Blogs: Pourquoi moi non plus je ne lis plus Eolas (Never a poet has more freely interpreted nature than a jurist reality)

Mon cher Busiris, nous savons tous ici que le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. Hector (Jean Giraudoux, La Guerre de Troie n’aura pas lieu)

Eolas est le pseudonyme d’un avocat parisien trentenaire, qui a emprunté au gaélique irlandais ce mot qui signifie « connaissance, information ». On est d’office mis dans l’atmosphère du blog, avec prière de s’en montrer digne. A priori, il n’avait rien pour plaire. Une mise en page ultra-sobre, des textes longs, parfois très longs, une matière austère – le droit, avec une appétence particulière pour celui, aride entre tous, des étrangers – un ton de donneur de leçons qui ne souffre guère la critique, un art du soufflet épistolaire à vous glacer les doigts sur le clavier. Mais aussi, entre deux salves contre la presse et son incurie, ou contre tous ceux, en général, qui s’aventurent à parler de la chose juridique sans la rigueur nécessaire, un humour redoutable et quelques joyeux moments de légèreté. (…) La garde des sceaux est la seule à s’être vu décerner deux prix Busiris, une distinction parodique inventée par Eolas, en hommage à ce personnage de juriste sicilien déniché chez Giraudoux, dans La guerre de Troie n’aura pas lieu, capable de démontrer d’abord que la manoeuvre des navires grecs est belliqueuse et ne peut être réparée que par la guerre, puis d’argumenter avec la même vigueur en sens inverse lorsque Hector menace de le tuer. Moins savamment résumé, ce prix couronne donc tous ceux qui, avec le même aplomb, soutiennent tout et le contraire de tout. Le Monde

Puisque Julian Assange prétend informer, pourquoi ne pas le soumettre alors à la question que la justice pose traditionnellement aux journalistes  : le droit à l’information du public justifie-t-il les atteintes aux autres droits qui ont été nécessaires pour le satisfaire ? Ce qui nous amène à une autre question, plus vaste : la transparence totale,  mais pour quoi faire ? (…) Car le secret ne dissimule pas forcément l’intéressant, de même que l’information capitale n’est pas forcément secrète. (…) Informer n’est plus art de révéler ce qui est secret, mais capacité de comprendre et d’expliquer ce à quoi tout le monde peut avoir accès. Plus que jamais le vrai journalisme va devoir s’inscrire dans le réel, aller sur le terrain, interroger les acteurs de l’actualité, rassembler les pièces d’un puzzle, observer, éclairer, expliquer, dégager le sens. Car  l’information, la vraie, hurle mais on ne l’entend pas. Elle est noyée dans la masse, illisible, technique, éparpillée, écrasée par l’anodin, le kitsch, le racoleur, maquillée par la pub, le marketing, etc. Et Assange sans s’en rendre compte ne fait que rajouter à ce déluge d’informations incompréhensibles. Aliocha

Attention: un Busiris peut en cacher un autre!

Comment, en deux questions, un blog arrive à en ramener un autre que l’on avait longtemps considéré comme brillant à ses soudain aveuglantes limites …

Retour à l’heure où, sur la loi anti-piratage, le célèbre avocat blogueur masqué se voit tout d’un coup bombardé Conseiller du Prince

Sur le billet d’une journaliste-juriste qui redonne (au moins dans ce billet-là) envie de lire du bon journalisme et de la bonne analyse juridique …

Et qui justement sur la question du pirate d’informations confidentielles Julian Assange, renvoie à ses chères études tout ce que semble avoir à en dire notre Maire Eolas national.

A savoir un interminable pinaillage sur les procédures contradictoires qui, en un énième étrillage du malheureux Eric Besson, finit par en oublier d’envisager même une seconde… le point de vue opposé!

Autrement dit,  la question qu’on aurait logiquement attendue d’un juriste et que, comme le rappelle très justement notre journaliste-juriste, la justice pose traditionnellement aux journalistes: « le droit à l’information du public justifie-t-il les atteintes aux autres droits qui ont été nécessaires pour le satisfaire? »

Ou, plus prosaïquement, comment l’avocat qu’il est (et qui a prouvé à l’occasion qu’il peut aussi dépasser les pinaillages désincarnés et stériles du juridicisme) aurait réagi au recel et à la divulgation à tous vents de dossiers confidentiels qui lui auraient été volés ?

Sans parler, d’un point de vue plus journalistique, l’autre question de l’intérêt de noyer ainsi le public sous un tel déluge d’informations en un temps où, comme elle le dit si bien, l’important n’est plus tant de « révéler ce qui est secret » que « la capacité de comprendre et d’expliquer ce à quoi tout le monde peut avoir accès » ….

Passionnant Julian Assange…

La Plume d’Aliocha

8 décembre 10

Voilà, ça y est, ils ont arrêté l’ange maudit de l’information, Julian Assange. Ce n’est pas pour avoir violé le secret des grandes démocraties que Julian Assange est entre les mains de la justice, mais parce qu’il est accusé d’avoir violé deux femmes ou, plus précisément, d’avoir eu avec elles des rapports sexuels non protégés avant de disparaître dans la nature. Le destin est farceur. L’homme qui terrorise la diplomatie mondiale se retrouve dans les filets de la police pour une banale histoire de viol, de vrais viols. Présumés. Et peut-être même fabriqués. Quand les autres viols, ceux du secret, sont beaucoup plus évidents, à défaut d’être déjà démontrés juridiquement. Il y a des gens comme ça, dont la vie est frappée du sceau de l’extravagance. Assange, ou le goût de la transgression…

Mais revenons à Assange le révolutionnaire de l’information. Nous voici tous bien embarrassés.  Faut-il monter au créneau pour sauver Wikileaks ? Et déjà l’on se demande si Julian Assange et Wikileaks font encore cause commune, tant la personnalité de son inventeur semble controversée jusqu’au sein même de son organisation. Serait-on en train de passer à côté de la grande évolution du journalisme, de la transparence, et de la démocratie, en laissant David se défendre seul contre Goliath ? Ses intérêt sont-ils aussi les nôtres ? Grave question si l’on songe qu’il n’y a que dans les légendes et les paraboles que le faible triomphe du fort. Or, Julian Assange est en bien fâcheuse posture. Il a défié et vaincu la plus grande puissance du monde dans l’univers virtuel, le voici confronté à l’immense pouvoir que conserve le réel, celui de contraindre les corps, d’arrêter, d’emprisonner, de punir. Fabuleux combat qu’on dirait tout droit sorti des studios d’Hollywood. Ses légions déjà se vengent en paralysant les sites qui se sont rendus complices des ennemis de Julian. Splendide et jouissif pouvoir des hackers. Comment résister à la tentation d’applaudir ?

Mettons à part l’enthousiasme naturel que suscitent tant de prouesses aventureuses. Que penser sérieusement de ce drôle de jeune homme aux cheveux pâles et au teint aussi blafard qu’une lumière d’écran d’ordinateur ? On le croirait tout droit sorti d’un épisode des Mystères de l’Ouest ou d’un James Bond. Sorte d’ange blond utilisé à contre-emploi. Justement. Ange ou démon, Julian Assange ? Démocrate visionnaire ou fou mégalomane en passe de mettre la planète à feu et à sang ? Pour comprendre Assange, sans doute faut-il tenter de plonger dans son esprit. Qu’a-t-il voulu faire ? Utiliser le formidable outil qu’est Internet pour permettre aux détenteurs d’informations confidentielles de les mettre à disposition du plus large public tout en conservant la protection de l’anonymat. Et ça a marché ! Les sources ont craché et les plus grands journaux ont relayé. Et pour cause, il réalisait le fantasme absolu du journalisme : pénétrer les secrets d’Etat. Ne plus s’en tenir aux déclarations des uns et des autres mais passer de l’autre côté du miroir, tenir en main les preuves tangibles, secrètes, cachées, inaccessibles. La caverne d’Ali Baba !

Seulement voilà, les fantasmes c’est bien connu ne devraient jamais se réaliser. Etait-il judicieux de s’attaquer aux secrets des démocraties ? N’y avait-il pas de meilleure cause à défendre ? A-t-on besoin de cette transparence totale ? Quels dangers Julian Assange nous fait-il courir, en livrant ainsi nos secrets aux yeux de tous, y compris de nos ennemis ? Chacun hésite, tergiverse, de sorte que notre Robin des bois de l’information peine à trouver des émules en dehors du cercle restreint des geeks. Et pourtant, les secrets d’Etat sont nos secrets. Il nous les rend, ce qui devrait nous inspirer un minimum de gratitude. Car c’est pour nous qu’il oeuvre, pour la liberté, la démocratie, pour le peuple contre la tyrannie des Etats, fussent-ils démocratiques.

Même la presse est embarrassée. Vous la voyez danser d’un pied sur l’autre ? Rendre compte avec une hypocrite objectivité des malheurs qui s’abattent sur l’ange blond ? C’est qu’Assange la fascine autant qu’il lui fait peur. Il perturbe les règles, il joue à grande échelle, il exhume des dizaines de milliers de documents quand on se contentait il n’y a pas si longtemps encore d’une page ou deux que, pompeusement, l’on nommait scoop.  Et puis il joue à cache-cache. Gare au pirate ! Plus généralement, l’information ne se négocie plus entre gens responsables, dans un cadre professionnel identifié,  moitié off moitié on, non désormais tout est sur la table, l’utile et le dérisoire, le dangereux et l’anodin. Livré par des anonymes à un site introuvable, tenu par des inconnus, à destination d’autres inconnus.

Puisque Julian Assange prétend informer, pourquoi ne pas le soumettre alors à la question que la justice pose traditionnellement aux journalistes  : le droit à l’information du public justifie-t-il les atteintes aux autres droits qui ont été nécessaires pour le satisfaire ? Ce qui nous amène à une autre question, plus vaste : la transparence totale,  mais pour quoi faire ? Jusqu’à présent le journalisme avait vent d’une affaire et partait en chasse. De presque rien, une confidence, un soupçon, il devait tirer un dossier argumenté, solide, pièces à l’appui. Puis trier, peser le pour et le contre, séparer le bon grain de l’ivraie, avant de publier. Et ce faisant, d’engager sa responsabilité. Assange inverse la mécanique. On publie la matière brute et puis on voit ce qu’il en sort. En ceci, il est parfaitement dans son époque, celle de la transparence. Aujourd’hui tout est devenu public ou presque, il suffit de savoir chercher, et surtout de comprendre ce qu’on trouve. Il n’a fait que franchir l’ultime barrière du secret diplomatique et militaire.

Tout est là, il ne reste plus qu’à trier. Au risque de se faire engloutir par la montagne d’informations mises au jour. Au risque aussi de ne plus voir l’essentiel. Car le secret ne dissimule pas forcément l’intéressant, de même que l’information capitale n’est pas forcément secrète. Au fond Assange n’a fait qu’utiliser le virtuel pour réaliser un fantasme suranné, celui de dévoiler le caché. Son combat, aussi étonnant que ça paraisse, est sans doute déjà dépassé. En tout cas dans les grandes démocraties. En réalisant un rêve d’enfant, c’est-à-dire d’avant le web, il a oublié que le monde entre temps avait changé.

Informer n’est plus art de révéler ce qui est secret, mais capacité de comprendre et d’expliquer ce à quoi tout le monde peut avoir accès. Plus que jamais le vrai journalisme va devoir s’inscrire dans le réel, aller sur le terrain, interroger les acteurs de l’actualité, rassembler les pièces d’un puzzle, observer, éclairer, expliquer, dégager le sens. Car  l’information, la vraie, hurle mais on ne l’entend pas. Elle est noyée dans la masse, illisible, technique, éparpillée, écrasée par l’anodin, le kitsch, le racoleur, maquillée par la pub, le marketing, etc. Et Assange sans s’en rendre compte ne fait que rajouter à ce déluge d’informations incompréhensibles.

Assange est un pirate. C’est un bateleur aussi qui n’hésite pas à trouver scandaleux que si peu de journalistes meurent dans l’exercice de leur métier. Hâtons-nous d’en rire de peur d’être tenté de plonger ce héros virtuel dans la dure réalité pour lui rappeler que, dans la vraie vie, les héros ne meurent pas pour de faux.

Alors, finalement, faut-il condamner Assange ou au contraire le défendre ? Je laisse à d’autres le soin de prendre parti, personnellement, je n’en sais rien. Ce dont je suis sûre en revanche, c’est qu’il faut l’observer et réfléchir. Car il est une métaphore de notre monde moderne, celui qu’on est en train de façonner. Il nous interroge sur notre rapport à l’information, au secret, à la transparence, au pouvoir. Il est l’enfant génial et monstrueux de son époque, l’indice de ce que sera demain. D’un futur qu’il faut, au choix, souhaiter ou redouter.

Comme Jérôme Kerviel, il nous montre accessoirement que la planète entière peut, du jour au lendemain, se trouver mise en péril par un pirate dont le pouvoir réside moins dans l’habileté que dans la capacité à s’émanciper des règles pour jouer des failles de nos systèmes infiniment sophistiqués. Vertigineuse perspective…

Passionnant Julian Assange.

A comparer avec:

Prix Busiris pour Éric Besson

Eolas

19 décembre 2010  

 Éric Besson nous démontre une fois de plus sa spectaculaire capacité d’adaptation en décrochant un nouveau prix Burisis dans ses nouvelles attributions de ministre de l’industrie.

Quelques éléments de contexte sur l’attribution de ce prix.

Mes lecteurs auront naturellement entendu parler de l’affaire WikiLeaks. Ce site fondé en 2006 s’est fait une spécialité de se procurer des documents confidentiels, principalement américains, et de les publier.

Récemment, ce site a beaucoup fait parler de lui en publiant, par l’intermédiaire de 5 journaux de divers pays (Le Monde en France, El Pais en Espagne, The Guardian au Royaume-Uni, Der Spiegel en Allemagne, et le New York Times aux États-Unis), des câbles diplomatiques américains, publication qui a provoqué l’ire de ce pays.

Faute de voie de recours légale (la publication de ces documents ne tombe pas à ma connaissance sous le coup de la loi, car les responsables du site WikiLeaks ne sont pas tenus au secret diplomatique : c’était aux États-Unis de prendre les précautions suffisantes pour que ces documents ne fuitent pas) On devine aisément que ce pays déploie toute son influence pour colmater cette brèche. Ainsi, les sociétés PayPal, Visa et Mastercard refusent désormais de fournir leur service pour faire des dons à ce site (mais rassurez-vous, elles acceptent toujours de fournir leurs services pour la boutique du Ku Klux Klan— vous m’excuserez de ne pas faire de lien).

Étant confrontée à des problèmes répétés d’hébergement, WikiLeaks va recourir aux services de la société française Octopuce, qui loue des serveurs appartenant à la société OVH, située à Roubaix (Ch’Nord).

La société OVH va accepter ce nouveau client indirect avec l’enthousiasme qui accueille un vendeur de cordes dans la maison d’un pendu, sentant le doux vent des ennuis. 

Et en effet, le ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique n’a pas tardé à réagir et à exprimer sa désapprobation de l’hébergement de ce site sur le sol français. Las, dans notre République, le courroux d’un ministre ne fait pas loi. Et comme ledit ministre avait, dans son précédent poste, montré ses lacunes dans la maîtrise du droit, il a écrit le 3 décembre dernier au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET), une lettre (pdf) lui demandant de lui indiquer les voies légales d’obtenir l’interdiction de l’hébergement de ce site, et fissa. Il s’agit ici de la technique bien connu du droit administratif de la patate chaude. À ma connaissance, le CGIET n’a pas répondu à ce jour, mais ce billet y pourvoira.

Le même jour, le dirigeant d’OVH a décidé de passer à l’offensive et s’est livré à une très étrange manœuvre judiciaire.

Il a saisi le président du tribunal de grande instance de Lille et de Paris d’une requête visant à voir déclarer si cet hébergement par la société Octopuce était ou non illicite.

Ici, devant cette mer de mékéskidis aux yeux arrondis, des explications s’imposent. Prenez une aspirine, on va faire de la procédure. C’est indispensable pour savourer le prix Busiris du jour.

Comme je l’explique souvent, mais ne le rappelle jamais assez, le point essentiel de toute action en justice est qu’elle consiste à demander au juge de trancher une question dont il est saisi. Pour qu’une question soit tranchée, encore faut-il qu’elle se pose, c’est-à-dire que deux points de vue s’opposent.

Le droit est la science des exceptions, et ce principe en connaît. Il existe des actions où les parties sont d’accord, mais où la loi exige que le juge y passe pour s’assurer que cet accord respecte la loi. Par exemple : le divorce par consentement mutuel, où le juge va s’assurer que l’accord des plus-pour-longtemps époux respecte l’intérêt des enfants et l’égalité des époux.

Cette confrontation des points de vue est le cœur de tout procès : on l’appelle le principe du contradictoire, qui ne signifie pas que le juge dit une chose et son contraire, mais que les deux points de vue ont pu loyalement s’exprimer, ce qui suppose qu’avant l’audience, chaque partie ait connaissance de l’argumentation et surtout des preuves produites par l’autre.

Il existe des cas exceptionnels où un juge statue à la demande d’une seule personne, et rende une décision sans confrontation des points de vue. Cela se justifie par un nécessaire effet de surprise. Ainsi, en droit pénal, le juge des libertés et de la détention doit-il être saisi par le parquet qui souhaite faire effectuer une perquisition en dehors des heures légales (6h00 – 21h00) dans le cadre d’une enquête sur de la délinquance organisée (art. 706-89 du CPP). Vous comprendrez aisément qu’on ne puisse demander à la personne concernée de faire valoir ses arguments.

En matière civile, c’est le domaine de l’ordonnance sur requête (art. 493 et s. du Code de procédure civile). Une partie saisit le président du tribunal ou le juge qu’il délègue d’une demande motivée expliquant les mesures qu’il souhaite voir autoriser par le juge. Cela se fait très simplement, en se présentant au greffe du tribunal avec sa requête en deux exemplaires (l’usage exige qu’on rédige également le projet d’ordonnance, que le juge n’ait plus qu’à la signer après l’avoir le cas échéant modifiée à la main). Le juge examine la requête et les pièces produites à l’appui, entend l’avocat, lui pose les questions qu’il souhaite et rend sa décision sur le champ : refus, acceptation, avec éventuellement des réserves. C’était autrefois le domaine des autorisations des constat d’adultère qui ont fait la joie des pièces de boulevard. Là aussi, la mesure demandée doit être incompatible avec un débat contradictoire préalable. On le comprend quand il s’agit d’autoriser un constat d’adultère, ou d’effectuer une saisie conservatoire pour s’assurer que des fonds présents sur un compte ne vont pas disparaître le temps que le procès à venir soit fini. Une des questions qui est inévitablement débattue est : en quoi la mesure ordonnée est-elle incompatible avec ce principe du contradictoire ? Si l’avocat n’a pas de bonnes raisons à donner au juge, il verra sa requête rejetée, ainsi que quand la mesure paraît non nécessaire au juge. Dernière particularité liée à sa nature : l’ordonnance sur requête n’est jamais définitive : toute personne concernée par ses effets peut revenir devant le juge pour lui demander de la modifier ou de l’annuler (on dit  la rapporter). Par voie de conséquence, il n’y a pas de délai d’appel pour le tiers concerné par la mesure.

Revenons-en à OVH. Elle va présenter deux requêtes aux fins d’ordonnance, une au juge de Lille et une autre au juge de Paris, demandant au juge de lui dire si oui ou non, héberger Wikileaks est légal au regard du droit français. L’idée étant, on le comprend facilement, de se mettre à l’abri de l’ire ministérielle, en brandissant une autorisation du juge.

Mais comme vous l’avez compris, l’objet d’une ordonnance sur requête n’a jamais été de trancher un point de droit, mais d’ordonner des mesures provisoires.

C’est donc de manière très prévisible que les deux juges des requêtes vont rejeter les requêtes d’OVH. Le juge de Paris se contentera d’une brève mention que le requérant « se devait à tout le moins d’agir en présence de la société Octopuce », c’est-à-dire qu’ici le débat contradictoire s’imposait. Le juge lillois sera plus disert :

Il n’appartient pas au président du tribunal, saisi sur requête (…) de dire si la situation décrite est ou non constitutive d’un trouble manifestement illicite. Il appartient à la société requérante, si elle estime que sa responsabilité peut-être engagée, d’elle-même suspendre l’hébergement des sites WIKILEAKS, sans nécessité d’une autorisation judiciaire pour ce faire.

Autrement dit : “je suis président du tribunal, pas votre directeur juridique. Assumez vos responsabilités.” Ou encore “Comment ? La justice ne m’empêche pas d’être libre ?”

Et c’est maintenant qu’entre en scène notre héros du jour, Éric Besson. Nous l’avons vu, il est hostile au principe de l’hébergement de Wikileaks en France. Nous passerons sur l’absurdité de vouloir dire qu’un site internet est quelque part dans le monde. Le prix Busiris s’intéresse aux aberrations juridiques, pas informatiques.

Il va s’emparer de ces non-décisions de justice, par lesquelles deux juges ont refusé de dire quoi que ce soit, pour leur faire dire quelque chose. Il a en effet déclaré dans un communiqué adressé à l’AFP :

Toutes les requêtes d’OVH ont été rejetées. La justice n’a pas voulu autoriser l’hébergement d’un tel site en France. C’est une bonne nouvelle pour tous ceux qui sont choqués par les activités irresponsables du site WikiLeaks.

L’aberrance juridique du propos devrait vous apparaître au vu de mes explications ci-dessus. La justice n’a pas refusé d’autoriser l’hébergement du site Wikileaks. Elle ne l’a pas autorisé, ni interdit, elle n’a rien dit, si ce n’est l’évidence : la procédure mise en œuvre n’est pas appropriée.

Le motif d’opportunité politique est ici manifeste : il s’agit de récupérer un non événement pour faire la chasse à un site qui ne fait rien d’illégal en droit français mais embête notre ami américain.

Quant à la mauvaise foi d’Éric Besson, elle ressort de la nature même du propos, qui consiste à faire dire à la justice ce qu’elle n’a clairement pas dit, il n’est que de lire l’ordonnance lilloise pour le comprendre, en espérant que son autorité de ministre suppléera à la réalité, et que le lecteur n’aura pas lu la décision de justice ainsi interprétée (interprétée comme on interprète un hymne funèbre s’entend).

Monsieur Éric Besson se voit donc attribuer son quatrième prix Busiris, avec encouragements de l’Académie.

Voir enfin (merci Michel):

Contre Eolas

La Plume d’Aliocha

28 octobre 08

Lorsque j’ai découvert le blog d’Eolas, il y a environ 3 ans, j’ai été surprise et séduite par la qualité de ses articles, leur fréquence, leur haute tenue, leur valeur pédagogique, leur style… Il y a un an j’y suis revenue, j’y ai trouvé les mêmes vertus et le blog m’a « attrapée ». Très vite toutefois, j’ai observé que ce lieu de débat devenait régulièrement un arène où tous les coups étaient permis, les propos durs, les jugements sans appel. Et puis j’y ai vu autre chose aussi. Un communautarisme juridique que je ne connaissais que trop bien et que je trouvais là exacerbé jusqu’à son paroxysme bien que le blog se soit fixé pour objectif de vulgariser. Celui qui comprenait, adhérait, félicitait était adoubé. Mais malheur au contradicteur, à celui qui doutait ou peinait à comprendre. Malheur surtout à celui qui tentait d’expliquer à son tour sa logique à lui. Elle n’était pas juridique et donc ne pouvait être que nulle et non avenue. La petite communauté alors faisait bloc et le lynchage n’était jamais loin. J’avoue avoir pris plaisir à ces empoignades, j’aime les bons mots et puis dans bien des cas, les fessées publiques étaient objectivement méritées. En tant que juriste, j’y ai fait ma place, trouvé un rôle, au point d’oublier certaines de mes valeurs, mais j’y reviendrai. Disons que j’ai été durant quelques mois, sans m’en apercevoir, une journaliste sur le terrain, je me suis fondue dans le paysage et j’ai observé, par réflexe professionnel, ça laisse des traces. Parfois la brutalité des réactions était si hors de proportion que je me suis révoltée au risque de rompre la fragile concorde entre le Maître et moi. D’ailleurs avant de me battre avec Eolas pour défendre la presse, je l’ai fait pour me défendre, puis défendre les victimes inutiles de ses saillies. Je trouvais tellement dommage que certains se détournent de lui pour une réflexion trop vive, un mouvement d’humeur. Au fond, je crois maintenant que ce mode de fonctionnement m’a toujours choquée, mais l’intérêt que je trouvais à le lire méritait bien de supporter quelques inconvénients. Je m’étais peut être aussi laissée contaminée. C’est toujours ainsi la vie, un subtil équilibre, rien n’est jamais parfait mais on s’accommode, on s’adapte. Sauf qu’hier cet équilibre a dérapé. Pourquoi ?

Un esprit libre

Sans doute à cause d’un effet d’accumulation. D’abord, je n’aime pas les arènes, et si je sais combattre je ne le fais que rarement, ce n’est pas dans mon caractère, c’est encore moins dans ma philosophie de l’existence. A mes yeux la violence, fut-elle seulement verbale, ne doit être que l’ultime recours, lorsque toutes les autres solutions ont été épuisées. Au surplus, je doute que les affrontements à mort puissent avoir une quelconque vertu intellectuelle. On ne convainc pas en agressant, on n’évolue pas sur le chemin de la connaissance en massacrant ses interlocuteurs, on ne se fait pas comprendre en humiliant. On ne fait tout au plus qu’affirmer sa supériorité intellectuelle. Triste victoire.  La polémique qui m’a opposée ces derniers mois à Eolas, je la connais par coeur. Depuis 12 ans j’affronte régulièrement les spécialistes dont je parle dans mes articles.  Tous ont une bonne raison de mépriser les journalistes. J’ai fait ma place, travaillé jour et nuit pour exercer mon métier le mieux possible, fini dans bien des cas par connaître les dossiers mieux que ceux que j’interviewais. Dans ces moments-là, journalistes et experts sont enfin réconciliés dans un quête commune du savoir. Ce sont de beaux moments, je vous assure. Parfois, j’ai tendu la main à mes détracteurs les plus virulents, je les ai fait entrer dans mon métier et ils ont appris à en mesurer la difficulté et les contraintes, à le comprendre, puis à l’estimer. Quand je suis arrivée chez Eolas, j’ai pensé qu’il était possible de faire de même, que sa rage contre les journalistes n’était pas incurable. J’étais persuadée qu’il suffisait de dialoguer pour se comprendre et s’apprécier. Ce d’autant plus que nous partagions lui et moi une culture juridique commune. Elle devait immanquablement nous rapprocher. Je me suis trompée, ou j’ai échoué. Cette main tendue est restée dans le vide. Au fond je crois savoir pourquoi, la petite communauté eolassienne a voulu me récupérer dans ses rangs, elle a rêvé que je me joigne au grand concert des détracteurs de la presse. J’aurais pu le faire, voilà qui aurait flatté ma vanité. Imaginez le rôle de journaliste privilégiée que j’aurais obtenu en tapant sur mes confrères. En pointant des erreurs que les juristes eux-mêmes n’apercevaient pas, en dénonçant telle mécanique secrète de la presse qui aurait amplifié le scandale et la rage. Ah ! la belle place que j’aurais eue. Le malheur, c’est que je suis une journaliste, une vraie, que je ne cherche ni le pouvoir, ni la gloire, ni la satisfaction d’appartenir à une communauté d’élites. Tout ce qui m’intéresse c’est de découvrir, de comprendre et de raconter. Un journaliste, c’est un esprit libre. On ne se lève pas devant un ministre, on n’applaudit pas à la fin d’un discours, on ne s’incline devant rien ni personne.  Pour nous le savoir n’est pas un pouvoir, ce n’est pas non plus un temple sacré à protéger, c’est une richesse à partager avec le plus grand nombre. Les pressions, les attaques, les menaces, les chantages sont notre lot quotidien. On s’en moque, mieux, on y prend souvent plaisir, par nature nous sommes un gigantesque pied de nez à toutes les formes de tyrannie. C’est difficile  à expliquer, cela paraîtra sans doute incroyable à ceux qui nous lisent et nous écoutent, encore plus à ceux qui nous jugent médiocres, lâches, paresseux et futiles, mais c’est bien cette petite flamme qui anime tous ceux qui font le métier de journaliste. Même les moins bons, même ceux qui ont renoncé, même ceux qui cirent les pompes du pouvoir ont cet état d’esprit, c’est le métier qui veut ça. Il suffirait, pardon, il suffira d’un rien, bientôt, j’en suis sûre, pour que la petite flamme redevienne un grand feu, chez nous tous.

Les jeux du cirque sont terminés

Et c’est précisément cet esprit journalistique qui hier s’est révolté.  Il y a un conflit insurmontable et profond entre Eolas et moi. Ce n’est pas de ma part du corporatisme, je ne pense pas que ce le soit non plus chez lui. C’est juste l’affrontement de deux caractères irréconciliables. Et de deux visions du savoir aussi. J’ai entendu parler d’une république des blogs. Fort bien, mais quelle est sa vertu si elle aussi devient la victime des jeux de pouvoir, si les lieux de débats se transforment en arènes sanglantes, si le partage du savoir n’est plus qu’un tyrannie des sachants ? Eolas ne cessera jamais d’attaquer la presse et c’est bien parce que je l’ai compris que pour moi la bataille s’arrête ici. Je m’en excuse auprès de tous ceux qui appréciaient nos échanges. Les jeux du cirque sont terminés. Il protège son système, c’est son droit. Il se braque sur ses convictions, refuse d’entendre d’autres logiques que la sienne et chasse sans pitié ses contradicteurs, c’est un style, je le respecte, mais je n’y adhère pas. Car ce faisant, il attaque mon métier sur des vétilles, niant sa mission, refusant de comprendre que le journalisme consiste à informer de l’actualité, lancer les débats, que le premier jet, la première dépêche est souvent un débroussaillage, qu’il faut ensuite en parler, approfondir et que les journaux le font très bien en se concurrençant entre eux, en éclairant le sujet dans les jours qui suivent, en ouvrant leurs colonnes aux experts. Non, pour Eolas, la première faute, fut-elle d’un seul, est mortelle, la presse envoyée au box des accusés, moquée, décrédibilisée, condamnée à mort. Elle a offensé la science, violé le sens des mots, trompé le public. Comment lui expliquer, moi qui ai fait son métier, à quel point la presse est différente du métier d’avocat ou de juge ? Comment lui expliquer que l’écrit n’a pas la même valeur, que l’article de presse ne fait que lancer une nouvelle dans l’espace public à charge pour celui-ci de l’évaluer, la discuter, l’admettre ou la réfuter quand l’acte  judiciaire peut ouvrir ou fermer la porte d’une prison, ruiner ou au contraire enrichir, changer à tout jamais le cours d’un destin. Je ne parviendrai pas à lui faire entendre cela parce qu’il s’y refuse. Il n’est pas le seul, mais il est celui qui s’emporte le plus violemment, qui condamne sans appel, moque, ridiculise, jette aux chiens. Tout cela va trop loin.

Un blogueur d’exception

Fidèle à mes convictions, je finirai cette critique par un éloge. Le blog d’Eolas est d’une qualité exceptionnelle, Eolas lui-même est un des meilleurs juristes que j’ai rencontré. Il me semble qu’en tant que blogueur il ouvre une voie nouvelle, c’est un pionnier. Tout le monde dit qu’il faut faire court sur Internet, il écrit des articles très longs et les lecteurs suivent. Quand le débat public dérape il est souvent le premier à oser le recadrer et il ne se trompe pas. Si nous ne nous étions pas disputés, j’aurais écrit un billet sur la révolution journalistique que constitue le fait de citer une source anonyme issue d’Internet et de montrer ainsi qu’on lui accorde la même foi qu’à un expert connu et identifié du monde réel. C’est une double victoire pour Eolas. J’aurais aussi écrit, suivant en cela Narvic qui a été le premier à identifier le phénomène, que son appel à témoignages de magistrats était une révolution. Mais au fond je suis lasse de toujours entendre, essayer de comprendre et de n’avoir jamais droit à une quelconque réciprocité parce que mon métier est présumé coupable et que cette présomption là est irréfragable.

On peut dans la vie s’obstiner à ne voir que ce qui ne va pas et on peut s’y épuiser. Il n’y a qu’un pas vite franchi entre Cyrano et Don Quichotte. C’est ce que je risque si je continue à polémiquer avec Eolas. Au fond, Philarete a raison, on peut aussi regarder ce qui va bien, continuer d’espérer, garder les yeux fixés sur son étoile. La presse aujourd’hui s’interroge, elle souffre, pour des raisons bien plus profondes que des querelles sémantiques de spécialistes. Ces critiques là, elle les subit depuis sa naissance, elles font partie de son quotidien, elle y a survécu et elle continuera d’y survivre.  J’aurais aimé qu’Eolas et moi parvenions à les surmonter pour avancer ensemble. Il ne l’a pas souhaité. Tant pis. La phase de doutes que traverse ma profession est autrement plus importante à mes yeux.

6 Responses to Blogs: Pourquoi moi non plus je ne lis plus Eolas (Never a poet has more freely interpreted nature than a jurist reality)

  1. […] renvoie à ses chère études un notamment interminable pinaillage sur les procédures contradictoires qui, en un énième étrillage du malheureux Eric Besson, finit […]

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  2. Thot Har Megiddo dit :

    En total désaccord avec Aliocha, qui pour une juriste manque singulièrement de rigueur, si j’en crois ce qu’elle écrit sur les autres sujets.
    De plus, elle a une vision du journalisme engagée pour moi en totale contradiction avec l’idéal du journalisme comme source d’informations, à chacun ensuite de se faire une opinion.
    Elle écrit ainsi que son but est d’informer contre l’injustice pour permettre ensuite à d’autres d’agir contre l’injustice. Non, son but est d’informer, car la notion de justice est propre à chacun, sauf à entendre le terme justice dans son sens juridique ce qui n’était pas le cas.
    Perle : « Informer n’est plus art de révéler ce qui est secret, mais capacité de comprendre et d’expliquer ce à quoi tout le monde peut avoir accès. » : autrement dit, comme le reprocha la Réforme protestante à l’Eglise catholique, rajouter des intermédiaires, ici le journaliste dont la véritable fonction n’est pas d’informer, mais d’analyser. Et c’est ainsi qu’en France, nous avons rarement accès à l’information, ou seulement deux minutes, mais pour ainsi dire uniquement à l’analyse qui subit le prisme de celui qui la fait.
    La même information choisie par les journalistes repasse ainsi en boucle pendant que tout un tas d’autres informations bien plus importantes n’ont pas été sélectionnées par les journalistes et sont ainsi dissimulées au public en raison des convictions des journalistes qui ont tous les mêmes à 95 % en France.
    Exercice : conflit Israëlo palestinien: un peu plus de 20 000 morts en 40 ans. Combien d’heures d’antenne par an sur France 2 ou TF1 ?
    Conflit du Sud Soudan : deux à 3 millions de morts sur la même période. Combien d’heures d’antenne par an sur France 2 ou TF1 ? Dans ce conflit, se pratique l’esclavage. Combien d’heures d’antenne par an sur France 2 ou TF1 ? Ou même combien de mots sur le blog d’Aliocha ? Dans cette région, des musulmans ont crucifié des chrétiens (Soudan, Éthiopie du Nord…), les images ont été diffusées sur des médias anglo-saxons communautaires. Mais rien sur CNN, France 2 ou TF1… ni sur le blog d’Aliocha qui se montra pourtant scandalisée par l’attitude d’un évêque s’opposant à l’avortement au Brésil d’une jeune fille mise enceinte par son beau-père. Combien d’heures d’antenne sur ce dernier sujet ?
    Dans les années 80, 100 000 morts de faim au Vietnam. Dans les années 90, 2 millions de morts de faim en Corée du Nord. Combien d’heures d’antenne, combien d’articles ?

    « Plus que jamais le vrai journalisme va devoir (…) éclairer, expliquer, dégager le sens. » Mais c’est de la propagande ! « Car l’information, la vraie, hurle mais on ne l’entend pas. Elle est noyée dans la masse, illisible, technique, éparpillée, écrasée par l’anodin, le kitsch, le racoleur, maquillée par la pub, le marketing, etc. » : elle est surtout dissimulée par la petite vingtaine d’informations sélectionnées par les journalistes au détriment des autres. Informations qui repasseront en boucle, au nom du sens de la justice des journalistes. Un propos du pàape sur le sida par exemple.
    « Et Assange sans s’en rendre compte ne fait que rajouter ce déluge d’informations incompréhensibles. » : ce que dit Assange est parfaitement compréhensible, puisque l’information ensuite est organisée par domaine: politique, étranger, militaire… Mais elle révèle le double jeu des gouvernements occidentaux, et le fait que les grands médias s’alignent sur les gouvernements.
    Pour une juriste, elle devrait savoir que le journalisme a toujours consisté à voler de l’information, et que ce phénomène est derrière reconnu dans la loi française au titre de la protection des sources. Cessons donc là la Tartufferie.
    Il est anormal qu’en France il soit nécessaire de lire une dizaine de sites différents pour savoir ce qui se passe en France et à l’étranger.
    En réalité, c’est une révolution pour le journalisme classique, puisque justement de telles informations permettent de se passer du filtre des journalistes professionnels. Le journaliste amateur qui tient un blog peut donner à son tour son analyse de l’information, qui ne sera pas celle des journalistes installés dans les grands médias. Internet dans le domaine de l’information pose un problème à ces grands médias, qui, je leur fais confiance devrais bientôt s’approprier la toile. Cela dit, si le presse-papiers perd du terrain en France, en Angleterre le Telegraph a vu régulièrement augmenter ses ventes : en faisant de l’information
    (nb: aux dernières présidentielles,92 % des journalistes ont voté pour Ségolène Royal. Ce type de chiffre ne se voit que dans les dictatures, et encore, pas dans toutes. Il y a quelques années, dans un sondage, plus de 60 % des Français ne faisaient pas confiance aux médias)

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  3. jcdurbant dit :

    D’abord, le point de mon billet était essentiellement comparatif: sans être d’accord avec tout ce que dit Aliocha que je ne connais d’ailleurs pas, ce que j’apprécie dans le texte ci-dessus, c’est, par rapport à Eolas, une certaine ouverture: là où pour moi Eolas nous enferme dans une tête d’épingle technique, elle ouvre au moins, me semble-t-il, le champ des possibles.

    Loin d’un appel à un nouveau filtre de la part des journalistes, moi j’y voyais au contraire, parallèlement au rappel (au-delà de l’aspect légal)des limites d’un déballage à la Aussange (« le secret ne dissimule pas forcément l’intéressant, de même que l’information capitale n’est pas forcément secrète », « l’information (…) « est noyée dans la masse », une critique au moins implicite des journalistes.

    Qui, dans le cas précis, savaient ou avaient les moyens de savoir la plupart des infos sorties (de même que des non-professionnels perspicaces) et que donc, pour moi, le problème était moins le manque d’accès à des secrets supposés (eg. l’existence d’organisations de crime organisé en Israël) que la volonté desdits journalistes d’en expliciter, contre la facilité et la vulgate politiquement correctes, la véritable part d’info, comme, pour ne prendre qu’un seul exemple, le double langage des pays arabes et le parler vrai d’Israël face à la menace iranienne …

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  4. Thot Har Megiddo dit :

    vous remarquerez dans son article une contradiction : un journaliste fait appel à des experts (en pratique toujours les mêmes), mais la journaliste est contre la dictature des sachants.
    Le gros problème de la France, remarqué d’ailleurs par wikileaks, c’est l’absence de pluralité des médias, et la consanguinité journalistes-personnel politique
    À quelques exceptions très rares, je ne lis plus les analyses des journalistes, je préfère connaître les données des problèmes, d’où l’intérêt de votre site.
    Et n’oublions pas Charles Enderlein, défendu par toute la profession, qui a signé un reportage qu’il n’a jamais fait. Comme quoi, même le « réel » peut-être menteur.
    Pour moi, l’article d’Aliocha, c’est du corporatisme pur et dur.
    Et je ne lis pas non plus le blog d’Eolas: pas le temps

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  5. jcdurbant dit :

    « du corporatisme pur et dur » …

    Tout à fait d’accord bien sûr pour les relations incestueuses dans les médias français.

    Quant à Aliocha, c’est marrant parce qu’ici, elle revendique explicitement son corporatisme contre un Eolas avec qui, excepté pour le cas désespéré de Williamson (assassinat de Kennedy, 11 septembre, Protocole des sages de Sion, chambres à gaz, le gars collectionnait les casseroles conspirationnistes!), j’étais pour une fois à peu près d’accord même si je trouve qu’il allait pas assez loin dans sa défense de la critique du tout-préservatif par le Pape

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  6. set99 dit :

    Aliocha a aussi une façon d’écrire désagréable sur son blog , elle joue à fond la carte du populo . Ecrire avec un ton digne , elle ne sait pas faire . pour elle , grand public = familier , vulgaire .

    Mieux vaut lire Olivier Fluke sur l’affaire kerviel que le bouquin d’aliocha/olivia Dufour ! On y trouve plus de sérieux .

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