Moussaoui sont une grande famille aristocrate chiite. Par son père, Mohammed peut remonter jusqu’à l’imam Ali, cousin et gendre de Mahomet. À Bagdad, les gens le saluaient et l’appelaient « Sayid Malouana », ce qui signifie “notre seigneur”. Aujourd’hui, Joseph Fadelle n’est plus qu’« un déraciné, un apatride, un clandestin ». Parce qu’il s’est converti au christianisme. « Ta maladie, c’est le Christ, et il n’y a pas de remède. Tu ne pourras jamais en guérir », lui disent ses frères.

Sa conversion date de 1987. Alors qu’il effectue son service militaire, à Bassora, il se retrouve dans la chambre d’un chrétien.

Pour lui, c’est une humiliation : « Chez moi, les chrétiens sont considérés comme des parias impurs, des moins-que-rien avec qui il faut éviter à tout prix de se mélanger. Dans le Coran que je récite chaque jour depuis ma plus tendre enfance, ce sont des hérétiques qui adorent trois dieux. » Massoud, son camarade de chambrée, l’invite simplement à relire le Coran. Cette lecture fait basculer sa vie. Il ne reconnaît pas dans ce texte le Dieu d’amour auquel il veut croire. « Le texte sacré de l’islam a perdu pour moi de sa force de conviction, au point de douter qu’il soit la parole d’Allah. » Le vrai basculement s’opère lorsque son camarade lui met la Bible entre les mains ; c’est alors qu’il se prend de passion « pour ce Jésus-Christ dont parlent les Évangiles ». Une passion qu’il vivra dans sa chair.

Car, en Irak, abjurer la religion musulmane, c’est risquer la mort. Pendant dix ans, Mohammed échappe au sort qui lui est promis en cachant sa conversion à sa famille. Avec son père et ses frères, il s’incline cinq fois par jour en direction de La Mecque, mais c’est Jésus qu’il invoque au lieu de dire Al-Fâtiha, le prologue du Coran que récitent chaque jour des millions de musulmans.

À son grand étonnement, c’est d’abord l’Église qui va le rejeter. Mohammed veut recevoir le baptême. À chaque fois, il essuie un refus. Pour les chrétiens d’Irak, un musulman qui frappe à la porte est une menace, qu’il s’agisse d’un espion ou qu’il veuille se convertir. Le prosélytisme est passible de mort : « En demandant le baptême, tu risques ta propre vie mais aussi celle des chrétiens qui auront répondu à ta demande », lui explique un prêtre. Un autre est encore plus direct : « Il n’est pas question de sacrifier un troupeau entier pour sauver une seule brebis. »

Même sous le régime présumé laïc de Saddam Hussein, les chrétiens d’Irak vivent dans un climat constant de peur et de brimades. Ils étaient plus d’un million dans les années 1980, ils seraient aujourd’hui moins de la moitié. « Cela a été douloureux de voir toutes ces portes fermées. Mais avec le recul je comprends la situation. Ils tremblent de peur. » À force de persévérance,Mohammed finit par obtenir l’autorisation de se rendre à la messe.

Quand elle apprend sa conversion, c’est sa famille qui le rejette. Plus pour une question de réputation que par vraie conviction théologique. Son père ne peut supporter la honte que représente le fait d’avoir un fils chrétien. D’autant que Mohammed, qui a neuf frères et dix soeurs, est l’héritier, « le préféré », désigné pour succéder à son père. Sa mère, elle, ne lâche que deux mots : « Tuez-le. » La plus haute autorité chiite d’Irak, l’ayatollah Mohammed Sadr, prononce la fatwa qui scelle son sort : « S’il se confirme qu’il est chrétien, alors il faudra le tuer, et Allah récompensera celui qui accomplira cette fatwa. »

En guise d’avertissement, il est enfermé dans la prison Hakimieh où sont détenus des prisonniers politiques. Il devient le numéro 318. Pendant trois mois, il y est battu et torturé : on veut qu’il donne les noms de ceux qui l’ont conduit à embrasser la foi chrétienne. Mohammed se tait. Il passera seize mois en prison. Il pesait 120 kilos en arrivant, il n’en pèse plus que 50 à sa sortie. Pendant les mois de solitude et de privations, une seule pensée le fait tenir : vivre jusqu’au baptême et à la communion.

Mais il risque sa vie en restant en Irak. Un prêtre lui conseille de quitter le territoire, avec ses deux enfants et sa femme, qui s’est elle aussi convertie. Mohammed choisit de fuir en Jordanie où il est hébergé par une famille de chrétiens. Dans la clandestinité, il est baptisé avec sa famille et change de nom. Le danger reste omniprésent ; ses frères le recherchent, le retrouvent, veulent le ramener en Irak. Devant son refus, son cousin lui tire dessus à bout portant. Mystérieusement, la balle ne l’atteint pas, tandis qu’une « voix féminine, intérieure, [lui souffle] de fuir à toute vitesse ». Il n’est touché qu’au mollet, s’effondre et se réveille dans un hôpital, sans savoir ce qu’il fait là ni comment il est encore en vie.

De nouveau condamné à l’exil pour mettre sa famille à l’abri, il obtient avec difficulté un visa pour la France. Quitter l’Orient est un déchirement, mais il n’a plus le choix : « L’islam et la société qui émane de cette religion m’auront privé de la plus élémentaire liberté. Elle seule m’aurait permis de vivre en paix sur cette terre d’Orient qui est aussi celle des chrétiens. […] Je me sens arraché à ma terre, telle une feuille d’arbre tombée par terre et balayée par les vents, piétinée. »

Une religion pour laquelle la laïcité ne signifie rien

La famille Fadelle débarque à Paris le 15 août 2001. Joseph, son épouse et ses deux enfants participent aussitôt, sur le sol français, à une procession dédiée à la Sainte Vierge. Impensable en terre musulmane. Aujourd’hui, Joseph Fadelle a obtenu la nationalité française. Il a écrit le Prix à payer pour témoigner : « Ce livre correspond à ma mission : dire le danger de l’islam », une religion désireuse d’imposer, à tous, ses dogmes et ses coutumes. Une religion pour laquelle la laïcité ne signifie rien.

Joseph Fadelle ne regrette rien. Il espère seulement être entendu par ceux qui l’ont accueilli. Et peut-être, un jour, « vivre dans un Irak où les chrétiens auront le droit de cité » : « Je veux que la société change ou, mieux, qu’elle devienne chrétienne. » Raphaëlle Desjoyaux

Le Prix à payer, de Joseph Fadelle, L’OEuvre éditions, 224 pages, 18 €.

Voir de même:

Vatican. La question des chrétiens d’Orient au cœur du dernier synode

Annie Laurent : “Les chrétiens pris pour cibles”

Frédéric Pons

Valeurs actuelles

04/11/2010

Annie Laurent était experte auprès du synode sur l’Église catholique au Moyen-Orient. Elle publie “Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ?” (éditions Salvator) et répond à nos questions.

Quels ont été les thèmes les plus forts des deux semaines de synode ? Il s’agissait d’envisager comment parvenir à une meilleure unité des catholiques ressortissants de dix-sept pays (treize États arabes, Iran, Turquie, Chypre et Israël) en vue de rendre l’Évangile plus crédible et attrayant dans cet environnement troublé par le conflit israélo-palestinien, l’islamisme, le chaos en Irak et l’intolérance turque, mais aussi par des divisions entre les chrétiens, y compris entre les catholiques.

Qu’ont dit les évêques présents ? Rejetant le concept de laïcité, inapplicable dans leur région, ils préfèrent demander au gouvernement de leur pays la mise en oeuvre d’une citoyenneté égalitaire, le respect de la dignité de la personne humaine et la garantie de la liberté religieuse. Ils revendiquent le droit de participer pleinement à la vie de leur société.

Et leur identité chrétienne ? Elle a été aussi au cœur des débats, avec la nécessité d’une formation solide des baptisés. Bien entendu, les rapports avec les orthodoxes, les protestants, les juifs et les musulmans ont été examinés. Des délégués fraternels relevant de ces religions ont été invités à s’exprimer devant l’assemblée. Le dialogue avec tous est apparu comme une nécessité vitale pour les chrétiens.

Dans quel but ? Pour trouver des solutions afin d’enrayer l’exode qui risque de voir à terme le berceau du christianisme se transformer en champ de pierres mortes, faute de fidèles.

Mais que ressort-il de ces travaux ? Ces réflexions ont été reprises dans un long message adressé par les évêques à leurs fidèles, et dans 44 propositions qui permettront à Benoît XVI de rédiger une exhortation apostolique, laquelle engagera l’Église universelle. Ce document devrait paraître dans quelques mois.

Le pape a-t-il été réellement présent ? Oui, très présent, ouvrant les séances par une prière avec l’assemblée. Nous l’avons vu très attentif à lire les textes, à écouter les interventions orales. Il n’a pris la parole que dans ses homélies, lors des messes d’ouverture et de clôture. Il ne s’est prononcé personnellement sur aucun des sujets traités. Il a aussi présidé un déjeuner festif auquel le Vatican avait convié tous les participants au synode.

Y étiez-vous ? Oui, bien sûr, avec tous les experts, environ 300 personnes.

Au bilan, quels sont les pays où les chrétiens sont les plus menacés ? La situation dramatique en Irak a été à l’origine de la convocation de ce synode. Il y avait urgence. En sept ans, ce pays a perdu plus de la moitié de ses chrétiens : leur nombre est passé d’environ un million à 400 000 personnes. Les violences qu’ils subissent résultent de l’impuissance de l’État à assurer la sécurité de tous ses citoyens et de la confusion que font souvent les musulmans entre christianisme et Occident. Pour protester contre la politique des grandes puissances, ces musulmans font de leurs compatriotes chrétiens des boucs émissaires.

Et ailleurs ? Le synode a mis en évidence la situation très difficile que connaissent les centaines de milliers de chrétiens immigrés dans les pays de la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Yémen…) où ils sont exploités, privés de nombreux droits, dont la pratique cultuelle. En Arabie Saoudite, ils ne peuvent même pas être enterrés, sous peine de souiller la terre de l’islam ! Ces traitements sont d’autant plus injustes que ces travailleurs contribuent à la prospérité des pays concernés. Au-delà des violences physiques ou morales, les chrétiens de tous ces pays vivent dans une angoisse existentielle sans précédent. L’Église veut les aider à assumer cette précarité.

Propos recueillis par Frédéric Pons

Voir aussi:

Les chrétiens, nouveaux martyrs d’Orient

Guillaume Mercey, Sébastien Juzac

Valeurs actuelles

6 novembre 2008

En Irak, la vie quotidienne des chrétiens est devenue si intenable depuis la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003, que leur nombre a diminué de moitié, passant en cinq ans de 800 000 à 400 000 âmes. Mossoul, la deuxième ville du pays (deux millions d’habitants) est l’épicentre des persécutions. C’est là que les baptisés souffrent le plus. Une dizaine d’entre eux ont été assassinés en septembre, pendant le mois du ramadan. Douze autres ont subi le même sort depuis le début d’octobre.

Les tueurs n’hésitent pas à agir à visage découvert et en plein jour. En même temps, des voitures munies de hautparleurs sillonnent la ville pour enjoindre les chrétiens de “quitter la terre de l’Islam“.Des “ordres” semblables leur sont adressés par courrier accompagné de cartouches.La panique a été telle que quelque 2 000 familles chrétiennes,sur les 4 500 résidant à Mossoul, se sont enfuies vers les localités chrétiennes de la plaine de Ninive,dans l’arrière-pays.

« Les derniers événements de Mossoul nous ont vraiment ébranlés », confie Mgr Georges Casmoussa, l’archevêque syrien-catholique de ce diocèse, invité à Paris par l’AED. Les chrétiens de sa ville ont déjà été durement éprouvés.Il y a trois ans, Mgr Casmoussa fut capturé et libéré contre le paiement d’une rançon. En mars dernier,son homologue chaldéen, Mgr Paul Rahho, a été retrouvé mort deux semaines après son enlèvement.

À ces deux dignitaires ecclésiastiques s’ajoutent bien d’autres victimes anonymes, sans oublier les pressions qui s’exercent sur les chrétiens pour qu’ils adoptent des moeurs islamiques (port obligatoire du voile pour les femmes, interdiction de la vente d’alcool, etc.). Dans le monde entier, le cycle des persécutions commence toujours de la même façon : une sourde pression sociale, des petites vexations administratives, suivies de menaces verbales, puis d’agressions physiques jusqu’aux attentats meurtriers. Le “nettoyage religieux” qui s’opère à Mossoul est drama dramatique pour les chrétiens d’Irak, parce que cette ville du Nord est un symbole fort. Voisine du site de l’antique Ninive biblique, Mossoul est, avec toute sa région, l’un des principaux points d’ancrage du christianisme mésopotamien. Selon la Tradition, l’apôtre saint Thomas y a instauré les prémisses de l’Église avant de partir pour l’Inde.

Siège de quatre évêchés (deux catholiques et deux orthodoxes), la cité compte aussi en son sein vingt-six églises, dix couvents et plusieurs centres de catéchèse, ainsi que des écoles tenues par des religieuses. Il y a encore peu de temps, on faisait ici des projets d’avenir. À l’automne 2000, dans le cadre du grand jubilé de la naissance du Christ, les catholiques de Mossoul commémoraient l’arrivée des premiers dominicains venus d’Europe, deux cent cinquante ans auparavant.

Dans son couvent Notre-Dame-de-l’Heure, magnifiquement restauré, le prieur, Nagib Mikhaël, un Irakien, annonçait alors l’ouverture d’un noviciat sur place.De nombreux amis musulmans et yézidis participèrent aux journées festives organisées pour l’occasion. Je fus témoin de l’hommage qu’ils adressaient tous aux fils de saint Dominique et à l’Église en général pour les progrès apportés à la population locale. Aujourd’hui, il ne reste qu’un gardien dans le bâtiment déserté par les religieux, contraints de se replier dans les villages des alentours.

Mgr Casmoussa ne regrette pas le régime de Saddam Hussein. « Mais, observe-t-il, la malheureuse arrivée des Américains a entraîné une détérioration générale de l’État et de la société : on a prétendu nous apporter la démocratie, nous avons le désordre. » L’archevêque fonde malgré tout son espérance sur les gestes d’humanité de certains musulmans envers leurs voisins assiégés, même si tout semble indiquer l’existence d’un « plan pour vider l’Irak et tout le Proche-Orient de ses chrétiens ». Les autorités irakiennes, malgré leurs promesses, ne s’opposent que mollement à cette entreprise. Il a fallu dix jours avant que des renforts militaires arrivent à Mossoul, explique Mgr Casmoussa, qui dénonce « l’irresponsabilité » de l’État face au fondamentalisme islamique. (…)

Voir enfin:

Les voeux du Président aux autorités religieuses

DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Palais de l’Elysée

Vendredi 7 janvier 2011

Monsieur le Cardinal,

Monsieur le Métropolite,

Monsieur le Grand Rabbin,

Monsieur le Président du Consistoire Israélite de France,

Monsieur le Pasteur,

Monsieur le Président du culte musulman,

Monsieur le Recteur de la Mosquée de Paris,

Monsieur le Président de l’Union Bouddhiste de France,

Excellences,

Messieurs les représentants, en France, des églises d’Orient

Madame le Ministre d’État,

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs,

Et si vous me le permettez, mes chers amis,

Il y a une semaine jour pour jour, des femmes et des hommes, qui quelques instants auparavant étaient encore prosternés dans la prière, ont été sauvagement assassinés, leurs corps déchiquetés par les éclats d’une bombe meurtrière.

C’était à Alexandrie, la nuit du 31 décembre dernier, sur le parvis de l’église de Tous les Saints.

Ces femmes et ces hommes, accompagnés parfois de leurs enfants, se préparaient spirituellement à l’une des principales fêtes du monde chrétien, Noël.

Une fête que le calendrier orthodoxe célèbre à treize jours de distance de notre calendrier grégorien.

Alors même que nous entrions dans le nouvel an, ils vivaient l’Avent.

C’est aujourd’hui, date du Noël Copte, que ces hommes et ces femmes auraient dû se retrouver en famille, dans cette église désormais ensanglantée, pour célébrer la Nativité.

J’ai, croyez-le bien, en ce moment-même, une pensée très douloureuse pour leur mémoire à laquelle je tiens à rendre devant vous un ultime hommage.

Ils s’apprêtaient à fêter la naissance du Christ, la fureur d’un kamikaze les a condamnés à mort.

Ils venaient de recevoir et de se donner la Paix, ils ont été tués à l’arme de Guerre.

Leur crime ?

Pratiquer leur religion ;

Leur crime ?

Fêter la naissance d’un « Sauveur » qui pour les uns, n’est pas le Messie et qui pour les autres, n’est pas le Prophète.

Leur crime ?

Appartenir à une minorité religieuse. Une minorité très ancienne, une minorité qui conserve pieusement la mémoire du christianisme des premiers siècles, un christianisme bouillonnant et encore clandestin. Le christianisme des Actes des Apôtres, des Lettres et des Epitres. Une minorité qui depuis bientôt deux mille ans, participe à l’immense richesse culturelle et humaine d’un pays lui-même millénaire. Un pays où est apparu, pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, il y a de cela trente trois siècles, l’idée de Monothéisme. Un très beau, un très grand pays : l’Egypte.

Cette minorité, c’est bien évidemment la communauté Copte qui tire son nom même de son pays, l’Égypte. Communauté dont je tiens à saluer, aujourd’hui, la présence des représentants, ici à l’Elysée, pour cette cérémonie de vœux hélas assombrie par ces drames.

Une communauté à laquelle je veux présenter non seulement mes condoléances personnelles, mais les condoléances de la France.

La France a été fortement émue par ce drame atroce le soir de notre Saint-Sylvestre mais la France est aussi inquiète car la tuerie d’Alexandrie n’est malheureusement pas un acte isolé.

Des évènements tout aussi monstrueux ont semé, depuis quelques semaines, la consternation au Moyen-Orient. La veille même de l’attentat d’Alexandrie, le 30 décembre, une dizaine de bombes déposées devant des maisons chrétiennes de Bagdad ont semé la mort, ont semé l’effroi.

Dans la même ville deux mois plus tôt, un commando d’Al-Qaïda prenait d’assaut la Cathédrale syriaque de Bagdad et exterminait, il n’y a pas d’autre mots, parfois à l’arme blanche, plus de cinquante personnes. Les victimes, dans ce cas s’apprêtaient à fêter la Toussaint, c’était essentiellement des femmes et des enfants. Il semble donc que chaque fois le calendrier liturgique ait été soigneusement consulté par les terroristes. Il ne leur suffit pas de tuer des fidèles, il convient également que ces fidèles soient assassinés de façon barbare les jours de fête.

Chacune des religions que vous représentez ici a ses martyrs et chacun les révère ou les célèbre selon ses rites.

Dans chacune des religions que vous représentez ici, des femmes et des hommes ont sacrifié leur vie pour défendre leur foi et par là leur liberté de croire ; car c’est une liberté.

Chacune des religions que vous représentez a ses martyrs, a été persécutée et l’on a aussi, trop souvent hélas, persécuté en dévoyant son nom, je veux dire le nom de votre religion.

Si je pouvais, ici, utiliser le mot de martyr, alors je dirais que les martyrs d’Alexandrie ou de Bagdad ne sont pas uniquement des martyrs coptes, syriaques, ou maronites.

Ils sont collectivement nos martyrs.

Ils sont les martyrs de la liberté de conscience.

Les Français n’acceptent pas, la France n’acceptera jamais que l’on puisse impunément prendre des innocents en prière pour cible d’un terrorisme délirant et barbare.

Au nom de la France je condamne ces crimes avec la plus grande fermeté et la France continuera de condamner ces crimes depuis toutes les tribunes que lui offrent le droit international et son rang dans le Monde. La ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères y veillera au nom de la diplomatie française.

Aucun être humain ne peut accepter que l’on massacre un autre être humain pour ce qu’il est ou pour ce qu’il croit, ce qui est la même chose. S’en prendre à une vie innocente c’est s’en prendre à l’Humanité toute entière.

Ainsi, devant ce déchaînement d’une violence aveugle mais diaboliquement orchestrée, je le dis avec émotion et avec fermeté, en ce matin d’un jour particulier pour la communauté copte, en me tournant vers le représentant de Patriarcat copte d’Alexandrie, cher Père Lucas Guirguis, pour l’assurer, en votre nom à tous et bien au-delà de ce lieu, de notre solidarité : dans l’église d’Alexandrie, c’est toute la Communauté des hommes qui a été frappée ; c’est la Civilisation humaine qui a été défiée.

Oui, le sort des chrétiens d’Orient nous concerne tous parce qu’il symbolise, bien au-delà des chrétiens et bien au-delà de l’Orient, les enjeux du monde globalisé dans lequel nous sommes entrés de façon irréversible.

La France est émue, la France est inquiète. Pour autant, la France ne se contente pas de déplorer, elle agit.

Dès le lendemain de l’attentat du 31 octobre contre l’église syriaque de Bagdad, le gouvernement a organisé l’accueil de cent cinquante chrétiens irakiens blessés dans l’attentat. La France n’avait d’ailleurs pas attendu ces drames pour porter secours aux chrétiens d’Orient. Dès 2007, le gouvernement français avait permis à des hommes et des femmes directement menacés de quitter l’Irak. Ils ont été plus d’un millier à en bénéficier.

Mais — car il y a un mais – il faut y prendre garde, nous ne pouvons pas non plus admettre et donc faciliter ce qui ressemble de plus en plus — j’emploie un mot fort — à un plan particulièrement pervers d’épuration du Moyen-Orient, d’épuration religieuse. En Irak comme en Egypte, les chrétiens d’Orient sont chez eux et ils le sont pour la plupart depuis 2000 ans.

Nous ne pouvons pas accepter que cette diversité, humaine, culturelle et religieuse qui est la norme en France, en Europe et dans la plupart des pays occidentaux disparaisse de cette partie du monde. Les droits qui sont garantis, chez nous, à toutes les religions, doivent être réciproquement garantis dans les autres pays.

Chaque État, chaque civilisation, chaque société a ses lois, ses principes et ses règles de vie commune mais il existe aussi des principes universels auxquels la très grande majorité des États du monde a souscrit. Ces principes garantissent, comme le pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, le droit à la liberté de pensée, le droit à la liberté de conscience, le droit à la liberté de religion.

Pourtant, au Pakistan, une mère de famille a été récemment condamnée à mort.

Pourquoi ? Elle est pauvre, elle est chrétienne, c’est une ancienne intouchable.

Son nom : Asia BIBI.

Son crime ? Avoir bu dans le verre de sa voisine, qui a vu là un geste impur, un blasphème.

Oui, il existe au Pakistan une loi qui punit le blasphème. Cette femme, Asia BIBI, a donc été condamnée. Des voix se sont élevées dans son propre pays pour dénoncer cette condamnation. Ces voix l’on payé cher. Mais la tête d’Asia BIBI a été mise à prix par des extrémistes.

Si elle est libérée, elle risque la mort. La France est concernée par cela.

La communauté musulmane de France elle-même est d’ailleurs la première horrifiée, je le sais, par les crimes que l’on commet au nom de l’Islam.

Je veux remercier tout personnellement le Recteur BOUBAKEUR pour les mots très clairs, très fermes et d’une très grande bonté qu’il a prononcés à la suite de l’attentat d’Alexandrie.

Mais je veux également saluer l’initiative du Conseil Français du Culte musulman et de son Président Mohamed MOUSSAOUI qui a dépêché une délégation pour assister à la messe du Noël Copte en signe de solidarité. Messe à laquelle assistait également le ministre de l’intérieur.

Les réactions unanimes dans le monde musulman — y compris de la part de gouvernements ou de mouvements dont la modération n’est pas toujours la principale caractéristique — témoignent du rejet absolument massif de ces attaques lâches, barbares qui ont aussi pour but, ne soyons pas aveugles, de déstabiliser les pays où elles ont lieu.

La religion, la tradition, l’histoire du monde musulman montre qu’il a toujours toléré, parfois même accueilli et protégé ceux que le Coran lui-même appelle les « gens du livre ».

Faut-il rappeler que ce monde musulman a accueilli et protégé les juifs et les marranes qui fuyaient une Europe sur laquelle s’étendait l’ombre redoutable de l’Inquisition.

Moins loin de nous, il n’est pas inutile d’évoquer, surtout dans les circonstances actuelles, le geste plein de noblesse de l’émir ABDELKADER volant au secours des chrétiens maronites de Damas.

Les résultats d’un sondage publié avant-hier dans un grand journal du soir et qui montrent qu’un trop large tiers des Français et des Allemands interrogés considèrent les musulmans comme une menace me préoccupe et ne peut que préoccuper les hommes et les femmes de bonne volonté.

Si telle religion est irrationnellement perçue, chez nous, comme une menace, nous devons combattre cette réaction irrationnelle par la connaissance mutuelle et par la compréhension de l’Autre.

L’Islam n’a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu qui tuent aussi bien des chrétiens que des juifs, des sunnites que des chiites. Le terrorisme fondamentaliste tue aussi des musulmans.

Nous le savons bien. Vous le savez parfaitement bien vous, hommes de foi et de sincérité, mais nous devons le dire inlassablement si nous ne voulons pas que les opinions occidentales, sincèrement émues par ce massacre des innocents, ne s’enferment dans la défiance, dans la peur et donc dans l’amalgame.

Les menaces qui ont visé, il y a quelques jours, les églises coptes de France sont inadmissibles et le gouvernement les prend très au sérieux. Un dispositif de sécurité a été pris pour que les célébrations du Noël copte qui concernent plusieurs dizaines de milliers de fidèles qui doit se dérouler dans la paix et la sérénité indispensables.

Ce qui vaut pour le Noël Copte aujourd’hui vaut bien évidemment pour tous les lieux de cultes qui se trouvent sur le territoire et donc sous la protection de la République.

Sans aller, heureusement, jusqu’à des évènements aussi tragiques que ceux auxquels je viens de faire allusion, chaque fois qu’un cimetière est profané, chaque fois qu’une synagogue est violée, qu’une mosquée ou qu’une église sont l’objet d’actes de vandalisme ou d’insultes, les auteurs de ces actes seront recherchés, ils seront jugés, ils seront punis. Et je veux dire ici, combien à nos amis et à nos compatriotes musulmans, combien je suis scandalisé par les actes dégradants qui ont eu lieu dimanche dernier sur le chantier de la mosquée de Nogent-le-Rotrou. Ces actes, et je m’y engage, ne resteront pas impunis.

Je vais être ici très clair sur les principes et rappeler la Loi, la Loi française, la Loi qu’il convient de respecter si l’on veut pouvoir vivre librement sur notre sol, que l’on soit français ou que l’on soit étranger.

Le principe, il peut être compris de tous ; chacun doit pouvoir, en France, prier le Dieu de son choix, celui-là même que l’on invoque dans le secret de son for intérieur, qu’il soit celui de ses ancêtres ou celui que l’on a choisi par la conversion.

Chacun doit pouvoir, en France, prier dans la paix, la sécurité et dans la dignité. La Prière ne fait pas de bruit, la Prière n’offense pas, la prière n’agresse personne.

Chacun doit évidemment avoir le droit, en France, de ne pas prier.

Chacun a évidemment le droit, en France, de proclamer n’avoir « ni Dieu ni Maître ».

Chacun a évidemment le droit en France de professer les fameux maîtres du soupçon, ces fameux penseurs qui comme Nietzsche, Marx ou Freud, bousculèrent bien des certitudes et parfois ébranlèrent des convictions que l’on croyait solides.

Chacun a le droit en France de perdre la foi, de la trouver ou de la retrouver.

Mais attention, que la liberté de culte et donc la liberté de conscience soient simplement menacées et c’est l’édifice républicain lui-même qui vacille.

La liberté de culte et son corollaire immédiat, la liberté de conscience sont au même titre que la liberté d’expression, que la liberté d’opinion, consubstantielles de la Démocratie.

Personne en France ne s’y attaquera sans trouver face à lui, l’Etat et le Peuple français lui même.

Ma conception de la laïcité est simple. Elle peut être, je crois, admise et comprise par tous ;

Une République laïque assure à chacun, dans le respect d’une neutralité absolue, le droit de pratiquer sa foi, le droit de croire, le droit de ne pas croire.

Une République laïque assure à chaque culte et à chaque fidèle la sécurité sans laquelle il lui est impossible de vivre pleinement sa foi.

Une République laïque entretient un dialogue permanent avec les religions pratiquées sur son sol de façon à les entendre, et parfois, pourquoi pas, à les écouter.

Comme si les religions n’avaient rien à nous dire sur le monde dans lequel nous vivons ?

Comme si les religions n’avaient rien à dire sur la société que nous construisons ?

Aucune religion ne dictera jamais sa conduite à la République mais en quoi la République serait-elle menacée d’entendre ce que peuvent avoir à lui dire savants, philosophes et sociologues ? Cette idée ne viendrait à l’esprit de personne. Alors pourquoi cette volonté d’exclure du simple débat public ceux qui cherchent une réponse dans la transcendance divine ?

Comment peut-on réclamer, avec raison d’ailleurs, le dialogue à tous les étages de la société et décider qu’il faut enfermer les croyants dans leurs églises, leurs synagogues, leurs temples et leurs mosquées pour ne les autoriser à en sortir que comme des citoyens indifférenciés ?

Qui peut prétendre que l’on ne peut pas être l’un et l’autre en même temps?

La République n’intervient que lorsque des pratiques, présentées souvent à tort d’ailleurs comme religieuses, portent atteinte à d’autres principes démocratiques comme la simple dignité humaine et celle des femmes en particulier. Dignité, égalité homme-femme, principes sur lesquels nous ne transigerons jamais.

La République ne peut pas accepter qu’une religion investisse l’espace public sans son autorisation ; Mais dans le même temps, la République implique qu’elle tienne ses promesses en permettant que chacun puisse prier dans des lieux dignes.

La République protège de ses lois et de son autorité les religions et l’exercice des cultes mais là encore soyons très clairs, la République ne laissera jamais aucune religion, quelle qu’elle soit, lui imposer sa loi.

De cette République juste, laïque et protectrice, je dois être le garant.

De cette République-là, je dois être le rempart.

La relation entre l’Etat et les religions est encadrée par une loi vieille de plus d’un siècle. La loi de 1905. Personne ne la conteste, même si certains de nos concitoyens, dans les trois départements d’Alsace et de Moselle, vivent, pour des raisons historiques, dans un autre cadre. En revanche, il ne faut pas confondre la loi de 1905 avec les lois antireligieuses de 1793. Aristide Briand n’est pas Chaumette.

La République n’a pas à mener je ne sais quelle guerre contre Dieu et contre les croyants.

Mais puisque nous parlons de la loi, je tiens à faire référence, ici, à notre droit pénal qui qualifie de circonstances aggravantes un crime ou un délit motivé par l’appartenance de la victime à une religion déterminée.

Je le répète : jamais je ne tolèrerai qu’en France, on puisse impunément s’en prendre à un individu ou à des groupes d’individus en raison — si l’on peut appeler cela une raison, ne soyons pas trop cléments –, de leurs convictions religieuses ou de la pratique de la foi de celui qui en est victime.

Tous les fidèles que vous représentez ici, et je m’adresse encore tout particulièrement aux représentants en France des Eglises d’Orient en raison du contexte particulier qui est le nôtre, sont placés sous la protection de la République française, sans distinction.

J’aurais sincèrement souhaité que cette cérémonie de vœux puisse se dérouler dans un autre climat, plus serein, plus apaisé, moins solennel, comme nous en avions l’habitude. Mais la gravité de la situation internationale et les menaces qu’elle semble vouloir faire peser sur certains de nos concitoyens m’ont contraint à faire cette mise au point, aujourd’hui devant vous.

Cela ne m’empêche pas de vous présenter à chacun et aux fidèles que vous représentez mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

Que 2011 vous renouvelle les joies que vous apportent vos sacerdoces.

Qu’elle vous donne la paix, la paix de la réflexion, parfois la paix de la contemplation.

Qu’elle vous donne la force et l’énergie de ce service aux autres qui est au cœur même de vos vies.

En ce 7 janvier, jour de Noël pour les coptes, permettez-moi de me tourner une dernière fois vers tous les représentants des chrétiens d’Orient qui nous ont fait l’amitié de leur présence, pour leur souhaiter par-delà le deuil, par-delà la douleur et par-delà la peine, un très beau Noël.

Il n’est pas d’autre jour, chez l’ensemble de tous les chrétiens d’Orient ou d’ailleurs, qui puisse porter davantage vers l’espérance.

Je vous remercie.


Idiots utiles: Le livre qui inspira Gandhi (The modern world is full of the old Christian virtues gone mad)

6 janvier, 2011
Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne. (…) Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais oeil que je sois bon ? Jésus (Mathieu 20 : 1- 15)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Je défie le pape et toutes ses lois, et si Dieu me prête vie, je ferai qu’en Angleterre le garçon qui pousse la charrue connaisse l’Écriture mieux que le pape lui-même. William Tyndale
Quand Adam bêchait et Ève filait, où donc était le gentilhomme ? John Ball
De quel droit ceux qui s’appellent seigneurs, dominent-ils sur nous ? À quel titre ont-ils mérité cette position ? Pourquoi nous traitent-ils comme des serfs ? Puisque nous descendons des mêmes parents, Adam et Ève, comment peuvent-ils prouver qu’ils valent mieux que nous, si ce n’est qu’en exploitant nos labeurs, ils peuvent satisfaire leur luxe orgueilleux ? John Ball
Dans une époque future encore non envisagée, je peux même imaginer que l’Angleterre, (…) pourrait au moins, comme une mère chrétienne, acquérir les vertus et les trésors d’une mère non chrétienneJohn Ruskin
Trois modernes ont marqué ma vie d’un sceau profond et ont fait mon enchantement: Raychandbhai [écrivain gujarati connu pour ses polémiques religieuses], Tolstoï, par son livre « Le Royaume des Cieux est en vous », et Ruskin et son Unto This Last. Gandhi
Il vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance.  Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Si j’étais né en Allemagne et y gagnais ma vie, je revendiquerais l’Allemagne comme ma patrie au même titre que le plus grand des gentils Allemands et le défierais de m’abattre ou de me jeter au cachot; je refuserais d’être expulsé ou soumis à toute mesure discriminatoire. Et pour cela, je n’attendrais pas que mes coreligionaires se joignent à moi dans la résistance civile mais serais convaincu qu’à la fin ceux-ci ne manqueraient pas de suivre mon exemple. Si un juif ou tous les juifs acceptaient la prescription ici offerte, ils ne pourraient être en plus mauvaise posture que maintenant. Et la souffrance volontairement subie leur apporterait une force et une joie intérieures que ne pourraient leur apporter aucun nombre de résolutions de sympathie du reste du monde. Gandhi (le 26 novembre, 1938)
La Palestine appartient aux Arabes dans le même sens que l’Angleterre appartient aux Anglais ou la France au Français. Il est erroné et inhumain d’imposer les Juifs aux Arabes. Ce qui se passe en Palestine aujourd’hui ne peut être justifié par aucun code de conduite morale. Les mandats ne représentent aucune sanction sinon celle de la dernière guerre. Ce serait certainement un crime contre l’humanité de réduire les fiers Arabes pour que la Palestine puisse être rendue aux Juifs en partie ou complètement comme leur foyer national. Gandhi (le 26 Novembre 1938)
Des juifs sont persécutés, volés, maltraités, torturés, assassinés. Et vous, Mahatma Gandhi, dites que leur position dans le pays où ils souffrent tout ceci est un parallèle exact avec la position des Indiens en Afrique du sud au moment où vous inauguriez votre célèbre « force de la vérité » ou « force de la campagne d’âme » (Satyagraha) (…) Mais, Mahatma, savez-vous ou ne savez-vous pas ce qu’est un camp de concentration et ce qui s’y passe? Martin Buber
La nature des réformes sociales qu’il proposait et l’activisme politique qu’il exigeait des Indiens bouleversaient profondément les tendances dominantes de la culture indienne, spécialement celle des Hindous. La pensée et l’action de Gandhi constituaient, par rapport à l’éthos dominant de la civilisation indienne, une attitude fondamentalement déviante. Asis Nandy  (sociologue indien)
Capitalism is the way of the devil and exploitation. If you really want to look at things through the eyes of Jesus Christ–who I think was the first socialist–only socialism can really create a genuine society. Hugo Chávez
My procedure is to sit on the shoulder of my subjects and see the world from their point of view. I don’t want to whitewash them or hold them up to ridicule. I want to present their life as they saw it, in context. I do make judgments, but I am always clear what is fact and what is my opinion—the difference between what I know and what I believe. (…) I found Gandhi’s obsession with chastity fascinating because it was something he developed and molded as his political and spiritual journeys continued. He started off with a normal marriage and family. Then he decided to be celibate, not a particularly unusual thing for a Hindu who already had a family to do. But then Gandhi started telling everyone else to be celibate, even if they had only just married. Then he engaged in an increasingly bizarre set of intimacies with his female followers, which progressed to the stage of sleeping naked next to teenage girls, supposedly to test his celibacy. It was weird behavior that tested the commitment of his followers to destruction. (….) My book is an antidote to the very partisan life by Louis Fischer of 1951, on which so much later work was based; and to Richard Attenborough’s Gandhi movie of 1982, which I think has informed the public view of Gandhi. Gandhi when he was alive was very keen to share his peculiarities about food, sex and defecation with the wider world. What has happened subsequent to his death is that these matters were suppressed in the attempt to create an image of “Saint Gandhi.” His posthumous image makers wanted to present him as a unifying icon for modern India, where in fact when he was alive he was often a divisive figure. Jad Adams
I chose Gandhi because his life is so multifaceted. Many people demonstrate one or two aspects of interest in their lives. A national leader may have an incandescent political career and a lurid sex life, but nothing else worthy of comment. It is not unusual to encounter eminent people who have a complex relationship with food, or with religion. Many people famous for their achievements have a tumultuous family life; social reformers are notorious for it. In the case of Gandhi, everything is fascinating: his political life, spiritual life, family life and sex life. His relationship to food could fill a volume in itself. My contribution is one of approach rather than new discoveries. I have worked almost exclusively on primary materials, on the things written by Gandhi himself, assembled in the Collected Works of Mahatma Gandhi, and in the work of Pyarelal (secretary), his sister Sushila Nayar (who used to sleep and bathe with Gandhi) and Mahadev Desai (known as Gandhi’s Boswell). They recorded Gandhi’s activities in great detail through the last thirty years of his life. (…) The book does deal with Gandhi’s sexuality, but as part of an attempt to understand his entire personality. Different things possessed him at different times in his life. When he was in London as a student, it was vegetarianism (not sex or politics) that interested him. In South Africa, his attempts to remain chaste and his creation of ideal communities was more important to him than his work for Indian traders. Back in India, he was preoccupied with Indian nationalism and his ashrams for the 1920s and ’30s. At the end of his life, his sexual experiments preoccupied his thinking. My interest is in the whole of his life, his political, spiritual and family life as well. In my book, I give what I hope is a rounded picture of Gandhi, not concentrating on sex, but not ignoring it either. However, I do not want to be disingenuous about this, it is true that sex is one issue among many that I deal with, but it is the one which most interests the media and I am not unaware of that in encouraging people to read the book. I think historians have the right to address any matter of a subject’s life. In the case of Gandhi, he spoke and wrote a great deal about sex in general and his own sexual experience in particular. If ‘Gandhi and Sex’ were a subject that was to be banned, a good deal of Gandhi’s own work (in the Indian government’s edition of the Collected Works of Mahatma Gandhi, for example) would have to go. (…) Gandhi had a normal married life from his teens to his thirties when he decided to be chaste, and finally, in 1906, made a vow which settled the matter. The next phase of his life saw him ordering everyone else to be chaste as well, including newlyweds. At his ashram, men and women were housed separately, yet he encouraged the young to bathe and sleep together. « I sent the boys reputed to be mischievous and the innocent young girls to bathe at the same time, » he boasted, explaining carefully to them they were not to succumb to temptation. If ever they strayed, the vigilant Gandhi himself would adjudicate. He was of the view that people who wanted to fight for the nationalist cause in his service « have to observe perfect chastity, adopt poverty, follow truth and cultivate fearlessness ». The next stage of his life engaging with sexuality was to increase his contact with women and girls, including physical contact. He certainly saw this as behaviour which would help strengthen him spiritually and, thus armed, he would better be able to act in India’s cause. (…) It is literally a matter of definition whether Gandhi was chaste or not. If chastity is taken simply to mean no penile penetration of another person, then Gandhi was chaste. If we use the term ‘sexual relations’ to refer only to the act of intercourse, then he did not engage in sexual relations. However, he did frequently put his hands on women, sleep naked with women, bathe with women and take massages from them. Most people would think of these things as sexual. His contemporaries felt Gandhi was going into dangerous waters in doing — and talking about — these things and such Congress leaders as Patel and Kripalani expressed their disapproval. Nehru had already distanced himself from Gandhi’s sexual attitudes (« unnatural and shocking » is how he described them) in his Autobiography of 1936. (…) Gandhi says of Kasturba « she was never the temptress. » In wrestling with sex, he recoils from having made her « the instrument of my lust ». He seems to have made no attempt at pleasing her sexually, or considering that she had her own sexual feelings. (…) Family members, ashram members and political allies criticised Gandhi’s ‘experiments’ in challenging himself with sexually attractive women. His response to criticism in this, as in other aspects of life, was to continue on the same path with revitalised determination. If Gandhi had decided to do something, then that was the right thing to do. He took the censure of others over his sexual experiments as a sign that he ought to continue, as a further challenge to his spiritual nature. He explained, « If I stop sleeping together for all time it will mean that I have been mistaken. Otherwise why should I stop it? There is a limit to abstaining from it for the sake of my friends. » He was a very brave and also a very self-confident man. (…) Sleeping with one, then two teenaged girls (Manu, his 18-year-old grandniece, and then Abha, the wife of Gandhi’s grandnephew Kanu Gandhi) was behaviour that continued into 1948, when he was killed. I should mention that the women who gave him service were always willing; there was no shortage of people ready to do whatever Gandhi wanted, without question. (…) Gandhi has to be viewed with the same standards as everyone else. That is: if we were to write a biography of Bill Clinton it would be right to say his presidency was a period of prosperity at home and peace abroad for the US. But it would also be right to say his sexual appetite caused a political crisis that was embarrassing to him and his party. To say one thing and not the other would be dishonest as a historian. (…) I like to think of what I do as enriching our view of Gandhi. He is (and was, during his lifetime) one of the most famous men of the twentieth century. In a world of conglomerates and big government, Gandhi has taught us that people count for something. Gandhi’s enduring view was that people of conscience not only can, but should take action, and they continue to invoke him as they do it. Every peaceful protest movement owes a debt to him. It does not detract from his greatness that he also had a complicated relationship to sex. (…) I don’t think Gandhi ever imagined that everyone either in the nation or in the world would follow this path of total celibacy; this was an exemplary goal that he set out, not a practical objective. (…) I question the whole concept of sexual deviancy. I think all people have a sexual nature and they have different ways of expressing that nature. Gandhi’s, after his thirties, when he decided to be celibate, was to talk a great deal about sex, to write about it and to control it in others, and to challenge himself with a variety of sexual experiments. I think understanding a person’s sexual life, particularly if it is complex, is an integral part of their biography and in no way detracts from their message. I do not think of sexuality as a negative quality. I try to understand, not to judge. Jad Adams
Un nouveau livre sur le Mahatma Gandhi jette une lumière inédite sur la vie privée de cette icône indienne, révélant que son célèbre vœu d’abstinence ne l’a pas empêché de dormir avec des femmes nues ni de mener des expériences sexuelles originales. Gandhi : ambition nue, de l’historien britannique Jad Adams, dépoussière la vie de Mohandas Karamchand Gandhi, surnommé le Mahatma (« la grande âme »), héros de l’indépendance de l’Inde dont l’existence spartiate et la résistance aux plaisirs terrestres font partie intégrante de l’image. Le livre vient d’être publié au Royaume-Uni et il sera bientôt disponible en Inde. Ce portrait de l’homme privé, brossé à partir de ses écrits et de témoignages de proches, risque de faire des vagues dans un pays où il reste, plus de 60 ans après sa mort, considéré comme un saint. L’attitude sévère de Gandhi à l’égard de la sexualité est connue. En 1885, il avait écrit son dégoût de lui-même après avoir eu une relation physique avec sa femme Kasturba, âgée de 15 ans, alors que son père était en train de mourir. Plus tard, après avoir eu quatre enfants, il interdit aux couples mariés fréquentant son ashram d’avoir des relations sexuelles pendant leur séjour, expliquant aux maris qu’ils devaient prendre un bain froid en cas de besoin. Mais contrairement à son image d’ascète abstinent, dans la seconde moitié de sa vie Gandhi, prenait souvent des bains avec des jeunes filles pubères, se faisait masser nu et partageait souvent sa couche avec une ou plusieurs de ses fidèles. Selon l’historien, il n’y a aucune preuve de rupture de son vœu d’abstinence bien que la définition qu’en donne Gandhi soit assez restreinte. « Il parle de pénétration mais il définit le sexe d’une manière si restreinte qu’il ignore tout un tas d’activités que nombre de personnes qualifieraient de sensuelles, voire de sexuelles », souligne-t-il. Jad Adams estime en fait que Gandhi « attendait des femmes qu’elles le stimulent sexuellement pour qu’il puisse démontrer sa résistance ». Manu Nayar, la sœur de la secrétaire particulière du père de la nation indienne, Sushila, fut par exemple l’une de ses femmes. Des épouses d’hommes fréquentant son ashram étaient aussi parfois appelées à partager ses nuits alors même qu’elles n’avaient pas le droit de dormir avec leurs maris. Pour l’auteur du livre, ces pratiques s’apparentaient à une forme de strip-tease où l’on joue sans jamais se toucher. Jusqu’à son assassinat en 1948, la vie sexuelle de Gandhi étaient communément commentée, mais après sa mort, les détails sur sa vie privée ont laissé place à une image plus consensuelle d’icône nationale. Quant à sa femme qu’il épousa lorsqu’elle avait 13 ans, elle aurait, bon gré, mal gré, accepté l’abstinence et les expériences sexuelles. Le Monde
Les jeunes d’aujourd’hui sont la première génération d’Européens nés dans le grand melting-pot d’une Europe qui n’est plus uniquement peuplée par des Européens. Le multiculturalisme pourrait fort bien être notre salut. C’est peut-être lui qui nous libérera des chaînes de notre histoire et projettera le Vieux Continent dans un environnement où d’autres peuples, moins développés que nous mais moins cyniques et plus positifs, auront un grand rôle à jouer pour notre avenir. En voyant les récentes manifestations d’étudiants devant le Parlement à Londres, j’ai vu le visage d’une nouvelle Angleterre et d’une nouvelle Europe. Jamais le Royaume-Uni n’avait connu ce type de protestation, à l’exception peut-être de celle suscitée par le projet de poll tax de Margaret Thatcher. Mais à l’époque les manifestants étaient motivés par l’argent, non par l’égalité. Le sang neuf des enfants d’immigrés entraîne des mouvements transnationaux et crée des liens de solidarité entre jeunes Européens. Ces jeunes, aussi inquiets pour leur avenir que déterminés à ne pas laisser l’histoire se répéter, veulent construire une Europe différente. Leurs liens de solidarité se tissent au fil du web, cette agora mondiale reliant WikiLeaks à Porto Alegre et à tous les autres projets pour transformer notre planète. Loretta Napoleoni
Aujourd’hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. (…)  Pas mal… Il faut être israélien pour qualifier de terroriste la non-violence. Stéphane Hessel
Qui aurait osé soutenir, avec un tel aplomb, s’il n’avait pas d’emblée bénéficié d’un quitus, la cause palestinienne, attaquer avec une telle constance la politique d’Israël ? Qui aurait pu se permettre avec une telle démagogie de vitupérer la dictature des marchés financiers et les écarts de richesse grandissants ? Qui aurait eu le front de s’en prendre ainsi à la politique gouvernementale à l’encontre des sans papiers et des Roms en feignant de négliger que les mesures incriminées avaient été prises dans un espace démocratique et que celui-ci donnait une toute autre tonalité à l’odieux dénoncé unilatéralement par Stéphane Hessel ? Qui aurait accusé le Pouvoir, avec si peu de nuance et d’équilibre, d’avoir « bradé » les acquis sociaux de la Résistance comme les retraites ou la sécurité sociale? Philippe Berger 
La vacuité du propos qui décrit un monde binaire où l’on conspue les méchants (les financiers, la mondialisation, le ministre de l’intérieur, Israël) et où l’on chante les louanges des bons (les sans-papiers, les sans logis, les Roms, les Palestiniens, le programme du CNR) a beau être relevée par des gens aussi peu suspects de pensée subversive qu’Eric Le Boucher, le succès est irrésistible. Hessel, c’est l’axe du bien à lui tout seul : toute sa vie, il a eu tout juste, a toujours été du bon côté, ne s’est jamais compromis avec les salauds, s’est toujours arrangé pour que sa biographie ne puisse être autre chose qu’une hagiographie. (…) Brandir aujourd’hui le programme du Conseil national de la Résistance pour faire honte aux gouvernants d’aujourd’hui relève au mieux de l’idiotie historique, au pire de l’imposture. Ce texte de compromis s’appliquait à une France traumatisée qu’il fallait rassembler pour qu’elle se relève, dans un contexte où n’existaient ni l’Union européenne, ni la liberté généralisée des échanges des biens et des marchandises. (…) On n’a parfaitement le droit de ne pas aimer Israël, son gouvernement et même son peuple. Mais faut-il pour autant aller se prosterner à Gaza devant les chefs du Hamas ? Affirmer, lors d’un débat public, que les obus lancés par ces mêmes gens du Hamas n’avaient pour effet que de « faire courir un peu plus vite les habitants de Sdérot vers les abris » ? Luc Rosenzweig

Attention: un livre peut en cacher un autre!

En ces temps où, d’Irak à l’Egypte, se poursuit la violente expulsion du judéo-christianisme des terres où il est né …

Et où, sur fond  de menaces permanentes contre nos synagogues voire nos églises en Europe même, les indignations les plus sélectives comme les célébrations les plus irresponsables du multiculturalisme salvateur peuvent faire de vous la dernière icône médiatique et votre « Petit Livre rouge » un phénomène de société.

Retour en ce 400e anniversaire de la célèbre traduction de la Bible dite « King James » sur la base de la première traduction imprimée de William Tyndale, étranglé et brûlé en place publique pour sa peine 75 ans plus tôt à Anvers …

Sur un autre livre dont on vient de fêter le 150e anniversaire et qui inspira la grande icône qu’est toujours le père de l’indépendance indienne, à savoir le fameux pamphlet anticapitaliste de John Ruskin (« Unto this last », c’est-à-dire « A ce dernier » ou « Les ouvriers de la dernière heure« ).

Pour découvrir en fait, derrière les indignations anticapitalistes du critique d’art préféré de Proust  (mais ne comptez pas sur l’AFP pour vous le dire), toute une tradition, autour de  Frederick Denison Maurice ou Thomas Carlyle, du christianisme social, remontant au précurseur de la Réforme et premier traducteur, dès avant l’invention de l’imprimerie, de la Bible en langue vernaculaire John Wyclif comme de ses émules  John Ball et ses moines mendiants dit Lollards du temps des révoltes paysannes du XIVe siècle.

Mais aussi, à l’instar de cet autre livre dont Gandhi revendiquait également son inspiration, à savoir un certain  « Royaume des Cieux est en vous » d’un certain Lev Davidovitch Bronstein, les pires et les plus meurtrières aberrations que le monde ait connues.

D’où peut-être la raison, sans compter sespour le moins singulières pratiques sexuelles, de certaines de ses plus mémorables déclarations, là aussi étrangement omises par notre AFP nationale, sur la manière la plus efficace de lutter contre le nazisme, prônant par exemple la non-violence aux juifs ou, pour son ancienne mère patrie l’Angleterre, la capitulation inconditionnelle à un certain Hitler.

Et surtout la nécessité, en ces temps où le premier bouffon venu à la Chavez peut se revendiquer du christianisme social, de se rappeler le fameux mot de Chesterton sur ce « monde moderne rempli d’idées chrétiennes devenues folles » …

Le journal « Les Echos » : Le livre qui inspira Gandhi

28 Décembre 2010

penseurlibre147

Voici le texte :

 Il y a 150 ans paraissait le livre qui allait bouleverser la vie de Gandhi

Marc Jourdier (AFP)

31/12/2010

En 1904, Mohandas Karamchand Gandhi découvrait « Unto this Last », un traité d’économie politique de  l’écrivain britannique John Ruskin. Un texte qui, écrit près d’un demi-siècle plus tôt, a ensuite profondément influencé la pensée de celui qui allait devenir le père de l’indépendance indienne.

Gandhi fit du texte de Ruskin son livre de chevet

Il y a 150 ans paraissait « Unto This Last », le livre qui devait transformer la vie de Gandhi et influencer profondément sa pensée. Le père de l’indépendance indienne découvre ce traité d’économie politique en 1904, lors d’un voyage en train en Afrique du Sud, où il vit alors. « C’était ‘Unto This Last’ de [John] Ruskin », écrit Gandhi dans son autobiographie. « Dès lors que j’eus commencé ce livre, il me fut impossible de le reposer », « j'[y] ai découvert quelques-unes de mes convictions les plus profondes ». « Cette nuit-là, je ne pus dormir et je décidai de changer ma vie en accord avec les idéaux du livre », ajoute Gandhi, qui transformera peu après son journal, Indian Opinion, en coopérative installée dans une ferme.

Quand il écrit « Unto This Last », Ruskin est au milieu de sa vie. Cet écrivain et critique d’art britannique qui allait être vénéré par Marcel Proust a déjà publié deux de ses ouvrages majeurs: « Les Sept Lampes de l’architecture » et « Les Pierres de Venise ». Critique radicale du capitalisme industriel dont l’émergence bouleverse la société anglaise, « Unto This Last » paraît en décembre 1860 sous la forme de quatre articles, qui seront regroupés en un livre 18 mois plus tard.

Le scandale est immédiat. L’ouvrage récuse l’idéologie dominante de l’époque: la pensée économique classique théorisée par les Anglais Adam Smith, David Ricardo et John Stuart Mill. Gandhi en écrira une paraphrase en gujarati dans laquelle il développera sa pensée économique. Pour l’apôtre de la non-violence, les trois enseignements principaux de Ruskin sont:

– « que le bien de l’individu passe par le bien de tous »,

– « que le travail de l’avocat [métier qu’exerça Gandhi, NDLR] a la même valeur que celui du coiffeur »,

– « qu’une vie de labeur, c’est-à-dire celle du laboureur et de l’artisan, est digne d’être vécue »

Unto This Last

Manufacturer: Cosimo Inc

Part Number:

Price: EUR 5,58

Le titre du livre est un emprunt à la parabole des « ouvriers de la dernière heure », dans l’Evangile de Matthieu, où le maître de la vigne accorde le même salaire à ses journaliers quel que soit le nombre d’heures qu’ils ont travaillées. Ruskin écrit après une longue grève des ouvriers du bâtiment à Londres. Il s’évertue à montrer que la théorie de l’offre et de la demande ne peut engendrer que misère, en forçant les ouvriers à vendre leur travail au rabais quand l’emploi se fait rare.

Il s’attaque à la base de la pensée classique en récusant la notion d' »homo economicus »: un être mu uniquement par le désir de satisfaire son intérêt propre et obéissant en toutes circonstances aux lois de la raison. Au contraire, démontre Ruskin, l’homme est animé de passions et capable d’actions désintéressées et toute analyse occultant cette facette est condamnée à se fourvoyer. Il redéfinit les concepts de l’école classique: utilité, échange, valeur, richesse… pour arriver à cette conclusion: « Il n’est de richesse que la vie ».

Dénonçant l’imposture d’une théorie qui justifie à ses yeux le maintien, voire le creusement des inégalités, Ruskin écrit que « l’homme le plus riche » est celui capable de mener une vie juste pour le plus grand bénéfice de « la vie des autres ». Ce qui est particulièrement intéressant et toujours pertinent, c’est « son éthique de la responsabilité », écrit Christopher May, professeur d’économie, dans un article paru cette année.

M. May voit un « parallèle évident » entre les idées de Ruskin – comme le plaidoyer pour une consommation responsable qui trouve un écho dans la vogue du commerce équitable – et les appels actuels en faveur d’une « responsabilité sociale de l’entreprise », qui prendrait « en compte les intérêts de toutes les parties prenantes, non simplement ceux des actionnaires ou des dirigeants ».

Voir aussi:

Ce n’est un secret pour personne que Mohandas Karamchand Gandhi avait une vie sexuelle singulière. Il parlait sans cesse de sexe et donnait des instructions détaillées et souvent provocantes à ses disciples sur la meilleure façon de rester chastes. Ses recommandations n’étaient d’ailleurs pas toujours bien accueillies. “Anormaux et contre nature” : c’est ainsi que le premier Premier ministre de l’Inde indépendante, Jawaharlal Nehru, qualifiait les préceptes de Gandhi, qui encourageait les jeunes mariés à l’abstinence pour le bien de leur âme.

Mais, dans ses croyances, ses prédications et même dans ses pratiques personnelles insolites, n’y avait-il pas à l’œuvre quelque chose de plus complexe qu’un simple appel à la chasteté ? Si les détails concernant la sexualité de Gandhi étaient connus de son vivant, ils ont été déformés ou éliminés après sa disparition [le 30 janvier 1948], dans le cadre du processus qui a élevé Gandhi au rang de “père de la nation”. Le Mahatma [terme sanskrit qui signifie en hindi “grande âme” et désigne un sage reconnu de tous] était-il en réalité “un détraqué sexuel à moitié refoulé et extrêmement dangereux” ? comme le pensait C.P. Ramaswamy Iyer, à la tête de l’Etat du Travancore avant l’indépendance [territoire qui comprenait une grande partie du sud de l’Etat du Kerala et le district actuel de Kanyakumari de l’Etat du Tamil Nadu].

Gandhi est né dans l’Etat du Gujarat. En 1883, à 13 ans, il épouse Kasturba, 14 ans, ce qui n’est pas particulièrement jeune au vu des usages à l’époque dans le Gujarat. Le jeune couple mène une vie sexuelle normale, partageant un lit dans une pièce séparée de la maison familiale. Kasturba tombe bientôt enceinte. Deux ans plus tard, Gandhi quitte le chevet de son père mourant pour faire l’amour avec sa femme. C’est à ce moment que son père rend son dernier soupir. Le chagrin du jeune homme est aggravé par sa culpabilité de ne pas avoir été présent. Dès lors, il associera sa ­répugnance de l’“amour lascif” au décès de son père. Toujours est-il que le quatrième et dernier enfant de Gandhi et de Kasturba ne naîtra que quinze ans plus tard, en 1900.

En réalité, Gandhi ne développe son attitude critique envers le sexe qu’autour de la trentaine. Alors volontaire au sein du corps des ambulanciers, il assiste l’Empire britannique dans ses guerres en Afrique australe. Lors de longues marches à travers les zones faiblement peuplées où se déroulent la deuxième guerre des Boers [1899-1902] et les soulèvements zoulous, Gandhi se demande comment “servir” au mieux ­l’humanité et décide alors qu’il est nécessaire de mener une …

Jad Adams

Une biographie controversée

Gandhi a un tel statut d’icône en Inde que, dès que quelqu’un tente de révéler des aspects plus privés du personnage, cela met forcément le pays en émoi !” écrit le quotidien DNA de Bombay à propos de Naked Ambition (Ambition nue), une nouvelle biographie du Mahatma parue en mars au Royaume-Uni. Son auteur, l’historien britannique Jad Adams, est chercheur associé à l’université de Londres et a publié d’autres ouvrages sur l’Inde, notamment une biographie de l’écrivain Rudyard Kipling et un livre sur la dynastie Nehru-Gandhi.

“Quelle façon peu reluisante de gagner de l’argent et de construire une carrière”, s’exclame un internaute sur le site du quotidien The Times of India. “Ceux qui défendent une vision univoque de la sexualité ne peuvent pas comprendre Gandhi, surtout à travers des lectures superficielles.” Certains reprochent à l’historien de trivialiser la pratique sacrée qu’est le brahmacharya. Jad Adams est notamment accusé de mettre l’accent sur certains détails de la vie de Gandhi et de les surinterpréter pour donner à la vie sexuelle de Gandhi un côté bizarre. L’arrière-petit-fils du Mahatma, Tushar Gandhi, a fortement réagi contre ce qu’il juge être un portrait de Gandhi en “obsédé sexuel”. Jad Adams rétorque que son intention est de “donner une image complète de Gandhi, qui ne se concentre pas sur le sexe mais ne l’ignore pas pour autant”.

Une vie

1869 Gandhi naît le 2 octobre dans l’Etat du Gujarat (nord-ouest de l’Inde).

1915 Il fonde un ashram à Ahmedabad (Gujarat).

1919 Il instaure le satyagraha, le concept de désobéissance civile, qui s’accompagne deux ans plus tard du swaraj, qui prône l’indépendance de l’Inde.

1930 Le Mahatma lance la “marche du sel”, pour protester contre l’impôt sur le sel du colonisateur britannique.

1942 Il est arrêté avec d’autres chefs nationalistes indiens pour avoir initié le mouvement de désobéissance civile Quit India (“Quittez l’Inde”). Il est libéré le 6 mai 1944.

1947 Partition de l’Inde et création du Pakistan le 14 août ; indépendance de l’Inde le 15 août.

1948 Gandhi est assassiné le 30 janvier à New Delhi par Nathuram Godse, un nationaliste hindou.

Voir encore:

La vie sexuelle de Gandhi dévoilée dans un livre

Chantre de l’abstience, le Mahatma n’en ignorait pas pour autant les plaisirs de la chair.

Le Monde avec AFP

01 mai 2010

Un nouveau livre sur le Mahatma Gandhi jette une lumière inédite sur la vie privée de cette icône indienne, révélant que son célèbre vœu d’abstinence ne l’a pas empêché de dormir avec des femmes nues ni de mener des expériences sexuelles originales. Gandhi : ambition nue, de l’historien britannique Jad Adams, dépoussière la vie de Mohandas Karamchand Gandhi, surnommé le Mahatma (« la grande âme »), héros de l’indépendance de l’Inde dont l’existence spartiate et la résistance aux plaisirs terrestres font partie intégrante de l’image.

Le livre vient d’être publié au Royaume-Uni et il sera bientôt disponible en Inde. Ce portrait de l’homme privé, brossé à partir de ses écrits et de témoignages de proches, risque de faire des vagues dans un pays où il reste, plus de 60 ans après sa mort, considéré comme un saint.

L’attitude sévère de Gandhi à l’égard de la sexualité est connue. En 1885, il avait écrit son dégoût de lui-même après avoir eu une relation physique avec sa femme Kasturba, âgée de 15 ans, alors que son père était en train de mourir. Plus tard, après avoir eu quatre enfants, il interdit aux couples mariés fréquentant son ashram d’avoir des relations sexuelles pendant leur séjour, expliquant aux maris qu’ils devaient prendre un bain froid en cas de besoin.

« L’un des éléments frappants que l’on découvre sur Gandhi est le nombre de fois où il écrit sur le sexe, souligne Jad Adams. On voit qu’il a une sexualité parfaitement normale la première partie de sa vie. Mais ce qui m’a intéressé, c’est qu’à un moment, en 1900, il décide qu’être chaste serait une bonne idée. Six ans plus tard, il fait un vœu et le met en pratique », détaille-t-il.

« DÉMONTRER SA RÉSISTANCE »

Mais contrairement à son image d’ascète abstinent, dans la seconde moitié de sa vie Gandhi, prenait souvent des bains avec des jeunes filles pubères, se faisait masser nu et partageait souvent sa couche avec une ou plusieurs de ses fidèles. Selon l’historien, il n’y a aucune preuve de rupture de son vœu d’abstinence bien que la définition qu’en donne Gandhi soit assez restreinte. « Il parle de pénétration mais il définit le sexe d’une manière si restreinte qu’il ignore tout un tas d’activités que nombre de personnes qualifieraient de sensuelles, voire de sexuelles », souligne-t-il.

Jad Adams estime en fait que Gandhi « attendait des femmes qu’elles le stimulent sexuellement pour qu’il puisse démontrer sa résistance ». Manu Nayar, la sœur de la secrétaire particulière du père de la nation indienne, Sushila, fut par exemple l’une de ses femmes. Des épouses d’hommes fréquentant son ashram étaient aussi parfois appelées à partager ses nuits alors même qu’elles n’avaient pas le droit de dormir avec leurs maris. Pour l’auteur du livre, ces pratiques s’apparentaient à une forme de strip-tease où l’on joue sans jamais se toucher.

Jusqu’à son assassinat en 1948, la vie sexuelle de Gandhi étaient communément commentée, mais après sa mort, les détails sur sa vie privée ont laissé place à une image plus consensuelle d’icône nationale. Quant à sa femme qu’il épousa lorsqu’elle avait 13 ans, elle aurait, bon gré, mal gré, accepté l’abstinence et les expériences sexuelles.

Voir enfin:

Stéphane Hessel, vieil homme indigne, Stéphane Hessel, vieil homme indigne Un CV glorieux n’excuse pas tout !

Luc Rosenzweig

Causeur

 5 janvier 2011

Ceux qui n’ont, hélas, plus vingt ans depuis longtemps se souviennent avec un plaisir nostalgique de la sortie, en 1965, du film de René Allio, La vieille dame indigne. L’histoire était adaptée d’une nouvelle de Bertolt Brecht et montrait la libération tardive des conventions bourgeoises d’une femme devenue veuve qui partait à l’aventure sur les routes de France en compagnie d’une jeune serveuse de bar délurée, au grand dam de ses deux fils. Le rôle titre était interprété par la grande Sylvie, entourée de Jean Bouise et de Victor Lanoux. La musique était de Jean Ferrat. Rien que du bon…

On ne peut en dire autant du spectacle que nous offre aujourd’hui Stéphane Hessel. Oui, je dis bien spectacle, car s’agit-il d’autre chose que d’une habile mise en scène de lui-même par un vieillard dont toutes les apparitions publiques révèlent l’immense plaisir narcissique d’avoir acquis le statut d’icône nationale ? Hessel n’est pas indigne dans le sens où Allio utilise ce terme pour montrer l’insondable bêtise et méchanceté de ceux qui exigent des gens âgés qu’ils se comportent selon des normes sociales étouffantes en les enfermant dans le carcan de la bienséance et de la retenue.

Il est indigné et tient à faire connaître urbi et orbi les motifs de son indignation dans un opuscule devenu en quelques semaines un phénomène d’édition. La vacuité du propos qui décrit un monde binaire où l’on conspue les méchants (les financiers, la mondialisation, le ministre de l’intérieur, Israël) et où l’on chante les louanges des bons (les sans-papiers, les sans logis, les Roms, les Palestiniens, le programme du CNR) a beau être relevée par des gens aussi peu suspects de pensée subversive qu’Eric Le Boucher, le succès est irrésistible. Hessel, c’est l’axe du bien à lui tout seul : toute sa vie, il a eu tout juste, a toujours été du bon côté, ne s’est jamais compromis avec les salauds, s’est toujours arrangé pour que sa biographie ne puisse être autre chose qu’une hagiographie. L’achat de son livre par les gens ordinaires relève de la croyance magique que sa lecture pourrait faire de vous un homme ou une femme meilleur(e), réveiller le Hessel qui sommeille en chacun d’entre nous.

Parvenir à un très grand âge dans un état physique et mental acceptable relève d’une loterie qui ne tient compte ni des mérites, ni des mauvaises actions de ceux que le destin choisit. Cette élection transforme ceux qui en bénéficient en porte-parole d’une génération quasi éteinte. Elle oblige donc. Hessel parle, par exemple, au nom de ceux, aujourd’hui disparus, que le nazisme a surpris dans leur jeunesse à Berlin. Donc au nom de mon père, né quelques années avant lui dans la capitale du Reich, et qui fut contraint de la quitter pour des raisons sur lesquelles il est inutile de s’attarder. Je ne suis pas certain que mon père eût apprécié les discours de Stéphane Hessel, pas seulement sur Israël, mais aussi sur l’état de la France et du monde. Je suis même assez certain du contraire, bien que toute sa vie il ait voté à gauche.

La Résistance, dont mon père fut l’un des acteurs, comme Stéphane Hessel, rassemblaient des hommes aux opinions très variées, et même diamétralement opposées, non seulement ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas. Des paladins de la Révolution se battaient aux côtés des chevaliers de l’Ordre. Hessel a-t-il le droit d’embarquer tous ceux là dans sa croisade personnelle ?

Brandir aujourd’hui le programme du Conseil national de la Résistance pour faire honte aux gouvernants d’aujourd’hui relève au mieux de l’idiotie historique, au pire de l’imposture. Ce texte de compromis s’appliquait à une France traumatisée qu’il fallait rassembler pour qu’elle se relève, dans un contexte où n’existaient ni l’Union européenne, ni la liberté généralisée des échanges des biens et des marchandises. Ceux qui ont vécu les dites « trente glorieuses » me comprendront : le retour aux conditions de vie de l’époque est une perspective peu enthousiasmante, tant sur le plan matériel que sur celui des libertés publiques et des mœurs. On appliquait, pourtant, ce fameux programme du CNR dont Hessel et ses perroquets nous rebattent aujourd’hui les oreilles.

Il y a aussi chez Hessel cette obsession anti-israélienne qui fait songer à la définition donnée jadis de l’antisémite par Pierre Larousse : « Personne qui hait les Juifs plus qu’il n’est raisonnable. » On n’a parfaitement le droit de ne pas aimer Israël, son gouvernement et même son peuple. Mais faut-il pour autant aller se prosterner à Gaza devant les chefs du Hamas ? Affirmer, lors d’un débat public, que les obus lancés par ces mêmes gens du Hamas n’avaient pour effet que de « faire courir un peu plus vite les habitants de Sdérot vers les abris » ?

Roland Dumas et Stéphane Hessel ont plus de point communs qu’on ne le pense généralement : états de service impeccables dans la Résistance, engagement pluridécennal à gauche, quelques aptitudes à évoluer dans le monde de la diplomatie et une détestation infinie d’Israël. Je me demande si, au fond, je ne préfère pas Roland Dumas et ses crapuleries à ses crapuleries à Hessel et ses bondieuseries laïques.

Voir enfin:

Battles of a book: The King James Bible’s history of dissent and inspiration

Boyd Tonkin

The Independent

31 December 2010

A spy named Henry Phillips betrayed one of the greatest of all English writers – the only one, perhaps, whose phrases by the dozen still fill the mouths of many millions of English speakers every day. Charged with heresy and treason, Phillips’s victim was picked up in Antwerp and imprisoned outside Brussels. His detention came, a deal between monarchs, as a result of the sort of inter-state solidarity against alleged subversives that now gives us the European Arrest Warrant. After months in his fortress jail, he went on trial and received the inevitable death sentence. He was strangled at the stake with an iron chain. Then his corpse was burnt. According to legend, the translator and reformer William Tyndale ended his life in September 1536 with the words: « Lord, open the king of England’s eyes. »

Tomorrow begins the 400th anniversary year of the King James Bible of 1611: never strictly an « Authorized Version », for all its traditional British name, but merely a bible « appointed to be read in churches ». As it says on the title page of the 1853 edition of the King James version, printed in Oxford, which Abraham Lincoln used when he swore the oath of office at his inauguration in 1861. The same volume was employed again for the same purpose in Washington DC in January 2009 – by Barack Obama.

Not far from that spot, in 1963, Dr Martin Luther King gave a speech and had his dream – « I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made striaght, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together ». This, with the very few slight tweaks that a preacher’s memory makes, is Isaiah 40: 4-5 in the King James version, then – as now – the language of hope and dignity for African Americans and many other peoples.

After four centuries, the symbolic power of the 1611 Bible remains mighty indeed. The translation – or rather, the revision of six existing translations – ordered by an embattled new king began as a bureaucratic quest for theological compromise. After a mixed reception, it bedded down, fairly slowly, as the English bible of choice: first in the British Isles, then in the North American colonies, and finally in every region where trade, colonisation and evangelism implanted groups of English-speaking Christians.

Later, as secularism grew and believers came to prefer the language of more modern translations, the King James Bible (KJB) acquired a second wind. It became a masterpiece of English prose to be enjoyed by people of all creeds and none at all.

Today it is a commonplace to note that the words and rhythms of the KJB and its source translations shape the speech of countless millions who never open a bible or enter a church. Somehow, the language of the 1611 version never falls from grace (Galatians 5.4) even if its message falls on stony ground (Mark 4.5). In a secular age where ignorance of religion goes from strength to strength (Psalms 84.7) among lovers of filthy lucre (1 Timothy 3.8) who only want to eat, drink and be merry (Luke 12.19), we know for a certainty (Joshua 23.13) that these resonant words endure as a fly in the ointment (Ecclesiastes 10.1) and a thorn in the flesh (2 Corinthians 12.7) of the powers that be (Romans 13.1). They can still set the teeth on edge (Jeremiah 31.29) of those who try to worship God and Mammon (Matthew 6.24). But does this ancient book, proof that there is no new thing under the sun (Ecclesiastes 1.9), now cast its pearls before swine (Matthew 7.6), and act as a voice crying in the wilderness (Luke 3.4) – a drop in a bucket (Isaiah 40.15) of unbelief, no longer a sign of the times (Matthew 16.3) but a verbal stumbling-block (Leviticus 19.14) or else all things to all men (1 Corinthians 9.22) while the blind lead the blind (Matthew 15.14)?

With a host of publications, exhibitions, websites and broadcasts heralding its 400th birthday, the KJB looks set to enjoy a new season in the sun. Already, three invaluable new books allow readers keen on the KJB to deepen their knowledge, and newcomers to join the congregation. They are Gordon Campbell’s Bible: the story of the King James Version 1611-2011 (Oxford, £16.99; 354pp); David Crystal’s Begat: the King James Bible and the English Language (Oxford, £14.99; 327pp), and The King James Bible after 400 Years, a collection of essays edited by Hannibal Hamlin and Norman W Jones (Cambridge, £25; 364pp). This article draws deeply on them all.

Will the celebrations end by repeating the ploy that its critics have detected in the KJB itself almost since 1611: a tendency to drown out a bitter history of conflict with the ringing cadences of authority and uniformity? KJB-sceptics have long argued that its beauty masks, or at least softens, truth. And that truth includes the 90 years of censorship, controversy and violence that led to its gestation.

The lesson for 2011 should, perhaps, remind us that the book lauded as « the national epic of Britain » (Thomas Huxley, Darwin’s atheist « bulldog »), « the anchor of the national seriousness » (Frederick Faber, Victorian Catholic educator), which « if everything else in our language should perish, would alone suffice to show the whole extent of its beauty and power » (Thomas Babington Macaulay, politician and historian), begins with the garrotted and charred body of a hunted heretic in 16th-century Brabant.

A brilliant multi-lingual radical scholar from Gloucestershire, William Tyndale had, since fleeing England, worked with his associates in the Protestant-friendly cities of Cologne, Worms and Antwerp on translations of the Bible into English. He sought to set scripture free from power, so that « the boy that driveth the plow » should own it as much as any priest. The reform-minded queen Anne Boleyn herself owned a vellum copy of his New Testament. But not until after Tyndale’s gruesome death did Henry VIII, now irreparably estranged from Rome, accept that vernacular scriptures, rather than the Latin of the Vulgate Bible, should be heard in his land. By 1538, Thomas Cromwell’s patronage had led to the instruction that « one book of the whole Bible of the largest volume in English » must stand in every parish church.

Prior to his death, Tyndale had only completed his versions of the New Testament, the Pentateuch (the first five books of Moses), the book of Jonah and some historical books of the Old Testament. Entire Bible translations began in 1535 with the edition by Miles Coverdale, Tyndale’s partner in underground European publishing. So begins the great chain of Tudor and Jacobean translation. Coverdale led to the Matthew Bible (1537), the official Great Bible (1539), the Calvinist Geneva Bible (1560), the state-sanctioned Bishops’ Bible (1569), and the Catholic Douai-Rheims Bible (1582 and 1609).

Then, in 1604, James 1 – an arch-dabbler in theology, who feared both Puritan and Catholic rebellion – convened Anglican divines at the Hampton Court Conference. He instructed them to study all existing versions, refer to the original Hebrew and Greek texts, and come up with a definitive official scripture that would quell factional disputes and stand the test of time. The task went to six learned companies of 54 translators: two in Westminster; two in Oxford; two in Cambridge. Famously, their brief was not to start from scratch with their translation but « to make a good one better ».

Did they? The KJB text certainly flatters its forerunners, Tyndale above all, by sustained imitation. What proportion of Tyndale’s words survives in the KJB? The most commonly accepted calculation suggests that 84 per cent of his New Testament does, and 76 per cent of the Old Testament books that he completed. For Gergely Juhasz (in The King James Bible after 400 Years), « by modern standards of authorship, the KJB would be regarded as a form of plagiarism ».

An example: 6 January marks, for Western churches, the Feast of the Epiphany, when the magi – or wise men – visited the baby Jesus at King Herod’s behest. The second chapter of Matthew’s gospel has the story: « When they had heard the king, they departed, and lo the star which they saw in the east went before them, until it came and stood over the place where the child was. When they saw the star, they were marvellously glad. And entered into the house, and found the child with Mary his mother, and kneeled down and worshipped him, and opened their treasures, and offered unto him gifts, gold, frankincense, and myrrh. And after they were warned in their sleep, that they should not go again to Herod, they returned into their own country another way. »

That is not the KJB but Tyndale’s New Testament, 80 years previously. The six companies who in 1611 delivered to Archbishop Bancroft of Canterbury kept so much of his work, as they did of Coverdale’s and the stricter Protestants responsible for the popular Geneva Bible (the scripture Shakespeare often quotes). These teams of scholars shared an extraordinary depth of learning. Leaders such as Lancelot Andrewes, Dean of Westminster, and Miles Smith, the star freelance translator in Oxford, had up to 20 languages, ancient and modern, at their command.

They knew when to leave well alone; and, mostly, they did just that. But when they changed, they changed with a purpose – and one that went beyond the royal order to avoid inflammatory « Puritan » renderings of the sort that Tyndale favoured. He had used « congregation » rather than « church » for the Greek ecclesia, to take the most contentious example.

In essence, the six companies ensured that the KJB was born an antique. They didn’t make the Bible new; they made it old. Its celebrated majesty and sonority stem from a decision to ennoble the language with a melodic, otherworldy splendour. Note how Tyndale’s « they were marvellously glad » from the 1520s becomes, in the much later heyday of Shakespeare and Donne, « they rejoiced with exceeding great joy ». The KJB sounds archaic to many readers now. It sounded archaic to many readers in 1611.

As Gordon Campbell puts it, « the language of the translators reflects their conservatism ». They use « thee » and « thou » with an old-fashioned enthusiasm which might have sounded strange on the teeming City streets outside Stationers Hall, where for nine months in 1610 a revising committee sat. Tyndale and his radical confrères aimed for the demotic language of street and field. The KJB crews retain much of that, but channel it into a new, refined and detached, language of pulpit and pew. Old verb forms such as « doth », « hath » and « saith » abound, whereas by the 1590s – in speech, at least – the modern endings would have become more common.

David Crystal, in his entertaining and erudite survey of the migration of KJB phrases (257, by his reckoning) into every corner of popular culture and mass media, notes that only the KJB calls hypocritical pharisees « whited sepulchres ». Tyndale named them, simply, « painted tombs ». Stephen Prickett, in The King James Bible after 400 years, calls this booming harmony « the King James steamroller », a tone whose stately momentum flattens differences in the cause of laying down a new « Church English », « often high-flown and poetic, related to everyday speech but also at one remove from it ».

This retro-fitted grandeur stuck. It did take time. The Geneva Bible, loved as much for its elegant roman typeface, handy formats and explanatory notes as for its Calvinist orientation, kept its audience until new editions ceased in 1644. The official status of the KJB, and the monopoly printing rights of the university presses of Oxford and Cambridge, also eased its passage into popular consciousness.

What really marked a sea-change, though, was the acceptance of the « habitual music » of the KJB (John Ruskin’s phrase) by Puritan writers and preachers quite out of sympathy with the king-and-bishop hierarchy that bred it. Soon, John Milton and John Bunyan would draw on the KJB: it colours Paradise Lost and The Pilgrim’s Progress from first lines to last.

It crossed the Atlantic early in the 17th century, and came to fix the tones and timbres of American speech and writing even more firmly than in Britain. From Herman Melville to Walt Whitman, Ernest Hemingway to Allen Ginsberg, American literature could hardly exist without the pulse and flame of the KJB. Today, it suffuses the work of talents as varied as Toni Morrison and Marilynne Robinson, Cormac McCarthy and Bob Dylan – who, in keeping with the seam of radical prophecy that forerunners such as William Blake had mined from the Bible, told us that in changing times « the last shall be first, and the first last » (a direct KJB lift from Tyndale).

The style that its detractors suspected of being an Establishment fudge became a true family favourite. Tyndale’s ploughboy – and housewife, and factory-hand, and labourer, and (in the US) slave – did learn the scripture: often in his own words too, even if filtered through the 1611 mesh.

Has that chapter closed? For anyone, religious or not, who cares about the continuity of culture and understanding, Gordon Campbell lets slip a remark to freeze the blood. A professor at Leicester University, he recalls that « When the name of Moses came up at a seminar I was leading, no one had any idea whom he might have been, though a Muslim student eventually asked if he was the same person as Musa in the Qur’an (which he is) ».

« Let my people go » (Exodus 5.1), as Tyndale – and the KJB – has Moses tell Pharaoh. In 2011, we may need another kind of Mosaic injunction: Let our people read.

COMPLEMENT:

Journalist, TV producer and historian Jad Adams takes on one of the world’s most iconic figures in Gandhi. His biography shows that the man who led a movement for India’s independence struggled with his own spirituality, sexuality, eating habits and more. Here, Adams talks to us about the iconic leader.What piqued your interest in Gandhi?A publisher approached me and asked if I would like to work with them. They said they wanted a series of landmark biographies and asked which major world character I should like to write about. I wanted to write about Gandhi because so much of his life is interesting.Some historical characters have an interesting political life or family or sex life, but the rest is dull. With Gandhi, it is all fascinating—politics, family, spirituality, travel and sex.  I also favor biographical subjects where a great deal of archive material exists.How long did it take to research and write this book?

I started researching the Nehru Dynasty, the ruling family in India, in 1995 when I was writing the proposal for the BBC and PBS series The Dynasty. I worked on that TV series and wrote a book, also called The Dynasty, to accompany it. That is really when research started on the Gandhi. I already had a pile of accumulated material when I came to write it. The biography took a year of intensive research and writing, I wasn’t working on anything else.

Did you set out to find Gandhi’s imperfections and quirks, or did they just emerge?

My procedure is to sit on the shoulder of my subjects and see the world from their point of view. I don’t want to whitewash them or hold them up to ridicule. I want to present their life as they saw it, in context. I do make judgments, but I am always clear what is fact and what is my opinion—the difference between what I know and what I believe.

Was there a particular element of Gandhi’s life or piece of research that you found most fascinating?

I found Gandhi’s obsession with chastity fascinating because it was something he developed and molded as his political and spiritual journeys continued. He started off with a normal marriage and family. Then he decided to be celibate, not a particularly unusual thing for a Hindu who already had a family to do.

But then Gandhi started telling everyone else to be celibate, even if they had only just married. Then he engaged in an increasingly bizarre set of intimacies with his female followers, which progressed to the stage of sleeping naked next to teenage girls, supposedly to test his celibacy. It was weird behavior that tested the commitment of his followers to destruction.

How do you make sure this biography would stand out among all of the other Gandhi biographies? What did you do to ensure this would be a fresh and interesting read?There are rather a lot of books about Gandhi. I have read some of them and reviewed some of the more recent ones. Mainly, however, I ignored secondary sources. I looked at the things Gandhi himself said and wrote in the 100 volumes of his collected works, which I read for my book. I also relied heavily on the words of eye witnesses. For example, on the 10-volume biography started by Gandhi’s secretary, Pyarelal [Nayyar], and finished by his sister, Sushila [Nayyar, also Gandhi’s doctor], but others also wrote contemporary accounts of Gandhi.

My book is an antidote to the very partisan life by Louis Fischer of 1951, on which so much later work was based; and to Richard Attenborough’s Gandhi movie of 1982, which I think has informed the public view of Gandhi.

Gandhi when he was alive was very keen to share his peculiarities about food, sex and defecation with the wider world. What has happened subsequent to his death is that these matters were suppressed in the attempt to create an image of “Saint Gandhi.” His posthumous image makers wanted to present him as a unifying icon for modern India, where in fact when he was alive he was often a divisive figure.

Voir enfin:

The Mahatma in the bedroom

The Times of India
May 1, 2010
He is the sainted patron of Indian independence, admired the world over for his philosophy of constructive non-violence. A new book by British author Jad Adams delves into a more intimate space of Mohandas Karamchand Gandhi’s life: His bedroom.
Adams focuses on not the idealised apostle of peace, but Gandhi the man who spent much of his life refining his eccentric theories of chastity, vegetarianism, bowel movements and how best to conserve his sperm, which he saw as a vital fluid.Adams, a visiting research fellow at London University who has previously written biographies of the Labour politician Tony Benn, leader of the British suffragette movement Emmeline Pankhurst and a book titled ‘The Dynasty: The Nehru-Gandhi Story’, says there’s no dearth of material on Gandhi’s private life. « Gandhi’s own musing on sex was not occasional or cursory: his accounts were frequent and detailed and are there for all to see, » says Adams whose book ‘Gandhi: Naked Ambition’ will be out in India soon.

In an interview with Neelam Raaj, Adams discussed the Mahatma, his difficult relationship with Kasturba, and the philosophy behind his odd sleeping arrangements…

So much has been written about Gandhi. Why a biography now and are you bringing any new facts to light?

All great figures deserve a number of biographies, giving different views of the same person. A multiplicity of biographies is, in fact, evidence of the enduring interest of a historical character. How many of the nineteen viceroys who ruled India during the time Gandhi was alive are still worth writing about? In contrast, the interest in Gandhi will endure and people will continue writing about him into the future. I am very happy to be making a contribution.

I am a historian and biographer of a number of world figures. I have particularly concentrated on political radicals and nationalists in my work. My publisher, Quercus, invited me to suggest a biographical subject for my next book. I chose Gandhi because his life is so multifaceted. Many people demonstrate one or two aspects of interest in their lives. A national leader may have an incandescent political career and a lurid sex life, but nothing else worthy of comment. It is not unusual to encounter eminent people who have a complex relationship with food, or with religion. Many people famous for their achievements have a tumultuous family life; social reformers are notorious for it.

In the case of Gandhi, everything is fascinating: his political life, spiritual life, family life and sex life. His relationship to food could fill a volume in itself.

My contribution is one of approach rather than new discoveries. I have worked almost exclusively on primary materials, on the things written by Gandhi himself, assembled in the Collected Works of Mahatma Gandhi, and in the work of Pyarelal (secretary), his sister Sushila Nayar (who used to sleep and bathe with Gandhi) and Mahadev Desai (known as Gandhi’s Boswell). They recorded Gandhi’s activities in great detail through the last thirty years of his life.

Why the focus on Gandhi’s sex life?

The book does deal with Gandhi’s sexuality, but as part of an attempt to understand his entire personality. Different things possessed him at different times in his life. When he was in London as a student, it was vegetarianism (not sex or politics) that interested him. In South Africa, his attempts to remain chaste and his creation of ideal communities was more important to him than his work for Indian traders. Back in India, he was preoccupied with Indian nationalism and his ashrams for the 1920s and ’30s. At the end of his life, his sexual experiments preoccupied his thinking. My interest is in the whole of his life, his political, spiritual and family life as well. In my book, I give what I hope is a rounded picture of Gandhi, not concentrating on sex, but not ignoring it either. However, I do not want to be disingenuous about this, it is true that sex is one issue among many that I deal with, but it is the one which most interests the media and I am not unaware of that in encouraging people to read the book.

I think historians have the right to address any matter of a subject’s life. In the case of Gandhi, he spoke and wrote a great deal about sex in general and his own sexual experience in particular. If ‘Gandhi and Sex’ were a subject that was to be banned, a good deal of Gandhi’s own work (in the Indian government’s edition of the Collected Works of Mahatma Gandhi, for example) would have to go.

Why was Gandhi so obsessed with chastity, going to extreme lengths to test his selfrestraint ? Was chastity a political weapon for him?

It is one of the challenges I set myself to understand this. Gandhi had a normal married life from his teens to his thirties when he decided to be chaste, and finally, in 1906, made a vow which settled the matter. The next phase of his life saw him ordering everyone else to be chaste as well, including newlyweds. At his ashram, men and women were housed separately, yet he encouraged the young to bathe and sleep together. « I sent the boys reputed to be mischievous and the innocent young girls to bathe at the same time, » he boasted, explaining carefully to them they were not to succumb to temptation. If ever they strayed, the vigilant Gandhi himself would adjudicate. He was of the view that people who wanted to fight for the nationalist cause in his service « have to observe perfect chastity, adopt poverty, follow truth and cultivate fearlessness ».

The next stage of his life engaging with sexuality was to increase his contact with women and girls, including physical contact. He certainly saw this as behaviour which would help strengthen him spiritually and, thus armed, he would better be able to act in India’s cause.

Would you call him chaste?

It is literally a matter of definition whether Gandhi was chaste or not. If chastity is taken simply to mean no penile penetration of another person, then Gandhi was chaste. If we use the term ‘sexual relations’ to refer only to the act of intercourse, then he did not engage in sexual relations. However, he did frequently put his hands on women, sleep naked with women, bathe with women and take massages from them. Most people would think of these things as sexual. His contemporaries felt Gandhi was going into dangerous waters in doing — and talking about — these things and such Congress leaders as Patel and Kripalani expressed their disapproval. Nehru had already distanced himself from Gandhi’s sexual attitudes (« unnatural and shocking » is how he described them) in his Autobiography of 1936.

Do you have any evidence that Kasturba was ever sexually satisfied with Gandhi?

Gandhi says of Kasturba « she was never the temptress. » In wrestling with sex, he recoils from having made her « the instrument of my lust ». He seems to have made no attempt at pleasing her sexually, or considering that she had her own sexual feelings.

Were his sexual experiments criticised in his lifetime and how did he respond to that criticism?

Family members, ashram members and political allies criticised Gandhi’s ‘experiments’ in challenging himself with sexually attractive women. His response to criticism in this, as in other aspects of life, was to continue on the same path with revitalised determination. If Gandhi had decided to do something, then that was the right thing to do. He took the censure of others over his sexual experiments as a sign that he ought to continue, as a further challenge to his spiritual nature. He explained, « If I stop sleeping together for all time it will mean that I have been mistaken. Otherwise why should I stop it? There is a limit to abstaining from it for the sake of my friends. » He was a very brave and also a very self-confident man.

Which experiments were the most bizarre and did these continue well into his old age?

Sleeping with one, then two teenaged girls (Manu, his 18-year-old grandniece, and then Abha, the wife of Gandhi’s grandnephew Kanu Gandhi) was behaviour that continued into 1948, when he was killed. I should mention that the women who gave him service were always willing; there was no shortage of people ready to do whatever Gandhi wanted, without question.

Western leaders like Bill Clinton and Silvio Berlusconi have had their share of peccadilloes. Are we holding Gandhi to different standards of morality?

Gandhi has to be viewed with the same standards as everyone else. That is: if we were to write a biography of Bill Clinton it would be right to say his presidency was a period of prosperity at home and peace abroad for the US. But it would also be right to say his sexual appetite caused a political crisis that was embarrassing to him and his party. To say one thing and not the other would be dishonest as a historian.

Gandhi has been given saint status in the West and at home? Are you challenging his canonisation?

I like to think of what I do as enriching our view of Gandhi. He is (and was, during his lifetime) one of the most famous men of the twentieth century. In a world of conglomerates and big government, Gandhi has taught us that people count for something. Gandhi’s enduring view was that people of conscience not only can, but should take action, and they continue to invoke him as they do it. Every peaceful protest movement owes a debt to him. It does not detract from his greatness that he also had a complicated relationship to sex.

« It is the duty of every thoughtful Indian not to marry, » said Gandhi. « In case he is helpless in regard to marriage, he should abstain from sexual intercourse with his wife. » With sex not permissible even for procreation, wouldn’t it have been the end of the world as we know it?

I don’t think Gandhi ever imagined that everyone either in the nation or in the world would follow this path of total celibacy; this was an exemplary goal that he set out, not a practical objective.

How do you think the book will be received in India? Do you think it could be banned?

I trust the good sense of the people of India who will read my book before condemning it, and will see the serious intent behind it and the respect I have for its subject.

As a biographer, did you judge Gandhi? And if so what would you call him — saint or deviant?

I question the whole concept of sexual deviancy. I think all people have a sexual nature and they have different ways of expressing that nature. Gandhi’s, after his thirties, when he decided to be celibate, was to talk a great deal about sex, to write about it and to control it in others, and to challenge himself with a variety of sexual experiments. I think understanding a person’s sexual life, particularly if it is complex, is an integral part of their biography and in no way detracts from their message. I do not think of sexuality as a negative quality. I try to understand, not to judge.


Langues: L’anglais est-il autre chose que du français mal prononcé? (Excuse my French: English’s best-kept little secret)

2 janvier, 2011
Court jester Wamba (Ivanhoe, Walter Scott, 1820British coat of armsL‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clemenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimés qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Wamba (bouffon saxon dans Ivanhoé, Walter Scott, 1819)
Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. Daniel Defoe
La licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue. Jonathan Swift
Nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance. The Spectator (guerre de Succession d’Espagne)
Notre tâche se borne à les vaincre, et nous pouvons le faire en bon anglais. […] Nous supplions donc humblement que les mots français, tout comme le costume et les manières de France, soient mis de côté, du moins pendant la durée du présent conflit, car si leur langue et leurs coutumes s’abattaient sur nous, nous risquerions d’apprendre par leur exemple, le jour de la bataille, à f—te [sic] le camp. Edmund Burke (guerre de Sept Ans, 1756-1763)
My sugar is so refined, she’s one o’ them high-class kind, she doesn’t wear a hat, she wears a chapeau, she goes to see a cinema, but never a show. Nat King Cole (écrit par Dee-Lippman, 1946)
Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de la conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle. Encyclopaedia Britannica (américaine)
Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français.  Jon-Kriss Mason

Attention: une langue peut en cacher une autre !

Bêtes sur pied élevées par les paysans saxons (ox, cow, bull, calf, sheep, ewe, ram, goat, boar, sow, pig, swine, deer) systématiquement francisées dans la cuisine de leurs maitres normands (beef, veal, mutton, pork, bacon, venison) …

Emprunts continuels de vocables français tout au long de son histoire (XIe, XVIIIe, XIX et XXe) et, sans parler des devises royales (Dieu et mon droit, Honi soit qui mal y pense), vocabulaire quasiment français pour tout ce qui a trait à l’administration, la politique, la justice, l’art, l’art militaire …

Termes saxons réduits aux mots outils de la grammaire (and, of, to, the, it, be, have, will, you) ou aux notions de base (head, eyes, nose, mouth, teeth, tongue, ears, throat, arms, elbows, hands, fingers, legs, ankles, feet, toes, man, woman, wed, husband, wife, father, mother, children, brother, sister, young, bread, cheese, meat, drink, breakfast, lunch, wine, beer, cake, kitchen, bedroom, bathroom, sheets, house, home, baker, shepherd, sailor, king, queen, earl, God, life, death, love, heaven, hell, weapons, spear, sword, gun, answer, learn, word, wealth, golf, towns, streets, roads, ships, sun, moon, rain, snow, black, white, books, plays) …

Formes françaises pour toute relation un peu plus élaborée ou éloignée (parents, uncle, cousin, engage, fiancé, person, couple, second, dozen, divinity, religion, ideas, concepts, language, butcher, farmer, tailor, prince, baron, administration, justice, government, army, diplomacy, parliament, democracy, liberty, industry), les adjectifs (royal, divine, gracious), les qualités (honour, honesty, jealousy), le culturel (culture, art, painter, beauty, music, literature, theater, comedy, taste) …

Mots certes souvent déformés phonétiquement ou graphiquement (« se rendre » devenant « surrender », « mousseron » « mushroom », »rickshaw » tiré de… « quelque chose » ; « rehearse » de… « rehercer », ie. « repasser la herse »; « jacket » de… « Jacques »; « wig » de, via « periwig », … « perruque »! ) mais maintien presque systématique quand le terme saxon est conservé, du doublon français avec effet valorisant (perfume/smell, food/cuisine, beverage/drink, mirror/looking glass, mansion/house, lingerie, bra(ssiere)/underwear, desire/want, demand/ask, pardon/forgive, perish/die, present/gift, labour/work, tempest/storm, combat/fight, liberty/freedom, amorous/loving, derrière/buttock voire ass) … 

Véritable conservatoire des s de l’ancien français remplacés à la Renaissance par les accents notamment circonflexes mais réapparaissant à l’occasion dans les formes dérivées (castle, bastard, conquest, feast, master, mistress mais « forest » ou « hospital » donnant « forestier » ou « hospitalier ») ou aigus (establish,  shoppe, spine, spice, standard) ou de mots ayant depuis changé de sens (« scallop » ayant conservé son sens de coquille ou coquilage en anglais, « escalope » n’étant plus en français que la tranche de viande ou de poisson fin comme une coquille St Jacques)  …

Qui se souvient que, pendant près de trois siècles et de la cour à l’Église, et de la justice au  commerce et à l’administration, les rois d’Angleterre ne parlaient que le français ?

 Qui se rappelle que la première grammaire du français a été écrite pour une princesse anglaise ?

Qui sait encore qu’à l’image de la francisation systématique des bêtes sur pied en viande cuisinée rappelée par le grand Scott lui-même dans la première page d’Ivanhoe …

La plupart des mots anglais autres que les mots de base furent non seulement apportés dans les malles de Guillaume mais introduits tout au long de l’histoire du pays ?

A l’heure où la désormais 2e puissance économique mondiale et 1ère langue parlée au monde s’inquiète de sa pureté par rapport à l’anglais …

Où cette dernière cède au doute par rapport à son avenir

Voire s’inquiète  de l’anglicisation et de la phonétisation rampante de l’idiome de sa rivale historique outre-manche …

Retour, avec le fascinant ouvrage de la linguiste canadienne de l’université de Grenoble Thora Van Male (Liaisons généreuses : l’apport du français à la langue anglaise) …

Sur l’un des secrets les mieux gardés des deux côtés de la Manche …

A savoir qu’avec plus de 80% de vocabulaire d’origine française ou latine, la langue de Shakespeare et à l’image de celle de Molière…

Ressemble de plus en plus à un pidgin qui a réussi

Voire, pour reprendre le mot d’un fin connaisseur comme Clemenceau

(4 ans, suite à un dépit amoureux et via l’Angleterre, d’enseignement  du français et de l’équitation outre-Atlantique,  mariage avec une Américaine)

Concernant la langue de la « colonie française qui a mal tourné » …

N’a jamais été que » du français mal prononcé » …

Lu d’ailleurs

L’anglais, langue française

Jon-Kris Mason

Booksmag

Décembre 2010 – Janvier 2011

Voici un peu moins de mille ans, les Normands conquéraient l’Angleterre, imposant le français comme langue de l’administration. Depuis, malgré de vives réactions, l’anglais a continué de se franciser, par vagues successives. On l’ignore souvent, de part et d’autre de la Manche : plus de 80% des mots anglais sont d’origine française ou latine!

Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings(1). Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le! – qu’autrefois les Anglais parlaient français [lire ci-dessous « Quand l’Angleterre était normande »].

Et de fait, c’est toujours le cas. Telle est la thèse du livre de Thora van Male, Liaisons généreuses, qui observe avec un humour irrévérencieux et pince-sans-rire « la prodigieuse influence de la langue française sur l’anglais ». Van Male s’intéresse tout particulièrement aux emprunts de vocabulaire, plutôt qu’à la syntaxe ou l’orthographe, et elle ouvre son ouvrage sur la manière dont les premières dettes furent contractées. Elle regroupe les mots empruntés au français par grandes thématiques [les mots à connotation sexuelle, les faux amis, les mots du snobisme, etc.], une structure qui permet au lecteur de revenir autant qu’il le souhaite au chapitre le plus instructif ou le plus amusant à ses yeux. Et il y a matière à se divertir, surtout quand l’auteur compare directement les termes anglais à leur équivalent français. Si a pride of lions (une troupe de lions) perd quelque peu à être traduit par « un orgueil de lions » (pride voulant aussi dire orgueil), il est assez réjouissant de comparer l’anglais bookworm (littéralement « ver de livre ») au français « rat de bibliothèque ». L’étude de van Male saisit l’influence française à travers des mots, des expressions, des proverbes anglais, ainsi que dans ces vocables qui ont fait le voyage de retour en France, à l’instar de « budget » [venu du français « bouge » désignant une bourse de cuir]. Mais ces derniers cas sont peu nombreux. L’influence linguistique fut incontestablement plus forte et durable dans le sens sud-nord de la traversée de la Manche.

« Influence », cependant, ne rend guère justice au rôle joué par le français dans l’évolution de l’anglais. La colonisation normande greffa en effet sur le vieil anglais le code génétique du français (d’abord le franco-normand, puis ce qu’on appelle le français « parisien »), le résultat étant cet hybride latino-teutonique aujourd’hui connu sous le nom d’« anglais moderne ». Tout au long des XIIe et XIIIe siècles, les langues de la cour, de l’Église, de la justice, du commerce et de l’administration furent le français et le latin. À leur contact, l’anglais se transforma peu à peu, nombre de ses caractéristiques germaniques étant abolies ou modifiées(2). Fort d’une syntaxe remodelée par le latin, mais ayant conservé son fonds anglo-saxon expressif, l’anglais devint souple et malléable, doté d’une capacité à assimiler les mots étrangers sans doute inédite dans l’histoire des langues(3).

Le processus qui suivit la conquête créa une puissante entité linguistique, dotée d’un énorme appétit pour absorber tout ce qu’elle pouvait. Si l’anglais jouit aujourd’hui d’une influence et d’une portée sans rivales dans le monde, comme première ou seconde langue, les Français peuvent se réconforter, assure van Male, puisque c’est au français que l’anglais, dans ses moments de plus haute clarté et force d’évocation, doit sa « majesté ». Sans le français, affirme van Male, l’anglais ne posséderait pas « ses mille et un synonymes, qui permettent l’introduction d’autant de nuances et de richesses dans l’expression ». Et, au grand dam de nombreux commentateurs au fil des siècles, elle a parfaitement raison.

La crainte que l’anglais disparaisse

Les lecteurs d’Ivanhoé, ce roman culte paru en 1819, où Walter Scott décrit les hauts faits de la chevalerie dans l’Angleterre normande, se souviennent peut-être de la remarque de Wamba, le bouffon saxon, sur l’anoblissement linguistique de la chair animale quand celle-ci est dressée sur une table normande : « Ce vieil édile Ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi; mais il devient Beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer; Monsieur Calf aussi devient Monsieur de Veau de la même façon; il est Saxon tant qu’il requiert nos soins et nos peines et prend un nom normand dès qu’il devient un objet de régal(4). »

Dans l’atmosphère angoissée de notre ère postcoloniale, faire passer la ligne de fracture linguistique entre « maîtres et valets » est sans doute plus évocateur que jamais. Mais, même si le bouffon de Scott déplore, nostalgique, l’érosion de la culture et de la langue anglo-saxonnes, ce n’est probablement pas au lendemain immédiat de la conquête que la résistance à l’invasion du français atteignit son apogée. Van Male observe que la fusion de la langue et de l’identité nationale ne se produisit pas avant le XIIIe ou le XIVe siècle. C’est alors seulement qu’apparut pour la première fois depuis la conquête un fossé linguistique entre les classes dirigeantes d’origine française et anglaise. L’arrivée, à la fin du XIIIe siècle, des premiers textes conçus pour apprendre le français aux enfants de la noblesse anglaise atteste qu’il n’était plus leur langue maternelle. La longue hostilité entre la dynastie des Plantagenêts, qui régnait sur l’Angleterre, et les descendants de Philippe Auguste à propos des territoires anglais sur le continent [les duchés de Normandie et d’Aquitaine et le comté d’Anjou] favorisa la transformation de la langue en emblème de la nation. En 1295, dans une lettre célèbre à ses barons, Édouard Ier d’Angleterre jurait de combattre la « détestable ambition » de Philippe le Hardi « de balayer complètement la langue anglaise de la surface de la Terre ». Le taux d’emprunt de l’anglais au français atteignit néanmoins son sommet au cours du siècle qui suivit(5).

Cela étant, la lettre d’Édouard Ier était en latin, pas en anglais. Le lien entre une nation et sa langue vernaculaire, qui nous semble aujourd’hui aller de soi, ne s’est tissé qu’à partir du XVIe siècle, quand la Réforme fit disparaître de la vie quotidienne non le français mais le latin (van Male remarque à ce propos que les lexicographes ont bien du mal à déterminer l’origine française ou latine d’un mot anglais). Il faudra cependant attendre le XVIIIe siècle pour voir la politique et le patriotisme commencer de l’emporter sur les impératifs linguistiques ou stylistiques : dans une Grande-Bretagne se transformant en superpuissance européenne, le taux d’emprunt plongea alors à son niveau le plus bas depuis la conquête.

La restauration sur le trône du très francophile Charles II, en 1660, avait inauguré une nouvelle ère d’emprunt au français(6). Jusque-là, les termes importés étaient « anglicisés » : leur orthographe, leur prononciation et leur accentuation étaient modifiées, conformément aux formes anglaises en vigueur. Pour marquer la différence, van Male distingue les « mots français » des « mots d’origine française », les premiers conservant leur essence française quand les autres devenaient des emprunts plus ou moins « invisibles ». Elle prend pour pierre angulaire de sa démonstration John Dryden, éminent représentant des lettres anglaises de cette époque de la Restauration. Car Dryden se plaignait de la grossièreté barbare de l’anglais anglo-saxon monosyllabique, tout en se moquant dans ses pièces de l’usage excessif du français dans la société élégante.

Interdire les expressions françaises

Il existe en anglais un dicton : If you can’t beat them, join them [« Si vous ne pouvez pas les vaincre, rejoignez-les »]. Alors que l’Angleterre libérale et licencieuse de la Restauration avait voulu rejoindre ses homologues français en imitant leur société et en employant leur langue, l’Angleterre plus austère et ombrageuse du XVIIIe siècle entendait vaincre les Français. Daniel Defoe, le père de Robinson Crusoé, se désolait ainsi : « Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. » Et Joseph Addison, cofondateur du très influent magazine The Spectator, milita pour la création d’une version anglaise de l’Académie française « pour interdire que des expressions françaises deviennent courantes dans le royaume, quand celles que nous créons nous-mêmes valent tout autant ». Jonathan Swift, l’auteur des Voyages de Gulliver, reflétait également l’air de son temps lorsqu’il déplorait la « licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue ». Dans toute l’Europe d’alors, les communautés politiques se soudaient et se développaient autour de l’imprimé, et l’Angleterre ne faisait pas exception à la règle(7). On ne dira jamais assez le rôle que jouèrent dans la vie publique les périodiques, pamphlets et autres traités, cette domination de l’imprimé attirant l’attention sur la nature du langage : comment communiquons-nous, et comment voulons-nous communiquer?

De ce point de vue, le débat qui a lieu aujourd’hui dans le monde francophone sur le choix des mots « e-mail » ou « courriel » rappelle fort ceux qui agitaient l’Angleterre du XVIIIe siècle à propos du lexique de la technologie militaire. Alors que l’anglais américain domine aujourd’hui le vocabulaire de l’information et de la communication, la supériorité du génie militaire français se reflétait alors dans la prépondérance des termes français adoptés par les Anglais dans ce domaine. Mais, dans le contexte de la série de victoires que l’Angleterre remporta à l’époque sur la France, certains eurent plus de mal à l’accepter. The Spectator était indigné de voir qu’en pleine guerre de Succession d’Espagne « nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance(8) ». Un demi-siècle plus tard, lors de la guerre de Sept Ans qui ravagea l’Europe et le monde entre 1756 et 1763, l’éminent Edmund Burke maudissait l’usage des mots « cordon », « coup de main » et « reconnoitre(9) » : « Notre tâche se borne à les vaincre, et nous pouvons le faire en bon anglais. […] Nous supplions donc humblement que les mots français, tout comme le costume et les manières de France, soient mis de côté, du moins pendant la durée du présent conflit, car si leur langue et leurs coutumes s’abattaient sur nous, nous risquerions d’apprendre par leur exemple, le jour de la bataille, à f—te [sic] le camp. » Les Anglais se régalaient de ces insinuations ironiques sur la pusillanimité des Français.

Van Male définit trois sortes de mots d’emprunt : les remplaçants, les synonymes et les mots désignant une chose ou une idée nouvelle. Au XVIIIe siècle, les termes des deux premières catégories firent l’objet de la plus vive attention critique, considérés comme des étrangers indésirables et vigoureusement traqués. L’orthodoxie dominante avait changé, la simple synonymie ne suffisait plus à justifier l’emprunt. Alors que le monosyllabisme sec de l’anglais avait été condamné par Dryden à la fin du XVIIe siècle, il était, pour les yeux et les oreilles du XVIIIe, signe de force, d’honnêteté et de sens. Alors que l’élégance des mots polysyllabiques français avait été admirée et imitée, elle devint le bâton avec lequel battre l’ennemi d’outre-Manche. Avec une précision et une bienséance toutes georgiennes, on accusa l’éclat esthétique et euphonique du français de masquer l’imprécision, la frivolité et le manque de sens(10). Les emprunts (en particulier les mots non anglicisés) devaient donc, pour justifier leur intégration au vocabulaire anglais, être capables d’exprimer quelque chose d’inédit. Hélas! pour Edmund Burke, « reconnoitre » [reconnaître au sens militaire] et « cordon » [aussi bien au sens de cordon-bleu que de cordon de police] sont devenus partie intégrante de l’anglais quotidien, alors que « coup de main » a fini par céder la place au français anglicisé surprise attack.

La langue de la galanterie

Mais l’Angleterre du XVIIIe siècle adorait pécher par excès de critique, et la simple existence de cette rhétorique antifrançaise témoigne de l’emploi notoire que l’on faisait alors de mots français non assimilés. Comme Walter Scott le relèverait plus tard, le français était resté le « dialecte élégant » de la bonne société georgienne. Avec une énergie et un humour appropriés, van Male montre que le français a fourni à l’anglais bon nombre d’euphémismes pour désigner les écarts de conduite, sexuels ou moraux. C’est dans l’Angleterre « georgienne » que fut scellé le lien que fait l’esprit anglais entre la prétendue pauvreté morale des Français et la souplesse éthique de leur langue lorsqu’il faut poliment dissimuler une inconvenance. Un romancier qualifiait gallantry, intriguing et coquetting de « mots édulcorants », empruntés dans le but d’atténuer ou de faire oublier le comportement licencieux.

La Révolution française, comme l’observerait Burke, modifia l’attitude anglaise à l’égard de nombreux termes d’origine française. Des mots anglicisés comme people, citizen et liberty se chargèrent de connotations révolutionnaires, et ces nuances politiques persistent aujourd’hui. En outre, alors même que l’on continuait de faire consciemment usage de termes français et que l’emprunt de nouveaux mots avait plutôt tendance à augmenter, le français perdit un peu de son prestige au XIXe siècle. Les écoles privées chic remirent les langues mortes au cœur de l’éducation des jeunes gens, et le français fut de plus en plus envisagé comme une langue seyant aux seules jeunes filles. Il a, depuis, progressivement perdu cette connotation sexuée, pour retrouver son association première avec la classe sociale. Van Male explique à juste titre que le français continue à être synonyme de tout ce qui est olé-olé; mais le français est aussi, sous sa forme originelle ou anglicisée, la langue par excellence des anglophones désireux d’élever leur élocution au-dessus de ces monosyllabes brefs et ordinaires qui ont été l’objet au fil des siècles d’un tel déplaisir chez les snobs.

La culture populaire anglo-saxonne d’aujourd’hui tire grand profit de la forme non anglicisée des emprunts au français. Des mots utilisés de travers par de sympathiques personnages de fiction soulèvent l’émotion. L’usage conscient et superflu de termes français permet d’épingler la prétention. Enfin, l’usage décontracté et correct d’un mot emprunté au français peut être la marque de la courtoisie et du raffinement d’un individu cultivé et nanti. Ce que montre bien le livre instructif et souvent distrayant de van Male, c’est que la dette de l’anglais envers le français est bien plus grande que nous ne le pensons aujourd’hui, de ce côté-ci de la Manche.

Hélas! la connaissance du français parmi les écoliers anglais a nettement décliné au cours de la dernière génération. La possibilité de comprendre la relation stimulante, dynamique, unique qui lie nos deux langues se perd presque toujours sans l’occasion d’apprendre le français, et l’écolier anglais est particulièrement mal loti à cet égard. Lorsque van Male écrit que l’anglais doit beaucoup de sa « majesté » au français, elle ne parle pas seulement de mots et d’expressions. En fusionnant avec l’antique dialecte franco-normand, l’anglais a pu renaître sous la forme d’une langue flexible et accueillante, tolérante, et même désireuse de recevoir des apports étrangers. Ce cosmopolitisme linguistique n’a pas seulement fourni aux anglophones la base d’un questionnement linguistique et philologique tout au long des siècles, il a aussi établi un lien concret entre les îles Britanniques et le continent pendant près d’un millénaire. Que dans notre esprit le français véhicule toujours l’idée de prestige signe l’héritage inestimable qu’il représente dans la langue anglaise.

Nous remercions le professeur Daniel Karlin, de l’université de Bristol, d’avoir bien voulu relire la version anglaise de ce texte.

Notes1| C’est à Bayeux que l’on peut admirer la célèbre tapisserie retraçant la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie.

2| Selon Jean-Marc Chadelat, cité par Thora van Male, l’anglais compterait environ 85% de termes d’origine française ou latine.

3| D’un point de vue technique, l’anglais a ainsi perdu son caractère de langue « à inflexions » pour devenir une langue « analytique », et perdu de ce fait sa capacité à former des mots composés d’origine germanique. [Note de l’auteur.]

4| Ivanhoé, d’après la traduction d’Alexandre Dumas (1820).

5| La dynastie des Plantagenêts, qui régna sur l’Angleterre de 1154 à 1399, était elle-même d’origine française (plus précisément de l’Anjou) et posséda longtemps presque plus de territoires sur le continent qu’en Angleterre.

6| En 1649, la République (Commonwealth) avait été instaurée par Cromwell, après l’exécution du roi Charles Ier. Le fils de ce dernier, Charles II, qui était par sa mère, Henriette de France, petit-fils d’Henri IV, vécut en exil en France et en Hollande, avant d’être rétabli dans ses droits en 1660.

7| L’auteur fait ici notamment référence au travail de l’historien Benedict Anderson sur le rôle de l’imprimé dans la formation de l’identité nationale, thèse qu’il développe dans son livre majeur, L’Imaginaire national (La Découverte, 2000).

8| La guerre de Succession d’Espagne opposa de 1701 à 1714 la France à une coalition européenne au sein de laquelle l’Angleterre joua un rôle essentiel.

9| Edmund Burke s’est rendu célèbre pour sa farouche opposition à la Révolution française. Il est considéré comme l’un des pères du courant conservateur anglo-saxon.

10| L’époque georgienne s’étend de 1714 à 1837, dates entre lesquelles quatre souverains prénommés George se succédèrent sur le trône d’Angleterre. Bibliographie Hannah Arendt, La Crise de la culture, Gallimard, 1989. Dans ce texte fondateur, Arendt analyse les crises de l’autorité et de l’éducation aux États-Unis comme des éléments représentatifs des problèmes de la société actuelle.

Quand l’Angleterre était normande

Guillaume le Conquérant traversa la Manche avec 5 000 chevaliers. Après la victoire, il réorganisa complètement le royaume, dont le territoire fut découpé en un peu moins de 180 grands fiefs tenus chacun par un seigneur normand. Chaque fie (qui pouvait comporter dessous-fiefs) était une organisation militaire, fournissant des chevaliers à l’armée royale.  A la fin du règne de guillaume, tous les postes de décision dans l’administration d’Angleterre étaient tenus par des Normands. La langue de l’administration devint progressivement le français. La justice, la police et l’Eglise passèrent aussi sous la coupe Normands parlant français. La domination normande dura un siècle, la dynastie de Guillaume cédant alors la place aux Plantagenêts. La fin d’un article consacré par l’Encyclopaedia Britannica (américaine) à la conquête normande dit ceci : « Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de a conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle.»      

Voir aussi:

Liaisons généreuses

Collection Essais

L’apport du français à la langue anglaise

Thora van Male

À l’heure où, en France, on entend vociférer contre l’envahissement de la langue anglaise, Thora van Male prend résolument le contre-pied de ces lamentos. Elle étudie avec une véritable érudition (qui n’oublie pas de rester ludique) ce qui manquerait à l’anglais si, le 14 octobre 1066, à la bataille de Hastings, Harold Godwinson, dernier roi anglo-saxon d’Angleterre, n’avait reçu dans l’œil une flèche décochée par un des soldats de Guillaume le Conquérant.

Près de mille ans après, l’envahisseur français est encore archi-présent dans la langue anglaise, et Thora van Male passe en revue le lexique de nos voisins, classant en deux grands apports le vocabulaire venu du français :

1.les milliers de mots offerts par le français à l’anglais depuis 1066, et dont l’origine française est peu ou n’est pas ressentie par les Anglais ;

2.le vocabulaire d’emprunt récent (c’est-à-dire ayant traversé la Manche au cours des trois derniers siècles).

La démonstration, preuves à l’appui, est stupéfiante, et l’on n’est pas loin de conclure que, sans la langue française, l’anglais, tout simplement, n’existerait pas ! En effet, il y a aujourd’hui dans cette langue plus de mots empruntés que de mots anglo-saxons proprement dits.

À l’aide de tableaux, d’exemples convaincants et d’illustrations parlantes, la démonstration de Thora van Male a de quoi consoler ceux qui se lamentent contre l’intrusion de l’anglais dans notre langue.

Thora van Male est originaire de Colombie britannique, elle enseigne à l’université de Grenoble.

Prix : euros

160 pages, 16 € EAN 9782869598980

Voir également:

China bans English words in media

China’s state press and publishing body says the use of foreign words is eroding the purity of Chinese

BBC

21 December 2010

China has banned newspapers, publishers and website-owners from using foreign words – particularly English ones.

China’s state press and publishing body said such words were sullying the purity of the Chinese language.

It said standardised Chinese should be the norm: the press should avoid foreign abbreviations and acronyms, as well as « Chinglish » – which is a mix of English and Chinese.

The order also extends existing warnings that applied to radio and TV.

China’s General Administration of Press and Publication said that with economic and social development, foreign languages were increasingly being used in all types of publications in China.

It said such use had « seriously damaged » the purity of the Chinese language and resulted in « adverse social impacts » on the cultural environment, reported the People’s Daily newspaper.

If words must be written in a foreign language, an explanation in Chinese is required, the state body said.

Here is a selection of examples of Chinglish which were sent by BBC News website readers:

Chinglish is a lot more present in Cantonese than in Mandarin, such as « BB » for baby. In Mandarin, I think the most common English word is « email, » followed by brand names like Google and Windows. « Hello » seems to be gaining on the native forms of address, and « bye bye » or « bai bai » is ubiquitous. I’ve noticed here in Shenzhen almost everyone has a self-chosen English name, and they refer to each other by these names. So if Billy Cheng and Vivian Wong get together, they call each other « Billy » and « Vivian, » instead of their Chinese given names.

Roscoe Jean-Castle Mathieu, Shenzhen, China

There are words like « offer », like when you get an offer from companies or universities. Although these words do have equivalents in Chinese, younger generation prefer to use English words to communicate their meaning, while for my father’s generation, most of them have no idea what « offer » is. So the overuse of English words will make them confused. Another example is NBA. The Chinese equivalent is a really long sentence, so people are most likely to use NBA. Most bilingual Chinese prefer to use English words under some situations.

Zhang, Beijing, China

There are plenty of words in English which have made their way into Chinese. One which I hear all the time is « OL », which means « office lady ». People also have told me about a word called « ding ke », which stands for DINK, or « double-income, no kids » – referring to married couples without children. Does this sully the purity of the Chinese language? Actually, a little bit. However, Chinese language is so old and with such a rich history behind it that it is questionable to try and block this latest round of change. Many Chinese words have come from other languages, including Hindi, Mongolian, and even Japanese (though very few Chinese people want to admit that).This is simple language evolution, mixed with silly pop culture.

JR, Najing, China

To be honest, in Chinese there is nothing you can’t do without using English words. But just for the convenience of communication, people are likely to use some English abbreviations instead of the official Chinese expression like CPI, UN, NBA, etc. In today’s global environment, English is the lingua franca of the world. It is understandable that Chinese government is so sensitive about the impact on the Chinese own culture. After all, Chinese is the only official language in China. To ban English words in media could also effectively reduce the production of so-called « Chinglish », but it doesn’t affect the learning English of Chinese people. For example, earlier in this year, the CCTV-5 Sports Channel has banned broadcasters from saying « NBA » during the NBA games. Because the majority of the next generation of Chinese do not understand what NBA means.

Michael Wu, Nantong, China

The English words I cannot do without is « CPI » and I blame it on the price hike. Another one is « kindle », my favourite gadget that helps me get over the great firewall into the real world. The most commonly used Chinglish word is « 3q », meaning « thank you ».

Diana, China

I’ve lived in Taiwan and Hong Kong and at least in these two places, there are so many loan words from English that there would simply be some things that you cannot express by using the « pure » Chinese language. We call music fans « fensi » and when we talk about style in the fashion sense, we say the English word. « Ok » is also used regularly as if it was a normal part of the Chinese language.

Charlie Tsai, Taipei, Taiwan

There are two most common loan words from English. I wonder how PRC government is going to stop them. Cantonese, people from Hong Kong in particular, say « bye-bye » or the Chinese equivalent which is « worship-worship. » And « show » which is pronounced exactly as a Mandarin word which was first used in Taiwan and is now spread ubiquitously in the Chinese mainland PRC. English and Chinese somewhat share some similar meanings.

Tan Zun, Vancouver, Canada

I am a Chinese in ethnicity and came to US as a graduate student in 1947. The word « Hi » is common in American Engish. « Hi » sounds like High in homonym and would elevate the addressed person with high status as a built-in-compliment. Moreover, HI is the short postal code for the State of Hawaii with many Chinese Americans living there. It may be a joke in essence.

Xie Shihao, Upper Marlboro, Maryland, USA

English words are widely used in Chinese media. Some abbreviations and acronyms are actually convenient for writing and speaking such as ‘GDP, GDP’. But recently, English words are becoming abusive. We create many Chinglish words which I think not good for both Chinese and English.

Liyang, Suzhou, China

I think this is mainly aimed to reduce Chinglish, as Chinglish use is quite popular and fashionable among young people. Words such as « geilivable » are deliberate made-up Chinglish words.

Hao Wu, Xiamen, China

Most of the use of Chinglish is for instant messaging. To avoid typing long words, people will try to use some English word plus modal words, e.g. « no la », « he go home la », « exactly wor », « not my fault wor ». Or direct translation style like « People mountain people sea », « Open door see mountain », « one stone two bird ».

Lam Chun Sang Johnson, Hong Kong

Voir de même:

Saving Chinese from English

R.L.G.

The Economist

Dec 28th 2010

SINCE a colleague sent this to me a week ago, I’ve been trying to think of something to say about this: « China bans English words in media », from the BBC. The reason it’s hard to say something new is that the story is so old.  People—especially cultural and nationalist elites—have been complaining about their language being infiltrated by English around the world for quite some time; witness the exasperated coinages like Deutschlisch, Espanglés/Spanglish and Franglais/Franglish. I suppose a twist is that the French are seen as touchy because of their relative decline vis-à-vis (whoops, I guess it hasn’t been all bad) America.  China, by contrast, is a rising power on everyone’s radar. But it isn’t surprising that a rising power should also do this.  The English poet William Barnes, at Britain’s imperial peak, proposed cleansing English of the many Latin- and Greek-derived loanwords, turning photograph into good Anglo-Saxon (sun-print) and so forth.  Orwell disparaged these borrowings too. Across the ocean, as America was rising after the First World War, a bill narrowly failed making « American » the country’s official language, and the state of Illinois succeeded in doing so (a provision not repealed until the 1960s).

In other words, big languages do it, small languages do it, rising and declining powers do it.  Linguistic nationalism seems to be as natural as kin bonding. But linguistic mixing is as natural as the genetic kind, too. I don’t expect the People’s Republic will successfully stop Chinese people from using English words. They may drive many of them out of print, but this could well give them an extra bit of cachet, the edginess of a swear-word or a bit of blasphemy that every 14-year-old knows. Or, to put it another way and teach the Chinese authorities a good bit of teenage Anglo-American insouciance: good luck with that.

Update: Through Victor Mair I found this article, from an official (and English-language) Chinese organ, backpedalling a bit. Some foreignisms are all right, but « The problem occurs when this diffusion becomes too pronounced, leaving a culture at a disadvantage through its shaping of the way people use language, and by extension think. » That « by extension » bit is slipped in there as if it were obvious; I take it that the Chinese authorities would have voted « Yes », in our recent debate on whether your language shapes your thinking. Maybe we’ve found why the Chinese are really afraid of English: the Chinese might just begin to think like Brits, Americans, Canadians, etc…  Kelhorreur, as the French might say.

Voir par ailleurs:

Kelhorreur!

S.P.

The Economist

Sep 22nd 2010

SPOTTED this morning on an advertising hoarding in the Paris metro: the most extravagant mix of phoneticised French and franglais I have yet come across. It was an ad for Keljob (quel job), a recruitment agency, promising “le speed recrutement” and “des ateliers coaching” (atelier meaning workshop in French).

The number of French firms using phonetic spelling is proliferating. Alongside Keljob there is Kiloutou (qui loue tout, or who rents everything), a machinery-rental company, or Kelcoo (quel cout, or what price), a price-comparison internet service. Then there is Meetic (mythique) an online dating site, Sajoo (ça joue, or it’s playing), a web gambling site, and Amagiz (à ma guise, in my own way), an insurer. The phonetic shorthand of text-messaging in French—kdo for cadeau (present) and so forth—has certainly helped to overturn the traditional rules of the language, particularly for companies whose brand is all about upending conventions.

The intrusion of franglais into French advertising also continues apace. Examples that spring to mind include Livret BforBank, Crédit Agricole’s new online private bank, or Freebox, the digital television decoder from Free, a French telecoms firm. Many companies simply splash a slogan in English on their ads, and then translate it in small print on the bottom as is required by French law.

What makes Keljob’s ad stand out is the brazen mix of all of the above. The French have a body whose job it is to defend the purity of the French language. Article 24 of the statutes of the Académie Française state that “The principal function of the Académie is to work, with all possible care and diligence, to give clear rules to our language and to render it pure, eloquent and capable of treating arts and science.” While the académiciens toil away, the creatives of the French advertising world seem to be busy throwing out their rules with abandon.

Voir enfin:

English as she was spoke

The days of English as the world’s second language may (slowly) be ending

The future of English

The Economist

Dec 16th 2010

.The Last Lingua Franca: English Until the Return of Babel. By Nicholas Ostler. Walker & Company; 368 pages; $28. Allen Lane; £20.

ENGLISH is the most successful language in the history of the world. It is spoken on every continent, is learnt as a second language by schoolchildren and is the vehicle of science, global business and popular culture. Many think it will spread without end. But Nicholas Ostler, a scholar of the rise and fall of languages, makes a surprising prediction in his latest book: the days of English as the world’s lingua-franca may be numbered.

Conquest, trade and religion were the biggest forces behind the spread of earlier lingua-francas (the author uses a hyphen to distinguish the phrase from Lingua Franca, an Italian-based trade language used during the Renaissance). A linguist of astonishing voracity, Mr Ostler plunges happily into his tales from ancient history.

The Achaemenid emperors, vanquishers of the Babylonians in 539BC, spoke Persian as their native language, but pragmatically adopted Aramaic as the world’s first “interlingua”. Official long-distance communications were written in Aramaic, sent across the empire and then translated from Aramaic upon arrival. Persian itself would serve as a lingua-franca not at the time of the empire’s greatest heights but roughly from 1000AD to 1800. The Turkic conquerors of Central Asia, Anatolia and the Middle East, though they adopted Islam and worshipped in Arabic, often kept Persian as the language of the court and of literature. Persian was also the court language of Turkic-ruled Mughal India when the British East India Company arrived.

Some lingua-francas have ridden trade routes, but these are tongues of convenience that change quickly with circumstances. Phoenician spread from its home in modern Lebanon along the northern coast of Africa, where (pronounced in Latin as Punic) it became the language of the Carthaginian empire. But Rome’s destruction of Carthage in 146BC reduced it to a dwindling local vernacular. Greek, by contrast, planted deeper roots, surviving not only Rome’s rise but also its fall, to serve as the lingua-franca of the eastern Mediterranean for over 1,000 years.

What does all this, then, have to do with English? Often very little. It seems sometimes that Mr Ostler, fascinated by ancient uses of language, wanted to write a different sort of book but was persuaded by his publisher to play up the English angle. The core arguments about the future of English come in two chapters at the end of the book. But the predictions are striking.

English is expanding as a lingua-franca but not as a mother tongue. More than 1 billion people speak English worldwide but only about 330m of them as a first language, and this population is not spreading. The future of English is in the hands of countries outside the core Anglophone group. Will they always learn English?

Mr Ostler suggests that two new factors—modern nationalism and technology—will check the spread of English. The pragmatism of the Achaemenids and Mughals is striking because no confident modern nation would today make a foreign language official. Several of Britain’s ex-colonies once did so but only because English was a neutral language among competing native tongues. English has been rejected in other ex-colonies, such as Sri Lanka and Tanzania, where Anglophone elites gave way to Sinhala- and Swahili-speaking nationalists. In 1990 the Netherlands considered but rejected on nationalist grounds making English the sole language of university education.

English will fade as a lingua-franca, Mr Ostler argues, but not because some other language will take its place. No pretender is pan-regional enough, and only Africa’s linguistic situation may be sufficiently fluid to have its future choices influenced by outsiders. Rather, English will have no successor because none will be needed. Technology, Mr Ostler believes, will fill the need.

This argument relies on huge advances in computer translation and speech recognition. Mr Ostler acknowledges that so far such software is a disappointment even after 50 years of intense research, and an explosion in the power of computers. But half a century, though aeons in computer time, is an instant in the sweep of language history. Mr Ostler is surely right about the nationalist limits to the spread of English as a mother-tongue. If he is right about the technology too, future generations will come to see English as something like calligraphy or Latin: prestigious and traditional, but increasingly dispensable.


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