Ramadan: Retour sur la charia incomprise (Using the wrong size of stone is against the law)

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stoning1 Stoning2Stoning3Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et (…) quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers. Jean 8:7-9
Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter  « la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. René Girard
D’abord, vous êtes enterré. Le Code Pénal Islamique dit qu’un homme déclaré coupable d’adultère est enterré jusqu’à la taille; une femme, jusqu’à la poitrine. Si la condamnation est basée sur la confession du prisonnier, selon la loi, c’est le juge présidant le tribunal qui jette la première pierre. Si la condamnation est basée sur le rapport de témoins, ce sont les témoins eux-mêmes qui lancent les premiers, puis le juge, puis les autres – en général d’autres officiels des forces de justice et de sécurité. Les pierres doivent être de taille moyenne selon le code pénal : pas trop grandes pour qu’une ou deux ne suffisent pas à tuer une personne, mais pas trop petites qu’on puisse les appeler des cailloux. En d’autres termes, à peu près la taille d’une mandarine. Toute la procédure prend moins d’une heure.
Un mince espoir pour les lapidés réside dans le fait que ceux qui arrivent à s’échapper de leur trou voient leur peine commuée. Mais cette règle s’applique uniquement pour ceux qui ont confessé leur crime. (Si vous êtes condamné à la lapidation sur la base de témoignages, s’extirper du trou ne sert à rien.) De toute manière, il est très difficile d’échapper à la punition: les prisonniers sont d’abord mis dans un sac en toile blanche avec leurs mains attachées. Christopher Beam
Parce qu’il s’agit d’une injonction divine, la rigueur de cette loi est éprouvante pour les musulmans eux-mêmes. Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification. Il est interdit d’insulter le coupable. Après sa mort, on prie pour lui. Ce que fit le Prophète pour une femme qui s’était livrée après avoir accouché d’un enfant adultérin, et dont le repentir avait été sincère. Hani Ramadan

A l’heure où nos amis musulmans s’apprêtent à fêter pendant tout un mois la fameuse bataille de Badr et la réception du Coran en une sorte, comme à peu près tout le reste, de resucée musulmane de Yom Kippour et Shavouot combinés …

Et pour ceux qui, au moment où comme chaque année nos journaux se dévouent d’un seul homme pour apporter leur petite pierre à l’halalisation de nos concitoyens, s’inquiéteraient encore du sort de cette mère iranienne condamnée à une prochaine lapidation pour « adultère »

Retour sur la célèbre tribune (en une du Monde s’il vous plait!) du frère de Tariq au nom prédestiné (un certain Hani Ramadan, lui aussi petit-fils du fondateur des Frères musulmans) qui avait, à la veille déjà d’une lapidation annoncée mais au Nigéria comme on s’en souvient, dissipé l’incompréhension dont souffre chez nous la charia et rassuré tout le monde.

Rappelant, contre ceux qui prétendent « résumer toute la médecine aux seules amputations chirurgicales », qu’il est « exclu de couper la main du voleur dans un Etat qui ne donne pas à ce dernier les moyens de vivre dignement ».

Et surtout qu' »injonction divine, la rigueur de cette loi est éprouvante pour les musulmans eux-mêmes » qui ont d’ailleurs l’interdiction d’insulter le coupable et l’obligation de prier pour lui  après sa mort

Sans compter, ce que rappelle dument le site Slate, que, ni trop grosses ou trop petites pour qu’elles ne tuent pas trop vite ou trop lentement pour des suppliciés enserrés les mains attachées dans un sac en toile blanche et enterrés jusqu’à la taille ou la poitrine pour les femmes, la taille des pierres est fort heureusement rigoureusement réglementée

La charia incomprise

Hani Ramadan

Le Monde

10.09.02

En Occident, qui voit dans l’application de la charia un retour à des règles moyenâgeuses, les condamnations à mort de Safiya et Amina au Nigeria ont soulevé un tollé. Doit-on comprendre que les musulmans, convaincus du bien-fondé des règles divines, sont des barbares, des coupeurs de mains sanguinaires et des assassins ?

Avant tout, il n’est pas inutile de rappeler que beaucoup, parmi ceux qui crient au scandale, ne réagissent pas devant des crimes d’une autre nature. Dans les capitales occidentales, on n’est guère ému par les rapports qui font état de l’extermination des Tchétchènes, avec son cortège de meurtres et de mutilations.

Personne ne se soucie du sort des enfants handicapés à vie en Palestine, fruit de la terreur et de la lâcheté de la communauté internationale, parce qu’il est plus facile de s’ingérer dans les affaires du Nigeria que dans celles des pays qui exercent au grand jour un terrorisme d’Etat inqualifiable.

A cela s’ajoute une vision caricaturale de la civilisation musulmane. Réduire la richesse de la loi islamique – reconnue par les plus grands spécialistes du droit comparé – aux seuls châtiments corporels, c’est un peu comme si l’on prétendait résumer toute la médecine aux seules amputations chirurgicales. La science médicale comprend une variété de disciplines, allant de la prévention aux traitements les moins éprouvants. Il en va de même pour la charia. Les peines concernant le vol et l’adultère ne peuvent être appliquées que dans une société où sont protégées les normes et les valeurs islamiques. Il est exclu de couper la main du voleur dans un Etat qui ne donne pas à ce dernier les moyens de vivre dignement.

La lapidation prévue en cas d’adultère n’est envisageable que si quatre personnes ont été des témoins oculaires du délit. Ce qui est pratiquement irréalisable, à moins que le musulman choisisse d’avouer sa faute. Avant l’exécution de la sentence, les juristes précisent qu’il lui est toujours possible de revenir sur son aveu.

Une grossesse illégitime peut également entraîner une mise en accusation. Mais en affirmant avoir été contrainte ou victime d’un viol, ou en soutenant que l’enfant est bien légitime, la femme échappera à toute sanction. Dans ce dernier cas, si son époux rejette la paternité du nouveau-né, les conjoints seront définitivement séparés, et elle conservera la garde de sa progéniture.

On le voit : ces peines ont donc surtout une valeur dissuasive. Le prophète Mahomet lui-même faisait tout pour en repousser l’application. Ainsi, lorsque Mâ’iz se présenta au Messager de Dieu en lui demandant de le purifier parce qu’il avait commis l’adultère, ce dernier se détourna de lui. Mais Mâ’iz confessa son erreur à quatre reprises. Dès lors, le Prophète ne pouvait qu’ordonner sa lapidation.

Parce qu’il s’agit d’une injonction divine, la rigueur de cette loi est éprouvante pour les musulmans eux-mêmes. Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification. Il est interdit d’insulter le coupable. Après sa mort, on prie pour lui. Ce que fit le Prophète pour une femme qui s’était livrée après avoir accouché d’un enfant adultérin, et dont le repentir avait été sincère.

La volonté de Dieu, pour les croyants, s’exprime à deux niveaux : dans le livre de la Révélation et dans celui de la Création. Les doctrines juive, chrétienne et musulmane affirment unanimement que Dieu seul est le créateur de toute chose. Or nous demandons : qui a créé le virus du sida ? Observez que la personne qui respecte strictement les commandements divins est à l’abri de cette infection, qui ne peut atteindre, à moins d’une erreur de transfusion sanguine, un individu qui n’entretient aucun rapport extraconjugal, qui n’a pas de pratique homosexuelle et qui évite la consommation de drogue. Par rapport à ces principes de base, seuls s’exposent à la contamination ceux qui ont un comportement déviant.

Avant de juger cette conception moralisatrice et complètement dépassée, je propose simplement que l’on fasse un effort de réflexion : la mort lente d’un malade atteint du sida est-elle moins significative que celle d’une personne lapidée ? Pour le musulman, les signes divins que l’intelligence humaine perçoit se découvrent aussi bien dans l’univers que dans la loi.

Soyons encore plus explicite, au risque de heurter cette fois la sensibilité des partisans invétérés des Lumières. Dans une tradition authentique, le prophète Mahomet annonçait : « La turpitude n’apparaît jamais au sein d’un peuple, pratiquée ouvertement aux yeux de tous, sans que ne se propagent parmi eux les épidémies et les maux qui n’existaient pas chez leurs prédécesseurs. » Qui pourrait nier que les temps modernes, conjuguant le déballage de la débauche sur grand écran et la hantise obsédante d’une contagion mortelle, offrent la parfaite illustration de cette parole ?

En clair, que ceux qui nient qu’un Dieu d’amour ait ordonné ou maintenu la lapidation de l’homme et de la femme adultères se souviennent que le virus du sida n’est pas issu du néant.

Remarquons cependant que l’éthique musulmane nous prescrit de soutenir le malade du sida dans l’épreuve qu’il subit, et qu’il est essentiel de l’accompagner et de le réconforter avec compassion. Remarquons encore que l’islam a encouragé la recherche médicale, le Prophète ayant indiqué qu’à toute maladie, si l’on excepte la vieillesse, correspondait un remède. Il reste que l’épidémie du sida devrait à notre sens, pour être conjurée, nous conduire à une réflexion morale sur le sens de nos responsabilités et sur la nécessité de revenir aux normes susceptibles de préserver notre spiritualité.

Les musulmans sont convaincus de la nécessité, en tout temps et tout lieu, de revenir à la loi divine. Ils voient dans la rigueur de celle-ci le signe de la miséricorde divine. Cette conviction n’est pas nourrie par un fanatisme aveugle, mais par un réalisme correspondant à la nature des choses de la vie. Vivre en paix et en conformité avec l’être et le devoir, tel est le principe de leur engagement, parce que, comme le souligne le Coran, « c’est certes à Dieu qu’appartiennent la création et le commandement ». (7, 54)

Les musulmans savent que la nature leur est soumise autant qu’ils se soumettent à Dieu, mais qu’elle se rebelle en revanche contre eux s’ils enfreignent les lois du Tout-Puissant. Ils ont la certitude que l’homme ne peut se suffire à lui-même, et que la libération des moeurs est à l’origine d’une incommensurable détresse qui touche des millions d’individus. Qui donc aurait le droit de le leur reprocher ?

Voir aussi:

Comment se passe une lapidation en Iran

De la taille des pierres à qui peut jeter la première.

Christopher Beam

Traduit par Holly Pouquet

Slate

Vendredi 6 août 2010

Le Brésil a offert l’asile à Sakineh Ashtiani, une Iranienne reconnue coupable d’adultère en 2006 et condamnée à la peine de mort par lapidation. Il y a quelques semaines, la peine a été temporairement suspendue par les officiels iraniens, mais Ashtiani reste quand même sous le coup de la peine de mort.  Au fait, comment une lapidation se déroule-t-elle?

D’abord, vous êtes enterré. Le Code Pénal Islamique dit qu’un homme déclaré coupable d’adultère est enterré jusqu’à la taille; une femme, jusqu’à la poitrine.  Si la condamnation est basée sur la confession du prisonnier, selon la loi, c’est le juge présidant le tribunal qui jette la première pierre. Si la condamnation est basée sur le rapport de témoins, ce sont les témoins eux-mêmes qui lancent les premiers, puis le juge, puis les autres – en général d’autres officiels des forces de justice et de sécurité. Les pierres doivent être de taille moyenne selon le code pénal : pas trop grandes pour qu’une ou deux ne suffisent pas à tuer une personne, mais pas trop petites qu’on puisse les appeler des cailloux. En d’autres termes, à peu près la taille d’une mandarine. Toute la procédure prend moins d’une heure.

Un mince espoir pour les lapidés réside dans le fait que ceux qui arrivent à s’échapper de leur trou voient leur peine commuée. Mais cette règle s’applique uniquement pour ceux qui ont confessé leur crime. (Si vous êtes condamné à la lapidation sur la base de témoignages, s’extirper du trou ne sert à rien.) De toute manière, il est très difficile d’échapper à la punition: les prisonniers sont d’abord mis dans un sac en toile blanche avec leurs mains attachées.

Les lapidations en Iran étaient publiques par le passé. Entre 1993 et 2000, tout le monde pouvait venir et lancer les pierres. Mais à la suite de cela, un tollé public s’est élevé contre cette pratique et les lapidations sont devenues des affaires privées. Elle ont lieu souvent maintenant à l’intérieur d’un cimetière. En 2002, le principal chef de l’institution judiciaire a même prononcé un moratoire contre les exécutions par lapidation. Mais il s’agissait plus d’une indication qu’un changement de loi, et la pratique de la lapidation s’est poursuivie pendant que les officiels niaient son existence. A l’été 2009, une commission parlementaire a recommandé qu’on abroge la loi autorisant la lapidation, mais le parlement ne l’a pas encore formellement révoquée.  (Vous pouvez regarder le film NSFW montrant une lapidation publique en 1994 ici.)

La loi iranienne décrit trois cas pour lesquels un coupable présumé d’adultère peut être condamné à la lapidation: l’auteur présumé fait lui-même une confession, des témoins attestent de sa culpabilité, ou bien encore le juge prononce la condamnation sur la seule base de sa «connaissance». (Cette dernière est aussi arbitraire que cela en a l’air).  Quand il s’agit de témoignages, un seul ne suffit pas: la cour a besoin de quatre hommes, ou trois hommes et deux femmes.  Si deux hommes et quatre femmes témoignent, l’adultère présumé est seulement passible du fouet.

L’Explication remercie Hadi Ghaemi de l’International Campaign for Human Rights in Iran.

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