Education: C’est l’immigration non choisie, imbécile ! (It’s the non-selective immigration, stupid !)

Foreign born/native student's performance (PISA, 2006) Foreign born labor forceImmigrant/native students gap (PISA, 2009)

L’école gagnerait à s’appuyer sur une autre logique que celle de la compétition. (…) D’autres modèles éducatifs ont prouvé leur efficacité. En Finlande – pays en tête des classements internationaux en matière d’éducation –, les élèves sont évalués pour la première fois à 9 ans de façon non chiffrée et commencent à être notés seulement à partir de 11 ans. (…) Nous appelons à supprimer la notation à l’école élémentaire, qui doit devenir l’école de la coopération et non de la compétition. Appel à la suppression des notes en primaire
Comme lors de la précédente enquête de 2006, la France se situe dans la moyenne de l’OCDE pour les trois compétences étudiées (21ème en compréhension de l’écrit, 22ème en mathématiques et 27ème en sciences), loin derrière la tête du classement 2009 composée de Shanghai, la Corée du Sud et la FinlandeL’Express
La Corée et la Finlande sont les pays les plus performants de l’OCDE : leur score moyen s’établit à 539 et 536 points respectivement. (…) Les pays ou économies les plus performants en compréhension de l’écrit sont Hong-Kong (Chine) (score moyen de 533 points), Singapour (526 points), le Canada (524 points), la Nouvelle-Zélande (521 points), le Japon (520 points) et l’Australie (515 points). Les Pays-Bas (508 points), la Belgique (506 points), la Norvège (503 points), l’Estonie (501 points), la Suisse (501 points), la Pologne (500 points), l’Islande (500 points) et le Liechtenstein (499 points) affichent également des scores supérieurs à la moyenne de l’OCDE (493 points). Les États-Unis, la Suède, l’Allemagne, l’Irlande, la France, le Danemark, le Royaume-Uni, la Hongrie, le Portugal et, dans les pays et économies partenaires, le Taipei chinois, ont obtenu des scores proches de la moyenne de l’OCDE. (…) . Parmi les pays de l’OCDE, l’écart entre le pays le plus performant et le pays le moins performant s’établit donc à 114 points, soit l’équivalent de plus de 2 années d’études. Rapport PISA
Le taux d’immigration ne joue aucun rôle dans le résultat global d’un pays, dans son taux d’échec scolaire, dans la quantité de ses élites et dans l’écart entre les immigrés et les autres ». En outre « dans tous les pays les élèves issus de l’immigration obtiennent toujours des résultats plus faibles que les autochtones. Mais les performances des uns et des autres sont fortement corrélées : meilleure est, dans un pays donné, la réussite des autochtones, meilleure est aussi la réussite des immigrés ». Deux enseignements importants : (1) il existe une marginalisation globale des immigrés dans l’ensemble des systèmes scolaires de l’OCDE et (2) les systèmes qui font mieux que les autres pour minimiser cette marginalisation ont un plus grand volume d’élites et un meilleur niveau d’ensemble. L’effort à fournir pour améliorer le niveau des immigrés n’est pas simplement une question de justice : l’efficacité d’ensemble du système en dépend. Baudelot et Establet
•lorsque les migrants modifient le niveau de qualification moyen de la force de travail, ceci influe sur les primes de qualification. Ainsi, l’immigration non qualifiée contribue à augmenter les inégalités salariales entre travailleurs diplômés et non diplômés, ou à augmenter le taux de chômage des non-qualifiés (…) Dans le cas des États-Unis, Borjas et al. (1997) ont estimé qu’un tiers de l’augmentation des inégalités salariales depuis 1970 est attribuable à la faiblesse relative de la qualification des immigrants ;
•s’ils sont plus jeunes, en âge de payer impôts et cotisations sociales, les migrants contribuent à augmenter les recettes publiques. Toutefois, ils bénéficient aussi de transferts sociaux, pour eux-mêmes ou leur famille. Ces transferts sont d’autant plus importants que leur qualification est faible ou que leur intégration sur le marché du travail et plus généralement à la société du pays d’accueil est difficile ;
•enfin, s’ils obtiennent le droit de vote, les migrants peuvent modifier les équilibres politiques et entraîner des choix plus éloignés des préférences des natifs.
(…)
Plusieurs nations se sont déjà engagées dans un processus de sélection accrue des immigrés. Le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande mènent depuis longtemps des politiques d’immigration sélectives fondées sur des systèmes par points donnant la priorité aux diplômes élevés. Les États-Unis délivrent un nombre croissant de visas sélectifs (principalement les visas H1B) qui drainent quelque 200 000 travailleurs qualifiés par an.
(…)
Le bilan avec les grandes nations d’immigration (États-Unis, Canada et Australie) est largement déficitaire. Par rapport à ces trois nations, la perte nette pour l’UE15 est évaluée à 2,4 millions de personnes qualifiées en 2000. Les États-Unis contribuent pour 49 % à cette perte et le Canada pour 31 %. Les deux pays les plus touchés sont l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le solde global avec les autres pays est largement positif, avec au total 2,7 millions d’entrées d’immigrés qualifiés en provenance du reste du monde (hors États-Unis, Canada, et Australie) contre seulement 420 000 sorties vers le reste de l’OCDE
 (…)
Au total, une perte nette de 150 000 diplômés supérieurs est observée en 2000 pour l’UE dans son ensemble, soit 0,1 % de sa population âgée de 25 ans et plus. Dans ce processus d’échange, les principaux gagnants sont la Suède (1,5 %), le Luxembourg (1,2 %), la France (0,6 %) ou la Belgique (0,5 %). Les perdants nets sont l’Irlande (–3,1 %), la Grèce (–1,1 %), le Portugal et le Royaume-Uni (–0,7 %).
En résumé, si l’Europe enregistre une large perte nette de capital humain dans ses échanges avec les grandes nations d’immigration (États-Unis, Canada et Australie), elle compense ce déficit en attirant suffisamment de diplômés en provenance des pays en développement et, dans une moindre mesure, des autres pays de l’OCDE. Toutefois, la substitution de qualifiés natifs par des qualifiés immigrés n’est probablement pas neutre. L’immigration pose des problèmes complexes d’intégration, d’assimilation, de comparabilité des diplômes et de « transférabilité » des compétences acquises dans les pays d’origine. Une étude récente menée au Canada montre qu’à diplôme donné, les immigrants ont un niveau de compétence et d’alphabétisation moins élevé que les natifs (Coulombe et Tremblay, 2006). Pour chaque pays d’origine, les auteurs ont calculé un écart « compétence-scolarité » mesurant le supplément d’années de scolarité nécessaire aux diplômés étrangers pour atteindre le niveau de compétence des natifs. L’écart de compétence moyen par rapport aux natifs correspond à 3 années de scolarité (2,1 années pour les immigrants dont la langue maternelle est celle du pays receveur). Cet écart varie considérablement selon les pays : une corrélation négative très forte est observée entre l’écart « compétence-scolarité » et le revenu par habitant du pays d’origine. Il est hasardeux de généraliser cette étude au cas européen. Toutefois, il est plus que probable que le bilan qualitatif des échanges européens soit largement plus déficitaire que ce que le bilan purement quantitatif présenté ci-dessus peut laisser supposer. En tout état de cause, le bilan négatif européen contraste fortement avec le bilan positif des États-Unis, du Canada ou de l’Australie.
(…)
Cet exode des cerveaux pour les qualifications très élevées et/ou dans des secteurs de pointe met en péril les performances européennes en matière de recherche et développement dans des secteurs clés tels que la biotechnologie, la recherche médicale, la chimie, la nanotechnologie, les technologies de l’information et des communications. Tout cela conditionne fortement la position européenne sur l’échiquier mondial. Plusieurs causes expliquent cet exode des élites : meilleures possibilités d’embauche, perspectives de salaires plus élevés, environnement scientifique stimulant, moyens plus importants accordés aux chercheurs, etc. Ce dernier élément est important dans la mesure où la recherche dans les secteurs de pointe nécessite un appareillage coûteux. Il est donc impossible de dissocier l’exode des chercheurs européens de la politique générale de R&D européenne. Cause et conséquence de cet exode des chercheurs, le retard européen en matière d’investissements et de performance du secteur de la R&D est devenu béant. En termes relatifs, le budget total consacré à la recherche et développement au sein de l’Union européenne (UE15) reste de loin inférieur au budget observé aux États-Unis ou au Japon. Bien que masquant des disparités importantes entre pays, les dépenses européennes de R&D en pourcentage du PIB s’élevaient en Europe à 1,93 % en 2000, contre 2,69 % aux États-Unis et 2,98 % au Japon. Ce déficit s’est creusé au cours du temps. En 1991, l’UE investissait 164 milliards d’euros (en parité de pouvoir d’achat), soit 46 milliards de moins que les États-Unis. Entre 1991 et 2000, les dépenses de R&D ont progressé de 38 % aux États-Unis, de 20 % au Japon contre 19 % au sein de l’UE15. Au total, le déficit d’investissement en R&D de l’UE15 s’est amplifié de façon continue à partir de 1995 ; il a quasiment doublé en l’espace d’une décennie, comme le montre la figure 1.
(…)
L’analyse révèle que les principaux déterminants des choix de localisation des migrants sont la distance entre pays de départ et de destination, les liens coloniaux et linguistiques, ainsi que les caractéristiques des pays d’accueil : le PIB par habitant, le taux de chômage, la taille démographique et la générosité de la protection sociale. Les migrants qualifiés sont plus sensibles aux distances géographiques et aux perspectives de revenu (PIB par habitant). Les non-qualifiés sont plus sensibles aux liens coloniaux et aux programmes sociaux.
(…)
Étant donné nos liens historiques privilégiés avec les pays très pauvres, la faiblesse des primes de qualification en Europe, et le caractère redistributif de notre fiscalité et de notre protection sociale, qu’est-ce qui peut bien inciter les individus hautement qualifiés à choisir l’Europe comme destination ? Le bilan mitigé de la politique de green cards allemande nous montre à quel point il est difficile de rivaliser avec d’autres nations plus compétitives sur le « marché » international des talents. A contrario, étant donné les liens historiques, linguistiques, géographiques, la générosité de la protection sociale et la taille des réseaux déjà installés, les candidats à la migration en provenance des pays les plus pauvres (et donc moins dotés en qualification) ont des incitations fortes à rechercher les moyens légaux ou illégaux de rallier le vieux continent. Frédéric Docquier et Hillel Rapoport

Cherchez l’erreur!

A  l’heure où, entre un énième appel à la suppression des notes, une dénonciation de l’élitisme républicain ou une fumisterie sur nos chères têtes blondes qui « lisent beaucoup », un nouveau rapport de l’OCDE épingle la France pour son école injuste et félicite à nouveau la Corée et la Finlande pour leurs premières places …

Et six ans après un autre rapport qui avait le mérite d’expliciter ces mauvais résultats français en  dénonçant ces pays de l’OCDE qui « servent mal les enfants issus de l’immigration » …

Comment ne pas se poser la question de la part de l’immigration justement dans ces médiocres résultats ?

Et, contre les dénégations de nos Baudelot-Establet nationaux, ne pas être frappé de cette évidence ?

N’est-ce pas les pays les plus ethniquement homogènes (Corée, Japon, Finlande) ou les pays à immigration délibérément choisie (Canada, Australie, Nouvelle Zélande) qui ont les meilleurs résultats et les plus faibles écarts entre leurs élèves autochtones et allochtones ?

Laissant alors en bonne logique les pays ayant à la fois le plus d’immigrés et, par refus de la sélection, les moins diplômés et qualifiés les moins bonnes places ?    

Les systèmes éducatifs dans de nombreux pays de l’OCDE servent mal les enfants issus de l’immigration, selon un rapport de l’OCDE

15/05/2006 – De nombreux pays développés ne parviennent pas à aider les enfants issus de l’immigration à s’intégrer dans la société par l’instruction. Selon une nouvelle étude de l’OCDE, dans certains pays de l’OCDE, ces enfants accusent un retard scolaire de plus de deux ans par rapport à leurs camarades autochtones, même si l’on tient compte des facteurs socioéconomiques.

Where immigrant students succeed met à profit les données recueillies dans le cadre du Programme international de l’OCDE sur le suivi des acquis des élèves (PISA), au cours duquel des élèves de 15 ans dans 41 pays ont passé des épreuves en mathématiques, en compréhension de l’écrit, en sciences et en résolution de problèmes. Ce rapport examine la situation de 17 pays ou territoires comptant une large population d’immigrants : l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, les Etats-Unis, la France, le Luxembourg, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse parmi les pays de l’OCDE et trois participants au PISA non membres de l’OCDE, la Fédération de Russie, Hong Kong Chine et Macao Chine.

Le rapport met en lumière les enjeux auxquels les systèmes d’éducation doivent faire face pour aider les populations immigrées à s’intégrer dans leurs sociétés d’accueil. Dans la mesure où les flux migratoires vont probablement demeurer élevés, voire s’accroître, les pays européens, en particulier, doivent mieux s’adapter à la diversité socioéconomique et culturelle de leurs populations.

Pour que les enfants immigrés puissent accéder dans de bonnes conditions au marché du travail, ils doivent être dotés de solides compétences de base et avoir la capacité et la motivation à continuer d’apprendre tout au long de leur vie. Ne rien faire n’est pas une option : vu les taux de chômage qui dans de nombreux pays sont deux à trois fois supérieurs parmi les populations immigrées que parmi les nationaux, il peut être infiniment plus coûteux de ne rien faire que d’agir.

En Allemagne, en Autriche, en Belgique, au Danemark, aux Etats-Unis et en Norvège, parmi les enfants immigrés de la deuxième génération qui ont effectué toute leur scolarité dans le pays d’accueil, plus d’un tiers affiche des performances inférieures au niveau d’aptitude de base auquel les élèves commencent à être en mesure d’utiliser sérieusement les mathématiques. Dans tous les autres pays de l’OCDE, sauf en Australie et au Canada, au moins 20 % des élèves issus de la deuxième génération d’immigration obtiennent des scores inférieurs à ce niveau.

Dans le même temps, pourtant, les enfants immigrés font preuve d’une motivation à apprendre les mathématiques égale, voire même supérieure, à celle de leurs camarades autochtones et d’une attitude généralement très positive à l’égard de l’école. Ceci montre la vigueur de leur potentiel, dont le système scolaire peut tirer parti avec plus d’efficacité.

Le rapport met clairement en évidence que les systèmes scolaires se différencient considérablement du point de vue du devenir qu’ils assurent aux enfants immigrés. Dans des pays comme le Canada et l’Australie, les performances de ces enfants sont aussi bonnes que celles de leurs camarades autochtones. Mais dans d’autres, notamment ceux où les élèves sont répartis par niveaux, les résultats des enfants immigrés sont sensiblement inférieurs.

De fait, dans bien des pays, les enfants issus de familles immigrées sont désavantagés dès le départ. Ils sont en général affectés à des établissements scolaires moins performants qui ont souvent pour caractéristique d’accueillir des enfants issus des milieux défavorisés et où, dans certains pays, les conditions de vie en classe sont conflictuelles. Dans tous les pays examinés sauf quatre, au moins 25 % des enfants issus de la deuxième génération d’immigrés fréquentent des établissements scolaires où les populations immigrées représentent plus de 50 % des effectifs. En comparaison, moins de 5 % des enfants autochtones se trouvent dans cette situation dans tous les pays sauf deux.

Si l’on en croit le rapport, bien que la langue et l’origine géographique des enfants immigrés puissent aussi être des facteurs à considérer, elles ne suffisent pas pour expliquer les variations de performances entre les pays. Les élèves immigrés dont les familles viennent de Turquie ont en général de mauvais résultats dans de nombreux pays. Mais leurs résultats sont bien pires en Allemagne qu’en Suisse.

Par ailleurs, dans un certain nombre de pays, les enfants immigrés de la deuxième génération continuent d’obtenir des résultats aussi mauvais que ceux de leurs camarades de la première génération. En revanche, dans certains pays, où les niveaux d’immigration sont élevés, les performances des enfants immigrés de la deuxième génération sont beaucoup plus proches de ceux des enfants autochtones et de la moyenne nationale, ce qui tend à montrer que la politique des pouvoirs publics peut faire une différence. Parmi les pays qui sont en bonne position au regard de ce critère, beaucoup ont en commun de s’être dotés de solides programmes d’aide à l’apprentissage de la langue dans le préscolaire et dans le primaire et d’avoir clairement défini leurs objectifs, leurs normes et leurs systèmes d’évaluation.

Pour des informations complémentaires, les journalistes sont invités à contacter Andreas Schleicher, Direction de l’éducation de l’OCDE (tél. 33 1 45 24 93 66).

Where immigrant students succeed – A comparative review of performance and engagement in PISA 2003 est disponible pour les journalistes auprès de la Division des relations avec les médias (tel. + 33 1 45 24 97 00) ou via la bibliothèque en ligne, SourceOCDE, accessible à partir du site protégé des journalistes.

 

Informations complémentaires sur le rapport

——————–

Where immigrant students succeed – A comparative review of performance and engagement in PISA 2003

Voir aussi:

Education: La Corée et la Finlande obtiennent les meilleurs résultats lors de la dernière enquête PISA de l’OCDE sur les performances éducatives

Envoyer  Imprimer  07/12/2010 – Les élèves de 15 ans de Corée et de Finlande sont les plus performants en compréhension de l’écrit selon la dernière enquête PISA de l’OCDE. Pour la première fois, elle mesure leur capacité à gérer des informations numériques.

L’enquête, qui consiste à soumettre à des tests de deux heures un demi-million d’élèves dans plus de 70 pays, évalue également les acquis en mathématiques et en sciences.Les résultats pour 65 économies vont être publiés aujourd’hui.

Les très bonnes performances suivantes correspondent à Hong Kong-Chine, Singapour, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Japon.

Resultats complets

La province de Shanghai, Chine, qui a pris part pour la première fois à l’évaluation, a obtenu des résultats supérieurs à ceux de tous les autres pays en compréhension de l’écrit. Plus d’un quart des jeunes de 15 ans de Shanghai ont fait preuve d’une capacité de réflexion mathématique poussée pour résoudre des problèmes complexes, contre 3 % en moyenne en ce qui concerne l’ensemble de la zone OCDE.

Iinterview avec Andreas Schleicher,

Chef de la division des indicateurs de l’Education et de la division des analyses

     « De bons résultats de l’enseignement ont une influence déterminante sur l’avenir de la croissance économique », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, M. Angel Gurria. « Il existe certes toujours un lien entre le revenu national et les résultats scolaires, mais le Programme PISA nous apprend que deux pays ayant des niveaux de prospérité comparables peuvent afficher des performances très différentes. Ce qui montre bien que l’image d’un monde nettement divisé entre pays riches ayant un bon niveau d’éducation et pays pauvres se caractérisant par un faible niveau d’éducation est désormais dépassée ».

Certains pays de l’OCDE ont enregistré des progrès importants en compréhension de l’écrit, plus particulièrement le Chili, Israël et la Pologne, mais aussi le Portugal, la Corée, la Hongrie et l’Allemagne. En mathématiques, le Mexique, la Turquie, la Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Allemagne ont connu de rapides améliorations. En sciences, c’est en Turquie, au Portugal, en Corée, en Italie, en Norvège, aux États-Unis et en Pologne que les résultats ont le plus progressé.

L’OCDE a étudié les différences de résultats entre filles et garçons, ainsi que l’influence de la taille de la classe, de la rémunération des enseignants et du degré d’autonomie des établissements scolaires dans l’affectation des ressources. Elle est parvenue aux conclusions suivantes :

Les filles lisent mieux que les garçons dans tous les pays, l’écart moyen entre les deux étant de 39 points, soit l’équivalent d’une année d’études. L’écart entre les deux sexes n’a diminué dans aucun pays depuis 2000, et s’est même creusé en Corée, en France, en Israël, au Portugal et en Suède. Cela reflète un désir de lecture décroissant chez les garçons et de la part consacrée à la lecture dans leur temps de loisir.

Les meilleurs systèmes scolaires sont les plus équitables – les élèves obtiennent de bons résultats quel que soit leur milieu socioéconomique d’origine. Les établissements qui sélectionnent les élèves à un âge précoce selon leurs capacités affichent des écarts de performance les plus importants en fonction du milieu socioéconomique.

Les systèmes les plus performants ont tendance à privilégier le salaire des enseignants avant de réduire la taille des classes.

Les pays dans lesquels les élèves sont plus nombreux à redoubler tendent à enregistrer globalement de plus mauvais résultats, avec un écart particulièrement marqué entre les enfants de familles défavorisées et de familles aisées. C’est en Belgique, en France, au Luxembourg, au Portugal et en Espagne que le redoublement est le plus courant.

Les systèmes très performants permettent aux établissements de concevoir des programmes d’enseignement et de définir des politiques d’évaluation mais n’autorisent pas nécessairement le recours à la sélection.

Les établissements appliquant une discipline stricte et se caractérisant par de bonnes relations élèves-enseignants obtiennent de meilleurs résultats en compréhension de l’écrit.

Les établissements publics et privés obtiennent des résultats comparables, si l’on tient compte du milieu familial.

L’association d’une autonomie au plan local et d’une responsabilisation effective semble produire les meilleurs résultats.

Le pourcentage d’élèves ayant déclaré lire pour le plaisir est passé de 69 % en 2000 à 64 % en 2009.

Le programme PISA de l’OCDE vise à aider les pays à voir comment leurs systèmes scolaires s’ajustent globalement au regard de leur qualité, de leur équité et de leur efficacité. Les meilleurs systèmes éducatifs en terme de performance montrent ce à quoi les autres peuvent aspirer. Cela peut également inspirer des efforts nationaux pour aider les élèves à mieux apprendre, les enseignants à mieux enseigner, et les systèmes scolaires à devenir plus efficaces.

En 2011, dans le cadre du 50e anniversaire de l’OCDE, l’organisation va lancer deux nouveaux programmes pour aider les pays à construire, maintenir et améliorer les compétences de leurs citoyens et préparer le meilleur des futurs. Les premiers résultats du Programme pour l’Évaluation Internationale des Compétences des Adultes (PIAAC) ainsi que la stratégie de compétences de l’OCDE sera publié en 2013.

Pour de plus amples informations, les journalistes sont invités à se mettre en rapport avec Andreas Schleicher, de la Direction de l’éducation de l’OCDE

Voir aussi :

http://www.fabula.org/actualites/article29944.php

C. Baudelot, R. Establet, Elitisme républicain. L’Ecole française à l’épreuve des comparaisons internationales

Présentation de l’éditeur

Les dégâts de l’élitisme scolaire à la française, à la lumière des comparaisons internationales.

De quoi souffre l’école en France ? D’abord et avant tout de son élitisme : une culture du classement et de l’élimination précoce, doublée d’une grande tolérance aux inégalités et à leur reproduction. Tel est l’enseignement qui ressort des comparaisons internationales développées dans ce livre. L’école française demeure au XXIe siècle otage des idées qui l’ont vu naître à la fin du XIXe : distinguer une petite élite sans se soucier d’élever suffisamment le niveau des autres. Pour certains, peu nombreux, la méritocratie scolaire est une course aux meilleures positions ; pour d’autres, très nombreux, elle se traduit par une relégation rapide et désormais particulièrement coûteuse sur le marché du travail. Au total, la France qui a longtemps cru disposer de la meilleure école du monde fait figure de mauvaise élève dans sa catégorie, celle des pays riches et développés.

Christian Baudelot et Roger Establet sont sociologues. Ils travaillent ensemble depuis plus de quarante ans. Leur intérêt pour l’école en tant que facteur d’égalité et d’inégalités sociales comme de développement économique ne s’est jamais démenti. On leur doit notamment L’École capitaliste en France (Maspero, 1971), L’École primaire divise (Maspero, 1975), Le niveau monte (Seuil, 1989), Allez les filles ! (Seuil, 1992, 2006), Quoi de neuf chez les filles ? (Nathan, 2007).

Voir enfin :

L’élitisme scolaire en question

jservois

29 septembre 2009

L’élitisme scolaire en question

Compte-rendu du livre de Christian Baudelot et Roger Establet : L’élitisme républicain, l’école française à l’épreuve des comparaisons internationales, Paris, Seuil, collection « La République des Idées », 2009.

C. Baudelot et R. Establet, sociologues, travaillent ensemble depuis plus de quarante ans sur les rapports complexes entre l’école et les inégalités sociales. On leur doit des ouvrages aussi rigoureux que provocateurs comme Le niveau monte en 1989 ou Allez les filles ! en 1992. A la différence de Marcel Gauchet (cf. notre article « crise de l’école ou métamorphose sociale » sur ce blog), ils pratiquent une sociologie quantitative s’appuyant sur la mise en évidence de corrélations statistiques. Dans L’élitisme républicain, ils confrontent les performances du système scolaire français à celles d’autres nations grâce aux fameux tests PISA financés par l’OCDE. Leurs conclusions bouleversent bon nombre d’idées reçues sur l’opposition entre élitisme et démocratisation de l’enseignement ; c’est pourquoi nous vous en faisons part.

Qu’est-ce que le PISA ?

Le PISA est le « Programme international pour le suivi des élèves » (en anglais, Programme for International Student Assessment) dont le but est de mesurer les acquis des élèves dans 57 pays. L’OCDE publie le résultat de ces enquêtes tous les trois ans (nous possédons les résultats pour 2000, 2003 et 2006 et attendons ceux de 2009).

Julien Grenet, dans le blog La vie des idées, définit ainsi la spécificité des enquêtes PISA (nous soulignons les caractéristiques importantes) :

« La principale originalité de l’enquête PISA tient à la nature des acquis des élèves qu’elle cherche à mesurer : contrairement aux enquêtes antérieures, il ne s’agit pas d’évaluer l’acquisition de connaissances fixées par les programmes scolaires, mais les compétences ou aptitudes jugées nécessaires pour mener une vie d’adulte autonome. L’évaluation des acquis des élèves ne s’effectue donc plus en référence à un hypothétique dénominateur commun des programmes scolaires nationaux, mais par rapport (…) un ensemble de compétences génériques identifiées comme nécessaires pour pouvoir comprendre le monde, assurer son développement personnel et participer pleinement à la vie collective. Pour les besoins de l’enquête, l’OCDE a isolé trois grands domaines de compétence : la « compréhension de l’écrit », la « culture mathématique » et la « culture scientifique ».

La seconde nouveauté de l’enquête PISA réside dans la définition de la population testée : contrairement aux études précédentes, l’évaluation ne porte pas sur l’ensemble des élèves d’un niveau scolaire donné (les élèves de 5e, par exemple), mais sur l’ensemble des élèves de 15 ans indépendamment de leur classe (l’enquête 2006 porte par exemple sur les individus nés en 1990). Le choix de ce groupe d’âge présente deux avantages : d’une part, il permet de mesurer les compétences des élèves arrivant en fin de scolarité obligatoire, l’obligation scolaire dans la plupart des pays de l’OCDE étant fixée à 15 ou 16 ans ; d’autre part, il autorise une comparaison des acquis des élèves plus fiable qu’une comparaison par niveau d’enseignement, dont la composition par âge est très sensible à la pratique du redoublement.

Une dernière spécificité de PISA tient à sa périodicité : réalisée tous les trois ans, l’enquête a pour objectif d’assurer un suivi régulier des performances des élèves de 15 ans de l’ensemble des pays de l’OCDE afin d’effectuer des comparaisons dans le temps. Le programme d’évaluation est établi de telle manière que chaque enquête met l’accent sur l’une des trois compétences évoquées précédemment, en y consacrant les deux tiers des questions environ : la compréhension de l’écrit fut le domaine principal testé en 2000 ; en 2003, ce fut la culture mathématique, en 2006, la culture scientifique et en 2009, ce sera à nouveau au tour de la compréhension de l’écrit.

Le nombre de pays participants n’a cessé de croître depuis le lancement du programme PISA : de 32 pays membre de l’OCDE en 2000, on est passé à 42 pays (dont 12 pays partenaires) en 2003 pour arriver à 57 pays (dont 27 pays partenaires) en 2006, représentant près de 90 % de l’économie mondiale. Lors de la dernière vague d’enquête, ce sont au total près de 400 000 élèves, représentatifs des 20 millions de jeunes de 15 ans scolarisés dans les pays participants, qui ont été sélectionnés de manière aléatoire pour participer au cycle PISA 2006 » (en ligne : PISA).

Bref, les tests PISA s’effectuent sur des périodes longues ; ils portent sur des jeunes de 15 ans, quel que soit leur place dans le système scolaire du pays ; ils n’évaluent pas des compétences définies par un programme scolaire particulier mais des compétences génériques, communes à chaque pays. Par exemple, dans « la compréhension de l’écrit », il ne s’agit pas d’évaluer la connaissance de la littérature nationale ou internationale mais la capacité de restituer la teneur d’un texte, de l’interpréter (perception de plusieurs niveaux de sens) et de réagir à la lecture du texte, c’est-à-dire d’estimer ce qui est dit. De même, les tests de « culture mathématique » ne consistent pas à vérifier si certains axiomes et théorèmes sont acquis mais à observer la capacité de résoudre certains problèmes sans préjuger de la méthode employée. Voici un exemple de test mathématique PISA :

Que faire de PISA ?

Bien entendu, les différents gouvernements ont surtout pris en considération les classements nationaux, pour s’en réjouir ou le déplorer : les Etats-Unis n’en reviennent pas de n’être que 27e, la Finlande, le Danemark et les dragons asiatiques caracolent en tête. Les résultats de la France sont moyens et à la baisse.

Pour C. Baudelot et R. Establet, les comparaisons internationales que permettent PISA ne se limitent pas à l’établissement d’un palmarès des nations (c’est l’aspect le plus médiatique et le moins intéressant) : elles offrent surtout un outil fiable pour tester l’efficacité de notre élitisme républicain. Voilà les grands traits de leur enquête.

Les résultats de l’enquête de C. Baudelot et R. Establet

Les inégalités scolaires et le problème de l’élite.

Les enquêtes PISA permettent de révoquer en doute certaines opinions communément admises concernant « la démocratisation scolaire ». La forme la plus répandue d’élitisme reproche à ce mouvement de démocratisation de sacrifier la formation de l’élite au profit du plus grand nombre. Inversement, on condamne l’élitisme comme une forme d’aristocratisme sacrifiant l’intérêt d’une majorité d’élèves au profit d’un petit nombre de « méritants ». Or, les enquêtes chiffrées de PISA montrent avec évidence que l’opposition « école de masse contre école de l’excellence » ne repose sur aucune base réelle et est purement idéologique.

Les comparaisons internationales que permet PISA montrent que dans les trois domaines (compréhension de l’écrit, culture mathématique, culture scientifique) :

-Plus l’écart entre le haut et le bas est faible, plus la moyenne générale est bonne. Bref, les pays où les écarts de résultat entre les très bons élèves et les très mauvais sont importants, le niveau moyen du pays est relativement bas. Le resserrement des inégalités scolaires est un facteur de réussite moyenne.

-Surtout, « qu’il s’agisse de mathématiques, de sciences ou de compréhension de l’écrit, dans chaque pays de l’OCDE, le volume de l’élite scolaire est inversement proportionnel au volume de l’échec scolaire. Moins il y a de cancres, plus il y a d’excellents élèves » (p.39). Moins il y a de mauvais, plus il y a de bons et de très bons.

Le constat est clair : la constitution de l’élite ne peut s’établir au détriment de la masse. Un élitisme méprisant le plus grand nombre est fondamentalement inefficace.

L’effet des systèmes scolaires sur les inégalités sociales.

Le principe méritocratique consiste à distinguer les élèves les plus méritants en neutralisant le plus possible « les privilèges liés à la naissance, au rang ou à la fortune ». Cependant, l’influence de la situation sociale et culturelle de l’élève sur ses résultats n’a jamais été, dans aucune société, totalement évincée.

Or, les enquêtes PISA permettent de mesurer l’influence de l’origine sociale et du capital culturel sur le niveau des élèves. Notons au préalable l’importance de la notion de capital culturel qui raffine les études simplement fixées sur le seul critère du revenu. Les statisticiens de PISA prennent en compte dans le capital culturel : le niveau d’instruction des parents, leurs diplôme, leur profession, un critère indiquant si l’enfant dispose d’une chambre individuelle, d’un ordinateur personnel, d’une connexion internet, d’un ou plusieurs dictionnaires etc. Ils ont ajouté une autre dimension, le patrimoine culturel familial : présence dans la maison d’ouvrages classiques, de recueils de poésie, de reproductions d’œuvres d’art etc. Le revenu et l’ensemble du capital culturel sont englobés dans un indice unique, le SESC (statut économique, social et culturel).

Première remarque résultant des études PISA : « la France se distingue des autres pays par une incidence très forte du milieu social sur les scores obtenus aux épreuves PISA, et cela aussi bien en compréhension de l’écrit, en mathématique qu’en culture scientifique. La France est donc l’un des pays où l’enseignement dispensé à l’école implique, pour être valorisé ou assimilé, la plus grande part de ressources extrascolaires privées. Autrement dit, une partie importante du travail scolaire se passe à la maison » (p. 67).

Deuxième résultat. Nommons « efficace », le système scolaire d’un pays qui produit des élèves de bon niveau et nommons « juste », un système scolaire qui minimise l’influence de l’origine sociale et du capital culturel sur le niveau des élèves. Les tests PISA permettent d’établir une corrélation intéressante : plus un système est juste, plus il est efficace. « Les systèmes scolaires qui atténuent les inégalités possèdent une efficacité globale plus forte. Les pays de l’OCDE qui limitent les effets de l’héritage social et culturel ont une haute performance moyenne » (p. 71) : c’est le cas de la Finlande, de la Corée du Sud, de Hong Kong, du Japon, de l’Estonie. En 2006, la France cumule un certain retard dans la limitation des inégalités sociales et dans le niveau de sa performance moyenne, moins cependant que d’autres pays, très « injustes » et très peu « efficaces » (Etats-Unis, Roumanie, Chili, Mexique…)

Les effets des inégalités sociales sur la qualité de l’école.

Nous avons pris en compte pour l’instant la capacité de l’école à minimiser ou à reproduire les inégalités sociales. Intéressons-nous maintenant à la relation inverse : l’école n’est pas un sanctuaire à l’abri du monde extérieur : celui-ci « y pénètre chaque matin sous la forme très concrète de flux d’élèves qu’elle accueille et dont les origines sociales, les trajectoires familiales et les difficultés représentent un condensé vivant des contradictions qui travaillent le corps social tout entier » (p. 74). Quels sont donc les effets mesurables du taux d’inégalité sociale caractérisant une société donnée sur l’efficacité de son système éducatif ?

Il faut distinguer quatre structures sociales :

Soit le salaire moyen de l’OCDE,

(I) une société peut-être caractérisée par des écarts faibles autour de ce salaire moyen.

(II) une société peut-être caractérisée par des écarts forts autour de ce salaire moyen (beaucoup de très riches et de très pauvres)

(III) une société peut-être caractérisée par des écarts forts au-dessous de ce salaire moyen et par des écarts faibles au-dessus de ce salaire moyen (beaucoup de très pauvres, peu de très riches)

(IV) une société peut-être caractérisée par des écarts faibles au-dessous de ce salaire moyen et par des écarts forts au-dessus de ce salaire moyen (beaucoup de très riches, peu de très pauvres).

Les pays de type (I) obtiennent les meilleurs résultats aux tests PISA (Norvège, Danemark, Canada…). De bons résultats se trouvent aussi dans les pays de type (IV) : Suède, Finlande, Corée du Sud, Japon, Australie. Les plus mauvais résultats se trouvent dans les cas (II) (Italie, Espagne…) et (III) (France, Pologne, Grèce, Turquie etc.).

Conclusion : « Les résultats sont d’autant meilleurs que les inégalités sociales sont faibles, et surtout que les écarts entre les moins bien lotis et la moyenne de la population sont resserrés » (p. 83).

Les immigrés et les filles.

Deux derniers résultats peuvent être établis grâce aux comparaisons internationales des enquêtes PISA :

Premièrement, le taux d’immigration « ne joue aucun rôle dans le résultat global d’un pays, dans son taux d’échec scolaire, dans la quantité de ses élites et dans l’écart entre les immigrés et les autres ». En outre « dans tous les pays les élèves issus de l’immigration obtiennent toujours des résultats plus faibles que les autochtones. Mais les performances des uns et des autres sont fortement corrélées : meilleure est, dans un pays donné, la réussite des autochtones, meilleure est aussi la réussite des immigrés ». Deux enseignements importants : (1) il existe une marginalisation globale des immigrés dans l’ensemble des systèmes scolaires de l’OCDE et (2) les systèmes qui font mieux que les autres pour minimiser cette marginalisation ont un plus grand volume d’élites et un meilleur niveau d’ensemble. L’effort à fournir pour améliorer le niveau des immigrés n’est pas simplement une question de justice : l’efficacité d’ensemble du système en dépend.

Deuxièmement, « meilleures sont les performances d’ensemble du système, meilleurs sont les résultats obtenus par les filles » (p. 100) – à nouveau justice et efficacité vont de pair. En outre, le test PISA met en évidence une tendance que l’on remarque depuis longtemps : les bons résultats des filles par rapport au garçon ne se répercutent ni dans leur orientation ni dans leur carrière. Il s’agit là d’un sexisme objectif (frappant particulièrement les sciences dures) qu’il est temps de prendre au sérieux.

Conclusion.

Bien entendu, on peut toujours remettre en question la validité de tests internationaux comme ceux du PISA : il n’y a pas de critère d’évaluation absolument objectif, c’est-à-dire neutralisant toute spécificité culturelle. Néanmoins peut-on faire un usage relatif de ces tests : non pas établir des classements mais des rapports et des tendances. C’est précisément l’optique de C. Baudelot et R. Establet et leurs conclusions convergent vers une thèse forte : dans tous les cas envisagés, justice et performance ne s’opposent pas mais sont étroitement corrélées. Cette bonne nouvelle suscite une interrogation : pourquoi sommes-nous si enclins en France à croire que la promotion du plus grand nombre nuit à la qualité globale de l’école, alors que tout nous montre le contraire ? En outre, cette bonne nouvelle rend d’autant plus scandaleux les effets de reproduction sociale de notre système scolaire. Un système scolaire incapable d’amortir les inégalités sociales n’est pas simplement injuste : il est peu performant. Il est donc tout aussi vain de justifier l’injustice par la nécessité de la performance (position réaliste) que d’en appeler à l’esprit de justice contre la performance (idéalisme). Face à l’impuissance du système scolaire à réduire les inégalités, nous sommes donc sans excuse.

Voir enfin:

L’immigration qualifiée, remède miracle aux problèmes économiques européens ?

AuteursFrédéric Docquier[*] [*] Chercheur qualifié au FNRS et professeur d’économie…

Chercheur Qualifié auprès du FNRS, IRES, Université catholique de Louvain

Hillel Rapoport[**] [**] EQUIPPE, Universités de Lille, Department of Economics,…

Université de Lille 2

Introduction

Le processus de globalisation de l’économie mondiale s’accompagne de flux migratoires de plus en plus importants. Selon les Nations unies, le nombre de migrants internationaux est passé de 154,8 à 190,6 millions entre 1990 et 2005, soit une augmentation moyenne de 1,4 % par an. Les migrants internationaux se concentrent de plus en plus dans les pays développés : entre 1990 et 2000, le stock d’immigrés en âge de travailler dans les pays de l’OCDE a augmenté en moyenne de 3,5 % par an. Sur la même période, la croissance du stock de migrants qualifiés a été largement supérieure, environ 5,3 % par an. Quels sont les avantages et les coûts de l’immigration qualifiée pour les pays d’accueil ? Peut-elle permettre aux pays européens de résoudre certains de leurs problèmes structurels majeurs, notamment les déficits des comptes sociaux induits par la hausse des ratios de dépendance entre actifs et inactifs ou les contraintes que fait peser sur les perspectives européennes de croissance l’exode massif de cerveaux européens vers les États-Unis ?

2 Dans cette contribution, nous mettons en avant le potentiel mais aussi les limites d’une politique d’immigration sélective dans le contexte européen. Nous présentons d’abord brièvement les coûts et avantages de l’immigration qualifiée tels qu’ils ressortent d’analyses économiques récentes, en adoptant pour ce faire un point de vue « nationaliste », c’est-à-dire centré sur les effets sur le bien-être du point de vue des nationaux du pays d’accueil. Nous nous interrogeons ensuite sur la place de l’Europe dans la compétition internationale pour attirer les talents, notamment par rapport aux autres grands pays traditionnels d’immigration, ainsi que sur les effets de l’immigration qualifiée sur les inégalités Nord-Sud. Enfin, nous évaluons la capacité des politiques d’immigration sélective à répondre aux défis que constituent pour les pays européens le vieillissement de leur population et l’exode d’une partie de leurs cerveaux vers les autres grandes nations industrialisées.

1 – Une approche « nationaliste » de l’immigration

3 Comme admirablement argumenté dans Borjas (1999), évaluer les bienfaits et les coûts de l’immigration requiert une définition préalable des objectifs poursuivis. Adopter un objectif « internationaliste » mettant la priorité sur les inégalités entre nations débouche sur des conclusions et recommandations fort différentes, parfois opposées à celles découlant d’une fonction d’objectif centrée sur les pays d’accueil ou sur les migrants eux-mêmes. Évaluer les politiques d’immigration à l’aune de leur contribution à la résolution de problèmes économiques internes revient à adopter une approche nationaliste. Cette première section justifie en quoi une telle approche plaide en faveur d’une sélection accrue des migrants.

1.1 – Bénéfices et coûts de l’immigration

4 L’entrée d’immigrants a de nombreux avantages économiques pour le pays d’accueil :

 

l’immigration permet de faire face à certaines pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs clés à qualification élevée (tels que l’informatique, les professions de santé, etc.) ou à qualification faible (tels le secteur minier, la construction, etc.) ;

elle rajeunit la population et modifie le ratio entre actifs et inactifs ;

à travers leurs activités de production et de consommation, les migrants concourent à la diversification des biens et services disponibles dans l’économie ;

dans le même esprit, ils apportent une diversité culturelle et contribuent à réduire les coûts de transaction dans les échanges entre pays (effets de réseaux) ; par exemple, il a été montré que l’immigration favorise le développement des échanges commerciaux entre pays d’accueil et d’origine (Gould, 1994) ainsi que les investissements directs étrangers du pays d’accueil vers le pays d’origine (Kugler et Rapoport, 2006).

Parallèlement, l’immigration engendre aussi certains coûts et effets redistributifs :

en économie fermée, l’augmentation de l’offre de travail sans afflux de capital compensatoire crée une pression à la baisse sur les salaires et une pression à la hausse sur le rendement du capital, ce qui entraîne une redistribution des salariés vers les détenteurs de capitaux. En économie ouverte aux mouvements de capitaux, cet effet s’estompe ou disparaît. Les études empiriques n’ont pas permis d’apporter des conclusions définitives quant à l’effet de l’immigration sur les salaires ; cependant, la majorité d’entre elles concluent à un effet très faible (pour un survol de cette littérature, voir par exemple Friedberg et Hunt, 1995 ; Jayet et al., 2001) ;

lorsque les migrants modifient le niveau de qualification moyen de la force de travail, ceci influe sur les primes de qualification. Ainsi, l’immigration non qualifiée contribue à augmenter les inégalités salariales entre travailleurs diplômés et non diplômés, ou à augmenter le taux de chômage des non-qualifiés[1] [1] Ce qui, à plus long terme, peut être compensé par une…

Dans le cas des États-Unis, Borjas et al. (1997) ont estimé qu’un tiers de l’augmentation des inégalités salariales depuis 1970 est attribuable à la faiblesse relative de la qualification des immigrants ;

s’ils sont plus jeunes, en âge de payer impôts et cotisations sociales, les migrants contribuent à augmenter les recettes publiques. Toutefois, ils bénéficient aussi de transferts sociaux, pour eux-mêmes ou leur famille. Ces transferts sont d’autant plus importants que leur qualification est faible ou que leur intégration sur le marché du travail et plus généralement à la société du pays d’accueil est difficile ;

enfin, s’ils obtiennent le droit de vote, les migrants peuvent modifier les équilibres politiques et entraîner des choix plus éloignés des préférences des natifs. 

1.2 – Sélectionner pour maximiser les gains et minimiser les coûts

5 De nombreux pays européens sont confrontés à deux problèmes majeurs : des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, et la perspective du vieillissement démographique. L’immigration est souvent perçue comme un remède au moins partiel à ces deux problèmes. Comme nous allons le voir, cette perception n’est justifiée que si les immigrants sont sélectionnés sur base de leur niveau de qualification.

6 Naturellement, répondre à des pénuries sectorielles de main-d’œuvre nécessite des programmes de sélection spécifique. Ces dernières années, certains pays européens ont ainsi progressivement introduit des mécanismes visant à attirer des professions particulières : l’Irlande et le Royaume-Uni ont constitué des listes de pénuries de qualification ; des programmes d’immigration temporaire (green cards) ont été mis sur pied en Allemagne ou en Italie pour attirer des spécialistes en technologies de l’information[2] [2] Dans ce domaine, le Bureau International du Travail estime…

; enfin, la France vient de créer un statut particulier pour les scientifiques et les étudiants étrangers.

7 De façon moins naturelle, utiliser l’immigration de remplacement pour lutter contre le coût du vieillissement requiert également de choisir ses immigrants. En moyenne, les migrants non qualifiés apportent moins à l’État que les natifs et engendrent plus de transferts. Leur contribution aux finances publiques s’avère négative (sur l’ensemble de leur vie, ils apportent moins de recettes que ce qu’ils coûtent en transferts). C’est ce que montrent les travaux d’Auerbach et Oreopoulos (2000) et de Storesletten (2000) sur les États-Unis, de Bonin et al. (2000) sur l’Allemagne, de Collado et al. (2001) sur l’Espagne, ou de Chojnicki (2004) sur la France, travaux fondés sur les techniques de comptabilité générationnelle.

8 Plusieurs nations se sont déjà engagées dans un processus de sélection accrue des immigrés. Le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande mènent depuis longtemps des politiques d’immigration sélectives fondées sur des systèmes par points donnant la priorité aux diplômes élevés. Les États-Unis délivrent un nombre croissant de visas sélectifs (principalement les visas H1B) qui drainent quelque 200 000 travailleurs qualifiés par an. Au printemps 2006, le Royaume-Uni a officiellement adopté le système par points comme nouvelle base de sa politique d’immigration ; dans le même temps, la France optait pour une politique d’« immigration choisie ». Au niveau européen, la question est donc désormais clairement posée : l’Europe doit-elle renforcer la sélection de ses immigrants ? Nous examinons ci-dessous trois difficultés afférentes à ce type de politique.

2 – L’Europe a-t-elle les moyens d’attirer les cerveaux ?

9 Si l’Europe (entendue ici comme les 15 membres de l’UE15) attire près d’un tiers des immigrants adultes vivant dans les pays de l’OCDE, elle se caractérise toutefois par une structure d’immigration beaucoup moins qualifiée que celles des autres grandes nations industrialisées. De plus, elle souffre elle-même d’un exode des cerveaux non négligeable vers les États-Unis, le Canada ou l’Australie. Compte tenu de ce déficit important dans les échanges de main-d’œuvre qualifiée avec ses concurrents, l’Europe a-t-elle les moyens – et peut-elle raisonnablement – développer une politique d’immigration sélective ?

2.1 – Bilan général

10 En l’absence de données comparatives fiables sur l’émigration et d’harmonisation internationale des statistiques d’immigration, la fuite des cerveaux est un phénomène complexe à mesurer. Dans une étude réalisée en partenariat avec la Banque mondiale, Docquier et Marfouk (2005) ont calculé les pertes de main-d’œuvre encourues par tous les pays du monde par niveau de qualification, distinguant les individus faiblement qualifiés, les diplômés du secondaire, et les titulaires de diplômes universitaires ou professionnels au-delà du secondaire. S’appuyant sur des statistiques d’immigration récoltées dans la totalité des pays de l’OCDE, leur étude a permis de cerner pour la première fois l’ampleur, la localisation et la structure par qualification et par pays d’origine de l’immigration en Europe. L’analyse porte sur des stocks d’immigrants, mesurés à un moment donné, plutôt que sur des flux.

11 Faisant abstraction, dans un premier temps, des problèmes de comparabilité des diplômes entre immigrants et natifs, des questions d’assimilation, de discrimination et de performances relatives, le tableau 1 fournit un bilan des gains nets de travailleurs ayant un diplôme supérieur pour chaque pays européen et pour l’UE15 dans son ensemble. Chaque colonne reprend les sorties et les entrées de migrants internationaux pour chaque pays européen. La dernière colonne livre les chiffres pour l’UE15 dans son ensemble.

Tableau 1 – Gain net de main-d’œuvre qualifiée dans les pays de l’UE15 en 2000, en milliers Source : Docquier et Marfouk (2005)

12 La partie supérieure du tableau synthétise le bilan intra-européen. En comparant les entrées et sorties, on dégage le gain net des échanges intra-européens. Ceux-ci occupent une place importante dans le bilan de chaque pays. On constate que six pays reçoivent davantage que ce qu’ils perdent. En 2000, les gains nets les plus élevés sont observés en Allemagne (87 700), au Royaume-Uni (81 100), en France (64 800) et en Belgique (50 700), mais deux autres pays, le Luxembourg et la Suède, affichent également un solde positif dans leurs échanges de travailleurs qualifiés avec les autres pays de l’UE. Les autres pays européens – Espagne, Grèce, Irlande, Portugal et Italie – enregistrent un déficit net, particulièrement important pour ce dernier pays (–110 500).

13 Dans la partie inférieure du tableau, on analyse les échanges des pays européens avec le reste du monde. Le bilan avec les grandes nations d’immigration (États-Unis, Canada et Australie) est largement déficitaire. Par rapport à ces trois nations, la perte nette pour l’UE15 est évaluée à 2,4 millions de personnes qualifiées en 2000. Les États-Unis contribuent pour 49 % à cette perte et le Canada pour 31 %. Les deux pays les plus touchés sont l’Allemagne et le Royaume-Uni. Le solde global avec les autres pays est largement positif, avec au total 2,7 millions d’entrées d’immigrés qualifiés en provenance du reste du monde (hors États-Unis, Canada, et Australie) contre seulement 420 000 sorties vers le reste de l’OCDE[3] [3] L’émigration vers les pays non-membres de l’OCDE n’est…

 Au total, une perte nette de 150 000 diplômés supérieurs est observée en 2000 pour l’UE dans son ensemble, soit 0,1 % de sa population âgée de 25 ans et plus. Dans ce processus d’échange, les principaux gagnants sont la Suède (1,5 %), le Luxembourg (1,2 %), la France (0,6 %) ou la Belgique (0,5 %). Les perdants nets sont l’Irlande (–3,1 %), la Grèce (–1,1 %), le Portugal et le Royaume-Uni (–0,7 %).

 

14 En résumé, si l’Europe enregistre une large perte nette de capital humain dans ses échanges avec les grandes nations d’immigration (États-Unis, Canada et Australie), elle compense ce déficit en attirant suffisamment de diplômés en provenance des pays en développement et, dans une moindre mesure, des autres pays de l’OCDE. Toutefois, la substitution de qualifiés natifs par des qualifiés immigrés n’est probablement pas neutre. L’immigration pose des problèmes complexes d’intégration, d’assimilation, de comparabilité des diplômes et de « transférabilité » des compétences acquises dans les pays d’origine. Une étude récente menée au Canada montre qu’à diplôme donné, les immigrants ont un niveau de compétence et d’alphabétisation moins élevé que les natifs (Coulombe et Tremblay, 2006). Pour chaque pays d’origine, les auteurs ont calculé un écart « compétence-scolarité » mesurant le supplément d’années de scolarité nécessaire aux diplômés étrangers pour atteindre le niveau de compétence des natifs. L’écart de compétence moyen par rapport aux natifs correspond à 3 années de scolarité (2,1 années pour les immigrants dont la langue maternelle est celle du pays receveur). Cet écart varie considérablement selon les pays : une corrélation négative très forte est observée entre l’écart « compétence-scolarité » et le revenu par habitant du pays d’origine. Il est hasardeux de généraliser cette étude au cas européen. Toutefois, il est plus que probable que le bilan qualitatif des échanges européens soit largement plus déficitaire que ce que le bilan purement quantitatif présenté ci-dessus peut laisser supposer. En tout état de cause, le bilan négatif européen contraste fortement avec le bilan positif des États-Unis, du Canada ou de l’Australie.

2.2 – Exode des chercheurs européens et déficit de R&D

15 En nombres absolus, le solde des échanges de diplômes supérieurs entre l’UE15 et le reste du monde est donc faiblement déficitaire. Toutefois, cette neutralité observée au niveau des diplômes supérieurs n’est pas vérifiée au niveau des qualifications très élevées, et tout particulièrement dans les disciplines génératrices d’innovations et de croissance.

16 Concentrons-nous tout d’abord sur le cas des diplômés en sciences et technologies (ST). L’UE15 « produit » davantage de licenciés et de docteurs en ST que les États-Unis. En 2000, l’UE15 a produit 2,14 millions de nouveaux diplômés en ST (0,56 diplômés pour 1000 individus âgés de 20 à 34 ans), contre respectivement 2,07 aux États-Unis (0,41 pour 1000) et 1,1 million au Japon (0,25 pour 1000). Paradoxalement, l’UE15 emploie moins de chercheurs que ses concurrents. Durant l’année 1999, le nombre total des chercheurs employés en ST était estimé à 919 796 personnes dans l’UE15 (5,36 pour 1000 actifs), contre 1 219 407 aux États-Unis (8,66 pour 1000 actifs) et 658 910 au Japon (9,72 pour 1000 actifs). Contrairement aux échanges de diplômes supérieurs, l’exode massif des chercheurs européens vers les États-Unis n’est pas compensé par des entrées significatives. La Commission européenne (2003) a longuement souligné le déficit de l’Europe dans ce domaine. Elle a évalué à 550 000 le nombre de chercheurs supplémentaires qu’il faudrait engager pour rattraper les États-Unis d’ici à 2010.

17 Plus généralement, si l’on se concentre sur les visas accordés par les États-Unis aux travailleurs spécialisés (visas H1B) et aux travailleurs à capacité exceptionnelle (visas O1), les pertes apparaissent également très importantes. Selon le tableau 3 qui livre les données de l’Office of Immigration américain, 29 760 « travailleurs spécialisés » originaires de l’UE15 ont émigré vers les États-Unis en 2002, soit 8 % de cette composante de l’immigration qualifiée américaine. Ce chiffre est en croissance élevée (+3.500 entre 2001 et 2002). Durant la même année, 7 460 « travailleurs à capacité exceptionnelle » ont émigré vers les États-Unis, représentant 29,8 % des immigrés de cette catégorie. 

18 Cet exode des cerveaux pour les qualifications très élevées et/ou dans des secteurs de pointe met en péril les performances européennes en matière de recherche et développement dans des secteurs clés tels que la biotechnologie, la recherche médicale, la chimie, la nanotechnologie, les technologies de l’information et des communications. Tout cela conditionne fortement la position européenne sur l’échiquier mondial.

19 Plusieurs causes expliquent cet exode des élites : meilleures possibilités d’embauche, perspectives de salaires plus élevés, environnement scientifique stimulant, moyens plus importants accordés aux chercheurs, etc. Ce dernier élément est important dans la mesure où la recherche dans les secteurs de pointe nécessite un appareillage coûteux. Il est donc impossible de dissocier l’exode des chercheurs européens de la politique générale de R&D européenne. Cause et conséquence de cet exode des chercheurs, le retard européen en matière d’investissements et de performance du secteur de la R&D est devenu béant. En termes relatifs, le budget total consacré à la recherche et développement au sein de l’Union européenne (UE15) reste de loin inférieur au budget observé aux États-Unis ou au Japon. Bien que masquant des disparités importantes entre pays, les dépenses européennes de R&D en pourcentage du PIB s’élevaient en Europe à 1,93 % en 2000, contre 2,69 % aux États-Unis et 2,98 % au Japon. Ce déficit s’est creusé au cours du temps. En 1991, l’UE investissait 164 milliards d’euros (en parité de pouvoir d’achat), soit 46 milliards de moins que les États-Unis. Entre 1991 et 2000, les dépenses de R&D ont progressé de 38 % aux États-Unis, de 20 % au Japon contre 19 % au sein de l’UE15. Au total, le déficit d’investissement en R&D de l’UE15 s’est amplifié de façon continue à partir de 1995 ; il a quasiment doublé en l’espace d’une décennie, comme le montre la figure 1.

Investissements en R&D : déficit de l’Union européenne (UE15) par rapport aux États-Unis, en milliards d’euros (parité de pouvoir d’achat – prix de 1995)

2.3 – L’autosélection des immigrants

20 Que se passerait-il si l’Europe modifiait sa politique d’immigration de manière à attirer davantage de travailleurs qualifiés ? En utilisant la base de données synthétisée dans le tableau 1, Docquier, Lohest et Marfouk (2006) ont analysé économétriquement les déterminants des choix de destination des migrants, et ce par niveau de qualification[4] [4] Le modèle utilisé est un modèle Tobit appliqué aux taux…

21 L’analyse révèle que les principaux déterminants des choix de localisation des migrants sont la distance entre pays de départ et de destination, les liens coloniaux et linguistiques, ainsi que les caractéristiques des pays d’accueil : le PIB par habitant, le taux de chômage, la taille démographique et la générosité de la protection sociale. Les migrants qualifiés sont plus sensibles aux distances géographiques et aux perspectives de revenu (PIB par habitant). Les non-qualifiés sont plus sensibles aux liens coloniaux et aux programmes sociaux. L’introduction de variables binaires pour chaque pays d’accueil capture en partie les différences de politiques d’immigration. Ces variables sont significatives mais n’expliquent qu’une partie seulement des choix de destination. Ainsi, sauf à envisager des mesures drastiques et donc peu réalistes, un changement de politique d’immigration dans le sens d’une sélection accrue n’aura qu’un effet modéré sur la composition et le volume de l’immigration. L’environnement économique, institutionnel et les liens historiques entre pays restent les composantes majeures.

22 Ceci démontre à quel point il est difficile d’infléchir le processus d’autosélection des migrants. Étant donné nos liens historiques privilégiés avec les pays très pauvres, la faiblesse des primes de qualification en Europe, et le caractère redistributif de notre fiscalité et de notre protection sociale, qu’est-ce qui peut bien inciter les individus hautement qualifiés à choisir l’Europe comme destination ? Le bilan mitigé de la politique de green cards allemande nous montre à quel point il est difficile de rivaliser avec d’autres nations plus compétitives sur le « marché » international des talents. A contrario, étant donné les liens historiques, linguistiques, géographiques, la générosité de la protection sociale et la taille des réseaux déjà installés, les candidats à la migration en provenance des pays les plus pauvres (et donc moins dotés en qualification) ont des incitations fortes à rechercher les moyens légaux ou illégaux de rallier le vieux continent.

3 – Quels effets sur les pays d’origine ?

23 En compensant ses pertes de diplômés vers les autres nations industrialisées par une entrée de main-d’œuvre qualifiée en provenance des pays en développement, l’UE15 se caractérise par un solde net proche de zéro. Comme indiqué plus haut, ce solde contraste avec l’important gain net observé dans les autres nations d’immigration (5,4 % de la population de 25 ans et plus pour les États-Unis, 10,7 % pour le Canada et 11,3 % pour l’Australie).

24 Néanmoins, si l’UE15 sélectionne peu ses immigrés, elle joue un rôle important dans la fuite des cerveaux en provenance des pays les moins avancés. Étant donné ses liens historiques et culturels avec l’Afrique, l’UE15 attire un grand nombre de travailleurs qualifiés en provenance des nations moins développées. Ainsi, la figure 2 met en perspective, sur l’axe des abscisses, le taux de migration des individus qualifiés de tous pays du monde et, sur l’axe des ordonnées, la contribution de l’UE15 dans cette fuite des cerveaux (part européenne dans le stock d’immigrés qualifiés). Par exemple, le Mozambique se caractérise par un taux d’émigration global de ses qualifiés d’environ 47 % ; la contribution européenne à cette fuite des cerveaux est supérieure à 80 %. Nous considérons que la contribution européenne est importante (respectivement très importante) lorsque la part des émigrés qualifiés vivant en Europe est supérieure à la part de l’UE15 dans la population de l’OCDE (respectivement deux fois la part). Ces deux bornes sont représentées par les traits horizontaux en pointillés.

Contribution de l’UE15 dans la fuite des cerveaux internationale

25 On constate que la contribution européenne est importante dans 75 cas, voire très importante dans 22 cas. Ainsi, l’UE15 joue un rôle majeur dans l’exode des cerveaux de pays tels que la Gambie, le Cap Vert, l’Île Maurice, les Seychelles, Malte, le Ghana ou le Kenya. Plus encore, l’UE15 est de loin la principale destination des cerveaux en provenance de Somalie, du Surinam, du Mozambique, de l’Angola, de la République du Congo, de la Guinée-Bissau et d’autres pays africains. En proportion de leur main-d’œuvre qualifiée, certains de ces pays sont parmi les plus sévèrement touchés par la fuite des cerveaux internationale.

26 La littérature récente sur la fuite des cerveaux met en évidence des effets potentiellement favorables de l’émigration qualifiée pour les pays d’origine : envois de fonds, migrations retour, effets de réseaux favorisant les transactions internationales ; par ailleurs, les perspectives de migration, en augmentant le rendement espéré du capital humain, peuvent induire un accroissement de l’investissement éducatif domestique[5] [5] Pour une synthèse de cette littérature, voir Rapoport…

Il existe donc un effet d’incitation qui joue en sens opposé de l’effet de fuite traditionnellement mis en avant. Cependant, un effet net positif a plus de chances de se matérialiser si le taux d’émigration des qualifiés n’est pas trop élevé, ce que l’on observe surtout dans les grands pays tels que la Chine ou l’Inde, et que les contraintes de liquidité qui pèsent sur l’investissement éducatif ne sont pas trop importantes, ce qui exclut les pays les plus pauvres (Beine, Docquier et Rapoport, 2001, 2006). Or les pays qui exportent leurs cerveaux vers l’UE, et plus particulièrement les pays d’Afrique, sont de taille petite ou moyenne et font partie des pays les moins avancés ; ils forment en fait l’essentiel du contingent des pays les plus négativement affectés par la fuite des cerveaux. Accentuer la sélection des immigrés reviendrait probablement à mettre encore davantage de pression sur ces pays d’origine. Ceci revient à « faire payer » le déficit naturel de l’Europe dans ses échanges de cerveaux avec les grands pays anglo-saxons non-européens par les nations plus pauvres, déjà victimes d’un lourd déficit de qualification. Cette option est susceptible d’aggraver les inégalités entre nations et les pénuries de main-d’œuvre qualifiée dans les pays moins avancés, en particulier dans les pays africains, ce qui pose un problème de cohérence avec notre politique de développement et de coopération.

4 – UN EMPLÂTRE SUR UNE JAMBE DE BOIS ?

27 Enfin, utiliser l’immigration comme remède aux problèmes internes s’avère rarement la politique la plus efficace. Revenons sur deux des objectifs majeurs d’une politique sélective.

28 Sélectionner les immigrés hautement qualifiés permettrait de pallier l’exode de nos chercheurs et de stimuler le secteur de la recherche et développement.

29 Mais dès lors, pourquoi ne pas s’attaquer de front à la cause première de cette pénurie de chercheurs ? En d’autres termes, pourquoi ne pas inciter nos chercheurs et notre personnel hautement qualifié à exercer leur activité dans leur pays d’origine ? Bien entendu, l’écart technologique et scientifique qui nous sépare d’autres nations telles que les États-Unis ne peut être résorbé à court terme. Il est cependant possible de freiner l’exode des chercheurs européens en adoptant une politique de recherche davantage expansionniste (notamment dans le secteur de la recherche fondamentale), en offrant un environnement, des salaires et des perspectives de carrière incitatifs à nos chercheurs, et en réduisant les clivages entre le monde des affaires, le monde politique et le monde académique. Le retard en termes de perspectives d’emploi, de rémunération et de crédits alloués à la recherche engendre l’exode des élites et réduit la productivité des dépenses de R&D existantes. Des efforts ont été entrepris dans ce sens. Lors du sommet de Barcelone en 2002, la Commission européenne s’est fixé comme objectif d’amener les dépenses de R&D à 3 % du PIB européen en 2010. Des intentions pas encore traduites dans les faits.

 

30 Attirer des immigrés qualifiés permettrait de neutraliser le coût du vieillissement démographique, principalement en matière de finances publiques.

31 La plupart des projections existantes reposent exclusivement sur la démographie et négligent toute une série d’évolutions socioéconomiques en cours sur le marché du travail, que ce soit au niveau des taux d’activité des femmes et des personnes âgées, de la structure par qualification (qui affecte elle-même les taux de participation et de chômage) ou de la structure même des taux de chômage par niveau de qualification ou de primes de qualification. En tenant compte de ces éléments et en simulant des scénarios conformes au protocole de Lisbonne[6] [6] À savoir : convergence partielle vers les taux de participation…

Debuisson et al. (2004) établissent une projection des ratios de dépendance « économique » des régions belges et montrent ainsi qu’améliorer le taux d’emploi atténuerait ou résorberait totalement le coût du vieillissement dans un grand nombre de régions et pays. Par exemple, dans le cas des régions belges, les ratios de dépendance économique en 2050 seraient 10 % plus faibles en Wallonie, 20 % plus faibles à Bruxelles et 10 % plus élevés en Flandre par rapport à la situation observée en 2000. En conséquence, pour les régions belges, seule la Flandre exhibe réellement un besoin de main-d’œuvre étrangère ou en provenance des autres régions : un flux d’immigrants qualifiés compris entre 500 et 9 000 serait nécessaire pour stabiliser le ratio de dépendance flamand. Dans les autres régions, une amélioration du taux d’emploi en accord avec les objectifs de Lisbonne suffirait à maintenir le cap.

5 – Synthèse

32 Clairement, une sélection accrue permettrait de maximiser les gains et minimiser les coûts de l’immigration. Dans une optique « nationaliste », il est donc tout à fait légitime que les pays d’accueil prennent une série de dispositions pour limiter l’afflux de migrants non qualifiés et encourager celui de migrants qualifiés. De là à considérer l’immigration sélective comme un remède aux problèmes démo-économiques majeurs des pays européens, il y a un pas qu’il serait prématuré de franchir. Notre contribution démontre en fait que les effets de l’immigration sélective risquent de s’avérer limités.

33 En premier lieu, l’Europe souffre d’un important déficit dans ses échanges de main-d’œuvre qualifiée avec les autres grandes nations d’immigration. Ce déficit est structurel et lié à nos caractéristiques institutionnelles, économiques et historiques : une politique volontariste d’attraction des migrants qualifiés risque de s’opposer aux forces naturelles qui conduisent les « cerveaux » à opter pour d’autres destinations.

34 En second lieu, étant donné nos liens historiques avec l’Afrique, une politique de sélection européenne risquerait d’être dommageable en termes d’inégalités Nord-Sud.

35 Enfin, plutôt que d’attirer les migrants qualifiés pour combler nos déficits quantitatifs et qualitatifs d’emploi, il serait préférable de s’attaquer aux sources profondes de ces déficits : d’une part, un retard important en matière de dépenses de R&D et de politique de recherche et, d’autre part, la faiblesse des taux d’emploi. S’attaquer de front à ces problèmes structurels rendrait le recours à l’immigration sélective moins impératif dans beaucoup de pays et régions et permettrait, même en l’absence de mécanismes compensatoires[7] [7] On pense notamment à la proposition faite par Jagdish Bhagwati…

, de minimiser les risques d’accroissement des inégalités entre nations.

 

BibliographieRéférences

Auerbach, A.J. et P. Oreopoulos (2000). “The fiscal effects of US immigration: a generational accounting perspective”, in J. Poterba, Tax policy and the economy 14, p. 123-156.

 

Azariadis, C. et A. Drazen (1990). “Threshold externalities in economic development”, Quarterly Journal of Economics, p. 501-526.

 

Beine, M., Docquier, F., et H. Rapoport (2001). “Brain Drain and Economic Growth: Theory and Evidence”, Journal of Development Economics, vol. 64, n° 1, p. 275-89.

 

Beine, M., Docquier, F. et H. Rapoport (2006). “Brain Drain and human Capital Formation in Developing Countries: Winners and Losers”, IRES Discussion Paper, n° 2006-23, Université catholique de Louvain, juin, à paraître in Economic Journal.

 

Bonin, H., Raffelhüschen, B. et J. Walliser (2000). “Can immigration alleviate the demographic burden?”, FinanzArchiv, n° 57.

 

Borjas, G.J. (1999). Heaven’s Door: Immigration Policy and the American Economy, Princeton University Press.

 

Borjas, G.J., Freeman, R.B. et L.F. Katz (1997). “How Much Do Immigration and Trade Affect Labor Market Outcomes?”, Brookings Papers on Economic Activity, vol. 10, n° 1-90.

 

Chojnicki, X. (2004). « L’immigration peut-elle constituer une solution au problème du vieillissement démographique en Europe ? », Lettre Jean Monnet, n° 10, juin.

 

Cobb-Clark, D.A. et M. Connoly (1997). “The Worldwide Market for Skilled Migrants: Can Australia Compete?”, International Migration Review, vol. 31, n° 3, p. 130-153

 

Collado, D., Iturbe-Ormaetxe, I. et G. Valera (2003). “Quantifying the Impact of Immigration in the Spanish Welfare State”, International Tax and Public Finance, vol. 11, n° 3, p. 335-353.

 

Commission européenne(2003). « Troisième rapport européen sur les indicateurs de la science et de la technologie », Commission européenne, Bruxelles.

 

Coulombe, S. et J.-F. Tremblay (2006). “Migration, Human Capital and Skill Redistribution Across Canadian Provinces”, HRSDC-IC-SSHRC Skills Research Initiative, Working Paper Series, Industry Canada.

 

Debuisson, M., Docquier, F., Noury, A. et M. Nantcho (2004). “Immigration and aging in the Belgian regions”, Brussels Economic Review, vol. 47, n° 1, p. 139-158.

 

Docquier, F. et A. Marfouk (2005). “International migration by educational attainment (1990-2000)”, in C. Ozden et M. Schiff (eds), International Migration, Remittances and the Brain Drain, Palgrave-Macmillan.

 

Docquier, F., Lohest, O. et A. Marfouk (2006). What determines migrants’destination choices, Manuscrit, IRES-UCL.

 

Docquier, F. et H. Rapoport (2005). « Migration du travail qualifié et formation de capital humain dans les pays en développement : un modèle stylisé et une revue de la littérature récente », Économie internationale, n° 104, p. 1-27.

 

Friedberg, R.M. et J. Hunt (1995). “The impact of immigrants on the host country wages, employment and growth”, Journal of Economic Perspectives, n° 9, p. 23-44.

 

Gould, D.M. (1994). “Immigrant links to the home country: empirical implications for U.S. bilateral trade flows”, Review of Economics and Statistics, vol. 76, n° 2, p. 302-16.

 

Jayet, H., Ragot, L. et D. Rajoanarison (2001). « L’immigration : quels effets économiques ? », Revue d’Économie Politique, vol. 111, n° 4, p. 565-96.

 

Kugler, M. et H. Rapoport [à paraître] (2006). “International Labor and Capital Flows: Complements or Substitutes?”, Economics Letters.

 

Mchale, J. (2005). Taxation and Skilled Indian Migration to the United States : Revisiting the Bhagwati Tax, Mimeo., Queen’s University.

 

Nations unies(2000). Replacement migration, UN report.

 

Rapoport, H. (2002). « Qui a peur de la fuite des cerveaux ? », Problèmes économiques, n° 2782, octobre.

 

Storesletten, K. (2000), “Sustaining fiscal policy through immigration”, Journal of Political Economy, vol. 108, n° 2, p. 300-323.

 

 Notes[ *] Chercheur qualifié au FNRS et professeur d’économie à l’Université catholique de Louvain

 

[ **] EQUIPPE, Universités de Lille, Department of Economics, Bar-Ilan University, et Center for Research and Analysis of Migration (CReAM), University College London

 

[ 1] Ce qui, à plus long terme, peut être compensé par une incitation plus forte à s’éduquer chez les natifs.

 

[ 2] Dans ce domaine, le Bureau International du Travail estime qu’il manque actuellement environ 850 0000 techniciens aux États-Unis et près de 2 millions en Europe.

 

[ 3] L’émigration vers les pays non-membres de l’OCDE n’est pas intégrée par manque de données fiables. Il s’agit au demeurant la plupart du temps de travailleurs expatriés temporairement.

 

[ 4] Le modèle utilisé est un modèle Tobit appliqué aux taux de concentration des migrants internationaux (i.e., à la proportion d’émigrants du pays i dans la destination k rapportée à la capacité d’accueil du pays k, mesurée par sa part dans la population de l’OCDE). Un index propre est calculé pour les qualifiés et les non-qualifiés.

 

[ 5] Pour une synthèse de cette littérature, voir Rapoport (2002) et Docquier et Rapoport (2005).

 

[ 6] À savoir : convergence partielle vers les taux de participation scandinaves des hommes et des femmes, et diminution des taux de chômage par qualification vers les minima observés dans l’Union européenne des quinze

[ 7] On pense notamment à la proposition faite par Jagdish Bhagwati dans les années 1970 d’instaurer une taxe spécifique sur les revenus des immigrés qualifiés et de redistribuer tout ou partie du produit de la taxe (surnommée depuis « Taxe Bhagwati ») au profit des pays d’origine. Les différentes options envisageables, ainsi que les problèmes de faisabilité liés à l’instauration d’une telle taxe, sont étudiés dans McHale (2005).

4 Responses to Education: C’est l’immigration non choisie, imbécile ! (It’s the non-selective immigration, stupid !)

  1. […] Retour, autre grand secret de polichinelle de la République, sur l'inévitable envers d'une politique fiscale aussi injuste que confiscatoire, du moins pour ceux qui ne peuvent y échapper ou voter avec leurs pieds ou leurs  cerveaux. […]

    J'aime

  2. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    A force de crier au loup, c’est en vain qu’on appelle au secours s’il surgit… On a tellement dénoncé la baisse du niveau, alors qu’il montait, comme le montraient les évaluations faites à la veille du service militaire, lors des « trois jours », qu’aujourd’hui l’opinion ne s’alarme guère, alors qu’il baisse pour de bon.

    Il faut pourtant sonner le tocsin. Tous les indicateurs sont au rouge. Dans les fameuses enquêtes PISA, la France est passée entre 2000 et 2009, pour la compréhension de l’écrit, du 10e rang sur 27 pays au 17e sur 33.

    La proportion d’élèves qui ne maîtrisent pas cette compétence a augmenté d’un tiers, passant de 15,2 %, à 19,7 %. En mathématiques, nous reculons également et nous sommes dans la moyenne maintenant, alors que nous faisions partie du peloton de tête.

    Ces chiffres gênent : on les conteste. Ce sont des évaluations de compétences à 15 ans, qui mesurent indirectement les acquisitions scolaires…

    Et pour ne pas risquer d’être mal jugés, nous nous sommes retirés de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences. Mieux vaut ne pas prendre sa température que de mesurer sa fièvre.

    Mais cela ne l’empêche pas de monter. Les données s’accumulent.

    Voici une autre enquête internationale qui, elle, fait référence aux programmes scolaires (Pirls). Elle porte sur les compétences en lecture après quatre années d’école obligatoire, donc à la fin du CM1.

    En 2006, sur 21 pays européens, la France se place entre le 14e et le 19e rang selon les types de textes et les compétences évaluées.

    Les enquêtes nationales vont dans le même sens. Le ministère a publié une synthèse des évaluations du niveau en CM2 de 1987 à 2007 (note d’information 08 38).

    Si le niveau est resté stable de 1987 à 1997, il a en revanche nettement baissé entre 1997 et 2007. Le niveau en lecture qui était celui des 10 % les plus faibles en 1997 est, dix ans plus tard, celui de 21 % des élèves.

    La baisse se constate quelles que soient les compétences. A la même dictée, 46 % des élèves faisaient plus de 15 fautes en 2007, contre 21 % en 1997.

    L’évolution en calcul est également négative. Le recul n’épargne que les enfants des cadres supérieurs et des professions intellectuelles, dont les enseignants.

    Antoine Prost
    Le Monde
    20.02.13

    J'aime

  3. jcdurbant dit :

    Qualifié autrefois de modèle du genre, à l’instar de son voisin finlandais, le système d’éducation en Suède marque dangereusement le pas ces dernières années, comme le révèle le ministère de l’éducation ce lundi. Ainsi, selon un rapport intitulé « L’importance de l’immigration pour les résultats scolaires », l’Agence de l’éducation a calculé que « jusqu’à 85% » de ce phénomène était dû à « la hausse de la part d’élèves arrivés dans le pays après l’âge de scolarisation et le fait que ce groupe d’élèves a vu ses résultats se dégrader par rapport aux autres ».

    Non seulement de plus en plus d’élèves sont d’origine étrangère – c’est-à-dire qu’ils sont soit nés à l’étranger ou que leurs deux parents le soient (10% en 2006, 14% en 2015) -, mais en plus ils étaient de plus en plus en souvent en échec scolaire (37% en 2006, 50% en 2015).

    « Ceux qui ont immigré après l’âge où on commence d’ordinaire à aller à l’école viennent par ailleurs en plus grande proportion de pays au système scolaire défaillant », a estimé la directrice de l’Agence de l’éducation, Anna Ekström.

    La vague inédite de demandeurs d’asile arrivés depuis 2014 devrait accentuer cette tendance, dans un pays qui peine à recruter des enseignants et à contrer l’accroissement des inégalités au sein du système scolaire.

    http://www.valeursactuelles.com/monde/suede-la-baisse-du-niveau-scolaire-imputable-a-limmigration-60091

    Aimé par 1 personne

  4. jcdurbant dit :

    « Contrairement à ce que l’on croit a priori, les migrants maliens qui arrivent [en Europe] sont souvent issus des classes moyennes ou supérieures de leur pays. (…) pour quitter l’Afrique, il faut désormais bénéficier d’un certain niveau de capital économique, social et intellectuel » et « le taux de diplômés du supérieur est bien moindre sur le continent africain qu’en France ».

    Mathieu Ichou (INED)

    En France, le migrant reste, souvent, perçu comme un pauvre hère débarqué en haillons. Cette mythologie s’éloigne pourtant de plus en plus de la sociologie réelle de l’exilé. Même assignés au maniement du balai ou à un poste de vigile, les migrants installés dans l’Hexagone ont souvent des diplômes en poche. C’est ce que relève Mathieu Ichou, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED), dans un travail intitulé « Le niveau d’instruction des immigrés : varié et souvent plus élevé que dans les pays d’origine », publié, mardi 14 février, dans le dernier numéro de Population et Sociétés.

    Le démographe relève que certains groupes sont plus diplômés que la population française en général. Ainsi, 37 % des immigrés nés en Roumanie et vivant en France possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur, comme 43 % des Chinois, 35 % des Vietnamiens ou 32 % des Polonais, alors que « seulement » 27 % de la population générale adulte de France dispose d’un grade universitaire. Un taux d’ailleurs identique à celui des diplômés de l’université au sein de la population sénégalaise de France… Quelques autres diasporas sont en revanche en dessous de ce taux, comme les Tunisiens, dont 21 % ont au moins une licence, ou les Marocains (19 %) et les Algériens (18 %).

    Cette analyse des différentes diasporas présentes en France à laquelle Mathieu Ichou se livre est confortée par les travaux menés sur les vagues d’arrivées plus récentes observées par la démographe Anne Goujon, de l’Institut de démographie de Vienne. Cette dernière s’est penchée sur les réfugiés entrés en Autriche au début de 2015. Elle a ainsi mesuré que 27 % de Syriens arrivés dans ce pays sont diplômés du supérieur, contre 10 % de ceux qui sont restés en Syrie.

    On retrouve aussi ce différentiel pour les Afghans, dont 11 % de ceux qui ont rejoint l’Autriche sont diplômés de l’université, contre un taux global de 3 % de détenteurs d’un parchemin du supérieur dans ce pays.

    De quoi mesurer en creux que les pays d’accueil sont bien loin de recevoir « toute la misère du monde » lorsqu’ils octroient un titre de séjour, que celui-ci soit accordé à un réfugié ou à un migrant dit « économique ». « La plupart des discours sur les migrations ne sont pas de l’ordre du rationnel mais de l’idéologique », note à ce propos Mathieu Ichou.

    Dans ses travaux, le démographe s’est toutefois attardé sur un autre groupe de migrants : celui des « très peu diplômés », qui existe aussi, même s’il est sans doute en train de s’estomper, eu égard aux difficultés croissantes de la migration.

    Le chercheur montre qu’au sein des diasporas présentes en France, un groupe d’exilés comprenant des populations qui n’ont pas terminé leur enseignement primaire a réussi le voyage vers l’Europe.

    Au sein de la population générale française, ce groupe existe à peine, représentant 1 % des Français dans leur ensemble, mais il s’élève à 19 % chez les immigrés marocains, à 17 % chez les Sénégalais et 15 % chez les Turcs.

    La jonction des surdiplômés et des sous-diplômés montre, comme le rappelle Mathieu Ichou, que « les flux migratoires se sont largement diversifiés au fil des décennies ». Ce qui permet certainement d’expliquer que le rêve « politique » d’une immigration choisie soit un des seuls points communs entre les différentes approches du sujet par les candidats à l’élection présidentielle.

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/02/15/certains-groupes-d-immigres-sont-plus-diplomes-que-la-population-francaise-en-general_5079750_3224.html

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :