Tunisie: Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement (The best way to rob a country is to be president for life: Tunisia brings new confirmation to Tocqueville’s law)

Quand le sage montre la lune, le sot voit le doigt. Confucius
Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tout ce qu’on ôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui en reste et en rend le sentiment plus cuisant : le mal est devenu moindre, il est vrai, mais la sensibilité est plus vive. La féodalité dans toute sa puissance n’avait pas inspiré aux Français autant de haine qu’au moment elle allait disparaître. Les plus petits coups de l’arbitraire de Louis XVI paraissaient plus difficiles à supporter que tout le despotisme de Louis XIV. Le court emprisonnement de Beaumarchais produisit plus d’émotion dans Paris que les dragonnades. Tocqueville (L’ancien régime et la révolution, 1856)
Etre réaliste, c’est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible. Habib Bourguiba
La Tunisie a produit énormément de diplômés grâce à une priorité donnée à l’éducation, et ce dès l’indépendance. En trente ans, le pays a connu un développement universitaire incomparable à ce que pouvaient connaître d’autres pays au même stade de développement. Il s’est retrouvé dans une situation de ‘surproduction’ de diplômés – même si je n’aime pas ce terme… Vincent Geisser (sociologue à l’Institut de recherche sur le monde arabe et musulman)
Je vais bientôt publier des documents qui vont renverser les royaumes des pays arabes.  Julian Assange
 Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. Michèle Alliot-Marie (ministre française des Affaires étrangères)
En Tunisie, la condition des femmes est tout à fait remarquable. Il y a une opposition politique mais qui ne s’exprime pas comme elle pourrait s’exprimer en Europe. Mais dire que la Tunisie est une dictature univoque, comme on le fait si souvent, me semble tout à fait exagéré. Frédéric Mitterrand
La Syrie de Bashar al-Assad a été plus clairvoyante que la Tunisie de Ben Ali : elle a su associer au partage de la manne de très nombreuses familles issues de la majorité sunnite, qui n’ont pas intérêt à voir le régime tomber, quelque soit le degré d’hostilité qu’il leur inspire. La Syrie a su s’ouvrir économiquement, sans s’ouvrir politiquement. C’est sans doute dans cette voie minimale que les pays arabes vont être contraints de s’engager aujourd’hui. Georges Malbrunot (Le Figaro)
La réalité n’a(vait) bien sûr, rien de drôle, mais l’épisode du yatch volé, à lui seul, est un classique de l’histoire de fin de repas chez les Tunisiens de la diaspora (et sans doute au pays), et si vous savez raconter une histoire, vous pouvez faire rire vos amis, tout en œuvrant pour la cause Tunisienne. Ce câble, en particulier, a beaucoup servi pour faire découvrir la situation Tunisienne à beaucoup de ceux qui n’en avait jamais entendu parler, partout dans le monde. Fabrice Epelboin
Plus l’égalité progresse, plus les inégalités deviennent insupportables, et par conséquent la lutte contre les inégalités se poursuit et entraîne le progrès continu de l’égalité : « le désir d’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande » (loi deTocqueville). Les droits féodaux étaient devenus plus odieux pour le peuple de France que partout ailleurs parce qu’ils y étaient déjà largement allégés et assouplis. En Allemagne même, c’est en Rhénanie, où les paysans étaient libres, que la Révolution a fait son chemin. C’est parce que les pouvoirs seigneuriaux étaient allégés qu’ils étaient devenus insupportables aux paysans et qu’ils ont été une des causes des soulèvements révolutionnaires. D’une manière générale, c’est lorsqu’ un pouvoir despotique cherche à se libéraliser qu’il devient le plus vulnérable et qu’il doit s’attendre à des révoltes. Nicoud
Not that the Obama Administration has few illusions about Ben Ali. Remember even what I would describe as our least eminent president, George Bush, found it necessary to make a public criticism of Ben Ali to his face not that long ago! The problem is this: the U.S. would like to see change in Tunisia, but only that change that supports the status quo; the cables suggest that Washington no longer cares that much about Ben Ali today nor sees him as particularly effective in helping realize US strategic goals, but they are concerned with who might replace him. That is the problem… those damned reformed movements! You can never tell which way they will go and if they will, either economically or strategically go off in another direction. After all, look at those Latin Americans – Ecuadorians, Venezualans, even Brazil, Bolivia and Chile all seeking their own path to development, snubbing the World Bank, IMF etc. An “uncontrolled’ reform in Tunisia could well have consequences far behind the little country itself…thus one must (or the State Dept. must) tread carefully. The State Department seems to be probing a suitable replacement, one that will follow the broad guidelines of U.S. foreign policy (privatization and openness of the economy, support for the war on terrorism) and for Tunisia to play a role in U.S. strategic and military goals (they have merged) in the Middle East and North Africa. It would do Tunisians, even Ben Ali (!) well to recall how many U.S. allies different American adminstrations have discarded…the list is long and I will only mention a few – the Diem regime in the 1960s, Noriega of Panama – first a key U.S. ally, now rotting in a jail in Florida, the most famous ally-turned-enemy Bin Laden, Marcos of the Philippines. Although Habib Bourguiba bent the national will to accommodate the United States in many ways, in the end, it didn’t seem to matter. He had carefully cultivated U.S. support from the outset, even during the colonial period as a wedge against the French, and did so brilliantly. I have little doubt that the presence of the Peace Corps in Tunisia (in which I participated so long ago) was a concession to the U.S. made specifically to irritate the French (which it did). In any case, Bourguiba thought all that kowtowing to Washington would keep Tunisia safe from some kind of U.S. (and or Israeli) military action. But then there was the Israeli strike on the Palestinian headquarters in Tunis, something that was inconceivable without U.S. approval. Reagan didn’t hesitate to turn on Bourguiba when he thought it necessary. It left Bourguiba extremely bitter; it also revealed how “flexible” Washington could be with allies they no longer felt useful, and that such figures are “expendable”. Add to this that while it is unclear, just how involved the U.S. was with the coup that unseated Bourguiba in 1987, it has to be a bit more than coincidental that Ben Ali got some of his police training in the USA. (…)The TuniLeaks cables suggest that the U.S. State Department has, at long last, caught up with the rest of the world. The cables acknowledge as much. If the cables are accurate, they suggest that the State Department is beginning, however dimly, to understand the political consequences of these economic policies, many of which, while applied in Tunisia are “made in America”…and referred to as “The Washington Consensus”. The more fundamental question: why did it take so long? Rob Prince
Je me souviens encore de ces étudiants iraniens qui venaient me dire exaltés et souriants au moment de la chute du shah en Iran: à Téhéran, c’est 1789. Je leur répondais qu’ils devaient se souvenir qu’après 1789, il y avait eu 1793. (…) Ce qui a fait tomber Ben Ali, c’est, certes, la brutalité, l’absence de liberté de parole, la corruption, mais  c’est aussi que la Tunisie, par rapport aux pays voisins, a été ces dernières années un pays où le niveau de vie s’élevait plus vite, où le nombre de jeunes gens éduqués était plus élevé, et où l’économie était en croissance. (…) Ce qui a fait tomber Ben Ali, aussi, c’est l’ouverture du pays au monde et une répression qui, bien qu’elle ait été sanglante, n’a pas été absolument féroce. Le régime des mollahs en Iran, celui du FLN en Algérie sont des régimes féroces. Je ne m’attends pas à voir brûler de sitôt les effigies d’Ahmadinejad, Khamenei ou Bouteflika en place publique à Paris.  Guy Millière

Et si, contre toute attente et tous nos stratèges en chambre, c’était le ministre sycophante qui du haut de sa villa d’Hammamet avait le plus approché la vérité de l’actuel soulèvement tunisien?

Au lendemain de l’éviction, apparemment manu militari suite à l’impossibilité de contrôler la rue tunisienne, d’un président et d’une famille présidentielle lourdement chargés  …

Et à l’heure où reviennent, 5 ans après la révolution du cèdre et à peine 2 ans après la tentative iranienne, tant les emballements faciles que les discussions oiseuses sur une Révolution Al  Jazeera (alias Jihad TV), Twitter ou maintenant  WikiLeaks

Pendant que dans le reste du monde arabe les autres dictatures appréhendent une possible contagion et qu’en France nos journalistes vantent la méthode syrienne ou nos diplomates la coopération policière …

Retour, avec un intéressant commentaire de l’universitaire américain Rob Prince, sur l’une des dépêches diplomatiques volées publiées par WikiLeaks traitant justement de la situation en Tunisie.

Qui repère bien que tant le fait que pour l’essentiel les fuites n’ont fait que confirmer ce que la plupart des gens informés savaient déjà que la difficulté pour les diplomates de son pays de trouver, pour l’après-Ben Ali, des interlocuteurs crédibles.

Mais qui, enfermé dans ses préjugés de bienpensant de gauche et à l’instar du proverbial sot chinois, voit le doigt des réformes structurelles du Consensus de Washington là où le sage lui montre la lune de la fameuse Loi de Tocqueville.

A savoir, comme vient une fois de plus de le confirmer la réalité elle-même, que c’est généralement quand un pouvoir despotique se libéralise qu’il devient le plus vulnérable …

Deconstructing Tunileaks: An Interview with Professor Rob Prince, University of Denver

Nawaat

Dec 20, 2010

Professor Rob Prince, University of Denver

In order to have an “American” perspective on the Tunileaks affair, Nawaat invited Rob Prince to share his thoughts on the leaked diplomatic cables from the US embassy in Tunisia. Rob Prince is a Lecture of International Studies at the Josef Korbel School of International Studies, University of Denver. Rob served as a Peace Corps Volunteer and Staff Member in Tunis and Sousse. For more insight into Rob Prince thoughts on Tunisia, please listen to his interview with the KGNU Radio – Hemispheres about the human rights situation in our country. In this interview, we asked professor Rob about his first impression after reading the diplomatic cables; the state of the “institutionalized corruption” in the country and the consequence of these leaks on the US-Tunisia relationship; and how the Tunisian civil society, the opposition and the Tunisian online citizen media initiatives can use the leaks in their favor and push for a real change.

1. Introduction

Let me start by thanking Nawaat for collecting and posting these cables in the first place. That is a public service. It is only through reading them, discussing, analyzing them that the fog around them begins to clear.

At the outset let us also remember that of 251,000 or so cables that – as of this writing – a little less than 700 have been released or .002 % of those Wikileaks has released. Not much.

It is important to remember the process. WikiLeaks divided the number between 5 news outlets and then let the news outlets decide what to release to the public. What El Pais or the New York Times releases is what they want to release. The releases are selective and therefore can be used to create a certain spin, a certain reality. The leaks are not “lies” …or what is referred to as “black propaganda”, but are instead “gray propaganda”…one releases a part of the picture, holding back in this case what seems to be the lion’s share…thus public opinion can be manipulated.

And in the case of the cables leaked to the New York Times, it turns out that the documents went through a further filtering process, as the Times submitted what it wanted to publish to the State Department!! for approval. So it is only U.S. State Department approved cables that have seen the light of day in the NY Times. Not exactly the stuff of which the famous Pentagon Papers was made..

Of course the different news outlets have different things they want to expose, hide and in the end it is the Spanish and English sites which seem to be embarrassing the US a bit more (from what I have seen to date), while the U.S. site, the Times has focused on creating the impression that all the Arab countries would like the U.S. to attack Iran (much to Israel’s pleasure).

That having been said, many of my friends are “ambivalent” about the release of the documents, they feel the process is not controlled enough, does not have enough focus, some “innocents” (or not-so-innocents) will be hurt.

I don’t share this view at all.

WikiLeaks has provided a valuable service to the world. More and more countries want to conduct their foreign policy in secrecy, away from the eyes of the public. And it is foreign policy conducted largely in secrecy that leads to different forms of totalitarianism. “The need for secrecy” essentially provides a veil for corporate and state crimes. The kind of shallow jingo-istic hysteria which seems to be permeating the U.S. body politic at this moment is merely an excuse to take censorship here to yet another level.

So three cheers for WikiLeaks, for Assange. I praise his courage and hope that the hysteria that has greeted the cable release here in the USA will die down and that cooler heads will prevail

2. Tunileaks, a broad framework

I know that is a long introduction to the Tunisian cables and the question at hand, but I think it important to place the discussion within such a broad framework.

For example, from what I can tell, it is not the New York Times that has revealed anything about the US-Tunisia relationship, it has been the Guardian of London and El Pais of Spain. This is curious. What to make of it? An attempt to embarrass the US in its N. Africa policy? Perhaps…there is a certain competition for Algerian natural gas between Spain and the U.S., there are voices in UK, especially at the Guardian have been critical of U.S. Middle East and N. Africa policy since September 11, 2001. How do such things play into the release of the documents. Dunno, but it would be a bit foolish to think that some strategic considerations (if only to embarrass the U.S.) are not at play.

I have now read the Tunisian cables – the ones you have provided at Nawaat – through, three times.

There are certain themes which stand out, others which appear to be omitted. My first impression, which I have written and spoken about is that there was less there than meets the eye, ie, that they were not so interesting except for a few details here and there, that pretty much everything in the cables was certainly common knowledge to most Tunisians, and to those who, for various reasons, follow developments in Tunisia closely.

Most just gossip, ie, that Nesrine Ben Ali El Materi is “naive and clueless”, or that her husband Mohammed Sakia El Materi feeds his pet tiger in Hammamet four chickens a day (but are the chickens organic!), or that Imed and Moaz Trabelsi are addicted to stealing yachts from French bankers and painting them over, the way that mafia’s here in the USA steal and dissemble cars, etc, etc.  Juicy reading perhaps, but less than meets the eye at first glance until such remarks are put in context.

Even the more substantial stuff, was, with a few exceptions (the shopping list the Tunisian military would like to get as U.S. aid), “not new” : the general state of the country the corruption of the economic sector that seems to know no bounds of those closest to the Ben Ali and Trabelsi families in economic matters, the intensified levels of repression against journalists, social movements (students, trade unions) that has reached epidemic proportions the impact of the social uprising in Redeyef in 2008.

We could have found out about all of this – and most of us did – elsewhere. No not much of this was new,…the ambassador would have done better reading Le Monde, Liberation or Nawaat to be honest.

After first reading the documents, a distinct sense was that the embassy, in reality, does not know that much about Tunisia. It has little feeling or understanding for what is going on “on the ground”; while aware of the growing discontent and social movement there seems to be little or known contact or even interest in speaking to people outside of narrow government circles.

And for its part, it appears that the Tunisian government (like many others) is not particularly forthcoming to American authorities, as if to hide as much as possible. In these cables, the Tunisian government gives the American embassy as little as is possible. Embassy contacts with independent voices are severely restricted. But what surprises me, is the willingness of State Department reps to accept these limitations! The Tunisian authorities seem to know how to play U.S. paranoia about Islamic fundamentalism, overstate “the Iranian threat”…ie, giving the State Department what they want to hear to elicit aid and modern weaponry.

Now the suggestion that all is not well in the US-Tunisian relationship is, I would argue, very serious stuff. More on this below.

All that is not “new”, but it does substantiate many things that both Tunisians and others have thought about what is going on in the country:

that the place is corrupt today almost beyond belief,

that the human rights abuses are getting worse – the torture, the forced detention, the atmosphere of fear that permeates the country beyond the hotels and beaches of Sousse,

that the “economic miracle” is something less than that.

Or put another way, that the U.S. State Department has become aware of the many-sided crisis which has been percolating in Tunisia for a long time, and which has these past few years exploded into a general crisis of society, so much so that not even the U.S. State Department – which has known about it all along – can any longer avoid. The cat is out of the bag. The cables substantiate this.

And something else is going reading between the lines, a kind of dangerous dance that on some level the two sides are both aware of: it is as if the State Department is probing Ben Ali: are you still useful to us, they seem to be asking. And he is responding, “why yes, of course’. Tunisian authorities are somewhat defensive, nervous one would say and while the US ambassadors are not particularly rude, they are actually “diplomatic’, they have made mild criticisms to Ben Ali himself, to the Tunisian foreign secretary. And the cables themselves make the situation clear: all is not well in the relationship.

3.What is “the problem” for U.S. Tunisian policy?

Not that complicated. Not that the Obama Administration has few illusions about Ben Ali. Remember even what I would describe as our least eminent president, George Bush, found it necessary to make a public criticism of Ben Ali to his face not that long ago! The problem is this: the U.S. would like to see change in Tunisia, but only that change that supports the status quo; the cables suggest that Washington no longer cares that much about Ben Ali today nor sees him as particularly effective in helping realize US strategic goals, but they are concerned with who might replace him.

That is the problem… those damned reformed movements! You can never tell which way they will go and if they will, either economically or strategically go off in another direction. After all, look at those Latin Americans – Ecuadorians, Venezualans, even Brazil, Bolivia and Chile all seeking their own path to development, snubbing the World Bank, IMF etc. An “uncontrolled’ reform in Tunisia could well have consequences far behind the little country itself…thus one must (or the State Dept. must) tread carefully.

The State Department seems to be probing a suitable replacement, one that will follow the broad guidelines of U.S. foreign policy (privatization and openness of the economy, support for the war on terrorism) and for Tunisia to play a role in U.S. strategic and military goals (they have merged) in the Middle East and North Africa.

It would do Tunisians, even Ben Ali (!) well to recall how many U.S. allies different American adminstrations have discarded…the list is long and I will only mention a few – the Diem regime in the 1960s, Noriega of Panama – first a key U.S. ally, now rotting in a jail in Florida, the most famous ally-turned-enemy Bin Laden, Marcos of the Philippines.

Although Habib Bourguiba bent the national will to accommodate the United States in many ways, in the end, it didn’t seem to matter. He had carefully cultivated U.S. support from the outset, even during the colonial period as a wedge against the French, and did so brilliantly. I have little doubt that the presence of the Peace Corps in Tunisia (in which I participated so long ago) was a concession to the U.S. made specifically to irritate the French (which it did).

In any case, Bourguiba thought all that kowtowing to Washington would keep Tunisia safe from some kind of U.S. (and or Israeli) military action. But then there was the Israeli strike on the Palestinian headquarters in Tunis, something that was inconceivable without U.S. approval. Reagan didn’t hesitate to turn on Bourguiba when he thought it necessary. It left Bourguiba extremely bitter; it also revealed how “flexible” Washington could be with allies they no longer felt useful, and that such figures are “expendable”. Add to this that while it is unclear, just how involved the U.S. was with the coup that unseated Bourguiba in 1987, it has to be a bit more than coincidental that Ben Ali got some of his police training in the USA.

4. An alternative to Ben Ali?

At a certain point reading the cables, it occurred to me: they’re looking for an alternative to Ben Ali, they think “his goose is cooked” and are probing Tunisian society to find a viable alternative.

Admittedly this is just a hypothesis, and here I am sitting in Denver, high in Rockies, speculating about Tunisia. But reading the cables over, it comes through loud and clear. How so?

In the cables there is open admission of the overall crisis in Tunisian society, and the opposition to Ben Ali and the Trabelsi family.

The events of Redeyef in 2008 are noted with the fear that it might just be the opening salvo of a deeper social crisis that the US should prepare for.

There are several notes that the US “cannot do anything” until the “post Ben Ali’ era opens. That relations with Ben Ali are jog jammed at present

But in its own way, the dinner with Sakhi and Nesrine Ben Ali Materi was not as vapid, or empty as I suggested above. It seems that the U.S. ambassador was feeling Materi out…as a possible replacement for his father in law. Materi impresses the ambassador that the censorship of the Tunisian media is “too much”, he suggests that his media (he owns one of the country’s two radio stations) is not afraid to hear critical voices. On Middle East policy – Israel-Palestine, Iran, Iraq – he basically follows U.S. foreign policy to the letter. Even the comments about Nesrine are interesting. If she is “naive and clueless” perhaps she will not play the kind of nefarious role of running her husband as Leila Trabelsi has with Ben Ali!

Did the ambassador “decide” that Sakhi Materi “should” replace his uncle Ben Ali…No, that is not how things work. I would guess the ambassador is “shopping around”, getting a feel for who within Tunisia’s ruling circles might cooperate with U.S. policy and if and when “the right moment” presents itself, that the U.S. would “encourage” one of a number of “candidates” for power. And of course the French and probably the British and a number of other foreign embassies are doing precisely the same thing. Afterall, the few reports we get about Ben Ali, that he has cancer, that he spends an inordinate amount of time with grand children, that the Ben Ali and Trabelsi families run not only the economy today (and are frantically trying to buy up, steal what they don’t own, also in preparation for a change in power?) and that Zine Ben Ali is showing signs of senility not unlike Bourguiba manifested in 1986.

So… the vultures are swarming…

That is what a careful reading of the WikiLeaks documents suggests. Does they scream it out loud? No… but re-read the cables and see if I am off the mark?

So there is far more there than meets the eye, and I have to admit that at least where it concerns their take on Tunisia that the State Department’s take on what is happening in the country is less stupid than I originally imagined.

Deconstructing TuniLeaks: Part Two: Economic Consequences

Nawaat.org

Dec 22, 2010

Professor Rob Prince, University of Denver

Nawaat: So far the topic of corruption surrounding the (Ben Ali, Trabelsi) family seems visibly dominant in the cables. Do you think we are dealing with institutional corruption that could harm the relationship between Tunisia and the West in general, at least on an economic level?

Professor Rob Prince:

1. A deep, structural economic problems in Tunisia

As I respond to your question…at the moment in the Tunisian interior, in Sidi Bouzid, there have been four days of protests – what the government of Tunisia calls “riots” or “social unrest”; and now I read that similar protests have begun in Kasserine and elsewhere. The Sidi Bouzid events appears to have been a spontaneous uprising of people in the region over economic and social issues after a poor lad in his early 20s, one Mohammed Bouazizi poured a can of gasoline on himself and then lit a match in front of the police station there. Tunisian friends relate that this is the third young Tunisian in about six months, who chose to protest the grim economic and social prospects in the country by burning themselves to death.

I cannot put into words, how sad it makes me to see a photo of Mohammed Bouazizi seeming to be running down the main street of Sidi Bouzid his body nothing more than a ball of fire while Zine Ben Ali parrots old and worn nonsense about non-existent economic miracles and complains that those who criticize his regime’s human rights record are exaggerating.

Then there are more than 50 others, in Tunisia and in Europe who are on hunger strikes, also protesting both the socio-economic situation in the country as well as the overall repressive atmosphere. And all this comes after what I can only call the “social uprising” in the Gafsa region centered around Redeyef in 2008, which was a “warning shot” to Ben Ali that there are deep, structural economic problems in Tunisia that need addressing.

Other than 200 people were tortured, imprisoned, with a fair number of them still in jail, including the journalist Fahem Boukkadous, virtually nothing has happened since to suggest the Tunisian government takes the economic crisis serious: no development plan, a few insipid crumbs of promises of economic aid from Ben Ali’s advisors, that is about it.

Combine such painful news of economic woes with its opposite: that two families – that of the president Zine Ben Ali, and his wife, Leila Trabelsi – are accumulating wealth at a breath-taking pace; indeed, I read this morning that Ben Ali has squirreled away more than $5 billion in foreign bank accounts and a more sober picture of Tunisia’s so-called “economic miracle” comes into perspective: a precious few are making a fortune at the expense of the multitude whose situation is deteriorating as a generalized impoverishment grows. So, the Philippines has its Marcos family, the Congo Mobutu, Saudi Arabia its royal family, and now we can add to the picture the Ben Ali-Trabelsi family clans of Tunisia! Quite an honor!

The social explosion in Sidi Bouzid reinforces the opinion of those voices in the Tunisian opposition who have argued that Zine Ben Ali’s government is facing a full blown socio-economic and political crisis, one which it is questionable the government can or will survive.

2. Will TuniLeaks affect Tunisia’s economic relations with “the West”

How will the TuniLeaks, the corruption they expose, affect Tunisia’s economic relations with “the West” (the USA, Canada and the European Union?)

Again, while the WikiLeaks documents are embarrassing – and evidence that the United States embassy is aware of the scope of the corruption – there is not much here that is not known to Tunisians or close “Tunisia watchers”. Certainly the cables verify the word “on the street” and much that has been published on line and in the French press. But I think the question should be somewhat rephrased to: if this corruption has gone on for so long and has been so pervasive, why has it taken until now for Europeans and the US ambassador to Tunisia to take note of it?

It appears that, despite all their talk of “transparency”, foreign economic interest can and does tolerate rather substantial rates of corruption in Tunisia without much complaining. At what point has the level of corruption reached such heights that even Tunisia’s Western partners have finally said “enough is enough” and “we need more caution in our economic relations with Tunisia”. Well they haven’t said it yet – but it appears they will rather soon.

And here look at the relationship between the growing economic disparities of the country – which have long existed despite the rosy propaganda “the economic miracle mirage” – and the reality. It is the intensification of Tunisia’s social crisis which has more and more exposed the level and nature of corruption, and that the U.S. State Department has, at long last, noted all this in the released cables, is of course a positive development, one that re-enforces what others have been saying for a long time.

The US does so as it begins to perceive threats to its economic and security interests that has resulted in all these developments.

For my work, I have just finished reading an excellent book – quite serious and frankly not easy reading- on the Savings and Loan crisis in the United States in the late 1980s, early 1990s by William Black, a former federal bank regulator here in the USA. Its title is “The Best Way To Rob A Bank Is To Own One“; one could make a slight change to make this relevant to Tunisia: “The Best Way To Rob A Country Is To Be President For Life”…

But at some point, the social crises of Redeyef and Sidi Bouzid will spill over onto the beaches of Sousse and Djerba, the villas of Sidi Bou Said. Social unrest and tourism have never been particularly good partners. That is why at Sidi Bouzid, as at Redeyef, the government of Tunisia (GOT) moved so quickly to “localize” the problem, cutting off foreign and press access in both places. That is why the GOT has pursued such a vicious policy against Fahem Boukkadous, only the last of many Tunisian journalists to suffer repression. Thanks to his reporting the events of Redeyef became known beyond Tunisia, in France and then, really worldwide.

I was reading on-line reports that several journalists from Tunis hoping to report on Sidi Bouzid were arrested, one badly beaten up by the government security forces. Still, in this age of the internet, it will be impossible for the GOT to keep a lid on what is unfolding at Sidi Bouzid, now in its third day of protesting, with reports of a large number of arrests. The word is out.

The point here is that sooner or later these events will affect tourism, both from Europe and from Arab countries (particularly Libya). And the social unrest could have more far-reaching impacts as, at least in principle (and we know unfortunately how little that can sometimes mean) Tunisia’s economic ties with the European Union are based upon improving its human rights situation.

France seems to have a president who cares a lot more about economic contracts with French companies than he does about young Tunisians burning themselves to death, but even here, there is even a limit to how much longer Sarkozy can turn his back on Tunisia’s economic crisis, especially given the strong movement of support for Tunisian democracy in countries like France, with its large Mahgrebian community, still strong trade unions and generally active social movements.

3. The endemic corruption of the Ben Ali and Trabelsi families

To what degree will the endemic corruption of the Ben Ali and Trabelsi families, their tendency to use the Tunisian economy as their own personal cash cow affect foreign investment, foreign economic relations?

Here, the cables were interesting. They suggest that it is Tunisian investors who have pulled back their capital from investing in the country, while to date, the foreign investors have not yet withdrawn much. This is interesting, but not so surprising. What sectors are we talking about where foreign investment is strong? Mostly tourism and now, off shore oil and gas exploration. At least not yet.

At some point, all the shenanigans taking place in the banking sector will have an impact. Tunisian banks are, it is well known, not in good shape. When the only profitable and well run private bank in the country, Banque de Tunisie, is taken over by the current foreign minister and Mme Ben Ali’s brother, Belgassem Trabelsi, this is taking events a bit too far. The cables express a great deal of concern about this takeover, and some of the other machinations in Tunisia’s banking industry. What will the U.S. State Department recommend to US investors and business concerns? The cable strongly suggest they will urge caution in investment as long as Ben Ali remains in power.

4. The current social crisis

There is something else, though, concerning the corruption and economic developments which is related to the current social crisis gripping Tunisia that deserves mention and thought.

Since the early 1980s, Tunisia has been one of the most faithful pupils to World Bank and IMF structural adjustment programs, and has frequently been praised by the Bretton Woods institutions for their fiscal discipline and market economic policies which is supposed to result in making the country attractive to foreign investment.

As a part of this economic approach, Tunisia has been encouraged, if not pressured to privatize different state holdings and to lift subsidies on food and other basic needs as is typical of loans given with structural adjustment provisions.

What is the result?

In Tunisia as elsewhere where capital controls have been lifted, investment flows into non productive activities, bubble creating activities, real estate and finance, rather than into less profitable (at least in the short run) infrastructural grown (?) and agro-industrial modernization.

The lifting of subsidies has gone on for more than 25 years, beginning with the lifting of subsidies on the price of bread in 1984 which triggered what are referred to as “bread riots”, not only in Tunisia, but many places. As salaries have remained stagnant and prices have increased, combined with the growing crisis in unemployment, the lives of the majority of Tunisians have suffered. We are now more than a quarter of a century into such trends

But most interesting of all has been Tunisia’s process of privatization and joint ventures which has exacerbated the gulf between rich and poor in the country in an interesting fashion.

Foreign investment itself, although it exists, has been lackluster, especially from Europe and the USA. After the collapse of communism some of the foreign investment in Tunisia hoped to win more or less went to Eastern Europe restructuring. There is some from Arab oil producing countries, true…but necessarily in strategic economic sectors that would lead to growth long term.

It is impressive the degree to which unrestrained and unregulated privatization has been a failure in so many Third World and former Communist countries. Look at the privatization impact in Russia, Central Asia, Latin American countries like Bolivia, Argentina and Chile… and in Tunisia.

It is not that privatization and joint ventures under certain circumstances, are not viable economic responses, but not the way it has happened in Tunisia. There the processes have been dominated by the two ruling families, the Ben Alis and the Trabelsis who more and more monopolize all the contracts and are first in line when the Tunisian government sells of state resources at bargain basement prices.

As long as the families have control of the process, be it in the banking sector, the media or in education, privatization and joint ventures with foreign capital are supported.

As a result, these two families have become extraordinarily wealthy. But there has been another consequence: independent Tunisian entrepreneurs, small, medium sized and even some big investors have been driven from the field, either by hook or crook, by the crude methods of the first lady’s brother, or by more refined but equally self-serving approaches.

Not even Habib Bourguiba – in the end, no great democrat – was so crude. Yes, he seemed to like his palaces and that did represent a certain level of corruption, but Bourguiba’s corruption was pocket change compared to that of the Ben Ali and Trabelsi families today. And if Bourguiba wasn’t a great democrat, nor was he a cleptomaniac, robbing the country blind. For Bourguiba “wealth” was simply the trappings of power. He understood the importance of Tunisia’s economy “delivering” for certain key social milieus and while not immune to nepotism, kept something of a lid on it.

But these past 20 years, nepotism (giving special favors to close family members) in Tunisia’s economy has grown to rampant proportions, icing out of the possibilities for success many elements who did not fair badly in the Bourguiba years. This trend is so developed that a whole strata of businesspeople and entrepreneurs has been adversely affected or ruined. They now find themselves, along with the country’s intellectuals, trade unions and students, into the country’s burgeoning political opposition, narrowing Ben Ali’s political base to a considerable degree.

The TuniLeaks cables suggest that the U.S. State Department has, at long last, caught up with the rest of the world. The cables acknowledge as much. If the cables are accurate, they suggest that the State Department is beginning, however dimly, to understand the political consequences of these economic policies, many of which, while applied in Tunisia are “made in America”…and referred to as “The Washington Consensus”.

The more fundamental question: why did it take so long?

Voir aussi:

Document Wikileaks Tunisie – la traduction intégrale du câble-brulot de l’ambassadeur US 

L’ancien ambassadeur à Tunis Robert F Godec

Les câbles des diplomates américains divulgués par Wikileaks sont, du point de vue du fonctionnement des économies, d’un grand intérêt. Des lecteurs ont demande qu’on puisse les rendre accessibles. Maghreb Emergent entreprendra de traduire les câbles qui évoquent le fonctionnement des économies locales. La franchise des diplomates américains sur ces questions ne le rend que plus intéressant. Nous commençons par le câble-brulot de l’ancien ambassadeur à Tunis, Robert F. Godec, versé actuellement au département d’Etat dans l’antiterrorisme.

Traduction du câble mis en ligne par Wikileaks

Source:

http://213.251.145.96/cable/2008/06/08TUNIS679.html

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08TUNIS679 2008-06-23 13:01 2010-12-07 21:09 SECRET Embassy Tunis VZCZCXYZ0000

SUBJECT: CORRUPTION IN TUNISIA: WHAT’S YOURS IS MINE

Classified By: Ambassador Robert F. Godec for Reasons 1.4 (b) and (d).

Résumé

1. (S) Selon le rapport annuel de Transparency International et des observations de contacts de l’ambassade, la corruption en Tunisie ne fait qu’empirer. Que ce soit des liquidités, des services, des terres, des biens, ou oui, même votre yacht, la famille du président Ben Ali est réputée pour le convoiter et obtenir ce qu’elle souhaite.

Au-delà des histoires de magouilles de la première famille (présidentielle NDLR), les Tunisiens déclarent rencontrer la corruption de bas niveau dans leurs contacts avec la police, la douane, et une série de ministères du gouvernement. L’impact économique est clair, avec des investisseurs tunisiens, craignant le long bras de «la famille», qui renoncent à de nouveaux investissements, le maintien de taux d’investissement interne faible et un taux de chômage élevé (Refs G, H). Ces rumeurs persistantes de corruption, combinées à une inflation en hausse et un chômage structurel, ont contribué à alimenter la colère contre le GOT (gouvernement tunisien. NDLR) et ont contribué à de récentes manifestations dans le sud-ouest Tunisie (Ref A). Ceux d’en haut serait les pires délinquants, mais susceptibles de rester au pouvoir, il n’y a pas de garde-fous dans le système. Fin Résumé.

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Sans Limites (The Sky’s the Limit)

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2. (C) Selon Transparency International, indice 2007, la perception est que la corruption en Tunisie ne fait qu’empirer. Le classement de la Tunisie sur l’indice a chuté de 43 en 2005 à 61 en 2007 (sur 179 pays) avec un score de 4,2 (avec 1 pour le plus corrompu et 10 le moins corrompu). Bien que la corruption soit difficile à vérifier, et encore plus difficile à quantifier, nos contacts sont tous d’accord que la situation s’oriente dans la mauvaise direction. Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que la corruption est meilleure, pire ou de même niveau, XXXXXXXXXXXX, exaspéré s’est écrié : «Bien sûr que ça se dégrade! ». Il a déclaré que la corruption ne pouvait qu’augmenter, du fait que ses bénéficiaires sont à la recherche de plus en plus de sources de revenus. Plaisantant à propos de la hausse de l’inflation la hausse en  Tunisie, il a dit que même le coût des pots de vin a augmenté. « Un contrôle routier utilisé pouvait vous coûter 20 dinars, maintenant c’est à 40 ou 50! »

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Tout dans la famille

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3. (S) La famille élargie du Président Ben Ali est souvent citée comme le centre de la corruption en Tunisie. Souvent considérée comme une quasi-mafia, une mention indirecte de la « Famille » est suffisante pour indiquer à quelle famille l’on fait allusion. Apparemment la moitié du monde des affaires en Tunisie peut se prévaloir d’une connexion avec Ben Ali par le mariage, et bon nombre de ces relations auraient grandement tiré profit de cette parenté.

L’épouse de Ben Ali, Leila Ben Ali, et sa famille élargie- les Trabelsi – sont ceux qui suscitent le plus la colère des Tunisiens. Avec les nombreuses allégations de corruption, les piques visent les Trabelsi pour leur manque d’éducation, leur faible niveau social, et leur luxe ostentatoire. Bien que certaines des plaintes sur le clan Trabelsi semblent exprimer le mépris pour leurs tendances de nouveaux riches, les Tunisiens font également valoir que la brutalité des moyens utilisés par les Trabelsi et leur abus flagrant du système les rendent facilement détestables. Le frère de Leila, Belhassen Trabelsi le membre de la famille la plus célèbre, est réputé pour avoir été impliqué dans une large gamme d’affaires de corruption, du remaniement récent du conseil d’administration de la Banque de Tunisie (Ref B) à l’expropriation des biens et l’extorsion de pots de vin. Sans compter celles dont il a hérité, les propriétés de Belhassen Trabelsi sont nombreuses et comprennent une compagnie aérienne, plusieurs hôtels, l’un de la Tunisie deux stations de radio privées, une usine d’assemblage d’automobiles, la représentation Ford, une société de développement immobilier…et la liste continue. (Voir Ref K pour obtenir une liste plus étendue de son patrimoine.) Pourtant, Belhassen est seulement l’un des membres de la  famille de Leila composée de dix enfants connus, chacun avec ses propres enfants. Parmi cette grande famille élargie, Moncef frère de Leila et Imed son neveu en particulier, sont également d’importants acteurs économiques.

4. (S / NF) Le président est souvent absou par de nombreux Tunisiens qui prétendent qu’il est utilisé par le clan Trabelsi et n’est pas au courant de leurs magouilles. XXXXXXXXXXXX un fervent partisan du gouvernement et membre du XXXXXXXXXXXX, a dit à l’ambassadeur que le problème n’est pas Ben Ali, mais « la famille », qui va trop loin et enfreint les règles. Néanmoins, il est difficile de croire que Ben Ali ne soit pas au courant, au moins dans les grandes lignes, du problème de la corruption croissante.

Cela pourrait aussi refléter les divisions géographiques apparentes entre les fiefs de Ben Ali et des Trabelsi. Le clan Ben Ali se concentre sur région côtière centrale et le clan Trabelsi opère dans la région du grand Tunis et, par conséquent, génère la majeure partie des ragots. Le côté Ben Ali de la famille et de ses enfants et beaux-parents de son premier mariage sont également impliqués dans un certain nombre d’affaires.

Ben Ali a sept frères et sœurs, dont son défunt frère Moncef était un trafiquant de drogue connu, condamné par contumace à 10 ans de prison par les tribunaux français. Ben Ali a trois enfants avec sa première femme Naima Kefi: Ghaouna, Dorsaf et Cyrine. Elles sont mariées respectivement à Slim Zarrouk, Slim Chiboub, et Marouane Mabrouk – représentant des centres de pouvoirs économiques significatifs

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Cette Terre est votre Terre, cette Terre est ma Terre

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5. (S / NF) Avec les prix réels de l’immobilier en plein essor et le foncier à la hausse, posséder des biens ou des terres au bon endroit peut être soit une aubaine soit un aller simple vers l’expropriation. Au cours de l’été 2007, Leila Ben Ali a obtenu gratuitement du gouvernement tunisien un lot de terrain convoité à Carthage afin de construire une école privée Carthage International School (F Ref). En plus du terrain, l’école a reçu en cadeau un financement de 1,8 millions dinars (US $ 1,5 millions) du gouvernement Et, en l’espace de quelques semaines, le gouvernement a construit de nouvelles routes et installé des feux de signalisation pour faciliter l’accès à l’école. Il est rapporté que Mme Ben Ali a vendu l’Ecole Internationale de Carthage à des investisseurs belges, mais l’ambassade de Belgique a encore été incapable de confirmer ou démentir la rumeur. XXXXXXXXXXXX affirme que l’école a été en effet vendue pour une somme non divulguée mais énorme.

Il a observé qu’une telle vente serait un pur profit puisque Mme Ben Ali a reçu la terre, les ‘infrastructures et un énorme bonus de lourdes sans bourse délier.

6. (S / NF) La construction d’un manoir énorme et criard est en cours à côté de la résidence de l’Ambassadeur depuis l’année dernière. Plusieurs sources nous ont rapporté que la maison est celle de Sakhr Materi, gendre du Président Ben Ali frère et propriétaire de Radio Zitouna. Le propriétaire de ce terrain de premier ordre aurait été exproprié par le gouvernement tunisien pour une utilisation par l’administration de l’hydraulique, le terrai a ensuite été attribué à Materi pour un usage privé. Un propriétaire de café a raconté une histoire semblable à un employé de l’ambassade, Belhassen Trabelsi l’a forcé à échanger le café qu’il possédait, situé dans un emplacement de choix contre le café qu’il dirige actuellement. Le propriétaire du café a déclaré que Trabelsi lui a dit qu’il pouvait faire ce qu’il voulait; si un pot de vin de 50 dinars à la police n’étaient pas suffisant, Trabelsi a déclaré que le propriétaire (du café NDLR) n’avait qu’à l’appeler et il serait « prendrait soin de l’affaire. »

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Yacht Recherché

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6. (S / NF) En 2006, Imed Trabelsi et Moaz, neveux de Ben Ali, auraient volé le yacht d’un homme d’affaires français bien introduit, Bruno Roger, président de Lazard Paris. Le vol, largement rapporté dans la presse française, est apparu en pleine la lumière quand le yacht, fraîchement repeint de sorte à couvrir ses caractéristiques distinctives, est apparu dans le port de Sidi Bou Said. Roger, un personnage  important dans l’establishment français a créé un potentiel d’irritation dans les relations bilatérales et selon les rapports, le yacht a été rapidement restitué. L’affaire du yacht volé a refait surface au début de 2008 du fait d’un mandat d’Interpol pour les deux Trabelsis. En mai, les frères ont été traduits devant les tribunaux tunisiens, dans un effort destiné à satisfaire la justice internationale. Le verdict du procès n’est pas connu.

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Montrez-moi votre argent

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7. Le secteur financier (S) de la Tunisie reste en proie à de graves allégations de corruption et de mauvaise gestion financière.

Les milieux d’affaires tunisiens ironisent en disant que la relation la plus importante est celle que vous pouvez avoir avec votre banquier, ce qui reflète l’importance des contacts personnels plutôt qu’un projet d’affaires solide pour obtenir des financements. Le résultat d’un système bancaire fondé sur les relations personnelles est que le taux global des crédits non performants est de 19 pour cent, ce qui reste élevé, mais est inférieur au pic de 25 pour cent en 2001 (Ref I).

Les contacts de l’ambassade soulignent que beaucoup de ces crédits ont été consentis à de riches hommes d’affaires tunisiens qui utilisent leurs liens étroits avec le régime pour éviter le remboursement (réf. E)

La supervision laxiste du secteur bancaire en fait un excellent gisement d’opportunités, nourri par de nombreuses histoires de montages de la « Première Famille ».

Le récent remaniement à la Banque de Tunisie (Ref B), avec la femme du ministre des Affaires étrangères à la présidence et Belhassen Trabelsi nommé au conseil d’administration, en est le dernier exemple.

Selon un représentant du Crédit Agricole, Marouane Mabrouk, un autre des gendres de Ben Ali, a acheté une participation de 17 pour cent de l’ancienne Banque du Sud (aujourd’hui Attijari Bank) immédiatement avant la privatisation de la banque. Cette part de 17 pour cent a été décisive pour le contrôle majoritaire de la banque, la privatisation ne représentant que 35 pour cent du capital de la banque. Le représentant du Crédit Agricole a déclaré que Mabrouk a vendu ses actions à des banques étrangères avec une plus-value significative, l’adjudicataire de l’appel d’offres, l’hispano-marocain Santander-Attijariwafa a finalement payé une prime non déclarée à Mabrouk. XXXXXXXXXXXX a raconté que quand il était encore à sa banque il avait l’habitude de recevoir des appels de clients paniqués qui l’informaient que Belhassen Trabelsi leur avait demandé de l’argent. Il n’a pas précisé s’il leur avait conseillé ou non de payer.

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Effet d’entraînement

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8. (S) bien que les histoires de corruption de haut niveau de la famille soient parmi les plus  fréquentes et les plus souvent répétées par les tunisiens, la petite corruption est celle qu’ils rencontrent le plus fréquemment dans leur vie quotidienne. Les contraventions pour excès de vitesse peuvent être ignorées, la délivrance des passeports peut être accélérée, et les usages peuvent être contournés – tous pour le bon prix. Les dons au fonds gouvernemental pour le développement 26-26 ou à la Société caritative Bessma pour les Handicapés soutenue par Leila Ben Ali  sont également réputés pour graisser les rouages. Hayet Louani (protect), un membre bien introduit du Parlement, a fait face à une pression accrue du gouvernement après avoir refusé plusieurs « demandes » de donner de l’argent à l’équipe de football des Trabelsi. XXXXXXXXXXXX a déclaré que les inspecteurs des douanes réclament 10.000 dinars pour obtenir ses marchandises à la douane, il n’a pas révélé si oui ou non il a acquiescé à la demande.

9. (S) Le népotisme est également soupçonné de jouer un rôle important dans l’octroi de bourses et d’emplois. Connaître les personnes idoines au ministère de l’enseignement supérieur peut déterminer l’admission dans les meilleures écoles ou peut signifier une bourse pour étudier à l’étranger. Un FSN (employé local. NDLR) de l’ambassade a déclaré que le Directeur de la Coopération internationale, un contact de longue date, a offert de donner à son fils une bourse d’études au Maroc sur la base de leur connaissance. Si vous ne connaissez pas quelqu’un, l’argent peut aussi faire l’affaire. Il ya beaucoup d’histoires de Tunisiens qui ont payé des fonctionnaires au ministère de l’Enseignement supérieur pour envoyer leurs enfants à de meilleures écoles que celles auxquelles ils auraient eu droit au vu de leurs résultats aux examens. On soupçonne également que les emplois dans l’administration – très recherchés en Tunisie – soient alloués sur la base de connexions.

La défunte mère de Leila Ben Ali, Hajja Nana, est aussi citée pour avoir agi à titre de courtier pour les admissions scolaires et de recrutement au sein de l’administration, en fournissant ses services de facilitation contre une commission. Parmi les plaintes déposées par les manifestants dans le bassin minier de Gafsa figuraient des allégations selon lesquelles des emplois dans la Société des phosphates de Gafsa ont été attribués sur la base de connexions et de corruption.

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Le règne des voyous

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10. (S / NF) Les nombreuses histoires de corruption familiales sont certainement pénibles pour de nombreux Tunisiens, mais au-delà des rumeurs de commissionnements illicites domine l’exaspération devant le fait que ceux qui sont bien introduits peuvent vivre au dessus des lois. Un ressortissant tunisien a déploré que la Tunisie ne soit plus un Etat policier mais un Etat dirigé par la mafia. «Même la police rend compte à la famille! » s’écria-t-il.

Ceux qui sont au sommet seraient les pires  délinquants, et susceptibles de durer au pouvoir, il n’y a pas de contrôles au sein du système. La fille d’un ancien gouverneur a raconté que Belhassen Trabelsi a fait irruption dans le bureau de son père dans un état de fureur, -allant même jusqu’à jeter un employé de bureau, une personne âgée, à terre,  après avoir été invité à respecter les lois exigeant une couverture d’assurance pour son parc d’attractions. Son père a écrit une lettre au Président Ben Ali pour défendre sa décision et en dénonçant les méthodes de Trabelsi. La lettre est restée sans réponse, et il a été démis de ses fonctions peu après. La forte censure de la presse par le gouvernement fait que les histoires de corruption familiale ne sont pas publiées. La corruption de la famille reste une ligne rouge que la presse ne peut franchir qu’à ses risques et périls.

Bien que l’incarcération du comédien Hédi Février Baballah Oula était apparemment liée à la drogue, des groupes de défense des droits de l’homme pensent que son arrestation était une punition pour un spectacle de 30 minutes parodiant le président et ses gendres. (Tunis D).

Les ONG internationales assurent que les conditions de détention difficiles du journaliste Slim Boukdhir, arrêté pour avoir omis de présenter sa carte d’identité et outrage à un agent de police, sont directement liées à ses articles critiquant la corruption du gouvernement. La corruption demeure un sujet évoqué en murmurant après un bref regard derrière l’épaule.

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L’éléphant dans la pièce

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11. (S) Plusieurs économistes tunisiens estiment que l’augmentation ou non de la corruption n’est pas significative, car «la perception est la réalité. » La perception de la corruption croissante et les rumeurs persistantes de tractations en coulisses a un impact négatif sur l’économie indépendamment de la véracité des faits rapportés. Des contacts nous ont confié avoir peur d’investir, craignant que la famille n’exige une part de l’affaire. « Et alors ? » se demande Alaya Bettaieb, « Le meilleur scénario est que mon investissement soit un succès et que quelqu’un d’important essaie d’en prendre une part. » La persistance de faibles taux d’investissement interne le confirment (Ref H). Bien qu’illégaux, les comptes bancaires à l’étranger, seraient monnaie courante. Une récente amnistie du ministère des Finances destinée à encourager les Tunisiens à rapatrier leurs fonds a été un échec lamentable. Bettaeib confie qu’il envisage d’enregistrer sa nouvelle société en Mauritanie ou à Malte, craignant des interférences indésirables. De nombreux économistes et hommes d’affaires observent que l’importance des investissements dans l’immobilier et le foncier reflètent-le manque de confiance dans l’économie et une tentative de mettre leur argent en sécurité (Ref C).

12. (S) Jusqu’à présent, les investisseurs étrangers n’ont pas été découragés, et selon les contacts dans les milieux d’affaires tunisiens, largement non affectés (par ces agissements. NDLR).

Les investissements étrangers continuent d’affluer à un rythme soutenu, même en excluant les privatisations et les grands projets du Golfe qui n’ont pas encore commencé. Les investisseurs étrangers rapportent plus rarement les tentatives d’extorsion rencontrées par les Tunisiens, ce qui est peut-être du au fait que les investisseurs étrangers ont recours à leurs propres ambassades et les gouvernements. Le représentant de British Gas a dit à l’ambassadeur qu’il n’avait été confronté à aucune irrégularité. XXXXXXXXXXXX a déclaré qu’il ya plusieurs années Belhassen Trabelsi avait tenté de faire pression sur une entreprise allemande activant dans le secteur offshore, mais qu’après une intervention de l’ambassade d’Allemagne, Trabelsi a été explicitement mis en garde afin d’éviter les sociétés offshore. Malgré les déclarations sur l’augmentation de l’investissement interne, le gouvernement tunisien met fortement l’accent sur l’accroissement des flux d’IED dans le pays, en particulier dans le secteur offshore. Néanmoins, il existe encore plusieurs exemples d’entreprises ou des investisseurs étrangers qui font l’objet de pressions en vue de s’associer au « bon » partenaire. Le meilleur exemple reste la non-entrée de McDonald’s en Tunisie. Lorsque McDonald’s a choisi de limiter la Tunisie à un franchisé qui n’était pas le candidat du gouvernement tunisien, l’affaire a capoté par le refus du gouvernement d’accorder l’autorisation nécessaire et le refus de Macdonald’s de jouer le jeu par l’octroi de sa licence à un franchisé ayant des liens avec la Famille.

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Commentaire

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13. (S) Bien qu’ils en aient  gros sur le cœur du fait de la petite corruption, ce sont les excès de la famille du président Ben Ali qui inspire l’indignation des Tunisiens. Pour les Tunisiens confrontés à une inflation en hausse et un chômage élevé, l’exhibition de la richesse et des rumeurs persistantes de corruption alimentent l’incendie.

Les récentes manifestations dans la région minière de Gafsa sont un rappel puissant d’un mécontentement qui reste largement souterrain. Le gouvernement a fondé sa légitimité sur sa capacité à assurer la croissance économique, mais un nombre croissant de Tunisiens pensent que ceux qui sont au sommet en gardent les bénéfices pour eux-mêmes.

14. (S) La corruption est un problème qui est à la fois politique et économique. Le manque de transparence et de reddition de compte (accountability = responsabilité. NDLR) °qui caractérisent le système politique de la Tunisie mine l’économie, dégradant le climat d’investissement et alimentant une culture de la corruption. S’agissant du discours d’un miracle économique tunisien et de toutes les statistiques positives, le fait que les investisseurs tunisiens ont opté pour une direction limpide est éloquent. La corruption est l’éléphant dans la pièce, c’est le problème que tout le monde connaît, mais que personne ne peut reconnaître publiquement.

Voir enfin:

Un regard froid sur la situation en Tunisie

Guy Millière

Drzz

 16 /01 /2011

Certains, qui s’enthousiasment rapidement, s’attendent à ce que les événements en cours en Tunisie depuis un mois, et qui ont débouché sur le départ de Ben Ali, conduisent à la liberté et à la démocratie. J’espère que la réalité leur donnera raison. Je ne puis, pour autant m’empêcher d’adopter une position plus modérée et plus circonspecte. 

Il ne fait aucun doute que Ben Ali était un dictateur, que son entourage vivait de prébendes et de corruption, que la liberté de parole n’existait pas en Tunisie et que tout mouvement d’opposition était sévèrement réprimé : il n’empêche. Je ne puis oublier que voici une décennie, les islamistes étaient très actifs dans le pays, et auraient pu aisément l’emporter à ce moment. Parfois, il n’existe pas de choix entre une bonne et une mauvaise solution, mais le choix entre deux mauvaises solutions, et, face aux islamistes, Ben Ali a représenté à l’époque, je le pense, la moins mauvaise solution. 

L’équation aujourd’hui est différente, dit-on. J’attends une démonstration, et j’attends que vienne la suite des choses. Je sais qu’il existe des gens qui veulent que la Tunisie devienne une société ouverte. Je n’ignore pas, pour autant que, sur l’ensemble du pourtour de la Méditerranée, l’islamisme n’est pas éteint. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder ce qui se passe au Liban ou en Egypte. Il suffit, pour en être persuadé, de lire les études d’opinion réalisées dans l’ensemble du monde musulman par de multiples instituts. Dans l’instabilité tunisienne, des islamistes commencent à faire entendre leur voix. 

De surcroît, l’étincelle qui a allumé l’incendie repose sur trois facteurs qui vont continuer à peser et ne vont pas s’effacer miraculeusement.

Le premier est l’existence d’un grand nombre de jeunes gens diplômés  que le marché du travail ne parvient pas à absorber et qui sont, dès lors, en situation de frustration : la conjoncture économique mondiale en général, et la configuration économique autour du bassin Méditerranéen en particulier, ne devraient pas s’améliorer dans l’immédiat, et les frustrations devraient durer, voire s’exacerber.

Le deuxième est l’impossibilité pour nombre de ces jeunes gens de traverser la Méditerranée pour tenter de mieux gagner leur vie en Europe. La conjoncture européenne ne devrait, dans l’immédiat, pas inciter les gouvernements à permettre des flux d’immigrants plus nombreux, au contraire.

Le troisième, qui a joué un rôle non négligeable, est l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Cette augmentation est due à des récoltes insuffisantes découlant d’hivers trop rudes, d’intempéries après l’hiver en de nombreuses régions du globe. Au cours de l’année 2011, les prix de toutes les denrées alimentaires devraient continuer à augmenter, créant des situations propices à des émeutes de la faim bien au delà de la Tunisie. Un gouvernement tunisien quel qu’il soit n’aura aucune influence sur cette augmentation des prix et ne pourra inventer de solution magique. Si une fuite en avant enclenchée par des démagogues et des gens promettant que demain on rasera gratis ne s’enclenche pas, ce sera un moindre mal, mais j’avoue avoir des craintes : combien d’opposants au régime Ben Ali sont-ils adeptes de cette doctrine qui promet beaucoup aux pauvres, mais qui les multiplie très vite, le socialisme ?

Des pillages ont eu lieu et ont encore lieu dans tout le pays qui vont, en outre, coûter très cher. Certains d’entre eux peuvent être attribués à la police, mais pas tous. Le désordre, par ailleurs, même s’il s’interrompait immédiatement, va nuire pendant des mois à un secteur crucial pour le pays, le tourisme.  Des emplois risquent non pas de se créer, mais de disparaître.

Je ne regrette aucunement la dictature, bien sûr. Je comprends la souffrance de millions de gens. Je ne doute pas que ces gens aspirent effectivement à être libres. Je ne doute pas que la dictature leur était devenue insupportable. Mais je crains, oui, qu’il n’y ait des lendemains qui déchantent. J’espère me tromper. 

Je me souviens encore de ces étudiants iraniens qui venaient me dire exaltés et souriants au moment de la chute du shah en Iran: à Téhéran, c’est 1789. Je leur répondais qu’ils devaient se souvenir qu’après 1789, il y avait eu 1793. C’est ce que je dirais à mes amis tunisiens, à qui je ne veux que du bien. Vous parlez de 1789 aujourd’hui ? N’oubliez pas qu’après 1789, il peut y avoir 1793. Regardez au delà de vos frontières l’état du monde et, tout spécialement, l’état du monde musulman. 

Ce que je dirais à mes amis tunisiens vaut pour tous ceux qui observent la situation. J’ai trop vécu et trop étudié l’histoire pour céder à des élans d’enthousiasme irraisonnés et pour ne pas rappeler que, simplement, la réalité existe.

Disons qu’en cet instant, je donne une chance sur dix à l’émergence d’une démocratie paisible, et neuf chances sur dix à une reprise en main par l’armée, ou à l’entrée dans une période chaotique avec possibilité d’influence islamique.

Et puis, lorsque je vois des gens de toute la gauche française célébrer la chute du dictateur, je me dis que ces gens sont sans vergogne : Zine Ben Ali fait partie de l’Internationale socialiste. Et ils feraient aussi bien de manifester pour que tombent d’autres dictateurs autrement plus féroces et d’autres régimes autrement épouvantable, le régime algérien, par exemple. 

Ce qui a fait tomber Ben Ali, c’est, certes, la brutalité, l’absence de liberté de parole, la corruption, mais  c’est aussi que la Tunisie, par rapport aux pays voisins, a été ces dernières années un pays où le niveau de vie s’élevait plus vite, où le nombre de jeunes gens éduqués était plus élevé, et où l’économie était en croissance. La population voudrait, sans aucun doute, une contrepartie politique à ces divers facteurs.

Ce qui a fait tomber Ben Ali, aussi, c’est l’ouverture du pays au monde et une répression qui, bien qu’elle ait été sanglante, n’a pas été absolument féroce. Le régime des mollahs en Iran, celui du FLN en Algérie sont des régimes féroces. Je ne m’attends pas à voir brûler de sitôt les effigies d’Ahmadinejad, Khamenei ou Bouteflika en place publique à Paris. 

Ce qui a été lamentable, lâche et opportuniste en ces circonstances a été l’attitude des dirigeants français. Un homme d’Etat sait rappeler certaines choses. Un politicien retourne sa veste en n’oubliant pas de veiller à ce que le portefeuille reste à l’intérieur. Il y a beaucoup de politiciens en France.

Quand on l’accusait d’être une girouette Edgar Faure disait que ce n’est pas la girouette qui tourne,

3 Responses to Tunisie: Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement (The best way to rob a country is to be president for life: Tunisia brings new confirmation to Tocqueville’s law)

  1. […] raíz de una nueva confirmación de la loi de Tocqueville que vio por primera vez en años en un país árabe, un poder de policía traicionado por su propia […]

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  3. […] Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le Mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tocqueville […]

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