France-USA: Retour sur les deux autres pays divisés par une langue commune (Looking back at the two other countries divided by a common culture)

L’Angleterre et les États-Unis sont deux pays divisés par une langue commune. George Bernard Shaw
Qui oserait dire que le tombeau de Napoléon aux Invalides ressemble au Mausolée de Lénine? René Girard
Qu’avez-vous fait de cette France que je vous avais laissée si brillante ? Bonaparte
Point de dictature ! À bas les dictateurs ! Vive la Constitution ! Cris de certains deputes jacobins
L’immense majorité du Conseil est en ce moment, sous la terreur de quelques représentants à stylets […] qui se sont mis eux-mêmes hors la loi […] Vous ne reconnaîtrez pour législateurs de la France que ceux qui vont se rendre auprès de moi. Quant à ceux qui resteraient dans l’Orangerie, que la force les expulse. Ces brigands ne sont plus les représentants du peuple ; ils sont les représentants du poignard. Lucien Bonaparte (frere de Napoleon)
Foutez-moi tout ce monde dehors ! General Joachim Murat
Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée, elle est finie. Bonaparte
J’assume tout, de Clovis au Comité de Salut public. Bonaparte
Il faut qu’une Constitution soit courte et obscure. Daunou (redacteur la Constitution de l’an VIII)
Je dis que Nicolas Sarkozy est aujourd’hui un des problèmes de la France et parmi les principaux problèmes qu’il faut régler et qu’il est temps que la parenthèse politique que nous vivons depuis 2007 soit refermée. Dominique de Villepin (08.11.10)
Le général, c’était tout sauf la politique politicienne et aujourd’hui beaucoup de ceux qui vont commémorer avec trompettes et décorum l’anniversaire de sa mort seront ceux qui se sont le plus éloignés de ses principes. Nicolas Sarkozy est aux antipodes du gaullisme. La nouvelle Constitution, le dysfonctionnement institutionnel, la politique sociale actuelle, la politique étrangère, tout est aux antipodes du gaullisme. Jean-Pierre Grand (député UMP de l’Hérault)
L’éventail américain est beaucoup plus étroit et centriste que le français : à droite, pas de formation importante équivalente au Front national ; à gauche, pas de mouvements révolutionnaires qui auraient de l’influence. Les extrêmes existent, mais ne pèsent pas sur l’électorat. Chez les démocrates, personne ne songerait à se dire « antilibéral ». Au contraire de Ségolène, Hillary n’aura donc pas à composer, sur sa gauche, avec des ovnis se réclamant encore du communisme ou du trotskisme. Nicole Bacharan
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, come on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
Conformément aux dispositions imposées par Bonaparte, le titre de Premier Consul et la réalité des  pouvoirs sont octroyés au vainqueur du 18 Brumaire. (…) À ses côtés figurent deux Consuls qui n’ont qu’un rôle consultatif (…) Les trois consuls sont nommés pour dix ans. Le pouvoir législatif est réparti entre quatre assemblées : le Sénat conservateur, le Tribunat, le Corps législatif et le Conseil d’État. Les membres de ces assemblées sont choisis par le gouvernement parmi des listes de notabilités. Ces listes elles-mêmes résultent d’un vote des citoyens à plusieurs degrés.
Au-delà des apparences, ces joutes rituelles de midterm sont l’expression d’une démocratie plus stable qu’aucune autre, avec la Constitution la plus ancienne du monde actuel et un régime politique fondé sur un subtil équilibre entre pouvoirs et contre-pouvoirs. Il a permis aux États-Unis de surmonter sans heurts des traumatismes majeurs : la guerre du Vietnam, les émeutes raciales, le terrorisme ainsi que les vagues migratoires et aujourd’hui la désindustrialisation.
En matière de démocratie, rien ne ressemble moins au modèle américain que le modèle français. La France a connu dans les deux derniers siècles deux ou trois révolutions sanglantes, cinq ou six régimes monarchiques, cinq républiques… et la situation présente fait craindre à tout le moins de nouvelles secousses institutionnelles. L’actuelle Constitution, qui remonte à 1958, a déjà été amendée une vingtaine de fois. (…) On a présenté la Ve République comme un régime «semi-présidentiel» à mi-distance des régimes parlementaires de l’Europe atlantique et du régime «présidentiel» américain. L’actualité montre l’inanité de cette représentation. Aux États-Unis, le Président est en permanence en quête de compromis avec les parlementaires car il n’a aucune prise sur eux, y compris ceux de son propre parti, faute de pouvoir dissoudre la Chambre.
Devant cette avalanche de désordres, d’aucuns répondent : «le Président est l’élu de la Nation ; si le peuple n’est pas d’accord avec lui, il le lui fera savoir à la fin de son mandat en votant contre lui s’il se représente…»Nous sommes là au coeur d’un malentendu sur la démocratie. Celle-ci, par-delà les apparences, n’est pas fondée sur le droit de vote. On vote dans tous les pays du monde, y compris en Corée du Nord, en Birmanie et en Arabie séoudite, sans que ces pays soient considérés comme démocratiques. L’essence de la démocratie est dans un juste équilibre entre les pouvoirs : pouvoir exécutif (mettre en oeuvre les lois), pouvoir législatif (voter les lois), pouvoir judiciaire, également pouvoir médiatique… Le régime idéal, décrit par Montesquieu et que les Américains et les Anglais ont les premiers tenté d’appliquer, ne fait pas expressément référence à l’élection du chef de l’exécutif. Celui-ci peut être un président élu aussi bien qu’un monarque héréditaire, pourvu que ses pouvoirs soient limités et encadrés comme il se doit. D’où il ressort qu’à trop se focaliser sur l’élection présidentielle, la République française s’éloigne de ses bases démocratiques. À l’horizon se profile un recadrage des pouvoirs de chacun. Joseph Savès

Comment voulez-vous gouverner, comme diraient Talleyrand ou de Gaulle, un pays qui a 32 religions et une seule constitution ?

Constitution de 1791 (monarchie constitutionnelle, 1ere république), Constitution de l’an I (1793 mais jamais appliquée), Constitution de l’an III (Directoire, 1795), Constitution de l’an VIII (Consulat, 1799),  Constitution de l’an X (Consulat qui devient à vie, 1802), Constitution de l’an XII (1er Empire, 1804), Charte constitutionnelle du 4 juin 1814 (Restauration, monarchie constitutionnelle), Acte additionnel aux constitutions de l’Empire (Cent-Jours de Napoléon Bonaparte,1815), Charte constitutionnelle du 14 août 1830 (Monarchie de Juillet), Constitution de 1848 (2e République), Constitution de 1852 (Second Empire, 1852), Lois constitutionnelles de 1875 (3e République), Loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 ( donnant les pleins pouvoirs à Pétain qui crée dès le lendemain l’État français, et le constituera par les Actes constitutionnels (10 juillet 1940, Régime de Vichy),  Loi constitutionnelle du 2 novembre 1945 (Gouvernement provisoire de la République française), Constitution de 1946 (4e République), Constitution de 1958 (5e République) …

En ce 211e anniversaire du coup d’État de Brumaire qui voit, 10 ans après la prise de la Bastille et sous la pression tant des difficultés économiques et militaires que la menace du retour des royalistes, la Revolution confier son salut pour la 2e fois au sabre du moment (un certain général corse rentre couvert de gloire d’Italie et d’Egypte) et ouvrir ainsi la voie, via un coup d’État parlementaire et 5 ans avant terme la révision forcée de la Constitution, a une dictature à la romaine comme il se doit …

Et en ce 40e anniversaire de la mort d’un autre général et fondateur de République salué comme il se doit par notre parenthésiste national (Israel, Vichy, Sarkozy ?)…

Comme au lendemain de la déroute que l’on sait du messie noir de Washington et de l’incroyable retour de fiel de nos medias qui l’a accompagnée contre cette « Amérique que nous haïssons » digne des plus beaux jours des années Bush …

Retour, avec un récent article du site Herodote, sur l’une des probables raisons de ces multiples incompréhensions des citoyens du Pays autoproclamé des droits de l’homme par rapport au systeme politique américain.

A savoir, ces incessants malentendus dus au fait que, comme le disait George Bernard Shaw pour l’Angleterre, la France et les Etats-Unis sont eux aussi deux pays séparés par la même langue, mais … politique cette fois, les memes mots pouvant avoir, a la maniere des faux amis de la didactique des langues, des acceptions parfaitement opposees.

Avec d’une part une histoire particulierement mouvementée qui vit, en l’espace d’a peine deux siecles, 2 ou 3 revolutions plus ou moins sanglantes, la Terreur, 5 républiques, 3 monarchies, 2 empires, plusieurs dictatures et pas moins de 16 textes constitutionnels.

D’ou le malentendu face a un pays qui se targue d’avoir conservé sur une durée encore plus longue quasiment la meme constitution et s’y réfere constamment comme parole d’évangile.

Ou, pour ce qui est de la 5e et actuelle constitution francaise, cette sorte de monarchie républicaine chapeautée par un Président de la République « légitimé par le suffrage universel comme les anciens rois l’étaient par la naissance et le sacre  » et donc a la fois au-dessus, sans parler des dirigeants des grands corps de l’État qu’il nomme a volonté des partis et d’un parlement réduit, par la possibilité de la dissolution présidentielle, au statut de chambre d’enregistrement.

D’ou l’incompréhension d’un systeme américain lui obsedé par l’équilibre et la limitation des pouvoirs comme les contre-pouvoirs et donc doté d’un Président contraint, faute de pouvoir dissoudre la Chambre, au compromis permanent avec les parlementaires car n’ayant aucune prise sur eux, y compris dans son propre parti …

Et d’ou enfin, coté francais, cette sorte de fascination pour la culture révolutionnaire et le pouvoir de la rue comme une complaisante et peu comprehensible nostalgie outre-manche ou atlantique pour un tryan comme Napoléon ( qui a, a la maniere d’un Lenine ou d’un Mao, toujours pignon sur rue et son propre panthéon en plein coeur de Paris) …

Et, sans compter la notoire mauvaise foi sur la religion ou les moeurs, l’assimilation presque irréisistible d’un mouvement comme le Tea party a une sorte de Front National américain raciste et anti-républicain …

2 novembre 2010

Midterm elections : les États-Unis comparés à la France

Joseph Savès

Herodote

02.11-10

Le 2 novembre 2010, les Américains se sont rendus aux urnes pour les élections de mi-mandat (midterm elections).

Ils ont renouvelé le tiers des cent sénateurs, élus pour six ans, ainsi que la totalité des 435 députés de la Chambre des représentants, lesquels sont élus pour deux ans. Ils ont aussi élu 37 des 50 gouverneurs d’État.

Cette procédure met en évidence les différences entre démocratie américaine et démocratie française.

Victime tout à la fois de l’activisme du mouvement Tea Party et de la démobilisation des démocrates, le président Obama a perdu la majorité à la Chambre des représentants avec 205 sièges au lieu de 257 précédemment.

Traditionnellement, ces élections de mi-mandat sont l’occasion pour les électeurs de sanctionner le Président élu deux ans plus tôt. Depuis 1942, toutes ces élections se sont traduites par un recul du parti présidentiel à la Chambre (House of Representatives). À deux exceptions près : les deuxièmes élections de mi-mandat de Clinton en 1998 et les premières de Bush Jr en 2002 (du fait de l’émotion occasionnée par les attentats du 11 septembre 2001).

Les plus gros reculs, avec une perte de 54 sièges, ont été observés lors des premières élections de mi-mandat de Clinton en 1994 et, de façon plus surprenante, en 1942, en pleine guerre, sous la présidence de Franklin D. Roosevelt, le plus grand homme d’État américain du XXe siècle.

Au-delà des apparences, ces joutes rituelles de midterm sont l’expression d’une démocratie plus stable qu’aucune autre, avec la Constitution la plus ancienne du monde actuel et un régime politique fondé sur un subtil équilibre entre pouvoirs et contre-pouvoirs. Il a permis aux États-Unis de surmonter sans heurts des traumatismes majeurs : la guerre du Vietnam, les émeutes raciales, le terrorisme ainsi que les vagues migratoires et aujourd’hui la désindustrialisation.

Nous verrons plus loin tout ce qui distingue cette démocratie de son équivalent français, vieux d’à peine un demi-siècle et centré sur l’élection présidentielle.

Obama entre sanction et rebond

L’actuel président Obama, dont l’élection a suscité une vague d’euphorie sans guère de précédent dans le monde, est actuellement victime d’une impopularité presque aussi grande que celle de Clinton en 1994. Il a tout misé sur l’établissement d’une sécurité sociale, le système d’assurances privées se révélant d’un coût démesuré pour des résultats piteux en termes de santé et d’espérance de vie.

Sur ce thème comme sur sa promesse de fermer le centre pénitentiaire de Guantanamo et d’en finir avec la guerre d’Irak, ses partisans démocrates lui en veulent de ne pas en faire assez et ses opposants républicains d’en faire trop.

Par-dessus le marché, il doit assumer la charge d’une économie en pleine déroute, victime des dérèglements du capitalisme financier et du marché mondial, affecté par le protectionnisme monétaire de la Chine.

Comme le parti démocrate a perdu la majorité à la Chambre des représentants, le président devra désormais composer avec celle-ci, comme l’ont fait avant lui ses prédécesseurs.

Tea Party : le rêve américain au passé simple

Ces élections du 2 novembre 2010 ont été marquées par l’extravagante montée en puissance du mouvement Tea Party, apparu en marge des partis pendant la campagne de 2008.

Ce mouvement fait référence à l’insurrection patriotique de la Tea Party de Boston (1773). Composé pour l’essentiel d’électeurs blancs, âgés et aisés, il exprime leur inquiétude et leur crispation face à une Amérique en pleine mutation, désormais multiraciale et en voie de perdre son leadership mondial, tant diplomatique qu’économique.

Face aux menaces qui se profilent (déclin économique, creusement des inégalités, baisse du niveau éducatif, submersion par l’industrie chinoise), les groupes Tea Party manifestent la tentation du repli sur les valeurs traditionnelles, avec une conviction unanime : «Tout ça est la faute de trop d’État».

L’élection atypique d’Obama a pu laisser espérer que le nouveau président, comme Roosevelt dans les années 1930, saurait guider les Américains dans la mauvaise passe actuelle et trouverait les mots pour qu’ils s’adaptent sans trop de douleur à la nouvelle donne. Mais il est désormais incertain qu’il y arrive.

Modèle américain, modèle français

En matière de démocratie, rien ne ressemble moins au modèle américain que le modèle français. La France a connu dans les deux derniers siècles deux ou trois révolutions sanglantes, cinq ou six régimes monarchiques, cinq républiques… et la situation présente fait craindre à tout le moins de nouvelles secousses institutionnelles.

L’actuelle Constitution, qui remonte à 1958, a déjà été amendée une vingtaine de fois. Le général de Gaulle, qui l’a inspirée, était, comme la plupart des grands officiers de sa génération, royaliste de coeur et républicain de raison.

Il a voulu un Président de la République au-dessus des partis, légitimé par le suffrage universel comme les anciens rois l’étaient par la naissance et le sacre.

Il s’est trompé en imaginant que tous ses successeurs à l’Élysée seraient des hommes exclusivement dévoués à l’intérêt national. Plus gravement, il s’est aussi trompé sur l’équilibre des pouvoirs. On a présenté la Ve République comme un régime «semi-présidentiel» à mi-distance des régimes parlementaires de l’Europe atlantique et du régime «présidentiel» américain.

L’actualité montre l’inanité de cette représentation. Aux États-Unis, le Président est en permanence en quête de compromis avec les parlementaires car il n’a aucune prise sur eux, y compris ceux de son propre parti, faute de pouvoir dissoudre la Chambre.

En France, la politique du compromis n’a été pratiquée – avec un certain succès d’ailleurs – que pendant les deux dernières «cohabitations» entre un Président et un premier ministre de camps opposés (1993-1995 : Mitterrand-Balladur ; 1997-2002 : Chirac-Jospin).

Pour éviter ce genre de situation qu’aurait désavouée de Gaulle (sans doute aurait-il démissionné plutôt que de se voir imposer un premier ministre par l’assemblée), on a aligné la durée du mandat présidentiel sur celle de la législature (cinq ans) et l’on a fait en sorte que les élections législatives suivent immédiatement les présidentielles, de façon à garantir au président une majorité législative à sa main tout au long de son mandat. C’était tomber de Charybde en Scylla ou, pire, troquer un rhume pour une pneumonie.

Le Président était déjà doté d’immenses pouvoirs comme celui de nommer les dirigeants des grands corps de l’État avec simplement le contreseing du premier ministre (plusieurs centaines de postes très convoités). Il est désormais assuré de ne pas rencontrer d’obstacle du côté de l’Assemblée nationale, laquelle est plus que jamais réduite au statut de «chambre d’enregistrement» (elle enregistre les lois voulues par l’exécutif sans se risquer à les contester).

Aucun contre-pouvoir n’est en état de s’opposer aux décisions présidentielles, si insensées soient-elles, comme de nommer un hurluberlu au Conseil d’État, démettre un préfet ou un policier sur un coup de tête, mobiliser le ban et l’arrière-ban de la Justice dans une querelle de cour d’école avec un ancien premier ministre, octroyer des cadeaux fiscaux à qui lui plaît, engager des soldats dans une guerre lointaine sans en référer à quiconque, etc…

Démocratie, droit de vote et équilibre des pouvoirs

Devant cette avalanche de désordres, d’aucuns répondent : «le Président est l’élu de la Nation ; si le peuple n’est pas d’accord avec lui, il le lui fera savoir à la fin de son mandat en votant contre lui s’il se représente…»

Nous sommes là au coeur d’un malentendu sur la démocratie. Celle-ci, par-delà les apparences, n’est pas fondée sur le droit de vote. On vote dans tous les pays du monde, y compris en Corée du Nord, en Birmanie et en Arabie séoudite, sans que ces pays soient considérés comme démocratiques.

L’essence de la démocratie est dans un juste équilibre entre les pouvoirs : pouvoir exécutif (mettre en oeuvre les lois), pouvoir législatif (voter les lois), pouvoir judiciaire, également pouvoir médiatique…

Le régime idéal, décrit par Montesquieu et que les Américains et les Anglais ont les premiers tenté d’appliquer, ne fait pas expressément référence à l’élection du chef de l’exécutif. Celui-ci peut être un président élu aussi bien qu’un monarque héréditaire, pourvu que ses pouvoirs soient limités et encadrés comme il se doit.

D’où il ressort qu’à trop se focaliser sur l’élection présidentielle, la République française s’éloigne de ses bases démocratiques. À l’horizon se profile un recadrage des pouvoirs de chacun. Rien de tel, bien évidemment, aux États-Unis, où personne ne doute que les institutions encaisseront sans heurt une défaite du parti présidentiel aux élections de mi-mandat.

Voir aussi:

9 novembre 1799

Bonaparte met un terme à la Révolution

Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII, selon le calendrier républicain), le général Napoléon Bonaparte met fin au régime du Directoire par un brutal coup d’État. Il ouvre la voie à sa propre dictature et met fin à la Révolution proprement dite.

Vers une dictature de salut public

Dix ans après la prise de la Bastille, la Révolution s’essoufle. Le gouvernement du Directoire est désemparé par les difficultés économiques et militaires, et menacé par un retour prématuré des royalistes. Le Directeur Sieyès dit à qui veut l’entendre qu’il «cherche un sabre» capable de sauver ce qui reste de la Révolution… et en particulier les fortunes des profiteurs.

Le retour d’Égypte du général Napoléon Bonaparte lui offre l’occasion qu’il cherchait. Sieyès voit en ce jeune général couvert de gloire le dictateur de salut public dont la République française a besoin pour éviter le retour de Louis XVIII et de l’Ancien Régime. Il concocte avec lui un coup d’État parlementaire qui passerait par une révision de la Constitution.

Le 18 Brumaire, sous le prétexte d’un «complot des terroristes» (royalistes), les deux assemblées des Cinq-Cents et des Anciens sont convaincues de se transporter au château de Saint-Cloud et de confier la garde de Paris à Bonaparte. Complices du complot, trois des cinq Directeurs, Sieyès, Barras et Ducos, démissionnent. Les deux autres, Gohier et Moulin, suspects de sympathies jacobines, sont destitués et arrêtés.

Le lendemain, la troupe boucle le château de Saint-Cloud. Mais les élus des Cinq-Cents réunis dans la salle de l’Orangerie refusent de modifier la Constitution comme on le leur demande.

Bonaparte, qui a déjà prononcé une médiocre harangue devant les Anciens, fait de même devant les Cinq-Cents. Sa déplorable prestation est accueillie par des huées et les cris : «À bas le dictateur !»

Violemment pris à partie par les députés et même menacé d’arrestation, il a un moment de faiblesse. Il est sauvé par des grenadiers qui l’amènent hors de la salle. Son frère Lucien qui préside fort opportunément l’assemblée sort à son tour et fait valoir à la troupe que son frère et les élus sont menacés d’assassinat. Le général Murat qui commande les grenadiers leur demande de faire évacuer la salle.

Les députés tout de rouge vêtus sautent à qui mieux mieux par les fenêtres et se dispersent dans le brouillard !

La nuit venue, sur les deux heures du matin, le Conseil des Anciens et quelques élus des Cinq-Cents que l’on a rassemblés manu militari votent enfin une révision de la Constitution. Ils nomment un gouvernement provisoire en la personne de trois Consuls, Napoléon Bonaparte, Emmanuel Joseph Sieyès et Roger Ducos. L’affaire est liquidée et chacun rentre à Paris.

Un Consulat inspiré de la Rome antique

Napoléon Bonaparte, soulagé, fait rédiger à la hâte une nouvelle Constitution. Sieyès, qui se pique de droit constitutionnel, dirige le travail. On s’oriente vers une dictature à la romaine, la Rome antique étant la référence commune à tous les hommes cultivés de l’époque. Le terme inhabituel de consul est lui-même emprunté à l’Antiquité.

Le texte de la Constitution de l’an VIII est réécrit par Daunou, lequel écrit à ce propos : «Il faut qu’une Constitution soit courte et obscure».

Conformément aux dispositions imposées par Bonaparte, le titre de Premier Consul et la réalité des pouvoirs sont octroyés au vainqueur du 18 Brumaire. Il a 30 ans. À ses côtés figurent deux Consuls qui n’ont qu’un rôle consultatif. Il s’agit de Cambacérès, un ancien conventionnel régicide, et Lebrun, un ancien député de la Constituante, aux penchants royalistes. Les trois consuls sont nommés pour dix ans.

Le pouvoir législatif est réparti entre quatre assemblées : le Sénat conservateur, le Tribunat, le Corps législatif et le Conseil d’État. Les membres de ces assemblées sont choisis par le gouvernement parmi des listes de notabilités. Ces listes elles-mêmes résultent d’un vote des citoyens à plusieurs degrés. Autant dire que l’on est ici très loin de notre conception de la démocratie.

Voir aussi:

9 novembre 1799

Bonaparte met un terme à la Révolution

Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII, selon le calendrier républicain), le général Napoléon Bonaparte met fin au régime du Directoire par un brutal coup d’État. Il ouvre la voie à sa propre dictature et met fin à la Révolution proprement dite.

Vers une dictature de salut public

Dix ans après la prise de la Bastille, la Révolution s’essoufle. Le gouvernement du Directoire est désemparé par les difficultés économiques et militaires, et menacé par un retour prématuré des royalistes. Le Directeur Sieyès dit à qui veut l’entendre qu’il «cherche un sabre» capable de sauver ce qui reste de la Révolution… et en particulier les fortunes des profiteurs.

Le retour d’Égypte du général Napoléon Bonaparte lui offre l’occasion qu’il cherchait. Sieyès voit en ce jeune général couvert de gloire le dictateur de salut public dont la République française a besoin pour éviter le retour de Louis XVIII et de l’Ancien Régime. Il concocte avec lui un coup d’État parlementaire qui passerait par une révision de la Constitution.

Le 18 Brumaire, sous le prétexte d’un «complot des terroristes» (royalistes), les deux assemblées des Cinq-Cents et des Anciens sont convaincues de se transporter au château de Saint-Cloud et de confier la garde de Paris à Bonaparte. Complices du complot, trois des cinq Directeurs, Sieyès, Barras et Ducos, démissionnent. Les deux autres, Gohier et Moulin, suspects de sympathies jacobines, sont destitués et arrêtés.

Le lendemain, la troupe boucle le château de Saint-Cloud. Mais les élus des Cinq-Cents réunis dans la salle de l’Orangerie refusent de modifier la Constitution comme on le leur demande.

Bonaparte, qui a déjà prononcé une médiocre harangue devant les Anciens, fait de même devant les Cinq-Cents. Sa déplorable prestation est accueillie par des huées et les cris : «À bas le dictateur !»

Violemment pris à partie par les députés et même menacé d’arrestation, il a un moment de faiblesse. Il est sauvé par des grenadiers qui l’amènent hors de la salle. Son frère Lucien qui préside fort opportunément l’assemblée sort à son tour et fait valoir à la troupe que son frère et les élus sont menacés d’assassinat. Le général Murat qui commande les grenadiers leur demande de faire évacuer la salle.

Les députés tout de rouge vêtus sautent à qui mieux mieux par les fenêtres et se dispersent dans le brouillard !

La nuit venue, sur les deux heures du matin, le Conseil des Anciens et quelques élus des Cinq-Cents que l’on a rassemblés manu militari votent enfin une révision de la Constitution. Ils nomment un gouvernement provisoire en la personne de trois Consuls, Napoléon Bonaparte, Emmanuel Joseph Sieyès et Roger Ducos. L’affaire est liquidée et chacun rentre à Paris.

Un Consulat inspiré de la Rome antique

Napoléon Bonaparte, soulagé, fait rédiger à la hâte une nouvelle Constitution. Sieyès, qui se pique de droit constitutionnel, dirige le travail. On s’oriente vers une dictature à la romaine, la Rome antique étant la référence commune à tous les hommes cultivés de l’époque. Le terme inhabituel de consul est lui-même emprunté à l’Antiquité.

Le texte de la Constitution de l’an VIII est réécrit par Daunou, lequel écrit à ce propos : «Il faut qu’une Constitution soit courte et obscure».

Conformément aux dispositions imposées par Bonaparte, le titre de Premier Consul et la réalité des pouvoirs sont octroyés au vainqueur du 18 Brumaire. Il a 30 ans. À ses côtés figurent deux Consuls qui n’ont qu’un rôle consultatif. Il s’agit de Cambacérès, un ancien conventionnel régicide, et Lebrun, un ancien député de la Constituante, aux penchants royalistes. Les trois consuls sont nommés pour dix ans

Le pouvoir législatif est réparti entre quatre assemblées : le Sénat conservateur, le Tribunat, le Corps législatif et le Conseil d’État. Les membres de ces assemblées sont choisis par le gouvernement parmi des listes de notabilités. Ces listes elles-mêmes résultent d’un vote des citoyens à plusieurs degrés. Autant dire que l’on est ici très loin de notre conception de la démocratie.

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