Huit jeunes Sud-Coréens sur dix entrent à l’université. C’est le taux le plus élevé du monde. La Corée se distingue aussi pour ses résultats aux tests Pisa, qui évaluent les performances éducatives des pays de l’OCDE. Les Sud-Coréens aiment à rappeler que c’est cette ferveur pour l’éducation qui est à l’origine du développement spectaculaire de leur pays ces dernières décennies. Frédéric Ojardias
Deuxième observation de la Cour des comptes, les résultats obtenus par les élèves français dans les comparaisons internationales font apparaître que le système français est devenu un des plus inégalitaires, puisque les résultats scolaires y sont les plus corrélés au milieu social d’origine, et que l’écart entre les plus mauvais et les meilleurs élèves ne cesse de se creuser. Le Figaro
A l’Ecole polytechnique, un élève sur deux a un parent prof. Oui: un sur deux! Pour parvenir au sommet des sommets du système scolaire national, la crème de la crème de l’élite, pour intégrer les belles positions, assurées ensuite toute la vie durant, il faut être un enfant du système, avoir le « décodeur » que seuls les « insiders » possèdent : les professeurs. Les X ne sont pas les enfants des dirigeants du CAC 40, détrompez-vous. Les riches ont compris depuis une décennie maintenant : ils envoient leurs enfants à la London School ou dans les universités américaines. Autrement dit, ils fuient un système qui exclut aussi leurs enfants, sauf les très rares qui ont 20 en maths. Ne réussissent statistiquement en France que les élèves accompagnés le soir par leurs parents, qui refont les cours, qui aident, qui connaissent les filières, qui trouvent des appuis internes. L’Education nationale française, celle de l’égalité républicaine, la sélection par le mérite, est devenue pire que la Chine: elle ne sert plus qu’à promouvoir les fils du Parti, le parti scolaire. Eric le Boucher
Dans le courant des années 80, le collège unique se met définitivement en place. La population du secondaire a changé; elle s’est massifiée. Restent quelques classes peu ouvertes, où ne se côtoient que les meilleurs élèves. L’allemand première langue devient, par exemple, une option de sélection non officielle. Langue difficile, au poids culturel important, langue à déclinaisons qui nécessite une parfaite maîtrise de la grammaire française. Dans ces classes, un chiffre intéressant: 80% d’enfants d’enseignants. Les profs qui sont, à l’époque, majoritairement favorables au collège unique et à l’hétérogénéité des classes ne vont pas jusqu’à l’imposer à leurs enfants! Maintenant que la filière est éventée, ce sont les classes européennes et le russe première langue qui drainent ces bataillons de nouveaux privilégiés. Dans un système scolaire de plus en plus complexe, où les diplômes de base, baccalauréat et licence, sont dévalorisés, tant par le nombre de titulaires et la baisse des exigences que par l’inadéquation avec les besoins économiques, la connaissance des arcanes du système est un bien précieux. Conséquence: 90% des enfants de profs atteignent le niveau bac, et leur nombre dans les grandes écoles ne cesse d’augmenter. Marianne 2
Les fils de PDG préfèrent un MBA aux Etats-Unis pour 30 000 dollars par an. C’est, de nos jours, un parcours plus coté pour qui veut devenir trader ou diriger une grande entreprise. (…) Les très grandes écoles françaises n’attirent plus que ceux qui croient encore aux vertus de la culture et de l’étude : les enfants de professeurs. (…) Et nous en arrivons à la révélation de ce secret essentiel pour la réussite scolaire (…) pour réussir un parcours scolaire, et atteindre ces temples de l’élitisme que sont les grandes écoles, il faut lire, développer sa culture générale, sa connaissance de l’histoire et de la langue, sa logique et son esprit de déduction. Bref, il faut travailler. (…) Bien des parents, surtout, refusent qu’on impose à leurs enfants le moindre effort, la moindre contrainte (…) ils ne leur enseigneront pas la rigueur, le plaisir d’apprendre, le respect du professeur, et surtout, l’amour du savoir, cette certitude qu’un livre, une pensée, la connaissance d’un événement historique, nous transforment et nous font plus humains. Le fils d’ouvrier, travailleur et méritant, dans une classe où quelques gamins paumés interdisent toute concentration et toute progression, est floué par le système. (…) D’aucuns estimeront que puisque ce qui permet de réussir à l’école est à ce point éloigné des préoccupations de notre beau monde moderne, il est grand temps de changer le système scolaire, pour que la réussite s’y mesure à d’autres critères (savoir-être, créativité, compétences… quel que soit le nom qu’on leur donne). Ceux-là achèveront de tuer l’école et priveront définitivement les fils d’ouvrier de ces savoirs auxquels ils ont droit. Les enfants d’une bourgeoisie festive et déculturée s’en sortiront en intégrant Sciences Po ou une toute autre école de Management par le Vide communicationnel. Les enfants d’enseignants seront toujours plus nombreux dans ces niches où le savoir est une valeur. Mais ces niches seront toujours plus confidentielles, et toujours plus déclassées. Un peu comme ces quelques monastères du Vème siècle où de rares moines copistes attendaient des jours meilleurs. Natacha Polony
Attention: une enfance sacrifiée peut en cacher une autre!
Horaires démentiels (jusqu’à 15 h par jour), nuits réduites à quatre ou cinq heures, pression insoutenable, instituts privés ouverts jusqu’à 22 heures et plus, évaluations mensuelles des professeurs, classes de niveau aux effectifs très réduits (10 à 15 élèves, contre 35 dans le public), contact permanent avec les parents, course aux résultats, véritable système éducatif parallèle, plus de 2 000 € dépensés par mois par une famille en cours particuliers et en hakwons, 3 % du PIB du pays, record mondial d’entrée entrent à l’université (80%) …
A l’heure où, traumatisés par un système éducatif juste bon à préparer des examens et des diplômes universitaires devenus seul moyen d’ascension sociale, nombre de parents coréens en sont à scolariser leurs enfants à l’étranger …
Portrait en creux d’un système éducatif français.
Qui cumule record de dépense par élève et résultats inférieurs, enfermement des fils d’ouvrier dans des Zones d’Echec Programmé et évitement scolaire ou sélection cachée par le moyen des filières rares par les initiés du système, accaparement des classes préparatoires et grandes écoles par les enfants d’enseignants et fuite des enfants de riches à la London School ou dans les universités américaines …
L’enfance sacrifiée des écoliers sud-coréens
Frédéric Ojardias
La Croix
30/06/10
En Corée, les cours privés qui s’ajoutent à l’enseignement obligatoire ont pris une place prépondérante et contraignent les élèves à des emplois du temps démentiels
«Quand j’arrive en classe le matin, je dors pendant quatre heures, parce que je me suis couché à 1 heure, à cause des cours privés, raconte Park Jae-hyeon (1), jeune Sud-Coréen tout juste bachelier. Mon prof ne dit rien, il sait bien que les cours des “hakwons” sont plus importants que ceux du lycée. »
Les « hakwons » désignent ces instituts privés qui dispensent leurs cours en dehors des horaires de l’enseignement obligatoire. Rien qu’à Séoul, la capitale, on en dénombre 30 000. Il y en a pour tous les âges, et toutes les disciplines : maths, littérature, anglais… Ils constituent un véritable système éducatif parallèle, qui touche la grande majorité des écoliers. En 2009, l’enseignement privé a représenté 3 % du PIB du pays.
Enchaînant deux journées de classe, les jeunes Sud-Coréens peuvent ainsi, chaque jour, passer jusqu’à quinze heures à leur pupitre. Un rythme impossible : selon un sondage réalisé en 2009, le tiers des lycéens dorment lors des cours obligatoires. Pour eux, ce sont les hakwons qui les préparent à l’épreuve la plus importante de leur vie : l’examen d’entrée à l’université
En dehors de l’université, point de salut
Car au pays du Matin calme, en dehors de l’université, point de salut. Le confucianisme, qui a imprégné la Corée pendant des siècles, place le lettré au sommet de l’échelle sociale. Aujourd’hui plus que jamais, un diplôme est avant tout un statut. Les plus grandes entreprises n’embauchent que dans les meilleures universités. La compétition est donc féroce.
Tellement féroce que les parents ne font aucune confiance à l’enseignement obligatoire. « Je refuse de voir mes enfants être à la traîne », explique ainsi Mme Kim, mère de deux élèves à l’école primaire. Membres de la classe moyenne supérieure, elle et son mari ont déménagé, avant même d’avoir des enfants, dans un quartier réputé pour la qualité de ses écoles. Ils dépensent plus de 2 000 € par mois en cours particuliers et en hakwons. Mme Kim essaie d’aménager des plages de temps libre à ses enfants. Dans sa classe, sa fille est celle qui prend le moins de cours privés. « Ça l’inquiète beaucoup, elle a peur de prendre du retard sur ses copines. »
Huit jeunes Sud-Coréens sur dix entrent à l’université. C’est le taux le plus élevé du monde. La Corée se distingue aussi pour ses résultats aux tests Pisa, qui évaluent les performances éducatives des pays de l’OCDE. Les Sud-Coréens aiment à rappeler que c’est cette ferveur pour l’éducation qui est à l’origine du développement spectaculaire de leur pays ces dernières décennies.
Entre 40 et 50 % des lycéens envisageraient le suicide
Cependant, l’essor continu des hakwons depuis la fin des années 1990 pose un problème. Horaires démentiels, nuits réduites à quatre ou cinq heures, pression insoutenable… Entre 40 et 50 % des lycéens envisageraient le suicide, selon divers sondages. Selon une enquête menée par l’université Yonsei, les enfants coréens sont les moins heureux parmi les enfants des pays de l’OCDE. Autre effet pervers : les hakwons qui préparent le mieux aux examens d’entrée à la fac sont aussi les plus chers. Le système ne favorise pas l’égalité des chances.
Le gouvernement a réagi en mettant en place une série de mesures visant à limiter l’influence des instituts privés. Dans les lycées, des cours additionnels obligatoires ont été instaurés. Les hakwons de Séoul ont été obligés de fermer leurs portes après 10 heures le soir. En province, ils peuvent fermer plus tard. Devant la résistance des instituts – et des parents – qui continuent à défier le couvre-feu, les autorités ont dû promettre des récompenses à ceux qui dénonçaient les établissements hors la loi.
Mais les hakwons ne croient pas que ces efforts puissent améliorer le système éducatif. « Notre enseignement n’est pas comparable avec celui de l’école obligatoire, explique Michelle Kim, directrice de SLP, l’un des plus importants instituts, spécialisé dans les cours d’anglais pour les élèves du primaire. Les instituts privés dominent le marché des cours d’anglais. C’est pourquoi les parents continuent d’y amener leurs enfants, malgré la crise. »
Du côté de l’enseignement public, la résignation domine
Évaluations mensuelles des professeurs (qui quittent l’institut dès leur mariage ou leur grossesse), classes de niveau aux effectifs très réduits, contact permanent avec les parents : le système est efficace. Les 700 écoliers de SLP acquièrent vite un bon niveau d’anglais.
L’institut Jongno, à l’est de Séoul, prépare, lui, 250 lycéens à l’examen d’entrée à l’université. Ses classes comptent de 10 à 15 élèves, contre 35 dans le public. « Les élèves préfèrent venir ici. Les cours du lycée ne sont pas adaptés », déclare sa directrice.
Du côté de l’enseignement public, la résignation domine. « On perd tellement de temps en activités administratives ou extrascolaires, on n’a pas le temps d’améliorer la qualité de nos cours », regrette Mme Lee (1), enseignante d’un collège de la banlieue nord de Séoul.
Elle déplore la course aux résultats imposée par les hakwons et considère que son rôle consiste aussi à enseigner des valeurs, mais ne croit pas que la tendance éducative actuelle puisse changer.
Elle a choisi de scolariser ses deux enfants au Japon : « Là-bas, la situation est beaucoup plus facile pour les écoliers. » Elle n’est pas la seule. Les nombreux pères qui restent trimer en Corée pour pouvoir envoyer leurs enfants, souvent avec leur mère, étudier à l’étranger y ont même gagné un surnom, celui de « papas pingouins ».
Le gouvernement se contente de mesures superficielles
En 2006, près de 30 000 élèves, du primaire au lycée, se sont ainsi échappés du système scolaire coréen, essentiellement aux États-Unis et en Asie du Sud-Est. Un nombre record, que la crise économique a à peine réduit.
«Notre système éducatif n’est pas efficace, il est juste bon à préparer des examens ! », s’emporte Kim Kyeong-keun, professeur de sciences de l’éducation à l’Université de Corée. Pour lui, la politique gouvernementale de réforme du système éducatif se trompe de cible et se contente de mesures superficielles : « Il faut multiplier les mécanismes de mobilité sociale.
Tant que le diplôme universitaire sera le seul moyen d’ascension, les parents feront appel aux hakwons. » Kim Kyeong-keun s’inquiète aussi de l’attitude de ses étudiants : « Ils étudient tellement dur pour réussir qu’arrivés à l’université, ils sont épuisés. » Après des années de bachotage, les étudiants coréens se révèlent difficiles à motiver. Ils se relâchent, s’amusent enfin. Pressés sans doute de rattraper le retard d’une enfance sacrifiée.
(1) Le nom a été modifié.
Voir aussi:
Enfants d’enseignants, le délit d’initié
N.P.
Marianne 2
le 12 Août 2006
Dans le courant des années 80, le collège unique se met définitivement en place. La population du secondaire a changé; elle s’est massifiée.
Restent quelques classes peu ouvertes, où ne se côtoient que les meilleurs élèves. L’allemand première langue devient, par exemple, une option de sélection non officielle. Langue difficile, au poids culturel important, langue à déclinaisons qui nécessite une parfaite maîtrise de la grammaire française.
Dans ces classes, un chiffre intéressant: 80% d’enfants d’enseignants. Les profs qui sont, à l’époque, majoritairement favorables au collège unique et à l’hétérogénéité des classes ne vont pas jusqu’à l’imposer à leurs enfants! Maintenant que la filière est éventée, ce sont les classes européennes et le russe première langue qui drainent ces bataillons de nouveaux privilégiés. Dans un système scolaire de plus en plus complexe, où les diplômes de base, baccalauréat et licence, sont dévalorisés, tant par le nombre de titulaires et la baisse des exigences que par l’inadéquation avec les besoins économiques, la connaissance des arcanes du système est un bien précieux. Conséquence: 90% des enfants de profs atteignent le niveau bac, et leur nombre dans les grandes écoles ne cesse d’augmenter. En 2003, dans l’académie de Poiriers par exemple, 13,2% des élèves de classe préparatoire littéraire étaient enfants de profs… Autre statistique impressionnante: parmi les élèves entrés en sixième en 1989,76% des enfants d’enseignants mais seulement 21% des enfants d’ouvriers non qualifiés ont obtenu un diplôme du supérieur. Que les enseignants sachent comment fonctionne un système dans lequel ils sont plongés – comme les médecins connaissent les études de médecine et les avocats les exigences de l’école du barreau -, rien de choquant.
Qu’ils inculquent à leurs enfants la culture du travail et de la réussite par les études, aucun privilège là-dedans. Mais il y a privilège quand un système éducatif en grande partie modelé par les syndicats enseignants majoritaires devient de plus en plus inégalitaire et n’offre plus de chances qu’aux initiés.
Voir également:
Eric Le Boucher
Les Echos
21/05/10
Accrochez-vous à vos accoudoirs, voici un chiffre qui dit toute la vérité sur les mensonges de la France : à l’Ecole polytechnique, un élève sur deux a un parent prof. Oui : un sur deux ! Pour parvenir au sommet des sommets du système scolaire national, la crème de la crème de l’élite, pour intégrer les belles positions, assurées ensuite toute la vie durant, il faut être un enfant du système, avoir le « décodeur » que seuls les « insiders » possèdent : les professeurs.
Les X ne sont pas les enfants des dirigeants du CAC 40, détrompez-vous. Les riches ont compris depuis une décennie maintenant : ils envoient leurs enfants à la London School ou dans les universités américaines. Autrement dit, ils fuient un système qui exclut aussi leurs enfants, sauf les très rares qui ont 20 en maths. Ne réussissent statistiquement en France que les élèves accompagnés le soir par leurs parents, qui refont les cours, qui aident, qui connaissent les filières, qui trouvent des appuis internes. L’Education nationale française, celle de l’égalité républicaine, la sélection par le mérite, est devenue pire que la Chine : elle ne sert plus qu’à promouvoir les fils du Parti, le parti scolaire.
Un sur deux ! Proportion de la honte qui fait regarder autrement tous les discours sur « l’égalité des chances » dans ce pays. La captation du sommet par les membres du Parti s’accompagne d’un abandon par les mêmes des enfants du bas. Près de la moitié des élèves de fin de CM2 n’ont pas les capacités en lecture et calcul leur permettant d’accéder à l’autonomie. Parmi ces laissés-pour-compte, 15 % ont des difficultés lourdes de compréhension et d’expression.
Et tout empire. Selon les tests de lecture Pisa de l’OCDE, la France est passée du 12 e rang mondial en 2000 au 17 e rang en 2006. En mathématiques, fierté nationale et critère de sélection absolu, ce qui est valorisé pour les X est négligé pour les enfants « normaux » : la France enregistre la plus forte baisse de score de l’OCDE sur la période.
La Cour des comptes vient – enfin -de dénoncer ce naufrage. Les résultats de l’enseignement français sont très en deçà de ceux des autres pays, surtout en regard des moyens déployés, note la Cour, lesquels moyens n’ont cessé d’être accrus. La dépense par élève est nettement supérieure en France par rapport au Japon ou à la Finlande, par exemple, avec des résultats bien inférieurs. « Il ne s’agit pas d’un problème de moyens », a conclut Didier Migaud, le premier président de la Cour (qui est socialiste), pulvérisant tous les plaidoyers syndicaux.
Cet échec français n’était, hier, qu’une honte sociale bien cachée. Aujourd’hui, il est devenu le premier handicap économique du pays. Il faut bien comprendre le film : la France, comme les autres pays de l’Union, doit entrer dans une effroyable période de rigueur. Le gouvernement et l’opposition, réunis pour une fois, nous bourrent le mou à ce sujet : notre déficit est de 8 % du PIB, expliquent-ils, il est de 5,5 % en Allemagne (donneuse de leçons à tort), de 11 % en Espagne et en Grande-Bretagne, de 14 % en Irlande. Pour qui écoute vite et imagine qu’il s’agit de ses propres deniers : 8 % de déficit, ce n’est pas si grave. Sauf que la bonne statistique n’est pas celle-là, qui compare le déficit à la production nationale (1970 milliards), mais celle-ci : en 2010 l’Etat va avoir 267 milliards d’euros de recettes et il va dépenser 388 milliards, il dépense deux fois plus qu’il ne gagne. On mesure mieux l’effort à faire !
Donc, une austérité effroyable et longue. Il va falloir couper partout, chirurgie de guerre. Pour minorer l’effet récessif de cette brutale austérité, il faut d’urgence renforcer les moteurs de croissance. L’éducation est le plus sûr de ceux-là : les économistes Robert Barro et Jong-wha Lee, ont montré en passant en revue la scolarité de 146 pays de 1950 à 2010, que le rendement d’un bon système éducatif sur la croissance est très fort (voxeu.org).
Voilà ce que la France a à faire : couper les dépenses tout en rénovant de fond en comble le fonctionnement des agents publics, pour les rendre efficaces face aux nouveaux défis de la mondialisation. L’Etat providence doit faire cent fois mieux avec deux fois moins. Le premier et le plus important secteur à rebâtir est le système scolaire, qui peu à peu s’est mis à ne bien travailler que pour lui-même.
Voir enfin:
Le « délit d’initié » des professeurs
Natacha Polony
Eloge de la transmission
le 4 juin 2010
Tout le monde, désormais, connaît ces chiffres consternants : les enfants d’enseignants sont surreprésentés dans les grandes écoles, Normale sup et Polytechnique en tête. Dans un éditorial du magazine Enjeux-les Echos intitulé Le scolaire de la honte, Eric le Boucher, directeur de la rédaction et co-fondateur du site Slate.fr, dénonce le fait que la moitié des élèves de polytechnique ont au moins un de leurs parents enseignant. « Pour parvenir, écrit-il, au sommet des sommets du système scolaire national, la crème de la crème de l’élite, pour intégrer les belles positions, assurées ensuite toute la vie durant, il faut être un enfant du système, avoir le « décodeur » que seuls les « insiders » possèdent : les professeurs. » Le terme, qu’Eric le Boucher n’emploie pas, mais qui s’est répandu pour dénoncer le phénomène, est celui de « délit d’initiés ».
Et de fait, les statistiques sont d’une violence glaçante : un enfant d’enseignant a 92% de chances d’obtenir un baccalauréat, contre 37% pour un fils de chômeur et 51% pour un fils d’ouvrier non qualifié. Et si l’on parle du très convoité bac scientifique, les chiffres sont de 43% pour un enfant d’enseignant et 6% pour un enfant d’ouvrier non qualifié. Le gouffre est plus impressionnant encore en classe préparatoire (la multiplication des bourses et des classes préparatoires – dont beaucoup ne feront jamais entrer un seul de leurs élèves dans ces très grandes écoles – permettant de masquer l’échec en affichant des taux de boursiers alléchants). Oui, les enfants dont au moins un des parents est professeur ont plus de chances d’être de bons élèves, et les bons élèves ont plus de chances de réussir des concours anonymes fondés sur une haute culture générale. Mais le lecteur attentif aura d’emblée remarqué que cette formulation est déjà très différente de celle de l’éditorialiste suscité.
Qu’est-ce, en effet, qu’un « délit d’initié » ? Toute personne qui, disposant d’informations privilégiées à titre professionnel, les utilise de manière illicite c’est-à-dire réalise ou permet sciemment de réaliser sur le marché, directement ou par personne interposée, une ou plusieurs opérations avant que le public ait connaissance de ces informations, commet, selon la définition officielle, un « délit d’initié ». Le terme concerne donc, à l’origine, des opérations boursières, et rapporte au coupable un bénéfice d’ordre pécuniaire. On comprend donc la métaphore : les professeurs connaissent les arcanes d’un système complexe et peuvent donc faire accéder leurs enfants aux positions les plus éminentes. Mais que l’on permette à l’auteur de ces lignes d’émettre quelques doutes sur la validité de cette métaphore, et même d’affirmer que son caractère inopérant empêche d’identifier les cause du phénomène, et donc d’y remédier.
Bien sûr – et la violence des réactions à la précédent note de ce blog le laissent présager – d’aucuns diront qu’une agrégée, ancien professeur de lycée et actuel professeur en école de commerce et école d’ingénieur, fait partie de ces affreux privilégiés. Et je l’admets bien volontiers. Mais les lignes qui suivent, comme tout ce que j’écris, n’en sont que plus dignes de foi. Oui, je suis une bénéficiaire de ce système injuste. Oui, mon enfant a de fortes chances (sauf écueil du destin, dont il ne faut jamais se croire protégé) de faire une scolarité moins chaotique que la plupart des enfants de sa génération. Ce n’est pas pour lui que je me bats, mais pour tous ceux, justement, que ce système sacrifie. Une fois rappelée cette évidence, nous pouvons donc en passer à l’analyse de cette curieuse image.
Employer le terme de « délit d’initié », ou parler comme le fait Eric le Boucher des « insiders », de ceux qui ont le « décodeur », laisse penser que la réussite scolaire dépendrait, comme autrefois « l’entrée dans le monde » des aristocrates et des grands bourgeois, de « codes » mystérieux transmis dans les familles pour se distinguer de la masse. Pire encore, on suggère ainsi que les professeurs réserveraient à leurs propres enfants ces précieux sésames dont ils dissimuleraient l’existence à leurs élèves. Comment donc ? Il y aurait un secret à la réussite scolaire ? Et les professeurs le cachent ? Mais qu’on les fusille ! Et qu’on permette enfin à tous les enfants, fils d’ouvriers ou fils de PDG, d’intégrer Normale Sup et Polytechnique.
Ah, petite rectification. Les enfants d’ouvriers veulent bien intégrer ces prestigieuses écoles, mais les fils de PDG préfèrent un MBA aux Etats-Unis pour 30 000 dollars par an. C’est, de nos jours, un parcours plus coté pour qui veut devenir trader ou diriger une grande entreprise. Parce que le délit d’initié des professeurs concerne des filières qui ne préparent plus à devenir l’élite de la nation. Somme toute, un délit d’initié sans bénéfice. Ou celui, certes appréciable, de figurer parmi ces chercheurs inconnus qui hantent des laboratoires vétustes. Car le Normalien d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. A moins d’ajouter à son cursus une médaille un peu plus rutilante, il a peu de chances de se distinguer dans un monde où même les ministères prennent goût aux managers et aux communicants. L’X a plus de chances, mais il est supplanté par les avocats d’affaires et les spécialistes de ressources humaines. Les très grandes écoles françaises n’attirent plus que ceux qui croient encore aux vertus de la culture et de l’étude : les enfants de professeurs.
Et nous en arrivons à la révélation de ce secret essentiel pour la réussite scolaire. Lecteur de ce blog, sois bien attentif, car les lignes qui suivent contiennent des informations hautement confidentielles : pour réussir un parcours scolaire, et atteindre ces temples de l’élitisme que sont les grandes écoles, il faut lire, développer sa culture générale, sa connaissance de l’histoire et de la langue, sa logique et son esprit de déduction. Bref, il faut travailler. Et l’enfant dont les parents ont conscience que tout cela nécessite effort et concentration, qu’il faut soutenir dans cet élan un jeune sollicité par les écrans et les divertissements, aura plus de chance qu’aucun autre de ne pas bifurquer vers une voie plus attrayante, celle du bindge drinking ou celle du profit rapide.
Dénoncer le « délit d’initié » des enseignants, de la part de penseurs issus d’un milieu social favorisé, et dont les enfants ne sont donc pas enfermés dans des Zones d’Echec Programmé, c’est oublier que ces enseignants ne sont pas seuls responsables de l’échec actuel de l’école. Certes, on trouve beaucoup d’adeptes de pédagogies fort sympathiques, mais dont l’application fait des ravages en maternelle ou au CP. Certes, des parents dont l’enfant a mal appris a lire auront bien du mal à rattraper les dégâts, surtout si on ne leur donne aucune chance d’identifier les causes du problème. Mais tous les professeurs n’ont pas applaudi aux réformes qui ont conduit à un système inégalitaire, où les enfants de milieu défavorisé n’ont plus la moindre chance de sortir de leur condition. Bien des parents, et notamment parmi ces élites férues de nouvelles technologies, d’anglais et d’adaptation au « monde qui bouge », réclament toujours plus de réformes, toujours moins de culture classique et de vieilleries inutiles. Bien des parents, surtout, refusent qu’on impose à leurs enfants le moindre effort, la moindre contrainte. Les mêmes, parfois, stresseront inutilement leur progéniture à l’occasion d’un baccalauréat dont ils s’imaginent qu’il demeure aussi sélectif qu’il l’était à leur époque. Mais ils ne leur enseigneront pas la rigueur, le plaisir d’apprendre, le respect du professeur, et surtout, l’amour du savoir, cette certitude qu’un livre, une pensée, la connaissance d’un événement historique, nous transforment et nous font plus humains. Le fils d’ouvrier, travailleur et méritant, dans une classe où quelques gamins paumés interdisent toute concentration et toute progression, est floué par le système. Mais est-ce la faute des seuls enseignants?
D’aucuns estimeront que puisque ce qui permet de réussir à l’école est à ce point éloigné des préoccupations de notre beau monde moderne, il est grand temps de changer le système scolaire, pour que la réussite s’y mesure à d’autres critères (savoir-être, créativité, compétences… quel que soit le nom qu’on leur donne). Ceux-là achèveront de tuer l’école et priveront définitivement les fils d’ouvrier de ces savoirs auxquels ils ont droit. Les enfants d’une bourgeoisie festive et déculturée s’en sortiront en intégrant Sciences Po ou une toute autre école de Management par le Vide communicationnel. Les enfants d’enseignants seront toujours plus nombreux dans ces niches où le savoir est une valeur. Mais ces niches seront toujours plus confidentielles, et toujours plus déclassées. Un peu comme ces quelques monastères du Vème siècle où de rares moines copistes attendaient des jours meilleurs.

Je suis entrée à l’école primaire dans les années 50. Début des années 60 je rentre donc au collège et j’y apprends la latin que je garde dans mon cursus pendant 6 années scolaires (ah, la traduction de « La Guerre des Gaules » !). Avec comme seconde langue l’allemand qui était choisie par les meilleurs. Et l’apprentissage de ces deux langues forge un esprit autant que l’étude de la philosophie car il apprend à réfléchir et à raisonner. Même 45 ans plus tard, le latin me sert encore …..
A l’époque, on parlait « des forts en thème ». On dénommait ainsi les meilleurs de la classe. C’étaient ceux qui excellaient dans les traductions des textes du français en latin. Ils étaient aussi forts en maths.
Aujourd’hui je crois que le latin a quasiment disparu du cursus. Quant au grec n’en parlons pas.
L’école s’est tellement « démocratisée » qu’au lieu de remonter le niveau général elle a abaissé son niveau vers la médiocrité.
Vu le niveau des études supérieures en France, je n’ai pas poussé mes enfants vers cette voie : au contact rapide avec la dure réalité du monde du travail, ils s’en sortent bien mieux que les sur-diplômés, à tous les niveaux. Financier et réalisation de soi-même.
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