Dhimmitude: Vous avez dit « religions du livre »? (Islamic tolerance: When intolerance learns to talk the language of tolerance)

L’intolérance a appris à parler la nouvelle langue de la tolérance et se montre d’autant plus efficace qu’elle n’est pas perçue comme telle. Pierre-Andre Taguieff
La libération de la Palestine, d’un point de vue spirituel, fera bénéficier la Terre Sainte d’une atmosphère de sécurité et de quiétude, ce qui assurera la sauvegarde des lieux saints et garantira la liberté du culte en permettant à chacun de s’y rendre, sans distinction de race, de couleur, de langue ou de religion. Charte de l’OLP (article 16)
Le Mouvement de la Résistance Islamique (…) est guidé par la tolérance islamique quand il traite avec les fidèles d’autres religions. Il ne s’oppose à eux que lorsqu’ils sont hostiles. Sous la bannière de l’islam , les fidèles des trois religions , l’islam , le christianisme et le judaïsme , peuvent coexister pacifiquement. Mais cette paix n’est possible que sous la bannière de l’islam. Charte du Hamas (art. 31)
L’arabe et l’islam sont la langue et la religion palestinienne officielle. Le christianisme et toutes les autres religions monothéistes seront également vénérés et respectés. Constitution de l’Etat de Palestine (3e projet, article 5, mars 2003)
La liberte de pratiquer la religion et d’acceder aux lieux sera garantie dans la mesure ou (…) elle ne diffame pas la religion monotheiste. Projet de constitution de l’Etat de Palestine (art. 44)
Le statut du dhimmi n’est pas individuel mais concerne des collectivités, des “nations” (millet, du temps des Ottomans) politiquement soumises au pouvoir islamique depuis la “conquête”. Dans cette perspective, on ne peut reconnaître en droit un État juif (et en fait tout État qui ne serait pas musulman), ce qui impliquerait l’autodétermination et la souveraineté d’une collectivité, dont le seul statut possible sous l’islam est celui de dhimmi. Shmuel Trigano
Il faudrait veiller à expurger du discours chrétien contemporain des expressions aussi dangereuses que « les trois religions abrahamiques », « les trois religions révélées » et même « les trois religions monothéistes » (parce qu’il y en a bien d’autres). La plus fausse de ces expressions est « les trois religions du Livre ». Elle ne signifie pas que l’islam se réfère à la Bible, mais qu’il a prévu pour les chrétiens, les juifs, les sabéens et les zoroastriens une catégorie juridique, « les gens du Livre », telle qu’ils peuvent postuler au statut de dhimmi , c’est-à-dire, moyennant discrimination, garder leur vie et leurs biens au lieu de la mort ou de l’esclavage auxquels sont promis les kafirs, ou païens. Alain Besancon
Les concepts de «laïcité», de «droits de l’homme», sont ainsi insensiblement vidés ou détournés de leur sens initial. Mais l’islamophilie impénitente ferme les yeux devant la présentation de l’islam, «béatifié» par les nouveaux penseurs musulmans. Elle y trouve des avantages, en plus de celui, non négligeable, de se libérer de la désagréable culpabilité qui fonde, en grande partie, cet amour de l’islam. Les avantages, on les devine aisément… En effet, les islamophiles chrétiens espèrent bien, avec l’appui des musulmans, regagner un peu de terrain religieux et entamer cette laïcité pure et dure qu’ils n’ont, au fond, jamais vraiment digérée. Les islamophiles laïcs de gauche voient dans le nombre des musulmans un appui politique contre Israël, l’Amérique et la politique libérale. Et les Juifs paieront pour cette islamophilie aux deux visages, qui plonge ses racines dans la culpabilité. (…) Il faut qu’ils soient considérés comme coupables pour que les deux autres religions soient libérées de leur dette à leur égard. Ces deux autres religions, en effet, se sont inspirées du judaïsme, le christianisme en prétendant le parfaire, l’islam en le récupérant, en l’absorbant et en accusant les Juifs d’avoir falsifié leurs textes. Anne-Marie Delcambre

Au lendemain de la rencontre a Paris de certaines personnalites juives dont le president du CRIF avec un president de l’Autorite palestinienne qui vient de confirmer qu’il n’accepterait la presence d’aucun juif en Palestine …

Et d’une enieme tentative de forcage de blocus de Gaza par cette fois un bateau de pacifistes juifs

Pendant que se confirme, a l’instar de l’implication d’Arafat dans  les attentats du Hamas de la fin des annees 2000 comme de l’intifada de 20001, le « partage des tâches entre l’Autorité palestinienne et le Hamas » …

Retour avec Alain Besancon, Anne-Marie Delcambre et Jacques Ellul en cette 30e commemoration de l’ attentat palestinien de la synagogue de la rue Copernic qui avait vu nos gouvernants s’inquieter des seules victimes “innocentes”

Sur, via le  si tendance concept de « religions du livre », cette singuliere aptitude de  l’intolérance à « parler la nouvelle langue de la tolérance »  …

Et surtout cette etrange fascination des milieux chretiens et occidentaux pour une religion …

Qui n’a de cesse, comme l’illustrent particulierement clairement les multiples projets de constitution pour un Etat palestinien, de les ramener en fait au bon vieux statut multiseculaire de « protégés » …

Auto-islamisation

 » A terme, on peut craindre que certains milieux ne s’islamisent sans même s’en rendre compte, et que cette évolution ne prépare un basculement de la société toute entière. « 

Entretien avec  ALAIN BESANCON, de l’Institut

(Propos recueillis par Michel Gurfinkiel)

Professeur à l’Ecole pratique des hautes études, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, Alain Besançon observait voici sept ans dans son livre Trois tentations de l’Eglise  qu’il y avait  désormais « plus de musulmans pratiquants en France que de catholiques pratiquants « . Fait exceptionnel pour un laïc,  il a présenté ses analyses – à la demande du pape – devant le synode des évêques.

Comment expliquer qu’une partie de l’Eglise soit tentée par une  » alliance  » avec l’islam ?

AB. Je ne sais pas quelle est exactement  l’étendue de ce courant. Mais je constate qu’il rencontre, en effet, un certain écho dans l’Eglise en général et dans l’Eglise de France en particulier. Ce succès – petit ou grand – tient avant tout à une méconnaissance presque totale de l’islam, de sa doctrine, de sa doctrine et de son modus operandi. La plupart des évêques ou des clercs ne jugent pas utile d’étudier de façon approfondie cette religion, à laquelle nous sommes pourtant confrontés à chaque instant. Et ceux qui font cet effort n’ont en général accès qu’à des ouvrages marqués par l’influence de Louis Massignon, professeur au Collège de France jusqu’à sa mort en 1962, qui fut certes un grand orientaliste, mais qui a disséminé deux conceptions fausses : l’idée selon laquelle le Coran – dont les qualités littéraires ou spirituelles propres ne sont pas ici en cause –  serait une Deutéro-Bible, une répétition ou une continuation de la Bible judéo-chrétienne ; et une seconde idée, non moins fallacieuse, selon laquelle l’islam s’inscrirait dans la tradition abrahamique, telle que l’Eglise l’a toujours définie.

A bien des égards, l’islam constitue pourtant  un danger pour l’Eglise ?

Peut-être. Mais le comportement  d’une institution telle que l’Eglise n’est pas dicté seulement par des faits, ni mêmes par des dogmes. Il dépend aussi des  » états d’esprit « , des représentations, de la sensibilité qui règne à un moment donné. Une partie de l’Eglise se refuse absolument à regarder le monde actuel en termes de conflits, de camp opposés, de  » choc des civilisations « .  Elle nie donc les tensions avec l’islam, ou bien, si ce déni est impossible, elle fait comme si elle en était la principale responsable. Par ailleurs, l’Eglise veut  être, plus que jamais, au service des pauvres. Or les musulmans apparaissent, à tort ou à raison, comme les pauvres par excellence, à l’échelle planétaire…

Un œcuménisme mal compris ?

L’œcuménisme justement conduit – entre Eglises chrétiennes et à plus forte raison entre chrétiens et non-chrétiens – suppose une très grande sûreté dans le maniement des concepts théologiques. Il suppose, précisément,  de faire passer la doctrine avant les  » états d’esprit « . Tout laisser-aller en ces matières,  toute fausse symétrie, peuvent être extrêmement dangereux.  Je suis frappé, par exemple, du dérapage  qui entoure le concept  (d’origine islamique) de  » religions du Livre « . Les chrétiens, qui l’emploient de plus en plus couramment,  y compris dans les sermons dominicaux, l’interprètent comme une commune dévotion des juifs, des chrétiens et des musulmans envers la Bible. Alors que les musulmans lui donnent un tout autre sens : le statut inférieur mais  » protégé  » réservé  à tous les non-musulmans qui peuvent se prévaloir d’un texte révélé, quel qu’il soit –  juifs et chrétiens, bien sûr, mais aussi sabéens ou zoroastriens, voire même hindous et bouddhistes…

Entretenir ces confusions revient à favoriser systématiquement l’islam ?

A terme, on peut craindre que certains milieux ne s’islamisent sans même s’en rendre compte, et que cette évolution ne prépare un basculement de la société toute entière. Ce ne serait pas la première fois. Au VIIe siècle, les sociétés chrétiennes du Moyen-Orient, de l’Egypte à l’Anatolie en passant par le Levant,  solidement installées dans leur foi mais éclatées en Eglises ou sectes multiples, se sont ralliées du jour au lendemain à un islam qu’ils prenaient pour une secte chrétienne un peu plus  » moderne « , un peu plus militante.

Le rôle de l’ultra-gauche ?

On constate de rapprochements,  sur les sujets les plus variés, y compris la défense du voile islamique, entre certains chrétiens, l’islamisme et une ultra-gauche qui semble être entrée dans un nouveau cycle ascendant. S’agit-il d’arrangements transitoires, d’alliances tactiques,  ou de quelque chose de plus durable ? Il est trop tôt pour le dire. Mais on peut supposer que dans ces amalgames, les chrétiens seront les premiers perdants.

Voir aussi:

Islamophilie et culpabilité

Anne-Marie Delcambre

10/05/2005

Ce texte daté du 24 février 2005, a été mis en ligne le 4 mai 2005 sur le site Liberty Vox. Nous le reprenons ci-dessous, après corrections, mise en page et annotations. Menahem Macina.

Depuis plus de vingt ans, beaucoup d’intellectuels européens – religieux et laïcs – éprouvent une réelle attirance pour l’islam. On peut parler de véritable islamophilie.

C’est ainsi que l’on «redécouvre» la civilisation de l’islam, on exalte sa mystique, on vante sa tolérance, etc. En revanche, on dénonce le matérialisme de l’Occident, son amour de l’argent, sa pornographie, sa technique inhumaine. On va même jusqu’à estimer que nous devrions nous inspirer de la sagesse et de la spiritualité musulmanes, nous y trouverions des réponses pour combler le vide intellectuel et spirituel de notre pauvre Occident.

Innombrables sont les témoignages d’intellectuels, principalement français, en faveur de l’islam. À tel point qu’en 1991, Jacques Ellul (1) pouvait écrire : «Restait quand même pour moi la question insoluble : comment des générations d’intellectuels arabisants avaient-ils pu se tromper de façon radicale au sujet de l’islam, en le présentant comme une terreur et une menace ? […] Il y a là un mystère de création d’opinion publique durable mais tenue aujourd’hui pour complètement fausse, que je n’ai jamais vu expliqué ni même abordé».

Si cet éminent savant, de famille juive mais converti au protestantisme, se disait bouleversé par l’islamophilie grandissante, c’est qu’en tant que juriste, il connaissait parfaitement le danger que représente la fixité des textes dans cette religion si juridique qu’est l’islam, et il n’oubliait pas les statuts d’infériorité réservés aux non-musulmans en terre d’islam, «comparables à ceux du serf, au Moyen-Âge». Il pensait même que l’islam n’était pas étranger à l’introduction dans le christianisme de l’idée de guerre sainte, c’est-à-dire la conception que la guerre peut être bonne. Effectivement, quand on remarque l’énorme distance entre les textes des Évangiles et certains textes du droit canon de l’Église catholique romaine, on peut être fortement tenté de penser qu’il y a eu «subversion du christianisme» et Jacques Ellul a peut-être raison de croire que l’islam n’y est pas totalement étranger.

Parallèlement à son chapitre consacré à l’islam dans Subversion du Christianisme, écrit en 1983, ce «grand dérangeur» qu’était Jacques Ellul, écrivait la préface au livre très documenté de Bat Ye’or sur le problème des dhimmis : The Dhimmi. Jews and Christians under Islam (Condition des juifs et des chrétiens vivant dans une société musulmane) [2]. Ce que pensait Jacques Ellul, c’est que le monde musulman n’avait pas évolué dans sa façon de considérer le non-musulman : «Nous sommes avertis par là de la façon dont seraient traités ceux qui y seraient absorbés», écrivait-il. Et il ne craignait pas, lui, le théologien spécialiste des religions, de présenter l’islam «comme une religion totalitaire fondée sur la notion de Droit divin à caractère non-évolutif». Le message de Jacques Ellul aboutit à prôner une certaine prudence vis-à-vis d’une religion dont les textes conduisent à privilégier la guerre, quand les conditions sont jugées favorables.

Or, paradoxalement, une sorte de cécité a atteint nos intellectuels en Occident. S’ils savent encore lire les textes archaïques de la religion catholique et les dénoncer avec virulence, en revanche, s’agissant d’islam, les textes les plus rétrogrades ne suscitent aucune réaction. Au point qu’Hermann Tertach, un éditorialiste du quotidien espagnol de centre gauche El Pais – repris dans le Courrier international n° 734, du 25 Novembre au 1er Décembre 2004 -, ne craint pas d’écrire que l’Europe occidentale fait preuve d’une tolérance béate. Elle fait tout son possible pour que les immigrés musulmans ne renoncent pas à leur identité et à leur culture. Toute mesure n’allant pas dans le sens de cette louable intention est aussitôt jugée raciste et xénophobe. Les élites européennes prônent la tolérance, y compris envers les intolérants. Pour ces élites, commente l’éditorialiste, les populations musulmanes finiront par s’intégrer, et elles sont porteuses d’une pluralité culturelle qui ne peut qu’enrichir nos sociétés européennes. Que les jeunes musulmans des banlieues représentent le fer de lance de l’antisémitisme européen ne les préoccupe guère. Ces jeunes immigrés sont défavorisés, et tout le monde sait que les Juifs sont de gros capitalistes exploiteurs liés à l’Amérique et à Israël! Qu’il y ait, dans des pays européens, des quartiers où la constitution nationale s’applique moins que la loi islamique (Charî’a), cela ne les empêche pas de dormir. Que l’on rencontre de plus en plus de femmes voilées, de femmes battues, cela importe peu. L’hebdomadaire allemand Der Spiegel, pourtant peu suspect de xénophobie, publiait, en octobre 2004, un dossier accablant sur les mauvais traitements subis par les femmes musulmanes en Allemagne. Mais, à force d’avoir répété pendant tant d’années que toutes les idées étaient bonnes, les intellectuels pouvaient-ils réagir, surtout contre une religion aussi chérie et défendue par leurs écrits ?

Une alliance s’est d’ailleurs créée, depuis un certain temps, entre chrétiens et laïcs qui se disent athées, pour défendre l’islam, la religion du pauvre et de l’opprimé !

Il aura fallu, semble-t-il, l’assassinat du cinéaste Théo Van Gogh, le 2 novembre 2004, à Amsterdam, pour que certains se réveillent et que ce grand mensonge, cette alliance commencent à se fissurer.

Ceci d’autant plus que cette islamophilie a, pour contrepartie, une judéophobie de plus en plus visible, laquelle ne s’exerce pas directement, mais à travers le sionisme qu’il est devenu politiquement correct de dénoncer! En fin de compte, ce sont les Juifs qui font les frais de cette islamophilie dénoncée par Jacques Ellul. Ils sont les victimes de cette alliance contre nature qui s’établit automatiquement, dès qu’il s’agit de l’islam, entre chrétiens et laïcs d’extrême gauche.

Pour comprendre une si étrange alliance, il est nécessaire de se pencher sur la nature de cette islamophilie. C’est alors seulement qu’on pourra en connaître les raisons.

L’islamophilie émane en tout premier lieu des milieux catholiques.

Un des principaux responsables de cette islamophilie est incontestablement le grand orientaliste, Louis Massignon. C’est lui qui a encouragé l’élan de curiosité et de sympathie pour le monde arabe et pour l’islam. Massignon admirait le travail de Lyautey sur le plan politique et aimait le zèle missionnaire du père de Foucauld. Sans doute y avait-il, chez Massignon, la nostalgie des vertus chevaleresques dont la France démocratique et laïque du début du vingtième siècle semblait, à ses yeux, quelque peu dépourvue. L’attirance pour l’islam avait malheureusement, chez lui, pour contrepartie, un certain mépris pour les Juifs et le judaïsme. Massignon fut antisioniste. Il traversa, dans les années trente, une courte crise d’antisémitisme, dont il se reprit. Mais il trouvait injuste l’installation en Terre sainte des Ashkénazes, insuffisamment croyants et «sémites» à ses yeux. La prise de Nazareth par les sionistes le consterna. Dans ses dernières années, il prit la défense des Algériens avec une vigueur qui ne pouvait que lui attirer la sympathie des musulmans.

Or, Massignon et sa thèse sur le fameux mystique musulman Hallaj, exécuté en 922, ont eu sur les intellectuels chrétiens et musulmans une énorme influence. Massignon compare Hallaj à la figure du Christ. Il opère un rapprochement entre Fatima, la fille du Prophète, et la Vierge Marie, et surtout, il affirme que l’islam est une religion abrahamique. Les élucubrations mystiques de Massignon seront dénoncées par certains, comme Claudel, qui voyait, dans le texte de Massignon de 1929, « Prière pour Sodome », «un prodigieux amas de foutaises». Mais si pour quelques-uns de ses contemporains, Massignon paraît étrange, surtout lorsque marié et père de famille, il demande à devenir prêtre melkite, selon donc le rite oriental, ce sont néanmoins ses idées qui seront retenues par le concile Vatican II pour les passages relatifs aux musulmans.

On ne saurait s’étonner que la littérature sur l’islam, qui s’est développée après le Concile, pousse encore plus loin l’islamophilie. Massignon voyait l’islam comme un «schisme abrahamique». Or, les catholiques du vingt et unième siècle ont un enthousiasme délirant pour la religion de «l’Autre» ; la foi est sans frontière, et la poussée affective en faveur de l’islam ne connaît plus de mesure. Il faut aimer les musulmans d’un amour sans limites. La littérature catholique qui va en ce sens est dépourvue de bases scientifiques solides. Il suffit d’aimer, c’est ce qu’elle ne cesse de répéter avec une rare inconscience, prenant à la lettre la phrase de Saint Augustin «Aime et fais ce que tu veux».

Faut-il renvoyer aux nombreux ouvrages de Pères blancs, en particulier, dont on se demande pourquoi ils ne sont pas encore musulmans, mais ils ignorent sans doute ce que dit le Coran concernant les chrétiens (sourate 9, verset 30 «qu’Allah les tue!»), car cette islamophilie n’est absolument pas payée de retour [3]. Les musulmans ne sont en rien attirés par le christianisme qui leur paraît une religion dépassée par l’islam, faussée et antinaturelle. De plus, le polythéisme catholique avec la Trinité est une abomination, le seul crime qui ne puisse être pardonné par Allah !

Quand on regarde, dans les librairies, la littérature favorable à l’islam, dit Alain Besançon [4], elle est le plus souvent écrite par des prêtres catholiques, disciples de Massignon ou influencés par ce grand orientaliste. Or, leur attirance pour l’islam dérive de plusieurs sentiments.

C’est tout d’abord le fait que «ces ecclésiastiques, affolés par le refroidissement de la foi et de la pratique en pays chrétiens, particulièrement en Europe, admirent la dévotion musulmane. Ils s’émerveillent de ces hommes qui, dans le désert ou dans un hangar industriel de France, de Belgique ou d’Allemagne, se prosternent, cinq fois par jour, pour la prière rituelle. Ils estiment qu’il vaut mieux croire à quelque chose que de ne rien croire du tout […] Ils confondent foi et religion». En fait, les ecclésiastiques catholiques assistent, impuissants, à la déchristianisation de l’Europe. Ils voient les églises quasiment vides et, en revanche, ils constatent que les mosquées sont pleines, même si ces mosquées sont des caves, des bâtiments sordides. Et les églises aux trois quarts vides, cette laïcité triomphante de l’occident, le mépris du religieux, tout cela est devenu insupportable pour les prêtres catholiques, dont certains s’adaptent mal au monde moderne, d’autant plus que leur célibat les marginalise et que les accusations récentes de pédophilie rendent ce célibat suspect. Mal perçus par la société laïque individualiste, ils éprouvent de la sympathie pour l’islam communautariste où tous se sentent très proches, là, «les croyants sont des frères» ! Mais ils oublient un peu vite, ou ils ne savent pas que «le musulman est le frère du musulman», pas le frère du non-musulman!

La deuxième raison de cette islamophilie des prêtres catholiques, réside dans «la haute place que prennent Jésus et Marie dans le Coran, sans qu’ils fassent attention [au fait] que ce Jésus et cette Marie sont des homonymes qui n’ont de commun que le nom avec le Jésus et la Marie qu’ils connaissent». Ce dernier point est grave, souligne Alain Besançon, «parce qu’il perturbe la relation entre chrétiens et juifs». Car, pour les prêtres catholiques, les musulmans paraissent «meilleurs» que les juifs, puisqu’ils honorent Jésus et Marie, ce que les juifs ne font pas. Et là, judaïsme et islam sont comparés, avec un avantage pour l’islam.

Avantage accentué par le fait que le judaïsme paraît plus fermé. L’islam est plus universaliste, il s’adresse à tous les peuples et ne conçoit de privilège pour aucun. Tout au plaisir de se rapprocher de «ses frères musulmans», le catholique s’éloigne insensiblement des adeptes de la Bible juive, leur reprochant implicitement d’être restés entre eux, de n’avoir pas accepté la venue du Messie. Reproche non dit, jamais avoué, mais qui pèse sur les relations judéo-chrétiennes, il ne faut pas se leurrer.

La deuxième source d’islamophilie est constituée par les intellectuels laïcs, souvent athées, politiquement d’extrême gauche. Ce sont des tiers-mondistes impénitents qui sont dans la repentance et la culpabilité permanentes. Ils battent leur coulpe parce qu’ils estiment être du côté des Blancs colonialistes, exploiteurs. Ils sanglotent et demandent pardon, mais, en plus, ils ont décidé de réparer; de réparer le mal causé par les croisades, de réparer l’injustice d’avoir ignoré la grandeur de l’islam. Alors, de la part de ces intellectuels, on assiste à une réécriture du passé, de l’histoire, entièrement favorable aux musulmans. Plus question de critiquer, d’ironiser. Il faut rendre leur fierté aux peuples humiliés, présenter leur religion de manière positive. On parle de l’islam des lumières, de religion de paix, d’amour et de tolérance. On «redresse» la situation, en ce qui concerne les conquêtes musulmanes, qui auraient été tout à fait pacifiques. Les coupables, ce sont les Européens, avec leur esprit de conquête, d’abord les croisades, puis la colonisation. Le jihâd n’est plus appelé «guerre sainte», mais simplement combat spirituel contre soi-même [5].

La question qui se pose est alors la suivante: pourquoi l’opinion publique est-elle disposée à accepter comme allant de soi cette «désinformation» contraire au bon sens ? (3)

Une première explication est la présence, dans ces pays européens, de millions de musulmans. Ils vont rester, ils vont devoir s’intégrer. Alors il faut absolument trouver tout le positif de la situation. Les sociétés occidentales sont des sociétés vieillissantes, la jeunesse musulmane est un apport qu’il faut prendre en considération et apprendre à aimer. D’autre part, ces sociétés occidentales sont des sociétés qui ont fait appel à une main-d’œuvre nécessaire pour les travaux pénibles que les Européens ne veulent plus faire. Du point de vue économique, on ne peut les ignorer et ils nous donnent mauvaise conscience. Les Occidentaux, s’ils sont chrétiens, se sentent doublement culpabilisés. Ils se souviennent qu’il faut accueillir l’étranger : « Tu traiteras l’étranger comme l’un des tiens », surtout l’étranger le plus pauvre, car les chrétiens se veulent charitables. Culpabilité économique doublée d’une culpabilité religieuse. Cette culpabilité religieuse est d’autant plus légitime, que le Pape lui-même a fait acte de repentance, battant sa coulpe pour ce qui s’était produit dans le passé.

La deuxième explication, c’est que cette islamophilie tente de faire oublier la légende noire de l’islam, la mauvaise image renvoyée par le miroir de l’Occident chrétien concernant cette religion. Malheureusement, en même temps, chemine la tentation non avouée de réduire notre culpabilité envers le peuple juif, d’effacer l’horrible passé de la Shoah, la mémoire de l’Holocauste. En effet, les chrétiens islamophiles deviennent amis des musulmans et ennemis des Israéliens. On se libère de la culpabilité engendrée par le génocide de la Shoah en traitant les Juifs sionistes de persécuteurs. C’est ainsi que certains milieux chrétiens constituent les Palestiniens en figure substituée du Juif persécuté, qui a pour fin d’effacer les fautes commises au temps du nazisme. De plus, faire des Juifs sionistes les nouveaux nazis, permet de s’adonner tranquillement à une islamophilie d’autant plus grande que, du point de vue religieux, ne se sont pas effacées de la mémoire collective catholique ces expressions: «les Juifs, peuple déicide» et «hors de l’Église point de salut».

Personne, depuis le Concile de Vatican II, n’oserait traiter les Juifs de peuple déicide, mais les chrétiens ne craignent aucunement de traiter les responsables israéliens de bourreaux. Et ils peuvent donc dénoncer l’arrogance sioniste, main dans la main avec les islamo-gauchistes. Et c’est ainsi que cette étrange alliance s’explique par la culpabilité que les uns et les autres éprouvent vis-à-vis des musulmans, certes, mais aussi vis-à-vis des Juifs ; et, en fin de compte, ce sont les Juifs qui paient l’addition et font les frais de cette islamophilie. Car les islamophiles de tous bords ferment les yeux sur les propos antisémites des musulmans, en rendant responsable la politique israélienne et en excusant ce nouvel antisémitisme [par] la faiblesse économique de ces populations musulmanes défavorisées. Un «rap» qui circule sur Internet et qui a pour matière «Nique les Juifs» en est un excellent exemple. C’est un groupe de jeunes de 12-13 ans, mais on peut se demander «Qui tire les ficelles» ?

Une collègue, professeur d’italien, Véronique Lippmann, m’écrivait, à propos de cette islamophilie «béate», qui ferme les yeux sur les propos antisémites des jeunes musulmans: «Cette islamophilie béate n’hésite pas, en revanche, à dénoncer les actes antisémites lorsqu’ils sont commis par l’extrême droite, comme pour se dédouaner, ce qui lui permet de rappeler, en même temps, que les musulmans sont aussi victimes de l’extrême droite. Comment ensuite accuser d’antisémitisme une victime du racisme ? Comme si l’un empêchait l’autre. L’antisémitisme n’est reconnu que s’il vient de l’extrême droite, sans aucune allusion à la religion. Au nom de l’antiracisme, on banalise l’antisémitisme.»

Et les chrétiens islamophiles, eux, deviennent ennemis des Juifs, sans pour autant devenir amis des musulmans, car il est demandé aux catholiques de «collaborer avec leurs frères musulmans», mais de laisser ces derniers pleinement libres. Autrement dit, les musulmans sont libres de convertir les chrétiens mais pas l’inverse ! Des journaux, comme le journal La Croix, portent des titres suggestifs «le Coran à découvrir», «Une prière», la Fatiha. Ne parlons pas d’ecclésiastiques comme les pères Lelong, Borrmans, des évêques, comme Mgr Brunin, qui estiment que les exigences spirituelles du dialogue islamo-chrétien s’appliquent aux chrétiens beaucoup plus qu’aux musulmans. Le père Borrmans dans «Orientations pour un dialogue entre chrétiens et musulmans» (1987) va si loin que, pour lui, il n’y a, en islam, ni «fatalisme», ni «juridisme», ni «laxisme», ni «immobilisme», ni «fanatisme». Les chrétiens sont invités à une «saine émulation spirituelle» et à une «spiritualité sans frontière». Alain Besançon écrit : «On m’a assuré que l’auteur de ce livre, instruit par l’expérience, le regrette maintenant et qu’il verse aujourd’hui les larmes de Saint Pierre. Mais le livre est toujours en vente». Le dit Père Borrmans a accepté de participer aux Mélanges rédigés en hommage au Père Antoine Moussali, qui, lui, se méfiait des pièges du dialogue islamo-chrétien. Mais est-il vraiment repenti ? (5)

Seulement, l’islamophilie n’est pas née quand les pays européens étaient puissants. Jacques Ellul remarque : «j’ajouterai quand même une pointe assez méchante: cette mauvaise conscience (ressentie par les intellectuels et un bon nombre de chrétiens), elle est quand même née à partir du moment où nous avons été vaincus. Tant que nous étions les plus forts, nous gardions la bonne conscience du «civilisateur» (6).

L’islamophilie vient du fait que les pays musulmans sont forts économiquement, par leur nombre. Dans les pays européens, les musulmans représentent une puissance électorale ; à cela s’ajoute le problème des conversions à l’islam, de plus en plus nombreuses. Des filles épousent des garçons musulmans et leurs enfants sont musulmans d’office. Des garçons se convertissent à l’islam – ce qui leur semble facile – pour épouser des filles musulmanes. La société déchristianisée ne saurait les freiner. Quitter le christianisme pour l’islam apporte «une bouffée d’air frais», un parfum d’exotisme. Quant aux femmes, certaines occidentales se sentent mal à l’aise par rapport à une société qui connaît le risque du célibat, la peur de la solitude, et épouser un musulman leur permet de satisfaire un besoin de mari et d’enfants, dans le cadre d’un mariage classique.

Jane Benigni fait remarquer très justement un autre élément sociologique concernant l’attirance des occidentaux islamophiles pour «la famille musulmane». Les hommes, lassés des revendications des féministes et des exigences des femmes libérées ne verraient pas d’un si mauvais œil une société où la femme soumise serait ramenée à la cuisine ! Et pourquoi pas plusieurs femmes… soumises bien entendu. Et ainsi le machisme se trouverait revigoré. On épouserait d’abord des femmes musulmanes bien rodées, et les autres suivraient. Les mariages mixtes entre chrétiens et musulmans jouent un rôle certain dans cette islamophilie ambiante.

En parallèle, je citerai le billet du docteur André Nahum, du 23 Février 2005, sur Radio Judaïques FM, qui a choisi de retenir le cri d’alarme du président Moshé Katsav quant à l’avenir de la diaspora: «Le peuple juif est en perte de vitesse au niveau démographique, économique et culturel». Le docteur Nahum rappelle un sondage récent du journal La Croix, qui semble confirmer ce déclin annoncé. Sur 60 millions de Français, 360.000 d’entre eux se déclareraient juifs. Et le docteur Nahum d’ajouter «nous sommes loin des 600.000 ou 700.000 âmes dont on parlait naguère». Le président Katsav demande aux dirigeants juifs de cesser de pratiquer la politique de l’autruche et de réagir face à une situation qui signifie, à moyen terme, la quasi-disparition des communautés juives en diaspora et particulièrement en Europe et en France!

Que penser de ce cri d’alarme, sinon qu’il évoque un retour du communautarisme ?

Or, la société laïque ne peut permettre qu’on raisonne en termes de communautés religieuses. Il faut opter pour l’humanisme qui libère, contre le communautarisme qui enferme. La présence, dans les pays européens, d’organisations islamiques actives, censées représenter les musulmans, pose de nouveau le problème de la laïcité face aux religions, et pour la France, la République s’enlise s’agissant de la menace du communautarisme musulman.

«Un spectre hante le monde: celui des communautés closes, exclusives et guerrières», dit Pierre-André Taguieff dans son dernier livre La République enlisée (7). Et les Juifs ont raison d’avoir peur. Taguieff avoue que les ennemis d’une république laïque et vraiment démocratique utilisent les armes de la modernité intellectuelle pour abolir la laïcité : «L’intolérance a appris à parler la nouvelle langue de la tolérance et se montre d’autant plus efficace qu’elle n’est pas perçue comme telle». On est, dit-il, en «pleine corruption idéologique». La République est confrontée à des «stratèges cyniques» qui n’hésitent pas à détourner les mots et les concepts de leur sens originel pour parvenir à leurs fins.

Les concepts de «laïcité», de «droits de l’homme», sont ainsi insensiblement vidés ou détournés de leur sens initial. Mais l’islamophilie impénitente ferme les yeux devant la présentation de l’islam, «béatifié» par les nouveaux penseurs musulmans. Elle y trouve des avantages, en plus de celui, non négligeable, de se libérer de la désagréable culpabilité qui fonde, en grande partie, cet amour de l’islam. Les avantages, on les devine aisément… En effet, les islamophiles chrétiens espèrent bien, avec l’appui des musulmans, regagner un peu de terrain religieux et entamer cette laïcité pure et dure qu’ils n’ont, au fond, jamais vraiment digérée. Les islamophiles laïcs de gauche voient dans le nombre des musulmans un appui politique contre Israël, l’Amérique et la politique libérale.

Et les Juifs paieront pour cette islamophilie aux deux visages, qui plonge ses racines dans la culpabilité. Beaucoup de juifs se sentent angoissés par cette islamophilie parce qu’ils pressentent qu’ils vont être ressentis comme gênants et coupables. Il faut qu’ils soient considérés comme coupables pour que les deux autres religions soient libérées de leur dette à leur égard. Ces deux autres religions, en effet, se sont inspirées du judaïsme, le christianisme en prétendant le parfaire, l’islam en le récupérant, en l’absorbant et en accusant les Juifs d’avoir falsifié leurs textes. Pour les musulmans, la vraie Thora, l’Évangile authentique, ne doivent pas être cherchés ailleurs que dans le Coran. Les vrais disciples des prophètes Abraham, Moïse ou Jésus, ce sont les musulmans. Leurs disciples d’hier et d’aujourd’hui sont des faussaires, des menteurs, des corrupteurs de textes, des associationnistes (8) [6].

Beaucoup de musulmans sont persuadés que le Coran est la seule vérité. Or, dans ce texte sacré, il n’y a pas égalité entre musulmans et non-musulmans. Un statut inférieur de «protégés» [7] est même prévu dans la loi islamique pour ces derniers. Et cela, l’engouement subit des intellectuels européens pour l’islam, n’en a même pas idée. Ces intellectuels conformistes, pétris de bons sentiments et de la culpabilité d’être des colonisateurs, ne veulent pas croire qu’il puisse y avoir des textes mortifères dans la religion des économiquement faibles, la religion de ceux qui ont été colonisés et exploités. De même, ils ne veulent pas admettre qu’il puisse y avoir des croyants fanatiques prêts à la violence… Les vingt attentats antimusulmans dénombrés aux Pays-Bas, à la suite de l’assassinat de Théo Van Gogh, démontrent violemment, malheureusement, que beaucoup ne veulent plus de cette islamophilie béate et irresponsable, et que la société occidentale repose sur des valeurs qu’il importe de faire respecter fermement si nous ne voulons pas être victimes des ennemis de ces valeurs [8].

Il n’est pas inutile de citer la conclusion de Hermann Tertach dans l’article d’El Pais

« Peut-être faudrait-il un peu plus d’estime de soi de la part des sociétés et des États européens, un peu de bon sens, de la tolérance mais aussi de la fermeté, et assez d’intelligence pour voir que, jamais depuis le nazisme, nous n’avons été aussi menacés. Et enfin un instinct de survie. »

* Docteur en Droit, Docteur en civilisation islamique et professeur d’arabe littéraire.

Note de la Rédaction de Liberty Vox [1].

Cet article fut écrit, à l’origine, pour Les Cahiers Rationalistes. À l’issue d’un débat houleux au sein de la rédaction, et contre l’avis d’Alain Policar, le directeur de la publication, et de Jean-Philippe Catonné, qui soutenaient Anne-Marie Delcambre, ce texte fut refusé à l’écrasante majorité. La lâcheté de certains de nos contemporains nous aura au moins permis de vous faire découvrir cette passionnante étude et de compter désormais parmi nous ce courageux chercheur.

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Notes de l’auteur

(1) Jacques Ellul, agrégé de droit, historien, sociologue et théologien protestant est décédé en 1994 à l’âge de 82 ans. Il nous a laissé une œuvre considérable (53 ouvrages et un millier d’articles traduits en une dizaine de langues). Enseignant à l’université de Bordeaux, ses cours sur l’Histoire des institutions ne laissaient jamais les étudiants indifférents. En 1991 paraissait Ce Dieu injuste, théologie chrétienne pour le peuple d’Israël. Il souligne : «Lorsque les chrétiens tombent dans la violence et l’antisémitisme, ils sont en contradiction avec leur texte fondateur, ce qui n’est pas le cas de l’islam».

(2) Alain Besançon, préface au livre de Jacques Ellul Islam et judéo-christianisme, PUF, 2004, p. 26.

(3) Le succès de livres iconoclastes concernant l’islam tend à prouver que l’opinion publique n’est pas entièrement convaincue par les arguments de ces intellectuels religieux ou athées islamophiles, mais que la peur d’être traité de raciste et d’islamophobe freine les réactions. La judéophobie, qui est devenue de plus en plus forte dans certains quartiers, a conduit certains milieux juifs à réagir, ce qui a un peu libéré les individus de cette chape de plomb qui s’était abattue sur eux. Mais il est vrai que la crainte de dénoncer le caractère violent de l’islam obéit à un souci de paix publique, au détriment de la vérité scientifique. Or, une société laïque a le devoir de mettre en garde contre le danger des textes religieux pris à la lettre.

(4) Cité par Alain Besançon, p 204.

(5) Marie Thérèse Urvoy m’a fait remarquer que, dans l’ouvrage Enquêtes sur l’islam, Editions Desclée de Brouwer, 2004, p 319, note 38, le père Borrmans parle de nombreux intellectuels courageux, et il cite Tariq Ramadan, Islam, le face-à-face des civilisations (Quel projet pour quelle modernité ?) Lyon, Tawhid, 1995.

(6) Jacques Ellul, Op. cit., p. 45.

(7) Pierre-André Taguieff, La république enlisée, Éditions Des Syrtes, 2005.

(8) Voir l’excellente étude de Daniel Sibony «Nom de Dieu», Seuil 2002

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Bibliographie de l’auteur

Alain Besançon, Trois tentations dans l’Eglise, Calmann-Levy, 1996.

Jean-Luc Brunin, L’islam… tout simplement, Les Éditions de l’Atelier, Éditions ouvrières, 2003.

Jean Delumeau, Un christianisme pour demain (Le christianisme va-t-il mourir?), Hachette Littératures, 1977.

Christian Destremau et Jean Moncelon, Massignon, Paris, Plon, 1994.

Anne-Marie Delcambre, Joseph Bosshard et Alii, Enquêtes sur l’islam, Desclée de Brouwer, 2004.

Jacques Ellul, Islam et judéo-christianisme, PUF, 2004.

Pierre-André Taguieff, La République Enlisée, Éditions Des Syrtes, 2005.

Guy Lafon, Abraham ou l’invention de la foi, Seuil, 1996.

Blanche de Richemont, Éloge du désert, Presses de la Renaissance, 2004.

Daniel Sibony, Nom de Dieu, Seuil, 2002

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Notes de Menahem Macina

[1] Nous avons présenté ce nouveau site tout récemment, sur upjf.org, voir : « ’Liberty Vox’ : un nouveau site est né ».

[2] Nous avons mis en ligne le texte de cette préface sur le présent site, voir « Préface de J. Ellul au premier ouvrage de Bat Ye’or ».

[3] Les événements tragiques du 27 mars 1996, où sept moines trappistes furent enlevés, puis massacrés par le GIA, ont, hélas, démontré la prégnance et l’actualité de ce verset coranique, et l’absence totale de reconnaissance de ces musulmans extrémistes, dont les maquisards étaient pourtant soignés par ces religieux, au grand dépit du gouvernement algérien.

[4] Sur les positions très en pointe de ce remarquable intellectuel chrétien, voir, entre autres, sur le présent site, l’interview d’Alain Besançon par Michel Gurfinkiel : « L’Eglise face à la tentation de l’islam ».

[5] Il faut préciser honnêtement que c’est une des acceptions de ce terme. Ce qui est erroné en revanche est d’affirmer qu’il n’y a pas de djihad guerrier, ce que l’histoire, tant ancienne que moderne, infirme du tout au tout.

[6] La traduction française de ce terme arabe – Mushrikun, de shrik, association – est, en général, « associateurs », c’est-à-dire les polythéistes et, parmi eux, les chrétiens qui ’associent’ à Allah un Fils et un Esprit Saint, considérés, selon le mystère de la Trinité, comme étant, également et consubstantiellement, de même nature divine.

[7] Allusion aux dhimmis. C’est l’occasion de renvoyer à l’article récent d’Anne-Marie Delcambre, « Le Nouveau Négationnisme », dans lequel elle défend, bec et ongles, l’honneur de l’historienne de la dhimmitude, Bat Ye’or.

[8] Une prise de conscience commence à se faire jour dans certains cercles, y compris en milieu catholique. Exemple : le Père Giuseppe de Rosa, de la très catholique revue des Pères Jésuites de Rome, la Civiltà Cattolica, exprimait sans ménagement, il y a deux ans, sa vision pessimiste du danger que constitue l’Islam pour le christianisme, et son appel à un sursaut défensif de l’Eglise et des chrétiens face aux dégâts causés par l’Islam sectaire et fanatique. Voir : « Oppression des chrétiens en pays musulmans »; voir également l’article de P. Lurçat : « Islam: vers un changement d’attitude du Vatican ? ».

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Mis en ligne le 10 mai 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.

Voir egalement:

[Texte écrit en mai 1983 et traduit en anglais pour le livre de Bat Ye’or, The Dhimmi : Jews and Christians under Islam (publié en février 1985 aux Etats-Unis/Grande-Bretagne; (Fairleigh Dickinson University Press/Associated University Presses). Ce texte – publié dans les éditions en anglais, hébreu et russe – n’a jamais paru en français.]

Le Dhimmi: Profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du nord depuis la conquête arabe

Préface

Jacques Ellul

Ce livre est très important car il aborde un des problèmes les plus délicats de notre monde, délicat par la difficulté même du sujet, a savoir la réalité de l’Islam dans sa doctrine et sa pratique à l’égard des non-musulmans, et délicat par l’actualité du sujet, et les sensibilités que se sont révélées un peut partout dans le monde. Il y a un demi-siècle, la question de savoir quelle était la situation des non-musulmans en terre d’Islam n’aurait exalté personne. On aurait pu en faire une description historique, qui aurait intéressé les spécialistes, ou une analyse juridique (je pense aux travaux de M. Gaudefroy-Demombynes et de mon ancien collègue G.-H. Bousquet qui a décrit tant de choses sur des aspects du droit musulman sans que cela ait suscité la moindre polémique), ou un débat philosophique et théologique, mais assurément sans passion. Ce qui concernait l’Islam et le monde musulman appartenait à un passé, non pas mort, mais certainement pas plus vivant que la chrétienté médiévale. Les peuples musulmans n’avaient aucune puissance, ils étaient extraordinairement divisés, un grand nombre d’entre eux étaient soumis à la colonisation. Les Européens, hostiles à la colonisation, avaient de la sympathie pour les « Arabes », mais cela n’allait pas au-delà ! Et tout à coup, depuis 1950, la scène change complètement.

Je crois qu’on peut discerner quatre étapes : la première, la volonté de se libérer des envahisseurs. Mais en cela, les musulmans n’étaient pas « originaux » : la guerre d’Algérie et tout ce qui a suivi n’était qu’une conséquence de la première guerre du Vietnam. C’est un mouvement général de décolonisation qui s’engage. Et ceci va amener ces peuples à se vouloir une certaine identité, à être par eux-mêmes non seulement libérés des Européens, mais différents. Et qualitativement différents. La seconde étape en résulte : ce qui faisait la spécificité de ces peuples c’était non pas une particularité ethnique ou une organisation, mais une religion. Et l’on voit paraître, à l’intérieur même de mouvements de gauche socialistes ou même communistes, un retour au religieux. Se trouve alors tout à fait rejetée la tendance à la création d’un Etat laïque, comme l’avait voulu Atatürk par exemple. Très souvent on pense que l’explosion de religiosité islamique est le fait particulier de Khomeiny. Mais non. Il ne faut pas oublier la guerre atroce en Inde en 1947 entre musulmans et hindous sur le seul fondement religieux. Le nombre des victimes fut de plus d’un million et on ne peut pas considérer que cette guerre ait eu une autre origine que l’indépendance d’une République islamique (puisque tant que les musulmans étaient intégrés dans le monde hindou bouddhiste, il n’y avait pas de massacre). Le Pakistan se proclamera officiellement République Islamique en 1953 (donc justement au moment du grand effort de ces peuples de retrouver leur identité). Depuis cette époque, il n’y a pas eu d’année sans que ne se marque le renouveau religieux de l’Islam (la reprise de la conversion de l’Afrique Noire à l’Islam, le retour des populations détachées vers la pratique des rites, l’obligation pour des Etats arabes socialistes de se proclamer « musulmans », etc.…) si bien que l’Islam est actuellement la religion la plus active, la plus vivante dans le monde. Et l’extrémisme de l’Imam Khomeiny ne peut se comprendre que dans la perspective de ce mouvement. Il n’est pas du tout un fait extraordinaire, à part : il en est la suite logique. Mais, et c’est le troisième élément, au fur et à mesure de cette renaissance religieuse, on assiste à une prise de conscience d’une certaine unité du monde islamique, au-delà des diversités politiques et culturelles. Bien entendu, ici il ne faut pas oublier tous les conflits entre Etats musulmans, les divergences d’intérêts, les guerres mêmes, mais cette évidence de leurs conflits ne doit pas nous faire oublier une réalité plus fondamentale : leur unité religieuse en face du monde non musulman.

Et ici il y a un phénomène qui est intéressant : je serais tenté de dire que ce sont les « autres », les pays « communistes », « chrétiens », etc… qui accentuent la tendance à l’unité du monde musulman, et en quelque sorte jouent le rôle de « compresseur », pour amener ce monde à s’unifier ! Enfin, et c’est évidemment le dernier facteur, la découverte de la puissance économique et pétrolière. Je n’insiste pas. En somme une marche cohérente : indépendance politique – remontée religieuse – puissance économique. Ceci a retourné la face du monde en moins d’un demi-siècle. Et actuellement nous assistons à une vaste opération de propagande islamique, création de mosquées partout, même en URSS, diffusion de la littérature et de la culture arabe, récupération d’une histoire : l’Islam se glorifie maintenant d’avoir été le berceau de toutes les civilisations alors que l’Europe avait sombré dans la barbarie et que l’Orient était sans cesse déchiré. L’Islam, origine de toutes les sciences et de tous les arts, c’est un discours que nous entendons constamment. Ceci a probablement moins atteint les Etats-Unis que la France, (pourtant il faut rappeler les Black Moslims). Mais si je juge par rapport à la situation française, c’est qu’elle me paraît tout à fait exemplaire.

Dès lors, sitôt que l’on aborde un problème de l’Islam, on entre dans un domaine où toutes les sensibilités sont exaspérées. En France, on ne supporte plus les critiques adressées à l’Islam ou à des pays arabes. Ceci s’explique par bien des raisons : la mauvaise conscience d’avoir été envahisseur et colonisateur de l’Afrique du Nord. La mauvaise conscience de la guerre d’Algérie (qui entraînent en « contre-coup », l’adhésion à l’adversaire et le jugement favorable). La découverte du fait, exact, que dans la culture occidentale on a occulté pendant des siècles la valeur de l’apport musulman à la civilisation (et de ce fait, on passe à l’autre extrême). La multiplication des travailleurs immigrés (en France) d’origine arabe, qui représentent maintenant une population importante, généralement malheureuse, méprisée, (avec un certain racisme), ce qui fait que les intellectuels, les chrétiens, etc., sont remplis de bons sentiments envers eux et ne supportent plus critiques. On assiste alors à une réhabilitation générale de l’Islam qui s’exprime de deux façons. D’abord sur le plan intellectuel, il y a un nombre croissant d’œuvres qui correspondent à une recherche apparemment scientifique et qui se donnent pour objectif déclaré de détruire des préjugés, des images toutes faites (et fausses) de l’Islam, aussi bien en tant que doctrine, qu’en tant que coutumes et mœurs. Ainsi on « démontre » qu’il est faux que les Arabes aient été des envahisseurs cruels, qu’ils aient répandu la terreur et massacré les peuples qui ne se soumettaient pas. Il est faux que l’Islam soit intolérant, au contraire, c’est la tolérance même. Il est faux que la femme ait eu un statut inférieur et qu’elle ait été exclue de la cité. Il est faux que le jihad (la guerre sainte) soit une guerre matérielle, etc., etc… Autrement dit : tout ce que l’on a considéré comme historiquement certain au sujet de l’Islam était l’effet de la propagande, et on a implanté en Occident des images fausses, que l’on prétend rétablir maintenant dans la vérité. On se réfère à une interprétation très spirituelle du Coran et on cherche à prouver l’excellence des mœurs des pays musulmans.

Mais il n’y a pas que cela, dans nos pays, l’Islam exerce une séduction d’ordre spirituel. Dans la mesure où le christianisme n’a plus la valeur religieuse qu’il avait, et où il est radicalement critiqué, dans la mesure où le communisme a perdu son prestige et son message d’espoir, le besoin religieux de l’homme européen a cherché une autre dimension pour s’investir et voici que l’on a découvert l’Islam ! Il ne s’agit plus du tout de débats intellectuels : mais de véritables adhésions religieuses. Et plusieurs intellectuels français de grand renom on fait une conversion retentissante à l’Islam. On présente celui-ci comme un progrès évident par rapport au christianisme, on se réfère aux grands mystiques musulmans. On rappelle que les trois religions du Livre sont parents (juifs – chrétiens – musulmans). Toutes trois se réclament de l’ancêtre Abraham. Et la plus avancée des trois… c’est évidemment la dernière, la plus récente. Je n’exagère rien. Il y a même, parmi les Juifs, des intellectuels sérieux pour espérer sinon une fusion, du moins une conciliation entre les trois. Or, si je décris ces phénomènes européens, c’est dans la mesure où, qu’on le veuille ou non, l’Islam se donne une vocation universelle, se déclare la seule religion qui doive amener l’adhésion de tous : nous ne devons garder aucune illusion, aucune partie du monde ne sera indemne. Maintenant que l’Islam a un pouvoir national, militaire, économique, il cherchera à s’étendre sur le plan religieux à tout le monde. Et le Commonwealth britannique ainsi que les Etats-Unis seront visés aussi. En face de cette expansion (la troisième de l’Islam), il ne faut pas réagir par un racisme, ni par une fermeture orthodoxe, ni par des persécutions ou la guerre. Il doit y avoir une réaction d’ordre spirituel et d’ordre psychologique (ne pas se laisser emporter par la mauvaise conscience) et une réaction d’ordre scientifique. Qu’en est-il au juste ? Qu’est-ce qui est exact? les cruautés de la conquête musulmane ou bien la douceur, la bénignité du Coran ? Qu’est-ce qui est exact sur le plan de la doctrine et sur le plan de l’application, de la vie courante dans le monde musulman ? et il faudra faire du travail intellectuellement sérieux, portant sur des points précis. Il est impossible de juger de façon générale le monde islamique, il y a eu cent cultures diverses absorbées par l’Islam. Il est impossible d’étudier d’un trait toutes les croyances, toutes les traditions, toutes les applications. On ne peut faire ce travail que de façon limitée sur des séries de questions, pour « faire le point » du vrai et du faux.

Tel est le contexte dans lequel se situe le livre de Bat Ye’or sur le dhimmi. Et c’est un travail exemplaire dans le grand débat où nous sommes engagés. Je ne vais pas ici ni raconter le livre ni chanter ses mérites, mais seulement souligner son importance. Le dhimmi est donc celui qui vit dans une société musulmane, sans être musulman (juifs, chrétiens, et, éventuellement « animistes »). Cet homme a un statut social, politique, économique, particulier. Et il importe essentiellement de savoir en effet comment ont été traités ces « réfractaires ». Mais il faut tout de suite se rendre compte de la dimension de ce thème : en effet, c’est beaucoup plus que l’étude d’une « condition sociale » parmi d’autres. Le lecteur verra que, par bien des points, le dhimmi est comparable au serf européen du Moyen-Age. Mais la condition du serf était le résultat d’un certain nombre d’évolutions historiques (transformation de l’esclavage, disparition de l’Etat, apparition de la féodalité, etc…). Et par conséquent, lorsque les conditions historiques changent, la situation du serf évolue, jusqu’à disparaître. Il n’en est pas de même pour le dhimmi : ce n’est pas du tout le résultat d’un hasard historique, c’est ce qui doit être, du point de vue religieux et du point de vue de la conception musulmane du monde. C’est à dire c’est l’expression de la conception totale, permanente, fondée théologiquement de la relation entre l’Islam et le Non-Islam. Ce n’est pas un accident historique qui pourrait avoir un intérêt rétrospectif, mais un devoir être. Par conséquent, c’est à la fois un sujet historique (chercher les données intellectuelles et décrire les applications passées) et un sujet actuel, de pleine actualité dans la mesure de l’expansion de l’Islam. Et il faut en effet lire le livre de Bat Ye’or comme un livre d’actualité. Il importe de savoir aussi exactement que possible ce que les musulmans ont fait de ces peuples soumis non-convertis, parce que c’est ce qu’ils feront (et font encore maintenant). Je pense que le lecteur ne sera pas immédiatement convaincu par cette affirmation.

Quand même, n’est-ce pas, les notions, les concepts évoluent. La conception chrétienne de Dieu ou de Jésus-Christ n’est plus pour les chrétiens la même aujourd’hui que celle du Moyen-Age. Et l’on peut multiplier les exemples. Mais précisément ce qui me paraît intéressant, frappant dans l’Islam, une de ses singularités, c’est la fixité des concepts. D’une part, il est évident que les choses évoluent d’autant plus qu’elles ne sont pas idéologiquement fixées. Le régime des Césars à Rome pouvait se transformer beaucoup plus que le régime stalinien, parce qu’il n’y avait aucun cadre doctrinal et idéologique, qui lui donnait une continuité, une rigueur. Là où l’organisation sociale est fondée sur un « système », elle tend à se reproduire beaucoup plus exactement. Or, l’Islam, encore plus que ne le fût le christianisme, est une religion qui prétend donner une forme définitive à l’ordre social, aux relations entre les hommes, et encadrer chaque moment de la vie de chacun. Donc il tend à une fixité que la plupart des autres formes sociales n’avaient pas. Mais bien plus, on sait que la doctrine tout entière de l’Islam (y compris sa pensée religieuse) a pris un aspect juridique. Tous les textes ont été soumis à une interprétation de type juridique, et toutes les applications (même du spirituel) ont eu un aspect juridique. Or, il ne faut pas oublier que le juridique a une orientation très nette : fixer – fixer les relations – arrêter le temps – fixer les significations (arriver à ce qu’un mot ait un sens et un seul) – fixer les interprétations. Tout ce qui est juridique évolue le plus lentement possible et n’obéit à aucun bouleversement. Bien entendu, il peut y avoir évolution (dans la pratique, la jurisprudence, etc.) mais lorsqu’il y a un texte qui est considéré comme texte « fondateur » en quelque sorte, il suffit que l’on veuille s’y rapporter de nouveau, et ce que l’on avait créé comme nouveauté s’effondre. Et telle était bien la situation de l’Islam. Le juridisme introduit partout produisait une fixité (non pas absolue, ce qui est impossible, mais maximale) ce qui fait que l’étude historique est essentielle. Lorsqu’on se rapporte à un mot, à une institution islamique du passé, il faut savoir, tant que le texte fondamental (ici le Coran) n’est pas changé, quelles que soient les transformations apparentes, les évolutions, il peut toujours y avoir retour sur les principes et les données d’origine, et cela d’autant plus que l’Islam a réussi (ce qui a toujours été tellement rare) l’intégration entre le religieux, le politique, le moral, le social, le juridique, et l’intellectuel : constituant un ensemble rigoureux où chaque élément est une partie du tout.

Mais apparaît tout de suite un débat au sujet de ce « Dhimmi. Ce mot veut en effet dire « Protégé ». Et c’est un des arguments des défenseurs modernes de l Islam : le dhimmi n’a jamais été ni persécuté ni maltraité (sauf accident), bien au contraire : il est un protégé. Quel meilleur exemple du libéralisme de l’Islam. Voici des hommes qui ne partagent aucune croyance musulmane, et au lieu de les exclure, on les protège. J’ai lu de nombreux textes montrant qu’aucune autre société ni religion n’a été aussi tolérante, n’au aussi bien protégé les minorités. Bien entendu, on en profite pour mettre en cause le christianisme médiéval (que je ne défendrai pas), en soulignant que jamais l’Islam n’a connu l’Inquisition ou la « chasse aux sorcières ». Acceptons ce point de vue, et bornons-nous à réfléchir à ce mot lui-même : le « protégé ». Et il faut bien se demander « protégé contre qui ? » Dans la mesure où cet « étranger » est en terre d’Islam, cela ne peut évidemment être que contre les musulmans eux-mêmes. Le terme de protégé implique en soi une hostilité latente, c’est ce qu’il importe de bien comprendre. On avait une institution comparable dans la Rome primitive, avec le « cliens » – : l’étranger est toujours un ennemi. Il doit être traité comme ennemi, (même s’il n’y a pas de situation de guerre). Mais si cet étranger obtient la faveur d’un chef de grande famille, il devient son protégé (cliens) et il peut résider à Rome : il sera « protégé » contre les agressions que n’importe quel citoyen romain pouvait faire, par son « patron ». Cela veut dire en réalité que le protégé n’a aucun droit véritable. Le lecteur de ce livre verra que la condition du dhimmi est définie par un traité passé entre lui (ou son groupe) et tel groupe musulman (la dhimma). Ce traité présente un aspect juridique, mais c’est ce que nous appellerions un contrat inégal : en effet, la dhimma est une « charte octroyée » (voir C. Chehata sur le Droit Musulman), ce qui implique deux conséquences. La première, c’est que celui qui octroie la charte peut aussi bien la révoquer. En réalité, ce n’est pas un contrat « consensuel » formé par la volonté de deux parties. Et, en fait, c’est un arbitraire. Le concédant décide seul de ce qu’il octroie (d’où une grande variété possible de conditions). La seconde, c’est que nous sommes dans une situation qui est l’inverse de ce que l’on a essayé de construire avec la théorie des droits de l’homme et selon laquelle, du fait que l’on est un homme, on a, obligatoirement, un certain nombre de droits, donc ceux qui ne les respectent pas sont eux, dans une situation de mal. Au contraire, avec l’idée de charte octroyée, on n’a pas de droits que pour autant qu’ils sont reconnus dans cette charte et pour autant qu’elle dure. Par soi-même, et en tant qu’ « existant », on n’a aucun droit à faire valoir. Et c’était bien la condition du dhimmi. Or, j’indiquais plus haut pourquoi, ceci ne varie pas dans le cours de l’histoire : c’est non pas un aléa social, mais un concept enraciné.

Aujourd’hui pour l’Islam conquérant tous ceux qui ne se reconnaissent pas musulmans, n’ont pas de droits humains reconnus en tant que tels. Ils retrouveraient dans une société islamique la même condition de dhimmi. D’où le caractère parfaitement illusoire et fantaisiste d’une solution du drame du Proche-Orient par la création d’une fédération englobant Israël dans un ensemble de peuples et d’Etats musulmans, ou encore celle d’un Etat « Judéo-Islamique ». Ceci est impensable du point de vue musulman. Ainsi suivant que l’on prend le mot « protégé » dans le sens moral ou dans le sens juridique, on peut en avoir deux interprétations exactement contradictoires. Et ceci est tout à fait caractéristique des débats auxquels on assiste au sujet de l’Islam. Malheureusement, il faut prendre le mot dans sons sens juridique. Je sais bien que l’on objectera : mais le dhimmi avait des « droits ». Certes. Mais des droits octroyés. Tout le point est là. Si nous prenons par exemple le Traité de Versailles de 1918, l’Allemagne a reçu un certain nombre de « droits » octroyés par son vainqueur. Et ce fut qualifié de Diktat. Ceci montre à quel point l’étude de cet ordre de problème est délicate. Car les appréciations peuvent entièrement varier selon que l’on a un à priori favorable ou défavorable à l’Islam, et en même temps une étude vraiment scientifique, « objective » (mais personnellement je ne crois pas à l’objectivité en Sciences humaines, au mieux le chercheur peut être honnête et faire la critique de ses présupposés) devient extrêmement difficile. Et cependant disions-nous, justement parce que les passions sont extrêmes, une étude de ce type est dorénavant indispensable pour toutes les questions qui concernent l’Islam.

Alors la question se pose pour ce livre : est-ce que nous sommes en présence d’un livre scientifique ? J’avais fait un compte-rendu de ce livre, paru d’abord en français * (édition beaucoup moins complète et riche, surtout pour les annexes, qui sont essentielles) dans un grand journal. Et j’ai reçu une lettre très violente d’un collègue, spécialiste des questions musulmanes [Professeur Claude Cahen], me disant que ceci était un livre de pure polémique, qui n’avait aucun caractère sérieux. Mais ses critiques manifestaient qu’il n’avait pas lu ce livre, et ses arguments (à partir de mon texte) étaient intéressants pour révéler « a contrario » le caractère scientifique de cette étude. Tout d’abord il employait « l’argument d’autorité », il me renvoyait à des études sur le problème, qu’il estimait indiscutables et scientifiques (celles de S.D. Goitein, Bernard Lewis, et Norman Stillman), en général favorables à l’attitude musulmane. J’ai soumis l’objection à Bat Ye’or, qui m’a répondu qu’elle connaissait personnellement les trois auteurs et avait tenu compte de leurs travaux. Le contraire m’eût étonné, étant donné l’ampleur des recherches de l’auteur ! Elle maintint qu’une lecture attentive de leurs écrits ne permettait pas une interprétation aussi restrictive.

Mais a partir de ces livres, quels étaient les arguments de fond pour critiquer l’analyse de Bat Ye’or ? Tout d’abord, que l’on ne peut généraliser la condition du dhimmi, et qu’il y a eu une très grande diversité dans leur situation. Or, précisément, c’est bien ce que montre notre livre, qui est très habilement construit : à partir de données communes, d’un fondement identique, l’auteur donne des documents permettant de se faire une idée précisément sur ces différences, selon qu’on envisage le dhimmi au Maghreb, en Perse, en Arabie, etc… Et l’on constate effectivement une très grande diversité dans les réalités de l’existence du dhimmi, mais cela ne change rien à la réalité profonde identique de sa condition. Le second argument, c’est qu’on a beaucoup exagéré les « persécutions », il parle de « quelques accès de colère populaire »… mais, d’une part, ce n’est pas là-dessus que Bat Ye’or se fonde, d’autre part, c’est ici que paraît l’esprit partisan : « les quelques accès » ont été historiquement très nombreux et les massacres des dhimmis fréquents. Il ne faut pas aujourd’hui rejeter ces témoignages considérables (que l’on a autrefois trop fait valoir) de tueries de juifs ou de chrétiens, dans tous les pays occupés par les Arabes et les Turcs, qui se reproduisaient fréquemment, et au cours desquelles les forces de l’ordre n’intervenaient pas. Le dhimmi avait peut-être des droits aux yeux des autorités, et officiellement, mais quand la haine populaire se déchaînait pour un motif souvent incompréhensible, ils étaient sans défense et sans protection. C’était l’équivalent des pogroms. Sur ce point, c’est mon correspondant qui n’est pas scientifique. Il atteste en troisième lieu que les dhimmis avaient des « droits » personnels et confessionnels. Mais, n’étant pas juriste, il ne voit pas la différence entre droits personnels et droits octroyés. Nous en avons parlé plus haut, et l’argument ne porte pas puisque précisément Bat Ye’or étude de façon tout à fait satisfaisante ces droits en question.

Il souligne en outre que les juifs ont atteint, en pays musulmans, leur plus haut niveau de culture, et qu’ils considéraient les Etats dont ils dépendaient comme leur Etat. Sur le premier point, je dirai qu’il y a eu une énorme diversité. Il est bien exact que dans certains pays arabes et à certaines époques, les juifs – et les chrétiens – ont obtenu un haut niveau de culture et de bien –être. Mais notre livre ne le nie pas. Et ce n’est pas un fait extraordinaire : à Rome, à partir du 1er siècle, après Jésus-Christ, il arrivait que des esclaves (restant toujours esclaves) avaient une situation très remarquable, ils exerçaient presque toutes les professions intellectuelles (professeurs, médecins, ingénieurs, etc.), ils dirigeaient des entreprises et pouvaient même être à leur tour propriétaires d’esclaves. Il n’empêche qu’ils étaient esclaves. Et c’est un peu la question des dhimmis, qui en effet avaient un rôle économique important (comme c’est très bien montré dans ce livre) et pouvaient être « heureux » : il n’empêche qu’ils étaient des inférieurs dont le statut, très variable, les faisait étroitement dépendants et… sans « droits ». Quant à dire qu’ils considéraient l’Etat dont ils dépendaient comme leur Etat, ceci n’a jamais été vrai des chrétiens. Quant aux juifs, ils avaient été dispersés depuis si longtemps dans le monde, qu’ils n’avaient pas d’autre possibilité. Mais on sait qu’il n’y eut de véritable courant « assimilationniste » que dans les démocraties occidentales. Enfin ce critique déclare qu’il y a eu « dégradation pendant les temps contemporains de la condition des juifs en pays islamique ». Et il ne faut pas juger de la condition du dhimmi d’après ce qui s’est passé aux 19e – 20e siècles. Je suis alors obligé de me demander si l’auteur de ces critiques n’obéit pas, comme beaucoup d’historiens, à un embellissement du passé. Il suffit de constater la remarquable concordance entre les sources historiques se rapportant à des faits et les données de base d’origine pour penser que l’évolution n’a pas dû être si complète.

Si je me suis étendu un peu longuement sur ces critiques, c’est qu’elles m’ont paru importantes pour cerner le caractère « scientifique » de ce livre. Quant à moi, je considère, en effet, cette étude comme très honnête, peu polémique et aussi objective qu’il est possible (compte tenu que j’appartiens à l’Ecole d’historiens pour qui l’objectivité pure, au sens absolu du mot, ne peut pas exister). Nous avons là une très grande richesse de sources assemblées, une utilisation correcte des documents, un souci de placer chaque situation dans son contexte historique. Par conséquent, un certain nombre des exigences scientifiques pour un ouvrage de cet ordre. Et c’est pourquoi je considère cette étude comme tout à fait exemplaire et significative. Mais aussi, intervenant dans le « contexte sensible » que je rappelais plus haut, c’est un livre qui apporte un avertissement décisif. Le monde islamique n’a pas évolué dans sa façon de considérer le non musulman, et nous sommes avertis par-là de la façon dont seraient traités ceux qui y seraient absorbés. C’est une lumière pour notre temps.

Bordeaux, mai 1983

* Le Monde, 18 novembre 1980

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Jacques Ellul, juriste, historien, théologien et sociologiste, est décédé en 1994. De son vivant, il a publié plus de 600 articles et 48 livres, traduits dans une douzaine de langues, plus de la moitié en anglais. De 1953 à 1970 il fut un membre du Conseil National de l’Eglise Protestante Reformée de France. Professeur d’Histoire et de Sociologie des Institutions à l’Université de Bordeaux, son œuvre inclut des études sur les institutions médiévales d’Europe, l’effet de la technologie moderne sur la société contemporaine, ainsi que la théologie morale. Il fut reconnu par des circles académiques américains, comme l’un des plus importants penseurs contemporains.

Voir enfin:

LE NOUVEAU NEGATIONNISME

Anne-Marie Delcambre , islamologue et professeur d’arabe .

Observatoire de l’islam en Europe

May 06, 2005

Tout le monde est d’accord pour stigmatiser le négationnisme d’extrême-droite , à savoir la position de ceux qui nient ou minimisent le génocide des juifs par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale , et notamment l’existence des chambres à gaz . Or nous sommes confrontés aujourd’hui à un négationnisme d’un genre nouveau . Il s’agit de la position de ceux , musulmans ou islamophiles , qui nient ou minimisent le caractère violent et guerrier de l’islam . C’est ici qu’intervient l’affaire Bat Yé’or . Les faits sont les suivants : le 10 mars 2005 l’historienne Bat Yé’or parle dans le journal « Le Point » de son dernier ouvrage « Eurabia » .L’interview est suivi d’un article de Malek Chebel intitulé « Ne semez pas la confusion » proprement insultant pour une historienne mondialement connue , citée dans tous les ouvrages honnêtes qui entreprennent de traiter le problème du statut juridique du non-musulman en terre d’islam.

Le titre de l’article annonce la couleur négationniste « Ne semez pas la confusion » . C’est curieux comme ce titre me rappelle ce verset coranique « Ne semez pas la corruption sur la terre » qui s’adresse aux juifs (sourate 5 , verset

69/64 ) :« Ils s’évertuent à semer le scandale sur la terre alors qu’Allah n’aime pas les Semeurs de scandale » . Malek Chebel dans le journal « La Croix » avait déjà cité ce verset pour démontrer qu’aucune guerre n’est sainte en islam et que ce sont les juifs qui allument le feu de la guerre « Chaque fois que fut allumé un feu pour la guerre , Nous l’éteignîmes » Et c’est Allah qui parle !

Mais là où il ne s’agit plus de non-dit coranique sous-jacent mais de véritable attaque ad hominem c’est lorsque Malek Chebel réduit en cendres la crédibilité scientifique de Ba Yé’or . : si l’on considère que l’Histoire est une science , dit-il , elle demande des « historiens sérieux , formés et surtout non complaisants » . Mais si l’on considère l’histoire comme un récit « les idéologues de mauvais augure ont le loisir de semer la confusion et le doute » .Malek Chebel ne laisse à Bat Yé’or aucune porte de sortie « scientifique » . Elle est dans le premier cas une historienne pas sérieuse , pas formée et surtout complaisante et dans le deuxième cas une idéologue sinistre qui peut à son aise faire son sale travail de démolition !

Mais là où Malek Chebel veut en venir – et il y vient vite – c’est assimiler Bat Yé’or à Oriana Fallaci . Ce n’est pas une vraie historienne , une historienne scientifique . Elle raconte n’importe quoi comme une journaliste , elle est emportée par sa haine de l’islam . Alors que Malek Chebel n’a certainement jamais rencontré Bat Yé’or il écrit « Il n’est question que d’émotion » « d’une propagande qui parle au nom d’un passé révolu et qui vise à condamner collectivement les Arabes » . Une femme émotive , menée par sa sensibilité et son émotivité , la fameuse image qui ressort de tous les textes de la grande période classique qualifiée par ce petit monsieur « d’âge d’or » : la femme assimilée à l’enfant et à l’eunuque , émotive et instable , pleurant facilement et mangeant tout le temps . Pauvre Bat Yé’or , si sérieuse , admirée par son mari , son plus fidèle supporter . Mais que cette savante se rassure . Monsieur Chabel qui ne me connaît pas , lors d’un salon du livre à Toulon m’a littéralement insultée en me qualifiant de « fragile » . ! Même les ecclésiastiques présents à la conférence , pourtant pétris de charité chrétienne , me conseillèrent de porter plainte . Mais que peut-on faire contre la calomnie , c’est la seule défense des faibles !

Cependant il faut croire que Bat Yé’or joue le rôle de catalyseur et polarise toute l’agressivité de cet éminent anthropologue , psychanalyste , sociologue , psychologue . Il s’attribue même la qualification d’islamologue . Je crois que s’il progresse je le verrai bientôt devenu professeur d’arabe ! . Non seulement Bat Yé’or n’est pas une vraie historienne mais c’est une juive ingrate . L’article très habilement établit un parallèle entre « la magnanimité de l’islam classique , celui des Lumières .. et les Rois catholiques qui ont spolié les Juifs « Bat Yé’or ne fait que prendre prétexte de la déliquescence du monde arabe actuel pour régler des ardoises anciennes » Fine mouche le Malek Chebel , il sait qu’en écrivant cela il va toucher une corde sensible chez les Juifs de gauche qui portent toujours en eux le souvenir de l’Inquisition et du déplorable traitement des Juifs en chrétienté. Mais Malek Chebel est un habile homme , il ne prolonge pas trop l’attaque . . Brusquement il affecte de revenir à une objectivité sans faille « les faits , rien que les faits , et pas de subjectivisme élastique , ni d’opportunisme à bas prix » . Pourtant Malek Chebel n’abandonne pas sa proie . Il revient tel un roquet qui ne veut pas lâcher son os . Il veut disqualifier totalement cette historienne qui l’empêche de vendre sa marchandise : l’islam des lumières , mille fois plus tolérant que le christianisme médiéval . Et lentement on sent poindre dans l’article le mépris , ce mépris que les musulmans réservaient, à la belle époque classique , aux dhimmis , ces non musulmans tout juste bons à payer en étant humiliés « Le prétendu travail de Bat Yé’or jette de l’huile sur le feu » et voici le coup le plus bas « heureusement que les Maures du Maghreb accueillirent avec bienveillance les nombreux juifs pourchassés ! » Bat Yé’or fait partie de ces « revanchards » qui osent critiquer leurs anciens bienfaiteurs . Ingrate et comme si cela ne suffisait pas au palmarès des défauts , elle est calculatrice , intéressée « tout est calculé , adroit » . « On négocie pour avoir du succès »ce qui n’est guère probable ! Bat Yé’or saura que seuls les livres de Malek Chebel méritent d’être des succès de librairie !Ils sont tellement scientifiques ! Il faut que ce prétendu psychanalyste fasse attention , la mégalomanie le guette !

Malek Chebel voulait la mort scientifique de Bat Yé’or . Certains lecteurs du journal « le Point » ne se sont pas trompés quand ils ont parlé d’assassinat de Bat Yé’or . Pourtant Malek Chebel devrait se montrer plus charitable . Il sait ce que cela fait d’être « démoli » par la critique . .Michel Onfray , dans son « Traité d’athéologie »[1]dénonce le « Dictionnaire amoureux de l’islam » de Malek Chebel , « partial et partiel » : l’islam , religion de paix et d’amour( !) qui tolère le vin ( « il n’a jamais été question de supprimer radicalement le vin , mais seulement d’en dissuader les bons croyants » , p 617) , voilà un singulier paradoxe en évitant dans les entrées de ce dictionnaire vraiment amoureux : Guerre , Razzias , Combat , Conquêtes , Antisémitisme – ce qui constitue tout de même , dit Onfray , l’essentiel de la vie du Prophète et de l’islam pendant des siècles , en revanche il y a un texte sur les Croisades . Même remarque sur l’absence d’entrée à Juifs , Antisémitisme .. Quant à la sexualité , on lira avec bonheur : « L’islam a libéré le sexe et en a fait un lieu d’extrême sociabilité » p 561[2]

Pour un Michel Onfray qui a remarqué que jamais le texte même du Coran n’était critiqué pas plus d’ailleurs que le prophète de l’islam et que ledit Malek Chebel était un défenseur de sa culture , sans objectivité aucune , que de pauvres lecteurs abusés par ses informations partielles , tronquées , partiales ! Ce prestidigitateur extrêmement habile et fin connaisseur du monde occidental jouait sur du velours en écrivant un article destiné à des non spécialistes . Il savait qu’on risquait de le croire , d’autant plus qu’il cite des historiens juifs pour prouver qu’il n’y aurait jamais eu de discrimination envers les non musulmans . Seulement il cite imprudemment Bernard Lewis ; à moins que , parfaitement cynique , il n’ait eu l’audace de penser que son mensonge découvert il serait trop tard pour effacer ses propos négationnistes . Car Malek Chebel a honteusement menti ; et Bat Yé’or serait parfaitement en droit d’intenter un procès en diffamation au journal « Le point »

En effet j’ai attentivement consulté le livre de Bernard Lewis « Juifs en terre d’islam » , Champs-Flammarion , 2OO2 . Ce qu’écrit Malek Chebel est faux .

Bernard Lewis va aussi loin que Bat Ye’or dans la description de la condition du dhimmi :

p 29 « Selon son interprétation habituelle , la djizya n’était pas seulement un impôt , mais un instrument symbolique de SOUMISSION »

p 50 « l’injure est souvent violente . Les juifs sont traditionnellement qualifiés de singes et les chrétiens de porcs «

p 53 « les stigmates de cette infériorité sont multiformes … tel était également le but des réglementations marocaines qui obligeaient les juifs à aller pieds nus ou à porter des babouches de paille tressée chaque fois qu’ils s’aventuraient hors du ghetto »

Mais surtout Lewis reprend la thèse d’Antoine Fattal « le statut légal des non-musulmans en pays d’islam » , Beyrouth 1958

« Les dhimmis ne sauraient appartenir aux élites guerrières . Ils n’avaient pas le droit de monter à cheval et quand ils chevauchaient un âne ce devait être en amazone , comme une femme . Plus grave , le port des armes leur était strictement interdit … Ils n’avaient pas le droit de se défendre quand des gamins leur lançaient des pierres , forme de distraction qui , dans beaucoup d’endroits , s’est perpétuée jusqu’à nos jours »D’où ce sentiment d’insécurité et de précarité ( p54) p 58 « le statut des dhimmis était perçu comme VIL ET MEPRISABLE . Le dhimmi représentait aux yeux des musulmans l’archétype de l’inférieur et de l’opprimé »

Malek Chebel a menti et il l’a fait sciemment . Je le répète c’est avec plaisir que j’accepterais de témoigner dans un procès en diffamation . Mais ici je voudrais citer le grand savant Jacques Ellul qui a voulu rédiger la préface à la version anglaise du livre de Bat Yé’or[3] et qui écrit « « c’est pourquoi je considère cette étude comme tout à fait exemplaire et significative . C’est un livre qui apporte un avertissement décisif . Le monde islamique n’a pas évolué dans sa façon de considérer le non musulman , et nous sommes avertis par là de la façon dont seraient traités ceux qui y seraient absorbés . C’est une lumière pour notre temps »

C’est la réponse de Jacques Ellul à l’article négationniste de Malek Chebel , c’est la meilleure défense de celle dont le nom d’emprunt , Bat Yé’or , signifie en hébreu « fille du Nil » ; car toute la vie de cette femme , juive d’origine égyptienne , aura été un combat pour que les juifs et les chrétiens ne soient plus jamais assujettis à ce statut de seconde zone que l’islam , appliqué à la lettre , leur réserve . Ce que seul un juriste comme Jacques Ellul avait compris c’est que les droits du dhimmis étaient des droits seulement OCTROYES qui pouvaient donc être retirés . En préfaçant le livre de Bat Yé’or Jacques Ellul voulait donner un avertissement assez solennel . Cet avertissement il est à souhaiter que beaucoup l’entendent aujourd’hui.

Voir par ailleurs:

Les projets de constitution palestinienne (1993-2000) : l’islam comme élément de souveraineté

Jean-François LEGRAIN Chercheur CNRS/GREMMO -Maison de l’Orient Méditerranéen Lyon

(…)

2.4. L’islam comme élément de souveraineté

Les 4 premiers drafts s’étaient abstenus d’aborder les questions de la religion de l’État et des sources de la législation. Il ne s’agissait en rien, selon Anîs Al-Qâsim, d’un oubli mais de la volonté de reporter une prise de décision susceptible de diviser à la rédaction d’une constitution définitive élaborée en toute liberté dans le cadre d’un État souverain (QASEM (AL-), A. 1992-1994, 199-200).

La religion n’en était pas pour autant ignorée et figurait dans divers dispositifs concernant les libertés. Ainsi, le 1er draft, dans son article 62, garantit que ”toute personne jouira de la liberté de pensée, de conscience et de religion” (l’article 67 de la 2e mouture supprime la mention de la liberté de religion et la remplace par celle de la liberté d’expression, correction reprise par l’article 14 de la 3e mouture, ou 29 du ministère de la Justice), une affirmation complétée par l’article 79 (article 18 des versions adoptées par le CLP), selon lequel ”la liberté de foi (‘aqîda), et de pratique des rites religieux est garantie sous réserve de l’absence de trouble de l’ordre public ou des bonnes mœurs” (l’article 34 de la version du ministère de la Justice mentionne la même garantie en omettant toute limite), et par l’article 80 qui stipule que ”l’accès aux Lieux-Saints, aux bâtiments et aux lieux [sic, le texte ici utilisé ayant sans doute oublié l’adjectif ”religieux” présent dans le 2e draft ] avec l’intention de les visiter est garanti pour l’ensemble des citoyens et des étrangers sans distinction, de même [qu’est garantie] pour les fidèles la liberté d’y pratiquer le culte dans le cadre du respect de la politique de sécurité, de l’ordre public ou des bonnes mœurs” (repris dans l’article 36 de la version du ministère de la Justice).

Dans le cadre du principe de la souveraineté de la loi, l’article 83 (repris en des termes comparables dans l’article 91 du 2e draft, 38 des 3e et 4e, 9 des versions adoptées par le CLP) stipule également que ”les gens, quels qu’ils soient, sont égaux devant le [système] judiciaire. Tous, quels qu’ils soient, sont égaux devant la loi et bénéficient sans aucune discrimination d’un droit égal de protection, que cette discrimination soit due à la race, à la couleur, au sexe, à la langue, à la religion, à l’opinion politique, à l’origine, […]”.

Quoique vague dans sa définition des bénéficiaires, l’article 73-2 stipule enfin que ”les minorités (al-aqalliyât) et autres [sic, la maladresse de la phrase tient peut-être à l’oubli d’un mot dans la source utilisée, la 2e mouture mentionnant dans son article 78-2 au contenu identique ”les minorités religieuses et autres”, texte repris à l’identique dans l’article 25-2 des 3e et 4e drafts] auront le droit d’établir des écoles privées […]”. Ce lien entre ”minorités religieuses” et écoles privées n’apparaît plus dans les versions adoptées par le CLP qui se contentent dans leur article 24-d de mentionner : ”Les écoles et instituts privés suivront les curricula mis en place par l’Autorité nationale […]” pas plus que dans la version du ministère de la Justice qui autorise ”les individus et les organismes” (article18-2) à ouvrir de telles écoles.

Ignorant Jérusalem comme capitale politique comme déjà souligné, le 2e draft inclut pourtant la ville dans la Palestine dont il trace le cadre constitutionnel mais dans le cadre de la défense de certaines libertés et sous un mode d’appréhension religieux. C’est en effet à l’occasion des articles traitant des Lieux-Saints, de la liberté d’accès et de culte que Jérusalem est mentionnée : ”Jérusalem est une ville sainte pour les 3 religions célestes. En devoir de fidélité au patrimoine spirituel de la Palestine, les autorités palestiniennes se doivent d’aménager les conditions de la coexistence et de la tolérance entre les religions à Jérusalem et dans le reste de la Palestine” (article 84). Les articles 85 et 86 reprennent ensuite les articles 79 (en ajoutant la liberté de culte à la liberté de foi et de pratique des rites religieux) et 80 du 1er draft déjà cités. Les 3e et 4e drafts avec leurs articles 31 à 33 reproduisent les mêmes dispositifs. La version de Bir Zeit (article 22 du chapitre 2) comme celle du ministère de la Justice (article 19) reproduisent ce texte sur Jérusalem, ville sainte, mais les textes adoptés par le CLP l’ignorent comme celui de Ali Khashan. A cette occasion, les auteurs du 2e draft ont introduit la notion de ”patrimoine spirituel” de la Palestine ; le préambule des versions adoptées par le CLP parlera de ”composantes spirituelles”. Si aucune des textes n’en donne une définition précise, la référence dans le même contexte aux ”religions célestes” renvoie à un univers explicitement musulman.

Le serment imposé dans des termes identiques depuis le 1er draft au président de l’ AP lors de son intronisation et aux membres du Conseil s’insère lui-même dans une vision religieuse du monde en l’absence toutefois de connotation confessionnelle particulière : ”Je jure devant Dieu le Très-Grand d’être loyal à la patrie et à ses [principes] sacrés, à son héritage national […]” (articles 5 et 16 dans le 1er draft, devenus 7 dans le 2e, 51 dans le 3e, 69 dans le 4e, puis 35 et 57, 36 et 52 dans les versions adoptées par le CLP).

Dans le cadre de la description des rouages de l’AP, le 1er draft prévoyait également dans son article 30 qu’un ”bureau de la législation et de la fatwa” sera établi sous la direction d’un conseiller juridique nommé par le président. De façon générale, ce dîwân aura pour prérogatives de fournir le conseil juridique au Conseil et aux divers départements dans les affaires qui lui seront présentées et de préparer les projets de lois, les motions législatives et les décrets. Administrativement, ce dîwân dépendra du département de la Justice”. Cette institution disparaît ensuite du 2e draft ([22]).

L’entrée en force de l’islam intervient en fait à partir de la 1ère des versions élaborées par le Comité Juridique du CLP à la mi-juin 1996 et se retrouve avec quelques modifications dans les versions adoptées ultérieurement par le CLP lui-même, les textes de Ali Khashan et de la ”Commission de rédaction de la constitution” témoignant de l’attachement à l’islam le plus poussé. Cette ”islamisation” va de pair avec la ”redécouverte” de l’appartenance de la Palestine à l’ensemble arabe déjà mentionnée.

C’est à partir de la 6e mouture en effet que l’islam est proclamé ”religion officielle en Palestine”, expression que l’on retrouve à l’identique dans les versions ultérieures adoptées par le CLP, mais néanmoins dans des contextes différents. La version adoptée en 1ère lecture avait en effet retenu pour article 4-1 : ”La Palestine est le berceau des 3 religions célestes. L’islam est la religion officielle en Palestine et les autres religions [y jouissent] du respect et de la sanctification requis” ([23]). Cette appréhension religieuse de la Palestine disparaît entre la 2e et la 3e lecture du texte au terme d’un débat. Le texte ultime retient donc pour article 4-1 le texte suivant : ”L’islam est la religion officielle en Palestine et les autres religions célestes [y jouissent] du respect et de la sanctification requis”.

Cette caractérisation n’entraîne cependant pas d’identification confessionnelle du président. Aucune des versions consultées ne prescrit d’ailleurs de caractère pré-requis pour une candidature à ce poste, à l’exception de celles du ministère de la Justice qui exige de tout candidat qu’il soit ”Palestinien des 2 pères, qu’il jouisse de l’ensemble des ses droits civils et politiques et soit âgé de 40 ans au moins” (article 78) et de Ali Khashan pour qui le candidat à la présidence doit être ”Arabe palestinien des 2 pères et jouir de l’ensemble des ses droits civils et politiques” (article 91).

La mention de la charî ’a intervient quant à elle à partir du 7e draft élaboré par le ministère de la Justice selon lequel ”les principes de la charî’ a islamique constituent une source principale de la législation” [souligné par moi] (article 4), mention qui apparaît conjointement à la proclamation de la langue arabe langue officielle de Palestine mais en l’absence de la mention de l’islam comme religion d’État. Le texte de Ali Khashan fait de la charî ’a ” la source principale de la législation” [souligné par moi] (article 4) mais en l’absence également de toute mention de l’islam comme religion officielle, et la 10e mouture aurait également stipulé que ”les principes de la charî’ a constituent la source principale de la législation” [souligné par moi] (CHASE, A. 1997, 39). La version adoptée en 1ère lecture par le CLP, suivie par les versions adoptées en 2e et 3e lectures, revient quant à elle à l’expression retenue par le 7e draft ne faisant de la charî ’a qu’ une source principale de la législation, et non la source (article 4-2). Trois ans plus tard, la ”Commission de rédaction de la constitution” faisait des ”principes de la charî’ a la source principale de la législation” [souligné par moi] et de l’islam ”la religion officielle de l’État”.

Conjointement à l’introduction de la charî ’a comme référence juridique, les moutures les plus récentes enferment explicitement le citoyen dans une appartenance à une communauté religieuse par un certain nombre de dispositifs. La version rédigée par Bir Zeit (article 6 du chapitre 6) comme celle du ministère de la Justice s’étaient contentées de mentionner 3 catégories de tribunaux, réguliers, religieux et spéciaux, sans en définir le champ de compétence. L’article 98 de la mouture adoptée en 1ère lecture par le CLP, repris dans l’article 114-b de la version adoptée en 3e lecture, assujettit explicitement les questions de droit personnel à des cours religieuses. L’article 96 du 1er draft (105 du 2e, 107 du 3e, 121 du 4e, repris sous une forme légèrement différentes dans les articles 110 puis 109 des versions adoptées par le CLP), qui stipulait que ”les lois, les motions, les statuts et décrets en vigueur dans la bande de Gaza et en Cisjordanie avant la promulgation de cette loi le demeureront sous réserve qu’ils ne contredisent aucune de ses dispositions et ce jusqu’à la loi les amende ou les annule”, laissait place certes au maintien des cours religieuses sans le spécifier. Dorénavant, outre le fait qu’un individu ne saurait être que musulman ou chrétien (le cas des juifs ne se pose pour le moment que pour les Samaritains), sans que le musulman puisse se convertir à l’une des diverses déclinaisons de la foi chrétienne, il se trouve de facto enfermé dans les inégalités induites par les divers codes religieux en matière de mariage (une musulmane ne peut épouser qu’un musulman) ou de divorce (refusé par les chrétiens uniates, courant chez les musulmans), de témoignage, d’héritage, etc. Du coup, certains pourront considérer que l’article 9 sur l’égalité du citoyen face à la loi se trouve invalidé.

Ayant fait de la charî ’a la source principale de la législation, le texte de Ali Khashan s’abstient de mentionner ces dispositifs confessionnels et ignore toute référence aux ”religions célestes”, En des termes comparables à ceux employés par les versions rédigées par le CNP et le CLP il stipule que ”la liberté de conscience est absolue. La liberté de croyance (i ’tiqâd) est garantie de même que sont protégés les lieux de culte, la liberté de pratiquer les rites des religions ainsi que les processions et réunions religieuses conformément aux coutumes observées” (article 45) et affirme que ”les Palestiniens sont égaux devant la loi. Aucune distinction en matière de droits ou de devoirs publics n’intervient entre eux pour des raisons de sexe, d’origine, de langue, de religion ou de foi” (article 28). Religion et traditions ne sont pas oubliées pour autant. L’article 10 fait ainsi de ”la famille la base de la société. Elle repose sur la religion, les bonnes mœurs et l’amour de la patrie” et l’article 17 n’est pas exempt d’ambiguïtés en accordant ”à la femme palestinienne le droit de participer effectivement à la vie politique, sociale, culturelle et économique. La loi oeuvrera à abolir toutes les entraves qui interdisent le développement de la femme et sa participation à la construction de la famille et de la société en conformité avec les traditions arabes originelles”.

La ”Commission de rédaction de la constitution” offre à l’évidence la plus grande place à l’islam et aux 2 autres religions du Livre dans leur acception islamique. Les premiers mots de son préambule, lui-même précédé de la basmala, y sont consacrés : ”Confiants en Dieu et croyant en l’importance mondiale de la Palestine, lieu de rencontre des révélations célestes voulu par Dieu […], les Palestiniens etc.”, un lien entre la terre et les ”révélations” (al-risâlât) à plusieurs reprises mentionné. L’article 5 fait ainsi de l’islam ”la religion officielle de l’État qui [offre] aux révélations célestes respect et sanctification”. L’article 6, enfin, stipule que ”les principes de la charî ’a islamique constituent la source principale de la législation. En ce qui concerne les adeptes des révélations célestes, ils bénéficient d’un régime de statut personnel dans la mesure où il s’accorde avec les stipulations de la constitution et la préservation de l’unité, de la pérennité et du développement du peuple palestinien”. Dans cette même logique, l’article 38 stipule que ”la liberté de foi, de culte et de pratique des rites religieux est garantie dans la mesure où elle ne constitue ni un trouble de l’ordre public ni une insulte pour les révélations célestes”.

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