We are tired of governing the country ourselves. Every dispute leads to war, and often to great loss of life, so we think it is the best thing to give up the country to you British men who no doubt will bring peace, civilization and Christianity in the country. Do for mercy’s sake please lay our request before the queen. . . . We are quite willing to abolish all our heathen customs. Kings Acqua and Bell (Letter to Gladstone, 1881)
Le drame herero reflète les horreurs dont a été entachée l’expansion coloniale européenne à la fin du XIXe siècle. Il donne aussi un avant-goût des génocides du XXe siècle. Est-il lui-même un génocide ? Non. Il ne relève pas du projet d’extermination d’un peuple, coupable du seul fait d’exister. Il se présente comme une riposte disproportionnée à un soulèvement armé. De ce genre de riposte, l’histoire européenne en est hélas tissée et les peuples africains n’ont pas été les seuls à en pâtir. Que l’on songe seulement à la répression du soulèvement vendéen par les Républicains français et au compte-rendu du général Westerman ! Si les colons allemands ont sévi contre les Hereros et laissé tranquilles les Ovambos et les Hottentots, autres peuples du Sud-Ouest africain, c’est que seuls les premiers les ont attaqués. Cela fait toute la différence entre ce massacre et les génocides ultérieurs d’Arméniens, de Juifs, de Tziganes ou encore de Tutsis. André Larané
C’est précisément en raison de la mort de l’impérialisme que nous voyons l’apparition du monde pré-moderne. Aujourd’hui, il n’y a aucune puissance coloniale qui accepte de s’atteler à cette tâche, cependant les occasions, peut-être même le besoin de colonisation, sont aussi grands qu’ils ne l’ont jamais été au XIXe siècle. (…) Le cas d’Ossama Ben Laden a maintenant démontré, pour ceux qui ne l’avait pas déjà réalisé, qu’aujourd’hui le monde entier est, potentiellement au moins, notre voisin. Robert Cooper
Haïti et la République dominicaine partagent la même île et le même environnement de base, pourtant la frontière entre les deux sociétés présente l’un des plus grands contrastes de la planète – avec des arbres et le progrès d’un côté et le déboisement, la pauvreté et la mort précoce de l’autre. David Brooks
Selon plusieurs estimations, entre 15 et 20% des habitants des camps de réfugiés sont des refugee warriors qui, entre un repas et un traitement médical repartent en guerre. (…) Grâce aux gains des négociations avec les organisations internationales, les groupes en lutte mangent et s’arment, en plus de payer leurs troupes. Linda Polman
L’avenir ne se fera pas sans nous, nous les peuples encore dominés, encore sans voix (…) La décolonisation d’ il y a cinquante ans était celle des fausses nations. Celle des vrais peuples va commencer. Son accélération ne tardera pas à dessiner de nouvelles cartes en Afrique et en Asie.Ferhat Mehenni (président en France du Gouvernement provisoire kabyle, Le siècle identitaire)
Le soutien public international détruit tout élan vers les réformes, le développement, la capacité de créer la richesse nationale et de l’exporter. Il alimente la corruption et les conflits internes et favorise le maintien de régimes pluriannuels. Dambiso Moyo
L’indépendance est un leurre, dans notre monde globalisé. L’Afrique, en particulier, souffre encore d’une dépendance au niveau mental, philosophique, économique. Nous cultivons un lien par la négative à l’Europe. Beaucoup d’Africains adoptent une posture victimaire vis-à-vis des anciens colons. On se lamente, on pleure. Nous ne sommes capables de voir en l’autre que le responsable de tous nos maux. Même ceux qui choisissent une attitude plus militante envers l’Europe, comme le président du Zimbabwe Robert Mugabe, élaborent un discours de faux courage. Ils restent profondément colonisés du point de vue politique. Nous nous construisons en fonction du Nord, pour lui montrer ce que nous sommes, pour nous affirmer face à lui. La véritable indépendance adviendra quand cet autre n’aura plus d’importance pour nous. Mia Couto
L’assistance est vraisemblablement la pire des catastrophes de la région, car elle rend possibles l’explosion démographique, les règlements de comptes interethniques, le financement de la guerre, la corruption et l’indifférence aux problèmes sociaux, notamment la précarité sanitaire. Denis-Clair Lambert
Quel récit collectif sommes-nous capables de mettre en avant qui puisse donner un sens au sacrifice de ces jeunes ? Et l’absence d’un tel récit – qui va au-delà du sens subjectif que chacun d’eux pouvait donner à l’éventualité de mourir au combat et que chacun assumait en s’engageant dans l’armée – dépossède les jeunes soldats tombés du sens de leur mort. Danièle Hervieu-Léger
Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. Eric Zemmour
Et si, à l’instar de la démocratie selon Churchill, la recolonisation était la pire des solutions… à l’exception de toutes les autres?
Offre de sinécure grassement payée dans la bureaucratie onusienne pour se débarrasser d’un président africain refusant la sanction des urnes (Cameroun), Etats faillis sous perfusion permanente (12 000 casques bleus, 3000 ONG, 30% de ses revenus pour la seule Haïti), entretien de centaines de « camps » onusiens servant accessoirement de pépinières de terroristes pour toute la région (Palestiniens), financement d’opérations de guerre sous couvert d’aide humanitaire (Libéria), paiement de millions de dollars de rançon annuels pour les nouveaux pirates barbaresques de la Corne de l’Afrique …
En ce premier anniversaire du séisme haïtien qui est aussi, coïncidence du calendrier, le 106e du massacre des Hereros, triste et tragique première préfiguration des génocides du XXe siècle …
Et en ces temps post-11 septembre d’Etats faillis, de pirates néo-barabaresques et de brigades internationales de jihadistes comme d’interminables et sanglants conflits interethniques et de frontières annoncés …
Mais également, comme en font régulièrement l’expérience nos courageux Zemmour face aux soubresauts provoqués par l’arrivée massive dans nos métropoles des descendants de nos anciens colonisés ou nos propres soldats sacrifiant dans la plus grande indifférence leurs vies aux portes de l’Empire, de paralysante tyrannie politiquement correcte …
Où, 50 ans après les indépendances africaines (et ses quelque mille milliards de dollars d’aides engloutis comme ses on ne sait où) et deux millénaires après Rome (et pour de similaires raisons de sécurité: comment maintenir à distance les barbares qui risquent de réduire à néant votre propre civilisation), le monde développé redécouvre la nécessité impériale …
Retour avec un article de Bret Stephens qui, revenant sur un épisode de l’histoire du Cameroun et même s’il oublie d’en rappeler les suites (les Allemands acceptèrent l’offre de colonisation volontaire des chefs africains en question), a le mérite de poser la question de plus en plus actuelle, pour le monde développé, de la recolonisation des Etats défaillants.
Ou plutôt celle en réalité de la reconnaissance et de la pleine acceptation de la tutelle de fait que « la communauté internationale » exerce déjà sur toute une série, du Kosovo à Haïti ou des camps palestiniens à nombre de pays africains et sans compter leurs multiples ressortissants immigrés sur nos propres sols), de véritables pupilles des nations.
Et surtout, après l’amère leçon du 11 septembre et malgré tous les catastrophiques ratés (du quasi-génocide des Hereros d’il y a un siècle au véritable accident industriel de l’Haïti d’aujourd’hui), la question de la prise de conscience à la fois de l’étendue des risques et effets pervers qu’entraine inévitablement une telle entreprise et de l’absence pure et simple d’alternatives crédibles …
Haiti, Sudan, Côte d’Ivoire: Who Cares?
Perhaps we need a new kind of colonialism.
Bret Stephens
The WSJ
January 11, 2011
Once upon a time in West Africa, two kings named Acqua and Bell made a memorable request of British Prime Minister William Gladstone.
« We are tired of governing the country ourselves, » they wrote in a letter dated Nov. 6, 1881. « Every dispute leads to war, and often to great loss of life, so we think it is the best thing to give up the country to you British men who no doubt will bring peace, civilization and Christianity in the country. Do for mercy’s sake please lay our request before the queen. . . . We are quite willing to abolish all our heathen customs. »
The kings’ offer (which Gladstone declined) makes for interesting reading as one postcolonial state—Sudan—votes this week to split in two, with uncertain consequences. Another state—Côte d’Ivoire—stands on a razor’s edge between outright dictatorship and civil war. And a third—Haiti, a de facto American colony from 1915 to 1934—has proved unable to pick itself even inches off the ground since last year’s devastating earthquake. What, if anything, does it all mean?
It means that we’ve come full circle. It means that colonialism, for which the West has spent the past five decades in nonstop atonement, was far from the worst thing to befall much of the colonized world. It means, also, that some new version of colonialism may be the best thing that could happen to at least some countries in the postcolonial world.
Take Haiti. Haiti is no longer a colony of the West, but it has long been a ward of it. Even before the earthquake, remittances and foreign aid accounted for nearly 30% of its GDP. The country is known as the « Republic of NGOs, » since some 3,000 operate in it. What good they’ve done, considering the state the country has been in for decades, is an open question. Security, to the extent there is any, is provided by some 12,000 U.N. peacekeepers.
Should more responsibility be handed over to Haitians themselves? I used to think so, and debate on this subject rages among development experts. A new consensus holds that the long-term presence of foreign aid workers is ultimately ruinous to what’s known in the jargon as « local capacity. » Probably true. Prosperity has never been built on a foundation of handouts.
But last year’s fraudulent elections are a reminder that Haitians have been as ill-served by their democracy as by their periodic dictatorships. When « Baby Doc » Duvalier was overthrown in 1986, per capita GDP was $768. In 2009, on the eve of the quake, it was $519. Nor do the troubles end there: Criminality is rampant, and Haiti ranked 177th out of 179 on Transparency International’s 2008 corruption index. These are not the depredations of greedy foreign interlopers. This is the depravity of the locals.
Put simply, Haiti has run out of excuses for its failures at the very moment the « international community » has run out of ideas about how to help.
Maybe the U.N. should be called in to take charge. But events in Côte d’Ivoire suggest otherwise.
Côte d’Ivoire used to be one of those promising African states bucking the usual trends of the continent. But then per capita GDP plummeted by about 40% in the past 40 years. More recently, the country has seen a civil war between north and south and military intervention by French troops. Now its president, Laurent Gbagbo, refuses to concede an election the U.N. insists he lost to challenger Alassane Ouattara, a former International Monetary Fund official.
Mr. Gbagbo seems in no mood to go anywhere. U.N. peacekeepers aren’t going to force him out. The State Department’s brainstorm is to entice the president to leave by offering him a high-paying job at an international organization, perhaps the U.N. itself. So here you have an administration that professes to believe in the U.N. prepared to see a senior job in that organization filled by a Third World would-be tyrant. There’s the U.N. and all its failures explained in a nutshell.
So if the U.N. can’t do the job, who will? In 1986, the Reagan administration effectively forced Baby Doc out and flew him to France, where he has lived ever since in the comfort of his ill-gotten gains. Perhaps something similar could be arranged for Mr. Gbagbo, and the people of Côte d’Ivoire will live happily ever after under governments of their own choosing.
That would be nice. But if history is any guide, it won’t happen. Postcolonial Africa has seen the future. As often as not, it looks like Zimbabwe.
The West professes to « care » about countries like Haiti, Côte d’Ivoire and—at least for as long as George Clooney is in the area—south Sudan. But « care » at the level of simple emotion is little more than a cheap vanity. The colonialists of yore may often have been bigots, but they were also, just as often, doers. Their colonies were better places than the shipwrecked countries we have today.
One day, some latter-day King Acqua will come to the West with a similar plea. If we aren’t prepared to shoulder the full burden entailed in the request, the least we can do is stop pretending we care.
Voir aussi:
12 janvier 1904
Les Hereros se révoltent… et meurent
Le 12 janvier 1904, les Hereros se révoltent contre les colons allemands qui occupent leur territoire, le Sud-Ouest africain (aujourd’hui la Namibie). Les Allemands réagissent avec une brutalité extrême et exterminent la presque totalité du peuple herero.
André Larané
Hérodote
10 janvier 2011
Un génocide ?
Le drame herero reflète les horreurs dont a été entachée l’expansion coloniale européenne à la fin du XIXe siècle. Il donne aussi un avant-goût des génocides du XXe siècle. Est-il lui-même un génocide ? Non. Il ne relève pas du projet d’extermination d’un peuple, coupable du seul fait d’exister.
Il se présente comme une risposte disproportionnée à un soulèvement armé. De ce genre de risposte, l’histoire européenne en est hélas tissée et les peuples africains n’ont pas été les seuls à en pâtir. Que l’on songe seulement à la répression du soulèvement vendéen par les Républicains français et au compte-rendu du général Westerman !
Si les colons allemands ont sévi contre les Hereros et laissé tranquilles les Ovambos et les Hottentots, autres peuples du Sud-Ouest africain, c’est que seuls les premiers les ont attaqués. Cela fait toute la différence entre ce massacre et les génocides ultérieurs d’Arméniens, de Juifs, de Tziganes ou encore de Tutsis.
Au bord de la guerre
Le Sud-Ouest africain est un territoire grand comme deux fois la France, semi-désertique et inhospitalier, bordé à l’ouest par l’océan Atlantique et au sud par le fleuve Orange. Avant l’arrivée des Européens, il est seulement habité par des groupes clairsemés.
Ce sont en premier lieu des Aborigènes à la peau cuivrée : les Hottentots et les Khoisans ou Bochimans (déformation de l’anglais Bushmen, hommes du bush). Ils comptent des tribus telles que les Sans, les Samaras ou les Namas. Ces pasteurs adaptés au climat semi-désertique descendent des populations qui habitaient le continent africain avant l’arrivée des Noirs.
Les Noirs, ou Bantous, sont également représentés dans le Sud-Ouest africain. Ils appartiennent à la tribu des Ovambos et à celle des Hereros. Dès le milieu du XIXe siècle, ils sont en relation avec des missionnaires britanniques.
Au printemps 1883, un jeune marchand allemand, Heinrich Vogelsang, aborde dans une crique du nom d’Angra Pequena. Il prend contact avec un chef local, Joseph Fredericks, et conclut avec lui l’achat des terres environnantes. C’est ainsi que le 12 mai 1883, il hisse le drapeau allemand au-dessus de la crique et télégraphie à son associé, un riche négociant du nom de Franz Lüderitz : «Territoire acheté au chef contre paiement unique».
À Berlin, l’empereur Guillaume 1er et son chancelier Otto von Bismarck suivent avec intérêt les tribulations africaines de leurs concitoyens. L’empire allemand n’a pas encore de colonies à la différence de la République française et du Royaume-Uni et ils commencent à s’en inquiéter, vu que les territoires disponibles en Afrique commencent à se faire rares.
Le 24 avril 1884, le gouvernement allemand du chancelier Bismarck informe officiellement Londres qu’il accorde sa protection à Lüderitz et Fredericks. De ce jour date la naissance de l’empire colonial allemand. Le premier gouverneur de la colonie du Sud-Ouest africain (Südwest-Afrika en allemand) est un certain Dr H. Goering, dont le fils Hermann s’illustrera d’une triste façon aux côtés d’Adolf Hitler.
Sous l’impulsion du gouverneur, les colons allemands fondent une capitale proprette, Windhoek, et développent de vastes plantations en employant les indigènes à des travaux forcés, en volant leur bétail et à l’occasion leurs femmes (d’où l’apparition, rapidement, d’une communauté métissée).
Les Hereros sont confinés dans des zones tribales et ne bénéficient pas des garanties du droit allemand.
Révolte
C’est dans ce contexte qu’éclate la révolte des Hereros. Un groupe de guerriers conduit par un certain Samuel Maharero attaque les colons du poste d’Okahandja. 123 Allemands sont massacrés en trois jours dans des conditions particulièrement horribles. Six mois plus tard, un nouveau gouverneur, le général major Lothar von Trotha, débarque dans la colonie avec un renfort de 3500 soldats. Il a mission de chasser les Hereros du territoire ou de les exterminer.
Le 11 août 1904, les troupes allemandes conduites par Lothar von Trotha encerclent 7500 Hereros et leur chef Maharero sur le plateau de Waterberg. Leurs armes puissantes ont facilement raison des assiégés. Les survivants sont chassés avec leur bétail vers le désert du Kalahari.
Le 2 octobre, un ordre du jour de Von Trota enlève aux Hereros tout espoir de retour. Cet ordre d’extermination (Vernichtungsbefehl) est ainsi rédigé : «À l’intérieur de la frontière allemande, tout Herero, avec ou sans fusil, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n’accepte plus ni femme ni enfant, je les renvoie à leur peuple ou fais tirer sur eux. Telles sont mes paroles au peuple herero. Le grand général du puissant empereur. Von Trotha».
À Berlin, le chef d’état-major allemand, le comte Alfred von Schlieffen, peut écrire : «L’aride désert Omeheke finira ce que l’armée allemande a commencé : l’extermination de la nation Herero».
Le 11 décembre de la même année, le chancelier allemand Bülow ordonne d’enfermer les Hereros survivants dans des camps de travail forcé et peu après, les dernières terres indigènes sont confisquées et mises à la disposition des colons allemands.
Dans les trois années qui suivent, des dizaines de milliers de Hereros succombent à la répression, aux combats, à la famine et aux camps. De près d’une centaine de milliers, leur population tombe à 15.000.
Du Sud-Ouest africain à la Namibie
Conséquence de cette tragédie, les Hereros sont aujourd’hui dépassés en nombre par les Ovambos dans la Namibie moderne (nouveau nom du Sud-Ouest africain).
Placé par l’ONU sous mandat sud-africain en 1945, le territoire est devenu indépendant en novembre 1989.
Même chose avec le Sud Soudan ou plus d’un million de Chrétiens et plus d’un million d’animistes ont été massacrés par les Arabes du nord. Ce déséquilibre nouveau va jouer sur l’existence du nouvel État.
Même chose avec l’immigration de 25 % de musulmans en Côte d’Ivoire qui ont permis l’élection du candidat musulman (modéré comme il se doit).
Enfin, en Europe, sans une forte présence musulmane, les partis socialistes ou de gauche contrôleraient beaucoup moins le pouvoir national ou local
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