Langues: L’anglais est-il autre chose que du français mal prononcé? (Excuse my French: English’s best-kept little secret)

Court jester Wamba (Ivanhoe, Walter Scott, 1820British coat of armsL‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clemenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimés qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Wamba (bouffon saxon dans Ivanhoé, Walter Scott, 1819)
Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. Daniel Defoe
La licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue. Jonathan Swift
Nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance. The Spectator (guerre de Succession d’Espagne)
Notre tâche se borne à les vaincre, et nous pouvons le faire en bon anglais. […] Nous supplions donc humblement que les mots français, tout comme le costume et les manières de France, soient mis de côté, du moins pendant la durée du présent conflit, car si leur langue et leurs coutumes s’abattaient sur nous, nous risquerions d’apprendre par leur exemple, le jour de la bataille, à f—te [sic] le camp. Edmund Burke (guerre de Sept Ans, 1756-1763)
My sugar is so refined, she’s one o’ them high-class kind, she doesn’t wear a hat, she wears a chapeau, she goes to see a cinema, but never a show. Nat King Cole (écrit par Dee-Lippman, 1946)
Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de la conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle. Encyclopaedia Britannica (américaine)
Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français.  Jon-Kriss Mason

Attention: une langue peut en cacher une autre !

Bêtes sur pied élevées par les paysans saxons (ox, cow, bull, calf, sheep, ewe, ram, goat, boar, sow, pig, swine, deer) systématiquement francisés dans la cuisine de leurs maitres normands (beef, veal, mutton, pork, bacon, venison) …

Emprunts continuels de vocables français tout au long de son histoire (XIe, XVIIIe, XIX et, XXe) et, sans parler des devises royales (Dieu et mon droit, Honi soit qui mal y pense), vocabulaire quasiment français pour tout ce qui a trait à l’administration, la politique, la justice, l’art, l’art militaire …

Termes saxons réduits aux mots outils de la grammaire (and, of, to, the, it, be, have, will, you) ou aux notions de base (head, eyes, nose, mouth, teeth, tongue, ears, throat, arms, elbows, hands, fingers, legs, ankles, feet, toes, man, woman, wed, husband, wife, father, mother, children, brother, sister, young, bread, cheese, meat, drink, breakfast, lunch, wine, beer, cake, kitchen, bedroom, bathroom, sheets, house, home, baker, shepherd, sailor, king, queen, earl, God, life, death, love, heaven, hell, weapons, spear, sword, gun, answer, learn, word, wealth, golf, towns, streets, roads, ships, sun, moon, rain, snow, black, white, books, plays) …

Formes françaises pour toute relation un peu plus élaborée ou éloignée (parents, uncle, cousin, engage, fiancé, person, couple, second, dozen, divinity, religion, ideas, concepts, language, butcher, farmer, tailor, prince, baron, administration, justice, government, army, diplomacy, parliament, democracy, liberty, industry), les adjectifs (royal, divine, gracious) , les qualités (honour, honesty, jealousy), le culturel (culture, art, painter, beauty, music, literature, theater, comedy, taste) …

Mots certes souvent déformés phonétiquement ou graphiquement (« se rendre » devenant « surrender », « mousseron » « mushroom », »rickshaw » tiré de… « quelque chose » ; « rehearse » de… « rehercer », ie. « repasser la herse »; « jacket » de… « Jacques »; « wig » de, via « periwig », … « perruque »! ) mais maintien presque systématique quand le terme saxon est conservé, du doublon français avec effet valorisant (perfume/smell, food/cuisine, beverage/drink, mirror/looking glass, mansion/house, lingerie, bra(ssiere)/underwear, desire/want, demand/ask, pardon/forgive, perish/die, present/gift, labour/work, tempest/storm, combat/fight, liberty/freedom, amorous/loving, derrière/buttock voire ass) … 

Véritable conservatoire des s de l’ancien français remplacés à la Renaissance par les accents notamment circonflexes mais réapparaissant à l’occasion dans les formes dérivées (castle, bastard, conquest, feast, master, mistress mais « forest » ou « hospital » donnant « forestier » ou « hospitalier ») ou aigus (establish,  shoppe, spine, spice, standard) ou de mots ayant depuis changé de sens (« scallop » ayant conservé son sens de coquille ou coquilage en anglais, « escalope » n’étant plus en français que la tranche de viande ou de poisson fin comme une coquille St Jacques)  …

Qui se souvient que, pendant plus de trois siècles et de la cour à l’Église, et de la justice au  commerce et à l’administration, les rois d’Angleterre ne parlaient que le français ?

 Qui se rappelle que la première grammaire du français a été écrite pour une princesse anglaise ?

Qui sait encore qu’à l’image de la francisation systématique des bêtes sur pied en viande cuisinée rappelée par le grand Scott lui-même dans la première page d’Ivanhoe, la plupart des mots anglais autres que les mots de base furent non seulement apportés dans les malles de Guillaume mais introduits tout au long de l’histoire du pays ?

A l’heure où la désormais 2e puissance économique mondiale et 1ère langue parlée au monde s’inquiète de sa pureté par rapport à l’anglais …

Où cette dernière cède au doute par rapport à son avenir

Voire s’inquiète  de l’anglicisation et de la phonétisation rampante de l’idiome de sa rivale historique outre-manche …

Retour, avec le fascinant ouvrage de la linguiste canadienne de l’université de Grenoble Thora Van Male (Liaisons généreuses : l’apport du français à la langue anglaise), sur l’un des secrets les mieux gardés des deux côtés de la Manche.

A savoir qu’avec plus de 80% de vocabulaire d’origine française ou latine, la langue de Shakespeare et à l’image de celle de Molière,  ressemble de plus en plus à un pidgin qui a réussi.

Voire, pour reprendre le mot d’un fin connaisseur comme Clemenceau (4 ans, suite à un dépit amoureux et via l’Angleterre, d’enseignement  du français et de l’équitation outre-Atlantique,  mariage avec une Américaine) concernant la langue de la « colonie française qui a mal tourné », n’a jamais été que » du français mal prononcé »

Lu d’ailleurs

L’anglais, langue française

Jon-Kris Mason

Booksmag

Décembre 2010 – Janvier 2011

Voici un peu moins de mille ans, les Normands conquéraient l’Angleterre, imposant le français comme langue de l’administration. Depuis, malgré de vives réactions, l’anglais a continué de se franciser, par vagues successives. On l’ignore souvent, de part et d’autre de la Manche : plus de 80% des mots anglais sont d’origine française ou latine!

Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings(1). Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le! – qu’autrefois les Anglais parlaient français [lire ci-dessous « Quand l’Angleterre était normande »].

Et de fait, c’est toujours le cas. Telle est la thèse du livre de Thora van Male, Liaisons généreuses, qui observe avec un humour irrévérencieux et pince-sans-rire « la prodigieuse influence de la langue française sur l’anglais ». Van Male s’intéresse tout particulièrement aux emprunts de vocabulaire, plutôt qu’à la syntaxe ou l’orthographe, et elle ouvre son ouvrage sur la manière dont les premières dettes furent contractées. Elle regroupe les mots empruntés au français par grandes thématiques [les mots à connotation sexuelle, les faux amis, les mots du snobisme, etc.], une structure qui permet au lecteur de revenir autant qu’il le souhaite au chapitre le plus instructif ou le plus amusant à ses yeux. Et il y a matière à se divertir, surtout quand l’auteur compare directement les termes anglais à leur équivalent français. Si a pride of lions (une troupe de lions) perd quelque peu à être traduit par « un orgueil de lions » (pride voulant aussi dire orgueil), il est assez réjouissant de comparer l’anglais bookworm (littéralement « ver de livre ») au français « rat de bibliothèque ». L’étude de van Male saisit l’influence française à travers des mots, des expressions, des proverbes anglais, ainsi que dans ces vocables qui ont fait le voyage de retour en France, à l’instar de « budget » [venu du français « bouge » désignant une bourse de cuir]. Mais ces derniers cas sont peu nombreux. L’influence linguistique fut incontestablement plus forte et durable dans le sens sud-nord de la traversée de la Manche.

« Influence », cependant, ne rend guère justice au rôle joué par le français dans l’évolution de l’anglais. La colonisation normande greffa en effet sur le vieil anglais le code génétique du français (d’abord le franco-normand, puis ce qu’on appelle le français « parisien »), le résultat étant cet hybride latino-teutonique aujourd’hui connu sous le nom d’« anglais moderne ». Tout au long des XIIe et XIIIe siècles, les langues de la cour, de l’Église, de la justice, du commerce et de l’administration furent le français et le latin. À leur contact, l’anglais se transforma peu à peu, nombre de ses caractéristiques germaniques étant abolies ou modifiées(2). Fort d’une syntaxe remodelée par le latin, mais ayant conservé son fonds anglo-saxon expressif, l’anglais devint souple et malléable, doté d’une capacité à assimiler les mots étrangers sans doute inédite dans l’histoire des langues(3).

Le processus qui suivit la conquête créa une puissante entité linguistique, dotée d’un énorme appétit pour absorber tout ce qu’elle pouvait. Si l’anglais jouit aujourd’hui d’une influence et d’une portée sans rivales dans le monde, comme première ou seconde langue, les Français peuvent se réconforter, assure van Male, puisque c’est au français que l’anglais, dans ses moments de plus haute clarté et force d’évocation, doit sa « majesté ». Sans le français, affirme van Male, l’anglais ne posséderait pas « ses mille et un synonymes, qui permettent l’introduction d’autant de nuances et de richesses dans l’expression ». Et, au grand dam de nombreux commentateurs au fil des siècles, elle a parfaitement raison.

La crainte que l’anglais disparaisse

Les lecteurs d’Ivanhoé, ce roman culte paru en 1819, où Walter Scott décrit les hauts faits de la chevalerie dans l’Angleterre normande, se souviennent peut-être de la remarque de Wamba, le bouffon saxon, sur l’anoblissement linguistique de la chair animale quand celle-ci est dressée sur une table normande : « Ce vieil édile Ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi; mais il devient Beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer; Monsieur Calf aussi devient Monsieur de Veau de la même façon; il est Saxon tant qu’il requiert nos soins et nos peines et prend un nom normand dès qu’il devient un objet de régal(4). »

Dans l’atmosphère angoissée de notre ère postcoloniale, faire passer la ligne de fracture linguistique entre « maîtres et valets » est sans doute plus évocateur que jamais. Mais, même si le bouffon de Scott déplore, nostalgique, l’érosion de la culture et de la langue anglo-saxonnes, ce n’est probablement pas au lendemain immédiat de la conquête que la résistance à l’invasion du français atteignit son apogée. Van Male observe que la fusion de la langue et de l’identité nationale ne se produisit pas avant le XIIIe ou le XIVe siècle. C’est alors seulement qu’apparut pour la première fois depuis la conquête un fossé linguistique entre les classes dirigeantes d’origine française et anglaise. L’arrivée, à la fin du XIIIe siècle, des premiers textes conçus pour apprendre le français aux enfants de la noblesse anglaise atteste qu’il n’était plus leur langue maternelle. La longue hostilité entre la dynastie des Plantagenêts, qui régnait sur l’Angleterre, et les descendants de Philippe Auguste à propos des territoires anglais sur le continent [les duchés de Normandie et d’Aquitaine et le comté d’Anjou] favorisa la transformation de la langue en emblème de la nation. En 1295, dans une lettre célèbre à ses barons, Édouard Ier d’Angleterre jurait de combattre la « détestable ambition » de Philippe le Hardi « de balayer complètement la langue anglaise de la surface de la Terre ». Le taux d’emprunt de l’anglais au français atteignit néanmoins son sommet au cours du siècle qui suivit(5).

Cela étant, la lettre d’Édouard Ier était en latin, pas en anglais. Le lien entre une nation et sa langue vernaculaire, qui nous semble aujourd’hui aller de soi, ne s’est tissé qu’à partir du XVIe siècle, quand la Réforme fit disparaître de la vie quotidienne non le français mais le latin (van Male remarque à ce propos que les lexicographes ont bien du mal à déterminer l’origine française ou latine d’un mot anglais). Il faudra cependant attendre le XVIIIe siècle pour voir la politique et le patriotisme commencer de l’emporter sur les impératifs linguistiques ou stylistiques : dans une Grande-Bretagne se transformant en superpuissance européenne, le taux d’emprunt plongea alors à son niveau le plus bas depuis la conquête.

La restauration sur le trône du très francophile Charles II, en 1660, avait inauguré une nouvelle ère d’emprunt au français(6). Jusque-là, les termes importés étaient « anglicisés » : leur orthographe, leur prononciation et leur accentuation étaient modifiées, conformément aux formes anglaises en vigueur. Pour marquer la différence, van Male distingue les « mots français » des « mots d’origine française », les premiers conservant leur essence française quand les autres devenaient des emprunts plus ou moins « invisibles ». Elle prend pour pierre angulaire de sa démonstration John Dryden, éminent représentant des lettres anglaises de cette époque de la Restauration. Car Dryden se plaignait de la grossièreté barbare de l’anglais anglo-saxon monosyllabique, tout en se moquant dans ses pièces de l’usage excessif du français dans la société élégante.

Interdire les expressions françaises

Il existe en anglais un dicton : If you can’t beat them, join them [« Si vous ne pouvez pas les vaincre, rejoignez-les »]. Alors que l’Angleterre libérale et licencieuse de la Restauration avait voulu rejoindre ses homologues français en imitant leur société et en employant leur langue, l’Angleterre plus austère et ombrageuse du XVIIIe siècle entendait vaincre les Français. Daniel Defoe, le père de Robinson Crusoé, se désolait ainsi : « Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. » Et Joseph Addison, cofondateur du très influent magazine The Spectator, milita pour la création d’une version anglaise de l’Académie française « pour interdire que des expressions françaises deviennent courantes dans le royaume, quand celles que nous créons nous-mêmes valent tout autant ». Jonathan Swift, l’auteur des Voyages de Gulliver, reflétait également l’air de son temps lorsqu’il déplorait la « licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue ». Dans toute l’Europe d’alors, les communautés politiques se soudaient et se développaient autour de l’imprimé, et l’Angleterre ne faisait pas exception à la règle(7). On ne dira jamais assez le rôle que jouèrent dans la vie publique les périodiques, pamphlets et autres traités, cette domination de l’imprimé attirant l’attention sur la nature du langage : comment communiquons-nous, et comment voulons-nous communiquer?

De ce point de vue, le débat qui a lieu aujourd’hui dans le monde francophone sur le choix des mots « e-mail » ou « courriel » rappelle fort ceux qui agitaient l’Angleterre du XVIIIe siècle à propos du lexique de la technologie militaire. Alors que l’anglais américain domine aujourd’hui le vocabulaire de l’information et de la communication, la supériorité du génie militaire français se reflétait alors dans la prépondérance des termes français adoptés par les Anglais dans ce domaine. Mais, dans le contexte de la série de victoires que l’Angleterre remporta à l’époque sur la France, certains eurent plus de mal à l’accepter. The Spectator était indigné de voir qu’en pleine guerre de Succession d’Espagne « nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance(8) ». Un demi-siècle plus tard, lors de la guerre de Sept Ans qui ravagea l’Europe et le monde entre 1756 et 1763, l’éminent Edmund Burke maudissait l’usage des mots « cordon », « coup de main » et « reconnoitre(9) » : « Notre tâche se borne à les vaincre, et nous pouvons le faire en bon anglais. […] Nous supplions donc humblement que les mots français, tout comme le costume et les manières de France, soient mis de côté, du moins pendant la durée du présent conflit, car si leur langue et leurs coutumes s’abattaient sur nous, nous risquerions d’apprendre par leur exemple, le jour de la bataille, à f—te [sic] le camp. » Les Anglais se régalaient de ces insinuations ironiques sur la pusillanimité des Français.

Van Male définit trois sortes de mots d’emprunt : les remplaçants, les synonymes et les mots désignant une chose ou une idée nouvelle. Au XVIIIe siècle, les termes des deux premières catégories firent l’objet de la plus vive attention critique, considérés comme des étrangers indésirables et vigoureusement traqués. L’orthodoxie dominante avait changé, la simple synonymie ne suffisait plus à justifier l’emprunt. Alors que le monosyllabisme sec de l’anglais avait été condamné par Dryden à la fin du XVIIe siècle, il était, pour les yeux et les oreilles du XVIIIe, signe de force, d’honnêteté et de sens. Alors que l’élégance des mots polysyllabiques français avait été admirée et imitée, elle devint le bâton avec lequel battre l’ennemi d’outre-Manche. Avec une précision et une bienséance toutes georgiennes, on accusa l’éclat esthétique et euphonique du français de masquer l’imprécision, la frivolité et le manque de sens(10). Les emprunts (en particulier les mots non anglicisés) devaient donc, pour justifier leur intégration au vocabulaire anglais, être capables d’exprimer quelque chose d’inédit. Hélas! pour Edmund Burke, « reconnoitre » [reconnaître au sens militaire] et « cordon » [aussi bien au sens de cordon-bleu que de cordon de police] sont devenus partie intégrante de l’anglais quotidien, alors que « coup de main » a fini par céder la place au français anglicisé surprise attack.

La langue de la galanterie

Mais l’Angleterre du XVIIIe siècle adorait pécher par excès de critique, et la simple existence de cette rhétorique antifrançaise témoigne de l’emploi notoire que l’on faisait alors de mots français non assimilés. Comme Walter Scott le relèverait plus tard, le français était resté le « dialecte élégant » de la bonne société georgienne. Avec une énergie et un humour appropriés, van Male montre que le français a fourni à l’anglais bon nombre d’euphémismes pour désigner les écarts de conduite, sexuels ou moraux. C’est dans l’Angleterre « georgienne » que fut scellé le lien que fait l’esprit anglais entre la prétendue pauvreté morale des Français et la souplesse éthique de leur langue lorsqu’il faut poliment dissimuler une inconvenance. Un romancier qualifiait gallantry, intriguing et coquetting de « mots édulcorants », empruntés dans le but d’atténuer ou de faire oublier le comportement licencieux.

La Révolution française, comme l’observerait Burke, modifia l’attitude anglaise à l’égard de nombreux termes d’origine française. Des mots anglicisés comme people, citizen et liberty se chargèrent de connotations révolutionnaires, et ces nuances politiques persistent aujourd’hui. En outre, alors même que l’on continuait de faire consciemment usage de termes français et que l’emprunt de nouveaux mots avait plutôt tendance à augmenter, le français perdit un peu de son prestige au XIXe siècle. Les écoles privées chic remirent les langues mortes au cœur de l’éducation des jeunes gens, et le français fut de plus en plus envisagé comme une langue seyant aux seules jeunes filles. Il a, depuis, progressivement perdu cette connotation sexuée, pour retrouver son association première avec la classe sociale. Van Male explique à juste titre que le français continue à être synonyme de tout ce qui est olé-olé; mais le français est aussi, sous sa forme originelle ou anglicisée, la langue par excellence des anglophones désireux d’élever leur élocution au-dessus de ces monosyllabes brefs et ordinaires qui ont été l’objet au fil des siècles d’un tel déplaisir chez les snobs.

La culture populaire anglo-saxonne d’aujourd’hui tire grand profit de la forme non anglicisée des emprunts au français. Des mots utilisés de travers par de sympathiques personnages de fiction soulèvent l’émotion. L’usage conscient et superflu de termes français permet d’épingler la prétention. Enfin, l’usage décontracté et correct d’un mot emprunté au français peut être la marque de la courtoisie et du raffinement d’un individu cultivé et nanti. Ce que montre bien le livre instructif et souvent distrayant de van Male, c’est que la dette de l’anglais envers le français est bien plus grande que nous ne le pensons aujourd’hui, de ce côté-ci de la Manche.

Hélas! la connaissance du français parmi les écoliers anglais a nettement décliné au cours de la dernière génération. La possibilité de comprendre la relation stimulante, dynamique, unique qui lie nos deux langues se perd presque toujours sans l’occasion d’apprendre le français, et l’écolier anglais est particulièrement mal loti à cet égard. Lorsque van Male écrit que l’anglais doit beaucoup de sa « majesté » au français, elle ne parle pas seulement de mots et d’expressions. En fusionnant avec l’antique dialecte franco-normand, l’anglais a pu renaître sous la forme d’une langue flexible et accueillante, tolérante, et même désireuse de recevoir des apports étrangers. Ce cosmopolitisme linguistique n’a pas seulement fourni aux anglophones la base d’un questionnement linguistique et philologique tout au long des siècles, il a aussi établi un lien concret entre les îles Britanniques et le continent pendant près d’un millénaire. Que dans notre esprit le français véhicule toujours l’idée de prestige signe l’héritage inestimable qu’il représente dans la langue anglaise.

Nous remercions le professeur Daniel Karlin, de l’université de Bristol, d’avoir bien voulu relire la version anglaise de ce texte.

Notes1| C’est à Bayeux que l’on peut admirer la célèbre tapisserie retraçant la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie.

2| Selon Jean-Marc Chadelat, cité par Thora van Male, l’anglais compterait environ 85% de termes d’origine française ou latine.

3| D’un point de vue technique, l’anglais a ainsi perdu son caractère de langue « à inflexions » pour devenir une langue « analytique », et perdu de ce fait sa capacité à former des mots composés d’origine germanique. [Note de l’auteur.]

4| Ivanhoé, d’après la traduction d’Alexandre Dumas (1820).

5| La dynastie des Plantagenêts, qui régna sur l’Angleterre de 1154 à 1399, était elle-même d’origine française (plus précisément de l’Anjou) et posséda longtemps presque plus de territoires sur le continent qu’en Angleterre.

6| En 1649, la République (Commonwealth) avait été instaurée par Cromwell, après l’exécution du roi Charles Ier. Le fils de ce dernier, Charles II, qui était par sa mère, Henriette de France, petit-fils d’Henri IV, vécut en exil en France et en Hollande, avant d’être rétabli dans ses droits en 1660.

7| L’auteur fait ici notamment référence au travail de l’historien Benedict Anderson sur le rôle de l’imprimé dans la formation de l’identité nationale, thèse qu’il développe dans son livre majeur, L’Imaginaire national (La Découverte, 2000).

8| La guerre de Succession d’Espagne opposa de 1701 à 1714 la France à une coalition européenne au sein de laquelle l’Angleterre joua un rôle essentiel.

9| Edmund Burke s’est rendu célèbre pour sa farouche opposition à la Révolution française. Il est considéré comme l’un des pères du courant conservateur anglo-saxon.

10| L’époque georgienne s’étend de 1714 à 1837, dates entre lesquelles quatre souverains prénommés George se succédèrent sur le trône d’Angleterre. Bibliographie Hannah Arendt, La Crise de la culture, Gallimard, 1989. Dans ce texte fondateur, Arendt analyse les crises de l’autorité et de l’éducation aux États-Unis comme des éléments représentatifs des problèmes de la société actuelle.

Quand l’Angleterre était normande

Guillaume le Conquérant traversa la Manche avec 5 000 chevaliers. Après la victoire, il réorganisa complètement le royaume, dont le territoire fut découpé en un peu moins de 180 grands fiefs tenus chacun par un seigneur normand. Chaque fie (qui pouvait comporter dessous-fiefs) était une organisation militaire, fournissant des chevaliers à l’armée royale.  A la fin du règne de guillaume, tous les postes de décision dans l’administration d’Angleterre étaient tenus par des Normands. La langue de l’administration devint progressivement le français. La justice, la police et l’Eglise passèrent aussi sous la coupe Normands parlant français. La domination normande dura un siècle, la dynastie de Guillaume cédant alors la place aux Plantagenêts. La fin d’un article consacré par l’Encyclopaedia Britannica (américaine) à la conquête normande dit ceci : « Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de a conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle.»      

Voir aussi:

Liaisons généreuses

Collection Essais

L’apport du français à la langue anglaise

Thora van Male

À l’heure où, en France, on entend vociférer contre l’envahissement de la langue anglaise, Thora van Male prend résolument le contre-pied de ces lamentos. Elle étudie avec une véritable érudition (qui n’oublie pas de rester ludique) ce qui manquerait à l’anglais si, le 14 octobre 1066, à la bataille de Hastings, Harold Godwinson, dernier roi anglo-saxon d’Angleterre, n’avait reçu dans l’œil une flèche décochée par un des soldats de Guillaume le Conquérant.

Près de mille ans après, l’envahisseur français est encore archi-présent dans la langue anglaise, et Thora van Male passe en revue le lexique de nos voisins, classant en deux grands apports le vocabulaire venu du français :

1.les milliers de mots offerts par le français à l’anglais depuis 1066, et dont l’origine française est peu ou n’est pas ressentie par les Anglais ;

2.le vocabulaire d’emprunt récent (c’est-à-dire ayant traversé la Manche au cours des trois derniers siècles).

La démonstration, preuves à l’appui, est stupéfiante, et l’on n’est pas loin de conclure que, sans la langue française, l’anglais, tout simplement, n’existerait pas ! En effet, il y a aujourd’hui dans cette langue plus de mots empruntés que de mots anglo-saxons proprement dits.

À l’aide de tableaux, d’exemples convaincants et d’illustrations parlantes, la démonstration de Thora van Male a de quoi consoler ceux qui se lamentent contre l’intrusion de l’anglais dans notre langue.

Thora van Male est originaire de Colombie britannique, elle enseigne à l’université de Grenoble.

Prix : euros

160 pages, 16 € EAN 9782869598980

Voir également:

China bans English words in media

China’s state press and publishing body says the use of foreign words is eroding the purity of Chinese

BBC

21 December 2010

China has banned newspapers, publishers and website-owners from using foreign words – particularly English ones.

China’s state press and publishing body said such words were sullying the purity of the Chinese language.

It said standardised Chinese should be the norm: the press should avoid foreign abbreviations and acronyms, as well as « Chinglish » – which is a mix of English and Chinese.

The order also extends existing warnings that applied to radio and TV.

China’s General Administration of Press and Publication said that with economic and social development, foreign languages were increasingly being used in all types of publications in China.

It said such use had « seriously damaged » the purity of the Chinese language and resulted in « adverse social impacts » on the cultural environment, reported the People’s Daily newspaper.

If words must be written in a foreign language, an explanation in Chinese is required, the state body said.

Here is a selection of examples of Chinglish which were sent by BBC News website readers:

Chinglish is a lot more present in Cantonese than in Mandarin, such as « BB » for baby. In Mandarin, I think the most common English word is « email, » followed by brand names like Google and Windows. « Hello » seems to be gaining on the native forms of address, and « bye bye » or « bai bai » is ubiquitous. I’ve noticed here in Shenzhen almost everyone has a self-chosen English name, and they refer to each other by these names. So if Billy Cheng and Vivian Wong get together, they call each other « Billy » and « Vivian, » instead of their Chinese given names.

Roscoe Jean-Castle Mathieu, Shenzhen, China

There are words like « offer », like when you get an offer from companies or universities. Although these words do have equivalents in Chinese, younger generation prefer to use English words to communicate their meaning, while for my father’s generation, most of them have no idea what « offer » is. So the overuse of English words will make them confused. Another example is NBA. The Chinese equivalent is a really long sentence, so people are most likely to use NBA. Most bilingual Chinese prefer to use English words under some situations.

Zhang, Beijing, China

There are plenty of words in English which have made their way into Chinese. One which I hear all the time is « OL », which means « office lady ». People also have told me about a word called « ding ke », which stands for DINK, or « double-income, no kids » – referring to married couples without children. Does this sully the purity of the Chinese language? Actually, a little bit. However, Chinese language is so old and with such a rich history behind it that it is questionable to try and block this latest round of change. Many Chinese words have come from other languages, including Hindi, Mongolian, and even Japanese (though very few Chinese people want to admit that).This is simple language evolution, mixed with silly pop culture.

JR, Najing, China

To be honest, in Chinese there is nothing you can’t do without using English words. But just for the convenience of communication, people are likely to use some English abbreviations instead of the official Chinese expression like CPI, UN, NBA, etc. In today’s global environment, English is the lingua franca of the world. It is understandable that Chinese government is so sensitive about the impact on the Chinese own culture. After all, Chinese is the only official language in China. To ban English words in media could also effectively reduce the production of so-called « Chinglish », but it doesn’t affect the learning English of Chinese people. For example, earlier in this year, the CCTV-5 Sports Channel has banned broadcasters from saying « NBA » during the NBA games. Because the majority of the next generation of Chinese do not understand what NBA means.

Michael Wu, Nantong, China

The English words I cannot do without is « CPI » and I blame it on the price hike. Another one is « kindle », my favourite gadget that helps me get over the great firewall into the real world. The most commonly used Chinglish word is « 3q », meaning « thank you ».

Diana, China

I’ve lived in Taiwan and Hong Kong and at least in these two places, there are so many loan words from English that there would simply be some things that you cannot express by using the « pure » Chinese language. We call music fans « fensi » and when we talk about style in the fashion sense, we say the English word. « Ok » is also used regularly as if it was a normal part of the Chinese language.

Charlie Tsai, Taipei, Taiwan

There are two most common loan words from English. I wonder how PRC government is going to stop them. Cantonese, people from Hong Kong in particular, say « bye-bye » or the Chinese equivalent which is « worship-worship. » And « show » which is pronounced exactly as a Mandarin word which was first used in Taiwan and is now spread ubiquitously in the Chinese mainland PRC. English and Chinese somewhat share some similar meanings.

Tan Zun, Vancouver, Canada

I am a Chinese in ethnicity and came to US as a graduate student in 1947. The word « Hi » is common in American Engish. « Hi » sounds like High in homonym and would elevate the addressed person with high status as a built-in-compliment. Moreover, HI is the short postal code for the State of Hawaii with many Chinese Americans living there. It may be a joke in essence.

Xie Shihao, Upper Marlboro, Maryland, USA

English words are widely used in Chinese media. Some abbreviations and acronyms are actually convenient for writing and speaking such as ‘GDP, GDP’. But recently, English words are becoming abusive. We create many Chinglish words which I think not good for both Chinese and English.

Liyang, Suzhou, China

I think this is mainly aimed to reduce Chinglish, as Chinglish use is quite popular and fashionable among young people. Words such as « geilivable » are deliberate made-up Chinglish words.

Hao Wu, Xiamen, China

Most of the use of Chinglish is for instant messaging. To avoid typing long words, people will try to use some English word plus modal words, e.g. « no la », « he go home la », « exactly wor », « not my fault wor ». Or direct translation style like « People mountain people sea », « Open door see mountain », « one stone two bird ».

Lam Chun Sang Johnson, Hong Kong

Voir de même:

Saving Chinese from English

R.L.G.

The Economist

Dec 28th 2010

SINCE a colleague sent this to me a week ago, I’ve been trying to think of something to say about this: « China bans English words in media », from the BBC. The reason it’s hard to say something new is that the story is so old.  People—especially cultural and nationalist elites—have been complaining about their language being infiltrated by English around the world for quite some time; witness the exasperated coinages like Deutschlisch, Espanglés/Spanglish and Franglais/Franglish. I suppose a twist is that the French are seen as touchy because of their relative decline vis-à-vis (whoops, I guess it hasn’t been all bad) America.  China, by contrast, is a rising power on everyone’s radar. But it isn’t surprising that a rising power should also do this.  The English poet William Barnes, at Britain’s imperial peak, proposed cleansing English of the many Latin- and Greek-derived loanwords, turning photograph into good Anglo-Saxon (sun-print) and so forth.  Orwell disparaged these borrowings too. Across the ocean, as America was rising after the First World War, a bill narrowly failed making « American » the country’s official language, and the state of Illinois succeeded in doing so (a provision not repealed until the 1960s).

In other words, big languages do it, small languages do it, rising and declining powers do it.  Linguistic nationalism seems to be as natural as kin bonding. But linguistic mixing is as natural as the genetic kind, too. I don’t expect the People’s Republic will successfully stop Chinese people from using English words. They may drive many of them out of print, but this could well give them an extra bit of cachet, the edginess of a swear-word or a bit of blasphemy that every 14-year-old knows. Or, to put it another way and teach the Chinese authorities a good bit of teenage Anglo-American insouciance: good luck with that.

Update: Through Victor Mair I found this article, from an official (and English-language) Chinese organ, backpedalling a bit. Some foreignisms are all right, but « The problem occurs when this diffusion becomes too pronounced, leaving a culture at a disadvantage through its shaping of the way people use language, and by extension think. » That « by extension » bit is slipped in there as if it were obvious; I take it that the Chinese authorities would have voted « Yes », in our recent debate on whether your language shapes your thinking. Maybe we’ve found why the Chinese are really afraid of English: the Chinese might just begin to think like Brits, Americans, Canadians, etc…  Kelhorreur, as the French might say.

Voir par ailleurs:

Kelhorreur!

S.P.

The Economist

Sep 22nd 2010

SPOTTED this morning on an advertising hoarding in the Paris metro: the most extravagant mix of phoneticised French and franglais I have yet come across. It was an ad for Keljob (quel job), a recruitment agency, promising “le speed recrutement” and “des ateliers coaching” (atelier meaning workshop in French).

The number of French firms using phonetic spelling is proliferating. Alongside Keljob there is Kiloutou (qui loue tout, or who rents everything), a machinery-rental company, or Kelcoo (quel cout, or what price), a price-comparison internet service. Then there is Meetic (mythique) an online dating site, Sajoo (ça joue, or it’s playing), a web gambling site, and Amagiz (à ma guise, in my own way), an insurer. The phonetic shorthand of text-messaging in French—kdo for cadeau (present) and so forth—has certainly helped to overturn the traditional rules of the language, particularly for companies whose brand is all about upending conventions.

The intrusion of franglais into French advertising also continues apace. Examples that spring to mind include Livret BforBank, Crédit Agricole’s new online private bank, or Freebox, the digital television decoder from Free, a French telecoms firm. Many companies simply splash a slogan in English on their ads, and then translate it in small print on the bottom as is required by French law.

What makes Keljob’s ad stand out is the brazen mix of all of the above. The French have a body whose job it is to defend the purity of the French language. Article 24 of the statutes of the Académie Française state that “The principal function of the Académie is to work, with all possible care and diligence, to give clear rules to our language and to render it pure, eloquent and capable of treating arts and science.” While the académiciens toil away, the creatives of the French advertising world seem to be busy throwing out their rules with abandon.

Voir enfin:

English as she was spoke

The days of English as the world’s second language may (slowly) be ending

The future of English

The Economist

Dec 16th 2010

.The Last Lingua Franca: English Until the Return of Babel. By Nicholas Ostler. Walker & Company; 368 pages; $28. Allen Lane; £20.

ENGLISH is the most successful language in the history of the world. It is spoken on every continent, is learnt as a second language by schoolchildren and is the vehicle of science, global business and popular culture. Many think it will spread without end. But Nicholas Ostler, a scholar of the rise and fall of languages, makes a surprising prediction in his latest book: the days of English as the world’s lingua-franca may be numbered.

Conquest, trade and religion were the biggest forces behind the spread of earlier lingua-francas (the author uses a hyphen to distinguish the phrase from Lingua Franca, an Italian-based trade language used during the Renaissance). A linguist of astonishing voracity, Mr Ostler plunges happily into his tales from ancient history.

The Achaemenid emperors, vanquishers of the Babylonians in 539BC, spoke Persian as their native language, but pragmatically adopted Aramaic as the world’s first “interlingua”. Official long-distance communications were written in Aramaic, sent across the empire and then translated from Aramaic upon arrival. Persian itself would serve as a lingua-franca not at the time of the empire’s greatest heights but roughly from 1000AD to 1800. The Turkic conquerors of Central Asia, Anatolia and the Middle East, though they adopted Islam and worshipped in Arabic, often kept Persian as the language of the court and of literature. Persian was also the court language of Turkic-ruled Mughal India when the British East India Company arrived.

Some lingua-francas have ridden trade routes, but these are tongues of convenience that change quickly with circumstances. Phoenician spread from its home in modern Lebanon along the northern coast of Africa, where (pronounced in Latin as Punic) it became the language of the Carthaginian empire. But Rome’s destruction of Carthage in 146BC reduced it to a dwindling local vernacular. Greek, by contrast, planted deeper roots, surviving not only Rome’s rise but also its fall, to serve as the lingua-franca of the eastern Mediterranean for over 1,000 years.

What does all this, then, have to do with English? Often very little. It seems sometimes that Mr Ostler, fascinated by ancient uses of language, wanted to write a different sort of book but was persuaded by his publisher to play up the English angle. The core arguments about the future of English come in two chapters at the end of the book. But the predictions are striking.

English is expanding as a lingua-franca but not as a mother tongue. More than 1 billion people speak English worldwide but only about 330m of them as a first language, and this population is not spreading. The future of English is in the hands of countries outside the core Anglophone group. Will they always learn English?

Mr Ostler suggests that two new factors—modern nationalism and technology—will check the spread of English. The pragmatism of the Achaemenids and Mughals is striking because no confident modern nation would today make a foreign language official. Several of Britain’s ex-colonies once did so but only because English was a neutral language among competing native tongues. English has been rejected in other ex-colonies, such as Sri Lanka and Tanzania, where Anglophone elites gave way to Sinhala- and Swahili-speaking nationalists. In 1990 the Netherlands considered but rejected on nationalist grounds making English the sole language of university education.

English will fade as a lingua-franca, Mr Ostler argues, but not because some other language will take its place. No pretender is pan-regional enough, and only Africa’s linguistic situation may be sufficiently fluid to have its future choices influenced by outsiders. Rather, English will have no successor because none will be needed. Technology, Mr Ostler believes, will fill the need.

This argument relies on huge advances in computer translation and speech recognition. Mr Ostler acknowledges that so far such software is a disappointment even after 50 years of intense research, and an explosion in the power of computers. But half a century, though aeons in computer time, is an instant in the sweep of language history. Mr Ostler is surely right about the nationalist limits to the spread of English as a mother-tongue. If he is right about the technology too, future generations will come to see English as something like calligraphy or Latin: prestigious and traditional, but increasingly dispensable.

11 commentaires pour Langues: L’anglais est-il autre chose que du français mal prononcé? (Excuse my French: English’s best-kept little secret)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    Il me semble qu’à une certaine époque, d’après un article que j’avais lu il y a bien longtemps, certains Français parlaient la même langue. Et le français lui-même n’est que du pidgin de latin, comme l’allemand, ou même le Breton (qui comporte énormément de mots d’origine latine). Même si les racines choisies furent différentes selon les langues.

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  2. jcdurbant dit :

    « L’invention d’un pidgin qui a réussi » …

    Voir aussi:

    En fait, pendant des siècles, il n’y a tout simplement pas de français, puisque celui-ci n’a ni grammaire, ni normes, ni encore moins d’Académie. Il n’est même pas enseigné à l’école, l’enseignement se faisant exclusivement en latin. Et s’il a bien un passé, ce n’est pas un passé des plus recommandables. Il vient tout simplement du ruisseau, c’est-à-dire du plus bas, du plus vulgaire des latins. Pas celui des textes officiels, des grandes oeuvres littéraires ou même des instituteurs de l’Empire romain, mais plutôt celui des marchands, petits soldats, esclaves, souteneurs qui étaient en contact avec le peuple. C’est donc déjà un latin parlé, vulgaire, qui arrive en Gaule avec César et qui a peu de rapports avec la langue classique. Et puis, même lorsque vers la fin du XIIe siècle on peut commencer à parler de français comme langue à part entière, il n’y a pas un français, mais des français, comme le picard, le normand, le bourguignon, le parisien, c’est-à-dire la langue du roi (sans compter l’anglo-normand qui restera parlé par la cour anglaise pendant plusieurs siècles, les autres régions de la future France parlant d’autres langues comme l’occitan ou le provençal). Ce n’est que progressivement et à travers la multiplication des contacts entre le pouvoir royal et les serviteurs de l’État ou les parlementaires (ou, pour certains notables, par simple volonté de distinction sociale) que va se constituer une sorte de langue commune. Ce qui explique d’ailleurs que l’Ordonnance de Villers-Cotterêts de François Ier imposant le français en 1539 comme langue de la justice et de l’administration au détriment du latin, ne fera qu’entériner un état de fait.

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  3. Thot Har Megiddo dit :

    J’avais dû lire cela chez vous…

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  4. […] L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau […]

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  5. […] Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français. Jon-Kriss Mason […]

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  6. Frederic d'Entraigues dit :

    Sans accent, Clemenceau !

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  7. jcdurbant dit :

    Oui, c’est vrai: merci !

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  8. jcdurbant dit :

    A MUSEUM OF CONQUESTS (How the English language became such a mess)

    It’s a story of invasions, thefts, sloth, caprice, mistakes, pride and the inexorable juggernaut of change. In its broadest strokes, these problems come down to people – including you and me, dear readers – being greedy, lazy and snobbish. (…) Our language is a museum of conquests (…) Greed started the problem of our language and laziness entrenched it, but snobbishness lionizes it. The history of English is a tale of vice… and that is a word, by the way, that we got from the French – even if we can’t blame them for the vices themselves …

    How the English language became such a mess
    James Harbeck
    Words’ Worth
    BBC
    8 June 2015

    You may have seen a poem by Gerard Nolst Trinité called The Chaos. It starts like this:

    Dearest creature in creation
    Studying English pronunciation,
    I will teach you in my verse
    Sounds like corpse, corps, horse and worse.

    In its fullest version, the poem runs through about 800 of the most vexing spelling inconsistencies in English. Eight hundred.

    Attempting to spell in English is like playing one of those computer games where, no matter what, you will lose eventually. If some evil mage has performed vile magic on our tongue, he should be bunged into gaol for his nefarious goal (and if you still need convincing of how inconsistent English pronunciation is, just read that last sentence out loud). But no, our spelling came to be a capricious mess for entirely human reasons.

    The problem begins with the alphabet itself. Building a spelling system for English using letters that come from Latin – despite the two languages not sharing exactly the same set of sounds – is like building a playroom using an IKEA office set. But from Tlingit to Czech, many other languages that sound nothing like Latin do well enough with versions of the Latin alphabet.

    So what happened with English? It’s a story of invasions, thefts, sloth, caprice, mistakes, pride and the inexorable juggernaut of change. In its broadest strokes, these problems come down to people – including you and me, dear readers – being greedy, lazy and snobbish.

    Invasion and theft

    First, the greed: invasion and theft. The Romans invaded Britain in the 1st Century AD and brought their alphabet; in the 7th Century, the Angles and Saxons took over, along with their language. Starting in the 9th Century, Vikings occupied parts of England and brought some words (including they, displacing the Old English hie). Then the Norman French conquered in 1066 – and replaced much of the vocabulary with French, including words which over time became beef, pork, invade, tongue and person.

    The Norman conquest of Britain gave English its French vocabulary

    The Norman conquest of Britain in 1066 – shown here in the 11th-Century Bayeux Tapestry – introduced a number of French words into the language (Credit: GL Archive/Alamy)

    Once the English tossed out the French (but not their words) a few centuries later, they started to acquire territories around the world – America, Australia, Africa, India. With each new colony, Britain acquired words: hickory, budgerigar, zebra, bungalow. The British also did business with everyone else and took words as they went – something we call “borrowing,” even though the words were kept. Our language is a museum of conquests.

    What does this have to do with spelling? When we “borrow” words, they often come from other Latin-alphabet spelling systems, but have sounds different from the sounds we make in English. Many other languages, therefore, fully adapt words they borrow: Norwegian turned chauffeur into sjåfør and Finnish turned strand into ranta. In English, though, we wear our battle scars proudly. For some words, we have adopted the pronunciation but modified the spelling: galosh (from French galoche), strange (from French estrange). For others, we didn’t change the spelling, but we did change the pronunciation: ratio (originally like “ra-tsee-o” in Latin), sauna (the Finnish au is like “ow”), ski (in Norse, said more like “she”). Or we kept the spelling and, to the extent reasonable, the pronunciation too: corps, ballet, pizza, tortilla.

    Lazy tongues

    Adding to the greed is the laziness – or, as linguists call it, “economy of effort”. Sounds tend to change to save effort for either the speaker (dropping sounds out) or the listener (making sounds more distinct). Under Scandinavian and French influence, we tossed out troublesome bits of the complex Old English inflections, so a word like hopian got whittled down to hope, and over time, the e on the end stopped being said. In more recent centuries, we have often kept the spelling when sounds wear down: “vittle” is still written as victual. We simplified some sound combinations – “kn” became “n” and “wr” became “r.” We also stopped using – but not writing – some sounds altogether: the “kh” sound we spelled gh got changed to “f” as in laughter or just dropped, as in daughter.

    Sometimes sounds just change capriciously. The most significant instance of this in English was the Great Vowel Shift. From the 1400s to about 1700, for reasons that remain unclear, our long vowels all shifted in our mouths like cream swirling slowly in a cup of tea. Before it, see rhymed with « eh »; boot was said like “boat”; and out sounded like “oot.” But when the sounds shifted, the spelling stayed behind.

    Tongues and ears aren’t the only lazy things. Scribes and typesetters can be, too. If you bring over scribes from France or typesetters from the Netherlands and Belgium, where the first presses in Britain came from, they will tend to the standards they’re used to. The French scribes, with their Latin influence, didn’t see why we would write cwen when obviously what they heard should be spelled something like queen. The Dutch typesetters felt that gost was missing something, so they slipped in an h to make ghost.

    And, heck, if you charge by the letter, why not add in some extra e’s? They seemed to be all over the place anyway.

    And then came snobbery

    What really made sure that English spelling was a losing game, though, was snobbery.

    It started in the 11th Century, when French became the high-class language and loaded up our culinary, legal and poetic vocabularies. But the snobbery kicked into top gear in the Renaissance, when scholars developed a crush on the ancient classics. They started borrowing words wholesale; many of our scientific and technical terms come from Latin and Greek (and most of the Greek terms came first through Latin, with Latin ideas of how to spell them). But they also decided that words that we already had ought to display their classical heritage, too. Does peple trace back to Latin populus? Then it ought to bear a special amulet to show its nobility – let’s add the o and make it people! Det owes a debt to debitum? Then put a b in so we know it! Many words had letters added by this indi(c)table fau(l)t; sometimes, they changed their pronunciation to match the spelling, as in fault. And sometimes the re-spellers were wrong about the etymology. While isle (formerly ile) comes from insula (hence the s), for example, island does not; it’s from Old English iegland.

    The influence of Latin on English

    During the Renaissance, English speakers started borrowing Latin and Greek words wholesale – or changing words we already had to show their ancient heritage (Credit: Alamy)

    One more layer of snobbery has added further complications across the Atlantic over the last couple of centuries: national pride. The (relatively few) American simplifications of spelling – color for colour, center for centre – largely owe their existence to Noah Webster’s desire to create a distinctive American English. Canadian preference for keeping many British spellings, on the other hand, has the same nationalistic origins… just in reverse.

    And now? Now we don’t even want to spell things as they sound. How do spellings like hed, hart, lafter, dotter, and det look to you? Uneducated, perhaps? Annoyingly simplistic? Exactly. We enjoy our discomforts – and we really enjoy arbitrary practices that allow us to tell who are and aren’t the “right sort”. We’ve taken a useful tool and turned it into a social filter.

    Greed started the problem of our language and laziness entrenched it, but snobbishness lionizes it. The history of English is a tale of vice… and that is a word, by the way, that we got from the French – even if we can’t blame them for the vices themselves.

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  9. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    Franglais et anglicismes: quand le français se met à parler anglais
    Micha Cziffra
    Slate
    18.03.2013

    Quel(le) Français(e) peut prétendre ne jamais prononcer un mot d’anglais? Du point de vue linguistique, tous les secteurs de la société moderne sont influencés par «la» langue considérée comme internationale: l’anglais.

    Empruntés à l’anglais et, de plus en plus, à l’anglo-américain, les anglicismes se sont incrustés dans de nombreuses langues, dont la nôtre.

    Certains d’entre eux squattent l’espace francophone depuis si longtemps que les puristes ont intérêt à se balader en se bouchant les oreilles pour éviter qu’elles ne soient écorchées par ce qui se dit dans les médias, à la télé, à la radio et, en somme, dans la bouche de tous les Français.

    Des fans de foot aux adeptes du camping, ou simplement ceux qui partent en week-end avec un bon best-seller à dévorer! (Qui d’entre vous part en vacancelle avec un bon roman à succès?!)
    Trois types d’anglicismes

    Distinguons trois sortes d’anglicismes, qui ont tous pour point commun d’être «empruntés-adaptés»:

    1. Quasi inévitables

    Il y a tout d’abord les termes entrés dans l’usage plus-que-courant: «football» ou «week-end» par exemple. Certains de ces idiotismes pas idiots, propres à l’anglais, et qui figurent dans les dictionnaires au même titre que les vocables purement français, ont souvent vu leur orthographe légèrement modifiée en français: «week-end», comme un certain nombre de ses cousins-anglicismes, prend un trait d’union en français, contrairement à l’anglais, où il s’écrit en un seul mot. De la même manière, qui (à moins de se livrer à une folle expérience de linguiste ou d’être d’une autre planète) dit qu’il va «voir une partie de balle au pied»?

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    2. Critiqués et remplaçables

    Ensuite, viennent ces termes dont l’emploi est critiqué et pour lesquels certains dictionnaires recommandent un synonyme français.

    Prenons «parking». Le Comité d’étude des termes techniques français a recommandé l’usage de «parc» comme traduction de parking. De plus, bien qu’emprunté à l’anglais, le substantif «parking» revêt une signification propre au français (de France), puisqu’un «parking» se dit en fait «car park» en anglais britannique et «parking lot» en anglais américain. Idem pour «camping» (le lieu), qui se dit «camp site» en anglais.

    Ces mots en en «-ing» sont dénoncés par les puristes, car ils sont considérés comme étrangers à la structure morphologique et à la prononciation du français. «Campement» et «campisme», les substituts proposés et un temps utilisés (dans les années 1950), n’ont pas résisté à la force de l’anglicisme.

    D’autres syntagmes ou mots anglais, tels que «prime time» ou «scoop» continuent d’être largement employés, mais ils doivent lutter pour leur survie contre des concurrents français fringants (quoique moins présents: «heures de grande écoute» ou «exclu[sivité]»).

    3. «Djeuns» et hype

    On trouve enfin les purs anglicismes employés «parce que ça fait cool». Relevant presque d’un jargon, ils peuvent être associés au monde d’aujourd’hui, aux cadres branchés du monde moderne:

    «Ce reporting est incomplet. En plus, Christophe n’a pas respecté le process métier!» (en entreprise)

    A la génération Web 2.0:

    «J’ai uploadé une photo de profil sur mon Facebook» (on conjugue le verbe anglais à la française

    Au langage des jeunes en général –des «djeuns», comme on dit, par anglicisation du terme sans doute:

    «J’peux pas te parler, je suis dans le rush. Je suis hyper speed, là!»

    Où sont les équivalents?

    Dans tous ces cas, s’ils n’existent pas, des équivalents français pourraient exister. C’est une question de volonté politique mais aussi publique. Prévenir l’arrivée en grand nombre et la fixation des anglicismes et des emprunts en français est l’une des missions de l’Académie française ainsi que des instances gouvernementales.

    A cet égard, la mise en place de la base de données France Terme accessible à tous, qui regroupe tous les d’équivalents français publiés au Journal officiel par la Commission générale de terminologie et de néologie de l’Académie française est très utile.

    Mais encore faut-il que les Françaises et les Français (les passionnés de la langue française sans doute) la consulte et soient disposés à accepter, à intégrer et à employer ces termes.

    On parle aussi facilement de l’«entraîneur» d’une équipe sportive que de son «coach» (malgré une nuance entre les deux), n’est-ce pas? Ainsi, donc, l’élimination des anglicismes en français –si tant est que cela fasse partie d’une certaine volonté– relève d’une responsabilité collective.
    La loi «AllGood»

    Jacques Toubon, ministre français de la Culture de mars 1993 à mai 1995, a fait voter une loi (héritière de la loi Bas-Lauriol) visant notamment à «assurer la primauté de l’usage de termes francophones traditionnels face aux anglicismes».

    Dans le cadre de ce dispositif, l’Académie française s’est vu attribuer un rôle éminent. Elle participe aux travaux des commissions spécialisées, qui proposent, dans des domaines variés, des termes français pour désigner les notions et les réalités nouvelles. Elle est membre de droit de la Commission générale qui examine les propositions de ces commissions spécialisées. Enfin, elle donne son aval pour la publication au Journal officiel des termes, accompagnés de leurs définitions. L’emploi des équivalents français devient alors obligatoire au sein des administrations et des services publics, en remplacement des termes étrangers.

    La loi Toubon a aussi rendu obligatoire l’utilisation du français dans la publicité. Ainsi, les supports publicitaires sur lesquels apparaissent des slogans ou des textes utilisant des mots en anglais doivent «impérativement» en donner la traduction (qui apparaît généralement en petits caractères et précédée d’un astérisque).

    Mais les industriels peuvent tout à fait créer des noms de marques en anglais –une manière de contourner cette loi à l’évidence difficilement applicable.

    A titre d’exemple, le groupe Bouygues Telecom a pu lancer, sans traduction et sans être inquiété par la justice, son service B&You. Son concurrent SFR, lui, vient «carrément» de créer «DUAL CARRIER» pour les gens «4G Ready».
    Efficace?

    Par ailleurs, l’ancien ministre avait proposé, pour promouvoir la francophonie, une liste complète de termes français à utiliser à la place des mots anglais («vacancelle» pour «week-end», par exemple), ce qui lui avait valu bien des moqueries.

    La plupart de ces mots ne se sont de fait jamais imposés face à leurs concurrents anglais. Aussi, peut-on légitimement remettre en cause l’efficacité de cette loi, aussi noble en soit l’inspiration.

    La présence de l’anglais dans la pub et le commerce en France (car il ne s’agit souvent plus de simples anglicismes) peut vraisemblablement s’expliquer par l’effet vendeur supposé.

    Seulement voilà, à en juger par la longue liste d’anglicismes que compte le français (voir la liste [raccourcie] en fin d’article), il faut croire que leur emploi reflète aussi une souplesse générale –ou une ouverture– des Français dans leur ensemble. A l’ère de la mondialisation, l’attachement à son pays et à sa culture n’est pas incompatible avec un parler «international».
    Invasion des anglicismes? L’Académie répond «non»

    Selon l’académicien Patrick Vanier, le terme «invasion» s’agissant des anglicismes en français, est exagéré.

    «Il est excessif de parler d’une invasion de la langue française par les mots anglais. Les emprunts à l’anglais sont un phénomène ancien. Pour en donner quelques exemples:

    — avant 1700: ajourner, boulingrin, contredanse, gentleman, gentry, groom, lord, lord-maire, paquebot, yard, yeoman;

    — entre 1700 et 1800: anesthésie, balbuzard, bas-bleu, gin, méthodisme, pickpocket, stick;

    — entre 1800 et 1850: autobiographie, bifteck, cold-cream, job, mess, pickles, silicium, sinécure, speech, steamer;

    — entre 1850 et 1900: base-ball, building, dribbleur, goal, lift, lunch, spinnaker, visualiser;

    — entre 1900 et 1920: autocar, chewing-gum, crawl, vamp, vitamine;

    — entre 1920 et 1940: break, bulldozer, chips, covalence, dévaluer, holding, ionosphère, mescaline, méson, oscar, show, technicolor;

    — entre 1940 et 1960: baffle, diariste, jet, marketing, offshore, pergélisol, permafrost, pop, sexy, station service;

    — après 1960: audit, codon, cutter, jogging, kart, patch, patchwork, permissif, pesticide.»

    Pourquoi ces anglicismes?

    «Cette extension des emprunts à l’anglais, qui a connu une accélération depuis une cinquantaine d’années, tient au fait que l’anglais est aussi la langue de la première puissance économique, politique et militaire, et l’instrument de communication de larges domaines spécialisés des sciences et des techniques, de l’économie et des finances, du sport, etc. A cela s’ajoute que l’on concède généralement à l’anglais une concision expressive et imagée qui, si elle peut nuire parfois à la précision (surtout dans l’anglo-américain très pauvre qui sert ordinairement de langue internationale commune), s’accorde au rythme précipité de la vie moderne.»

    Le Français n’est-il pas menacé par les mots anglais?

    «Langue mondiale d’usage pratique, l’anglais (principalement l’anglo-américain) exerce une forte pression sur toutes les autres langues. Dans tous les pays, des inquiétudes se sont manifestées, parfois avec véhémence, des voix ont proclamé que la langue nationale était en danger. Qu’en est-il vraiment?

    Un Dictionnaire des anglicismes de 1990 en enregistre moins de 3.000, dont près de la moitié sont d’ores et déjà vieillis. Les anglicismes d’usage, donc, représenteraient environ 2,5 % du vocabulaire courant qui comprend 60.000 mots. Un Dictionnaire des mots anglais du français de 1998, plus vaste, évalue les emprunts de l’anglais à 4% ou 5% du lexique français courant. Si l’on considère les fréquences d’emploi de ces anglicismes, on constate que beaucoup appartiennent à des domaines spécialisés ou semi-spécialisés et sont donc assez peu fréquents dans la langue courante. Quant aux termes purement techniques d’origine anglaise en usage en France, leur pourcentage est du même ordre.»

    Peu d’anglicismes, vraiment?

    Cette position est à mon sens contestable. Certes, beaucoup d’anglicismes peuvent appartenir à des domaines spécialisés.

    Mais les nouvelles technologies et l’informatique font partie du quotidien d’un grand nombre de Français. Aussi, l’usage (à l’oral tout du moins) de termes anglais est-il manifestement croissant.

    Il croît au rythme où apparaissent de nouveaux appareils informatiques, périphériques, logiciels, applications, sites Internet et autres réseaux sociaux… Du smartphone au poke en passant par le like (on adore liker sur Facebook!). Le cloud computing (que l’on trouve intact en français de France et parfois traduit à moitié: l’informatique dans le cloud; nos amis québécois ont créé l’«infonuagique») et le concept de Big Data viennent «enrichir» une liste interminable.

    Les chiffres avancés par l’Académie française sont-ils à jour? De quand datent les dernières recherches à ce sujet? Le linguiste Claude Hagège, professeur au Collège de France, interviewé (interrogé) par Christine Okcrent en avril 1994, affirme quant à lui que «le pourcentage de mots (…) d’origine anglo-américaine, ne dépasse pas 10%» (voir la vidéo plus haut).

    Mais c’était en 1994! Même son de cloche dans cet article d’un journaliste québécois, qui nous dit que les anglicismes et l’anglais seraient rares dans le secteur de la publicité. Il s’appuie sur une étude publiée en 2009.

    Alors, l’anglais semble avoir fait un sacré chemin en l’espace de trois-quatre ans. A plus forte raison dans la publicité! J’évoquais tout à l’heure B&You. On pourrait aussi citer la récente pub entièrement en anglais de Chanel N° 5 avec Brad Pitt:

    Le parfum aimerait-il l’anglais?

    Bon, d’accord, le luxe se vend à l’international. Schweppes se prend-il pour un article de luxe?

    Et, What else?, j’allais presque l’oublier, celui-là…

    Informatique et publicité ne sont pas les seuls domaines où l’anglais s’invite et se met à l’aise. (Pas de méprise, j’aime bien qu’on soit à l’aise chez moi). Mais il y a des limites. Mon visiteur doit s’adapter à moi et respecter cette règle minimale qui consiste à ne pas envahir mon intimité. Sur le plan linguistique, celle-ci commence au niveau de la structure intrinsèque. Ouah, quelle métaphore!

    Pour en revenir au français, comme le souligne l’académicien Patrick Vanier, l’une des missions cruciales de l’Académie française –et qu’elle semble remplir avec succès– est de «veiller à ce que ne soient touchés ni le système phonologique, ni la morphologie, ni la syntaxe».

    Exemple d’altération de la syntaxe par calque de l’anglais:

    «C’est juste pas possible.»

    En bon traducteur et rétablisseur du français naturel, je me devrais de dire:

    «C(e n’)est tout simplement pas possible.»

    Mais je ne veux pas non plus passer pour le traducteur vieux jeu… Car refuser d’employer des anglicismes «entrés dans l’usage», au niveau des mots ou de la structure, c’est aussi refuser d’évoluer avec sa langue! Toujours est-il que les exemples de ce type en français de France restent assez rares. Mis à part un Mr. Bond doublé en français, quel(le) Français(e) se présente en disant: «Mon nom est»?
    Le paradoxe québécois

    Ils sont fous ces Québécois! Ce sont des fous «dzu fraançais» (je le dis en imitant et avec affection). Enclavés dans un environnement anglophone, les Québécois, sont paraît-il réfractaires à l’usage de l’anglais. Si bien que l’utilisation du français dans les administrations et les entreprises de cette province canadienne fait l’objet d’une stricte législation-politique mise en œuvre par le célèbre Office québécois de la langue française.

    N’avez-vous pas lu l’un des billets de blog de Laurent Sagalovitsch? Là-bas, le restaurant (service) rapide «KFC», c’est «PFK», et la société de recrutement «Kelly Services» porte le nom «Services Kelly», comme si cela changeait fondamentalement la compréhension. En réalité, la francisation des noms aux marques commerciales est dans l’ensemble peu appliquée.

    Mais voilà qui m’intéresse. Dans la rubrique Commentaires de cet article, «BErtra» nous dit à très juste titre:

    «Pour avoir vécu à Montréal, les jeunes Québécois avec qui je partageais mes soirées, utilisaient à l’envi les néologismes “cancellé” pour “annuler”, “switcher” pour “changer”… et légion d’autres d’anglicismes (kicker, puncher…) dans leur langage courant. Notamment quand ils défendaient dans des débats endiablés l’indépendantisme de la Belle Province. Faut-il y voir une ardeur à la défense du français en baisse avec les nouvelles générations?»

    C’est exactement ça, à mon avis, le paradoxe québécois. Le joual, en particulier, est truffé d’anglicismes. Sur le plan terminologique d’abord.

    Dans l’optique de terminer cet article, j’ai demandé à un ami québécois comment il dirait dans le langage oral courant:

    «Je vais à un match de foot.»

    Il m’a répondu illico:

    «J’m’en va à une partie de soccer.»

    Donc, on proscrit «match», mais on utilise le terme américain correspondant au foot.

    Et sur le plan syntaxique ensuite. La version française de ce site Internet consacré au don d’organes BeADonor devient, par traduction littérale, SoyezUnDonneur. J’aurais pour ma part traduit par: «DevenezDonneur».

    Vous voulez plus convaincant? Un Québécois vous dira assez facilement:

    «Je questionne les pratiques douteuses de cette compagnie globale.»

    («Je conteste/remets en question les pratiques douteuses de cette entreprise internationale»). Serait-ce le piège de vouloir ou de devoir tout traduire?
    To be translated

    Si «logiciel» a facilement supplanté «software» et que «parc/aire de stationnement» n’a pas pris le pas sur «parking», c’est en partie à cause de la longueur de la traduction.

    Mais dans d’autres cas, le nombre de lettres ou de syllabes n’a pas joué, comme en peut en témoigner la rareté de «mercatique» face à «marketing». Aussi, semblerait-il que les raisons du succès ou de l’échec d’un néologisme français en guise de traduction d’un terme anglais soient difficiles à cerner avec précision.

    Ci-dessous, un florilège (pour ne pas dire «best-of», bien sûr) des anglicismes que j’ai répertoriés dans différents domaines de la vie. Dans cette liste, beaucoup de termes ont déjà des équivalents français, mais ils ne sont pas toujours privilégiés par rapport au mot anglais de départ.

    Pourquoi ne pas vous essayer à un petit exercice de traduction? J’ai sélectionné quelques termes (en gras), qui me semblent plus difficiles à rendre en français. Je vous invite donc à proposer pour ceux-là des traductions inventives et percutantes!
    Médias et monde du spectacle (show-biz, quoi!)

    Talk-show
    News
    Pure player
    Prime-time
    Scoop
    Buzz
    One-man-show
    Interview
    Best-of
    Star
    Big-up
    Standing ovation
    Zapping/zapper
    Story-board
    Making-of
    Thriller
    Story-telling
    Remake
    Teaser
    Sitcom

    Sports et loisirs

    Match
    Football
    Jogging
    Sponsor/sponsoring
    Fan
    Goal-average
    Best-seller
    Box-office
    Hit-parade
    Pop-corn
    Fair-play
    Hooligan
    DJ (disque-jokey)
    Strip-tease
    Peep-show
    Happy hour
    Open-bar
    Gloss
    Brunch
    Tour-opérateur
    Low-cost
    Jet set
    Shooting
    Bluff

    Monde du travail et du commerce

    (liste réduite pour ne conserver que les termes a priori les plus courants)

    Freelance
    Marketing
    Marketé
    FYI
    Business model
    Business plan
    Matcher
    Job
    Manager
    Boss
    (Réunion en) one to one
    Leadership
    Back office
    Process
    Workflow
    Metrics
    Slide (PowerPoint)
    Report/reporting
    Feedback
    Dispatcher
    Booster
    Challenge
    Coaching
    Dumping
    Hard-discount
    After-work
    Checker ses mails
    Forwarder un mail
    Deadline
    Mapper
    ASAP
    Timing
    Roadmap
    Cashflow
    Focusé
    Mailing
    Check-list
    Brainstorming
    Backuper
    Bulk
    Confcall
    Releasé
    Briefing/débriefing
    Attaché-case
    Flyer
    Offshore
    B to B
    (Dans le) speed/speeder
    (Dans le) rush
    One shot
    Jetlag

    Politique

    Garden-party
    Lobby
    Squatteur

    Technologie

    High-tech
    Airbag
    Cutter

    Internet et informatique

    Le Web
    Laptop
    Uploader (conjugable)
    Screenshot
    Zoom
    Lag (l’ordi lague)
    Rebooter (un ordi)
    Downloader (conjugable)
    Geek
    Nerd
    Poster
    Post
    Plugin
    Chat
    Smack (encore employé par les jeunes, croyez-moi!)
    Followers
    Playlist
    Hotline
    Build

    Vie quotidienne

    Cool
    Hype
    Pitch
    Week-end
    Coming-out
    Top (génial)
    (Le) top ten (les dix premiers)
    Parking
    Drive(-in) (Nos amis suisses disent «service au volant»)
    Camping
    Non-stop
    Fake
    Switché
    Useless
    Fun
    Rush
    Speed dating

    Micha Cziffra, traducteur

    Merci à l’équipe de terminologie et de néologie de l’Académie française, en particulier à MM. Patrick Vannier et Dominique Fernandez pour leurs éclairages sur les anglicismes et le comportement à adopter face à leur présence. Merci aussi à Betty Cohen, Associée déléguée chez PwC Canada, pour ses précisions sur ce que j’appelle le «paradoxe linguistique» québécois.

    Micha Cziffra

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  10. jcdurbant dit :

    Même The Economist reconnait qu’avec 60% de correspondance phonétique (contre 85 pour le français), le français mal prononcé en aurait bien besoin aussi:

    English spelling, too, has its costs. The problem is that those costs are diffuse and baked into the system; they have a great deal of vested interest behind them. Anyone with the power to introduce a new system has already learned the old one; anyone it might benefit is probably under the age of five right now, or is foreign, and either way cannot vote.

    The Economist

    Voir:

    Even though the reforms were fairly sensible and not terribly difficult, they met massive opposition. One state had 60% of voters reject the reforms in a referendum; two others announced they would ignore the reform, which had been the product of 10 years’ work. One of Germany’s most venerable papers, the Frankfurter Allgemeine Zeitung, reverted to the old spelling in 2000, and the Spiegel and the entire Springer-Verlag followed. The reform was duly reformed, but this utterly failed to calm the fuss, which is ongoing.

    Those reforms were orders of magnitude simpler and less ambitious than what would be required to turn English truly phonetic. (German readers can find them here, and everyone can find an English timeline here.) German spelling, after all, was already pretty straightforward.

    The only wide-ranging and successful language reforms I know of in the modern period were introduced by dictatorships; Turkey’s Mustafa Kemal Atatürk abolished the Arabic script and purged thousands of Persian and Arabic words from old Ottoman Turkish. And Mao Zedong and Zhou Enlai simplified the characters used in Chinese on the mainland. Russia’s successful reform, as G.L. mentions, was also pushed through by a dictatorship (and relative to China’s and Turkey’s, it was quite small.)

    I have been hard on the absurdly difficult writing system for Chinese (here, here and here), but Masha Bell is right: English spelling, too, has its costs. The problem is that those costs are diffuse and baked into the system; they have a great deal of vested interest behind them. Anyone with the power to introduce a new system has already learned the old one; anyone it might benefit is probably under the age of five right now, or is foreign, and either way cannot vote. The costs of a reform would be both optional and sudden, and are too easily postponed until all the world’s other ills are taken care of.

    The Economist

    Simplifier l’orthographe usuelle, la façon dont s’écrivent les mots, c’est rêver d’une coïncidence parfaite entre le son et la lettre. Cette correspondance est déjà de 85 % dans la langue française (elle est de 95 % en espagnol ou en italien et de 60 % en anglais). Il existe une façon de faire correspondre parfaitement la lettre et le son : c’est d’employer l’alphabet phonétique international. Mais ça ne garantit nullement que l’on comprenne ce que l’on retranscrit.

    Alain Bentolila (linguiste spécialiste de l’apprentissage du vocabulaire et de la grammaire)

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