Certains paraissent avoir d’étranges difficultés à se rendre compte que c’est ici en Asie que les conspirateurs communistes ont décidé de jouer leur va-tout pour la conquête du monde et que nous avons relevé le gant en nous lancant dans la bataille et que nous livrons ici la guerre de l’Europe avec des armes pendant que les diplomates la livre encore avec les paroles, et que si nous la perdons la chute de l’Europe sera inévitable… Mac Arthur (lettre au leader républicain Joseph Martin, 20.03.51)
La paix a un prix. Nos nations rendent hommage à leurs fils et filles en uniforme qui répondirent à l’appel de leurs patries pour aller défendre un pays qu’ils ne connaissaient pas et un peuple qu’ils n’avaient jamais rencontré. Président Clinton et Président Kim Young-sam (inauguration du Mémorial aux Combattants de Corée, Washington D.C., 25 juillet 1995)
Nous avions dressé une liste de chaque désavantage naturel et géographique et Incheon les a tous. Commandant Arlie G. Capps
Le Conseil [de Paris] abuse de noms interminables attribués à des lieux improbables […] On trouve aussi en 1984 une ridicule place du Bataillon Français de l’O. N. U. en Corée correspondant à un parterre de fleurs et une tout aussi ridicule place des Combattants en Afrique du Nord à la croisée du boulevard Diderot et de la rue de Lyon. Heureusement, ces lieux ne correspondent pas à une adresse postale, car leur intitulé aurait de la peine à tenir sur une enveloppe. Alfred Fierro
Grave provocation à la guerre des fantoches de Washington en Corée. L’armée de la République populaire riposte victorieusement à l’agression des troupes de la Corée du Sud. L’Humanité (26 juin 1950)
L’impérialisme américain porte plus loin dans le cannibalisme l’affirmation hitlérienne. L’Humanité (2 avril 1952)
Si, aujourd’hui, des millions d’hommes voient en Picasso, l’auteur de la Colombe, l’homme de la paix, ils sont infiniment plus proches du vrai Picasso que les esthètes rabougris, qui se délectent de certains de ses tableaux en n’y voyant que des surfaces colorées sans signification objective, mais qui se détournent du Massacre de Corée avec dédain et dégoût. D. H. Kahnweiler
La guerre de Corée, ce n’était pas une tactique communiste : c’était le contraire. C’était un piège dans lequel les armées coréennes du Nord sont tombées. Sartre
Quant aux « accusations fallacieuses » concernant l’utilisation de l’arme bactériologique par les Américains, elles se révèlent aujourd’hui étayées par plusieurs types de sources. Les Américains auraient, par voie aérienne, pulvérisé à la frontière sino-coréenne des germes de contamination et auraient diffusé des insectes contaminés provoquant différentes épidémies. LCR (17.07.2000)
Chaque jour, l’aviation américaine et britannique bombarde l’Irak, censé camoufler un programme d’armes chimiques et bactériologiques. Un des objectifs affichés de la politique étrangère de Washington reste la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Pourtant, l’ouverture des archives prouve que les Etats-Unis ont été les premiers à intégrer l’arme bactériologique dans leur doctrine militaire. Et divers indices confirment qu’ils l’ont utilisée, au moins à titre expérimental, au cours de la guerre de Corée. Stephen Endicott et Edward Hagerman
Vu l’état d’impréparation de l’armée sud-coréenne et la présence sur place de quelques centaines seulement de conseillers américains, et depuis l’ouverture des archives soviétiques, il est désormais acquis que l’offensive générale du 25 juin 1950 fut préparée de longue date par la Corée du Nord. Bernard Droz (1992)
Carl Sagan used to say that extraordinary claims require extraordinary evidence. The evidence Endicott and Hagerman present for their extraordinarily dubious claim is notable only for its weakness. The Chinese and North Koreans themselves had the means, motive and opportunity to fabricate evidence, and were known to rewrite history for propaganda purposes. Any plausible defense of the claim that the Americans were guilty of biological warfare in the Korean conflict must address the question of fabricated evidence. Endicott and Hagerman do not even raise it. Ed Regis
Attention: une guerre oubliée peut en cacher une autre!
En ce 60e anniversaire du brillantissime débarquement d’Incheon du général Mac Arthur (et de la reprise de Séoul dix jours plus tard} qui fut, comme le reste de la Guerre de Corée elle-même, largement ignoré en France …
Au lendemain de la reprise, dans une affiche de propagande, d »une nouvelle et flagrante aggression nord-coréenne contre une corvette sud-coréenne …
Et au-delà, depuis le journaliste australien notoirement à la solde de Moscou William Burchett aux historiens canadiens Stephen Endicott et Edward Hagerman, des sempiternelles dénonciations d’une prétendue utilisation américaine de l’arme biologique relayés par les irréductibles stals du Monde diplomatique ou de la LCR …
Comme de la bien-pensante monumentalité de nos gouvernants (qui connait le parterre de fleurs grandiloquemment qualifié de place du Bataillon Français de l’O. N. U. en Corée par le Conseil de Paris ou la petite stèle coincée sur un obscur quai de Seine?) …
Ou même des quelques rares hommages au millier à peine (trois milliers en tout, dont, qui le sait, Jean Lateguy ou Alfred Sirven) d’obscurs volontaires qui relevèrent du mieux qu’ils purent l’honneur du Pays des droits de l’homme certes empêtré alors dans une guerre coloniale au Vietnam …
Comment ne pas s’étonner de ce déni continue de la guerre oubliée derrière la guerre oubliée, a savoir de la véritable guerre idéologique à laquelle donna lieu en France cette première des guerres de la Guerre froide?
Qui rappelle en effet le climat d’hystérie collective orchestré alors par le PCF pour ses commanditaires de Moscou contre la barbarie impérialiste et Ridgway la peste?
Qui se souvient des invectives de l’idiot utile et président de l’Association France-URSS Sartre ou des tableaux du compagnon de route Picasso (Massacre en Corée puis Guerre et paix) apportant sa caution d’artiste à la campagne d’intoxication anti-américaine?
Et qui dira enfin le courage qu’il fallut, à nos valeureux volontaires, contraints d’embarquer sous les sifflets et les insultes voire en cachette pour tromper les manifestants avant le mépris ou l’indifférerence du retour?
Septembre 1950. MacArthur en Corée.
Claude Jacquemart
Valers actuelles
16/09/2010
Avec le débarquement d’Inchon, MacArthur, héros de la guerre du Pacifique, déjoua les plans de la Corée du Nord qui se targuait de régler le sort de son voisin du Sud en quelques jours. Avant sa disgrâce, en 1951.
Au plus fort de la guerre de Corée, en septembre 1950, une manoeuvre hardie brisa l’élan des troupes communistes qui, venues du nord, avaient refoulé au sud de la péninsule les débris de l’armée sudcoréenne. Les Américains débarquèrent leurs marines à Inchon, à l’ouest de Séoul, la capitale sud-coréenne située au nord du pays et conquise par les Nord-Coréens. Surpris par cette opération sur leurs arrières, ceux-ci se désagrégèrent. L’auteur de cette manoeuvre couronnée de succès s’appelait Douglas MacArthur. Un chef hors norme, auréolé par la victoire des États-Unis sur le Japon.
La genèse du conflit se situe dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, quand la guerre froide vint se substituer à l’alliance conclue entre l’URSS et les démocraties contre l’Allemagne hitlérienne. À la conférence de Yalta, en février 1945, il avait été convenu, dans la perspective de la victoire alliée en Extrême-Orient, que les forces japonaises stationnées en Corée se rendraient aux Soviétiques au nord du 38e parallèle et aux Américains au sud de cette ligne.
Puis, au lendemain de la guerre, une commission des Nations unies fut chargée d’organiser des élections libres en Corée, prélude à la formation d’un gouvernement national pour l’ensemble de la péninsule. Processus refusé par Staline, pour qui l’Onu ne constituait que l’arrière-cuisine des États-Unis.
Résultat : les élections, organisées seulement dans le Sud, aboutirent, le 19 juillet 1948, à la proclamation d’une République de Corée dirigée par Syngman Rhee, nationaliste et anticommuniste, chef du gouvernement coréen en exil constitué en 1919. En réplique, une République populaire démocratique de Corée fut instituée au Nord avec, à sa tête, le communiste Kim Il-sung, formé en URSS dont il était revenu en 1945 avec le grade d’officier de l’Armée rouge, prenant dès ce moment le pouvoir à Pyongyang.
Syngman Rhee et Kim Il-sung se posaient l’un et l’autre en leaders naturels d’une Corée réunifiée. Or, en 1949, le contexte international se modifia radicalement. L’URSS se dota de la bombe atomique, jusqu’alors réservée aux États-Unis, et les communistes chinois, avec Mao Zedong, prirent le pouvoir à Pékin, contraignant les nationalistes de Tchang Kaï-chek à se replier sur Formose. Kim Il-sung, dont l’armée surclassait celle du Sud, jugea le moment favorable pour imposer sa domination à l’ensemble de la péninsule. Et Staline, d’abord circonspect, donna son feu vert.
Le 25 juin 1950, 135 000 soldats nordcoréens, appuyés par quelque 150chars d’origine soviétique, 1 700pièces d’artillerie et 200 avions de combat, déferlèrent sur le Sud. La petite armée sudcoréenne (38 000hommes), dépourvue de blindés, d’avions et d’artillerie, fut balayée. Dès le 28 juin, la capitale Séoul était conquise.
Les services de renseignements américains n’avaient rien vu venir, et ceux de MacArthur, qu’il considérait pourtant comme excellents, pas davantage. Au reste, la présence américaine en Corée du Sud était des plus réduites. Les États- Unis réagirent cependant avec énergie. Deux jours après l’attaque communiste, et en l’absence des Soviétiques qui pratiquaient alors la politique de la chaise vide au Conseil de sécurité, celui-ci condamnait l’agression nord-coréenne et confiait aux Américains le commandement d’une force militaire destinée à la repousser. Seize pays entrèrent dans cette coalition. Parmi eux, la France, avec un bataillon commandé par le lieutenant-colonel Magrin-Vernerey, alias Monclar, ancien des Forces françaises libres, qui avait rendu ses étoiles de général pour commander à nouveau sur le terrain. Le commandement de ces troupes fut confié à MacArthur.
Ce qui restait des forces sud-coréennes et américaines s’efforçait de résister dans une poche autour de Pusan, au sud du pays. Elles risquaient cependant d’être balayées. C’est alors que Mac – Arthur mit en oeuvre l’opération d’Inchon. À son tour, l’ennemi dut se replier en catastrophe. Séoul fut repris le 26 septembre. Désormais, les alliés, forts de 250 000 hommes (165 000 dans les unités terrestres, 85 000 pour la marine et l’aviation), étaient supérieurs en effectifs et en armements.
Le 7 octobre, trois semaines après le débarquement d’Inchon, ils franchissaient le 38e parallèle et envahissaient la Corée du Nord. Le 26, des éléments avancés atteignirent le fleuve Yalu, marquant la frontière entre ce pays et la Chine. C’est alors que les Chinois entrèrent dans le conflit, ouvrant une nouvelle phase de la guerre. Mao Zedong confia à une « armée des volontaires du peuple chinois », forte de 270 000hommes, le soin de combattre les « envahisseurs ». Les alliés furent repoussés, puis ils contreattaquèrent avant d’être à nouveau rejetés au sud du 38e parallèle, fin novembre, par les Chinois dont les effectifs avaient doublé et que protégeait l’aviation soviétique. Séoul fut repris par le Nord en janvier 1951.
Le conflit s’aggravait en s’internationalisant. Du coup, MacArthur préconisa une solution radicale : le bombardement nucléaire de la Mandchourie– autrement dit, du territoire chinois (on était alors cinq ans et demi après la frappe de Hiroshima). Il fit également entrer en lice des Chinois nationalistes de Tchang Kaï-chek. Puis, négligeant les instructions de la Maison-Blanche, il reprit l’offensive vers le nord.
Congédié par Truman, ovationné par le Congrès
Or, le président Truman ne voulait pas d’une extension de la guerre en Asie. Sa préoccupation majeure était l’Europe, dont une moitié avait déjà été abandonnée à Staline. Et il redoutait un affrontement direct avec l’Union soviétique. Le 11 avril 1951, achevant de déjeuner au Dai-ichi, sa résidence de Tokyo, MacArthur fut averti qu’il venait d’être relevé de son commandement en Extrême-Orient. À sa femme il lança : « Jeannie, nous rentrons enfin chez nous ! » Mais il écrivit plus tard dans ses Mémoires qu’il avait été renvoyé « comme une femme de ménage ou une servante ne le fut jamais, au mépris des formes élémentaires de la politesse ».
Son retour aux États-Unis fut un triomphe. Les Américains vivaient alors à l’heure du maccarthysme anticommuniste et se préparaient à envoyer les époux Rosenberg à la chaise électrique. Devant le Congrès, le 19 avril 1951, le grand chef déchu, qui avait voulu affronter les communistes jusque dans leurs sanctuaires, fut ovationné plus de trente fois lors d’un discours de trente-cinq minutes. Des ambitions présidentielles lui furent prêtées pour 1952. Mais MacArthur se contenta de la présidence de la Remington Rand Corporation. Il occupa jusqu’à sa mort, en 1964, un appartement du Waldorf- Astoria de New York. Sa femme mourut en 2000, âgée de 101 ans.
Le général Ridgway avait pris sa suite en Corée. La guerre s’y termina en 1953, les belligérants se retirant de part et d’autre du 38e parallèle, séparant la péninsule en deux États, situation qui existe toujours. D’interminables pourparlers de paix s’engagèrent sur la frontière, à Panmunjom. Le conflit avait fait plus de 58 000 morts chez les Coréens du Sud, plus de 33 000 chez les Américains, 300 000 chez les Coréens du Nord et 200 000 chez les Chinois, plus des centaines de milliers de blessés et de disparus. Chez les Français, 262 périrent au combat et plus de 1 000 furent blessés, sur un contingent de 3 421 hommes
Voir aussi:
Ed Regis
The NYT
June 27, 1999
THE UNITED STATES AND BIOLOGICAL WARFARE
Secrets From the Early Cold War and Korea.
By Stephen Endicott and Edward Hagerman.
Illustrated. 274 pp. Bloomington:
Indiana University Press. $29.95.
On March 15, 1952, The People’s Daily in Beijing printed nine photographs it claimed were proof that the United States was waging germ warfare in China. They showed clumps of dead flies, close-ups of other insects, microscopic images of bacteria and smudges identified as bluish impurities, among other things. The captions described poisonous insects, meningitis double globular bacteria, ulcerous cylindrical bacteria and flies that could crawl but not fly.
The New York Times got hold of the photographs, translated the captions into English and asked two scientists, C. H. Curran, chief curator of insects and spiders at the American Museum of Natural History, and Rene Dubos, a bacteriologist at the Rockefeller Institute of Medical Research, to examine them. In a front-page article on April 3, 1952, under the headline »Reds’ Photographs on Germ Warfare Exposed as Fakes, » The Times published the photographs, the captions, in Chinese and translation, and the experts’ comments.
The flightless flies, according to Curran, were simply too cold to fly. This happens to all flies when they become chilled. (The picture had been taken outdoors, in winter.) One of the alleged poisonous insects was a mosquito from which the wings had been removed; others were perfectly harmless stoneflies, slow fliers that would be extremely poor at disseminating diseases even if they could be inoculated. The alleged meningitis double globular bacteria, Dubos said, were the wrong shape, round instead of kidney-shaped, and single (meningitis bacilli occur in pairs). The alleged ulcerous cylindrical bacteria, he said, resembled any of the hundreds of rodlike bacteria found in the air and were harmless. The bluish impurities were unidentifiable blobs.
In »The United States and Biological Warfare, » Stephen Endicott and Edward Hagerman, historians at York University in Toronto, resurrect the almost 50-year-old claim, denied by the United States Army, scientific experts and the State Department, from the beginning and ever since, that the United States waged germ warfare in China and Korea. The gist of their argument is that the Army had the means, motive and opportunity. Opportunity and motive are apparent on the face of it; means is debatable. The authors show that by 1952 the Army had tested a munition for the dispersal of Brucella suis, the cause of brucellosis, an incapacitating disease; they do not show that the Army ever used it in China, Korea or anywhere else.
The authors acknowledge that after 20 years of research they have failed to turn up a single document in American archives that provides direct evidence for their claim. They therefore build a circumstantial case that relies heavily on documents provided by the North Koreans and the Chinese. In fact, the authors reproduce some of the nine Chinese photographs and captions, but they make no mention of the article in The Times, even though their bibliography cites a standard reference work by Milton Leitenberg that discusses the forgeries, mentions the experts by name and summarizes their conclusions. This is appalling.
Carl Sagan used to say that extraordinary claims require extraordinary evidence. The evidence Endicott and Hagerman present for their extraordinarily dubious claim is notable only for its weakness. The Chinese and North Koreans themselves had the means, motive and opportunity to fabricate evidence, and were known to rewrite history for propaganda purposes. Any plausible defense of the claim that the Americans were guilty of biological warfare in the Korean conflict must address the question of fabricated evidence. Endicott and Hagerman do not even raise it. If theirs is the best case that can be made for American germ warfare activities in China and Korea, it amounts to a dismissal of the charges and an exoneration of the accused.
Ed Regis’s new book, »The Biology of Doom, » about the American germ warfare program, will be published this fall.
Voir enfin:
UN DES SECRETS LES MIEUX GARDÉS DE LA GUERRE FROIDE
Les armes biologiques de la guerre de Corée
Chaque jour, l’aviation américaine et britannique bombarde l’Irak, censé camoufler un programme d’armes chimiques et bactériologiques (lire pages 16 et 17). Un des objectifs affichés de la politique étrangère de Washington reste la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Pourtant, l’ouverture des archives prouve que les Etats-Unis ont été les premiers à intégrer l’arme bactériologique dans leur doctrine militaire. Et divers indices confirment qu’ils l’ont utilisée, au moins à titre expérimental, au cours de la guerre de Corée.
Le Monde diplomatique
Juillet 1999
« Je suis allé en Chine en 1952 pour évaluer les affirmations sur la guerre bactériologique. Sans détailler les preuves, je suis revenu convaincu que les officiels chinois croyaient que celles-ci étaient concluantes. A mon retour, Alan Watt, mon successeur comme chef du département australien des affaires étrangères, m’a informé que, à la lumière de mes déclarations, il avait cherché des réponses à Washington et qu’il avait été informé que les Etats-Unis avaient utilisé des armes biologiques en Corée, mais uniquement à titre expérimental », écrit le docteur John Burton, ancien chef du département australien des affaires étrangères, dans une lettre à Stephen Endicott datée du 12 avril 1977.
Le 27 octobre 1950, deux semaines après l’entrée des troupes chinoises dans la guerre de Corée (1950-1953), à un moment où l’on craint une généralisation du conflit, George Marshall, le secrétaire américain à la défense, donne le feu vert pour un important programme bactériologique. Le 21 décembre 1951, le secrétaire à la défense par intérim, Robert Lovett, presse les chefs d’état-major interarmes d’agir afin que « la préparation effective soit réalisée dans les plus brefs délais » et qu’ils fournissent « des directives, dans le cadre de plans de combat et d’appui logistique, pour l’emploi d’armes chimiques et bactériologiques ».
Le 2 février 1952, l’état-major interarmes ordonne le développement, « sans délai, d’une forte capacité offensive » et de « tous les moyens efficaces pour faire la guerre, même ceux dont l’emploi est sans précédent ». L’argument avancé avec succès par l’état-major est que le gouvernement devrait se prévaloir secrètement du précédent établi pour la guerre atomique et prévoir une doctrine de l’usage des armes bactériologiques sous réserve d’autorisation présidentielle (1).
Jusqu’à ce jour, Washington nie l’existence d’une doctrine offensive dans ce domaine. Pourtant, les archives dévoilées parcimonieusement prouvent le contraire et confirment que l’état-major a mis la guerre bactériologique au sommet de ses priorités stratégiques, à égalité avec le nucléaire. Le gouvernement a financé massivement cette recherche, mobilisant au maximum les ressources militaires et civiles. Dans le cadre d’un programme urgent (crash program) développé entre 1950 et 1952 et généreusement financé, les Etats-Unis étaient en passe de devenir la première nation au monde à incorporer les armes bactériologiques dans un système et dans une doctrine d’armements modernes.
Travaillant essentiellement suivant les directives de l’armée de l’air, des chercheurs militaires et une foule de sous-traitants civils mettent l’accent sur les armes antipersonnel, tout en développant des armes antirécoltes. Ils mettent au point une substance antipersonnel et une munition appropriée, et commencent la fabrication en série d’une longue liste de produits.
Le programme comporte également la conversion d’une bombe destinée à la distribution de tracts de guerre psychologique en « bombe à plumes » bactériologique, porteuse de spores de charbon céréalier, mais visant aussi l’intendance et l’équipement des armées au combat. Pour le développement des munitions, on privilégiera les aérosols provoquant l’infection par voies respiratoires, tout en travaillant à d’autres vecteurs de contamination des cultures alimentaires. Selon les termes d’un accord tripartite avec la Grande-Bretagne et le Canada, les Etats-Unis travaillent également avec ce dernier sur des « insectes-vecteurs » et sur les moyens de les propager.
A la fin de 1950, révèlent les archives disponibles, le comité pour la guerre bactériologique du département de la défense félicite la division des opérations spéciales, responsable des armes secrètes à Fort Detrick, pour « l’originalité, la grande imagination et l’agressivité dont elle a fait preuve dans l’invention des moyens et des mécanismes de la dissémination secrète de substances de guerre bactériologique ». Des capacités d’intervention sont donc disponibles , et le secret est considéré comme décisif puisqu’il permet de faire passer des interventions humaines pour une épidémie « naturelle ». Le programme s’intéresse, entre autres, au choléra, à la dysenterie, à la typhoïde et au botulisme pour des actions antipersonnel, et plus généralement à des toxines anti-animaux.
Ce projet privilégie le développement d’un système d’armements intégré pour la guerre, qui doit être opérationnel pour le 1er juillet 1954, mais il comporte aussi des capacités opérationnelles , au niveau des unités et avec des appuis logistiques, qui peuvent être mises en oeuvre dès le mois de mars 1952. Des plans détaillés d’opérations aéroportées contre les forces ennemies, associant armes nucléaires et bactériologiques, ainsi que des plans de destruction de récoltes sont mis au point. En plus des capacités pour une guerre ouverte, se crée une structure opérationnelle pour la guerre bactériologique secrète en Asie, bien camouflée au sein de la division pour la guerre psychologique de l’armée de l’air et qui travaillait en étroite collaboration avec la CIA.
Cependant, au milieu de l’année 1953, au vu des résultats décevants, le programme d’urgence sera annulé par l’état-major interarmes et remplacé par un programme à plus long terme
Une question reste posée. Est- ce que la logique de crise et la fascination pour de nouvelles technologies, libérées de toute contrainte morale, ont conduit les Etats-Unis à se livrer en Corée à des expériences destinées à vérifier l’efficacité des armes bactériologiques ? Selon des documents conservés dans les archives gouvernementales et militaires chinoises, longtemps inaccessibles aux chercheurs étrangers et à la plupart des historiens chinois, la réponse est positive. Des communications ultra-secrètes entre Mao Zedong, Zhou Enlai, des militaires du plus haut rang et des cadres du parti confirment que les responsables chinois étaient convaincus que les Etats-Unis utilisaient l’arme bactériologique.
Zhou Enlai fit publiquement état de ses soupçons sur l’utilisation de ces armes dès 1950, alors que les forces des Nations unies battaient en retraite derrière le fleuve Yalu. Après avoir longtemps hésité, Mao et lui avaient fini par se laisser convaincre, à la mi- février 1952, par les indices qu’avaient recueillis les médecins militaires coréens détachés auprès de l’armée chinoise. Des vérifications de laboratoire à Pékin confirmèrent que Washington s’employait à répandre la peste et le choléra.
Des indices chinois fiablesBIEN qu’endémique dans certaines parties du nord-est de la Chine, la peste avait disparu de Corée depuis 1912, et la dernière épidémie de choléra en Corée du Sud remontait à 1946. Le corps médical a pu déterminer qu’il n’y avait eu aucun cas de maladie infectieuse depuis au moins un mois avant la découverte des premiers cas. Et l’on n’a trouvé aucun rongeur infecté.
La Chine a rendu publics les indices recueillis par ses militaires à la fin du mois de février 1952 devant les Nations unies. Parmi les réfutations les mieux connues de ce réquisitoire figure le rapport rédigé par trois savants canadiens à la demande du gouvernement américain. Mais les autorités ont caché que les preuves et témoignages chinois avaient également été remis au professeur Guilford B. Reed, chef des laboratoires canadiens de guerre bactériologique et expert en « insectes- vecteurs ». Sa conclusion était que, malgré quelques anomalies, les indices chinois étaient fiables. Il recommanda au ministre des affaires étrangères, Lester Pearson, d’éviter un débat public sur l’aspect scientifique des accusations de Pékin.
Les rapports du personnel médical de la province de Liaoning conservés dans les archives d’Etat chinoises, jamais analysés par des historiens, offrent des indices similaires à ceux observés en Corée : les mêmes passages d’avions américains, les mêmes concentrations inhabituelles d’insectes, surtout des mouches, des puces et de certains insectes dotés d’une forte résistance au froid et inconnus dans la région. Alors que jusqu’alors il n’y avait eu dans la province aucune grande épidémie et que les petites avaient toujours été rapidement maîtrisées, on commença à connaître des poussées de maladies inhabituelles.
L’une des plus graves était une épidémie d’encéphalite toxique aiguë pendant tout le mois de mars 1952 dans trois villes au coeur de la Chine industrielle, dans la province de Liaoning, à la frontière coréenne. L’encéphalite propagée par des tiques n’était pas inconnue dans les forêts du Nord-Est, mais un groupe de pathologistes dirigé par le directeur du département de pathologie à l’Ecole de médecine de Shenyang (un chercheur formé en Occident) concluait que ce type d’encéphalite était différent de celui que l’on connaissait dans le Nord-Est, que les piqûres d’insectes n’étaient probablement pas en cause et que l’infection se faisait par voie digestive ou respiratoire. Les archives évoquent le travail d’autres équipes médicales concluant que, dans certains cas, notamment de peste, d’anthrax, de choléra et d’encéphalite, elles se trouvaient confrontées à une guerre bactériologique.
Mao a toujours prétendu que cette campagne bactériologique n’avait pas été très efficace, et, selon les statistiques, il n’y aurait eu, en Chine, que quelques centaines de morts parmi les militaires et environ deux mille parmi la population civile. Nous ne savons pas si ce sont ces piètres résultats qui ont conduit à l’abandon du programme d’urgence en 1953.
Ce que nous savons, c’est que les indices recueillis à Liaoning sont parfaitement compatibles avec les capacités américaines. Les maladies anormales les plus fréquemment observées étaient la peste et l’anthrax, objectifs prioritaires des recherches américaines. Les épidémies insolites de choléra correspondent bien à la désignation de cette maladie comme prometteuse par les responsables du programme d’armes furtives. Et l’encéphalite avait été étudiée aussi bien dans les laboratoires des Etats-Unis que dans ceux du Canada (2). Les soupçons chinois de contamination par la voie des airs, les témoignages faisant état de pulvérisations depuis des avions, correspondent aussi aux recherches américaines sur les aérosols.
La preuve la plus concrète, ce sont les insectes. Malgré les dénégations officielles, en 1963, du docteur Dale W. Jenkins, ancien directeur de la division d’entomologie et des laboratoires de biologie à Fort Detrick, affirmant que, avant 1953, « les Etats-Unis n’ont jamais étudié la possibilité d’utiliser les arthropodes dans la guerre bactériologique », les archives démontrent le contraire, et le docteur Jenkins lui- même a été mêlé au projet. En plus de ses propres travaux, il avait travaillé dans le cadre d’un programme canadien dans le Nord sur des insectes piqueurs de même variété que ceux observés par les Chinois.
Les travaux américains et canadiens sur les méthodes de diffusion des insectes contaminés correspondent aussi aux preuves chinoises, y compris à l’usage des appâts infectés et de récipients en carton. La ressemblance est frappante entre un récipient cylindrique qui figure parmi les témoignages chinois et la photo d’une bombe bactériologique dans des archives provenant des services de la guerre chimique et récemment déclassifiée. Les éléments recueillis dans le Liaoning tendant à prouver l’utilisation comme arme bactériologique d’une bombe destinée à distribuer du matériel de propagande correspondent à ce que nous connaissons sur les « bombes à plumes ».
L’un des arguments utilisés pour discréditer les thèses chinoises et nord-coréennes est qu’elles étaient bâties à partir des données sur la capacité de guerre bactériologique développée par les Japonais pendant la dernière guerre. Les Soviétiques les ont fait connaître au monde au cours du procès de Khabarovsk de 1949, où les participants à ce programme – la sinistre unité 731, dirigée par le général Shiro Ishii – furent jugés comme criminels de guerre. Depuis qu’il a été confirmé, en 1980, que Washington avait secrètement « récupéré » le programme japonais et certains de ses responsables (3) – dont le général Ishii -, les officiels se sont repliés sur une autre ligne de défense : les Etats-Unis n’auraient pas appris grand-chose auprès des Japonais, auraient adopté une approche différente pour les « insectes- vecteurs » et, de toute façon, n’auraient commencé à les étudier qu’après la fin de la guerre de Corée – arguments pourtant réfutés par les documents récemment déclassifiés aux Etats-Unis ou en Chine.
Tout récemment, douze documents sortis des archives soviétiques dans des circonstances demeurées mystérieuses – ils ont été remis par un informateur inconnu à un quotidien japonais très conservateur – ont fait sensation, car ils apporteraient la preuve que les accusations de guerre bactériologique portées contre les Etats- Unis ont été fabriquées de toutes pièces. Ce sont des textes qui ne contiennent aucune référence d’archive, transcrits à la main.
Pourtant, même s’ils sont authentiques, ils ne sont pas concluants. Ils révèlent la lutte pour le pouvoir entre ministères soviétiques de police rivaux, entre Lavrenti Beria et Semen Ignatiev. Le premier a révélé ces documents après la mort de Staline afin d’éliminer son rival, accusé d’avoir retenu des informations pouvant nuire à la crédibilité de l’Union soviétique. Pour sa défense, Ignatiev affirma qu’il ne croyait pas à l’authenticité des documents, qu’il les avait montrés à Staline et que celui-ci les avait écartés d’un revers de main. La direction a donné raison à Beria, a limogé Ignatiev et l’a expulsé du parti. Peu après, elle devait se retourner contre Beria. Les deux responsables soviétiques avaient chacun leur agent en Corée. Beria s’est servi des rapports de son délégué auprès du gouvernement nord-coréen pour affirmer que l’accusation de guerre bactériologique était fabriquée, alors qu’Ignatiev a prêté foi à la version de son agent, le professeur N. Zhukov Varezhnikov ; celui-ci était vice-président de l’Académie de médecine de l’URSS et professeur de bactériologie. Il fut membre de la commission internationale scientifique, présidée par le docteur Joseph Needham, invitée par le gouvernement chinois à enquêter sur l’utilisation des armes bactériologiques. Le professeur Zhukov signa les conclusions des travaux de la commission, qui concluaient à l’utilisation de l’arme bactériologique. Le gouvernement soviétique soutient aussi ces conclusions jusqu’en 1969, quand le réchauffement des relations entre Moscou et Washington – qui préparaient notamment la convention sur la guerre bactériologique signée en 1972 – et le schisme avec Pékin amena l’Union soviétique à modifier sa position.
Malgré ce revirement, deux conclusions se dégagent des documents chinois, corroborées par les archives américaines : d’abord, que les Etats-Unis ont étendu la gamme des armements modernes en mettant au point le premier système d’armes bactériologiques avec des capacités opérationnelles, et qu’ils se sont dotés d’une doctrine offensive en la matière ; d’autre part, qu’ils ont expérimenté ce type d’armes en Corée.
(1) Le Conseil national de sécurité, dans un document daté du 1er février 1950 (NSC 62), préconise une doctrine d’emploi des gaz de combat uniquement comme mesure de représailles, mais les mêmes limites ne seront recommandées pour la guerre bactériologique que le 7 avril 1953 (NSC 147). Ce dernier document fait référence au document NSC 62, qui pourtant n’évoquait pas les armes biologiques.
(2) La seule maladie associée à la guerre bactériologique, mais dont on ne trouve aucune trace dans le programme américain, est la petite vérole, incluse pourtant dans les accusations chinoises. Mais, pour l’instant, nous n’avons qu’une vue partielle du travail qui s’effectuait à la division des opérations spéciales pour les armes secrètes de Fort Detrick.
(3) Lire Antoine Halff, « Crimes de guerre japonais et mémoires populaires », Le Monde diplomatique, novembre 1995.


si c’est le cas allé perir
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boycott allé perir en enfer
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pas de sionistes pas de terroristes certes je me suis trompez
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