Mimétisme: Dis moi qui tu hantes, je te dirai quel poids tu fais (God, protect me from my friends, I’ll take care of my enemies)

Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers. Jean 8:7-9
Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter  « la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. René Girard
Dieu me garde de mes amis, mes ennemis je m’en charge. Voltaire (emprunté à Villars, Gourville ou Saint Jérome?)
Et si le fiasco tricolore en Afrique du Sud avait vacciné l’ensemble du sport français ? Dans la foulée des athlètes qui brillent sur les pistes de Barcelone, l’équipe de France des moins de 19 ans a remporté son championnat d’Europe, en venant à bout de l’ogre espagnol (2-1), vendredi à Caen lors d’une finale enlevée. Le Monde
En fait, la force de ce collectif réside dans une atmosphère. Ils forment une bande de copains. Francis Smerecki (sélectionneur de l’équipe de France des moins de 19 ans)
En France, l’athlétisme est morcelé. Il n’y a aucun dénominateur commun entre un Lavillenie, entraîné par son père dès ses 4 ans à la perche, un Tamgho formée en banlieue, le provincial Lemaitre ou nos héros du 3 000 m steeple qui s’entraînent dans les montagnes… (…) Ce cortège de médailles résulte du travail réalisé en amont par les éducateurs. Comme Pierrez Carraz, beaucoup d’entraîneurs sont des travailleurs de l’ombre. Dans les clubs, ils bossent la nuit toute l’année. Ils sont des fabricants de soleil durant les compétitions internationales. De son côté, la Fédération française d’athlétisme n’a qu’un rôle de centralisateur lors des grandes épreuves. Je rendrais pourtant un hommage appuyé au directeur technique national Ghani Yalouz. Il a mis les compétiteurs tricolores dans les meilleures conditions psychologiques avant Barcelone. (…) Cette génération est jeune, insouciante et croit en ses chances. Ils mènent une vie sereine en marge de la compétition. Ils ont des amis, ne portent pas de casque sur les oreilles quand on leur parle. Quand ils reviendront dans leur club après l’Euro, ils raconteront de belles histoires aux gamins licenciés. La richesse de cette génération est de ne pas tenir compte de l’échelle sociale ou de la couleur de peau. Jean-Claude Perrin
L’homme est un animal social qui diffère des autres animaux en ce qu’il est plus apte à l’imitation, Aristote le disait déjà (Poétique 4). Aujourd’hui on peut tracer les sources cérébrales de cette spécificité humaine. La découverte des neurones miroirs permet de mettre le doigt sur ce qui connecte les cerveaux des hommes. En outre cette découverte a encore confirmé l’importance neurologique de l’imitation chez l’être humain. Les neurones miroirs sont des neurones qui s’activent, non seulement lorsqu’un individu exécute lui-même une action, mais aussi lorsqu’il regarde un congénère exécuter la même action. On peut dire en quelque sorte que les neurones dans le cerveau de celui/celle qui observe imitent les neurones de la personne observée; de là le qualitatif ‘miroir’ (mirror neurons). Simon De Keukelaere
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goùt pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust (La Prisonnière)
Quand les riches s’habituent à leur richesse, la simple consommation ostentatoire perd de son attrait et les nouveaux riches se métamorphosent en anciens riches. Ils considèrent ce changement comme le summum du raffinement culturel et font de leur mieux pour le rendre aussi visible que la consommation qu’ils pratiquaient auparavant. C’est à ce moment-là qu’ils inventent la non-consommation ostentatoire, qui paraît, en surface, rompre avec l’attitude qu’elle supplante mais qui n’est, au fond, qu’une surenchère mimétique du même processus. (…) Plus nous sommes riches en fait, moins nous pouvons nous permettre de nous montrer grossièrement matérialistes car nous entrons dans une hiérarchie de jeux compétitifs qui deviennent toujours plus subtils à mesure que l’escalade progresse. A la fin, ce processus peut aboutir à un rejet total de la compétition, ce qui peut être, même si ce n’est pas toujours le cas, la plus intense des compétitions. René Girard
Si nos ancêtres pouvaient voir les cadavres gesticulants qui ornent les pages de nos revues de mode, ils les interprèteraient vraisemblablement comme un memento mori, un rappel de la mort équivalent, peut-être, aux danses macabres sur les murs de certaines églises médiévales. Si nous leur expliquions que ces squelettes désarticulés symbolisent à nos yeux le plaisir, le bonheur, le luxe, le succès, ils se lanceraient probablement dans une fuite panique, nous imaginant possédés par un diable particulièrement malfaisant. René Girard
Nombre de recherches sur l’obésité, qui soulignent les styles de vie sédentaires, la biologie humaine ou la nourriture rapide, passent à côté de l’essentiel. L’augmentation de l’obésité doit être considérée comme un phénomène sociologique et non pas physiologique. Les gens sont influencés par des comparaisons relatives, et les normes ont changé et continuent à changer. Professeur Andrew Oswald (université de Warwick)
Le tourisme est un phénomène extraordinaire parce que d’une certaine façon il abolit les frontières, ce qu’on cherche dans le tourisme c’est une altérité qui ne nous ressemblerait pas et cette altérité là n’existe plus que dans les agences, dans les affiches des agences touristiques. En réalité les hommes retrouvent partout la même chose exactement et ils ne voyagent que pour capitaliser les kilomètres et montrer à leurs rivaux qu’ils ont plus voyagé qu’eux mais en même temps, si vous voulez, les résultats sont nuls. René Girard
Prenez l’obésité: sa cause principale n’est pas génétique, puisque les gènes des Américains, population sur laquelle nous travaillons, n’ont pas vraiment changé depuis les années 50. On se doute bien, par ailleurs, que de multiples facteurs interviennent dans la prise de poids, comme l’invention du fast-food. Mais nos travaux ont montré un phénomène très surprenant : quand vos amis, les amis de vos amis, ou même les amis des amis de vos amis, prennent du poids, cela a un effet sur votre tour de taille ! Si un ami de votre ami grossit, en effet, il transforme la « norme » acceptée par votre ami en terme de poids. Et, par ricochet, il modifie la vôtre. Peut-être parce que votre ami, habitué au changement qui s’est produit chez son autre camarade, aura pris du poids lui-même et sera plus tolérant avec vous lorsque vous commencerez à grossir. Mais il peut aussi vous faire grossir sans prendre de poids ! Car le plus intéressant dans cette transmission de « signaux », c’est que la contagion par les réseaux sociaux fonctionne comme la contagion par les germes. Un ami « immune » n’est pas forcément un ami « non porteur », il peut faire passer le signal sans en présenter les symptômes. Et le même genre de phénomènes se produit dans la décision d’arrêter de fumer, le suicide, la désinformation ou le risque de divorcer : plus il y a de couples divorcés dans votre entourage, ou parmi les amis de votre entourage, plus les risques que vous divorciez augmentent.
Où préférez-vous être si un germe mortel se répand dans le réseau ? Au centre, hyperconnecté, ou bien en bordure, isolé ? Sur les bords, évidemment, puisque c’est là que vous aurez le moins de chances d’être infecté. Mais si vous cherchez un emploi, où vaut-il mieux être? Au centre, là où passent toutes les informations. Dans l’absolu, il n’y a donc pas un endroit préférable à un autre. La question se pose cependant pour les politiques de santé et soulève de sérieux problèmes éthiques. Lors d’une épidémie, le principe d’efficacité voudrait en effet qu’on distribue d’abord des vaccins au centre, où les gens, plus connectés qu’ailleurs, ont le plus de chances de recevoir et de transmettre le virus. Mais ce choix peut être moralement contestable. La sociologie des réseaux s’intéresse aussi à la marginalité, à la solitude ou à l’alcoolisme. De nombreuses études montrent que la société fonctionne comme un sweatshirt qui s’effilocherait par la manche : si vous ne prenez pas soin de ce fil isolé, votre vêtement finira par se défaire entièrement. En revanche, si vous soignez les bords – c’est-à-dire, dans une société, les marginaux et les exclus – , cela profite à l’ensemble du groupe : vous prévenez ainsi la désintégration du réseau. Nicholas Christianikis
Le risque pour une personne de devenir obèse augmente de 57 % si il ou elle a un(e) ami(e) devenu(e) obèse. Si ce proche est du même sexe, la probabilité grimpe à 71 % et pour les hommes à 100 %. Las, s’il s’agit de son meilleur ami, le risque s’envole à 171 % ! Frères et soeurs représentent, eux, un risque accru de 40 % et les conjoint(e)s de 37 %.
Le fait que le risque d’obésité perdure au-delà de l’éloignement géographique des amis leur fait dire que l’influence « relève moins d’un processus d’imitation que d’un changement de norme sociale en ce qui concerne l’acceptabilité de l’obésité ». En d’autres termes, parce que votre ami devient obèse, ce surpoids devient plus tolérable en général et pour vous en particulier. Le Monde

Lapidations, fureurs sacrées, chasses aux sorcières, tontes, syndrome des vestiaires, vols de pénis, anorexie, homosexualité, bâtiments malades, hystéries collectives, théories du complot, « fièvre acheteuse », ruées ou fuites résidentielles, bulles ou krachs boursiers, tourisme, religions et contre-religions, nationalismes et contre-nationalismes

Alors que l’incroyable et inespérée embellie actuelle du sport français après la débacle sud-africaine d’il y a un mois et demi, notamment dans un sport aussi individuel que l’athlétisme, démontre l’importance de la dynamique de groupe tant pour le succès que pour l’échec d’une équipe …

Retour, avec les travaux du sociologue et médecin de Harvard Nicholas Christianikis, sur la propagation des états émotionnels.

Qui, à partir de l’étude de l’effet de veuvage (la surmortalité des veufs pouvant monter à 80% durant la 1ère année ayant suivi le décès du conjoint), a montré avec l’anthropologue de San Diego Fowler, la dimension hautement collective de toutes sortes d’émotions ou comportements.

A savoir un fonctionnement et une transmission de type épidémique où toutes sortes d’émotions ou comportements (obésité, anorexie, tabagisme, dépression, suicides, santé, désinformation, divorce, bonheur) se propagent, par vagues de proche en proche comme un véritable virus à travers de vastes réseaux sociaux d’amis, de famille, de collègues, et autres.

Et ce, en bien ou en mal, au-delà de l’homophilie (la tendance des individus à se rapprocher d’individus similaires) et même de l’éloignement géographique, comme une sorte d’imposition de nouvelles normes, y compris par des porteurs sains n’en présentant pas eux-mêmes les symptômes.

Confirmant ainsi indirectement les hypothèses de René Girard sur le mimétisme et les recherches récentes sur les neurones miroir, notamment la nature extrêmement paradoxale de l’imitation humaine: source d’intelligence (via l’apprentissage, le langage et la transmission culturelle) et d’empathie, mais aussi de rivalité et de destruction …

« Les réseaux sociaux influencent votre poids »

L’homme tisse des réseaux depuis la préhistoire. Ceux-ci sont « contagieux » : ils transmettent les comportements, positifs comme négatifs.

Propos recueillis par Olivier Pascal-Moussellard

Télérama

03.09.10

Connectés. Les hommes sont connectés les uns aux autres – et pas seulement dans l’univers virtuel !

Professeur de médecine et sociologue à Harvard, Nicholas Christakis décortique les règles mathématiques, sociales et biologiques qui animent les réseaux sociaux (réels) dans lesquels nous nous mouvons au quotidien. Et montre qu’ils nous influencent plus qu’on ne le croit, notamment en matière de santé

L’homme est un animal (de réseau) social

Quand ils entendent « réseaux sociaux », la plupart des gens pensent à Internet, en particulier à Facebook. Mais l’homme a tissé des réseaux sociaux depuis la préhistoire. Sans que nous en soyons toujours conscients, nous faisons comme les fourmis, nous nous assemblons dans une entité qui nous dépasse, un « superorganisme » qui a des propriétés particulières, et ces interconnections obéissent à des règles biologiques, sociales et mathématiques complexes. Un réseau n’est pas seulement un groupe, une collection d’individus : ce sont des gens qui entretiennent des liens spécifiques. Ainsi, cent cinquante personnes qui vont et viennent à la rivière dans le désordre pour éteindre un incendie n’ont pas le même « statut » social qu’une chaîne qui s’organise pour faire passer le baquet : soudain, vous avez un homme à votre gauche, un autre à votre droite, et une connexion particulière entre eux.

Dans un réseau social, les comportements « négatifs » se répandent aussi facilement que les positifs. Mais on se rend vite compte que les bénéfices de la vie « connectée» l’emportent sur les coûts. En effet, si vous vous coupez de la société, vous pourrez peut-être en tirer des avantages à court terme, mais vous allez le payer cher au final. Si je vous rends malheureux ou si je vous donne tout le temps des informations incorrectes, vous coupez le lien avec moi, n’est-ce pas ? Alors le réseau se désintègre. Le partage de choses désirables est donc nécessaire pour le consolider.

En réseau, il y a amis et « amis »

Etre un animal de réseaux ne fait pas de nous des individus capables d’une infinité d’amitiés,comme voudraient nous le faire croire les réseaux sociaux virtuels du type Facebook. Demandez à votre grand-mère combien d’amis elle avait dans sa jeunesse : un ou deux meilleurs amis sans doute et quatre ou cinq amis proches. Posez la question à une jeune fille d’aujourd’hui : ses centaines d’« amis » sur Facebook n’empêchent pas qu’elle n’a, comme votre grand-mère, qu’un ou deux meilleurs amis! Tout simplement parce que notre potentiel d’amitiés ne dépend pas des capacités de notre ordinateur – mais de celles de notre cerveau – à interagir. Et la règle vaut pour d’autres réseaux. Combien d’hommes, par exemple, comptaient les fameuses centuries de l’armée romaine ? Une centaine. Depuis la chute de l’Empire romain, on a inventé le radar, le talkie-walkie et Internet. N’empêche que les brigades de l’armée américaine ne dénombrent pas beaucoup plus de soldats. Car la capacité des hommes à travailler ensemble ne dépend pas (seulement) de la technologie, mais de la capacité de notre cerveau à suivre et à reconnaître individuellement ceux avec qui on coopère.

Physiologie du « superorganisme »

Vous pensiez que les variations de votre poids ou votre décision d’arrêter la cigarette étaient le fruit de choix personnels ? Ils le sont… en partie seulement. Car les réseaux sociaux sont « contagieux », ils influencent le comportement des individus, là où on ne les attend pas. Prenez l’obésité: sa cause principale n’est pas génétique, puisque les gènes des Américains, population sur laquelle nous travaillons, n’ont pas vraiment changé depuis les années 50. On se doute bien, par ailleurs, que de multiples facteurs interviennent dans la prise de poids, comme l’invention du fast-food. Mais nos travaux ont montré un phénomène très surprenant : quand vos amis, les amis de vos amis, ou même les amis des amis de vos amis, prennent du poids, cela a un effet sur votre tour de taille ! Si un ami de votre ami grossit, en effet, il transforme la « norme » acceptée par votre ami en terme de poids. Et, par ricochet, il modifie la vôtre. Peut-être parce que votre ami, habitué au changement qui s’est produit chez son autre camarade, aura pris du poids lui-même et sera plus tolérant avec vous lorsque vous commencerez à grossir. Mais il peut aussi vous faire grossir sans prendre de poids ! Car le plus intéressant dans cette transmission de « signaux », c’est que la contagion par les réseaux sociaux fonctionne comme la contagion par les germes. Un ami « immune » n’est pas forcément un ami « non porteur », il peut faire passer le signal sans en présenter les symptômes. Et le même genre de phénomènes se produit dans la décision d’arrêter de fumer, le suicide, la désinformation ou le risque de divorcer : plus il y a de couples divorcés dans votre entourage, ou parmi les amis de votre entourage, plus les risques que vous divorciez augmentent.

Dans le réseau, pas de place au chaud

Où préférez-vous être si un germe mortel se répand dans le réseau ? Au centre, hyperconnecté, ou bien en bordure, isolé ? Sur les bords, évidemment, puisque c’est là que vous aurez le moins de chances d’être infecté. Mais si vous cherchez un emploi, où vaut-il mieux être? Au centre, là où passent toutes les informations. Dans l’absolu, il n’y a donc pas un endroit préférable à un autre. La question se pose cependant pour les politiques de santé et soulève de sérieux problèmes éthiques. Lors d’une épidémie, le principe d’efficacité voudrait en effet qu’on distribue d’abord des vaccins au centre, où les gens, plus connectés qu’ailleurs, ont le plus de chances de recevoir et de transmettre le virus. Mais ce choix peut être moralement contestable. La sociologie des réseaux s’intéresse aussi à la marginalité, à la solitude ou à l’alcoolisme. De nombreuses études montrent que la société fonctionne comme un sweatshirt qui s’effilocherait par la manche : si vous ne prenez pas soin de ce fil isolé, votre vêtement finira par se défaire entièrement. En revanche, si vous soignez les bords – c’est-à-dire, dans une société, les marginaux et les exclus – , cela profite à l’ensemble du groupe : vous prévenez ainsi la désintégration du réseau.

Tout change, rien ne change

Les technologies de communication vont continuer à croître, comme elles n’ont cessé de le faire depuis deux cents ans. Mais la façon dont nous aimons aujourd’hui est-elle très différente de la façon d’aimer il y a deux siècles ? Le désir profond de l’homme de se connecter à d’autres ne varie pas beaucoup : la connexion directe – par oreillette, petits écrans au coin de l’oeil ou par le biais d’un logiciel planté dans la tête – finira bien par arriver, mais cela ne devrait pas modifier fondamentalement l’interaction humaine. Communiquer avec des centaines de personnes sera sans doute possible. Mais ne nous empêchera pas d’inviter six ou sept amis seulement – pas six cents ou sept cents! – à dîner le vendredi soir à la maison….

Voir également:

Obésité : vos meilleurs amis vous influencent

Martine Laronche

Le Monde

01.08.07

Faut-il se méfier de l’influence d’un ou d’une ami(e) obèse sur sa ligne ? Une étude américaine publiée, jeudi 26 juillet, dans la très sérieuse revue médicale New England Journal of Medecine, semble accréditer cette idée. Ainsi, le risque pour une personne de devenir obèse augmente de 57 % si il ou elle a un(e) ami(e) devenu(e) obèse. Si ce proche est du même sexe, la probabilité grimpe à 71 % et pour les hommes à 100 %. Las, s’il s’agit de son meilleur ami, le risque s’envole à 171 % ! Frères et soeurs représentent, eux, un risque accru de 40 % et les conjoint(e)s de 37 %. Quant aux voisins, ils ne risquent rien. Pour établir ce constat, Nicholas Christakis de l’université Harvard et James Fowler de l’université de Californie, à San Diego, ont étudié, sur une période de 32 ans, le poids de 12 067 personnes, à partir des données collectées dans le cadre d’une étude sur les risques cardiaques lancée en 1948 et qui se poursuit encore.

Comment explique-t-on ce phénomène ? Le fait que le risque d’obésité perdure au-delà de l’éloignement géographique des amis leur fait dire que l’influence « relève moins d’un processus d’imitation que d’un changement de norme sociale en ce qui concerne l’acceptabilité de l’obésité ». En d’autres termes, parce que votre ami devient obèse, ce surpoids devient plus tolérable en général et pour vous en particulier.

Voir aussi:

Le bonheur est contagieux, selon des chercheurs américains

Le Monde.fr avec AFP

05.12.08

Le bonheur des gens dépendrait du bonheur de ceux qui les entourent. C’est la conclusion des recherches menées pendant plus de vingt ans par deux scientifiques américains, dont l’étude est publiée, vendredi 5 décembre, par le British Medical Journal (BJM).

Au-delà du fait, évident, que certaines émotions soient contagieuses d’une personne à l’autre, on en savait peu jusqu’ici sur l’impact, à long terme, de l’entourage d’un individu sur son bonheur, ainsi que sur le nombre et la proximité des personnes « contaminées » par le bonheur d’un tiers. L’objectif du professeur Nicholas Christakis, de la Harvard Medical School, et du professeur James Fowler de l’Université de Californie à San Diego, qui ont mené cette étude auprès de 4 739 personnes de 1983 à 2003, dans une ville du Massachussets, était donc d’évaluer si le bonheur pouvait se répandre, à long terme, d’une personne à l’autre, et dans l’ensemble d’un groupe social.

Leur réponse est que « les variations dans le niveau de bonheur d’un individu peuvent se propager par vagues à travers des groupes sociaux et générer une large structure au sein même d’un réseau, créant ainsi des groupes de gens heureux ou malheureux », la proximité géographique important aussi bien que la proximité sociale. Par exemple, la probabilité qu’une personne soit heureuse augmente de 42 % si un ami qui vit à moins de 800 mètres le devient lui-même. Ce chiffre passe à 25 % si l’ami vit à moins de 1,5 km, et il continue de décliner à mesure que l’éloignement croît. Et le bonheur d’un individu peut « irradier » jusqu’à trois degrés de séparation, c’est-à-dire que l’on peut rendre heureux, l’ami de l’ami d’un ami.

PAS DE CONTAGION AUX COLLÈGUES DE BUREAU

« Les gens qui sont entourés par beaucoup de gens heureux (…) ont plus de chance d’être heureux dans le futur. Les statistiques montrent que ces groupes heureux sont bien le résultat de la contagion du bonheur et non seulement d’une tendance de ces individus à se rapprocher d’individus similaires, » précisent les chercheurs. Les chances de bonheur augmentent de 8 % en cas de cohabitation avec un conjoint heureux, de 14 % si un proche parent heureux vit dans le voisinage, et même de 34 % en cas de voisins joyeux. Ces recherches « sont une raison supplémentaire de concevoir le bonheur, comme la santé, comme un phénomène collectif » expliquent-ils.

Ce phénomène a cependant des limites : ainsi la formule ne s’applique pas au bureau. « Les collègues de travail n’affectent pas le niveau de bonheur, ce qui laisse penser que le contexte social peut limiter la propagation d’états émotionnels », selon l’étude.

Dans son éditorial, le BMJ estime que cette étude « révolutionnaire » pourrait avoir des implications en termes de santé publique. « Si le bonheur se transmet effectivement par le biais des relations sociales, cela pourrait contribuer indirectement à la transmission similaire de la [bonne] santé, ce qui a des implications sérieuses pour l’élaboration des politiques », estime le journal. Dans leur introduction, les chercheurs rappellent que le bonheur est si essentiel à l’existence humaine que l’Organisation mondiale de la santé le désigne de plus en plus comme un composant à part entière de l’état de santé.

Voir enfin:

Study Says Obesity Can Be Contagious

Gina Kolata

The New York Times

July 25, 2007

Obesity can spread from person to person, much like a virus, researchers are reporting today. When a person gains weight, close friends tend to gain weight, too.

Their study, published in the New England Journal of Medicine, involved a detailed analysis of a large social network of 12,067 people who had been closely followed for 32 years, from 1971 until 2003. The investigators knew who was friends with whom, as well as who was a spouse or sibling or neighbor, and they knew how much each person weighed at various times over three decades. That let them examine what happened over the years as some individuals became obese. Did their friends also become obese? Did family members or neighbors?

The answer, the researchers report, was that people were most likely to become obese when a friend became obese. That increased a person’s chances of becoming obese by 57 percent.

There was no effect when a neighbor gained or lost weight, however, and family members had less influence than friends.

Proximity did not seem to matter: the influence of the friend remained even if the friend was hundreds of miles away. And the greatest influence of all was between mutual close friends. There, if one became obese, the odds of the other becoming obese were nearly tripled.

The same effect seemed to occur for weight loss, the investigators say. But since most people were gaining, not losing, over the 32 years of the study, the result was an obesity epidemic.

Dr. Nicholas Christakis, a physician and professor of medical sociology at Harvard Medical School and a principal investigator in the new study, says one explanation is that friends affect each others’ perception of fatness. When a close friend becomes obese, obesity may not look so bad.

“You change your idea of what is an acceptable body type by looking at the people around you,” Dr. Christakis said.

The investigators say their findings can help explain why Americans have become fatter in recent years — each person who became obese was likely to drag some friends with them.

Their analysis was unique, Dr. Christakis said, because it moved beyond a simple analysis of one person and his or her social contacts, and instead examined an entire social network at once, looking at how a person’s friend’s friend’s friends, or spouse’s sibling’s friends, could have an influence on a person’s weight. The effects, Dr. Christakis said, “highlight the importance of a spreading process, a kind of social contagion, that spreads through the network.”

Of course, the investigators say, social networks are not the only factors that affect body weight. There is a strong genetic component at work as well.

Science has shown that individuals have genetically determined ranges of weights, spanning perhaps 30 or so pounds for each person. But that leaves a large role for the environment in determining whether a person’s weight is near the top of his or her range or near the bottom. As people have gotten fatter, it appears that many are edging toward the top of their ranges. The question has been why.

If the new research is correct, it may mean that something in the environment seeded what many call an obesity epidemic, leading a few people to gain weight. Then social networks let the obesity spread rapidly.

It also may mean that the way to avoid becoming fat is to avoid having fat friends.

That is not the message they meant to convey, say the study investigators, Dr. Christakis and his colleague, James Fowler, an associate professor of political science at the University of California in San Diego.

You don’t want to lose a friend who becomes obese, Dr. Christakis said. Friends are good for your overall health, he explains. So why not make friends with a thin person, he suggests, and let the thin person’s behavior influence you and your obese friend?

That answer does not satisfy obesity researchers like Kelly Brownell, director of the Rudd Center for Food Policy and Obesity at Yale University.

“I think there’s a great risk here in blaming obese people even more for things that are caused by a terrible environment,” Dr. Brownell said.

On average, the investigators said, their rough calculations show that a person who became obese gained 17 pounds, and the newly obese person’s friend gained 5. But some gained less or did not gain weight at all, while others gained much more.

Those extra pounds were added onto the natural increases in weight that occur when people get older. What usually happened was that peoples’ weights got high enough to push them over the boundary, a body mass index of 30, that divides overweight and obese. (For example, a six-foot-tall man who went from 220 pounds to 225 would go from being overweight to obese.)

While other researchers were surprised by the findings, Dr. Christakis said the big surprise for him was that he could do the study at all. He got the idea from talk of an obesity epidemic.

“One day I said, ‘Maybe it really is an epidemic. Maybe it spreads from person to person,’ ” Dr. Christakis recalled.

It was only by chance that he discovered a way to find out. He learned that the data he needed were contained in a large federal study of heart disease, the Framingham Heart Study, that had followed the population of Framingham, Mass. for decades, keeping track of nearly every one of its participants.

The study’s records included each participant’s address and the names of family members. In order for the researchers to be sure they did not lose track of their subjects, each was asked to name a close friend who would know where they were at the time of their next exam, in roughly four years. Since much of the town and most of the subjects’ relatives were participating, the data contained all that Dr. Christakis and his colleagues needed to reconstruct the social network and follow it for 32 years.

Their research has taken obesity specialists and social scientists aback. But many say the finding is pathbreaking, and can shed new light on how and why people have gotten so fat so fast.

“It is an extraordinarily subtle and sophisticated way of getting a handle on aspects of the environment that are not normally considered,” said Dr. Rudolph Leibel, an obesity researcher at Columbia University.

Dr. Richard Suzman, who directs the office of behavioral and social research programs at the National Institute on Aging, called it “one of the most exciting studies to come out of medical sociology in decades.” The institute financed the study.

But Dr. Stephen O’Rahilly, an obesity researcher at the University of Cambridge, said the uniqueness of the Framingham data will make it hard to replicate the new findings. No other study that he knows of includes the same kinds of long-term and detailed data on social interactions.

“I don’t want to look like an old curmudgeon, but when you come upon things that inherently look a bit implausible, you raise the bar for standards of proof,” Dr. O’Rahilly says. “Good science is all about replication, but it is hard to see how science will ever replicate this.”

“Boy, is the Framingham study unique,” Dr. O’Rahilly said.

5 commentaires pour Mimétisme: Dis moi qui tu hantes, je te dirai quel poids tu fais (God, protect me from my friends, I’ll take care of my enemies)

  1. […] une collection d’individus : “ce sont des gens qui entretiennent des liens spécifiques. Ainsi, cent cinquante personnes qu… […]

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  2. […] sur une récente étude de chercheurs américains qui, après l’obésité ou l’anorexie et derrière le triomphe supposé de l’individualisme le plus […]

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  3. […] enfin à libérer nos filles et nos femmes de la tyrannie anorexisante de nos magazines et de nos défilés de mode […]

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  4. jean-marc dit :

    Très pertinent ! Mais je pense que si l’homme grossit c’est qu’il y trouve ses avantages ! J’avoue me préférer gros..

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