Sciences: Vous avez dit joug clérical? (No religion please, we’re French)

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Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
La finalité est une femme avec laquelle un biologiste ne veut jamais être vu en public, mais dont il ne peut pas se passer! Pierre Paul Grassé
Il est peut-être le temps de voir si nos progrès dans la compréhension des mécanismes moléculaires peuvent soutenir les vues internalistes de l’évolution. Denis Duboule (Université de Genève, Ecole polytechnique Fédérale de Lausanne)
La théorie de l’évolution des espèces dite théorie néodarwinienne, qui est reconnue comme la théorie aujourd’hui dominante dans la communauté scientifique, fut fondée officiellement en 1947, lors du congrès de Princeton, aux États-Unis. À la fin des années 1990, une autre synthèse évolutionniste est en train de se forger (…). Les changements dans la morphologie sont attribuables à des mutations des gènes de régulation du développement embryonnaire, d’où la conclusion admise par la plupart des biologistes : la naissance de la lignée humaine issue d’un ancêtre de type « grand singe » a vraisemblablement été liée à des changements génétiques ayant affecté les gènes de régulation du développement morphologique au cours de la vie embryonnaire. Le Petit Larousse 2010 (juin 2009)
La théorie de l’évolution ? Je dis aujourd’hui il n’y a plus d’hypothèse et il n’y a plus de théorie : l’évolution est un fait prouvé par la biologie et la génétique. Il n’y a pas de discussion sur l’évolution… ce qui peut se discuter ce sont les modalités de l’évolution. Yves Coppens (février 2009)
On constate que, dans un environnement identique, toutes les espèces évoluent dans le même sens – celui, précisément, de l’adaptation à ce milieu. Selon l’idée darwinienne, qui est toujours à peu près admise aujourd’hui, certains individus subiraient des mutations génétiques qui se produiraient au hasard, et plusieurs d’entre elles donneraient éventuellement un avantage pour subsister dans leur nouvel environnement. Au fil des générations, cette nouvelle espèce s’imposerait, sélectionnée en quelque sorte par le milieu. Cette théorie ne me plait pas beaucoup, dans son ensemble. Il est quand même étonnant que les mutations avantageuses surviennent justement au moment où on en a besoin ! Au risque de faire hurler les biologistes, et sans revenir aux thèses de Lamarck, je crois qu’il faudrait s’interroger sur la façon dont les gènes pourraient enregistrer certaines transformations de l’environnement. En tout cas, le hasard fait trop bien les choses pour être crédible… L’apparition d’un préhumain qui tape sur les cailloux, fabrique des outils, de manière un peu occasionnelle, puis de plus en plus fréquente, jusqu’à en faire une culture, ou, si l’on préfère, le développement de la conscience, qui finit par créer un environnement culturel, cela est aussi, pour moi, un grand mystère. On part d’un être instinctif, sans liberté individuelle, pour arriver à un homme qui a acquis une liberté d’action et un libre arbitre grace à la connaissance qu’il a accumulée et transmise… Yves Coppens
Que disent donc les astrophysiciens et les paléontologues les plus récents ? Quand vous regardez les quelque quatorze milliards d’années qui nous précèdent, vous voyez une matière inerte qui, quand les conditions s’avèrent “bonnes”, se complique, s’organise et devient vivante. Et qui, quand les conditions s’avèrent “meilleures” encore, devient pensante. Matière vivante, matière pensante, pour moi, cela veut dire clairement qu’il y a une forme de pression, de poussée, de sens… Et quand je dis “sens”, ce n’est pas innocent : ça veut dire direction et en même temps signification – ça donne un sens à l’histoire de l’univers. Bon, voilà, moi je m’arrête là : je ne suis ni philosophe, ni métaphysicien ! (…) Par contre ce que je vois en tant que scientifique, c’est que, dans cette sorte de mouvement vers une matière toujours plus complexe, toujours mieux organisée, toujours plus consciente, nous traversons d’innombrables vicissitudes, mais qu’une certaine direction, elle, demeure bien respectée, comme un cap. (…) Qu’il y ait une logique interne, c’est un constat. Quand Anne Dambricourt dit qu’elle voit à l’œuvre une tendance de la nature à se développer dans une certaine direction, je la crois et je l’approuve. Sa recherche se focalise sur les crânes, mais prenez la main : la saisie possible, qui existe chez les primates grâce au pouce opposable, cette tendance a aussi cinquante millions d’années ! Que cette tendance se soit peu à peu raffinée, jusqu’à aboutir à notre capacité d’humains modernes à saisir un crayon entre le pouce et n’importe lequel de nos autres doigts, cela correspond à une tendance de fond qui ne doit, selon moi, rien au hasard… Yves Coppens
J’ai découvert que notre bipédien’est pas liée à un changement du milieu, mais à une logique interne propre aux gènes de nos ancêtres qui agissent au cours du développement de l’embryon en le redressant. un processus mémorisé dans l’ADN, qui se répète depuis des millions d’années toujours dans le même sens. (…) Il ne s’agit pas de remettre en question Darwin, mais d’ajouter aux contraintes environnementales des contraintes internes. (…) la sélection naturelle seule n’explique pas l’apparition simultanée de tant de changements ni d’êtres conscients capables d’analyser les conséquences de leurs actions. (…) Quand on voit chez l’homme la spiritualité, l’art, les rites funéraires, on est obligé de chercher à comprendre l’origine de tout ça. Anne Dambricourt-Malassé
L’évolution, régie par le pur hasard du début jusqu’à la fin, ne saurait avoir la moindre direction, le moindre but. Pour les partisans du paradigme aujourd’hui en place, prétendre que l’évolution qui a engendré la pensée réfléchie serait contrôlée par autre chose que le hasard tient du sacrilège. Cet a priori matérialiste s’est trouvé récemment renforcé par l’arrivée de la théorie du Chaos, qui se fait fort d’expliquer comment le désordre engendre spontanément de l’ordre et comment, dans des conditions d’instabilité limite, un système ouvert à l’énergie peut créer des formes totalement inédites. On appelle cela le “chaos créateur”, ou “chaos déterministe”.
Je comprends la nécessité des prophéties et des prophètes, c’est-à-dire d’une information qui vienne d’une conscience supérieure à nous.
L’homme ne cesse pas d’évoluer, mais il le fait de façon non aléatoire.
Le paradigme EVO-DEVO (…) avancée majeure dans l’histoire de la théorie de l’évolution, permet à la paléontologie de s’ouvrir à un large champ pluridisciplinaire : sciences de la complexité, des systèmes dynamiques non-linéaires, auto-organisation des systèmes ouverts, équilibres ponctués, macro-évolution, et de progresser vers de nouvelles découvertes scientifiques aux implications majeures lorsque les conclusions recoupent des préoccupations de la Santé publique et éveille chez le scientifique, des considérations éthiques. Ma recherche repose sur la découverte de l’origine embryonnaire des transformations anatomo-squelettiques des grands anthropoïdes (plan d’organisation ou pattern), responsables des équilibres bipèdes permanents, (australopithécinés et humains) et du contrôle psychomoteur de la posture (oreille interne : labyrinthe, canaux semi-circulaires). Elle montre que l’émergence de la lignée humaine (le genre Homo) est de nature saltationniste (équilibres ponctués), et qu’elle correspond à la verticalisation au cours de l’embryogenèse du squelette axial métamérisé (du post-sphénoïde au sacrum). Cette verticalisation céphalique interne (étagement des trois fosses cérébrales) est déjà apparente dans l’organisation anatomique des grands anthropoïdes miocènes : le raccourcissement de la base est du à une amplitude de flexion du sphénoïde encore visible chez les ponginés (Orang outan) et les paninés (Gorille et Chimpanzé), plus prononcée que chez les petits singes. Cette émergence d’origine embryonnaire n’est donc ni graduelle, ni liée à un recul du couvert forestier, elle est saltationniste et macro-évolutive (de longues périodes géologiques sans modifications). Elle nécessite des conditions écologiques riches en eau, offrant des conditions de protection conditionnées par une gestation et une période de sevrage plus longues (présence d’eau, nidification dans les arbres, protection contre les prédateurs). Elle concerne l’ontogenèse du système nerveux central (cerveau, cervelet, tronc cérébral, moelle épinière) et périphérique (innervation) ainsi que ses enveloppes mésenchymateuses (os, vascularisation). Il convient donc de distinguer l’équilibre postural dont les contraintes architectoniques sont d’origine embryonnaire et phylogénétique (interne, évolution des réseaux de gènes homéotiques) et l’adaptation du squelette appendiculaire au milieu comme la brachiation, qui est indépendante du degré de verticalisation. La marche qui caractérise l’anatomie du genre Homo, correspond à l’équilibre locomoteur d’un organisme non pas confronté à une régression du couvert arboré, mais à un profond remaniement de l’organisation interne des espèces en présence au cours de l’embryogenèse. Cette évolution relève de processus macro-évolutifs, saltationnistes, d’origine interne, auto-organisés, asservis (contraints par des phénomènes d’organisation en boucle) et qui se traduisent par une complexification interne.
Si j’ai rencontré de nettes résistances de la part de confrères (moins nombreux aujourd’hui), c’est que pour moi la démonstration est faite, et qu’elle remet en cause toute la vision “chaotique” des sciences de l’évolution. La plupart des paléontologues aiment bien la Théorie du Chaos. Elle leur permet d’affirmer que, depuis quatre milliards d’années que la vie existe sur cette planète, l’apparition des espèces vivantes successives s’est faite de manière rigoureusement imprédictible. Que l’on puisse supposer l’arrivée de telle ou telle famille vivante prédictible, leur est inconcevable. Appliquée à l’homme, la supposition leur devient même insupportable. Pour eux, notre apparition est le fruit accidentel d’une confluence d’événements à 100% indépendants les uns des autres, provoqués par des mutations génétiques aléatoires, se combinant de façon viable par pure coïncidence. Cela fonde une certaine idée de la liberté, certes… Mais j’arrive, quant à moi, à des conclusions diamétralement contraires, porteuses d’une liberté très différente. Il y a une logique qui se déploie imperturbablement à travers le halo du hasard – on pourrait même dire : une logique qui se nourrit du hasard. Il y a quelque chose de très stable, de très persistant, de très têtu tout au long de l’évolution. Quelles que soient les dérives de continents, les crises climatiques, les disparitions ou les apparitions d’espèces, quels que soient les aléas chaotiques – régis, en effet, par un hasard imprédictible -, on voit, sur soixante millions d’années, la base du crâne des primates, des singes, grands singes, puis des hominiens, des hommes archaïques et des hommes modernes, imperturbablement se contracter, suivant une logique explicite, autorisant des prédictions dans la génèse des formes. Je cite la contraction cranio-faciale parce que c’est le domaine que j’ai étudié, mais je suis sûre aujourd’hui que l’on retrouve le même type de processus dans tous les grands flux du vivant. Et cela semble logique. Car enfin, aujourd’hui, les scientifiques sont d’accord pour dire que, du Big Bang à l’apparition de la vie (c’est-à-dire pendant onze milliards d’années), il y a eu déploiement d’un monde prédictible : les quarks pouvaient difficilement ne pas donner des protons, les nuages d’hydrogène pouvaient difficilement ne pas s’effondrer sur eux-mêmes pour donner des étoiles et des molécules, les molécules allaient donner des acides aminés et, finalement, l’ADN – voilà ce qu’on nous dit. Et puis tout d’un coup, la logique des scientifiques se rompt. A partir de l’apparition de la vie, on ne pourrait plus rien prévoir. Le grand chaos prendrait la gouverne. Je ne peux m’empêcher de constater qu’il n’y a rien de scientifique dans cette rupture du discours, et quelque chose me dit que la véritable raison en est philosophique : c’est l’homme que l’on vise, c’est lui dont on ne veut surtout pas qu’il soit prédictible – car il se pourrait alors, oh scandale, qu’il ait une raison d’être au monde! Le fait même de se poser des questions remplit une fonction essentielle – une fonction que nous ne connaissons pas encore et que notre liberté consiste à trouver. Or que voyons-nous autour de nous ? Jamais une société n’a été aussi négative, aussi déstructurante pour cette pensée que la civilisation du XXe siècle, qui nie contre toute nature humaine, sans démonstration, la signification de son existence. Beaucoup de leaders intellectuels et scientifiques vont jusqu’à nier la possibilité même de se poser des questions sur le Sens ! Comme si l’on pouvait nier cela rationnellement ! Le Sens qui nous habite et nous meut n’échappe-t-il pas, par définition, à notre emprise ? Aujourd’hui, je comprends enfin la nécessité des prophéties et des prophètes – c’est-à-dire d’une information qui vienne d’une conscience supérieure à nous, qui contienne à la fois l’homme et sa signification. L’observateur seul ne peut pas s’abstraire de lui-même ni s’observer du dehors, c’est impossible. Donc le Sens ne peut être que dévoilé et intégré dans un stade de conscience supra-humain. Les directions d’avenir nous sont accessibles, le Sens pas encore. Sa négation est une très grave mutilation de la nature humaine. Anne Dambricourt
Des chercheurs viennent de reconstituer l’environnement de l’un de nos lointains parents du genre Ardipithecus  : celui-ci aurait vécu dans un milieu forestier alors qu’il marchait déjà. Une découverte qui pourrait bouleverser les théories sur l’apparition de la bipédie. En effet, la théorie dominante veut que la bipédie soit le fruit d’une adaptation à la transformation d’un milieu boisé en une savane ouverte, la présence de hautes herbes obligeant les primates à se redresser. Ardipithecus montre que la bipédie peut très bien s’épanouir dans un paysage semi-boisé. Mais alors quel aurait été le moteur du redressement, point de départ de la longue marche évolutive vers l’humain ?. Journal du CNRS janvier/février 2010
Il faut déplorer en France la quasi-absence de débats authentiques sur de tels sujets, due au manque d’interdisciplinarité dans l’enseignement scientifique. Yves Bouligand (Ecole pratique des hautes études)
Au fond de la gorge, un petit os, le clivus, bascule de façon saisissante chez les principaux primates, jusqu’à l’Australopithèque et à l’homme de Cro-Magnon. D’après la théorie scientifique dominante, les changements de l’environnement modifient la locomotion et sont la cause de l’évolution de la contraction crânio-faciale, qui aboutit à placer, chez Sapiens , le trou occipital à la verticale du cerveau. Or pour l’iconoclaste du Muséum d’histoire naturelle, la modification de la base du crâne, d’origine embryonnaire, ne serait liée en rien aux modifications du milieu. Surtout ce processus ne serait pas aléatoire, contrairement à ce qu’affirment les environne- mentalistes. Sur soixante millions d’années, les séquences évolutives se produisent toujours dans le même sens. Où Anne Dambricourt voit « un processus d’une logique implacable et continue qui loin de donner la primeur au chaos relativise énormément son rôle ». Un pavé dans la mare du matérialisme scientifique ? « Dès qu’on parle de logique interne , se justifie- t-elle, on est accusé de défendre l’idée d’un plan divin ».
Interrogés, ses nombreux détracteurs se retranchent dans l’anonymat. A leurs yeux l’affaire Dambricourt mettrait en cause « le statut de la recherche dans un Etat laïc », « la perte des valeurs républicaines », « le statut laïc de la science », « le meilleur du positivisme », « le caractère indépendant de la recherche ». Les travaux d’Anne Dambricourt mélangeraient « recherches scientifiques et conceptions religieuses » et incarneraient « le retour à un statut médiéval d’universités placées sous le joug clérical ».
Pour excommunier l’hérétique, certains chercheurs réveillent les mânes de Jacques Monod, et en appellent à « l’excellence française ». D’autres refusent même de répondre à la moindre question sur ses travaux. « Etre pour ou contre Dambricourt n’a pas de sens, explique un chercheur, c’est comme donner cinq minutes la parole aux nazis et cinq minutes aux antinazis ». « La vérité religieuse à laquelle elle se réfère, estime un autre, n’a rien à faire avec la vérité scientifique ». La Recherche

Cachez cette religion que je ne saurai voir!

« Née dans une famille versaillaise de jésuites et de missionnaires », « secrétaire générale de la fondation Pierre-Teilhard-de-Chardin », « Jeanne d’Arc », « croisade », « sainte Anne », « atmosphère recueillie, studieuse », « cheveu court », « la tête penchée et l’air têtu », « chandail ras du cou de nonne », face au « journaliste inquisiteur »…

Alors que les islamistes afghans viennent de revendiquer l’assassinat de huit nouveaux humanitaires sous prétexte qu’ils travaillaient pour une organisation humanitaire chrétienne qui depuis plus de 40 ans offre l’essentiel des soins oculaires du pays …

Retour, alors que Le Point meuble ses longues journées d’été avec un dossier sur l’existence de Dieu, sur une forme autrement plus policée et subtile, et évidemment sans commune mesure,  de l’exclusion dont est victime, jusqu’en notre propre univers, la pensée chrétienne

A savoir, dans le monde on ne peut plus rationnel et feutré de la science, la véritable ostracisation dont semblent être l’objet les savants qui osent mettre en doute la nouvelle vulgate.

Jusqu’à prétendre, comme pour le prix Nobel Christian de Duve dans un monde où, outre l’épineuse question de l’incroyable quantité d’ « ajustement fin » nécessaire à l’apparition de la vie, le concept central d' »atome primitif » (passé à la postérité comme il se doit  sous le nom qu’avait choisi pour s’en moquer son principal détracteur) lui a été soufflé par un prêtre, que « l’évolution a un sens ».

Ou, comme pour la paléontologue du Muséum national d’histoire naturelle Anne Dambricourt-Malassé dans un univers où l’auteur de l’autre concept central d’évolution ne connaissait on le sait ni la génétique ni l’embryologie, remettre en cause l’article de foi de l’évolution conçue comme sélection naturelle de mutations aléatoires et notamment la cause strictement environnementale de l’évolution des mâchoires des primates (jusqu’à… l’actuelle disparition progressive des dents de sagesse à cause de la réduction de l’espace disponible dans la bouche!).

Autrement dit, pour l’affreuse hérétique, la cause en serait d’origine embryonnaire et non aléatoire, les séquences évolutives se produisant toujours dans le même sens, mues par une sorte de logique interne, d’où le soupçon, sacrilège, d’idée de plan divin …

Une paléontologue face au très darwinien comité de vigilance de la laïcité

Itinéraire: Anne Dambricourt-Malassé hérétique et martyre

Nicolas Beau

La Recherche

Décembre 1997

Un article sur les origines de l’homme publié dans La Recherche par Anne Dambricourt-Malassé a engendré contre son auteur une virulente campagne de dénigrement. Enquête sur une ténébreuse affaire.

A deux pas du Jardin des plantes, l’immeuble est vétuste. L’Institut de paléontologie humaine a été fondé le 16 novembre 1910 par Albert 1er de Monaco… Mais le Muséum national d’histoire naturelle, auquel l’Institut est rattaché, ne roule pas sur l’or. L’équipe d’anthropologie d’Anne Dambricourt-Malassé occupe une modeste pièce, en sous-sol et mal éclairée, au bout d’un long couloir. Six chercheurs y travaillent : l’un sur les articulations, un autre sur les épaules, un troisième sur le pied. L’atmosphère est recueillie, studieuse.

« Voilà les crânes, j’ai tout préparé. » Sur un bout de table, Anne Dambricourt-Malassé a disposé avec précaution quelques fossiles. Depuis quinze ans, cette chercheuse de 38 ans en a ausculté des milliers. « Il faut partir des faits, étudier des populations, des trajectoires de croissance, explique-t-elle d’emblée , c’est cela la démarche scientifique ».

Le cheveu est court, la tête penchée et l’air têtu. Illusion ? Son chandail ras du cou lui donne l’allure d’une nonne. Avant même toute allusion aux attaques dont elle fait l’objet, sainte Anne est sur la défensive. Comme si la Terre entière était liguée contre elle. Et le journaliste un inquisiteur…

Déjà lors de sa titularisation au CNRS en 1992, certains chercheurs l’avaient qualifiée d’« illuminée ». Le 17 octobre dernier, plusieurs membres de la commission d’évaluation du CNRS ont mis en cause à nouveau sa contribution à l’unité de recherches. « C’est du harcèlement, je n’attaque personne mais je subis toujours. » Et de répéter, de marteler : « Je ne veux rien prouver a priori , je veux comprendre ».

Au départ, les attaques mirent en cause ses travaux sur la base osseuse du crâne. Au fond de la gorge, un petit os, le clivus, bascule de façon saisissante chez les principaux primates, jusqu’à l’Australopithèque et à l’homme de Cro-Magnon. D’après la théorie scientifique dominante, les changements de l’environnement modifient la locomotion et sont la cause de l’évolution de la contraction crânio-faciale, qui aboutit à placer, chez Sapiens , le trou occipital à la verticale du cerveau. Or pour l’iconoclaste du Muséum d’histoire naturelle, la modification de la base du crâne, d’origine embryonnaire, ne serait liée en rien aux modifications du milieu. Surtout ce processus ne serait pas aléatoire, contrairement à ce qu’affirment les environne- mentalistes. Sur soixante millions d’années, les séquences évolutives se produisent toujours dans le même sens. Où Anne Dambricourt voit « un processus d’une logique implacable et continue qui loin de donner la primeur au chaos relativise énormément son rôle ». Un pavé dans la mare du matérialisme scientifique ? « Dès qu’on parle de logique interne , se justifie- t-elle, on est accusé de défendre l’idée d’un plan divin ».

La vraie polémique s’est amplifiée à partir d’un article paru en avril 1996 dans La Recherche (I) . L’intitulé (proposé par la rédaction) ne pèche pas par modestie : « Nouveau regard sur l’origine de l’homme ». Un clin d’oeil du destin : « Je n’avais pas les moyens de m’offrir des scanners ou des IRM , explique Anne Dambricourt, j’étais au bout du rouleau. La publication dans La Recherche m’a permis de faire connaître mes travaux et de trouver des fonds ». Seulement cette contribution arrive au moment même où La Recherche est accusée, suite à un entretien retentissant avec le mathématicien Marcel-Paul Schützenberger, de verser dans un antidarwinisme primaire. Comme pour confirmer la chose, le numéro même où est publié l’article d’Anne Dambricourt contient un entretien avec le prix Nobel Christian de Duve, chrétien notoire, pour qui « l’évolution a un sens ». Ces publications successives provoquent un violent mouvement de protestation. Plus de cent cinquante lettres de professeurs d’université et de chercheurs du CNRS parviennent à la revue. Anne Dambricourt se retrouve au centre de la bourrasque. Elle est prise à partie. Méchamment.

Pour se défendre, cette écorchée a constitué un épais dossier. On y trouve peu de publications scientifiques, mais d’innombrables coupures de presse, du Nouvel Observateur au Monde , de Charlie Hebdo à Libération . Et aussi des lettres de chercheurs qui la soutiennent, et encore de longs plaidoyers autojustificatifs. Fébrilement, Anne Dambricourt feuillète les pièces du procès médiatique qui lui est intenté. Et part parfois d’un éclat de rire. Un rire de gamine qui aurait mis les doigts dans la confiture : « Tout cela, c’est un vrai rififi ». Souvent aussi, son regard se fixe. Elle est saisie par l’ampleur de la polémique qu’elle a suscitée, comme clouée au sol de son labo : « C’est pas beau, pas beau du tout ce climat, cela fait plus d’un an que cela dure ». Elle ne voudrait pas en parler. Et souhaite pourtant se justifier. Contre-attaquer. Début septembre de cette année, elle a envoyé aux cent cinquante participants d’un congrès de darwinistes une lettre les menaçant de poursuites judiciaires.

Née dans une famille versaillaise de jésuites et de missionnaires, Anne Dambricourt est le diable des darwinistes purs et durs. La question de Dieu ne l’a jamais laissée indifférente. Cette part mystique n’avait pas échappé au grand paléontologue de la Sorbonne, Jean Piveteau, qui l’a nommée secrétaire générale de la fondation Pierre-Teilhard-de-Chardin en 1990. « Il faut lire et relire Teilhard, explique-t-elle, il est si profond, si logique, si poétique… Il est temps que la conscience renoue avec des logiques internes qui ne soient pas liées au chaos ».

Provocante, Anne Dambricourt n’hésite pas à s’exprimer dès 1994 dans une revue, Nouvelles Clés , qui flirte avec le new-age et d’autres théories fumeuses(1). Le propos n’est pas franchement nuancé : « J’ai toujours eu la conviction , explique- t-elle, qu’on avait une chance de comprendre ce que nous faisons ici sur T erre en remontant aux origines de l’homme ». Et d’ajouter : « Selon la théorie darwinienne, l’évolution régie par le pur hasard ne saurait avoir la moindre direction, le moindre but. Prétendre que l’évolution qui a engendré la pensée réfléchie serait contrôlée par autre chose que par le hasard tient du sacrilège. » Elle ne craint pas de passer pour une hérétique : « Je comprends la nécessité des prophéties et des prophètes, c’est-à-dire d’une information qui vienne d’une conscience supérieure à nous ».

Interrogés, ses nombreux détracteurs se retranchent dans l’anonymat. A leurs yeux l’affaire Dambricourt mettrait en cause « le statut de la recherche dans un Etat laïc », « la perte des valeurs républicaines », « le statut laïc de la science », « le meilleur du positivisme », « le caractère indépendant de la recherche ». Les travaux d’Anne Dambricourt mélangeraient « recherches scientifiques et conceptions religieuses » et incarneraient « le retour à un statut médiéval d’universités placées sous le joug clérical ».

Pour excommunier l’hérétique, certains chercheurs réveillent les mânes de Jacques Monod, et en appellent à « l’excellence française ». D’autres refusent même de répondre à la moindre question sur ses travaux. « Etre pour ou contre Dambricourt n’a pas de sens , explique un chercheur, c’est comme donner cinq minutes la parole aux nazis et cinq minutes aux antinazis » . « La vérité religieuse à laquelle elle se réfère, estime un autre , n’a rien à faire avec la vérité scientifique ».

Indépendamment de cette chasse à la sorcière, Anne Dambricourt est sans doute le reflet d’une polémique qui la dépasse – « un épiphénomène » explique assez justement un chercheur du Muséum. Les controverses sur la consistance des théories de Darwin ont été réactivées depuis une dizaine d’années, bien avant les articles dans La Recherche . La discussion est très publique aux Etats-Unis, beaucoup plus feutrée de ce côté de l’Atlantique : « Il faut déplorer en France la quasi-absence de débats authentiques sur de tels sujets, due au manque d’interdisciplinarité dans l’enseignement scientifique », note Yves Bouligand de l’Ecole pratique des hautes études(2). La violence des invectives actuelles est sans doute le prix à payer pour ce refoulement.

Mais risquons une hypothèse. Le statut de victime expiatoire ne déplaît pas tant à la très chrétienne Anne Dambricourt qui en tire une certaine légitimité : « Les gens me disent que j’ai fait une découverte qui ne correspond pas à l’idéologie dominante, explique-t-elle, c’est normal qu’on me fasse toutes les critiques imaginables ». Notons que cette polémique lui vaut, cinq ans seulement après sa titularisation au CNRS, une formidable notoriété : un passage au Cercle de minuit en mai 1996 avec un Jean-François Kahn transformé pour l’occasion en philosophe des sciences ; des dossiers entiers dans Science et Vie ou Sciences et Avenir ; de multiples invitations à participer à des colloques et même l’obtention d’une bourse du ministre des Affaires étrangères pour une mission dans les montagnes du Pakistan sur « Les haltes de chasse de la population des hommes préhistoriques ».

Plus encore, le professeur Jean Chaline, paléontologue à l’université de Dijon, vient d’écrire, sous le pseudonyme d’Ivan Petrovitch C., un roman où une jeune chercheuse, Marie du Berry, défend une théorie originale « des horloges internes du vivant(3) ». Marie met en cause devant des publics savants les théories de Darwin, avec une pugnacité et un naturel qui font penser irrésistiblement à Anne. Ce qui n’est pas étonnant : Chaline a défendu la qualité des travaux d’Anne Dambricourt dans le cadre de sa titularisation au CNRS et dans un livre publié au Seuil(4) – et la connaît fort bien.

Emportée par cette soudaine notoriété, Anne Dambricourt signe, en août 1996, la préface d’un ouvrage de l’Américain Philip Johnson, ouvert à l’idée d’une intervention divine(5). N’était-ce pas maladroit dans le maelström actuel ? « Pas du tout , répond Anne Dambricourt, j’ai justement mis en garde dans ce texte contre les excès des positions antidarwiniennes et les théories de l’évolution qui font intervenir Dieu à tout bout de champ ». Ajoutant à la confusion générale, Anne Dambricourt ajoute : « Il y avait un risque, je n’ai pas voulu me dérober ».

Electron libre, cette Jeanne d’Arc mène sa croisade pour un moyen terme entre le darwinisme et le créationnisme. « L’homme ne cesse pas d’évoluer, mais il le fait de façon non aléatoire ». Et d’ajouter cette phrase qui en dit long sur la solitude du chercheur de fond. Et sur son orgueil : « Nous sommes très peu dans le monde à avoir étudié la base du crâne sur trois dimensions. Et je suis la seule à être remontée au développement embryonnaire des hominidés fossiles ». A ce stade, peu importe qu’un Coppens, professeur au Collège de France, qui a soutenu naguère sa titularisation au CNRS et l’invite encore en mars 1996 à faire une conférence dans le cadre de son séminaire au Collège de France, l’incite aujourd’hui à « réviser un peu son embryologie ». Ou qu’un Chaline, qui reste bienveillant, regrette maintenant « son manque de rigueur ». « Nous sommes très durs avec elle, explique ce dernier, Anne dérape souvent. » Au fond personne ne la défend vraiment, personne ne l’inquiète réellement. On le sait, la communauté scientifique préfère un consensus mou à une véritable évaluation de ses chercheurs. Ses vrais soutiens sont ailleurs.

En marge de la communauté scientifique. La mystérieuse université interdisciplinaire de Paris (UIP) a joué un rôle décisif dans la notoriété d’Anne Dambricourt. Fort actif, le fondateur de l’UIP, un certain Jean Staune, se définit comme « un Ocni » (Objet chrétien non identifié). Sa formation ? Un deug de mathématiques, Sciences-Po et une maîtrise en informatique. Cet agitateur d’idées qui a aussi un pied dans l’édition chez Fayard prétend « faire les relations publiques des Galilée du troisième millénaire ». Dans un modeste deux-pièces du XVe arrondissement, ce propagandiste fébrile parle « d’une troisième ère de l’humanité », « de nouveaux niveaux de perception », « de nouveaux paradigmes à inventer ». Une pensée tout en subtilité : « Il faut séparer la métaphysique et la science , explique-t-il, tout en les reliant. » Jamais Staune ne renonce à batailler, ni à convaincre. Début septembre, ce propagandiste talentueux s’invite au congrès des darwinistes purs et durs. Sa seule présence irrite la quasi-totalité des cent cinquante participants ? Peu lui importe. Ce gourou poursuit à la cafétéria ses contradicteurs et cherche à engager le débat. « Il a un côté témoin de Jéhovah, toujours prêt à un hypothétique dialogue » affirme un de ses adversaires résolus, qui a dû essuyer ses avances. La rencontre entre la scientifique et l’agitateur d’idées eut lieu durant l’été 1992. Tous deux participaient à un séminaire organisé dans les Pyrénées sur « science et religion ». L’initiateur de cette manifestation était un certain Xavier Salentin, disciple de Teilhard de Chardin et ancien officier de marine. L’été, cet excentrique accueille dans le hameau familial des chercheurs en quête de spiritualité. Au grand désespoir de ses nombreux enfants qui n’ont pas le même goût que leur original de père pour ces conversations ésotériques. « J’ai tout de suite senti sa passion intérieure, son inquiétude », explique Staune ravi de jouer les grands frères. Très vite, le fondateur de l’UIP dresse un véritable piédestal à Anne Dambricourt : « Sa hiérarchie , explique- t-il, n’a pas pris conscience de l’importance décisive de ses travaux ». Son admiration est réelle : « Sa vision est romantique et généreuse, ce n’est pas celle d’un VRP en cosmétiques. » Les colloques se succèdent, les prix Nobel se bousculent. Staune a un vrai talent pour réunir des sommités dans d’hypothétiques conseils scientifiques, de prestigieuses enceintes. En 1994, le Sénat héberge un premier colloque sur « l’évolution du darwinisme » où prennent la parole d’éminents chercheurs comme Jean Dorst, Marcel-Paul Schützenberger et Pierre-Henri Gouyon. Deux ans plus tard, un autre forum se tient à l’Unesco sur « la science et le sens » où viennent plusieurs prix Nobel comme Charles Townes (physique), Werner Arber (médecine), Baruch S. Blumberg (médecine). Le philosophe André Comte- Sponville participe aux débats.

La veille de l’ouverture du colloque, un grand dîner à l’Elysée réunit tout ce beau monde autour de Jacques Chirac. Seule femme présente, Anne Dambricourt est assise à la droite de René Lenoir, le conseiller culturel de Jacques Chirac. Jean Staune a fait de cette jeune femme tourmentée une véritable égérie. Comment pourrait-elle refuser un tel piédestal ? « L’UIP est un média important , explique Anne Dambricourt, qui permet à des chercheurs d’avoir un contact direct avec le grand public sans passer par aucun écran ». Alors pourquoi se priver ? Au début de son intervention à l’Unesco, Anne Dambricourt évoque son grand-père mort à Verdun et s’interroge sur la valeur de la vie : « Je suis à la fois un chercheur et un être humain en quête de signification , explique-t-elle, je ne peux pas me diviser en deux, mon cerveau est unique ».

La vie d’Anne Dambricourt fut traversée de crises mystiques. « La profondeur du temps, admet-elle pudiquement, m’a toujours fascinée ». La petite Anne parcourt les carrières du Bassin parisien en compagnie de son grand-père : « Il y avait de jolis coquillages, du soleil, plein de fossiles de formes différentes. Ça sentait la terre, la révélation… Je recherchais mes racines. » En 1988, la mort de son père, un ingénieur de l’Aérospatiale, fut un véritable séisme : « J’ai vécu l’expérience du néant, un mode de souffrance aveugle et absolu ». Seuls ses travaux scientifiques lui ont permis de redonner un sens à sa vie. « Mes découvertes furent ce petit fil pour ne pas crever d’absurdité ».« L’homme n’est pas le fruit du hasard, dit-elle, c’est un enfant né de l’ Univers ». Le poète a toujours raison. Mais la science a-t-elle besoin de poètes ?

(1) Nouvelles Clés, numéro 3, automne 1994.

(2) « La petite fronde antiDarw in des années récentes », Yves Bouligand, in Pour Darwin , PUF, 1997.

(3) Opération Adam, Cerf, 1997.

(4) Une famille peu ordinaire, 1994.

(5) Le Darwinisme en question, science ou métaphysique ? , trad. fr. Les éditions Pierre d’Angle, 1996.

Une « pensée originale »

Voici l’avis que le paléontologue Yves Coppens, professeur au Collège de France, avait rédigé lors de la première candidature d’Anne Dambricourt-Malassé au CNRS. Ce texte est daté du 23 janvier 1989.

« Madame Dambricourt-Malassé a une pensée et une oeuvre (plus de 600 pages) extrêmement originales ; elle démontre que l’essentiel du développement phylétique de la mandibule des Primates, qu’elle a prise comme témoin, s’explique par des contraintes mécaniques imposées entre autres et en particulier par le développement du neurocrâne et lisible dans l’ontogenèse. Cet éclairage nouveau ouvre d’immenses perspectives sur l’interprétation de la morphologie, l’appréciation de sa signification, l’évaluation de la toxonomie et de la phylogénie telles qu’elles sont appliquées actuellement, sur la mesure du sens même de la spéciation telle qu’elle est pratiquée parfois. En dehors de ces réajustements classificatoires et de cette intéressante remise en question de la valeur des mots, ce programme a évidemment l’extrême mérite de proposer quelques prometteuses directions de recherches sur la mécanique de l’évolution ; on sait en effet depuis deux cents ans que les êtres vivants se transforment dans certaines circonstances et dans certains sens mais on ne sait toujours pas très bien comment.

Il serait désastreux que la modestie de l’oeuvre publiée de madame Dambricourt-Malassé lui porte préjudice; son oeuvre écrite existe en effet et ce dossier possède en lui-même un tel potentiel de recherche que ce serait vraiment confondre l’accessoire et l’essentiel. Madame Dambricourt-Malassé n’aura pas besoin de nombreuses années pour montrer aux membres de la commission 20 que leur choix était bon. »

Voir aussi:

La logique de l’évolution

Anne Dambricourt

Nouvelles clés

L’évolution du vivant obéit à une logique d’organisation supérieure et non au seul pur hasard… une thèse qui rejoint les idées visionnaires de Teilhard de Chardin.

Chercheur en paléontologie humaine au CNRS, Anne Dambricourt-Malassé, secrétaire générale de la Fondation Teilhard de Chardin, est une jeune femme enthousiaste et révoltée, qui propose une thèse hardie sur l’évolution du vivant à partir de son travail sur les crânes des hominiens. Son engouement pour les fossiles date de ses jeunes années, quand son grand-père l’avait emmenée visiter une carrière du Bassin Parisien. L’idée que l’on puisse contempler le temps dans son épaisseur vivante, dans sa durée, l’avait fascinée. Elevée dans une famille catholique, elle rejeta classiquement, à l’adolescence, le credo religieux de ses parents, dont elle ne voyait pas du tout le rapport avec sa vie quotidienne. Les grandes questions métaphysiques n’en demeuraient pas moins lancinantes, à commencer par celle, entre toutes maltraitée dans le monde moderne, de la recherche du sens de nos existences. Finalement persuadée que c’était par la recherche scientifique qu’elle trouverait les meilleures réponses à ses questions, elle s’engagea dans cette voie rigoureuse, à pas prudents, mais sans trop se soucier de sa carrière – ce qui lui a donné une grande liberté, valu de sérieux déboires professionnels et permis de retrouver Pierre Teilhard de Chardin… qu’elle avait essayé de lire à quatorze ans, mais sans le comprendre, et sans se rendre compte que ce jésuite visionnaire allait devenir le maître spirituel de sa vie. Elle avait du flair : pour un esprit scientifique, Teilhard ouvre un boulevard de lumière au cœur d’un troisième millénaire aux prémisses très officiellement “chaotiques”. Mais justement, Anne Dambricourt-Malassé observe que la théorie du chaos aujourd’hui à la mode manque singulièrement de rigueur quand on la généralise à l’évolution du vivant, et qu’il devient urgent et vital de savoir percevoir, derrière cet épais brouillard, les formes de l’avenir de l’homme, forcément fantastiques, en train de se dessiner.

Nouvelles Clés : Comment peut-on trouver la sagesse en passant sa vie à étudier des petits bouts d’os ?

Anne Dambrincourt : Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire de la paléontologie humaine, et cela passe d’abord, bien sûr, par l’étude de squelettes fossiles, notamment des vestiges de crâne. Cela ne partait pas d’une curiosité, ni d’un besoin de “culture”, mais de la conviction qu’en remontant aux origines de l’homme on avait une chance de comprendre ce que nous faisons ici, sur terre. Selon la thèse officielle qui découle de la théorie darwinienne, la question ne se pose pas.

L’évolution, régie par le pur hasard du début jusqu’à la fin, ne saurait avoir la moindre direction, le moindre but. Pour les partisans du paradigme aujourd’hui en place, prétendre que l’évolution qui a engendré la pensée réfléchie serait contrôlée par autre chose que le hasard tient du sacrilège. Cet a priori matérialiste s’est trouvé récemment renforcé par l’arrivée de la théorie du Chaos, qui se fait fort d’expliquer comment le désordre engendre spontanément de l’ordre et comment, dans des conditions d’instabilité limite, un système ouvert à l’énergie peut créer des formes totalement inédites. On appelle cela le “chaos créateur”, ou “chaos déterministe”. Idée de base : par définition, la forme que prendra la vie – comme tout système instable à long terme – est rigoureusement impossible à prédire. Ainsi aurions-nous été, humains, totalement imprédictibles à l’origine. Ainsi notre avènement n’aurait-il, en soi, strictement aucun sens. Il se trouve qu’en comparant l’ontogénèse des os crâniens des singes, petits et grands, archaïques et contemporains, ainsi que ceux de l’Australopithèque, de l’Homo erectus, de l’Homo habilis, du Néanderthalien… et de nous-mêmes, hommes de Cro-Magnon, on tombe sur un processus d’une logique implacable et continue, s’étalant sur soixante millions d’années, et qui, loin de donner la primeur au chaos, relativise énormément son rôle créateur, pour laisser la fonction fondatrice de l’évolution à ce que Teilhard appelait la “loi de complexité-conscience”.

N. C. : De quel processus s’agit-il ?

A. D. : On connaissait déjà ce qu’on appelle la “bascule occipitale de la base du crâne” : au cours de l’évolution le système nerveux s’est encéphalisé et a eu tendance à s’enrouler sur lui-même, à l’arrière du crâne, ce qu’on retrouve dans la forme des os. Mais on ne faisait pas le rapprochement entre ce phénomène, et ce qui se passaitdu côté du visage où, progressivement, la machoire diminuait et s’élargissait, tandis que l’ensemble de la face se verticalisait et se glissait sous le front. En réalité, ces deux phénomènes obéissent à un processus unique, que j’ai appelé “contraction cranio-faciale”, et dont je pense avoir trouvé l’une des clés centrales, de nature fractale, en étudiant les sutures de la base de tous les crânes d’hominiens disponibles. Cette base, quasiment plate chez les premiers singes comme chez les mammifères quadrupèdes, a eu tendance à se plier au centre, à s’enfoncer de plus en plus vers l’intérieur du crâne, comme sous la pression de deux gros pouces invisibles, contraignant celui-ci à une double rotation, l’une vers l’avant (bascule occipitale), l’autre vers l’arrière (retrait de la face), et provoquant donc la contraction cranio-faciale en question. Il faut rendre ici hommage aux orthodontistes. Ce sont en grande partie eux (je pense à Marie-Joseph Deshayes et au Pr. Gudin) qui, sur le terrain clinique, à force de corriger des enfants aux mâchoires dysharmonieuses, nous poussent à mettre en évidence le mécanisme global de contraction de la base du crâne. Ces enfants semblent d’ailleurs de plus en plus nombreux. Par ailleurs, l’idée court que ce qu’on appelle l’“agénésie” qui touche la dernière molaire, la deuxième prémolaire et la deuxième incisive, ne s’observait pas autant autrefois. Un nombre croissant de nos contemporains vivent désormais avec deux, quatre, parfois six dents en moins. Ce qui pose d’intéressantes questions : est-ce simplement dû au fait que l’on prête aujourd’hui plus d’attention à nos dents, ou bien assistons-nous à une continuation, voire à une accélération, du processus d’hominisation ? Si la seconde hypothèse s’avérait la bonne, on retomberait sur notre question centrale : peut-on dire quelque chose de la direction dans laquelle se fait cette hominisation ? Celle-ci a-t-elle un sens ? Lequel ?

N. C. : La “contraction cranio-faciale” dont vous parlez a-t-elle été admise par les autres scientifiques ?

A. D. : Pas par tous. Nous n’en sommes qu’au début. La question est évidemment de savoir s’il s’agit d’une élégante illusion, ou si l’on a affaire à un phénomène réel, quantifiable, testable. Bien sûr, si j’ai rencontré de nettes résistances de la part de confrères (moins nombreux aujourd’hui), c’est que pour moi la démonstration est faite, et qu’elle remet en cause toute la vision “chaotique” des sciences de l’évolution. La plupart des paléontologues aiment bien la Théorie du Chaos. Elle leur permet d’affirmer que, depuis quatre milliards d’années que la vie existe sur cette planète, l’apparition des espèces vivantes successives s’est faite de manière rigoureusement imprédictible. Que l’on puisse supposer l’arrivée de telle ou telle famille vivante prédictible, leur est inconcevable. Appliquée à l’homme, la supposition leur devient même insupportable. Pour eux, notre apparition est le fruit accidentel d’une confluence d’événements à 100% indépendants les uns des autres, provoqués par des mutations génétiques aléatoires, se combinant de façon viable par pure coïncidence. Cela fonde une certaine idée de la liberté, certes… Mais j’arrive, quant à moi, à des conclusions diamétralement contraires, porteuses d’une liberté très différente. Il y a une logique qui se déploie imperturbablement à travers le halo du hasard – on pourrait même dire : une logique qui se nourrit du hasard. Il y a quelque chose de très stable, de très persistant, de très têtu tout au long de l’évolution. Quelles que soient les dérives de continents, les crises climatiques, les disparitions ou les apparitions d’espèces, quels que soient les aléas chaotiques – régis, en effet, par un hasard imprédictible -, on voit, sur soixante millions d’années, la base du crâne des primates, des singes, grands singes, puis des hominiens, des hommes archaïques et des hommes modernes, imperturbablement se contracter, suivant une logique explicite, autorisant des prédictions dans la génèse des formes. Je cite la contraction cranio-faciale parce que c’est le domaine que j’ai étudié, mais je suis sûre aujourd’hui que l’on retrouve le même type de processus dans tous les grands flux du vivant. Et cela semble logique. Car enfin, aujourd’hui, les scientifiques sont d’accord pour dire que, du Big Bang à l’apparition de la vie (c’est-à-dire pendant onze milliards d’années), il y a eu déploiement d’un monde prédictible : les quarks pouvaient difficilement ne pas donner des protons, les nuages d’hydrogène pouvaient difficilement ne pas s’effondrer sur eux-mêmes pour donner des étoiles et des molécules, les molécules allaient donner des acides aminés et, finalement, l’ADN – voilà ce qu’on nous dit. Et puis tout d’un coup, la logique des scientifiques se rompt. A partir de l’apparition de la vie, on ne pourrait plus rien prévoir. Le grand chaos prendrait la gouverne. Je ne peux m’empêcher de constater qu’il n’y a rien de scientifique dans cette rupture du discours, et quelque chose me dit que la véritable raison en est philosophique : c’est l’homme que l’on vise, c’est lui dont on ne veut surtout pas qu’il soit prédictible – car il se pourrait alors, oh scandale, qu’il ait une raison d’être au monde ! J’insiste : la rupture du discours contemporain quant à la prédictibilité des grand plans de l’évolution n’est étayée par aucun argument scientifique sérieux. Surtout quand on parle de l’homme. L’hominisation demeure un phénomène excessivement mystérieux.

N. C. : Pourquoi ?

A. D. : Parce qu’on ne sait même pas comment un embryon de grand singe a pu devenir un embryon d’Australopithèque. Lorsqu’on étudie des fossiles, on a l’habitude de comparer des formes adultes, mais ce n’est évidemment jamais un adulte qui s’est transformé en un autre adulte. Un adulte se reproduit, mais ce n’est pas lui qui évolue, c’est l’embryon. Pour changer la forme adulte, il faut d’abord changer l’embryon, donc l’embryogenèse. C’est pourquoi je dis que notre ancêtre était un embryon. Or on est incapable de dire comment l’embryon de grand singe est resté un embryon de grand singe depuis vingt millions d’années, en dépit de toutes sortes de bouleversements du milieu, incapable d’expliquer cette “stabilité structurelle”, comme dit René Thom (qui m’a beaucoup soutenue dans ma démarche). Et à l’inverse, on est tout aussi incapable de dire comment, vers moins cinq millions d’années, des femelles grand singe ont engendré des embryons d’Australopithèque, c’est-à-dire un être totalement inédit, restructuré de la tête au bassin et du bout des mains au bout des pieds.

N. C. : La question se pose pour tous les grands sauts du vivant…

A. D. : Oui, la microévolution darwinienne explique en gros comment on se promène, d’une variété à l’autre, à l’intérieur d’un même plan. Mais comment passe-t-on d’un plan d’ensemble à un autre plan d’ensemble ? Quel est le facteur qui ordonne la morphogenèse et sa métamorphose ? Qu’est-ce qui dirige le développement de la forme d’un os suivant une trajectoire qui, d’espèces en espèces, va dévoiler une logique à long terme ? Voilà les questions auxquelles on se trouve confronté.

N. C. : Que pensez-vous de la Théorie de la Résonnance Morphique de Rupert Sheldrake ?

A. D. : Il ne faut pas la rejeter a priori. Le problème est de savoir si l’on se trouve toujours dans la science, ou dans une extrapolation. Mais je préfère certainement la notion de champ morphogénétique à celle de chaos déterministe comme concept intelligible pour l’émergence du sens ! Il faut oser pour avancer.

N. C. : Pourtant, on ne peut nier que ce “chaos créateur” qui enchante Ilya Prigogine et tous les tenants de l’auto-organisation, soit porteur de tendances fortes et explique beaucoup de phénomènes. Pourquoi notre cœur bat-il de manière chaotique, pourquoi la lune tourne-t-elle chaotiquement autour de la terre, pourquoi la météo est-elle chaotique et les cours de Wall Street ?

A. D. : Je ne nie pas la réalité du chaos. Je dénonce sa généralisation abusive. Car qu’est-ce qui fait que vos cellules cardiaques, qui pulsent chaotiquement, se trouvent tout de même corrélées dans un tout qui s’appelle un cœur et remplit une fonction vitale ? Ce qui est important, c’est la reproductibilité de la fonction, au delà du hasard. En matière d’évolution, on voit très bien quand le chaos déterministe, qui est très fréquent, intervient. C’est par exemple quand apparaît le Néanderthalien. Cela se passe il y a quelque cent vingt mille ans. Brusquement, survient en Europe un être totalement imprédictible. La base de son crâne, au lieu de prolonger et d’accentuer le mouvement de flexion cranio-faciale des hominiens et hommes archaïques qui l’ont précédé, eh bien cette base, au contraire, s’allonge. La contraction ralentit. Donc, logiquement, le cerveau devrait ralentir son développement… Mais non, son cerveau grossit. En écho, la face se projette vers l’avant et le front adulte s’affaisse. Parallèlement, le drainage sanguin du cerveau régresse. Il a une énorme langue et pousse sans doute des cris puissants qui lui permettent de communiquer à grandes distances, mais le Neanderthalien ne peut vraisemblablement pas articuler des mots clairs. Bref, toute les corrélations se sont rompues entre les tissus. Le chaos s’est introduit dans le jeu. Le Neanderthalien disparaîtra sans descendance et sans sortir du plan d’organisation des hommes archaïques.

N. C. : Une fluctuation chaotique.

A. D. : Oui, mais remarquez bien : chaotique par rapport à une logique qui, elle, est prédictible. En effet, on pouvait prévoir que si une ontogenèse nouvelle (un nouveau plan) devait émerger, elle aurait une contraction cranio-faciale intensifiée, un front haut au stade adulte, des lobes frontaux plus développés, des méninges mieux oxygénées, un appareil phonatoir favorisé par la verticalisation de l’ensemble, une meilleure capacité à prononcer des phrases (ce qui consomme beaucoup d’oxygène), une conscience symbolique plus élevée, une meilleure maîtrise de son milieu… Voilà ce qu’on aurait prédit. Et c’est ce qui est arrivé – notre ancêtre Cro-Magnon était donc attendu. Chaque fois que l’on franchit une étape au cours de l’évolution, c’est que l’embryon a su intégrer un flot d’instabilité de façon harmonieuse et non chaotique, en conservant la logique de la refonte embryonnaire.

N. C. : Quelle sera la suite du grand Jeu ? Comme dit Satprem, le poisson ne pouvait pas imaginer le reptile, ni le singe l’homme. Sans doute ne pouvons-nous pas non plus rationnellement définir l’après-homme. Pouvons-nous le rêver ?

A. D. : Que font les prophètes ? Qu’est-ce que la révélation monothéïste ? Et l’attente du Messie ? Qu’est-ce, sinon le grand rêve de l’accomplissement et du dépassement de l’homme ? Je commence enfin à le comprendre. Pour Teilhard de Chardin, la grande nouveauté du Sapiens, c’est-à-dire de l’homme moderne, c’est sa conscience, sa quête du Sens, sa capacité et son empressement à se poser des questions et à recevoir des révélations. Logiquement, ces “propriétés émergeantes” appartiennent au processus et devraient s’intégrer à notre embryogenèse, afin que le processus évolutif se maintienne et débouche sur un nouveau palier de conscience. Et si c’est vrai, alors il ne faut surtout pas étouffer, censurer, écraser la quête du Sens. Celle-ci devient au contraire essentielle à la poursuite du grand jeu cosmique.

Le fait même de se poser des questions remplit une fonction essentielle – une fonction que nous ne connaissons pas encore et que notre liberté consiste à trouver. Or que voyons-nous autour de nous ? Jamais une société n’a été aussi négative, aussi déstructurante pour cette pensée que la civilisation du XXe siècle, qui nie contre toute nature humaine, sans démonstration, la signification de son existence. Beaucoup de leaders intellectuels et scientifiques vont jusqu’à nier la possibilité même de se poser des questions sur le Sens ! Comme si l’on pouvait nier cela rationnellement ! Le Sens qui nous habite et nous meut n’échappe-t-il pas, par définition, à notre emprise ? Aujourd’hui, je comprends enfin la nécessité des prophéties et des prophètes – c’est-à-dire d’une information qui vienne d’une conscience supérieure à nous, qui contienne à la fois l’homme et sa signification. L’observateur seul ne peut pas s’abstraire de lui-même ni s’observer du dehors, c’est impossible. Donc le Sens ne peut être que dévoilé et intégré dans un stade de conscience supra-humain. Les directions d’avenir nous sont accessibles, le Sens pas encore. Sa négation est une très grave mutilation de la nature humaine.

N. C. : Teilhard parlait de point Oméga. Voyez-vous cela comme une sorte d’attracteur étrange (Prigogine se sert beaucoup de ce concept inventé par Lorenz dans sa théorie de l’auto-organisation) ?

A. D. : Il y a plusieurs sortes d’attracteurs. Vous avez le pendule isolé qui s’épuise. Ou bien l’oscillateur cyclique, qui reçoit de l’énergie extérieure et revient proche de sa position de départ, à l’intérieur d’un même bassin d’attraction. L’attracteur étrange, lui, amène irréversiblement un système aux limites de son bassin d’attraction, sans que l’on puisse prévoir dans quel autre bassin il risque de basculer. De bassin en bassin, on se retrouve alors dans le chaos déterministe. Mes recherches montrent l’existence d’attracteurs harmoniques. Pourquoi “harmoniques” ? Parce qu’au-delà du seuil de bifurcation, si la forme change, la dynamique et sa logique, elles, ne changent pas. Les systèmes qu’elles influencent mémorisent les nouvelles corrélations, acquises quand on passe d’un plan d’organisation à un autre. Le point Oméga, c’est LE grand attracteur harmonique de cette évolution.

N. C. : Et comment définissez-vous la fameuse noosphère ?

A. D. : Teilhard de Chardin avait la vision d’une planète “phosphorescente de pensée”. De même, disait-il, que les quarks ont été poussés par une force colossale à converger, sans s’effondrer les uns sur les autres (évitant en quelque sorte le trou noir), permettant ainsi l’émergence du plan atomique ; de même que des masses inimaginables d’hydrogène ont convergé sans s’effondrer non plus, pour donner naissance au plan stellaire et à la matière complexe ; de même, aujourd’hui, des milliards de psychismes humains peuvent converger… et vont peut-être – sans s’effondrer les uns sur les autres, espérons-le – nous faire déboucher sur le plan suivant : la noosphère. Pour Teilhard, il s’agit d’un plan majeur, aussi important que la vitalisation (apparition de la vie) ou que l’hominisation (avènement de la pensée réfléchie).

N. C. : Vous y croyez comme lui ?

A. D. : Ah il faut le lire et le relire ! Il est à la fois si profond, si logique, si poétique ! Plus le temps passe et plus ses arguments s’avèrent féconds et sa transdisciplinarité prémonitoire. Même si les risques d’avortement me semblent de plus en plus grands aussi. On a l’impression d’une gigantesque partie de bras de fer entre la possibilité d’émergence du plan suivant et le risque de voir s’éteindre le fantastique processus qui nous habite. Les Australopithèques ont survécu quelques temps aux côtés des premiers hommes, sans se “rendre compte” que ces derniers allaient leur survivre alors qu’eux s’éteindraient. Même chose pour les Neanderthaliens…

N. C. : Vous voulez dire qu’il existe peut-être en ce moment même des humains porteurs d’une embryogenèse nouvelle, inédite, et d’autres voués à s’éteindre ?

A. D. : Si une telle éventualité se présentait, nous ne pourrions rien en dire, elle échapperait par définition à notre entendement. La mise en évidence du processus est de plus en plus fine concernant la forme. En revanche, je crois que, en ce qui concerne le psychisme, nous allons vers des bonds spectaculaires quant aux capacités de perception du Sens.

N. C. : Et que penser des généticiens qui tentent d’améliorer l’espèce humaine, voire de créer de nouvelles espèces ?

A. D. : Ils prennent Ah vous dirais-je maman, comme Mozart, et en ressortent des variantes, mais ils ne créent pas de nouvelle symphonie. Bien sûr, on se dit que le décryptage du génome va permettre de supprimer des maladies. Mais tout se passe comme si l’émergence d’un nouveau plan, l’avènement d’une nouvelle embryogenèse, dépassait largement la génétique. Les généticiens peuvent bricoler un plan, le recopier, le ralentir, l’activer, ou alors le détruire, mais je les sens bien incapables de créer un embryon débouchant sur un adulte radicalement inédit. Et quelle inutilité, puisque le phénomène se produit de lui-même ! L’important n’est pas de jouer les apprentis-sorciers, mais d’être extrêmement vigilant : nul n’a idée de ce à quoi peut ressembler le plan suivant. Il y a fort à parier qu’il nous choquera. Envisageons une éthique évolutionniste !

N. C. : Et que pensez-vous du fait que Teilhard de Chardin soit devenu une star du New Age ?

A. D. : On critique beaucoup ce mouvement, mais s’il n’existait pas, on le regretterait. Dans ce monde où tout est brisé, où les traditions disparaissent, où l’interdisciplinarité continue à être difficile, le New Age constitue visiblement une quête légitime de spiritualité. C’est comme un enfant coupé de sa mère et qui cherche partout une réponse… Cherchent-ils aux bons endroits ? Je n’en sais rien. Que Teilhard les inspire me semble une très bonne chose. Sa pensée est l’une des plus aptes à nous sortir de là.

N. C. : Comment, concrètement ?

A. D. : En nous faisant renouer avec l’Alliance que l’Absolu avait passée avec le peuple hébreu, et que l’homme moderne a rompue. Il faut qu’à nouveau la révélation résonne entre Dieu et les hommes. Il nous faut passer une Nouvelle Alliance.

N. C. : Ah, mais c’est le titre du livre le plus fameux d’Ilya Prigogine !

A. D. : L’alliance proposée par Prigogine est illusoire, parce que c’est une alliance passée avec soi-même, dans la spirale sans fond de l’interrogation qui suis-je ? qui suis-je ? Prigogine dit que l’homme se découvre poussière d’étoiles et que cela réenchante sa vision du monde, mais il s’agit d’un homme totalement seul. Sans transcendance, sans Dieu. La Nouvelle Alliance dont je parle est double : elle nous réconcilie avec la nature mais aussi et surtout avec ce Tout Autre à qui s’adressent nos prières. Pourquoi prie-t-on ? Parce que, malgré tout ce qu’on perçoit d’absurde et de laid dans le monde, il y a toujours une résonnance entre nous et cette beauté absolue que l’on perçoit derrière le moindre brin de vie, derrière le moindre amour, et qui nous donne envie de continuer malgré tout.

N. C. : Et malgré votre sévérité à l’égard de l’humanisme athée, n’ont-ils pas été bien utiles ?

A. D. : Oh, ils ont certainement rempli d’importantes fonctions. Au moins celle d’avoir placé extrêmement haut la barre de la liberté individuelle – au risque de confondre celle-ci avec un insupportable caprice infantile, suicidaire et terroriste. Car finalement, quels sont les fruits du matérialisme ? Crise générale, pollution planétaire,difficultés de se poser publiquement des questions sur le Sens en science… Mais j’ai grande confiance dans les jeunes des nouvelles générations. Et je crois que ça va exploser !

Patrice van Eersel

Voir enfin :

http://lemonde.fr/planete/article/2005/10/29/un-film-soupconne-de-neocreationnisme-fait-debat_704663_3244.html

Un film soupçonné de néocréationnisme fait débat

Le Monde

29.10.05

La programmation sur Arte, samedi 29 octobre à 20 h 40, d’un documentaire intitulé Homo sapiens, une nouvelle histoire de l’homme suscite des remous dans la communauté scientifique. Cette levée de boucliers a poussé les responsables de la chaîne à organiser, en dernière minute, un débat contradictoire à l’issue du documentaire, « dans une volonté d’objectivité scientifique » .

Pourquoi un tel tollé? Réalisé par Thomas Johnson, le film présente les travaux d’Anne Dambricourt-Malassé,  chercheuse au CNRS, rattachée au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN),  comme une « nouvelle théorie de l’Èvolution » , sans préciser qu’elle est au centre d’une violente controverse depuis de nombreuses années.

Pour une large part des paléoanthropologues français et étrangers, ses travaux ne suivent pas une démarche scientifique. Ils s’inspirent de la théorie dite du « dessein intelligent » (Intelligent Design, en anglais), qui postule un Univers conçu pour l’homme selon une intention divine. Le nom de Mme Dambricourt apparait d’ailleurs sur une pétition diffusée par le Discovery Institute,  fer de lance des néocréationnistes américains dans leur lutte contre le darwinisme.

Les travaux de Mme Dambricourt s’inscrivent dans une « vieille tradition française de défiance vis-à-vis du darwinisme », explique Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l’Evolution humaine au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, à Leipzig (Allemagne). « Sans doute, poursuit M. Hublin, parce qu’il y a eu une implication forte des religieux dans l’histoire de l’Èvolution en France, depuis l’abbé Breuil jusqu’à Teilhard de Chardin. » Jugement confirmé par Pascal Picq, maitre de conférences au Collège de France : « Ce courant de pensée est très présent en paléoanthropologie, et il est soutenu par des organisations efficaces dont les importants moyens financiers viennent parfois d’outre-Atlantique. »

PRINCIPE CARDINAL

Que dit le film ? D’abord, il jette aux orties la théorie d’Yves Coppens (dite de l’East Side Story). Celle-ci explique que des grands singes se sont redressés pour s’adapter à la savane, à l’est du rift africain. Plus que l’East Side Story – déjà mise à mal par la découverte de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis ), un hominidé vieux de 7 millions d’années, loin à l’ouest du rift, la thèse de Mme Dambricourt remet en question un principe cardinal de la théorie de Darwin : l’adaptation à l’environnement n’est pas, à en croire le film, « la cause principale de l’Èvolution humaine » . Le principal moteur de l’Èvolution humaine serait l’inflexion du sphénoïde, un os en forme de papillon situé à la base du crâne.

Cet os, selon Mme Dambricourt, s’est infléchi à cinq reprises au cours des derniers 60 millions d’années. Ce qui a conduit à chaque fois à l’émergence de nouvelles espèces : singes, grands singes, australopithèques, puis représentants du genre Homo. Avec, en bout de course, l’homme moderne (Homo sapiens). Ces inflexions successives seraient ainsi « un fil rouge qui semble traverser toute l’histoire de l’évolution depuis les primates jusqu’à l’homme ». La conclusion est que « le moteur de l’évolution n’est donc pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de chacun de nous » .

Pour étayer ses thèses, Mme Dambricourt « a longuement étudié le développement, depuis l’embryon jusqu’à l’‚ge adulte, de différents primates » , dit le paléoanthropologue (CNRS) Fernando Ramirez-Rozzi. « L’idée est très bonne, estime-t-il. Car c’est un aspect quelque peu mis de côté par la théorie néodarwinienne de l’évolution. » En revanche, les conclusions qu’en tire Mme Dambricourt « relèvent du délire », ajoute aussitôt le chercheur.

M. Picq, reconnait à Mme Dambricourt « le mérite d’avoir mis en évidence la flexion du sphénoïde chez les hominidés ». « Cet os est un carrefour important, poursuit-il. C’est là que se rencontrent les zones associées au développement du cerveau, de la face et de la locomotion. » Mme Dambricourt, ajoute M. Picq, « bute sur l’interprétation » . « Pour une raison absolument mystérieuse , précise de son côté M. Ramirez-Rozzi, elle a voulu faire de cet os la pièce centrale de toute l’anatomie humaine. Or on sait depuis longtemps que définir l’homme à partir d’un seul caractère est absurde. »

Christoph Zollikofer, professeur d’anthropologie à l’université de Zurich, auteur de la reconstitution virtuelle du crâne de Toumaï, considère que  » l’argument du sphénoïde est limité, car on rencontre la flexion du sphénoïde chez certains mammifères, et même des poissons, sans en connaitre la cause ». Le chercheur suisse estime qu' » on ne peut pas perdre de vue l’adaptation comme force de la sélection » et que, « lorsqu’on fait de la science, on ne commence pas par les réponses, mais par les questions  » .

…EVOLUTION DISCONTINUE

Marc Godinot, spécialiste de l’évolution des primates à l’Ecole pratique des hautes Ètudes (EPHE), confirme que « plus personne » , à l’Ètranger, ne croit à la théorie d’Yves Coppens sur le redressement des grands singes dans la savane. Mais il conteste, en revanche, l’évolution humaine par paliers présentée dans le film car, dit-il, « rien ne permet d’affirmer qu’il y a eu des sauts évolutifs de cette ampleur » . Il n’admet pas, non plus, la séparation entre facteurs internes et externes présentée dans le documentaire. Car, en réalité,  » ils interagissent en permanence et de façon inextricable  » .

Pour certains chercheurs, la thèse de Mme Dambricourt ne mérite même pas le débat scientifique. Jean-Jacques Jaeger, professeur de paléontologie des vertébrés à l’université Montpellier-II, ne mâche pas ses mots :  » C’est la description d’un phénomène évolutif, formulée par quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de science. Ce qui est présenté n’a aucun sens quand on connait la complexité des mécanismes de développement, ajoute-t-il. Des travaux de ce genre doivent être validés au plan international par des revues dotées de comités de lecture. Cela n’a jamais été le cas. »

Pour Guillaume Lecointre, professeur au MNHN et spécialiste de systématique,  » le film présente la théorie de Mme Dambricourt comme une idée révolutionnaire. Ce n’est pas le cas, car les contraintes architecturales de l’évolution sont intégrées dans le darwinisme, précise-t-il. Ce documentaire est de la théologie déguisée en science, et le public est trompé. » Plus rude encore, AndrÈ Langaney, directeur du laboratoire d’anthropologie biologique du Musée de l’homme (MNHN) et professeur à l’université de Genève, ajoute que Mme Dambricourt  » fait du finalisme pour faire plaisir aux intégristes. Ce qu’elle écrit relève de la falsification ».

Voir enfin:

Lettre ouverte – Thomas Johnson répond aux accusations de créationnisme (18/11/05)

Lettre ouverte

Réponse à la mise en accusation du film documentaire

Homo Sapiens, une nouvelle histoire de l’homme

Diffusé sur ARTE le 29 Octobre 2005

Un film au pilon

Par Thomas Johnson Réalisateur

Le film que j’ai réalisé, « Homo Sapiens, une nouvelle histoire de l’Homme », diffusé sur Arte, fait débat. Depuis sa diffusion, c’est la confusion. Il enflamme les passions et se retrouve libellé, «  créationniste » . Il est pilonné dès sa diffusion, sur la chaîne qui l’a non seulement diffusée mais en plus coproduit ! Un véritable autodafé télévisuel : du jamais vu en France !

Le film documentaire raconte que l’ East Side story, la théorie généralement admise de l’évolution de l’homme, est remise en cause par les récentes découvertes en paléontologie : l’adaptation au changement climatique ne serait pas le seul facteur du redressement de l’homme. Il part donc sur de nouvelles pistes et découvre qu’il existe aussi une Inside story, une histoire interne qui trouve son origine au cours de nos cellules. Paléontologues, biologistes, médecins et généticiens tentent de décrire et de comprendre le phénomène et content une nouvelle histoire de l’homme.

Surprise !

ARTE fait suivre la diffusion du film, « d’un débat » entre Pierre Henry Gouyon, présenté comme « spécialiste de la théorie de l’évolution », – Museum d’Histoire naturelle-, et Michel Morange, biologiste historien des sciences, – Ecole Normale supérieure-. Le débat est animé par Michel Alberganti du journal Le Monde . Un débat, annonce-t-il, «  pour compléter le film . »

Ni la production du film, ni l’auteur, ni les scientifiques qui apparaissent dans le film n’ont été prévenus de l’enregistrement de ce débat. Je n’ai été informé de son contenu que la veille de sa diffusion : un vendredi soir !

Quel « débat » ! Plutôt une mise en accusation.

Sur le plateau, personne pour défendre les découvertes et hypothèses exposées. Aucune contre partie. Aucune discussion. Le film est passé au pilori, et Anne Dambricourt, paléontologue du CNRS, qui expose ses découvertes dans le film, accusée de falsifier ses données.

Sous la bienveillance du grand animateur , les deux invités accusent tour à tour le documentaire d’avoir trompé les téléspectateurs. D’un commun accord, ils expliquent que le film ne relève pas de la science mais «  de la science fiction  ». Après quinze minutes d’argumentations, ils affirment qu’il ne contient aucune, je cite, «  justification scientifique à l’hypothèse  » exposée. Ils considèrent que son but est non pas d’informer sur une nouvelle histoire de l’homme mais de démontrer l’existence d’une puissance divine. Sa stratégie : nier les découvertes de Charles Darwin afin de faire la promotion des idées du créationnisme américain et de l’ intelligent design .

« Je n’ai pas apprécié les interventions qui ont suivi le film  », écrit avec toute sa réserve, Jean Louis Heim, Professeur au Muséum National d’Histoire naturelle, département de Préhistoire, dans un courrier qu’il m’envoie après la diffusion : «  non pas tant pour leur caractère arbitraire, de toute façon hostile à priori pour des raisons qui sont censées échapper à mon jugement, mais parce qu’un véritable débat scientifique n’a même pas été présenté. »

Et c’est bien là le problème ! Deux jours plus tard, la presse écrite s’enflamme et reprend en choeur le contenu du faux débat.

Le Monde du 30 Octobre 2005 publie un article qui titre « Un film soupçonné de néo-créationnisme fait débat », qui se termine par une citation diffamatoire et tout à fait gratuite d’André Langaney, Professeur au Musée de l’Homme. Il affirme que les découvertes d’Anne Dambricourt relèvent «  de la falsification » .

Une semaine plus tard, le journal Libération dans son édition du 5 et du 6 novembre, titre à son tour « Et Dieu ramena sa science sur Arte », un article qui va plus loin encore. Il assène avec certitude et sans détours : « la chaîne a diffusé un documentaire créationniste sur les origines de l’homme ».

Au téléphone, les journalistes m’interrogent. Ils me posent, parfois en s’excusant, la question clef : «  êtes-vous créationniste  ? ».

Ils me soupçonnent de faire partie d’un complot : un agent du créationnisme américain, infiltré en France pour propager la propagande anti-darwinienne de Bush.

Je leur réponds que je m’appelle certes Thomas Johnson, mais non je ne suis pas américain. Ni créationniste. Ni anti-darwinien ! Que Charles Darwin est pour moi un homme et un scientifique exceptionnel dont les découvertes ont bien évidemment toute leur place dans l’enseignement. Que la campagne menée contre Darwin par les créationnistes américains est une dangereuse et irresponsable imbécillité. Que je ne suis ni un politicien, ni un idéologue, ni un militant. Je ne suis qu’un simple réalisateur français.

Play Film qui a produit le documentaire, n’est pas non plus, malgré son nom, une entreprise américaine, mais une maison de production française, fondée il y a dix ans à Paris, par Mahmoud Chokrollahi, un français, d’origine iranienne. Hind Saïh qui a produit le film, est elle d’origine marocaine. Discovery Channel , qui a également coproduit ce film avec Arte, n’est pas une chaîne de propagande de l’idéologie bushienne, et Maurice Paleau, leur producteur, est français.

Il s’agit donc d’un film indépendant, qui n’a été, en aucune manière, financé par je ne sais quelle secte ou groupuscule, ni soutenu, ni promu par le Vatican, ni par les sbires intégristes de bush ou les adeptes et idéologues de l’intelligent design. Il a été comme tant de films documentaires français, de manière tout à fait classique, et ma fois chiche, financé par ses coproducteurs – Arte, Discovery .- et par le CNC , n’en déplaise à ses détracteurs, en tant que documentaire scientifique.

Alors que s’est-il passé ? Comment est on arrivé à une mise en accusation si violente et aux relents inquisitoires ?

Quelques jours avant la diffusion du film, Arte recevait une pluie de emails, émanant d’une trentaine de chercheurs et de doctorants, principalement du CNRS. Ils n’ont pas vu le film mais tous, réclament sa déprogrammation car, affirment-ils, il a été commandité par une mystérieuse organisation secrète qui fait la promotion des thèses néo-créationnistes, et dont font partie deux des chercheurs qui apparaissent dans le film : la paléontologue Anne Dambricourt-Malassé et le biologiste Jean Chaline.

Pour Guillaume Lecointre, chercheur au Museum d’Histoire Naturelle et chroniqueur scientifique à Charlie Hebdo, c’est l’IUP, Université internationale de Paris « qui est derrière ». Ce sont ses termes !

Connu des milieux scientifiques pour son combat scientiste, il a orchestré une véritable campagne de dénigrement auprès de la direction d’ARTE.

Fer de lance de sa stratégie de déprogrammation : un mail envoyé dans tout le pays, à ses amis journalistes et scientifiques, défenseurs des « matérialismes » (Titre d’un de ses ouvrages : Les matérialismes et leurs détracteurs  – Syllepse). Le 24 octobre 2005, soit quelques jours avant la date prévue de diffusion du film, ils recevaient ses consignes. En voici quelques extraits significatifs :

«  La chaîne n’a pas voulu mentionner l’IUP qui est derrières, mais il s’agit bien d’une promotion de leurs thèses. Envoyez un message à la chaîne aux adresses suivantes. Informez-les sur l’UIP, sans parler de créationnisme. Beaucoup d’appels indépendants auront plus de poids. Faites attention a qui vous envoyez ce message : des envoies tous azimutes peuvent limiter le succès de l’opération. et gommer l’indépendance apparente des appels. En procédant de la sorte nous avions déjà réussi à faire annuler une table ronde organisé par l’UIP à Grenoble . Cordialement à tous. Pr. Guillaume Lecointre .  »

La stratégie de Lecointre s’avère efficace. La responsable de l’unité, « ébranlée », veut déprogrammer. Le directeur général chargé des programmes d’Arte, refuse. Ils trouvent un compromis. Ils organisent dans la précipitation et l’affolement, le faux-débat. Son rôle : désengager la chaîne du contenu du film !

N’est-on pas face à une entrave à la liberté de presse et de l’information, dans un domaine où, au contraire, le terrorisme intellectuel et le « scientifiquement correct » ne devraient pas avoir droit de cité ?

Nous avons travaillé plus de deux ans avec les responsables de Arte. Nous avons vécu ensemble la mise en place et l’écriture du scénario, une douzaine de visionnages au cours du montage. Nous avons discuté pendant des heures. Nous étions tous très conscients de l’aspect polémique du film et de la découverte exposée, et je n’ai cessé d’en informer tous les partenaires. Le film terminé, Arte choisit le titre : « Homo sapiens,  une nouvelle histoire de l’homme » et décide d’en faire un des films porteurs de la rentrée. Tout ce travail pour finalement tout renier, en quelques jours. Quelle déception !

Deux ans de travail, neutralisées, anéanties, car ce film est non pas le fuit d’un complot mais d’une longue démarche intellectuelle, d’une recherche filmique que je mène depuis six ans.

En 1998, en réalisant « La leçon des grands singes », un documentaire pour l’émission Envoyé Spécial de France 2, je rencontre la paléontologue du CNRS, Anne Dambricourt-Malassé. Dans le montage final de ce film, je n’ai gardé d’elle qu’une seule phrase de son interview : « Nous sommes les grands singes de ceux qui nous succèderons ». Une phrase courte mais suffisamment forte et énigmatique, pour me pousser à retourner la voir afin de tenter de comprendre ses découvertes.

Je n’ai pas rencontré une illuminée mais une scientifique, reconnues par ses pairs et s’interrogeant sans cesse sur la validité de ses découvertes et de son travail sur le processus d’hominisation. Lors de nos rencontres, il n’a jamais été question ni de finalisme, ni de religion ou de croyance en Dieu.

Lorsque je poursuis mes recherches et rencontre d’autres chercheurs en paléontologie comme en génétique, en biologie et en médecine, ils confirment la valeur, la justesse et l’aspect innovant de ses découvertes.

Toutes les découvertes d’Anne Dambricourt dont je parle dans le film, sont décrites dans sa thèse, «  Ontogenèse et Phylogenèse du corps mandibulaire catarhinien : nouvelles interprétation de la mécanique humanisante (Thèse de foetalisation, Bolk 1925)  », soutenue au Museum d’Histoire naturelle de Paris le 16-12-87, reçu avec mention très honorable et félicitations du jury. Un pavé certes, mais particulièrement instructif.

Un mois plus tard ses résultats sont présentées à l’Académie des Sciences par le Prof. Jean Piveteau, membre de l’Académie, seule autorité en paléontologie humaine à y siéger. Elle publie un premier article à l’Académie : « hominisation et foetalisation ». En 1993, elle publie à l’étranger, dans la prestigieuse revue Quaternary International : « Continuity and Discountinuity in Homonisation ». En 2005, elle est de nouveau publiée par l’Académie des Sciences : « Is the climate the driving force behind evolution » (Palévol).

Le soutien et la reconnaissance scientifique de ses travaux sont impressionnants.

Yves Coppens, professeur au collège de France a toujours défendu et soutenu la valeur scientifique des recherches d’Anne Dambricourt-Malassé (rapport pour le CNRS, annales du Collège de France – 1996) tout en affirmant ne pas être en accord avec elle, sur certains points :

«  Madame Dambricourt-Malasse a en effet une pensée et une ouvre. Ce programme a évidemment l’extrême mérite de proposer quelques prometteuses directions de recherches sur la mécanique de l’évolution ; on sait en effet depuis deux cents ans que les êtres vivants se transforment dans certaines circonstances et dans certains sens mais on ne sait pas très bien comment. Ce phénomène n’est bien sur observable que dans la grande durée mais il traduit une logique d’une stabilité étonnante, « un temps irréversible, écrit Anne Dambricourt-Malassé, qui mémorise ! » Je ne suis pas éloigné de sa pensée. Le sens (dans tous les sens du terme) de l’histoire de la matière inerte, vivante, pensante, dans sa course à la complexité, est un constat troublant . »

Extrait du rapport annuel des cours donnés au collège de France par Yves Coppens et publié dans les annales du collège 1996

Le Professeur Renée Thom, grand mathématicien, mondialement connu, médaille Fields (le Nobel des mathématiciens) a rencontré Anne Dambricourt à plusieurs reprises avant sa mort. Il écrit :

«  Je ne crois pas dans ma carrière avoir rencontré un biologiste ayant un sentiment aussi fin et aussi précis des contraintes d’équilibration globale de l’être vivant. Il faut lui être reconnaissant d’avoir à nouveau attiré l’attention sur la vieille loi de récapitulation (la loi biogénétique de Haeckel). A l’heure où de nombreux biologistes (parmi les plus autorisés, comme S.J. Gould ) prennent leur plume pour soutenir que cette loi est fausse, elle pourrait leur rappeler qu’une loi biologique est comme une règle grammaticale : elle tolère des exceptions, mais, en général, elle est vraie . »

Extrait de l’expertise de Renée Thom, pour le CNRS, dans le cadre de la titularisation de Anne Dambricourt en tant que chargé de recherche au CNRS, 1992

Le Professeur Henry de Lumley, professeur honoraire au Muséum National d’Histoire Naturelle et Directeur de l’Institut de Paléontologie humaine écrit :

 » Anne Dambricourt-Malasse a abordé avec une optique moderne et interdisciplinaire le processus de l’hominisation en prenant en compte, les comparaisons des relations cranio-faciales, au cours du développement de l’Homo sapiens et des grands singes. Les résultats de ses recherches apporteront certainement des données nouvelle et originales sur le processus de l’hominisation.  Rigueur dans la méthode, originalité dans la conception, sont les deux caractéristiques de ce chercheur. Sa présence est tout a fait bénéfique pour stimuler l’ensemble de la collectivité scientifique que nous formons et pour donner à la Paléontologie Humaine une nouvelle ouverture. »

Extrait d’un rapport adressé au CNRS en 1989

Le Professeur Philipp V. Tobias, directeur de l’unité de Paléoanthropologie de l’Université de Johannesburg co-découvreur de l’Homo habilis, une des plus grandes figures de la paléoanthropologie moderne, écrit au sujet d’Anne Dambricourt :

« She has made liberal use of ontogenetic developmental principals and I believe this is terribly important, at a time when very few people are pursuing such an approach. The way in which gene mutations alter the rates of developmental processes provides a valid biological support base for the approach of Dambricourt-Malassé. The work of Dambricourt-Malassé is a healthy corrective and I believe her work should be given every encouragement. Its scientific rigour is not in doubt.  I have great admiration for what you are doing and feel that the ontogenetic approach to morphology and phylogeny is the utmost importance, as exemplified by my use of it in my own researches, by the work of Stephen Hay Gould etc.

Extrait du rapport de Phillip Tobias, adressé au CNRS, dans le cadre de la titularisation d’Anne Dambricourt-Malassé

Ce sont ces publications et ces textes de soutien de ses éminents confrères et de recherche qui m’ont persuadé de faire le film. Ce sont ces mêmes textes que nous avons transmis aux diffuseurs et coproducteurs. Ils ont persuadé Arte et Discovery de se lancer dans l’aventure, raconter une nouvelle Histoire de l’Homme . Je dis bien « UNE nouvelle histoire » et non pas « LA nouvelle histoire», comme il a été écrit dans l’article lapidaire publié par l’hebdomadaire Les Inrockuptibles – N°517, du 26 Octobre 2005- . La nuance est de taille.

Pendant ces années de travail, j’étais conscient de la polémique que suscitent ces découvertes. J’ai entendu les critiques, les accusations, mais je n’ai ni vu, ni lu, de contestation remettant en cause le sérieux des découvertes scientifiques que je présente dans ce film. Bien au contraire : elles étaient citées dans de nombreuses études de médecins, biologistes, généticiens, et aussi de penseur comme Edgar Morin – L’identité Humaine .

Certains ( Libération ) reprochent au film de n’avoir pas présenté les thèses adverses et exposé la polémique. Il aurait été effectivement tout à fait possible de le faire. Le sujet a plus d’une fois été discuté et débattu en réunion, avec les responsables d’Arte comme de Discovery. Les deux chaînes ont exprimé le souhait de diffuser un film qui raconte une nouvelle histoire de l’homme, en allant aussi loin que possible. Cela ne m’a d’ailleurs, pas empêché de parler aussi, certes succinctement, de la polémique.

On me reproche aussi ( Libération ), de n’avoir pas mentionné qu’Anne Dambricourt Malassé est secrétaire générale de la Fondation Teillhard de Chardin. Que d’hypocrisie ! Un : la fondation Teillhard de Chardin n’a rien à voir avec le film et les découvertes scientifiques que l’on raconte. Deux : la fondation est installée dans les locaux du Muséum, chargée de préserver le patrimoine scientifique du géologue paléontologue, Teillhard de Chardin. Trois : un membre d’honneur du comité d’administration de la fondation n’est autre que Yves Coppens, après avoir été membre du dit comité pendant de nombreuses années : un fait que je n’ai jamais vu mentionné dans un film de ou sur lui.

Les théories du complot sont à la mode, ( Le Monde 2, du 5 au 11 novembre), mais à force de diaboliser, n’est-on pas en train de faire naître de nouveaux tabous, de peur de désinformer n’est-on pas en train de tuer tout débat.

Comment l’adaptation à l’environnement peut-elle expliquer à elle seule les macroévolutions -et non les microévolutions, comme il est écrit dans l’article du Monde me citant -, les grandes étapes de notre évolution ? Tel est le problème que les scientifiques posent dans le film, sans apporter de réponse. Certains scientifiques émettent l’hypothèse d’une Inside story. Or l’existence d’une Inside Story n’implique en rien d’après ces mêmes scientifiques la croyance en une puissance divine. Aucun des scientifiques interviewés dans le film, que cela soit, Anne Dambricourt-Malassé, le Dr. Marie Josèphe Deshayes, le biologiste Jean Chaline, le généticien Denis Duboule, le Pr. Phillip Tobias, le Pr Wu Xhin Zi de Pékin, ne réfutent Darwin. Bien au contraire. Cela ne les empêche pas de s’interroger sur la nature de l’«  inside story  » et de tenter de la comprendre

Non, ce film n’est pas une tentative de ma part de démontrer l’existence de Dieu, mais effectivement une volonté non dissimulée de permettre à la polémique sur nos origines et notre évolution de s’exprimer, une polémique dont j’ai été le témoin pendant toute la réalisation de ce film et que j’entendais dans les couloirs du CNRS et des Académies. Le film a au moins le mérite de l’avoir rendue public.

Voltaire écrivait, «  je défendrai mes opinions jusqu’à ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez défendre les vôtres ». Une devise que les pseudos défenseurs des idées du siècle des Lumières se doivent aussi de faire leurs. Alors place au débat, au vrai débat.

Car, comme dit Phillip Tobias du haut de ses 93 ans et de son demi-siècle de recherche en paléontologie, « We are back to square one » .

Nous sommes de retour à la case départ : depuis la remise en cause de l’Est side Story, comment comprendre les origines de l’homme ? Comment expliquer les macro évolutions ? Que nous apprennent la génétique et les nouvelles découvertes en paléontologie, de nos origines et de notre évolution ? Quel est cette inside story dont nous parlent les scientifiques? Vers quoi évoluons-nous ?

Des questions autrement plus intéressantes que de brûler un film sur la place publique.

Thomas Johnson

Annexe

La lettre que j’ai reçue de Jean Louis Heim, Professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, le Directeur de thèse de Anne Dambricourt-Malassé. Il pose en des termes clairs, précis et concis, la nature du vrai débat.

Cher Monsieur Johnson,

Le film que vous avez réalisé m’a sincèrement séduit, d’une part pour sa qualité technique et pédagogique qui me semble accessible à un public instruit certes mais pas nécessairement spécialiste, d’autre part pour l’argumentation scientifique qu’il exprime d’une façon claire et particulièrement démonstrative. L’argumentation des collaborateurs scientifiques à ce film rejoint parfaitement des idées que j’enseigne depuis longtemps déjà et qui me semblent une évidence lorsque l’on comprend mieux aujourd’hui le sens de l’évolution humaine et de l’influence qu’exercent sur elle l’action des gènes, le rôle de l’embryogenèse et l’action plus que probable du facteur endocrinien. Ce dernier, qui intervient peut-être d’une façon trop discrète dans votre film, vient de toute évidence à l’appui de la thèse que défendent Mmes Dambricourt et Deshayes qui ont abouti à leurs déductions à la suite de recherches approfondies sur la structure de la base du crâne et sur la pratique en matière d’orthodontie sur des témoins vivants et modifiables. La démonstration de Jean Chaline sur le déclenchement de la métamorphose de l’axolotl en amblystome par une administration hormonale résume parfaitement le rôle du système endocrinien. La flexion cérébrale au cours de la vie embryonnaire et la mise en place de l’encéphale est une conséquence logique de l’interaction des modifications de forme des organes au cours de l’ontogenèse. Je n’ai pas apprécié les interventions qui ont suivi le film non pas tant pour leur caractère arbitraire, de toute évidence hostile a priori pour des raisons qui sont censées échapper à mon jugement, mais parce qu’un véritable débat scientifique n’a pas même été présenté. Un vrai débat aurait du porter sur une question essentielle ; la bipédie qui caractérise notre espèce a t’elle précédé les modifications dont nous avons fait l’objet, c’est-à-dire les variations du milieu sont elles suffisantes pour expliquer de telles transformations ? Les travaux actuellement présentés (thèse de Nicolas Buchet, mon élève) ont montré, le rôle négligeable ou tout au moins discret du milieu dans les problèmes d’adaptation du squelette et du crâne en particulier. L’intervention de Tobias va parfaitement dans ce sens. Ou bien si l’évolution de notre espèce passe par des étapes qui se caractérisent par des stades d’évolution telles que les fossiles nous le montrent, et cela tout paléoanthropologue en est parfaitement conscient, on est en droit de reconnaître que la forme humaine de l’Homo sapiens ne s’acquière pas d’un seul coup et doit au préalable franchir les étapes précédentes. Encore faut-il l’avoir assimilé, ce qui n’est pas toujours le cas de certains biologistes qui n’ont peut-être jamais eu à leur disposition tout le matériel fossile nécessaire. Anne Dambricourt l’a eu et c’est de toute évidence et en toute connaissance de cause qu’elle peut avancer ses constatations. Un autre thème que le « débat » aurait dû faire apparaître est l’allongement graduel de la durée de l’enfance depuis les Primates jusqu’à l’Homme et encore plus jusqu’aux sapiens. Là encore toute l’évolution du genre Homo montre un retard progressif de la croissance et de la maturation du squelette, ce qui laisse au sapiens tout le temps nécessaire pour augmenter le nombre des neurones, des synapses et allonger les acquis socioculturels dont le contact entre le stade de l’enfance et celui de l’adulte ont apporté à l’individu l’apprentissage dont Homo sapiens a pu tirer parti. C’est bien de « l’inside story » qui transparaît par là, n’est ce pas ?

Voici quelques réflexions que votre film a suscitées chez moi. Il y aurait encore beaucoup à dire mais croyez que je vous félicite sincèrement pour avoir su vous entourer de personnalités scientifiques de haut niveau et qui nous ont montré que notre science évolue et que les idées que nous pouvons avoir reçu par le passé sont susceptibles de laisser place à des approches nouvelles résultant de recherches et de réflexions nouvelles. Expliquer tout par le hasard ? C’est une manière un peu trop hâtive pour cacher notre ignorance. Heureusement que cette ignorance peut aboutir dans bien des cas à répondre à une question.

Jean-Louis Heim

Professeur au Muséum, Département de Préhistoire

Professeur à l’Institut de Paléontologie Humaine

Lauréat de l’Académie des Sciences

5 Responses to Sciences: Vous avez dit joug clérical? (No religion please, we’re French)

  1. aec dit :

    LUTTE CONTRE L’HIPPOPHAGIE

    NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS !

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    Amitiés.

    AEC.

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  2. jean staune dit :

    bravo pour tous ces éléments qui me rappellent plein de souvenirs
    je prépare un livre  » la science en otage » ou je fais le point sur ce dossier
    publication mi octobre

    J’aime

    • jcdurbant dit :

      Merci pour l’info et n’hésitez pas à nous signaler d’autres éventuelles publications ou articles sur la question que nous nous ferons un plaisir, à notre petit niveau, de faire passer …

      J’aime

  3. Yves-Marie SÉNAMAUD dit :

    CHRONIQUES DE NORMAND LESTER (QUÉBEC) CANADA

    LESTER: Théorie de l’évolution. Adam et Ève étaient des singes incestueux.

    http://qc.news.yahoo.com/s/yahoocanada/100719/canada/evolution

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  4. jcdurbant dit :

    Intéressant effectivement, avec cette théorie adamique de l’origine de l’humanité, cette science antireligieuse à l’arrogance très exactement proportionnelle à l’indigence, sans parler de ses explications, de ses sources et de ses archives (« restes fragmentaires de quelques dizaines d’individus échelonnés sur plusieurs millions d’années« – réduits souvent en plus à quelques bouts de mâchoire et quelques dents pour certaines périodes!) et contrainte à chaque fois que ça coince de se raccrocher aux branches de ladite religion!

    Et après, faudra expliquer comment on passe d'une pratique courante chez nos cousins chimpanzés à l’interdit apparemment exclusivement humain de l’inceste …

    Voir aussi, à titre d’exemple, ce petit échantillon pris au hasard du niveau de l’explication par l’actuel grand manitou de l’anthropologie française (certes dans un entretien journalistique):

    « Mon histoire de la forêt qui se sépare un jour de la savane entraîne, je le pense, pour ceux qui ont choisi ce dernier territoire, une évidente libération de la main et un probable regard vers l’horizon. Pourquoi pas alors un regard vers le ciel et un degré de réflexion ? »

    Yves Coppens (Le Soir, 16.06.94)

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