WikiLeaks: Retour sur l’homme qui voulait être Dieu (Looking back at the man who wanted to be God)

1,300 people were eventually killed, and 350,000 were displaced. That was a result of our leak. On the other hand, the Kenyan people had a right to that information and 40,000 children a year die of malaria in Kenya. And many more die of money being pulled out of Kenya, and as a result of the Kenyan shilling being debased. Assange (concernant les élections présidentielles kényanes de  2007)
It’s actually fairly irrelevant to talk about whether what Julian is doing is a bad thing or a good thing, because if he wasn’t doing it, somebody else would. He’s a function of technological change. It’s because the technology exists to create these enormous databases, and because it exists it can be leaked. And if it can be leaked, it will be leaked. David Leigh
The problem is not that the purloined cables exposed U.S. hypocrisy or double-dealing. Good God, that’s the essence of diplomacy. That’s what we do; that’s what everyone does. Hence the famous aphorism that a diplomat is an honest man sent abroad to lie for his country. Nothing new here. What is notable, indeed shocking, is the administration’s torpid and passive response to the leaks. What’s appalling is the helplessness of a superpower that not only cannot protect its own secrets but shows the world that if you violate its secrets – massively, wantonly and maliciously – there are no consequences. Charles Krauthammer
J’avais mon propre cheval. J’avais construit mon propre radeau. J’allais pêcher. Je descendais dans les puits et les tunnels des mines. Julian Assange
Le mieux est d’intervenir contre les injustices avant qu’elles ne soient commises, lorsqu’elles n’en sont qu’au stade de l’intention. Julian Assange
Utilisez des ‘tags’ trompeurs, comme ‘Tea Party’ ou ‘Bieber’. Anonymous (Groupe de cybermilitants)
Des Etats-Unis nous est arrivé un mot qui désigne l’art de tout vendre avec une bonne histoire: le storytelling. A l’origine, ce sont des recettes de marketing appliquées à la vie publique. Pour susciter l’adhésion à une candidature politique comme à une marque de lessive, rien ne vaut un récit bien formaté. Les grandes entreprises l’ont compris; le candidat Obama aussi. Mais ils ne sont pas les seuls à savoir tirer les ficelles du storytelling. En l’espèce, le fondateur de WikiLeaks est un expert: la grande réussite de Julian Assange, c’est d’abord la mise en récit de sa vie. (…) Dans une interview de juillet dernier publiée par le Spiegel, Julian Assange évoquait ainsi son projet: «Le mieux est d’intervenir contre les injustices avant qu’elles ne soient commises, lorsqu’elles n’en sont qu’au stade de l’intention.» L’idéal de WikiLeaks serait donc de fouiller les intentions ou les consciences. Comme l’oeil de Dieu poursuivant jusque dans la tombe les Caïn qui tuent leurs frères afghans ou irakiens. (…) Julian Assange prétend vouloir fonder un journalisme «scientifique», mais c’est en utilisant des motifs religieux qu’il fascine. Tissée avec les attributs du divin, son histoire habilement mise en scène fonde la légende du premier «hacktiviste» universellement connu. Il est l’homme qui joue à être Dieu. Le Matin

Enfance à la Tom Sawyer, 37 déménagements, lecteur assidu de Soljenitsyne, génie de l’informatique, air de mutant, vie de nomade intercontinental, SDF de l’ère numérique, habitant des fuseaux horaires, génial hacker, prophète du «journalisme scientifique », « combattant pour la vérité et pour la vérité », « tendance génétique au nomadisme » …

A l’heure où la  future « Personne de l’année » annoncée de Time magazine et accessoirement notoire pirate d’informations sensibles attend dans une prison britannique sa probable extradition en Suède voire aux Etats-Unis …

Et où, au nom de la même transparence, des sites de cybermilitants en sont à demander à leurs soutiens d’utiliser des ‘’tags trompeurs’’ …

Retour, avec un article du quotidien suisse Le Matin, sur celui qui derrière son image complaisamment serinée par nos médias  de croisé de la transparence  (contre, s’il vous plait, la soi-disant conspiration autoritaire qui dirige les Etats-Unis!) …

Se trouve être, face à la particulière  ineptitude de l’actuelle Administration américaine mais aussi grâce à la crasse complaisance de nos médias, un maitre du « récit bien formaté » et un mégalomane prêt à « fouiller jusqu’aux intentions et aux consciences » …

DECRYPTAGE

Julian Assange est un homme qui joue à être Dieu

Julian Assange: il est très attentif à ce qu’il laisse filtrer sur sa vie. Sa biographie est aussi contrôlée que celle d’un dirigeant nord-coréen

Le fondateur de WikiLeaks a tissé sa légende en utilisant des motifs religieux.Sa grande réussite médiatique, c’est le récit de sa vie

Michel Audétat

Le Matin Dimanche

12 décembre 2010

Des Etats-Unis nous est arrivé un mot qui désigne l’art de tout vendre avec une bonne histoire: le storytelling. A l’origine, ce sont des recettes de marketing appliquées à la vie publique. Pour susciter l’adhésion à une candidature politique comme à une marque de lessive, rien ne vaut un récit bien formaté. Les grandes entreprises l’ont compris; le candidat Obama aussi. Mais ils ne sont pas les seuls à savoir tirer les ficelles du storytelling. En l’espèce, le fondateur de WikiLeaks est un expert: la grande réussite de Julian Assange, c’est d’abord la mise en récit de sa vie.

Cette vie a été racontée partout. Dans la presse ont proliféré des portraits qui insistent tous sur sa personnalité mystérieuse, inclassable, romanesque. En réalité, ils dérivent d’une source pratiquement unique: un article fleuve publié en juin 2010 par le New Yorker. Sous la plume de Raffi Khatchadourian apparaissent ici tous les détails qui vont se propager comme des virus à travers la presse mondiale. Les 37 déménagements du jeune Australien. Le Commodore 64 sur lequel le futur hacker fait ses gammes. Le premier cercle d’Alexandre Soljenitsyne qu’il aurait lu trois fois…

Ceux qui ont fréquenté Julian Assange expliquent souvent le soin avec lequel il filtre les détails de sa propre existence. Et on constate que certains d’entre eux, pourtant élémentaires, manquent au tableau. On connaît l’année de sa naissance (1971), mais pas le jour. Et le même flou règne sur le lieu: a-t-il vu le jour à Townsville ou sur Magnetic Island? Cet autodidacte brouille ses origines. Pour un peu, on le dirait incréé. Tel un dieu: le propre de son storytelling, c’est de jouer avec les attributs du divin.

1 Omniprésence

Julian Assange a un air de mutant. Avant d’être sous les verrous, il a mené une vie de nomade intercontinental, sans autre domicile que des chambres d’hôtels ou l’abri temporaire offert par des militants. L’article du New Yorker raconte comment fut montée, en avril dernier, la révélation de la vidéo où l’on voit une attaque menée à Bagdad par un hélicoptère Apache. Une maison est discrètement louée à Reykjavik. Le créateur, penseur, stratège et seul maître à bord de WikiLeaks s’y installe avec une poignée de collaborateurs et une demi-douzaine d’ordinateurs. Puis, une fois l’opération menée, le camp est levé. Et Julian Assange s’évanouit dans la nature.

Un jour en Asie, un autre à Genève, Julian Assange apparaît comme un SDF de l’ère numérique. Soustrait aux pesanteurs terrestres, cet habitant des fuseaux horaires prend soin de mettre en scène sa légèreté immatérielle et son omniprésence. Des témoignages le décrivent en outre toujours rivé à son écran, sans manger ni dormir. Comme si, délié de toutes les contingences humaines, il ne devait être que pur esprit.

A cet égard, les plaintes des deux Suédoises ayant conduit à son arrestation sont le grain de sable qui dérègle le storytelling. Elles ont d’abord mis fin à son omniprésence en l’assignant à un domicile cellulaire fixe. Mais elles rappellent aussi que Julian Assange, loin d’être un pur esprit, possède un corps et une sexualité.

2 Omnipotence

Au départ, Julian Assange a songé s’en prendre à des puissances opaques comme la Chine ou la Russie. Or, très vite, on a vu son combat se concentrer sur les Etats-Unis. Son histoire singulière, c’est celle d’un petit gars sorti d’Australie septentrionale, autant dire de nulle part, qui parvient à faire trembler les murs du Pentagone grâce aux révélations tonitruantes de WikiLeaks – version techno des trompettes de Jéricho. Seul face à la première puissance mondiale, Julian Assange la met au défi. Il la nargue. Il ne paraît pas douter de son propre pouvoir.

Rien d’étonnant si ce fantasme d’omnipotence s’accompagne d’une tendance paranoïaque que les portraits de Julian Assange soulignent volontiers: on sait que la méfiance à l’égard des autres va de pair avec une surestimation de soi-même.

3 Omniscience

Le rêve prophétique de WikiLeaks, c’est la fin du secret. C’est penser un monde où l’exposition permanente de la corruption et des crimes, sous la lumière blanche des documents, rendrait leur perpétuation impossible. Grâce à WikiLeaks, qui est comme une extension de lui-même, Julian Assange voit tout, sait tout des turpitudes humaines: il se présente à l’image d’un Dieu omniscient.

Dans une interview de juillet dernier publiée par le Spiegel, Julian Assange évoquait ainsi son projet: «Le mieux est d’intervenir contre les injustices avant qu’elles ne soient commises, lorsqu’elles n’en sont qu’au stade de l’intention.» L’idéal de WikiLeaks serait donc de fouiller les intentions ou les consciences. Comme l’oeil de Dieu poursuivant jusque dans la tombe les Caïn qui tuent leurs frères afghans ou irakiens.

Julian Assange prétend vouloir fonder un journalisme «scientifique», mais c’est

 en utilisant des motifs religieux qu’il fascine. Tissée avec les attributs du divin, son histoire habilement mise en scène fonde la légende du premier «hacktiviste» universellement connu. Il est l’homme qui joue à être Dieu.

Voir aussi :

http://www.liberation.fr/monde/01012306799-un-tom-sawyer-du-net-obsede-par-la-verite

Un «Tom Sawyer» du Net obsédé par la vérité

Portrait : Autodidacte, Assange est passé du statut de génial hacker à celui de prophète du «journalisme scientifique».

LORRAINE MILLOT Washington, de notre correspondante

Libération

 08/12/2010

L’avantage, en prison, c’est que «[je pourrai] enfin passer une journée à lire un livre», avait confié Julian Assange en octobre à l’un des derniers journalistes américains qui ont encore réussi à déjeuner avec lui, dans un petit restaurant éthiopien de Londres. Le fondateur de WikiLeaks n’est pas seulement un génie du piratage informatique, chevalier d’Internet, il est aussi un lecteur avide, pétri de références littéraires, qui s’inspire de Horace, Mark Twain ou Soljenitsyne.

«J’ai eu une enfance assez Tom Sawyer», a raconté Assange à Raffi Khatchadourian, un journaliste du New Yorker qui avait pu l’accompagner plusieurs semaines, au printemps, en Islande et aux Etats-Unis : «J’avais mon propre cheval. J’avais construit mon propre radeau. J’allais pêcher. Je descendais dans les puits et les tunnels des mines.» Né en 1971 sur la côte nord-est de l’Australie, il a décrit son enfance comme une suite d’aventures qui l’auraient prédestiné à une vie errante de combattant pour la «vérité» et pour «l’individu» face aux autorités et corps constitués. Sa «tendance au nomadisme» est «génétique», a-t-il expliqué au New Yorker. Son nom de famille viendrait d’un immigrant chinois, appelé Ah Sang, arrivé en Australie au XVIIIe siècle, tandis que ses ancêtres maternels venaient d’Ecosse et d’Irlande.

Correspondance. Comédienne, sa mère le trimballe au gré de ses spectacles et de ses amours. A 14 ans, Julian dit avoir déjà déménagé 37 fois. Sa mère fuit le père de son deuxième fils, craignant qu’il ne lui enlève l’enfant, et se méfie aussi des écoles : «Je ne voulais pas que leurs esprits soient brisés», a-t-elle expliqué au sujet de l’éducation de ses fils, qui s’est faite en grande partie à la maison, par correspondance ou en fonction de leurs lectures. De cette enfance en Australie, dans le Queensland, Julian Assange dit aujourd’hui, dans un éditorial pour The Australian rédigé juste avant de se rendre, avoir gardé l’expérience de «gens qui disent ouvertement ce qu’ils pensent». De là viendrait l’essence de WikiLeaks, instrument «pour rapporter la vérité», explique-t-il.

A l’adolescence, c’est dans l’informatique que ce Tom Sawyer des temps modernes trouve un nouveau, gigantesque, terrain d’exploration. A 16 ans, il acquiert son premier modem, Internet n’existe pas encore mais il s’amuse à pénétrer les systèmes informatiques les plus protégés. Il se fait appeler Mendax, d’après le «splendide mendax» («le menteur glorieux») de Horace. Avec d’autres amis hackers, il explore déjà les réseaux du ministère américain de la Défense, du laboratoire nucléaire de Los Alamos, mais aussi de compagnies privées comme Nortel, les télécoms canadiens.

En 1991, la police australienne l’arrête et le menace de 31 chefs d’accusation pour piratage informatique (après une enquête de plusieurs années, il s’en tirera par une amende). Assange se compare alors à Soljenitsyne. Il lit trois fois le Premier Cercle et se mesure aux savants soviétiques envoyés au goulag : «Comme les parallèles sont proches avec mes propres aventures !» écrit-il. Au même moment, Assange se bat aussi pour la garde de son fils, qu’il a eu à 19 ans avec une fille de 16 ans, vite épousée et vite quittée. Selon sa mère, qui l’a soutenu dans cette bataille comme elle le soutient aujourd’hui, c’est à ce moment-là que ses cheveux bruns auraient perdu leur couleur.

En 2006, quand il fonde WikiLeaks, Assange explique avoir pour «première cible» les «régimes extrêmement oppressifs en Chine, Russie et Eurasie centrale». «Mais nous espérons aussi aider ceux en Occident qui souhaitent révéler le comportement illégal ou immoral de leurs propres gouvernements et entreprises», ajoute-t-il. A 35 ans, il donne enfin un sens à son goût de l’aventure : «WikiLeaks a inventé un nouveau type de journalisme : le journalisme scientifique», explique-t-il aujourd’hui encore, dans son éditorial envoyé à The Australian. En publiant l’intégralité des documents d’ordinaire gardés secrets par les gouvernements ou les entreprises privées, il permet à chacun de vérifier où est la vérité, plaide-t-il. A un journaliste du Guardian, en juillet, il précise le fond de sa pensée : la plupart de ceux qui se disent aujourd’hui journalistes sont des lâches, qui laissent à d’autres le soin de prendre des risques pour récolter l’information. A peine «un millier» de journalistes ont été tués depuis 1944, souligne-t-il. «C’est une honte internationale que si peu de journalistes occidentaux aient été tués ou arrêtés sur le champ de bataille», assène-t-il au Guardian.

«Impérieux». En parlant ainsi, comme un enfant du Queensland, il est clair qu’Assange ne se fait pas que des amis. Le patron de WikiLeaks est un «micro-mégalomane qui s’embarrasse de peu ou d’aucun scrupule», a résumé le journaliste et écrivain américain Christopher Hitchens. Ces derniers mois en particulier, alors qu’il vivait caché, accaparé par sa mission de sécurisation et publication des centaines de milliers de documents dérobés aux Etats-Unis, Assange était devenu «fantasque»,«impérieux», «dictatorial», ont décrit plusieurs anciens collaborateurs de WikiLeaks qui ont préféré quitter l’aventure. La plupart des journalistes qui l’ont interrogé confirment qu’il supporte mal la critique. En octobre, il était même parti au milieu d’une interview avec CNN, refusant de répondre à une question sur les accusations de viol portées contre lui. Mais si les polices européennes et américaines ne le retiennent pas trop longtemps, il a déjà promis d’écrire d’autres chapitres de son épopée. «J’ai plein d’autres idées, a-t-il confié cet été au Guardian. Dès que WikiLeaks sera suffisamment fort pour prospérer sans moi, je m’en irai réaliser d’autres de ces idées.»

Voir aussi:

Afghanistan/Wikileaks

Julian Assange: «Nous devons les arrêter»

Der Spiegel

L’Hebdo

le 28.07.2010

Le fondateur de WikiLeaks, 39 ans, parle de son réseau, sa mission et ses règles.

Vous rendez publique une quantité importante d’éléments secrets sur la guerre en Afghanistan. Quel est votre motivation?

Ces données constituent la description d’une guerre la plus complète qu’on ait jamais eue pendant un conflit armé, soit à un moment où on peut encore influencer positivement le cours des choses. Elles contiennent des enregistrements concernant 90 000 incidents, avec des données géographiques précises. Par son volume, le matériel éclipse tout ce qui a été dit jusqu’à maintenant sur l’Afghanistan. Cela va changer notre manière de voir non seulement cette guerre, mais aussi toutes les guerres modernes.

Pensez-vous que la publication de ces données influencera les décideurs politiques?

Oui. Ces informations mettent en évidence la brutalité quotidienne et la misère de la guerre. Elles vont modifier l’opinion publique et celle des gens qui ont une influence politique ou diplomatique.

Vos attentes ne sont-elles pas trop importantes?

Le sentiment général qui règne est qu’il serait mieux de terminer cette guerre. Ces données à elles seules ne suffiront pas à atteindre cet objectif, mais elles auront une influence sur la volonté politique.

Ce matériel contient des secrets militaires et les noms de certaines sources. Par cette publication, ne mettez-vous pas en danger les troupes internationales – et leurs informateurs afghans?

Les données ne contiennent aucune information sur les mouvements actuels des troupes. De ce point de vue, notre source était soucieuse de limiter les dégâts et elle nous a demandé de contrôler dans cette perspective les informations fournies, de manière à ce qu’aucun danger significatif n’en découle pour des innocents. Nous prenons très au sérieux la protection des sources et pour cette raison, nous comprenons aussi qu’il est important de protéger certaines sources des troupes US ou de l’ISAF.

Quelle forme prend cette «limitation des dégâts»?

Nous avons sélectionné les cas qui pourraient engendrer un danger pour des innocents, et les informations ont été traitées en fonction de cela.

La notion de secret d’Etat légitime existe-t-elle pour vous?

Il existe des secrets justifiés et un droit à les briser. Malheureusement, ceux qui commettent des crimes contre l’humanité ou violent d’autres lois peuvent trop facilement faire une utilisation abusive du droit au secret. Les gens qui ont une conscience ont toujours eu à cœur de révéler au grand jour ce genre de choses. Pour le reste, Wikileaks ne décide pas de la publication ou non d’une information. Nous nous chargeons de veiller à ce que les informateurs soient protégés et le public informé.

Mais en fin de compte, il faut bien que quelqu’un décide de la publication. Qui définit les critères? Wikileaks se pose en pionnier de la liberté d’information, mais n’est lui-même pas transparent en la matière.

C’est ridicule. Nous disons de manière claire et sans ambiguïté ce que nous publions et ce que nous ne publions pas. Il n’y a pas chez nous de décision au coup par coup. Nous publions en principe les sources primaires de nos textes. Citez-moi une autre entreprise de médias qui a de tels standards. Toutes devraient suivre notre exemple.

Le problème est qu’il est difficile de demander des comptes à Wikileaks pour d’éventuelles erreurs commises. Vos serveurs se trouvent dans des pays qui vous offrent une protection étendue. Est-ce que Wikileaks serait au-dessus des lois?

Nous n’évoluons pas dans un espace vide d’air. Toutes les personnes concernées vivent dans des Etats où sont en vigueur les lois les plus diverses. On nous a déjà attaqués dans différents pays, mais jusqu’à maintenant, nous sommes toujours sortis gagnants. Ce sont justement des tribunaux qui rendent les décisions, et pas des entreprises, ni des généraux. Nous avons eu la loi de notre côté, tout comme les tribunaux et même certaines Constitutions.

Vous dites qu’il y aurait un lien entre la transparence pour laquelle vous vous battez et une société plus juste. Que voulez-vous dire?

Il ne peut y avoir de vraies réformes que si l’on démasque les actions injustes. Le mieux est d’intervenir contre les injustices avant qu’elles n’aient été commises, lorsqu’elles n’en sont qu’au stade d’intention – c’est alors qu’on peut les arrêter.

Pendant la guerre du Vietnam, l’administration Nixon a désigné l’informateur qui a transmis les «papiers du Pentagone» à la presse comme l’homme le plus dangereux d’Amérique. Etes-vous aujourd’hui l’homme le plus dangereux – ou plutôt le plus menacé?

Les hommes les plus dangereux sont ceux qui mènent la guerre. Nous devons les arrêter. Si cette conception des choses me rend à leurs yeux dangereux, eh bien c’est ainsi.

Vous auriez pu monter une entreprise à Silicon Valley et habiter une maison avec piscine à Palo Alto – pourquoi vous êtes-vous décidé pour Wikileaks?

On ne vit qu’une seule fois. Il nous faut donc utiliser le temps qui nous est imparti pour réaliser quelque chose qui a du sens et qui est satisfaisant. Pour moi, Wikileaks va dans cette direction- là. J’aime développer de grands systèmes et ça me fait plaisir d’aider les gens vulnérables. Et j’aime mettre les bâtons dans les roues de ceux qui ont le pouvoir. J’ai vraiment du plaisir à faire ce travail.

TRADUCTION ET ADAPTATION: VÉRONIQUE PUHLMANN-MORET

Voir sa conférence donnée à TED: www.ted.com/speakers/julian_assange.html

Voir enfin:

WikiLeaks Julian Assange, monk of the online age who thrives on intellectual battle

WikiLeaks founder Julian Assange has been thrust into the public eye over one of the biggest intelligence leaks of all time

Carole Cadwalladr

The Observer

Sunday 1 August 2010

 How many people had even heard of WikiLeaks a week ago? Or Julian Assange? And yet, seven days after the biggest intelligence leak of all time – the publication of over 75,000 files amounting to an entire history of the Afghanistan war – he is everywhere; in every newspaper, on every news broadcast, in what appears to be every country in the world. It’s been an extraordinary week for WikiLeaks, which has seen the entrance on to the world stage of a remarkable new character: Assange, a man who, even friends and supporters admit, looks « a bit like a Bond villain ».

Could it be the week that changed the war in Afghanistan? It’s possible, if the revelations contained in the files swing popular and then political opinion. At the very least, they’ve triggered a whole new debate about the future course of the conflict. Because what the files revealed was the sheer scale and exhausting mundane detail of the everyday violence suffered by Afghan civilians, caused by coalition forces as well as the Taliban, as well as evidence of what may or not be double-dealing on the part of Pakistan government.

By last Wednesday, President Hamid Karzai of Afghanistan had branded Assange « irresponsible ». And by Friday, the US defence secretary, Robert Gates, had accused him of « having blood on his hands ». Their charge was that WikiLeaks has disclosed the names of Afghan collaborators who may now be subject to reprisals; that the information is unchecked; that some of it may be of dubious provenance, and that Assange seems to be accountable to no one.

Perhaps the most surprising and confusing aspect of all this is that Assange didn’t leak the material. He was not the source for these files, he merely published them. Where once, the focus was on the whistleblower, it’s now on the technological conduit by which the whistleblower can reach the world.

By the time I come to talk to Assange, his very last interview of the week, the backlash is in full swing. « Have you seen this? » he says waving a copy of the Times at me. « Have you seen how much bullshit this is? Have you seen page 13? Do you think I should call [the libel law firm] Carter-Ruck?

« It would be a bit silly for me but I’m tempted to. Just look at the headlines and the photo. What’s the imputation? »

There’s a photo of Assange below a headline that reads « ‘Taliban hitlist’ row: WikiLeaks founder says he did right thing ». And next to the photo, another headline reading « Named man is already dead. » The imputation is quite clearly that Assange’s actions have resulted in the man’s death, although in the story itself it makes it clear that he actually died two years ago.

« Is it clear? » says Assange. « Let’s see how much we have to read before we reach that information. It’s not in the first paragraph, second, third, fourth, it’s not in the fifth. It’s not until the sixth paragraph you learn that. »

The Times had splashed on its front page the claims that there are named Afghan sources in the files whose lives are now in danger. It’s pure « self-interest », he says, designed to undermine the Guardian, the Observer’s sister paper and one of three publications to publish stories based on the files, the others being the New York Times and Der Spiegel. « You can see that this is coming down from editorial, not up from journalism. »

Maybe. Although it doesn’t mean that there aren’t hard questions to answer. What about these named sources? Might he have endangered their lives?

« If there are innocent Afghans being revealed, which was our concern, which was why we kept back 15,000 files, then of course we take that seriously. »

But what if it’s too late?

« Well, we will review our procedures. »

Too late for the individuals, I say. Dead.

« Well, anything might happen but nothing has happened. And we are not about to leave the field of doing good simply because harm might happen … In our four-year publishing history no one has ever come to physical harm that we are aware of or that anyone has alleged. On the other hand, we have changed governments and constitutions and had tremendous positive outcomes. »

If Afghan informers are at risk, he says, the fault lies squarely with the US military. « We are appalled that the US military was so lackadaisical with its Afghan sources. Just appalled. We are a source protection organisation that specialises in protecting sources, and have a perfect record from our activities.

« This material was available to every soldier and contractor in Afghanistan …It’s the US military that deserves the blame for not giving due diligence to its informers. »

Not everyone agrees. There’s a school of thought, to which a leading article in the Times gave voice, that he is playing a dangerous game. He says he hasn’t read it, so I quote a chunk: « The sanctimonious piety of the man is sickening. »

« Oh sure, » he says. « Because it would be better to be a ruthless media mogul just in it for the money. That would be then be acceptable. We can’t actually have people doing something for moral reasons. It’s only acceptable if we do it just for the money. »

It is possible that this is part of it. When Julian Assange burst on to the world stage last week, people grappled to make sense of him, of WikiLeaks, of the new hybrid formed by old media – the Guardian, the New York Times, Der Spiegel – co-operating with a radical, activist, very new media, what the New Yorker described as less an organisation, more « a media insurgency ».

It is no coincidence that last week marked WikiLeaks’ most successful operation to date, and also the implementation of what is quite clearly a new media strategy. Not just its new step of co-operating with three international news organisations but also the decision, made over the past few months, for Assange himself to come out of the shadows and take up a public role as the WikiLeaks’ front man.

« We started off like the Economist, » he told a packed audience at the Frontline Club on Tuesday, meaning they retained complete anonymity. « We wanted to make the news, not be the news. But that produced extraordinary curiosity as to who we were … this attempt not to be the news, made us the news. »

This new openness seems designed to counter one of the greatest criticisms of the organisation: its lack of accountability. Because what this week has made clear is that it is no longer governments who can choose what to keep secret, it is WikiLeaks.

It feels like there’s been some sort of revolution, I say to him, but one which the world is still struggling to understand. In reply, he deploys one of his deadly monotones: « We are creating a space behind us that permits a form of journalism which lives up to the name that journalism has always tried to establish for itself. We are creating that space because we are taking on the criticism that comes from robust exposure of powerful groups. »

It is interesting that he phrases it this way because, as well as being a new and radically different model of what is and isn’t possible in the news future, Assange himself is a curious hybrid.

His skills as a cryptographer led him to becoming one of the architects of the WikiLeaks model, but as Gavin MacFadyen, the director of the Centre of Investigative Journalism and a friend of his, points out, there’s something almost old-fashioned about his particular brand of committed idealism.

« We don’t really see people like him any more. In the 60s and 70s, they were around. Those who are totally committed and passionate about what they’re doing. But not after 20 years of Thatcherism. »

There was a video of Assange on the centre’s website, and « our server crashed », says MacFadyen. « There’s no doubt he’s an inspirational figure. » He is also « probably the most intelligent person I’ve ever worked with » and has an « unusual amount of self-confidence ».

When you interview Assange, this seems like an understatement. He is at least five steps ahead. Probably more. But then, as he told the New Yorker, what appealed to him about computers was their austerity: « It is like chess – chess is very austere, in that you don’t have many rules, there is no randomness, and the problem is very hard. »

David Leigh, the Guardian’s investigations editor who oversaw publication of the files, says Assange has the mentality of a hacker, « a distinct psychological genre ». At times, he can seem almost autistic, although « he doesn’t lack charm ».

That is perhaps the most surprising thing about Assange. The first time I meet him, a fortnight before publication of the files, he’s tense and edgy. With good reason, it turns out. The second time, after a speaking engagement at the Frontline Club, the journalists’ club in West London he made his base for the week, he’s like a man transformed: relaxed and clearly enjoying himself. He makes jokes. He even smiles. The third time, he looks simply exhausted. And yet, he’s also still quite clearly up for taking on all-comers.

Vaughan Smith, the director of the Frontline Club, tells me that he’s more or less subsisted on « two hours’ sleep and two sandwiches ». But then, there’s something about Assange that if not superhuman, is almost as if sleep and food are mere technicalities that might concern the rest of us, but that he has found a way of simply dispensing with. Combat, intellectual combat, seems to be his stimulant of choice. It just fuels him.

When I try to question him about the morality of what he’s done, if he worries about unleashing something that he can’t control, that no one can control, he tells me the story of the Kenyan 2007 elections when a WikiLeak document « swung the election ».

The leak exposed massive corruption by Daniel Arap Moi, and the Kenyan people sat up and took notice. In the ensuing elections, in which corruption became a major issue, violence swept the country. « 1,300 people were eventually killed, and 350,000 were displaced. That was a result of our leak, » says Assange. It’s a chilling statistic, but then he states: « On the other hand, the Kenyan people had a right to that information and 40,000 children a year die of malaria in Kenya. And many more die of money being pulled out of Kenya, and as a result of the Kenyan shilling being debased. »

It’s the kind of moral conundrum that would unnerve most people, that made some wonder last week what the potential ramifications of the latest leak might be, but it is a subject on which Assange himself is absolutely clear: « You have to start with the truth. The truth is the only way that we can get anywhere. Because any decision-making that is based upon lies or ignorance can’t lead to a good conclusion. »

The other key thing about WikiLeaks is that it’s internationalist in the true sense. « We do not have national security concerns. We have concerns about human beings, » says Assange. And, with its servers located in different countries, and its headquarters nowhere, it raises intriguing questions about the future of nation states. WikiLeaks seems to be beyond the power of any of them, although Assange jumps on me pretty fast when I suggest as much.

« Of course not. We have had over 100 legal attacks. We have been victorious in almost every single legal attack. As far as nation states are concerned, we operate within the rule of law. »

But it is an organisation that has been brilliantly constructed to get around such assaults, and with each release of information, it seems to evolve and grow stronger.

Even if it’s not yet known, can’t be known, what the long-term impact of this particular leak will be.

David Leigh describes Assange as « a mendicant friar of the electronic age ». Like his organisation, he is global and rootless. And when he does sleep, it’s usually on somebody else’s sofa.

But Leigh also says « it’s actually fairly irrelevant to talk about whether what Julian is doing is a bad thing or a good thing, because if he wasn’t doing it, somebody else would ».

Assange might be an arresting figure and WikiLeaks an extraordinary organisation, but they are manifestations of a phenomenon, he says, not its root cause.

« He’s a function of technological change. It’s because the technology exists to create these enormous databases, and because it exists it can be leaked. And if it can be leaked, it will be leaked. »

EXPOSING ‘CORRUPTION OF GOVERNANCE’

WikiLeaks first appeared on the internet in 2006. The site states that it was founded « by Chinese dissidents, journalists, mathematicians and start-up company technologists, from the US, Taiwan, Europe, Australia and South Africa ».

Its spokesman and founder Julian Assange, an Australian journalist and former hacker, began working with others to create a resource that would make it possible for anonymous contributors to upload confidential information revealing « corruption of governance ».

It is called WikiLeaks because it used the same uploading software as Wikipedia and seeks to emulate the encyclopedia’s success as « a vast and accurate collective [of] intelligence and knowledge ».

WikiLeaks posted its first document in December 2006 entitled a « secret decision ». It revealed a Somali rebel leader’s plans for government officials to be executed by hired criminals. Uncertain of its authenticity, WikiLeaks published the document with a lengthy commentary asking readers to help analyse it. The site is hosted on Swedish internet provider PRQ.se, which is designed to withstand legal interference and hackers and fiercely protects the anonymity of its clients.

It first published information on the US army in 2007, uploading secret military information giving details of procurements in Iraq and Afghanistan.

By January 2010 WikiLeaks was run by 1,200 international volunteers receiving more than 30 submissions a day.

In April this year it released « Collateral Murder », a 38-minute video taken from the cockpit of an Apache helicopter in Iraq in 2007 which showed US soldiers killing at least 18 people including two Reuters journalists. The film was broadcast by news organisations around the world. In the days following its release, WikiLeaks received more than $200,000 in donations.

Richard Rogers 

One Response to WikiLeaks: Retour sur l’homme qui voulait être Dieu (Looking back at the man who wanted to be God)

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Novinha, Wikileaks ActusFR. Wikileaks ActusFR said: WikiLeaks: Retour sur l’homme qui voulait être Dieu (Looking back at the man who wanted to be God) (j… http://bit.ly/ib5DH6 #Wikileaks […]

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