Portugal/871e: Retour sur le miracle d’Ourique (The day Portugal won its independence from the Moors)

Alfonso I (Portugal's moorslayer)Portugal's royal coat of armsPortuguese flagAlors qu’avec les fils et la religion de ses derniers arrivés, l’intégrité territoriale de la France semble de plus en plus remise en cause

Retour en ce 871e anniversaire de l’indépendance nationale de nos amis portugais (même si leur fête nationale est le 10 juin, en mémoire de la mort de leur poète national Luis de Camões)

Sur le « miracle d’Ourique »

A savoir, comme le rappelle le site Hérodote, la fameuse bataille qui, alors qu’une bonne partie de la péninsule ibérique était encore sous domination musulmane, vit le « matamore » (« tueurs de maures ») et futur Alphonse 1er (Alfonso Enriques, « fils d’Henri ») défaire une coalition de roitelets maures au sud du pays avant sa conquête de Lisbonne 8 ans plus tard.

D’où les cinq petits écus bleus de leur drapeau pour chaque roi musulman vaincu et les points blancs à l’intérieur pour les cinq plaies du Christ dont la vision à la veille de la bataille lui aurait donné la victoire.

Et, en dépit de sa petite taille actuelle et 80 ans d’annexion espagnole, quelque huit siècles de farouche indépendance, conquêtes et découvertes, y compris, certes avec le Brésil, le plus grand empire négrier de l’Atlantique …

Portugal: Grandes heures d’un petit pays

Marie Desclaux.

Hérodote

19.07.10

État modeste à l’ouest de la péninsule ibérique (90.000 km2, 9 millions d’habitants en 2008 dont une forte minorité d’origine africaine ou brésilienne), le Portugal cultive la nostalgie d’une histoire millénaire qui l’a un temps propulsé à l’avant-garde de l’aventure européenne.

Une création féodale

Le Portugal, du temps des Romains, correspondait peu ou prou à la province de Lusitanie.

Aux alentours de l’An Mil, alors que la plus grande partie de la péninsule ibérique est encore sous domination arabo-berbère, les rois chrétiens des Asturies enlèvent aux chefs musulmans la région du Douro, un fleuve à l’extrême nord du Portugal actuel, et la ville de Porto, à son embouchure. Cette petite région prend alors le nom de Terra portucallis, d’après Portus Calle, nom romain de Porto.

En 1095, le roi de Leon et de Castille Alphonse VI donne le comté de Portugal à son gendre Henri de Bourgogne. Le fils de ce dernier vainc une coalition de roitelets musulmans à Ourique, dans l’actuelle province d’Alentejo, au sud du pays, le 25 juillet 1139. C’est le «miracle d’Ourique». Il se proclame dès lors roi sous le nom d’Alphonse 1er (Alfonso Enriques) et se place sous la protection du Saint Siège (le pape).

Le 25 octobre 1147, avec l’aide de 13.000 croisés en partance pour la Terre Sainte, Alphonse 1er le Conquérant enlève Lisbonne aux musulmans qui occupaient la ville depuis plus de quatre siècles.

Lisbonne, à l’embouchure du Tage, devient la nouvelle capitale du royaume. Elle fait remonter son nom et sa fondation au héros grec Ulysse mais l’on suppose plus sérieusement qu’elle a été fondée par les Phéniciens sous le nom d’Olisipo.

L’indépendance à tout prix

À partir de là, le Portugal va préserver farouchement son indépendance, à la différence des autres royaumes de la péninsule ibérique.

À la mort du roi Pierre II, la couronne revient à son fils aîné. Celui-ci meurt peu après et sa veuve, la reine Éléonore, reconnaît le roi de Castille comme son successeur ! La transaction déplaît à la noblesse portugaise qui convainc un fils illégitime de Pierre II, Jean le Bâtard, de prendre le pouvoir. Le chef de la rébellion, un soldat de 25 ans, Nuno Alvares Pereira, le fait élire roi du Portugal par les députés des Cortes de Coïmbre, sous le nom de Jean 1er (Joao 1er).

Le coup d’État réussit mais Éléonore s’enfuit auprès du souverain castillan. Ce dernier franchit la frontière avec son armée. Il rencontre l’armée portugaise, renforcée par un petit contingent d’archers anglais, à Aljubarrota, sur la route de Lisbonne, le 14 août 1385. Les Castillans sont battus à plate couture et l’indépendance du Portugal restaurée.

Jean 1er, nouveau roi, en sera reconnaissant à ses alliés anglais et, en mai de l’année suivante, signera avec eux le traité de Windsor établissant une «ligue d’amitié inviolable, éternelle, solide, perpétuelle et véritable» entre les deux royaumes. Cette alliance, qui n’allait jamais être remise en cause, est la plus ancienne encore en vigueur !

Notons que le roi Jean et sa future épouse, Philippa, fille du duc Jean de Gand, allaient donner le jour à plusieurs enfants dont Henri le Navigateur, à l’origine de la grandeur impériale du petit Portugal.

Pereira, après avoir servi le roi en qualité de connétable, fonde un monastère carmélite à Lisbonne et s’y retire en 1423. Il est canonisé cinq siècles plus tard.

Aventures outre-mer

Le Portugal s’empare de Ceuta, au nord du Maroc, en 1415. C’est la première intervention des Européens hors de leur continent depuis les croisades. Après avoir été longtemps sous la tutelle des États d’Afrique du Nord, les Portugais menacent de leur rendre la monnaie de leur pièce. Mais ils se détournent en définitive des conquêtes terrestres et s’orientent vers les navigations au long cours.

Encouragés par l’Infant Henri le Navigateur, marins et princes portugais tiennent un rôle pionnier dans les Grandes Découvertes. À bord de navires très maniables, les caravelles, ils découvrent l’archipel des Açores et l’île de Madère, et explorent méthodiquement la côte africaine, en vue de contourner le continent noir et d’atteindre les Indes.

En 1433, Henri le Navigateur donne l’ordre à Gil Eanes de reconnaître la côte au-delà du cap Bojador, au sud du Maroc actuel. Dans un premier temps, le marin préfère s’enfuir aux Canaries car des légendes terrifiantes courent sur les contrées situées au sud de ce cap. Mais il finit par se raviser. L’année suivante, il est le premier Occidental à dépasser ce cap.

En 1488, enfin, Bartolomeu Dias contourne la pointe de l’Afrique. Il ne faudra plus que quelques années avant que Vasco de Gama ne jette l’ancre dans un port des Indes… Le triomphe des Portugais est néanmoins terni par le succès concomitant de Christophe Colomb. Parti vers l’ouest en quête de l’Asie, il a offert un Nouveau Monde aux souverains espagnols.

– le Brésil en cadeau :

Prenant acte de la situation, le pape Alexandre VI Borgia, d’origine espagnole, intervient en arbitre et partage les terres à découvrir entre Espagnols et Portugais. Aux premiers les terres situées à l’ouest d’une ligne traversant l’Atlantique du nord au sud, aux seconds les terres situées à l’est. Ce partage est sanctionné par le traité de Tordesillas le 7 juin 1494.

Une erreur de navigation plus ou moins volontaire vaut toutefois à un navigateur portugais d’enfreindre cette règle. Le 22 avril 1500, Pedro Álvares Cabral découvre ce qui deviendra le Brésil, colonie portugaise en Amérique du Sud et principal pays de ce nouveau continent.

– l’océan Indien à la pointe de l’épée :

Dans l’océan Indien, le chef de guerre Afonso de Albuquerque, surnommé le «Mars portugais», prend le relais des explorateurs.

Proche de la famille royale, il s’installe à Cochin, sur la côte sud de l’Inde, en 1503, puis occupe sans coup férir l’îlot stratégique de Socotora, à l’entrée de la mer Rouge et l’îlot d’Ormuz, qui commande l’accès au golfe Persique par le détroit du même nom.

Ses entreprises sont fatales au commerce musulman entre la péninsule arabe et l’Asie des moussons. Elles lui valent en 1509 le titre de vice-roi des Indes portugaises.

Pour affermir la présence portugaise dans le sous-continent indien, il s’empare enfin de Goa en 1510, jusque-là soumise à l’autorité d’un roi musulman. Le Portugais entre dans la ville sans avoir à combattre et se voit acclamé par la population, majoritairement hindoue.

Chef estimé autant que redouté, Albuquerque étendra le rayonnement du Portugal jusqu’à Ceylan, le détroit de Malacca et les îles de la Sonde.

Le Portugal arrive au bout de sa mission historique avec le voyage de Magellan et del Cano. Les deux explorateurs accomplissent d’ouest en est, en 1519-1522, le premier tour du monde à la voile ! Ils confirment par leur exploit la rotondité de la Terre, ce dont à vrai dire aucune personne instruite ne doutait depuis au moins deux mille ans…

Fin du rêve

Cette Histoire glorieuse menace de prendre fin après la mort du roi Sébastien le 4 août 1578, dans une bataille livrée au sultan du Maroc. Le puissant roi d’Espagne, Philippe II de Habsbourg, profite alors des démêlés de la succession pour occuper le pays et s’en désigner roi à titre personnel.

Mais l’occupation espagnole est brutale et tissée de massacres. Elle se solde par des impôts accrus pour financer les guerres des Habsbourg. Qui plus est, Hollandais et Anglais en profitent pour dépecer le bel empire colonial construit par les marins lusitaniens, du Brésil à Macao.

Les Portugais se soulèvent à plusieurs reprises, en profitant de l’affaiblissement des Habsbourg, occupés à combattre sur le Rhin et sur les Pyrénées pendant la guerre de Trente Ans. Enfin, le 1er décembre 1640, la petite noblesse arrive à rétablir une nouvelle fois l’indépendance du pays et porte sur le trône l’un des siens, Jean de Bragance. Celui-ci est couronné sous les acclamations populaires le 15 décembre. Il prend le nom de Jean IV.

Le soulèvement bénéficie du soutien du cardinal français Richelieu, heureux de jouer un bon tour à la maison des Habsbourg qui gouverne l’Espagne… Comme les Espagnols tentent de reprendre pied au Portugal, celui-ci reçoit l’appui intéressé des Hollandais et des Anglais, qui leur enlèvent le monopole du fructueux commerce des épices. Le Portugal fait reconnaître son indépendance en 1668 une bonne fois pour toutes mais ne va plus sortir de l’orbite anglaise.

Le pays vivote dès lors sur sa gloire passée, avec d’immenses colonies sous-exploitées sous toutes les latitudes, du Brésil aux îles de la Sonde en passant par quelques comptoirs sur la côte africaine et dans les Indes.

Le Portugal se rappelle au souvenir des Européens lors du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, qui permet au premier ministre, le marquis de Pombal, de démontrer son savoir-faire et son ouverture aux idées nouvelles. Arrivent la Révolution française et son appendice, le séisme napoléonien, plus terrible que celui de Lisbonne ! Lisbonne est conquise par les Français en 1807 mais ces derniers sont battus à Sintra, peu après, par les Anglais, toujours prêts à rendre service aux Portugais !

Le Brésil, où s’est réfugiée la famille royale, s’émancipe en douceur. Il devient un empire sous l’autorité de Pierre, le fils cadet du roi. Le Portugal retourne à son anonymat. Le 5 octobre 1910, la monarchie est remplacée par une république et celle-ci tombe bientôt sous la coupe d’un chef autoritaire quoique sans charisme, le docteur Salazar. Il découvre la démocratie en 1974 à la faveur de la «Révolution des Oeillets» et perd par la même occasion les derniers vestiges d’un empire colonial démesuré.

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