Pollice verso: Et quand le peuple l’ordonne en tournant le pouce (Slaying whomsoever the mob with a turn of the thumb bids them)

15 décembre, 2010
Naguère sonneurs de cor et habitués de l’arène des villes de province, joues bien connues des bourgades, ils financent maintenant des jeux, et quand le peuple l’ordonne en tournant le pouce, ils tuent pour se faire bien voir; et en revenant de l’arène, ils soumissionnent pour des chiottes…  Juvénal (troisième satire)
Et la poitrine de celui qui est à terre, l’honnête vierge, en retournant le pouce, ordonne de la briser. Prudence (Contre Symmaque)
Le droit de grâce (missio) appartenait à l’editor, et, autant qu’il semble, à lui seul ; aussi en réalité ne dit‑on pas qu’il fait tuer les vaincus, mais qu’il les tue (occidit), le vainqueur n’étant que l’instrument de sa volonté ; cependant il est probable qu’en général il se conformait au désir exprimé par la foule. Si l’empereur entrait dans sa tribune au moment où le sort d’un vaincu était en suspens, celui‑ci avait la vie sauve par le fait même. Les spectateurs qui souhaitaient qu’on accordât la grâce levaient un doigt en l’air, ou bien ils agitaient une pièce d’étoffe (mappa), en criant « Missum ! » Leur geste, répété par l’editor, donnait au vaincu le droit de sortir aussitôt de l’arène. Si au contraire sa prière était repoussée, les spectateurs, et après eux l’editor, baissaient le pouce vers la terre (vertere pollicem), en criant: « Jugula ! » Dès lors il n’avait plus qu’à tendre la gorge pour recevoir le coup mortel (ferrum recipere) de la main du vainqueur. Georges Lafaye
Se basant sur une réelle connaissance des sources mais en leur donnant une mauvaise interprétation, Gérôme crée aussi ce geste célèbre du pouce retourné, geste rapidement jugé suffisamment spectaculaire pour qu’il soit repris dans le péplum italien « Quo vadis » en 1912. […] Mais que disent les sources antiques de ce fameux geste ? En fait, deux textes seulement l’évoquent. […] ces deux témoignages ne traitent pas directement des gladiateurs mais veulent dénoncer, à travers l’instant crucial de la mort du vaincu, certains contemporains qui la réclament. […] La nature exacte du fameux geste fatal est bien fondée sur une seule et unique référence littéraire qui, comme le montre brillamment Michel Dubuisson, a sans doute été mal comprise. « Le vertere de Juvenal, que Prudence jugeait déjà utile de préciser en convertere, est loin d’avoir toujours été interprété de cette façon-là. Pour les commentateurs du début de l’avant dernier siècle, il allait de soi, au contraire, que pollice verso signifiait ici « pouce tendu vers » un objet (en l’occurrence la propre poitrine de celui qui fait le geste) […] il n’y a donc aucune raison de supposer que ce même verbe, employé absolument, se mette soudain à désigner une direction de haut en bas. Pollice verso ne pourrait dès lors signifier que « pouce tourné vers, tendu ». » Ainsi, le geste de la mort, si important dans l’imagerie d’Epinal de la gladiature, repose sur de bien faibles indices. Si le signe fatal ordinairement admis peut légitimement être mis en doute, il en va de même du signe opposé. En effet, le geste du pouce levé vers le haut, censé accorder la grâce au vaincu, est une spéculation purement moderne. Ce geste n’est attesté par aucune source ancienne, ni littéraire ni iconographique. Eric Teyssier (Université de Nimes)
Il est vrai qu’une observation hâtive et incomplète d’un médaillon d’applique découvert à Cavillargues en 1845 a pu faire croire le contraire au moins pendant quelque temps, en tout cas de 1853 à 1910, c’est-à-dire jusqu’à la huitième édition d’un autre grand classique des vies quotidiennes, la Sittengeschichte de Friedländer (…) ce que confirme une autopsie à la loupe de l’original, qui est au musée de Nîmes, c’est-à-dire qu’il est bien difficile de savoir si les quatre personnages de la scène du haut sont des spectateurs commentant la missio de gladiateurs épargnés ou bien ces gladiateurs eux-mêmes et qu’il est impossible de reconnaître là un pouce ou même d’ailleurs un poing (sans parler d’une femme). (…) Juvénal pourrait bien désigner ici, en fait, ce qu’un poète de l’ Anthologia Latina appelle plus clairement un infestus pollex , un pouce hostile, en position d’attaque, dirigé vers celui qu’on veut voir mourir …  Le geste attesté (uerso pollice) pourrait paradoxalement avoir été réinterprété à partir du geste fatalement non attesté, puisqu’il est purement moderne, mais senti comme allant de soi, le geste par lequel on dit que tout va bien. (…). Un des deux gestes aurait donc bien été tiré de l’autre, mais par un processus inverse de celui que j’évoquais d’abord. (…) Donc ni le pouce vers le haut, purement moderne, ni le pouce vers le bas, tiré du précédent et faussement imputé à Juvénal, n’ont jamais existé dans l’antiquité. Resterait le pouce tendu vers le gladiateur qu’il s’agit d’achever – geste au demeurant peu naturel et peu commode. Etienne Famerie (Université de Liège, 2006)
On devine grâce aux rais de lumière la présence d’un velum tiré sur les gradins de l’amphithéâtre afin de protéger les spectateurs du soleil. Il est légitime, de ce fait, de se demander si nous n’assistons pas aux fameux jeux de midi, jeux les plus cruels, d’après les auteurs latins qui en ont été les témoins et qui avaient lieu à l’heure où le soleil, à son zénith, rendait nécessaire le déploiement du velum. Le goût du sensationnel de Gérome et des peintres pompiers en général, s’y prêterait assez bien. (…) Comme à son habitude, Gérome nous offre un tableau historique très bien documenté en ce qui concerne les types et équipements des gladiateurs, l’architecture et la disposition de l’amphithéâtre (velum, tribune impériale, vomitoria), les vêtements de l’époque, le nombre de Vestales et les prérogatives qui étaient les leurs, etc. Mais à cette recherche de réalisme se mêle un goût prononcé pour le sensationnel et le spectaculaire. Ainsi, le choix du récit de Prudence, dont il s’est largement inspiré pour représenter des Vestales en furie, n’est pas anodin. De plus, Gérome réécrit l’Histoire en inventant le geste du pouce baissé (Pollice verso) qui connaîtra par la suite la fortune que l’on sait. R. Delord

Vous avez dit pompier?

Où, grâce à l’actuelle rétrospective  du Musée d’Orsay, l’on (re)découvre …

Derrière les sempiternels procès en pompiérisme et en goût malsain du sensationnel …

Mais aussi les réelles erreurs factuelles dues à l’état des connaissances de l’époque

Et des fameux rais de lumière de Pollice Verso au détail de l’équipement des gladiateurs

L’incroyable obsession, dans ces véritables merveilles d’archéologie expérimentale, du peintre Jean-Léon Gérôme pour la vérité et la réalité historiques …

Tout autant, derrière l’indéniable fascination, qu’un probablement réel et si chrétien parti pris (il y a apparemment bien eu au moins un combat de soldats gladiateurs ayant salué l’empereur avec les fameuses paroles et deux mentions, certes polémiques et non parfaitement univoques mais bien attestées, de pouces inversés) et souci de la victime … 

Histoire des Arts : Analyse d’une oeuvre –

Jean-Léon Gérôme, « Pollice Verso » (1872)

huile sur toile – 97,5 x 146,7 cm

Musée d’art de Phoenix, Arizona

– « Pollice Verso » est un des tableaux qui a inspiré Ridley Scott pour la réalisation de son film

Gladiator en 2000.

– Dans les interviews qu’il a données aux médias, Ridley Scott déclarait lui-même ne pas avoir cherché à faire un film historique mais plutôt à rendre hommage à l’école des peintres dits « pompiers » du XIXème siècle.

I. Description – Composition

– Nous nous trouvons dans un amphithéâtre romain dont nous distinguons deux niveaux de gradins,

juste en face de la tribune impériale. Gérôme ne représente donc pas le Colisée puisque celui-ci

comprenait trois niveaux construits en dur.

– La scène représentée est un combat de gladiateurs. Le fait qu’il y ait quatre gladiateurs dans l’arène

peut laisser penser qu’il s’agit d’un combat de masse lors duquel plusieurs paires de gladiateurs

s’affrontaient. L’absence de l’arbitre qui veille généralement au bon déroulement du combat semble

également appuyer cette hypothèse.

– Le gladiateur à l’arrière plan est difficilement identifiable. En revanche, on peut clairement

identifier les gladiateurs au premier plan grâce à leur équipement. Nous avons donc à faire à deux

Thraces, l’un à terre, mort, l’autre debout victorieux, et à un rétiaire également à terre mais encore en vie et tendant le bras pour demander son salut. Les premiers étaient équipés d’une épée courte, d’un casque, de jambières de cuir, d’une manique recouvrant le bras droit ainsi que d’un petit bouclier rond. Le second était muni d’un filet ainsi que d’un trident qui semble légèrement enfoncé dans le sable. On notera au passage que le rétiaire est le seul gladiateur représenté sans chaussure.

– Nous sommes à la fin du combat, au moment précis où le gladiateur vainqueur attend les ordres de l’empereur pour savoir s’il doit exécuter ou laisser la vie sauve au gladiateur vaincu.

– Le peuple, représenté à l’arrière plan, est flou. Il semble légèrement penché à l’avant, comme attentif au sort qui va être réservé au gladiateur vaincu, mais il est impossible de dire plus précisément quelle est son attitude.

=> ??? Nous tenterons donc de voir en quoi la représentation de ce combat de gladiateurs par Jean-

Léon Gérôme respecte ou s’écarte des données historiques et archéologiques ???

II. Composition

1°) Horizontales et verticales

– On peut généralement diviser un tableau classique selon un quadrillage de trois cases en hauteur

sur trois cases en largeur. Cela fonctionne assez bien avec notre tableau (image 01) ; on notera que

la ligne marquée par le haut du mur des gradins crée une ligne diagonale dynamique qui monte de

gauche à droite, épouse le champ de vision du gladiateur victorieux, et attire l’attention du

spectateur sur les femmes voilées.

1 : le peuple dans les gradins

2 : la loge impériale

3 : la tribune des femmes voilées de blanc

4 : architecture et bas-relief

5 : le gladiateur Thrace victorieux

6 : les tentures de la tribune des femmes (prédominance de la tenture au chardon)

7 : un gladiateur mort en arrière plan, la tête d’un Thrace mort au premier plan

8 : le rétiaire vaincu demandant grâce au public

9 : l’arène (arena : « sable », en latin)

– Ce découpage du tableau en colonnes nous montre où se situe le centre d’intérêt du tableau. En effet, autant la suppression de la colonne de gauche ne porte pas à conséquence (image 03), autant celle de la colonne de droite rend incompréhensible l’action représentée et son enjeu dramatique (image 04).

2°) Découpage par le milieu

– Un découpage du tableau par le milieu est également pertinent puisqu’il met en lumière quatre zones (image 02) :

1 : la tribune impériale et le casque du gladiateur victorieux

2 : la tribune des femmes voilées et la tenture au motif végétal

3 : les gladiateurs vaincus

4 : l’arène (arena : « sable », en latin)

3°) Les diagonales

– Nous nous sommes contentés, pour l’analyse de ce tableau, de tracer trois diagonales assez révélatrices (image 10).

– La première (diagonale bleue sur nos images) suit la pente de la tribune des femmes voilées, descend vers la gauche en passant par le sommet du casque du gladiateur victorieux, puis l’angle d’un élément architectural en forme d’autel, accolé à la gauche de l’avancée de la tribune impériale.

– La seconde (diagonale rose) passe à la fois par le bras du gladiateur vaincu et suppliant qu’on l’épargne et par celui de la troisième femme voilée, celle qui semble la plus penchée vers l’avant pour réclamer la mort du gladiateur terrassé.

– La troisième (diagonale verte) est marquée par l’aile du premier aigle impérial, passe par la personne de l’empereur, l’angle de la tenture rouge, le cimier du casque du gladiateur vainqueur. Elle suit le prolongement de la cuisse de ce dernier et termine sa course en passant par l’épaule du gladiateur vaincu.

– Ces trois lignes de force marquent encore un peu plus la distinction entre la gauche et la droite du tableau et présentent surtout deux gladiateurs, l’un vainqueur, l’autre vaincu, qui semblent plus s’adresser aux jeunes femmes voilées de blanc qu’à l’empereur.

III. Lumière (image 05)

– On devine grâce aux rais de lumière la présence d’un velum tiré sur les gradins de l’amphithéâtre afin de protéger les spectateurs du soleil. Il est légitime, de ce fait, de se demander si nous n’assistons pas aux fameux jeux de midi, jeux les plus cruels, d’après les auteurs latins qui en ont été les témoins et qui avaient lieu à l’heure où le soleil, à son zénith, rendait nécessaire le déploiement du velum. Le goût du sensationnel de Gérome et des peintres pompiers en général, s’y prêterait assez bien. Les rais de lumière horizontaux convergent vers le centre de l’arène et attirent notre attention sur le groupe des gladiateurs. Les rais de lumière verticaux remontent de manière évidente vers les trois femmes voilées qui paraissent les plus véhémentes.

– Les reflets du soleil sur les éléments métalliques (casques, manique, effigies) attirent également notre regard.

IV. Couleurs

– Le rouge et ses nuances, très présent dans le tableau, est à la fois le symbole du pouvoir et de la violence, de la pourpre (étoffe très onéreuse réservée aux fonctions les plus élevées de l’Etat) et du sang versé par les gladiateurs dans l’arène (image 06).

– L’architecture de l’amphithéâtre adopte quant à elle des couleurs sombres (noir, gris, bordeaux). Deux raisons à cela : l’une pratique car ces couleurs sombres servent de fond à l’action, l’autre symbolique car l’amphithéâtre est un lieu sombre, sinistre, un lieu de mort (image 07).

– Les tons clairs du tableau font ressortir trois zones importantes du tableau, de gauche à droite : le peuple, le groupe de gladiateurs et le groupe de femmes voilées de blanc (image 08).

– A la dorure des effigies de l’empereur, des aigles et du fauteuil impériaux répond le bronze des casques des gladiateurs au premier plan (image 09).

V. Interprétation des symboles

1°) L’aigle noir

– On peut voir dans l’aigle noir figurant sur la tenture rouge de la tribune impériale un symbole de mort. Par sa couleur et avec ses ailes rabattues, il est en effet en opposition avec les aigles dorés aux ailes déployées perchés au sommet des colonnes de marbre rouge et symbolisant le pouvoir impérial.

2°) L’ombre d’un empereur

– L’empereur est représenté minuscule et de façon très sommaire (couleurs sombres et traits du visage grossiers ; seule la couronne de laurier est vraiment reconnaissable) contrairement à l’usage courant qui veut que l’on représente toujours les personnages importants démesurément grands.

L’empereur peint par Gérome est un empereur qui n’a pas encore fait son choix, indécis, faible.

3°) L’homme en noir et les femmes en blanc

– Un personnage discret semble se cacher dans un recoin sombre de l’amphithéâtre, dans l’angle du muret qui sépare la loge impériale de la tribune des femmes en blanc. Cet homme a son importance puisqu’il nous confirme l’identité des femmes en blanc qu’il accompagne.

– Nous sommes donc en présence de toute la troupe des Vestales (6 au total), prêtresses qui bénéficiaient d’honneurs importants (amplissimi honores), de sorte qu’à la fin de la République romaine, elles étaient précédées d’un licteur pendant leurs déplacements.

– Personnes sacrées, les Vestales sont intouchables, et nul ne peut leur interdire d’aller où bon leur semble. Dans son Contre Symmaque, le polémiste chrétien Prudence met en doute la pureté des moeurs des Vestales et prétend qu’elles assistaient même aux jeux de l’amphithéâtre.

– Même si l’on admet qu’il était possible de croiser les Vestales dans un amphithéâtre, les représenter, comme le fait Gérome, en furie et réclamant à tous cris l’exécution d’un malheureux gladiateur à terre relève d’une recherche du sensationnalisme. La réalité était toute autre et leur intervention toujours miséricordieuse.

– Enfin, même si la liberté des Vestales était grande, il semble étonnant – aucun texte n’en fait mention – que des femmes, toutes prêtresses de Vesta qu’elles soient, occupent le premier niveau des gradins normalement réservé aux sénateurs (image 12). Sous le règne de Domitien on fit d’ailleurs ajouter un autre niveau, le maenianum secundum in ligneis, (« deuxième étage en bois ») au sommet du Colisée qui consistait en une galerie destinée aux pauvres, aux esclaves et aux femmes, avec des places debout ou aménagées succinctement sur des tribunes de bois en pente très raide. Là encore, il y a chez Gérome une volonté de choquer, de frapper les esprits.

4°) Le motif du chardon ?

– Un autre symbole attire notre regard sur la partie droite du tableau. Nous sommes d’ailleurs guidés vers cette zone à la fois par le regard du gladiateur vainqueur et par le mouvement circulaire de la bordure des tribunes. Le motif floral figurant sur la tenture qui pend devant le groupe de Vestales semble bien être un chardon.

– La symbolique de cette plante est double. Le chardon symbolise généralement la souffrance de Jésus et de la Vierge à mettre peut-être en rapport avec la souffrance des gladiateurs vaincus ou agonisants. On notera au passage l’aspect cyanosé du visage du rétiaire qui semble rendre son dernier souffle.

– Le chardon est aussi, comme la châtaigne, l’image de la vertu protégée par ses piquants. Il faudrait alors voir avec son inscription dans le tableau, une marque d’ironie du peintre envers ses prêtresses qui semblent avoir perdu toute vertu en s’adonnant ainsi aux spectacles de l’amphithéâtre.

5°) Pollice Verso

– « Pollice Verso », le pouce baissé en italien. Ce geste censé signifier la mise à mort d’un gladiateur vaincu n’est mentionné dans aucun texte antique. Il est une pure invention de Jean-Léon Gérome qui a été le premier à le représenter et a ensuite été copié, dès le début du vingtième siècle, dans tous les peplums et dans toutes les illustrations présentant des combats de gladiateurs.

Conclusion :

– Comme à son habitude, Gérome nous offre un tableau historique très bien documenté en ce qui concerne les types et équipements des gladiateurs, l’architecture et la disposition de l’amphithéâtre (velum, tribune impériale, vomitoria), les vêtements de l’époque, le nombre de Vestales et les prérogatives qui étaient les leurs, etc.

– Mais à cette recherche de réalisme se mêle un goût prononcé pour le sensationnel et le spectaculaire. Ainsi, le choix du récit de Prudence, dont il s’est largement inspiré pour représenter des Vestales en furie, n’est pas anodin. De plus, Gérome réécrit l’Histoire en inventant le geste du pouce baissé ( Pollice verso) qui connaîtra par la suite la fortune que l’on sait.

Pour aller plus loin (proposé par Marjorie Lévêque)

– Une réflexion s’impose autour de tous les styles qui confluent dans ce tableau et qui reflètent la difficulté sous-tendue que Gérôme a eu de s’insérer dans un mouvement précis dans le siècle qu’il a traversé. Gérôme est un peu le pivot entre David et son style néoclassique si austère dont il ne reste que le thème dans Pollice verso qui est beaucoup plus animé et grouillant de détails que dans un tableau conventionnel ; l’orientalisme, si cher au coeur de Gérôme, qu’on retrouve dans les formes…

– On notera que l’hyperréalisme que l’on retrouve souvent dans ses oeuvres est ici d’emblée

abandonné (foule floue…)

– On pourra dire également un mot de la vision romantique de la scène. Gérôme, qui a toute sa vie cherché à être là – à l’image d’un David qui dominait toute la scène, et qui même s’il était décrié à l’époque de Gérôme, avait quand même donné l’allure -, a réussi ici à créer une vision de l’antiquité. Son travail est devenu LA référence qui nous fait même oublier que rien ne prouve que cette histoire de pouce est vraie ou pas.

– Ne pas oublier que l’on dit de Gérôme qu’il est un peintre pompier parce qu’il n’a pas voulu céder aux sirènes de la modernité…

– Voir aussi les autres tableaux de Jean-Léon Gérôme représentant les jeux du cirque et de l’amphithéâtre :

La dernière prière des martyrs chrétiens et Morituri te salutant

Voir enfin :

Quelques idées reçues à propos de Rome

Aue, Caesar, morituri te salutant

Aue Caesar, morituri te salutant .

« Salut, César (ou Sire), ceux qui vont mourir te saluent. » Nul n’ignore que les gladiateurs, à leur entrée dans l’arène, allaient tout droit vers la loge impériale pour s’acquitter de cette indispensable formalité. Un film d’ailleurs excellent, le Gladiator de Ridley Scott, vient encore de le rappeler – la scène y figure même deux fois.

Et pourtant

Avant même de se mettre en quête de la source de cette formule, deux détails auraient dû étonner.

1. D’abord aue , en latin, n’est pas un « salut » ou un « bonjour » quelconque (comme salue ) ; c’est le salut militaire réglementaire. Et les gladiateurs ne sont évidemment pas des soldats. Un gladiateur même retraité ne pourra d’ailleurs jamais s’engager dans l’armée : la profession qu’il a exercée le marque à jamais d’ infamia (à peu près, déchéance des droits civils et politiques).

2. Ensuite et surtout, morituri est absurde : comment ceux qui vont mourir en seraient-ils déjà sûrs ? Ou bien tous sauraient-ils qu’ils vont mourir de toute façon ? Evidemment non : dans un combat singulier, il y a, par définition, un survivant sur deux, et d’ailleurs un gladiateur bien entraîné est un investissement qu’on ne sacrifiera pas à la légère – qu’on chouchoute autant, en fait, qu’un footballeur d’aujourd’hui. Le vaincu obtient donc, en pratique, toujours sa grâce (la uenia ) – avec ou sans un geste du pouce , c’est une autre question

La source de la citation vient résoudre ces difficultés, tout en confirmant que la formule est aujourd’hui employée constamment à contresens.

L’empereur Claude, dont le règne fut marqué par de grands travaux, comme l’agrandissement du port d’Ostie, fit également assécher le lac Fucin. Une fois réalisé le canal qui devait permettre l’écoulement définitif des eaux, il y eut une cérémonie que Claude décida d’immortaliser par un spectacle mémorable : une naumachie, c’est-à-dire un combat naval en réel. La chose en soi n’était pas nouvelle : César et Auguste avaient déjà offert au peuple ce genre de divertissement, que les Flaviens organiseront au Colisée. Mais sur un vrai lac, c’était évidemment autre chose Qui étaient les figurants ? Non pas des gladiateurs, évidemment, mais des soldats et des marins de la flotte, de toute façon condamnés à mort pour désobéissance ou toute autre faute de service, et auxquels on avait réservé un mode d’exécution original et spectaculaire. Leur adresse à l’empereur était donc parfaitement naturelle. Ce qui le fut moins, et qui déclencha même un incident – c’est pour cette raison, en réalité, que Suétone s’y étend -, c’est que Claude, qui n’était évidemment pas censé leur répondre, marmonna de son habituelle voix indistincte (dont Juvénal, avec sa gentillesse habituelle, dit qu’elle faisait songer à celle d’un veau marin, c’est-à-dire un phoque) quelque chose que les soldats comprirent aut non : « ou bien non, peut-être pas ». Pour la suite, il faut laisser la parole à Suétone. « A ces mots, puisqu’il leur avait fait grâce, plus aucun ne voulut combattre. Alors il fut longtemps à se demander s’il n’allait pas les exterminer par le fer et par le feu ; il finit par sauter de sa chaise et se mit à courir partout sur les berges du lac, non sans boitiller de façon grotesque, et à force de menaces et d’encouragements il finit par les décider à se battre. »

Aue, Caesar, morituri La formule est donc authentique (on serait tenté de dire : pour une fois), mais elle n’a pas du tout la portée qu’on lui donne aujourd’hui : il s’agit d’un épisode bien précis et non d’une règle générale, et qui, de toute façon, n’a rien à voir avec les gladiateurs.

(…)

Pouce !

S’il est un élément de choix de notre vision stéréotypée de l’antiquité, ce sont bien les combats de gladiateurs, récemment remis à la mode par la sortie d’un péplum hollywoodien qui a suscité de nombreuses réactions, le Gladiator de Ridley Scott (1). Le déroulement du combat est lui-même ponctué de scènes et de gestes stéréotypés, dont le plus fameux est sans doute, depuis le célèbre tableau de Gérôme (2), Pollice verso, le pouce tourné vers le bas, par le public ou par l’éditeur des jeux, pour indiquer qu’on veut qu’un gladiateur blessé soit achevé, et son contraire, le pouce vers le haut en signe de grâce.

Pollice verso

On retrouve ce fameux pouce dans la plupart des ouvrages de vulgarisation sur la « vie quotidienne », et d’abord dans le classique entre les classiques :

« et l’empereur, tranquillement, ordonnait en renversant son pouce, pollice verso, l’immolation du gladiateur terrassé qui n’avait plus qu’à tendre sa gorge au coup de grâce du vainqueur » (3).

L’assertion est, comme toujours chez Carcopino, appuyée par une note, et comme souvent, la note en question se borne à une unique référence, « Juv. III.36 », un passage auquel nous reviendrons. Notons seulement pour l’heure 1. qu’il n’y est nullement question de l’empereur, mais d’un type classique de parvenu, l’ancien sonneur de cor enrichi et devenu lui-même organisateur de jeux ; 2. que l’expression de Juvénal est uerso pollice et non pollice uerso – qui est par contre le titre du tableau de Gérôme.

Plus récemment, J.-N. Robert est plus nettement encore influencé par Gérôme : « même les femmes et les Vestales se lèvent pour abaisser le pouce et ordonner la mort de qui a mal combattu » (4). Pourquoi les Vestales, et d’où Gérôme les tirait-il ? En fait du seul autre témoignage littéraire dont nous disposions sur la question, celui de Prudence, dont le propos n’est pas plus que chez Juvénal de traiter des combats de gladiateurs en eux-mêmes, mais bien, en l’occurrence, de stigmatiser la fausse vertu desdites Vestales.

Mais les choses sont bien moins simples, même dans les raccourcis qu’impose la vulgarisation (5). R. Auguet, par exemple, dissocie les deux gestes : « cependant, les spectateurs sont partagés : les uns lèvent la main en signe de clémence, les autres, du pouce dirigé vers le sol (pollice uerso), réclament l’exécution du vaincu » (6). Et dans la Vita Romana d’U.E. Paoli : « si tous, le doigt levé, agitaient leurs mouchoirs, en criant : ‘Renvoie-le !’ (Mitte !), la mort était épargnée au vaincu. Si, au contraire, ils tendaient le poing, le pouce vers le bas, en hurlant: ‘Égorge-le !’ (Iugula !), le vainqueur ou un esclave l’achevait » (7).

Ainsi le geste de grâce paraît-il mal établi (est-ce la main ? est-ce le doigt, mais lequel ? avec ou sans mouchoir ?), alors que le pouce reste omniprésent dès qu’il s’agit de condamner un gladiateur maladroit ou malchanceux.

Il est d’autant plus curieux de constater que ce geste n’apparaît (pas plus que l’autre) dans aucune des innombrables représentations figurées des combats de gladiateurs, qu’il s’agisse de bas-reliefs, de mosaïques ou de graffiti.

Il est vrai qu’une observation hâtive et incomplète d’un médaillon d’applique découvert à Cavillargues en 1845 a pu faire croire le contraire au moins pendant quelque temps, en tout cas de 1853 à 1910, c’est-à-dire jusqu’à la huitième édition d’un autre grand classique des vies quotidiennes, la Sittengeschichte de Friedländer ; la neuvième, revue par Wissowa, faisant disparaître purement et simplement, et d’ailleurs assez maladroitement (le raccord est visible), toute allusion à la chose. Je ne m’y étendrai pas ici : un bref tableau rassemblant quelques descriptions fait comprendre d’emblée ce que confirme une autopsie à la loupe de l’original, qui est au musée de Nîmes, c’est-à-dire qu’il est bien difficile de savoir si les quatre personnages de la scène du haut sont des spectateurs commentant la missio de gladiateurs épargnés ou bien ces gladiateurs eux-mêmes et qu’il est impossible de reconnaître là un pouce ou même d’ailleurs un poing (sans parler d’une femme) (8).

Descriptions

– Germer-Durand (1893) :

Le détail : un groupe de quatre gladiateurs qui occupent, en haut du médaillon, l’extrémité de l’arène, où la légende (…) explique qu’ils ont obtenu des spectateurs, en récompense de leur conduite vaillante, l’exemption de continuer la lutte 

Personnages : rétiaire et myrmillon

Assistants : lanistes 

Geste à droite : la joie du triomphe ; il étend le bras droit vers les gradins et tient repliés sous la main le bout des doigts et le pouce ; il semble demander au public la permission pour le combattant vainqueur, auquel il sert de témoin, de mettre à mort son adversaire 

– Post (1892) 

The slightest examination must convince any one that they cannot be spectators…      

 who extends his arm and whose hand is represented with the four fingers bent down over the thumb, seems to corroborate in an unexpected way what has been said of the pollicem premere as a declaration for the missio. 

– Friedländer (1910) : 

vier Zuschauer, worunter eine Frau, die den Daumen in die Höhe heben 

samnite et rétiaire       

– Catalogue 1987 :

 le public, symbolisé par quatre personnages qui s’agitent dans la partie supérieure du médaillon, est séduit par la qualité de l’affrontement. Il clame : stantes missi ! renvoyés debouts (sic) !

 rétiaire et secutor  arbitres    

Laissons-le donc de côté : l’archéologue français Georges Ville (9), auteur d’une somme sur les gladiateurs, – une thèse d’État -, s’il accumule dans de longues notes les références iconographiques, ne trouve à citer, à propos de la missio , que deux références, toutes deux littéraires : le fameux passage de la troisième satire de Juvénal,

quondam hi cornicines et municipalis harenae

perpetui comites notaeque per oppida buccae

munera nunc edunt et, uerso pollice uulgus

cum iubet, occidunt populariter ; inde reuersi

conducunt foricas… (10)

« naguère sonneurs de cor et habitués de l’arène des villes de province, joues bien connues des bourgades, ils financent maintenant des jeux, et quand le peuple l’ordonne en tournant le pouce, ils tuent pour se faire bien voir ; et en revenant de l’arène, ils soumissionnent pour des chiottes… »

et un texte plus récent, le Contre Symmaque, où Prudence, partant en guerre contre la réputation de vertu à son sens usurpée des Vestales, stigmatise leur comportement lors des spectacles de gladiateurs :

… pectusque iacentis

uirgo modesta iubet conuerso pollice rumpi (11)

« et la poitrine de celui qui est à terre, l’honnête vierge, en retournant le pouce, ordonne de la briser ».

On voit d’emblée que ces deux témoignages se réduisent à un seul. Si le chrétien convaincu et militant qu’est Prudence a quelque cohérence, il n’a pas pu assister à ce genre de spectacle, interdit à ses coreligionnaires. Il cherche tout comme nous à s’en faire une idée d’après les sources littéraires, en l’occurrence Juvénal, à l’époque précisément où il revient à la mode après un long purgatoire.

On remarquera aussi que le geste du pouce vers le haut n’est, lui, attesté nulle part, pas même chez Juvénal. On dirait qu’il est tiré de l’autre par une sorte de souci de symétrie.

Quant au pouce tourné vers le bas , les choses sont bien moins claires qu’il n’y paraît.

Le uertere de Juvénal, que Prudence jugeait déjà utile de préciser en conuertere, est loin d’avoir toujours été interprété de cette façon-là. Pour les commentateurs du début de l’avant-dernier siècle, il allait de soi, au contraire, que pollice uerso signifiait ici « pouce tendu vers » un objet (en l’occurrence la propre poitrine de celui qui fait le geste)… (12) Leur intuition peut du reste être vérifiée bien vite : la simple lecture du Gaffiot nous apprendra, ou nous rappellera, que le complément de uertere, quand il en a un, est constamment introduit par in ou ad suivis de l’accusatif (« vers » quelqu’un ou quelque chose, représentant une direction ou un but à atteindre – par exemple, dans le cas des versions, la langue-cible) ; il n’y a donc aucune raison de supposer que ce même verbe, employé absolument, se mette soudain à désigner une direction de haut en bas.

Pollice uerso ne pourrait dès lors signifier que « pouce tourné vers, tendu » (dans une direction déterminée, pour montrer). Mais s’agit-il nécessairement de la poitrine de celui qui fait le geste, et qui indiquerait ainsi au vainqueur la marche à suivre (« transperce-le comme ça ! ») ? Ce n’est guère probable dans la mesure où le coup de grâce prend normalement la forme d’un égorgement (iugula !, effectivement attesté) – ce qui confirme au passage que Prudence n’a jamais vu un combat de gladiateurs.

Juvénal pourrait bien désigner ici, en fait, ce qu’un poète de l’ Anthologia Latina appelle plus clairement un infestus pollex , un pouce hostile, en position d’attaque, dirigé vers celui qu’on veut voir mourir (13), ou, comme chez le Thélyphron d’Apulée, pointé vers les auditeurs dont on cherche à capter l’attention (ac sic aggeratis in cumulum stragulis et effultus in cubitum suberectusque porrigit dexteram et ad instar oratorum conformat articulum duobusque infimis conclusis digitis ceteros eminens et infesto pollice clementer subrigens infit Thelyphron) (14). Quant au geste du pouce par lequel on veut indiquer ses bonnes intentions, son fauor, parce qu’il y en a un, Pline l’Ancien le désigne on ne peut plus clairement par premere pollicem , c’est-à-dire comprimer son pouce sur les autres doigts, voire le rentrer à l’intérieur de la main – le rengainer, en quelque sorte: pollices, cum faueamus, premere etiam prouerbio iubemur (15).

Alors d’où vient ce stéréotype et d’où Gérôme l’a-t-il tiré ? Le geste attesté (uerso pollice) pourrait paradoxalement avoir été réinterprété à partir du geste fatalement non attesté, puisqu’il est purement moderne, mais senti comme allant de soi, le geste par lequel on dit que tout va bien. S. Morton Braund dit encore : « the upturned thumb was probably the signal for death, in contrast with our (sic) favorable signe of thumbs up ». Un des deux gestes aurait donc bien été tiré de l’autre, mais par un processus inverse de celui que j’évoquais d’abord.

Donc ni le pouce vers le haut, purement moderne, ni le pouce vers le bas, tiré du précédent et faussement imputé à Juvénal, n’ont jamais existé dans l’antiquité. Resterait le pouce tendu vers le gladiateur qu’il s’agit d’achever – geste au demeurant peu naturel et peu commode.

Peut-être est-il possible d’aller à ce propos plus loin encore, en faisant deux remarques.

La première, déjà faite par Post en 1892, est toute de bon sens : il faut qu’on puisse bien voir le geste d’en bas, depuis l’arène, et qu’on ne puisse le confondre avec aucun autre ; Ville parle de même d’un « geste qui devait être compris des combattants et du public ». On imagine sans peine les conséquences en cas d’ambiguïté et de méprise.

La deuxième a trait à la symbolique des doigts, et je me réfère là, entre autres, au passionnant ouvrage d’Onians sur les origines de la pensée européenne (16) : le pouce est pour les Romains le doigt principal, le plus important, le doigt par excellence, au point que pollex fini par pouvoir désigner métonymiquement n’importe quel doigt, ou même, par synecdoque, la main. Vous voyez où je veux en venir, ou plus exactement la voie dans laquelle j’hésitais encore à m’engager complètement, avant de mettre la main in extremis sur un article que je cherchais depuis longtemps, celui de Corbeill intitulé Pollex and Index (17).

Le doigt que la foule de Juvénal tend vers celui qu’elle veut voir mettre à mort, ce n’est évidemment pas le pouce, c’est l’index, le doigt qui sert par excellence à montrer, le mieux visible de loin. Le geste est d’ailleurs nettement plus facile à faire et plus naturel…

Pour plus de détails sur l’emploi de pollex au sens d’index, je renvoie à cet article de Corbeill, à cause de qui ou grâce à qui j’ai finalement renoncé à publier l’article que je méditais moi-même d’écrire. Ce qui ne m’a pas empêché, tout de même, de vous infliger aujourd’hui les grandes lignes de mon raisonnement.

Quelles conclusions peut-on en tirer dans une séance comme celle-ci, consacrée aux vertus formatives des langues anciennes, et en quoi une telle démarche pourrait-elle enrichir notre argumentaire ?

1. Le retour au texte, et au texte lu de près, est indispensable et aucune traduction ne peut le remplacer. Dès lors, faire de la civilisation romaine sans faire de la langue est insuffisant, mutilant, sans fondement scientifique, et pas spécialement formatif.

2. Par contre, ce retour au texte en rendant compte de chaque mot est une incomparable école à la fois d’honnêteté et de rigueur intellectuelles. L’honnêteté passe par le refus de l’argument d’autorité : l’interprétation d’un traducteur ou d’un commentateur même prestigieux ne dispense pas de se faire soi-même son opinion. La rigueur réside dans le refus de l’à peu près : une fois le texte repris en main, il faut en regarder chaque mot et justifier son emploi.

3. Même à propos de choses aussi anciennes, pour ne pas dire aussi vieilles, on trouve toujours des choses nouvelles : ne croyez pas ceux qui disent que sur l’antiquité tout a été trouvé depuis longtemps et il n’y a plus rien à faire.

4. Je plaide, vous l’avez compris, pour qu’au cours de latin on fasse du latin, et pas ou pas seulement de la civilisation coupée de ses bases. Je ne suis pour autant ni sectaire ni exclusif : rien n’empêche, évidemment, une telle explication de déboucher sur un « thème », la violence comme fait de société, les défoulements collectifs, la catharsis…

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Notes

1. Universal Pictures, mai 2000. Il a entraîné l’apparition dès l’été de deux bonnes douzaines de sites Internet où s’échangeaient les appréciations les plus diverses et les plus tranchées (de ‘corrosively boring’ à ‘nearly perfect’ … ), un dossier spécial d’ Historia (n° 643 [juillet 2000], p. 46-69) avec des articles de J.-P. Thuillier, C. Salles, J. Gaillard et L. Jerphagnon, et même la sortie, dans la foulée, de M. JUNKELMANN, Das Spiel mit dem Tod. So kämpften Roms Gladiatoren , Mayence, 2000, qui reproduit des images du film.

2. Pollice verso (1872), reproduit dans Junkelmann p. 3 ; voir G.M. ACKERMANN, La vie et l’oeuvre de Jean-Léon Gérôme, Paris, 1986, p. 105.

3. J. CARCOPINO, La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire, Paris, 1939, p. 279.

4. J.-N. ROBERT, Les plaisirs à Rome, 2e éd., Paris, 1986, p. 91.

5. Sur ce type de raccourcis, cf D.G. KYLE, Spectacles of Death in Ancient Rome, Londres, 1998, p. 156 (à propos, précisément, de l’ouvrage de R. Auguet) : « like Gérôme’s paintings, such reconstructions weave together the scattered testimony of artistic and literary sources ».

6. R. AUGUET, Cruauté et civilisation : les jeux romains, Paris, 1970, p. 55.

7. U.E. PAOLI, Vita Romana. La vie quotidienne dans la Rome antique, tr., Bruges, 1955, p. 368. La note renvoie, outre JUV., 3, 36, à MART., XII, 29, 7, qui fonde en fait la mention des mouchoirs, ou plus exactement des serviettes : il s’agit en effet du kleptomane Hermogenes (nuper cum Myrino peteretur missio laeso/subduxit mappas quattuor Hermogenes). Voir aussi M. JOHNSTON, Roman Life, Chicago, 1957, p. 302 : « the custom was to refer the plea to the people, who signaled in sorne way if they were in favor of granting mercy, or gesticulated pollice uerso, apparently with the arrn out and thumb down as a signal for death » ; F.R. COWELL, Everyday Life in Ancient Rome, Londres, 1961, p. 178 : « hands began to turn down » ; C.W. WEBER, Panem et Circenses. Massenunterhaltung als Politik im antiken Rom, Düsseldorf-Vienne, 1983, p. 52 : « fiel die Entscheidung negativ aus, so senkte der Kaiser den Daumen : pollice uerso wurde so zum Fachausdruck für die befohlene Tötung eines unterlegenen Gladiators ».

8. E. GERMER-DURAND, Inscriptions antiques de Nîmes, Toulouse, 1893, n° 188. G. LAFAYE, art. Gladiator, dans DA, II, 2 (1896), p. 1595 (fig. 3595 : dessin). P. WUILLEUMIER – A. AUDIN, Les médaillons d’applique gallo-romains de la vallée du Rhône, Lyon, 1952 (Annales de l’université de Lyon-III, Lettres), n° 34. V.L. et C[hristian] L[andes], 71. Médaillon d’applique représentant un combat de gladiateurs, dans Les gladiateurs. Exposition, Musée archéologique de Lattes, 1987, p. 157. (phot. n.b.). M. JUNKELMANN, Das Spiel mit dem Tod. So kämpften Roms Gladiatoren, Mayence, 2000, n° 213, p. 134-5 (phot. coul.).

9. G. VILLE, p. 420.

10. Tous les mss ont uerso pollice ; les seules variantes concernent la suite du passage (au lieu de cum iubet, on trouve quem iubet ou lubet, qui n’intéressent pas notre propos).

11. PRUD., C. Symm., 11, 1098-9.

12. Ainsi N.E. LEMAIRE, Paris, 1823, p. 175 : « pollex vertebatur, id est, dirigebatur in pectus, quo indicabatur, ni fallor, illud gladio transfigendum esse » ; J.E.B. MAYOR, Thirteen Satires of Juvenal, 3e éd., 1, 1886, p. 186 : « those who wished the death of a conquered gladiator turned (vertebant, convertebant) their thumbs towards their breasts, as a signal to his opponent to stab him » ; A. WEIDNER, Teubner, 1889 : « wollte das Volk den Tod des Besiegten, so drückte es den ausgestreckten Daumen gegen die Brust (uerso pollice) und rief : recipe ferrum ! » ; J.D. DUFF, Cambridge, 1932 : “it is generally believed that the former gesture was to turn the thumb up towards the breast in imitation of the fatal weapon”. Le dernier commentaire, celui de E. COURTNEY, Londres, 1980, reste prudent : « the actual gesture is hard to establish » (p. 161). – Pour COURTAUD DIVERNÉRESSE, dans Œuvres complètes d’Horace, de Juvénal…, sous la dir. de M. Nisard, Paris, 1858, p. 210, les choses sont même inversées : « au pouce levé de la multitude, ils égorgent, pour lui plaire, le premier gladiateur ».

13. Anth., 415, 28 Bücheler-Riese (t. 1, 1) : sperat et in saeua uictus gladiator harena, / sit licet infesto pollice turba minax.

14. APUL., Mét., II, 21, 1.

15. PL., HN, XXVIII, 25. Cf. A. OTTO, Die Sprichwörter und sprichwörtlichen Redensarten der Rômer, Leipzig, 1890, s.u. pollex, p. 283. – Le passage d’Horace souvent cité comme parallèle par les commentateurs de Juvénal (Ep., 1, 18, 65) est en fait sans rapport : utroque… pollice laudare y signifie « applaudir des deux mains », comme l’avaient déjà vu tant Acron (utroque pollice sunekdochikos, ‘manu utraque’) que Porphyrion (tropos synecdoche : a parte totum. An quia, uehementius ut plaudat, manus iungens iungit pollicem cum proximo ?), et il n’y est pas question de grâce à accorder, et moins encore de gladiateurs. Ces métonymies, dans un sens ou dans l’autre, sont d’ailleurs très fréquentes : cf. manum non uertere au sens de « ne pas lever le petit doigt » (Cic., Fin., 5, 93, ; Apul., Apol., 56). – Quant à la Glycera du Ps.-Alciphron, elle serre (ou croise) superstitieusement les doigts ou mieux se tord les mains à cause du trac (11, 4, 5).

16. R.B. ONIANS, The Origins of European Thought , 2e éd., 1954, p. 139, n. 4.

17. A. CORBEILL, Thumbs in Ancient Rome : Pollex and Index, dans Memoirs of the American Academy in Rome , 42 (1997), p. 1-21.


Exposition: Jean-Léon Gérôme, c’est le capitalisme appliqué aux beaux-arts (From poster boy to whipping boy of orientalism)

14 décembre, 2010

Grâce à la photographie, la Vérité a enfin quitté son puits. Jean-Léon Gérôme (1902)
Les restes de la république périssent avec Brutus et Cassius. Antoine et César, après avoir ruiné Lépide, se tournent l’un contre l’autre. Toute la puissance romaine se met sur la mer. César gagne la bataille actiaque : les forces de l’Égypte et de l’Orient qu’Antoine menait avec lui sont dissipées : tous ses amis l’abandonnent, et même sa Cléopâtre pour laquelle il s’était perdu. Hérode Iduméen qui lui devait tout, est contraint de se donner au vainqueur, et se maintient par ce moyen dans la possession du royaume de Judée, que la faiblesse du vieux Hyrcan avait fait perdre entièrement aux asmonéens. Tout cède à la fortune de César : Alexandrie lui ouvre ses portes : l’Égypte devient une province romaine : Cléopâtre qui désespère de la pouvoir conserver, se tue elle-même après Antoine : Rome tend les bras à César, qui demeure sous le nom d’Auguste et sous le titre d’empereur seul maître de tout l’empire. Il dompte vers les Pyrénées, les Cantabres et les Asturiens révoltés : l’Éthiopie lui demande la paix : les Parthes épouvantés lui renvoient les étendards pris sur Crassus avec tous les prisonniers Romains : les Indes recherchent son alliance : ses armes se font sentir aux Rhetes ou Grisons, que leurs montagnes ne peuvent défendre : la Pannonie le reconnaît : la Germanie le redoute, et le Veser reçoit ses lois. Victorieux par mer et par terre, il ferme le temple de Janus. Tout l’univers vit en paix sous sa puissance, et Jésus-Christ vient au monde. Jacques-Bénigne Bossuet (« Discours sur l’Histoire universelle »)
A l’opposé de [la] vision moralisante de l’histoire se situe la démarche archéologique d’un Gérôme (1824-1904) qui fait de l’anecdote un moyen privilégié d’accès à la peinture historique. Son goût pour la reconstitution archéologique, allié à un sens de l’observation minutieuse, fait de lui le chantre de la peinture réaliste. Dans la tradition de la grande peinture d’histoire, l’Etat lui commande pour l’exposition universelle de 1855 la toile intitulée Siècle d’Auguste : naissance de N.S. Jésus-Christ. Inspirée d’un passage de Bossuet sur la Pax Romana sous Auguste, ainsi que de l’Apothéose d’Homère d’Ingres, l’un des maîtres de Gérôme, cette peinture donne au spectateur le sentiment d’être un témoin direct du passé, tant la reconstitution archéologique est minutieuse et le traitement des personnages réaliste. Le Siècle d’Auguste : naissance de N.S. Jésus-Christ rencontre un succès mitigé qui pousse par la suite Gérôme à privilégier plutôt la petite histoire, au détriment de la grande … Charlotte Denoël
On devine grâce aux rais de lumière la présence d’un velum tiré sur les gradins de l’amphithéâtre afin de protéger les spectateurs du soleil. Il est légitime, de ce fait, de se demander si nous n’assistons pas aux fameux jeux de midi, jeux les plus cruels, d’après les auteurs latins qui en ont été les témoins et qui avaient lieu à l’heure où le soleil, à son zénith, rendait nécessaire le déploiement du velum. Le goût du sensationnel de Gérome et des peintres pompiers en général, s’y prêterait assez bien. (…) Comme à son habitude, Gérome nous offre un tableau historique très bien documenté en ce qui concerne les types et équipements des gladiateurs, l’architecture et la disposition de l’amphithéâtre (velum, tribune impériale, vomitoria), les vêtements de l’époque, le nombre de Vestales et lesprérogatives qui étaient les leurs, etc. Mais à cette recherche de réalisme se mêle un goût prononcé pour le sensationnel et le spectaculaire. Ainsi, le choix du récit de Prudence, dont il s’est largement inspiré pour représenter des Vestales en furie, n’est pas anodin. De plus, Gérome réécrit l’Histoire en inventant le geste du pouce baissé (Pollice verso) qui connaîtra par la suite la fortune que l’on sait. R. Delord
Par son style illusionniste et spectaculaire et par le système de production qui en est inséparable, son oeuvre fait comprendre comment la peinture est devenue une industrie de l’image. Jean-Léon Gérôme, c’est le capitalisme appliqué aux beaux-arts. (…) En 1859, Gérôme s’associe avec un éditeur, Adolphe Goupil, spécialisé dans ces industries. En 1863, il épouse une de ses filles. Alliance féconde : deux enfants, mais surtout des centaines de milliers de cartes postales et clichés plus ou moins grands et plus ou moins joliment tirés. Il y en a à tous les prix. Tout le monde ne peut s’acheter un tableau, mais qui ne pourrait se payer une petite image ? Il ne reste plus à Gérôme qu’à alimenter les machines de Goupil avec des toiles destinées à être converties en clichés pour le monde entier. Ce système exige qu’il demeure fidèle à son illusionnisme minutieux – la clientèle veut du bien fait – et diversifie l’offre pour vendre mieux. Vous voulez de l’érotisme ? Achetez Phryné devant l’aréopage, les harems, les intérieurs d’atelier avec modèle sans voile – et sans un poil, car il ne faut pas aller trop loin. Vous cherchez du pathétique, du sanglant ? Voici les rétiaires que l’on achève et les martyrs que les lions décapitent et éventrent dans de grandes flaques de carmin. De l’exotique ? Choisissez entre caravaniers, muezzins et marchands d’esclaves (nues, bien sûr). Du patriotique bien français ? Nous avons du Louis XIV et du Napoléon en rayon. Vers 1870, Gérôme fait mieux encore. Il se met à convertir les personnages de ses tableaux en sculptures. Celles-ci sont fabriquées en plusieurs dimensions et différents matériaux, du petit bronze très onéreuse. Il invente ainsi ce qui se nomme aujourd’hui dans les musées «produits dérivés». Philippe Dagen (Le Monde)
Entrez dans l’univers de Gérôme : grand spectacle et fous rires assurés. Son kitsch involontaire, avec Antiquité de péplum et Orient d’Ali Baba, vous ravira. Jean-Léon Gérôme (1824-1904) est le plus pompeux des pompiers. Ses gladiateurs sont forcément sanguinaires, ses bachi-bouzouks des sauvages salaces, ses fauves ont des rondeurs de peluche et ses houris aguichent comme des pin-up pour camionneurs. Il force tellement le trait, cultive tellement la grandiloquence qu’il en devient presque dada. Enfant trop zélé d’Ingres et de Delaroche – auprès duquel il a acquis une technique virtuose, un sens maniaque du fini et des tics de mise en scène -, Gérôme maltraite la grande histoire en n’en sublimant que l’anecdote. Résultat : son assassinat de César, son ­Molière à la table de Louis XIV ou encore son Bonaparte devant le Sphinx possèdent une étonnante force illusionniste, mais aussi un charme aussi désuet que ridicule. Les fresques de Cecil B. de Mille, Griffith, Guitry, voire, plus proche de nous, Ridley Scott leur doivent beaucoup, ainsi que nombre de séries B. Le lien avec cette postérité inattendue est d’ailleurs établi à la fin du parcours. On réalise alors que cet artiste moqué par Baudelaire et Zola fut loin d’être inutile. Aux cimaises pétaradantes d’Orsay, sa redécouverte vaut quasiment pour une réhabilitation. Eric Bietry-Rivierre (Le Figaro)
As to the self-styled critics, their approbation and their raillery have always found me indifferent, for I have always had the most profound contempt for these ignorant vermin, who prey upon the bodies of artists.…These art critics, whose ignorance is often deplorable,—quite encyclopædic in fact,—who have not learned the a b c of our profession, consider themselves fully competent to criticize it. Jean-Léon Gérome (Century magazine, February, 1889)
As a teacher he is very dignified and apparently cold, but really most kind and soft-hearted, giving his foreign pupils every attention. In his teaching he avoids anything like recipes for painting; he constantly points out truths of nature and teaches that art can be attained only through increased perception and not by processes. But he pleads constantly with his pupils to understand that although absolute fidelity to nature must be ever in mind, yet if they do not at last make imitation serve expression, they will end as they began—only children. George de Forest Brush (“Open Letters: American Artists on Gerome,” Century magazine, February 1889)
Gérôme fut en général malmené par la presse. Son talent, d’exécution classique et d’esprit indépendant, déplaisait aux uns par son respect de la tradition, aux autres par son originalité. Comme la plupart des critiques s’en tiennent exclusivement à la forme facile du dénigrement, Gérôme ne récoltait que les restrictions des uns et des autres. ( …) Contrairement à nos jeunes contemporains qui ne pensent qu’à exposer et à produire après deux ou trois ans passés à l’École, il faut dire aussi qu’il visait plus haut et que son rêve ne tendait à rien moins qu’à embrasser la nature entière, qu’à se mesurer avec tous les sujets dans tous les pays et dans tous les temps. (…)Son esprit très éveillé avait (…) compris avec lucidité l’art du xix e siècle, art essentiellement historique. Sur les traces de son maître Delaroche, Gérôme pratiqua la peinture en chroniqueur et en voyageur scrupuleux. Son talent prépara la vision nouvelle, l’étude de la vie contemporaine, en rompant avec la solennité de David et la fantaisie des romantiques, en apportant dans ses tableaux le souci de l’exactitude et de la vérité. C. Moreau-Vauthier (1906)
Messieurs, il est plus facile d’être incendiaire que d’être pompier! Jean-Léon Gérôme
M. Gérôme excelle (…) dans les peintures ethnographiques ; nul ne saisit mieux que lui le caractère distinctif d’une race et ne le rend d’un trait plus sûr. Ici, il avait à représenter des nations pour la plupart disparues sans laisser de traces, ou ne vivant plus que sur quelques médailles ou quelques fragments de sculptures ; — quand la science archaïque lui a fait défaut, il a eu recours à son ingénieuse fantaisie, et il a inventé des barbares Rhètes, Pannoniens, Parthes, Indous, Germains, de la sauvagerie la plus vraisemblable… Théophile Gautier
Compared to him, Gérôme was a pleasant also-ran — a talented but provincial striver who might only got so far. What happened, though, was unexpected. Gérôme went around the establishment gate-keepers, taking another avenue that was newly opening. He went directly to the public, which was emerging as a force in bourgeois France. A picture such as « Thumbs Down, » with its heroic Roman (and romantic) gladiator standing on the neck of a fallen competitor, even describes the situation. Think of the victorious gladiator as Gérôme’s veiled self-portrait — a powerful, prodigiously gifted fellow, but not a member of the establishment classes. He does his job to mighty effect, winning the fight. Finally, though, he must throw in his lot with the judgment of the crowd. The gladiator-cum-Gérôme submits to whatever the vocal audience might want. Christopher Knight
Can a painting still be considered racist if members of the race depicted apparently take pride in it? Jori Finkel
When Gérôme shows a row of semi-clad slave girls up for sale, is he perpetuating racist imagery? Or could he be condemning the scene as barbaric? Some commentators at the time read it that way. (…) The subject matter is quite disturbing, but as a painting it’s one of his most beautiful, extraordinary works. There’s an attraction-repulsion that happens with a lot of these paintings, and it’s hard to get a grip on. We’re not trying to communicate a single message with this show. Scott Allen

Vous avez dit pompier?

Orientalisme, capitalisme, impérialisme, colonialisme, sensuel et scabreux, images industrielles,  illusionniste et spectaculaire, industrie de l’image, filles nues, poses lascives, allusion sexuelle flagrante, scandale dans les journaux, centaines de milliers de cartes postales et clichés ou conversion des personnages de tableaux en sculptures à tous les prix, romanesques pour les dames, grivois pour les messieurs, diversification de l’ofre pour vendre mieux, érotisme, harems, intérieurs d’atelier avec modèle sans voile  et sans un poil, pathétique, sanglant, grandes flaques de carmin, exotique, marchands d’esclaves (nues, bien sûr), patriotique bien français, du Louis XIV et du Napoléon en rayon, prix en plusieurs dimensions et différents matériaux, « produits dérivés», grand spectacle et fous rires assurés, kitsch involontaire, Antiquité de péplum et Orient d’Ali Baba,  plus pompeux des pompiers, gladiateurs forcément sanguinaires, bachi-bouzouks sauvages et salaces, fauves aux rondeurs de peluche, houris aguicheuses comme des pin-up pour camionneurs, grandiloquence, sens maniaque du fini, tics de mise en scène, aussi désuet que  ridicule, séries B …

A l’heure où flambent, 30 ans après le célèbre livre  d’Edward Said, le goût comme les prix de la peinture orientaliste dans des pays arabes à la recherche d’un art évoquant leur passé …

Et où, 40 ans après la suppression du Prix de Rome en France et pendant que triomphent à Washington ou à  Madrid tant les rafraichissants Norman Rockwell des maitres de Hollywood que le néo-pompiérisme bien-pensant du politiquement correct ou de la mode, la polémique contre les peintres « pompiers » ne semble avoir perdu ni de sa hargne ni de sa morgue …

C’est tout le mérite de l’actuelle rétrospective du Musée d’Orsay, avec les Américains (après le  Musée Getty et avant le Musée espagnol de Thyssen-Bornemisza) sans lesquels il n’aurait probablement jamais survécu, de tenter de faire sortir le dernier des grands pompiers français du long purgatoire des livres d’histoire ou de catéchisme.

 Et d’enfin mettre un terme au curieux paradoxe qui voit niée en France toute une génération qui, après un Ingres ou un Gleyre et avec les Baudry et Bouguerau ou les Roll et Debat-Ponsan (autrement plus intéressés par le social que nos rassurants impressionnistes et pas plus « exploiteurs » de chair fraiche indigéne que nos Cauguin!), avait largement renouvelé, avant l’arrivée de la photographie et du cinéma, le genre historique.

Mais aussi formé à l’époque (jusqu’à un Américain prénommé, excusez du peu, Jean Léon Gérome et qui donnera entre autres à son pays la fameuse image de Thanksgiving!) une très large part des peintres de la planète entière.

Pour un multi-recalé du Prix de Rome (comme avant ou après lui un David, Manet ou Degas) qui, emporté par sa passion pour la vérité (jusqu’aux fameux rais de lumière d’un Pollice verso que rejoint aujourd’hui l’archéologie expérimentale la plus pointue ou la sculpture colorée mais aussi le refus des facilités ouvertes par l’impressionnisme), avait eu l’outrecuidance de s’appuyer sur les connaissances comme les préjugés de l’époque et toute la puissance d’une industrie de l’image alors naissante pour dénoncer l’indéniable arriération et violence d’un islam encore esclavagiste  …

Gérôme, le peintre qui maudissait l’art moderne

Philippe Dagen

Le Monde

24.10.10

Une rétrospective au Musée d’Orsay d’un artiste qui a su transformer ses toiles en images industrielles

Le peintre Jean-Léon Gérôme (1824-1904) a longtemps été célèbre grâce aux dictionnaires et aux livres d’histoire qui reproduisaient largement ses reconstitutions historiques. Les professeurs de latin se servaient de ses combats de gladiateurs pour illustrer les moeurs dépravées de l’Empire romain, et les professeurs de catéchisme édifiaient les jeunes âmes en leur montrant ses martyrs chrétiens livrés aux fauves. En noir et blanc, ses peintures paraissaient des photographies du passé, d’une confondante exactitude.

Puis elles ont disparu des livres. Parce que leur auteur tient dans l’histoire de l’art moderne un sale rôle, celui de l’ennemi obtus et méchant. A juste titre au demeurant. En 1884, Gérôme veut s’opposer à l’hommage posthume rendu à Manet, mort un an plus tôt, et propose que l’on accroche Olympia aux Folies-Bergère.

Dix ans plus tard, Gérôme combat le legs de la collection Caillebotte, tant et si bien que la moitié des toiles sont refusées – Monet, Cézanne et les autres. Il est du reste savoureux que son contemporain Monet, qu’il déteste, triomphe au même moment au Grand Palais, pas très loin d’Orsay.

En 1900, il choisit l’inauguration de l’Exposition universelle pour maudire la peinture moderne. A cette date, il enseigne à l’Ecole des beaux-arts depuis trente-sept ans, il est membre de l’Institut depuis plus de trois décennies, y ayant été propulsé à 41 ans. Dans ces deux lieux, il défend sa conception de l’art, fondée sur la prolifération des détails vrais, un illusionnisme perfectionné au plus haut point, une facture picturale lisse et neutre et un dessin qui proscrit toute abréviation comme toute déformation. L’impressionnisme ne peut donc que lui être qu’insupportable – et réciproquement.

Pourquoi alors lui consacrer au Musée d’Orsay une exposition en plus de 200 peintures, sculptures et dessins ? Pour une excellente raison : par son style illusionniste et spectaculaire et par le système de production qui en est inséparable, son oeuvre fait comprendre comment la peinture est devenue une industrie de l’image. Jean-Léon Gérôme, c’est le capitalisme appliqué aux beaux-arts. Il comprend magnifiquement son époque, au point de vue social et économique. D’autres sont alors aussi lucides que lui – tel Gauguin. Mais Gauguin déteste la société qu’il voit naître, alors que Gérôme, par commodité ou cynisme, en tire avantage.

Sa tactique repose sur une évidence. Vers le milieu du XIXe siècle, le développement de la bourgeoisie fait de l’art une affaire de plus en plus générale : le Salon reçoit des dizaines de milliers de visiteurs, dont beaucoup sont des acheteurs potentiels. Il faut s’adresser à ce nouveau public et, pour attirer son attention, se servir d’une autre puissance montante, la presse. En 1850, Gérôme expose donc au Salon son Intérieur grec : quatre filles nues, dont trois dans des poses lascives, et, près d’elles, un peu dans l’ombre, deux hommes. L’allusion sexuelle est flagrante. La toile fait scandale dans les journaux. Un cousin de Napoléon III l’achète.

Ce lancement mondain vaut mieux que le prix de Rome, que Gérôme a manqué trois ans plus tôt. Désormais, il est connu – et encore plus après la Sortie du bal masqué, scène de duel tragique et neigeuse présentée au Salon de 1857. Cette fois, c’est le duc d’Aumale qui achète.

C’est à ce moment que Gérôme démontre toute l’étendue de son génie. Vendre une toile à un duc, c’est bien. Mais, des milliers d’admirateurs anonymes, il serait dommage de ne tirer aucun bénéfice. Par chance, les techniques de reproduction mécaniques se développent. Lithographie et photographie ne cessent de s’améliorer.

En 1859, Gérôme s’associe avec un éditeur, Adolphe Goupil, spécialisé dans ces industries. En 1863, il épouse une de ses filles. Alliance féconde : deux enfants, mais surtout des centaines de milliers de cartes postales et clichés plus ou moins grands et plus ou moins joliment tirés. Il y en a à tous les prix. Tout le monde ne peut s’acheter un tableau, mais qui ne pourrait se payer une petite image ? Il ne reste plus à Gérôme qu’à alimenter les machines de Goupil avec des toiles destinées à être converties en clichés pour le monde entier.

Ce système exige qu’il demeure fidèle à son illusionnisme minutieux – la clientèle veut du bien fait – et qu’il trouve des sujets qui plaisent, romanesques pour les dames, grivois pour les messieurs. Il diversifie l’offre pour vendre mieux. Vous voulez de l’érotisme ? Achetez Phryné devant l’aréopage, les harems, les intérieurs d’atelier avec modèle sans voile – et sans un poil, car il ne faut pas aller trop loin. Vous cherchez du pathétique, du sanglant ? Voici les rétiaires que l’on achève et les martyrs que les lions décapitent et éventrent dans de grandes flaques de carmin. De l’exotique ? Choisissez entre caravaniers, muezzins et marchands d’esclaves (nues, bien sûr). Du patriotique bien français ? Nous avons du Louis XIV et du Napoléon en rayon.

Vers 1870, Gérôme fait mieux encore. Il se met à convertir les personnages de ses tableaux en sculptures. Celles-ci sont fabriquées en plusieurs dimensions et différents matériaux, du petit bronze très onéreuse. Il invente ainsi ce qui se nomme aujourd’hui dans les musées « produits dérivés ». Le vrai précurseur du XXe siècle, en 1850, c’était donc lui.

Voir aussi:

Gérôme, un pompier en grande pompe 

  Eric Bietry-Rivierre
  Le Figaro

Le Musée d’Orsay redécouvre des charmes inattendus à ce peintre académique, honni par Zola et critiqué par Baudelaire Une belle revanche.

La rétrospective d’un académique estampillé XIXe vous paraît a priori ennuyeuse ? Encore un peintre sur les toiles duquel on peut compter chaque poil de nez du héros, maugréez-vous ? Vous n’y êtes pas, mais pas du tout. Entrez dans l’univers de Gérôme : grand spectacle et fous rires assurés. Son kitsch involontaire, avec Antiquité de péplum et Orient d’Ali Baba, vous ravira. Jean-Léon Gérôme (1824-1904) est le plus pompeux des pompiers. Ses gladiateurs sont forcément sanguinaires, ses bachi-bouzouks des sauvages salaces, ses fauves ont des rondeurs de peluche et ses houris aguichent comme des pin-up pour camionneurs. Il force tellement le trait, cultive tellement la grandiloquence qu’il en devient presque dada. Enfant trop zélé d’Ingres et de Delaroche – auprès duquel il a acquis une technique virtuose, un sens maniaque du fini et des tics de mise en scène -, Gérôme maltraite la grande histoire en n’en sublimant que l’anecdote. Résultat : son assassinat de César, son ­Molière à la table de Louis XIV ou encore son Bonaparte devant le Sphinx possèdent une étonnante force illusionniste, mais aussi un charme aussi désuet que ridicule. Les fresques de Cecil B. de Mille, Griffith, Guitry, voire, plus proche de nous, Ridley Scott leur doivent beaucoup, ainsi que nombre de séries B. Le lien avec cette postérité inattendue est d’ailleurs établi à la fin du parcours. On réalise alors que cet artiste moqué par Baudelaire et Zola fut loin d’être inutile. Aux cimaises pétaradantes d’Orsay, sa redécouverte vaut quasiment pour une réhabilitation.

Collections hollywoodiennes : l’enfant chéri de la côte Ouest

Les tableaux de l’exposition viennent massivement des États-Unis, où Gérôme a connu très tôt un grand succès. Parmi les prêteurs, signalons Mme Sean Connery ou encore Jack Nicholson (pour la sculpture d’une Corinthe nue digne d’un sybarite). Les stars du septième art semblent ainsi payer leur dû à ce grand ancêtre du cadrage cinémascopique et de l’image en Technicolor.

Jean-Léon Gerôme, Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion-d’Honneur (VII e ). Tél. : 01 40 49 48 14. Horaires : tlj sauf lundi de 9 h 30 à 19 h, et jusqu’à 21 h 45 le jeudi jusqu’au 23 janvier. Cat. : Musée/ Skira-Flammarion, 384 p., 49 €.

Voir également:

http://latimesblogs.latimes.com/culturemonster/2010/06/art-review-the-spectacular-art-of-j-paul-getty-museum.html

Art review: ‘The Spectacular Art of Jean-Léon Gérôme’ @ J. Paul Getty Museum

Christopher Knight

LA Times

June 21, 2010

 If you liked « Prince of Persia: The Sands of Time » at the movie theater, you’ll love « The Spectacular Art of Jean-Léon Gérôme » at the J. Paul Getty Museum. More than a century ago, Gérôme helped to invent the genre of sword-and-sandal epic, later peddled in the movies by everyone from Steve Reeves to Jake Gyllenhaal. Paint and canvas were the French artist’s tools of choice, since the machinery of cinema did not yet exist in 1870s Paris.

I realize this may not be much of a recommendation for the Getty show, given the lackluster recent reception of « Prince of Persia » among critics and at the box office. But there are other reasons to see it. Not least is its rarity. There hasn’t been a sizable survey of the academic painter, who was hugely successful during his lifetime, since 1972 — the centennial, in fact, of his sword-and-sandal invention.

Nor is Gérôme an artist whose output dwelt exclusively, or even primarily, on gladiatorial combat in ancient lands. He also painted portraits, melodramas and life in Arab souks. His picture of a howling, toga- and tunic-clad mob happily shrieking for blood in the arena is certainly among his most famous works. (The 1872 painting’s title, « Pollice Verso, » translates as « Thumbs Down. ») But the subject was in fact somewhat unusual for him.

His painterly thrills are also in short supply. An artist striving for establishment success in 19th century Paris would get a big, sudden career boost if he (and always he) won the Prix de Rome, a fierce competition for a scholarship to Italy. There he could learn by copying the accumulated masterpieces of antiquity and the Renaissance. But Gérôme didn’t win it. He didn’t even get to the finals. In the eyes of the Simon Cowells and Paula Abduls of France’s Royal Academy, his figure drawing was inadequate.

 Still, Gérôme stands at a kind of crossroads in the modern world. He was there at the dawn of popular culture. His strange art records the conflicted emergence of an equally strange new world.

Born in a small town near the Swiss and German borders in 1824, Gérôme went to Paris at the impressionable age of 16 for apprenticeship in the studio of Paul Delaroche, a successful history painter. He worked with him for the next four years.

Delaroche was the epitome of establishment success. He came from wealth. He snagged an official  commission from the School of Fine Arts to paint a huge mural depicting history’s greatest artists. His father-in-law even ran the French Academy in Rome.

Compared to him, Gérôme was a pleasant also-ran — a talented but provincial striver who might only got so far. What happened, though, was unexpected. Gérôme went around the establishment gate-keepers, taking another avenue that was newly opening. He went directly to the public, which was emerging as a force in bourgeois France.

A picture such as « Thumbs Down, » with its heroic Roman (and romantic) gladiator standing on the neck of a fallen competitor, even describes the situation. Think of the victorious gladiator as Gérôme’s veiled self-portrait — a powerful, prodigiously gifted fellow, but not a member of the establishment classes. He does his job to mighty effect, winning the fight.

Finally, though, he must throw in his lot with the judgment of the crowd. The gladiator-cum-Gérôme submits to whatever the vocal audience might want.

Some within the ranks of the French Academy might look at « Thumbs Down » and see the vanquished gladiator’s pose as borrowed from Caravaggio’s St. Paul, sprawled on the ground with arms thrown out as he’s blown back by the sudden revelation of truth. Gérôme even puts us down there in the ring with him, not up with the roaring crowd in the arena’s bleachers. Any distinction between « the people » and « the mob » is unclear, but we’re at their mercy.

Rather than being based on a video game, as « Prince of Persia » was, Gérôme’s scene of gladiatorial blood-letting may have been inspired by a hugely popular novel. Edward Bulwer-Lytton’s « The Last Days of Pompeii » is replete with scenes of savage mortal theater played out before the slobbering throng.

 A movie and a TV miniseries have also been based on the Pompeii book. And an earlier Bulwer-Lytton novel opened with the immortal line, « It was a dark and stormy night » — now often erroneously attributed to Snoopy. Gérôme wasn’t exactly the Jerry Bruckheimer of his day, but not by accident was the last big Gérôme exhibition organized in 1972 — in the immediate aftermath of Warhol, Ruscha and the Pop art juggernaut. Today we’re in the big-ticket wake of Shepard Fairey and Damien Hirst.

How else was Gérôme caught up in popular culture? Well, if Delaroche had a helpful father-in-law, so did he: Gérôme married the daughter of Adolphe Goupil, who wasn’t just an art dealer but a pioneer in mass-marketing art reproductions. That’s how « Thumbs Down » got so famous. In the process the painting developed an unprecedented aura: It became « the original, » whence all those popular color reproductions came.

A wall text at the start of the Getty exhibition says that Gérôme’s reputation has been « tarnished by his alleged commercialism. » (I’d quibble with the word « alleged. ») What really tarnished it, though, is not an engagement with commerce but a disengagement with art’s possibilities.

Gérôme valued art only for its power as illusion. He saw the 1839 invention of the camera as a way to make art’s illusions more convincing. His painting « Pygmalion and Galatea » even shows an artist whose sculpture of a woman comes to life, engaging him in an embrace.

Or, take « The Cock Fight » (1847), smoothly finished in pale colors. Before a fountain decorated with a ruined Sphinx, a couple of nearly naked young Greeks watch an acutely observed pair of battling roosters. In this strange picture some cheesecake and some beefcake, duly derived from ancient sculpture, are set out to ponder the enigma of life’s struggle.

The critic Charles Baudelaire called out Gérôme on this populist merger of illusion and history. The raw materialism of paint was its own reward, Baudelaire insisted. From Manet to Cézanne, every artist we revere today was on the other side of Gérôme’s fight. By now the crowd’s thumbs are all pointing the other way, which tempts us to cast Gérôme as an underdog. But he didn’t have a clue. The Getty show helps us see why.

« The Spectacular Art of Jean-Léon Gérôme, » J. Paul Getty Museum, 1200 Getty Center Drive, Brentwood, (310) 440-7300, through Sept. 12. Closed Mondays.

Photos: Jean-Léon Gérôme, « Pollice Verso (Thumbs Down), » 1872; « The Duel After the Masquerade, »1857-59; « Pygmalion and Galatea, » about 1890. Credit: J. Paul Getty Museum

Voir enfin:

Beyond the surfaces of a glittering imperialist

Jean-Léon Gérôme’s lush paintings are widely pooh-poohed for their colonialist slant. An exhibition at the Getty looks a little deeper.

 Jori Finkel

 Los Angeles Times

June 13, 2010

During the second half of the 19th century, the French painter found critical and commercial success with his meticulously detailed, exquisitely decorated scenes of the near East, most notably Turkey and Egypt. He appealed to popular hunger for what was then typically called « ethnographic » images: scientific-seeming studies of a foreign culture’s lifestyle, costumes and more.

His works were not just exhibited widely but reproduced shamelessly, the form of collectible etchings, lithographs and photographs, large and small. And he shared his techniques with students. A longtime professor at the Ecole des Beaux-Arts in Paris, Gérôme paved the way for dozens of so-called Orientalist painters to follow.

So when the field of Orientalism came under attack, Gérôme was directly in the line of fire. The poster boy became the whipping boy.

This happened in art history circles most dramatically with the triumph of the first wave of Impressionists, who in their quest for formal innovation rejected Gérôme as academic, reactionary and hopelessly passé.

And his reputation sank even further in 1978, when Edward Said published the enormously influential book « Orientalism. » The book makes a compelling case that Western representations of the East (so often cast as exotic, erotic and uncivilized) are complicit in a larger effort at political domination. In short, Said wrote, these images are a form of imperialism.

Even though Said did not discuss Gérôme in the book, he used the artist’s 1880 painting « The Snake Charmer » on its cover. And where Said left off, in 1983 art historian Linda Nochlin picked up, showing in brilliant detail how « The Snake Charmer » functions, in her words, as « a visual document of 19th-century colonialist ideology. »

Together this approach has been so powerful and pervasive—required reading for so many college and graduate students—that it’s been difficult to see Gérôme through any other lens.

This makes the fact that the Getty is mounting a major survey of the artist, « The Spectacular Art of Jean-Léon Gérôme, » June 15 to September 12, that much more remarkable. The Getty is the first stop for the show, co-organized with the Musée d’Orsay in Paris. After Paris, it goes to the Thyssen-Bornemisza in Madrid.

Scott Allan and Mary Morton, who curated the Getty’s version of the show, call it the first major survey of Gérôme’s work in over 30 years. The last was organized in the early 1970s by Gerald Ackerman, whom they credit with nearly single-handedly keeping Gérôme scholarship alive in the interim.

Both curators admit that that their initial conversations about bringing the show to the Getty raised eyebrows of colleagues and superiors.

« For many scholars Gérôme represented all that was abhorrent and insidious about Orientalism, » says Allan. « And it’s all the more insidious because he was so talented a craftsman, so meticulous, not just recycling the stereotypes of other painters. »

« His images are so powerful they slip into your memory. What people who hate him really hate about him is the way his images stick in the imagination, » says Morton.

To encourage scholarship in the field, Morton and Allan commissioned a number of academic essays under the title « Reconsidering Gérôme, » a book out this month.

The Getty curators also contributed to the Musée d’Orsay’s massive exhibition catalogue, published in an English and French edition. It addresses topics ranging from the artist’s travels to his relationship with photography and film. Some entries deal with the Orientalist pictures, others focus on his grand « history » paintings or even his sculptures, which are also part of the exhibition.

Between the two books, a new Gérôme just might rise from the dead. Or new Gérômes plural. For it takes many scholars with many strategies to complicate, if not fully counter, a critique as powerful as Said’s and Nochlin’s.

One technique–a classic strategy for re-evaluating an artist hopelessly out of fashion—involves putting lesser-known work in the spotlight to get us to see the artist anew. One example: Gérôme’s moody and perplexing 1849 painting « Michelangelo Showing a Student the Belvedere Torso. » In « Groping the Antique, » his essay in « Reconsidering Gérôme, » Allan Doyle explores the work’s homoerotic dynamics and teacher-student relationship.

Another technique is to embrace or celebrate the shortcomings of the artist, as Guy Cogeval, head of the Musée d’Orsay, cleverly does in his catalogue essay. While admitting that « we are left aghast » at the artist’s « fatalism and sadistic voyeurism, » he goes on to suggest that his « poor taste delights us, » like the super-campy work of Pierre and Gilles or Jeff Koons.

But the new Gérôme scholarship also addresses the Orientalist attacks more directly, arguing that his paintings are more, in the words of independent curator Peter Benson Miller, than « agents in a vast European conspiracy to enslave, stereotype and exploit the Orient. »

Several essays emphasize the breadth and depth of Gérôme’s travels, reminding us that his images are never pure fantasy. No armchair voyeur, he visited Egypt at least six times between 1856 and 1880, spending eight months there on his first trip.

Miller’s essay on « ethnographic realism » in « Reconsidering Gérôme » also attempts to show that Gérôme’s images were more than outdated « escapist fantasies. » Yes, Miller acknowledged when reached by phone, the artist embodied some common prejudices of his own place and time.

« But he was also really interested in the places where he travelled, » Miller says. « And his pencil studies done in Egypt in the mid 1850s are some of the most sensitive portraits we have by French painters in the Orient. »

In her essay in the same book, Sydney-based art historian Mary Roberts focuses on the artist’s 1875 journey to Istanbul and his connection to the Ottoman sultan’s art collection. Through archival research, Roberts ascertained that that Gérôme played a role in placing 29 paintings from his French art dealer (and father-in-law) Adolphe Goupil in the Ottoman palace’s art collection, including at least two of his own works.

Today this sort of boomerang collecting continues, as museums in Turkey and some Persian Gulf countries are building their own Orientalist collections, and auctions of Orientalist pictures are now taking places in Dubai, not just the traditional market centers of Paris and London. (Most recently, on May 13, Bonhams sold some $1.6 million worth of Orientalist material at the Royal Mirage Hotel in Dubai.)

Such a byzantine history of collecting, Roberts says, makes the « West versus East divide seem too simple, » raising « many complicated and nuanced questions about cultural exchange. »

It also raises another, perhaps cruder, question: Can a painting still be considered racist if members of the race depicted apparently take pride in it?

The Getty curators hope that exhibition visitors are willing to entertain these kinds of questions: questions about the biases of artist and viewer both.

« The art’s that most worth looking at can accommodate radically different perspectives, » says Allan. « To have the debate and discussion is more important than reaching conclusions. »

Take for example an image in the show: the 1862 « A Turkish Butcher Boy. » The painting shows a young man leaning against a wall, with a long pipe in one hand and a knife tucked into his waistband. The severed heads of goats and sheep are scattered at his feet.

Some of Gérôme’s earliest critics saw the boy as a study in the savage decadence of the East, with Earl Shinn pointing out « the drop of blood in the foreground dwelt on by Gérôme as if a jewel. »

The way Morton sees it, « this little, pristinely gorgeous painting is not about the boy being barbaric–he’s just leaning up against the wall looking sort of stoned, » she says. « The idea that he’s barbaric is people projecting their own responses. »

Morton left the Getty recently to become curator of French paintings at the National Gallery of Art, where she is preparing a big Gauguin show, and says she finds « striking similarities » between these two artist-voyagers. « They are both obsessed with exotic cultures, » although, she says, she finds Gérôme « much less exploitative. »

Allan describes the artist’s work as something of a spectrum. On the one end are images—like his studies of mosques—that seem perfectly respectful. On the other end the there are racially charged, sexually questionable hot-button paintings like the 1871 « For Sale (The Slave Market). »

The painting shows six women sitting or standing along a shopkeeper’s wall, lined up like so many house wares for sale. The women, who range in skin color from very pale to very dark, share the same blank expression and lax or slumped posture.

Allan calls the painting « a spectacle of degradation and titillation—a hard image to take but good to show for that reason. »

Still, he cautions against assuming that Gérôme would condone this scene. « When Gérôme shows a row of semi-clad slave girls up for sale, is he perpetuating racist imagery? » asks Allan. « Or could he be condemning the scene as barbaric? Some commentators at the time read it that way. »

What makes these questions even more vexing, Allan says, is the sheer visual power of the painting. « The subject matter is quite disturbing, but as a painting it’s one of his most beautiful, extraordinary works. »

« There’s an attraction-repulsion that happens with a lot of these paintings, and it’s hard to get a grip on, » Allan adds. « We’re not trying to communicate a single message with this show. »

Voir enfin:

 Jean-Léon GÉROME peintre français, né à Vesoul (Haute-Saône) le 11 mai 1824. 
 
  Après avoir commencé dans cette ville des études qui témoignaient déjà de son goût pour la peinture, il vint à Paris en 1841, entra presque aussitôt dans l’atelier de Paul Delaroche, sous la direction duquel il suivit un instant les cours de l’Ecole des beaux-arts, et l’accompagna en Italie.

De retour à Paris, il ne tarda pas a se faire connaître par son Combat de coqs, exposé au Salon de 1847, et qui lui valut une 3e médaille. Malgré ce premier succès, il changea de genre aussitôt et reparut l’année d’après avec deux sujets très différents l’un de l’autre : la Vierge, l’Enfant Jésus et saint Jean, et, comme pendant : Anachréon, Bacchus et l’Amour. M. Gérôme obtint cette année-là une 2e médaille (1848). Passant d’un sujet à un autre avec une mobilité singulière et presque toujours avec un égal succès, il a donné ensuite : Bacchus et l’Amour ivres, un Intérieur grec et un Souvenir d’Italie (185l); une Vue de Paestum (1852); une Idylle (1853). Ces premiers ouvrages intéressèrent vivement la critique par des intentions littéraires et archéologiques, exprimées avec une grande netteté de dessin et de composition, sinon avec une grande vérité historique.

M. Gérôme eut bien vite des imitateurs, qui se vouèrent à la peinture des scènes de mœurs antiques et reçurent le nom de pompéistes, ou néo-Grecs. M. Théophile Gautier le proclama « chef d’une école, ou plutôt d’un petit cénacle de raffinés, poussant la délicatesse parfois jusqu’à la mièvrerie et s’ingéniant en mille recherches charmantes « … Ecole peu scrupuleuse, d’ailleurs dans le choix de ses sujets, et tombant volontiers dans la pornographie, témoin l’Intérieur grec exposé par M. Gérôme lui-même en 1851, et qu’un critique qualifia de  » peinture de mauvais lieu  »

En 1854, M. Gérôme fit une excursion en Turquie et sur les bords du Danube, et visita trois ans plus tard la haute et la basse Egypte, y remplissant ses cartons de nombreux dessins, pour des tableaux de chevalet auxquels il doit peut-être la meilleure part de sa précoce célébrité. En 1855, il envoya à l’Exposition universelle un Gardien de troupeaux, un Concert russe et une grande toile historique représentant le Siècle d’Auguste et la naissance de Jésus-Christ, acquise aussitôt par le ministère d’Etat. En dépit de certaines violences inutiles dans la ligne, le peintre du Siècle d’Auguste a fait preuve d’une science incontestable en rendant très claire une allégorie quelque peu confuse au premier aspect, il a montré du même coup que les règles du grand art historique ne lui étaient point inconnues. Aussi les admirateurs de son talent voyaient-ils déjà en lui un chef d’école ; malheureusement, de la haute peinture historique où il s’était élevé, il est bien vite retombé aux tableaux de genre, puis aux tableaux anecdotiques, suivant en cela l’exemple de son maître, M. Paul Delaroche. Outre une 2e médaille, M. Gérôme obtint la décoration de la Légion d’honneur. Il avait exécuté cette même année, pour l’Exposition universelle de l’industrie, les figures (grandeur naturelle) des diverses nations qui entouraient le phare modèle élevé dans le transept du palais. Le Salon de 1857 vit grandir la réputation, sinon le mérite, de M. Gérôme. Sept tableaux formaient le lot du jeune artiste à cette exposition : la Sortie du bal masqué ou le Duel de Pierrot, mélodrame où le grotesque se mêle au terrible, obtint un succès extraordinaire ; les six autres compositions, non moins dignes d’être remarquées, représentent pour la plupart des scènes orientales : la Prière chez un chef arnaute, les Recrues égyptiennes traversant le désert, une Vue de la plaine de Thèhes, Memnon et Sesostris, des Chameaux à l’abreuvoir. A l’occasion de cette exposition, M. Edmond About fit les réflexions suivantes :  » II serait absurde de demander à M. Gérôme les qualités qui lui manquent, comme, par exemple, la verve ; mais je crois être dans mon droit en l’adjurant de ne plus cacher les qualités qu’il a. Il a tort de profiter de l’entraînement et de la facilité du public pour escamoter, le dessin… S’il n’y prend garde, il est menacé de tourner au Gérard Dov, et cela (Dieu nous soit en aide!) avec la facilité de Rubens. […] Nous sommes loin du temps où M. Gérôme, par quelques velléités de désintéressement dans l’art, nous promettait un amant passionné de la nature. Le voilà qui met le poli à la place du fini, une sécheresse pétrifiée à la place du dessin. Il invente un procédé courant pour exploiter, son talent acquis et produire, bon an mal an, une pacotille de demi chefs-d’œuvre.. »

M. Gérôme essaya de revenir au grand art dans une Mort de César exposée au Salon… Mais ce tableau, médiocrement composé et d’un coloris terne et cru, fit peu d’impression sur le public, même le public lettré et savant. En revanche, les archéologues prirent le plus vif intérêt à deux petites compositions toutes pleines de détails érudits, l’une retraçant un combat de gladiateurs et intitulée Ave, César… M. Gérôme poussa plus loin encore le dédain de la morale dans deux tableaux exposés en 1861 : Phryné devant l’aréopage et Sacrale venant chercher Alcibiade chez Aspasie. L’archéologie graveleuse et malsaine qui s’affiche dans ces toiles n’a pas même l’excuse de la vérité -historique ; l’artiste y a travesti l’antiquité grecque, comme, dans ses Deux augures exposés la même année, il a travesti l’antiquité romaine. Il se trouva « dans la presse impériale des gens pour vanter ces obscénités grotesques ; mais la critique honnête les blâma sévèrement. M. Paul de Saint-Victor s’exprima en ces termes :  » M. Gérôme renonce décidément au dessin, au goût et au style ; il se voue à l’art d’amuser le public et de mettre l’antiquité en vignettes, comme Benserade mettait l’histoire romaine en rondeaux.  » Un autre critique, M. Du Camp, engageait M. Gérôme à ne point céder au mauvais goût du public, à renoncer pour toujours aux sujets érotiques, aux peintures de boudoir secret. Il est juste de dire qu’outre les trois compositions soi-disant antiques dont nous avons donné les titres, l’artiste exposa au Salon de 1861 une scène orientale très finement observée et rendue, le Hache-paille égyptien et une merveille d’exécution minutieuse : Rembrandt faisant rnordre une planche à l’eau-forte. Depuis, à l’exception de l’Aimée du Salon de 1864 et de la Cléopâtre du Salon de 1866, qui ne sont pas tout à fait exemptes d’intentions pornographiques, les tableaux exposés par M. Gérôme n’ont rien qui puisse choquer la pudeur la plus ombrageuse. Les meilleurs ont été inspirés à l’artiste par l’Orient : le Prisonnier et le Boucher turc (1803) ; la Prière…, le Marché d’esclaves et le Marchand d’habits (1867); le Marchand ambulant au Caire et la Promenade du harem (18G9). Ces peintures ethnographiques suffiraient pour assigner à M. Gérôme un rang élevé parmi les artistes contemporains ; il y a déployé une finesse d’observation et une précision de dessin tout à t’ait remarquables. M. Gérôme a tout ce qu’il faut pour ce genre d’ouvrages, a dit M. Th. Gautier,  » l’œil qui voit vite et bien, la main qui exécute savamment et sûrement, écrivant chaque détail avec une netteté aussi imperturbable que celle du daguerréotype, et surtout un sens que nous nommerons exotique, qui lui fait découvrir aussitôt les différences caractéristiques d’une race à une autre. » M. Du Camp, qui a écrit sur l’Orient des livres justement estimés, a témoigné de l’exactitude des tableaux de M. Gérôme : « Quand cet artiste se mêle d’être précis, il est plus que personne ; mais, pour cela, il faut qu’il ait vu ; il imagine mal et se rappelle très bien. Il a saisi au passage, avec un grand bonheur, les différents types de l’Orient. L’Arabe, le Skipètar, le Turc, le Barabras, le Syrien se reconnaissent au premier coup d’œil, et, dans l’expression ethnographique de ses personnages, il reste toujours vrai.  » M. Du Camp a fait toutefois les réserves suivantes :  » M. Gérôme a beaucoup voyagé, mais il a évidemment porté dans ses longues pérégrinations les préoccupations de l’art rétréci, amoindri, auquel le goût public l’a condamné. […] Dans les scènes historiques comme dans les scènes orientales, M. Gérôme a cherché avant tout à frapper le public par la singularité du sujet, par les raffinements et les tours de force d’une exécution méticuleuse. Dans le Louis XIV et Molière du Salon de 1863, les costumes sont plus intéressants que les figures, et, suivant la remarque d’un critique, l’importance donnée à la nappe ornée qui couvre la table tend à en faire le personnage principal de la composition. […] Tout en reconnaissant qu’on peut reprocher à M. Gérôme d’avoir le trait un peu sec et la coloration souvent trop aigre, M. Du Camp estime que, lorsque le temps aura mis sa patine puissante sur les toiles de cet artiste, elles s’harmoniseront dans une teinte douce et profonde. Des différents jugements qui précèdent, nous pouvons conclure que M. Gérôme est un des peintres les plus instruits, les plus lettrés, les plus habiles et les plus raffinés de l’école contemporaine ; celui de tous, peut-être, qui a le talent le plus net, le plus conscient. Il ne connaît ni les emportements de l’imagination ni les emportements de la main; il a l’esprit alerte, léger et sceptique du Parisien ; il manque absolument d’idéal, dans le sens que l’Académie donne à ce mot ; il rend à merveille ce qu’il voit ce qu’il observe, mais il est incapable de conceptions élevées, et, quoi qu’en aient dit certains critiques, nous pensons que, si, au lieu de s’adonner à la petite peinture, il se fût obstiné à exécuter de grandes compositions historiques, comme le Siècle d’Auguste et la Mort de César, il ne serait pas sorti de la médiocrité. Les peintures religieuses qu’il a exécutées pour l’église Saint Séverin, à Paris, la Communion de saint Jérôme et la Peste de Marseille, nous confirment dans cette opinion ; le sens intime des sujets sacrés, comme le sens de l’art décoratif, fait absolument défaut à cet artiste.

M. Gérôme a été nommé membre de l’Institut eu 1865. A l’occasion de l’Exposition universelle de 1867, où reparurent les principaux tableaux qu’il avait exposés depuis 1855, il obtint une grande médaille et l’ut nommé officier de la Légion d’honneur. Ajoutons qu’en devenant le gendre, de M. Goupil, éditeur d’estampes et de photographies et marchand de tableaux, qui fait un commerce considérable, il a vu ses peintures popularisées par d’innombrables reproductions et vendues à des prix énormes aux collectionneurs des divers pays.

* Sources et extraits : Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle. 1875

COMPLEMENT:

Jean Léon Gérôme, Le Siècle d’Auguste et la naissance du Christ, 1855, Musée d’Amiens. L’échec de la « grande peinture d’histoire »

Camille Royer

24 février 2012

Jean Léon Gérôme, Le Siècle d’Auguste et la naissance du Christ, 1855, Amiens,

Musée des Beaux-Arts.

Jean Léon Gérôme, né le 11 mai 1824 à Vesoul, arrive à Paris à 16 ans et intègre l’atelier de Paul Delaroche. En 1843, il accompagne, avec plusieurs de ses condisciples, son maitre en Italie, où il exécute principalement des études architecture, de paysages, et de figures. Il rentre à paris en 1845 et commence à se faire connaitre au salon de 1847 avec son « combats de coqs ». Il y obtient une médaille de 3ème classe, ainsi que les éloges de Théophile Gautier, et se voit consacré chef de file, à 23 ans, des néo-grecs. Son « intérieur Grec, le Gynécée », présentée au salon de 1850 est acquise par Louis-Napoléon, encore président de la République. C’est donc à un artiste encore jeune, moins de trente ans, mais déjà confirmé que l’Etat, commande, en 1852, une toile monumentale pour l’exposition universelle de 1855. Il s’agit-là d’une démarche de propagande, avec une volonté de donner une meilleure image du Second Empire, qui, suite au coup d’état de Napoléon III, remplace la République. Le gouvernement du nouvel empereur alloue un budget assez colossal de 300 000 Francs au ministère de l’éducation publique. Gérôme en recevra 20 000. Le sujet est libre, et l’artiste choisira de représenter, en peinture, un passage du « Discours sur l’Histoire universelle », de Jacques-Bénigne Bossuet, datant de 1681. Le passage choisit évoque l’instauration de la Pax Romana par Auguste, et la naissance du Christ, et s’intitule : Le siècle d’Auguste et la naissance du Christ. Le tableau sera transféré au Musée d’Amiens dès 1864, il y est d’ailleurs toujours, après un bref passage au Musée d’Orsay, à Paris.

Le tableau reçoit un accueil critique mitigé. Au regard de ses ambitions, c’est un échec. Après avoir étudié l’oeuvre en elle-même, nous tenterons de discerner les raisons de cet échec, par rapport au contexte artistique du moment, mais également les répercussions qu’il aura sur la suite de la carrière de Gérôme, et comment, dans sa production artistique, la petite histoire supplantera la grande.

• L’oeuvre en question

La première moitié du XIXème voit l’apparition d’une nouvelle réflexion sur l’histoire, plus matérialiste. Il s’agit de l’envisager sous une perspective synthétique. C’est une tendance que l’on retrouve dans les encyclopédies, dans les ouvrages de synthèses de l’histoire de l’art, mais dont la volonté de « tout raconter » implique certains problèmes méthodologiques. Cette nouvelle vision de l’Histoire se retrouve dans la littérature et la peinture. On voit à l’époque de grands projets de peintures d’histoires, avec par exemple « l’Histoire du Christianisme » (1836-1838) de Jules-Claude Ziegler (1804-1856), qui met en scène la fondation et le développement de l’église catholique dans un même tableau, destiné à la coupole de l’Eglise de la Madeleine à Paris. Il s’agit ici d’une oeuvre de glorification du Christianisme, au discours fonctionnel reprenant le thème de la mission sacrée.

Paul Delaroche, pour l’hémicycle des Beaux-Arts, peint une fresque monumentale de 27 mètres de long mettant en scène les plus grands penseurs et artistes de l’antiquité, rassemblés autour d’un socle sur lequel trône les trois artistes ayant travaillé à l’édification du Parthénon : l’architecte Phidias, le peintre Apelle et le sculpteur Ictinus.

Paul Delaroche, Hémicycle des Beaux-Arts (détail), 1837-1841, Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts

L’apparition de la notion de « Grands Hommes », moteurs de l’histoire, développée par Hegel, contribuât également à l’apparition d’un nouveau genre de peinture d’histoire. Paul Chenavard s’inspire directement de la philosophie de l’Histoire d’Hegel dans son oeuvre de commande pour le décor intérieur du Panthéon, que l’on voulait alors transformé en temple de l’Humanité. Sa Palingénésie sociale, dans sa conception cyclique, cherche à représenter les principales étapes de la « marche du genre Humain dans son avenir à travers les épreuves et les alternatives de ruines et de renaissance.

Dans la littérature, cette tendance se retrouve appliquée par Victor Hugo dans la Légende des Siècles. Ce recueil de poèmes est conçu comme un immense tableau visant à exprimer l’Humanité, son éclosion et son épanouissement dans une sorte d’oeuvre cyclique. L’histoire est mise en perspective du passé, abordée avec distanciation, par une vision synthétique de l’histoire au travers de figures symboliques ou incarnant leur siècle. Comme V. Hugo le note dans la préface de la première série, « c’est de l’histoire écoutée aux portes de la légende ».

Jean Léon Gérôme est un passionné d’histoire. Lorsqu’on lui passe la commande d’une grande toile historique, il y voit l’opportunité de laisser cours à sa passion, et de se mesurer aux grands maîtres du genre qui l’ont précédé. L’élaboration de la toile se fera en trois ans. Une lettre, datant de février 1853, destinée au comte Nieuwerkerke, directeur des Musées depuis 1849, et qui deviendra Surintendant des Beaux-Arts à partir de 1863, Gérôme indique avoir « effectué une partie des dessins préparatoires ». Il lui demande également une avance de 5000 Francs, qui lui seront versés le 15 février. Cet argent servira à financer un voyage en Europe Orientale, durant lequel il effectuera des recherches d’ordre ethnographique.

Le 8 mai 1854, un rapport d’inspection indique que le carton est terminé, et que Gérôme en est au stade de l’étude finale. Au cours de ses 3 ans de travail, il recevra plusieurs acomptes, et le solde sera payé en juillet 1855, soit environ deux mois après l’exposition de la toile.

Gérôme a réalisé un grand nombre de dessins préparatoires pour son tableau. On peut en voir certains au Musée Rolin à Autun ou au Musée de Cambridge en Grande-Bretagne (pour Auguste, ainsi que d’autres groupes). Le catalogue de Vesoul de 1981 permet également de voir les esquisses de Marie et de l’enfant Jésus.

-L’oeuvre, description et analyse

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Apothéose d’Homère, 1827,

Paris, Musée du Louvre

L’influence majeure de Gérôme dans la conception du tableau est « l’apothéose d’Homère », d’Ingres, peint en 1827. Le livret dans le catalogue de l’époque le décrit comme « Homère recevant l’hommage de tous les Arts, dont il est l’inventeur et le père ». Ingres y définit les règles d’un genre nouveau : le Panthéon. Il s’agit de la réunion artificielle et statique de personnages historiques, choisis comme emblématiques. La mise en scène des différents personnages s’apparente à une « photographie de groupe », ou chaque participant est pourvu de sa propre personnalité sans pour autant participer à une action de groupe. Ingres organise ses figures en petits groupes, dans un espace compact et peu aéré, en superposant les personnages en une masse invraisemblable, anachronique. L’accumulation de grandes figures de l’histoire artistique dans une procession sans réelle action, seulement animée par la variété des gestes et des postures des personnages, définie un nouveau genre d’allégorie. La toile, qui inspirera Paul Delaroche pour l’hémicycle des beaux-arts, et plus tard son élève Gérôme, s’inscrit dans la plus pure tradition classique, d’autant plus quand on la met en rapport avec « La mort de Sardanapale » de Delacroix, exposé au même salon. Ce type de composition sera progressivement rejeté dans une sorte d’archaïsme.

Jean Léon Gérôme choisit un sujet antiquisant, une illustration d’un passage du « Discours sur l’Histoire universelle », de Jacques-Bénigne Bossuet, que voici :

« Les restes de la république périssent avec Brutus et Cassius. Antoine et César, après avoir ruiné Lépide, se tournent l’un contre l’autre. Toute la puissance romaine se met sur la mer. César gagne la bataille actiaque : les forces de l’Égypte et de l’Orient qu’Antoine menait avec lui sont dissipées : tous ses amis l’abandonnent, et même sa Cléopâtre pour laquelle il s’était perdu. Hérode Iduméen qui lui devait tout, est contraint de se donner au vainqueur, et se maintient par ce moyen dans la possession du royaume de Judée, que la faiblesse du vieux Hyrcan avait fait perdre entièrement aux asmonéens. Tout cède à la fortune de César : Alexandrie lui ouvre ses portes : l’Égypte devient une province romaine : Cléopâtre qui désespère de la pouvoir conserver, se tue elle-même après Antoine : Rome tend les bras à César, qui demeure sous le nom d’Auguste et sous le titre d’empereur seul maître de tout l’empire. Il dompte vers les Pyrénées, les Cantabres et les Asturiens révoltés : l’Éthiopie lui demande la paix : les Parthes épouvantés lui renvoient les étendards pris sur Crassus avec tous les prisonniers Romains : les Indes recherchent son alliance : ses armes se font sentir aux Rhetes ou Grisons, que leurs montagnes ne peuvent défendre : la Pannonie le reconnaît : la Germanie le redoute, et le Veser reçoit ses lois. Victorieux par mer et par terre, il ferme le temple de Janus. Tout l’univers vit en paix sous sa puissance, et Jésus-Christ vient au monde. »

Le sujet est parfaitement adapté aux visées impérialistes de Napoléon III, au contexte de fin de la république, remplacé par le second Empire, et, plus précisément, à l’exposition universelle organisée par l’empereur, ou la France accueille le monde entier. Dans son discours d’ouverture, Napoléon III dira : « j’ouvre avec bonheur ce temple de la Paix qui convie tous les peuple à la concorde ».

La composition du tableau s’organise symétriquement autour d’un axe vertical articulé autour de la figure d’Auguste. Dans la partie haute du tableau, la façade du temple de Janus, divinité romaine du commencement et du passage, se détache sur un ciel sans nuage, exactement comme dans le tableau Ingres dont Gérôme s’inspire. Devant le temple, Auguste divinisé, dont la pose et le sceptre rappellent le Jupiter Capitolin qui avait déjà inspiré Ingres pour ses portraits de Napoléon, trône sur une estrade en marbre au côté d’une petite statue du même Jupiter. L’inscription sur le socle exalte la gloire d’Auguste, en énumérant les provinces conquises et pacifiées : « César Auguste, imperator victor canabrorum, astum, Pathorum, Raethonum et Indunum, germaniae, pannoniae, domitor pacificator orbis, pater patriae. » On voit citer des peuples et des provinces évoqué par Bossuet.

Aux pieds d’Auguste sont placés, à droite, l’aigle impérial, et à gauche, debout et adossé à l’estrade, une femme personnifiant Rome, vêtue d’une chlamyde rouge, portant lance et bouclier.

A droite, en haut des marches, César, en bleu, est représenté mort, tandis que ses deux chefs de la conjuration, Brutus et Cassius, vêtus de toges blanches relevées sur leurs têtes, s’éloignent en descendant les marches. Ce sont les seuls personnages de la composition, à l’exception de la sainte famille en bas, à ne pas participer à la dynamique dirigée vers Auguste. Cassius, l’air sombre, porte la main à son front et semble regarder vers l’avenir, la défaite des partisans de la république et l’avènement de l’empire. Tandis que les deux conjurés s’éloignent de Rome, le monde entier se masse dans la partie inférieure du tableau, se rassemble pour payer le tribut au nouvel empereur, et se soumettre au nouvel ordre qu’il instaure : la Pax Romana. Gérôme représente une foule éclectique d’individus et d’animaux exotiques de toute « race », tout type, toute coutume. Dans la partie droite du tableau, il peint différents groupes, des indiens montés sur un éléphant, les Parthes rapportant à Auguste les enseignes romaines perdues par Crassus à la bataille de Carrhes et les soldats qui avaient été fait prisonniers (une des grandes victoires diplomatiques d’Auguste), tandis qu’un barbare Nordique couvert de peaux de bêtes est placé au côté d’une mère amenant ses enfants voir l’empereur.

A gauche, deux hommes amènent des captifs vers l’empereur, en les tirant par les cheveux. Il s’agit peut-être de personnifications de pays conquis. Un roi oriental, richement vêtu, est soutenu par deux esclaves, un jeune garçon noir tenant un bouclier et une femme presque nue. Il est tourné vers Auguste, et sa faiblesse symbolise peut être la supériorité écrasante de Rome sur les autres royaumes. Plus haut, juchés sur des dromadaires, de jeunes arabes et africains viennent faire pendant au indiens placé de l’autre côté.

Près du bord inférieur du tableau, mais légèrement décentré, Gérôme a représenté la naissance de Jésus. Le nouveau-né, baigné de lumière, Marie et Joseph agenouillé autour de lui en posture de prière, sont séparés de la foule par les ailes protectrices d’un ange. Par rapport à l’étude d’assez petite taille que Gérôme avait réalisé, on note quelque différences dans le traitement de la sainte famille. L’échelle est accrue, Marie et Joseph sont redressés et gagne en hauteur. L’ange était à l’origine représenté les mains levées, il a dans le tableau final les ailes déployées autour de la sainte famille, dans une attitude protectrice qui les isole et les différencie clairement de la foule. Le rayonnement jaune/orange assez intense autour du Christ, qui crée un second centre visuel, n’était pas prévue à l’origine, il s’agit là encore d’un ajout tardif.

Gérôme supprime les victoires ailées, initialement prévues en train de couronner Auguste. Il s’agit ici d’insister sur la prééminence d’Auguste, dont la figure domine toute la scène, mais également de ne pas créer de confusions entre les victoires, génies païens, et l’ange chrétien. Il procède à d’innombrables changements dans la procession fantasmagorique du registre inférieur, des changements de types, de poses, d’accessoires… Les rangs du bas gagnent en importance, l’opposition entre la composition pyramidale du registre supérieur et la partie inférieure dont les figures forment une sorte de croissant, dont les extrémités (arabes sur dromadaires à gauche et indiens sur éléphant à droite) remontent presque à la hauteur d’Auguste, donnant une profondeur supplémentaire à la composition.

Gérôme représente au sein du même tableau les deux êtres supérieurs qui marque le début d’un nouvel âge d’or: Auguste, bien sûr, qui instaure sous son règne la Paix Romaine, universelle, en établissant une cohabitation de tous les peuples autour de sa figure impériale, et le Christ, dont la venue est « prophétisée » par Virgule dans le quatrième poème des bucoliques, qui célèbre la naissance d’un enfant qui marquera le début d’un nouvel âge d’or, empli de paix et de prospérité.

Gérôme construit, au travers d’une peinture d’histoire, un discours de propagande du second empire. Napoléon III peut aisément se substituer à Auguste, et la foule rassemblée autour de l’empereur romain divinisé évoque directement l’exposition universelle organisée par le nouvel empereur des français, presque 2000 ans plus tard.

II-La réception de l’oeuvre

Le siècle d’Auguste et la naissance du Christ reçoit un accueil critique mitigé. Si elle n’est pas unanimement hostile à la grande composition de Gérôme, reste assez hermétique et froide à l’égard de ses ambitions. Quelques critiques font l’éloge du tableau, en particulier Théophile Gautier qui ne contient pas son admiration, considérant que Gérôme a réalisé un vrai tableau d’histoire, au sens élevé du terme, comme on l’entendait au XVIIème siècle dans la hiérarchie des genres proposée par André Félibien, pour qui la peinture d’allégorie et la peinture d’histoire sont les genres les plus nobles, qui contiennent tous les autres genres qui leur sont subordonnés. Mais Théophile Gautier était critique officiel (le seul) de l’état, et travaillait pour « le moniteur universel », journal de l’empire. Il devait donc diffuser le point de vue officiel sur l’exposition. Et même s’il exprime sans doute son propre goût, il reste tout de même subordonné au commanditaire. Sa critique est par conséquent biaisée.

Les critiques à l’égard du tableau de Gérôme se fondent aussi bien sur la forme que sur le fond. Sur le fond, il leur apparait que, malgré les efforts déployés pour structurer la composition en s’inspirant de ses maîtres (Ingres, Delaroche, Etc.), il n’en résulte de fait qu’une grande confusion. La volonté de synthèse d’un siècle et de contraste entre le monde païen des Romains et l’avènement dans le même temps du christianisme, que Bossuet établit en catapultant l’annonce de la naissance du Christ en fin de paragraphe, presque par surprise, se perd chez Gérôme dans la surabondance de détails visuels. Le sacrifice de l’unité du tableau au profit de deux registres distincts est assez mal perçu par les critiques. Le manque d’unité stylistique, avec le registre supérieur ingresque, statique et symétrique, et la sainte Famille qui va chercher ses influences du côté des nazaréens allemands, sans doute voulu pour établir un contraste rhétorique évident, est décrié par la plupart des critiques, qui réclame une plus grande homogénéité. L’un d’eux, à ce sujet, considérera que la toile présente un « tableau dans un autre tableau ».

Mais au-delà de ces considérations sur la forme, la plastique de l’oeuvre, Gérôme se heurte à des critiques plus profondes. La toile est exposée dans un contexte de réaction contre l’art philosophique. Ceux qui avaient apprécié l’enjouement presque naïf de ses toiles néo-grecques (dont « le combat de coqs »(1847) est le plus bel exemple) ne sont guère réceptifs à ses nouvelles visées intellectualistes. Ils tendent même à considérer son ambition comme déplacé, et ne donnant lieu qu’à une juxtaposition anachronique et confuse, un mélange maladroit de personnages historiques et d’allégories/personnifications. L’un d’eux écrira : « cette grande toile est-elle une page religieuse, historique, philosophique? Ni l’un, ni l’autre! »

Le tableau de Gérôme marque également les limites de la transcription picturale du littéraire. La peinture est bridée, ses limites visuelles et spatiales inaptes à restituer la profondeur et l’universalité d’un discours qu’elle entend égaler. Un critique écrira : »Ses forces [n’étaient pas] à la hauteur de son ambition ».

Les critiques ne sont pas tendres avec Gérôme, mais elles marquent, au-delà des opinions subjectives de chacun, un changement du goût et un besoin de renouvellement d’un genre à bout de souffle.

Dans ses notes autobiographiques, Gérôme évoque ce tableau avec une certaine frustration. Je cite :

« Cette toile qui m’avait couté deux années de travail et des efforts énormes (elle mesure 10 mètres de long sur sept de haut) n’obtint qu’un succès d’estime. C’était peut-être injuste. Pourtant, je dirais que ce tableau à un default capital : Il manque d’invention et d’originalité. Il rappelle, par son agencement, et malheureusement par ce seul côté, l’Apothéose d’Homère de M. Ingres, dont il est, pour ainsi dire, la paraphrase. Cette faute grave une fois constatée, disons qu’il y a dans cette composition des figures bien trouvées, des motifs de groupes heureusement combinés (tel que Brutus et Cassius, Cléopâtre et Antoine), des arrangements de costumes, des draperies d’un bon style, enfin, une somme de volonté parfois couronné de succès, dont le public aurait peut-être dû me tenir compte : ce qui n’a pas été fait. […] En même temps parut un petit tableau représentant « la musique d’un régiment russe ». J’avais, à ce qu’il parait, trouvé la note sensible, car il fut beaucoup plus remarqué que mon grand ouvrage sur lequel je comptais d’avantage. »

III- Un Echec ?

L’échec critique du « siècle d’Auguste, naissance du Christ n’a pas, si on se fie à ses notes, était entièrement compris par Gérôme. Mais, de notre point de vue, ce ne sont pas les qualités formelles (discutables) de l’oeuvre qui aurait causé sa disgrâce, mais une évolution des attentes critiques et publiques envers la grande peinture d’histoire. Si, dans la première partie du XIXe, les commandes abondantes de peintures historiques, par l’état en particulier, ont contribué à prolonger la suprématie de ce type de peinture, la seconde partie voit un net glissement de la peinture d’histoire vers la peinture de genre. Elle cherche à se rapprocher d’un public dont elle s’était depuis longtemps éloignée. Gérôme arrive en quelque sorte « en retard ». Eduqué dans la tradition de la grande peinture d’histoire, auprès de grand maîtres du genre, Ingres, Delaroche, l’oeuvre est produite dans un contexte qui ne lui est déjà plus favorable. Discrédité pour son caractère pompeux et idéalisant, la grande peinture d’histoire se devait d’évoluer, d’assouplir les frontières la séparant des autres genres.

A partir de là, Gérôme se tourne vers une peinture au sujets plus anecdotique, tout en conservant un goût certain pour la reconstitution archéologique et minutieuse du passé. Mais il délaisse l’emphase, la monumentalité, pour approcher l’histoire de façon plus intimiste, à échelle humaine. Sa « mort de César », en 1859, ne représente plus la fin de la république romaine, mais la mort d’un homme, avec un certain pathos. Gérôme explore ainsi de nouvelles pistes, de façon plus assumée, et raffermi par son échec. Il suit ainsi les traces de Paul Delaroche, qui le premier avait tenté de rendre le fait historique plus accessible, au travers d’une reconstitution archéologique réaliste qui n’oublie pas pour autant l’humain. Gérôme suit la même démarche que les grands historiens de la génération romantique (tel qu’Augustin Thierry et Jules Michelet), en proposant une étude critique et objective de l’histoire, en la hissant au rang de science à part entière, mais en adoptant une narration vivante, voir romancée. Gérôme, en effet, parait plus être un raconteur d’Histoire qu’un peintre.

La vision de l’histoire continue à se modifier et à évoluer avec l’apparition de l’école positiviste, dans le dernier tiers du XIXe. Elle propose une approche de l’histoire objective, centrée sur l’évènementiel, l’anecdote, basée sur des documents d’archives. Ces nouvelles manières d’appréhender l’histoire donnent un nouveau souffle au genre, qui reste évidemment décrié par certains critiques, comme Baudelaire, qui écrira :

« Ici l’érudition a pour but de déguiser l’absence d’imagination. La plupart du temps, il ne s’agit que de transposer la vie commune et vulgaire dans le cadre grec ou romain ».

De fait, nous serions tentés d’envisager Gérôme, non plus comme un peintre, mais comme un talentueux créateur d’images.

Le tableau « le siècle d’Auguste la naissance du Christ » est unique dans l’oeuvre de Gérôme. Elle marque la concrétisation manquée d’une ambition de jeunesse, qui n’était plus au gout du moment. L’évolution du traitement de l’histoire par Gérôme marque les derniers soubresauts du genre, qui tombera complètement en désuétude au siècle suivant. Malgré lui, Gérôme incarne la transition, entre le déclin de la Grande peinture d’Histoire, grandiose, et sa réinvention, l’histoire vue au travers du prisme du quotidien et de l’intime.

Bibliographie :

– Gerald M. Ackerman, Jean-Léon Gérôme. Monographie et catalogue raisonné, Courbevoie, ACR, 2000.

-Gerald M. Ackerman, Jean-Léon Gérôme, sa vie, son oeuvre, Courbevoie, ACR édition, 1997.

-Laurence des Cars, Gérôme. De la peinture à l’image, Paris, Gallimard, 2010.

-Hélène Lafont-Couturier, Gérôme, Paris, Herscher, 1998.

-Laurence des Cars, Dominique de Font-Réaulx et Edouard Papet (éd), Jean-Léon Gérôme (1824-1904). L’histoire en spectacle, Musée d’Orsay, Paris, Skira-Flammarion, 2010.


WikiLeaks: Retour sur l’homme qui voulait être Dieu (Looking back at the man who wanted to be God)

12 décembre, 2010
1,300 people were eventually killed, and 350,000 were displaced. That was a result of our leak. On the other hand, the Kenyan people had a right to that information and 40,000 children a year die of malaria in Kenya. And many more die of money being pulled out of Kenya, and as a result of the Kenyan shilling being debased. Assange (concernant les élections présidentielles kényanes de  2007)
It’s actually fairly irrelevant to talk about whether what Julian is doing is a bad thing or a good thing, because if he wasn’t doing it, somebody else would. He’s a function of technological change. It’s because the technology exists to create these enormous databases, and because it exists it can be leaked. And if it can be leaked, it will be leaked. David Leigh
The problem is not that the purloined cables exposed U.S. hypocrisy or double-dealing. Good God, that’s the essence of diplomacy. That’s what we do; that’s what everyone does. Hence the famous aphorism that a diplomat is an honest man sent abroad to lie for his country. Nothing new here. What is notable, indeed shocking, is the administration’s torpid and passive response to the leaks. What’s appalling is the helplessness of a superpower that not only cannot protect its own secrets but shows the world that if you violate its secrets – massively, wantonly and maliciously – there are no consequences. Charles Krauthammer
J’avais mon propre cheval. J’avais construit mon propre radeau. J’allais pêcher. Je descendais dans les puits et les tunnels des mines. Julian Assange
Le mieux est d’intervenir contre les injustices avant qu’elles ne soient commises, lorsqu’elles n’en sont qu’au stade de l’intention. Julian Assange
Utilisez des ‘tags’ trompeurs, comme ‘Tea Party’ ou ‘Bieber’. Anonymous (Groupe de cybermilitants)
Des Etats-Unis nous est arrivé un mot qui désigne l’art de tout vendre avec une bonne histoire: le storytelling. A l’origine, ce sont des recettes de marketing appliquées à la vie publique. Pour susciter l’adhésion à une candidature politique comme à une marque de lessive, rien ne vaut un récit bien formaté. Les grandes entreprises l’ont compris; le candidat Obama aussi. Mais ils ne sont pas les seuls à savoir tirer les ficelles du storytelling. En l’espèce, le fondateur de WikiLeaks est un expert: la grande réussite de Julian Assange, c’est d’abord la mise en récit de sa vie. (…) Dans une interview de juillet dernier publiée par le Spiegel, Julian Assange évoquait ainsi son projet: «Le mieux est d’intervenir contre les injustices avant qu’elles ne soient commises, lorsqu’elles n’en sont qu’au stade de l’intention.» L’idéal de WikiLeaks serait donc de fouiller les intentions ou les consciences. Comme l’oeil de Dieu poursuivant jusque dans la tombe les Caïn qui tuent leurs frères afghans ou irakiens. (…) Julian Assange prétend vouloir fonder un journalisme «scientifique», mais c’est en utilisant des motifs religieux qu’il fascine. Tissée avec les attributs du divin, son histoire habilement mise en scène fonde la légende du premier «hacktiviste» universellement connu. Il est l’homme qui joue à être Dieu. Le Matin

Enfance à la Tom Sawyer, 37 déménagements, lecteur assidu de Soljenitsyne, génie de l’informatique, air de mutant, vie de nomade intercontinental, SDF de l’ère numérique, habitant des fuseaux horaires, génial hacker, prophète du «journalisme scientifique », « combattant pour la vérité et pour la vérité », « tendance génétique au nomadisme » …

A l’heure où la  future « Personne de l’année » annoncée de Time magazine et accessoirement notoire pirate d’informations sensibles attend dans une prison britannique sa probable extradition en Suède voire aux Etats-Unis …

Et où, au nom de la même transparence, des sites de cybermilitants en sont à demander à leurs soutiens d’utiliser des ‘’tags trompeurs’’ …

Retour, avec un article du quotidien suisse Le Matin, sur celui qui derrière son image complaisamment serinée par nos médias  de croisé de la transparence  (contre, s’il vous plait, la soi-disant conspiration autoritaire qui dirige les Etats-Unis!) …

Se trouve être, face à la particulière  ineptitude de l’actuelle Administration américaine mais aussi grâce à la crasse complaisance de nos médias, un maitre du « récit bien formaté » et un mégalomane prêt à « fouiller jusqu’aux intentions et aux consciences » …

DECRYPTAGE

Julian Assange est un homme qui joue à être Dieu

Julian Assange: il est très attentif à ce qu’il laisse filtrer sur sa vie. Sa biographie est aussi contrôlée que celle d’un dirigeant nord-coréen

Le fondateur de WikiLeaks a tissé sa légende en utilisant des motifs religieux.Sa grande réussite médiatique, c’est le récit de sa vie

Michel Audétat

Le Matin Dimanche

12 décembre 2010

Des Etats-Unis nous est arrivé un mot qui désigne l’art de tout vendre avec une bonne histoire: le storytelling. A l’origine, ce sont des recettes de marketing appliquées à la vie publique. Pour susciter l’adhésion à une candidature politique comme à une marque de lessive, rien ne vaut un récit bien formaté. Les grandes entreprises l’ont compris; le candidat Obama aussi. Mais ils ne sont pas les seuls à savoir tirer les ficelles du storytelling. En l’espèce, le fondateur de WikiLeaks est un expert: la grande réussite de Julian Assange, c’est d’abord la mise en récit de sa vie.

Cette vie a été racontée partout. Dans la presse ont proliféré des portraits qui insistent tous sur sa personnalité mystérieuse, inclassable, romanesque. En réalité, ils dérivent d’une source pratiquement unique: un article fleuve publié en juin 2010 par le New Yorker. Sous la plume de Raffi Khatchadourian apparaissent ici tous les détails qui vont se propager comme des virus à travers la presse mondiale. Les 37 déménagements du jeune Australien. Le Commodore 64 sur lequel le futur hacker fait ses gammes. Le premier cercle d’Alexandre Soljenitsyne qu’il aurait lu trois fois…

Ceux qui ont fréquenté Julian Assange expliquent souvent le soin avec lequel il filtre les détails de sa propre existence. Et on constate que certains d’entre eux, pourtant élémentaires, manquent au tableau. On connaît l’année de sa naissance (1971), mais pas le jour. Et le même flou règne sur le lieu: a-t-il vu le jour à Townsville ou sur Magnetic Island? Cet autodidacte brouille ses origines. Pour un peu, on le dirait incréé. Tel un dieu: le propre de son storytelling, c’est de jouer avec les attributs du divin.

1 Omniprésence

Julian Assange a un air de mutant. Avant d’être sous les verrous, il a mené une vie de nomade intercontinental, sans autre domicile que des chambres d’hôtels ou l’abri temporaire offert par des militants. L’article du New Yorker raconte comment fut montée, en avril dernier, la révélation de la vidéo où l’on voit une attaque menée à Bagdad par un hélicoptère Apache. Une maison est discrètement louée à Reykjavik. Le créateur, penseur, stratège et seul maître à bord de WikiLeaks s’y installe avec une poignée de collaborateurs et une demi-douzaine d’ordinateurs. Puis, une fois l’opération menée, le camp est levé. Et Julian Assange s’évanouit dans la nature.

Un jour en Asie, un autre à Genève, Julian Assange apparaît comme un SDF de l’ère numérique. Soustrait aux pesanteurs terrestres, cet habitant des fuseaux horaires prend soin de mettre en scène sa légèreté immatérielle et son omniprésence. Des témoignages le décrivent en outre toujours rivé à son écran, sans manger ni dormir. Comme si, délié de toutes les contingences humaines, il ne devait être que pur esprit.

A cet égard, les plaintes des deux Suédoises ayant conduit à son arrestation sont le grain de sable qui dérègle le storytelling. Elles ont d’abord mis fin à son omniprésence en l’assignant à un domicile cellulaire fixe. Mais elles rappellent aussi que Julian Assange, loin d’être un pur esprit, possède un corps et une sexualité.

2 Omnipotence

Au départ, Julian Assange a songé s’en prendre à des puissances opaques comme la Chine ou la Russie. Or, très vite, on a vu son combat se concentrer sur les Etats-Unis. Son histoire singulière, c’est celle d’un petit gars sorti d’Australie septentrionale, autant dire de nulle part, qui parvient à faire trembler les murs du Pentagone grâce aux révélations tonitruantes de WikiLeaks – version techno des trompettes de Jéricho. Seul face à la première puissance mondiale, Julian Assange la met au défi. Il la nargue. Il ne paraît pas douter de son propre pouvoir.

Rien d’étonnant si ce fantasme d’omnipotence s’accompagne d’une tendance paranoïaque que les portraits de Julian Assange soulignent volontiers: on sait que la méfiance à l’égard des autres va de pair avec une surestimation de soi-même.

3 Omniscience

Le rêve prophétique de WikiLeaks, c’est la fin du secret. C’est penser un monde où l’exposition permanente de la corruption et des crimes, sous la lumière blanche des documents, rendrait leur perpétuation impossible. Grâce à WikiLeaks, qui est comme une extension de lui-même, Julian Assange voit tout, sait tout des turpitudes humaines: il se présente à l’image d’un Dieu omniscient.

Dans une interview de juillet dernier publiée par le Spiegel, Julian Assange évoquait ainsi son projet: «Le mieux est d’intervenir contre les injustices avant qu’elles ne soient commises, lorsqu’elles n’en sont qu’au stade de l’intention.» L’idéal de WikiLeaks serait donc de fouiller les intentions ou les consciences. Comme l’oeil de Dieu poursuivant jusque dans la tombe les Caïn qui tuent leurs frères afghans ou irakiens.

Julian Assange prétend vouloir fonder un journalisme «scientifique», mais c’est

 en utilisant des motifs religieux qu’il fascine. Tissée avec les attributs du divin, son histoire habilement mise en scène fonde la légende du premier «hacktiviste» universellement connu. Il est l’homme qui joue à être Dieu.

Voir aussi :

http://www.liberation.fr/monde/01012306799-un-tom-sawyer-du-net-obsede-par-la-verite

Un «Tom Sawyer» du Net obsédé par la vérité

Portrait : Autodidacte, Assange est passé du statut de génial hacker à celui de prophète du «journalisme scientifique».

LORRAINE MILLOT Washington, de notre correspondante

Libération

 08/12/2010

L’avantage, en prison, c’est que «[je pourrai] enfin passer une journée à lire un livre», avait confié Julian Assange en octobre à l’un des derniers journalistes américains qui ont encore réussi à déjeuner avec lui, dans un petit restaurant éthiopien de Londres. Le fondateur de WikiLeaks n’est pas seulement un génie du piratage informatique, chevalier d’Internet, il est aussi un lecteur avide, pétri de références littéraires, qui s’inspire de Horace, Mark Twain ou Soljenitsyne.

«J’ai eu une enfance assez Tom Sawyer», a raconté Assange à Raffi Khatchadourian, un journaliste du New Yorker qui avait pu l’accompagner plusieurs semaines, au printemps, en Islande et aux Etats-Unis : «J’avais mon propre cheval. J’avais construit mon propre radeau. J’allais pêcher. Je descendais dans les puits et les tunnels des mines.» Né en 1971 sur la côte nord-est de l’Australie, il a décrit son enfance comme une suite d’aventures qui l’auraient prédestiné à une vie errante de combattant pour la «vérité» et pour «l’individu» face aux autorités et corps constitués. Sa «tendance au nomadisme» est «génétique», a-t-il expliqué au New Yorker. Son nom de famille viendrait d’un immigrant chinois, appelé Ah Sang, arrivé en Australie au XVIIIe siècle, tandis que ses ancêtres maternels venaient d’Ecosse et d’Irlande.

Correspondance. Comédienne, sa mère le trimballe au gré de ses spectacles et de ses amours. A 14 ans, Julian dit avoir déjà déménagé 37 fois. Sa mère fuit le père de son deuxième fils, craignant qu’il ne lui enlève l’enfant, et se méfie aussi des écoles : «Je ne voulais pas que leurs esprits soient brisés», a-t-elle expliqué au sujet de l’éducation de ses fils, qui s’est faite en grande partie à la maison, par correspondance ou en fonction de leurs lectures. De cette enfance en Australie, dans le Queensland, Julian Assange dit aujourd’hui, dans un éditorial pour The Australian rédigé juste avant de se rendre, avoir gardé l’expérience de «gens qui disent ouvertement ce qu’ils pensent». De là viendrait l’essence de WikiLeaks, instrument «pour rapporter la vérité», explique-t-il.

A l’adolescence, c’est dans l’informatique que ce Tom Sawyer des temps modernes trouve un nouveau, gigantesque, terrain d’exploration. A 16 ans, il acquiert son premier modem, Internet n’existe pas encore mais il s’amuse à pénétrer les systèmes informatiques les plus protégés. Il se fait appeler Mendax, d’après le «splendide mendax» («le menteur glorieux») de Horace. Avec d’autres amis hackers, il explore déjà les réseaux du ministère américain de la Défense, du laboratoire nucléaire de Los Alamos, mais aussi de compagnies privées comme Nortel, les télécoms canadiens.

En 1991, la police australienne l’arrête et le menace de 31 chefs d’accusation pour piratage informatique (après une enquête de plusieurs années, il s’en tirera par une amende). Assange se compare alors à Soljenitsyne. Il lit trois fois le Premier Cercle et se mesure aux savants soviétiques envoyés au goulag : «Comme les parallèles sont proches avec mes propres aventures !» écrit-il. Au même moment, Assange se bat aussi pour la garde de son fils, qu’il a eu à 19 ans avec une fille de 16 ans, vite épousée et vite quittée. Selon sa mère, qui l’a soutenu dans cette bataille comme elle le soutient aujourd’hui, c’est à ce moment-là que ses cheveux bruns auraient perdu leur couleur.

En 2006, quand il fonde WikiLeaks, Assange explique avoir pour «première cible» les «régimes extrêmement oppressifs en Chine, Russie et Eurasie centrale». «Mais nous espérons aussi aider ceux en Occident qui souhaitent révéler le comportement illégal ou immoral de leurs propres gouvernements et entreprises», ajoute-t-il. A 35 ans, il donne enfin un sens à son goût de l’aventure : «WikiLeaks a inventé un nouveau type de journalisme : le journalisme scientifique», explique-t-il aujourd’hui encore, dans son éditorial envoyé à The Australian. En publiant l’intégralité des documents d’ordinaire gardés secrets par les gouvernements ou les entreprises privées, il permet à chacun de vérifier où est la vérité, plaide-t-il. A un journaliste du Guardian, en juillet, il précise le fond de sa pensée : la plupart de ceux qui se disent aujourd’hui journalistes sont des lâches, qui laissent à d’autres le soin de prendre des risques pour récolter l’information. A peine «un millier» de journalistes ont été tués depuis 1944, souligne-t-il. «C’est une honte internationale que si peu de journalistes occidentaux aient été tués ou arrêtés sur le champ de bataille», assène-t-il au Guardian.

«Impérieux». En parlant ainsi, comme un enfant du Queensland, il est clair qu’Assange ne se fait pas que des amis. Le patron de WikiLeaks est un «micro-mégalomane qui s’embarrasse de peu ou d’aucun scrupule», a résumé le journaliste et écrivain américain Christopher Hitchens. Ces derniers mois en particulier, alors qu’il vivait caché, accaparé par sa mission de sécurisation et publication des centaines de milliers de documents dérobés aux Etats-Unis, Assange était devenu «fantasque»,«impérieux», «dictatorial», ont décrit plusieurs anciens collaborateurs de WikiLeaks qui ont préféré quitter l’aventure. La plupart des journalistes qui l’ont interrogé confirment qu’il supporte mal la critique. En octobre, il était même parti au milieu d’une interview avec CNN, refusant de répondre à une question sur les accusations de viol portées contre lui. Mais si les polices européennes et américaines ne le retiennent pas trop longtemps, il a déjà promis d’écrire d’autres chapitres de son épopée. «J’ai plein d’autres idées, a-t-il confié cet été au Guardian. Dès que WikiLeaks sera suffisamment fort pour prospérer sans moi, je m’en irai réaliser d’autres de ces idées.»

Voir aussi:

Afghanistan/Wikileaks

Julian Assange: «Nous devons les arrêter»

Der Spiegel

L’Hebdo

le 28.07.2010

Le fondateur de WikiLeaks, 39 ans, parle de son réseau, sa mission et ses règles.

Vous rendez publique une quantité importante d’éléments secrets sur la guerre en Afghanistan. Quel est votre motivation?

Ces données constituent la description d’une guerre la plus complète qu’on ait jamais eue pendant un conflit armé, soit à un moment où on peut encore influencer positivement le cours des choses. Elles contiennent des enregistrements concernant 90 000 incidents, avec des données géographiques précises. Par son volume, le matériel éclipse tout ce qui a été dit jusqu’à maintenant sur l’Afghanistan. Cela va changer notre manière de voir non seulement cette guerre, mais aussi toutes les guerres modernes.

Pensez-vous que la publication de ces données influencera les décideurs politiques?

Oui. Ces informations mettent en évidence la brutalité quotidienne et la misère de la guerre. Elles vont modifier l’opinion publique et celle des gens qui ont une influence politique ou diplomatique.

Vos attentes ne sont-elles pas trop importantes?

Le sentiment général qui règne est qu’il serait mieux de terminer cette guerre. Ces données à elles seules ne suffiront pas à atteindre cet objectif, mais elles auront une influence sur la volonté politique.

Ce matériel contient des secrets militaires et les noms de certaines sources. Par cette publication, ne mettez-vous pas en danger les troupes internationales – et leurs informateurs afghans?

Les données ne contiennent aucune information sur les mouvements actuels des troupes. De ce point de vue, notre source était soucieuse de limiter les dégâts et elle nous a demandé de contrôler dans cette perspective les informations fournies, de manière à ce qu’aucun danger significatif n’en découle pour des innocents. Nous prenons très au sérieux la protection des sources et pour cette raison, nous comprenons aussi qu’il est important de protéger certaines sources des troupes US ou de l’ISAF.

Quelle forme prend cette «limitation des dégâts»?

Nous avons sélectionné les cas qui pourraient engendrer un danger pour des innocents, et les informations ont été traitées en fonction de cela.

La notion de secret d’Etat légitime existe-t-elle pour vous?

Il existe des secrets justifiés et un droit à les briser. Malheureusement, ceux qui commettent des crimes contre l’humanité ou violent d’autres lois peuvent trop facilement faire une utilisation abusive du droit au secret. Les gens qui ont une conscience ont toujours eu à cœur de révéler au grand jour ce genre de choses. Pour le reste, Wikileaks ne décide pas de la publication ou non d’une information. Nous nous chargeons de veiller à ce que les informateurs soient protégés et le public informé.

Mais en fin de compte, il faut bien que quelqu’un décide de la publication. Qui définit les critères? Wikileaks se pose en pionnier de la liberté d’information, mais n’est lui-même pas transparent en la matière.

C’est ridicule. Nous disons de manière claire et sans ambiguïté ce que nous publions et ce que nous ne publions pas. Il n’y a pas chez nous de décision au coup par coup. Nous publions en principe les sources primaires de nos textes. Citez-moi une autre entreprise de médias qui a de tels standards. Toutes devraient suivre notre exemple.

Le problème est qu’il est difficile de demander des comptes à Wikileaks pour d’éventuelles erreurs commises. Vos serveurs se trouvent dans des pays qui vous offrent une protection étendue. Est-ce que Wikileaks serait au-dessus des lois?

Nous n’évoluons pas dans un espace vide d’air. Toutes les personnes concernées vivent dans des Etats où sont en vigueur les lois les plus diverses. On nous a déjà attaqués dans différents pays, mais jusqu’à maintenant, nous sommes toujours sortis gagnants. Ce sont justement des tribunaux qui rendent les décisions, et pas des entreprises, ni des généraux. Nous avons eu la loi de notre côté, tout comme les tribunaux et même certaines Constitutions.

Vous dites qu’il y aurait un lien entre la transparence pour laquelle vous vous battez et une société plus juste. Que voulez-vous dire?

Il ne peut y avoir de vraies réformes que si l’on démasque les actions injustes. Le mieux est d’intervenir contre les injustices avant qu’elles n’aient été commises, lorsqu’elles n’en sont qu’au stade d’intention – c’est alors qu’on peut les arrêter.

Pendant la guerre du Vietnam, l’administration Nixon a désigné l’informateur qui a transmis les «papiers du Pentagone» à la presse comme l’homme le plus dangereux d’Amérique. Etes-vous aujourd’hui l’homme le plus dangereux – ou plutôt le plus menacé?

Les hommes les plus dangereux sont ceux qui mènent la guerre. Nous devons les arrêter. Si cette conception des choses me rend à leurs yeux dangereux, eh bien c’est ainsi.

Vous auriez pu monter une entreprise à Silicon Valley et habiter une maison avec piscine à Palo Alto – pourquoi vous êtes-vous décidé pour Wikileaks?

On ne vit qu’une seule fois. Il nous faut donc utiliser le temps qui nous est imparti pour réaliser quelque chose qui a du sens et qui est satisfaisant. Pour moi, Wikileaks va dans cette direction- là. J’aime développer de grands systèmes et ça me fait plaisir d’aider les gens vulnérables. Et j’aime mettre les bâtons dans les roues de ceux qui ont le pouvoir. J’ai vraiment du plaisir à faire ce travail.

TRADUCTION ET ADAPTATION: VÉRONIQUE PUHLMANN-MORET

Voir sa conférence donnée à TED: www.ted.com/speakers/julian_assange.html

Voir enfin:

WikiLeaks Julian Assange, monk of the online age who thrives on intellectual battle

WikiLeaks founder Julian Assange has been thrust into the public eye over one of the biggest intelligence leaks of all time

Carole Cadwalladr

The Observer

Sunday 1 August 2010

 How many people had even heard of WikiLeaks a week ago? Or Julian Assange? And yet, seven days after the biggest intelligence leak of all time – the publication of over 75,000 files amounting to an entire history of the Afghanistan war – he is everywhere; in every newspaper, on every news broadcast, in what appears to be every country in the world. It’s been an extraordinary week for WikiLeaks, which has seen the entrance on to the world stage of a remarkable new character: Assange, a man who, even friends and supporters admit, looks « a bit like a Bond villain ».

Could it be the week that changed the war in Afghanistan? It’s possible, if the revelations contained in the files swing popular and then political opinion. At the very least, they’ve triggered a whole new debate about the future course of the conflict. Because what the files revealed was the sheer scale and exhausting mundane detail of the everyday violence suffered by Afghan civilians, caused by coalition forces as well as the Taliban, as well as evidence of what may or not be double-dealing on the part of Pakistan government.

By last Wednesday, President Hamid Karzai of Afghanistan had branded Assange « irresponsible ». And by Friday, the US defence secretary, Robert Gates, had accused him of « having blood on his hands ». Their charge was that WikiLeaks has disclosed the names of Afghan collaborators who may now be subject to reprisals; that the information is unchecked; that some of it may be of dubious provenance, and that Assange seems to be accountable to no one.

Perhaps the most surprising and confusing aspect of all this is that Assange didn’t leak the material. He was not the source for these files, he merely published them. Where once, the focus was on the whistleblower, it’s now on the technological conduit by which the whistleblower can reach the world.

By the time I come to talk to Assange, his very last interview of the week, the backlash is in full swing. « Have you seen this? » he says waving a copy of the Times at me. « Have you seen how much bullshit this is? Have you seen page 13? Do you think I should call [the libel law firm] Carter-Ruck?

« It would be a bit silly for me but I’m tempted to. Just look at the headlines and the photo. What’s the imputation? »

There’s a photo of Assange below a headline that reads « ‘Taliban hitlist’ row: WikiLeaks founder says he did right thing ». And next to the photo, another headline reading « Named man is already dead. » The imputation is quite clearly that Assange’s actions have resulted in the man’s death, although in the story itself it makes it clear that he actually died two years ago.

« Is it clear? » says Assange. « Let’s see how much we have to read before we reach that information. It’s not in the first paragraph, second, third, fourth, it’s not in the fifth. It’s not until the sixth paragraph you learn that. »

The Times had splashed on its front page the claims that there are named Afghan sources in the files whose lives are now in danger. It’s pure « self-interest », he says, designed to undermine the Guardian, the Observer’s sister paper and one of three publications to publish stories based on the files, the others being the New York Times and Der Spiegel. « You can see that this is coming down from editorial, not up from journalism. »

Maybe. Although it doesn’t mean that there aren’t hard questions to answer. What about these named sources? Might he have endangered their lives?

« If there are innocent Afghans being revealed, which was our concern, which was why we kept back 15,000 files, then of course we take that seriously. »

But what if it’s too late?

« Well, we will review our procedures. »

Too late for the individuals, I say. Dead.

« Well, anything might happen but nothing has happened. And we are not about to leave the field of doing good simply because harm might happen … In our four-year publishing history no one has ever come to physical harm that we are aware of or that anyone has alleged. On the other hand, we have changed governments and constitutions and had tremendous positive outcomes. »

If Afghan informers are at risk, he says, the fault lies squarely with the US military. « We are appalled that the US military was so lackadaisical with its Afghan sources. Just appalled. We are a source protection organisation that specialises in protecting sources, and have a perfect record from our activities.

« This material was available to every soldier and contractor in Afghanistan …It’s the US military that deserves the blame for not giving due diligence to its informers. »

Not everyone agrees. There’s a school of thought, to which a leading article in the Times gave voice, that he is playing a dangerous game. He says he hasn’t read it, so I quote a chunk: « The sanctimonious piety of the man is sickening. »

« Oh sure, » he says. « Because it would be better to be a ruthless media mogul just in it for the money. That would be then be acceptable. We can’t actually have people doing something for moral reasons. It’s only acceptable if we do it just for the money. »

It is possible that this is part of it. When Julian Assange burst on to the world stage last week, people grappled to make sense of him, of WikiLeaks, of the new hybrid formed by old media – the Guardian, the New York Times, Der Spiegel – co-operating with a radical, activist, very new media, what the New Yorker described as less an organisation, more « a media insurgency ».

It is no coincidence that last week marked WikiLeaks’ most successful operation to date, and also the implementation of what is quite clearly a new media strategy. Not just its new step of co-operating with three international news organisations but also the decision, made over the past few months, for Assange himself to come out of the shadows and take up a public role as the WikiLeaks’ front man.

« We started off like the Economist, » he told a packed audience at the Frontline Club on Tuesday, meaning they retained complete anonymity. « We wanted to make the news, not be the news. But that produced extraordinary curiosity as to who we were … this attempt not to be the news, made us the news. »

This new openness seems designed to counter one of the greatest criticisms of the organisation: its lack of accountability. Because what this week has made clear is that it is no longer governments who can choose what to keep secret, it is WikiLeaks.

It feels like there’s been some sort of revolution, I say to him, but one which the world is still struggling to understand. In reply, he deploys one of his deadly monotones: « We are creating a space behind us that permits a form of journalism which lives up to the name that journalism has always tried to establish for itself. We are creating that space because we are taking on the criticism that comes from robust exposure of powerful groups. »

It is interesting that he phrases it this way because, as well as being a new and radically different model of what is and isn’t possible in the news future, Assange himself is a curious hybrid.

His skills as a cryptographer led him to becoming one of the architects of the WikiLeaks model, but as Gavin MacFadyen, the director of the Centre of Investigative Journalism and a friend of his, points out, there’s something almost old-fashioned about his particular brand of committed idealism.

« We don’t really see people like him any more. In the 60s and 70s, they were around. Those who are totally committed and passionate about what they’re doing. But not after 20 years of Thatcherism. »

There was a video of Assange on the centre’s website, and « our server crashed », says MacFadyen. « There’s no doubt he’s an inspirational figure. » He is also « probably the most intelligent person I’ve ever worked with » and has an « unusual amount of self-confidence ».

When you interview Assange, this seems like an understatement. He is at least five steps ahead. Probably more. But then, as he told the New Yorker, what appealed to him about computers was their austerity: « It is like chess – chess is very austere, in that you don’t have many rules, there is no randomness, and the problem is very hard. »

David Leigh, the Guardian’s investigations editor who oversaw publication of the files, says Assange has the mentality of a hacker, « a distinct psychological genre ». At times, he can seem almost autistic, although « he doesn’t lack charm ».

That is perhaps the most surprising thing about Assange. The first time I meet him, a fortnight before publication of the files, he’s tense and edgy. With good reason, it turns out. The second time, after a speaking engagement at the Frontline Club, the journalists’ club in West London he made his base for the week, he’s like a man transformed: relaxed and clearly enjoying himself. He makes jokes. He even smiles. The third time, he looks simply exhausted. And yet, he’s also still quite clearly up for taking on all-comers.

Vaughan Smith, the director of the Frontline Club, tells me that he’s more or less subsisted on « two hours’ sleep and two sandwiches ». But then, there’s something about Assange that if not superhuman, is almost as if sleep and food are mere technicalities that might concern the rest of us, but that he has found a way of simply dispensing with. Combat, intellectual combat, seems to be his stimulant of choice. It just fuels him.

When I try to question him about the morality of what he’s done, if he worries about unleashing something that he can’t control, that no one can control, he tells me the story of the Kenyan 2007 elections when a WikiLeak document « swung the election ».

The leak exposed massive corruption by Daniel Arap Moi, and the Kenyan people sat up and took notice. In the ensuing elections, in which corruption became a major issue, violence swept the country. « 1,300 people were eventually killed, and 350,000 were displaced. That was a result of our leak, » says Assange. It’s a chilling statistic, but then he states: « On the other hand, the Kenyan people had a right to that information and 40,000 children a year die of malaria in Kenya. And many more die of money being pulled out of Kenya, and as a result of the Kenyan shilling being debased. »

It’s the kind of moral conundrum that would unnerve most people, that made some wonder last week what the potential ramifications of the latest leak might be, but it is a subject on which Assange himself is absolutely clear: « You have to start with the truth. The truth is the only way that we can get anywhere. Because any decision-making that is based upon lies or ignorance can’t lead to a good conclusion. »

The other key thing about WikiLeaks is that it’s internationalist in the true sense. « We do not have national security concerns. We have concerns about human beings, » says Assange. And, with its servers located in different countries, and its headquarters nowhere, it raises intriguing questions about the future of nation states. WikiLeaks seems to be beyond the power of any of them, although Assange jumps on me pretty fast when I suggest as much.

« Of course not. We have had over 100 legal attacks. We have been victorious in almost every single legal attack. As far as nation states are concerned, we operate within the rule of law. »

But it is an organisation that has been brilliantly constructed to get around such assaults, and with each release of information, it seems to evolve and grow stronger.

Even if it’s not yet known, can’t be known, what the long-term impact of this particular leak will be.

David Leigh describes Assange as « a mendicant friar of the electronic age ». Like his organisation, he is global and rootless. And when he does sleep, it’s usually on somebody else’s sofa.

But Leigh also says « it’s actually fairly irrelevant to talk about whether what Julian is doing is a bad thing or a good thing, because if he wasn’t doing it, somebody else would ».

Assange might be an arresting figure and WikiLeaks an extraordinary organisation, but they are manifestations of a phenomenon, he says, not its root cause.

« He’s a function of technological change. It’s because the technology exists to create these enormous databases, and because it exists it can be leaked. And if it can be leaked, it will be leaked. »

EXPOSING ‘CORRUPTION OF GOVERNANCE’

WikiLeaks first appeared on the internet in 2006. The site states that it was founded « by Chinese dissidents, journalists, mathematicians and start-up company technologists, from the US, Taiwan, Europe, Australia and South Africa ».

Its spokesman and founder Julian Assange, an Australian journalist and former hacker, began working with others to create a resource that would make it possible for anonymous contributors to upload confidential information revealing « corruption of governance ».

It is called WikiLeaks because it used the same uploading software as Wikipedia and seeks to emulate the encyclopedia’s success as « a vast and accurate collective [of] intelligence and knowledge ».

WikiLeaks posted its first document in December 2006 entitled a « secret decision ». It revealed a Somali rebel leader’s plans for government officials to be executed by hired criminals. Uncertain of its authenticity, WikiLeaks published the document with a lengthy commentary asking readers to help analyse it. The site is hosted on Swedish internet provider PRQ.se, which is designed to withstand legal interference and hackers and fiercely protects the anonymity of its clients.

It first published information on the US army in 2007, uploading secret military information giving details of procurements in Iraq and Afghanistan.

By January 2010 WikiLeaks was run by 1,200 international volunteers receiving more than 30 submissions a day.

In April this year it released « Collateral Murder », a 38-minute video taken from the cockpit of an Apache helicopter in Iraq in 2007 which showed US soldiers killing at least 18 people including two Reuters journalists. The film was broadcast by news organisations around the world. In the days following its release, WikiLeaks received more than $200,000 in donations.

Richard Rogers 


Richesse oblige: Les ripoux de Wall street se font encore remarquer (Soros and friends are not only sharks, they’re also skinflints!)

9 décembre, 2010
https://i2.wp.com/media.economist.com/sites/default/files/imagecache/full-width/images/2012/11/articles/main/20130110_wbp006.jpgindexMonkey, see do. Proverbe bien connu
La seule différence entre les grands et les petits garçons, c’est le prix de leurs jouets. Dona Rowlands
Celui qui meurt avec le plus de jouets gagne. Malcom Forbes
Michael Corkery, le blogueur du Wall Street Journal, (…) fait ainsi remarquer que George Soros, dont la fortune est estimée à 11 milliards de dollars, ne figure pas dans la liste. John Paulson, le célèbre gérant du hedge fund qui a su tirer profit de la crise des subprimes et de l’effondrement de l’immobilier, non plus. Le gérant de hedge fund David Tepper qui attribue en partie sa réussite à ses testicules en cuivre porte-bonheur, fait aussi partie des grands absents, tout comme son concurrent Paul Tudor Jones. L’autre nom connu qui brille par son absence est celui de Maurice Greenberg, l’ancien PDG d’AIG. L’Expansion
Depuis la récession, les Américains riches sont à la recherche de nouveaux symboles de prestige, les yachts, jets privés et villas au bord de la mer sont tellement 2007. Etre assez riche et généreux pour avoir son nom dans la liste « Giving Pledge » pourrait rapidement devenir l’ultime badge de prestige. Robert Franck (Wealth Report)
Richesse oblige is part of American culture. The peer pressure to give is great (for donors large and small), which is what makes US givers three times as generous as Britons. The Giving Pledge has upped that peer pressure and set an expectation that only serious generosity gets you into the new A-list of philanthropy. (…) If these billionaire philanthrocapitalists can follow Gates’s example their giving could be world-changing. Editorial du Guardian

 Soros, Paulson, Greenberg

Devinez qui se fait encore remarquer?

Suite à la sortie du film de Ferguson sur la crise financière de septembre 2008

Qui faisait la part belle au milliardaire favori de la gauche américaine, George Soros, qui, on s’en souvient, avait fait sa fortune en attaquant la livre britannique ..

Retour sur ces milliardaires qui après avoir plumé le monde et s’être fait renflouer par l’Etat…

Résistent encore au mimétisme de la philanthropie…

Et brillent encore cette fois par leur particulière radinerie …

Pourquoi les riches Américains sont si généreux

 Laura Raim

L’Expansion

05/08/2010

Un milliardaire américain sur dix s’est publiquement engagé à verser la moitié de sa fortune à la charité. De quoi mettre la pression sur ceux qui sont encore réticents à répondre à l’appel de générosité lancé par Bill Gates et Warren Buffett.

L’investisseur Warren Buffet est le troisième homme le plus riche du monde

Mike Segar / Reuters

115 milliards de dollars. Voilà ce que vaut la promesse de dons des 40 milliardaires américains qui ont répondu à l’appel de Bill Gates et Warren Buffett. Et ce n’est que le début. Les Etats-Unis comptent 400 milliardaires et les deux philanthropes comptent bien les solliciter. L’objectif est d’atteindre 600 milliards de dollars.

La « révolution du philanthrocapitalisme » a commencé en 2006 quand Gates et Buffett, qui disposent de respectivement à 53 et 47 milliards de dollars, se sont publiquement engagés à léguer 95% de leur richesse à de bonnes oeuvres.

Le mouvement a fait des émules : Bono, Angelina Jolie et Brad Pitt sont parmi les plus connus. Il faut dire que l’exaltation américaine du self-made-man s’y prête. Ceux qui ont construit leur puissance tout seul considèrent souvent l’héritage comme un frein à la création de nouvelles richesses.

Le « peer pressure », une arme redoutable

En juin, les philanthropes décident de passer à la vitesse supérieure avec l’initiative « Giving Pledge ». L’idée est simple : ils demandant directement à leur pairs de les imiter et de s’engager à verser au moins la moitié de leur fortune à une oeuvre caritative, de leur vivant ou après leur mort.

Le « peer pressure » joue à fond. Car en publiant la liste de ceux qui acceptent, ils mettent les autres dans une position pour le moins inconfortable. Michael Corkery, le blogueur du Wall Street Journal, ne s’est d’ailleurs pas privé de citer quelques uns des riches récalcitrants, en se concentrant surtout sur le secteur financier.

Il fait ainsi remarquer que George Soros, dont la fortune est estimée à 11 milliards de dollars, ne figure pas dans la liste. John Paulson, le célèbre gérant du hedge fund qui a su tirer profit de la crise des subprimes et de l’effondrement de l’immobilier, non plus. Le gérant de hedge fund David Tepper qui attribue en partie sa réussite à ses testicules en cuivre porte-bonheur, fait aussi partie des grands absents, tout comme son concurrent Paul Tudor Jones. L’autre nom connu qui brille par son absence est celui de Maurice Greenberg, l’ancien PDG d’AIG.

Les milliardaires veulent améliorer leur image

Le problème avec cette « liste noire », c’est que ce n’est pas parce qu’ils ne se sont pas engagés auprès de Gates et Buffett qu’ils n’ont pas été généreux. Paul Tudor Jones, par exemple, a quand même fondé le Robin Hood Foundation qui s’applique à lutter contre la pauvreté à New York.

En tout cas, l’approche a le mérite d’être efficace. En à peine un mois et demi, près de 40 milliardaires se sont engagés. Parmi eux, le fondateur de CNN Ted Turner, le maire de New York Michael Bloomberg, le co-fondateur d’Oracle Larry Ellison ou encore le réalisateur George Lucas.

« Depuis la récession, les Américain riches sont à la recherche de nouveaux symboles de prestige, explique le blogueur Robert Franck du Wealth Report. Les yachts, jets privés et villas au bord de la mer sont tellement 2007. Etre assez riche et généreux pour avoir son nom dans la liste « Giving Pledge » pourrait rapidement devenir l’ultime badge de prestige ».

Au-delà de cet aspect lié à l’image, les dons pourraient se traduire par des rentrées de fonds colossales pour les organismes caritatifs. A en croire un éditorial du Guardian, « si les milliardaires se mettent à suivre l’exemple de Bill Gates, leurs dons pourraient changer le monde ».

Voir aussi :

More Billionaires Sign the Gates-Buffett Giving Pledge

Robert Frank

The WSJ

August 4, 2010

Apparently, it’s hard to turn down America’s richest men when they ask for money.

Bill Gates and Warren Buffett announced today that 40 signers, including at least 30 billionaires and other wealthy families, had officially made the Giving Pledge–a promise to give away more than half their fortunes.

Many of the names already were known, from Eli and Edythe Broad and Michael Bloomberg to Pierre and Pam Omidyar and Paul Allen. But the list also includes some notable new ones, especially from the world of finance: New York financier Ronald O. Perelman; Citigroup founder Sandy Weill and wife Joan; hedge-funders Julian Robertson Jr. and Jim Simons; and private-equity honcho David Rubenstein.

The technology sector also is well represented, by venture capitalist John Doerr and wife Anne; Pierre Omidyar and wife Pam; and Jeff Skoll.

The list includes a few old-money (or at least older-money) names: Barron Hilton and David Rockefeller. Still, almost all are self-made billionaires or near-billionaires.

The turnout is impressive, especially since the Gates-Buffett-sponsored pledge was just announced a month and a half ago.

Since some of the names already planned to give away half their fortune, the hard part will be persuading additional signers in the months to come. The Gates Foundation plans to hold small dinners in coming months in which signers will try to persuade potential givers to give their John Hancocks.

Some people may write off the pledge as a gimmick aimed at simply improving the PR of the super-rich, which could certainly use some improving. But the list could become a strong financial force for philanthropy, if for no other reason than peer pressure, publicity and the inspiring example of others.

America’s rich have been searching for new status symbols in the wake of the Great Recession. Yachts, private jets, seaside mansions are so 2007. But being wealthy enough and generous enough to get on the Giving Pledge list may quickly become the ultimate badge of status–both in the U.S. and abroad.

Do you think the pledge has been effective at raising additional charity dollars?

Voir également:

British billionaires: who could head our A-list of philanthropy?

The Giving Pledge reminds us how Britain lags behind the US in charitable giving. A push by our super-rich could close the gap

Matthew Bishop and Michael Green

The Guardian

5 August 2010

Could Sir Richard Branson take a lead in persuading super-rich Britons to meet the GIving Pledge criteria of giving away at least half their fortunes?

The figure is $115bn. That’s what the Giving Pledge made by 38 American billionaires on Wednesday could be worth if they fulfil their promise to give at least half their fortunes away. This is serious money and marks another milestone in the resurgence of philanthropy – what we call philanthrocapitalism – over the past decade.

The architects of the Giving Pledge, Microsoft founder Bill Gates and uber-investor Warren Buffett, kickstarted the philanthrocapitalism revolution in 2006 when they made a public commitment to give their fortunes away. Now, through the Giving Pledge, one in 10 of America’s 400 billionaires has committed to join them and make philanthropy a vocation.

If these billionaire philanthrocapitalists can follow Gates’s example their giving could be world-changing. Through his own philanthropy (and cajoling of governments), Gates has driven a step change in the world’s efforts to take on killer diseases in the developing world. As a result of these efforts, annual research spending on malaria has soared from $60m a decade ago to nearly $2bn today, which means that there is a real possibility of preventing the million deaths a year from this disease within the next decade. With their business nous and willingness to support innovative ideas, as well as their money, these philanthrocapitalists could become the world’s leading problem-solvers.

Critics have pointed out that many of the names on the list are already veteran philanthropists – like New York mayor and media tycoon Michael Bloomberg or real estate magnate Eli Broad – and may have already planned to give it all away. Yet it is still a big step that they have done so publicly. There were also surprises on the list, particularly Gates’s great rival in business Larry Ellison, the CEO of Oracle, who has blown hot and cold about philanthropy in his public statements in the past.

In the past, Gates has always focused on the enjoyment he gets from giving rather than heavy moral arguments to persuade his billionaire peers to join him in stumping up to save lives in Africa or fix America’s broken school system. The Giving Pledge marks a change in strategy as he and Buffett turn up the heat on the super-rich to join them in doing good.

Richesse oblige is part of American culture. The peer pressure to give is great (for donors large and small), which is what makes US givers three times as generous as Britons. The Giving Pledge has upped that peer pressure and set an expectation that only serious generosity gets you into the new A-list of philanthropy. More billionaires are expected to sign up in the coming months.

Could a Giving Pledge have the same impact here in Britain?

According to the lastest Forbes magazine listings, Britain is home to 40 billionaires but only one of them, Lord Sainsbury, has given enough away to qualify to sign the Giving Pledge. Others, such as the Duke of Westminster, are prominent supporters of charity but their publicly declared giving is not of a scale to get into the new Buffett and Gates philanthropy elite.

Some of Britain’s billionaire donors may protest that they already have plans to give half or more of their fortune away. Perhaps. But that may be the point of the Giving Pledge – putting the question that polite society is reluctant to ask of the rich: exactly how generous are you?

The Charities Aid Foundation has estimated that a similar pledge by Britain’s billionaires would release £60bn of new giving. With the government broke, such a surge in generosity by the super-rich may be just what this country needs to finance the « big society ».

So who should front up a British Giving Pledge?

Lord Sainsbury is the obvious choice, since he has already got there, but he doesn’t have the media pulling power or charisma of Gates or Buffett. There’s really only one British billionaire with the profile to carry this off – the media-friendly Sir Richard Branson.

Despite his impressive track record on doing good – from investing in new technology to tackle climate change to trying to stop the war in Iraq by flying Nelson Mandela to Baghdad to persuade Saddam Hussein to slip away into exile – Branson has not been a big giver of his personal fortune.

What better PR opportunity for Britain’s best-loved billionaire to take the lead with a big pledge of his own? Even if he does insist on calling it the Virgin Giving Pledge.

Voir enfin:

A Paladin of Publicity Bows Out in Grand Style

Charles E. Cohen

People

March 19, 1990

Malcolm Forbes Owned Castles and Yachts, Ran with Bikers and Movie Stars, and Almost Proved His Maxim: « He Who Dies with the Most Toys, Wins »

In a way, it was a fitting salute to a clamorous life. As mourners gathered in the hushed sanctuary of St. Bartholomew’s Episcopal Church in New York City, and gawkers and photographers clawed for position on the steps outside, the haunting screel of a lone bagpiper gave way to a rising thunder of motorcycle engines. Incongruously, deafeningly, some three dozen leather-swathed bikers gunned their hogs in an impromptu procession up Park Avenue. The discordant moment elicited little surprise from the arriving luminaries. For those who had passed through the orbit of Malcolm Stevenson Forbes, cultural clashes were commonplace. And what could make a more appropriate funeral dirge for this self-styled Leader of the Pack than the wail of bagpipes and Harley engines throbbing through the Byzantine-style church in New York City’s silk-stocking neighborhood?

The memorial service was really the last of Malcolm’s legendary parties—a land-locked yacht ride for dignitaries, titans of industry and show-business celebrities. Where else would former President Richard Nixon find himself stuffed into a pew cheek-by-jewel with Forbes’s frequent escort of recent years, Elizabeth Taylor? Many of the 2,000 who gathered to praise Malcolm, not to bury him, later streamed through the limestone Forbes Building on lower Fifth Avenue for a New Society-style wake featuring cocktails, pate and smoked salmon. On display were selections from Forbes’s vast collections of art and artifacts, including antique model boats, toy soldiers and manuscripts. At the time of his death, estimates of Malcolm’s wealth ranged from $400 million to $1.25 billion, though Forbes magazine itself coyly declined to pin down the exact total in its annual list of richest Americans. He owned eight homes, including Timberfield, the 40-acre Far Hills, N.J., estate where he died in his sleep on Feb. 24; a palace in Tangier, Morocco; a chateau in Normandy; and the island of Lauthala in Fiji, where Forbes had directed his ashes be buried under a marker with the epitaph WHILE ALIVE, HE LIVED. In addition to the family’s feisty business magazine, which media analysts estimate may be worth as much as $600 million, Forbes also held 400 square miles of real estate, 2,200 paintings and 12 Russian Imperial Faberge eggs, more than even the Soviet government.

Still, it was not money that made Forbes a household name, but the way he flaunted what it could buy. He entertained royalty on his 151-foot, helicopter-equipped yacht, The Highlander, and jetted around the world in his private 727 (named Capitalist Tool). He set six world records in hot-air ballooning—he was the first person to fly coast-to-coast in a single balloon—and led « goodwill » motorcycle and ballooning tours to unlikely destinations including the Soviet Union, Thailand, China and Pakistan. Only last August, his $2 million 70th-birthday bash in Morocco sparked an acrimonious debate about the morality of such conspicuous presumption.

Though he appeared to be a natural extrovert, Forbes’s expansive personality was late in developing. Not until middle-age did he make the metamorphosis from financial duckling to the flamboyant media prince the public came to know. « He was originally and basically a very shy person, uncomfortable with people, » says James W. Michaels, the editor of Forbes and a 36-year associate of its publisher. « Over the years, he more or less remade his persona. He realized that in both business and politics, it was very useful to have a public image before making a call and trying to sell something. »

A Princeton graduate, Forbes received a Bronze Star and a Purple Heart after the Battle of Aachen, then, at the end of World War II, joined the family publishing business run by his taciturn Scottish immigrant father, B.C. « Bertie » Forbes. He also tried his hand at politics, winning the Republican nomination for Governor of New Jersey in 1957, but was soundly defeated in the general election by Democrat Robert Meyner. The loss marked one of the few times his children remember seeing Forbes downcast. « What struck me was when something went wrong, he looked as if you had punched him in the face, » remembers his eldest son, Malcolm S. Forbes Jr., 42, known as Steve. « But he very quickly went on to the next thing. » After the death from cancer of his older brother Bruce, in 1964, Malcolm put politics out of his mind for good and took on the top job at Forbes, Inc.

It was then that his personal transformation began. Far from engaging in the lavish entertaining that became his trademark, Forbes was known at the time mainly for his conservative politics and solitary habits. His daily custom was to withdraw to a luncheonette across the street from the Forbes offices in Manhattan, accompanied only by a book. Then gradually he discovered a flair for self-promotion and warmed to the spotlight. When, by the early ’80s, Wall Street was booming, Forbes was ready to present his magazine—and himself—as the very embodiment of the limitless success possible in America.

The Forbes trappings—the yacht, the plane, the parties, the giant balloons bearing the magazine’s logo—were all part of a strategy of megapromotion. Wherever he went, much of Malcolm’s entourage consisted of potential Forbes advertisers, and the boss was known to sell a sizable percentage of the magazine’s ads himself. Revenues increased enormously under his guidance. But Forbes editorial staffers complained that Malcolm sometimes overused the prerogative of ownership, engaging in the journalistically suspect practice of softening or killing stories to protect friends or advertisers. And there was persistent speculation—officially denied by the magazine—that Forbes’s widely read « Fact and Comment » column was produced by a ghostwriter.

Majority control of the Forbes empire now falls to son Steve, who will receive 51 percent of the estate. The rest will be divided among the four other children: Robert, 41, who oversees the family real estate properties; Christopher (Kip), 40, who is curator of the many Forbes family collections; Timothy, 37, the president of the Forbes-owned American Heritage Magazine, and Moira Forbes Mumma, 34, who works with the physically handicapped. While alive, Malcolm had discussed his will freely. He said he feared that dividing his estate equally among the children would lead to infighting and leave the company rudderless. His offspring now insist they are all pleased with the way the pie has been cut, though some observers worry that the cerebral Steve may lack the panache necessary to fill his zestful father’s shoes. Others take comfort from the fact that similar criticisms were once directed at Malcolm. And Malcolm’s father had himself developed his more pronounced eccentricities—including growing his hair long—only later in life, suggesting perhaps that Forbes men become more interesting with age.

Naturally, Malcolm Forbes’s wealth and relentless self-promoting ways made his personal life the object of considerable attention. In 1985 he and his wife of 39 years, Roberta Laidlaw Forbes, divorced. She now divides her time between a small New Jersey house and a ranch in Colorado. Sources close to the family say the split was due primarily to Mrs. Forbes’s longtime disdain for publicity and Malcolm’s increasing hunger for it. (At the memorial, Liz Taylor took the place of honor—the aisle seat on the first row. Mrs. Forbes ended up buried in the middle of the row.) Forbes’s subsequent friendship with Taylor was a source of endless fascination to the tabloid press, though the two announced often—and persuasively—that they were simply good friends. Some suspected Forbes’s relationship with Taylor was one of mutual convenience. Getting onto the gossip pages helped Malcolm sell magazines and Liz her perfume, Elizabeth Taylor’s Passion.

In recent years, Forbes’s exuberant nightlife generated persistent if unproven rumors of his homosexuality, especially on the New York City club scene and in the magazine publishing world. In a soon-to-be-released unauthorized biography of Forbes, Wall Street Journal reporter Christopher Winans will reportedly substantiate stories that Forbes, father of five and grandfather of eight, was at least bisexual. « There are going to be some very startling details in this book, » says Winans’s agent, Jane Dystel. Meanwhile, Out Week, a New York magazine published for gays, was scheduled to feature Forbes on its cover this week and to name at least one former lover.

For their part, family members have either denied such rumors or declined comment. Asked about the rumors, Robert Forbes told PEOPLE, « Well, I don’t like to see things about people’s private lives in print. I don’t really have any comment. »

Rather than speculate about reported relationships, the Forbes heirs preferred last week to recall their own bond with their father. « He not only enjoyed us, but he was really interested in us being happy, » says Moira Forbes Mumma, who, unlike her brothers, has never worked for the family company. « He had an intuitive sense of allowing us to find our own lives. » (Before his death, Malcolm and author Jeff Bloch completed the manuscript for What Happened to Their Kids, a book about the unhappy adult lives of the children of the rich and famous. In 1988 they shared credit for They Went That-a-way, a collection of anecdotes about how the famous and infamous died.)

At Forbes’s memorial service, the five children took turns sharing their memories of the man who raised them. Timothy, who is in charge of the company’s new pop-culture magazine, egg, described his father’s unauthorized balloon flight over Beijing in 1982, which ended unexpectedly in the middle of a Red Army installation. Christopher spoke about his father’s love of his Scottish heritage and his insistence on sharing it with his children. « If you and your siblings had had to go to church dressed in kilts, your friends snickering at the sight of you all in skirts… you could begin to understand why all of us are close, » he observed. Son called some of his father’s set-backs, including the painful divorce and his previously undisclosed cancer in the early 1980s. « These, and other experiences he had can harden people, » he said. « But with Pop they simply deepened his already considerable empathy for others. »

The most widely shared sentiments about Malcolm Forbes, though, were probably expressed by his son Robert. « It’s been a hell of a party, Pop, my special friend, and such fun, » he said, his voice breaking. « Thanks for the trip. »

—Charles E. Cohen, with Robin Micheli, Sam Mead and Mary Huzinec in New York City


Voyages: La French connection du Maryland (Gardez bien: Looking back at two of Maryland’s most illustrious families)

8 décembre, 2010

Jamestown, Yorktown, Plymouth, Boston, Philadelphia’s Liberty bell, Washington’s Mount Vernon, New York’s Miss Liberty and Ellis Island, the Amish country …

Petit  hommage à l’occasion d’un retour aux sources et racines du Rêve américain

A une école du Maryland qui m’avait accueilli il y a bien longtemps comme mes enfants tout récemment …

Du côté de la rivière Sligo à laquelle ont prêté le nom peut-être de leur ville d’origine les ouvriers irlandais du Canal Chesapeake-Ohio …

Et  de la première banlieue résidentielle washingtonienne de Takoma Park et ville natale de l’auteur de la première xénogreffe de coeur de babouin sur une fillette

Maryland’s French connection

JC Durbant

Qui en France se souvient de la grande famille irlandaise des Carroll (du gaélique O’ Carroll)?

Qui se rappelle encore le Père fondateur et unique signataire catholique de la Constitution américaine Charles Carroll (célebré dans l’hymne même de son Etat « Maryland O Maryland »: « Remember Carroll’s sacred trust » mais aussi dans le film « Autant en emporte le vent »)?

Et cousin du premier évèque et archévèque américain et fondateur de la première université catholique du pays (Georgetown) John Carroll ou du seul signataire d’à la fois les Articles de la Confédération et de la Constitution Daniel Carroll?

Qui, pour sa connaissance du français, se vit assigné par le Congrès avec son cousin John au début de Guerre d’indépendance américaine en février 1774 la mission secrète de tenter de se rallier les Canadiens contre les Anglais?

Même le Lycée Louis-le-grand ou du moins sa version française sur Wikipedia semble avoir oublié son ancien élève qui, après Saint-Omer à l’actuelle frontière franco- belge, y avait peut-être cotoyé Robespierre?

En ces temps où, sous les persécutions de la majorité protestante, toute famille catholique importante des colonies américaines se devait d’y envoyer ses fils, expérience qui, dit-on, aurait peut-être inspiré le premier amendement de la Constitution américaine.

Gardez bien

Mais se souvient-on davantage de l’autre grande famille irlandaise des Montgomery qui n’a jamais mis les pieds dans le Maryland mais dont le principal comté, avec sa célèbre devise (« Gardez bien ») et les fleurs de lys idoines bien visibles sur son blason, ses bâtments publics, voiture de police ou camions de pompiers, garde l’insigne souvenir?

Qui se rappelle cette autre grande famille irlandaise qui donna au monde le célèbre maréchal Bernard Montgomery et à l’Amérique son premier général tombé au combat?

A savoir le général Robert Montgomery tué à Québec moins d’une année après la mission des frères Carroll au Canada quand l’Armée continentale avait tenté une attaque préventive contre les forces coloniales anglaises?

Descendant d’une grande famille irlandaise lui aussi dont les racines remontaient à la France et au fort normand de Mont Gomery (étymologiquement « homme puissant ») d’où son ancêtre Roger de Montgomerie (fils d’un compagnon du Viking Rollon) s’était joint à la conquête anglaise du Duc de Normandie Guillaume en 1066 et avait reçu pour sa peine de larges concessions de terre en Angleterre puis en Ecosse et en Irlande?

D’où justement la devise française et les fleurs de lys sur leur blason familial et enfin aujourd’hui sur celui du comté de Montgomery que le maréchal Montgomery lui-même avait rappelé lors de l’inauguration qu’il faisait en 1953 d’une école de la ville ontarienne de Hamilton …

Voir aussi:

Sligo’s French connection

JC Durbant

No, it’s not about Sligo’s long tradition of welcoming international students from France as it is in fact about much older times.

First, did you know that, well before the Irish C & O canal workers who brought their hometown name to the area, the Irish Carroll family (from the Irish O’Carroll) from whose name Sligo gets its address had more than one connection to France ?

Take for example the Founding father and sole Catholic signer of the US Constitution Charles Carroll (of Maryland’s song: »Maryland O Maryland »: « Remember Carroll’s sacred trust » but also « Gone With The Wind » fame), and cousin to America’s first bishop and archbishop and founder of America’s first Catholic university (Georgetown) John Carroll or to sole signer of both the Articles of Confederation and of the Constitution Daniel Carroll.

Who, because of his knowledge of the French language, was assigned by Congress at the beginning of the War of Independence in February 1774 with his cousin John on a secret mission to seek Canada’s help against the British.

And how did he get this knowledge of French ?

But in France of course where every self-respecting son of a prominent Catholic family had to be sent for advanced schooling in those days when Catholic minorities were given such a hard time by the Protestant majority, an experience which, it is rumored, possibly inspired the writing of the First Amendment.

And so went Charles first to a Saint Omer school on the French-Belgian border then on to Paris’ s prestigious Lycée Louis le grand where Voltaire, Molière or Robespierre had been.

But Sligo’s French connections do not end here as a quick look at the county’s shield and logo that the famous Carrroll avenue school is in will easily show.

« Gardez bien » (pronounced « garday » means “watch”, in the sense of “look out” or “be on guard” ; “Bien” pronounced « bee-an » with the n silent) means “good” to give the overall meaning of “Watch Well”), it says, because it was the Montgomery family’s motto.

Another prominent Irish family who gave the world the famous WWII general Bernard Montgomery and America its first general fallen on the battlefield, namely General Robert Montgomery killed in Quebec less than a year after the Carroll brothers’ mission to Canada when Continental forces attempted a bold preemptive war on British colonial forces.

And another prominent Irish family whose roots date back to France and the Norman Mont Gomery fort (etymologically « mount of the powerful man ») near the Normandy town of Lisieux from which their ancestor Roger Montgomery joined William the Conqueror on his conquest of England in 1066 and received thereafter large concessions of land in exchange in England, Scotland and later Ireland.

Hence the French motto (complete with the de rigueur French royalty’s fleurs de lys) on their shield and Montgomery county’s seal

So, as Field Marshal Bernard Montgomery once said to an Ontario school he inaugurated back in 1953 borrowing from his own family’s motto, « Gardez bien » (hold on to) your rich historical heritage, Sligo! As well as to your long tradition of welcoming people from France and other lands!

Voir également:

Sligo Says Farewell To Andre & Jean

Mrs. Wanga

The Sligo Scoop

November 23, 2010

On November 23, Sligo bid a sad farewell to Andre and Jean Durbant, our two French students. Andre (3rd Grade) and Jean (4th Grade) joined Sligo in September when their father brought them on a visit to the U.S. to learn English.

Mr. Durbant had the opportunity to come to the U.S. in 1972 after meeting some American students at his Adventist school in Collonges, France. Being an English major, when his American friends invited him to come and study in the U.S. for a year, he jumped at the opportunity.

Mr. Durbant attended Takoma Academy in the mornings and worked with Mrs. Stone (grandmother of 8th grader Nathan Stone) as a custodian in the evenings to help cover his expenses.

Eventually Mr. Durbant became an English teacher in France and wanted the same wonderful opportunity for his sons to come to the U.S. to visit and learn English. “Now is the best time for them to come and learn English,” Mr. Durbant says. “Studies show that students between the ages of 7-11 have the best ability to master a language. Children younger than that have not had a chance to master their own language

While here, the Durbants have visited Pennsylvania Amish Country, the Liberty Bell and Independence Hall, to Jamestown, Yorktown and Williamsburg with the 8th graders, the Statue of Liberty and the Empire State Building, Plymouth Rock and the Mayflower.

Mr. Durbant wishes that all children would have the chance to travel and experience another culture and receive the same kind of welcome his family has.

Voir enfin:

Sligo’s French Connection Part II

By J.C. Durbant

Sligo Scoop

January 27, 2011
Last issue we found that the Irish Carroll family, from whose name Sligo gets its address, had several connections to France. Charles Carroll helped the American colonies during the War of Independence. His early education in France made him the perfect operative to travel to Canada in 1774 to seek their help against the British.

But Sligo’s French connections do not end here. A quick look at our county’s shield and logo easily tells us more. The phrase « Gardez bien » was the Montgomery family’s motto. « Gardez » (pronounced « gar-day ») means « watch », in the sense of « look out » or « be on guard. » « Bien » (pronounced « bee-ah ») means « good. » The basically means to « watch well. »
The Montgomery family gave the world the famous WWII general, Bernard Montgomery. Their family roots date back to France in 1066. Here, their ancestor Roger Montgomery joined William the Conqueror on his conquest of England. He later received large pieces of land in England, Scotland and Ireland for his help, hence the French motto on the shield and county seal.

So Sligo, as Bernard Montgomery once said to an Ontario school he inaugurated back in 1953, « Gardez bien » (hold on to) your rich historical heritage, as well as your long tradition of welcoming people from France and other lands!


Cinéma: Attention, un coup monté de l’intérieur peut en cacher un autre! (Inside job: Internet bubble millionaire takes on the Wall street president)

7 décembre, 2010
Pas d’armes, pas de sang, une révolution à la Spaggiari. Eric Cantona 
Jusqu’ici, car maintenant ça commence à glouglouter méchamment dans la marmite et les populations hors de leurs gonds cherchent légitimement de quoi se passer les nerfs sur les banques. Le succès de la vidéo Cantona n’a pas d’autre origine, et il faudrait le fin fond de l’ineptie politique pour n’en pas saisir le sens réel qui dit l’arrivée aux limites de ce que les populations sont prêtes à tolérer de scandale. Pour tout le bien-fondé de la colère qu’il exprime, il y a pourtant de quoi s’effrayer de son implacable syllogisme qui dit en gros : « les banques et les banquiers sont la cause de tous nos maux » – schématique mais vrai –, « or les banques ne vivent que de nos dépôts » – partiellement vrai encore –, « par conséquent, pour abattre les banques et se débarrasser du fléau il suffit de leur retirer nos dépôts » – techniquement vrai… mais in fine catastrophiquement faux. Parce que Canto, tu retires tes économies et puis tu en fais quoi ? Matelas ? Lessiveuse ? Tâche aussi de te présenter au guichet parmi les tout premiers car il n’y en aura pas pour tout le monde. À chaque instant, en effet, les banques sont strictement incapables de faire face à l’exercice généralisé de la convertibilité inconditionnelle des dépôts à vue en espèces. Sur leurs larges populations de déposants, la loi des grands nombres leur assure en temps ordinaires une régularité statistique des comportements de retrait dont la moyenne globale ne représente qu’une fraction minime des dépôts réels, et n’appelle donc qu’un taux de couverture équivalent – bas. Evidemment tout change lorsque des circonstances exceptionnelles modifient brutalement les comportements de retrait, en les corrélant intensément, par exemple sous l’effet d’une panique collective qui conduit à la ruée des déposants. Planifiant sa propre détention d’espèces sur la base des comportements moyens ordinaires, la banque se retrouve incapable de faire face à des demandes de retrait brutalement modifiées. De là le ravissant spectacle des files de déposants, éclusées délibérément au compte-goutte pour donner le temps à la banque de s’alimenter en liquidités – quand elle le peut. Le rationnement, pour dire les choses en termes pudiques, fait donc nécessairement partie d’un bank run, c’est pourquoi il arrive que la queue au guichet soit un peu tassée, parfois même qu’on s’y marche légèrement dessus, car d’emblée on sait que tous ne récupéreront pas leurs billes. Mais les vraies joyeusetés commencent après. Car, les banques mises au tapis dans un bel ensemble, il faut tâcher de se figurer de la plus concrète des manières ce à quoi peut bien ressembler la vie matérielle. Manger par exemple. C’est-à-dire aller acheter à manger. Payer par chèque ? plus possible : plus de banques. Tirer de l’argent au distributeur ? plus possible : plus de banques. Obtenir un crédit ? plaisanterie ! plus de banques. Reste l’argent liquide au fond des poches. Canto qui se sera présenté parmi les premiers aura sa lessiveuse pour tenir. Mais pour les 90% rationnés, ça leur fera quatre à cinq jours d’horizon, en forçant plutôt sur les pâtes, et juste le temps de se mettre à l’art du jardin potager, car après… Parce qu’il détruit instantanément le système des paiements et du crédit, l’effondrement bancaire général est l’événement extrême en économie capitaliste, arrêt des productions incapables de financer leurs avances, impossibilité même des échanges puisque la circulation monétaire a perdu ses infrastructures, une sorte de comble du chaos matériel, et le monde social n’a pas belle allure lorsque les individus en sont réduits à lutter pour leur survie matérielle quotidienne. Le syllo de Canto commet donc ce qu’on pourrait appeler une erreur de métonymie : il prend l’accident pour la substance, ou la réalisation particulière pour la généralité. La vérité, si elle manque sans doute de poésie, est que nous avons besoin de banques, nous en avons même un besoin vital. Frédéric Lordon
Cela fait des semaines que je dis que l’optimisme actuel est trompeur. Les marchés profitent à plein de l’argent du gouvernement et de la politique de la Fed qui ne cesse d’injecter des dollars dans l’économie. Mais c’est complètement artificiel, c’est une machine qui fonctionne à vide, et bientôt la machine va exploser. Rick Ackerman (17.11.10)
Un documentaire engagé, donc, sans être vraiment partisan – le film dépassant largement le clivage républicain/démocrate. C’est à ce point vrai qu’on est sidéré d’apprendre qu’un bon nombre de partisans de la dérégulation sous la présidence de George W. Bush sont passés entre les gouttes de la moindre contestation, et sont encore en place sous Obama… Télérama
Avant de se faire cinéaste, Charles Ferguson est devenu millionnaire à l’occasion de la première bulle Internet. Si bien qu’il parle d’égal à égal avec ses interlocuteurs. Il faut voir l’exaspération de Glenn Hubbard, professeur d’économie, lorsqu’il comprend que son interrogateur est en mesure de le confondre. On pourrait presque les prendre en pitié, comme Frederic Mishkin, qui explique sa démission du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale à l’été 2008 par l’urgence qu’il y avait à mettre à jour un manuel universitaire. Le Monde
The film does not take a stand on the question of whether or not there was a good case for using military force to remove Saddam Hussein. Personally I feel it’s an issue about which reasonable people can disagree. On the one hand, Saddam turned out not to posses WMDs…But one could also argue that if it had been done differently, it could have worked, and Saddam was without question a genocidal, ruthless, horrific dictator and he had previously tried to develop nuclear weapons and his regime was being contained only by economic sanctions that were causing enormous damage to the Iraqi people.
It’s fascinating, and in some ways the technology world is kind of a video game. It’s an enormous amount of fun, a lot of smart people cooperating with each other, competing with each other. It’s fun to test your wits against other smart, ambitious people. It’s fun to do something cool and make money from it. Those are all great things. And I do sometimes have regrets about not doing more in the technology world than I am. I still try to keep my hand in a little bit. But of course, making a movie like this, there’s no way you can really be serious about the technology sector. Charles Ferguson
I wanted to place responsibility wherever it happened to fall. And if you look at what happened, it does, in fact, fall on that administration [Clinton] and those people. And I certainly wasn’t going to go easy on them because they were Democrats and I liked President Clinton’s view about something else. It was a little bit more difficult to implement that same principle with regard to [President Barack] Obama. And I did actually hesitate because I felt some sympathy for his position – at least his initial position. He had relatively little experience in the world, no experience in business or finance, and he became President when the world economy had just been totally screwed up. But what persuaded me that I should [not go easy on Obama] was that, with the passage of time, it hasn’t gotten any better; in fact, it’s gotten worse. He has the same economic team, and there still have been no criminal prosecutions. Charles Ferguson
A native of San Francisco, Ferguson was originally educated as a political scientist. A graduate of Lowell High School, he earned BA in mathematics from the University of California, Berkeley in 1978, and obtained a Ph.D. in political science from M.I.T. in 1989. Following his Ph.D., Ferguson conducted postdoctoral research at MIT while also consulting to the White House, the Office of the U.S. Trade Representative, the Department of Defense, and several U.S. and European high technology firms. From 1992–1994 Ferguson was an independent consultant, providing strategic consulting to the top managements of U.S. high technology firms including Apple Inc., Xerox, Motorola, and Texas Instruments.In 1994, Ferguson founded Vermeer Technologies, one of the earliest Internet software companies, with Randy Forgaard. Vermeer created the first visual website development tool, FrontPage. In early 1996, Ferguson sold Vermeer for $133 million to Microsoft, which integrated FrontPage into Microsoft Office. After selling Vermeer, Ferguson returned to research and writing. He was a visiting scholar and/or lecturer for several years at MIT and Berkeley, and for three years was a Senior Fellow at the Brookings Institution in Washington DC. Ferguson is the author of four books and many articles dealing with various aspects of information technology and its relationships to economic, political, and social issues. Ferguson is a life member of the Council on Foreign Relations, a director of the French-American Foundation, and supports several nonprofit organizations. Wikipedia

Attention: un coup monté de l’intéreur peut en cacher un autre!

En ces temps étranges où le vol ou recel d’information peut vous valoir, en une de Time magazine, le titre convoité de « Personne de l’année »

Et où l’apologie explicite d’un bandit de grand chemin vous livre sur un plateau les unes des journaux de la planète …

Retour sur le documentaire au titre tout particulièrement bien choisi de Charles Ferguson (« Inside job ») sur les origines de la crise financière de septembre 2008.

D’abord, parce que comme son précédent film sur l’Irak, il ne tombe pas dans l’antiushisme primaire et rappelle, de la dérégulation lancée par l’Administration Reagan à son apogée sous l’Administration Clinton ou à l’actuelle Administration qui n’a non seulement pas puni les responsables mais les a renfloués et repris à bord, à quel point tous les bords étaient concernés.

Mais surtout parce que sa dénonciation de la collusion entre banquiers, autorités de régulation, économistes et universitaires sonne si juste et est d’autant plus efficace qu’il fait lui-même justement partie du même monde.

Sauf qu’étrangement pour un monsieur qui passe son temps à rappeler à ses pairs la nécessité de déclarer ses conflits d’intérêt, vous n’en trouverez nulle mention dans ledit film. 

 A savoir que le diplômé en maths de Berkeley et docteur en sciences politiques du MIT mais également à l’occasion  professeur ou consultant présidentiel est aussi, après la vente de sa compagnie pour quelque 133 modestes millions de dollars, l’un des heureux millionnaires d’une de ces fameuses bulles si violemment dénoncées dans son film.
 
Oubli d’autant plus regrettable qu’il en a entrainé un second autrement fâcheux, car, étrange point aveugle d’un film par ailleurs remarquable, il le prive comme le spectateur d’un des principaux  facteurs explicatifs de l’ampleur  de la crise.
 
C’est-à-dire, comme en témoignent des décennies entières de croissance mondiale mais aussi l’existence même du film en question, l’indéniable efficacité économique, avant leur ignominieuse chute, de la dérégulation et de la titrisation …  
 
  Charles Ferguson makes the fat cats squirm

GAYLE MacDONALD

Globe and Mail

 Oct. 26, 2010

Academy Award-nominated documentarian Charles Ferguson was given a copy of The Trillion Dollar Meltdown by the author and his friend, Charles Morris, who laid out, in no uncertain terms, the calamity that was coming to decimate global markets. A respected academic and economist, Ferguson had heard the warnings from others before. But Morris’s book, he says, rocked him to the core.

 I remember calling Charlie up, and saying, ‘I read your book. It’s very good. It’s very sobering. But isn’t it a little extreme? I mean a trillion dollars?’ All he said to me was, ‘Just you wait.’ ”

His friend was right.

Ferguson’s new documentary, Inside Job, which opens in Toronto, Montreal and Vancouver on Friday, is a grim, clinical reveal of how the fat cats in the private and public sectors were responsible for 2008’s colossal market meltdown – one that cost $20-trillion and thousands of people, mostly lower-income, their livelihoods. Ferguson, who was in Toronto last month to premiere his documentary at the Toronto International Film Festival, talked candidly about how the greed and narcissism among bankers, market regulators, economists and Ivy League academics combined to land us in this collective mess, which could spill over again.

How in the world did you get these people, who are left visibly squirming, to agree to be interviewed for this film?

I think there were two things. One was my own background [BA in math from Berkeley; PhD in political science from the Massachusetts Institute of Technology]. I’ve been in business a long time so I’m not a bomb-throwing anarchist. And the other – which I regret to say, but is likely far more important – is that I don’t think they’re used to being challenged. They’re used to being deferred to, by journalists, by their colleagues, by their subordinates. It was very clear they were shocked by being challenged. In each case, there was this moment when they realized, “Whoa, he’s not going to let me get away with it. I can’t just say what I want.”

This was clearly a passion project for you. What motivated you to take on such a sticky subject and risk making such powerful enemies?

By the time the implosion occurred, it was clear this was a major event in world history. So just on those terms, it was an important thing. Plus, my friends had been warning me this could happen for some time, and by the time Lehman Brothers collapsed, I realized they’d been telling me very disturbing things that were not then in the public discourse. And it was something the public had a right to know.

It was interesting that you laid a lot of the blame at the feet of the Clinton administration and less so George W. Bush.

I wanted to place responsibility wherever it happened to fall. And if you look at what happened, it does, in fact, fall on that administration and those people. And I certainly wasn’t going to go easy on them because they were Democrats and I liked President Clinton’s view about something else. It was a little bit more difficult to implement that same principle with regard to [President Barack] Obama. And I did actually hesitate because I felt some sympathy for his position – at least his initial position. He had relatively little experience in the world, no experience in business or finance, and he became President when the world economy had just been totally screwed up. But what persuaded me that I should [not go easy on Obama] was that, with the passage of time, it hasn’t gotten any better; in fact, it’s gotten worse. He has the same economic team, and there still have been no criminal prosecutions.

What will Obama have to do to clean up the mess?

There are two possible ways the situation can get better. One way is for President Obama to decide he has to do something and replace the people with blood on their hands, so to speak. The other is if he appoints an independent special prosecutor to look into this. If he doesn’t, then it’s going to be up to the American people to make their leaders follow. It’s happened before. Fifty years ago, there was no environmental movement, no environmental laws. So to the extent that we’ve made progress in that domain, it gives me hope.

How did you get Matt Damon to narrate?

We asked him and he said yes immediately. He’s an activist on so many different levels. He was a great contributor to the film and made good suggestions on parts we knew were weak. The ending, for instance, was convoluted. And Matt said, “Look, it doesn’t have to be that complicated. Yes, they’re powerful. And, yes, they are going to fight. But this topic, and this documentary, is worth fighting for. Just say that.” So the language in the ending of the narration owes quite a bit to him.

This interview has been condensed and edited.

Voir aussi:

How filmmaking is like launching a start-up

Michelle Meyers

Zdnet

August 10, 2007  

Software executive-turned filmmaker Charles Ferguson talks about tech’s role in his award-winning documentary on the U.S. occupation in Iraq.

Michelle Meyers, Entertainment

Learn More » Charles Ferguson’s tech industry career ended a decade ago with the sale of his company, Vermeer Technologies–maker of a visual Web site development tool called FrontPage–to Microsoft for a whopping $133 million.

But while he has since forged a completely different path as an author, self-described « policy wonk » and life member of the Council on Foreign Relations, Ferguson still reflects on those formative years running a software start-up, a job he says is not too different from his latest venture as a documentary filmmaker.

Ferguson’s first film, No End in Sight, hits theaters in major U.S. cities Friday. He sees his documentary, which won a special jury prize at the Sundance Film Festival, as a nonpartisan analysis of how the U.S. occupation in Iraq evolved into a violent quagmire.

On the eve of his film’s theatrical debut, Ferguson talked to CNET News.com about how he traveled in Baghdad with body guards in armored vehicles, what he hopes to accomplish with his film, and how technology played a role in his moviemaking.

Q: How did you end up choosing the war in Iraq as the topic for your first documentary?

Ferguson: I had a substantial academic and policy analysis background related to foreign affairs and defense policy and national security policy and I’ve always retained that interest. I’ve also, for a very long time, had an interest in making films, and so the two collided. I was already thinking of trying to make a film when the Iraq war occurred and in 2004 I had dinner with George Packer, a journalist for The New Yorker. He had just come back from his second or third trip to Iraq, and what he said made it clear to me that this was something very important and that things in Iraq were dramatically different and dramatically worse than generally realized. And that’s when I first had the idea to do this.

While the two activities are by no means identical, there are striking similarities between starting a software company and making a film. How do you distinguish your film from other documentaries on Iraq?

Ferguson: I think the primary difference is that I felt it was important to provide an examination of and an analysis of, for lack of a better term, the big picture, how all this happened. How this invasion and war turned into this long terrible quagmire and Iraq into a completely failed state. The other films about the war don’t do that. That’s not to denigrate them in any way. Some of those films I think are extremely good…But they’re very specific and individual and particular and none of them looks at the large-scale questions of how American policy decisions were made and what the consequences of those decisions were and I felt it was important to do that.

Why not do that in a book? You’ve written and published three others.

Ferguson: There were two reasons. The first was purely personal, namely that I was interested in film. The second, though, is that by the time I decided that this was something I wanted to do, which was mid-2005, it was already clear that there were and were going to be a number of very good books about the Iraq war and the occupation. And that’s not to say that there’s not room for another one…But there was, I thought, a vast contrast between the availability of good books and the availability of good films that explored, again, the large-scale question of how this happened.

And, for better or worse, I guess this is a third reason, and to me a very important one, Americans don’t read books very much. The combined circulation of all of the good books about the Iraq war is probably 1 million, maybe 2. If this film is at all successful, at least reasonably so by the standards of documentary film, then several million people will see it, and I think that’s important. I think it’s important to communicate what happened in Iraq not just to the policy community and the political community, but to broadly speaking, educated and interested Americans.

How did your knowledge about technology and the computer industry play into your new role as a filmmaker–or did it?

Ferguson: It did actually, to a surprising extent, in two ways. One is that filmmaking is increasingly digital. The entire film was made digitally, filmed with several different high-definition cameras. We used fairly fancy, extensive, high-definition cameras for the United States interviews. We used newly available, much smaller high-definition camcorders for our Iraq footage, which turned out to be a very good choice, although it was difficult, because we got two of the first 40 of these systems that were available in the United States and they were new and they had a somewhat complicated work flow.

And things in Iraq are such that if something goes wrong, you don’t just call up customer service. Sometimes it was a bit complicated, but it turned out that it was quite helpful that I had a fairly reasonable understanding of how digital systems worked. And of course, all the editing was digital.

And then the other thing that turned out to be very helpful, was that, while the two activities are by no means identical, there are striking similarities between starting a software company and making a film. In both cases you are, in effect, starting a new company. You have to build a team from scratch. You have to acquire talent (and) financing and you have to design your product, think about it, then you have to actually create it. And in both cases there’s time pressure and financial pressure. So the experience of having started a company and having an idea and taking it from conception into fruition turned out to be a very relevant and helpful experience.

There was also another very important thing. I found it helpful in both cases to have this somewhat peculiar combination of paranoia and fear on the one hand, self-confidence on the other. The usefulness of the paranoia and fear was that in both cases I was doing something that was new to me and it was very important and very valuable to listen to the people around me, including my employees, who to a very large extent taught me my job.

I tried to have a sense of humility about what I knew relative to what they knew. That turned out to be very helpful. I learned a lot from the people I was working with, who were incredibly generous and great and helpful, in both cases, both with the company and the film. But at the same time, at a certain point, after you’ve listened to everybody, you have to make decision and sometimes it’s a decision that goes against the recommendations of most people.

How do you judge whether your documentary is a success?

Ferguson: I don’t think it’s any one thing. First of all, I would like the film to have an impact on the way Americans think about this war and the question of how to handle Iraqi policy now going forward. I hope the film has an effect on the policy community with regard to that question as well, not just American public opinion, but there is material in the film that isn’t generally known yet, even to people who have been following this.

There was a screening of the film for two dozen senators in Washington D.C. about 10 days ago. I was there and I was quite struck at the numbers of senators who were quite shocked and surprised by some of the things in the film…This is not the last time that the United States will go to war. I hope that the next time Americans think about using military force, people who have seen the film will have absorbed the lessons that war is not a video game and that if you don’t plan and think very carefully, terrible things will happen.

I think that there is some evidence that the film is having an effect. Just last night I learned that Sid Blumenthal just posted an article for the Salon Web site in which he says that the White House is becoming afraid that the film is going to have a substantial effect and that (for U.S. Deputy Secretary of State) Richard Armitage’s appearance in the film is going to lead to other senior administration officials to speak out.

Has it been difficult to balance your academic and policy background with your role as the maker of a film for the general public?

Ferguson: There were times when I felt the tension between my policy-wonk self, the person who had written a 454-page-long Ph.D., (and) trying to make a 102-minute film. But I would say on balance, my background in this case helped a lot…I had studied issues like this for a long time. The other thing that proved to be helpful was getting people to speak with me. It helped that I was credible to them in their world.

I would like the film to have an impact on the way Americans think about this war and the question of how to handle Iraqi policy now going forward. You made a conscious effort to keep partisan politics out of the film, right?

Ferguson: Yes. I tried very hard to do that. So, for example, the film does not take a stand on the question of whether or not there was a good case for using military force to remove Saddam Hussein. Personally I feel it’s an issue about which reasonable people can disagree. On the one hand, Saddam turned out not to posses WMDs…But one could also argue that if it had been done differently, it could have worked, and Saddam was without question a genocidal, ruthless, horrific dictator and he had previously tried to develop nuclear weapons and his regime was being contained only by economic sanctions that were causing enormous damage to the Iraqi people.

I wanted the film to be absolutely about what had in fact occurred. Not about what should have occurred, who was right and who was wrong, but what actually took place. Most of the people in the film, by the way, are Republicans.

How did you stay safe in Iraq? Were you intimated by that part of the filmmaking?

I’d like to think that I wasn’t intimidated but I certainly was very aware of it. When you’re in Iraq, at least the experience I had, is that you’re incredibly tense the entire time. You’re incredible alert, you’re always on, you always have to look at everything and access everything quickly, you’re constantly aware that everything you do has to be done with security in mind. You never make appointments over the telephone with the real time of your appointment. You say you’re going to meet someone at 10 and you show up at 9:30. You try to make sure your bodyguards’ families aren’t in the Baghdad area because if they are, they can be kidnapped…

I stayed safe by trying to be prudent. You travel either high profile or low profile, and I did both. If you travel high profile, which you have to do, for example, when you’re filming–when you have cameras there’s no way you can hide what you’re doing and who you are–I had 8 to 10 guards with automatic weapons and three armored cars.

You could have just retired and played golf.

I’m not that kind of guy.

What lies ahead for you? Do you want to make more films?

Ferguson: The process of making the film was one of the most remarkable, fulfilling, moving, amazing experiences I’ve had in my life. It was just an extraordinary thing. And if the world lets me, then I’m going to continue making films.

Do you ever have any regrets about leaving technology?

Ferguson: Sure. It’s fascinating, and in some ways the technology world is kind of a video game. It’s an enormous amount of fun, a lot of smart people cooperating with each other, competing with each other. It’s fun to test your wits against other smart, ambitious people. It’s fun to do something cool and make money from it. Those are all great things. And I do sometimes have regrets about not doing more in the technology world than I am. I still try to keep my hand in a little bit. But of course, making a movie like this, there’s no way you can really be serious about the technology sector.

Can you offer any observations about the technology industry today and how it might compare to the days before the bubble burst?

Ferguson: I don’t spend a lot of time on it. I do still have friends who are in the sector and very active in it. My impression is that this is different from the bubble and much more real, and I’m actually heartened by a lot of what I see. Of course there are some companies that aren’t going to work out and there is still hype in the world, no question about that, but I think something real and quite substantial is happening now.

Voir enfin:

A Wall Street, on a déjà oublié la crise

Deux ans après la tempête financière, le milieu bancaire new-yorkais accumule bonus et stock-options.

FABRICE ROUSSELOT De notre correspondant à New York

Libération

Ce jour-là, Whirlpool fête ses 100 ans au New York Stock Exchange (NYSE). Pour l’occasion, l’entreprise d’électroménager s’est offert une gigantesque banderole blanche déployée sur la façade de la Bourse. Une tente aussi, et des ballons jaune et noir pour faire la fête avec les VIP. Tommy, un broker en blouse bleue qui fume une cigarette tout à côté, dit «qu’il fait une pause dans une matinée de dingues».«Depuis quelques semaines, c’est reparti, assure-t-il, on passe des centaines d’ordres par jour. La crise ? Elle est derrière nous. Ce que l’on me demande, c’est de faire de l’argent. Et pour l’instant, personne ne se plaint.»

Deux ans après la crise financière qui a fait trembler ses fondations, c’est comme si rien ne s’était passé à Wall Street, ou presque. Depuis le début du mois, le Dow Jones a retrouvé un cours supérieur à celui de 2008, avant l’effondrement de Lehman Brothers. Pour la première fois depuis longtemps, les banques se remettent à embaucher et se disputent même les analystes les plus affûtés comme au beau vieux temps. Entre février et mai, dans la seule ville de New York, le secteur bancaire a créé 6 800 emplois, un chiffre sans équivalent depuis près de trois ans. «Ceux qui ont annoncé la mort des banques se sont trompés, assure Richard Lipstein, le directeur de Boyden Global Executive Search, une firme de recrutement spécialisée dans la finance. Aujourd’hui, les banques ont retrouvé une certaine stabilité. Elles ont notamment bénéficié des faibles taux d’intérêt et l’activité des marchés a repris.»

«Scandale». Mais les banques, même si elles ne s’en vantent pas, ont surtout profité des 700 milliards de dollars (515 milliards d’euros) du plan de sauvetage mis en place par l’administration Obama à l’automne 2008, et qui a officiellement pris fin le 3 octobre. «La réalité, c’est que Tarp [le plan Paulson, du nom du secrétaire au Trésor de George W. Bush, ndlr] a sauvé l’industrie bancaire, explique Jack Ablin, l’un des directeurs de la banque d’affaires Harris Private Bank. Le gouvernement a su faire ce qu’il fallait pour éviter un effondrement des marchés. L’argent déboursé a permis de créer un environnement favorable pour dégager du profit.» Pour certains, c’est bien là le problème.

De nouveau sur la route du profit, les banques semblent ne pas vraiment avoir tiré la leçon de la crise. En contrepartie de l’argent reçu, l’industrie bancaire avait promis de changer ses pratiques. Mais l’application de la loi Dodd-Frank, adoptée cet été pour limiter la spéculation, se heurte aujourd’hui à de nombreux obstacles.

Le 8 novembre, c’est tout Wall Street qui s’était donné rendez-vous dans le centre de Manhattan, à l’assemblée annuelle de l’Association des marchés financiers, pour s’inquiéter d’une régulation «trop stricte et qui pourrait avoir un impact négatif». A ce jour, le gouvernement n’a pas encore arrêté les nouvelles règles. «Pour être honnête, les banques ne veulent pas de contraintes supplémentaires qui pourraient les pénaliser, assure David Alias, le patron de DME Securities, une firme de courtage, qui vient de passer la matinée à observer les transactions au NYSE. Mon entreprise est de nouveau sur de bons rails, c’est très facile d’oublier les mauvais jours quand on regagne à nouveau de l’argent et que tout semble aller pour le mieux.»

A l’évidence, Wall Street a la mémoire courte. Le mois dernier, une étude publiée par le Wall Street Journal montrait que les banques allaient verser un montant record de 144 milliards de dollars de «rémunérations variables» à leurs salariés en 2010. En clair, une montagne de bonus, primes et autres stock-options, en augmentation de 4% par rapport à 2009.

On semble bien loin des déclarations contrites de patrons de banques en 2008, reconnaissant certains excès de leur profession. «Pour moi, c’est un scandale, s’insurge Rick Ackerman, un ancien courtier qui dénonce aujourd’hui les dérives de la finance sur son site web. Comment justifier de tels salaires alors que l’Américain moyen a du mal à boucler ses fins de mois ? Les banques ne veulent reconnaître aucune responsabilité dans la crise, alors que ce sont elles qui l’ont précipitée en accordant des emprunts sans garantie et en jouant à perte avec l’argent de leurs clients…»

«Trompeur». D’ores et déjà, plusieurs économistes s’inquiètent de cette fracture entre Wall Street et «Main Street». De cette dichotomie entre une économie réelle toujours convalescente et un monde financier en pleine ébullition. «La Bourse rebondit généralement plus vite que l’économie, précise encore Richard Lipstein, mais c’est vrai qu’il faut faire attention à ne pas trop s’emballer. Si la reprise ne se confirme pas, la Bourse en souffrira.»

Pour Rick Ackerman, le danger est encore bien plus grand. «Cela fait des semaines que je dis que l’optimisme actuel est trompeur, explique-t-il. Les marchés profitent à plein de l’argent du gouvernement et de la politique de la Fed qui ne cesse d’injecter des dollars dans l’économie. Mais c’est complètement artificiel, c’est une machine qui fonctionne à vide, et bientôt la machine va exploser.»

A l’angle de Wall Street et de William Street, Billy, le patron du «Love Truck», un camion ambulant qui livre sa dose de caféine quotidienne au monde de la finance new-yorkaise depuis une décennie, dit «que c’est bon quand même de voir ses clients de meilleure humeur. Il y a deux ans, des gens sont venus nous dire adieu en pleurant, ils avaient perdu leur emploi, leur entreprise avait fermé». Dans la file d’attente du Love Truck, Patrick Dougherty, un avocat d’affaires, résume : «La confiance est de retour, et ce n’est pas plus mal. Mais les banques ne doivent jamais oublier le drame de 2008. Sinon, cela recommencera.» 


Bien-pensance: Les trop bons comptes de l’immigration (France’s true immigration costs)

6 décembre, 2010
Ni communauté de sang, de langue ou de religion mais adhésion à deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. Ernest Renan
Les immigrés sont une excellente affaire pour l’Etat français: ils rapportent une grosse douzaine de milliards d’euros par an et paient nos retraites. Juan Pedro Quiñonero (ABC)
L’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites. Comité d’orientation des retraites
Il s’agit d’un processus historique lié à la structure de la population immigrée, majoritairement jeune. Comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques. Xavier Chojnicki
Maintenant, je me sens carrément isolée, je suis une toute petite minorité. C’est difficile de devenir une minorité chez soi, vous savez (…). Ce qui est nouveau, c’est que les Français d’origine étrangère se replient sur leur origine, ne se sentent plus français. Et moi, Française, je me sens mal (…) Même mes fils sont d’une autre culture que moi. Pour eux, être français, ça ne veut rien dire. Ils n’ont plus de nationalité, ils s’identifient de manière vague à une religion, celle qui est majoritaire. Ils observent les gestes de l’islam, une façon musulmane d’être et de parler, ils sont fiers d’appartenir à la majorité. Ils ne veulent pas être français, ils ne veulent pas s’intégrer dans la société, ils voudraient être blacks et beurs comme tout le monde, mais ils ne se comportent pas comme des musulmans. Tant de choses incohérentes. Christine C. (47 ans, cinq enfants, 28 ans de Courneuve, Le Monde, 12.11. 05)
Y en a marre ! Dans le RER D, il n’y a que des Arabes et des Noirs. Où sont les vrais Français ? Pourquoi ils ne viennent pas vivre ici, vivre avec nous ? Il faut du mélange ! Assia (Béninoise, Villiers-le-Bel, Val d’Oise, Le Monde, 06.12.07)
Avec la fin de la mixité sociale s’est mise en place la fin de la mixité ethnique. L’arrivée de l’immigration africaine a rajouté les blacks aux beurs. Le piège était refermé. Le processus d’intégration par le brassage des populations s’est brutalement interrompu… Beaucoup de jeunes impliqués dans des violences urbaines sont des blacks et des beurs. Réalité qu’enveloppe avec une fausse pudeur la périphrase « jeunes de banlieue »… Julien Dray (cofondateur de SOS Racisme, 1999)
On assiste à un retour sensible du phénomène de bandes ethniques composées en majorité d’individus d’origine subsaharienne, arborant une appellation, des codes ou signes vestimentaires inspirés des groupes noirs américains. Ces formations délinquantes constituées en majorité d’individus originaires d’Afrique noire ont la particularité d’instaurer une violence tribale ne donnant lieu à aucune concession, avec un rejet violent et total des institutions et un total détachement quant à la gravité de l’acte commis. Rapport des Renseignements Généraux (Le Monde, 6.09. 07).
L’explosion de l’immigration extra-européenne est venue paradoxalement des restrictions à l’entrée légale de travailleurs dans les années 1970. (…) à la fin des «Trente Glorieuses» (1944-1974), les gouvernements de droite comme de gauche, saisis de peur par la montée du chômage, ont multiplié les obstacles à l’entrée de nouveaux travailleurs au nom d’une certaine forme de «préférence nationale».(…) Depuis cette époque, les lois européennes organisent la prise en charge des étrangers qui se présentent au titre du regroupement familial ou de l’asile politique. Mais elles rejettent ceux qui prétendent travailler, créer des richesses et ne pas rester à la charge du pays d’accueil !… On convient d’appeler «clandestin» (ou plus pudiquement «sans-papier») un jeune Africain qui traverse au péril de sa vie le détroit de Gibraltar pour s’embaucher dans une exploitation agricole ou une entreprise de construction… Mais on considère comme immigrante régulière l’adolescente turque, nord-africaine ou noire qui est vendue par son père à un sien cousin déjà installé en Europe et présentée par ce dernier au consulat de son pays d’adoption comme son «épouse» légitime…(…)De la sorte, le mariage et le «regroupement familial» sont devenus le prétexte à une immigration clandestine déguisée. Cette immigration est de loin la plus importante et la plus pernicieuse car les femmes concernées et leurs enfants sont voués à la relégation dans des logements sociaux avec peu d’espoir d’assimiler un jour les valeurs et le mode de vie du pays d’accueil. L’assimilation est d’autant plus utopique que la majorité des enfants d’immigrants reviennent dans le pays d’origine de leurs parents pour y prendre un conjoint (98% des jeunes Turcs de France seraient dans ce cas). Chaque nouvelle génération effectue ainsi un retour à la case départ, vidant de son sens le concept de «deuxième ou troisième génération». Avec pour conséquence l’émergence de sociétés séparées et d’une ségrégation de fait. (…) La riche culture que les Français ont reçue en héritage est confrontée au développement d’une contre-culture archaïque (rejet de l’école, vocabulaire primaire, violence gratuite). Les chansons des rappeurs de banlieue expriment sans équivoque la montée de la haine. Ces paroles d’un racisme outrancier valent à leurs auteurs la compréhension énamourée de la bourgeoisie, comme si le mal-vivre excusait toutes les violences, y compris l’apologie du racisme et du meurtre ! (…) Ces violences sont attisées par l’attitude de la classe dominante, blanche, bourgeoise et bien-pensante. Celle-ci dénigre sa propre Histoire et jette Napoléon, Corneille et La Fontaine dans les poubelles de l’Histoire. Elle prive les nouveaux-venus d’un modèle dont ils pourraient tirer fierté. Elle «victimise» d’autre part les pauvres diables en peine de s’insérer dans le pays où ils ont cherché refuge. (…) La fracture nationale fait au moins l’affaire des classes supérieures qui tirent parti de leurs atouts (éducation, héritage) pour renforcer leur position sociale comme le démontre le chercheur Éric Maurin. Dans les «ghettos blancs» du VIIe arrondissement, de Neuilly, de Saint-Germain-en-Laye ou Chevreuse… les privilégiés considèrent avec détachement les troubles qui agitent le reste du pays. Qu’ont-ils à craindre ?… De l’École Alsacienne au lycée Henri IV, leurs enfants bénéficient d’un parcours fléché qui leur garantit de conserver leur statut social et les préserve de tout mélange. Les revenus de ces classes supérieures progressent à qui mieux mieux tandis que les classes moyennes voient les leurs stagner ou régresser sous le fardeau d’un État boulimique et impotent. À l’autre extrémité de l’échelle sociale, les enfants des classes populaires et immigrées n’ont plus guère l’espoir d’accéder un jour aux premières places de la fonction publique et des grandes entreprises. Depuis un quart de siècle, l’ascenseur social est en panne et les clivages culturels, religieux et linguistiques qui se mettent en place rendent plus minces encore leurs chances de promotion. (…) La très grande majorité des immigrants qui affluent en Europe par-dessus la Méditerranée ou le Bosphore n’ont pas de qualification professionnelle. Ils sont exclus des emplois légaux et grossissent l’économie souterraine (travail au noir, réseaux esclavagistes…), à moins qu’ils ne se cantonnent dans des emplois précaires (vigiles, nurses, aides-ménagères…). Quant aux diplômés du tiers monde qui quittent leur pays, ils choisissent unanimement les États-Unis et le Canada, assurés de pouvoir y travailler et développer leurs talents dans d’excellentes conditions et sans restrictions administratives (la moitié des 180.000 immigrants qu’a reçus le Canada en 2005 avaient un niveau d’études supérieures. Sans commentaire !). (…) Des démographes mandatés par l’ONU ont publié en 2000 un rapport mi-sérieux, mi-ironique où ils faisaient valoir que la France aurait besoin de 25 millions d’immigrants d’ici 2025 pour combler les postes vacants dans les entreprises… en l’absence de toute réforme d’envergure et à supposer que l’on trouve dans le tiers monde les compétences indispensables aux besoins d’une économie moderne. Il va de soi que l’entrée d’un aussi grand nombre d’immigrants ruinerait les fondations sociales, historiques et culturelles de la France et de l’Europe, et l’on comprend le désarroi des citoyens auxquels leurs leaders présentent cette éventualité comme une chance à saisir ! (…) Il est antinomique de faire venir de l’étranger des laveurs de carreaux, des infirmières ou des bûcherons et de prétendre résorber le chômage massif chez les jeunes Français issus des précédentes vagues de travailleurs immigrés. Les petits (et grands) patrons de la restauration jurent leurs grands dieux qu’ils ne trouvent personne à qui confier leur plonge ou même leur cuisine en-dehors d’Africains de la brousse n’ayant jamais touché la queue d’une poêle. Comment est-il possible dans ces conditions que McDonald’s arrive à recruter des jeunes dans les banlieues ou les milieux estudiantins pour des travaux similaires ? Les petits (et grands) patrons du bâtiment expliquent de la même façon qu’ils ne trouvent personne pour les emplois de manœuvres ou même de maçons et doivent recourir à des travailleurs africains. Mais comment se peut-il que les centres de tri d’ordures ménagères arrivent à recruter du personnel dans les milieux populaires pour des travaux autrement plus pénibles ? (…) Les sociétés de gardiennage recourent désormais de façon presque systématique à des immigrés africains… mais les entreprises de logistique trouvent bien à employer des jeunes Français dans des tâches autrement plus éprouvantes. Et que dire des musées ? La plupart, y compris les plus prestigieux, confient désormais la garde de leurs salles à des personnes étrangères qui souvent maîtrisent à peine la langue française. (…) La France n’échappera sans doute pas au retour des internats surveillés ni à l’apprentissage dès 14 ans (au lieu de 16) pour lutter contre la déscolarisation (pourquoi pas aussi des études surveillées dans les écoles jusqu’en fin de soirée pour dissuader les enfants de traîner dans les rues, selon une suggestion de feu Françoise Dolto ?). Un service civique obligatoire et universel devrait compenser la suppression hâtive du service militaire, qui était le seul lieu où les jeunes déclassés pouvaient rencontrer des Français d’autres milieux que le leur. Ce service civique devrait privilégier les échanges entre jeunes Français(es) de milieux différents, les plus favorisé(e)s instruisant les autres (alphabétisation, instruction civique, tenue d’un ménage, apprentissage de la conduite automobile, formation professionnelle…). André Larané

Une chance pour la France, on vous dit !

Plus d’ allocations chômage (1,6 et 1, 7 fois), plus de RMI (3,8 et 3,9 fois), plus d’aides au logement (2,5 fois), disproportion des migrations de peuplement peu qualifiées par rapport à l’immigration de travail qualifiée …

A l’heure où, au nom de la laïcité, une crèche de Noël se voit interdite par un tribunal administratif français …

Et où l’Administration du premier président américain du tiers-monde semble s’intéresser de très près à nos minorités

A lire sur le site Hérodote, contre la bien-pensance sur les questions qui fâchent …

Le commentaire du spécialiste de l’Afrique et des migrations Jean-Paul Gourévitch, sur l’utilisation médiatique d’un récent rapport d’une équipe de chercheurs de l’université de Lille pour le ministère des Affaires sociales sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale.

Où, derrière les gains trompetés comme les habituelles dénonciations, l’on découvre un des pays les plus généreux d’Europe en matière d’accueil et de financement de l’immigration.

Mais aussi une majorité de natifs du Maghreb et d’Afrique subsaharienne de 1,5 à 4 fois plus dépendants des aides sociales (chômage, RMI ou logement).

Et au final, pour cause d’extrapolation à partir de données quantitatives incomplètes et de non-prise en compte des coûts associés sociétaux, fiscaux ou sécuritaires (travail illégal, fraude, contrefaçon, prostitution, étudiants étrangers, Aide Publique au Développement) …

Un déficit, pendant que fuient à l’étranger une partie de nos cerveaux, de plus du double des recettes supposées (30,4 contre 12, 4 milliards d’euros annuels, près de 2 points de PIB) pour une immigration de peuplement toujours aussi peu qualifiée …

L’immigration, ça coûte ou ça rapporte ?

Jean-Paul Gourévitch

Hérodote

6 décembre 2010

Le rapport remis par le laboratoire «l’Equippe» (Université de Lille) du professeur Xavier Chojnicki au Ministère des Affaires sociales en juillet 2010 concluait que «les immigrés sont une excellente affaire pour l’État français. Ils rapportent une grosse douzaine de millions par an et paient nos retraites», selon un article du journal Madrilène ABC, repris par Courrier International n° 1048 du 2 au 8 décembre 2010.

Ces résultats paraissent contredire les travaux de Jean-Paul Gourévitch, consultant international, spécialiste de l’Afrique et des migrations, auteur de L’immigration ça coûte ou ça rapporte ? (Larousse 2009) et des trois monographies publiées par l’association Contribuables Associés de 2008 à 2010 (téléchargeables sur le site http://www.contribuables.org) qui estime le déficit annuel de l’immigration à 30,4 milliards d’euros.

Les phénomènes migratoires sont des phénomènes historiques que nous ne pouvons ignorer ; aussi lui avons-nous demandé de réagir à ce rapport et d’expliquer les écarts constatés.

Tout d’abord, le rapport de l’équipe lilloise s’intitule : «Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court terme». Il ne traite pas de l’ensemble des coûts de l’immigration.

Les journalistes qui titrent sur «les bons comptes de l’immigration» (Direct matin du 2/12/2010) n’ont pas véritablement lu le document de 206 pages que j’ai sous les yeux… ou voudraient tellement que l’immigration soit positivée qu’ils prennent leur désir pour la réalité.

Le professeur Chojnicki lui-même a recommandé la prudence vis-à-vis d’«extraits diffusés hors contexte» compte tenu de la «forte incertitude, liée au type de données ainsi qu’à la méthodologie utilisées».

Un tabou levé

Il est salutaire que des chercheurs de l’Université française se soient mis au diapason de ceux qui, outre-Atlantique ou dans les autres pays européens, ont depuis longtemps publié ou lancé des études sur cette question sensible, comme le montre la bibliographie du rapport. La Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration dont j’ai moi-même applaudi à la création dans les colonnes d’Herodote.net, et les revues spécialisées comme Hommes et Migrations ou Migrations Société ignorent ce débat par peur de donner du grain à moudre aux xénophobes.

Quant au défunt Ministère de l’Immigration, il avait promis de confier à un organisme indépendant une étude sur «le coût des migrations irrégulières» qui sortirait en septembre 2010. Nous l’attendons toujours.

Reste qu’il faut s’interroger sur le rapport de «l’Equippe», le corpus et les méthodes utilisés et la fiabilité des résultats obtenus qui contredisent de fait les conclusions de la quasi-totalité des autres études publiées. Le plus simple paraît être de confronter ses résultats avec ceux que j’ai publiés dans la monographie de Contribuables Associés : «le coût de la politique migratoire de la France», sortie en mars 2010.

Des populations différentes

Non seulement le corpus est différent dans sa composition et son année de référence, mais l’étude de Lille s’appuie sur les données quantitatives des recensements de l’INSEE qui ne traitent que ceux qui peuvent ou veulent l’être, laissant de côté, selon l’INSEE lui-même, entre 1,5 et 3% de la population parmi lesquels un grand nombre d’immigrés et de leurs enfants.

Les dépenses de protection sociale

Au-delà de l’actualisation faite par la monographie sur près de 3 ans, qui justifie l’augmentation du poste vieillesse et de la précarité, la différence la plus importante est celle du régime santé-maladie. Selon l’INSEE, «malgré leur moins bon état de santé déclaré, les immigrés ont autant, voire un peu moins dans le cas du généraliste, recours au système de santé que les autres.»

La communauté d’origine étrangère, enfants compris – c’est ce qui fait le plus gros de la différence -, représentant 12% de la population métropolitaine, la part imputable à l’immigration est de 19 milliards sur 158. À quoi il faut ajouter les prestations invalidité et accidents y compris les pensions militaires et celles liées aux contaminations par l’amiante. Sur 37,2 milliards d’euros, les immigrés en reçoivent 4,1 milliards soit un total de 23,5 pour le poste santé.

À ces coûts, le rapport de Lille ajoute deux postes, celui des dépenses d’éducation pour 4,2 milliards d’euros et celui des aides au logement pour 2,5. Pour nous, ces chiffres ne sont pas des dépenses d’immigration mais des investissements relevant de l’intégration. C’est à ce titre que nous les avons comptabilisés pour 5,7 milliards d’euros.

En aucun cas, ces coûts ne représentent la totalité des dépenses laissées à la charge des finances publiques par l’immigration.

Il faudrait en effet y ajouter la partie des coûts sociétaux et fiscaux (travail illégal, fraude, contrefaçon, prostitution…) qui relève de l’immigration (13,65 milliards d’euros), les coûts de structure de l’ex-Ministère de l’immigration, ceux de l’aide médicale d’État, ceux des retentions et des reconduites et de façon plus générale les coûts sécuritaires, soit un total de 5,24 milliards d’euros, celui de l’accueil de 270.000 étudiants étrangers pour 1,87 milliard d’euros, voire la part de l’Aide Publique au Développement en direction des pays d’origine de l’immigration qui vise à freiner le désir d’émigrer (investissement de 4,259 milliards d’euros).

Au total, cela représente 79,4 milliards d’euros de dépenses et de 10 milliards d’investissements soit une charge pour l’État de 89,4 milliards, supérieure aux 47,9 milliards du document de Lille.

Au delà de totalisations peu différentes, il existe des distorsions significatives sur les postes.

De même que nous avons comptabilisé les investissements, nous en avons mesuré la rentabilité, c’est à dire la plus-value en terme de PIB que le travail des immigrés apporte à l’économie nationale et les transferts de fonds qu’ils opèrent vers les pays d’origine qui, théoriquement, contribuent par le développement de ces derniers à freiner le désir d’émigration (en pratique ce sont plus des dépenses de consommation que des créations d’emplois ou des investissements).

Le grand écart (rapport 3 sur 1) sur les cotisations sociales s’explique par plusieurs facteurs :
– La sous-estimation par l’Université de Lille du chômage. Sa base de calcul repose sur un échantillon dont le taux de chômage national est de 5,94% et celui des immigrés de 10%, en décalage important avec les chiffres fournis par l’INSEE en 2009 et qui aboutissement à un chômage de 13,2 des immigrés actifs, ce qui se répercute sur les chiffres des recettes.
– Le fait que les immigrés travailleurs sont considérés par Lille comme des migrants en situation régulière acquittant les mêmes taux de cotisations patronales et salariales que les autochtones, ce qui ne tient pas compte de l’importance du travail illégal, des diverses fraudes ni des cotisations parfois prélevées par les patrons mais non reversées.

Résultats opposés mais diagnostics convergents

Nous n’avons trouvé dans le rapport aucune justification précise des quelque 12,4 milliards d’euros de bénéfices pour les finances publiques sinon page 122 : «En appliquant à chacun des paiements nets par âge et par origine la structure de la population pour l’année 2005, on en déduit l’impact net instantané des populations immigrées et autochtones au budget des Administrations Publiques (APU). La contribution nette globale de l’immigration au budget des APU serait ainsi positive et de l’ordre de 12 milliards d’euros pour l’année 2005. Dès lors, pour l’année 2005, un immigré aurait effectué un paiement net de l’ordre de 2250 euros, contre un peu plus de 1500 euros en moyenne pour un autochtone».

Il s’agit non pas ici d’un calcul scientifique mais d’une extrapolation faite sur l’année 2005 à partir d’un échantillon de population, qui de plus contredit totalement les écarts de salaires relevés par l’INSEE entre immigrés et autochtones. C’est pourtant cette affirmation qui fait la une des medias.

Pourtant, le diagnostic de l’équipe du professeur Chojnicki et le nôtre convergent sur les points suivants :
– La France est un des pays les plus généreux d’Europe en matière d’accueil et de financement de l’immigration.
– Par rapport aux autochtones, les migrants natifs du Maghreb et d’Afrique subsaharienne qui constituent la majorité de notre immigration actuelle sont «1,6 et 1, 7 fois plus nombreux à recevoir des allocations chômage, 3,8 et 3,9 fois plus représentés parmi les bénéficiaires du RMI, et 2,5 fois plus dépendants des aides au logement».
– Le retour à l’équilibre des finances publiques passe par un encadrement plus serré des migrations de peuplement et une augmentation de l’immigration de travail qualifiée qui diminuerait le déficit des retraites.

Encore faudrait-il que les medias, au lieu de mettre en exergue des titres et des chiffres qui plaisent à leurs rédacteurs mais ne correspondent pas à la réalité de ce qui est écrit, aient le courage de faire de l’information sur les aspects économiques de l’immigration (et aussi sur ceux de l’émigration), ce qui dans une année pré-électorale est peu probable.

L’auteur : Jean-Paul Gourévitch Jean-Paul Gourévitch est consultant international, spécialiste de l’Afrique et des migrations. Il a aussi enseigné l’image politique à l’Université Paris XII et publié une histoire de la littérature pour la jeunesse. Il écrit également des romans pour adultes ou pour les collégiens.

Il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages dont La France en Afrique (Acropole 2008 3e édition), les Africains de France (Acropole 2009) , L’immigration ça coûte ou ça rapporte? (Larousse 2009 ) et Le rêve méditerranéen d’Ulysse à Nicolas Sarkozy (Ed de l’Oeuvre Prix Gaxotte de l’essai historique 2009, finaliste du prix Méditerranée 2010) .

Voir aussi :

Les très bons comptes de l’immigration

Les immigrés sont une excellente affaire pour l’Etat français : ils rapportent une grosse douzaine de milliards d’euros par an et paient nos retraites.

Juan Pedro Quiñonero

ABC

02.12.2010

Les immigrés sont une très bonne affaire pour l’économie française : ils reçoivent de l’Etat 47,9 milliards d’euros, mais ils reversent 60,3 milliards. Autant dire un solde positif de 12,4 milliards d’euros pour les finances publiques, qui ne représente pourtant que la part monétaire de transferts bien plus importants. Dans ce pays de 64,7 millions d’habitants, 6,5 millions de Français comptent au moins un immigré dans leur famille. Les chiffres de l’immigration légale sont très fluctuants. En France, on recense environ 5,3 millions de résidents étrangers avec leurs familles.

Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, sous la direction du Pr Xavier Chojnicki, a réalisé pour le compte du ministère des Affaires sociales une étude sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale. Travaillant sur des chiffres officiels, les chercheurs ont décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés. Il en ressort un solde très positif. Les chercheurs ont remis leur rapport en 2009, au terme de trois ans d’études. Les 47,9 milliards d’euros que coûte l’immigration au budget de l’Etat (2009) sont ventilés comme suit : retraites, 16,3 milliards d’euros ; aides au logement, 2,5 milliards ; RMI, 1,7 milliard ; allocations chômage, 5 milliards ; allocations familiales, 6,7 milliards ; prestations de santé, 11,5 milliards ; éducation, environ 4,2 milliards.

De leur côté, les immigrés reversent au budget de l’Etat, par leur travail, des sommes beaucoup plus importantes : impôt sur le revenu, 3,4 milliards d’euros ; impôt sur le patrimoine, 3,3 milliards ; impôts et taxes à la consommation, 18,4 milliards ; impôts locaux et autres, 2,6 milliards ; contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et contribution sociale généralisée (CSG), 6,2 milliards ; cotisations sociales, environ 26,4 milliards d’euros.

A ce solde positif de quelque 12,4 milliards d’euros il faut ajouter d’autres revenus pas toujours monétaires, mais d’une grande importance sociale et économique : les immigrés occupent l’immense majorité des emplois dont les Français ne veulent pas, et 90 % des autoroutes ont été et sont construites et entretenues avec de la main-d’œuvre étrangère. Sans immigrés, les prix à la consommation (produits agricoles et autres) seraient bien plus élevés, la main-d’œuvre étrangère étant bien moins payée.

La comptabilité réalisée par les chercheurs de l’université de Lille fait ressortir aussi de profonds changements sociaux. Majoritairement jeunes, les immigrés sont de grands consommateurs : comme nous venons de le voir, ils versent environ 18,4 milliards d’euros à l’Etat sur leurs dépenses personnelles, notamment en TVA. Les immigrés ont modifié en profondeur le sport et les arts populaires français : la grande majorité des footballeurs de haut niveau sont issus de l’immigration, et les artistes d’origine immigrée, noirs et maghrébins, peuplent le Top 50 de la chanson populaire.

Parallèlement, de nombreux métiers, en particulier dans les services, ne fonctionnent en France que grâce à l’immigration. Plus de la moitié des médecins hospitaliers dans les banlieues sont étrangers ou d’origine étrangère. Pas moins de 42 % des travailleurs des entreprises de nettoyage sont des immigrés. Plus de 60 % des ateliers de mécanique automobile de Paris et de la région parisienne appartiennent à des mécaniciens et petits entrepreneurs d’origine étrangère.

Dans un domaine aussi crucial que l’avenir du système des retraites, les immigrés jouent un rôle des plus favorables. Le très officiel Comité d’orientation des retraites est parvenu à cette conclusion : “L’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites.”

Xavier Chojnicki commente ces résultats en ces termes : “Il s’agit d’un processus historique lié à la structure de la population immigrée, majoritairement jeune. Comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques.”

RAPPORT Statistiques INED

Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), l’immigration a baissé en France depuis les années 1970. Les flux migratoires vers la France ont été importants dans les années 1950 et 1960. L’Hexagone compte une proportion d’étrangers (11 %) comparable à ses voisins : 13 % en

Allemagne, 10 % au Royaume-Uni. Parmi les pays européens, l’Espagne est un cas particulier puisque l’immigration y est récente, remontant aux années 1990. Entre 2002 et 2007, quelque 600 000 migrants sont arrivés chaque année en Espagne, pays qui était lui-même, avant cela, un pays d’émigration. Les Etats-Unis, avec 42,8 millions d’immigrés, soit 13 % de la population, sont le premier pays d’accueil des étrangers à l’échelon mondial.

Voir également :

Le coût de la politique migratoire de la France : 38,3 milliards d’euros, près de 2 points de PIB

Contribuables.org

12 avril 2010

Publication de l’étude réalisée par Jean-Paul Gourévitch, expert international en sciences humaines,spécialiste de l’Afrique et des migrations.

Le coût de la politique migratoire de la France : 38,3 milliards d’euros, près de 2 points de PIB.

Cette monographie rédigée par Jean-Paul Gourévitch, expert international en ressources humaines, spécialiste de l’Afrique et des migrations, actualise, prolonge et approfondit les monographies n° 14 sur « le coût réel de l’immigration en France » (mars 2008) et n° 21 sur « le coût de l’émigration : ces Français qui quittent la France » (mars 2009).

Le coût de la politique migratoire de la France met en perspective les dépenses et recettes de l’Etat, mais aussi les investissements consentis, et les retombées économiques de l’immigration et de l’expatriation sur la productivité nationale.

Au total un déficit dépenses/recettes de 30,4 milliards d’euros pour l’immigration et de 7,9 milliards d’euros pour l’émigration, soit près de 2 points de PIB à la charge des contribuables, au moment où le pays s’interroge sur les moyens de sortir de la crise et de réduire sa dette.

La plus-value annuelle apportée par le travail des immigrés n’est pas négligeable (5 milliards d’euros) et équilibre presque les dépenses consenties par l’Etat pour l’ « intégration » des immigrés et de leurs enfants (5,70 milliards d’euros). En revanche, la part de l’aide au développement visant, entre autres, à freiner les flux migratoires (4,26 milliards d’euros) n’a généré que des résultats médiocres. La stabilisation relative de ces flux est davantage liée à la politique française et européenne de rééquilibrage entre migrations de main d’œuvre et migrations de peuplement.

Ce travail a été conduit selon une méthodologie rigoureuse à partir des données des organismes nationaux (INED, INSEE, Cour des comptes, Sénat, ministères…) et internationaux (OCDE, ONU, Eurostat, UNESCO, Conseil de l’Europe, Migrations Watch…) croisées avec des monographies régionales et locales.

Il devrait permettre à l’opinion publique de disposer d’une information précise et loyale sur l’importance de la communauté d’origine étrangère présente sur le territoire métropolitain (7,7 millions de personnes), sur le nombre d’expatriés (2,39 millions de personnes), sur les flux migratoires et leurs coûts.

Il se clôt par des hypothèses de travail chiffrées sur les moyens de réduire ces déficits et par une analyse de la lisibilité, de la cohérence et de l’efficacité de la politique migratoire conduite par ceux qui gouvernent aujourd’hui la France.

Voir de même :

Le coût de l’émigration. Ces Français qui quittent la France

Contribuables associés

20 mars 2009

21ème étude réalisée par Jean-Paul Gourévitch, expert international en ressources humaines, auteur de la monographie n° 14 sur « Le coût réel de l’immigration en France »

Chaque année, 233.000 Français quittent définitivement ou pour une longue période la France et 168.000 y reviennent, soit un solde migratoire négatif de 65.000 personnes.

Les raisons sont multiples : émigrations de main d’oeuvre, de compétence, entrepreneuriale, étudiante, fiscale, retraitée… Cette émigration a un coût pour l’État donc pour les contribuables.

Si les 2,390 millions de Français expatriés décidaient par un coût de baguette magique de revenir, ce seraient 233 Mds d’euros qui viendraient abonder les caisses de l’État, une manne providentielle en période de crise. Jean-Paul Gourévitch évalue les dépenses consenties par l’État pour l’éducation de ces émigrés, les manques à gagner fiscaux et sociaux et la perte de recettes entraînée par ces départs à un montant annuel de 11,117 Mds d’euros.

En contrepartie, les économies réalisées par l’État et les recettes générées par les transferts de fonds et les retours ne représentent que 3,323 Mds d’euros. Au terme de cette analyse, il présente les solutions qui permettraient de limiter cette émigration et de réduire ces coûts.

Voir enfin:

L’Europe et l’immigration

André Larané

Hérodote

Janvier 2005

1/4 – Une page se tourne

Depuis trente ans, l’Europe conjugue une baisse de la fécondité et une immigration sans précédent dans son Histoire. Face à ce double phénomène, la Commission européenne et la classe politique s’en tiennent à la méthode Coué et à des mesures contre-productives (mise à jour : juin 2006).

L’immigration est devenue en trois décennies le principal facteur de changement des sociétés européennes.

L’immigration, un phénomène sans précédent

Pendant les «Trente Glorieuses» (1944-1974), l’Europe affichait un indice de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme) proche de 3. C’était un signe de bonne santé sociale et de dynamisme. «N’y voyons pas un hasard !…» note le philosophe Roland Hureaux. «La société du baby-boom est la plus favorable qu’il y ait eu aux jeunes dans le partage de la richesse au cours du XXe siècle» (*).

Mais le nombre de naissances a brusquement chuté à partir de 1974 dans presque tous les pays occidentaux. L’indice de fécondité est tombé très vite au-dessous du seuil indispensable au remplacement des générations (2,1). Aujourd’hui, dans certaines régions (Italie du nord, Allemagne orientale…), les couples ont en moyenne un enfant tout juste, ce qui implique à terme une division par deux de la population d’une génération à la suivante…

Cette implosion démographique est en passe de rompre la transmission des connaissances sur lesquelles la civilisation européenne a prospéré pendant un millénaire.

La rupture de la chaîne des générations s’accompagne d’une vague d’immigration sans précédent dans l’Histoire humaine par son ampleur et sa rapidité. Du jamais vu, même pendant les «Grandes Invasions » de la fin de l’empire romain.

Pour la première fois depuis l’arrêt des invasions hongroises, il y a mille ans, l’Europe est devenue terre d’accueil et d’immigration. Avec 1,5 million d’immigrants par an, le Vieux Continent est même aujourd’hui le premier pôle d’attraction mondial devant l’Amérique du nord.

La Russie cumule les handicaps. Le plus vaste pays du monde, et l’un des moins denses (8 habitants/km2), perd près d’un million d’âmes par an ! De foyer d’émigration, elle devient terre de peuplement. C’est ainsi que les immigrants chinois remplacent peu à peu les Russes en Sibérie orientale…

Concernant la France, rappelons qu’elle n’a connu aucune immigration pendant un millénaire, entre l’établissement des Normands à l’embouchure de la Seine en 911 et l’arrivée de mineurs dans les houillères du Nord à la fin du XIXe siècle. Cette exceptionnelle stabilité démographique lui a permis de rassembler ses composantes (Français, Picards, Flamands, Bretons, Basques, Alsaciens, Corses, Languedociens…) sous l’égide d’un État fort.

L’immigration s’est intensifiée au cours du XXe siècle et, d’européenne, elle est devenue mondiale. Le nombre d’entrées est passé de 100.000 par an vers 1980 à plus de 200.000 par an en ce début du XXIe siècle. A quoi s’ajoute l’importante contribution des néo-Européens à la natalité. Il s’ensuit que la France métropolitaine abrite d’ores et déjà la plus importante minorité d’origine africaine du Vieux Continent. En l’absence de statistiques officielles, on l’estime à près de 10% de sa population, soit 2 à 3 millions d’Africains installés en métropole et 2,3 millions de ressortissants des DOM-TOM dont 700.000 en métropole (en 1963, le territoire métropolitain comptait officiellement 50.000 immigrants d’Afrique noire) (*)

Au vu de ce bouleversement continental, on peut prédire sans trop de risque d’erreur qu’une ère historique se clôt et qu’une nouvelle se profile. Le passage de l’une à l’autre s’annonce d’autant plus périlleux que les leaders politiques ont choisi la politique de l’autruche. N’osant aborder de front les questions migratoires, ils gèrent tant bien que mal le court terme, ce qui les conduit à des contresens dramatiques.

L’échec de la «politique d’intégration» à la française fait écho à celui de la «mission civilisatrice» de la France républicaine et laïque dans ses colonies…..

Janvier 2005

L’Europe et l’immigration

2/4 – Politiques de Gribouille D

L’Europe est devenue en ce début du XXIe siècle la principale région d’immigration dans le monde, devant l’Amérique du Nord.

Tout oppose en ce domaine les deux rives de l’Atlantique. Aux États-Unis et au Canada, la plupart des immigrants (Chine, Inde, Mexique, Moyen-Orient, Afrique…) s’intègrent vite et bien en travaillant dur. Ils n’ont d’autre objectif que de devenir d’authentiques Américains ou Canadiens, fiers de leur drapeau et de leur culture.

Rien de tel en Europe où les pouvoirs publics rejettent avec frilosité les immigrants désireux de travailler et n’osent refuser les autres qu’attirent les aides sociales. Cette attitude dissuade les nouveaux-venus de s’intégrer à la société d’accueil (nous sommes «Français de papier mais pas de coeur», entend-on dans certaines banlieues). Elle promet aux sociétés européennes de très graves secousses.

«Préférence nationale»L’explosion de l’immigration extra-européenne est venue paradoxalement des restrictions à l’entrée légale de travailleurs dans les années 1970.

Avant 1974, les pays européens accueillaient librement les travailleurs étrangers dans la mesure où ces derniers trouvaient à s’employer. Certains faisaient souche, la plupart revenaient chez eux au bout de quelques années avec un pécule et se faisaient remplacer par un fils ou un neveu. Mais à la fin des «Trente Glorieuses» (1944-1974), les gouvernements de droite comme de gauche, saisis de peur par la montée du chômage, ont multiplié les obstacles à l’entrée de nouveaux travailleurs au nom d’une certaine forme de «préférence nationale».

Les étrangers déjà installés en Europe n’ont pas eu d’autre choix que d’y vivre à demeure avec leur famille.

Depuis cette époque, les lois européennes organisent la prise en charge des étrangers qui se présentent au titre du regroupement familial ou de l’asile politique. Mais elles rejettent ceux qui prétendent travailler, créer des richesses et ne pas rester à la charge du pays d’accueil !…

Immigration «légale», immigration «clandestine»La différence entre l’immigration «légale» (réputée utile) et l’immigration «clandestine» (officiellement réprouvée) tient désormais à peu de chose.

D’un côté, bon an mal an, la police fait du «chiffre» en expulsant à prix d’or quelques milliers de réfugiés russes, roumains, maghrébins… D’un autre côté, son ministre régularise sous un motif passe-partout des dizaines de milliers d’immigrants de toutes origines dont beaucoup se retrouveront ensuite dans des squats ou dans la rue, réclamant un logement décent aux frais de la République.

L’une des ambiguïtés majeures de la réglementation concerne le regroupement familial.

On convient d’appeler «clandestin» (ou plus pudiquement «sans-papier») un jeune Africain qui traverse au péril de sa vie le détroit de Gibraltar pour s’embaucher dans une exploitation agricole ou une entreprise de construction… Mais on considère comme immigrante régulière l’adolescente turque, nord-africaine ou noire qui est vendue par son père à un sien cousin déjà installé en Europe et présentée par ce dernier au consulat de son pays d’adoption comme son «épouse» légitime…

Le droit au regroupement familial se fonde sur une conception traditionnelle et très occidentale de la famille : un homme et une femme unis en principe pour la vie ainsi que les enfants nés de leur union. Mais cette conception est caduque (aucun contrat civil n’est aujourd’hui plus éphémère que le mariage !). Elle est surtout en contradiction avec les conceptions qui prévalent sous d’autres cieux (polygamie, mariage forcé d’adolescentes…).

De la sorte, le mariage et le «regroupement familial» sont devenus le prétexte à une immigration clandestine déguisée. Cette immigration est de loin la plus importante et la plus pernicieuse car les femmes concernées et leurs enfants sont voués à la relégation dans des logements sociaux avec peu d’espoir d’assimiler un jour les valeurs et le mode de vie du pays d’accueil.

L’assimilation est d’autant plus utopique que la majorité des enfants d’immigrants reviennent dans le pays d’origine de leurs parents pour y prendre un conjoint (98% des jeunes Turcs de France seraient dans ce cas). Chaque nouvelle génération effectue ainsi un retour à la case départ, vidant de son sens le concept de «deuxième ou troisième génération». Avec pour conséquence l’émergence de sociétés séparées et d’une ségrégation de fait…..

L’Europe et l’immigration

3/4 – Fractures nationales

L’Europe change. Avec le non-remplacement des générations et l’immigration massive de déshérités dépourvus de tout bagage professionnel ou culturel, le rêve d’une société égalitaire et d’une nation unie s’éloigne chaque jour un peu plus.

Sociétés séparées

Dans l’Hexagone, le mythe irénique d’une «France black-blanc-beur» a fait long feu. Les nouveaux immigrants se regroupent par affinités ethniques et religieuses. Ils se constituent en communautés distinctes et rendent plus difficile l’intégration de leurs prédécesseurs comme le constate Jean Daniel, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur (*).

La ségrégation s’installe. D’ores et déjà, certaines banlieues françaises (La Courneuve, Sarcelles, Le Mirail…) sont presque exclusivement peuplées de personnes venues d’au-delà des océans et des mers, essentiellement d’Afrique noire et d’Afrique du Nord. Ces cités qui faisaient autrefois la fierté de nos grands architectes (Le Corbusier, Aillaud, Candilis…) sont les ghettos et les bantoustans en devenir d’un apartheid qui ne dit pas son nom. Il y a aussi des ghettos blancs et bourgeois (Neuilly, Auteuil, Passy, Versailles…), avec familles nombreuses, beaux enfants blonds, écoles religieuses etc.

Sur le territoire français, plusieurs sociétés cohabitent désormais sans se voir. Il suffit pour s’en rendre compte de se promener un samedi soir à Saint-Germain-des-Prés et de prendre le lendemain un train de banlieue sur les lignes Gare du Nord-Creil ou Austerlitz-Corbeil. D’un côté la France de Maurice Chevalier, de l’autre la reproduction de l’Afrique Occidentale Française.

On peut lire dans Le Monde du 12 novembre 2005 le témoignage émouvant de Christine C., 47 ans, cinq enfants, vingt-huit ans de Courneuve : «Maintenant, je me sens carrément isolée, je suis une toute petite minorité. C’est difficile de devenir une minorité chez soi, vous savez (…). Ce qui est nouveau, c’est que les Français d’origine étrangère se replient sur leur origine, ne se sentent plus français. Et moi, Française, je me sens mal (…) Même mes fils sont d’une autre culture que moi. Pour eux, être français, ça ne veut rien dire. Ils n’ont plus de nationalité, ils s’identifient de manière vague à une religion, celle qui est majoritaire. Ils observent les gestes de l’islam, une façon musulmane d’être et de parler, ils sont fiers d’appartenir à la majorité. Ils ne veulent pas être français, ils ne veulent pas s’intégrer dans la société, ils voudraient être blacks et beurs comme tout le monde, mais ils ne se comportent pas comme des musulmans. Tant de choses incohérentes.»

Ces propos témoignent d’une intégration à l’envers dans les cités ghettos. En sont victimes les familles désireuses de respectabilité mais dépourvues de ressources suffisantes pour s’établir ailleurs. Le résultat, c’est une «France black-blanc-beur» qui prend le visage sordide du «gang des barbares» (un groupe de jeunes de toutes origines entraîné par un Franco-Ivoirien dans l’enlèvement et le meurtre d’un jeune d’origine israélite en février 2006).

Le phénomène progresse rapidement si l’on en croit un rapport des Renseignements Généraux sur le phénomène des bandes en France : «On assiste à un retour sensible du phénomène de bandes ethniques composées en majorité d’individus d’origine subsaharienne, arborant une appellation, des codes ou signes vestimentaires inspirés des groupes noirs américains», peut-on lire. «Ces formations délinquantes constituées en majorité d’individus originaires d’Afrique noire ont la particularité d’instaurer une violence tribale ne donnant lieu à aucune concession», avec un «rejet violent et total des institutions» et un «total détachement quant à la gravité de l’acte commis» (Le Monde, 6 septembre 2007, page 3).

Sous-culture

Faut-il rappeler la définition de la Nation par Ernest Renan : ni communauté de sang, de langue ou de religion mais adhésion à «deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.»

On en est très loin aujourd’hui. La riche culture que les Français ont reçue en héritage est confrontée au développement d’une contre-culture archaïque (rejet de l’école, vocabulaire primaire, violence gratuite). Les chansons des rappeurs de banlieue expriment sans équivoque la montée de la haine. Ces paroles d’un racisme outrancier valent à leurs auteurs la compréhension énamourée de la bourgeoisie, comme si le mal-vivre excusait toutes les violences, y compris l’apologie du racisme et du meurtre !

Julien Dray, l’un des fondateurs de SOS Racisme, avait déjà pressenti en 1999 cette montée de la haine : «Avec la fin de la mixité sociale s’est mise en place la fin de la mixité ethnique. L’arrivée de l’immigration africaine a rajouté les blacks aux beurs. Le piège était refermé. Le processus d’intégration par le brassage des populations s’est brutalement interrompu… Beaucoup de jeunes impliqués dans des violences urbaines sont des blacks et des beurs. Réalité qu’enveloppe avec une fausse pudeur la périphrase « jeunes de banlieue »…» (*).

À Villiers-le-Bel (Val d’Oise), l’un des «territoires perdus de la République» où le président de la République lui-même n’ose plus s’aventurer, Assia, Béninoise, corrobore les propos du leader socialiste : «Y en a marre ! Dans le RER D, il n’y a que des Arabes et des Noirs. Où sont les vrais Français ? Pourquoi ils ne viennent pas vivre ici, vivre avec nous ? Il faut du mélange !» (Le Monde, 6 décembre 2007).

Les troubles raciaux sont la conséquence de cette dérive. Voir le récit des affrontements entre loubards africains et lycéens blancs dans Le Monde du 12 mars 2005 et les violences à répétition dans les collèges et lycées des quartiers «sensibles».

Ces violences sont attisées par l’attitude de la classe dominante, blanche, bourgeoise et bien-pensante. Celle-ci dénigre sa propre Histoire et jette Napoléon, Corneille et La Fontaine dans les poubelles de l’Histoire. Elle prive les nouveaux-venus d’un modèle dont ils pourraient tirer fierté.Elle «victimise» d’autre part les pauvres diables en peine de s’insérer dans le pays où ils ont cherché refuge (*).

Tartufferies

L’assimilation est en panne et même régresse. Mais plutôt que d’aborder avec lucidité et courage les questions migratoires, les élites politiques, droite et gauche réunies, préfèrent expliquer le repli communautaire et les violences par des raisons sociales ou urbanistiques, par des discriminations dans le travail ou même par l’oppression qu’auraient subie autrefois les esclaves et les indigènes des colonies.

Ces explications ne suffisent pas. Ainsi, on observe que la minorité turque est l’une des plus rétives à l’assimilation (très forte endogamie et très mauvais résultats scolaires selon une enquête parue dans Le Monde à l’été 2005). Pourtant, la Turquie n’a jamais été colonisée et ses élites se veulent européennes !

A contrario, les immigrants d’origine indochinoise ont subi plus que quiconque l’oppression coloniale et connu l’extrême misère mais ils se sont intégrés à la société française sans difficulté apparente. Même constat pour les immigrants venus il y a un siècle de Russie ou d’Arménie. Ceux-là ont connu à leur arrivée une xénophobie et une misère autrement plus violentes qu’aujourd’hui. Il n’empêche que leurs enfants se sont pleinement assimilés à la nation… Et si les statistiques révèlent un taux de chômage faible chez les enfants de l’immigration italienne ou hispanique, c’est qu’ils ont pris la peine comme les précédents de travailler à l’école et d’en sortir avec un métier solide (ouvrier qualifié ou artisan, technicien ou ingénieur, scientifique…).

À quoi tiennent ces succès et l’échec cinglant d’autres immigrations ? Sans doute à ce que les uns sont mûs par l’amour de la «France éternelle», la confiance en l’avenir et la passion de l’étude et du travail, conditions indispensables de la promotion sociale ; les autres par la désinvolture et l’immaturité… Ainsi, que penser d’adolescents qui, à l’image de beaucoup de Noirs des ghettos américains ou des townships sud-africains, disent rejeter l’école parce qu’ils y voient une forme de «blanchiement» ?…

La faute au «manque d’emplois» ?Il est tentant de croire et laisser croire que le mal-être urbain peut se résoudre en «offrant» des emplois.

C’est oublier que l’exercice d’un travail salarié (comme la lecture d’un livre ou la visite d’un musée) exige concentration, discipline, volonté, estime de soi, envie de se surpasser… toutes choses qui ne vont pas de soi mais s’acquièrent à travers l’éducation et la famille. De là les taux de chômage massifs que connaissent certaines banlieues… De là aussi le manque d’appétence de leurs habitants pour la culture.

Trahison des élites

La fracture nationale fait au moins l’affaire des classes supérieures qui tirent parti de leurs atouts (éducation, héritage) pour renforcer leur position sociale comme le démontre le chercheur Éric Maurin (*).

Dans les «ghettos blancs» du VIIe arrondissement, de Neuilly, de Saint-Germain-en-Laye ou Chevreuse… les privilégiés considèrent avec détachement les troubles qui agitent le reste du pays. Qu’ont-ils à craindre ?… De l’École Alsacienne au lycée Henri IV, leurs enfants bénéficient d’un parcours fléché qui leur garantit de conserver leur statut social et les préserve de tout mélange. Les revenus de ces classes supérieures progressent à qui mieux mieux tandis que les classes moyennes voient les leurs stagner ou régresser sous le fardeau d’un État boulimique et impotent.

À l’autre extrémité de l’échelle sociale, les enfants des classes populaires et immigrées n’ont plus guère l’espoir d’accéder un jour aux premières places de la fonction publique et des grandes entreprises. Depuis un quart de siècle, l’ascenseur social est en panne et les clivages culturels, religieux et linguistiques qui se mettent en place rendent plus minces encore leurs chances de promotion…

L’Europe et l’immigration

4/4 – Illusions fatales

Ce dessin de Plantu (Le Monde, 8 novembre 2003) exprime le rêve de la bourgeoisie européenne : dépouiller le tiers monde de ses trop rares «cerveaux» pour maintenir à bon compte son propre niveau de vie.

– Rêve immoral : en désertant leur pays, les travailleurs qualifiés et les diplômés contribuent à l’enfoncer dans la misère (*).

Ce phénomène est perceptible dans la dégradation accélérée des systèmes de santé en Afrique, ainsi que le note Nelson Mandela lui-même (*). Et ce n’est pas le dévouement de quelques «French doctors» qui peut compenser la fuite massive des infirmières et des médecins du tiers monde.

– Rêve illusoire : de fait, la très grande majorité des immigrants qui affluent en Europe par-dessus la Méditerranée ou le Bosphore n’ont pas de qualification professionnelle. Ils sont exclus des emplois légaux et grossissent l’économie souterraine (travail au noir, réseaux esclavagistes…), à moins qu’ils ne se cantonnent dans des emplois précaires (vigiles, nurses, aides-ménagères…).

Quant aux diplômés du tiers monde qui quittent leur pays, ils choisissent unanimement les États-Unis et le Canada, assurés de pouvoir y travailler et développer leurs talents dans d’excellentes conditions et sans restrictions administratives (la moitié des 180.000 immigrants qu’a reçus le Canada en 2005 avaient un niveau d’études supérieures. Sans commentaire !).

Le chancelier Gerhard Schröder a tenté en 2000 de faire venir en Allemagne 20.000 informaticiens indiens («Vieux peuple riche, qui n’aime pas plus les enfants que son passé, cherche désespérément jeunes diplômés déjà éduqués pour pourvoir à sa retraite», semblait-il annoncer). Sa tentative a fait long feu et n’a freiné en rien les entrées illégales…

Il en va de même du système de quotas professionnels proposé par Nicolas Sarkozy (l’«immigration choisie») : il ne change rien au regroupement familial, à l’asile politique et à l’immigration clandestine de jeunes gens sans qualification ; il ajoute à ces filières d’immigration une filière de recrutement sur dossier, avec un effet d’entraînement sur les autres (les travailleurs, une fois installés dans leur pays d’accueil, feront venir leur famille et beaucoup de leurs enfants galèreront comme leurs prédécesseurs).

«Immigration choisie» et chômage de masseAu nom de l’«immigration choisie», Nicolas Sarkozy, candidat aux présidentielles de 2007, a promis un visa aux Sénégalais qui pourraient se prévaloir d’une qualité d’«étudiant», de «sportif» ou d’«artiste», autant dire à toute la jeunesse du pays ! Entré à l’Élysée, il ouvre en janvier 2008 les frontières aux travailleurs étrangers, régularise les travailleurs clandestins et amnistie leurs employeurs suivant les recommandations de Jacques Attali, l’ancien «électron libre» de François Mitterrand, qui préconise de porter à 500.000 le nombre d’immigrants annuels (L’Express, 24 août 2006).

Qu’en penser ? Des démographes mandatés par l’ONU ont publié en 2000 un rapport mi-sérieux, mi-ironique où ils faisaient valoir que la France aurait besoin de 25 millions d’immigrants d’ici 2025 pour combler les postes vacants dans les entreprises… en l’absence de toute réforme d’envergure et à supposer que l’on trouve dans le tiers monde les compétences indispensables aux besoins d’une économie moderne. Il va de soi que l’entrée d’un aussi grand nombre d’immigrants ruinerait les fondations sociales, historiques et culturelles de la France et de l’Europe, et l’on comprend le désarroi des citoyens auxquels leurs leaders présentent cette éventualité comme une chance à saisir !

Plus prosaïquement, l’«immigration choisie» comble les voeux de nombreux patrons désireux d’obtenir rapidement et à moindres frais une main-d’oeuvre pas trop exigeante. Mais elle se heurte à l’intérêt général en dissuadant les employeurs et les laissés-pour-compte des banlieues ethniques de faire les uns et les autres des efforts pour se rapprocher. Il est antinomique de faire venir de l’étranger des laveurs de carreaux, des infirmières ou des bûcherons et de prétendre résorber le chômage massif chez les jeunes Français issus des précédentes vagues de travailleurs immigrés.

Fatalité ? Non, facilité !Il est convenu de juger inévitable le recours massif à une main-d’œuvre étrangère, qualifiée ou non, pour le développement des économies occidentales. Ce jugement appelle toutefois quelques interrogations.

Les dirigeants européens lorgnent sur les scientifiques du tiers monde mais ne devraient-ils pas commencer par se donner les moyens pour éviter que leurs propres scientifiques ne s’installent au Canada ou aux États-Unis ?

Les petits (et grands) patrons de la restauration jurent leurs grands dieux qu’ils ne trouvent personne à qui confier leur plonge ou même leur cuisine en-dehors d’Africains de la brousse n’ayant jamais touché la queue d’une poêle. Comment est-il possible dans ces conditions que McDonald’s arrive à recruter des jeunes dans les banlieues ou les milieux estudiantins pour des travaux similaires ?

Les petits (et grands) patrons du bâtiment expliquent de la même façon qu’ils ne trouvent personne pour les emplois de manœuvres ou même de maçons et doivent recourir à des travailleurs africains. Mais comment se peut-il que les centres de tri d’ordures ménagères arrivent à recruter du personnel dans les milieux populaires pour des travaux autrement plus pénibles ?…

Les sociétés de gardiennage recourent désormais de façon presque systématique à des immigrés africains… mais les entreprises de logistique trouvent bien à employer des jeunes Français dans des tâches autrement plus éprouvantes. Et que dire des musées ? La plupart, y compris les plus prestigieux, confient désormais la garde de leurs salles à des personnes étrangères qui souvent maîtrisent à peine la langue française…

Ces incohérences donnent à penser que les employeurs ne sont pas victimes d’une quelconque fatalité mais succombent seulement à la facilité, au détriment de l’intérêt national (et au détriment des pays d’émigration).

Le tonneau des Danaïdes

Les budgets publics (éducation, social, logement) explosent devant l’arrivée continue de familles du tiers monde. En France, l’administration s’est déchargée sur des «associations de terrain» de la gestion au jour le jour des difficultés, en combinant subventions et actions caritatives.

Remède à courte vue et tonneau des Danaïdes, l’action sociale en faveur des néo-Européens et la «discrimination positive» présentent plusieurs inconvénients lourds de menaces :

– encouragement de l’immigration jusqu’à épuisement des ressources publiques,

– paupérisation des classes moyennes, des classes laborieuses et des immigrés les plus anciens, appelés à se sacrifier pour de plus pauvres qu’eux (combien de jeunes ménages de travailleurs ne s’entendent-ils pas dire qu’ils n’ont aucune chance pour une place en crèche ou un logement social car il y a plus prioritaire qu’eux ?…),

– maintien des immigrants dans l’assistanat, la marginalité et le ressentiment.

Dans les cités où les pouvoirs publics entassent les nouvelles vagues d’immigrants, les jeunes générations ne croisent plus d’Européens en nombre suffisant pour pouvoir s’imprégner du mode de vie et des valeurs du pays d’accueil, si ce n’est les policiers et enseignants recrutés à coups de primes, lointains avatars des fonctionnaires coloniaux d’antan. C’en est fini du modèle national évoqué par Ernest Renan.

Improbable sursaut

On voit mal comment les sociétés européennes pourraient demeurer stables sans une politique à l’opposé de la résignation actuelle, incluant :

– une ferme réglementation du regroupement familial et de l’acquisition du droit de séjour et de la citoyenneté avec en contrepartie de généreuses facilités pour l’obtention d’un contrat de travail par les étrangers (comme avant 1974),

– l’insertion des enfants issus de l’immigration récente grâce à :

1) l’étude, le travail et l’effort personnel, conditions incontournables de la promotion sociale,

2) l’obtention d’un vrai savoir-faire professionnel au lieu de formations «bidons»,

3) l’adhésion à l’Histoire de la France, de Vercingétorix à de Gaulle en passant par Jeanne d’Arc et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

– une politique familiale aussi résolue qu’à la Libération (1945), avec la possibilité pour les femmes de concilier maternité et emploi sans perte de revenu ni surcharge de travail, car l’immigration ne saurait suppléer sur le long terme au déficit des naissances.

La France n’échappera sans doute pas au retour des internats surveillés ni à l’apprentissage dès 14 ans (au lieu de 16) pour lutter contre la déscolarisation (pourquoi pas aussi des études surveillées dans les écoles jusqu’en fin de soirée pour dissuader les enfants de traîner dans les rues, selon une suggestion de feu Françoise Dolto ?).

Un service civique obligatoire et universel devrait compenser la suppression hâtive du service militaire, qui était le seul lieu où les jeunes déclassés pouvaient rencontrer des Français d’autres milieux que le leur. Ce service civique devrait privilégier les échanges entre jeunes Français(es) de milieux différents, les plus favorisé(e)s instruisant les autres (alphabétisation, instruction civique, tenue d’un ménage, apprentissage de la conduite automobile, formation professionnelle…).

En même temps, les responsables européens seront bien avisés d’abolir les barrières et les chausse-trapes administratives qui entravent l’entrée de travailleurs étrangers depuis 1974. Ainsi les chômeurs des pays pauvres pourront-ils travailler en Europe légalement et sans autorisation préalable. Ils pourront nourrir leur famille, avec leur salaire et les allocations familiales, sans avoir besoin de la faire venir auprès d’eux. En revenant chez eux, ils contribueront au développement de leur pays avec leurs économies, leur pension de retraite et le savoir-faire acquis en Europe…

Mais plus les années passent et plus devient difficile, dans une Europe à bout de souffle et d’inspiration, l’arbitrage entre une politique de l’urgence (réduire les explosions sociales à coup d’allocations supplémentaires) et un investissement en faveur de la jeunesse dont on ne verrait les fruits qu’au terme d’une à deux décennies.

L’Histoire s’écrit dans les berceaux. En brisant la chaîne des générations, les Européens se préparent des lendemains dramatiques… À moins d’un sursaut miraculeux comme il s’en est déjà produit dans le passé…


Histoire: Attention, une tea party peut en cacher d’autres (When the revolution for equality and justice which inspired both Gandhi and MLK turned to mob rule and injustice)

2 décembre, 2010
A 1774 British print depicted the tarring and feathering  of Boston Commissioner of Customs John Malcolm (forcing him as well to drink from a teapot beneath a « Liberty Tree » from which a rope with a noose hangs). Tarring and feathering was a ritual of humiliation and public warning that stopped just short of serious injury. Victims included British officials such as Malcolm and American merchants who violated non-importation by importing British goods. Other forms of public humiliation included daubing victims’ homes with the contents of cesspits, or actual violence against property, such as the burning of stately homes and carriages. This anti-Patriot print showed Customs Commissioner Malcolm being attacked under the Liberty Tree by several Patriots, including a leather-aproned artisan, while the Boston Tea Party occurred in the background. In fact, the Tea Party had taken place four weeks earlier. “The Bostonians paying the excise-man, or tarring and feathering.” (Philip Dawe, 1774)
I will put a little of this salt into my tea to remind us of the famous Boston Tea Party. Gandhi (1930)
One Sunday afternoon I traveled to Philadelphia to hear a sermon by Dr. Mordecai Johnson, president of Howard University. He was there to preach for the Fellowship House of Philadelphia. Dr. Johnson had just returned from a trip to India, and to my great interest. He spoke of the life and teachings of Mahatma Gandhi. His message was so profound and electrifying that I left the meeting and bought a half-dozen books on Gandhi’s life and works. Like most people, I had heard of Gandhi, but I had never studied him seriously. As I read I became deeply fascinated by his campaigns of nonviolent resistance. I was particularly moved by the Salt March to the Sea and his numerous fasts. The whole concept of “Satyagraha” (Satya is truth which equals love, agraha is force; “Satyagraha,” therefore, means truth-force or love force) was profoundly significant to me. As I delved deeper into the philosophy of Gandhi my skepticism concerning the power of love gradually diminished, and I came to see for the first time its potency in the area of social reform. Prior to reading Gandhi, I had about concluded that the ethics of Jesus were only effective in individual relationship. The “turn the other cheek” philosophy and the “love your enemies” philosophy were only valid, I felt when individuals were in conflict with other individuals; when racial groups and nations were in conflict a more realistic approach seemed necessary. But after reading Gandhi, I saw how utterly mistaken I was. Gandhi was probably the first person in history to lift the love ethic of Jesus above mere interaction between individuals to a powerful and effective social force on a large scale. Love for Gandhi was a potent instrument for social and collective transformation. It was in this Gandhian emphasis on love and nonviolence that I discovered the method for social reform that I had been seeking for do many months. The intellectual and moral satisfaction that I failed to gain from the utilitarianism of Bentham and Mill, the revolutionary methods of Marx and Lenin, the social contracts theory of Hobbes, the “back to nature” optimism of Rousseau, and the superman philosophy of Nietzsce. I found in the nonviolent resistance philosophy of Gandhi. I came to feel that this was the only morally and practically sound method open to oppressed people in their struggle for freedom. (…) In the summer of 1956 the name of Mahatma Gandhi was well-known in Montgomery.  People who had never heard of the little brown saint of India were now saying his name with an air of familiarity.  Nonviolent resistance had emerged as the technique of the movement, while love stood as the regulating ideal.  In other words, Christ furnished the spirit and the motivation while Gandhi furnished the method. (…) As the days unfolded, the inspiration of Mahatma Gandhi began to exert its influence.  I had come to see early that the Christian doctrine of love operating through the Gandhian method of nonviolence was one of the most potent weapons available to the Negro in his struggle for freedom. Martin Luther King (Stride toward freedom, 1958)

Attention, une tea party peut en cacher d’autres!

En cette fête d’Hanoukah où tout commença aussi par une sorte de « révolte fiscale » contre un occupant tentant de se refaire après une campagne militaire …

Et un mois après la raclée électorale de l’Administration Obama largement initiée par un mouvement se référant à la fameuse Tea party de Boston de décembre 1773…

Retour sur la Tea party d’Annapolis d’octobre 1774, reprise la plus connue de celle de Boston (après celle de New York et celle plus ou moins légendaire de Chestertown).

Où malgré l’intervention quelque peu timorée du Père fondateur et futur seul signataire catholique de la Déclaration d’indépendance Charles Carroll

La « révolution pour l’égalité et la justice » qui inspira Gandhi et par ricochet Martin Luther King fut à deux doigts de basculer dans la loi de la foule et du lynchage

Contraignant, pour cause de non-respect du boycott sur le thé, un marchand loyaliste à brûler son propre bateau (le Peggy Stewart du nom de sa fille)  …

Annapolis Tea Party – The burning of the Peggy Stewart and the ruin of Anthony Stewart

Tensions caused by English demands for taxes through the Stamp Act flared into outright mob violence when the brigantine Peggy Stewart brought a cargo of boycotted tea into Annapolis.

Tensions between American colonists and their English government were reaching a fevered level. The parliament had levied a tax on English manufactured goods in order to raise money. Called the Stamp Act, it placed a high tariff on certain goods brought into the colonies, specifically tea. The British government also required that these goods could only be purchased from England. Resistance to this tax had led to civil disobedience and mob action in the « Boston Tea Party » where a mob of revolutionaries boarded a merchant ship in native war paint and dress, removed the cases of tea in the cargo hold and dumped the expensive cargo into the harbor.

The Boston tea party is famous in the historical lore of America. But few know that a very similar incident occurred in Annapolis less than a year after its more famous Boston counterpart.

Anthony Stewart, a Scottish gentleman born in Aberdeen in 1738, made his way as a teenager in 1753 to Annapolis Maryland where he soon establish a powerful merchant shipping business on the Severn River. Eleven years later he married the daughter of the city’s most wealthy and influential merchants, James Dick. Made partner in his father-in-law’s business, he soon became very rich himself with several estates and homes around Maryland.

The Stamp Act imposed many duties on the import of goods. Boycotts sprang up all across the colonies, organized and enforced by civic associations. Even after the Stamp Act was repealed because of the American boycott, several items such as tea, glass, paint and paper were subject to the very substantial tax. The Association of Anne Arundel County agreed to a ban on tea and other goods that carried the import duty. All merchants were asked to sign an agreement allowing the association to monitor all incoming goods and enforce the boycott. James Dick signed the agreement, but Anthony Stewart did not.

In 1770, the Association declared the cargo of the merchant Good Intent to be mostly contraband, forcing the ship to return its cargo to England. This caused a great financial loss for Dick and Stewart. They were sternly warned not to protest the decision of the « Association », otherwise it would be construed as subversion of the boycott and would be dealt with accordingly, a thinly veiled threat.

In February 1774, the successful business of Stewart and Dick was contracted by a main rival of their firm, Wallace, Davidson and Johnson, to take a cargo of tobacco to London. Captain Russell was ordered to sell the Peggy Stewart in London and return with the proceeds. If he could not sell the vessel for 550 pounds then he should contract a profitable cargo and return. Unable to sell the ship, the Peggy Stewart was contracted to bring over a ton of tea back for Annapolis merchant Thomas Charles Williams, another occasional rival of both Stewart and the Wallace group. The Wallace group in London got wind of the transport and sent a letter back to Annapolis, hoping to stir up trouble for Captain Russell and Stewart, actually suggesting that « I should not be surprised to hear that you have made a Bon Fire of the Peggy Stewart… ».

Sentiment against Thomas Williams, consignee for the cargo, rose quickly against the man who declared that he would ship what ever he pleased and the Annapolis Association could go to the devil. Much of the stirrings were unknown to the vessels owner, Stewart, who awaited the birth of his child. The Peggy Stewart arrived in port on October 14 th, just slightly before his daughter. Walking down to the harbor to greet his returning captain he was dismayed to find a ship beaten up by a difficult crossing, leaking badly, with 56 sea sick indentured servants and over a ton of tea in the hold. Returning the ship to London without delivering the cargo would ruin him financially, but sending the poor sick indentured servants across the late season Atlantic in a damaged ship would be unthinkable. In order to release the « cargo » of indentured servants, Stewart, by law, had to pay the duty on the entire cargo, including the contraband tea. He paid the import duty and landed the wretched people from the leaking ship but left the tea on board.

The Williams brothers whose tea it was had refused to pay the duty on the tea, their fear of the revolutionaries on the Annapolis Committee for Safety was so great. They wrote a letter of apology to the committee, but this only served to let everyone in Annapolis know that tea had been brought in and that the duty had been paid. They stressed that it was Stewart alone who had decided to pay the duty and that they intended to hand the cargo over to the Committee.

Mathias Hammond, a political rival of Stewarts and spirited leader of the Annapolis Committee, printed up handbills and distributed them around the city making the case against Stewart and the Williams brothers. This incited the Maryland citizenry and activist started to fill the inns and tavern of Annapolis. Everyone began to talk of the Annapolis Tea Party.

Stewart attempted to get well respected Charles Carroll to intercede on his behalf, but Carroll, also a member of the Annapolis Committee, suggested the only way Stewart might save himself from the tar and feathering or lynching that was being discussed in town was to burn the ship. Stewart was in no mood to destroy such a valuable piece of property. He penned his own apology and distributed it by handbill all around town.

At a scheduled meeting on the matter on October 19th, Stewart defended himself against a heated assembly of revolutionary zealots. Carroll presented a prewritten letter of apology for Stewart and Williams brothers to sign, allowing for the tea to be burned. It was clear that if they did not sign the letter, the boisterous mob had something much more ominous in mind. They signed.

Voices from the crowd called for the ship to be burned, The old and timid James Dick, the father-in-law of Stewart, nodded in agreement. But a member of the crowd called for a vote on whether the ship should be burned. The crowd voted that the ship would not be put to the torch, just the tea.

A Doctor Warfield, a passionate orator, whipped up the crowd once more to demand that the ship be burned and that Stewart be forced to build another named after a revolutionary member of Parliament James Wilkes. The crowds passions swelled by Warfield’s oratory demanded the destruction of the ship. James Dick fearing for the safety of his family, acquiesced. The mob marched down to the waterfront with the hapless Stewart and the Williams brothers in the center of the procession. They were forced onto the ship which was sailed over to Windmill Point where she was set on fire with all her sails still up.

Annapolis, (Maryland) Oct. 20. The brig Peggy Stewart, Captain from London having on board seventeen packages containing 2320 lb of that detestable weed tea arrived here on Friday last …[After making public acknowledgement] owners of the tea went on board said vessel with her sails and colours flying, and voluntarily set fire to the tea …[Annapolis: Printed by Anne Catharine Green, 1774]

Ruined financially, James Dick became a recluse in his home, disparagingly referred to as « the Old Tory ». Stewart attempted to reconstruct his business, but he was so universally hated he was driven out of the country by death threats. He returned to England were he petitioned the Crown for compensation for his losses. He was granted a substantial yearly pension. He eventually returned to New York where he joined a Loyalist organization, the Board of Associated Loyalists. At the end of the war, the state of Maryland declared him a traitor, sentenced him to death and confiscated all his property. He had fled from the country at the end of the war and moved to Halifax where he once again became a successful merchant.

So in Maryland, the revolution for equality and justice started with mob rule and injustice for Anthony Stewart, owner of the ill-fated Peggy Stewart.

Voir aussi:

16 décembre 1773

«Tea-Party» à Boston

Le 16 décembre 1773, se déroule à Boston une bien étrange «Tea-party».

Dans le grand port de la colonie anglaise du Massachusetts, le colon Samuel Adams et quelques amis déguisés en Indiens montent sur un vaisseau à l’ancre et jettent sa cargaison de thé à l’eau (343 caisses d’une valeur de 100.000 livres). Cette manifestation d’humeur fait suite à une longue série de malentendus entre les Treize Colonies anglaises d’Amérique et le gouvernement de Londres.

Malentendus

Les colons des Treize Colonies anglaises d’Amérique du nord se plaignent d’être soumis à des taxes nouvelles par le Parlement de Westminster sans qu’ils soient consultés ni représentés au Parlement. Ils affichent leur loyauté à la couronne mais réclament d’être considérés comme des citoyens à part entière et consultés pour toutes les affaires qui les concernent.

Dès 1764, une loi sur le sucre a suscité leur colère. Le Parlement récidive l’année suivante avec une loi qui impose un timbre fiscal sur une multitude de documents imprimés. Les recettes sont destinées à financer les coûts liés à l’administration et à la sécurité des colonies.

La réaction est immédiate. En Virginie, un député, Patrick Henry, appelle à la désobéissance civile. Un peu partout, les colons s’en prennent aux percepteurs, les suspendant à des mâts ou les enduisant de goudron et de plumes. Une organisation secrète, les Fils de la Liberté (Sons of Liberty), fondée à New York par John Lamb et Isaac Sears, multiplie les provocations. Au milieu de danses et de cortèges joyeux, ces dignes bourgeois érigent des «mâts de la Liberté» surmontés de masques diaboliques pour dénoncer l’autoritarisme de Londres. La troupe réagit avec violence, abattant les mâts et chargeant la foule à la baïonnette.

Au bout de quelques mois, Londres se résout à annuler la loi du Stamp Act mais cela ne suffit pas à ramener le calme. Et voilà qu’une nouvelle loi impose en 1768 un droit d’importation sur différents produits utiles aux colons. Ceux-ci, à commencer par les habitants de Boston, lancent un puissant mouvement de boycott des marchandises anglaises. C’est au point qu’en deux ans, les importations concernées diminuent de moitié.

Le Parlement de Westminster se résout à supprimer tous les droits d’importation incriminés… sauf un modeste droit sur le thé destiné aux colonies d’Amérique. Il en fait une question de principe. Cette reculade échauffe les esprits au lieu de les calmer. Elle encourage les colons dans la voie de la hardiesse.

Le 5 mars 1770, une échauffourée se solde à Boston par la mort de 5 manifestants. Ce «Bloody massacre» (massacre sanglant) engendre beaucoup de ressentiments contre le pouvoir de Londres.

Rébellion

L’arrivée à Boston de trois navires de la Compagnie des Indes chargés de thé incite les colons et les importateurs à passer à l’action. C’est la «Tea-party».

Le roi George III réagit par cinq «lois intolérables» qui sanctionnent la colonie et ferment le port de Boston en attendant le remboursement de la cargaison de thé par les habitants. Face à cette décision arbitraire de Londres, toutes les colonies d’Amérique font cause commune avec le Massachusetts. Une partie importante des colons, quoique en minorité, se préparent à entrer en rébellion contre la métropole.

Sur une invitation de l’Assemblée du Massachusetts, 56 délégués de neuf des treize colonies anglaises d’Amérique se réunissent en congrès à New York le 14 octobre 1774 et rédigent un cahier de doléances («Declaration of Rights and Grievances») à l’adresse du gouvernement.

Cependant, leur souhait d’une plus grande autonomie est brutalement rejeté par le roi anglais Georges III qui déclare les colonies en état de rébellion. Les modérés américains font alors cause commune avec les radicaux et tous se préparent à la lutte. Ils commencent à réunir des armes…..

Voir enfin:

The Annapolis Tea Burning

The Centennial Celebration of the burning of the « Peggy Stewart » recently held in Annapolis, not only attracted the attention of the people of Maryland, but of the entire country and called forth many garbled and conflicting accounts as to who was the perpetrator of that, then perilous and treasonable violation of the King’s Authority, but which the light of after events has made to glow upon the pages of history as one of the most heroic and patriotic deeds performed during the struggle for our independence. In view of these facts I am glad to be enabled to throw some light upon that much mooted question. It was my good fortune during a recent visit to « Longwood », the residence of the late Dr. Gustavus Warfield (« Son of Dr. Charles Alexander Warfield, the hero of the ‘Peggy Stewart' ») to have my attention called to a communication to the « Baltimore Patriot » published in the year 1813, which was preserved in an old scrap book, family history and record, that dates far back into colonial times, a relic of much interest and value. I immediately recognized the historic value of that old clipping, for I realized it would lift the cloud of uncertainty from one of the most important events in the history of our Country. The authenticity of the communication is beyond a doubt, and its truthfulness will be evident to all readers. It was published immediately after the death of Dr. Charles Alexander Warfield, as a just tribute to his memory, and as an acknowledgement of his patriotism and valor. Though his name has long slumbered in oblivion, yet that one valorous and determined stand, in opposition to oppression and tyranny and the utterances of that noble sentiment, « Liberty and Independence or Death in pursuit of it », acted and uttered in those « days that tried men’s souls », entitle him to a deserved prominence in the history of his state, and his noble stand in those perilous times, should be cherished by every true patriot, as a conspicuous example of that love of liberty and justice which animated our forefathers, and wrought our freedom.

Dr. Evan W. Warfield

Grandson of Dr. Charles Alexander Warfield

1875

DR. CHARLES ALEXANDER WARFIELD

Born December 14th, 1751. Died, January 29th, 1813

Led the « Whig Club » to Annapolis,October 19th, 1774, and burnt the « Peggy Stewart »

Taken from the Baltimore Patriot, published in 1813

DEPARTED THIS LIFE, JANUARY 29, 1813

DR. CHARLES ALEXANDER WARFIELD

To the Editor of the Baltimore Patriot:

Sir, In the biography of the venerable Charles Carroll, of Carrollton, taken from the Salem Register of 20 th of September, and published in your paper of the 24th, wherein is portrayed his just and eminent services from the commencement to the termination of our Revolutionary contest, and whose subsequent and distinguished course has rendered him a blessing to his Country, and placed him in rank and estimation not to be surpassed by the renowned sages of the world; he stands now the beloved friend and father of the American people loaded with honor, age and goodness of heart. There is, however, one circumstance connected with the Burning of the Tea at Annapolis that should not be forgotten, and in which a highly-respected and valued friend of Mr. Carroll participated.

The late Dr. Charles Alexander Warfield, of Anne Arundel County, who but a short time before had obtained professional honors in the University of Pennsylvania and had been appointed Major of Battalion, upon hearing of the arrival of the brig « Peggy Stewart » at Annapolis, loaded with tea, and which vessel belonged to Mr. Anthony Stewart (a Scotch merchant), put himself at the head of the « Whig Club », of which he was a distinguished member, and marched to Annapolis with a determination to burn vessel and cargo.

When this party arrived opposite the State House, the late Judge Chase met them and harangued them, (he had been employed as a lawyer by Mr. Stewart). Dr. Warfield, finding that he was likely to make some impression upon the minds of his company, interrupted him by observing, that Chase had by former patriotic speeches made to the « Whig Club » inflamed the whole country, and now wished to get off by his own light; and pronounced it submission or cowardice in any member of the Club to stop short of their object; and called upon the men to follow him, that he would himself set fire to the vessel and cargo; but it is stated upon the best authority, that the Doctor carried in his hand the chunk of fire in company with Stewart whom he made to kindle it.

When the party first entered the city and was passing on they met Stewart, who was bold in opposition and threatened them with the vengeance of his King and Government, but his threats seemed only to increase their determination. They erected a gallows immediately in front of his house, by way of intimidation, then gave him his choice either to swing by the halter, or go with them on board, and put fire to his own vessel. He chose the latter and in a few moments the whole cargo with the ship’s tackle and apparel were in flames. Shortly after this Mr. Stewart left the Country. This act decided the course Maryland was to pursue, and had an extensive influence upon public opinion. The writer of this was in company with Judge Chase and Dr. Warfield a few years before their death, and heard them conversing upon the above subject, when Mr. Chase remarked in a jocular manner: « If we had not succeeded, doctor, in the Revolutionary contest both of us would have been hung; You for burning the ship of tea, and I for declaring I owed no allegiance to the King, and signing the Declaration of Independence. »

There were other movements and occurrences attending this early expression of a Revolutionary Spirit. Our departed friend, but a short time before he marched to the City of Annapolis to fire the tea, was parading his battalion in Anne Arundel County in the vicinity of Mr. Carroll’s residence, when he took upon himself the privilege of printing some labels with the following inscription: « Liberty and Independence, or Death in pursuit of it »; and placed one on the hat of each man in his company, many of the older neighbors who were present, were struck with astonishment, and endeavored to persuade him to have them taken down; for the idea of independence at that time had entered the mind of but few men.

The venerable Mr. Carroll, the elder and father to the present Patriarch, rode up to the father of Doctor Charles Alexander Warfield and exclaimed: My god, Mr. Warfield, what does your son Charles mean? Does he know that he has committed treason against his king and may be prosecuted for a rebel? »

The father replied, with much animation and patriotism, « We acknowledge no King, the King is a traitor to us, and a period has arrived when we must either tamely submit to be slaves, or struggle gloriously for ‘ Liberty and Independence ‘. The King has become our enemy and we must become his. My son Charles knows what he is about. ‘ Liberty and Independence, or Death in pursuit of it’, is his motto, it is mine, and soon must be the sentiment of every man in this Country! » The mighty word « Treason against the King » sounded from one end of battalion to the other, and in a few minutes not a label was seen in the hats of any of the men, except Dr. Warfield and Mr. James Connor, late of Baltimore County, who were too stern and undaunted to be intimidated by words, and they wore their labels to their homes. Thus, those great Patriots moved alternately between hope and fear, until they accomplished the great object of their lives. »

Vor également :

http://annapolisteaburning.com/

Dr. Charles Alexander Warfield, the « Annapolis Tea Party »

and the « Burning of the Peggy Stewart »

Charles Alexander Warfield

Charles Alexander Warfield

Patriot and Hero of

« The Burning of the Peggy Stuart »

Charles Alexander Warfield, son of Azel Warfield and Sarah Griffith, was one of the initial patriots in Maryland who determined the course that this country would lead in opposition to the King of England at the time of the Revolutionary War. Immediately after his death on Jan 29, 1813, his deeds were chronicled in the « Baltimore Patriot ». Dr. Charles, who had received professional honors from the University of Pennsylvania and was a distinguished member of the « Whig Club », had been appointed Major of Battalion. While parading his battalion in Anne Arundel County he printed labels inscribed  » Liberty and independence, or death in pursuit of it » and placed one on the hat of each man in his company. Many of the older neighbors were astonished and one approached the father of Dr. Charles and exclaimed: « My God, Mr. Warfield, what does your son Charles mean? Does he know that he has committed treason against his King and may be prosecuted for a rebel? » The father replied with much animation: « We acknowledge no King, the King is a traitor to us, and a period has arrived when we must either tamely submit to be slaves, or struggle gloriously for ‘ Liberty and Independence ‘. The King has become our enemy and we must become his. My son Charles knows what he is about. ‘ Liberty and Independence or death in pursuit of it’ is his motto, it is mine, and soon must be the sentiment of every man in this Country ».

A short time later the brig « Peggy Stewart », loaded with tea, docked at the Annapolis harbor. Dr. Charles, who was age 23 at the time, was determined to march to Annapolis and burn the vessel and cargo. On the way they were confronted by the ship’s owner, a Scotch merchant named Anthony Stewart, who threatened them with the vengeance of the King and the government. However, the threats only increased the determination of the small group of men led by Dr. Charles. « They erected a gallows immediately in front of Mr. Stewart’s house and, by way of intimidation, gave him his choice to either swing by the halter or go with them on board to put fire to his own vessel ». He chose the later and on October 19, 1774 the ship and it’s cargo was consumed in flames. In a conversation with Dr. Charles before their death, Judge Chase remarked, « If we had not succeeded, Doctor, in the Revolutionary contest both of us would have been hung; you for burning the ship of tea and I for declaring I owed no allegiance to the King and signing the Declaration of Independence ». In these ways, Dr. Charles Alexander Warfield and a few determined and patriotic persons moved alternately between hope and fear, until they accomplished the great hope of their lives, to give themselves and others in this country their freedom.

It is through their determined and courageous acts and those after them that we remain free today.


WikiLeaks: C’est du vandalisme de l’information, imbécile! (In fact, WikiLeaks must be counted among the enemies of open society)

2 décembre, 2010
It is difficult, though by no means impossible, for a journalist to obtain access to original documents.  But these are often a snare and a delusion.  Just because a document is a document, it has a glamour which tempts the reader to give it more weight than it deserves. This document from the United States Embassy in Amman, for example. Is it a first draft, a second draft or the finished memorandum? Was it written by an official of standing, or by some dogsbody with a bright idea? Was it written with serious intent or just to enhance the writer’s reputation? Even if it is unmistakably a direct instruction to the United States Ambassador from the Secretary of State dated last Tuesday, is it still valid today?  In short, documentary intelligence, to be really valuable, must come as a steady stream, embellished with an awful lot of explanatory annotation. An hour’s serious discussion with a trustworthy informant is often more valuable than any number of original documents. (…) Of course, it is best to have both. Kim Philby “(My Silent War”, 1968)
I am the heart and soul of this organization, its founder, philosopher, original coder, organizer, financier and all the rest. If you have a problem with me, piss off. Assange
Assange pointed out that, today, China may be easier to reform than the U.S. Time
D’après ce que j’ai pu lire, les membres du service diplomatique américain n’ont pas grand-chose à se reprocher. Certes, on perçoit çà et là des relents de combines douteuses, notamment dans la conduite de la « guerre contre le terrorisme » pendant les années Bush. Des questions précises devront être posées et l’on devra y répondre. Pour l’essentiel, cependant, on voit les diplomates faire le travail qui est le leur : savoir ce qui se passe dans les endroits où ils sont en poste, oeuvrer à la promotion des intérêts de leur pays et de la politique de leur gouvernement. (…) ce qui ressort de tous ces échanges diplomatiques, c’est à quel point les questions liées à la sécurité et au contre-terrorisme ont imprégné le moindre aspect de la politique étrangère américaine depuis une décennie. On constate aussi à quel point ces menaces sont sérieuses, et à quel point l’Occident a peu de prise sur elles. (…) Reste toutefois une question. Comment mener une activité diplomatique dans ces conditions ? (…) Il y a un intérêt public à savoir comment fonctionne le monde et ce que l’on y fait en notre nom. Il y a aussi un intérêt public à ce que la politique étrangère soit menée de façon confidentielle. Et ces deux intérêts sont contradictoires. Timothy Garton Ash (historien, Oxford)
The fact is, governments deal with the United States because it’s in their interest, not because they like us, not because they trust us, and not because they believe we can keep secrets… Other nations will continue to deal with us. They will continue to work with us. We will continue to share sensitive information with one another. Robert Gates
The disclosures (…) undermine the very worldview that Julian Assange and his colleagues at Wikileaks almost certainly support.  By and large, the hard left in America and around the world would prefer to see the peaceful resolution of disputes rather than the use of military force. World peace, however, is a lot harder to achieve if the U.S. State Department is cut off at the knees. And that is exactly what this mass revelation of documents is going to do. The essential tool of State Department diplomacy is trust between American officials and their foreign counterparts. Unlike the Pentagon, which has military forces, or the Treasury Department, which has financial tools, the State Department functions mainly by winning the trust of foreign officials, sharing information, and persuading. Those discussions have to be confidential to be successful. Destroying confidentiality means destroying diplomacy. James P. Rubin
The irony is that Assange represents a purer form of Obama’s own idealism. According to Assange’s dangerous utopianism, in governance purity must determine means, not just ends. He is convinced that he has revealed the hypocrisy and corruption of U.S. foreign policy, when in reality all he has revealed is that pursuing foreign-policy ideals is messier and more complicated in a world where bad people pursue bad ends. We can hope that Obama has been learning that lesson. Assange, meanwhile, is simply blind to it. Jonah Goldberg
Every year some applications that are popular among advisors don’t make the cut after Knight staff conducts due diligence. WikiLeaks was not recommended by Knight staff to the board. Marc Fest (porte-parole Knight Foundation)
We believe that injustice is answered by good governance and for there to be good governance there must be open governance. New technology and cryptographic ideas permit us to not only encourage document leaking, but to facilitate it directly on a mass scale. We intend to place a new star in the political firmament of man. WikiLeaks
I was beside myself because I thought my entire African market is vanishing. I wrote to WikiLeaks and said, please, you’re going to damage your own cause because if people like me can’t make any money from royalties then publishers are not going to commission people writing about corruption in Africa (…) He was enormously pompous, saying that in the interests of raising public awareness of the issues involved I had a duty to allow it to be pirated. He said: ‘This book may have been your baby, but it is now Kenya’s son.’ That really stuck in my mind because it was so arrogant. On the whole I approve of WikiLeaks but these guys are infuriatingly self-righteous. Michael Wong (auteure de It’s Our Turn To Eat)
WikiLeaks is a fraud. Fuck your cute hustle and disinformation campaign against legitimate dissent. Same old shit, working for the enemy. John Young (Cryptome)
They have acquired and published documents of extraordinary significance. I would say also that WikiLeaks is a response to a genuine problem, namely the over control of information of public policy significance. (…) Their response to indiscriminate secrecy has been to adopt a policy of indiscriminate disclosure. They tend to disregard considerations of personal privacy, intellectual property as well as security. (…) One of the things I find offensive about their operations is their willingness to disclose confidential records of religious and social organisations. If you are a Mormon or a Mason or a college girl who is a member of a sorority with a secret initiation ritual then WikiLeaks is not your friend. They will violate your privacy and your freedom of association without a second thought. That has nothing to do with whistleblowing or accountability. It’s simply disclosure for disclosure’s sake. Steven Aftergood (Secrecy news, Federation of American Scientists)
If Wikileaks were most concerned about whistleblowing, it would focus on revealing corruption.  If it were concerned with historical truth, it would emphasize the discovery of verifiably true facts.  If it were anti-war, it would safeguard, not disrupt, the conduct of diplomatic communications.  But instead, what Wikileaks has done is to publish a vast potpourri of records — dazzling, revelatory, true, questionable, embarrassing, or routine — whose only common feature is that they are classified or otherwise restricted. Steven Aftergood
In fact, WikiLeaks must be counted among the enemies of open society because it does not respect the rule of law nor does it honor the rights of individuals. Last year, for example, WikiLeaks published the “secret ritual” of a college women’s sorority called Alpha Sigma Tau.  Now Alpha Sigma Tau (like several other sororities “exposed” by WikiLeaks) is not known to have engaged in any form of misconduct, and WikiLeaks does not allege that it has.  Rather, WikiLeaks chose to publish the group’s confidential ritual just because it could.  This is not whistleblowing and it is not journalism.  It is a kind of information vandalism. Steven Aftergood
Tôt ou tard, Assange devra faire face au paradoxe de sa création: la chose au monde qu’il semble détester le plus – ce pouvoir qui ne rend pas de comptes – est encodée dans l’ADN du site et deviendra plus prégnante à mesure que WikiLeaks se transformera en véritable institution. Raffi Khatchadourian

Rituels d’initiation de clubs d’étudiantes, rites privés francs-maçons ou mormons, livre sur la corruption au Kenya, mais aussi manuels de sécurité des aéroports américains, spécifications techniques d’un appareil militaire anti-bombes artisanales, numéros de sécurité sociale de soldats, dossiers d’un tueur pédophile

Y a-t-il une limite aux cibles du site prétendument lanceur d’alarmes WikiLeaks?

Et à quel intérêt général peut bien servir la divulgation de tels documents ?

A l’heure où nos médias font leurs choux gras des documents volés par WikiLeaks et où certains y voient même l’avenir du journalisme …

Pendant que les autocrates à la Poutine en profitent pour ironiser sur la première des sociétés ouvertes et que des émules ont déjà flairé le filon …

Retour, avec l’un de ses précurseurs (Secrecy news), sur la face cachée de la « première agence de renseignement du peuple » du pirate de l’information australien.

Qui après s’être mis à dos à la fois Amnesty international et Reporters sans frontières et manqué une subvention de la Fondation Knight

Montre par son mépris pour l’Etat de droit et les droits individuels comme son propre autocratisme et son opacité de fonctionnement, qu’il est très clairement du côté du vandalisme et des ennemis de la société ouverte

Wikileaks Fails “Due Diligence” Review

Steven Aftergood

Secrecy news

June 28th, 2010

In the past week, both the Washington Post and the New York Times have referred to WikiLeaks.org, the web site that publishes confidential records, as a “whistleblower” site.  This conforms to WikiLeaks’ own instructions to journalists that “WikiLeaks should be described, depending on context, as the ‘open government group’, ‘anti-corruption group’, ‘transparency group’ or ‘whistleblower’s site’.”

But calling WikiLeaks a whistleblower site does not accurately reflect the character of the project.  It also does not explain why others who are engaged in open government, anti-corruption and whistleblower protection activities are wary of WikiLeaks or disdainful of it.  And it does not provide any clue why the Knight Foundation, the preeminent foundation funder of innovative First Amendment and free press initiatives, might have rejected WikiLeaks’ request for financial support, as it recently did.

From one perspective, WikiLeaks is a creative response to a real problem afflicting the U.S. and many other countries, namely the over-control of government information to the detriment of public policy.  WikiLeaks has published a considerable number of valuable official records that had been kept unnecessarily secret and were otherwise unavailable, including some that I had attempted and failed to obtain myself.  Its most spectacular disclosure was the formerly classified videotape showing an attack by a U.S. Army helicopter crew in Baghdad in 2007 which led to the deaths of several non-combatants.  Before mostly going dormant late last year, it also published numerous documents that have no particular policy significance or that were already placed in the public domain by others (including a few that were taken from the FAS web site).

WikiLeaks says that it is dedicated to fighting censorship, so a casual observer might assume that it is more or less a conventional liberal enterprise committed to enlightened democratic policies.  But on closer inspection that is not quite the case.  In fact, WikiLeaks must be counted among the enemies of open society because it does not respect the rule of law nor does it honor the rights of individuals.

Last year, for example, WikiLeaks published the “secret ritual” of a college women’s sorority called Alpha Sigma Tau.  Now Alpha Sigma Tau (like several other sororities “exposed” by WikiLeaks) is not known to have engaged in any form of misconduct, and WikiLeaks does not allege that it has.  Rather, WikiLeaks chose to publish the group’s confidential ritual just because it could.  This is not whistleblowing and it is not journalism.  It is a kind of information vandalism.

In fact, WikiLeaks routinely tramples on the privacy of non-governmental, non-corporate groups for no valid public policy reason.  It has published private rites of Masons, Mormons and other groups that cultivate confidential relations among their members.  Most or all of these groups are defenseless against WikiLeaks’ intrusions.  The only weapon they have is public contempt for WikiLeaks’ ruthless violation of their freedom of association, and even that has mostly been swept away in a wave of uncritical and even adulatory reporting about the brave “open government,” “whistleblower” site.

On occasion, WikiLeaks has engaged in overtly unethical behavior.  Last year, without permission, it published the full text of the highly regarded 2009 book about corruption in Kenya called “It’s Our Turn to Eat” by investigative reporter Michela Wrong (as first reported by Chris McGreal in The Guardian on April 9).  By posting a pirated version of the book and making it freely available, WikiLeaks almost certainly disrupted sales of the book and made it harder for Ms. Wrong and other anti-corruption reporters to perform their important work and to get it published. Repeated protests and pleas from the author were required before WikiLeaks (to its credit) finally took the book offline.

“Soon enough,” observed Raffi Khatchadourian in a long profile of WikiLeaks’ Julian Assange in The New Yorker (June 7), “Assange must confront the paradox of his creation: the thing that he seems to detest most–power without accountability–is encoded in the site’s DNA, and will only become more pronounced as WikiLeaks evolves into a real institution.”

Much could be forgiven to WikiLeaks if it were true that its activities were succeeding in transforming government information policy in favor of increased openness and accountability — as opposed to merely generating reams of publicity for itself.  WikiLeaks supporter Glenn Greenwald of Salon.com wrote that when it comes to combating government secrecy, “nobody is doing that as effectively as WikiLeaks.” But he neglected to spell out exactly what effect WikiLeaks has had.  Which U.S. government programs have been cancelled as a result of Wikileaks’ activities?  Which government policies have been revised?  How has public discourse shifted?  (And, by the way, who has been injured by its work?)

A less sympathetic observer might conclude that WikiLeaks has squandered much of the impact that it might have had.

A telling comparison can be made between WikiLeaks’ publication of the Iraq Apache helicopter attack video last April and The New Yorker’s publication of the Abu Ghraib abuse photographs in an article by Seymour Hersh in May 2004.  Both disclosures involved extremely graphic and disturbing images.  Both involved unreleased or classified government records.  And both generated a public sensation.  But there the similarity ends.  The Abu Ghraib photos prompted lawsuits, congressional hearings, courts martial, prison sentences, declassification initiatives, and at least indirectly a revision of U.S. policy on torture and interrogation.  By contrast, the WikiLeaks video tendentiously packaged under the title “Collateral Murder” produced none of that– no investigation (other than a leak investigation), no congressional hearings, no lawsuits, no tightening of the rules of engagement.  Just a mild scolding from the Secretary of Defense, and an avalanche of publicity for WikiLeaks.

Of course, it’s hard for anyone to produce a specific desired outcome from the national security bureaucracy, and maybe WikiLeaks can’t be faulted for failing to have done so.  But with the whole world’s attention at its command for a few days last April, it could have done more to place the focus on the victims of the incident that it had documented, perhaps even establishing a charitable fund to assist their families.  But that’s not what it chose to do.  Instead, the focus remained firmly fixed on WikiLeaks itself and its own ambitious fundraising efforts.

In perhaps the first independent review of the WikiLeaks project, the John S. and James L. Knight Foundation considered and rejected an application from WikiLeaks for financial support.  The Knight Foundation was actively looking for grantees who could promote innovative uses of digital technology in support of the future development of journalism.  At the end of the process, more than $2.7 million was awarded to 12 promising recipients.  WikiLeaks was not among them.

“Every year some applications that are popular among advisors don’t make the cut after Knight staff conducts due diligence,” said Knight Foundation spokesman Marc Fest in response to an inquiry from Yahoo news.  “WikiLeaks was not recommended by Knight staff to the board.”

Voir aussi:

WikiLeaks, la pire « agence de renseignement du peuple »

Antonin Grégoire

Rue89

10/27/2010

Vendredi 22 octobre, WikiLeaks [2] révélait 400 000 documents [3] sur la guerre en Irak [4] – « Iraq War Logs » – soit la « plus grande fuite de l’histoire », a titré la presse. Ainsi les scoops seront désormais jugés au poids. C’est du journalisme à la pesée.

Et quels scoops… L’ignoble Pentagone a dissimulé la mort de 15 000 civils [5] sur sept ans de guerre. Cela fait des mois que le site IraqBodyCoun [6]t en affiche 107 000 au vu et au su de tous, mais, à 109 000, grâce à WikiLeaks, cela devient un scoop.

Des tortures dans les prisons, des compagnies militaire privées qui se comportent comme au Far West, des innocents et des civils tués par erreur chaque jour aux checkpoints [7]… WikiLeaks révèle la « vraie » guerre [3]paraît-il… C’est vrai qu’avant, l’Irak, ça évoquait plutôt le parfum des jonquilles et les bisous dans le cou.

WikiLeaks pour « les élus » vs. WikiLeaks pour « le peuple »

Ce sont pourtant ces scoops que révèlent Der Spiegel, Le Monde, The Guardian, The New York Times et Al Jazeera, les « élus » choisis pour la révélation. The New York Times, notamment, a pu faire un article sur les compagnies militaire privées [8] grâce à ces documents consultables en ligne :

* « IED ATTK ON CF CIV IN AR ___ (ZONE ) : ___ CF CIV INJ/DAMAGE » [9]

* « SAF INCIDENT BETWEEN PRIVATE SECURITY CO./___ IVO BAGHDAD (ZONE ___) : NO INJ/___ » [10]

* « (FRIENDLY ACTION) ESCALATION OF FORCE RPT UNITY RESOURCE GROUP : ___ ISF WIA [11] »

Incompréhensible ? Ah oui, mais, en fait, les « élus », ils ont eu accès à ceci [12]. (Voir la capture d’écran du site du New York Times)

Une insulte pour les journalistes, du vol pour les internautes

WikiLeaks brouille le jeu mondial [14] des médias, certes, mais pour en faire quoi ? Comment rebat-il les cartes ? En quoi Le Monde (qui réserve certains de ses articles sur les « War Logs » à ses seuls abonnés) est il plus honorable qu’un autre ? Pourquoi WikiLeaks, enfant chéri, né de la culture internet, a-t-il choisi uniquement des médias papier ou télé pour donner ses documents ?

Owni.fr, le seul média web à avoir participé à l’aventure [15] (de façon exclusivement technique) est le seul à poser la question qui fâche :

« Pourquoi, quand on tape “ Blackwater ” [16], l’une des compagnie de sécurité privée les plus controversée, il s’affiche “ no results found ” ? » (Voir l’application d’Owni.fr sur les « Iraq War Logs »)

Warlogs [17]

Parce qu’il faut protéger les éventuelles victimes d’éventuelles représailles nous dit-on. Et par ce très juste argument, WikiLeaks redécouvre, comme par magie, l’une des vertu du secret en temps de guerre, et s’y soumet docilement.

Oui, mais WikiLeaks, à l’origine, c’était pas le type qui justement brisait les secrets ? Pourquoi se retrouve-t-on avec dans les mains des feuillets plus censurés qu’une lettre de Poilu de 1917 ? On ne comprend plus trop.

Lorsqu’on parcourt les « Iraq War Logs »…

* pour un historien, c’est de la rage devant leur inutilité ;

* pour un journaliste, c’est une insulte ;

* pour un spécialiste du renseignement, c’est révoltant d’amateurisme ;

* pour un internaute, c’est du vol.

Des lanceurs d’alerte qui finissent en prison

L’essence même de WikiLeaks était de publier des documents confidentiels en libre accès en assurant l’anonymat des « whistleblowers » [18], ces lanceurs d’alerte qui envoient des notes à WikiLeaks.

Ce sont eux qui se mettent en danger, qui agissent dans l’ombre, qui ont le courage de dénoncer ce que leur conscience ne peut accepter ; ce sont eux les héros anonymes de l’information libre. Tout le système WikiLeaks repose sur eux.

L’avatar de WikiLeaks sur Twitter.Bradley Manning [19] est le « whistleblower » qui a envoyé à WikiLeaks les 90 000 documents sur la guerre d’Afghanistan [20]. Il est en prison et risque d’y rester 54 ans. On ne trouve, sur WikiLeaks, pas le moindre lien vers le comité de soutien à Manning [21]. A peine un minuscule « Free Bradley » a-t-il été ajouté sur l’icône d’un centimètre carré du compte Twitter de l’organisation [22].

Mais attention, Julian Assange [23] « est menacé », dit-il. Il laisse cela volontairement dans le vague qu’on se nourrisse nous-mêmes des paranoïas faciles, des fantasmes de secrets et des mythes de James Bond que le monde des renseignements évoque dans l’imaginaire populaire.

Car Julien Assange présente « son » site WikiLeaks.org comme « l’agence de renseignement du peuple ».

Ce n’est pas parce que c’est secret que c’est vrai

Mais en matière de renseignement, WikiLeaks succombe aux pires travers des pires agences de renseignement :

* on n’envoie pas n’importe quoi à n’importe qui, mais on sélectionne soigneusement quel renseignement pour quel destinataire ;

* on ne noie pas le destinataire sous une avalanche de documents qu’il sera incapable de lire ;

* on n’utilise pas la culture du secret à des fins d’auto-promotion, mais pour la protection et l’efficacité du renseignement ;

* on ne succombe pas à la paranoïa et on évite de la propager ;

* on évite de violer les règles arbitrairement, sans qu’aucun avantage stratégique ne vienne justifier ce viol ;

* on reste discret et on n’étale pas sa tête à la une de tous les médias du globe ;

* on confronte ce qui est secret et ce qui est en libre accès, car ce n’est pas parce que c’est secret que c’est vrai.

Ces rapports sont rédigés par la base du renseignement de terrain américain, et représentent les faits vus par ceux qui les rédigent, influencés par les thèses de leurs chefs.

Un document, par exemple, dit que l’Iran [24] aide les insurgés d’Al Quaeda. Nn’importe quel expert se demandera pourquoi une puissance qui se réclame de la défense des chiites irait donner des bombes avec lesquelles Al Quaeda -sunnite- va aller faire sauter d’autres chiites. Mais puisque c’est secret, c’est que c’est vrai.

Une agence de renseignement digne de ce nom dispose d’un service de contre-espionnage qui lui permet de résister aux manœuvres d’intoxication.

Ça aurait permis à WikiLeaks, par exemple, de se demander pourquoi il reçoit des documents secrets sur le « climatgate » [25] qui vont alimenter tous les climatosceptiques de la planète la veille du sommet de Copenhague… sur le climat.

Un scoop en or, surtout pour les lobbies pétroliers qui vont aller torpiller le « mythe du réchauffement de la planète », qui s’essouffle [26].

Il est interdit de critiquer WikiLeaks

Ces règles, les agences de renseignement les ont apprises à force de scandales et de morts, en perdant des batailles, en échouant à prévenir des attentats, en tuant des manifestants de Greenpeace ou en mettant des Dreyfus au bagne.

WikiLeaks, d’une initiative citoyenne et sur Internet, qui a gagné de multiples prix, est devenu le joujou d’un James Bond amateur qui se croit dans un film d’espionnage.

Il est interdit de critiquer WikiLeaks. Parce que WikiLeaks, ce n’est pas du journalisme, ce n’est pas du renseignement, ce n’est plus Internet : c’est devenu de l’idéologie. Une idéologie en noir et blanc aux relents conspirationnistes, faite de gentils Assange et de méchante CIA.

Au final, le Grand Combat, c’est un chevalier de l’information libre prétendant lutter contre des terrifiantes puissances de l’ombre incapables de bloquer un pauvre site tenu par trois geeks et deux hackers. Pendant que Bradley Manning croupi en prison.

WikiLeaks voulait être le service secret du peuple, Assange en a fait un fantasme raté de ceux qu’il prétendait combattre.


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