Epuration religieuse au Moyen-Orient: Non, l’islam n’a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu qui tuent (Looking back at the West’s fundamental misunderstanding of Islam)

Mahomet: contre-enquête (René Marchand, 2006)Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre … Jésus (Jean 8: 7)
Celui qui change de religion, tuez-le. Mahomet
La religion, la tradition, l’histoire du monde musulman montre qu’il a toujours toléré, parfois même accueilli et protégé ceux que le Coran lui-même appelle les « gens du livre ». Faut-il rappeler que ce monde musulman a accueilli et protégé les juifs et les marranes qui fuyaient une Europe sur laquelle s’étendait l’ombre redoutable de l’Inquisition. Moins loin de nous, il n’est pas inutile d’évoquer, surtout dans les circonstances actuelles, le geste plein de noblesse de l’émir Abdelkader volant au secours des chrétiens maronites de Damas.  (…) L’Islam n’a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu qui tuent aussi bien des chrétiens que des juifs, des sunnites que des chiites. Le terrorisme fondamentaliste tue aussi des musulmans. Nicolas Sarkozy
Le grand paradoxe, c’est qu’un évangéliste comme Bush a liquidé les évangéliques du Proche-Orient. Régis Debray
Dans la représentation d’un corps étranger qui ne serait pas intégrable en France, les Musulmans ont tout simplement remplacé les Juifs. Jean-Marie Le Pen était antisémite, Marine est islamophobe, il n’y a pas rupture mais continuum. On ressort aujourd’hui, sur les Musulmans, le même type d’arguments que l’on réservait aux Juifs dans les années 30. Ils ne sont pas comme nous, ils font peser un danger sur la République. Ils ont un plan secret pour imposer leur loi. Leur religion est incompatible avec notre société. Ils ne seront jamais français et resteront étrangers, et ce, quelle que soit la mention figurant sur leurs passeports. Dans les années 30, même s’il en avait la nationalité, un Juif n’était pas considéré comme tout à fait français. Aujourd’hui, cet argument est servi pour les Musulmans. Pascal Boniface
Au VIIe siècle, quand l’islam est arrivé, tout l’espace correspondant à l’Orient arabe, à la Turquie et à la péninsule arabique était habité, à l’exception des communautés juives, par des populations chrétiennes. De nos jours, sur 17 pays et 350 millions d’habitants, les chrétiens sont 14 millions. La Turquie, notamment, comptait 20% de chrétiens vers 1900; ils sont moins de 1% aujourd’hui.  (…) Les chrétiens sont porteurs de valeurs universelles, comme la gratuité, le don, l’amour et le pardon. Ils le prouvent par leurs œuvres sociales, écoles ou hôpitaux, qui sont ouvertes à tous, sans distinction de religion. (…)  C’est bien d’accueillir les blessés irakiens, commente Annie Laurent, mais la compassion n’est pas une politique. Notre crédibilité est en jeu: le monde musulman nous respectera si nous prenons la défense des chrétiens d’Orient, qui sont nos coreligionnaires. Annie Laurent
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
[C’est] le christianisme qui a permis l’émergence des sociétés laïques. Luc Ferry
Quand Stephane Guillon enfile un préservatif sur une statuette de Benoit XVI, j’ai envie de lui dire ‘fais donc ça avec une statuette de Mahomet, tu verras la différence… Luc Ferry
Pendant des siècles, jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident, il y a deux cents ans, l’Islam tout entier a été un totalitarisme. L’islam comme système, tel qu’on le voit fonctionner au long des siècles tant qu’il est maître de son destin, ne distingue pas le politique et le religieux, mais il ne distingue pas plus le profane et le sacré. Il ne reconnaît pas la moindre sphère privée aux individus. Il interdit la conversion à une autre confession sous peine de mort. En outre, aucune civilisation n’est allée aussi loin dans le contrôle sur l’individu… L’islam fait de la guerre contre les non-Musulmans un devoir de piété. Le Coran lui-même est un chant de guerre : il tombe, à l’évidence, sous le coup des lois actuelles réprimant l’incitation à la haine pour raisons ethniques ou religieuses. (Les appels au pardon ou à la “tolérance”, qui existent aussi dans le Coran, ne concernent que les Musulmans entre eux, jamais les non-Musulmans.) Dans toute l’histoire de l’islam, les non-Musulmans sont à anéantir ou à réduire à un état juridique de sous-homme – un statut défini uniquement par les Musulmans… Tous les musulmans sont et ne peuvent qu’être fondamentalistes. Qualifier seulement ceux que nous nommons islamistes de fondamentalistes est une erreur. Un musulman ne peut qu’être fondamentaliste. S’il cessait d’être fondamentaliste, il cesserait d’être musulman.” René Marchand
L’islam n’est pas une religion, selon nos définitions (il faudrait que l’islam reconnaisse l’existence d’une sphère privée de l’individu, la liberté de conscience, etc.) (…) D’après le président du Conseil français du culte musulman lui-même, l’islam est, certes, une religion mais également un droit, une culture, une civilisation, une identité (qui, par parenthèse, a prévalence sur toute autre et dont on ne sort qu’au prix de sa vie). Considérer l’islam comme une religion, c’est fausser et réduire l’islam. C’est une vision ethnocentriste. Nous bricolons l’analyse d’une civilisation avec des signifiants empruntés à une autre. En ce qui nous concerne, c’est même une attitude de dominant, de colonialiste : nous avons toujours cru tout savoir des Musulmans, que nous avions vaincus. Définir l’islam comme une religion, c’est aussi tomber dans le piège de nos pires ennemis, c’est, en vertu de nos principes de tolérance, de liberté de pensée… – qui, par parenthèse, n’ont pas cours en islam – nous interdire d’examiner l’islam avec un œil critique.
Pour commencer, en France, il faut affirmer que l’islam ne relève pas de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat (il suffit de lire la loi). A ce propos : il ne peut y avoir en France d’enseignement privé musulman (ou alors il faudrait envisager un enseignement privé socialiste, communiste ou UMP). Il y a énormément à dire, notamment au sujet de la diaspora musulmane (phénomène nouveau, qui n’a pas plus de quelques décennies), de la guerre subversive de colonisation de l’Europe qui est conduite par des ennemis qui nous connaissent parfaitement et dont nous ignorons tout (nous « croyons savoir », ce qui est pire que d’ignorer)… Il faudrait insister sur le fait que cette guerre est quasiment masquée par la guerre ouverte, très « télévisuelle », celle des attentats, mais qu’elle est autrement redoutable sur le long terme.  René Marchand
Un Français clerc ou laïc sans culture orientale abordera l’islam, en effet, comme une religion : une façon de se relier au mystère des origines et à celui des fins dernières de l’homme, qui relève dans la doctrine républicaine des ressorts du “libre arbitre“ et appartient au domaine de la “sphère privée”… Si ce Français est journaliste ou politicien, donc convaincu que “toutes les religions se valent” et que l’Etat doit les traiter sur un pied d’égalité, la martingale du contre-sens intégral est bouclée : l’islam sera considéré en toute bonne foi comme socialement et politiquement aussi “neutre” que le catholicisme contemporain. Dans cette perspective fermée au sens, la République peut donc légitimement créer des aumôneries d’imams dans les centres de détention, autoriser l’ouverture d’écoles coraniques et donner (voire financer) des lieux de culte pour tous nos musulmans ! Si ce Français enfin est historien, philosophe, géopoliticien, il décrira l’islam comme une entité politique d’un genre particulier, pluri-éthnique, transnationale et transcontinentale, comparable en bien des points à l’empire que Staline avait fondé dans les années cinquante autour du Parti Communiste d’Union Soviétique : un empire guerrier, sans foi ni loi, totalitaire avec ses sujets, esclavagiste avec les autres, et toujours conquérant… (…) Dix siècles exactement séparent nos mentalités. Religion, culture, droit positif, civilisation, empire, l’islam minusculaire des “cinq pilliers de la foi” ou l’Islam majusculaire des conquêtes arabo-musulmanes revendique de façon légitime toutes ces dimensions, comme ce fut le cas du christianisme en France, de Clovis à Napoléon III. Traiter de l’une en oubliant les autres, c’est s’assurer d’avance de n’y comprendre rien. Hugues Kéraly
L’idée que la religion relève de la “sphère privée” des seules consciences individuelles fait partie de la dogmatique du relativisme et de l’agnosticisme “libéral”, qui permet d’aplanir et cherche à neutraliser toutes les croyances dans le même panier, en les déchargeant aussi de toute responsabilité civique et politique dans l’action pour le bien commun de la Cité. Nous ne la partageons aucunement. [Il faut] dénoncer l’erreur de perspective qui nous fait considérer l’islam comme une “religion” où le spirituel et le politique appartiendraient comme dans le christianisme à deux ordres distincts. L’islam est une théocratie totalitaire qui ne laisse aucune place à la liberté dans la relation du croyant (le “soumis”) avec Dieu. Seul le christianisme établit une relation entre la personne humaine et la personne divine, et dit sa foi à la première personne du singulier : Credo, “je” crois. L’idée si fortement chrétienne que l’homme puisse partager une liberté quelconque avec son créateur dans le destin du monde, qu’il doive mobiliser sur terre son intelligence et sa liberté pour servir son prochain et faire retour après cette vie à la Divinité, cette conviction mystique n’a aucun sens aux yeux des croyants de l’Islam, toutes obédiences confondues. Elle constitue même pour eux une impiété considérable, comme insulte à la transcendance et à l’omnipotence d’Allah. Hugues Kéraly
Pour trouver des solutions afin d’enrayer l’exode qui risque de voir à terme le berceau du christianisme se transformer en champ de pierres mortes, faute de fidèles. La situation dramatique en Irak a été à l’origine de la convocation de ce synode. Il y avait urgence. En sept ans, ce pays a perdu plus de la moitié de ses chrétiens : leur nombre est passé d’environ un million à 400 000 personnes. Les violences qu’ils subissent résultent de l’impuissance de l’État à assurer la sécurité de tous ses citoyens et de la confusion que font souvent les musulmans entre christianisme et Occident. Pour protester contre la politique des grandes puissances, ces musulmans font de leurs compatriotes chrétiens des boucs émissaires. (…) Le synode a mis en évidence la situation très difficile que connaissent les centaines de milliers de chrétiens immigrés dans les pays de la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Yémen…) où ils sont exploités, privés de nombreux droits, dont la pratique cultuelle. En Arabie Saoudite, ils ne peuvent même pas être enterrés, sous peine de souiller la terre de l’islam ! Ces traitements sont d’autant plus injustes que ces travailleurs contribuent à la prospérité des pays concernés. Au-delà des violences physiques ou morales, les chrétiens de tous ces pays vivent dans une angoisse existentielle sans précédent. Annie Laurent

Qui parmi nous arrive à s’imaginer un temps où notre Qu’un sang impur national avait encore un sens?

Changement de religion puni de mort, condamnation à mort pour avoir bu dans le verre de sa voisine musulmane, construction interdite voire destruction d’églises, destruction systématique de bibles, refus d’inhumation de chrétiens en «terre d’islam » pour cause d’impureté …

A l’heure où l’épuration ethnico-religieuse, quasiment réussie en Turquie au siècle dernier, est sur le point de transformer, sous nos yeux faute de fidèles, « le berceau du christianisme«  en « champ de pierres mortes » …

Et où après des décennies de silence complice, nos dirigeants se voient enfin contraints de l’évoquer …

Petite remise des pendules à l’heure avec quelques évidences que seul un essayiste comme René Marchand peut encore se permettre d’écrire.

Pour ceux qui comme notre président Sarkozy ou nos antiaméricains et anti-israéliens patentés à la Régis Debray ou à la Pascal Boniface n’arrivent toujours pas à comprendre ou se refusent à dire …

Que pour une bonne partie du monde l’islam n’est tout simplement pas une religion, au moins au sens occidental du terme.

Et que son texte de référence, le Coran, est même un véritable « chant de guerre »

René Marchand: entretien exclusif

Enki40

Occidentalis

18 avril 2007

Nous tenons à remercier chaleureusement monsieur René Marchand pour nous avoir accordé cet entretien exclusif. Il est bon de signaler que la deuxième édition (en un an !) de ce livre est pratiquement épuisée et qu’une troisième est sous presse et ce sans le concours d’aucun grand média. Un signe non seulement de la très grande qualité de cette enquête mais aussi esperons-le d’un frémissement de l’opinion sur cette vérité occultée : Mahomet.

Occidentalis : Pourquoi une nouvelle biographie de Mahomet alors qu’on trouve sur les rayons des librairies plusieurs volumes consacrés au prophète de l’islam ?

René Marchand : Aucune des biographies proposées au grand public n’est satisfaisante.

On peut les classer en deux groupes :

– La plupart des ouvrages reprennent les grandes lignes de la tradition musulmane, avec parfois, lorsque les auteurs sont des Occidentaux, quelques ajouts mineurs empruntés aux études des orientalistes. Un des traits communs à ces livres, écrits dans les dernières décennies, est qu’ils édulcorent ou même parfois suppriment purement et simplement certains épisodes de la vie de Mahomet qui sont peu compatibles avec la figure de saint homme que la pensée dominante aujourd’hui veut imposer en Occident. Par exemple, le massacre, en 627, de 600 à 900 hommes d’une tribu juive de Médine – le prophète se réservant la veuve d’un supplicié pour son plaisir de lit – est traité comme un épisode sans grande importance, ou même totalement censuré, ignoré (alors que la tradition musulmane classique, bien loin de minimiser le fait, le range parmi les « campagnes » glorieuses du fondateur de l’islam). La dernière biographie parue dans ce genre sans valeur historique, du très connu Tariq Ramadan, n’est ni plus ni moins qu’une arme de propagande dans une guerre subversive contre l’Occident.

– Deux ouvrages signés de grands érudits, qui ont écrit dans les années cinquante du siècle dernier, méritent davantage de considération. Cependant, je me suis rendu compte que, alors que les orientalistes du XIXe siècle et du début du XXe faisaient preuve d’une grande liberté d’esprit vis-à-vis de l’islam, leurs successeurs, à partir de la fin de la Première Guerre mondiale, se laissent contaminer par les modes de penser du temps : la mauvaise conscience coloniale d’une part, le marxisme, qui submerge l’université, d’autre part. L’un des deux savants dont je vous parle écrit, en préface à sa biographie de Mahomet : « Je me suis imposé de ne rien déclarer qui puisse être en contradiction avec l’une ou l’autre des doctrines fondamentales de l’Islam. » (Texto !) L’autre explique l’émergence de l’islam par un « grand besoin de l’époque ». «Les voies étaient ouvertes à l’homme de génie qui saurait mieux qu’un autre y répondre. » Bref, pour lui, l’Arabie du VIIe siècle était dans l’attente de Mahomet comme l’Occident capitaliste souhaitait se livrer à un dictateur marxiste au milieu du XXe siècle.

Depuis une vingtaine d’années, des érudits, notamment en France, se délivrent de ces déviances de la pensée. Malheureusement, leurs livres sont souvent peu accessibles au lecteur non spécialisé et ils sont peu nombreux, car la corporation des grands orientalistes est en voie de disparition (dans notre pays, sans aucun doute à cause de l’anéantissement programmé des humanités dans le secondaire, qui ne fournit plus le vivier où se recrutaient ces chercheurs).

Occidentalis : Vous avez donc mené une contre-enquête sur ces livres qui sont disponibles en libraire et forgent l’idée que nos contemporains se font de Mahomet. Mais vous avez poussé plus loin vos investigations.

René Marchand : Il est connu de tous les spécialistes que, entre le IXe et le XIe siècle, les califes abbassides ont créé et imposé une « orthodoxie musulmane », l’islam étant le seul facteur d’unité dans leur immense empire, qui se fracturait de partout. Ils ont

a) imposé une version unique du Coran,

b) fait « épurer », selon leurs vues et au mieux de leurs intérêts, les hadîth (les faits et dits du Prophète et de ses Compagnons),

c) fait écrire des biographies « officielles » du Prophète.

Ils ont réussi pleinement dans leur œuvre de désinformation : aujourd’hui encore, la « tradition » musulmane recomposée par les Abbassides n’est aucunement mise en doute comme vérité historique en terre d’islam (les pouvoirs politico-religieux ne le permettraient pas).

Cette tradition a été sérieusement corrigée en deux siècles par des orientalistes européens. Toutefois, bien des découvertes des érudits n’ont pas atteint le grand public, même en Europe. D’autre part, beaucoup de ces savants ont fait preuve d’une certaine… naïveté. La naïveté d’hommes de cabinet face à un grand fauve de l’Histoire. Mahomet devient souvent, sous leur plume, une sorte de missionnaire presque bonasse.

D’autre part, sans doute parce qu’ils ont accordé trop d’importance à la littérature et pas assez aux faits bruts, ils ont une vision du monde antéislamique qui me semble biaisée.

En particulier, ils ont confondu les riches aristocrates mekkois, détenteurs du monopole sur un tronçon incontournable de la plus grande route commerciale du monde (la route qui relie les empires byzantin et persan à l’Inde et à la Chine) avec les bédouins illettrés et misérables des grands déserts que leur décrivaient des poèmes (lesquels étaient souvent des faux, postérieurs de plusieurs siècles). Ils ont vu les hommes des cités-Etats du Hedjaz, qu’on peut comparer aux riches et puissants Arabes de Palmyre ou de Pétra, comme des « indigènes », des « natives »– et là ils sont les enfants de leur temps, colonialiste – quasiment aussi « primitifs » que les pygmées ou les bantous qu’étudiaient certains de leurs collègues.

Occidentalis : Vous avez aussi lu avec beaucoup d’attention les sources premières, arabes et persanes.

René Marchand : Reprenant les biographies commandées par les Abbassides, j’ai constaté que les plumitifs chargés de ce travail de désinformation avaient laissé passer beaucoup de faits qui, à y regarder de près, « ne collaient pas » avec l’image souhaitée par leurs commanditaires. Non pas les actes de violence, bien admis : par exemple, les meurtres individuels et les massacres entrent, j’y ai fait allusion, dans les campagnes du Prophète comme des titres de gloire et ils ne sont nullement cachés. Mais d’autres faits, plus subtils : j’ai remarqué en particulier que le principal biographe, Tabari, avait laissé subsister bien des incohérences, comme s’il adressait des clins d’œil à des lecteurs attentifs. Mon opinion personnelle est que ce Persan, au demeurant très cultivé et excellent conteur, ne portait pas dans son cœur les Arabes, ces « mangeurs de lézards », qui avaient détruit la civilisation de ses ancêtres et qu’il s’est joué parfois des tyrans qui le payaient pour faire œuvre de propagande…

Occidentalis : Par exemple ?

René Marchand : L’Hégire, évènement à partir duquel l’Islam a établi son calendrier : en 622, Mahomet et les premiers musulmans quittent La Mekke pour s’établir à Médine.

D’après la tradition musulmane, Mahomet est appelé à Médine par les principaux chefs arabes pour y être une sorte d’arbitre suprême. Ce recours à un homme discrédité selon les codes arabes (il a été chassé de son clan trois ans plus tôt) est déjà peu vraisemblable (au point que beaucoup d’orientalistes, il y a cinquante ans, penchaient pour attribuer la responsabilité du fait aux tribus juives de l’oasis !) Mais Tabari nous dit que, pendant les mois qui suivent l’arrivée à Médine, Mahomet et les siens crèvent littéralement de faim, au point que le Prophète est obligé de monter plusieurs expéditions pour piller des caravanes. Contradiction : ou bien il est le numéro un de la cité, et les lécheurs de babouches ne manqueront pas de lui faire des présents, ou bien il n’est rien qu’un réfugié – ce que je crois.

Occidentalis : S’il arrive à Médine comme simple immigré, comment expliquer son ascension ?

René Marchand : Par la violence, par des actes qui contreviennent totalement au code des Arabes de ce temps.

Tant qu’il prêche pacifiquement à La Mekke, entre 610 et 622, Mahomet ne rassemble pas autour de lui plus d’une soixantaine de disciples. C’est ce petit groupe, très soudé, qui sera à la base de son succès. Quand il arrive à Médine, la cité est à prendre. C’est la plus grosse oasis agricole d’Arabie, sur la grand-route mondiale. Elle a été victime d’une immigration-invasion au cours des soixante-dix dernières années. Fondée par des juifs et habitée uniquement par des juifs, elle a accueilli des Arabes yéménites qui, au tournant du siècle, se sont emparés du pouvoir politique. Depuis lors, factions juives et factions arabes se déchirent. Mahomet, qui a, nous dit Tabari, impérativement besoin de moyens de subsistance, a le front de faire attaquer une petite caravane pendant la trêve religieuse. Immense sacrilège ! Immense scandale ! Mahomet se tient coi pendant un mois… Et rien ne se passe : aucun groupe médinois ne réagit, parce qu’aucun groupe n’est en mesure de réagir face à la violence hors normes d’une petite bande bien soudée. Quelque chose de décisif s’est produit à ce moment-là, comme un facteur déclenchant, la mise en route d’une mécanique que rien n’arrêtera.

Deux mois plus tard, les Musulmans, auxquels se sont joints des Médinois attirés par les perspectives de butin, attaquent une grosse caravane mekkoise qui circule sans gardes – et le butin, cette fois très important, assure de nouveaux recrutements. Peu après, le Prophète fait éliminer des opposants par des meurtres terroristes (une femme poétesse est assassinée au milieu de ses enfants alors qu’elle allaite son dernier né : si ce n’est pas du terrorisme…). La mécanique « violence plus butin égalent expansion » tourne désormais à plein régime sous la direction d’un homme convaincu de sa mission d’envoyé de Dieu, de surcroît très intelligent et qui sait s’entourer. Mahomet dépouille, chasse ou massacre les juifs ; il devient le maître absolu de Médine, passe des accords avec les tribus bédouines, toujours friandes de pillage, asphyxie le commerce de La Mekke, enfin rallie les chefs mekkois qui, ne pouvant se débarrasser de lui, préfèrent se mettre à son service pour, un jour, recueillir son héritage – et c’est ce qui se produira. Par un jeu subtil de conquêtes, de féodalisations, d’alliances, il étend en quelques années sa domination à la quasi-totalité de l’Arabie.

A sa mort, en 632, toutes les zones sous contrôle des Musulmans, y compris La Mekke, se révoltent. Et ce sont les chefs mekkois ralliés de la dernière heure qui répriment la révolte dans le sang et sauvent l’héritage à leur profit. Moins de trente ans plus tard, les descendants du principal collabo mekkois fondera, au mépris de toutes les traditions arabes qui récusaient le principe héréditaire, la première dynastie musulmane, celle des Omeyyades.

Occidentalis : Votre livre renouvelle les connaissances en beaucoup de points. Vous prétendez notamment que Mahomet ne fut pas persécuté à La Mekke.

René Marchand : Nuançons… Il n’était certainement pas bien vu des notables, puisque sa prédication portait atteinte au statut de la cité, capitale d’une religion polythéiste. Mais la tradition elle-même ne parle guère que de brimades ou de sanctions juridiques quand la même tradition nous présente les chefs mekkois sous les traits de caractère les plus noirs. Or, à ma connaissance, personne, parmi les orientalistes même, n’a fait une remarque de bon sens : il n’a pas été tué, alors que lui-même, dès qu’il aura un peu de pouvoir à Médine, fera tuer à tour de bras. Il n’a pas été tué parce que, avec les dizaines de membres de sa secte, il ne paraissait pas très dangereux aux riches et puissants doges de la cité-Etat.

Occidentalis : Votre livre s’ouvre par un chapitre intitulé : Un des maîtres du monde contemporain…

René Marchand : On ne peut rien comprendre aux problèmes que l’islam contemporain pose au reste du monde si on ne se réfère pas aux années de naissance de cette civilisation.

L’islam s’est fondé sur trois matériaux, qui constituent ce que les érudits appellent son « donné scripturaire » :

– le Coran, parole de Dieu, incréé, éternel comme Lui, valable au mot près pour tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux,

– les faits et dits du Prophète et de ses premiers compagnons (hadîth),

– les biographies du Prophète

Je vous ai dit que ces écrits ont été beaucoup « travaillés » sous les Abbassides, mais que, aujourd’hui, les Musulmans ne mettent pas en doute leur authenticité et les pouvoirs politiques et religieux ne permettent pas de les contester. L’islam, ce sont ces trois sources, plus leur développement, qui va donner la Loi (la sharî‘a), laquelle sera déclarée complète et définitive au XIe siècle (« les portes du raisonnement personnel sont fermées »).

Pour se constituer et tout au long de son histoire, l’islam s’est toujours référé à un principe : la sunna. Un principe arabe qui fonde le légal sur le précédent : une chose est juste ou légale parce qu’elle a été considérée comme telle dans le passé. Une notion très importante et qui est à l’opposé de toutes nos conceptions. (Arrêtez-vous un instant que le fait que, dans toutes les variétés d’islam, la grande faute a toujours été l’innovation – bid‘a –.)

Allons plus loin pour voir les différences entre la civilisation islamique et la nôtre. Arrêtons-nous sur ces trois caractéristiques :

a) Des faits historiques, qui se sont produits au temps de nos Mérovingiens, ont été, par la sunna, élevés au rang de modèles, de paradigmes métahistoriques comme disent les historiens des civilisations. Plus : ils sont devenus des articles de la Loi, des obligations ou des interdictions, valables définitivement, non révisables non amendables.

b) La Loi a compétence dans tous les domaines évoqués dans les textes sources, c’est-à-dire tous les domaines de la vie humaine, de la manière de se vêtir jusqu’aux relations sexuelles.

c) Le tout étant justifié à jamais et pour tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux par un absolu : l’ordre (au sens de commandement et d’organisation) du Divin

Occidentalis : Vous parlez donc de totalitarisme.

René Marchand : Pendant des siècles, jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident, il y a deux cents ans, l’Islam tout entier a été un totalitarisme. L’islam comme système, tel qu’on le voit fonctionner au long des siècles tant qu’il est maître de son destin, ne distingue pas le politique et le religieux, comme on le fait remarquer souvent, mais il ne distingue pas plus le profane et le sacré, il ne reconnaît pas la moindre sphère privée aux individus, il interdit la conversion à une autre confession sous peine de mort…

En outre, aucune civilisation n’est allée aussi loin dans le contrôle sur l’individu.

Occidentalis : Et ce totalitarisme est expansionniste et guerrier.

René Marchand : L’islam fait de la guerre contre les non-Musulmans un devoir pieux. Le Coran est un chant de guerre : il tombe, à l’évidence, sous le coup des lois actuelles réprimant l’incitation à la haine pour raisons ethniques ou religieuses. (Les appels au pardon ou à « la tolérance », qui existent aussi dans le Livre, ne concernent que les Musulmans entre eux, jamais les non-Musulmans.) Dans toute l’histoire de l’islam, les non-Musulmans sont à anéantir ou à réduire à un état juridique de sous-homme – un statut défini uniquement par les Musulmans.

Occidentalis : Vous soulignez : Ce totalitarisme est « involutif ».

René Marchand : Toujours la sunna, qui est dans les gênes de l’islam… Les premiers temps n’ont pas seulement servi de sources pour la constitution de l’islam : ils ont toujours et partout été la seule référence pour le meilleur islam et Mahomet, « le beau modèle » en toute chose – ainsi que le définit un passage du Coran (sourate 33). En Occident, nous avons peine à concevoir que cette civilisation a, pendant quatorze siècles, aurait pris pour paradigmes des modes de comportements remontant à Dagobert (contemporain de Mahomet). Notons ce fait historique incontestable : jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident au XIXe siècle, aucune rébellion, aucun renversement de pouvoir ne s’est fait pour un éloignement de l’islam, mais toujours au nom d’un retour à l’islam des origines, censé être plus pur… et plus contraignant.

Occidentalis : D’où une grande différence entre le fondamentalisme chrétien et le fondamentalisme musulman ?

René Marchand : Des différences de nature, essentielles.

a) Tous les musulmans sont et ne peuvent qu’être fondamentalistes. Qualifier seulement ceux que nous nommons « islamistes » de fondamentalistes est une erreur. Un musulman ne peut qu’être fondamentaliste. S’il cessait d’être fondamentaliste, il cesserait d’être musulman.

b) Le fondamentalisme musulman ne vise pas à puiser l’inspiration dans les textes des origines, mais à copier, à imiter les comportements du fondateur et de ses Compagnons, d’autre part à se conformer à une Loi qui touche à tous les aspects de la vie humaine.

c) Enfin, le fondamentalisme chrétien ne concerne qu’une religion. Or l’islam n’est pas une religion, selon nos définitions (il faudrait que l’islam reconnaisse l’existence d’une sphère privée de l’individu, la liberté de conscience, etc.)

Occidentalis : Si l’islam n’est pas une religion, qu’est-il ?

René Marchand : D’après le président du Conseil français du culte musulman lui-même, l’islam est, certes, une religion mais également un droit, une culture, une civilisation, une identité (qui, par parenthèse, a prévalence sur toute autre et dont on ne sort qu’au prix de sa vie).

Considérer l’islam comme une religion, c’est fausser et réduire l’islam. C’est une vision ethnocentriste. Nous bricolons l’analyse d’une civilisation avec des signifiants empruntés à une autre. En ce qui nous concerne, c’est même une attitude de dominant, de colonialiste : nous avons toujours cru tout savoir des Musulmans, que nous avions vaincus.

Définir l’islam comme une religion, c’est aussi tomber dans le piège de nos pires ennemis, c’est, en vertu de nos principes de tolérance, de liberté de pensée… – qui, par parenthèse, n’ont pas cours en islam – nous interdire d’examiner l’islam avec un œil critique.

Occidentalis : Cette remarque est importante. Selon vous, des conclusions politiques sont à tirer du fait que l’islam n’est pas seulement une religion ?

René Marchand : Bien sûr. L’islam-religion est le cheval de Troie introduit dans nos civilisations par les Musulmans qui ont décidé de repartir à la conquête de l’Europe, cette fois par la voie de la subversion et de l’invasion-colonisation.

Les politiques européens doivent définir un statut de l’islam dans nos pays qui tienne compte de la réalité pleine et entière de l’islam, et non d’une définition sans réalité… et utilisée par nos ennemis.

Pour commencer, en France, il faut affirmer que l’islam ne relève pas de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat (il suffit de lire la loi). A ce propos : il ne peut y avoir en France d’enseignement privé musulman (ou alors il faudrait envisager un enseignement privé socialiste, communiste ou UMP). Il y a énormément à dire, notamment au sujet de la diaspora musulmane (phénomène nouveau, qui n’a pas plus de quelques décennies), de la guerre subversive de colonisation de l’Europe qui est conduite par des ennemis qui nous connaissent parfaitement et dont nous ignorons tout (nous « croyons savoir », ce qui est pire que d’ignorer)… Il faudrait insister sur le fait que cette guerre est quasiment masquée par la guerre ouverte, très « télévisuelle », celle des attentats, mais qu’elle est autrement redoutable sur le long terme. Je vous renvoie à mon dernier chapitre : Et maintenant ?…

Occidentalis : Le « totalitarisme involutif » explique, selon vous, le succès des islamistes.

René Marchand : Les « islamistes » ne font qu’un retour aux constantes de l’histoire des Musulmans après la parenthèse de la colonisation. Ils trouvent immédiatement des échos dans la mémoire collective, notamment en évoquant les grandes défaites infligés à la Chrétienté pendant les « Siècles d’or » de l’islam. Ils restaurent une identité malmenée par l’impérialisme occidental, que tous les Musulmans récusent et ils rétablissent une fierté d’appartenance affaiblie depuis deux siècles. En face de cette force déferlante qui recrute sans cesse, aucun parti ne s’est vraiment constitué depuis l’échec (ou la destruction : cf. l’Iraq) des nationalismes plus ou moins laïcistes issus des idées occidentales et, surtout, aucune doctrine de la réforme n’a été élaborée. Les seuls réformistes qui s’expriment ouvertement le font en Europe, en alignant des banalités ou des contrevérités. Leur audience en terre d’islam est nulle. Certains sont des parasites ; il faut se demander combien parmi eux sont des taupes qui visent à désarmer l’Occident en présentant l’image d’un islam « près de », « sur le point de » devenir démocratique et pacifique.

Mahomet, prophète profondément convaincu de sa mission, mais chef de guerre, massacreur, terroriste, demeure « le beau modèle » pour un masse de un milliard deux cent millions d’hommes en explosion démographique. C’est dire l’intérêt que nous avons, nous les non-Musulmans de toutes les parties du monde à mieux

 Voir aussi:

Ne concevoir l’islam que comme une religion est un piège mortel pour les Européens

René Marchand

lundi 13 septembre 2010

Riposte laïque

 (…)

L’islam, défini seulement comme une « religion » : un piège mortel

L’ignorance pousse toujours les peuples à plaquer sur des phénomènes qui leur sont étrangers leurs propres concepts, leur propre grille d’analyse : c’est l’erreur d’ethnocentrisme. C’est ce que nous, Européens, avons fait et continuons à faire avec l’islam, et avec d’autant plus d’aveuglement que nous sommes « ignorants de notre ignorance » : nous croyons bien connaître cette civilisation qui nous est contiguë depuis toujours, que nous avons vaincue au cours des derniers siècles, qui est présente maintenant sur notre sol…

Ainsi, nous définissons l’islam comme une « religion » sans plus de précision. En notre siècle, en Europe, le mot « religion », recouvre un culte, des rites, une tradition…, mais, d’abord et avant tout, une foi, c’est-à-dire quelque chose qui relève de la sphère privée, du droit qu’a chacun chez nous de penser ce qu’il veut et de croire à ce qu’il veut. Et nous tombons dans un piège.

En proférant : « l’islam est une religion » comme une vérité connue de tous et qui ne mérite pas de commentaires, nous nous interdisons, en conséquence, au nom de nos valeurs démocratiques et laïques, d’examiner de près sa nature, son idéologie, ses modes d’expression, ses moyens et ses fins, et, nous nous gardons d’intervenir dans les pratiques de ses fidèles.

Des Musulmans, qui, eux, nous connaissent parfaitement, jouent à fond de notre ignorance satisfaite, mais aussi de notre respect du droit de l’individu, pour réclamer la libre expansion de leur « religion » dans nos nations. L’islam « religion » est l’arme principale des promoteurs de l’islamisation de l’Europe. C’est le cheval de Troie d’un totalitarisme dans une guerre de conquête. Les mots soulignés appellent une explication.

Un totalitarisme, à fondement religieux, à l’opposé de la laïcité

L’islam est bien différent de ce que nous nommons « religion ». En première analyse, disons que c’est un ensemble insécable, à la fois identité (une identité qui a prévalence sur toute autre, à laquelle il est interdit de renoncer sous peine de mort), religion, droit, morale, civilisation, culture – selon les mots de nos langues indo-européennes qui recouvrent très imparfaitement ses composantes.

Dans l’islam, tout a un contenu religieux, tout – absolument tout – est placé sous le signe d’Allâh, en référence à son Livre (le Coran, incréé et éternel comme Allâh), à son Prophète, « le beau modèle », et aux premiers Compagnons de celui-ci…

L’islam ignore nos distinctions entre le politique et le religieux, le sacré et le profane, le droit public et le droit privé, entre le droit, la morale, les moeurs… C’est un totalitarisme, à fondement religieux, sans doute, mais certainement pas simplement une religion au sens que nous donnons, aujourd’hui, à ce mot dans nos pays.

(Gardons-nous de l’ethnocentrisme à tous égards : Le mot « totalitarisme », pour les démocrates occidentaux que nous sommes, est chargé négativement. Mais pour un homme de foi, soucieux de placer sa vie sous tous ses aspects dans la complaisance à son Dieu, il ne peut être que valorisant.)

Concernant les droits et devoirs des individus, le totalitarisme islamique est d’un extrémisme et d’une rigueur sans équivalent dans l’histoire. L’individu est pris dans un lacis d’interdictions et de devoirs pour toutes les occurrences de sa vie. D’autre part, à tout instant, il se trouve placé dans un système croisé de surveillance et de sanction confié à la fois, verticalement, à des cadres : imams, uléma, qadis… et, horizontalement, aux parents, voisins, Musulmans ordinaires.

Seule la prise en compte de ces réalités permet de poser avec pertinence la question de la compatibilité de l’islam avec les principes constitutifs de nos sociétés, en particulier, en France, au regard d’un des piliers de notre république : la laïcité.

– Au plan des concepts, un islam laïc est impensable parce que contraire aux dogmes les plus sacrés. Strictement inimaginable. Comme un cercle carré ou un triangle à quatre pointes.

– Un Musulman peut se dire laïc ; il ne l’est pas, il ne peut pas l’être. Un Musulman qui se prétend laïc est un ignorant, un naïf, un cynique ou une taupe.

– Une variété d’islam acceptant les lois et coutumes d’un pays non musulman, « rendant à César ce qui revient à César », bref, un islam respectant la laïcité dans une nation laïque est tout aussi impossible.

Sur des points aussi essentiels que la place du politique et du religieux ou la liberté de conscience, le choix est binaire : ou la laïcité ou l’islam.

– L’histoire et l’actualité nous fournissent la réponse musulmane à cette question de la compatibilité : dès qu’elle en a le pouvoir, une autorité fondée sur l’islam a toujours réduit à l’état de sujets subordonnés les non-Musulmans et leur a interdit toute propagande pour leur idéologie.

D’où l’importance du combat pour le respect de la laïcité face aux débordements de l’islam dans notre espace civilisationnel. Au demeurant, la laïcité, c’est une pierre de touche irremplaçable pour juger de la menace islamique sur nos valeurs et nos modes de vie.

Résumons : En laissant l’islam prendre ses aises sur notre territoire – avec l’espoir, vain, de le contrôler –, nos gouvernants ne font pas place à une religion de la sphère privée parmi d’autres, mais à un totalitarisme incompatible avec tout ce qui fonde notre civilisation. Et ce totalitarisme est mobilisé en permanence pour la conquête.

(…)

Voir également:

L’idée qui fausse tout…

Hugues Kéraly

novembre 2008

Sedcontra

L’idée que la religion d’un homme puisse relever de sa conscience individuelle (1) est une notion que les croyants de l’islam n’ont jamais partagée. Je ne prétends pas avoir raison seul ni encore moins contre tous en établissant donc ici une distinction essentielle au débat : l’Islam majusculaire qui désigne une civilisation historique et englobe une diaspora contemporaine ne saurait être confondu sans risques avec l’islam minusculaire qui approche (sans s’y confondre) de ce que nous désignons en Occident sous le concept de “religion”… Je soutiens seulement, avec plusieurs autres historiens, philosophes et théologiens laïcs, que rien de ce qui se passe aujourd’hui dans cette famille humaine ne peut être approché hors de cette distinction.

Tenez, un simple exemple, tout-à-fait récent : Ayaan Hirsi Ali, l’ancienne députée des Pays-Bas d’origine somalienne, est toujours condamnée à mort par les “fondamentalistes” musulmans, au titre de sa lutte la liberté de penser. Son assassinat est annoncé par la nébuleuse d’Al-Quaeda depuis le 2 novembre 2004 : sur la poitrine du cadavre ensanglanté du cinéaste Theo Van Gogh, avec qui elle avait réalisé un documentaire contre l’excision, un Justicier d’Allah avait planté cette sentence au couteau…

Lorsqu’elle est venue donner une conférence à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, en février dernier, Bernard-Henri Lévy est intervenu avec sa générosité habituelle pour sommer le Président Sarkozy d’accorder l’asile politique et la nationalité française à cette militante héroïque, en révolte contre les violences physiques et morales imposées aux femmes dans la société musulmane dont elle est issue… Il a eu autant de succès que Jean Daniel ou votre serviteur, en 1975, lorsque nous réclamions à grands cris du Président Giscard qu’il veuille bien donner suite sans délai au vœu le plus cher d’Alexandre Soljénitsyne, banni d’URSS par les autorités du Kremlin : obtenir l’asile politique à Paris, dans le pays des “droits de l’homme” où il voulait poursuivre son œuvre et achever sa vie. La réponse de l’Elysée est tombée sans appel, énergique, courageuse, immédiate : c’était non ! L’Union Soviétique passait alors pour un État “comme un autre”, indépendant, souverain, respectueux de la liberté de conscience, la France n’aurait su lui faire l’affront de penser autrement…

Dans son intervention publique à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, Bernard-Henri Lévy ajoutait, après tant d’autres, qu’il ne saurait confondre la foi proprement religieuse de l’islam avec la folie politique des meurtriers fondamentalistes : “L’huître totalitaire (?) est en train de produire ses derniers effets”, déclarait-il curieusement à cette occasion. Comme on voudrait pouvoir souscrire à cette arrangeante prophétie.

Une distinction dénuée de sens pour l’islam

Tout philosophe qu’il soit, BHL oublie simplement ici que seule une vision judéo-chrétienne des choses (la nôtre) peut faire la part entre le politique et le religieux. L’idée que la religion d’un homme relève de sa conscience individuelle – même si elle ne si limite pas – est une idée chrétienne, active en Europe depuis Philippe Le Bel, mais qu’aucun autre courant religieux n’a jamais partagée. La doctrine de la distinction entre l’Eglise et l’Etat s’est beaucoup affinée au cours des siècles, sous l’action temporelle des princes et des constitutions, sans jamais se contredire. Elle trouve son fondement dans la réponse de Jésus au plus subtil des pièges tendus par les Pharisiens : “Rendez à César ce qu’est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.” (Mt 22, 21).

Or, cette distinction n’a aucun sens pour l’islam (minusculaire), quand bien même toutes les Républiques islamiques du monde proclameraient ensemble en un acte solennel sa distinction entre politique et le religieux. Un vrai Fidèle de Mahomet ne se posera jamais de questions sur le bien-fondé des règles sociales de la Charia et des principes politiques du Coran : confusion des intérêts de l’Islam avec ceux de l’Etat, justification de l’esclavage ou de la mise à mort pour les Infidèles, négation de la liberté et de l’égalité des hommes devant Dieu… A prendre ou à laisser, qu’on le veuille ou non !

“Pendant des siècles, explique René Marchand, jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident, il y a deux cents ans, l’Islam tout entier a été un totalitarisme. L’islam comme système, tel qu’on le voit fonctionner au long des siècles tant qu’il est maître de son destin, ne distingue pas le politique et le religieux, mais il ne distingue pas plus le profane et le sacré. Il ne reconnaît pas la moindre sphère privée aux individus. Il interdit la conversion à une autre confession sous peine de mort. En outre, aucune civilisation n’est allée aussi loin dans le contrôle sur l’individu… L’islam fait de la guerre contre les non-Musulmans un devoir de piété. Le Coran lui-même est un chant de guerre : il tombe, à l’évidence, sous le coup des lois actuelles réprimant l’incitation à la haine pour raisons ethniques ou religieuses. (Les appels au pardon ou à la “tolérance”, qui existent aussi dans le Coran, ne concernent que les Musulmans entre eux, jamais les non-Musulmans.) Dans toute l’histoire de l’islam, les non-Musulmans sont à anéantir ou à réduire à un état juridique de sous-homme – un statut défini uniquement par les Musulmans… Tous les musulmans sont et ne peuvent qu’être fondamentalistes. Qualifier seulement ceux que nous nommons islamistes de fondamentalistes est une erreur. Un musulman ne peut qu’être fondamentaliste. S’il cessait d’être fondamentaliste, il cesserait d’être musulman.” (René Marchand, entretien pour la parution de son dernier ouvrage : Mahomet. Contre-enquête, Editions de l’echiquier).

Merci de nous répondre avec des arguments !

Faire abstraction cette constante historique, au motif que beaucoup de musulmans intégrés dans nos villes ont suivi le même chemin de sécularisation progressive et d’affadissement ou de rejet des dogmes que leurs frères et sœurs de confession chrétienne, ne répond en rien à la question posée…

Nous nous trompons peut-être contre Bernard Henri Lévy et Nicolas Sarkozy sur tout ou partie de cette analyse revendiquée comme incontournabe par Khomeni, Katami, Qaradawi, Boubakeur, Rushdie, Ramadan, Hirsi Ali, René Marchand et Hugues Kéraly. Mais le sort du monde occidental, et spécialement celui du bassin méditerranéen, est en jeu. Il va faloir quand même nous nous répondre avec des arguments !

(1) Sur la relégation libérale de la religion dans la “sphère privée”

L’idée que la religion relève de la “sphère privée” des seules consciences individuelles fait partie de la dogmatique du relativisme et de l’agnosticisme “libéral”, qui permet d’aplanir et cherche à neutraliser toutes les croyances dans le même panier, en les déchargeant aussi de toute responsabilité civique et politique dans l’action pour le bien commun de la Cité. Nous ne la partageons aucunement.

Le texte publié ci-dessus n’avait pour but que de dénoncer l’erreur de perspective qui nous fait considérer l’islam comme une “religion” où le spirituel et le politique appartiendraient comme dans le christianisme à deux ordres distincts. L’islam est une théocratie totalitaire qui ne laisse aucune place à la liberté dans la relation du croyant (le “soumis”) avec Dieu. Seul le christianisme établit une relation entre la personne humaine et la personne divine, et dit sa foi à la première personne du singulier : Credo, “je” crois.

L’idée si fortement chrétienne que l’homme puisse partager une liberté quelconque avec son créateur dans le destin du monde, qu’il doive mobiliser sur terre son intelligence et sa liberté pour servir son prochain et faire retour après cette vie à la Divinité, cette conviction mystique n’a aucun sens aux yeux des croyants de l’Islam, toutes obédiences confondues. Elle constitue même pour eux une impiété considérable, comme insulte à la transcendance et à l’omnipotence d’Allah.

Cela dit, le christianisme, qui distingue fortement les responsabilités du pouvoir temporel de celles du pouvoir spirituel, ne sépare aucunement l’un et l’autre au regard des obligations issues du droit naturel, accessibles aux lumières de la raison et seules capables de mobiliser les libertés individuelles en direction du bien commun. Nous y reviendrons dans un prochain dossier de sedcontra.fr

 Voir par ailleurs:

 

Allah akbar ? 

Emmanuel Barbier

Sedcontra

 nov. 2010

L’article sur la Toussaint sanglante de Bagdad, dans le dernier numéro, nous a valu d’énergiques réprimandes de plusieurs membres du clergé catholique. Ils nous reprochent d’ignorer que l’islam est d’abord “une religion de paix, d’amour et de tolérance” dans le cœur de la majorité de nos frères musulmans, idéal trahi par les terroristes islamiques qui assassinent au nom d’Allah.

Un Français clerc ou laïc sans culture orientale abordera l’islam, en effet, comme une religion : une façon de se relier au mystère des origines et à celui des fins dernières de l’homme, qui relève dans la doctrine républicaine des ressorts du “libre arbitre“ et appartient au domaine de la “sphère privée”…

Si ce Français est journaliste ou politicien, donc convaincu que “toutes les religions se valent” et que l’Etat doit les traiter sur un pied d’égalité, la martingale du contre-sens intégral est bouclée : l’islam sera considéré en toute bonne foi comme socialement et politiquement aussi “neutre” que le catholicisme contemporain. Dans cette perspective fermée au sens, la République peut donc légitimement créer des aumôneries d’imams dans les centres de détention, autoriser l’ouverture d’écoles coraniques et donner (voire financer) des lieux de culte pour tous nos musulmans !

Si ce Français est sociologue, ou spécialiste de l’histoire des peuples, il va regarder du côté des identifiants communautaires, des modes de vie, du droit familial, des traditions pédagogiques, des arts, des lettres, et nous décrire une culture radicalement distincte de celle qui caractérisait jusqu’à une date récente les idéaux et les mœurs de la Chrétienté. Bref, il va nous conduire à l’idée d’ailleurs fort juste que l’islam se considère partout dans le monde comme une grande civilisation. Bien supérieure à toutes les autres, cela va de soi.

Si ce Français enfin est historien, philosophe, géopoliticien, il décrira l’islam comme une entité politique d’un genre particulier, pluri-éthnique, transnationale et transcontinentale, comparable en bien des points à l’empire que Staline avait fondé dans les années cinquante autour du Parti Communiste d’Union Soviétique : un empire guerrier, sans foi ni loi, totalitaire avec ses sujets, esclavagiste avec les autres, et toujours conquérant…

René Marchand montre fort bien, dans La France en danger d’islam, que cet empire est entré aujourd’hui dans l’enthousiasme des Espagnols du Moyen-Age, au XIe siècle, lorsqu’ils lancèrent la Reconquista. Il a raison de s’en alarmer. Nous n’avons plus de Charles Martel, de Cid Campeador, de saint Louis, de Père de Foucauld ou de maréchal Lyautey à mettre en face. Plus de soldats chrétiens à croiser. Plus d’instituteurs, d’infirmiers, de missionnaires. Plus de pasteurs en chaire pour soutenir la cause d’une société chrétienne contre les prétentions idéologiques et politiques des autres empires et des autres religions. L’aggiornamento est passé par là. Les catholiques se taisent, quand ils ne se terrent pas. S’ils vont chaque dimanche à la messe, leur héroïsme est saturé. Dix siècles exactement séparent nos mentalités.

Religion, culture, droit positif, civilisation, empire, l’islam minusculaire des “cinq pilliers de la foi” ou l’Islam majusculaire des conquêtes arabo-musulmanes revendique de façon légitime toutes ces dimensions, comme ce fut le cas du christianisme en France, de Clovis à Napoléon III. Traiter de l’une en oubliant les autres, c’est s’assurer d’avance de n’y comprendre rien.

René Marchand a raison d’insister sur l’incompatibilité des valeurs proprement musulmanes, en terre d’Islam, avec celles de notre civilisation. Je crois cependant que nous pourrions aussi nous réjouir de ce que 95% des musulmans de France soient conquis par un modèle respectueux de la femme, des droits de la conscience individuelle et du libre arbitre en matière de religion… sans cesser de se dire musulmans !

Sommes-nous capables de les convertir au christianisme en une génération ? Dans l’état actuel des convictions militantes des familles et du clergé catholiques, la réponse est non.

Sont-ils capables de nous aider nous-mêmes à faire un bout de chemin dans la réhabilitation identitaire du catholicisme et de la société qui en est issue ? La réponse est peut-être, pourquoi pas, réfléchissons-y… Dieu souvent écrit droit avec des lignes courbes, savantes et compliquées. Comme la calligraphie arabe, vous connaissez ?

Voir de plus:

Témoignage. Le calvaire d’un musulman irakien devenu catholique

Le prix d’une conversion

Raphaëlle Desjoyaux

Valeurs actuelles

 13/05/2010

Dans un livre, Joseph Fadelle raconte les violences qu’il a subies après sa conversion au christianisme. Il vit aujourd’hui en France.

« Même à cet instant je n’y crois pas. Non ! Je ne veux pas croire que les membres de ma propre famille puissent avoir réellement l’intention de me tuer. » Joseph Fadelle est arrivé en France il y a neuf ans, comme réfugié irakien. Son vrai nom : Mohammed al-Sayyid al-Moussaoui. En Irak, ce nom ouvre les portes de l’influence, de la richesse et du pouvoir. Les Moussaoui sont une grande famille aristocrate chiite. Par son père, Mohammed peut remonter jusqu’à l’imam Ali, cousin et gendre de Mahomet. À Bagdad, les gens le saluaient et l’appelaient « Sayid Malouana », ce qui signifie “notre seigneur”. Aujourd’hui, Joseph Fadelle n’est plus qu’« un déraciné, un apatride, un clandestin ». Parce qu’il s’est converti au christianisme. « Ta maladie, c’est le Christ, et il n’y a pas de remède. Tu ne pourras jamais en guérir », lui disent ses frères.

Sa conversion date de 1987. Alors qu’il effectue son service militaire, à Bassora, il se retrouve dans la chambre d’un chrétien.

Pour lui, c’est une humiliation : « Chez moi, les chrétiens sont considérés comme des parias impurs, des moins-que-rien avec qui il faut éviter à tout prix de se mélanger. Dans le Coran que je récite chaque jour depuis ma plus tendre enfance, ce sont des hérétiques qui adorent trois dieux. » Massoud, son camarade de chambrée, l’invite simplement à relire le Coran. Cette lecture fait basculer sa vie. Il ne reconnaît pas dans ce texte le Dieu d’amour auquel il veut croire. « Le texte sacré de l’islam a perdu pour moi de sa force de conviction, au point de douter qu’il soit la parole d’Allah. » Le vrai basculement s’opère lorsque son camarade lui met la Bible entre les mains ; c’est alors qu’il se prend de passion « pour ce Jésus-Christ dont parlent les Évangiles ». Une passion qu’il vivra dans sa chair.

Car, en Irak, abjurer la religion musulmane, c’est risquer la mort. Pendant dix ans, Mohammed échappe au sort qui lui est promis en cachant sa conversion à sa famille. Avec son père et ses frères, il s’incline cinq fois par jour en direction de La Mecque, mais c’est Jésus qu’il invoque au lieu de dire Al-Fâtiha, le prologue du Coran que récitent chaque jour des millions de musulmans.

À son grand étonnement, c’est d’abord l’Église qui va le rejeter. Mohammed veut recevoir le baptême. À chaque fois, il essuie un refus. Pour les chrétiens d’Irak, un musulman qui frappe à la porte est une menace, qu’il s’agisse d’un espion ou qu’il veuille se convertir. Le prosélytisme est passible de mort : « En demandant le baptême, tu risques ta propre vie mais aussi celle des chrétiens qui auront répondu à ta demande », lui explique un prêtre. Un autre est encore plus direct : « Il n’est pas question de sacrifier un troupeau entier pour sauver une seule brebis. »

Même sous le régime présumé laïc de Saddam Hussein, les chrétiens d’Irak vivent dans un climat constant de peur et de brimades. Ils étaient plus d’un million dans les années 1980, ils seraient aujourd’hui moins de la moitié. « Cela a été douloureux de voir toutes ces portes fermées. Mais avec le recul je comprends la situation. Ils tremblent de peur. » À force de persévérance,Mohammed finit par obtenir l’autorisation de se rendre à la messe.

Quand elle apprend sa conversion, c’est sa famille qui le rejette. Plus pour une question de réputation que par vraie conviction théologique. Son père ne peut supporter la honte que représente le fait d’avoir un fils chrétien. D’autant que Mohammed, qui a neuf frères et dix soeurs, est l’héritier, « le préféré », désigné pour succéder à son père. Sa mère, elle, ne lâche que deux mots : « Tuez-le. » La plus haute autorité chiite d’Irak, l’ayatollah Mohammed Sadr, prononce la fatwa qui scelle son sort : « S’il se confirme qu’il est chrétien, alors il faudra le tuer, et Allah récompensera celui qui accomplira cette fatwa. »

En guise d’avertissement, il est enfermé dans la prison Hakimieh où sont détenus des prisonniers politiques. Il devient le numéro 318. Pendant trois mois, il y est battu et torturé : on veut qu’il donne les noms de ceux qui l’ont conduit à embrasser la foi chrétienne. Mohammed se tait. Il passera seize mois en prison. Il pesait 120 kilos en arrivant, il n’en pèse plus que 50 à sa sortie. Pendant les mois de solitude et de privations, une seule pensée le fait tenir : vivre jusqu’au baptême et à la communion.

Mais il risque sa vie en restant en Irak. Un prêtre lui conseille de quitter le territoire, avec ses deux enfants et sa femme, qui s’est elle aussi convertie. Mohammed choisit de fuir en Jordanie où il est hébergé par une famille de chrétiens. Dans la clandestinité, il est baptisé avec sa famille et change de nom. Le danger reste omniprésent ; ses frères le recherchent, le retrouvent, veulent le ramener en Irak. Devant son refus, son cousin lui tire dessus à bout portant. Mystérieusement, la balle ne l’atteint pas, tandis qu’une « voix féminine, intérieure, [lui souffle] de fuir à toute vitesse ». Il n’est touché qu’au mollet, s’effondre et se réveille dans un hôpital, sans savoir ce qu’il fait là ni comment il est encore en vie.

De nouveau condamné à l’exil pour mettre sa famille à l’abri, il obtient avec difficulté un visa pour la France. Quitter l’Orient est un déchirement, mais il n’a plus le choix : « L’islam et la société qui émane de cette religion m’auront privé de la plus élémentaire liberté. Elle seule m’aurait permis de vivre en paix sur cette terre d’Orient qui est aussi celle des chrétiens. […] Je me sens arraché à ma terre, telle une feuille d’arbre tombée par terre et balayée par les vents, piétinée. »

Une religion pour laquelle la laïcité ne signifie rien

La famille Fadelle débarque à Paris le 15 août 2001. Joseph, son épouse et ses deux enfants participent aussitôt, sur le sol français, à une procession dédiée à la Sainte Vierge. Impensable en terre musulmane. Aujourd’hui, Joseph Fadelle a obtenu la nationalité française. Il a écrit le Prix à payer pour témoigner : « Ce livre correspond à ma mission : dire le danger de l’islam », une religion désireuse d’imposer, à tous, ses dogmes et ses coutumes. Une religion pour laquelle la laïcité ne signifie rien.

Joseph Fadelle ne regrette rien. Il espère seulement être entendu par ceux qui l’ont accueilli. Et peut-être, un jour, « vivre dans un Irak où les chrétiens auront le droit de cité » : « Je veux que la société change ou, mieux, qu’elle devienne chrétienne. » Raphaëlle Desjoyaux

Le Prix à payer, de Joseph Fadelle, L’OEuvre éditions, 224 pages, 18 €.

Voir de même:

Vatican. La question des chrétiens d’Orient au cœur du dernier synode

Annie Laurent : “Les chrétiens pris pour cibles”

Frédéric Pons

Valeurs actuelles

04/11/2010

Annie Laurent était experte auprès du synode sur l’Église catholique au Moyen-Orient. Elle publie “Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ?” (éditions Salvator) et répond à nos questions.

Quels ont été les thèmes les plus forts des deux semaines de synode ? Il s’agissait d’envisager comment parvenir à une meilleure unité des catholiques ressortissants de dix-sept pays (treize États arabes, Iran, Turquie, Chypre et Israël) en vue de rendre l’Évangile plus crédible et attrayant dans cet environnement troublé par le conflit israélo-palestinien, l’islamisme, le chaos en Irak et l’intolérance turque, mais aussi par des divisions entre les chrétiens, y compris entre les catholiques.

Qu’ont dit les évêques présents ? Rejetant le concept de laïcité, inapplicable dans leur région, ils préfèrent demander au gouvernement de leur pays la mise en oeuvre d’une citoyenneté égalitaire, le respect de la dignité de la personne humaine et la garantie de la liberté religieuse. Ils revendiquent le droit de participer pleinement à la vie de leur société.

Et leur identité chrétienne ? Elle a été aussi au cœur des débats, avec la nécessité d’une formation solide des baptisés. Bien entendu, les rapports avec les orthodoxes, les protestants, les juifs et les musulmans ont été examinés. Des délégués fraternels relevant de ces religions ont été invités à s’exprimer devant l’assemblée. Le dialogue avec tous est apparu comme une nécessité vitale pour les chrétiens.

Dans quel but ? Pour trouver des solutions afin d’enrayer l’exode qui risque de voir à terme le berceau du christianisme se transformer en champ de pierres mortes, faute de fidèles.

Mais que ressort-il de ces travaux ? Ces réflexions ont été reprises dans un long message adressé par les évêques à leurs fidèles, et dans 44 propositions qui permettront à Benoît XVI de rédiger une exhortation apostolique, laquelle engagera l’Église universelle. Ce document devrait paraître dans quelques mois.

Le pape a-t-il été réellement présent ? Oui, très présent, ouvrant les séances par une prière avec l’assemblée. Nous l’avons vu très attentif à lire les textes, à écouter les interventions orales. Il n’a pris la parole que dans ses homélies, lors des messes d’ouverture et de clôture. Il ne s’est prononcé personnellement sur aucun des sujets traités. Il a aussi présidé un déjeuner festif auquel le Vatican avait convié tous les participants au synode.

Y étiez-vous ? Oui, bien sûr, avec tous les experts, environ 300 personnes.

Au bilan, quels sont les pays où les chrétiens sont les plus menacés ? La situation dramatique en Irak a été à l’origine de la convocation de ce synode. Il y avait urgence. En sept ans, ce pays a perdu plus de la moitié de ses chrétiens : leur nombre est passé d’environ un million à 400 000 personnes. Les violences qu’ils subissent résultent de l’impuissance de l’État à assurer la sécurité de tous ses citoyens et de la confusion que font souvent les musulmans entre christianisme et Occident. Pour protester contre la politique des grandes puissances, ces musulmans font de leurs compatriotes chrétiens des boucs émissaires.

Et ailleurs ? Le synode a mis en évidence la situation très difficile que connaissent les centaines de milliers de chrétiens immigrés dans les pays de la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Yémen…) où ils sont exploités, privés de nombreux droits, dont la pratique cultuelle. En Arabie Saoudite, ils ne peuvent même pas être enterrés, sous peine de souiller la terre de l’islam ! Ces traitements sont d’autant plus injustes que ces travailleurs contribuent à la prospérité des pays concernés. Au-delà des violences physiques ou morales, les chrétiens de tous ces pays vivent dans une angoisse existentielle sans précédent. L’Église veut les aider à assumer cette précarité.

Propos recueillis par Frédéric Pons

Voir aussi:

Les chrétiens, nouveaux martyrs d’Orient

Guillaume Mercey, Sébastien Juzac

Valeurs actuelles

6 novembre 2008

En Irak, la vie quotidienne des chrétiens est devenue si intenable depuis la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003, que leur nombre a diminué de moitié, passant en cinq ans de 800 000 à 400 000 âmes. Mossoul, la deuxième ville du pays (deux millions d’habitants) est l’épicentre des persécutions. C’est là que les baptisés souffrent le plus. Une dizaine d’entre eux ont été assassinés en septembre, pendant le mois du ramadan. Douze autres ont subi le même sort depuis le début d’octobre.

Les tueurs n’hésitent pas à agir à visage découvert et en plein jour. En même temps, des voitures munies de hautparleurs sillonnent la ville pour enjoindre les chrétiens de “quitter la terre de l’Islam“.Des “ordres” semblables leur sont adressés par courrier accompagné de cartouches.La panique a été telle que quelque 2 000 familles chrétiennes,sur les 4 500 résidant à Mossoul, se sont enfuies vers les localités chrétiennes de la plaine de Ninive,dans l’arrière-pays.

« Les derniers événements de Mossoul nous ont vraiment ébranlés », confie Mgr Georges Casmoussa, l’archevêque syrien-catholique de ce diocèse, invité à Paris par l’AED. Les chrétiens de sa ville ont déjà été durement éprouvés.Il y a trois ans, Mgr Casmoussa fut capturé et libéré contre le paiement d’une rançon. En mars dernier,son homologue chaldéen, Mgr Paul Rahho, a été retrouvé mort deux semaines après son enlèvement.

À ces deux dignitaires ecclésiastiques s’ajoutent bien d’autres victimes anonymes, sans oublier les pressions qui s’exercent sur les chrétiens pour qu’ils adoptent des moeurs islamiques (port obligatoire du voile pour les femmes, interdiction de la vente d’alcool, etc.). Dans le monde entier, le cycle des persécutions commence toujours de la même façon : une sourde pression sociale, des petites vexations administratives, suivies de menaces verbales, puis d’agressions physiques jusqu’aux attentats meurtriers. Le “nettoyage religieux” qui s’opère à Mossoul est drama dramatique pour les chrétiens d’Irak, parce que cette ville du Nord est un symbole fort. Voisine du site de l’antique Ninive biblique, Mossoul est, avec toute sa région, l’un des principaux points d’ancrage du christianisme mésopotamien. Selon la Tradition, l’apôtre saint Thomas y a instauré les prémisses de l’Église avant de partir pour l’Inde.

Siège de quatre évêchés (deux catholiques et deux orthodoxes), la cité compte aussi en son sein vingt-six églises, dix couvents et plusieurs centres de catéchèse, ainsi que des écoles tenues par des religieuses. Il y a encore peu de temps, on faisait ici des projets d’avenir. À l’automne 2000, dans le cadre du grand jubilé de la naissance du Christ, les catholiques de Mossoul commémoraient l’arrivée des premiers dominicains venus d’Europe, deux cent cinquante ans auparavant.

Dans son couvent Notre-Dame-de-l’Heure, magnifiquement restauré, le prieur, Nagib Mikhaël, un Irakien, annonçait alors l’ouverture d’un noviciat sur place.De nombreux amis musulmans et yézidis participèrent aux journées festives organisées pour l’occasion. Je fus témoin de l’hommage qu’ils adressaient tous aux fils de saint Dominique et à l’Église en général pour les progrès apportés à la population locale. Aujourd’hui, il ne reste qu’un gardien dans le bâtiment déserté par les religieux, contraints de se replier dans les villages des alentours.

Mgr Casmoussa ne regrette pas le régime de Saddam Hussein. « Mais, observe-t-il, la malheureuse arrivée des Américains a entraîné une détérioration générale de l’État et de la société : on a prétendu nous apporter la démocratie, nous avons le désordre. » L’archevêque fonde malgré tout son espérance sur les gestes d’humanité de certains musulmans envers leurs voisins assiégés, même si tout semble indiquer l’existence d’un « plan pour vider l’Irak et tout le Proche-Orient de ses chrétiens ». Les autorités irakiennes, malgré leurs promesses, ne s’opposent que mollement à cette entreprise. Il a fallu dix jours avant que des renforts militaires arrivent à Mossoul, explique Mgr Casmoussa, qui dénonce « l’irresponsabilité » de l’État face au fondamentalisme islamique. (…)

Voir enfin:

Les voeux du Président aux autorités religieuses

DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Palais de l’Elysée

Vendredi 7 janvier 2011

Monsieur le Cardinal,

Monsieur le Métropolite,

Monsieur le Grand Rabbin,

Monsieur le Président du Consistoire Israélite de France,

Monsieur le Pasteur,

Monsieur le Président du culte musulman,

Monsieur le Recteur de la Mosquée de Paris,

Monsieur le Président de l’Union Bouddhiste de France,

Excellences,

Messieurs les représentants, en France, des églises d’Orient

Madame le Ministre d’État,

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs,

Et si vous me le permettez, mes chers amis,

Il y a une semaine jour pour jour, des femmes et des hommes, qui quelques instants auparavant étaient encore prosternés dans la prière, ont été sauvagement assassinés, leurs corps déchiquetés par les éclats d’une bombe meurtrière.

C’était à Alexandrie, la nuit du 31 décembre dernier, sur le parvis de l’église de Tous les Saints.

Ces femmes et ces hommes, accompagnés parfois de leurs enfants, se préparaient spirituellement à l’une des principales fêtes du monde chrétien, Noël.

Une fête que le calendrier orthodoxe célèbre à treize jours de distance de notre calendrier grégorien.

Alors même que nous entrions dans le nouvel an, ils vivaient l’Avent.

C’est aujourd’hui, date du Noël Copte, que ces hommes et ces femmes auraient dû se retrouver en famille, dans cette église désormais ensanglantée, pour célébrer la Nativité.

J’ai, croyez-le bien, en ce moment-même, une pensée très douloureuse pour leur mémoire à laquelle je tiens à rendre devant vous un ultime hommage.

Ils s’apprêtaient à fêter la naissance du Christ, la fureur d’un kamikaze les a condamnés à mort.

Ils venaient de recevoir et de se donner la Paix, ils ont été tués à l’arme de Guerre.

Leur crime ?

Pratiquer leur religion ;

Leur crime ?

Fêter la naissance d’un « Sauveur » qui pour les uns, n’est pas le Messie et qui pour les autres, n’est pas le Prophète.

Leur crime ?

Appartenir à une minorité religieuse. Une minorité très ancienne, une minorité qui conserve pieusement la mémoire du christianisme des premiers siècles, un christianisme bouillonnant et encore clandestin. Le christianisme des Actes des Apôtres, des Lettres et des Epitres. Une minorité qui depuis bientôt deux mille ans, participe à l’immense richesse culturelle et humaine d’un pays lui-même millénaire. Un pays où est apparu, pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, il y a de cela trente trois siècles, l’idée de Monothéisme. Un très beau, un très grand pays : l’Egypte.

Cette minorité, c’est bien évidemment la communauté Copte qui tire son nom même de son pays, l’Égypte. Communauté dont je tiens à saluer, aujourd’hui, la présence des représentants, ici à l’Elysée, pour cette cérémonie de vœux hélas assombrie par ces drames.

Une communauté à laquelle je veux présenter non seulement mes condoléances personnelles, mais les condoléances de la France.

La France a été fortement émue par ce drame atroce le soir de notre Saint-Sylvestre mais la France est aussi inquiète car la tuerie d’Alexandrie n’est malheureusement pas un acte isolé.

Des évènements tout aussi monstrueux ont semé, depuis quelques semaines, la consternation au Moyen-Orient. La veille même de l’attentat d’Alexandrie, le 30 décembre, une dizaine de bombes déposées devant des maisons chrétiennes de Bagdad ont semé la mort, ont semé l’effroi.

Dans la même ville deux mois plus tôt, un commando d’Al-Qaïda prenait d’assaut la Cathédrale syriaque de Bagdad et exterminait, il n’y a pas d’autre mots, parfois à l’arme blanche, plus de cinquante personnes. Les victimes, dans ce cas s’apprêtaient à fêter la Toussaint, c’était essentiellement des femmes et des enfants. Il semble donc que chaque fois le calendrier liturgique ait été soigneusement consulté par les terroristes. Il ne leur suffit pas de tuer des fidèles, il convient également que ces fidèles soient assassinés de façon barbare les jours de fête.

Chacune des religions que vous représentez ici a ses martyrs et chacun les révère ou les célèbre selon ses rites.

Dans chacune des religions que vous représentez ici, des femmes et des hommes ont sacrifié leur vie pour défendre leur foi et par là leur liberté de croire ; car c’est une liberté.

Chacune des religions que vous représentez a ses martyrs, a été persécutée et l’on a aussi, trop souvent hélas, persécuté en dévoyant son nom, je veux dire le nom de votre religion.

Si je pouvais, ici, utiliser le mot de martyr, alors je dirais que les martyrs d’Alexandrie ou de Bagdad ne sont pas uniquement des martyrs coptes, syriaques, ou maronites.

Ils sont collectivement nos martyrs.

Ils sont les martyrs de la liberté de conscience.

Les Français n’acceptent pas, la France n’acceptera jamais que l’on puisse impunément prendre des innocents en prière pour cible d’un terrorisme délirant et barbare.

Au nom de la France je condamne ces crimes avec la plus grande fermeté et la France continuera de condamner ces crimes depuis toutes les tribunes que lui offrent le droit international et son rang dans le Monde. La ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères y veillera au nom de la diplomatie française.

Aucun être humain ne peut accepter que l’on massacre un autre être humain pour ce qu’il est ou pour ce qu’il croit, ce qui est la même chose. S’en prendre à une vie innocente c’est s’en prendre à l’Humanité toute entière.

Ainsi, devant ce déchaînement d’une violence aveugle mais diaboliquement orchestrée, je le dis avec émotion et avec fermeté, en ce matin d’un jour particulier pour la communauté copte, en me tournant vers le représentant de Patriarcat copte d’Alexandrie, cher Père Lucas Guirguis, pour l’assurer, en votre nom à tous et bien au-delà de ce lieu, de notre solidarité : dans l’église d’Alexandrie, c’est toute la Communauté des hommes qui a été frappée ; c’est la Civilisation humaine qui a été défiée.

Oui, le sort des chrétiens d’Orient nous concerne tous parce qu’il symbolise, bien au-delà des chrétiens et bien au-delà de l’Orient, les enjeux du monde globalisé dans lequel nous sommes entrés de façon irréversible.

La France est émue, la France est inquiète. Pour autant, la France ne se contente pas de déplorer, elle agit.

Dès le lendemain de l’attentat du 31 octobre contre l’église syriaque de Bagdad, le gouvernement a organisé l’accueil de cent cinquante chrétiens irakiens blessés dans l’attentat. La France n’avait d’ailleurs pas attendu ces drames pour porter secours aux chrétiens d’Orient. Dès 2007, le gouvernement français avait permis à des hommes et des femmes directement menacés de quitter l’Irak. Ils ont été plus d’un millier à en bénéficier.

Mais — car il y a un mais – il faut y prendre garde, nous ne pouvons pas non plus admettre et donc faciliter ce qui ressemble de plus en plus — j’emploie un mot fort — à un plan particulièrement pervers d’épuration du Moyen-Orient, d’épuration religieuse. En Irak comme en Egypte, les chrétiens d’Orient sont chez eux et ils le sont pour la plupart depuis 2000 ans.

Nous ne pouvons pas accepter que cette diversité, humaine, culturelle et religieuse qui est la norme en France, en Europe et dans la plupart des pays occidentaux disparaisse de cette partie du monde. Les droits qui sont garantis, chez nous, à toutes les religions, doivent être réciproquement garantis dans les autres pays.

Chaque État, chaque civilisation, chaque société a ses lois, ses principes et ses règles de vie commune mais il existe aussi des principes universels auxquels la très grande majorité des États du monde a souscrit. Ces principes garantissent, comme le pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, le droit à la liberté de pensée, le droit à la liberté de conscience, le droit à la liberté de religion.

Pourtant, au Pakistan, une mère de famille a été récemment condamnée à mort.

Pourquoi ? Elle est pauvre, elle est chrétienne, c’est une ancienne intouchable.

Son nom : Asia BIBI.

Son crime ? Avoir bu dans le verre de sa voisine, qui a vu là un geste impur, un blasphème.

Oui, il existe au Pakistan une loi qui punit le blasphème. Cette femme, Asia BIBI, a donc été condamnée. Des voix se sont élevées dans son propre pays pour dénoncer cette condamnation. Ces voix l’on payé cher. Mais la tête d’Asia BIBI a été mise à prix par des extrémistes.

Si elle est libérée, elle risque la mort. La France est concernée par cela.

La communauté musulmane de France elle-même est d’ailleurs la première horrifiée, je le sais, par les crimes que l’on commet au nom de l’Islam.

Je veux remercier tout personnellement le Recteur BOUBAKEUR pour les mots très clairs, très fermes et d’une très grande bonté qu’il a prononcés à la suite de l’attentat d’Alexandrie.

Mais je veux également saluer l’initiative du Conseil Français du Culte musulman et de son Président Mohamed MOUSSAOUI qui a dépêché une délégation pour assister à la messe du Noël Copte en signe de solidarité. Messe à laquelle assistait également le ministre de l’intérieur.

Les réactions unanimes dans le monde musulman — y compris de la part de gouvernements ou de mouvements dont la modération n’est pas toujours la principale caractéristique — témoignent du rejet absolument massif de ces attaques lâches, barbares qui ont aussi pour but, ne soyons pas aveugles, de déstabiliser les pays où elles ont lieu.

La religion, la tradition, l’histoire du monde musulman montre qu’il a toujours toléré, parfois même accueilli et protégé ceux que le Coran lui-même appelle les « gens du livre ».

Faut-il rappeler que ce monde musulman a accueilli et protégé les juifs et les marranes qui fuyaient une Europe sur laquelle s’étendait l’ombre redoutable de l’Inquisition.

Moins loin de nous, il n’est pas inutile d’évoquer, surtout dans les circonstances actuelles, le geste plein de noblesse de l’émir ABDELKADER volant au secours des chrétiens maronites de Damas.

Les résultats d’un sondage publié avant-hier dans un grand journal du soir et qui montrent qu’un trop large tiers des Français et des Allemands interrogés considèrent les musulmans comme une menace me préoccupe et ne peut que préoccuper les hommes et les femmes de bonne volonté.

Si telle religion est irrationnellement perçue, chez nous, comme une menace, nous devons combattre cette réaction irrationnelle par la connaissance mutuelle et par la compréhension de l’Autre.

L’Islam n’a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu qui tuent aussi bien des chrétiens que des juifs, des sunnites que des chiites. Le terrorisme fondamentaliste tue aussi des musulmans.

Nous le savons bien. Vous le savez parfaitement bien vous, hommes de foi et de sincérité, mais nous devons le dire inlassablement si nous ne voulons pas que les opinions occidentales, sincèrement émues par ce massacre des innocents, ne s’enferment dans la défiance, dans la peur et donc dans l’amalgame.

Les menaces qui ont visé, il y a quelques jours, les églises coptes de France sont inadmissibles et le gouvernement les prend très au sérieux. Un dispositif de sécurité a été pris pour que les célébrations du Noël copte qui concernent plusieurs dizaines de milliers de fidèles qui doit se dérouler dans la paix et la sérénité indispensables.

Ce qui vaut pour le Noël Copte aujourd’hui vaut bien évidemment pour tous les lieux de cultes qui se trouvent sur le territoire et donc sous la protection de la République.

Sans aller, heureusement, jusqu’à des évènements aussi tragiques que ceux auxquels je viens de faire allusion, chaque fois qu’un cimetière est profané, chaque fois qu’une synagogue est violée, qu’une mosquée ou qu’une église sont l’objet d’actes de vandalisme ou d’insultes, les auteurs de ces actes seront recherchés, ils seront jugés, ils seront punis. Et je veux dire ici, combien à nos amis et à nos compatriotes musulmans, combien je suis scandalisé par les actes dégradants qui ont eu lieu dimanche dernier sur le chantier de la mosquée de Nogent-le-Rotrou. Ces actes, et je m’y engage, ne resteront pas impunis.

Je vais être ici très clair sur les principes et rappeler la Loi, la Loi française, la Loi qu’il convient de respecter si l’on veut pouvoir vivre librement sur notre sol, que l’on soit français ou que l’on soit étranger.

Le principe, il peut être compris de tous ; chacun doit pouvoir, en France, prier le Dieu de son choix, celui-là même que l’on invoque dans le secret de son for intérieur, qu’il soit celui de ses ancêtres ou celui que l’on a choisi par la conversion.

Chacun doit pouvoir, en France, prier dans la paix, la sécurité et dans la dignité. La Prière ne fait pas de bruit, la Prière n’offense pas, la prière n’agresse personne.

Chacun doit évidemment avoir le droit, en France, de ne pas prier.

Chacun a évidemment le droit, en France, de proclamer n’avoir « ni Dieu ni Maître ».

Chacun a évidemment le droit en France de professer les fameux maîtres du soupçon, ces fameux penseurs qui comme Nietzsche, Marx ou Freud, bousculèrent bien des certitudes et parfois ébranlèrent des convictions que l’on croyait solides.

Chacun a le droit en France de perdre la foi, de la trouver ou de la retrouver.

Mais attention, que la liberté de culte et donc la liberté de conscience soient simplement menacées et c’est l’édifice républicain lui-même qui vacille.

La liberté de culte et son corollaire immédiat, la liberté de conscience sont au même titre que la liberté d’expression, que la liberté d’opinion, consubstantielles de la Démocratie.

Personne en France ne s’y attaquera sans trouver face à lui, l’Etat et le Peuple français lui même.

Ma conception de la laïcité est simple. Elle peut être, je crois, admise et comprise par tous ;

Une République laïque assure à chacun, dans le respect d’une neutralité absolue, le droit de pratiquer sa foi, le droit de croire, le droit de ne pas croire.

Une République laïque assure à chaque culte et à chaque fidèle la sécurité sans laquelle il lui est impossible de vivre pleinement sa foi.

Une République laïque entretient un dialogue permanent avec les religions pratiquées sur son sol de façon à les entendre, et parfois, pourquoi pas, à les écouter.

Comme si les religions n’avaient rien à nous dire sur le monde dans lequel nous vivons ?

Comme si les religions n’avaient rien à dire sur la société que nous construisons ?

Aucune religion ne dictera jamais sa conduite à la République mais en quoi la République serait-elle menacée d’entendre ce que peuvent avoir à lui dire savants, philosophes et sociologues ? Cette idée ne viendrait à l’esprit de personne. Alors pourquoi cette volonté d’exclure du simple débat public ceux qui cherchent une réponse dans la transcendance divine ?

Comment peut-on réclamer, avec raison d’ailleurs, le dialogue à tous les étages de la société et décider qu’il faut enfermer les croyants dans leurs églises, leurs synagogues, leurs temples et leurs mosquées pour ne les autoriser à en sortir que comme des citoyens indifférenciés ?

Qui peut prétendre que l’on ne peut pas être l’un et l’autre en même temps?

La République n’intervient que lorsque des pratiques, présentées souvent à tort d’ailleurs comme religieuses, portent atteinte à d’autres principes démocratiques comme la simple dignité humaine et celle des femmes en particulier. Dignité, égalité homme-femme, principes sur lesquels nous ne transigerons jamais.

La République ne peut pas accepter qu’une religion investisse l’espace public sans son autorisation ; Mais dans le même temps, la République implique qu’elle tienne ses promesses en permettant que chacun puisse prier dans des lieux dignes.

La République protège de ses lois et de son autorité les religions et l’exercice des cultes mais là encore soyons très clairs, la République ne laissera jamais aucune religion, quelle qu’elle soit, lui imposer sa loi.

De cette République juste, laïque et protectrice, je dois être le garant.

De cette République-là, je dois être le rempart.

La relation entre l’Etat et les religions est encadrée par une loi vieille de plus d’un siècle. La loi de 1905. Personne ne la conteste, même si certains de nos concitoyens, dans les trois départements d’Alsace et de Moselle, vivent, pour des raisons historiques, dans un autre cadre. En revanche, il ne faut pas confondre la loi de 1905 avec les lois antireligieuses de 1793. Aristide Briand n’est pas Chaumette.

La République n’a pas à mener je ne sais quelle guerre contre Dieu et contre les croyants.

Mais puisque nous parlons de la loi, je tiens à faire référence, ici, à notre droit pénal qui qualifie de circonstances aggravantes un crime ou un délit motivé par l’appartenance de la victime à une religion déterminée.

Je le répète : jamais je ne tolèrerai qu’en France, on puisse impunément s’en prendre à un individu ou à des groupes d’individus en raison — si l’on peut appeler cela une raison, ne soyons pas trop cléments –, de leurs convictions religieuses ou de la pratique de la foi de celui qui en est victime.

Tous les fidèles que vous représentez ici, et je m’adresse encore tout particulièrement aux représentants en France des Eglises d’Orient en raison du contexte particulier qui est le nôtre, sont placés sous la protection de la République française, sans distinction.

J’aurais sincèrement souhaité que cette cérémonie de vœux puisse se dérouler dans un autre climat, plus serein, plus apaisé, moins solennel, comme nous en avions l’habitude. Mais la gravité de la situation internationale et les menaces qu’elle semble vouloir faire peser sur certains de nos concitoyens m’ont contraint à faire cette mise au point, aujourd’hui devant vous.

Cela ne m’empêche pas de vous présenter à chacun et aux fidèles que vous représentez mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

Que 2011 vous renouvelle les joies que vous apportent vos sacerdoces.

Qu’elle vous donne la paix, la paix de la réflexion, parfois la paix de la contemplation.

Qu’elle vous donne la force et l’énergie de ce service aux autres qui est au cœur même de vos vies.

En ce 7 janvier, jour de Noël pour les coptes, permettez-moi de me tourner une dernière fois vers tous les représentants des chrétiens d’Orient qui nous ont fait l’amitié de leur présence, pour leur souhaiter par-delà le deuil, par-delà la douleur et par-delà la peine, un très beau Noël.

Il n’est pas d’autre jour, chez l’ensemble de tous les chrétiens d’Orient ou d’ailleurs, qui puisse porter davantage vers l’espérance.

Je vous remercie.

Un commentaire pour Epuration religieuse au Moyen-Orient: Non, l’islam n’a évidemment rien à voir avec la face hideuse de ces fous de Dieu qui tuent (Looking back at the West’s fundamental misunderstanding of Islam)

  1. […] l’heure où, dans une large indifférence, les persécutions et le nettoyage ethnico-religieux des chrétiens se poursuivent partout dans le monde où l’islam a pris le pouvoir […]

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