Affaires PPDA/Drucker: Attention, une imposture peut en cacher bien d’autres (French TV stars’ master class on the tough art of copy and paste)

 [Vous refuse-t-on des livres écrits ? demande une jeune femme.] Non, malheureusement pour moi. Mon éditeur ne me refuse rien. Il me faut deviner si le livre est mauvais ou non, parce qu’il ne me le dira pas. Beigbeder (réponse à une admiratrice)
Un nègre d’édition est celui qui vient en aide à des gens qui n’ont pas grand chose à dire mais qui ne savent pas trop comment le dire. Laurent Tirard
 C’était à l’époque où «on vivait ensemble. «il a refusé de me les donner quand on s’est séparé en 2006″. Calixte Beyala
La base du métier, c’est l’honnêteté. PPDA
Un mot sur l’affaire Castro. J’ai été attaqué en justice à ce propos. Et, à deux reprises, mes adversaires ont été déboutés. Il faudrait que, de temps en temps, on me traite normalement: en vingt-cinq ans de journalisme, il m’est arrivé de faire quelques «coups». Ou, plus simplement, de bien faire mon métier. PPDA
Je me suis naturellement documenté auprès des nombreuses biographies existantes, au nombre desquelles celle de Griffin me semble la meilleure sur le jeune Hemingway. Mais je n’allais pas lui réinventer une vie ! PPDA
Ce tirage diffusé en décembre à la presse a par erreur été réalisé à partir d’une de mes versions de travail antérieures. Celle-ci comportait effectivement de nombreuses notes de lecture, dont certaines que j’avais prises en vue d’une ébauche d’adaptation cinématographique de la vie d’Hemingway. PPDA
Le texte imprimé, qui a été diffusé par erreur à la presse en décembre, était une version de travail provisoire. Elle ne correspond pas à la version définitive validée par l’auteur, dont la commercialisation en librairie est prévue fin janvier.  Les éditions Arthaud présentent leurs excuses à l’auteur ainsi qu’aux journalistes destinataires de l’ouvrage. Editions Arthaud
Je ne suis pas le nègre de PPDA. Bernard Marck (qui a collaboré à la biographie contestée de PPDA sur Hemingway)
Intrigués par la précision à l' »anglo-saxonne » du livre, en contradiction avec un certain flou sur les sources citées dans la bibliographie, nous avons décidé de rechercher – chez des libraires d’occasion, sur ebay, sur des sites spécialisés… – toutes les biographies d’Hemingway publiées en français, ainsi que quelques-unes en anglais. En les comparant avec la biographie signée Patrick Poivre d’Arvor, nous avons découvert les parentés criantes avec l’ouvrage de Peter Griffin.   Jérôme Dupuis (L’Express)
Chacun sait que nombre de livres de célébrités ne sont pas écrites par elles-mêmes : Dan Franck a écrit pour Rika ZaraÏ et Lionel Duroy pour Sylvie Vartan, Mireille Darc ou Jean-Marie Bigard, même si dans ces derniers cas, s’agissant d’écrivains très connus, leur nom est mentionné à l’intérieur. Mais pour ces quelques « nègres littéraires », combien d’autres écrivent des livres d’hommes politiques voire d’écrivains parfois reconnus, non seulement sans qu’on mentionne leur travail mais en le dissimulant ! Combien de procès qui se sont clos par des accords amiables et… discrets ? Des écrivains confirmés en panne d’inspiration se sont retrouvés contraints de plagier : Henri Troyat s’est ainsi fait épingler en 1997 pour sa biographie de Juliette Drouet, maîtresse de Victor Hugo, qui devait beaucoup à celle des universitaires Gérard Poussin et Robert Sabourin publiée cinq ans plus tôt. Jérôme Dupuis (L’Express)
Si PPDA présentait encore le journal de 20H00, l’histoire ne serait jamais sortie. Editeur (souhaitant conserver l’anonymat)
Il a fait le gros du travail, il s’est beaucoup investi sur le livre. Quand vous écrivez une biographie, vous cherchez les proches, mais vous partez aussi de ce qui existe. En écrivant une bio de Guynemer, je m’étais rendu compte à la relecture que mon travail était un pur recopiage d’un livre de Jules Roy, que j’avais utilisé. (…) Pour Hemingway,  la bio de Griffin, je l’ai chez moi. Je l’ai même utilisée pour mon livre sur Lindbergh. Elle est riche mais manque de nerf dans l’écriture, alors que la jeunesse de Hemingway est nerveuse. Griffin, c’est trop linéaire. Il ne s’agit pas de recopier mais d’apporter un autre ton, d’autres infos.  Bernard Marck
Résumons l’affaire : le cinquantenaire de la mort d’Hemingway, disparu en 1961, est comme tous les anniversaires l’occasion pour les maisons d’édition de préparer des livres sur les auteurs disparus dont ils espèrent faire des best-sellers. Plutôt que de rééditer les biographies épuisées, on a recours à quelques plumes médiatisées dont on peut penser qu’elles seront sources de bonnes ventes. Parmi elles : Patrick Poivre d’Arvor, qui a déjà obtenu le prix Interallié en 2000, se hissant  jusqu’à la  première sélection du Goncourt 2006 pour un livre cosigné avec son frère. Si l’on s’en tient à la seule année 2010, il a publié un roman, cosigné deux essais, réuni huit anthologies et rédigé six préfaces ! Or, selon une enquête de l’Express, le livre, qui doit sortir le 19 janvier et a déjà été tiré à 20 000 exemplaires serait un plagiat : sur les 414 pages de cette volumineuse biographie, près de 100 pages seraient copiées de  l’ouvrage de Peter Griffin, que le propre fils d’Hemingway avait jugé comme la plus juste. Jérôme Dupuis
On se trompe si l’on croit que le métier de plagiaire-maquilleur est de tout repos. Il ne suffit pas de copier, encore faut-il tenter de le dissimuler en brouillant les pistes par des leurres : il faut accorder les verbes à un temps différent, chercher des synonymes, procéder à des inversions de termes ou de groupes syntaxiques, ajouter quelques trouvailles de son propre cru et rendre hommage à autrui en ne lui volant pas tout pour lui laisser quelque chose. Tout compte fait, plagier est presque aussi difficile que créer. Il faut remercier M. PPDA d’avoir offert ces travaux pratiques pour l’édification de tous. Paul Villach
La fabrication de ce genre de produits qu’on ose encore appeler livres, ne ravit pas seulement l’éditeur et ses actionnaires. La star y trouve aussi une importante source de revenu. La preuve ? Les 200.000 euros promis par M. Drucker à son nègre, qu’il ne lui a pas versés ! Au vu de cette rétribution, il est aisé d’imaginer la fortune attendue de la publication du produit. Présent sur une chaîne de radio comme à la télévision, M. Drucker est, en effet, a même d’être reçu dans tous les médias qu’il veut, selon « un plan-médias » d’enfer : il n’est que de voir comme ces gens des médias ne cessent pas de se recevoir dans leurs émissions ou leurs journaux pour promouvoir leur dernière production. L’affaire Drucker-Beyala montre quelles méthodes pitoyables emploient certaines maisons d’édition au service non pas de la pensée mais du profit maximal. Sous la tyrannie des actionnaires, la star qui n’a rien à dire devient auteur d’un livre qu’elle signe mais n’a pas écrit. Un nègre le rédige à sa place. Pour gagner du temps, la tentation du plagiat est grande, ou encore l’enquêteur chargé d’interviewer la star ne se soucie même pas de savoir si c’est elle qui a répondu à ses questions écrites. Qu’à cela ne tienne ! Il existe un public d’imbéciles suffisamment nombreux et conditionnés pour se jeter sur ce genre de publications par réflexe d’identification aux stars : le pactole est assuré autant que le crétinisme. De quoi se plaint-on ? Surtout pas d’un système qui est en train de s’autodétruire ! Paul Villach

Derrière le scandale, la réalité de ce qui jusque-là passait pour la normalité !

Plagiat du quart du livre (100 sur 414 pages) et à tous les niveaux (structure, enchaînements, incises sur la grande Histoire ou extraits de correspondance retenus), grossier maquillage par inversions de mots, phrases, synonymes, changement de temps, ajouts redondants et omissions bénignes, disparition, mises à part quelques notes de bas de page, du nom de l’auteur pillé d’une ‘impressionnante bibliographie de 63 livres …

Prétendue version appuyée sur de « nombreuses notes de lecture en réalité destinée à une « ébauche d’adaptation cinématographique de la vie d’Hemingway » particulièrement aboutie -120 pages pour les seules 23 premières années du grand écrivain américain – avec en tête de « chapitres »  des exergues signés Saint-Exupéry, F.Scott Fitzgerald ou Albert Londres, distribution dédicacée à des journalistes dont le patron de L’Express, excuses de la « précipitation», de l’inversion de versions et de « couac dans la relecture (même pas pris le temps de la relire avant de s’empresser de la dédicacer aux journalistes destinataires d’un plan-médias sur mesure), prétendue version de travail», stratégie du secret, dénégation, blanchiment ou au contraire noircissement de l’écrivain par son nègre, nègre, livre d’entretien par un expert en médiologie (Debray) sans contact avec le questionné (Drucker) et même questions remplies par un tiers elle-même ex-plagiaire condamnée (Beyala), dénonciation d’un complot supposé  …

Après le mémorable plantage BHL  d’il y a presque un an …

En cette année du 50e anniversaire – pourtant éditorialement prometteuse – de la mort d’Hemingway …

Et à l’occasion de deux ratés consécutifs (affaires de plagiat PPDA – Patrick Poivre d’Arvor, Ernest Hemingway, la vie jusqu’à l’excès, éditions Arthaud, 19 janvier 2011 – et de nègre littéraire Drucker-Bexala, elle-même ex-plagiaire condamnée, pour un livre finalement jamais écrit comme les stratégies de défense délirantes des éditeurs) magistralement démontés par le blogueur Paul Villach sur Agoravox …

Où l’on (re)découvre les misérables usages en honneur dans l’édition française comme les méthodes de travail de nos faussaires en chambre.

Mais aussi le cruel dilemme d’éditeurs contraints, pour à la fois garantir un minimum de ventes et assurer un plan médias maximal par son accès facile aux dits médias, de recourir à la signature factice d’une personnalité à forte notoriété (ex-présentateur vedette du 20h de TFI, soixantaine d’ouvrages à son actif dont certains avec son frère, prix Interallié 2000 et présélectionné pour le Goncourt 2006, avec son nom en plus gros caractères sur la couverture que celui d’Hemingway lui-même !),  tout en étant forcés, lesdites personnalités étant débordées et pas toujours à la hauteur du travail en question (émission de  télévision, chronique dans France-Soir, direction d’une collection d’anthologies littéraires, mise en scène d’un opéra, 1 roman, 2 essais, 8 anthologies, 6 préfaces, sans compter les signatures dans les foires du livre, pour la seule année 2010 et le seul PPDA !), de leur adjoindre un nègre qui risque à tout moment d’être découvert (Marck pour PPDA) ou de se rebiffer y compris quand on prend la précaution de la choisir parmi ses compagnes du moment  (Beyala pour Drücker) …

Sans compter, dans le cas du Charles Enderlin de la littérature, le lourd passif, d’une vraie-fausse interview de Castro à un entretien avec le pseudo-garde du corps de Saddam et à une condamnation pour recel d’abus de biens  sociaux (15 mois de prison avec sursis et 200.000 francs d’amende  – 30.000 euros -, affaire Botton), d’un ex-journaliste mouillé  jusqu’aux os …

PPDA et son Hemingway : le dur métier de plagiaire-maquilleur

Paul Villach

Agoravox

Un journaliste de L’Express, Jérôme Dupuis, a, dans un article du 4 janvier 2011, intitulé « Patrick Plagiat d’Arvor  » levé un lièvre qui fait grand bruit : la biographie d’Ernest Hemingway que l’ex-présentateur de TF1 s’apprête à publier aux Éditions Arthaud, filiale de Flammarion, a tout l’air d’être pour partie un plagiat d’une biographie d’un certain Peter Griffin paru en 1985 aux USA et traduite par Gallimard en 1989, qui serait aujourd’hui inaccessible.

Le journaliste présente trois extraits du livre de PPDA qu’il confronte à l’original : 1- une promenade des parents d’Hemingway, 2- son opération sur le front italien et 3- sa garde par une infirmière. (1). Le résultat est accablant. Ces trois exemples montrent à l’ évidence que PPDA a tout simplement copié Peter Griffin. Mieux, ils permettent d’observer comment un plagiaire opère pour s’approprier le texte d’autrui en tentant de masquer laborieusement ses emprunts frauduleux. Non seulement le plagiat est une copie qui ressemble à son original comme deux gouttes d’eau, reprenant souvent son texte mot pour mot, mais les différences que le plagiaire croit devoir introduire pour tenter de dissimuler ses emprunts, ne sont que des leurres : purement formelles, elles ne font que trahir un effort de dissimulation maladroite.

1- Une copie ressemblant à son original comme deux gouttes d’eau.

Le plagiat est d’abord une copie conforme à son original.

– Les personnages sont identiques et présentés dans les mêmes termes :

* les parents de Hemingway, Clarence et Grace, les amis Indiens Sioux Dakota de son père,

* le chirurgien italien qui a opéré l’écrivain américain sur le front italien,

* l’infirmière Agnès qui l’a veillé après l’opération.

– Le décor est aussi semblable : la même campagne pour la même promenade des parents, et, là où est opéré le blessé, « l’âcre odeur des antiseptiques et celle, face, du sang  »,.

– Les actions sont les mêmes et surtout inscrites dans le même ordre chronologique :

* Les parents se promènent dans la nature, effraient les mêmes bêtes sauvages caractéristiques, caille et renard à queue rouge ; le père évoque son goût pour la collection des pointes de flèches, de fers de lance, de coupes en terre cuite et des haches de pierre d’indiens Pottawatomie ; il relate le même souvenir d’un séjour chez les Sioux qui l’ont appelé « Nec-tee-la-la  », ce qui veut dire « Œil-d’aigle  », pour son acuité visuelle.

* Le chirurgien opère le blessé Hemingway en effectuant les mêmes gestes : il nettoie les plaies, extrait les éclats d’obus, explique au blessé le déroulement de l’opération ; celui-ci évalue la grosseur des éclats au bruit qu’ils font en tombant dans la cuvette. Un verre de cognac lui est servi avant que lui soit faite une piqûre antitétanique.

* L’infirmière au chevet du blessé éponge sa sueur et ne s’absente que pour une ronde toutes les heures.

2- Les leurres des différences formelles trahissant un effort de dissimulation maladroite

Dans cette copie parfois rigoureusement conforme à l’original sont introduites des variantes qui tentent de masquer ces emprunts sans usage de guillemets comme toute citation doit en être assortie pour signaler la propriété intellectuelle d’autrui. Mais ces différences ne sont que des leurres : elles sont si minuscules qu’elles éloignent moins la copie de l’original qu’elles ne trahissent l’effort de maquillage entrepris pour dissimuler frauduleusement le vol du bien d’autrui.

1- Le leurre des temps différents

Les temps diffèrent sans conséquence : l’original use du passé, la copie du présent.

2- Le leurre des synonymes

Les mots de l’original ne sont remplacés que par des synonymes. Le plagiaire doit disposer d’un dictionnaire spécialisé.

* ainsi dans le contexte de la promenade des parents relève-t-on les substitutions amusantes suivantes : emmener/entraîner – « la prairie » / la nature – faire jaillir une caille / débusquer une caille – Terres de la Des Plaines River / Terres près de la Rivière des Plaines – visite de deux mois à une école de mission pour les Sioux Dakota / séjour de deux mois chez les Sioux Dakota – appeler / baptiser – à cause de / en raison de – c’est-à-dire / ou – extraordinaire acuité visuelle / exceptionnelle acuité visuelle – et / ainsi que.

* Dans le contexte de l’opération chirurgicale, le agiaire se montre aussi inventif : (Le chirurgien) travaillant vite et bien / Ses gestes sont précis – Il décrivait à Ernest en Italien tout ce qu’il extrayait / Il accompagne (ses gestes)en commentant, dans sa langue, ce qu’il fait. – les plus gros fragments de shrapnel / les plus gros fragments d’obus – le bruit / le son – douleur aiguë / intervention douloureuse – donner à boire un peu de cognac / offrir un peu de cognac – finalement / au bout d’un temps infini.

* Dans le contexte du rôle joué par l’infirmière, le plagiaire fait preuve d’une égale dextérité synonymique : faire sa ronde / effectuer sa ronde – humecter le front d’Ernest / éponger son front.

3- Le leurre des inversions

Une autre rouerie du plagiaire est de tenter de brouiller les pistes en pratiquant des inversions qui pourtant ne trompent personne :

– On relève des inversions de mots : « l’âcre odeur des antiseptiques et celle, fade, du sang  » devient « l’odeur âcre des antiseptiques et celle, fade, du sang  » !

– Ce peut être encore une inversion de voix passive en voix active : « chaque fois que la chair était incisée… » « chaque fois que le médecin incise les chairs  » !

– Ou il s’agit d’inversions de groupes syntaxiques passant du début en fin de phrase : « À cause de son extraordinaire acuité visuelle, les Indiens l’appelaient Nec-tee-la-la, c’est-à-dire « Œil-d’aigle  » », lit-on dans l’original. « (Les Sioux)l’ont baptisé Nec-tee-la-la ou « Oeil d’aigle » en raison de son exceptionnelle acuité visuelle, » découvre-t-on dans la copie.

4- Le leurre des ajouts redondants

Il n’est pas, d’autre part, de copie servile qui ne témoigne de la capacité de création du plagiaire. Celui-ci procède à des ajouts redondants dont il a le don qui n’abusent que les dindons de la farce :

* « Faire jaillir une caille d’un fourré  », dit l’original, « débusquer une caille qui s’enfuit dans un claquement d’aile » répond le plagiaire. « (faire) détaler un renard à queue rouge  », reprend l’original, « (débusquer) un renard à queue rouge qui file à fond de train  », complète le plagiaire. « Il collectionne les pointes de flèches  », dit l’un, « il se passionne pour les pointes de flèches (…)qu’il collectionne  », dit l’autre.

* Le plagiaire éprouve le besoin de préciser ce que l’original n’a pas cru devoir signaler : « Le chirurgien ne tarde pas à un intervenir ». Si l’original apprend que le blessé « tentait d’évaluer le poids (des éclats d’obus extraits de sa chair)au bruit qu’ils faisaient en tombant dans la cuvette », pour le plagiaire c’est « au son qu’ils font en tombant au fond de la cuvette » ! Ça change tout : le plagiaire va au fond des choses ! De même, éprouve-t-il le besoin d’ajouter que l’intervention est « pratiquée sans anesthésie  » et d’expliquer que si l’infirmière essuie le blessé , c’est à cause des « nuits chaudes qui le rendent poisseux de sueur ».

5- Le leurre des omissions bénignes

Est-ce, enfin, sa conscience qui le tourmente ? Le plagiaire ne copie pas tout d’un original : il consent à commettre des omissions bénignes comme autant d’hommage à la propriété d’autrui.

Quand, selon l’original, le blessé « (évalue) la taille et le poids de ces fragments  », le plagiaire se contente de ne lui faire qu’ « évaluer le poids  ». Le chirurgien « (ne passe pas davantage) la main sur le crâne d’Ernest  » chez lui, comme dans l’original. « L’une des chaises au chevet du lit d’Ernest » devient seulement « une chaise dans sa chambre  ». Et si l’infirmière ne quitte le blessé, selon l’original, que « pour faire toutes les heures sa ronde », le plagiaire ne juge pas utile de préciser la périodicité de cette ronde qu’elle ne fait pas mais « effectue  ». Enfin plutôt que d’écrire comme l’original que l’infirmière « passait de l’eau froide sur le cou et sur la poitrine (du blessé) », le plagiaire trouve plus élégante la formule « rafraîchir son cou et sa poitrine  ».

On se trompe si l’on croit que le métier de plagiaire-maquilleur est de tout repos. Il ne suffit pas de copier, encore faut-il tenter de le dissimuler en brouillant les pistes par des leurres : il faut accorder les verbes à un temps différent, chercher des synonymes, procéder à des inversions de termes ou de groupes syntaxiques, ajouter quelques trouvailles de son propre cru et rendre hommage à autrui en ne lui volant pas tout pour lui laisser quelque chose. Tout compte fait, plagier est presque aussi difficile que créer. Il faut remercier M. PPDA d’avoir offert ces travaux pratiques pour l’édification de tous. Il semble, cependant que la convoitise du bien d’autrui soit chez lui un problème. On se souvient encore de son « interview exclusive » de Fidel Castro le 16 décembre 1991. Avec un simple leurre de montage par champ et contre-champ, excluant tout plan d’ensemble et reconstitution des questions en studio, il avait transformé une conférence publique du dictateur cubain en un entretien privé qu’il aurait eu avec lui. N’était-ce pas déjà un texte public qu’il avait voulu faire passer pour sa propriété privée, selon le principe du plagiat ? Paul Villach

(1) Jérôme Dupuis, « Trois exemples du plagiat de PPDA », L’Express, 4 janvier 2011.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-plagiat-de-ppda_949676.html

Voir aussi :

PPDA blanchi par son « nègre » ? L’interview qui tue !

Paul Villach

Agaravox

Il paraît qu’on vit une époque de transparence. La simple affaire du plagiat de PPDA, biographe d’Hemingway, tendrait à prouver le contraire. Un écran opaque de leurres grossiers est dressé pour tenter de discréditer la représentation de la réalité la plus fidèle, extorquée de l’examen rationnel du pluralisme d’indices réunis.

 L’analyse des trois premiers exemples publiés par Jérôme Dupuis dans L’Express à l’appui de sa dénonciation de plagiat, ne souffre pas la moindre contestation (1). On l’a soi-même montré sur AgoraVox : elle révèle que le texte de PPDA est une copie conforme du texte original de Peter Griffin, le biographe d’Hemingway, et que les différences observées ne sont que des leurres cousus de fil blanc qui masquent moins la copie qu’ils ne trahissent les efforts laborieux pour tenter de la dissimuler : changement de temps, usage de synonymes, inversions de mots et de groupes syntaxiques, ajouts redondants et omissions bénignes. (2)

L’information donnée peu crédible livrée par la défense

Contre cette évidence, éditeur, « auteur » et « nègre » dressent la même ligne de défense et dans les mêmes termes. Ils se copient mutuellement ! On reconnaît une information donnée calibrée, soigneusement passée au crible de leur autocensure. Les communicants, toujours prêts à multiplier les catégories sans nécessité, en violation du principe de Guillaume d’Occam, pour jeter la confusion, appellent cette information donnée, soigneusement configurée, des « éléments de langage  ». Ainsi l’éditeur Arthaud, PPDA et son « nègre », Bernard Marck, parlent-ils en chœur de « précipitation », d’une inversion de versions et de « couac dans la relecture  ». C’est, à vrai dire, le seul argument qu’ils pouvaient avancer !

Il est toutefois peu crédible pour deux raisons :

1- La première est qu’obligé de choisir entre deux maux, le soupçon de manque de professionnalisme et celui de malhonnêteté, l’éditeur choisit évidemment le moindre : nul être sain ne livre l’information susceptible de lui nuire le plus. Et tant pis si PPDA apparaît aussi peu attentif à « son œuvre » ! Il n’aurait même pas pris le temps de la relire avant de s’empresser de la dédicacer aux journalistes destinataires d’un plan-médias sur mesure.

2- La deuxième raison est que, si « la version de travail  » alléguée montre effectivement un travail, c’est celui de la dissimulation par des leurres grossiers de la copie éhontée du travail d’autrui. Est-ce composer une biographie que de piller celle d’autrui en tentant d’en dissimuler les preuves ?

L’interview du « nègre » qui tue

Interrogé, le 7 janvier 2011 par Le Parisien/Aujourd’hui, sur les exemples qu’a publiés Jérôme Dupuis, le « collaborateur » de PPDA, Bernard Marck fait lui-même , malgré lui, voler en éclats cette ligne de défense de fortune. C’est l’interview qui tue.

1- La stratégie du secret

Il avoue qu’une stratégie de secret absolu a été adoptée par l’éditeur Arthaud et PPDA : « J’ai donné ma parole, dit-il pour se justifier, je ne peux pas répondre directement. Patrick est profondément affecté, il s’impose le silence, et moi, on me l’impose » ! Tout est dit ! L’information qui leur est nuisible, est légitimement refusée par les intéressés. Mais le secret gardé ne leur est-il pas aussi dommageable en confirmant implicitement le soupçon de plagiat ? À croire qu’ils n’ont le choix qu’entre confirmation explicite ou confirmation implicite !

2- Les autres arguments de B. Marck ou renforcent aussi ce soupçon implicitement ou livrent un leurre de diversion lui-même suspect.

– Le rôle de « nègre » et ses méthodes de copie

Au sujet de son rôle dans « la rédaction » de cet ouvrage, B. Marck nie farouchement être « nègre » : « En tout cas, corrige-t-il, je ne le conçois pas comme ça  ». Or, on peut très bien ne pas vouloir être ce qu’autrui dénonce ce que l’on est, et l’être tout de même. Qu’est-ce qu’un « nègre  » dans l’édition ? « Quelqu’un qui aide celui qui n’a pas grand chose à dire et qui ne sait pas comment le dire », explique en substance avec humour ce « nègre » qui vit si mal sa condition dans l’excellent film de Laurent Tirard, « Trahisons et mensonges et plus si affinités  » (2004) ?

– B. Marck ne nie pas en tout cas avoir pris part à la rédaction de cet « ouvrage », comme tout « nègre », même quand il veut en attribuer le mérite à PPDA : « (Il) a fait le gros du travail, soutient-il sans rire, (il) s’est beaucoup investi sur le livre ». N’en déduit-on pas que lui, le « nègre », a fait le reste ? Mais peut-il inverser les rôles sans rompre sans doute les termes au moins tacites de son contrat ? Nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire. Même s’il l’a effectuée, il ne peut donc revendiquer la majeure partie du travail d’un livre qui sera signé par un autre dont la notoriété, fût-elle usurpée, garantit un minimum de ventes.

– B. Marck révèle même ses méthodes de travail contestables en croyant minimiser l’erreur commise par l’éditeur entre version inachevée et version définitive.« Quand vous écrivez une biographie, avoue-t-il, vous cherchez les proches, mais vous partez aussi de ce qui existe. En écrivant une bio de Guynemer, je m’étais rendu compte à la relecture que mon travail était un pur recopiage d’un livre de Jules Roy, que j’avais utilisé. »

Par quelle opération du Saint Esprit, – Grands Dieux ! – un auteur peut-il retrouver dans son texte des passages entiers d’un autre auteur ? B. Marck donne sa recette : il réécrit à sa façon une biographie déjà publiée : « Pour Hemingway, explique-t-il, la bio de Griffin, je l’ai chez moi. Je l’ai même utilisée pour mon livre sur Lindbergh. Elle est riche mais manque de nerf dans l’écriture, alors que la jeunesse de Hemingway est nerveuse. Griffin, c’est trop linéaire. Il ne s’agit pas de recopier mais d’apporter un autre ton, d’autres infos. » Il suffit de se reporter aux trois exemples publiés par J. Dupuis, pour savoir ce que B. Marck entend par « apporter un autre ton » ! C’est accablant !

– Un leurre de diversion : le leurre d’appel humanitaire

Enfin B. Marck tente une sortie de la nasse où il est enfermé avec ses compères, par un leurre de diversion suspect. Il cherche, à l’aide d’ un leurre d’appel humanitaire, à déclencher un réflexe de compassion envers PPDA. Il a le culot d’inverser à cette fin la distribution manichéenne des rôles : bien que soupçonné de plagiat, PPDA est présenté comme la victime qui mérite la compassion ; il est, dit-il, « profondément affecté  » par l’affaire. Dans le camp d’en face, les bourreaux, ce sont « des gens (qui) lui en veulent. Il y a un règlement de comptes dans cette histoire, »accuse-t-il sans preuve ! Ou comment transformer un suspect en innocent et des innocents en coupables ?

À vouloir blanchir à tout prix PPDA, son « nègre » démolit en fait à lui seul la fragile défense élevée par l’éditeur et répétée en boucle par chacun. L’aveu du secret exigé de lui, l’explication de ses méthodes de travail qui incluent sans vergogne la copie du texte d’autrui, et un leurre de diversion ne font qu’accroître le soupçon qu’il prétend combattre. Albert Camus disait qu’on vaut souvent ce que valent les procédés qu’on emploie. Au lecteur de juger des leurres grossiers utilisés par l’éditeur Arthaud, filiale de Flammarion, PPDA et son « nègre », et de la confiance que ces derniers méritent qu’on leur accorde. Paul Villach

(1) Jérôme Dupuis, « Trois exemples du plagiat de PPDA  », L’Express, 4 janvier 2011.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-plagiat-de-ppda_949676.html

(2) Paul Villach, « PPDA et son Hemingway : le dur métier de plagiaire-maquilleur  », AgoraVox, 6 janvier 2011.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ppda-et-son-hemingway-le-dur-86807

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20100819.BIB5509/olivier-poivre-d-arvor-passe-a-france-culture.html

Voir par ailleurs :

Patrick Poivre d’Arvor

La nouvelle affaire PPDA : après l’interview mensonge, le plagiat

05.01.2011

À force de passer entre les gouttes, Patrick Poivre d’Arvor finira bien un jour trempé. Sa dernière mésaventure est tellement énorme qu’elle figurera en bonne place dans le volumineux dictionnaire  des plagiats. Résumons l’affaire : le cinquantenaire de la mort d’Hemingway, disparu en 1961, est comme tous les anniversaires l’occasion pour les maisons d’édition de préparer des livres sur les auteurs disparus dont ils espèrent faire des best-sellers. Plutôt que de rééditer les biographies épuisées, on a recours à quelques plumes médiatisées dont on peut penser qu’elles seront sources de bonnes ventes. Parmi elles : Patrick Poivre d’Arvor, qui a déjà obtenu le prix Interallié en 2000,  se hissant  jusqu’à la  première sélection du Goncourt 2006 pour un livre cosigné avec son frère. Si l’on s’en tient à la seule année 2010, il a publié un roman, cosigné deux essais, réuni huit anthologies et rédigé six préfaces ! Or, selon une enquête de l’Express, le livre, qui doit sortir le 19 janvier et a déjà été tiré à 20 000 exemplaires serait un plagiat : sur les 414 pages de cette volumineuse biographie, près de 100 pages seraient copiées de  l’ouvrage de Peter Griffin, que le propre fils d’Hemingway avait jugé comme la plus juste. L’enquête de l’Express montre comment « la structure, les enchaînements, les incises sur la grande Histoire ou encore les extraits de correspondance retenus coïncident parfaitement » et sont « souvent grossièrement maquillés par des inversions de phrases ou l’usage effréné de synonymes » : une «opulente chevelure auburn ramassée en chignon» devient de « beaux cheveux auburn ramenés en chignon»

Comment PPDA a-t-il trouvé le temps d’écrire ces 414 pages entre son émission, sa chronique dans France-Soir, la direction d’une collection d’anthologies littéraires, sans compter la mise en scène d’un opéra ?

Plus étonnant : Si le nom de l’ancienne vedette de télévision figure en plus gros caractères sur la couverture que celui d’Hemingway lui-même, celui de Peter Griffin a disparu de l’impressionnante bibliographie de 63 livres qui clôt ces 414 pages. Une absence qui ressemble à un aveu: c’est ce qu’on appelle être pris sur le fait ! Malgré cela, PPDA s’indigne : il assure avoir passé un an et demi à écrire ce livre et trouve « très désobligeant » ce soupçon de plagiat. « Je me suis naturellement documenté auprès des nombreuses biographies existantes, au nombre desquelles celle de Griffin me semble la meilleure sur le jeune Hemingway. Mais je n’allais pas lui réinventer une vie ! », se défend-il. Pourquoi, dans ces conditions, ne citer cet ouvrage que par de petites notes de bas de pages ? Et surtout comment PPDA a-t-il trouvé le temps d’écrire ces 414 pages entre son émission hebdomadaire sur France 5, sa chronique quotidienne dans France-Soir, la direction, avec son frère, d’une collection d’anthologies littéraires, sans compter la mise en scène, l’été dernier, d’un opéra ?

Combien de « nègres » écrivent des livres d’hommes politiques voire d’écrivains parfois reconnus, sans que leur nom soit mentionné !

Certes ce graphomane qui multiplie les livres comme les petits pains avait pris soin d’anticiper en expliquant qu’il avait coutume d’écrire « entre minuit et quatre heures du matin ». N’empêche, tout cela sent le nègre. Chacun sait que nombre de livres de célébrités ne sont pas écrites par elles-mêmes : Dan Franck a écrit pour Rika ZaraÏ et Lionel Duroy pour Sylvie Vartan, Mireille Darc ou Jean-Marie Bigard, même si dans ces derniers cas, s’agissant d’écrivains très connus, leur nom est mentionné à l’intérieur. Mais pour ces quelques « nègres littéraires », combien d’autres écrivent des livres d’hommes politiques voire d’écrivains parfois reconnus, non seulement sans qu’on mentionne leur travail mais en le dissimulant ! Combien de procès qui se sont clos par des accords amiables et… discrets ? Des écrivains confirmés en panne d’inspiration se sont retrouvés contraints de plagier : Henri Troyat s’est ainsi fait épingler en 1997 pour sa biographie de Juliette Drouet, maîtresse de Victor Hugo, qui devait beaucoup à celle des universitaires Gérard Poussin et Robert Sabourin publiée cinq ans plus tôt.

Évidemment si « PPDA présentait encore le journal de 20H00, l’histoire ne serait jamais sortie », relève un éditeur souhaitant conserver l’anonymat

La riposte maladroite de l’éditeur de PPDA vient conforter ce soupçon :  » le texte imprimé, qui a été diffusé par erreur à la presse en décembre, était une version de travail provisoire. Elle ne correspond pas à la version définitive validée par l’auteur, dont la commercialisation en librairie est prévue fin janvier.  Les éditions Arthaud présentent leurs excuses à l’auteur ainsi qu’aux journalistes destinataires de l’ouvrage. »  Or, comme le souligne Blibliobs : « Contrairement à ce qu’avance l’éditeur, il est tout à fait normal de recevoir le livre courant décembre pour une parution en janvier et l’exemplaire que nous avons entre les mains n’est en rien une « version de travail », comme nous en recevons également souvent et qui, dénuées de couverture, portent clairement la mention « épreuves non corrigées ». Évidemment si « PPDA présentait encore le journal de 20H00, l’histoire ne serait jamais sortie », relève un éditeur souhaitant conserver l’anonymat. Ce statut le protégeait si bien que certaines des casseroles qu’il traîne  furent sans conséquence, comme sa mémorable fausse interview de Fidel Castro dont il avait lâchement reporté la responsabilité sur son comparse Régis Faucon, accusé d’avoir « monté » trop vite ! Mais ce statut n’avait pas empêché TF1 de le suspendre deux mois et demi à la suite de sa condamnation à 15 mois de prison avec sursis et 200.000 francs d’amende (30.000 euros) pour recel d’abus de biens sociaux par la cour d’appel de Lyon dans le cadre de l’affaire Botton. Cette fois, comment l’idole cathodique déchue réussira-t-il a s’en sortir sans s’enfoncer plus encore ?

Voir aussi :

Patrick Plagiat d’Arvor

Jérôme Dupuis

L’Express

04/01/2011

Le journaliste-écrivain publie un portrait fouillé d’Ernest Hemingway. Une biographie tellement « à l’américaine » qu’une centaine de pages sont directement inspirées d’un ouvrage paru en 1985 aux Etats-Unis. Révélations.

  La réponse de la maison d’édition

« Suite à l’article publié par l’Express.fr, au sujet de la biographie à paraître de Patrick Poivre d’Arvor, Hemingway, la vie jusqu’à l’excès, les Editions Arthaud tiennent à préciser que le texte imprimé, qui a été diffusé par erreur à la presse en décembre, était une version de travail provisoire. Elle ne correspond pas à la version définitive validée par l’auteur, dont la commercialisation en librairie est prévue fin janvier.  

Les éditions Arthaud présentent leurs excuses à l’auteur ainsi qu’aux journalistes destinataires de l’ouvrage. »   Il est plutôt rare, en matière de biographie, que le nom de l’auteur figure en caractères plus visibles que celui du « portraituré ». C’est pourtant l’honneur fait à Patrick Poivre d’Arvor pour la volumineuse biographie (414 pages) de Hemingway, qu’il publie, le 19 janvier, à l’occasion du cinquantenaire de la mort de l’écrivain américain, disparu en 1961. Après tout, justifie le communiqué envoyé à la presse par l’éditeur, Arthaud, « Patrick Poivre d’Arvor livre ici une vision très personnelle » de l’auteur du Vieil Homme et la mer. En fait de « vision très personnelle », L’Express peut révéler que l’ancien présentateur du 20 Heures a plagié une biographie signée Peter Griffin, parue aux Etats-Unis, en 1985, aux éditions Oxford University Press. Traduite en France, chez Gallimard, en 1989, elle est aujourd’hui quasiment introuvable en librairie. PPDA, lui, en a déniché un exemplaire. PPDA, comme Patrick Plagiat d’Arvor. 

Les « emprunts » opérés par le journaliste-écrivain sont manifestes, massifs, et comme portés par un étonnant sentiment d’impunité. Selon notre enquête, ce sont près de 100 pages de son Hemingway, la vie jusqu’à l’excès qui sont directement inspirées de l’ouvrage de Griffin, sans qu’aucuns guillemets le signalent. Des dizaines et des dizaines de paragraphes s’apparentent à des « copier-coller », souvent grossièrement maquillés par des inversions de phrases ou l’usage effréné de synonymes (voir fac-similés). On s’amusera de voir le « lait condensé » de Griffin devenir du « lait concentré » sous la plume de PPDA, un « maréchal-ferrant » se transformer en « forgeron » et l' »opulente chevelure auburn ramassée en chignon » de la future épouse de Hemingway se muer en « beaux cheveux auburn ramenés en chignon »… Mais on pourrait citer des centaines d’autres exemples. 

Bien sûr, PPDA saute des passages et des scènes secondaires du Griffin ou ne garde parfois qu’une formule saillante dans une longue lettre. Mais, au-delà des emprunts directs, le plus troublant est que la structure même des deux biographies, les enchaînements, les incises sur la grande Histoire (l’évolution du front italien, en 1917, par exemple), les descriptions de paysages (où les différentes essences d’arbres sont citées exactement dans le même ordre) ou encore les extraits de correspondance retenus coïncident parfaitement.  

Une bibliographie qui n’est qu’un leurre

Extraits

Le plagiat en trois exemples: cliquez ici.  Contacté par L’Express, Patrick Poivre d’Arvor assure : « J’ai passé un an et demi à écrire ce livre et trouve très désobligeant ce soupçon de plagiat. Je me suis naturellement documenté auprès des nombreuses biographies existantes, au nombre desquelles celle de Griffin me semble la meilleure sur le jeune Hemingway. Mais je n’allais pas lui réinventer une vie ! » Or, justement, il existe autant de manières de raconter la vie de l’écrivain américain que de biographes, comme suffit à le prouver la lecture des deux ouvrages de référence, « le » Carlos Baker (en deux volumes) et « le » Jeffrey Meyers, tous deux très différents du Griffin.  

Ces deux dernières bios, comme huit autres, font d’ailleurs partie de la très longue – 63 titres ! – bibliographie publiée par PPDA en annexe de son Hemingway. En revanche, c’est en vain qu’on y chercherait le livre de Peter Griffin… Ce dernier n’est cité que dans les notes, à la fin du volume, à une quinzaine de reprises, noyées au milieu de centaines de références, mais uniquement pour des extraits de lettres que PPDA y aurait glanés… 

Un mot, au passage, sur cette bibliographie. Sous ses apparences pseudo-universitaires, cette longue liste n’est qu’un leurre. On y trouve une ribambelle d’ouvrages pointus tels que The Story of American Red Cross in Italy ou Philippe Soupault, voyageur magnétique, sans parler de Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre, dont on chercherait en vain comment ils ont nourri l’ouvrage de PPDA. Après tout, l’ex-présentateur du 20 heures aurait pu écrire une vie romancée du géant des lettres américaines, nourrie de ses propres évocations des hauts lieux « hemingwayiens » – le Kenya, Cuba, le Ritz – où sa longue carrière de journaliste l’a mené. Mais il a préféré faire le choix d’une biographie « à l’anglo-saxonne », fourmillant de dates, de noms propres, de citations. Une « bio » à la Peter Griffin… 

Mais qui est ce Griffin ? Un défricheur passionné. Après une thèse consacrée à l’auteur de Paris est une fête, cet Américain avait travaillé des années à son grand oeuvre sur Hemingway. Il avait eu, le premier, accès à la correspondance entre le grand « Ernest » et son épouse, Mary, retrouvé un témoin capital de ses jeunes années, Bill Horne, exhumé des nouvelles inédites, écumé des archives aux quatre coins des Etats-Unis. Le propre fils de Hemingway, Jack, ne cachait pas qu’il voyait là le travail le plus juste jamais réalisé sur son père. En ce sens, PPDA a bien choisi son « modèle ». Mais Peter Griffin ne pourra goûter l' »hommage » d’un genre très particulier que lui a rendu l’ancien présentateur d’Ex Libris : comme nous l’a confirmé son éditeur américain à la fin de décembre, il n’est plus de ce monde. 

Archives, entretiens : aucune source directe n’est mentionnée

PPDA, lui, travaille plus vite. Contrairement à l’usage en vigueur chez tout biographe, l’ancienne star de TF 1 ne mentionne aucune source directe : ni archive consultée – un important fonds Hemingway est conservé à la John F. Kennedy Presidential Library, à Boston – ni entretien avec des témoins ou des spécialistes. Seule une discrète mention, étrangement placée sous les « crédits photographiques », en toute fin de sa biographie, intrigue : « Remerciements à Bernard Marck, grand spécialiste du Paris de l’entre-deux-guerres ». Etrange mention, en effet, car Bernard Marck, ancien rédacteur en chef d’Aéroports Magazine, est connu comme un historien de l’aviation, sujet auquel il a consacré de très nombreux ouvrages – il a par exemple publié un Il était une foi Mermoz (éd. Jean Picollec), en 2002, un an avant que PPDA sorte lui aussi un ouvrage consacré au célèbre aviateur, en collaboration avec son frère, Olivier. En 2006, le présentateur de TF 1 fera même d’un autre livre de Bernard Marck, Rêve de vol, son « coup de coeur » de l’émission littéraire qu’il présentait alors sur LCI. 

Marck n’a en revanche, à notre connaissance, jamais publié le moindre livre sur le « Paris de l’entre-deux-guerres ». Alors les « remerciements » de PPDA cacheraient-ils autre chose ? Bernard Marck aurait-il un peu « aidé » l’ex-présentateur du 20 Heures pour ce Hemingway ? Et lui ou un autre « collaborateur » aurait-il pillé le Griffin, sans le signaler à PPDA ? (On se souvient que Thierry Ardisson avait ainsi été « victime » d’un « nègre », qui avait recopié quelques pages d’un roman colonial, pour son Pondichéry). Ou alors, dernière hypothèse, PPDA se serait-il lui-même livré au plagiat de la biographie de Griffin, « entre minuit et quatre heures du matin », moments où, comme il l’a souvent expliqué, il a coutume d’écrire ? 

Il est vrai que ses journées ne lui laissent guère le loisir de travailler à de volumineuses biographies. Ces temps-ci, outre une émission hebdomadaire sur France 5 (La Traversée du miroir), une chronique quotidienne dans France-Soir, la direction, avec son frère Olivier, de la collection d’anthologies littéraires Mots pour mots aux éditions du Seuil et la mise en scène, l’été dernier, d’un opéra (Carmen), PPDA continue à être un écrivain prolifique. Souvent avec succès : il a ainsi obtenu le prix Interallié en 2000, pour L’Irrésolu, et s’est hissé jusqu’à la première sélection du Goncourt 2006, pour Disparaître, cosigné avec son frère. Si l’on s’en tient à la seule année 2010, il a publié un roman, cosigné deux essais, réuni huit anthologies et rédigé six préfaces… 

Cette biographie de « Big Ernest » était donc programmée pour devenir un best-seller. Les éditions Arthaud, département du groupe Flammarion, en ont d’ailleurs déjà imprimé 20 000 exemplaires, un premier tirage plutôt prometteur. Toutes les librairies de France l’attendent. A moins que l’éditeur ne se ravise au dernier moment. Et que ce plagiat ne sonne le glas d’une belle épopée littéraire. 

Voir également :

Comment L’Express a découvert le plagiat de PPDA

Jérôme Dupuis

L’Express

7/01/2011

Jérôme Dupuis, auteur du scoop sur la biographie de Hemingway plagiée par Patrick Poivre d’Arvor, revient sur les circonstances de sa découverte et sur la surprenante stratégie de défense de l’éditeur.

Ainsi donc, si l’on en croit le communiqué publié, le 5 janvier, par les éditions Arthaud, la biographie d’Hemingway, signée Patrick Poivre d’Arvor et imprimée à 20 000 exemplaires, n’aurait été qu’une « version de travail provisoire ». Une mauvaise version s’apparentant, selon les aveux, dans Le Monde, de la propre éditrice de l’ancien présentateur du 20 heures, à une « paraphrase grossière » de la biographie de l’Américain Peter Griffin.  

Il faut bien le dire, cette défense technique, invoquant une erreur d’aiguillage informatique, ne convainc guère. Même le New York Times, qui en fait écho, n’y croit pas. Reprenons chronologiquement : dans les tout premiers jours de décembre, L’Express reçoit ce que l’on appelle, dans le jargon de l’édition, les « épreuves reliées » du livre de PPDA, dont la sortie a été fixée au 19 janvier. Ces « épreuves », qui ont toutes les apparences du livre définitif (y compris sa couverture), permettent aux journalistes de lire les ouvrages avant leur parution. 

Puis, vers le 15 décembre, plusieurs journalistes de notre rédaction, comme de nombreux autres dans tous les médias, reçoivent le « vrai » livre de PPDA, avec un code-barres, un prix, destiné à être livré aux librairies – et dédicacé de la main de l’auteur. On imagine mal PPDA dédicaçant des dizaines de volumes, qui ne seraient que la « paraphrase grossière » d’un ouvrage américain, sans que ni lui-même ni son éditeur ne s’en rendent compte. D’ailleurs, preuve que la version imprimée est bien, en réalité, la « bonne » version : elle est, mot à mot, page à page, strictement conforme à celle des épreuves, à la seule exception de cinq lignes, rajoutées page 394. Or, c’est la règle dans l’édition, les épreuves sont toujours revues par des correcteurs, l’éditeur et l’auteur avant que le « bon à tirer » soit donné. Preuve est donc faite qu’il n’a jamais existé qu’une seule version du livre de PPDA. Celle qui s’apprêtait à être livrée à tous les libraires de France. 

A L’Express, nous avons donc travaillé sur la version imprimée et dédicacée par l’auteur. Intrigués par la précision à l' »anglo-saxonne » du livre, en contradiction avec un certain flou sur les sources citées dans la bibliographie, nous avons décidé de rechercher – chez des libraires d’occasion, sur ebay, sur des sites spécialisés… – toutes les biographies d’Hemingway publiées en français, ainsi que quelques-unes en anglais. En les comparant avec la biographie signée Patrick Poivre d’Arvor, nous avons découvert les parentés criantes avec l’ouvrage de Peter Griffin.  

Lorsque nous avons demandé à PPDA de réagir à notre enquête, avant sa parution, lundi 3 janvier, l’ex-présentateur du 20 heures s’est contenté de nier purement et simplement le plagiat. A aucun moment, il n’a évoqué une « mauvaise version ». Dans un communiqué envoyé hier 6 janvier à l’AFP, il prétend désormais que la version publiée, s’appuyant sur de « nombreuses notes de lecture » (sic), était en réalité destinée à une « ébauche d’adaptation cinématographique de la vie d’Hemingway ». Contentons-nous d’observer que pour une « ébauche » de scénario, elle était particulièrement aboutie -120 pages pour les seules 23 premières années du grand écrivain américain – et qu’il est pour le moins inhabituel de trouver des exergues signés Saint-Exupéry, F.Scott Fitzgerald ou Albert Londres en tête de « chapitres » d’un synopsis ! Et puis, après tout, cela ne ferait que déplacer le problème : PPDA aurait donc toujours bien plagié Griffin, mais cette fois-ci pour le cinéma… Est-ce vraiment moins grave ? 

Dans ce même communiqué, le journaliste rend hommage à son éditeur, qui aurait réagi « très loyalement ». Il peut. Car un éditeur qui « présente ses excuses » à un auteur lui ayant remis un manuscrit entaché d’un plagiat massif, c’est en effet une chose assez stupéfiante pour être notée. On ne saurait mieux illustrer la thèse du « lampiste ».  

Un dernier mot encore sur ces excuses présentées par Arthaud : n’aurait-il pas été un peu plus élégant de les présenter plutôt à la mémoire de Peter Griffin et à ses descendants ? Après tout, la vraie victime, dans cette histoire, c’est lui. 

Voir de même:

Onde de choc

PPDA au pilori après son plagiat

Basile Lemaire

 05/01/2011

Depuis que LEXPRESS.fr a révélé le plagiat d’une centaine de pages dans le dernier livre de Patrick Poivre d’Arvor, les réactions se multiplient sur le web.

  Quelques heures à peine après la publication de l’article de Jérôme Dupuis dans LEXPRESS.fr, la maison d’édition Arthaud envoyait un communiqué de presse accablant à toutes les rédactions françaises. Il y était précisé que « le texte imprimé, qui a été diffusé par erreur à la presse en décembre, était une version de travail provisoire ». Contactée par un journaliste des Inrocks.com, l’éditrice « catastrophée » n’en démord pas : « d’une certaine façon, on peut remercier l’Express de nous avoir alerté avant l’impression ». 

Seulement voilà, si le livre envoyé à la presse n’est qu’une version de travail que l’auteur n’a pas pu valider faute de temps, comment expliquer qu’un exemplaire dédicacé trône encore aujourd’hui sur le bureau de Christophe Barbier, le directeur de la rédaction de L’Express ?

On comprend facilement la panique des éditions Arthaud, tant l’information a pu être relayée en moins de 24h. « PPDA accusé de plagiat » en une du Parisien, « PPDA, une impression de déjà lu » dans Libération. Sans compter les matinales radiophoniques, les journaux télévisés et l’explosion de commentaires sur le web.

Pas de procès « Patrick Plagiat D’Arvor »

Sur le site web du Nouvel Observateur, Grégoire Leménager, dans un article à l’ironie saillante, se remémore les critiques de l’humoriste Pierre Desproges, qui évoquait à son époque le « style leucémique » de PPDA.

Jean-Marc Morandini ne se prive pas de rappeler les déboires journalistiques de l’ancien présentateur vedette de TF1. Sur son blog, il rappelle le trucage de l’interview de Fidel Castro en 1991. Entre gens de télévision, on se serre les coudes.

Les internautes de LEXPRESS.fr ne semblent pas particulièrement étonnés par la nouvelle. Ils sont nombreux à se se souvenir de « l’affaire Botton« . Une décision judiciaire datant de 1996, qui condamne Poivre pour recel d’abus de biens sociaux, à quinze mois de prison avec sursis et 200 000 francs (30 000 euros) d’amende.

De son côté, Rue89 s’est penché sur la question des conséquences juridiques de la pratique littéraire de Patrick Poivre d’Arvor. Si les éditions Gallimard ont confirmé être détentrices des droits de l’oeuvre plagiée, du moins de sa traduction, leur juriste explique que ce genre d’affaire se « règle généralement à l’amiable ». Selon elle, pas de procès « Patrick Plagiat d’Arvor » en vue.

Si l’écho médiatique de l’article de Jérôme Dupuis s’est considérablement étendu depuis mardi midi, il existe encore quelques niches dans lesquelles l’affaire n’a pas le droit de cité. A France Soir par exemple, où PPDA tient une chronique quotidienne, aucune mention n’a été faite d’une possible affaire de plagiat, que ce soit en ligne ou sur papier.

Voir enfin :

Télévision

Les grands moments de la carrière de PPDA

Pascal Melkonian, publié le 08/07/2008

Avec plus de 4500 journaux télévisés à son actif – sur Antenne 2 puis sur Tf1- PPDA est le journaliste le plus connu en France. En plus de trente ans de service, Poivre a reçu nombre de grandes personnalités du monde. Mais il a également défrayé la chronique, entachant parfois sa déontologie journalistique.

  Le plateau du JT : un passage obligé

La quasi-totalité des hommes et femmes politiques français se seront retrouvés, au moins une fois, devant PPDA au cours de leur carrière. A la tête du journal le plus visionné de France, il est devenu l’intervieweur phare des présidents de la République François Mitterrand, Jacques Chirac ou encore Nicolas Sarkozy.

Des personnalités importantes

Il s’est également entretenu avec des personnalités influentes du monde entier. Parmi les invités qu’il a rencontrés dont il est le plus fier : Mère Térésa, Jean-Paul II et le Dalaï-Lama.

L’ami des stars

Sharon Stone, Catherine Deneuve… Sur le plateau du 20 heures, PPDA a souvent reçu des stars du show-business. Des rencontres agréables pour le journaliste un brin séducteur avec les femmes.

Les faux-pas de PPDA : l’erreur Castro

L’histoire la plus fameuse est sans conteste celle de l’interview truquée de Fidel Castro. Diffusée le 16 décembre 1991, la séquence, réalisée avec Régis Faucon, se veut être un entretien exclusif, en direct,  avec le chef d’Etat cubain. En fait de scoop, il s’agit d’un montage d’une conférence de presse que le dirigeant a donné à plusieurs journalistes. Le mois suivant, le magazine Télérama épingle la supercherie; PPDA a, par la suite, rejeté la responsabilité sur son confrère à de nombreuses reprises.

PPDA, le sauveur

Un an plus tôt, PPDA avait déjà fait parler de lui. En août 1990, en pleine guerre du Golfe, le journaliste rentre de Bagdad. Dans ses bagages, il a caché un enfant irakien. Touché par le sort de Florian, 18 mois, il ramène le bébé à sa mère qui vit en France. Si le journaliste est érigé en héros à son arrivée, le coup médiatique passe mal et certaines voix s’élèvent pour critiquer ses agissements. Peu importe, PPDA retourne à Bagdad quelques jours plus tard pour interviewer Sadam Hussein, une exclusivité convoitée par de nombreuses chaînes.

Les démêlés judiciaires

En 1996, une autre affaire éclate. Cette fois, le journaliste ne doit pas s’expliquer devant ses pairs mais devant la justice. Le 10 janvier, il est condamné en appel pour recel d’abus de biens sociaux, à quinze mois de prison avec sursis et 200 000 francs (30 000 euros) d’amende dans l’affaire Botton. Au centre des accusations : PPDA a profité de cadeaux faits par Pierre Botton qui entretenait un réseau d’influences autour de son beau-père Michel Noir, alors député-maire de Lyon. Le journaliste sera suspendu d’antenne pendant près de trois mois.

Voir par ailleurs :

Pour qui sonne le plagiat? PPDA…

Grégoire Leménager
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Nouvel Obs
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Les gens sont vraiment méchants. Au prétexte que M. Patrick Poivre d’Arvor, qui signe ces jours-ci une bio d’Hemingway, a emprunté «des dizaines et des dizaines de paragraphes» à un livre publié en 1985 par l’Américain Peter Griffin en oubliant maladroitement de citer sa source, voilà que Jérôme Dupuis, sur le site de «l’Express», lui donne du « Patrick Plagiat d’Arvor ».

Plagiat. Tout de suite, les gros mots. Faut-il que ce confrère soit mal intentionné. Et tout ça parce que, dans son «Hemingway, la vie jusqu’à l’excès» (Arthaud, 414 p., 19,90 euros), PPDA reprend «la structure même» du livre consacré par Griffin aux jeunes années d’Hemingway – alors que dans sa version française publiée par Gallimard en 1989, ledit livre est épuisé depuis longtemps.

Tout ça parce qu’une «opulente chevelure auburn ramassée en chignon» devient, sous la plume du prix Interallié 2000, de «beaux cheveux auburn ramenés en chignon». Tout ça parce qu’on y retrouve, transfigurées avec le même genre de talent, «près de 100 pages qui sont directement inspirées de l’ouvrage de Griffin, sans qu’aucuns guillemets le signalent». Tout ça, enfin, parce que la bibliographie de l’ex-présentateur de TF1 compte 63 titres, mais pas le livre de Griffin. «Un ‘‘collaborateur’’ aurait-il pillé le Griffin, sans le signaler à PPDA?», va jusqu’à se demander Jérôme Dupuis.

Il faut bien se rendre à l’évidence: des jaloux sont à la manœuvre. D’ailleurs, parce qu’il a «passé un an et demi à écrire ce livre», dont le premier chapitre s’intitule «la Chute», l’homme qui a jadis interviewé Fidel Castro sans le rencontrer trouve «très désobligeant ce soupçon de plagiat».

Comme on le comprend. C’est que cela revient tout bonnement à faire l’impasse sur ses qualités proprement littéraires, heureusement saluées en leur temps par Pierre Desproges:

 « ‘‘Les Enfants de l’aube’’ nous conte l’histoire d’un adolescent leucémique qui rencontre dans un hôpital à leucémiques une jeune Anglaise leucémique. Dans un style leucémique également, l’auteur nous conte la passion brûlante et désespérée de deux êtres fragiles mais tremblants d’amour qui vont vers leur destin, la main dans la main et la zigounette dans le pilou-pilou… Je rappelle le titre : ‘‘Les Enfants de l’aube’’, par Patrick Poivre d’Arvor, chez Jean-Claude Lattès. Deux cent trois pages de romantisme décapant pour le prix d’un kilo de débouche-évier.»

Les gens sont vraiment méchants. Bonne année quand même*.

(*) L’année en question sera celle du cinquantième anniversaire de la mort d’Ernest Hemingway (1899-1961).

Voir enfin :

Plagiat: la réponse intégrale de PPDA

InfoBiblioObs

06.01.11

Alors que «L’Express» enfonce le clou, en publiant sur son site internet «trois nouvelles preuves du plagiat de PPDA», l’ex-présentateur de TF1 a adressé une lettre à l’Afp, pour s’expliquer sur la situation. BibliObs.com se l’est procurée. La voici, dans son intégralité

Je suis sidéré par ce que j’ai pu lire ou entendre depuis 48 heures. Je suis soupçonné de plagiat pour mon prochain livre, qui ne sortira en librairie que fin janvier, sur la base d’une version qui n’est pas la bonne ni la définitive, comme l’ont expliqué mardi les Editions Arthaud qui, sitôt la faute découverte, ont réagi très loyalement en la reconnaissant et en présentant leurs excuses.

Pour qui sonne le plagiat? PPDA …

Le plagiat de PPDA : une «grosse erreur technique»

[Par Jean-Marcel Bouguereau] Après l’interview mensonge, le plagiat

[Sur Teleobs.com] Plagiat de PPDA: les Guignols s’en mêlent

Ce tirage diffusé en décembre à la presse a par erreur été réalisé à partir d’une de mes versions de travail antérieures. Celle-ci comportait effectivement de nombreuses notes de lecture, dont certaines que j’avais prises en vue d’une ébauche d’adaptation cinématographique de la vie d’Hemingway.

Il y a eu très précisément onze allers et retours entre mon éditrice et moi depuis la remise de ma première version de travail à la fin de l’été. Le texte dépassait alors les 700 pages ! Mon éditrice m’a suggéré des coupes, j’ai proposé les miennes et nous sommes tous deux tombés d’accord pour estimer que les années de jeunesse d’Hemingway ne devaient pas représenter le propos essentiel du livre, davantage centré sur la mort qui le hantait et rôdait autour de lui, et sur les rapports qui me passionnent entre le journaliste et l’écrivain. J’ai en conséquence beaucoup retravaillé et réduit cette première partie de sa vie, sur laquelle Peter Griffin, qui a interrogé son fils et sa veuve, est de loin le meilleur biographe. Est-il si extraordinaire qu’il soit ma principale source pour cette courte période?

D’autant que contrairement à ce qu’ont affirmé certains, je l’ai cité dix-huit fois dans les notes figurant à la fin de la version provisoire incriminée. Cela eut été une étrange de façon de procéder si j’avais réellement voulu occulter l’existence de ce livre.

Est-ce qu’une erreur fâcheuse, assumée par l’éditeur, autorise ce déchaînement de malveillance que je constate ici ou là? Je souhaiterais simplement être jugé sur l’ouvrage définitif que je signe et assume, qui sera très bientôt disponible pour les libraires et le public, et qui m’a mobilisé pendant dix-huit mois. J’aimerais qu’on ne juge mon livre que lorsqu’il sera publié et que me soient épargnés ces pénibles procès d’intention.

Voir enfin :

Michel Drucker condamné pour un livre qu’il n’a pas écrit

[Billet du jour] PPDA ne serait-il donc pas le seul à (se) faire (aider pour) écrire ses livres? Voilà Michel Drucker condamné à indemniser Calixthe Beyala.

Le Nouvei Obs

13.01.11

Rien ne va plus, la France va de désillusion en désillusion. Pendant que «l’auteur» de «Hemingway, la vie jusqu’à l’excès», s’offusque du bruit fait autour de ses méthodes de travail, voilà que revient en boomerang une de ces histoires qui font de l’ombre aux imaginations les plus fertiles. C’est l’AFP qui nous l’apprend: «L’animateur de télévision Michel Drucker a été condamné par la cour d’appel de Paris à verser 40.000 euros à Calixthe Beyala, pour n’avoir pas rémunéré l’écrivaine qui en 2006 avait écrit un livre à sa place, selon un arrêt rendu hier.» L’actualité est vraiment réjouissante.

Le livre, on s’en souvient peut-être, n’était pas la première bio d’Hemingway venue: ce devait être, pour Albin Michel, des entretiens avec Régis Debray (oui, celui qui vient d’être élu à l’Académie Goncourt). Par quel prodige une Calixthe Beyala pouvait-elle écrire, à la place d’un Michel Drucker, des entretiens avec un Régis Debray pour une maison comme Albin Michel? La romancière du «Petit prince de Belleville» s’en était pudiquement expliquée, il y a dix-huit mois, devant la justice: «On vivait ensemble.»

L’ex-gendre idéal d’Antenne 2 lui avait alors promis 200.000 euros pour répondre à douze questions formulées par Debray. Il ne lui en versera finalement que 40.000, mais c’est triste quand même pour Drucker, qui avait marqué un point dans la manche précédente de ce passionnant match judiciaire: en juillet 2009, Calixthe Beyala avait été condamnée à lui verser un euro pour procédure abusive.

On ignore s’il y aura d’autres épisodes, de même qu’on ne sait pas encore si les héritiers de Peter Griffin, l’auteur plagié par Patrick Poivre d’Arvor et/ou son nègre, porteront plainte. Mais il y a bien quelque chose de pourri au royaume du PAF. Car si lon ne peut plus compter sur les gens qui écrivent à votre place, à qui se fier, franchement? Celui qui s’apprête à signer cet article de son nom est prévenu.

Grégoire Leménager

Voir enfin :

Les casseroles de PPDA

LEXPRESS.fr avec AFP

 05/01/2011

Avant la révélation du plagiat d’une biographie d’Ernest Hemingway, la réputation du journaliste Patrick Poivre d’Arvor avait déjà été entachée. Retour sur trois affaires.

  1990. Saddam Hussein, l’enfant et le garde de corps

L’image de PPDA a été troublée en juillet 1990 lorsque, après une interview de Saddam Hussein en pleine guerre du Golfe, il avait ramené de Bagdad, caché dans ses bagages, un enfant de la communauté française vivant en Irak âgé de 18 mois. Cet épisode lui vaudra la reconnaissance des parents mais surtout énormément de critiques, l’accusant d’avoir voulu faire « un coup médiatique ». Une autre affaire irakienne tache aussi la réputation du journaliste. Il s’agit d’une interview du capitaine Karim, un prétendu garde du corps de Saddam Hussein, diffusée dans l’émission Le Droit de Savoir le 23 janvier 1991. 

Extrait de l’émission publié dans Attention médias!: les médiamensonges du Golfe, manuel anti-manipulation de Michel Collon (ed. EPO): « Patrick Poivre d’Arvor: Dans la deuxième partie de l’émission, se dévoilera le fameux capitaine Karim. Il mettra le masque à bas.

– Capitaine Karim: Saddam Hussein complote pour tuer son propre peuple, avec les Etats-Unis

– Charles Villeneuve, joumaliste : Pourquoi traitez-vous Saddam Hussein d’agent des Américains?

– Capitaine Karim: C’est un agent américain, car c’est un agent américain.

– Patrick Poivre d’Arvor: Merci pour ce témoignage, en effet très éloquent.

– L’ambassadeur d’Irak téléphone en direct: Ce monsieur n’a jamais fait partie de la garde du président Saddam Hussein. Il était à Paris avant le 2 août. Il a travaillé comme attaché de presse à l’ambassade.

– Patrick Poivre d’Arvor, se tournant vers Karim : Je vous reconnais, je crois que vous y [à Bagdad] étiez le 20 août, lorsque vous m’avez fouillé. » 

Le 30 janvier 1991, Le Canard enchaîné avait demandé à PPDA s’il pouvait confirmer que le capitaine Karim était bien l’un des gardes du corps qui l’avait fouillé avant son interview avec Saddam Hussein en juillet 1990. Réponse du présentateur : « C’est lui qui me l’a dit. Il m’est impossible de dire que je l’ai reconnu. Ils se ressemblent tous et on ne fait pas attention à ceux qui nous fouillent. Je ne peux pas jurer à 100% que c’était lui, mais à 95 % ». Commentaire du Canard : « On aurait aimé que [PPDA] fasse part au téléspectateur cette petite part de doute. » 

Surtout que ce Capitaine Karim était bien un mythomane, comme l’explique Mark Hecker dans son livre La presse française et la première guerre du Golfe (L’Harmattan) : « Le portrait le plus cruel de Saddam Hussein a sans doute été dressé dans Le Nouvel Observateur lors d’une interview du capitaine Karim [paru le 20 décembre 1992]. Cet entretien de six pages n’est en fait qu’une énumération d’atrocités supposément commises par le leader irakien. Voici, à titre d’exemple, quelques exactions décrites dans cet article: « Le général a reculé, Saddam lui a tiré sept balles dans la poitrine » ; « L’officier m’a expliqué qu’on plongeait les prisonniers vivants dans le bain d’acide » ; ou encore « Il a réalisé que les deux têtes étaient posées sur deux corps décapités ». Le capitaine Karim nous est présenté comme un garde du corps repenti de Saddam Hussein. Il avait été interviewé quelques jours plus tôt par Patrick Poivre d’Arvor sur TF1. Le problème est qu’il s’est avéré par la suite que le capitaine Karim n’avait en fait jamais été garde du corps ; il ne s’agissait que d’un mythomane irakien dont certains médias s’étaient fait l’écho sans véritablement vérifier leurs sources. » 

1991. La vraie-fausse interview de Fidel Castro

En ouverture de son journal de 20 Heures du 16 décembre 1991, Patrick Poivre d’Arvor annonce qu’ « une des équipes de TF1 a interrogé [Fidel Castro] [la veille] à Cuba ». La séquence montre ensuite « PPDA » et son collègue du service étranger Régis Faucon poser des questions au leader cubain, comme s’ils étaient en tête-à-tête. 

Télérama et le journaliste Pierre Carles démontrent le mois suivant la supercherie : les deux journalistes de TF1 se sont filmés après une conférence de presse donnée le 15 décembre 1991 devant de nombreux journalistes, reprenant à leur compte des questions qu’ils n’avaient pas posées. L’interview a été remontée pour faire croire qu’ils s’entretiennent face à face avec Fidel Castro. PPDA et son collègue n’ont jamais posé de questions au leader cubain, comme l’explique Pierre Carles dans un sujet diffusé dans le Magazine du Fô présenté par Thierry Ardisson le 25 janvier 1992. 

La réaction de PPDA: « Vous pensez bien qu’il faudrait être bien nouille, outre le fait d’être sot et douteux, pour essayer de faire croire qu’une conférence de presse devant 80, 90, 100 journalistes a pu être une interview qui vous est donnée à vous », s’était défendu Poivre d’Arvor dans un documentaire diffusé en 2003 sur la chaîne Histoire. Il se défend en expliquant que Régis Faucon a réalisé le montage trop « rapidement »: « Il aurait pu le réaliser dans d’autres conditions cinq ans auparavant ou cinq ans plus tard, et on n’en aurait simplement pas parlé à l’époque; il l’a réalisé de manière très maladroite ». 

Le 19 février 2002, PPDA écrivait à L’Express : « Dans votre portrait élogieux d’Arnaud Montebourg (voir L’Express du 12 décembre 2002), vous avez cru pouvoir qualifier de truquée une interview que j’aurais réalisée de Fidel Castro. Il se trouve que j’ai bien rencontré le n° 1 cubain il y a dix ans et que nous avons diffusé cet entretien dans notre journal de 20 heures. L’année précédente, avec Régis Faucon, chef du service étranger de TF 1, nous nous étions rendus à une conférence de presse du même Fidel Castro et nous en avions gardé deux minutes diffusées le lendemain. Même si le montage, auquel je n’ai pas participé, pouvait prêter à confusion, je précisais bien dans mon lancement qu’il s’agissait d’une conférence de presse. Incident au demeurant banal dans nos métiers, mais monté quelques semaines plus tard en épingle, notamment par les amis de François Mitterrand qui n’avaient pas apprécié les sujets d’investigation, type affaire Urba, que nous traitions alors dans notre nouvelle émission, Le Droit de savoir. Me Arnaud Montebourg était de ce nombre; il a en effet créé une association, TV Carton jaune, pour attaquer TF1 dans cette affaire. Par deux fois, en première instance comme en appel, il a été débouté. Depuis, nous n’avons plus jamais entendu parler de cette association. Mais le mal a été fait. Notre probité professionnelle a été mise en question. Et, aujourd’hui encore, des journalistes, souvent de bonne foi, me ressortent ces sornettes. » 

1996. Les cadeaux de Pierre Botton

En janvier 1996, Patrick Poivre d’Arvor a été condamné en appel dans le procès Michel Noir-Pierre Botton, pour recel d’abus de biens sociaux, à 15 mois de prison avec sursis et 200 000 francs d’amende (30 000 euros). Il fut reproché au présentateur du JT d’avoir profité entre 1987 et 1992 des largesses de Pierre Botton, pour un montant total estimé à plus de 500.000 francs, afin de favoriser le passage sur TF1 de Michel Noir, député puis maire de Lyon et beau-père de Pierre Botton. Cette condamnation sera accompagnée d’une suspension d’antenne de trois mois infligée par TF1. 

2 Responses to Affaires PPDA/Drucker: Attention, une imposture peut en cacher bien d’autres (French TV stars’ master class on the tough art of copy and paste)

  1. jcdurbant dit :

    When it rains, it pours …

    Voir à nouveau L’Express:

    l’utilisation, dans une fiction, sans autorisation, de lettres d’amour réelles d’un tiers relève-t-elle bien de la contrefaçon ? (…) avec ce roman, où s’arrête la vengeance et où commence le plagiat ? Et puis, jusqu’où Agathe Borne a-t-elle joué de la notoriété de son amant journaliste-écrivain, avant de se retourner contre lui ? Il est à noter qu’à l’époque la jeune femme avait systématiquement attaqué tous les titres de la presse people évoquant sa liaison avec le célèbre présentateur.

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