Roms: L’Europe découvre ses intouchables (Europe discovers its own untouchables)

Avant, on était dans une situation de liberté totale. Maintenant, quand on entre dans un magasin, si les employés se rendent compte qu’on est des Roms, on est suivi partout dans les rayons où l’on va, jusqu’à la sortie du magasin. On ne peut plus rien voler. Elena B. (Rom de Rouen, 13.08.10)
Si les instances internationales ont retenu le mot Roms qui, en romanès, signifie les hommes, c’est que le terme Tsigane est péjoratif dans de nombreux pays balkaniques ou slaves. Mais en France, en Allemagne ou au Brésil, par exemple, beaucoup de Gitans ne veulent pas d’une identité transnationale rom et revendiquent, au contraire, l’accès à la pleine citoyenneté de la nation qui leur donne leur identité légale. Quand la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) parle des « gens du voyage », elle désigne des Français qui détiennent un document administratif particulier (un titre de circulation selon la loi de 1969) et sont « sans domicile fixe ». Cela concerne environ 300 000 personnes. Toutefois, ce que l’on peut appeler le monde du voyage, c’est-à-dire toutes les personnes qui se disent Gitans face au monde des Gadjé(les non-Tsiganes) comprend aussi des sédentaires, des familles qui vivent toute l’année au même endroit et qui se diront tout de même voyageurs ou voyageuses. (…) la quasi-totalité des Tsiganes européens sont sédentaires. (…) Circulant en Europe en famille, le plus souvent (il y a aussi une migration de main-d’oeuvre d’hommes roms tout à fait ordinaire), ils sont identifiés comme Roms réfugiés et sont l’objet d’un repérage administratif et policier qui ne tient plus compte de leur nationalité et leur interdit de fait l’accès au marché du travail intracommunautaire. La précarité de leur statut ne leur laisse comme possibilité que de se réfugier dans les interstices urbains, et d’acquérir pour la première fois de vieilles caravanes, ce qui renforce le stéréotype du Tsigane nomade. Dans l’attente d’une très probable expulsion. (…) La majorité des familles du monde du voyage vivent des ressources de leur travail (commerce, artisanat), beaucoup des saisons (travaux agricoles), mais aussi du travail salarié, des emplois municipaux. Ils sont alors le plus souvent invisibles en tant que Tsiganes pour les pouvoirs publics ou leurs voisins. Quelques-uns ou quelques-unes, au contraire, sont fortement visibles : les musiciens, les danseuses ou les diseuses de bonne aventure. En bons connaisseurs du monde des Gadjé, les Tsiganes peuvent être amenés à souffrir de l’image qui leur colle à la peau, mais aussi à en jouer pour faire un peu peur, pour faire rêver ou bien tour à tour l’un ou l’autre.Marc Bordigoni (ingénieur de recherche CNRS à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative)
Un Rom roumain ne reconnaîtra pas comme semblable un gitan perpignanais, en tout cas pas en tant que membres d’un même “groupe ethnique ». Les membres des différentes communautés dites tziganes (ou roms) ne définissent leur identité qu’en référence à leur propre communauté qui se tisse par réseaux familiaux. Ils ne font jamais référence à la vaste catégorie tzigane créée au XIXe siècle lors de l’avènement des Etats-nations modernes. Actuellement, les cercles militants pour la “reconnaissance du peuple rom” brandissent cette Histoire reconstruite. Cette “méta-identité tzigane” n’a de sens que dans le cercle restreint de leurs colloques et réunions. Dans les bidonvilles, les Roms de Roumanie se rassemblent donc par villes ou réseaux de villages. Les Roms font toujours la différence entre eux et les autres qui ne sont pas “les leurs”, car les différences socioculturelles sont essentielles entre les diverses communautés. Martin Olivera (ethnologue spécialisé dans la communauté tzigane)
Nous avons pris des mesures énergiques contre les trafiquants d’êtres humains et les délinquants qui utilisent la communauté rom pour enfreindre la loi. C’est pour cela que, avec nos partenaires bulgares, nous faisons tout pour améliorer le sort de la population rom et pour combattre ceux qui abusent d’elle. (…) Nous ne pouvons pas rester les bras croisés lorsque nous voyons que des mineures sont contraintes de se prostituer, lorsque des enfants sont obligés de voler dans les rues, lorsque des bébés sont utilisés comme prétextes à la mendicité… C’est un grave problème, d’un point de vue à la fois humanitaire et légal. Bernard Valéro (porte-parole du Quai d’Orsay)
Nous ne pouvons pas utiliser la notion de non discrimination pour laisser se dérouler des choses inacceptables en matière de délinquance, alors que s’accroît le flux de gens qui ne cherchent pas à s’intégrer. Pierre Lellouche (secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes)
Xénophobie: La France épinglée par la presse internationale. En multipliant les déclarations discriminatoires à l’encontre des “Français d’origine étrangère” puis des Roms, Nicolas Sarkozy et ses proches cherchent avant tout à reconquérir une partie de leurs électeurs déçus en tablant sur leurs préjugés racistes, constatent les commentateurs étrangers qui s’inquiètent de ces dérives. Courrier international
De violentes critiques se sont abattues sur la France et l’Union européenne, accusées de pratiquer la politique du deux poids, deux mesures face aux Roms, selon qu’ils résident dans l’ouest ou dans l’est du continent. Car la France n’est pas la seule à expulser sans ménagements, loin s’en faut. Récemment la municipalité de Copenhague a demandé l’aide de l’Etat pour expulser quelque 400 Roms. En Belgique, 700 d’entre eux ont été chassés de Flandre vers la Wallonie. En Italie, cette politique a cours depuis des années. L’Allemagne expulse de jeunes Roms vers le Kosovo, même s’ils sont nés sur le sol allemand et ne parlent que la langue de Goethe. Le problème des Roms se pose désormais à l’échelle du continent tout entier, alors que l’on en est encore à débattre de leur nombre exact : sont-ils 9 ou 16 millions? Vesselina Sedlarska
Dans les années 1990 (…) qui accueillait à bras ouverts les milliers et milliers de tsiganes roumains qui prétendaient alors être soit victimes de discriminations dans leur pays d’origine, soit politiquement opprimés ? N’était-ce pas cette même Europe qui fait aujourd’hui la moue? Adrian Halpert

Les Roms seraient-ils les nouveaux intouchables de l’Europe?

Doublement de l’activité répressive contre voleurs multirécidivistes originaires de Roumanie (1 800 mesures de gardes à vue l’an dernier), gangs de cambrioleurs écumant des régions entières à l’aide d’adolescentes, jeunes ados contraints de mendier, voler et cambrioler pour le compte de groupes mafieux et donneurs d’ordre retranchés dans les Carpates, interpellations l’année dernière de 2 500 jeunes femmes qui, par petits groupes très mobiles, détroussent les usagers et les touristes en Ile-de-France, occupations illicites de terrains publics ou privés  pas moins de 110 campements de fortune recensés autour de Paris dont une quarantaine dans la seule Seine-Saint-Denis, soit entre 2 000 et 3 000 Roms), individus revenant clandestinement en France pour percevoir une seconde fois l’aide financière au retour  …

Après les condamnations onusiennes d’un Pays des droits de l’homme jusqu’ici plutôt habitué, du traitement des terroristes palestiniens à celui des bédouins squatteurs d’Israël, à donner les leçons ..

Et à l’heure où une bien hypocrite Europe tombe à bras raccourcis sur le dernier projet de notre Sarko national qui, après l’identité nationale, a l’art de ne s’attaquer aux bons  problèmes que pour de mauvaises raisons, c’est-à-dire trop visiblement électoralistes …

Mais qui, à sa défense, se voit à chaque fois reprocher, comme pour la recrudescence de la petite et moyenne délinquance, tant ses tentatives de réforme que les mauvais résultats qui ne peuvent qu’en résulter

Retour sur ceux par qui le scandale arrive, à savoir les Roms

Se nommant eux-mêmes (comme tant d’autres peuples) « êtres humains » (roma, homonyme tiré du hindi, sans aucun rapport  avec la ville de Rome ou la Roumanie; même sens pour manouche, du sanskrit  manusha) par opposition aux étrangers (gadjé), les Roms sont vraisemblablement à l’origine des groupes d’intouchables du Nord de l’Inde voués par leur statut hors-caste au nomadisme et aux métiers impurs (bouchers, équarrisseurs, tanneurs, bûcherons, fossoyeurs, éboueurs, chiffonniers, ferronniers, saltimbanques).

D’où leur nom de tsigane, repris par les nazis, venant précisément du mot grec pour intouchable mais aussi de gyptos (grec pour ferronnier) comme nombre de leurs noms locaux partout où ils se sont dispersés tournant tous autour des professions liées aux commerces ambulants et à la récupération de métaux ou vieux chiffons, leurs autres noms ayant trait à leurs origines supposées (gitans ou gypsy pour égyptienne; bohémiens du passeport que leur aurait attribué le roi de Bohème : sintis de la province Sindh ou d’une ancienne appellation du fleuve Indus« Sindhu.

Menacés apparemment d’esclavage ou lassés de leur stigmatisation par la société brahmanique, ils auraient autour de l’an 1000 profité des invasions mongoles pour atteindre l’Empire ottoman puis l’Europe à partir de la fin du XIVe, où, devenus indésirables par leurs activités de rapine, ils se mettent sous la protection des seigneurs et abbayes dans un statut à mi-chemin entre le servage et l’esclavage mettant à contribution leurs talents d’artisans, de musiciens et de danseurs (ie. de montreurs d’ours ou dreseurs de chevaux, aujourd’hui dans les métiers forains et du cirque, ou de ferrailleurs).

Mais, après de nombreuses tentatives d’expulsion, ce n’est qu’au début du XXe siècle que commenceront vraiment la répression du nomadisme avec le contrôle administratif et policier sur «l’exercice des professions ambulantes et la circulation des nomades» (création du «carnet anthropométrique d’identité» puis du « livret de circulation » et, pour cause d’interdiction de toute reference ethnique en droit administratif francais, du terme neutre mais ambigu de « gens du voyage ») et les première tentatives de sédentarisation forcée jusqu’à l’extermination dans les camps nazis.

La période contemporaine oscillant entre l’accueil relativement bienveillant des années 90 suite à la chute du mur de Berlin et l’ouverture des frontières consécutive à l’élargissement de l’Union européenne et, le retour de la crise aidant, l’exaspération actuelle face aux véritables « réseaux de trafic d’enfants, de prostitution et de mendicité » qui empoisonnent nos rues et font monter les statistiques de délinquance …

A l’égard des Roms, une hypocrisie sans frontières

En expulsant des Tsiganes de son territoire, la France ne fait guère mieux que la Roumanie et la Bulgarie, qu’elle est pourtant si prompte ‡à critiquer, estime un hebdomadaire de Sofia.

Tema

16.08.10

Les Roms bulgares et roumains posent à la France les mêmes problèmes au sujet desquels Paris a l’habitude de critiquer nos deux pays lorsque nous ne parvenons pas à les résoudre de façon convenable. La France a choisi de les résoudre, elle, de la façon la plus simple qui soit : en renvoyant chez elles les personnes qui les posent.

Impossible de ne pas parler d’hypocrisie, car les questions qu’induisent les Roms sont tout ce qu’il y a de plus prosaïque. Or lorsque les autorités s’attaquent au sujet, elles se disent le plus souvent motivées par des principes hautement humanistes. C’est le cas en Bulgarie et en Roumanie, c’est aussi le cas en France. Voici comment le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valéro, a expliqué aux médias bulgares la démarche française : « Nous avons pris des mesures énergiques contre les trafiquants d’êtres humains et les délinquants qui utilisent la communauté rom pour enfreindre la loi. C’est pour cela que, avec nos partenaires bulgares, nous faisons tout pour améliorer le sort de la population rom et pour combattre ceux qui abusent d’elle. » En d’autres termes, si la France expulse des Roms, c’est pour mieux les protéger. Si vous avez du mal à le croire, voici encore quelques arguments français en faveur de l’expulsion: « Nous ne pouvons pas rester les bras croisés lorsque nous voyons que des mineures sont contraintes de se prostituer, lorsque des enfants sont obligés de voler dans les rues, lorsque des bébés sont utilisés comme prétextes à la mendicité… C’est un grave problème, d’un point de vue à la fois humanitaire et légal, poursuit le représentant du ministère des Affaires étrangères français, pour qui les Roms sont des « victimes » en France.

Et donc, afin que les Roms ne soient plus des victimes en France, il faudrait les renvoyer en Bulgarie et en Roumanie pour qu’ils y vivent dans la joie et l’insouciance, au grand bonheur des humanistes français ? Dans des déclarations moins hypocrites, les autorités françaises précisent que seuls seront expulsés ceux qui ont enfreint la loi. Ce qui semble plus honnête et presque logique. Mais est-ce que la France expulse ses propres citoyens lorsqu’ils ont commis un délit ?

En termes d’hypocrisie, la Bulgarie n’a rien à envier à la France. La nouvelle de l’expulsion de Roms de France a été accueillie avec une étonnante bienveillance de la part des autorités de Sofia. Et leur hypocrisie n’était rien en comparaison de celle des organisations de défense des droits de l’homme. Ces mêmes ONG qui font des déclarations fracassantes à l’occasion d’une gifle policière ou d’un mot de travers sont restées muettes. Le comble de l’hypocrisie – teintée d’opportunisme – a même été atteint avec les déclarations du chef du parti représentant les Roms, Euroroma, Tsvetelin Kantchev, qui a bruyamment manifesté sa joie à l’idée du rapatriement de ses concitoyens. N’est-il pas offensé, surpris, inquiet de la mesure française ? Aucunement. Son parti « soutient pleinement la France ». Il est même persuadé qu’il est capable, à lui tout seul, de régler « 70 % des problèmes » des Roms s’il devient un jour ministre.

Entre-temps, de violentes critiques se sont abattues sur la France et l’Union européenne, accusées de pratiquer la politique du deux poids, deux mesures face aux Roms, selon qu’ils résident dans l’ouest ou dans l’est du continent. Car la France n’est pas la seule à expulser sans ménagements, loin s’en faut. Récemment la municipalité de Copenhague a demandé l’aide de l’Etat pour expulser quelque 400 Roms. En Belgique, 700 d’entre eux ont été chassés de Flandre vers la Wallonie. En Italie, cette politique a cours depuis des années. L’Allemagne expulse de jeunes Roms vers le Kosovo, même s’ils sont nés sur le sol allemand et ne parlent que la langue de Goethe. Le problème des Roms se pose désormais à l’échelle du continent tout entier, alors que l’on en est encore à débattre de leur nombre exact : sont-ils 9 ou 16 millions ?

Seul un vrai débat paneuropéen sur un problème qui devient de plus en plus paneuropéen pourrait permettre d’identifier les solutions qui fonctionnent dans les différents pays, de mettre en commun les ressources et d’instaurer une nouvelle politique, porteuse de vraies solutions. Sinon, rien ne changera. Nous envoyons les Roms en Europe et l’Europe nous les renvoie. « Djelem, djelem »… en voyage, en voyage, comme dit la chanson tsigane. Le problème est que ce voyage ne mène nulle part.

Voir aussi:

Mobilisation contre la délinquance rom

Christophe Cornevin

Le Figaro

11/06/2010

Nicolas Sarkozy veut s’attaquer à ces groupes qui viennent en majorité de Roumanie.

L’impulsion, très ferme, est venue du plus haut sommet de l’État. Mardi dernier, à l’occasion d’une réunion sur la sécurité intérieure, Nicolas Sarkozy évoque l’épineuse question des délinquants itinérants originaires d’Europe de l’Est, et de Roumanie en particulier. Placés sous la férule de groupes mafieux les obligeant à vivre dans des conditions de vie délétères, nombre de ressortissants notamment issus de la communauté des Roms sont contraints de mendier, voler et cambrioler pour le compte de donneurs d’ordre retranchés dans les Carpates. Mercredi, à la fin du Conseil des ministres, le chef de l’État enfonçait le clou et demandait au ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, d’accélérer la mise en œuvre d’un plan d’action spécifique.

Un tout récent coup de filet, mené mardi dans l’agglomération de Montbéliard et porté à la connaissance du Figaro, révèle l’ampleur du problème. Dès 6 heures, 150 policiers et gendarmes ont investi un campement abritant un gang de cambrioleurs écumant le Doubs et la Franche-Comté. «Déposées par des complices en voitures, des adolescentes s’introduisaient dans des pavillons, forçant portes et fenêtres, afin de s’emparer des bijoux et du numéraire», explique un enquêteur. Au total, 18 suspects, 9 majeurs et 9 mineurs dont 3 âgés de moins de 13 ans, ont été interpellés. Près d’une cinquantaine de faits sont d’ores et déjà imputés à la bande vivant en caravane, reléguant les plus jeunes dans des tentes situées en périphérie. Outre plusieurs milliers d’euros en espèces, les enquêteurs ont découvert une «cache» recelant près de 75 bijoux en passe d’être écoulés clandestinement. Deux voitures, dont une Jaguar utilisée pendant les vols, ont été confisquées.

Arrivée en France depuis la chute du mur de Berlin, cette population est considérée par les autorités comme étant à l’origine d’une «recrudescence de la petite et moyenne délinquance». En 2009, les actions ciblées contre les voleurs multirécidivistes originaires de Roumanie ont donné lieu à 1 800 mesures de gardes à vue. «Soit plus du double de l’activité répressive de l’année 2008», remarque un responsable policier.

Pour lutter contre ce type de fléau, plusieurs pistes sont explorées. Deux accords devraient notamment être signés entre Paris et Bucarest afin de dépêcher une vingtaine de policiers roumains en France et faciliter le retour vers la Roumanie des enfants isolés et souvent victimes d’une forme d’esclavage moderne: en 2009, 40% des Roms mis en cause pour des délits étaient des mineurs. À titre d’exemple, la direction régionale de la police des transports (DRPT) a procédé l’année dernière à 2 500 interpellations de jeunes femmes qui, par petits groupes très mobiles, détroussent les usagers et les touristes en Ile-de-France. Autour de Paris, pas moins 110 campements de fortune ont été recensés, dont une quarantaine dans le seul département de Seine-Saint-Denis où sont établis entre 2 000 et 3 000 Roms.

Le plan de bataille du gouvernement prévoit de faciliter la reconduite à la frontière de toute personne impliquée dans des troubles à l’ordre public ou n’étant pas en mesure de justifier de ressources depuis plus de trois mois.

Par ailleurs, à l’initiative de Brice Hortefeux, un fichier d’empreintes digitales recensant toutes les personnes bénéficiant de l’aide au retour sera mis en œuvre à la rentrée afin d’éviter que certains individus ne reviennent clandestinement en France pour percevoir une seconde fois une aide financière. Enfin, une circulaire sera adressée dans les prochains jours par le ministre de l’Intérieur aux préfets afin de leur expliquer la possibilité qu’ils auront, dès l’automne prochain, d’évacuer les occupations illicites de terrains, qu’ils soient publics ou privés. Ces mesures inédites pourront être prises par une simple décision administrative, sans passer par l’actuelle phase judiciaire, plus longue et fastidieuse.

Voir également:

Gitans : halte aux idées reçues

Marc Bordigoni. CNRS

Journal du CNRS n° 243, avril 2010.

Marc Bordigoni, ingénieur de recherche CNRS à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative 1

Gitans : halte aux idées reçues

Le 8 avril, comme chaque année, l’Union européenne va célébrer la « Journée internationale des Roms », le Brésil a instauré un « Dia nacional do cigano » (une journée nationale des Tsiganes, dirions-nous), votre livre s’intitule Les Gitans2 et on dit aussi les gens du voyage. Parle-t-on des mêmes personnes?

Marc Bordigoni : Selon le contexte et selon qui parle, il y a des termes différents pour désigner ces gens-là, ceux que l’on appelle les Gitans dans le français de tous les jours, d’où le choix que j’ai fait pour aborder les idées reçues les concernant. Si les instances internationales ont retenu le mot Roms qui, en romanès, signifie les hommes, c’est que le terme Tsigane est péjoratif dans de nombreux pays balkaniques ou slaves. Mais en France, en Allemagne ou au Brésil, par exemple, beaucoup de Gitans ne veulent pas d’une identité transnationale rom et revendiquent, au contraire, l’accès à la pleine citoyenneté de la nation qui leur donne leur identité légale. Quand la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) parle des « gens du voyage », elle désigne des Français qui détiennent un document administratif particulier (un titre de circulation selon la loi de 1969) et sont « sans domicile fixe ». Cela concerne environ 300000 personnes. Toutefois, ce que l’on peut appeler le monde du voyage, c’est-à-dire toutes les personnes qui se disent Gitans face au monde des Gadjé(les non-Tsiganes) comprend aussi des sédentaires, des familles qui vivent toute l’année au même endroit et qui se diront tout de même voyageurs ou voyageuses.

Les familles qui ont fui les pays de l’ex-Europe de l’Est pour des raisons économiques, depuis l’effondrement du bloc soviétique, ont-elles toujours été nomades?

M.B. : Non. Ces familles vivaient en maison ou en appartement depuis des générations. Elles ont découvert la caravane, comme habitat de fortune, à leur arrivée en France. Et la quasi-totalité des Tsiganes européens sont sédentaires.

Pourquoi ces Roms habitent-ils souvent des campements de fortune près des autoroutes ou des décharges alors?

M.B. : Il y a un petit détail à rappeler pour comprendre leur situation. Circulant en Europe en famille, le plus souvent (il y a aussi une migration de main-d’oeuvre d’hommes roms tout à fait ordinaire), ils sont identifiés comme Roms réfugiés et sont l’objet d’un repérage administratif et policier qui ne tient plus compte de leur nationalité et leur interdit de fait l’accès au marché du travail intracommunautaire. La précarité de leur statut ne leur laisse comme possibilité que de se réfugier dans les interstices urbains, et d’acquérir pour la première fois de vieilles caravanes, ce qui renforce le stéréotype du Tsigane nomade. Dans l’attente d’une très probable expulsion.

Les gens du voyage, citoyens français, sont-ils eux aussi victimes de discriminations?

M.B. : La Halde a reconnu en 2009 qu’au sein de la République française, des citoyens nommés « gens du voyage » font l’objet d’une série de discriminations inscrites dans la loi3,sans oublier toutes les autres discriminations dans la vie quotidienne, qu’elles soient le fait des autorités de police ou de gendarmerie, des services, des entreprises ou des citoyens ordinaires. En particulier, alors que la liberté de circuler est une liberté fondamentale, dans le cas des voyageurs français, elle est entravée par la difficulté croissante pour s’arrêter, trouver un espace où stationner quelques jours. La loi dite Besson de 2000 prévoit la création d’aires d’accueil. Cela peut être une solution partielle, mais nombre de familles qui en ont les moyens achètent des terrains (souvent en zone agricole) pour pouvoir se déplacer de terrains familiaux en terrains familiaux, et ainsi ne pas dépendre des institutions publiques.

Les journalistes ou les travailleurs sociaux, qui ne voient bien souvent que les familles les plus précaires dépendant de l’aide publique, ne perçoivent-ils pas qu’une partie de la réalité tsigane?

M.B. : Si. La majorité des familles du monde du voyage vivent des ressources de leur travail (commerce, artisanat), beaucoup des saisons (travaux agricoles), mais aussi du travail salarié, des emplois municipaux. Ils sont alors le plus souvent invisibles en tant que Tsiganes pour les pouvoirs publics ou leurs voisins. Quelques-uns ou quelques-unes, au contraire, sont fortement visibles : les musiciens, les danseuses ou les diseuses de bonne aventure. En bons connaisseurs du monde des Gadjé, les Tsiganes peuvent être amenés à souffrir de l’image qui leur colle à la peau, mais aussi à en jouer pour faire un peu peur, pour faire rêver ou bien tour à tour l’un ou l’autre.

Propos recueillis par Philippe Testard-Vaillant

1. Unité CNRS / Université Aix-Marseille-I.

2. Les Gitans, éd. Le Cavalier Bleu, coll. « Idées reçues », mars 2007, 128 p. – 9,80 e.

3. Délibération relative aux discriminations subies par les gens du voyage, n° 2009-143 du 6 avril 2009 (www.halde.fr/spip.php?page=article&id_article=12849&liens=ok)

Voir par ailleurs:

Roms. Comment font nos voisins

21 août 2010

Après le renvoi de 86 Roms, jeudi, quelque 130 personnes ont été expulsées de France vers la Roumanie, hier. En Europe, les Roms ne reçoivent pas partout le même accueil.

Face à la question des Roms, les réponses des pays européens varient, allant de la fermeté à des politiques favorisant l’intégration.

Espagne:

le gouvernement a adopté en avril un «plan d’action pour le développement de la population gitane 2010-2012», doté de 107 millions d’euros sur trois ans, avec des actions en matière d’éducation, de santé, de logement et en faveur des femmes. Le pays compte 700.000 gitans (1,6% de la population). S’il s’agit d’étrangers en situation irrégulière, ils peuvent être expulsés.

Hongrie:

entre 500.000 et 600.000 Roms (sur 10 millions d’habitants). Avec la crise économique, Budapest, qui entendait notamment favoriser leur intégration dans la Fonction publique, a dû réviser ses plans.

Italie:

342.200 Roumains sont recensés (chiffres officiels), 556.000 selon l’organisation Caritas. Il n’existe pas de politique systématique d’expulsions à l’encontre des Roms, mais des aides au retour sont prévues sur une base volontaire.

Grèce:

environ 300.000 Roms y vivent, la plupart dans des conditions misérables, souvent victimes d’expulsions arbitraires et de violences policières. Malgré des aides sociales provenant des programmes européens, leur intégration reste lettre morte.

République tchèque:

la minorité tzigane est estimée à 250.000 – 300.000 personnes sur 10,4millions d’habitants. Plusieurs attaques d’extrémistes de droite contre les Roms ont eu lieu ces dernières années.

Allemagne:

les Roms allemands sont reconnus comme l’une des quatre minorités. La plupart des autres Roms sont des réfugiés du Kosovo ayant fui la guerre. L’Allemagne les encourage à rentrer chez eux avec des aides au retour.

Portugal:

la communauté tzigane, d’implantation très ancienne, compte environ 50.000 personnes. Il n’existe aucune statistique officielle sur le nombre de «Roms» d’immigration récente. Les étrangers en situation irrégulière peuvent être expulsés, sauf s’ils sont nés au Portugal, y sont arrivés avant l’âge de dix ans ou ont des enfants mineurs à charge et scolarisés.

Suisse:

quelque 50.000 Roms y vivent, selon la fondation Roma, qui défend leurs droits.

Pologne:

la communauté Rom compte entre 12.855 et 50.000 personnes, selon les sources (sur 38millions d’habitants). Selon les autorités, 30% des enfants ne sont pas scolarisés.

Grande-Bretagne:

le gouvernement renforce sa législation pour donner à la police les moyens d’arrêter les occupants illégaux de terrains.

Suède:

les Roms, estimés à 50.000, sont l’une des cinq minorités reconnues. Depuis le début de l’année, plus de 50 Roms ont été expulsés.

Voir enfin:

As France Expels Gypsies, a Q&A on a Mysterious People

Dana Kennedy

AOL

NICE, France (Aug. 19) — France began expelling the first of 700 Roma people today as part of a controversial crackdown on illegal encampments around the country announced by French President Nicolas Sarkozy on July 31.

Two flights with 87 Roma, or Gypsies, aboard left airports in Paris and Lyon today bound for Bucharest, with more expected to be flown to the Romanian capital next week. The French government paid each Roma $390 to leave and about $75 for each child.

The expulsion policy, which has been criticized even by members of Sarkozy’s own conservative political party, was created after a July 17 riot by Roma at a police station in the village of Saint-Aignan.

The Roma being deported from France are legal residents of Romania and Bulgaria. Roma who are French nationals haven’t been targeted in the expulsions.

Roma, known more commonly as Gypsies, trace their roots back to India. Today, they live primarily in Eastern and Central Europe, with other communities in North and South America and Australia. Most — even the storefront fortunetellers in New York City and Orange County, Calif. — still speak the Romani language.

The French Interior Ministry says that Gypsy camps are « sources of illegal trafficking, of profoundly shocking living standards, of exploitation of children for begging, of prostitution and crime. »

Humanitarian rights groups, however, maintain that the initiative smacks of xenophobia, and some politicians have compared it to the roundup of Jews during World War II. As European Union citizens, however, the Roma are theoretically free to return to France for up to three months.

AOL News spoke to Yaron Matras, an expert on the Roma and a linguistics professor at the University of Manchester in England, where he coordinates the Romani Project.

Where are the Roma from?

From what we’ve been able to find out, the Roma probably came from central India and moved to northern India around the fifth century. The Romani language is one of the Indo-Aryan languages, like Hindi or ancient Sanskrit. We think the Roma people moved westward around the 10th century and into what is now Turkey. From the late 14th century on, they moved into Europe.

Why is everyone so vague about the origins of the Roma and why they left India?

First of all, there are absolutely no historical records. Nobody really knows. People have come up with all sorts of theories and wild speculation. There’s no evidence of a catastrophic event causing them to leave. They were part of an economically specialized caste; some of them, for example, were metal workers and continued that trade for centuries.

Do you mean they were part of a lower caste in India?

Well, there’s a generation of [Roma] activists that don’t want to talk about that now, as if that’s an insult to their ancestors. There’s a fashion among activists to say the Roma were upper-caste, proud warriors who were taken as slaves and forced to come to Europe. There’s no evidence to support that. There’s no written attestation.

Many people think the word « Roma » means Romanian, especially as the French are expelling many Roma back to Romania.

« Rom » comes from the caste name « Dom » in the Indian languages. The country of Romania has nothing to do with the Roma or the word « Romani, » which is an adjective for them. It’s a complete coincidence. There is a large population of Roma who live in Romania, but they are all over the Balkans, in Bulgaria and Slovakia and Turkey as well.

Roma are said to have been persecuted for centuries; they also have a reputation for being petty criminals and con artists. Did one lead to the other?

The Roma have a long history of persecution, of living in poverty, being marginalized, and have a high rate of illiteracy. There’s been a lot of social prejudice and isolation. It’s a vicious cycle than can lead to self-despair and a boycotting of mainstream culture. But you’re seeing the Roma who are out there begging; you aren’t seeing the ones working in offices and other good jobs. There are thousands of those too.

How does the persecution of the Roma compare to that of the Jews?

To an extent, they’ve been persecuted more than the Jews. Jews had more urban integration. The Roma never had a cohesive body. They’ve never had a territory or a tradition of literacy, which is what the Jews had. Often they were allowed to work in Europe only in certain trades and on the condition they not mix with the local population. The Roma in Romania and Bulgaria were the first to lose their jobs after the fall of communism.

Movies like « King of the Gypsies » present the Roma as having their own courts and an intricate social structure that involve scamming people.

There are no kings or queens. No Gypsy believes in gypsy kings. That’s for show. Some Gypsy communities have conflict resolution strategies that some of them call courts. Roma are often specialized in particular trades and services and have adopted survival strategies which outsiders often regard with suspicion.

Is there hope for the Roma?

There is a growing movement of young Romani intellectuals and activists who are working toward self-empowerment and social integration as well as fighting discrimination and prejudice against the Roma. They are promoting Romani media training and cultural projects that are increasingly gaining the respect of governments.

9 Responses to Roms: L’Europe découvre ses intouchables (Europe discovers its own untouchables)

  1. […] partout dans les rayons où l’on va, jusqu’à la sortie du magasin. On ne peut plus rien voler. Elena B. (Rom de Rouen, […]

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  2. […] qui s’appellent toutes Mamadou, nos familles recomposées, le précieux mode vie de nos « gens du voyage », nos longues traditions nationales et les ratés de nos Bobolands […]

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  3. […] “américain” de nos présidents et même si nous ne le suivons pas sur la question des gitans (pardon: des “gens du voyage”!) contre lesquels il est évident qu’il fallait […]

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  4. […] de l’article « Roms: L’Europe découvre ses intouchables » […]

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  5. […] partout dans les rayons où l’on va, jusqu’à la sortie du magasin. On ne peut plus rien voler. Elena B. (Rom de Rouen, […]

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  6. […] de l’image d’épinal que nous pouvons en avoir de travailleurs bon marché et de voleurs de poules voire de châteaux de buveurs de sang  […]

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