Islamophobie: Les temps sont durs pour les musulmans en Occident (These are uneasy times for the West’s Muslims)

19 mai, 2010
Muslim Protests London 5C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Le journaliste Alain Gresh, ainsi que les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed notent entre autres une utilisation de l’expression « délire islamophobe » dès 1925 en France7. Le terme « islamophobie » était même apparu dès 1910 dans l’ouvrage d’Alain Quellien La politique musulmane dans l’Afrique Occidentale Française, ainsi que dans d’autres publications de la même époque, comme l’ouvrage de Maurice Delafosse Haut-Sénégal-Niger publié en 1912. Mais son usage se répandit dans le langage commun essentiellement à partir des attentats du 11 septembre 2001, qui, revendiqués par des musulmans affirmant agir au nom de l’islam, provoquèrent des actes de rétorsion envers des musulmans dans plusieurs pays, principalement occidentaux. Wikipedia
Les croisades et l’invasion de l’Europe par les Turcs avaient déjà engendré une suspicion permanente entre le monde de l’islam et l’Occident. Ensuite, le colonialisme qui, sous le visage du christianisme, s’est imposé à l’Orient a aggravé le malentendu. J’insiste sur ce terme de malentendu car la vraie nature de l’islam et de l’Orient, comme celle de l’Occident et du christianisme n’ont rien d’antagoniste. Dans le passé ils ont beaucoup appris l’un de l’autre. Les guerres étaient économiques et politiques, mais comme les guerriers se réclamaient de l’islam et du christianisme, le conflit s’est étendu aux religions. Le 11-Septembre a tout précipité. Et ce pour deux raisons. D’abord, les terroristes qui ont mis en danger la vie d’innocents ont commis leur crime au nom de l’islam, dénaturant une religion qui prône miséricorde et compassion. Ensuite, ceux qui poursuivent des politiques bellicistes ont pris prétexte de ces crimes pour attiser une sorte d’islamophobie en Occident, justifiant leurs visées expansionnistes. Mohammad Khatami (le Monde, 28.09.06)
L’islamophobie (…) réfère à une hostilité non fondée et à la peur envers l’islam, et en conséquence la peur et l’aversion envers tous les musulmans ou la majorité d’entre eux. Il se réfère également aux conséquences pratiques de cette hostilité en termes de discrimination, préjugés et traitement inégal dont sont victimes les musulmans (individus et communautés) et leur exclusion des sphères politiques et sociales importantes. Ce terme a été inventé pour répondre à une nouvelle réalité: la discrimination croissante contre les musulmans qui s’est développée ces dernières années. Doudou Diène (rapporteur spécial des Nations unies, 2007)
Une explication un moment à la mode de la judéophobie ( de l’  » antisémitisme  » ) a été que les antisémites appartenaient à un type caractérologique défini comme  » personnalité autoritaire « . On supposait en même temps implicitement que les Juifs eux-mêmes ne pouvaient être des  » personnalités autoritaires « . Si sophistiquées que puissent être les théories en question, elles reposent sur la même base sentimentale, la même perception diffuse, la même sensibilité dont on comprend fort bien qu’elle soit exacerbée. Les Juifs, dénoncés pendant longtemps comme une vermine malfaisante par nature, massacrés par millions, ne peuvent souffrir qu’on vienne reprocher à certains d’entre eux quelque chose. Les judéophiles, émus par leurs souffrances, se sentant collectivement coupables d’y avoir contribué (au moins par la passivité massive des groupes auxquels ils appartenaient en Europe), ne peuvent supporter des critiques à ce peuple qui a beaucoup souffert. Derrière chaque critique, ils subodorent (et parfois à juste titre) les relents des judéophobies d’autrefois ou les germes de judéophobies nouvelles. Il serait rationnel d’examiner chaque critique pour sa valeur propre et de refuser toute généralisation essentialiste de type judéophobe. Mais c’est bien là qu’apparemment une attitude dont l’humanité dans sa masse est incapable. Au mythe de la culpabilité totale, elle ne sait opposer que le mythe de l’innocence totale. Il est tout à fait nécessaire de remarquer que le même processus, très exactement, se fait jour chez les Arabes, les Palestiniens, les arabophiles et palestinophiles (entre autres). Non pas chez tous assurément (et certainement pas chez Waël Zu’ayter), mais chez beaucoup. Les souffrances des Palestiniens, la culpabilité à cet égard de Juifs sionistes ont entraîné certains à ne plus supporter qu’on parle des fautes, erreurs, crimes de certains Palestiniens ou Arabes non plus que des souffrances juives. Celles-ci, difficiles à mettre en doute absolument, ont été minimisées au maximum. De façon ridicule et odieuse, on discute le nombre de Juifs assassinés. On le réduit d’un million, de deux millions, de quelques millions! Comme si cette arithmétique macabre excusait l’énormité du crime ! Maxime Rodinson
Premier argument contre son emploi : il reviendrait à interdire toute critique de l’islam comme religion. Pourtant, quand la presse ou des intellectuels dénoncent la  » judéophobie « , personne ne pense qu’il s’agit ainsi d’un refus de la critique de la religion juive ; en revanche, pour certains, il définit mieux que l’antisémitisme certaines formes nouvelles de haine des juifs. S’il est vrai que certaines musulmans peuvent brandir l’islamophobie pour bannir toute critique de l’islam, cela ne doit pas nous décourager : la judéophobie ou l’antisémitisme est aussi utilisé par certains pour interdire toute critique de la politique israélienne. Faut-il bannir l’usage de ces mots pour autant ? (…) Il faut revenir un moment sur les origines du mot islamophobie. Une recherche sur la base du Monde indique que ce quotidien a utilisé deux fois le terme entre le 1er janvier 1987 et le 10 septembre 2001, l’une en 1994, l’autre en février 2001. Soheib Bencheikh, souvent présenté comme le porte-parole d’un islam libéral, l’utilise comme titre de chapitre dans Marianne et le Prophète ; il écrit que l’islam suscite en France  » un sentiment de rejet quasi unanime, implicite dans les discours, et assez catégorique dans l’imaginaire collectif des Français.  » Si on consulte la base du Monde diplomatique avant 11 septembre 2001, le terme est utilisé deux fois : l’une dans un reportage sur Marseille (juillet 1997), qui reprend des citations de Soheib Bencheikh et l’autre par Tariq Ramadan (avril 1998), qui cite l’étude commandée en Grande-Bretagne par le Runnymede Trust en 1997, dirigée par le professeur Gordon Conway, Islamophobia : Fact Not Fiction, octobre 1997. Quant à l’affirmation de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, dans Tirs Croisés, selon lesquels le mot aurait été inventé par les mollahs pour contrer les critiques du régime iranien, elle ne repose sur aucune source précise ; et leur livre est tellement approximatif dans ses références et citations, qu’on ne saurait prendre leur affirmation pour argent comptant – d’ailleurs on trouve le terme déjà utilisé dans un texte de 1925, leurs auteurs parlant d’un  » accès de délire islamophobe « . Quoiqu’il en soit, le terme  » islampohobie « , utilisé très ponctuellement jusqu’au 11 septembre 2001, est devenu d’usage courant, non seulement en France mais aussi aux Etats-Unis et dans tous les pays européens. Il semble donc répondre à une conjoncture nouvelle. (…) C’est ce nouveau masque du vieux fond de racisme anti-arabe et anti-Maghrébin conjugué avec l’idée d’une  » menace  » internationale que le terme  » islamophobie  » recouvre. Dans un texte qui critique son usage , la Licra affirme :  » Il n’est pas sûr, voire peu probable, qu’il y ait un rejet [en France] de l’islam, mais plutôt un rejet des pratiques intégristes (…) L’acceptation des Musulmans et du culte musulman progresse de façon nette « . Mais on peut en dire autant du judaïsme : tous les sondages le montrent, la judéophobie est en recul dans l’opinion. Faut-il pour autant renoncer à prendre en compte les actes, très réels, d’hostilité aux juifs, même s’ils ne sont que l’expression d’une minorité ? Pour les musulmans, le rejet, même en recul, reste beaucoup plus large. L’article de la Licra lui-même reconnaît que, sur l’islam, selon un sondage de l’Ifop fait au lendemain du 11 septembre 2001, les adjectifs à connotation négative  » restent majoritaires « , même s’ils sont  » souvent moins choisis  » qu’il y a dix ans. Et des expressions d’hostilité à l’islam s’expriment plus librement dans les médias, mais aussi dans la rue, par de nombreuses agressions. Il est significatif qu’après tout le débat sur le foulard à l’école, les cas rapportés de musulmans agressés ou discriminés pour raison de leur religion se soient multipliés. Il est évident qu’il y a un recoupement entre racisme anti-Maghrébin et islamophobie, sans doute renforcé par la visibilité d’une partie de la jeune génération, qui s’affirme  » musulmane  » sur la scène publique et ne rase plus les murs. Il se développe ainsi un nouveau racisme anti-Arabe, porté par une partie des intellectuels et des médias, qui se camoufle sous le drapeau de la lutte contre l’islam. Sans parler de la jonction entre une partie de la droite extrême et de l’extrême droite juive, qui s’est opérée sur le terrain de la haine des musulmans, comme en témoigne l’itinéraire d’un Alexandre Del Valle ou les sites Internet dénoncés par un rapport du MRAP.(…) En conclusion, et pour éviter toute ambiguïté, je voudrais reprendre une réflexion de Maxime Rodinson sur la manière dont un groupe donné perçoit l’hostilité de la société. Cette hostilité, dit-il, aussi réelle soit-elle, suscite dans le groupe visé  » une hypersensibilité aux critiques, aux attaques et des fantasmes interprétatifs qui décèlent des agressions, des manifestations d’hostilité, même là où il n’y en a pas, dans des attitudes, des paroles, des gestes indifférents. Cette orientation de la perception aboutit même assez souvent à l’élaboration d’un mythe, à la supposition d’une hostilité mythique. Cette mythification de l’hostilité ressentie est souvent utilisée, plus ou moins consciemment, par les cadres dirigeants du groupe visé dans des buts réalistes, stratégiques et tactiques. Ils élaborent une idéologie d’intouchabilité, favorablement accueillie par la communauté, le groupe qu’ils guident, car elle légitime ses réactions spontanées, elle en fait pratiquement un groupe tabou .  » A cette logique, n’échappent pas les  » musulmans  » et il est évident que l’on ne doit pas céder à la tentation d’en faire  » un groupe à part « , un groupe – ou plutôt des groupes, tant est grande leur diversité – au-dessus de la critique. Mais ce n’est vraiment pas le risque que nous courons aujourd’hui. Alain Gresh
L’équation fondamentale qui sous-tend ce soupçon est celle-ci : ‘Islam = non intégration + violence + antisémitisme + oppression de la femme. Laurent Mucchielli
On assiste à l’émergence d’une ‘nouvelle islamophobie’, rejet spécifique de l’Islam et de ses valeurs, distinct du ressentiment anti-immigrés, masqué sous les dehors d’une défense de la laïcité et des valeurs républicaines. Dans les deux cas c’est le contexte international qui viendrait altérer les perceptions des groupes en cause, avec l’amalgame entre musulmans, ‘islamisme’ radical et terrorisme d’un côté et entre juifs, Israéliens et ‘sionisme’ de l’autre. Dans les deux cas, c’est l’autonomie de ces attitudes par rapport aux préjugés anciens, à fondements religieux, racial ou nationaliste, qui est postulée. Enfin tant le profil des judéophobes que des ‘islamophobes’ trancherait par rapport à celui des racistes ordinaires. Ces derniers sont socialement et culturellement défavorisés et plus nombreux à droite et à l’extrême droite. Ces nouveaux préjugés se développeraient au contraire dans les milieux intellectuels et cultivés, et dans les cercles de la gauche et de l’extrême gauche, parfois au nom même des valeurs laïques et antiracistes qu’ils défendent. Vincent Geisser
Le vote de la loi Stasi interdisant le port de signes religieux à l’école, loi souvent perçue comme ‘islamophobe’, a provoqué un débat plus large sur la place de l’Islam et l’intégration des musulmans dans la société française. Le débat s’est nourri de l’actualité internationale, avec en Irak la prise en otage des deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbruneau durant l’été, et la solidarité manifestée par les musulmans de France à cette occasion, les attentats du 11 septembre à Madrid, l’assassinat du cinéaste Théo Van Gogh aux Pays-Bas par un fanatique musulman. Nona Meyer et Guy Michelat (Cevipof)
Ce mot a une histoire, qu’il vaut mieux connaître avant de l’utiliser à la légère. Il a pour la première fois été utilisé en 1979, par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de « mauvaises musulmanes » en les accusant d’être « islamophobes ». Il a été réactivité au lendemain de l’affaire Rushdie, par des associations islamistes londoniennes comme Al Muhajiroun ou la Islamic Human Rights Commission dont les statuts prévoient de « recueillir les informations sur les abus des droits de Dieu ». De fait, la lutte contre l’islamophobie rentre bien dans cette catégorie puisqu’elle englobe tous les atteintes à la morale intégriste (homosexualité, adultère, blasphème etc). Les premières victimes de l’islamophobie sont à leurs yeux les Talibans, tandis que les « islamophobes » les plus souvent cités par ces groupes s’appellent Salman Rushdie ou Taslima Nasreen ! En réalité, loin de désigner un quelconque racisme, le mot islamophobie est clairement pensé pour disqualifier ceux qui résistent aux intégristes : à commencer par les féministes et les musulmans libéraux. Caroline Fourest et Fiammetta Venner (2003)
La requalification, par des chercheurs et des fonctionnaires onusiens, du racisme et de la xénophobie en « islamophobie » permet de ramener la question du racisme à une dimension étroitement religieuse, obligeant la victime à s’identifier elle-même prioritairement comme musulmane pour faire entendre sa voix citoyenne. Cette perspective induit inévitablement une visibilité de l’appartenance religieuse dans l’espace public où s’exprimeraient les discriminations et violences anti-musulmanes, cela autorise alors à cibler les pays laïcs cherchant à pacifier le « vivre-ensemble » en rendant leur espace public neutre en matière de religion. Barabara Lefèbvre

Victime des banques arrêté pour avoir voulu exercé, par voiture piégée interposée, son droit de réponse contre une chaine de télévision de Times Square ayant insulté le Prophète …

Père de famille nantais inquiété pour ses maitresses …

Femme en voile intégral trainée en justice pour avoir vengé son honneur bafoué dans un commerce de la région nantaise …

Réalisateur menacé pour avoir tenté de rétablir la vérité historique …

Activiste grossièrement diffamé, dans son éthique professionnelle et à la veille de son procès, par un film présenté à Cannes …

Militants molestés pour avoir tenté de corriger aux cris d’Allah akbar un dessinateur qui avait insulté leur religion …

Membres d’un mouvement pro-palestinien empêchés de défendre leurs idées par les forces de l’ordre …

Résidents privés bientôt peut-être d’apéros géants du vendredi matin dans les rues du 18e arrondissement de Paris …

Iraniens expulsés pour avoir puni comme il se doit un ancien premier ministre du Shah ou pour simple shopping nucléaire …

Joueuses de football iraniennes interdites de hijab intégral pour les premiers Jeux Olympiques de la Jeunesse de Singapour d’août prochain …

Star de l’équipe de France honteusement conspué pour un mariage de quelques heures avec une call girl qui avait dépassé 17 ans …

Jeune collégien interpellé pour « jeux interdits » dans un cimetière …

Jeune fille poursuivie pour avoir manifesté un peu vigoureusement sa désapprobation suite au refus d’une conductrice de bus de la déposer là où elle voulait descendre …

Champions d’Europe privés de Coupe du monde pour cause de « caractère difficile, égo sur-dimensionné, absence de respect des autres et des coutumes en vigueur au sein de l’équipe de France » …

Lauréate du concours de beauté Miss America montrée du doigt
pour une vieille vidéo de dance à la barre et une grande famille de héros nationaux

Porteuses de voile intégral enceintes soupçonnées
de priver leurs futurs bébés de vitamine D …

Les temps sont durs, on le voit en ce jour où un projet d’interdiction du voile intégral est présenté en Conseil des ministres pendant que nos amis grecs se remémorent l’autre génocide turc, pour les musulmans européens et occidentaux …

Et bien peu immaculée la conception d’un terme comme celui d’ « islamophobie » …

Véritable et si commode machine de guerre (idéologique) concoctée, probablement sur le modèle de l’antisémitisme (comme une sorte de « contre-sionisme« ), par les Iraniens et leurs pantins onusiens (comme le Sénégalais Diène) au lendemain du 11/9 puis plus tard relayée par leurs idiots utiles en France (Gresh, Geisser, Delthombe, Ramadan, MRAP, etc.)  …

Pour tenter de faire condamner par la loi au niveau international toute critique de l’islam en ramenant systématiquement celle-ci à une question de racisme …

Montée des sentiments anti-islamiques suite aux restrictions sur le voile
Edward Cody
The Washington Post
15 mai 2010
traduit par Bivouac

Depuis qu’elle a commencé à porter le voile intégral il y a 6 semaines, nous dit Selma, les gens la fixent, froncent les sourcil ou marmonnent sur son passage, elle se fait traiter de fantôme, et un policier l’a forcée à soulever son voile pour montrer son visage.

«En Belgique, il est interdit d’afficher et de pousser ses convictions religieuses jusqu’à leur aboutissement logique», ajoute-elle. Cette jeune bruxelloise de 22 ans a demandé que son nom ne soit pas révélé pour éviter des problèmes à sa famille.

Les temps sont malaisés pour les 15 millions de musulmans d’Europe de l’Ouest, non seulement pour les fondamentalistes comme Selma, mais aussi pour la grande majorité de ceux qui veulent trouver leur place en tant que musulmans sans entrer en conflit avec les traditions séculaires et les traditions chrétiennes du continent qu’ils ont adopté pour y élire domicile.

En réponse à une vague de ressentiment qui traverse les sociétés européennes, plusieurs gouvernements ont commencé à légiférer et à imposer des restrictions sur la plus visible des pratiques islamiques : le voile intégral.

Sorti des lambris des parlements et des ministères, les sentiments anti-islamiques [en Europe] remontent à la surface en une déferlante d’insultes sur Internet ou d’attaques contre les symboles musulmans.

En Belgique, la Chambre des représentant a voté le 29 avril une interdiction du voile intégral en public, une décision qui en fait le premier pays d’Europe Occidentale à prendre une telle mesure. Certaines municipalités, dont Bruxelles, ont adopté des réglementations anti-voile au niveau local. Les législateurs expliquent qu’ils ont voulu envoyer un signal aux fondamentalistes musulmans, et préserver la dignité et le droit des femmes.

En France, reprenant les mêmes arguments, l’Assemblée Nationale a voté à une large majorité un texte déclarant le voile intégral “contraire aux valeurs de la république“. Les députés considèrent la décision comme un premier pas vers une loi similaire à celle votée en Belgique. Le gouvernement conservateur de Nicolas Sarkozy a déclaré son intention de faire voter une loi interdisant le voile, malgré l’avis contraire de la Cour Constitutionnelle française, qui juge une telle décision anticonstitutionnelle et contraire à la règlementation sur les droits de l’homme.

En France, pays où les musulmans sont estimés à 5 millions de personnes (la plus large communauté d’Europe), la population a apporté un large soutien à cette volonté affichée du gouvernement Sarkozy. De récents sondages indiquent que deux tiers des personnes interrogées sont en faveur d’une interdiction partielle ou totale du voile intégral.

Des propositions de loi identiques ont été déposées aux Pays-Bas et en Italie, bien que l’adoption de ces textes soit plus incertaine. Dans ces deux pays, plusieurs villes ont imposé des interdictions locales. Une immigrant tunisienne a ainsi récemment reçu une amende de 500 euros à Novara, dans le nord de l’Italie, pour avoir circulé dans la rue le visage couvert.

En Suisse, où la construction de minarets est interdite depuis novembre dernier, la ministre de la justice a déclaré que le gouvernement avait l’intention d’user des mêmes méthodes pour interdire le voile intégral.

Pour Isabel Soumaya [photo ci-contre], vice-présidente de l’Association des Musulmans de Belgique, seules quelques douzaines de femmes sur les 600.000 musulmans du pays, portent le voile intégral.

Convertie à l’islam il y a 20 ans, Soumaya porte un voile qui lui couvre les cheveux, mais pas de voile intégral. «En désignant du doigt ces femmes», déclare-t-elle, le législateur belge «exploite les peurs de l’électorat». «C‘est du racisme, et une forme d’islamophobie. Les tensions se font plus vives, déclare-t-elle, car les immigrés d’Afrique du Nord, venues dans les années 60 et 70, ont maintenant des enfants et des petits enfants qui ont grandi ici».

«Et, ajoute-elle, la 2e et la 3e génération de musulmans, n’ont pas l’intention de retourner en Afrique du nord et ne ressentent plus le besoin de baisser la tête comme leurs prédécesseurs».

(source) Traduit par Jeannot pour Bivouac-ID.

Voir aussi

L’Europe foyer du racisme anti islamique ?
Barbara Lefèbvre
Le Meilleur des mondes
Septembre 2007

Le 14 septembre dernier, aux palais des Nations Unies à Genève, Doudou Diène a présenté au Conseil des droits de l’Homme son dernier rapport, publié le 21 août dans la perspective de cette 6ème session du CDH. Une fois encore, l’attention du Rapporteur spécial s’est fixée sur « l’islamophobie » décrite comme la forme de racisme ayant le plus progressé « depuis les évènements du 11 septembre ». Aux fins d’objectivité, il n’ignore pas les autres formes de racisme puisqu’il précise en introduction qu’il « n’établit aucune hiérarchie dans la discrimination qui vise les différentes religions » ; il évoque l’antisémitisme et la « christianophobie », non sans ambiguïté. Néanmoins, en étudiant ce texte, on relève que selon Doudou Diène c’est l’Islam et les musulmans qui sont aujourd’hui les principales victimes du racisme dans le monde, ou plus exactement dans la sphère occidentale. Sur les 48 paragraphes consacrés aux « formes de discrimination des religions », 21 concernent ce qu’il nomme « l’islamophobie », 7 à l’antisémitisme, 5 à la « christianophobie » et 6 pour « les autres formes de discriminations religieuses » (hindouisme, bouddhisme, syncrétismes etc.)

Le plus frappant reste la localisation du phénomène « islamophobie ». Comme dans tous les précédents rapports rédigés par M. Diène depuis 2002, celui de la 6ème session cible les démocraties occidentales, singulièrement l’Europe qui apparaît comme le foyer du racisme anti-islamique. On trouvera dans la réception du rapport par l’Assemblée du CHD un indice de son objectivité : un concert de félicitations chaleureuses et de surenchères d’exemples accusant l’Occident, venues de « démocraties » où le racisme n’existe pas telles que l’Iran, l’Algérie, la Syrie, le Soudan, rejointes par des nations membres du groupe des Non Alignés. Seuls la Belgique et les Pays-Bas ont critiqué ouvertement le rapport, la France, plus timide, s’est contentée d’une clarification sur les points du rapport la concernant.

Doudou Diène reprend dans le rapport d’août 2007, l’essentiel de ce qu’il écrivait déjà en 2003 et les années suivantes. Son constat demeure inchangé et se résume ainsi : après les attentats du 11 septembre 2001, une vague d’islamophobie a submergé le monde occidental où l’on assimile désormais islam et terrorisme, musulman et auteur potentiel d’attentat. La profondeur de cette « islamophobie » est telle qu’au fil des ans ce racisme a gagné les classes politiques, intellectuelles et médiatiques des démocraties occidentales conduisant à la stigmatisation et à la discrimination institutionnalisées des minorités musulmanes. Son constat est partagé par l’ensemble des pays membres du NAM (Mouvement des Non Alignés), soit 69% des membres de l’ONU, et de l’OIC (Conférence des Organisations islamiques)(1).

Qu’est-ce que « l’islamophobie » selon le Rapporteur spécial ?

Comme le rappelle Malka Marcovich, le concept d’islamophobie a fait son apparition dès le lendemain des attentats du 11 septembre, par la voix du président iranien Khatami qui voyait dans le 11/09 le début d’un courant anti-musulman conduit par l’Occident. La guerre contre le terrorisme est alors devenue l’argument récurent pour expliquer le racisme anti-musulman occidental. Les gouvernements occidentaux profiteraient du contexte international pour réprimer leurs minorités musulmanes.

Le prédécesseur de Doudou Diène, Maurice Glélé-Ahanzo l’affirme déjà dans son rapport de mars 2002, tout comme le Rapporteur spécial contre le terrorisme, Martin Sheinin, en octobre 2006. En 2004, M. Diène proposait à la CDH une définition qu’il réitère cette année : « Ce terme réfère à une hostilité non fondée et à la peur envers l’Islam, et en conséquence la peur et l’aversion envers tous les musulmans ou la majorité d’entre eux. Il se réfère également aux conséquences pratiques de cette hostilité en termes de discrimination, préjugés et traitement inégal dont sont victimes les musulmans (individus et communautés) et leur exclusion des sphères politiques et sociales importantes. Ce terme a été inventé pour répondre à une nouvelle réalité: la discrimination croissante contre les musulmans qui s’est développée ces dernières années ».

Nier l’existence d’un racisme à l’égard des individus de culture musulmane serait faux, mais ce qui pose problème dans cette définition c’est l’essentialisation opérée par le qualificatif « musulmans ». Cela induit en effet que chaque individu s’identifie lui-même et est identifié par la collectivité en fonction de son appartenance religieuse. Comment M. Diène peut-il caractériser certaines discriminations comme relevant de l’islamophobie et non du racisme au faciès le plus courant ? Parce qu’il semble que pour le Rapporteur spécial, la religion est l’identifiant primordial d’un individu. Ainsi, pour désigner les victimes du racisme, le mot « citoyen » n’apparaît nulle part dans son rapport. Cela est révélateur de l’inquiétante focalisation du CDH sur la dimension religieuse de tous problèmes politiques, économiques ou sociaux. Cette attention est le résultat pour partie de l’action des pays membres de l’OIC ayant entamé, depuis 2001, un efficace lobbying pour voir « la diffamation des religions » (entendre l’islam) définie comme un racisme.

En France, le terme « islamophobie » a été popularisé fin 2003 par Vincent Geisser dans un ouvrage intitulé La nouvelle islamophobie, se voulant une réponse à l’étude de Pierre-André Taguieff sur les nouvelles formes de l’antisémitisme, La nouvelle judéophobie publiée en 2002. Cette mise en regard n’est pas un hasard et se retrouve dans les assemblées onusiennes de Genève comme dans les rapports de M. Diène. Par le parallèle entre antisémitisme et « islamophobie » est établie, en creux, une concurrence visant à valoriser l’importance du second phénomène. La hiérarchisation entre les racismes est donc pratiquée par le Rapporteur spécial bien qu’il s’en défende. En minimisant la portée et la réalité des nouveaux visages de l’antisémitisme, M. Diène, à l’instar de l’OIC, espère porter davantage l’attention de l’opinion sur ce qui est tenu, désormais, au CDH, pour la véritable mutation contemporaine du racisme : « l’islamophobie ». Souvent, cela conduit à dévoyer et instrumentaliser la définition de l’antisémitisme pour l’appliquer à la rhétorique raciste anti-islamique. Ainsi, à l’ONU, des pays comme la Syrie, l’Egypte ou l’Algérie énoncent régulièrement que « les Arabes » sont, autant que les Juifs, victimes de l’antisémitisme puisqu’ils sont « des Sémites ». On ne reprendra pas ici le non-sens de l’analogie. Rappelons simplement que le mot « antisémitisme » fut inventé en Europe à la fin du 19ème siècle, époque où la terminologie racialiste est omniprésente pour caractériser les groupes humains. Mais le sens du mot se limite au racisme anti-juif tel qu’il est apparu à l’époque contemporaine, mêlant les caractères de l’anti-judaïsme religieux à des considérations politiques (les Juifs comme peuple et non comme religion) décrivant les Juifs comme un peuple perverti, cosmopolite, comploteur et oppresseur par excellence.

La requalification, par des chercheurs et des fonctionnaires onusiens, du racisme et de la xénophobie en « islamophobie » permet de ramener la question du racisme à une dimension étroitement religieuse, obligeant la victime à s’identifier elle-même prioritairement comme musulmane pour faire entendre sa voix citoyenne. Cette perspective induit inévitablement une visibilité de l’appartenance religieuse dans l’espace public où s’exprimeraient les discriminations et violences anti-musulmanes, cela autorise alors à cibler les pays laïcs cherchant à pacifier le « vivre-ensemble » en rendant leur espace public neutre en matière de religion.
Qu’entend le Rapporteur spécial par « diffamation des religions » ?

La première partie du rapport est consacrée au « contexte politique et idéologique actuel » dont M. Diène nous indique qu’il est marqué par « une tendance croissante » à la « diffamation des religions ». Rien de nouveau, ces précédents rapports relevaient déjà ce point, en écho aux demandes de résolution présentées à plusieurs reprises par l’OIC depuis 2003 visant à « lutter contre la diffamation des religions ». Celles-ci ont abouti à la suite de l’affaire des caricatures fin 2005 qui a constitué pour le CDH l’illustration de « l’islamophobie » occidental contre laquelle il fallait concentrer l’action onusienne toute affaire cessante (le Soudan, le Tibet, Cuba, la Tchétchénie, etc.)

En mars 2007, lors de la 4ème session du CDH, une résolution présentée par le Pakistan au nom de l’OIC est adoptée(2). Elle rappelle la « profonde préoccupation face à la montée de la discrimination à l’égard des musulmans » exprimé par la Conférence islamique de décembre 2005 (on relèvera l’indétermination, notamment géographique, de cette « montée »). L’affiliation de l’islam « avec le terrorisme, la violence et les violations des droits de l’homme » est dénoncée comme caractéristique de ces attaques. Cette résolution commandait également au Rapporteur spécial, M. Doudou Diène, de se pencher sur « toutes les manifestations de la diffamation des religions et en particulier sur les incidences graves de l’islamophobie sur l’exercice de tous les droits ».

Dans son rapport, M. Diène décrit le contexte prévalant à cette « diffamation des religions » qui, au fil des pages, se transforme en « discrimination religieuse ». Il y stigmatise les démocraties occidentales où « la banalisation du racisme et de la xénophobie par leur instrumentalisation politique et électorale » a conduit les partis, les médias et finalement les opinions publiques à se rallier aux arguments des « promoteurs d’idées nationalistes et d’extrême-droite » ; les « partis démocratiques traditionnels » étant selon M. Diène « de plus en plus nombreux » à cibler « les minorités ethniques et religieuses, et les immigrés et réfugiés en particulier ». Ainsi, se dessine l’image de pays occidentaux n’ayant plus de démocratique que le titre tant ils apparaissent gangrenés par le racisme véhiculé par « le concept manichéen d’un choc des civilisations et des religions ». Ce concept est, d’après le Rapporteur spécial, totalement intégré au « mode de pensée et à la rhétorique des élites politiques, intellectuelles et médiatiques ».

Doudou Diène, passant de la diffamation à la « discrimination religieuse », considère qu’elles relèvent toutes deux d’une « violence idéologique encouragée par des élites », le « rôle légitimant de la violence intellectuelle » banaliserait alors le racisme anti-religieux et favoriserait le passage à l’acte : « agressions contre les adeptes d’une religion ou attaques contre leur lieu de culte et de culture et, de plus en plus leur utilisation de signes religieux ».

Selon le Rapporteur spécial, la « diffamation des religions » joue donc un rôle éminent « dans la légitimation des discours discriminatoires et racistes » qui semblent être la prérogative des démocraties occidentales. De ce fait, l’équation « diffamation des religions = racisme » est admise par les institutions onusiennes, étant entendu que le sens du mot « diffamation » n’est jamais éclairci. Il semble que le terme s’étende au-delà du sens originel (porter atteinte à l’honneur, à la réputation de quelqu’un) pour qualifier toutes les formes de critiques politiques ou philosophiques d’une religion. Les écrivains, journalistes, essayistes qui émettent, en particulier, des critiques sur l’instrumentalisation politique d’une religion à des fins de haine et de terreur doivent être mis à l’index puisqu’en vertu de cette nouvelle norme internationale, ils portent atteinte « à l’honneur de l’ensemble d’une communauté religieuse ». L’Inquisition, version ONU-Genève 2007 !

Les combats démocratiques qui furent menés pour la liberté de critiquer les dérives du pouvoir religieux, notamment en Europe, au cours des siècles passés, que des hommes et des femmes mènent encore au péril de leur vie dans de nombreux pays, sont battus en brèche par le CDH onusien sous la pression d’une majorité de membres y instrumentalisant le droit international pour y voir valider leur vision sociale et politique d’un autre âge.

Ce qui est extrêmement inquiétant, c’est la régulière mise en accusation de la liberté d’expression par le Rapporteur spécial, rejoignant ici la Rapporteure spécial sur la tolérance religieuse, Asma Jahangir et le Rapporteur spécial sur la liberté d’expression, Ambeyi Ligabo. Tous deux observent, en Occident, une « instrumentalisation croissante de la liberté d’expression » visant à diffamer l’islam et les musulmans et à rendre acceptables les discriminations et agressions à leur encontre. Au sein du CDH, dans la perspective ouverte par le lobbying de l’OIC, l’objectif de ces émissaires est de contraindre les pays démocratiques à limiter la liberté d’expression en terme de critique des religions, en l’occurrence l’islam. Pour cela, dès son introduction, Doudou Diène « appelle tous les acteurs concernés à s’interroger sur la complémentarité entre la liberté d’expression et la liberté de religion et sur l’équilibre à préserver entre ces deux droits ». La formulation est habilement jargonneuse mais illustre la confusion, entretenue et volontaire, entre le droit à la critique d’une religion et le droit de culte. Dans quel pays d’Europe, M. Diène a-t-il constaté des législations interdisant à des fidèles de pratiquer individuellement et collectivement leur culte ? Les quelques débats municipaux qu’il évoquent relatifs à l’érection de minaret n’ont pas conduit pour autant au strict refus de construire de mosquées. Lorsque ce fut le cas, les communautés ont eu recours à la justice administrative.

Le racisme anti-musulman intrinsèque à l’Europe

Malka Marcovich l’a souligné dans sa synthèse : depuis 2003, Doudou Diène réitère les mêmes constats sur cette « violence intellectuelle » censée légitimer la diffamation des religions, banaliser et encourager le racisme anti-musulman. Cette « légitimation intellectuelle du racisme » (rapport 2004), il la voit à l’œuvre spécifiquement dans les démocraties occidentales.

Il convient de souligner la méthode et la rhétorique du Rapporteur spécial. Ces constats restent d’ordre général et, concernant « l’islamophobie », ne sont incarnés qu’au travers d’exemples européens. Ainsi, en terminant la lecture de ce rapport, le lecteur a le sentiment que les faits présentés au fil des pages ne sont imputables qu’à l’espace civilisationnel occidental. Et cela, bien que M. Diène s’insurge contre la vision d’une « civilisation européenne » fondée sur « le dogme du caractère chrétien » qu’il affirme très prégnant au sein des sociétés européennes. M. Diène ne s’attarde pas sur la distinction entre les pays européens où l’imprégnation religieuse est très variable. En effet, quel point commun entre les sociétés hollandaise ou française largement athées et la société polonaise profondément catholique?

D’un côté, donc, M. Diène décrit une Europe en proie à une « crise de l’identité européenne » dont « témoigne la montée de l’islamophobie ». Une Europe qui apparaît campée sur des positions rétrogrades tel le nationalisme, toujours présenté comme négatif puisqu’associé aux courants d’extrême-droite, et l’ethnocentrisme (« une idéologie manichéenne du type guerre froide (…) le nous face à eux, les lumières face à l’obscurantisme, la civilisation face à la barbarie »). De l’autre, il entend démontrer que l’Europe ne peut revendiquer une identité propre puisque « la place de l’islam est une question de plus en plus centrale dans la construction de la nouvelle identité européenne ». Selon lui, des forces travaillent à ralentir l’évolution inéluctable de ce qu’il nomme « le multiculturalisme » : « la reconnaissance et l’acceptation de l’identité multiculturelle de la nouvelle Europe ont également été freinées ». Les mots employés par M. Diène pour décrire ce qu’il appelle « la crise de l’identité européenne » peuvent sembler anodins, mais ils suggèrent en fait une alliance idéologique contre-nature entre les mouvements nationalistes d’extrême-droite et ce qu’il qualifie de « rhétorique laïciste virulente », dirigée exclusivement contre l’islam.

M. Diène ne perçoit visiblement pas que « l’identité européenne », que défendent les démocrates en s’insurgeant contre les intégrismes religieux, est fondée non pas sur la culture chrétienne ou le rejet de l’Autre, mais sur une longue histoire de luttes pour la paix et le respect des droits humains. Cette identité européenne là, a de quoi nous rendre fiers, et elle s’incarne notamment, depuis 1957, dans le projet européen.

M. Diène ajoute que « l’islamophobie » est si anciennement ancrée sur le continent européen que nos sociétés ne peuvent s’apercevoir de l’enracinement du racisme antimusulman. Son travail consiste à nous ouvrir les yeux. Ainsi pour replacer les faits dans la longue durée : « l’islamophobie se caractérise en Europe par sa profondeur historique ». Il remonte au temps des croisades, et dans un rapport de février 2006 à la Reconquista du 15ème siècle. Il souhaite éclairer le lecteur sur les racines de ce racisme que nous aurions tort de considérer comme nouveau puisqu’il est presque aussi ancien que l’Europe. Et le Rapporteur spécial de s’improviser psychanalyste de l’inconscient des masses, nous serions face au « retour du refoulé historique de l’imaginaire islamophobe en Occident » (2006). Il reprend l’exemple du « refoulé » des croisades moyenâgeuses dans son rapport d’août 2007 mais complète sa « réflexion » : « Si au cours des siècles passés, le moteur de l’islamophobie était la religion, il semble que ce soit la dimension politique qui domine aujourd’hui ». On ne peut s’empêcher de reconnaître le procédé créant une analogie entre l’antisémitisme occidental et ce qu’il nomme « islamophobie ». Quant au « refoulé » de l’esprit de croisades, on pourrait conseiller à M. Diène de visiter quelques collèges et lycées de France, d’Italie ou du Royaume-Uni pour qu’il constate la réalité des connaissances historiques de la jeunesse européenne sur les croisades, bien loin – et c’est heureux – d’être galvanisée par les récits de leurs professeurs à la gloire des moines-soldats et autres chevaliers progromistes.

Dans le rapport présenté à la 6ème session, les quelques exemples précis « d’islamophobie » donnés par M. Diène concernent toujours un pays européen, puisque c’est là que se trouvent les fondamentaux de ce racisme anti-musulman :

* La « légitimation de la violence intellectuelle », traduire par libre exercice du droit à critiquer les religions, M. Diène confondant a priori islamisme et islam.
* L’instrumentalisation de la guerre contre le terrorisme pour « restreindre ou méconnaître l’exercice des droits civils et politique » des minorités musulmanes ; il précise que les « droits économiques, sociaux et culturels, en particulier ceux des minorités, des immigrés et des étrangers, ont été délibérément bafoués ou relégués au second plan au nom de la protection de l’identité nationale ».
* Le « refus de la diversité » avec une « défense de l’identité fondées sur des valeurs intangibles ». Selon M. Diène, « la montée de l’islamophobie témoigne d’une crise de l’identité européenne », par le « rejet dogmatique du multiculturalisme », « la reconnaissance et l’acceptation de l’identité multiculturelle de la nouvelle Europe ont également été freinées ». Il faut entendre par « multiculturalisme » non pas la prise en compte de la diversité ethnique et culturelle européenne, mais l’acceptation d’une équivalence en droit entre les valeurs démocratiques universelles adoptées au cours de l’histoire européenne et des valeurs religieuses prétendument fondées sur une vérité révélée.
* Une « opinion publique prédisposée à se montrer discriminatoire à l’égard d’une communauté religieuse ».
* Cette prédisposition s’expliquant par l’activisme idéologique de « certains prétendus intellectuels et observateurs politiques et sociaux » qui tiennent des « propos explicitement diffamatoires à l’égard de l’islam » en associant « islam et terrorisme » et par « la manipulation et citation sélective de textes sacrés, en particulier du Coran »
* Cette propagande « islamophobe » largement pratiquée en Europe est due à la recrudescence d’une « rhétorique laïciste virulente entraînant une plus grandes discrimination des musulmans ».

Le tableau, dressé par M. Diène au fil de son rapport, sur le climat régnant en Europe est quasiment apocalyptique en matière de respect des droits de l’Homme. A le lire, on se demande pourquoi l’Europe continue d’être une terre d’asile et d’exil rêvée pour des milliers de migrants venus du monde musulman en quête d’un refuge ou d’un emploi ? Si personne, a fortiori la LICRA qui lutte depuis 80 ans contre le racisme, ne pourrait nier l’existence de mouvements racistes et la réalité de pratiques discriminatoires en Europe, on ne peut souscrire à l’outrance de la description faite par le Rapporteur spécial. Il dépeint des sociétés européennes où règne une violence raciste permanente, « institutionnalisée » et largement diffusée par des « élites » manipulatrices et acceptée par une opinion publique travaillée par des « peurs anciennes qui découlent soit de l’ignorance soit d’un esprit de croisade refoulé ».

M. Diène affirme avoir constaté une recrudescence des « violences et voies de fait dont leurs lieux de culte, leurs centres culturels, leurs commerces et entreprises et leurs biens sont la cible depuis les évènements du 11 septembre ». Plus loin, il prévient de l’imminence d’une « violence religieuse perpétrée sur une grande échelle, comme les massacres et les pogroms ». Aux agressions physiques contre des femmes dont on arracherait le voile « en public », s’ajoutent la difficulté pour les seules minorités musulmanes européennes « d’observer leurs pratiques religieuses (régimes alimentaires, rites funéraires etc.) ». Le « etc. » comprend bien entendu la question du port du hijab, le voile islamique, dans certains espaces publics et pour les agents de l’Etat.

Nous l’avons compris, la laïcité est la cible principale du Rapporteur spécial, rejoignant ici les pays musulmans membres du NAM et bien sûr de l’OIC, qui multiplient depuis des années leurs attaques contre le principe de laïcité qui ne serait rien d’autre que discriminante et raciste. Doudou Diène écrivait dans un précédent rapport que « la laïcité avait mené à la suspicion de la croyance religieuse ».

La France, une cible de choix pour M. Diène

On a vu que le Rapporteur spécial s’attache à identifier « islamophobie » et Europe, par extension « espace occidental », mais un pays semble particulièrement ciblé au fil du rapport par des citations directes ou des formules permettant son identification. La France est en effet le seul exemple récurent du rapport, tandis que des faits relevant de « l’islamophobie » en Allemagne, Suisse, Pologne ou aux Pays-Bas ne font l’objet que d’une citation. C’est qu’en France, la situation est grave : il y existe une véritable « islamophobie » d’Etat !

Doudou Diène affirme qu’en Europe, les « partis démocratiques » ont intégré dans leurs programmes les idées émanant de « plates-formes racistes et xénophobes ». Ces partis « démocratiques traditionnels sont maintenant de plus en plus nombreux à avoir recours au langage de la crainte et de l’exclusion, prenant pour cible les minorités ethniques ou religieuses en général, et les immigrés et réfugiés en particulier ». On ne peut s’empêcher d’y lire une critique de la campagne présidentielle française au cours de laquelle le candidat Nicolas Sarkozy fut largement accusé d’utiliser le langage du Front National.

M. Diène se garde de toute critique frontale contre les régimes autoritaires d’Amérique du sud, d’Asie ou d’Afrique, mais n’épargne pas ces démocrates occidentaux qui « compromettent les droits de l’homme ». en prétextant « protéger la sécurité nationale, des gouvernements ont adopté des politiques qui servent dans la pratique à restreindre ou méconnaitre l’exercice des droits civils et politiques (…) et économiques, sociaux et culturels, en particulier ceux des minorités , des immigrés et des étrangers ». M. Diène appuie son affirmation en précisant que ces droits ont été « bafoués ou relégués au second plan au nom de la protection de l’identité nationale ».

Cette formule qui a fait tant débat en France tout au long de la campagne présidentielle est répétée à maintes reprises dans le rapport permettant au lecteur d’identifier la France comme un de ces Etats officiellement discriminant. C’est un droit, voire un devoir citoyen, de critiquer l’usage politicien du concept d’ « identité nationale ». On est libre de regretter de la voir accolée au nom d’un ministère, de trouver que sa proximité avec le terme « immigration » est plus que maladroite, néanmoins l’idée d’une « identité nationale » n’est pas une ineptie. Elle doit être pensée non comme exclusive et xénophobe, mais en tant que notion sociopolitique, avec des termes permettant de rendre compte de la construction historique d’une identité française ayant donné le jour à notre démocratie moderne. Cette identité française républicaine est constituée de valeurs humaines universelles, dont la laïcité est une des clés de voute. Ces valeurs doivent être comprises, admises et transmises par toute personne aspirant à vivre en France. Mais M. Diène préfère voir dans l’expression « identité nationale » un visage du racisme occidental.En effet, selon son analyse, accepter les principes et les lois du pays d’accueil n’est pas une requête recevable s’il faut en passer par le renoncement ou l’adaptation de certaines de ses traditions coutumières ou culturelles incompatibles avec les valeurs nationales de la société d’accueil. Pour le Rapporteur spécial, une telle exigence est signe « d’islamophobie » : « il s’ensuit un discours qui cherche bien souvent à convaincre les musulmans établis à l’étranger qu’ils doivent ‘assimiler’ les cultures locales, en leur demandant implicitement ou explicitement de renoncer à leur patrimoine culturel et religieux, voire à leur visibilité ». La polygamie, le mariage forcée, le crime d’honneur et autre lapidation, la stigmatisation du corps féminin comme objet de convoitise à cacher sont-ils véritablement les clefs de voute du patrimoine islamique ? Ce serait insulter l’islam et ses croyants que l’insinuer comme le fait involontairement M. Diène. Beaucoup de dissidents de pays musulmans autocratiques luttent chaque jour contre ces pratiques rétrogrades, mais à Genève, dans le confort feutré du CDH, c’est le différentialisme qui règne et conduit à qualifier les démocraties d’intolérance.

Plus loin, ce point est repris : « des questions comme l’immigration, l’identité nationale, la sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme sont groupées dans une même rhétorique politique qui sert à justifier une discrimination ouverte à l’égard des musulmans, qu’il soient ou non citoyens du pays ». Pour appuyer son propos, le Rapporteur spécial vise et dénonce « les tentatives de plusieurs pays pour se doter d’un organisme gouvernemental chargé de l’identité nationale et de l’immigration, dont la plus récente est celle de la France ». Pour le Conseil des droits de l’homme qui a validé le constat et félicité son Rapporteur spécial, le ministère français de Brice Hortefeux est une illustration de la «tendance islamophobe » qui se trouve « légitimée idéologiquement » par ce type de structures étatiques.

La France est clairement nommée à deux autres reprises pour des faits « islamophobes » datant de 2006 : l’affaire des 72 (sur 83 000 salariés) employés bagagistes de la zone aéroportuaire de Roissy et la tentative d’incendie criminelle de la mosquée de Quimper. Ces exemples sont donnés sans préciser les faits, les actions en justice des personnes incriminées ou victimes, ou les résultats d’enquête.

La République française est également ciblée à travers les accusations contre le « laïcisme antireligieux » dont elle semble être l’incarnation. M. Diène évoque « une forme particulièrement préoccupante de discrimination à l’égard de l’islam » dans ce qu’il nomme « une hostilité croissante qui vise les signes religieux ». Il relève l’action « en France et en Allemagne de groupes d’extrême droite faisant ouvertement campagne – parfois avec succès – contre la construction de mosquées ». Là encore, ni fait précis, ni exemple daté ne sont rapportés, l’objectif étant de créer le sentiment que, dans ces pays, les institutions démocratiques sont gangrénés par le racisme antimusulman, à l’échelle locale comme nationale. Inutile donc pour M. Diène de rappeler et valoriser les mécanismes de régulation administrative et judiciaire propres à un Etat démocratique qui permettent à toute personne ou communauté religieuse organisée s’estimant discriminées de faire valoir ses droits.

La législation française est mise en cause indirectement lorsque le Rapporteur spécial pointe « la violence idéologique institutionnalisée par des règles écrites ou tacites et par des comportements qui se traduisent dans la pratique par une discrimination sociale et des restrictions à la liberté de religion. Outre les législations de plus en plus ouvertement discriminatoires, différentes mesures » sont évoquées sans précision supplémentaire de l’auteur du rapport, elles viseraient pourtant à restreindre « l’utilisation de signes religieux ». On ne peut s’empêcher d’ y lire une critique de la loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction du port ostensible de signes religieux par les élèves dans les établissements publics.

L’enjeu de l’« utilisation de signes religieux » est évoqué à plusieurs reprises par M. Diène, il est intéressant de relever le terme « utilisation ». En effet, un signe religieux se porte, mais quel sens lui donner s’agissant de « utiliser » ? Quelle fin précise sert-il ? Exposer et afficher physiquement vis-à-vis d’autrui qui l’on est, ou servir un culte ? Dans le cas du hijab, son port n’a aucun caractère d’obligation dicté par le droit coranique, il résulte d’une interprétation des textes religieux et d’un usage coutumier visant à limiter la visibilité de la femme dans l’espace public. Néanmoins, dans les pays démocratiques où la religion islamique est minoritaire, il a aussi une vocation de prosélytisme. Il sert de porte-drapeau à la diffusion d’un islam politique, d’abord en direction de coreligionnaires dont les islamistes estiment qu’ils ne pratiquent pas « le vrai islam ». Dans ce cas, il est « utilisé » par les femmes qui l’arborent pour imposer dans l’espace public la vision intégriste de la femme, espérant qu’elle devienne par capillarité et habitude, le signe, voire l’insigne, de LA femme de culture musulmane. M. Diène ne semble jamais dans son rapport entrevoir la possibilité que le signe religieux puisse être oppressif ou discriminant pour celui qui le porte, il s’agit pour lui de l’expression d’un libre choix. Sa connaissance sociologique des populations qu’il dit défendre ne semble donc pas entière.

Pour le Rapporteur spécial, toute entrave à « la visibilité » religieuse est un signe de racisme anti-musulman. Il insiste sur une agression qu’il qualifie de « fréquente » consistant à « arracher aux musulmanes leur hijab (foulard) en public, en accompagnant habituellement ce geste d’insultes et de menaces ». M. Diène se garde de donner des précisions sur ce fait grave, l’idée étant de laisser penser que ces comportements répréhensibles sont si courants en Europe qu’il n’est pas nécessaire de les localiser. De même, il choisit d’ignorer les rendus de justice qui auraient rétablies ces victimes dans leur droit de se promener librement coiffées d’une voile islamique. Rappelons que selon le Rapporteur spécial, c’est « la rhétorique laïciste virulente en train de prospérer » qui conduit à « une plus grande discrimination des musulmans ».

Cette présentation de la situation française paraît aujourd’hui validée par les instances onusiennes. On la retrouve ainsi dans le compte-rendu réalisé le 28 septembre dernier par Madame Gay J. Mc Dougall, Experte indépendante des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités. Après une semaine en France (Paris, Marseille, Strasbourg et leurs banlieues) fin septembre au cours de laquelle elle a rencontré des représentants du gouvernement, des ONG, des associations, des chefs religieux et diverses personnalités, elle dresse un tableau inquiétant du sort des « nouvelles minorités » à savoir les « populations d’origine nord-africaine, d’Afrique sub-saharienne, les musulmans et celles originaires des DOM-TOM ». Les migrants asiatiques ou est-européens, et leurs descendants nés en France, ne sont pas du tout évoqués, ils semblent épargnés ! En revanche, les minorités précitées « en dépit de leur grand attachement au principe d’égalité et aux valeurs de la France » sont victimes d’une situation catastrophique : « discrimination raciale », « aucun espoir de promotion sociale en raison de la couleur de leur peau, de leur religion, de leur nom de famille ou de leur adresse », des populations « piégées dans des ghettos urbains » qui « se sentent rejetés par une conception rigide de l’identité nationale française qui ne leur correspond pas ».

Madame Mc Dougall met en cause l’opinion publique française et l’Etat en ajoutant que la discrimination est « répandue, enracinée et institutionnalisée ». La France a inscrit dans sa Constitution « la promesse d’égalité » mais selon l’Experte indépendante, ce n’est qu’une « vision et non pas la réalité de la France moderne ». Mais connaît-elle un Etat démocratique où règne une parfaite égalité entre ses citoyens ? Madame Mac Dougall feint d’ignorer qu’une démocratie, consciente de ses imperfections, inscrit ses idéaux dans ses principes fondamentaux afin de s’attacher à leur complète réalisation. Seuls les régimes autocratiques ou totalitaires sont convaincus de la perfection de leur mode de gouvernement et ne se remettent jamais en cause. Que dire de la notion d’égalité dans les constitutions cubaine ou iranienne ?

Personne, la LICRA moins encore que tout autre organisme, ne peut nier la réalité des discriminations vécues par les populations vivant dans les quartiers de relégation sociale que sont les banlieues des agglomérations ou certains quartiers des grandes villes. Il convient de déployer tous les efforts politiques et économiques, à l’échelle locale comme nationale, pour y remédier. Mais les victimes de ces discriminations ne sont pas qualifiables exclusivement à travers un critère ethnique ou religieux contrairement à la méthode de Madame Mc Dougall. Il existe aussi dans ces quartiers populaires d’autres citoyens victimes de cette discrimination socio-économique : Français de plusieurs générations, Français d’origine sud-européenne ou issus de famille rapatriées d’Afrique du Nord, récents migrants asiatiques, sud-américains ou européens. Mais ceux-là n’interpellent pas l’Experte indépendante de l’ONU qui, à l’instar de Doudou Diène, demeure concentrée sur les populations issues des anciennes colonies françaises.

Même si cela n’est pas explicitement évoqué, on comprend que ces observateurs lisent les crises sociales françaises à l’aune des théories des post-colonial studies. Ces dernières sont intéressantes, mais plus complexes que la lecture qui en est faite par ceux qui sont en quête d’une cause et d’une grille de lecture uniques aux problèmes de société traversés depuis quinze ans par tous les pays d’accueil de migrants, qu’ils aient été ou non une ancienne puissance coloniale (voir les cas du Canada, de l’Italie ou du Danemark).

Autre facteur d’explication régulièrement invoqué par M. Diène : les effets du 11 septembre et de la « guerre mondiale contre le terrorisme ». Comme on l’a vu, les vraies victimes en sont les populations musulmanes vivant dans les démocraties ciblées par les terroristes islamistes. Si les problèmes d’intégration des migrants récents et de leurs enfants nés dans le pays d’accueil sont, certes, aggravés par les tensions géopolitiques internationales. L’explication demeure sommaire !

Pour régler tous ces problèmes, Madame Mc Dougall et M. Diène ont la solution : « la discrimination positive » et pour qu’elle s’applique à ceux qui en ont « vraiment » besoin, « la société française » ne doit pas percevoir « comme une menace (…) la reconnaissance de l’origine ethnique, de la religion et de l’héritage de chacun ». Revoilà l’idée de fichiers et quotas ethniques. A quand la mention religieuse sur la carte d’identité ? Se trouve ainsi répudiée l’idée républicaine égalitaire selon laquelle c’est le mérite et la volonté individuelle qui doivent être récompensés et non une gratification socio-économique en fonction de l’origine culturelle. Mais c’est l’objectif des partisans du multiculturalisme version différentialiste aujourd’hui aux commandes des sous-commissions des Nations Unies et qui se voient systématiquement félicités et missionnés par les délégués des autocraties siégeant à l’ONU ou au CDH.

Enfin, on est étonné d’apprendre en fin de compte-rendu que l’Experte indépendante se penchera dans son rapport intégral présenté au CDH sur les situations des « Roms, des Bretons et de la communauté juive ». Pourquoi ces trois groupes ? Impossible d’en savoir davantage. Quid des Corses, des Basques, des Auvergnats, des Chtis, des Bouddhistes, des Sikhs, etc. ?

Les démocraties islamophobes s’exposent aux représailles …

Dans son rapport, M. Diène entend aussi alerter les pays abritant des minorités musulmanes discriminées : « la montée de l’islamophobie augmente les risques de troubles sociaux ». A-t-il à l’esprit les émeutes françaises de novembre 2005 dont les motivations et les facteurs de déclenchement sont demeurés obscurs à l’opinion comme aux politiques ?

Selon le Rapporteur spécial, « l’exclusion » s’aggravant est un « cercle vicieux » qui va « conduire en fin de compte à l’extrémisme ». Ce serait le « sentiment d’infériorité culturelle et de vulnérabilité sociale chez les jeunes musulmans » qui place les plus «marginalisés » sous la férule de « certains groupes qui leur offrent une identité réaffirmée et des motifs de fierté ». Qui sont précisément ces « groupes » ? Quels sont leurs objectifs ? Et de quels « motifs de fierté » s’agit-il ? Nous ne le saurons pas. Quoiqu’il en soit, le message est clair : le développement du radicalisme islamiste chez les jeunes générations et les risques potentiels qu’ils font courir à leurs concitoyens dans le cas d’un prosélytisme djihadiste, sont en tout premier lieu imputables à la société d’accueil raciste et discriminante. Le même argument invoqué immédiatement après les attentats du 11 septembre est repris : les Etats-Unis avaient payé au prix fort leur impérialisme outrancier et leur légèreté géostratégique au Moyen-Orient.

Le propos de M. Diène vise à culpabiliser les démocraties et à déculpabiliser ceux qui en contestent les fondements et le mode de vie au nom de la différence culturelle. Si l’universalité des droits humains est parfois maladroitement invoquée par les Etats occidentaux, cela ne remet pas en cause sa validité et ne peut autoriser la contestation systématique de ses fondements à l’origine même de la création de la SDN puis de l’ONU.

L’argumentation du Rapporteur spécial s’étend d’ailleurs aux Etats musulmans qui maltraitent des minorités chrétiennes. Ces dernières attisent le feu par le « prosélytisme virulent de certains groupes évangéliques », et par le fait que la théorie du choc des civilisations émane d’une pensée chrétienne ayant « identifié implicitement l’Occident avec le christianisme ». Par conséquent, M. Diène voit dans les violences contre les chrétiens un des « effets pervers » de la théorie de Huntington. Une fois encore, c’est l’arrogance occidentale qui récolte ce qu’elle sème. Et le Rapporteur spécial de nous répéter plus loin l’origine de ce « prosélytisme virulent » qui expose les minorités chrétiennes aux foudres des majorités musulmanes ou hindouistes : « certains groupes évangéliques, en particulier ceux d’origine nord-américaine ». Qualifiés quelques pages plus loin de « puissants », ils sont également accusés de « mener une vaste campagne (…) pour diaboliser le vaudou en général et le candomblé au Brésil et la Santeria en particulier » ; ces « campagnes de diabolisation (…) ont pour effet de favoriser certaines formes de christianophobie », argument permettant de nouveau de minimiser la responsabilité des agresseurs, à moins qu’il ne s’agisse de laisser entendre que les Etats-Unis seraient partout les fauteurs de trouble ?
Pour conclure

M. Diène conclut son rapport par une série de recommandations où il ne met plus en exergue l’islam mais parle de « religions » de façon générale. Parmi ces recommandations, se trouve l’injonction aux Etats signataires de mettre en application le Programme de Durban (2001) et de créer à l’échelle nationale des structures visant à promouvoir « le dialogue entre les cultures et les religions ». Pour M. Diène, le racisme contemporain est donc avant tout un problème de conflictualité religieuse.

Il revient ensuite sur la problématique liberté d’expression versus liberté de religion pour encourager le CDH à « envisager d’adopter des règles complémentaires sur les relations réciproques entre liberté d’expression, liberté de religion et non-discrimination ». Autant dire qu’il s’agit de limiter de façon normative la première au nom de la seconde grâce à l’invocation de la « diffamation des religions » considérée comme une forme du racisme par le Rapporteur spécial.

Enfin, il renouvelle ses attaques contre la laïcité en appelant à la « vigilance pour maintenir l’équilibre entre la laïcité et le respect de la liberté de religion ». En identifiant la première à « une culture et une rhétorique antireligion », il explique qu’elle est « une source essentielle de diffamation des toutes les religions et de discriminations contre les croyants et les pratiquants ». A aucun moment, M. Diène ne met en valeur la dimension pacificatrice de la pratique sociale laïque. A le lire, elle n’est qu’un moyen autoritaire déployé par une société intolérante et fondamentalement raciste afin d’empêcher la visibilité religieuse des minorités. Le Rapporteur spécial a visiblement beaucoup à apprendre sur le concept de laïcité, qui est marqué par la complexité et une profondeur philosophico-historique. Mais peut-on lui en tenir rigueur lorsqu’en France même, pays ayant développé au fil des siècles une vision et une pratique sociale extrêmement élaborée de sa laïcité, nombre de nos dirigeants, de nos intellectuels ou de nos relais médiatiques en ignorent le sens profond et sont souvent incapables de la défendre à l’extérieur comme à l’intérieur. Pourtant, c’est la laïcité qui a mis fin aux conflits religieux en Europe car elle garantit la sérénité d’un espace public neutre où chacun doit se faire une place pour ce qu’il est, et non ce qu’il paraît être.

QUI EST DOUDOU DIENE ?

M. Diène est né en 1941 au Sénégal. Diplômé en droit public à l’université de Caen et en sciences politique à l’IEP de Paris, il siège à l’Unesco comme représentant du Sénégal de 1972 à 1977, et devient Vice-président et Secrétaire du groupe Afrique puis du groupe des 77. Cette présence et connaissance des rouages internes de la machine onusienne lui permettent d’intégrer l’administration de l’ONU en 1977. C’est à l’Unesco qu’il fait carrière et publie divers ouvrages issus de ses actions dans les années 1980-1990 dans le domaine du Dialogue Interculturel puis Interreligieux. En 2002, la Commission des droits de l’Homme (devenue Conseil des droits de l’Homme en juin 2006) le nomme Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée. En quoi consiste officiellement son mandat ? Examiner tous les incidents illustrant les formes contemporaines de racisme et de discrimination, évaluer les mesures prises par les gouvernements pour y remédier, enfin, remettre un rapport annuel au CHD et à l’Assemblée Générale pour les informer de ces analyses. Où M. Diène trouve-t-il toutes les informations nécessaires à la formulation de ces constats ? Impossible de le savoir en lisant la vingtaine de pages, en moyenne, de ces rapports puisqu’il ne cite aucune source : pas de références chiffrées, mais de fréquentes généralisations à partir d’un fait observé dans un pays et relayé par les médias. D’ailleurs, M. le Rapporteur Spécial semble conscient de cette faiblesse puisque le 14 septembre dernier à la tribune, il concluait en demandant au Président du CDH d’envisager la création d’un « observatoire permettant de quantifier les phénomènes » qu’il étudie pourtant dans ses rapports sans paraître soucieux de leur représentativité. Depuis 2002, M. Diène semble s’astreindre à visiter et auditer en particulier les pays démocratiques (Australie, Etats-Unis, Europe). Sans doute y met-on à sa disposition plus de matériel que dans des pays autoritaires qu’il se garde, le plus souvent, de critiquer nommément.
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NOTES

(1) La lecture du rapport de Malka Marcovich rédigé en mai 2007 pour la LICRA (L’ONU, laboratoire de haine) est indispensable pour tous les militants. A télécharger sur le site http://www.licra.org.

Voir également:

ISLAMOPHOBIE ?!

Caroline Fourest et Fiammetta Venner,

Fondatrices de la revue ProChoix et auteures de Tirs Croisés, la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (éd. Calmann-Lévy).

Prochoix news

12 novembre 2003

Le mot « islamophobie » est aujourd’hui très largement repris, du MRAP à Jean-Pierre Raffarin, et plus maladroitement encore par Claude Imbert du Point. Il est dans l’air d’un temps où l’on s’obstine à vouloir réduire la question du racisme et de l’intégration à une question confessionnelle, comme si tous français originaires du Maghreb étaient tous musulmans pratiquants et comme si l’enclavement des banlieues n’était plus qu’une question de choc des religions. En cela, le remplacement du mot « racisme » par « islamophobie » correspond bien à la politique menée par Nicolas Sarkozy. La création artificielle d’un Conseil français du culte musulman n’a pas eu seulement pour effet désastreux d’amalgamer les musulmans libéraux et les musulmans extrémistes de l’UOIF, elle donne surtout le sentiment de vouloir traiter le dossier de l’exclusion sociale uniquement par le biais de l’intégration religieuse : les banlieusards révoltés par les bavures n’ont qu’à adresser leurs réclamations à des imams puisque le retour à la religion semble être la seule médiation possible proposée par le ministère de l’intérieur…

Plus inquiétant, de plus en plus de militants de gauche, y compris antiracistes, participent à cet amalgame en faisant de la question du foulard islamique une question de « racisme » et non plus une question d' »intégrisme ». Comme s’il n’était plus possible d’être à la fois antiraciste et opposé aux interprétations sexistes du Coran sous peine de se voir traités d' »islamophobes ». Les militants laïques, ceux qui ne souhaitent pas voir de signes religieux ostentatoires et prosélytes entrer à l’école, ceux qui s’opposent aux diktats de la religion des extrémistes, sont aussitôt soupçonnés de racisme. Comment en est-on arrivé là ? Par quel retournement de situation hallucinant, le débat public français a-t-il pu être piégé et verrouillé à ce point ? La réponse tient en un seul mot : « ISLAMOPHOBIE ».

Ce mot a une histoire, qu’il vaut mieux connaître avant de l’utiliser à la légère. Il a pour la première fois été utilisé en 1979, par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de « mauvaises musulmanes » en les accusant d’être « islamophobes ». Il a été réactivité au lendemain de l’affaire Rushdie, par des associations islamistes londoniennes comme Al Muhajiroun ou la Islamic Human Rights Commission dont les statuts prévoient de « recueillir les informations sur les abus des droits de Dieu ». De fait, la lutte contre l’islamophobie rentre bien dans cette catégorie puisqu’elle englobe tous les atteintes à la morale intégriste (homosexualité, adultère, blasphème etc). Les premières victimes de l’islamophobie sont à leurs yeux les Talibans, tandis que les « islamophobes » les plus souvent cités par ces groupes s’appellent Salman Rushdie ou Taslima Nasreen ! En réalité, loin de désigner un quelconque racisme, le mot islamophobie est clairement pensé pour disqualifier ceux qui résistent aux intégristes : à commencer par les féministes et les musulmans libéraux.

Au même moment, en France, les intégristes chrétiens ont d’ailleurs entamé très exactement la même démarche. L’AGRIF, l’association de Bernard Antony (FN) qui s’est beaucoup impliqué dans les campagnes contre Scorsese, ont imaginé un moyen beaucoup plus efficace de lutter contre le blasphème : faire des procès pour « racisme anti-chrétien ». La seule différence entre les deux démarches tient aux contre-feux qu’ils rencontrent. En effet, personne n’est dupe lorsque l’Agrif fait des procès pour « racisme anti-chrétien ». Tout le monde sait qu’il s’agit en réalité de lutter contre toute critique de la religion. En revanche, tout le monde est tombé dans le panneau de l' »islamophobie ». Après avoir gagné les associations antiracistes anglaises, le mot a été intronisé en France par Tariq Ramadan, dont la double casquette de musulman réformiste fondamentaliste et de militant tiersmondiste a permis sa diffusion rapide vers l’extrême gauche. Depuis, il piège nos débats ne mettant systématiquement en situation d’accusés, mieux que ne l’aurait fait une fatwa, toutes celles et tous ceux qui osent résister aux interprétations politiques et radicales de l’Islam… Un livre sur La nouvelle islamophobie, de Vincent Geisser, ne vient-il pas de qualifier de « facilitateurs d’islamophobie » pêle-mêle les associations comme SOS racisme, les recteurs et les imams libéraux proches de la Mosquée de Paris et les journalistes d’investigation enquêtant sur le terrorisme islamiste ? La boucle est bouclée. Qui osera encore s’opposer au voile ou aux autres interprétations archaïques de l’Islam sans avoir peur d’être traités d' »islamophobes » ?

Hier encore, à l’occasion de l’affaire Rushdie ou Scorsese, la presse et les associations de droits de l’homme se soudaient pour dire non aux « croisés de l’ordre moral » que sont les intégristes… Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Les opposants au voile sont traités de « croisés de la laïcité » voire « d’ayatollahs de la laïcité » dans les pages du Monde (sic). Tandis que les militants et les militantes intégristes de l’UOIF (une organisation dont le Conseil européen de la Fatwa approuve les attentats kamikazes) sont invités sur tous les plateaux télé pour y jouer les victimes… Preuve que le mot a tenu toutes ses promesses.

Non seulement, il sert merveilleusement la lutte contre le blasphème mais il évacue totalement la question du racisme. Car c’est de « brulôt islamophobe » et non de « brulôt raciste » que le MRAP a traité le livre d’Oriana Fallacci. Au lieu de poursuivre les passage clairement racistes (et il y en avait), l’association a préféré poursuivre également les passages simplement critiques envers l’islam. Résultat, le MRAP a été débouté et l’auteure peut parader. Pire, La Ligue des droits de l’homme, qui jadis soutenait Salman Rusdhie, s’est récemment jointe aux associations musulmanes qui avaient attaqué les Versets Satanniques. Leur cible commune ? Une phrase de Houellebecq disant « quand on lit le Coran, on est effondré ». Rien de très alarmant, du moins si l’on considère que l’on peut toujours critiquer la religion et surtout que Houellebecq n’est pas tendre avec les autres religions. Voilà bien la situation intenable dans laquelle nous a conduit le concept d' »islamophobie ». Plus personne ne parle de racisme (le seul vrai fléau qu’il faut combattre) mais si Salman Rushdie sortait aujoud’hui ses Versets satanniques, certaine associations antiracistes seraient aux côtés des islamistes pour le traiter d » »islamophobe » !

Voir encore:

À propos de l’islamophobie

Plaidoyer en faveur d’un concept controversé

Alain Gresh

Le Monde diplomatique

4 mars 2004

L’utilisation du mot islamophobie a suscité un débat légitime, qui mérite approfondissement. Le terme est-il le mieux à même de rendre compte de certains phénomènes que nous connaissons en France, et plus largement dans le monde occidental ?

Une remarque sémantique préalable.  » Phobie  » vient du mot grec  » phobos  » qui signifie fuite (due à la panique), d’où un effroi, une peur intense et irraisonnée. C’est ce caractère  » irraisonné  » que met en avant le terme  » islamophobie « , et non une critique rationnelle. Premier argument contre son emploi : il reviendrait à interdire toute critique de l’islam comme religion. Pourtant, quand la presse ou des intellectuels dénoncent la  » judéophobie « , personne ne pense qu’il s’agit ainsi d’un refus de la critique de la religion juive ; en revanche, pour certains, il définit mieux que l’antisémitisme certaines formes nouvelles de haine des juifs. S’il est vrai que certaines musulmans peuvent brandir l’islamophobie pour bannir toute critique de l’islam, cela ne doit pas nous décourager : la judéophobie ou l’antisémitisme est aussi utilisé par certains pour interdire toute critique de la politique israélienne. Faut-il bannir l’usage de ces mots pour autant ?

Chacun a le droit, en France, de critiquer les religions. Le blasphème est même autorisé. Durant ces derniers mois, on a vu fleurir les références à Voltaire et il est vrai qu’il fait partie de l’héritage culturel française. Mais quand il s’attaquait à l’Eglise catholique, il prenait des risques sérieux en s’en prenant à une puissance temporelle et spirituelle omniprésente ; dénoncer l’islam dans notre société ne comporte pas de danger, si ce n’est de s’acquérir une notoriété facile. Nombre de ceux qui se réfèrent à Voltaire ne semblent en avoir gardé qu’un souvenir assez vague. S’il a publié une pièce, assez mauvaise – le théâtre ne fut pas son point fort -, dénonçant Mahomet, il a aussi écrit , en 1770 :

 » Dans cette prodigieuse étendue de pays [terres gouvernées par le Koran] il n’y a pas un seul mahométan qui ait le bonheur de lire nos livres sacrés et très peu de littérateurs parmi nous connaissent le Koran. Nous nous en faisons presque toujours une idée ridicule, malgré les recherches de nos véritables savants. L’Alcoran passe encore aujourd’hui pour le livre le plus élégant et le plus sublime qui ait encore été écrit dans cette langue. Nous avons imputé à l’Alcoran une infinité de sottises qui n’y furent jamais . « 

Entre l’appréciation de Voltaire et celle de Houellebecq ( » La religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré, effondré ! La Bible, au moins, c’est très beau parce que les juifs ont une sacré talent littéraire « ), il y a l’abîme qui sépare la volonté de savoir de l’ignorance érigée en argument.

D’autres publicistes s’indignent : on aurait le droit de critiquer le pape Jean-Paul II et l’islam serait au-dessus de tout jugement ! Mais cela est-il vrai ? Bien sûr, on peut trouver des caricatures insultantes du pape, mais l’image globale qui se dégage du personnage est-elle vraiment négative ? On a célébré récemment le vingt-cinquième anniversaire du pontificat de Jean-Paul II et les éloges ont très largement dominé ; pourtant, au même moment, un documentaire de la BBC révélait que des envoyés spéciaux du Vatican envoyé en Afrique expliquaient aux populations que le préservatif ne protégeait pas contre le sida ! Imaginons un instant l’inverse : un haut dignitaire musulman ayant envoyé des missionnaires pour tenir le même discours ; peut-on imaginer un instant que les médias français donneraient de ce personnage, indépendamment de ce prêche, une image positive ?

Quoiqu’il en soit, je le répète, le droit de critiquer les religions est imprescriptible. Et chaque pamphlet hostile à l’islam n’est pas forcément  » islamophobe « . Alors, pour éviter toute ambiguïté, ne vaudrait-il pas mieux préférer au terme  » islamophobie  » celui de  » racisme  » (anti-arabe, ou anti-maghrébin) ?

Il faut revenir un moment sur les origines du mot islamophobie. Une recherche sur la base du Monde indique que ce quotidien a utilisé deux fois le terme entre le 1er janvier 1987 et le 10 septembre 2001, l’une en 1994, l’autre en février 2001. Soheib Bencheikh, souvent présenté comme le porte-parole d’un islam libéral, l’utilise comme titre de chapitre dans Marianne et le Prophète ; il écrit que l’islam suscite en France  » un sentiment de rejet quasi unanime, implicite dans les discours, et assez catégorique dans l’imaginaire collectif des Français.  » Si on consulte la base du Monde diplomatique avant 11 septembre 2001, le terme est utilisé deux fois : l’une dans un reportage sur Marseille (juillet 1997), qui reprend des citations de Soheib Bencheikh et l’autre par Tariq Ramadan (avril 1998), qui cite l’étude commandée en Grande-Bretagne par le Runnymede Trust en 1997, dirigée par le professeur Gordon Conway, Islamophobia : Fact Not Fiction, octobre 1997.

Quant à l’affirmation de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, dans Tirs Croisés, selon lesquels le mot aurait été inventé par les mollahs pour contrer les critiques du régime iranien, elle ne repose sur aucune source précise ; et leur livre est tellement approximatif dans ses références et citations, qu’on ne saurait prendre leur affirmation pour argent comptant – d’ailleurs on trouve le terme déjà utilisé dans un texte de 1925, leurs auteurs parlant d’un  » accès de délire islamophobe « .

Quoiqu’il en soit, le terme  » islampohobie « , utilisé très ponctuellement jusqu’au 11 septembre 2001, est devenu d’usage courant, non seulement en France mais aussi aux Etats-Unis et dans tous les pays européens. Il semble donc répondre à une conjoncture nouvelle.

Il nous faut distinguer deux niveaux : celui du monde et celui de la France. Le premier nous amène à nous pencher sur la politique américaine, telle qu’elle se déploie après le 11 septembre 2001. Jusque-là, elle était marquée par une attitude ambiguë : un politique anti-Arabe et pro-israélienne ; une alliance avec un certain nombre de groupes islamistes et l’Arabie saoudite dans la lutte contre l’URSS et le communisme, alors même que la révolution iranienne crée une certaine inquiétude. Le thème de la  » menace islamique  » est limité à certains cercles intellectuels, proche des thèses du gouvernement israélien. Après le 11 septembre, cette vision devient celle de l’administration Bush : l’Occident est confronté à un nouvel ennemi, aussi dangereux que l’étaient en leur temps le nazisme et le communisme. Fleurissent alors des ouvrages sur la IIIème guerre mondiale, au moment même où l’administration Bush met en oeuvre une stratégie militaire et politique d’intervention et d’hégémonie. Sans développer une argumentation détaillée, faisons deux remarques sur cette comparaison :

– La  » menace soviétique  » fut largement gonflée dans les années 1980 par l’administration Reagan et par quelques intellectuels ; l’émission  » La guerre en face « , avec Yves Montand, selon un scénario de Jean-Claude Guillebaud et Laurent Joffrin, pouvait faire croire, sans rire, à une invasion de l’ouest du continent, sur FR3 le 18 avril 1985 – non, ce n’était pas le 1er avril ; combien d’intellectuels français ont soutenu les moudjahidin afghans, sans aucun esprit critique (notamment sur la question de leur vision de l’islam), au nom de la lutte contre la  » menace soviétique  » ?

– la  » menace islamique  » n’est jamais vraiment définie. Bien sûr, il existe des groupes terroristes qu’il faut combattre, qui mènent une croisade au nom de leur interprétation de l’islam. Mais ces groupes sont minoritaires et, contrairement au communisme par exemple, sont bien incapables d’attirer de leur côté une partie significative des opinions occidentales ; d’autre part, ces mouvements ne s’appuient sur aucune puissance étatique significative, comme le nazisme (avec l’Allemagne hitlérienne) ou le communisme (avec l’URSS et aussi la Chine).

Cette vision d’un  » danger mondial  » – qui met dans le même sac la lutte en Tchétchénie, celle en Palestine et Al-Qaida – s’accompagne, en France de certaines particularités dues, à la fois à l’histoire coloniale et à la présence de nombreux immigrés venant notamment d’Afrique du Nord. La vision de l’islam a toujours été négative durant la période coloniale et les propos ouvertement racistes sont monnaie courante. La résistance des Algériens à la pénétration coloniale – et notamment le refus de se convertir (comme en Cochinchine ou en Afrique noire) – sont interprétées comme une preuve de fanatisme. En Algérie, on divise la population entre les Français de souche et les Français musulmans, ces derniers étant des nationaux mais pas des citoyens. L’accession de l’Algérie à l’indépendance et la fin de l’empire colonial provoque quelques changements. Les immigrés, désignés d’abord comme Nord-Africains puis comme Arabes, vivent un racisme quotidien et les attaques de l’extrême droite. La place accordée à l’islam dans ces campagnes tend à diminuer, même si quelques livres tentent de redorer ce thème : Le Radeau de la méduse, de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz (1982) et De l’islam en général et du monde moderne en particulier de Jean-Claude Barreau (1991).

La montée du Front national et la concurrence entre la droite et lui dans les années 1980 va durcir à nouveau certains discours, comme celui de Jacques Chirac parlant des  » odeurs « . En même temps, le racisme s’abrite de plus en plus derrière les  » différences  » culturelles ou religieuses, qui mettraient en danger l’identité de la France. Dès la fin des années 1980, notamment avec la première affaire du foulard, émerge l’argument selon lequel l’obstacle à l’intégration serait religieux et culturel – c’est l’islam, dans son essence même hostile à la laïcité et à la démocratie, qui créerait un obstacle à l’assimilation des immigrés.

C’est ce qu’explique, par exemple, Claude Imbert, directeur du Point, selon lequel on a atteint  » les limites de la tolérance  » :

 » Les Français n’ont jamais craint l’immigration [assertion que dément toute l’histoire du XXème siècle], parce qu’ils ont toujours réussi à l’intégrer. Mais, avec plus de trois millions de musulmans, ils voient désormais que la magie du creuset national n’opèrera pas comme jadis avec Polonais, Italiens, Espagnols et autres Portugais. La difficulté nouvelle n’est nullement raciale : elle est culturelle, religieuse et tient à l’islam. « 

Et de nous éclairer par  » quelques vérités  » : l’islam a une  » propension à mêler le spirituel et le temporel  » ; il  » a développé dans certaines de ses traditions un fanatisme abominable « . Rien sur le chômage ou le racisme qui frappe les jeunes d’origine maghrébine, mais quelques variations essentialistes sur l’islam, qui deviendront l’un des thèmes favoris du directeur du Point au cours des années qui suivent : l’islam est incompatible avec  » nos  » libertés, avec  » nos  » sociétés, avec la démocratie. On comprend qu’il se revendique d’abord  » un peu islamophobe « , puis islamophobe tout court.

On voit s’affirmer une vision essentialiste de l’islam politique : celui-ci serait monolithique et se résumerait à l’application de la charia, aucune différence n’est faite entre les divers courants, qualifiés tous d’intégristes pour le discréditer, mais sans qu’on puisse savoir exactement ce que ce terme recouvre. Ainsi on met dans le même sac, le Hamas et Al-Qaida, les Frères musulmans égyptiens et le Jihad, l’insurrection tchétchène et le parti de l’Islah au Yémen. En France, on confond allègrement l’Union des organisations islamiques de France (UOIF )- elle-même divisée en multiples courants et tendances -, le Collectif des musulmans de France, les groupes salafites. Alors que nous reconnaissons que, au nom du christianisme, se sont construits des courants aussi divers que la théologie de la libération et l’Opus Dei, nous sommes aveugles devant les clivages dans les organisations islamiques : du Coran, on  » déduirait  » une seule politique, une seule vision du monde. Se renforce dans l’opinion l’idée d’une menace omniprésente à la démocratie (avec un composante internationale) et à la laïcité, renforcée par l’existence d’une  » cinquième colonne  » massive que sont les musulmans. Personne n’a relevé cette affirmation de Jean-François Revel, dans son livre L’Obsession anti-américaine. Il se félicite du fait que George W. Bush et plusieurs dirigeants européens se soient rendus dans des mosquées après le 11 septembre, pour éviter notamment aux Etats-Unis que les Arabo-Américains ne deviennent des cibles de « représailles indignes « . Et il affirme :

 » Ce scrupule démocratique honore Américains et Européens, mais ne doit pas les rendre aveugles devant la haine pour l’Occident de la majorité des musulmans vivant parmi nous .  » Vous avez bien lu :  » la majorité des musulmans « . Je ne sais si notre philosophe propose de les expulser, mais sa remarque définit bien le discours islamophobe : sous couvert de critique de la religion, on stigmatise toute une communauté, renvoyée à son  » identité  » musulmane, qui serait  » naturelle « ,  » biologique « . Cet amalgame entre religion et communauté est proprement scandaleux et il suscite aujourd’hui un trouble important chez ce que l’on nomme les  » musulmans « , y compris les athées ou ceux qui n’accordent aucun poids à la religion.

C’est ce nouveau masque du vieux fond de racisme anti-arabe et anti-Maghrébin conjugué avec l’idée d’une  » menace  » internationale que le terme  » islamophobie  » recouvre. Dans un texte qui critique son usage , la Licra affirme :

 » Il n’est pas sûr, voire peu probable, qu’il y ait un rejet [en France] de l’islam, mais plutôt un rejet des pratiques intégristes (…) L’acceptation des Musulmans et du culte musulman progresse de façon nette « .

Mais on peut en dire autant du judaïsme : tous les sondages le montrent, la judéophobie est en recul dans l’opinion. Faut-il pour autant renoncer à prendre en compte les actes, très réels, d’hostilité aux juifs, même s’ils ne sont que l’expression d’une minorité ? Pour les musulmans, le rejet, même en recul, reste beaucoup plus large. L’article de la Licra lui-même reconnaît que, sur l’islam, selon un sondage de l’Ifop fait au lendemain du 11 septembre 2001, les adjectifs à connotation négative  » restent majoritaires « , même s’ils sont  » souvent moins choisis  » qu’il y a dix ans. Et des expressions d’hostilité à l’islam s’expriment plus librement dans les médias, mais aussi dans la rue, par de nombreuses agressions. Il est significatif qu’après tout le débat sur le foulard à l’école, les cas rapportés de musulmans agressés ou discriminés pour raison de leur religion se soient multipliés.

Il est évident qu’il y a un recoupement entre racisme anti-Maghrébin et islamophobie, sans doute renforcé par la visibilité d’une partie de la jeune génération, qui s’affirme  » musulmane  » sur la scène publique et ne rase plus les murs. Il se développe ainsi un nouveau racisme anti-Arabe, porté par une partie des intellectuels et des médias, qui se camoufle sous le drapeau de la lutte contre l’islam. Sans parler de la jonction entre une partie de la droite extrême et de l’extrême droite juive, qui s’est opérée sur le terrain de la haine des musulmans, comme en témoigne l’itinéraire d’un Alexandre Del Valle ou les sites Internet dénoncés par un rapport du MRAP. Ces  » nouveaux habits du racisme  » s’inscrit dans une vision du monde marquée par le  » choc des civilisations « , par la guerre qui serait engagée entre la civilisation et la barbarie. Ainsi, un ouvrage qui a marqué les esprits en France et reçu un éloge presque unanime, Les Territoires perdus de la République, développe un telle vision dont Emmanuel Brenner, son coordinateur se fait l’expression :

 » Evoquer un conflit de valeurs, c’est aujourd’hui prendre le risque de se voir cataloguer partisan des thèses de Samuel Huntington et de son « choc des civilisations ». Refuser de voir et de nommer un péril ne l’a jamais fait reculer. Il l’a seulement exacerbé . « 

Cette perspective n’est pas seulement, ni même principalement française – même si elle a, dans notre pays, une dimension propre liée à l’histoire coloniale sur laquelle il faudrait revenir plus longuement (en Algérie aussi,  » nous  » voulions libérer les femmes en les dévoilant). Elle est partie des Etats-Unis et sert de cadre de pensée à l’administration Bush. Elle permet d’inscrire chaque fait isolé dans une vision apocalyptique : un musulman qui effectue ses cinq prières et porte la barbe est  » un intégriste  » ; un attentat du Hamas comme le port du foulard par une jeune fille font partie d’une stratégie planétaire. Le terme d’islamophobie a l’avantage de rendre compte aussi d’un phénomène international. Aucun terme, aussi précis soit-il, ne peut définir une réalité complexe. Mais  » islamophobie  » me semble le mieux convenir, avec les restrictions que j’ai définies au début de ce texte. Il ne s’agit pas d’un usage  » exclusif  » – les termes de  » racisme « ,  » discrimination « , etc. restent, malheureusement aussi d’actualité.

En conclusion, et pour éviter toute ambiguïté, je voudrais reprendre une réflexion de Maxime Rodinson sur la manière dont un groupe donné perçoit l’hostilité de la société. Cette hostilité, dit-il, aussi réelle soit-elle, suscite dans le groupe visé  » une hypersensibilité aux critiques, aux attaques et des fantasmes interprétatifs qui décèlent des agressions, des manifestations d’hostilité, même là où il n’y en a pas, dans des attitudes, des paroles, des gestes indifférents. Cette orientation de la perception aboutit même assez souvent à l’élaboration d’un mythe, à la supposition d’une hostilité mythique. Cette mythification de l’hostilité ressentie est souvent utilisée, plus ou moins consciemment, par les cadres dirigeants du groupe visé dans des buts réalistes, stratégiques et tactiques. Ils élaborent une idéologie d’intouchabilité, favorablement accueillie par la communauté, le groupe qu’ils guident, car elle légitime ses réactions spontanées, elle en fait pratiquement un groupe tabou .  » A cette logique, n’échappent pas les  » musulmans  » et il est évident que l’on ne doit pas céder à la tentation d’en faire  » un groupe à part « , un groupe – ou plutôt des groupes, tant est grande leur diversité – au-dessus de la critique. Mais ce n’est vraiment pas le risque que nous courons aujourd’hui.

P.-S. Alain Gresh est rédacteur en chef du Monde diplomatique

Voir de plus:

Le MRAP assure la défense de l’islam

Athéisme.org

Entre une conférence avec Tariq Ramadan et une poussée de colère contre les laïques, Mouloud Aounit dispose de peu de temps pour lutter efficacement contre le racisme. Depuis 2003, le MRAP se perd régulièrement dans l’impasse de la défense de l’indéfendable : critiquer l’islam serait du racisme. L’organisation use à satiété du terme islamophobie pour désigner comme du racisme la critique de l’islam alors qu’elle doit être pratiquée au même titre que pour n’importe quelle autre secte. Sous le fallacieux prétexte que l’examen libre de l’islam serait une insulte envers les musulmans, le MRAP n’économise pas ses efforts, et ses amitiés fondamentalistes, pour tenter de museler la contestation par l’intimidation et les hauts cris.

Une chronologie, non exhaustive, des actions et déclarations pro-islamiques du MRAP et de son très irritable secrétaire général permet d’en juger aisément :

Septembre 2003 : le MRAP soutient les sœurs Levy pour porter le voile islamique dans le lycée Henri Wallon à Aubervilliers

Le père des deux filles, qui est aussi l’avocat du MRAP, a exprimé toute l’exécration de la laïcité observée au MRAP en qualifiant les laïques d' »ayatollahs de la laïcité », une formule complaisamment reprise par Xavier Ternisien dans Le Monde. Quant à Mouloud Aounit, il a déclaré que l’exclusion des deux sœurs « est une terrible défaite pour la laïcité, une victoire vénéneuse de l’intolérance » (Libération, 22 octobre 2003). Dans l’émission de Thierry Ardisson Tout le monde en parle, il ne dit pas un mot de protestation devant l’expression d’un véritable cliché antisémite par Alma Levy. A l’animateur qui lui demandait si le nom Levy n’est pas trop dur à porter, celle-ci répond : « Non, non… ça va. Au contraire, mon frère ça l’arrange quand il va chez le banquier ! » (cité par Caroline Fourest, Frère Tariq, p. 365).

20 septembre 2003 : le MRAP organise un colloque à l’Assemblée nationale intitulé Du racisme anti-arabe à l’islamophobie

Septembre 2003 – février 2004 : le MRAP organise la cabale contre l’enseignant Louis Chagnon

En septembre 2003, le cours de Louis Chagnon sur le début de l’islam et les activités guerrières de Mahomet lui vaut des attaques de la part du MRAP et de la LDH. Le MRAP dépose une plainte pour « provocation à la haine raciale envers des personnes de confession musulmane » mais, après que le rectorat ait donné un blâme à l’enseignant, le MRAP la retire le 12 février 2004, afin d’éviter que la question soit abordée par un tribunal, trop peu sûr du résultat. Mais Louis Chagnon décide de se retourner contre le MRAP pour diffamation et l’affaire a été plaidée le 10 février 2005. La Procureur de la République a confirmé le caractère diffamatoire des propos du MRAP. Elle a estimé que « la démarche du MRAP n’est pas loyale », qu’il y a « beaucoup d’hypocrisie dans la démarche du MRAP » et n’a pas hésité à employer le mot de tartufferie à son égard.

24 octobre 2003 : dans un communiqué de presse réagissant aux propos de Claude Imbert, qui s’était déclaré « un peu islamophobe », le MRAP assimile la critique de l’islam au racisme anti-musulman

« Ces propos blessants sont inacceptables de la part du fondateur et éditorialiste d’un grand hebdomadaire français qui affiche, revendique, et justifie son racisme viscéral à l’endroit des musulmans », communiqué de presse du 24 octobre 2003. Le MRAP refuse d’admettre qu’attaquer une religion n’est pas jeter l’opprobre sur les croyants.

Selon le MRAP, ces propos sont « d’autant plus inacceptables qu’ils participent à une inquiétante et insupportable banalisation de l’islamophobie, derrière laquelle se dissimule la haine des populations arabo-musulmanes » (Le Nouvel Observateur 27 octobre 2003). Le MRAP s’égare, intentionnellement, en prétendant que critiquer l’islam est haïr les musulmans. Ce faisant, il insulte en fait les musulmans en supposant que tous adhèrent à l’ensemble du Coran, y compris à ses préceptes les plus barbares et misogynes qui sont précisément la cause de l’islamophobie.

30 octobre 2003 : tribune de Mouloud Aounit dans Libération où il se repaît, jusqu’à l’indigestion, du terme islamophobie qu’il assimile à du racisme.

2003 : la section de Paris du MRAP prend la défense de Tariq Ramadan à propos de son texte sur les intellectuels juifs (Caroline Fourest, Frère Tariq, p. 384)

15 novembre 2003 : Mouloud Aounit participe avec Tariq Ramadan à une conférence au Forum Social Européen à Ivry sur Seine

20 novembre 2003 : le MRAP pour le port du voile islamique à l’école

Le MRAP considère qu’une loi contre les signes religieux à l’école ferait « le jeu de l’extrême droite » et prétend, contre toute évidence, qu’il n’y a « pas plus de 10 cas litigieux par an » dans les affaires de voile islamique (déclaration du Bureau national du MRAP du 20 novembre 2003) alors qu’ils se comptent par centaines !

Novembre 2003 : Mouloud Aounit s’énerve contre Caroline Fourest lors d’un débat en l’accusant de faire « des amalgames qui excitent la peur » (Caroline Fourest, Frère Tariq, p. 360)

Décembre 2003 : Mouloud Aounit participe à une conférence sur l’islamophobie avec Tariq Ramadan et Vincent Geisser à Saint Etienne

Écouter la conférence sur le site du centre islamique Tawhid de Lyon.

14 février 2004 : le MRAP pour le port du voile islamique à l’école

Le MRAP apporte sa signature à un texte du collectif « Une école pour toutes et pour tous, contre les lois d’exclusion » qui considère la loi contre les signes religieux à l’école comme une loi raciste (liste des signataires).

2 avril 2004 : Mouloud Aounit bénéficie d’une tribune sur oumma.com

30 avril 2004 : Mouloud Aounit intervient sur OummaTV

Voir la vidéo réalisée pour oumma.com

21 mai 2004 : collaboration de Mouloud Aounit avec Tariq Ramadan

L’université de Jussieu à Paris décide de ne pas accorder de salle pour une conférence où devait participer Mouloud Aounit aux côtés de Tariq Ramadan (Caroline Fourest, Frère Tariq, p. 407)

7 novembre 2004 : MRAP et UOIF, même combat

Le MRAP accepte la présence de l’UOIF dans une manifestation antiraciste dont l’appel est aussi signé par le Collectif Une école pour toutes et tous, le Collectif des Musulmans de France (pro-Ramadan) et la Fédération Nationale des Musulmans de France.

18 novembre 2004 : le MRAP use de la calomnie pour museler, sans succès, la critique de l’islam

Le MRAP diffuse un communiqué de presse calomniateur et mensonger où, à l’aide de citations tronquées, il profère des accusations injurieuses, autant qu’infondées, d’antisémitisme et d’appartenance à l’extrême droite. Par le même canal, sur sa liste de diffusion électronique, le MRAP diffuse un article ahurissant de Vincent Geisser paru sur oumma.com pour qui la critique du judaïsme relève de l’antisémitisme. Aucun droit de réponse n’est accepté par cette organisation qui prétend pourtant défendre les libertés. Entre la manipulation des textes et le mépris pour le droit de la presse, le MRAP s’enfonce un peu plus dans l’abjection et la malhonnêteté.

3, 4 et 5 décembre 2004 : un Congrès national houleux

Au Congrès national du MRAP, réélection difficile de Mouloud Aounit par 131 voix contre 83 (Le Figaro 6 décembre 2004). Le Congrès a entériné l’utilisation du terme islamophobie à une courte majorité.

17 décembre 2004 : le MRAP considère le Comité contre l’islamophobie en France comme une source d’information fiable

Dans un communiqué réagissant à l’agression inadmissible d’une musulmane voilée, le MRAP se réfère à un « rapport » calamiteux du Comité contre l’islamophobie en France, renommé « Observatoire contre l’islamophobie » par le MRAP. Ce rapport range sans aucune distinction des sites internet laïques, athées et rationalistes aux côtés de sites d’extrême droite. Le MRAP se nourrit abondamment de ce genre d’amalgames.

6 janvier 2005 : Mouloud Aounit plus halal que halal

Au journal de 13h de France 2, Mouloud Aounit demande que des repas halal soient proposés dans les écoles et sa colère habituelle s’abat sur Jean-Yves Vayssières de l’Union des Familles Laïques qui défendait la stricte application des principes laïques à l’école. Dans Respublica n° 321 (7 janvier 2005), Michèle Vianès décrit la scène : « Les hurlements, éructations suivis de menaces d’ouverture d’école coranique du président du MRAP, utilisant le discours communautaro-religieux habituel de l’UOIF, ont été immédiats dès qu’il a entendu les mots de laïcité et de République. »

13 janvier 2005 : Mouloud Aounit pour le rétablissement du délit de blasphème

Au journal de 13h de France 3, dans une réaction aux propos pro-nazis de Le Pen, Mouloud Aounit demande que soit rétabli le délit de blasphème : « La justice doit être d’une fermeté exemplaire pour éviter non seulement la récidive mais aussi pour prévenir et de montrer qu’aujourd’hui si la liberté d’expression est un bien fondamental qui fait partie des droits de l’homme, la liberté de blasphémer et la liberté d’ouvrir le champ au racisme doit être condamnée avec la plus grande fermeté » (transcription exacte des propos entendus). Voir aussi L’Express du 24 janvier 2005.

14 janvier 2005 : le MRAP pour le port du voile islamique à l’école

Lors de sa rencontre avec Jean-Pierre Raffarin, Mouloud Aounit a poursuivi son combat antilaïque en voulant dénoncer « un certain nombre de dérapages au niveau de l’utilisation de la loi sur la laïcité » (Associated Press 14 janvier 2005) !

15 janvier 2005 : contestation interne au MRAP

La fronde au sein du MRAP donne de la voix contre la défense systématique de l’islam pratiquée par la direction nationale. Un « communiqué interne destiné aux adhérents du MRAP » est diffusé sur internet après le Conseil National du 15 janvier 2005.

4 février 2005 : la phobie de l’islamophobie

Mouloud Aounit demande à la Ligue de l’Enseignement que le terme « islamophobie » soit placé sur le document de présentation de la Semaine d’éducation contre le racisme du 21 au 26 mars (AFP 4 février 2005).

8 mars 2005 :

Mouloud Aounit proteste contre l’exclusion du collectif Une école pour toutes et tous des signataires de l’appel à manifester pour le droit des femmes le 8 mars (AFP 7 mars 2005). Normal, ce collectif a grossi les rangs du MRAP au cours de l’année 2004, dont Pierre Tévanian, président du MRAP Paris 20ème.

15 mars 2005 : le MRAP pour le voile islamique à l’école

Dans un communiqué de presse du 15 mars 2005, le MRAP manifeste une fois de plus son opposition à la loi contre les signes religieux à l’école. Cette loi aurait « des incidences non négligeables et particulièrement inquiétantes dans le développement du racisme anti-musulman » ! Le MRAP se désole en outre que le débat sur le voile à l’école ait « dégradé la perception de l’islam par l’opinion publique ». Mais motus sur le contenu raciste, guerrier et misogyne du Coran…

15 mars 2005 : une démission au Bureau National du MRAP

Après plus de 9 ans de participation à la direction nationale du MRAP, Isabelle Sirot démissionne du Bureau National du mouvement et explique sa décision : « Je ne resterai pas dans une association qui ne défend plus les valeurs universelles de l’antiracisme et qui favorise par ses prises de positions le communautarisme, pilier du racisme « . Elle dénonce « le dernier communiqué du 8 mars sans allusions aux discriminations faites aux femmes » ainsi que « l’entrisme fait par le groupuscule communautaire « une école pour tous » ». Enfin elle révèle que « le MRAP a perdu 8 % de ses adhérents en 2004 » !

7 avril 2005 : Mouloud Aounit pour le voile à l’école

Au cinéma Cin’Hoche de Bagnolet, une intervention de Mouloud Aounit est prévue à l’issue de la projection du film de Jérôme Host « Un racisme à peine voilé » pour apporter son soutien aux musulmanes voilées. Mais la municipalité en décide autrement en annulant la projection du film.

8 mai 2005 : le MRAP et la Marche des Indigènes de la République

Dans une acrobatie intellectuelle qui aurait rendu jaloux les Jésuites les plus expérimentés, le MRAP explique dans un communiqué qu’il sera présent « à sa manière » à la Marche des Indigènes de la République le 8 mai 2005 à Paris, bien qu’il n’en ait pas signé l’Appel (« certaines de ses formulations n’ont pas reçu l’agrément du mouvement ») : « une délégation du MRAP sera présente à la Marche et y diffusera la Déclaration adoptée à cet égard par le Conseil national du MRAP le 12 mars 2005. »

Octobre 2005 : démission de Pierre Tévanian

Roulé dans la farine par Dieudonné, plus expert que lui en joutes oratoires, Pierre Tévanian, animateur du collectif islamogauchiste Une école pour toutes et tous et accusé, à tort, d’antisémitisme, démissionne du MRAP. Sa carrière y aura été brève puisqu’il y avait adhéré au printemps 2004. Son credo politique se limite à considérer que, finalement, tout est racisme et colonialisme. Victime de méthodes qu’il a lui-même pratiquées en d’autres circonstances (il avait traité Michel Onfray de raciste, c’est dire la lucidité du personnage…), Tévanian est l’arroseur arrosé. Son amateurisme en politique aura eu raison de son militantisme puisqu’il a annoncé suspendre pour au moins un an tout engagement public…

1er février 2006 : les caricatures de Mahomet

Après la publication des caricatures de Mahomet dans France Soir le 1er février, le MRAP exprime sa « consternation devant une inquiétante et piteuse provocation » (AFP 1er février 2006).

4 février 2006 : le MRAP porte plainte contre France Soir

Le MRAP porte plainte contre France Soir pour la publication du dessin représentant une bombe dans le turban de Mahomet au titre de « provocation et incitation à la haine raciale » (AFP 4 février 2006). Le MRAP estime qu’il s’agit d’un « détournement raciste de la liberté d’expression ». C’est pourtant mal connaître le personnage réellement raciste de Mahomet qui a lui-même encouragé le recours à la violence et au meurtre pour affirmer l’islam (cf. les hadiths).

7 février 2006 : 12 élus du BN opposés à la plainte contre France Soir

La contestation se poursuit au sein du MRAP. Douze élus de la Direction Nationale du MRAP estiment que le fait d’engager des poursuites contre le journal France Soir est une grave erreur et demandent son réexamen : Frédérique Ferry (Membre du Conseil d’Administration et Présidente du Comité de Nancy), Jean-Marc Bourquin (Membre du bureau exécutif, comité de St Denis, 93), Nadia Kurys (vice-présidente, membre du bureau exécutif, fédération de l’Ardèche), Horiya Mekrelouf (Membre du Conseil d’Administration, Présidente du Comité de Marseille), Anne Savigneux ( Membre du bureau exécutif, Présidente du Comité de Bourgoin-Jallieu), Gérard Kerforn (Membre du Conseil d’Administration, Président de la fédération des Landes), Maya Vigier (Membre du Conseil d’Administration, Comité de Paris 5e-13e), Christian Delarue (Membre du Bureau exécutif et du Conseil d’Administration, Vice-président du Comité d’Ille et vilaine), Emmanuelle Le Chevallier (Membre du Conseil d’Administration, fédération de Paris), René Meyer (Membre du Conseil d’Administration, Président du Comité de Toulouse), Yves Loriette (Membre du Conseil d’Administration, Président de la Fédération du Val-de-Marne), Didier Poupardin (Membre du Conseil d’Administration, secrétaire de la Fédération du Val-de-Marne).

8 février 2006 : des comités et des fédérations ou responsables locaux s’opposent à la plainte contre France Soir

Dans un texte intitulé « Pas en notre nom ! « , des comités et des fédérations ou responsables locaux s’opposent à la plainte contre France Soir : « Les soussignés sont fondamentalement attachés à la liberté de culte. Ils affirment que la liberté de conscience comporte le droit d’être athée ou de pratiquer toute religion, mais aussi le droit de critiquer et de porter en dérision toutes les religions. […] Mais ils se dissocient de la décision du conseil d’administration du MRAP qui a décidé de poursuivre France Soir. Cette action en justice que le MRAP voudrait placer à l’aune d’une préoccupation antiraciste, se trouve diluée dans un contexte de violence et de racisme de masse dans certains pays du monde. »

Février 2006 : encore des contestations au MRAP

La Fédération du MRAP de Seine-Maritime et les comités du MRAP de Rouen et de Dieppe diffusent une déclaration intitulée : « Pourquoi nous nous désolidarisons de l’action en justice intentée par le MRAP contre France Soir ».

13 février 2006 : Aounit est attaqué de toutes parts

L’obsession islamophile de Mouloud Aounit lui vaut des critiques nombreuses dans la presse : Marianne le 10 février, Charlie Hebdo le 15 février qui brocarde « l’imam Aounit » et rebaptise le MRAP « Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié du Prophète », Libération le 6 février dans le courrier d’un lecteur intitulé « Mrap et Mollahs, même combat ? » ainsi que dans un article du 9 février. Aounit contre-attaque piteusement dans un communiqué le 13 février.

26 février 2006 : le MRAP refuse de participer à la manifestation à la mémoire d’Ilan Halimi

Le 26 février est organisée une manifestation à la mémoire d’un jeune homme juif torturé par des sauvages. Affirmant protester contre la présence annoncée de De Villiers, le MRAP a annulé sa participation mais De Villiers sera finalement chassé du cortège, preuve de l’hypocrisie de cet argument.

Mars 2006 : Jean Ferrat exprime son désaccord avec le MRAP à propos de la plainte contre France Soir

Dans une lettre ouverte à Mouloud Aounit (voir Respublica 428 du 17 mars 2005), Jean Ferrat déclare : « Je suis certainement un des plus anciens adhérents du MRAP mais c’est la première fois que je me demande si je ne vais pas être obligé de démissionner de l’association », « Je trouve la position du MRAP extrêmement grave pour notre mouvement et au delà pour l’avenir de notre démocratie laïque. Je me vois donc forcé de me désolidariser entièrement de cette position et de cette action et de le faire savoir publiquement. » Le festival anti-Aounit continue !

28 avril 2006 : le MRAP prend ses distances avec ses membres signataires d’une pétition « Contre un nouvel obscurantisme »

Le 28 avril 2006, Libération publie une pétition de Caroline Fourest, Corinne Lepage et Pierre Cassen intitulée « Contre un nouvel obscurantisme » et qui entend lutter contre toutes les formes de racisme (antiarabe, antijuif, antifemme ou antihomosexuel) et le fanatisme religieux. La pétition ayant été signée par Alain Callès (ancien président du Mrap), Emmanuelle Le Chevallier (membre du conseil d’administration du Mrap) et Nadia Kurys (membre du bureau exécutif national et de la présidence nationale du Mrap), le MRAP a émis un communiqué de presse ce même jour afin de prendre ses distances avec ces initiatives : « les signataires ne sauraient d’aucune manière engager le MRAP dans la mesure où celui-ci n’a pas délibéré sur le soutien à ce texte. »

7 juin 2006 : dans Le Monde, un article calamiteux pour Aounit

Parution dans Le Monde d’un article de Jean-Baptiste de Montvalon intitulé L’ « islamophobie » secoue le MRAP, un papier calamiteux pour Aounit. Celui-ci obtiendra de faire passer sa version des choses dans une tribune publiée le 16 juin : les sujets litigieux y sont soit évités, soit contestés avec la langue de bois habituelle.

7 octobre 2006 : Le Mouvement de Respect d’Allah et du Prophète

Le festival anti-Aounit continue avec un article de Guy Konopnicki paru dans Marianne le 7 octobre : « Le Mouvement de Respect d’Allah et du Prophète » ! Après les menaces de morts reçues par Robert Redeker, l’auteur écrit :

« Là-dessus, le Mrap intervient par la voix de Mouloud Aounit. Il admet, bien sûr, que les menaces de mort ne se justifient pas. Mais il les justifie aussitôt, en accusant Redeker d’avoir provoqué, insulté la conscience musulmane, en touchant à Mahomet. Le Mrap est ainsi devenu une institution jouant de l’antiracisme pour interdire toute critique de l’islam.

Le sigle a encore changé de signification. C’est donc le Mouvement pour le Respect d’Allah et du Prophète. Je ne respecte pas Allah, ni Mahomet. Guère plus Moïse ou Jésus. Ou Bouddah, ou même Guevara. Je tiens le principe de respect pour une saloperie. C’en est une autre que d’utiliser une organisation antiraciste pour interdire toute critique de l’idéologie coranique. »

25 octobre 2006 : pour Aounit, Redeker = Ben Laden

Le 25 octobre 2006, Mouloud Aounit est invité sur le plateau de « L’arène de France », l’émission de Stéphane Bern sur France 2. Avec pour thème  » Peut-on critiquer les religions ? « , il s’agissait de proposer un débat à la suite des menaces de mort proférées contre Robert Redeker pour sa tribune contre l’islam, parue dans Le Figaro : Mouloud Aounit, en très grande forme ce soir-là, n’a pas hésité à établir un lien entre Robert Redeker et Oussama Ben Laden !

Dès le lendemain, un communiqué est diffusé par les opposants du MRAP à Aounit (Respublica n°482, 31 octobre 2006) :

– « le président du MRAP aurait dû défendre l’exercice d’un droit fondamental: la liberté d’expression. Mais notre président a choisi un autre camp : celui des religieux qui voudraient limiter cette liberté. « ;

– « Nous déclarons nous désolidariser de cette dérive du président de notre mouvement. »

8 novembre 2006 : Aounit sur oumma.com

Nouvelle vidéo de Mouloud Aounit sur oumma.com, pour le collectif « l’Egalité d’abord ! », en prélude implicite à son soutien à Marie-Georges Buffet aux élections présidentielles de mai 2007, et à sa propre candidature aux élections législatives de juin 2007.

27 janvier 2007 : Aounit aux côtés du PCF et président du MRAP ?

En préparation des élections présidentielles, Mouloud Aounit est très engagé aux côtés de Marie-George Buffet, la candidate communiste. Le 27 janvier, lors de l’assemblée générale du MRAP, un tiers des membres du conseil d’administration ont demandé la démission d’Aounit, la confusion des rôles étant incompatible avec l’indépendance du mouvement. Pourtant, Aounit n’entend pas démissionner mais seulement se mettre en retrait de son rôle de porte-parole, une concession toutefois insuffisante (nouvelobs.com, 29 janvier 2007).

5 février 2007 : un an après, le MRAP est toujours contre une des caricatures de Mahomet

A la veille du procès de Charlie Hebdo pour la parution des caricatures de Mahomet, le MRAP confirme, dans un communiqué, qu’il considère qu’une des caricatures est « une caricature raciste : celle représentant le prophète avec une bombe sur la tête « , et termine en rappelant « qu’il a engagé uniquement des poursuites judiciaires contre France Soir pour provocation à la haine et non contre Charlie Hebdo au motif que cet hebdomadaire inscrit son identité dans une tradition satirique connue de longue date. « 

9 février 2007 : des militants du MRAP s’opposent à Aounit en soutenant Charlie Hebdo dans son procès sur les caricatures de Mahomet

Le texte des militants du MRAP sur le site de Prochoix.

22 mai 2007 : Aounit candidat aux élections législatives et président du MRAP ?

Candidat à un mandat de député dans la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis (élection des 10 et 17 juin 2007), Mouloud Aounit refuse de quitter son poste de Président du MRAP comme le lui demandent 26 militants du MRAP (cf. leur texte sur le site de Prochoix), dont des membres du conseil d’administration. Comme Aounit se présente en tant que « candidat des populations issues de l’immigration », les signataires estiment que sa candidature est « incompatible avec la présidence d’un mouvement qui repose sur des valeurs universelles » (nouvelobs.com, 23 mai 2007). Aounit use du MRAP comme d’un instrument personnel pour assurer son autopromotion, au mépris de l’indépendance du mouvement. Mais le résultat du 10 juin ne fut pas vraiment celui attendu avec un piteux 3,24 % des suffrages exprimés. Allah sait l’ingratitude des infidèles !

Octobre 2007 : procès du MRAP contre Fanny Truchelut

Le 2 octobre a eu lieu au tribunal de Grande Instance d’Epinal le procès intenté par le MRAP, la LDH et la LICRA contre la propriétaire d’un gîte des Vosges qui, en août 2006, avait demandé que les principes laïques soient respectés dans les parties communes du logement et, concrètement, qu’une musulmane y enlève son voile. Les avocats du Mrap, Gérard Welzer, et de la LDH, Michel Tubiana, ont pu s’acharner sur Fanny Truchelut en dressant d’elle le portrait calomniateur d’une raciste, catholique d’extrême droite, alors qu’il s’agit simplement d’une femme athée qui refuse la soumission à des religions machistes et l’oppression des femmes qui en résulte (Riposte Laïque n° 6, 5 octobre 2007). Le 9 octobre, Fanny Truchelut a été condamnée pour « discrimination religieuse » à quatre mois de prison avec sursis et à 8400 euros d’amende et de dommages et intérêts.

Décembre 2007 : le MRAP doit condamner le mouvement des Indigènes de la République

Sept membres du CA du MRAP demandent à la direction du mouvement une « condamnation sans appel et dans les plus brefs délais du Mouvement des Indigènes – mouvement qu’à ce jour le MRAP soutient toujours, suite à la décision de son conseil d’administration du 12 mars 2005 », après les propos insupportablement compréhensifs des Indigènes de la République à l’égard du groupuscule noir antisémite Tribu K (Respublica n° 572, vendredi 14 décembre 2007).

9 janvier 2008 : la fédération des Landes du MRAP ne participera pas au congrès national

En raison des nombreuses déviations de la direction nationale du MRAP, la fédération des Landes annonce qu’elle ne participera pas au congrès national de Saint-Denis. Sont en cause la déliquescence de la structure nationale, des moyens d’expression interne confisqués, des entorses graves au principe de laicité, et le développement d’une version corporatiste de l’antiracisme (cf. le texte de la déclaration sur le site du MRAP des Landes).

Avril 2008: un article calamiteux pour Mouloud Aounit dans Le Courrier de l’Atlas

« Un congrès largement boycotté, une direction contestée dans ses orientations « communautaristes », un fonctionnement dénoncé comme antidémocratique, des démissions en chaîne, des effectifs en chute libre… Rien ne va plus au Mrap. » L’article dévastateur de Yann Barte dans le Courrier de l’Atlas d’avril 2008 : http://vigilance-laique.over-blog.com/article-18368149.html .

19 juin 2008: Mouloud Aounit favorable aux revendications communautaristes concernant la séparation des sexes dans les lieux publics

Dans le journal de France 2 du 19 juin, Mouloud Aounit a défendu les revendications religieuses les plus rétrogrades en acceptant le principe de la séparation des sexes dans les gymnases et les piscines. Des militants du MRAP ont immédiatement demandé sa démission de la fonction de président du MRAP : « sa déclaration communautariste remet en cause la mixité de la société et entre en contradiction avec 60 ans d’existence du MRAP » (Respublica n° 593, mercredi 25 juin 2008).

3 septembre 2008: procès en appel de Fanny Truchelut

A Nancy, le 3 septembre, les trois mêmes avocats du MRAP, de la LDH et de la LICRA ont livré la deuxième salve contre Fanny Truchelut, accusée de racisme pour avoir simplement demandé à une musulmane de retirer son voile. Le verdict a été rendu le 8 octobre et il demeure insupportable bien qu’il allège un peu le précédent : deux mois de prison avec sursis et 4000 euros d’amende. Dans quel pays vit-on ? Est-il acceptable de menacer une femme d’une incarcération pour avoir refusé, dans un gite, le port du voile islamique, ce torchon dont le rejet condamne les femmes à mort dans certains pays ?

17 septembre 2008: le MRAP accuse de racisme une auto-école

En septembre 2008, une musulmane voilée, Sabeh Kadi, voit son inscription à des cours d’auto-école refusée du fait du port de son voile, comme précisé dans le règlement de cette société d’auto-école de Seine-Saint-Denis (Cabriolet Roadster des Pavillons-sous-Bois, lepoint.fr 18 septembre 2008). Comme il l’avait fait pour Louis Chagnon, enseignant, Fanny Truchelut, gérante d’un gite dans les Vosges, et d’autres, le MRAP aboie et crie au racisme alors qu’il s’agit d’une simple prescription bien compréhensible en matière de laïcité et de sécurité routière. Dans son communiqué, le MRAP annonce qu’il dépose une plainte et qu’il saisit la HALDE. La chasse est lancée.

3 janvier 2009: le MRAP aux côtés du Hamas à Paris

Le samedi 3 janvier, plus de 20 000 personnes ont défilé à Paris contre le bombardement de Gaza par l’armée israélienne. Le massacre s’élevait, à cette date, à plus de 300 morts dont beaucoup de civils, et il n’a cessé de croître depuis. Cependant, une partie importante du cortège manifestait moins pour la paix et l’arrêt de la guerre que contre l’Etat d’Israël, les sionistes, les juifs, avec d’insupportables parallèles avec le nazisme. Le vrai vainqueur de la journée a été le Hamas, dont la lutte armée reçoit aussi le soutien inconditionnel des Indigènes de la République. En 2006, le MRAP avait annulé sa participation à la manifestation du 26 février à la mémoire d’Ilan Halimi, torturé par des sauvages, en protestation à la présence de De Villiers dans le cortège qui, d’ailleurs, en avait été chassé. Ce 3 janvier, le MRAP n’a pas jugé que ces organisations et individus gêneraient sa présence et promenait donc ses drapeaux dans le cortège.

15 septembre 2009: plainte du MRAP contre Sihem Habchi de Ni Putes Ni Soumises

Le fauve qui rongeait sa corde depuis des années a enfin libéré ses pulsions : le MRAP a déposé une plainte contre la présidente de Ni Putes Ni Soumises, coupable de douter de l’efficacité de l’organisation, autrefois antiraciste, dans la promotion de l’émancipation des femmes. Dans France Soir du 14 septembre 2009, Sihem Habchi déclare : « Quand je vois le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), la LDH (Ligue des droits de l’homme), ou la Ligue de l’enseignement, tentés d’accepter l’excision comme une pratique culturelle, je prends conscience que ce ne sont pas ces gens-là qui vont m’aider à être libre. » L’occasion était trop belle pour, enfin, attaquer une organisation abhorrée par le magma de l’islam politique français et que les puritains musulmans écrivent « Ni **** Ni Soumises » dans les forums sur internet.

janvier 2010: le MRAP confond critique de l’islam et racisme

De plus en plus seul à croire en lui-même, le MRAP a tenté de se rappeler aux souvenirs des antiracistes en publiant début 2010 un document PDF intitulé Internet, enjeu de la lutte contre le racisme. Le document se présente comme une recension de sites internet racistes, tâche fort louable, mais le MRAP semble, dès le début, peu assuré de sa démarche : un préambule prévient que la méthode adoptée « a conduit à identifier aussi des sites contre lesquelles aucune accusation de racisme ne peut être lancée. » La stratégie est donc des plus crapuleuses : on juxtapose des sites clairement racistes et d’autres qui ne le sont pas afin de reporter sur ceux-ci la condamnation de ceux-là. C’est ainsi que la monumentale encyclopédie sur les origines de l’islam http://islam-documents.org figure dans le rapport du MRAP (page 56), non dans la catégorie des sites racistes mais dans celle des sites « islamophobes durs et mous, affichés et masqués ». Par cette classification, les inquisiteurs du MRAP le décrivent comme un des sites « susceptibles de favoriser le racisme contre l’ensemble des musulmans, du seul fait de leur appartenance, à des degrés divers, à cette religion. » Et on reste dans un flou malsain en découvrant que islam-documents.org est rangé dans une sous-catégorie fumeuse : « tous les sites mentionnés sous cette rubrique ne sont pas forcément racistes, mais la plupart sont au minimum racisants. » En résumé, un site pas raciste mais susceptible de favoriser le racisme, un site pas raciste mais racisant : les contorsions calomniatrices de ces champions de la sémantique sont dignes des prouesses les plus absconses des meilleurs théologiens qui tentent d’expliquer que, même avant l’invention de l’islam, Mahomet était déjà musulman. Une déception cependant : atheisme.org est absent de la liste des sites islamophobes. Très vexant.

Première version le 23 février 2005.

Actualisé le 26 mars 2006, le 22 avril 2009 et le 12 mars 2010

Voir enfin:

Antisémitisme éternel ou judéophobies multiples

Conclusion d’un article de Maxime Rodinson, prix 1995 de l’Union Rationaliste

in Peuple juif ou problème juif ?, 1979, repris aux Editions La découverte/Poche, numéro 23

A la mémoire de Waël Zu’ayter

[ancien chef du bureau romain de l’OLP, assassiné le 16 octobre 1972 par le MOSSAD ]

J’ai connu assez Waël pour être sûr qu’il adhérerait à mes conclusions et surtout qu’il les appliquerait tout aussi bien à ses compatriotes palestiniens et arabes, même si la lutte très dure où ils étaient engagés pouvait lui interdire de s’en désolidariser à tout moment.

Il faut poursuivre un travail acharné de démythification qui est une lutte. Les Juifs – j’ai écrit la même chose des musulmans – sont spécifiques, mais leur destinée a été forgée par l’action de facteurs qui ne sont nullement exceptionnels. Ils ont été persécutés comme beaucoup d’autres pour des raisons qui n’ont rien de métaphysique, mais qui se rattachent aux tristes ressorts sociaux de l’histoire humaine. C’est à ceux-ci que se rapporte l’hostilité qu’ils ont rencontrée sous ses formes les plus variées, des plus bénignes aux plus atroces. Ils ont réagi comme les autres individus et groupes avec les mêmes perceptions partiellement déformées et mythifiées qu’impose le type de conscience idéologique à tout homme et à toute communauté humaine. Ils peuvent commettre comme les autres de fautes ou des crimes, ils ne sauraient être toujours et partout innocents. Leurs qualités comme leurs défauts doivent être justiciables des mêmes règles de raisonnement ( quant à leur analyse ) et de jugement moral que les autres. On doit louer leurs qualités, leurs oeuvres intéressantes ou bénéfiques, on doit les défendre contre le dénigrement, les tracasseries, les persécutions. On doit critiquer leurs défauts, condamner les fautes et les crimes que certains d’entre eux peuvent commettre.

Comme je l’ai déjà noté, ces critiques, ces condamnations, les luttes qu’elles sont susceptibles d’entraîner peuvent avoir pour résultat, étant donné la déplorable tendance des idéologies humaines à une vision essentialiste, de développer aussi des effets néfastes. De la critique d’un Juif ou d’un groupe juif, certains peuvent tirer la conclusion à nouveau que l’essence du Juif est malfaisante. Mais si ce fait impose la prudence, l’honnêteté, des précautions constantes pour ne pas donner prise à la généralisation, il en est ainsi pour toutes les communautés. La critique des actes d’un Arabe ou d’un groupe d’Arabes peut entraîner ( et a en fait entraîné ) à un anti-arabisme total et sans nuances. L’ironie ou l’indignation à l’égard du maréchal Idi Amin Dada ou de l’empereur Bokassa Ier peuvent développer des complexes de dénigrement à l’égard de la masse des ethnies mélanodermes. Elles apportent une certaine aide à l’entreprise sud-africaine d’humiliation, d’assujettissement, d’oppression, de persécution des Noirs. Est-ce une raison pour s’abstenir, pour construire un tabou autour de tout un peuple, un groupe, un ensemble d’hommes, au risque – très grand lui aussi – de développer chez lui un complexe de supériorité dont l’expérience historique a montré ( et montre tous les jours ) le caractère terriblement malfaisant ?

Il faudrait renoncer à l’idée profondément enracinée dans la conscience idéologique des militants que toute action ( et les jugements sont des actions ) est univoque, ne peut aboutir qu’à une même catégorie de résultats, bons ou mauvais. Une action utile et nécessaire a, le plus souvent, aussi certaines conséquences nocives. L’inverse est également vrai. Cela devrait – en principe – être facile à comprendre pour les disciples de la pensée marxiste qui, à la suite de Hegel, mettait la contradiction au coeur de l’Etre. Mais, encore une fois en ce cas, les idéologies spontanément engendrées par les situations concrètes, par les nécessités de la lutte prévalent sur les principes théoriques auxquels on a adhéré idéalement. Argument de plus pour la sociologie marxiste d’ailleurs !

Il faut pourtant agir et la parole est une action. Ne pas agir aussi. Se taire, approuver, critique ou laisser critiquer, se joindre à des critiques, tout cela a également des conséquences. Une pause dans la critique des idéologies juives et judéophiles s’imposait lorsque se déchaînaient la propagande, puis les brimades, puis les persécutions et les massacres judéophobes. Actuellement, le danger semble moindre que ceux qu’encourage l’absence de critique, pour les Juifs sans doute en priorité. Ces idéologies ont entraîné ceux-ci sur les chemins de la déraison, dans une vision totalement fausse et nocive pour eux-mêmes des problèmes du Proche-Orient et souvent du monde en général, vers l’approbation moutonnière d’actes absurdes ou criminels, comme l’assassinat de Waël Zu’ayter par des terroristes d’Etat, vers un narcissisme ethnocentrique intense. Les conséquences d’un tel état d’esprit ont toujours été fatales aux peuples qui s’y sont complu. Il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement dans ce cas-là.

Il faut revenir à quelque modestie, à quelque humilité, à quelque compréhension des autres, bref à la raison. Il est indispensable maintenant de dénoncer toute la pensée essentialiste apologétique juive. Il est facile d’en montrer le caractère fallacieux, comme il a été facile de démontrer rationnellement la vanité des essentialismes dénigrants judéophobes – ce qui ne les a pas découragés. Je ne veux pas nier le caractère très particulier de l’histoire juive, les qualités des penseurs et idéologues juifs de l’Antiquité qui, aidées immensément par les circonstances concrètes comme ne l’ont pas été celles des penseurs de Moab, d’Ammon, d’Edom ou de Dedan, ont acquis à leurs idées un succès aussi immense. On ne peut pas nier non plus les qualités de pensée de beaucoup de ceux qui leur ont succédé dans le judaïsme. Il faut admettre assurément que des Hébreux et des Juifs ont souvent atteint ( à côté de bien d’autres ) certains sommets de la pensée humaine, que leurs thèses étaient ou sont restées d’une certaine manière spécifiques et, en ce sens, uniques.

Mais la pensée juive antique et médiévale n’est pas tout entière située du côté de ce que nous avons appris à considérer comme le Bien. Des courants de pensée non moins hébraïques et juifs ont été étroits, barbares, fanatiques, d’un ethnocentrisme farouche. Si les Juifs ont été plus souvent persécutés que persécuteurs, cela ne vient pas de leurs qualités supérieures ( thèse dont on ne voit pas en quoi elle diffère des thèses habituellement appelées racistes ) mais du fait qu’ils ont été, pendant la plus grande partie de leur histoire, sans pouvoir. Les Etats juifs de l’Antiquité ont traité leurs voisins avec cette même barbarie ( commune à l’époque ) dont ceux-ci en usaient avec eux. Quand de rares Etats juifs ont surgi plus tard, ils ont repris des pratiques semblables. L’Etat juif d’Arabie du Sud sous Dhou Nowâs au VIe siècle a commis contre les chrétiens des atrocités qui firent une impression d’horreur sur les contemporains. Ne parlons pas de l’Etat d’Israël d’aujourd’hui. Quelque excuse qu’on veuille lui accorder, il faut une forte dose d’aveuglement idéologique pour ne pas reconnaître au strict minimum que sa conduite vis-à-vis des Palestiniens n’a pas été exemplaire.

Or toutes les théories dont il vient d’être question aboutissent pratiquement à déclarer les Juifs incapables de faire subir aux autres les maux dont ils ont été victimes. Encore un exemple entre mille. Une explication un moment à la mode de la judéophobie ( de l’  » antisémitisme  » ) a été que les antisémites appartenaient à un type caractérologique défini comme  » personnalité autoritaire « . On supposait en même temps implicitement que les Juifs eux-mêmes ne pouvaient être des  » personnalités autoritaires « .

Si sophistiquées que puissent être les théories en question, elles reposent sur la même base sentimentale, la même perception diffuse, la même sensibilité dont on comprend fort bien qu’elle soit exacerbée. Les Juifs, dénoncés pendant longtemps comme une vermine malfaisante par nature, massacrés par millions, ne peuvent souffrir qu’on vienne reprocher à certains d’entre eux quelque chose. Les judéophiles, émus par leurs souffrances, se sentant collectivement coupables d’y avoir contribué (au moins par la passivité massive des groupes auxquels ils appartenaient en Europe), ne peuvent supporter des critiques à ce peuple qui a beaucoup souffert. Derrière chaque critique, ils subodorent (et parfois à juste titre) les relents des judéophobies d’autrefois ou les germes de judéophobies nouvelles. Il serait rationnel d’examiner chaque critique pour sa valeur propre et de refuser toute généralisation essentialiste de type judéophobe. Mais c’est bien là qu’apparemment une attitude dont l’humanité dans sa masse est incapable. Au mythe de la culpabilité totale, elle ne sait opposer que le mythe de l’innocence totale.

Il est tout à fait nécessaire de remarquer que le même processus, très exactement, se fait jour chez les Arabes, les Palestiniens, les arabophiles et palestinophiles (entre autres). Non pas chez tous assurément (et certainement pas chez Waël Zu’ayter), mais chez beaucoup. Les souffrances des Palestiniens, la culpabilité à cet égard de Juifs sionistes ont entraîné certains à ne plus supporter qu’on parle des fautes, erreurs, crimes de certains Palestiniens ou Arabes non plus que des souffrances juives. Celles-ci, difficiles à mettre en doute absolument, ont été minimisées au maximum. De façon ridicule et odieuse, on discute le nombre de Juifs assassinés. On le réduit d’un million, de deux millions, de quelques millions! Comme si cette arithmétique macabre excusait l’énormité du crime !

On me permettra une anecdote personnelle. Sur le bruit de mon activité antisioniste, une jeune Autrichienne m’écrivit un jour une lettre me demandant de la documentation pour prouver que le nombre des victimes (parmi lesquelles se trouvaient des êtres qui m’étaient des plus chers) n’avait pas été si grand. Je lui répondis de la façon la plus sévère. Quelque temps après, elle m’envoya une seconde lettre quelque peu hystérique. Ainsi, me disait-elle, vous niez les crimes des sionistes à l’égard des Arabes et des Palestiniens, vous vous rangez avec eux. Et d’énumérer ces atrocités, ces crimes, ces fautes dont elle ignorait apparemment que j’avais moi-même dressé le tableau, quoique avec plus d’esprit critique et de mesure, au point de m’attirer une solide réputation d’antisémite juif. Découragé par cette incapacité (fort répandue) à comprendre que ceux qui infligeaient des torts aux autres pouvaient eux-mêmes en avoir subi, et de plus graves, je m’abstiens de répondre. Comment ne pas désespérer des capacités de lucidité de l’esprit humain quand de telles passions sont en jeu !

Il faut lutter pourtant, car les chances de la raison, si elles sont réduites normalement, peuvent se développer elles aussi à la faveur de circonstances prévisibles ou non. Il faut lutter car les conséquences des idéologies dénoncées ici s’avèrent chaque jour plus malfaisantes.

Notons seulement la plus nocive actuellement : l’aveuglement largement répandu chez les Juifs devant les conséquences du projet sioniste et de sa réalisation. Le sionisme a été un choix historique, inscrit depuis longtemps dans les faits, et il n’est plus question de remettre en cause le résultat auquel il est arrivé, la nation israélienne, même si ses fruits amers peuvent permettre de douter pour le moins de la sagesse dudit choix. Mais le refus obstiné de comprendre et de reconnaître que ses conséquences ont apporté à d’autres – les Palestiniens au premier chef – un désastre immotivé (comme le reconnaît maintenant le monde entier) est une erreur fatale.

Ce refus enfonce la masse des Juifs du monde dans une attitude d’isolement au milieu de la communauté internationale et des communautés nationales au sein desquelles ils sont insérés. Il les conduit à des alignements politiques contre nature à côté des forces les plus rétrogrades. Cela ne peut que scier les branches sur lesquelles ils sont assis, entraîner les conséquences pour eux-mêmes les plus fatales.

Au Proche-Orient même, ce refus a bloqué toutes les chances de dialogue avec les Palestiniens et les Arabes. Comme je l’ai écrit depuis longtemps, provoquant un déluge d’insultes et de menaces, on peut parler de tout avec les Arabes et même des conditions de la perpétuation dans la Palestine historique d’une ethnie nouvelle (israélienne de souche juive), dotée d’une structure politique propre, mais à condition de commencer par reconnaître le tort qui leur a été porté.

C’est ce refus, cette conviction du droit total, éternel, exclusif des Juifs à la terre de Palestine qui animent les comportements les plus suicidaires des dirigeants israéliens et d’une grande partie de la population qu’ils encadrent. Ainsi la fondation continuelle de nouvelles colonies juives sur les terres palestiniennes conquises en 1967, ce qui ne peut que provoquer l’inquiétude, le désespoir, des difficultés supplémentaires apportées aux négociations nécessaires. Ainsi le refus de négocier avec l’Organisation de libération de la Palestine, seule organisation capable d’entraîner l’acquiescement de la plus grande partie des Palestiniens à un compromis sur les revendications spontanées de ce peuple. Et cela sous le prétexte que cette organisation a été impliquée, partiellement, dans des opérations terroristes, alors qu’Israël n’a conquis son indépendance à l’égard du mandat britannique que par une série d’opérations de même nature !

Que l’esprit de Waël nous guide sur cette voie difficile ! Si difficile que beaucoup peuvent légitimement hésiter à s’y engager. Mais, encore une fois, si ce n’est nous, qui donc ? Et si ce n’est maintenant, quand donc ? Après le nouveau Massada que préparent avec obstination, par des chemins peut-être encore une fous temporairement et mortellement victorieux, les chefs que s’est donnés Israël ?


Antisémitisme: Debray enlève le bas (French ex-marxist revolutionary does his antisemitic coming out)

17 mai, 2010
J'enlève le bas (Myriam, 1981)Vous me disiez: « La grandeur de mon pays n’a pas de prix. Tout est bon qui la consomme. Et dans un monde où plus rien n’a de sens, ceux qui, comme nous, jeunes Allemands, ont la chance d’en trouver un au destin de leur nation doivent tout lui sacrifier. » Je vous aimais alors, mais c’est là que, déjà, je me séparais de vous. « Non, vous disais-je, je ne puis croire qu’il faille tout asservir au but que l’on poursuit. Il est des moyens qui ne s’excusent pas. Et je voudrais pouvoir aimer mon pays tout en aimant la justice. Je ne veux pas pour lui de n’importe quelle grandeur, fût-ce celle du sang et du mensonge. C’est en faisant vivre la justice que je veux le faire vivre. » Vous m’avez dit : « Allons, vous n’aimez pas votre pays ». Albert Camus (Lettres à un ami allemand, 1943)
Je voudrais seulement prévenir un malentendu. Lorsque l’auteur de ces lettres dit « vous », il ne veut pas dire « vous autres Allemands », mais « vous autres nazis ». Albert Camus (Lettres à un ami allemand, préface à l’édition italienne, 1943)
Changez les noms. Mettez ici à la place d’Itzhak Shamir et de Menahem Begin, anciens terroristes promus chefs de gouvernement, quelques noms de Palestiniens emprisonnés ou pourchassés, et vous ne perdrez pas tout espoir de voir un jour la paix. Régis Debray
J’ai trouvé des minorités chrétiennes assaillies par la violence, par l’exode, la dénatalité, le chômage. Entre l’étau israélien et l’hostilité islamique, ils sont suspects pour tout le monde. L’Occident les lâche : trop arabes pour la droite et trop chrétiens pour la gauche. Ce sont pourtant eux qui ont modernisé le monde arabe. Au Xe siècle, ils ont traduit en arabe la culture grecque et au XXe, ils ont été à la pointe de la laïcisation. Ils ont joué un peu le même rôle que les Juifs en Occident au XIXe et subissent un antichristianisme qui rappelle l’antisémitisme d’antan. Et l’invasion américaine en Irak a empiré la donne, en provoquant l’exode massif des chrétiens assimilés à une cinquième colonne. M. Bush a pour ainsi dire islamisé à mort toute la région. (…) Il est grotesque et contre-productif de couper les ponts avec ces forces-là. Nous entretenons leur expansion. Les Américains bien sûr, mais aussi les Européens qui se cachent derrière eux. La religion prend la relève d’une faillite des mouvements laïcs, à laquelle nous avons contribué. (…) Je suis partagé entre mon admiration éthico-intellectuelle pour un formidable exploit de modernité laïque et suis rebuté par la remontée d’un nationalisme théologique qui fait revenir au premier plan l’archaïque et le tribal. Quand je vois des colons, francophones ou américains, arborer devant le mur des Lamentations I am a superjew et faire les fiers-à-bras en tee-shirt devant les Arabes, je suis consterné. (…) L’Europe paie largement l’Autorité palestinienne et ses 150 000 fonctionnaires. Elle finance aussi les infrastructures des Territoires, routes, écoles, hôpitaux. Israël les démolit régulièrement. L’Europe paie et se tait ! Elle aurait pu conditionner son aide à l’Autorité, qui soulage l’occupant, au respect des accords et du calendrier en Cisjordanie, où la colonisation continue de plus belle. L’Europe s’offre une bonne conscience avec de l’humanitaire. Pourtant, sortir de sa passivité serait servir les intérêts à long terme d’Israël. Mais l’Europe ne peut pas se distinguer de l’Amérique pour des raisons historiques : elle craint de se faire taxer d’antisémitisme. Régis Debray (2009)
Cet essentialisme culturel ne me dit rien qui vaille. (…) je le trouve moralement dangereux: mine de rien, il réinstalle Israël au cœur d’une toile d’araignée d’où, armé de ses trois armes absolues – la Bombe, la Bible et l’Holocauste –, il manipulerait le monde. Elie Barnavi (Réponse à Régis Debray)
Tout ce que vous diagnostiquez du conflit israélo-palestinien est vrai , m’a-t-on répondu en substance, mais en France il n’est pas possible de dire publiquement ce que vous écrivez. Le déni de réalité, les faux-fuyants, la pénombre règnent, dans notre pays, autour de l’Israël d’aujourd’hui. Le jour où l’on m’a fait cette réponse, je me suis promis d’écrire un autre livre, engagé, celui-là, simplement pour me mettre en accord avec moi-même, avec ce que j’ai vu là-bas. (…) Abraham le prophète a des disciples, Jacob le patriarche a des descendants. Tout est là (…) Je refuse la supposée illégitimité des goys à aborder ces questions-là. Israël se présente comme le champion de l’Occident au Proche-Orient : en tant qu’Occidental, j’ai le droit de dire à mon soi-disant champion ce que m’inspirent ses pratiques. Et puis je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Au fond, je me suis débarrassé d’un pavé sur la langue. Je ne voulais pas crever sans l’avoir fait. (…) Devant ces check- points où se presse à l’aube un bétail humain infiniment patient, infiniment soumis malgré l’exaspération, j’ai eu honte. Il y a deux Israël, et je ne désespère pas de voir l’un prendre le dessus sur l’autre. Alors oui, je plonge dans la fosse, je quitte mon dégagement, je fais l’intellectuel, tant pis pour moi, par acquit de conscience. (…) Oui, Israël est le peuple de la transmission, de la mémoire. Or la transmission suppose de se mettre à part, de se démarquer, elle recèle une dose de repli sur soi, une possibilité d’autisme et de narcissisme : voilà sans doute pourquoi la dialectique israélienne, à la fois inquiétante et admirable, m’ébranle tant. J’avoue mon ambivalence, mais je demande simplement la liberté de juger et de lever un certain nombre d’inhibitions. (…) Si les synagogues déploient le drapeau et battent tambour, comment veux-tu que le Maghrébin de Barbès prenne au sérieux les appels à ne pas confondre les juifs de France et l’Etat d’Israël ? Régis Debray
Tout cela pourrait être dit plus simplement et, en toute hypothèse, plus brièvement. La société israélienne souffre d’une déficience immunitaire politique. Cette maladie n’est pas apparue avec Netanyahou et Liebermann; elle prend ses racines dans la désastreuse faillite de Camp David II et dans la deuxième Intifada. (…) En Israël, le sionisme n’est pas une idéologie. Comme projet global de renaissance nationale, il est mort et enterré. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un slogan politique ou un autre mot pour désigner le patriotisme. Aviad Kleinberg (historien israélien, Le Point, 13. 05. 10)
Debray (…) multiplie les pirouettes dialectiques (…) ce procédé lui permet en outre d’affirmer une chose puis d’apporter un bémol ou un contrepoint et, donc, de se mettre à couvert. Comme s’il avait peur. Dans ses « Lettres à un ami allemand », Camus est très sévère, mais il ne joue pas à dire oui et non en même temps. Et ça a une autre allure. Sur le fond, Debray est totalement dans l’air du temps, en phase complète avec la doxa, avec les lieux communs anti-israéliens qu’affectionnent les médias et les bons esprits, et il joue les mousquetaires. (…) Je pourrais évidemment reprendre à mon compte une partie de ses propos. Mais c’est précisément cet entrelacement de vérités et d’erreurs qui fait le caractère pervers du livre. A l’arrivée, je ne retrouve rien, sous sa plume, des Israéliens et de l’Israël que je connais. Non seulement il n’aime pas particulièrement Israël, ce qui est son droit, mais il n’y comprend rien, ce qui est plus fâcheux dès lors qu’il se pique d’écrire sur le sujet. Claude Lanzmann

A découvrir vite dans son « teasing » du Point …

Le 19 mai, Debray enlève le bas!

Issu d’une lutte de décolonisation, symbole du colonialisme ?, « Etat colonial », coloniser, exproprier, déraciner, bétail humain, maisons palestiniennes détruites, Palestiniens détenus, barrages, vexations et brutalités gratuites, loi du retour permettant à un coreligionnaire étranger tombé de la planète Mars, New York ou Odessa de traiter l’autochtone en étranger, fierté retrouvée, dégradation, morcellement méthodique du voisin, « réprimer, faire peur et humilier », 43 % des Palestiniens au-dessous du seuil de pauvreté), guerre coloniale vieille école, mousqueton et sagaie, bombardier et molotov, dont enfants et femmes, barbare avec les faibles, dignitaires de la communauté pa assez gallicans, singularité d’existence, supériorité d’espèce, rue juive aveuglée par la Shoah, talismans rhétoriques, fausses analogies, présent psychotique, abus de mémoire, tellement victimes que plus responsables, peur qui fait de plus en plus peur aux voisins, hantises de survie, tradition juive qui déborde et dépasse le fait culturel israélien né qu’au dernier quart du XIXe siècle, diplomatie calibrée pour la vidéosphère, tempère le bulldozer par la flûte enchantée. Quand on a saisi qu’une fausse impression répandue est un fait vrai qui dispense d’aller au fait, on ne peut plus parler de rideau de fumée parce que c’est la chose même qui part en fumée. Ainsi le « processus de paix », formule géniale. C’est le processus qui compte, non son résultat. L’annonce et le commentaire, le bruit suscité, l’interminable clapotis d’éditoriaux, chroniques, colloques, et non son application matérielle et concrète, colons et anticolons, ambiguïté, ambivalence., « Etat juif et démocratique, spécialité, esprit maison , tantôt Job tantôt Josué, Hamlet un soir et Siegfried au matin …

Quelle meilleure controverse pour lancer un livre et relancer une carrière un peu flageolante?

Après les coups de sang éditoriaux annuels contre les m’as-tu-vu du Festival d’Avignon, l’obscénité démocratique, Venise, les Lumières, la dictature du jeunisme, les dérives de la presse écrite, les intellectuels, la religion…

Après les petits coups de main occasionnels à ses compères en fausses écritures …

Voici, de l’ex-guevariste et sherpa mitterrandien revenu de tout (enlèvement du nazi Klaus Barbie compris?) et dénonciateur patenté de la médiocrité des autres,… le contre Israël (créneau ô combien porteur)!

Avec tous les mots et les allusions (lettrées ou bibliques) qu’il faut distillés comme il se doit dans l’actuelle livraison du Point (il manque « apartheid », mais il doit bien être quelque part dans le reste du bouquin) …

Et naturellement les points d’interrogation ou les guillemets de rigueur (on vous dit « colonialisme »?, pas colonialisme !) …

Et surtout, derrière les appels du pied et les clins d’œil compréhensifs à nos pauvres Maghrébins, les cautions qu’il faut (le « refus de la novlangue, « l’ami juif ») …

Bien sûr, alors que « l’icône noire du terrorisme préislamiste » (dixit Le Point) « fait l’évènement à Cannes » avec une série sur Canal + et un film (sans compter l’interview « exclusif » du même numéro du Point), il se trouvera toujours des esprits chagrins pour s’étonner de l’absence des mots qui fâchent comme « irrédentisme arabe« , « terrorisme » ou « jihad » …

La charge de Régis Debray contre Israël
Violaine de Montclos
Le Point
13 mai 2010

Brûlot. Dans « A un ami israélien », à paraître le 19 mai chez Flammarion, l’écrivain dénonce la politique de l’Etat hébreu. Polémique en vue.

Il attend les coups. Il sait d’avance à quelles suspicions, à quels anathèmes l’expose la publication de ce brûlot qui va sans doute clairsemer les rangs de ses amitiés. Le destinataire de cette lettre « A un ami israélien », Elie Barnavi (qui répond à la fin du livre), historien et ancien ambassadeur d’Israël en France, lui a pleinement conservé la sienne. Mais on a semble-t-il là-bas, en Israël, une liberté de parole et de contestation sur le destin de l’Etat juif que l’on n’a pas de ce côté-ci de la Méditerranée.

Envoyé au Proche-Orient par le président Chirac pour y sonder les coexistences religieuses, Debray transforme en 2008 son « rapport » présidentiel – l’hôte de l’Elysée ayant changé – en un bel ouvrage : « Un candide en Terre sainte » (Gallimard, repris en « Folio »), ou les vagabondages d’un laïque lettré sur les chemins entrelacés des religions du Livre. Il remet tout de même aux autorités une note diplomatique… qui sera balayée d’un revers courtois de la main.«  » Tout ce que vous diagnostiquez du conflit israélo-palestinien est vrai , m’a-t-on répondu en substance,mais en France il n’est pas possible de dire publiquement ce que vous écrivez. »Le déni de réalité, les faux-fuyants, la pénombre règnent, dans notre pays, autour de l’Israël d’aujourd’hui. Le jour où l’on m’a fait cette réponse, je me suis promis d’écrire un autre livre, engagé, celui-là, simplement pour me mettre en accord avec moi-même, avec ce que j’ai vu là-bas », dit-il.

Et il n’a pas retenu sa plume. Substituant les termes qu’il croit justes aux euphémismes de la « novlangue » diplomatique : « boucler une population » plutôt qu’« évacuer un territoire »,« peine de mort » plutôt qu’« exécution judiciaire »,« mur » plutôt que « clôture de sécurité ». Exhortant d’une prose grondante, érudite et lumineuse l’Israël d’Abraham à prendre le pas sur celui, aujourd’hui triomphant, de Jacob.« Abraham le prophète a des disciples, Jacob le patriarche a des descendants. Tout est là. » S’aventurant enfin en zone interdite, celle de la mémoire de l’Holocauste, dont la sacralisation pénitentielle aveuglerait l’Occident sur le conflit colonisateur que mène, ici et maintenant, Israël. Les mots sont mille fois soupesés mais les choses sont dites, et l’on va sursauter.

Il devine les attaques, le procès en illégitimité que certains instruiront sans doute. Au nom de quoi, au nom de qui Debray tance-t-il, de nos rives pacifiées, un peuple dont il n’est pas et qui se vit aujourd’hui comme un peuple en guerre ?« Je refuse la supposée illégitimité des goys à aborder ces questions-là. Israël se présente comme le champion de l’Occident au Proche-Orient : en tant qu’Occidental, j’ai le droit de dire à mon soi-disant champion ce que m’inspirent ses pratiques. Et puis je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Au fond, je me suis débarrassé d’un pavé sur la langue. Je ne voulais pas crever sans l’avoir fait. » La phrase est grave, mais Debray n’a pas le masque ombrageux et les accents grandioses qu’on lui connaît parfois. Il a le sourire de celui qui vient, après tant d’années à l’observer de loin, d’entrer à nouveau dans la mêlée.

« J’ai eu honte ». Drapé dans la légende de ses vies successives – Debray le guevariste emprisonné dans les geôles boliviennes, Debray l’ex-sherpa mitterrandien désabusé du pouvoir -, le Commandeur avait fini par se pétrifier dans la posture distante de l’homme revenu de tout. Décryptant de son regard de biais notre société de l’image et les innombrables dégoûts que celle-ci lui inspire. Livrant avec une régularité de métronome de brillants « dégagements » sur le monde tel qu’il va. Une intelligence ample, parfois prise en défaut de paradoxe, jamais d’érudition. Une prose irradiante, dont la sophistication agace certains de ses contempteurs, mais qui saisit le réel comme une plasticienne. Et en dénonce infatigablement la médiocrité. Sauf que ses coups de sang éditoriaux publiés presque chaque année « contre » – contre les m’as-tu-vu du Festival d’Avignon, contre l’obscénité démocratique, contre Venise, contre les Lumières, contre la dictature du jeunisme, contre les dérives de la presse écrite, contre les intellectuels – ont tout de même fini par lui façonner un encombrant double médiatique qui distribue d’un peu trop loin les bons et les mauvais points.« On a fait de moi un bougon, un Alceste. J’ai sans doute ma part de responsabilité dans la construction de ce personnage, mais il est un peu étouffant. » Le voilà qui respire enfin. Avec ce livre-là, Debray quitte son rocher : le médiologue qui préfère d’ordinaire le décryptage aux tentatives illusoires d’influencer le cours des choses s’avance cette fois en intellectuel, au sens littéral.« Devant ces check- points où se presse à l’aube un bétail humain infiniment patient, infiniment soumis malgré l’exaspération, j’ai eu honte. Il y a deux Israël, et je ne désespère pas de voir l’un prendre le dessus sur l’autre. Alors oui, je plonge dans la fosse, je quitte mon dégagement, je fais l’intellectuel, tant pis pour moi, par acquit de conscience. »

Il y a évidemment une forme de paradoxe à voir ce chantre du réenchantement du monde, cet apôtre de la transmission, dénoncer les dérives d’un Etat qui symbolise justement une victoire, improbable et magnifique, de l’héritage transmis. Israël ne réalise-t-il pas, en maintenant un fil millénaire, en inscrivant chacun de ses citoyens dans la continuité d’un « nous » culturel et religieux, ce que Debray appelle depuis toujours de ses voeux ?« Oui, Israël est le peuple de la transmission, de la mémoire. Or la transmission suppose de se mettre à part, de se démarquer, elle recèle une dose de repli sur soi, une possibilité d’autisme et de narcissisme : voilà sans doute pourquoi la dialectique israélienne, à la fois inquiétante et admirable, m’ébranle tant. J’avoue mon ambivalence, mais je demande simplement la liberté de juger et de lever un certain nombre d’inhibitions. Je sais qu’on va me tomber dessus, mais il y a quand même un privilège à l’âge : cela m’est indifférent. »

Extraits :

De l’Etat colonial

« Israël, issu d’une lutte de décolonisation, symbole du colonialisme ? (…) Le hic n’est pas là. Il est qu’Israël n’a cessé, depuis, d’enfoncer le fer dans la plaie en y jetant chaque jour du sel, en rendant insupportable l’inévitable. Il est que l’« Etat colonial » n’a pas cessé de coloniser, d’exproprier et de déraciner. Dix-huit mille maisons palestiniennes détruites. Sept cent cinquante mille Palestiniens, depuis 1967, arrêtés à un moment ou un autre. Onze mille détenus pour l’heure. Cinq cents à six cents barrages en Cisjordanie, lieux de vexations et de brutalités gratuites. En adoptant une loi du retour permettant à un coreligionnaire étranger tombé de la planète Mars, New York ou Odessa de traiter l’autochtone en étranger, lequel doit lui mendier ensuite une autorisation pour accéder à son champ et voir sécher ses oliviers. Il n’était pas écrit que la fierté retrouvée d’un peuple signifierait un jour la dégradation, le morcellement méthodique du voisin ni que « réprimer, faire peur et humilier » puisse devenir une consigne. Il n’était pas dit que passer pour les uns de la survie à la vie en condamnerait des centaines de milliers d’autres, musulmans et chrétiens, à faire le chemin inverse (43 % des Palestiniens vivent au-dessous du seuil de pauvreté).
Dans une guerre coloniale vieille école, entre le mousqueton et la sagaie, le bombardier et le molotov, le napalm et le plastic, le ratio des pertes entre l’armée régulière et les irréguliers est en général à chaque cran de un à dix. Vous l’avez fait passer de un à cent. Sans coup férir. Impeccable. Mille quatre cent cinquante Palestiniens tués, dont quatre cent dix enfants et cent quatre femmes, contre treize Israéliens, d’après les chiffres de l’Unicef.

Si la barbarie affecte l’ensemble du monde, par quel miracle les victimes de la plus grande des barbaries, et leurs descendants, y auraient-ils échappé ? A force de se répéter que pour faire la paix il faut de la force, ils se sont pliés à cette règle morne et jamais fatiguée qui veut que l’on soit barbare avec les faibles.

Aux dignitaires de la communauté

C’est une revendication élémentaire que les juifs de la diaspora ne paient pas les pots cassés, ici, du combat que vous menez là-bas. La distinction devrait aller de soi. Mais n’est-ce pas aux dignitaires de la communauté qu’il faudrait la rappeler ? Ne pourraient-ils se montrer quelque peu gallicans ? La communion avec Rome ne conduit pas l’Eglise de France à prendre fait et cause pour M. Berlusconi. Et le recteur de la mosquée de Paris ne descend pas sur les Champs-Élysées quand triomphe l’équipe de foot algérienne. Voir le grand rabbin de France manifester dans la rue, sous le drapeau bleu et blanc, devant l’ambassade d’Israël, son appui à l’entrée de vos chars dans Gaza froisse les règles et l’instinct de laïcité. Enrégimenter le bon Dieu dans des combats par nature douteux est chose déconseillée en République. La religion, soit. Le nationalisme, hélas, même s’il déshonore le patriotisme. Une singularité d’existence n’est pas une supériorité d’espèce. Mais la capucinade, halte-là. Question de principe. Et pour tes frères, de prudence. Si les synagogues déploient le drapeau et battent tambour, comment veux-tu que le Maghrébin de Barbès prenne au sérieux les appels à ne pas confondre les juifs de France et l’Etat d’Israël ?

De la mémoire

La mémoire a ses assassins. Elle a aussi ses envoûtés. Personne ne placera sur le même plan les pathologies négationnistes et les intoxications mémorielles. Un méchant délire et une mauvaise habitude. La tragédie du Proche-Orient, c’est que la rue arabe est aveugle à la Shoah, tandis que la rue juive – la nôtre aussi – est aveuglée par la Shoah.

La fixation hypnotique sur les traces et cicatrices d’un passé traumatisant, qui permet d’exorciser l’actualité avec toutes sortes de talismans rhétoriques et de fausses analogies, ne fabrique pas seulement le présent psychotique qui désole un Avraham Burg (1). L’abus de mémoire ne permet plus de regarder l’histoire en face, et d’y faire face,hic et nunc. Tellement victimes que plus responsables. Pour nous, Européens, le danger est autre : tellement pénitents que distraits.

1. « Vaincre Hitler. Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste », d’Avraham Burg (Fayard, 2008).

« Il n’est de mémoire que sur fond d’oubli, cet oubli menaçant et pourtant nécessaire », écrit Vidal-Naquet (2). Le bon usage du nécessaire doit admettre le jour, inéluctable, où il passera du psychique au culturel, de l’agenda à la chronologie. Des droits sur nous ? Peut-être. Mais votre droit de vivre dans l’indépendance, ce n’est pas de la Shoah que vous le tirez, mais d’une décision majoritaire de l’Assemblée des nations. La création de l’Etat d’Israël est la culmination d’une odyssée qui n’a pas commencé en 1942. Le génocide a hâté mais non déclenché cette naissance. Il a facilité son acceptation internationale, il n’en est pas à l’origine. La déclaration Balfour sur le foyer national juif date de 1917. La Shoah n’a pas fondé l’Etat. Elle fonde votre peur, qui fait de plus en plus peur à vos voisins : deux hantises de survie s’alimentent l’une l’autre.

Désacralisation n’est pas profanation. La déconsécration de la Shoah, que l’on peut retarder mais non empêcher, ne facilitera pas, bien au contraire, sa réécriture ou son escamotage. Elle rattachera la catastrophe à une longue enfilade, trois millénaires. Libérant l’horizon pour d’autres points de repère, d’autres racines, plus anciennes, plus profondes. La tradition juive, tout ce que les juifs ont construit, pensé, écrit pendant vingt-cinq siècles, dans toutes les langues, déborde et dépasse le fait culturel israélien, dont l’idée n’est née qu’au dernier quart du XIXe siècle.

Une diplomatie calibrée pour la vidéosphère

Sans vouloir te flagorner [NDLR : il s’adresse à Elie Barnavi], vue avec un peu de recul et sur la durée, votre diplomatie ou votre communication – c’est devenu synonyme – me paraît proche du chef-d’oeuvre. (…) Vous avez compris qu’en vidéosphère, ce n’est pas Billancourt mais CNN et le New York Times qu’il ne faut pas désespérer. A l’ogre médiatique vos dirigeants donnent, tous les six mois, une « date butoir », un « nouveau départ », un énième « plan de paix » à gloser et à déglutir. La diplomatie postmoderne, comme la peinture pour Léonard de Vinci,è cosa mentale. La vôtre tempère le bulldozer par la flûte enchantée. Quand on a saisi qu’une fausse impression répandue est un fait vrai qui dispense d’aller au fait, on ne peut plus parler de rideau de fumée parce que c’est la chose même qui part en fumée. Ainsi le « processus de paix », formule géniale. C’est le processus qui compte, non son résultat. L’annonce et le commentaire, le bruit suscité, l’interminable clapotis d’éditoriaux, chroniques, colloques, et non son application matérielle et concrète.

Les deux Israël

Il y a deux Israël. Sans doute plus mais au moins deux. Depuis toujours. Le royaume d’Israël, au nord, et celui de Juda, au sud, réunis en un seul par David, légendaire et courte idylle. Il y a aujourd’hui, même si le second déborde sur le premier, Tel-Aviv et Jérusalem. Laïques et religieux. Colons et anticolons. Rabin et l’assassin de Rabin. L’Israël généalogique et l’Israël vocationnel. Les deux s’enlacent et se combattent. C’est une étreinte et c’est une lutte. Jacob avec l’Ange, sur le Yabboq. Il n’y a pas de raison pour que ce combat finisse; ni votre ambiguïté; ni notre ambivalence. « Un Etat juif et démocratique… » Un casse-tête que ce et. Un cercle carré pour le goy, un exploit possible pour l’élu ? Tout homme est deux hommes, mais ce face-à-face, ce divorce intime, c’est, si tu me permets, votre spécialité. Votre esprit maison peut être tantôt Job tantôt Josué. Hamlet un soir et Siegfried au matin. (…)

Vous marchez sur vos deux pieds, me diras-tu. Vos amis, eux, ne savent plus trop sur quel pied danser. »

« A un ami israélien », de Régis Debray (Café Voltaire, Flammarion, 160 pages, 12 E). Parution le 19 mai.

Voir aussi:

« Debray ne comprend rien à Israël »

Le Point

13/05/201

 Propos recueillis par Elisabeth Lévy

Le Point : Vous avez accepté – sans enthousiasme excessif – de lire le texte adressé par Régis Debray « à un ami israélien ». Il vous a énervé ?

Claude Lanzmann : Je ne sais pas si énervé est le mot juste, il m’a surtout ennuyé. Debray est à l’acmé de ses tics : il multiplie les pirouettes dialectiques que je qualifierai, pour ma part, de formules. Il écrit par formules et chacune de ses formules, au lieu de faire progresser la pensée, la bloque. On dirait qu’il a besoin de se prouver à chaque phrase qu’il est intelligent, et cela donne des puérilités de chansonnier. On en trouve cent exemples dans son livre. Mais ce procédé lui permet en outre d’affirmer une chose puis d’apporter un bémol ou un contrepoint et, donc, de se mettre à couvert. Comme s’il avait peur. Dans ses « Lettres à un ami allemand », Camus est très sévère, mais il ne joue pas à dire oui et non en même temps. Et ça a une autre allure. Sur le fond, Debray est totalement dans l’air du temps, en phase complète avec la doxa, avec les lieux communs anti-israéliens qu’affectionnent les médias et les bons esprits, et il joue les mousquetaires. Cela n’est pas nouveau : il y a dans sa détestation d’Israël une constance qui l’empêche de voir juste. Cela étant, cela m’attriste car je le connais depuis très longtemps. J’ai publié son premier article dans Les Temps modernes : comme il revenait d’Amérique latine, il était truffé d’espagnolismes et je l’ai récrit : il n’y avait pas toutes ces formules.

S’adresse-t-il à un ami israélien ou à ses compatriotes juifs ?

Sur la quatrième de couverture, il se présente lui-même comme un gentil qui aurait, de ce fait, les coudées plus franches pour dire la vérité. Un gentil, c’est un non-juif. Debray ne parle pas aux Israéliens, il parle aux juifs, et pas à n’importe quels juifs : à ceux qui se réclament du défunt camp de la paix. En somme à ceux qui pensent comme lui.

Vous ne pouvez pas tout récuser en bloc. Ses observations ne contiennent-elles selon vous aucune vérité ?

Je pourrais évidemment reprendre à mon compte une partie de ses propos. Mais c’est précisément cet entrelacement de vérités et d’erreurs qui fait le caractère pervers du livre. A l’arrivée, je ne retrouve rien, sous sa plume, des Israéliens et de l’Israël que je connais. Non seulement il n’aime pas particulièrement Israël, ce qui est son droit, mais il n’y comprend rien, ce qui est plus fâcheux dès lors qu’il se pique d’écrire sur le sujet.

Pour lui, Israël est né d’un crime fondateur mais, dit-il, c’est le cas de tous les Etats. Peut-être est-ce une pirouette, mais est-ce faux pour autant ?

Si crime originel il y a, il faut le situer dans son contexte historique. Tout d’abord, le conflit entre juifs et Arabes de Palestine n’a pas commencé en 1948 – pensez aux massacres de Hébron en 1929. Surtout, quand il évoque la naissance d’Israël, Debray passe sous silence le refus arabe du plan de partage de l’Onu, l’entrée en guerre immédiate de cinq pays arabes. Alors, peut-être y avait-il, comme il l’écrit, 60 000 hommes du côté israélien contre 40 000 du côté arabe (d’où tient-il cela ? quelles sont ses sources ? il ne les indique jamais). Mais il oublie qu’une partie de ceux qui combattaient sous la bannière de l’Etat juif étaient des volontaires européens qui savaient à peine se servir d’un fusil ou des survivants qui n’étaient pas encore sortis de leur cauchemar. Certes, les Israéliens n’ont pas été des anges, mais on ne peut pas tout simplifier. De même, lorsqu’il évoque les milliers de Palestiniens détenus en Israël, il se garde de rappeler que les Israéliens les libèrent par centaines pour récupérer un seul homme kidnappé, voire un cadavre. Mais les Palestiniens ne rendent pas leurs prisonniers.

Sans doute partagerez-vous au moins l’inquiétude de Debray – et de Barnavi – sur le poids croissant des religieux dans la politique israélienne ?

D’abord, on exagère beaucoup l’influence des religieux, même si elle est réelle. La majorité des Israéliens se veut encore laïque, mais elle est tolérante : j’ai toujours été frappé non pas par l’antagonisme entre ces deux mondes, mais par leur capacité à coexister de façon plutôt civilisée – ce qu’on appelle le statu quo. Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi Debray, qui tire de sa fréquentation des dignitaires chrétiens ou musulmans tant d’enseignements, montre aussi peu d’empathie pour le monde religieux juif. Jusqu’à la création de l’Etat, c’est la religion qui a préservé l’existence juive. De plus, de quels religieux parle-t-on ? Des ultra-orthodoxes qui considèrent le sionisme comme une hérésie, de ces soldats qui, sur le canal de Suez, refusaient de porter le casque parce que, disaient-ils, c’est la kippa qui les protégeait ? Il subsiste chez beaucoup de juifs une dimension mystique que Debray ne voit pas ou n’aime pas et pour laquelle j’ai une forme de tendresse.

Vous savez bien qu’il s’agit de tout autre chose. Après 1967 et surtout après 1977 et la victoire du Likoud allié aux nationaux-religieux, la colonisation de la Cisjordanie et de Gaza a été menée sous la bannière divine.

Les kibboutz aussi, c’était de la colonisation. Le problème, comme l’observe Debray, est qu’Israël n’a pas de frontières. Mais ce flottement géographique ne peut être imputé au seul Israël, l’irrédentisme arabe y a une grande part. De plus, les Israéliens n’ont cessé de rendre des territoires. Et personne ne songe aujourd’hui à construire de nouvelles colonies. Seulement, les gens qui vivent dans celles qui existent font des enfants. Vous ne pouvez pas les empêcher de construire de nouveaux logements, d’ailleurs même les Américains y ont renoncé.

Admettez que, pour nos esprits laïques, il n’est pas si simple de comprendre cette religion qui est aussi un peuple, et encore moins cet Etat qui se veut juif et démocratique. Quand Debray dit que l’Etat des juifs est devenu l’Etat juif, est-il encore dans l’erreur ?

Israël a, dès sa naissance, été un Etat juif, mais il n’a jamais été l’Etat des seuls juifs. Et Ben Gourion, tout athée qu’il était, a voulu que ce soit un Etat juif parce qu’il savait que la religion en serait non la loi, mais le ciment.

En tout cas, la situation semble aujourd’hui bloquée. Quel est votre diagnostic ?

On ne résoudra pas cette guerre de cent ans avec des slogans simples ni en ironisant sur le processus permanent et la paix qui ne vient jamais. Elie Barnavi espère que le salut viendra de Washington. Je trouve cette position étonnante. Aucun Américain n’a versé une goutte de sang pour Israël et c’est très bien comme ça. Mais à quoi aurait-il servi de créer un Etat juif pour remettre son destin entre les mains de l’Amérique ?

En attendant, en plus de soixante ans, Israël s’est normalisé et, par voie de conséquence, a commis des fautes et parfois des crimes.

Tant que la menace de guerre ou de mort violente est omniprésente, la normalisation est très relative. Debray ricane parce que les Israéliens ne parlent pas de « mur de séparation » mais de « clôture de sécurité ». Qu’il le veuille ou pas, c’est une clôture de sécurité et sa construction a fait cesser les attentats. Mais Israël n’est pas, ne sera peut-être jamais, un pays très normal.

Peut-on disculper l’Israélien d’aujourd’hui au nom des souffrances du rescapé d’hier ou, comme l’écrit Debray, « superposer le rescapé de 1945 au Robocop de 2010 » ?

Robocop ? De qui parle-t-il ? Des jeunes gens qui risquent leur vie pour défendre leur pays entouré d’ennemis ? Du fils de David Grossman, Uri, mort à 28 ans le dernier jour de la guerre contre le Hezbollah ? Dira-t-il à Grossman que son fils était un Robocop ? Que sait Debray de l’armée israélienne, que peut-il comprendre de la vie de ces familles qui, durant la période des attentats-suicides, empêchaient leurs enfants de fréquenter les mêmes cafés pour ne pas risquer d’en perdre plusieurs d’un coup ? Qui l’autorise à parler de la sorte ? C’est insupportable. J’ai rencontré Uri, qui devait avoir une dizaine d’années, alors que j’interviewais son père pour le tournage de « Tsahal ». J’entends encore David me dire : « Nous naissons vieux avec toute cette histoire sur nous. Mais il est difficile de trouver un Israélien qui parle librement d’Israël en 2025 parce que nous sentons peut-être que nous ne disposons pas d’autant d’avenir. » Robocop… c’est indigne ou dérisoire. Chaque Israélien ressent à l’intérieur de lui une faiblesse, une vulnérabilité ontologique. Debray, contrairement à ce qu’il écrit, n’a aucune empathie pour cette peur.

Parlons de la France. Debray pense qu’on en fait un peu trop sur l’antisémitisme. Le juif français est-il, comme il l’écrit, le « chouchou de la République » ?

Cela a été vrai, cela l’est beaucoup moins aujourd’hui, même si les réflexes persistent, notamment dans le monde politique. Le dîner du CRIF est un rituel un peu absurde, même si j’y assiste également. Mais quelle importance ? De plus, l’anti-israélisme, tout aussi pavlovien dans certains médias et certains milieux, est autrement plus prégnant. Il est indéniable, par ailleurs, que les juifs jouent un rôle important dans la vie économique et intellectuelle du pays, mais peut-on en conclure qu’il existe un pouvoir juif qui s’imposerait à la République ? Si les juifs étaient le centre du monde, ils n’auraient pas été massacrés.

D’accord, mais la guerre est finie et la Shoah appartient heureusement à l’Histoire. Au-delà de Debray, beaucoup de gens pensent que la France n’a pas souffert d’un déficit mais d’un excès de mémoire. Cela vous choque-t-il quand il écrit que le « magistère Lavisse » a cédé la place au « magistère Lanzmann » ?

Cette pirouette – une de plus – n’a aucune importance. Autrefois, Debray considérait « Shoah » comme une oeuvre inscrite dans la nécessité de la transmission, mais il ne peut résister à un bon mot. Du reste, son livre contient des phrases bien plus choquantes telles que celle-ci : « La place faite à l’antisémitisme sur le théâtre de nos vertus est due à l’indiscutable singularité de la Shoah. » Il refuse de parler d’unicité. Même cette « singularité », on a l’impression qu’il aimerait la discuter et que seul le pouvoir d’intimidation des juifs l’en empêche. Cette « indiscutable singularité » est une véritable obscénité : quand trois mille juifs, hommes, femmes et enfants, étaient asphyxiés ensemble dans une des grandes chambres à gaz de Birkenau, se consolaient-ils en pensant à l’« indiscutable singularité » de leur sort ? Il y a sans doute eu des excès dans la « mobilisation mémorielle ». Mais ne vous y trompez pas : « ce » n’est pas fini et ça ne finira pas. On ne se débarrasse pas d’un crime d’une telle magnitude. Que certains aient fait de la mémoire un usage politique, qu’on s’en soit servi comme d’un outil ne change rien au fait qu’elle est d’abord l’expression d’une douleur qui ne peut s’apaiser. Oui, les outrances, les rituels, les commémorations, l’« oblique génuflexion des dévots pressés », selon la formule que Debray emprunte à Flaubert et que j’avais utilisée avant lui à ce sujet, peuvent énerver. Ceux que ça énerve n’ont qu’à soigner leurs nerfs

Régis Debray ou la médiocrité d’une certaine pensée française et occidentale
Lucien Oulahbib

Régis Debray vient de se fendre d’une énième diatribe contre Israël (le Point en publie les bonnes feuilles), du moins, principe de précaution oblige, d’un certain Israël, et ce pour son bien. Bien sûr. Au nom d’Israël, comme d’aucuns s’agitent au nom de la Terre, ce sieur professe, sermonne, se prend pour une réincarnation de Bernanos matiné de Maritain et de Blondel, ou alors n’est pas Alain ou Valéry qui veut. Ne parlons pas de Hugo, Zola, Balzac. Profitons de l’occasion d’ailleurs pour esquisser un tri.

Il est certes sans doute vain de contribuer objectivement à la décantation historique inéluctable qui de toute façon s’effectue en permanence en indiquant les individus, philosophes, scientifiques, artistes, personnages pieux, fabuleux, qui apportent quelque chose à l’aventure humaine.

Qui se souviendra d’un Debray dans cent ans? Comparé à un Platon, Aristote, Hegel… Idem pour les Foucault, Bourdieu etc, ou le sous nietzschéisme et le marxisme vulgaire en pack de six, s’horrifiant d’observer qu’il existe du pouvoir de la domination, appelant non pas à les civiliser mais à les supprimer, et toute la sociologie et la philosophie des générations actuelles d’intellectuels sont charpentées de ce bois vermoulu, pas étonnant dans ce cas que les formateurs issus de leurs cours n’ont plus cours y compris dans les cours d’école, chassez le naturel il revient au galop, en pis.

Par contre, et sans spécialement user de l’argument d’autorité, vous n’entendrez guère parler ou peu d’un Raymond Boudon, Jean Baechler, une Chantal Delsol, un Shmuel Trigano, Jean-Pierre Bensimon, mais un peu plus heureusement d’un Pascal Bruckner, d’un Yves Roucaute, d’un Pierre-André Taguieff, pas du tout d’un WVO Quine… Pourtant ces gens tiennent bien la rampe du temps. Même s’ils restent dans l’ombre, (malgré leurs titres académiques, par exemple Boudon, membre d’une dizaine d’académies, Roucaute détenteur de deux agrégations, doctorat etc… Delsol, Baechler, membres de l’Institut…); mais ils ne sont pas estampillés enfants terribles, (ils ne sont pas de la gôche ! celle qui veut raser et baiser gratis) et aussi parce que le phénomène de la répercussion médiatique qui a tant profité aux artistes, aux musiciens particulièrement, donnent de la surface bien plus à l’ivraie qu’au bon grain du fait que ce dernier se tient à distance du spectacle permanent.

Et, comme celui-ci a horreur du vide, il le remplit par exemple avec les Laurey et Hardy de l’entartrage happening, par exemple les Miller et Bonnaud de chez Durand qui, face à la démographe Michèle Tribalat, (une femme qui compte désormais : de plus en plus notre Alfred Sauvy) s’entêtaient à lui asséner que rien n’a changé rien ne bouge concernant l’immigration, Miller s’acharnant à effacer ses propres racines (alors qu’un breton, un corse, en seront fiers, affirmant que la plupart des immigrés actuels veulent devenir français, ce qui est faux, surtout lorsqu’ils sont élevés dans le mensonge.
Il n’y a qu’à voir la manière dont un cinéaste trafique le 8 mai 1945 à Sétif, toute une génération est assise entre deux chaises en réalité : ou continuer à répandre de la fausse monnaie et pérorer chez Ruq-Dur-Ardi-Tad ou alors méditer dans le silence (et un peu d’internet) l’effondrement du radeau France s’enfonçant en même temps que le Titanic Occident.

Rappelez-vous : si l’on en croit BHL (qui s’y connaît en entartrage) :  » Il valait mieux se tromper avec Sartre qu’avoir raison avec Aron », on voit bien le résultat, tant BHL, tout comme Finkielkraut (au bout du compte, et sa confrontation si molle avec Badiou, relaté sur ce blog, en fut un exemple), a décidé de raisonner non pas certes comme Debray sur Israël, mais pas si loin que cela au bout du compte (à dormir debout) à savoir nier déjà la nature humaine et donc également l’avidité de puissance des palestiniens. Oslo oublié bien sûr. 1947, acceptation des juifs, refus des arabes, que dire de plus ? 1917, (plan Balfour) aussi, et rien à voir avec la Shoah pourtant. Dès la victoire des nazis en 1933 au fond les nationalistes arabomusulmans ne voulaient plus entendre parler d’une Palestine « multicuturelle »… Qui osera le dire que les palestiniens veulent expulser tous les juifs des territoires ? Septembre 1971, le roi de Jordanie tue 15000 palestiniens, qui s’en souvient ?…On peut continuer à l’infini, même s’il faut se rappeler aussi que Rabin a été assassiné par un juif.

Seulement, Debray, sur Europe 1 ce jeudi de l’Ascension, persiste et signe dans l’ignorance têtue de l’eurocentriste tiersmondiste post-guevariste, en critiquant les organisations juives qui soutiennent Israël, justifiant en quelque sorte le fait que des juifs soient attaqués dans les rues en France, demandant même un « dialogue » avec le Hamas, on croit rêver, un Hamas qui massacre les palestiniens du Fatah sans que l’on ne dise rien, comme le FLN algérien massacrait ceux qui n’était pas de son bord. Mais devait-on dialoguer avec Hitler lorsque l’on savait que ce dernier n’en avait cure malgré le change donné à Chamberlain et consorts ? Et pourquoi le nationalisme, le désir de puissance, ne devraient être que l’apanage des Juifs et des Occidentaux ? N’est-ce pas là véhiculer encore le vieil adage antisémite du peuple dominateur? Postmarxisme et rousseauisme voient uniquement la cause du mal dans la propriété privée et l’existence du groupe, on en est encore là (et Mélanchon, nouveau Pivert annone l’ensemble). Debray, comme BHL (qui ne jure que par Deleuze et Foucault c’est dire), comme Finkielkraut (sans Heidegger, qui est-il au fond?), n’ont rien appris, n’ont rien compris, ce ne sont pas des politiques de toute façon mais des « intello », blablabla, ils ne veulent pas voir que le nationalisme arabe et musulman n’a pas encore fait son bilan critique et raisonne encore en terme de supériorité à la manière nazie, faisons le bilan du monde arabo-islamique, comparons-le avec l’Asie, l’Amérique du Sud, et même l’Afrique, et l’on verra bien quels sont les réels obstacles à un réel développement de qualité.

On sent bien décidément que le tri a commencé, que la page se tourne, et qu’il faut laisser la place aux vrais penseurs, pas aux pseudo intellos de pacotille. Mais telles ces étoiles mortes dont la lumière luit encore dans le ciel, leur présence se fait encore oppressante, (on en a encore pour des années sans doute), alors qu’ils n’ont « plus » rien à dire, alors qu’ils sont en réalité de plus en plus des obstacles pour l’émergence, enfin, de la vérité sur cette question (eh hop les hyènes se mirent à ricaner en lisant l’avant dernier mot). Wait and see donc.

Voir encore:

« Des propos de salon »
Aviad Kleinberg

Le Point

13/05/2010

L’adresse de Régis Debray à un ami israélien est en réalité destinée à un Israélien vivant sinon physiquement, du moins mentalement et culturellement en Europe. Un Israélien d’Israël aura du mal à se frayer un chemin à travers ce dédale fait de métaphores brillantes, d’ironie sophistiquée et, finalement, de préoccupations très françaises. Un sioniste de gauche entendra l’écho de ses propres inquiétudes dans les avertissements autosatisfaits et quelque peu paternalistes de Debray. A l’occasion, il les fera complètement siens. En tout cas, il sera rarement surpris et encore moins choqué.

Tout cela pourrait être dit plus simplement et, en toute hypothèse, plus brièvement. La société israélienne souffre d’une déficience immunitaire politique. Cette maladie n’est pas apparue avec Netanyahou et Lieberman ; elle prend ses racines dans la désastreuse faillite des discussions de Camp David II et dans la deuxième Intifada.

Incongru. La classe moyenne israélienne a perdu ses illusions sur le processus de paix et pris ses distances avec la politique. Les bourgeois ont voté pour Tzipi Livni, dont l’immobilisme total est parfaitement en phase avec leurs aspirations. Nous n’avons pas de véritable opposition politique. Le bateau de l’Etat navigue à vue, allant là où le poussent les vents du monde global et un groupe très étroit de politiciens cyniques et corrompus.

Dans ces conditions, les développements de Debray sur les mutations du sionisme paraissent hors de propos. Sionisme des kibboutz ou sionisme à kippa ? Ici, la question semble parfaitement incongrue. En Israël, le sionisme n’est pas une idéologie. Comme projet global de renaissance nationale, il est mort et enterré. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un slogan politique ou un autre mot pour désigner le patriotisme. Un sioniste israélien croit à la légitimité de l’Etat juif et se soucie des intérêts de celui-ci. C’est tout. Il faut admettre que ce n’est pas très passionnant intellectuellement, mais, de fait, les idées politiques des Israéliens sont terriblement pauvres. Cette faiblesse intellectuelle est l’un des symptômes de la maladie nationale, de même que notre renoncement à toute utopie – à l’origine, le sionisme avait l’ambition d’inventer un nouvel avenir – et notre indifférence aux dilemmes éthiques – trop « chichiteux » pour les pragmatiques que nous sommes.

Nous avons certainement besoin d’être tirés de notre sommeil. Hélas, les propos de salon sont trop élégants pour nous réveiller

Voir enfin:

Régis Debray - Élie Barnavi : le Proche-Orient, l’islam et nous

Le Figaro
08/02/2008

Le philosophe Régis Debray et l’ancien ambassadeur d’Israël en France Élie Barnavi, débattent de la situation en Israël, des religions et du rôel de l’Europe.

LE FIGARO. Régis Debray, vous évoquez dans la préface de votre livre un «voyage au bout de la haine» . Faut-il penser que vous êtes revenu de Terre sainte encore plus désabusé sur les capacités de tolérance des religions ?

Régis DEBRAY. Disons plus lucide, et encore plus inquiet. Le drame réside en ceci que les religions révélées sont autant meurtrières que vivifiantes. La cohésion collective qu’elles assurent implique une démarcation par rapport à l’identité voisine. Autrement dit les religions, et plus largement les cultures, construisent des murs en même temps que des rassemblements. Et je ne vois pas comment on peut unir sans séparer. Cette dimension tragique est inhérente non au spirituel mais au fait collectif du religieux.

Vous évoquez longuement vos rencontres avec les chrétiens d’Orient. Le moins qu’on puisse dire est que vous êtes pessimiste quant à leur avenir.

R. D. J’ai trouvé des minorités chrétiennes assaillies par la violence, par l’exode, la dénatalité, le chômage. Entre l’étau israélien et l’hostilité islamique, ils sont suspects pour tout le monde. L’Occident les lâche : trop arabes pour la droite et trop chrétiens pour la gauche. Ce sont pourtant eux qui ont modernisé le monde arabe. Au Xe siècle, ils ont traduit en arabe la culture grecque et au XXe, ils ont été à la pointe de la laïcisation. Ils ont joué un peu le même rôle que les Juifs en Occident au XIXe et subissent un antichristianisme qui rappelle l’antisémitisme d’antan. Et l’invasion américaine en Irak a empiré la donne, en provoquant l’exode massif des chrétiens assimilés à une cinquième colonne. M. Bush a pour ainsi dire islamisé à mort toute la région.

E. B. D’accord pour le constat. J’ajouterais que vu d’Israël le dialogue est d’autant plus difficile que les chrétiens se veulent encore plus arabes que les autres Arabes. Certains d’entre eux, comme les Grecs orthodoxes, sont violemment antisionistes. Sans compter qu’une dimension antisémite reste vive. Les Églises d’Orient, hostiles à Vatican II, n’ont pas admis que le pape aille à la synagogue de Rome ni à Jérusalem pour nouer des relations avec Israël. Si on ajoute à cela que Bethléem n’est plus une ville chrétienne on comprend leur désarroi. Finalement, c’est en Israël que les Églises se portent le mieux puisque la liberté de conscience y est garantie et qu’elles ont moins à y subir qu’ailleurs la pression islamiste.

Au fil de vos rencontres, on a parfois l’impression que vous faites preuve de compréhension à l’égard des islamistes, notamment ceux du Hezbollah…

R. D. Attention, oui, fascination, non. Il est grotesque et contre-productif de couper les ponts avec ces forces-là. Nous entretenons leur expansion. Les Américains bien sûr, mais aussi les Européens qui se cachent derrière eux. La religion prend la relève d’une faillite des mouvements laïcs, à laquelle nous avons contribué.

E. B. Régis Debray sous-estime les responsabilités du monde musulman dans ses propres déboires. Il y a une crise de l’islam comme civilisation. Tous les ismes, socialisme, nationalisme etc. que la modernité occidentale a proposés au monde arabe se sont écroulés. Et il ne reste plus en lice que l’islam politique. On nous invite à distinguer différents types d’islamisme, entre d’une part celui qui accepterait la règle du jeu et d’autre part un fondamentalisme de type al-Qaida. Il y a des nuances entre eux, mais tous les islamistes, il suffit de voir leurs 6 000 sites sur Internet, partagent une même lecture dogmatique de l’islam qui constitue un danger non seulement pour nous Occidentaux, mais aussi pour les musulmans qui en sont les premières victimes.

Cette radicalisation n’était-elle pas l’intérêt d’Israël ?

R. D. De fait, Israël a favorisé l’éclosion du Hamas, pour faire pièce au Fatah. Même s’il vaut mieux, pour la propagande, avoir un ennemi outrancier que raisonnable, je crains que les événements lui donnent tort…

Régis Debray, votre évocation d’Israël, qualifié de «démocratie ethnique», est équivoque. On sent que vous êtes déchiré entre admiration et réprobation…

R. D. Je reconnais mon ambivalence. Israël de 1948 n’est pas celui de 2008. Je suis partagé entre mon admiration éthico-intellectuelle pour un formidable exploit de modernité laïque et suis rebuté par la remontée d’un nationalisme théologique qui fait revenir au premier plan l’archaïque et le tribal. Quand je vois des colons, francophones ou américains, arborer devant le mur des Lamentations I am a superjew et faire les fiers-à-bras en tee-shirt devant les Arabes, je suis consterné.

Dans La Révolution européenne,Elie Barnavi et Krzysztof Pomian font l’éloge de l’Europe comme la meilleure du monde possible. Que peut-elle faire pour cette région du monde ?

R. D. L’Europe paie largement l’Autorité palestinienne et ses 150 000 fonctionnaires. Elle finance aussi les infrastructures des Territoires, routes, écoles, hôpitaux. Israël les démolit régulièrement. L’Europe paie et se tait ! Elle aurait pu conditionner son aide à l’Autorité, qui soulage l’occupant, au respect des accords et du calendrier en Cisjordanie, où la colonisation continue de plus belle. L’Europe s’offre une bonne conscience avec de l’humanitaire. Pourtant, sortir de sa passivité serait servir les intérêts à long terme d’Israël. Mais l’Europe ne peut pas se distinguer de l’Amérique pour des raisons historiques : elle craint de se faire taxer d’antisémitisme.


Polémique Bouchared: La sauvagerie de cette tuerie dont seule l’armée française assume l’entière responsabilité (From El-Halia to Melouza: Looking back at the FLN’s unspeakable barbarity)

16 mai, 2010
El-Halia massacre (FLN, 1957)Melouza massacre (FLN, 1962)Algerian working for the French (FLN, 1957)Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux « Damnés de la terre », 1961)
Un drame affreux vient d’ensanglanter la terre algérienne déjà si éprouvée par les crimes sans nom d’un colonialisme aux abois. Toute la population mâle du douar de Melouza a été sauvagement assassinée. Si ce carnage s’inscrit normalement dans la longue liste des crimes collectifs organisés avec préméditation et exécutés froidement par l’armée française dite de « pacification », il dépasse de beaucoup tout ce que tout esprit sain peut imaginer. Aux crimes délibérés s’ajoute cette fois une exploitation politique savamment orchestrée. […] En fait, l’abominable machination politico-militaire tend à démontrer qu’avec le départ de la France, l’Algérie serait à feu et à sang. […] C’est pourquoi, le F.L.N. peut s’adresser solennellement à la conscience universelle pour proclamer à la face du monde civilisé son indignation devant la sauvagerie de cette tuerie dont seule l’armée française assume l’entière responsabilité. Tract du FLN (1957)
Ne l’oublions pas, ce n’est pas une paisible communauté villageoise que le FLN a attaqué, mais un véritable camp de guerre du MNA, dont les hommes utilisaient la population comme bouclier. Mohammedi Saïd (31 octobre 1991).
ll y a eu entre les différents courants de la résistance algérienne des liquidations internes, des exécutions sommaires. Il y a eu un jeu de pouvoir, un rapport de forces qui a évolué. Donc tout cela serait remis au jour si on ouvrait les archives complètement. C’est peut-être une des raisons qui expliquent le mutisme algérien. Gisèle Halimi

Massacres d’enfants, égorgements, viols, mutilations, balles bourrées de poils et de bris de lames de rasoir …

Adversaires politiques massacrés au fusil, au couteau, à coups de pioche, taillés en pièces …

Loyalistes lapidés, éventrés, baïonnette, énucléés, ébouillantés vivant,
promenés habillés en femmes, nez, oreille, et lèvres coupés, émasculés, enterrés vivants dans la chaux ou même dans le ciment, brûlés vifs à l’essence, enterré vivant la tête dépassant et recouverte de miel, crucifiés sur des portes, nus sous le fouet en traînant des charrues, les muscles arrachés avec des tenailles …

Suite au retour en force de la bonne conscience anti-coloniale avec le dernier film de Rachid Bouchared à Cannes (« Hors la loi ») dans lequel il prétend « rétablir la vérité historique » …

Retour, via le témoignage d’une rescapée, sur l’une des dates les plus occultées du conflit franco-algérien

La barbarie sans nom du massacre d’El-Halia (et Ain-Abid) en août 1955 …

Mais aussi, outre les crimes de guerre contre le parti rival de la MNA (faussement attribués de surcroit à l’Armée française), la terrible barbarie des exactions, après les accords de paix, contre les loyalistes

Le 20 août 1955, j’étais à El-Halia

Le 20 août 1955, « une date terrible, une date inoubliable » dira Yves Courrière dans son « Histoire de la guerre d’Algérie » (éd. Taillandier). Ce jour-là, Zighout Youssef, le chef de la wilaya 2, lance la population civile de certains douars du Nord-Constantinois contre les Européens. A EI-Halia, petit centre minier près de Philippeville, trente-deux personnes sont assassinées dans des conditions barbares. Marie-Jeanne Pusceddu témoigne.

Je m’appelle Marie-Jeanne Pusceddu, je suis Pieds-Noirs, née à Philippeville en 1938 de parents français, d’origine italienne. Mes parents étaient des ouvriers; toute ma famille, frères, oncles, cousins, travaillait à la mine d’El-Halia, près de Philippeville. Ce petit village d’El-Halia n’était qu’un village de mineurs, d’artisans qui travaillaient dur dans la mine de fer.

Il y avait également des ouvriers arabes avec qui nous partagions, au , moment de nos fêtes respectives, nos pâtisseries et notre amitié. Ils avaient leurs coutumes, différentes des nôtres, nous nous respections. Nous étions heureux.

Les « événements d’Algérie » ont commencé en 1954. Mais pour nous, la vie était la même, nous ne nous méfions pas de nos amis arabes.

Je me suis mariée le 13 août 1955, nous avons fait une belle fête et tous nos amis étaient là, notamment C…, le chauffeur de taxi arabe que nous connaissions bien… Avec mon mari, nous sommes partis en voyage de noces.

Le 19 août 1955, avec mon mari André Brandy (ingénieur des mines employé au Bureau de la recherche minière d’Algérie), nous avons pris le taxi de C…pour rentrer à El-Halia. Pendant le trajet, C… nous dit : « Demain, il y aura une grande fête avec beaucoup de viande ». Je lui répondis : « Quelle fête ? Il n’y a pas de fête ». Je pensais qu’il plaisantait…

Le lendemain, 20 août, tous les hommes étaient au travail à la mine sauf mon mari. Il était juste midi, nous étions à table, quand soudain, des cris stridents, les youyous des mauresques et des coups de feu nous ont surpris. Au même moment, ma belle-sœur Rosé, sa petite dernière Bernadette (trois mois) dans les bras arrive, affolée, suivie de ses enfants, Geneviève 8 ans, Jean-Paul 5 ans, Nicole 14 ans, Anne-Marie 4 ans. Son aîné Roger, âgé de 17 ans, était à la mine avec son père. Avec ma mère, mon frère Roland de 8 ans, Suzanne ma sœur de 10 ans, Olga mon autre sœur de 14 ans et mon mari, nous avons compris qu’il se passait quelque chose de grave. Les cris étaient épouvantables. Ils criaient : « Nous voulons les hommes ». Je dis à mon mari : « Vite, va te cacher dans la buanderie ! ».

Nous nous sommes enfermés dans la maison, mais les fellaghas ont fait irruption en cassant la porte à coup de hache. À notre grande stupeur, c’était C…, le chauffeur de taxi, « l’ami » qui avait assisté à mon mariage. Je le revois encore comme si c’était hier. Il nous a poursuivis de la chambre à la salle à manger, puis dans la cuisine; nous étions pris au piège. C…, avec son fusil de chasse, nous menaçait. Il a immédiatement tire sur ma pauvre mère, en pleine poitrine, elle essayait de protéger mon petit frère Roland. Elle est morte sur le coup avec Roland dans ses bras, lui aussi gravement atteint. Ma belle-sœur Rosé a été tuée dans le dos. Elle gardait son bébé contre le mur, ma jeune sœur Olga s’est jetée, dans une crise d’hystérie, sur le fusil, il a tiré à bout portant, la blessant salement. Il nous narguait avec son fusil.

Bravement et affolée, je lui dis : « Vas-y ! Tire ! Il ne reste plus que moi ». Il a tiré, j’ai reçu la balle à hauteur de la hanche, je n’ai même pas réalisé et il est parti.

J’ai pris les enfants, les ai cachés sous le lit avec moi, mais je souffrais trop et je voulais savoir si mon mari était toujours vivant. Je suis allée dans la buanderie et me suis cachée avec lui derrière la volière. Les fellaghas, les fils de C…, sont revenus. Ils se dirigeaient vers nous en entendant un bruit, mais l’un d’eux a dit en arabe : « C’est rien, c’est les oiseaux ». Et nous sommes restés, apeurés, désemparés, sans bouger jusqu’à cinq heures de l’après-midi. Les cris, les youyous stridents, la fumée, le feu, quel cauchemar !…

Un avion de tourisme est passé au-dessus du village et a donné l’alerte. L’armée est arrivée à dix-sept heures. Et là, nous sommes rentrés dans la maison pour constater l’horreur. Mon petit frère Roland respirait encore; il est resté cinq jours dans le coma et nous l’avons sauvé. Malheureusement, ma sœur Olga a été violée et assassinée, ma sœur Suzanne, blessée à la tête, elle en porte encore la marque. Puis l’armée nous a regroupés. Ma famille Azeï, tous massacrés au couteau, la sœur de ma mère, son mari, ses deux filles dont l’une était paralysée, l’une des filles qui était en vacances avec son bébé a été, elle aussi/ assassinée à coups de couteau (c’est la fiancée de son frère, qui s’était cachée, qui a tout vu et nous l’a raconté). Le bébé avait été éclaté contre le mur. Puis, mon cousin a été tué à coups de fourchette au restaurant de la mine, le frère de ma mère. Pierrot Scarfoto a été, lui aussi massacré, en voulant sauver ses enfants, à coups de couteau, les parties enfoncées dans la bouche, ainsi que mon neveu Roger, âgé de 17 ans. Mon père, sourd de naissance, blessé à coups de couteau, s’était réfugié dans une galerie abandonnée. Il n’a pas entendu l’armée, on ne l’a retrouvé que quinze jours plus tard, mort à la suite de ses blessures. Il a dû souffrir le martyre. Mon jeune frère Julien a été également massacré.

Treize membres de ma famille ont ainsi été martyrisés, massacrés par le F.L.N.

Je suis restée à l’hôpital près de trois mois, j’avais fait une hémorragie interne avec infection, car les balles fabriquées étaient bourrées de poils, de bris de lames de rasoir.

Nous avions échappé à la mort, mais pas à la souffrance. Mon mari fut muté à Bougie, mais le chantier ayant subi une attaque, il a dû fermer; puis à Ampère, près de Sétif, et finalement au Sahara. Mais les femmes n’étaient pas admises. J’ai été recueillie avec mes deux frères à Lacaune-les-Bains, chez les sœurs de Saint-Vincent-de-Faul, j’y étais déjà venue plus jeune.

Le fellagha meurtrier de ma famille a été arrêté, j’ai dû venir témoigner pendant trois ans en Algérie, car j’étais le seul témoin. Mon témoignage fut mis en doute, du moins la façon dont les miens ont été massacrés. Ils ont déterré ma mère pour voir si je disais la vérité, je n’en pouvais plus. On a retiré plusieurs balles et la seule chose de positive dans tout ce cauchemar, c’est le collier qu’elle portait et que l’on m’a remis; collier dont je ne me séparerai jamais.

Voir aussi:

MASSACRE D’UNE FAMILLE EN ORANIE
Jean-Claude KESSLER

Témoignage recueilli par Hervé CUESTA dans le dernier numéro d’Aux Echos d’Alger

Depuis quelques jours une espèce d’hystérie collective s’est emparée de la presse et de l’audiovisuel mettant en cause le comportement de l’armée Française durant la guerre d’Algérie. D’anciens soldats du contingent éprouvent aujourd’hui, disent-ils, un besoin impérieux de parler…. de dénoncer Certaines dérives qu’aurait pu commettre notre armée durant ce conflit. Aussi, j’ai décidé à mon tour de parler, de raconter…

Tout ce qui va suivre est un témoignage destiné aux générations présentes et à venir, afin de ne jamais oublier le martyre qu’ont subit ces Français d’Algérie, véritable génocide que la France a caché.

Je veux raconter…

Les toutes premières victimes innocentes, qui au lendemain de la Toussaint sanglante, pour la plupart des femmes et des enfants, étaient retrouvées affreusement mutilées, mais ceci n’allait être que le prélude d’une extermination qui devait durer plus de sept ans.

Alors que je me trouvais avec mon unité en Oranie, nous étions chargés d’assurer la protection de femmes isolées et au cours de la journée nous passions les voir afin de les rassurer. Je me souviens en particulier d’une famille de cultivateurs dont leur ferme n’était qu’à une vingtaine de kilomètres de notre base, elle était composée du père, de la mère et de quatre enfants dont l’aînée, une fillette de quatorze ans et le dernier âgé seulement de quelques mois, ils avaient installé sur le toit une sirène à air comprimé qu’ils devaient déclencher en cas d’attaque. Je me souviens de cette nuit où le hurlement lugubre de la sirène semblait nous dire : « dépêchez-vous » .

Je veux vous raconter ce que nous avons retrouvé à notre arrivée :
La grange était en feu, dans la cour la fillette était au sol, morte et entièrement dévêtue, après l’avoir violée ils lui avaient tranche la tête et déposée entre ses jambes nues. Mes hommes et moi étions pétrifiés, incapable de bouger, le plus jeune du groupe a vomi et a refusé d’aller plus loin.

Nous nous sommes dirigés vers l’entrée de la maison et là, dans la grande pièce qui servait de séjour, j’ai découvert ce qu’on appelle l’horreur, le père était étendu près de la grande table qui occupait le centre de cette pièce, son visage, les yeux grand ouvert disaient encore sa souffrance et sa bouche entre-ouverte avait vainement tenté de prendre un peu d’air quand ils l’ont égorgé, son pantalon était rabattu sur ses chaussures.

Il était émasculé et il y avait du sang partout sur le sol.

Sur la grande table gisait sa femme, la jupe retroussée sur sa poitrine, une grande plaie allant du pubis jusqu’à la taille et par où s’échappaient ses viscères qui pendaient le long de la table.

Un peu plus loin sur le sol, une « bouillie » sanguinolente qui de prime abord ne ressemblait à rien, était en fait les deux garçons sur qui les terroristes s’étaient acharnés probablement à coup de barre transformant leur tête en une espèce de galette rouge dont la cervelle striait de blanc cette flaque.

Enfin je dois raconter aussi comment nous avons découvert le quatrième enfant. Un bébé d’une quinzaine de mois, comment décrire la scène tant cela est hideux, dans la cheminée éteinte ils s’étaient servi du tournebroche pour empaler l’enfant, le pique qui traversait son corps ressortait près du cou, sa tête pendait et ses mains touchaient les cendres du foyer.

Il flottait dans la pièce une odeur fade, et je sais à présent ce que l’on appelle l’odeur de la mort ; Les corps étaient encore chauds preuve que le massacre venait d’avoir lieu, les ***** ne devaient pas être bien loin.

Nous avons roulé les cadavres dans nos toiles de tentes afin de les ramener à notre camp, et j’ai du personnellement retirer le pique qui empalait le bébé car les hommes qui m’accompagnaient ont refusé de toucher le petit corps meurtri et je ne voulais pas, par respect pour cet enfant dont le seul crime avait été de naître européen, que d’autres le voient.

Peut-on imaginer que des êtres humains puissent commettre de tels actes au nom d’une quelconque idéologie sans devenir eux-mêmes des animaux.

Voir également :

http://mdame.unblog.fr/2007/06/24/1957-melouza-un-oradour-sur-glanes/

1957 MELOUZA un Oradour sur Glanes
24 juin, 2007

Village de MELOUZA

Bilan: 315 morts, 150 blessés.

Motif invoqué : refus de soumission au F.L.N.

Nous sommes le 28 mai 1957, dans le village de Melouza en Kabylie. La cible du FLN, ce n’est plus les Européens cette fois, mais ses propres frères. C’est à Melouza en effet que le FLN a décidé de « punir » le MNA, l’organisation rivale qui lui fait de l’ombre dans la région.

Au début de l’après-midi , sous les ordres de Mohamedi Saïd, ( ancien de l’abwer, le renseignement allemand pendant la seconde guerre mondiale) commandant de la willaya 3, une bande F.L.N. , renforcée par de nombreux habitants des environs, prélevés de force, encercle la partie est du douar.

Ce petit territoire comporte une population de 3395 habitants groupés en 5 mechtas; son centre est la mechta Kasba où vivent 700 personnes. Les rebelles fouillent chaque mechta, pillent, extirpent les hommes et les jeunes gens qu’ils refoulent jusqu’au lieu du massacre. En fin d’après-midi, tout le monde est parqué dans la mechta, et dès la tombée de la nuit commence l’exécution systématique de tous les hommes présents. Saahnoun ordonnera à ses hommes de massacrer tous les civils.

« Et c’est le massacre, la folie sanguinaire. Au fusil, au couteau, à coups de pioche, les fellaghas taillent en pièces leurs prisonniers… Des flots de sang s’écoulent maintenant des maisons transformées en abattoirs humains. Le massacre dure une demi-heure à peine. Aux cris, aux supplications, aux coups de feu, aux hurlements des djounouds déchaînés succède un silence pesant. Abdelkader Sahnoun réunit ses hommes. Il faut fuir. Maculés de sang, les yeux égarés, ils regagnent la zone Est. »

La tuerie se termina vers 16 heures… C’est le groupe d’un nommé Chaffaï qui aura la charge d’achever les blessés. Peu après, les femmes maintenues à distance se précipitent

« Hagardes, se déchirant le visage de leurs ongles, comme prises de folie, elles allaient d’une maison à l’autre, glissant dans des flaques de sang gluant, retournant les cadavres pour retrouver un fils, un frère, un mari. Le village n’était plus qu’un hurlement. Dans chaque gourbi, le même spectacle. Des corps affreusement mutilés, des cadavres dont le visage gardait l’empreinte d’une terreur indicible, et du sang partout, en mares, en plaques, en traînées sur le sol et sur les murs. Et flottant dans l’atmosphère, cette odeur lourde, chaude et fade, du sang et des corps en décomposition. »

Dans les maisons et les ruelles transformées en abattoir, l’armée française, à son arrivée sur les lieux deux jours plus tard, dénombrera 315 cadavres.

Le martyre de Melouza fut abondamment exploité par la propagande de la gauche française, qui expliqua le massacre par les sentiments profrançais des habitants du village, alors qu’il s’agissait d’un conflit fratricide. Les victimes étaient des maquisards ARABES

Le “général” Bellounis, effrayé par le carnage, demanda quelques jours plus tard un rendez-vous au capitaine Combette, responsable de la région et lui annonça qu’il se ralliait à l’armée française.

Voir aussi:

La vérité sur la tragédie des Harkis
Le Point
8 février 2002

La guerre d’Algérie s’arrête officiellement le 19 mars 1962. Pourtant, elle n’est pas finie pour les Harkis. Au moins 50 000 vont être victimes des pires exactions de la part du nouveau pouvoir. Aujourd’hui, il est temps de se souvenir de ces musulmans.

Dillem Areski était un harki. Un parmi ces 200 000 Français musulmans qui ont combattu aux côtés de la France pendant la guerre d’Algérie. Dans la nuit du 26 janvier dernier, une patrouille de police a découvert son corps dans une rue du 19e arrondissement de Paris. A 59 ans, SDF, il aurait dû finir dans une fosse commune. Mais une association d’anciens officiers français en Algérie ne l’a pas voulu. Le soldat a été enterré in extremis dans le carré musulman du cimetière de Thiais (Val-de-Marne), aux côtés d’autres harkis sans famille. Dillem Areski s’était engagé à 17 ans dans l’armée française. C’était en 1959, après que toute sa famille eut été assassinée par le FLN. Son père, adjudant-chef de l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale, refusait de se battre contre la France. Les faits d’armes de Dillem Areski au sein du 3e régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMA) lui vaudront trois citations. Partisan de l’Algérie française, il quitte l’armée et embarque clandestinement en juin 1962 pour la France.

Un drame parmi d’autres. Il illustre le destin tragique de ces musulmans d’Algérie qui avaient choisi le “parti de la France”. A côté des Dillem Areski qui ont pu gagner la France et ont sombré dans l’oubli une fois arrivés en métropole, il y a tous ceux qui ont payé de leur vie le fait de n’avoir pu s’enfuir à temps. Car, après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, qui précédait de quelques mois l’indépendance de l’Algérie, scellée par les accords d’Evian, des dizaines de milliers de harkis et de pieds-noirs ont été abandonnés par l’armée française aux représailles du FLN. Pendant quarante ans, cette page douloureuse de notre histoire a été trop rarement évoquée. Jusqu’à ce que, le 25 septembre 2001, lors de la 1re Journée nationale d’hommage aux harkis, le président Jacques Chirac déclare enfin : « Le moment est venu pour nous tous, Français, de porter un regard de vérité sur une histoire méconnue, une histoire déformée, une histoire effacée. »

Le 19 mars 1962, les harkis sont désarmés dans le cadre du cessez-le-feu et leurs unités, dissoutes, tandis que l’armée française entame son retrait du territoire algérien. Désormais, la sécurité des anciens « supplétifs » ne repose plus que sur les accords d’Evian, qui garantissent en principe l’absence de représailles. « J’avais sous mes ordres une cinquantaine de moghaznis qui faisaient office de gendarmes locaux et protégeaient les dix-huit villages dont j’avais la charge », raconte Daniel Abolivier, à l’époque lieutenant de l’armée de l’air, détaché à la section administrative spécialisée (SAS) d’Irdjen, en Kabylie. « Après le cessez-le-feu, un colonel m’a convoqué avec la vingtaine d’officiers SAS de la région pour nous dire : vous allez désarmer vos hommes. Nous avons protesté en disant qu’ils allaient être massacrés. Il a répondu : vous le ferez comme tout le monde. C’est comme cela que j’ai eu mes galons en Indochine et j’espère passer bientôt général. » Ecoeuré par « la lâcheté » de certains officiers supérieurs, le lieutenant Daniel Abolivier démissionnera de l’armée et deviendra instituteur. Dans certains commandos de harkis, le désarmement s’est carrément fait sous la pression d’unités blindées.

De la Kabylie à l’Oranais, les anciens partisans de la France se retrouvent ainsi sans arme, en butte à la vindicte des « marsiens », ces combattants de la dernière heure qui ont rejoint le FLN à partir de mars 1962. « Les désarmer puis les abandonner, c’était envoyer un message d’encouragement au FLN : faites-en ce que vous voulez, on vous les laisse », dénonce Daniel Abolivier. Dès la nuit du 19 mars 1962, le maire musulman de Saint-Denis-du-Sig-en-Oranie est égorgé, défiguré et mutilé, ainsi qu’une douzaine de moghaznis. Parmi les victimes figure l’ordonnance d’un jeune sous-officier français, Jean-Pierre Chevènement.

Le général François Meyer a lui aussi vécu cette période sanglante comme lieutenant au 23e régiment de spahis, dans le Sud oranais. A la brasserie de l’Ecole militaire, où il nous a donné rendez-vous, il a accepté d’évoquer ses souvenirs : « En avril 1962, j’ai retrouvé les corps de 22 de mes anciens supplétifs, ainsi que celui du maire de Bou Alam, dans trois charniers. » Certains ont été égorgés, d’autres massacrés à coups de pierre. Le 26 avril, François Meyer rejoint en hélicoptère le poste militaire de Géryville lorsqu’il aperçoit au sol un groupe d’hommes qui fait de grands signes. « C’étaient les harkis du poste d’Agneb. Ils se sentaient menacés et voulaient partir en France, mais nos hélicoptères étaient pleins. Je leur ai promis de prévenir le poste de Géryville. Nous n’avons plus jamais entendu parler d’eux. » Le lendemain, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Georges Pompidou, assure que « toutes les dispositions ont été prises pour qu’il n’y ait pas de représailles ».

Licenciés avec prime

Pierre Messmer, à l’époque ministre des Armées, fournit une explication au moins partielle en nous recevant dans son bureau de chancelier à l’Institut de France : « Nous avons proposé aux harkis de s’engager dans l’armée française. Ceux qui l’ont fait ont été protégés. Très peu malheureusement ont choisi cette option. » Sauf que beaucoup de ces supplétifs ne réunissaient pas les conditions pour intégrer l’armée française. Qui plus est, s’engager signifiait laisser la famille à la merci des vengeances du FLN. Une autre possibilité était de signer un « contrat de réflexion de six mois non renouvelable en tant que personnel civil », ce qui impliquait d’aller vivre désarmé au milieu d’une population désormais acquise au FLN.

Seulement 1 000 harkis souscriront un engagement dans l’armée et 2 000 un contrat civil. La grande majorité sera licenciée avec prime, ce qui implique qu’ils sont retournés dans leur village en espérant se noyer dans la masse et se faire oublier. D’autres ont déserté en emportant des armes afin de se racheter aux yeux du FLN. Le général Meyer se souvient : « Certains des spahis m’ont dit en partant : « On aurait aimé que cela finisse autrement, mais maintenant c’est fichu, et notre pays, c’est ici. » Je les revois encore s’éloigner. Certains seront suppliciés, on leur épinglera à même la peau leur médaille de l’armée française. » Reste le départ pour la France. En mars 1962, il n’est pas officiellement proposé. « Celui qui souhaitait être rapatrié devait prouver qu’il était « particulièrement menacé » afin d’être inscrit sur une liste, avant de retourner attendre dans son village », indique François Meyer. Pas étonnant que les candidats au départ n’aient pas été légion, 1 500 au total. « Au début du mois d’avril, des moghaznis que je connaissais ont demandé de partir pour la France. Le commandement local leur a signifié d’attendre dans leurs douars. Plusieurs d’entre eux ont été enlevés et assassinés seize jours plus tard. »

Une liste noire

Pendant ce temps, le FLN ne fait pas grand mystère du sort qu’il réserve aux anciens alliés de la France. Le commandant de la wilaya 5, qui est la structure administrative des rebelles pour l’Oranie, annonce que le « jugement final » des harkis aura bientôt lieu et recommande d’inscrire leurs noms sur « une liste noire qu’il faudra conserver minutieusement ». Ces ordres, interceptés par l’armée française, figurent aujourd’hui dans les archives militaires.

Ce n’est que le 11 avril 1962 que Louis Joxe, ministre d’Etat aux Affaires algériennes, demande au haut-commissaire en Algérie de recenser les supplétifs menacés qui souhaitent venir en France et de les regrouper pour les protéger. Mais l’instruction arrive trop tard, la plupart sont déjà repartis dans leurs villages. Pour le transfert en métropole, Louis Joxe précise que « les problèmes d’hébergement et de recasement font l’objet d’études poursuivies par une commission interministérielle ». La veille, le président de la commission, le conseiller d’Etat Michel Massenet, a rendu un rapport dans lequel il préconise d’importants transferts. « Les musulmans fidèles ont besoin de notre aide et on n’a pas le droit de les abandonner », écrit-il. Neuf jours plus tard, la commission est dissoute…

Sur les 300 harkis du commando Georges, pour la plupart anciens combattants du FLN « retournés », seule une soixantaine sera rapatriée en France à la fin de la guerre. Les autres seront massacrés. « Ils ont été tués à coups de pierre, de baïonnette, leur sergent a eu les yeux crevés puis il a été ébouillanté vivant dans un chaudron », indique René Bail, ancien photographe militaire qui a suivi le commando en Algérie. En septembre 1959, de Gaulle en avait décoré plusieurs de la croix de la Valeur militaire en les félicitant d’avoir, entre la rébellion et la France, choisi la France…

En mai 1962, le plan général de rapatriement promis par la France n’a toujours pas débuté. « C’est la cause première du drame », estime le général Maurice Faivre [8], vice-président de la Commission française d’histoire militaire. L’ancien soldat nous reçoit dans sa bibliothèque où trônent les fanions des escadrons qu’il a commandés en Algérie. « Les instances parisiennes étaient persuadées que les accords d’Evian suffisaient à garantir la sécurité des Français musulmans », assure le général.

Certains officiers décident de faire passer clandestinement en métropole leurs anciens supplétifs. Le lieutenant Abolivier réunit ses hommes. « Je leur ai dit : ceux qui le souhaitent peuvent venir en France avec moi. Avec l’aide d’un sous-préfet nous avons fait des faux papiers et monté un réseau pour les accueillir en métropole. Seuls les plus âgés ont décidé de rester. »

Des rapatriements clandestins

A Paris, on supporte mal ces rapatriements clandestins. Le 12 mai, Louis Joxe adresse au haut-commissaire de la République en Algérie un message en priorité absolue dans lequel il indique : « Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront en principe renvoyés en Algérie. » Louis Joxe demande en prime des « sanctions appropriées » contre ceux qui participent à ces filières clandestines. Il précise également qu’il faut « éviter de donner la moindre publicité à cette mesure ». Jusqu’à présent, l’Histoire n’avait retenu que le message du ministre des Affaires algériennes. Le Point est aujourd’hui en mesure de révéler que l’ordre a été relayé le jour même par le ministre des Armées, Pierre Messmer, dans un message secret de trois pages, n° 1334. Un document que Pierre Messmer n’a pas souhaité commenter.

Il faudra attendre le 26 mai pour que le ministère des Armées se décide à ouvrir deux camps en métropole afin d’accueillir les harkis menacés. Le général Meyer a organisé un des premiers convois officiels, qui quitte l’Algérie le 13 juin, soit trois mois après le cessez-le-feu. « J’avais prévenu mon colonel que je ne partirais pas sans les familles de mes soldats. » Quelques semaines plus tard, l’officier réitère. Mais cette fois le sauvetage manque de tourner court. Le 5 juillet, l’Algérie fête son indépendance, dans les rues l’ambiance est survoltée. « La population insultait les hommes et les femmes assis dans les camions », se souvient le général. Le convoi est stoppé par un barrage de l’Armée de libération nationale (ALN) qui refuse de laisser partir les « traîtres ». Le convoi passera en force sous la menace des automitrailleuses. Une fois à Oran, aucune caserne militaire ne veut des familles. « Heureusement, l’amiral a accepté de nous accueillir dans la citadelle de Mers el-Kébir pendant cinq jours, jusqu’à ce que le bateau arrive. » Finalement, le lieutenant Meyer ramènera en France 300 anciens harkis, moghaznis et spahis avec femmes et enfants.

Mais les rapatriements qui se font au compte-gouttes vont bientôt s’arrêter sur l’initiative de Pierre Messmer. Le 19 juillet 1962, dans un message estampillé « extrême urgence » adressé à Louis Joxe, il demande que cesse l’accueil des anciens supplétifs dans les camps militaires français, en raison de la « somme de charges et d’efforts considérables » que cela représente. « L’armée est ainsi arrivée à la limite du concours qu’elle peut accorder », écrit-il. Aujourd’hui, Pierre Messmer estime que cette décision était justifiée : « Nous n’avions plus de places dans les camps, l’armée supportait seule la charge des rapatriements. Il y avait quasiment 1 million de pieds-noirs à rapatrier et nos militaires qui revenaient avec leur matériel. »

Pourtant, en Algérie, les exactions redoublent. « A partir de juillet 1962 débute une vague de massacres organisés dans pratiquement toutes les régions d’Algérie », indique l’historien Maurice Faivre. Dans une note confidentielle adressée en 1963 au vice-président du Conseil d’Etat, Jean-Marie Robert, le sous-préfet d’Akbou, en Kabylie, fait état de 2 000 victimes dans son arrondissement, entre mars et décembre 1962. Il rapporte que des « massacres généralisés » ont eu lieu « dans des villages qui avaient été les premiers à se rallier à la France en 1957 ». Quelques dizaines de harkis furent « promenés habillés en femmes, nez, oreille, et lèvres coupés, émasculés, enterrés vivants dans la chaux ou même dans le ciment, ou brûlés vifs à l’essence ». Les élus ne furent pas épargnés : cinq des onze maires de l’arrondissement d’Akbou furent ainsi tués. Le document relate aussi le supplice d’un conseiller général qui avait pris position pour la France : « Il fut enterré vivant le 7 août, la tête dépassant et recouverte de miel. » Son agonie, « le visage mangé par les abeilles et les mouches », dura cinq heures. Et le sous-préfet de préciser : « Les supplices dans cette région n’atteignirent pas la cruauté de ceux d’un arrondissement voisin à quelque 15 kilomètres de là : harkis morts, crucifiés sur des portes, nus sous le fouet en traînant des charrues, ou les muscles arrachés avec des tenailles. » Selon Maurice Faivre : « 50 000 à 70 000 Français musulmans auraient disparu ou auraient été tués en Algérie entre mars 1962 et la fin de l’année 1966. »

Des « sauvetages »

Pendant que se déroulent les massacres, les militaires français ont pour consigne de rester l’arme au pied. Le 24 août 1962, dans une note sur la protection des harkis, l’état-major Interarmées précise qu’il ne faut « procéder en aucun cas à des opérations de recherche dans les douars de harkis ou de leurs familles ». Pierre Messmer a confié au Point avoir demandé au général de Gaulle au mois de juin 1962 « l’intervention de l’armée à trois endroits différents pour faire cesser les exactions commises par le FLN. Le général m’a dit : il n’en est pas question, vous allez recommencer la guerre d’Algérie. Il avait raison ». Cette passivité est mal vécue par les militaires. Le rapport sur le moral de l’année 1962 du général Masson, en poste à Alger, en atteste. Il évoque « le sentiment de culpabilité » des militaires vis-à-vis « des Européens et plus encore des harkis livrés sans défense à la vengeance d’Algériens fanatiques ».

C’est le Premier ministre Georges Pompidou qui prendra l’initiative d’autoriser à nouveau les arrivées d’anciens supplétifs sur le sol français. Nous sommes le 19 septembre 1962. « 50 000 personnes, engagés démobilisés, supplétifs et familles, ont pu être rapatriées entre 1962 et 1965 », précise le général Faivre. Au moins 40 000 autres ont pu gagner la France grâce aux filières clandestines. La plus importante d’entre elles sera montée par Nicolas d’Andoque, un ancien lieutenant qui organisera des milliers de « sauvetages » avec l’aide, à Paris, de l’Association des anciens des affaires algériennes, constituée d’ex-officiers SAS. Des familles de harkis sont cachées là où l’on peut, dans plusieurs propriétés privées et même dans les locaux d’une banque. En fait, les harkis n’étaient pas les bienvenus sur le sol français. Les autorités françaises, obnubilées par la lutte contre Organisation de l’armée secrète (OAS), les considéraient comme des recrues potentielles pour le groupe terroriste. Le 16 mai 1962, Louis Joxe annonce au Comité des affaires algériennes : « Il faut combattre une infiltration qui, sous prétexte de bienfaisance, aura pour effet de nous faire accueillir des éléments indésirables. » Surtout, le gouvernement est persuadé que les harkis ne pourront pas s’intégrer à la société française. Dès novembre 1961, Alain Peyrefitte, qui sera nommé un an plus tard ministre délégué chargé des Rapatriés, explique clairement dans son livre « Faut-il partager l’Algérie ? » (Plon) pourquoi l’arrivée en France des anciens supplétifs n’est pas souhaitable. Ils sont trop nombreux ! « Environ 1 100 000 », a-t-il calculé en tenant compte du « coefficient familial appliqué aux familles musulmanes ». Un afflux de réfugiés qui provoquerait selon lui « un grave traumatisme » et « ôterait toute retenue à la bête hideuse du racisme que la présence de 400 000 musulmans en France n’est déjà pas loin de lâcher ». Et Alain Peyrefitte de conclure : « Voulant être humain, on serait inhumain. » Inhumain, le sort des harkis le sera…

Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé, Olivia Recasens
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Concluons avec Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l’Homme.

« La République a commis en 1962, en Algérie, un crime d’Etat. En laissant les supplétifs algériens qu’il avait employés, le gouvernement français les a sciemment exposés aux massacres qui ont été commis. Nul n’ignorait que la violence de la guerre d’Algérie ne pouvait qu’engendrer de tels comportements : cette chronique annoncée d’un massacre met en évidence la responsabilité conjointe de ceux qui l’ont perpétré mais aussi de ceux qui l’ont autorisé. »

Michel Tubiana [9]
Notes
[1] Voir sur ce site la guerre révolutionnaire et la tragédie des harkis, par Pierre Vidal-Naquet.

[2] On englobe sous le terme de harkis plusieurs catégories de personnes : 61 000 harkis au sens propre (membres des « harkas », groupes militaires supplétifs), 62 000 GAD (groupes d’autodéfense constitués de civils volontaires), 19 000 moghaznis (dont la mission était de protéger les 700 sections administratives spécialisées – SAS), 8 600 GMS (groupes mobiles de sécurité recrutés essentiellement parmi les anciens combattants musulmans) et 2 270 sentinelles. Soit près de 153 000 hommes. Auxquels s’ajoutaient environ 50 000 élus et fonctionnaires musulmans. (Chiffres de janvier 1961).

Actuellement, le terme harki est utilisé pour désigner les personnes résidant en France qui se considèrent descendants des précédents.

[3] Référence http://www.elysee.fr/elysee/elysee…..

[4] Entretien de Pierre Messmer avec Philippe Bernard, publié dans Le Monde du 25 sept 2001.

[5] Les deux derniers paragraphes sont partiellement repris de l’article de Guy Pervillé « la tragédie des harkis : qui est responsable ? », publié dans L’Histoire N°231, avril 1999.

[6] Recueilli par Anne-Charlotte De Langhe, publié dans Le Figaro le 29 août 2001.

[7] En complément de l’article déjà cité écrit en 1962 par Pierre Vidal-Naquet, on peut consulter :
Mohand HAMOUMOU, Et ils sont devenus harkis, préface de Dominique Schnapper, Fayard, Paris, 1993, 364 p.
Charles-Robert AGERON, « Les supplétifs algériens dans l’armée française pendant la guerre d’Algérie », in Vingtième siècle, revue d’histoire, n°48, octobre-décembre 1995, pp. 3-20.
Tom CHARBIT, Les harkis, La Découverte, coll. « Repères », Paris, 2005, 120 p..

[8] « Les archives inédites de la politique algérienne », L’Harmattan.

[9] « Harkis : un crime d’État », Michel Tubiana, Libération, lundi 10 septembre 2001.

Voir enfin:

La Torture ! Il faut en parler!

Sail ould laid, qui refusait de quitter son travail chez un proprietaire européen est mutile et assassiné par les rebelles FLN, le 26 janvier 1957.

Le texte ci-dessous provient du livre « ASPECTS VERITABLES DE LA REBELLION ALGERIENNE » Il date de 1957. Il est aujourd’hui hélas encore d’actualité.

 » Aux excès et aux injustices des propagandes qui entendent faire apparaître la rébellion algérienne comme un mouvement populaire, comme le soulèvement unanime d’un peuple dressé contre ses oppresseurs, nous avons été contraints de répondre par des faits et des documents irréfutables dans leur brutalité et leur horreur. Ces documents n’auraient jamais été livrés à la connaissance de l’opinion, si les bourreaux n’avaient entrepris de se présenter en victimes, si les criminels ne s’étaient mués en accusateurs. ”

La liste des atrocités commises par les rebelles en ALGERIE dès 1954 est tellement longue que nous en évoquerons que quelques-unes. Les photos sont dures, cruelles,

Mais la vérité doit être sue, à défaut que justice ne se fasse !

Les manuels scolaires, les médias, les politiques, ne parlent jamais des atrocités commises par le FLN pendant la guerre d’ALGERIE. Avec notre site, nous espérons faire connaître la vérité. Pour ceux qui voudraient un complément d’information ou pour ceux qui douteraient de l’authenticité de ces faits, nous tenons un livre à leur disposition.

EL – HALIA

Le village d’EL-Halia est situé à une quinzaine de kilomètres à l’est de Philippeville. Il comprenait 130 habitants européens (hommes, femmes et enfants), employés de bureau, cadres techniques et ouvriers spécialisés de la mine. Ces Européens vivaient en bons termes avec les ouvriers musulmans qui depuis le début des évènements leur avaient affirmé qu’ils n’avaient rien à craindre et qu’ils sauraient les défendre si une bande de hors-la-loi tentait un coup de main.

C’était un village de travailleurs où régnait la paix.

Le 20 août, entre 11 H 55 et 12 heures, le petit centre était attaqué aux deux extrémités par quatre bandes opérant avec une simultanéité parfaite.

L’effet de surprise fut d’autant plus grand que les attaquants ouvriers ou anciens ouvriers – étaient tous connus des Européens.

Au même moment, une embuscade placée sur la route, à 1,500 KM, surprit un des camions de la société dont le chauffeur fut égorgé, et la camionnette du courrier transportant trois Européens qui furent tués et une Européenne qui grièvement blessée et laissée pour morte sur le terrain, put être sauvée.

Au village, les hommes habitant la première et la dernière maison furent surpris sur la route à proximité de chez eux et égorgés.

Les autres, soit 10 Européens, parvinrent à se barricader dans les maisons. Certains armés de fusils et réunis dans le même logement, purent résister ; les autres, non armés, furent égorgés ou échappèrent au massacre en se cachant ou s’enfuyant.

Toutes les femmes et les enfants découverts furent égorgés. Aux ateliers, tous les ouvriers furent abattus sans qu’ils aient pu résister. Parmi les rescapés, six familles seulement durent leur salut à la défense armée ; certains autres échappèrent aux recherches par chance et par suite du manque de cohésion des insurgés.

Au bout d’une heure d’attaque, les ouvriers musulmans étrangers à la région qui avaient assisté jusque-là en spectateurs aux scènes qui se déroulaient sous leurs yeux, se précipitèrent  » à la curée  » sous les you-you d’encouragement des femmes et se joignirent aux assaillants.

Le massacre se généralisa : les portes des habitations furent dynamitées. Les émeutiers, une fois dans les maisons, cherchaient dans les placards, sous les lits, des hommes, des femmes et des enfants qu’ils connaissaient pour la plupart depuis des années, pour les abattre à coups de fusil, mais surtout à l’aide de haches, de serpes et de coutelas.

Certains recherchèrent avec acharnement leurs camarades de travail européens et les membres des familles qui manquaient parmi les cadavres, pour les exterminer à leur tour. Ils appliquaient à la lettre la consigne de fanatisme aveugle et xénophobe qui leur avaient été données : celle d’exterminer tous les Européens.

Les victimes furent égorgées, mutilées, dépecées avec une sauvagerie indescriptible : une femme fut éventrée et son nouveau-né introduit dans la blessure béante. D’autres femmes furent violées. Des bébés de quelques mois eurent le crane fracassé contre les murs. De jeunes enfants furent égorgés d’ « une oreille à l’autre et leur corps lardé à coup de couteau. Et lorsqu’ils ne trouvèrent plus d ‘Européens vivants dans le centre, ils saccagèrent les maisons puis les dynamitèrent. Il y eut, dans ce seul village, 33 tués, 15 blessés et 2 disparus : parmi eux 21 enfants ou adolescents de moins de 20 ans….

La Liste des victimes du massacre de El-HALIA

18 MAI 1956 – LE MASSACRE DE PALESTRO

Les rebelles torturent le jeune medecin auxiliaire, Maurice Feignon, au fer rouge et au liquide bouillant avant de l’égorgé.

Le 18 mai 1956, de jeunes appelés du 11/9e RIC tombent dans une embuscade. Submergés par un ennemi supérieur en nombre, plusieurs d’entres eux résisteront avant de tomber – blessés mais vivants – entre les mains de leurs tortionnaires.

Quand le lieutenant Poinsignon, lieutenant commandant la 6è compagnie du 11/9e RIC, arrivera sur les lieux, il découvrira une véritable boucherie :  » On s’était acharné avec une incroyable sauvagerie  » Chargé, le 20 mai, d’identifier les dépouilles des malheureux, il aura le plus grand mal à reconnaître les restes des hommes qu’il avait sous ses ordres.

Ce que nous avons vu était tel que j’ai demandé par écrit un examen médico-légal pour déterminer les causes de la mort et si les mutilations avaient précédé ou suivi celle-ci. Je n’en ai jamais connu les résultats ; je n’ai même jamais su si cette autopsie avait bien été faite…. Torturés à mort, les jeunes soldats ont eu les yeux crevés… Les corps ont été vidés de leurs entrailles et bourrés de cailloux. Le FLN leur ont zébré les pieds à coups de couteau et leur ont coupé les testicules….

27 MAI 1957 – MELOUZA

Le lundi 27 mai, deux bandes fellaghas, fortes de 220 hommes environ encerclent le douar de Beni llmane (MELOUZA). La première est commandée par le chef FLN Sahnoun. L’autre par Si M’Ahmed. Dans la matinée du 29 mai, Saahnoun ordonnera à ses hommes de massacrer tous les civils. La tuerie se terminera vers 16 heures… C’est le groupe d’un nommé Chaffaï qui aura la charge d’achever les blessés. Au total, on relèvera 303 morts et 150 blessés – tous mutilés – sur le terrain.

TORTURE EN ALGERIE ?

Ces quatre musulmans voulaient vivre en harmonie avec les européens; ils seront décapités par le FLN. Les têtes de ces quatre hommes seront découvertes le 28 fevrier 1956 sur la route nationale. Les corps ne furent jamais retrouvés.

Une campagne sans précédent bat son plein depuis plusieurs semaines sur le territoire national, traînant dans la boue l’Armée Française et, par conséquent, la France.

Lancée par le Parti communiste, relayée bien entendu par « L’Humanité », soutenue par nos adversaires « de tout poil », pseudo-intellectuels gauchisants, « Porteurs de valises » en mal de réhabilitation, cette campagne rencontre un écho complaisant et amplifié auprès de certains médias spécialisés dans ce type d’exercice, avides de sensationnel commode et d’images-choc. Chaînes télévisuelles (la palme revenant sans conteste à « La Cinq »…talonnée par notre chaîne  » nationale  » France 3 …), Presse écrite (« Le Monde » éternel hélas, Le Nouvel-Obs., Libération…), Radios (France-Inter…). Tout un chacun y va de son couplet, dans un climat de surenchère avide : c’est à qui exhibera les photographies les plus sanglantes, accumulera les « témoignages » les plus croustillants.

Mais tout de même, pourquoi un tel acharnement, plus de quarante ans après ? Un certain nombre d’éléments conjoncturels semblent à l’origine du phénomène :

* La visite à Paris du Président Bouteflika, véritable boute-feu qui a ravivé passions et rancoeurs en dépit du lustre indécent de la réception qui lui a été réservée ;
* Les déclarations imprudentes du Premier Ministre à l’occasion du Congrès du C.R.I.F. encourageant, de façon inespérée, la pétition initiée par  » L’Humanté  »
* L’acharnement des déserteurs et  » porteurs de valises  » soucieux de réhabilitation transformant leur trahison en titre de gloire
* La.vindicte des  » victimes  » contre leurs « bourreaux  » gommant leur propre engagement dans le terrorisme aveugle.
* L’invitation indécente sur les plateaux de France 3 de YACEF SAADI, chef des tueurs de la Casbah, venu spécialement plastronner aux côtés du Président de notre Assemblée Nationale et claironner  » En guerre révolutionnaire, tous les moyens sont bons !  »
* Les interviews maladroites et habilement orientées de Généraux aujourd’hui séniles, cibles privilégiées des attaques les plus venimeuses, ont semblé constituer autant d’opportunités aux  » chasseurs  » embusqués, patients et obstinés, à l’affût depuis tant d’années pour lancer leurs attaques contre certains maillons supposés vulnérables.

Eh bien  » OUI  » il y a eu torture en Algérie. Souvenons-nous !

Elle a commencé dans la matinée du 1er novembre 1954, sur la piste poussiéreuse qui mène d’Arris à Biskra par les gorges de Tighanimine. les cibles ? Un couple d’Instituteurs métropolitains, les époux Monnerot installés depuis peu à Tifelfel… Guy Monnerot est abattu d’une rafale de Sten en même temps que le Caïd Hadj Sadok qui tente de s’interposer… Première d’une longue liste, Mme Monnerot est violentée, grièvement blessée et laissée pour morte. Les auteurs ? Une dizaine de  » vaillants  » militants du tout jeune Front de Libération Nationale, sous l’autorité de Chihani Bachir… Rappelons, puisque nécessaire, quelques unes des étapes marquantes sur ce long chemin du calvaire : le 20 août 1955 à midi, le petit centre minier d’El-Halia voit déferler la populace, armée de faux, de serpes, de machettes : femmes, enfants sont odieusement égorgés, éventrés… Le 25 février 1956, au col de Sakamody, un car et deux voitures tombent dans une embuscade huit personnes sont tuées sauvagement, parmi elles le sergent Abid Lazidi, une famille de touristes malouins est décimée : sous le yeux de M Robert Salle, garroté, sa belle-mère, son épouse et sa fillette âgée de sept ans sont violées puis égorgées… L’homme est alors égorgé à son tour… Le 8 mars1956, à 4 km de Palestro, sept fermiers français sont massacrés : M Bénéjean père, sa femme (55 ans) leurs deux fils, Michel et André, M Lucien Servat, son père, sa mère, sa femme et le petit Gérard, 5 ans… A Alger, les équipes de Ben M’Hidi (Ali la Pointe, Belkacem Bouchafa, Debih Cherif, Yacef Saadi) entament la série d’attentats aveugles : le 30 septembre trois bombes explosent au Milk Bar, rue d’Isly, à la Cafeteria, rue Michelet (3 tués, 62 blessés) ; le 26 janvier 1957, trois bombes explosent dans trois cafés, l’Otomatic, la Cafeteria, le Coq Hardi (5 morts, 40 blessés) ; le 10 février 1957, trois bombes explosent dans le Stade d’El-Biar et le Stade Municipal (12 morts, 45 blessés)… En Kabylie,  » la nuit rouge de la Soummam « , dirigée par Amirouche, sacrifie le millier d’habitants du douar Ioun-Dagen et le 28 mai 1957, à Mechta Kasba, à 12 km de Melouza, 300 Arabes pro-M.N.A. sont sauvagement massacrés par les Kabyles F.L.N. Arrêtons là : huit longues années verront se succéder les monstruosités, horrible mélange de cruauté et de sadisme n’épargnant ni l’âge, ni le sexe.

Moins affichée, la torture s’est poursuivie, contre l’O.A.S., à partir d’octobre 1961, avec l’engagement contre nature des  » Barbouzes  » du Mouvement Pour la Communauté (M.P.C.) créé en 1959 par Jacques Dauer (en Algérie,  » Mouvement pour la Coopération « ), sous l’impulsion de Me Lemarchand, Roger Frey, Alexandre Sanguinetti, animé par Lucien Bitterlin et André Goulay. Cette organisation parallèle allait employer pendant près d’un an les moyens les plus extrêmes pour tenter de démanteler les réseaux de l’Organisation Secrète. Entraînant dans ses activités sanglantes plus de deux cents hommes employés à plein temps, l’opération allait coûter un milliard et demi d’anciens francs. Installés à l’origine dans la villa Andréa (Dar Es Saada), sur El-Biar, les Barbouzes allaient peu à peu développer leur implantation, dans différentes villas des hauteurs d’Alger, organisées en centres de torture. Les policiers de la  » mission C  » aux Tagarins, les gardes mobiles de l’Ecole de Police d’Hussein-Dey, les gendarmes du Colonel Debrosse (impliqués notamment dans les sévices infligés à Mme Salasc – alors qu’elle était enceinte – et à Claude Rodenas) ne se sont pas montrés en reste…

Et l’Armée Française, dans tout cela ? Elle aurait dû, aux yeux de certains, juges intransigeants, implacables, rester stoïque, le regard fixé sur la ligne bleue des djebels ! Pantalon garance et gants blancs… Pourquoi pas ? Eh bien non ! l’Armée française a pratiqué l’interrogatoire musclé, violent, c’est un secret de polichinelle. Ces méthodes qui répugnent ont été mises en œuvre dans un contexte donné, sur une durée limitée (essentiellement pendant la  » bataille d’Alger « ) et dirigées contre des individus convaincus de préparer des attentats contre des civils. Ces méthodes n’ont jamais été généralisées, systématisées, comme cela a trop souvent été affirmé. Elles n’ont été mises en application que pour prévenir d’autres attentats plus meurtriers encore. Ce n’est pas beau, certes, mais la guerre – et surtout celle-là – n’est pas belle ! L’Armée française a assumé, elle, sa mission, coûte que coûte, alors que la classe politique avait totalement abdiqué… Comme toujours quand la Patrie est en danger !

Et voilà nos  » oies blanches « , confortablement carrées dans leur fauteuil discourant, tranchant, jugeant de tout et de tous… Oubliant aussi… Ils en rêvent tellement et depuis si longtemps : voir ces vieux Soldats, ces Officiers, la poitrine chargée de médailles qu’ils n’auront jamais eues, traînés devant les prétoires pour plaider, argumenter, expliquer l’inexplicable… Car qui n’a pas vécu ces moments douloureux ne pourra jamais comprendre… Ces scènes leur rappelleraient ces doux souvenirs d’interminables défilés devant la barre de tribunaux d’exception de tant de glorieux Combattants demeurés fidèles à la parole donnée, tel le Commandant Elie Denoix de Saint-Marc, et tant d’autres ?.. Mais aujourd’hui, les Juges se sont effacés, ce sont les Journalistes qui tiennent désormais leur rôle et combien en abusent ! Leurs jugements sont prononcés bien avant d’entendre la défense… D’ailleurs qui pourrait écouter une défense à laquelle nul n’accorde jamais la parole ?

Mais cette parole, nous Rapatriés, victimes sacrifiées et témoins génants, nous l’avons encore, nous la conserverons autant qu’il le faudra autant qu’il se pourra… Pour rétablir notre vérité, pour gueuler notre vérité,

LA VERITE !

Extrait de FRANCE-HORIZON , JOURNAL DE L’ANFANOMA.

GUERRE D’ALGERIE – F.L.N. – ARMÉE FRANÇAISE

Les sévices, la question, la torture… Soudain, avec la bataille d’Alger, nos assassins lointains avaient trouvé un bon javelot à planter dans le dos du soldat, surtout s’il portait l’uniforme de para, une arme enfin capable de détruire à la fois la dernière raison de son combat et la dernière valeur qui lui valait le respect de la nation : son honneur et son courage.

L’interrogatoire, sévère ou non, ne pouvait qu’être un acte de violence physique ou mentale. Il rejoignait ces besognes qui étaient passées pour nécessaires ou tout au moins pardonnables dans l’autre guerre dont la cause était juste – le bombardement des populations civiles, l’exécution sommaire de l’ennemi sans uniforme, la balle dans le dos de l’officier allemand qui s’égare dans la nuit ou dans la tête du prisonnier encombrant -, mais qui deviennent exécrables dans une guerre dont la cause est réputée mauvaise.

Là où le jeune officier voyait dans son prisonnier sa seule chance d’atteindre les racines de la terreur et de sauver des innocents au prix de sa propre innocence, le rhéteur lointain y voyait l’être humain qu’un autre être dégrade. Depuis son univers sans doutes, sans enfants crucifiés, sans filles empalées, sans hommes émasculés, sans membres épars dans le sang, il ne s’abaissait pas à comprendre celui qui voulait éviter le retour de ces spectacles. Il se serait montré scandalisé si on avait osé lui parler de la connivence qui se crée entre l’interrogateur et l’interrogé, ou encore de la brutalité comme d’un rite qui permet à l’interrogé d’offrir un visage héroïque avant de dénoncer les siens…

Extrait du onzième commandement d’ANDRÉ ROSSFELDER.


Cannes/63e: Retour en force de la bonne conscience anti-coloniale (French-Algerian director rewrites history again)

15 mai, 2010
Setif massacre poster
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (1961)
Nos arrière-grands-parents ont libéré la France, nos grands-parents l’ont reconstruite, nos parents l’ont nettoyée, nous, on va la raconter. Jamel Debbouze
Hors-la-loi est une suite d’Indigènes qui s’imposait, d’autant plus que le film précité se termine à Sétif où Abdelkader débarqua. Hors-la-loi va sans doute rétablir une vérité historique confinée dans les coffres. Je voudrais, à travers le cinéma, mettre la lumière sur une partie de l’histoire commune des deux nations. N’étant pas un documentaire historique, cette nouvelle œuvre cinématographique sera interprétée par de grands acteurs tels Djamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouadjila, Larbi Zekkal, Ahmed Benaïssa, Chafia Bouadraâ et Mourad Khan, pour ne citer que ceux-là. Plus de 12 000 figurants prendront en outre part au tournage qui aura lieu à Sétif, Kherrata, en France et en Allemagne. (…) Jacques Chirac, l’ex-président français, qui a été invité par mes soins à assister à l’avant-première de Indigènes, a été prié de réparer cette injustice subie par ces anciens combattants indigènes, lesquels ne percevaient que 5 ou 10 euros par trimestre. Le chef de l’Etat, qui n’est pas resté insensible devant le sacrifice de plus de 150 000 Algériens, a usé de tout son pouvoir pour qu’une loi soit votée à cet effet. J’espère que Hors-la-loi, dont une bonne partie sera consacrée aux événements du 8 Mai 45, fera la lumière sur ce pan de l’histoire commune aux deux pays. On va tout déballer à travers ce film ! (…) En tant que cinéaste, l’essentiel pour moi est de rétablir la vérité historique qu’on ne doit en aucune manière occulter. Rachid Bouchareb (El Watan, 21.06.09)
Hors la loi est un film de fiction, une saga qui raconte l’histoire de trois frères algériens et de leur mère sur une période de plus de trente-cinq ans, du milieu des années trente à l’indépendance de l’Algérie en 1962. (…) Je le fais en cinéaste, avec ma sensibilité, sans obliger quiconque à la partager. Rachid Bouchareb (AFP, 13/05/2010)
Symptôme du retour en force de la bonne conscience coloniale dans certains secteurs de la société française, avec la complicité des gouvernants, un député a lancé une campagne contre ce film avant même son achèvement, campagne relayée – ce qui est plus grave – par un secrétaire d’Etat. (…) Nos réactions ne portent pas sur le contenu de cet avis, mais sur son principe même. D’ailleurs, ceux d’entre nous qui ont été invités comme historiens à voir le film ont aussi des réserves précises sur certaines de ses évocations du contexte historique de la période. (…) En même temps, des associations extrémistes appellent à perturber le Festival en protestation contre la sélection de ce film. (…) des milieux nostalgiques de la colonisation continuent de chercher à faire obstacle à la liberté de la création et à la nécessaire reconnaissance du passé colonial de la France. Tribune du Monde
Des heurts avec le service d’ordre clairsemé, un coup de feu et c’est l’émeute sauvage, fermes européennes attaquées, massacrés gardes champêtres et gardes forestiers, juge de paix, curé, des femmes, des vieillards, des enfants, égorgés, mutilés, mains tranchées, ventres éviscérés, seins arrachés, organes sexuels sectionnés fourrés dans la bouche du cadavre… ; en quelques heures plus de 100 morts et 250 blessés européens. Cependant le soulèvement reste localisé et n’est pas unanime : des Musulmans préviennent ou cachent des Européens. Ceux-ci, regroupés en milices, tuent à leur tour. Pierre Goinard
Le réalisateur veut faire croire au spectateur que le 8 mai 1945 à Sétif, des musulmans ont été massacrés aveuglément par des Européens ; or, ce jour-là, c’est le contraire qui s’est produit.(…) Si l’auteur souhaite évoquer le massacre de musulmans par des Européens à Sétif, il devrait situer sa scène au minimum le 9 mai, car c’est en réaction au massacre d’Européens du 8, que les Européens ont agi contre des musulmans. Général de division Gilles Robert (chef du service historique de la Défense)
Le premier massacre de la journée du 8 mai est subi par les Européens qui sont lynchés par une foule qui est armée et non à mains nues! Lionnel Luca

Après le petit monument de désinformation d’ »Indigènes », la bande à Jamel s’attaque à Sétif!

Confusion tendancieuse de dates, cris de « Vive le FLN ! » (pour un parti qui n’existait pas encore), confusion de partis (le premier prônant la lutte armée et non l’accès au pouvoir par les votes), apparition de de Gaulle dans une scène située en 1954 alors qu’il ne revient au pouvoir qu’en 1958, guerre d’Indochine qualifiée de « Vietnam », personnages irréalistes …

Au lendemain du 65e anniversaire du « Massacre de Sétif » …

Et à la veille de la sortie à Cannes de la « suite d’Indigènes » (« Hors la loi »)…

Où, quatre ans après sa palme d’or de 2006 mais cette fois-ci sous bannière algérienne et avec les deniers du Centre national de la cinématographie, Rachid Bouchareb raconte, avec la même bande à Jamel, le financement du FLN en France par le grand banditisme …

Et en profite, si l’on en croit le scénario que le service historique de la Défense dit avoir eu en main et ses déclarations à la presse algérienne, pour donner sa propre version du Massacre de Sétif …

Attribuant, contre toute vérité historique, l’origine des massacres à l’Armée et aux milices européennes

Le tout bien sûr avec la bénédiction de nos bien-pensants, dénonçant, au nom d’une prétendue liberté d’expression et dans un pays où les « sauvageons » d’origine (nord-)africaine s’attaquent régulièrement aux symboles de leur patrie d’adoption, la (certes étrange) tentative d’intervention de l’Elysée comme… les protestations de ceux (qualifiés systématiquement d’ « extrémistes ») que la falsification de la vérité historique offense!

A quand maintenant un film sur El Halia et les massacres, par le FLN, d’Européens et de loyalistes algériens qu’appelait de ses voeux notre plus célèbre « porteur de valise »?

Le député Lionnel Luca en guerre contre le film « Hors la loi »
Emmanuel Berretta
Le Point
07/05/2010

Le film Hors la loi de Rachid Bouchareb n’a pas encore été dévoilé au Festival de Cannes que, déjà, la polémique s’engage. Au coeur des débats, la guerre d’Algérie, cette plaie si longue à se refermer, et plus particulièrement le massacre de Sétif du 8 mai 1945. La vision qu’en donne Rachid Bouchareb – dont le film représente l’Algérie au Festival de Cannes – déclenche l’ire du député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca. Ce dernier a qualifié le film d' »anti-français » et dénonce une « vision hémiplégique de l’histoire » ainsi que « l’irresponsabilité » de l’auteur. Selon le député conservateur, Hors la loi risque d’envenimer les relations des jeunes Français d’origine maghrébine avec le reste de la population, compte tenu de son impact certain au box-office.

La polémique porte notamment sur l’élément déclencheur des massacres. Rachid Bouchareb montre comment l’armée française a massacré les premières insurrections nationalistes du peuple algérien. Lionnel Luca s’inscrit en faux : « Le premier massacre de la journée du 8 mai est subi par les Européens qui sont lynchés par une foule qui est armée et non à mains nues ! » Une controverse qui, disons-le, ne fera que profiter à la sortie en salle du film, prévue le 22 septembre prochain.

Le service historique de la Défense relève des erreurs

Rachid Bouchareb, déjà récompensé à Cannes pour Indigènes (2006), avait été vivement félicité par Jacques Chirac pour avoir rappelé le sacrifice des soldats des colonies à la libération de la France. Hors la loi creuse cette veine en s’intéressant, cette fois, aux porteurs de valises du FLN. Lionnel Luca admet ne pas avoir visionné le film lui-même. En revanche, Hubert Falco, le secrétaire d’État à la Défense, lui a transmis le 15 janvier 2010 l’analyse du service historique de la Défense qui a eu le scénario en main. C’est sur la foi de cette analyse (laquelle déplore des erreurs) que Lionnel Luca se fonde pour dénoncer le projet du film dont les acteurs sont Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila…

« Je ne demande pas l’interdiction du film contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là, explique Lionnel Luca. Je dénie à Rachid Bouchareb le fait de s’ériger en historien. Il déclarait dans le quotidien El Watan en juin dernier vouloir ‘rétablir une vérité historique’ et ‘tout déballer’. Il n’est pas membre de l’Académie d’histoire, que je sache. J’ai autant le droit de m’exprimer que M. Bouchareb. Maurice Villard a rassemblé de nombreux témoignages sur le massacre des Européens qui s’est déroulé à Sétif. »

Un « prix de la bêtise avec un grand C »

La réaction épidermique de Lionnel Luca suscite la riposte des auteurs qui, sous l’égide de la SACD (leur société), soutiennent Rachid Bouchareb. Le député UMP se voit ainsi décerner un « prix de la bêtise avec un grand C » (selon l’expression de Jacques Prévert) tout juste créé pour l’occasion. Votée à l’unanimité par le conseil d’administration de la SACD, cette gratification satirique « vise à honorer ceux qui, en toute méconnaissance de cause, prendront dorénavant l’initiative de tenter de limiter la liberté d’expression en s’attaquant publiquement à des oeuvres sans les avoir lues ou vues. » Lionnel Luca « s’est ainsi positionné, à la suite de quelques autres ces derniers temps, dans la grande tradition démocratique du « je ne l’ai pas lu, je ne l’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer donc j’en exige l’interdiction », relève encore la SACD .

Lionnel Lucas ne s’en émeut pas plus que ça. « Ce sont les mêmes qui estiment que ce film mérite un prix à Cannes sans l’avoir vu non plus. Quant à la bêtise, ils sont assez bien placés pour en parler. » « C’est puéril », conclut-il. Au-delà du fonds historique, ce qui gêne Lionnel Luca, c’est le soutien financier du film par le Centre national de la cinématographie (CNC). Lionnel Luca se défend de représenter, dans ce débat, les intérêts des pieds-noirs, nombreux parmi son électorat des Alpes-Maritimes. Il espère que ce film permettra aussi d’honorer la mémoire des musulmans qui sont restés fidèles à la France et qui, eux aussi, ont payé cet engagement par le sacrifice de leur vie. Une palme annoncée qui s’engage de façon houleuse sur les plages de Cannes…

Voir aussi:

Le rapport de l’armée qui accable le film de Rachid Bouchareb
Emmanuel Berretta
Le Point
07/05/2010

« Invraisemblances », « erreurs », « anachronismes »… Le service historique du secrétariat d’État à la Défense qui a analysé le scénario du film Hors la loi de Rachid Bouchareb n’est pas tendre avec l’auteur-réalisateur et son coauteur, Olivier Lorelle. Le sujet du film – les massacres de Sétif du 8 mai 1945 en Algérie, déclencheurs de l’insurrection indépendantiste – est d’autant plus sensible que Rachid Bouchareb a déclaré vouloir « rétablir la vérité historique ». Or, l’armée française ne sort pas grandie du film qui provoque, avant même sa présentation à Cannes, une vive controverse .

Le point.fr a pu se procurer le rapport du général de division Gilles Robert, chef du service historique de la Défense, en date du 9 septembre. Selon ce texte, le film comporterait des « erreurs » et des anachronismes » (…) si nombreux et si grossiers qu’ils peuvent être relevés par tout historien, ayant un tant soit peu étudié la guerre d’Algérie ». Le général note encore que « les nombreuses invraisemblances présentes dans le scénario montrent que la rédaction de ce dernier n’a pas été précédée par une étude historique sérieuse. Cette approximation historique rend ce film de fiction peu crédible. »

Confusions de dates

En annexe, le service historique de la Défense liste les erreurs dans le détail. Dans un premier point, il note que « le réalisateur veut faire croire au spectateur que le 8 mai 1945 à Sétif, des musulmans ont été massacrés aveuglément par des Européens ; or, ce jour-là, c’est le contraire qui s’est produit.(…) Si l’auteur souhaite évoquer le massacre de musulmans par des Européens à Sétif, il devrait situer sa scène au minimum le 9 mai, car c’est en réaction au massacre d’Européens du 8, que les Européens ont agi contre des musulmans ». C’est bien entendu l’essentiel de la controverse.

Parmi les anachronismes, les historiens militaires relèvent qu’à la page 10 du scénario, Rachid Bouchareb fait crier à des musulmans, au lendemain des massacres de Sétif : « Vive le FLN ! » Le hic : le FLN n’est créé qu’en 1954. En 1945, c’est le Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj qui soutient la contestation face au pouvoir colonial… Page 20, autre erreur selon l’armée : Rachid Bouchareb confond deux partis, le MNA et l’UDMA, le premier prônant la lutte armée et non l’accès au pouvoir par les votes. De même que de Gaulle apparaît dans une scène située en 1954 alors qu’il ne revient au pouvoir qu’en 1958… Par ailleurs, la guerre d’Indochine est qualifiée improprement de « Vietnam ».

Les historiens concluent au caractère « irréaliste » des personnages

En fait, le film se déroule essentiellement en France et met en scène la confrontation entre un indépendantiste algérien et un colonel du SDECE (contre-espionnage). Sauf que le SDECE est uniquement compétent hors de la France. Dans l’Hexagone, c’est la DST qui est seule habilitée à mener des opérations, relève l’armée. Les quelques écarts à cette règle ont consisté à « éliminer une personne », admet l’armée mais « jamais un porteur de valise ». De même que la seule action qu’ait menée le SDECE sur le territoire national concerne la mise en place d’une troisième force (le front algérien d’action démocratique) de juillet à octobre 1960.

Les historiens militaires prennent enfin un soin infini à décortiquer les costumes des soldats français et concluent au caractère « irréaliste » des personnages. De même qu’une scène de parachutisme dans laquelle un personnage nord-africain apparaît n’a pas pu exister. Les unités parachutistes n’étaient pas ouverte aux soldats issus des colonies. Enfin, l’armement des gendarmes est également contesté.

Autant d’éléments sur lesquels s’appuie le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Lucas pour dénoncer une « vision hémiplégique » de l’histoire et regretter le soutien financier du film par le Centre national de la cinématographie. Mais au final, la polémique profitera sans doute à la sortie en salle du film prévue le 22 septembre prochain…

Voir également:

Point de vue
Le film « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb : les guerres de mémoires sont de retour , par Yasmina Adi, Didier Daeninckx…
Le Monde
05.05.10

Les vérités officielles et les dénonciations de l' »anti-France » qui ont sévi à l’époque des guerres coloniales sont-elles de retour ? Le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, qui va être présenté au Festival de Cannes et sera sur les écrans en septembre 2010, a déjà donné lieu à de surprenantes réactions, qui ne peuvent rester sans réponse.

Le film raconte les parcours de trois frères, témoins des massacres de Sétif en mai 1945 et qui vivent ensuite en France, où ils seront plongés dans les excroissances en métropole de la guerre d’indépendance algérienne. Symptôme du retour en force de la bonne conscience coloniale dans certains secteurs de la société française, avec la complicité des gouvernants, un député a lancé une campagne contre ce film avant même son achèvement, campagne relayée – ce qui est plus grave – par un secrétaire d’Etat.

A l’automne 2009, fâché de la manière dont le scénario évoquait les massacres de Sétif et l’aide apportée par des Français aux militants indépendantistes algériens, le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca, vice-président du conseil général de ce département, a discrètement saisi le secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants Hubert Falco, par ailleurs maire de Toulon. Et dans une lettre à ce dernier du 7 décembre 2009, il dénonçait le concours financier apporté par le Centre national du cinéma (CNC) à ce film qu’il n’avait toujours pas vu : « On peut s’interroger sur cette volonté d’encourager une repentance permanente que le président de la République a plusieurs fois condamnée. A défaut de pouvoir intervenir sur le CNC, je vous saurais gré de bien vouloir veiller à ce que la sortie du film ne puisse être cautionnée par les officiels français. »

Précisant le sens de sa démarche, Lionnel Luca a déclaré le 23 avril 2010 à Paris-Match : « J’ai saisi le secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants dès que j’ai eu connaissance du scénario. Celui-ci l’a transmis au service historique du ministère de la Défense (SHD), qui a confirmé que de nombreux faits sont erronés et réinterprétés. Ce que je voulais avant tout, c’est que le film ne soit pas dans la sélection officielle française. Le projet me dérange. Il ne représente pas la France mais l’Algérie, cela me convient. » A ses yeux, en somme, le financement de la création devrait dans ce domaine être soumis à un label d’Etat définissant ce qui est ou non « historiquement correct ».

Fruit d’une coproduction franco-algéro-tuniso-italo-belge, ce film est d’abord une œuvre libre qui ne saurait se réduire à une nationalité, ni à un message politique et encore moins à une vision officielle de l’histoire. Œuvre d’un cinéaste à la fois français et algérien, son producteur pouvait le présenter à la sélection officielle du Festival de Cannes en tant que film algérien ou film français. Il a choisi la première option (à l’inverse d’Indigènes, présenté comme film français à Cannes et algérien aux Oscars), les films français de qualité étant déjà nombreux à prétendre figurer dans une sélection nécessairement limitée. Et contrairement à ce qu’avance M. Luca, il n’y a rien de choquant à ce que l’essentiel du financement de Hors-la-loi vienne de France (parmi ses financeurs, figurent France 2 et France 3, Canal+, Studio Canal, Kiss Films – la société de Jamel Debbouze –, la région PACA, l’ACSE, Ciné-cinéma et le CNC). L’apport venant d’Algérie ne représente qu’environ 20 % du budget, dont une bonne part en prestations valorisées. Un apport qui, en l’occurrence, n’a été assorti d’aucune pression ni demande particulière.

Dans un courrier adressé le 15 janvier 2010 au député, Hubert Falco a affirmé que son ministère avait en fait saisi dès le 18 juin 2009 – donc avant l’intervention du député – le service historique de la défense « pour analyser le contenu historique du scénario » : « [Le SHD] confirme qu’un certain nombre d’erreurs et d’anachronismes en parsème l’écriture. Ces invraisemblances, parfois grossières, montrent que la rédaction du scénario n’a été précédée d’aucune étude historique sérieuse. Elles ne manqueront pas d’être relevées par les spécialistes lors de la sortie du film en salles. Au vu de ces éléments, et sous réserve que la version définitive du film n’y apporte aucun correctif, il semble difficile que les pouvoirs publics puissent soutenir un film qui livre de notre histoire une version aussi peu crédible. Je veillerai pour ma part, au nom de la défense de la mémoire qui relève de mes attributions, à ne pas cautionner ce film. »

En septembre 2009, le général de division Gilles Robert, chef dudit service, avait en effet rendu un avis critique sur le scénario, répondant à la commande officielle. Nos réactions ne portent pas sur le contenu de cet avis, mais sur son principe même. D’ailleurs, ceux d’entre nous qui ont été invités comme historiens à voir le film ont aussi des réserves précises sur certaines de ses évocations du contexte historique de la période. Mais le travail d’un réalisateur n’est pas celui d’un historien et n’a pas à être jugé par l’Etat. Personne n’a demandé à Francis Ford Coppola de raconter dans Apocalypse Now la guerre du Vietnam avec une précision « historique ».

L’évocation d’une page d’histoire tragique peut aussi bien passer par la fiction, avec ses inévitables raccourcis, que par les indispensables travaux des historiens.

Dans le cas du film de Bouchareb, le problème de fond est ailleurs : des pressions ont été exercées sur les chaînes de France Télévisions pour ne pas coproduire le film et sur les responsables de la sélection officielle du Festival de Cannes pour qu’il ne soit pas sélectionné. Tandis que le producteur a été l’objet de demandes inhabituelles venant de la présidence de la République et du secrétariat d’Etat à la défense et aux anciens combattants pour visionner – dans quel but ? – le film avant la date de sa présentation officielle aux jurés et au public du Festival de Cannes.

En même temps, des associations extrémistes appellent à perturber le Festival en protestation contre la sélection de ce film. Et la réaction de M. Luca – rejoint le 29 avril par le député UMP de Béziers Elie Aboud, président du groupe parlementaire d’études sur les rapatriés, qui n’admet pas « qu’on utilise de l’argent public pour insulter la République » – est révélatrice : des milieux nostalgiques de la colonisation continuent de chercher à faire obstacle à la liberté de la création et à la nécessaire reconnaissance du passé colonial de la France. Ces députés déclarent espérer que la « Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie », prévue par l’article 3 de la loi du 23 février 2005, qui présentait comme positive l' »œuvre de la France outre-mer », sera rapidement mise en place, « afin de mieux approcher la vérité ». Le pire est à craindre quand le pouvoir politique veut écrire l’histoire que nos concitoyens iront voir demain sur nos écrans.

Signataires : Yasmina Adi (réalisatrice), Didier Daeninckx (écrivain), François Gèze (éditeur), Guy Seligman (président de la SCAM) et Pascal Blanchard, Mohammed Harbi, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, Gérard Noiriel, Jean-Pierre Peyroulou, Benjamin Stora, Sylvie Thénault (historiens).

Voir enfin:

Sétif: oubli ou falsification ? Les impairs et les manques
5 septembre 2005

Qu’il s’agisse de Jean Daniel du Nouvel observateur (11 mai), de Jean-Paul Mari sur le site du même journal (8 mai), de Mehdi Lallaoui et de Hassane Zerrouky dans le journal L’Humanité (respectivement 5 et 7 mai), de José Garçon de Libération (7 mai), de Nicolas Weill duMonde (8 mai), ou encore du point de vue de Jean-Louis Planche (Le Monde du 8 mai), force est de constater que, d’une part, le commentaire submerge la présentation des faits. En particulier leur enchaînement, si crucial, au vu du déchaînement qu’il entraîna. D’autre part, leur mise en perspective est des plus succinctes.

Ainsi, s’agissant du séquentiel des faits, le premier élément déclenchant fut cette manifestation à Sétif où un coup de feu abattit le porteur du drapeau, un « scout » dont le site du Nouvel Obs donne le nom : Bouzid Saal tout en parlant de « bousculade » quant à la cause du coup de feu sans plus de précision ; idem dans un court article du Monde(relativement bien fait néanmoins comparé aux autres) ; idem également selon une autre brève trouvée sur le site duNouvel Obs, alors que Mehdi Lallaoui affirme qu’il est « établi que c’est la police qui la première ouvrit le feu contre les manifestations de Sétif, à hauteur du Café de France » ; tandis que Hassane Zerrouky assène que c’est le « préfet de Constantine, Lestrade-Cardonnel, qui a ordonné aux forces de police : « Faites tirer sur tous ceux qui arborent le drapeau algérien. »

Le commissaire de police Lucien Olivier ne se fait pas prier : il fait tirer sur les manifestants. Les colons, organisés en milices, participent à la répression » ; version pourtant controversée si l’on en croit les propos de l’historien Jean-Louis Planche (dans un point de vue pourtant très peu objectif) puisque il signale que l’on « discute aujourd’hui pour savoir qui, d’un policier ou d’un manifestant, a lâché le premier coup de feu » ; sans oublier que Hassane Zerrouky va bien vite en besogne lorsqu’il énonce le rôle immédiat des colons « organisés en milices ».

Parce que la séquence n’est pas celle-ci. Mais plutôt qu’à la suite de l’assassinat du porteur de drapeau, au soir du 8 mai, sur « le registre de décès » relate Jean-Paul Mari du Nouvel Obs vingt et un « indigènes » et vingt « européens » sont déclarés morts. Puis il s’avère que ce sont « 102 » européens qui trouvent la mort, concède Jean Daniel, (José Garçon, elle, saute la séquence ( ainsi que Nicolas Weill qui s’en tient à vingt neuf européens tués le 8 mai, tandis que Mehdi Lallaoui parle de « 103 Européens d’Algérie », sans cependant donner plus de précisions quant à la séquence temporelle et au type d’exactions alors que Jean-Paul Mari indique que les « troubles gagnent le Constantinois.

A Kherrata, les émeutiers font sauter la boulangerie, la poste, le palais de justice ; ils violent, tuent et mutilent les cadavres. L’armée accourt, les civils se constituent en milice… ».

C’est, d’une part, bien donc à la suite de l’assassinat de ces 102 ou 103 européens que les milices surgissent et non immédiatement le 8 mai comme l’énonce pourtant plus haut Hassane Zerrouky dans l’Humanité. D’autre part, seul Jean-Paul Mari indique, on l’a lu, des viols et des mutilations de cadavres concernant les dits européens.

Alors qu’il aurait été loisible d’approfondir la question, par exemple lorsque l’on lit un Pierre Goinard qui expose, dans son livre référence, Algérie, l’œuvre française, [1]que « Des heurts avec le service d’ordre clairsemé, un coup de feu et c’est l’émeute sauvage, fermes européennes attaquées, massacrés gardes champêtres et gardes forestiers, juge de paix, curé, des femmes, des vieillards, des enfants, égorgés, mutilés, mains tranchées, ventres éviscérés, seins arrachés, organes sexuels sectionnés fourrés dans la bouche du cadavre… ; en quelques heures plus de 100 morts et 250 blessés européens. Cependant le soulèvement reste localisé et n’est pas unanime : des Musulmans préviennent ou cachent des Européens. Ceux-ci, regroupés en milices, tuent à leur tour (…) ».

Ce genre d’exaction, Benjamin Stora le relate, quoique par inadvertance : « on sait qu’un des responsables du PC à Sétif a eu les bras sectionnés lors des affrontements », précédé par le propos suivant : « Certains militants européens ont d’ailleurs participé à la répression de Sétif, dans les milices. Peut-être par simples représailles ».

Cette observation tempère d’une part l’idée que les colons s’organisent uniquement dans des milices pour aller chasser de l’indigène dans un esprit génocidaire comme le prétend leprésident algérien actuel ; par ailleurs le fait que cela soit un communiste qui se fasse ainsi mutilé n’est peut-être pas dû au hasard, puisqu’il représente cet athéisme si honni par certains ouléma.

Les communistes de l’époque, parlent, eux, d’éléments « hitlériens » au sein des insurrectionnels, ce que récuse l’historien Alain Ruscio dans un article de l’Humanité, et Benjamin Stora Algérie, op.cit., p. 355. Benjamin Stora, [ 2]

Or, Pierre Goinard avance que les ouléma « dans l’Est algérien surtout et à Tlemcen, étaient nationalistes et antifrançais au nom de l’islam, en liaison étroite avec les Universités de Tunis et du Caire, le Proche Orient et le monde arabe.

Déconcertés par la laïcisation de la Turquie sous Kémal Pacha après 1918, ils orientèrent alors leurs sympathies vers Charkib Arslân qui diffusait de Genève l’idéologie de la nation arabe. Expulsé du Liban par les Français en 1920, antisémite admirateur de Hitler et en même temps financé, dit-on, par Moscou ».

Il aurait été donc intéressant d’aller voir du côté des archives du PC pour en savoir plus au lieu de circonstancier ces propos par le seul stalinisme ambiant en son sein.

Ce qui implique en tout cas de mettre immédiatement en perspective l’ensemble de la séquence en soulignant le rôle des ouléma, ceux-là mêmes qui durant l’insurrection kabyle de 1871 (20 000 morts selon Pierre Goinard [ 3]créèrent les conditions d’une telle répression si l’on croit les propos recueillis par Farida Aït Ferroukh dans son Cheikh Mohand, Le souffle fécond [4]
Elle fait par exemple état des réponses de Cheikh Aheddad aux siens : « -Vous le saviez, Maître, que les Français nous battraient ? Pourquoi avoir envoyé la population au carnage ?

C’était pour délimiter un mur entre les Français et nous. Le sang a coulé. J’ai semé la haine entre eux et nous (pour des générations) (…) ». Ce genre de stratégie, susciter la réaction de l’ennemi en le provoquant émotionnellement par des mutilations préméditées, a été appliqué à plusieurs reprises, par exemple en 1955 à El Halia [5].

Si l’on réfléchit donc sur le début de la séquence, si déterminante, il s’avère peu vraisemblable qu’à la suite du meurtre (commandité par qui ?) de ce scout, musulman, un tel déchaînement dans la mutilation ait pu spontanément avoir lieu (au cri de « El-Jihad » mais que relativise -au nom de quoi ?- Annie Rey-Goldzeiguer, citée par Josée Garçon, en le cataloguant d’« arme de guerre civile plus que religieuse ») : de fortes présomptions incitent, d’une part, à observer le côté prémédité du phénomène qui a été déclenché de telle sorte que la réaction française puisse prendre la démesure souhaitée (mais dont les chiffres sont volatiles au dire même des articles ici cités mais qui tournent autour de 15 à 20 000, seul Goinard avançant celui de 6 à 8 000 « selon Charles-André Julien » [6]historien de renom) [7], créant ainsi ce « mur de sang » dont parle Cheikh Aheddad et que Stora relève également lorsqu’il énonce que le « soulèvement musulman et la répression à grande échelle ont creusé un fossé de sang entre Européens etAlgériens indépendantistes ». D’autre part, le point de vue des nationalistes algériens ne peut guère se réduire au fait que l’assimilation ou l’intégration s’avérait une impasse qui ne pouvait que déboucher sur ce genre affrontement comme l’avance hâtivement l’historien Jean-Pierre Peyrolou dans l’article de Josée Garçon. C’est oublier que précisément cette ouverture n’était pas acceptée par la mouvance araboislamiste animée par les ouléma et par Messali Hadj. Ainsi les propos d’un Ferhat Abbas de 1936 que Pierre Goinard relate : « Nous avons écarté une fois pour toutes les nuées et les chimères pour lier définitivement noter avenir à celui de l’œuvre française dans ce pays. Nous sommes les fils d’un monde nouveau, né de l’esprit et de l’effort français », ne font guère l’unanimité autour de lui [8]. Par ailleurs, s’agissant de l’intégration des autochtones, le même auteur observe que « lorsque le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 leur offrira le choix entre continuer d’être régis par« la loi musulmane » ou « jouir des droits des citoyens français en étant régis par les lois civiles et politiques de la France » (…) en cinq années, la citoyenneté proposée fût sollicitée seulement par 250 d’entre eux »(28). Ce qui explique déjà pourquoi l’ordonnance de 1944 qui permettait l’obtention de la nationalité française sans oblitérer la référence coranique n’eut que 60 000 adeptes. Le problème n’était alors pas tant de savoir s’il fallait oui ou non faire des Algériens des citoyens à part entière, mais quel type de contenu donnait ces derniers à leurs revendications : s’agissait-il d’une meilleure intégration, ou de se battre pour éliminer toute présence qui contrecarrerait le but araboislamiste ? On aurait aimé que les journalistes et les historiens creusent un peu plus dans cette direction également.

La plupart des journaux cités ici, à l’exception du papier du correspondant du Monde qui fait état de la controverse interalgérienne concernant les chiffres de la répression sanglante, ont failli à afficher l’exhaustivité et l’objectivité des faits, qui, même s’ils peuvent être interprétés ne peuvent pas l’être jusqu’à les faire disparaître sous des apriori non justifiés hormis par le partis pris (pour une analyse plus détaillée des conditions historiques générales voir mon livre Le monde arabe existe-t-il ? ).

Notes

[1] Paris, 2001, éditions Jacques Gandini, p.135

[2] dans son Messali Hadj (Paris, Hachette, 2004), fait état de cette influence araboislamiste (p. 25).

[3] Algérie, op.cit., p. 355. Benjamin Stora, dans son Messali Hadj (Paris, Hachette, 2004), fait état de cette influence araboislamiste (p. 25).

[4] Bruxelles, Éditions Volubilis, 2003, p. 30.

[5] Pierre Goinard, Algérie, op.cit., p.361. Voir également Historia N° 206

[6] Op.cit., L’Algérie, p. 135.

[7] Pour l’ensemble du conflit, Gilbert Meynier énonce les chiffres suivants : « De 1954 à 1962, l’armée française tue sans doute autour de 200.000 Algériens. Le FLN en tua plausiblement une cinquante de milliers (…) » in Histoire intérieure du FLN, Fayard, 2002, p. 704. Il est à noter que les chiffres attribués au FLN sont rarement répertoriés…

[8] Op.cit., L’Algérie, p. 354-355.


Philosophie: Le problème, c’est les religions (When in doubt, blame the Bible)

13 mai, 2010
School of Athens (Sanzio, 1512)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
L’inauguration majestueuse de l’ère “post-chrétienne” est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en “radicalisant” le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
Les fées et les loups-garous n’ont guère convaincu que des enfants ou des ignorants. Bref, je prends au sérieux la tradition judéo-chrétienne. Que l’on ne compte pas sur moi pour la mépriser ou la haïr ! (…) Athée, parce que je ne crois en aucun Dieu. Fidèle, parce que je reste attaché aux valeurs véhiculées par cette tradition-là. La morale des Evangiles me convient. Et puis toute notre civilisation est judéo-chrétienne. Faudrait-il, parce que je suis athée, travailler à sa disparition ? Ce serait confondre l’athéisme avec la barbarie ou le nihilisme. Très peu pour moi ! J’ai plutôt envie de transmettre à mes enfants les valeurs morales que j’ai reçues, qui ont forgé notre histoire, notre société, notre façon de vivre et d’aimer… Ne pas croire en Dieu, ce n’est pas une raison pour renoncer à se battre pour la justice, pour la paix, pour l’amour, pour une certaine conception de la vie et de l’humanité. (…) C’est comme le tout et la partie. La spiritualité, c’est la vie de l’esprit. La religion n’est qu’une de ses formes. Comme la seule spiritualité socialement observable, dans nos pays, fut pendant des siècles une religion – le christianisme –, on a fini par croire que « religion » et « spiritualité » étaient synonymes. Il n’en est rien. Il suffit de prendre un peu de recul, aussi bien dans le temps – spécialement du côté des sagesses grecques – que dans l’espace – par exemple, du côté de l’Orient bouddhiste ou taoïste –, pour découvrir qu’il a existé et qu’il existe encore d’immenses spiritualités qui n’étaient ou ne sont en rien des religions, au sens occidental du terme, c’est-à-dire des croyances en Dieu. André Comte-Sponville
En fait, le problème n’est pas celui du catholicisme, mais celui des religions. Elles semblent toutes avoir déformé le message de leurs fondateurs. Elles ont été et demeurent encore pour l’humanité, notamment les religions du Livre, la source de guerres horribles, de persécutions impitoyables, de souffrances pour des millions d’hommes et de femmes. Je ne sais si l’humanité parviendra à se délivrer de ce besoin religieux. Pierre Hadot
Pour être exact, je dois dire que la lecture de Pascal m’avait sans doute mis en condition. (…) Les Pensées de Pascal, qui s’étaient imprimées profondément en moi, m’ont permis de comprendre ce que je ressentais devant l’infini des étoiles.
Dans le fond, beaucoup de gens cherchent des modèles de vie dans d’autres spiritualités comme le bouddhisme. Mais ne pouvait-on pas trouver ces exercices chez les Grecs qui déjà choisissaient leurs écoles philosophiques en fonction des modes de vie spirituels qu’ils proposaient ? Stoïciens et épicuriens offraient un véritable catéchisme spirituel qui les guidait dans leur action. (…) Pour moi, c’est quelque chose qui traverse toute la philosophie antique. Chez Platon et Aristote, le mode de vie qui est mis en avant n’est pas moral mais scientifique, c’est la contemplation désintéressée de la nature. Mais c’est une finalité qui oriente le tout de l’existence. L’exemple de Socrate, prêt à payer le prix de sa vie au nom de cette fidélité, l’atteste.
Aujourd’hui je me qualifierais comme un mystique agnostique. Je récuse l’idée du dieu fabricateur ou géomètre. Et aussi du dieu coléreux de la Bible. Pierre Hadot
L’autonomie du sujet pousse au découplage complet de la religion et de la sagesse. La première est collective, nous n’en voulons plus. La seconde, qui s’expérimente dans le vécu, le ressenti, le tangible, l’efficace, est au contraire très moderne. Frédéric Lenoir

Nous sommes un champ ouvert où on peut tout essayer, créer un art de vivre propre, faire de sa vie une œuvre d’art. (…) il n’y a pas d’aspects mineurs dans cette entreprise: bien manger, bien dormir, être bien dans sa peau, des besoins du corps le plus concret aux aspirations les plus éthérées de l’intériorité, tout est bon à qui cherche la transformation. Nietzsche disait: la sagesse, c’est savoir comment boire son thé.
Frédéric Lenoir
Ça a tenu je crois au poids écrasant de la politique entre les années 1930 et 1970: la lutte contre le fascisme, l’enthousiasme pour le communisme nous dispensaient, croyions-nous, de toute réflexion sur la transformation de soi. Et puis le tout-politique a fait long feu… On est revenus à une réflexion sur la vie et le monde tels qu’ils sont, pour tenter de répondre à la question: qu’est-ce que j’en fais? André Comte-Sponville,
Je me suis trompé pendant vingt ans en pensant que la morale laïque suffisait. Elle ne suffit pas! Même si vous n’êtes pas croyant, vous avez besoin d’une spiritualité, d’une sagesse, pour aborder des questions comme l’éducation de vos enfants, l’art, la culture, l’amour ou le deuil…Luc Ferry
La philo m’a fait économiser dix ans de psychanalyse. Inès
Grâce aux travaux de Pierre Hadot, on sait maintenant qu’il s’agit de philosophie vécue, d’exercices spirituels pratiqués au quotidien, et ça change tout. (…) Notre regard sur la sagesse des Anciens: ils ne bâtissaient pas des théories abstraites comme on le croyait, ils visaient très concrètement la transformation de soi et celle de l’existence. Jean-Philippe de Tonnac (coauteur de «Fous comme des sages, 2002)
C’est ainsi qu’au début du Moyen Age, écrit Pierre Hadot, «on assiste à une séparation radicale du mode de vie philosophique (qui fait désormais partie de la spiritualité chrétienne) et du discours philosophique, qui devient un simple outil théorique au service de la théologie. Il ne s’agit plus, comme dans l’Antiquité, de former des hommes, mais des professeurs qui formeront à leur tour des professeurs…» Quelques siècles plus tard, quand la philosophie cessera enfin d’être «la servante de la théologie» et recouvrera son autonomie, elle restera pourtant tributaire de cet héritage scolastique et universitaire qui n’a conservé de l’activité philosophique de l’Antiquité que sa dimension spéculative. Catherine David, Jean-Philippe de Tonnac
Le but de Pierre Hadot en développant la notion de philosophie ancienne comme « exercice spirituel » était de fournir une solution de rechange à la religion. Dans cette perspective, Hadot rend le triomphe de la chrétienté et de la scolastique médiévale, exemplifié par Thomas d’Aquin, responsable de la « perte de la philosophie comme manière de vivre ». Le jugement qu’il porte sur Thomas d’Aquin s’applique également au néoplatonisme ancien. Or, de fait, pour les deux il n’y a rien d’abstrait dans la théorie de la philosophie comme ascension vers Dieu : la philosophie est une manière de vivre qui nous transforme et nous tourne vers le divin. Comme son prédécesseur néoplatonicien, l’Université médiévale considérait la philosophie comme un « exercice spirituel » dans le cadre d’une spiritualité chrétienne qui préparait aussi les intellectuels à une félicité surnaturelle. Wayne J. Hankey

Après la bouddhamania, la sophiamania!

Bonheur, sagesse, maîtrise des passions, vertus, travail spirituel sur soi-même, exercice spirituel, aveu des fautes, examen de conscience, méditation …

En ces temps étranges, sur fond de retour en force du réel avec un certain 11 septembre, de bestsellers philosophiques, cafés-philo à tous les coins de rue et péplums férocement antichrétiens …

Retour, au lendemain de sa très discrète disparition il y a trois semaines, sur celui à qui l’on doit pour une bonne part « l’actuel regain d’intérêt pour la philosophie pratique »

A savoir Pierre Hadot, qui eut droit lui aussi à son bestseller à 50 000 exemplaires (« Qu’est-ce que la philosophie antique? ») …

Où l’on découvre, derrière l’austère spécialiste de philosophie hellénistique et professeur honoraire au Collège de France mais aussi introducteur de Wittgenstein en France et inspirateur de Foucault, un prêtre défroqué déçu par des attentes mystiques qu’il ne trouvait plus dans l’Eglise et initié au « sentiment océanique » par ses lectures de Pascal …

Mais surtout, derrière sa (re)découverte de la dimension existentielle de la pratique philosophique des Anciens grecs prétendument asservie et dénaturée par la scolastique chrétienne (les fameux « exercices spirituels ») …

La bonne vieille dénonciation, selon le principe de l’amalgame et de l’incrimination du porteur de mauvaises nouvelles, de la violence de la religion en général et du judéo-christianisme en particulier …

Mes exercices spirituels
Propos recueillis par Thierry Grillet
Le Nouvel Observateur
Semaine du 10/07/08
Le philosophe Pierre Hadot, professeur au Collège de France, explore la pensée antique depuis quarante ans et publie cette année un essai inspiré sur Goethe par Pierre Hadot

Mes exercices spirituels par Pierre Hadot

Cette première rencontre avec un maître «à penser et à créer» inaugure la série d’été des Débats de l’Obs. Pendant six semaines, nous interrogerons six artistes dans leur genre, six intellectuels qui réfléchissent sur leur art. Des penseurs et des passeurs originaux qui ont fait l’actualité en 2008. Du philosophe français Pierre Hadot au génie de la BD américain Robert Crumb, de l’architecte français Jean Nouvel à l’écrivain-voyageur britannique ColinThubron, du paléontologue français Michel Brunet au poète et critique anglais Michael Edwards.

Sentiment océanique

En 1939, en terminale, la première idée que je me suis faite de la philosophie a été profondément marquée par Bergson et les existentialistes. C’est qu’ils invitaient, en philosophes, à vivre des expériences affectives. La joie, l’émerveillement, l’angoisse même comme celle qu’éprouve lors d’une extase demeurée célèbre Roquentin face à un arbre, dans «la Nausée» de Sartre. Je me rappelai alors de l’expérience bouleversante que je fis, deux fois de suite, à l’âge de 12 ou 13 ans; je me souviens surtout de celle qui se produisit un soir d’hiver en voyant le ciel étoile. Brusquement, j’eus une impression d’étrangeté et je fus envahi par une angoisse à la fois terrifiante et délicieuse. Je m’étonnais d’être moi, d’être là dans ce monde immense et inconnu, dont j’étais une partie. Romain Rolland a appelé cela le «sentiment océanique». Ai-je été prédisposé à la philosophie par cette expérience ? A lire les existentialistes, je compris qu’un des actes les plus importants du philosophe consistait dans cette prise de conscience de l’existence-dans-le-monde. Le Rousseau des «Rêveries d’un promeneur solitaire» qui s’attache à décrire ce sentiment d’existence m’apparaît comme un des précurseurs de cette introduction de l’affectivité dans la philosophie. Suivi, dans cette voie, par Schelling, Schopenhauer et Nietzsche. Quoi qu’il en soit, ces expériences d’adolescent m’ont conduit à penser qu’une chose est essentielle au philosophe : replacer son individualité dans le Tout du cosmos dont elle est une partie. Nietzsche disait : «Aller par-delà moi-même et toi-même. Eprouver d’une manière cosmique.»

Ce long détour

J’ai raconté souvent l’histoire de ma dissertation de philo au bac 1939, et l’enthousiasme avec lequel je commentai alors cette phrase de Bergson : «La philosophie n’est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi.» Définition de la philosophie et du philosopher, à mes yeux, toujours valable ! C’est que la philosophie n’est pas avant tout une activité théorique et abstraite, mais un nouveau mode de perception, que Bergson qualifie de «naïf», au sens où l’artiste regarde sans a priori la nature, en se libérant des habitudes et des intérêts égoïstes qui nous empêchent de voir la réalité telle qu’elle est.

D’enthousiasme en enthousiasme, il faut que j’évoque, dans mon parcours, la découverte, en licence de philosophie, de Heidegger, sa distinction de l’authentique, liée à la conscience de l’être et de l’inauthentique, sa distinction aussi entre l’être et l’étant, ses analyses de l’angoisse et du souci… Je songeais à une thèse sur Rilke – mon bréviaire à cette époque – et Heidegger avec Jean Wahl, grand maître alors des études heideggériennes. Mais le destin a voulu que je devienne historien et philologue, éditeur, traducteur et exégète de textes antiques – tout en restant philosophe. Je me suis donc acharné des années durant à rédiger une thèse sur un obscur écrivain latin du IVe siècle de notre ère, Marius Victorinus, qui d’ailleurs demeure toujours très mystérieux ! Mais comment regretterais-je ce long détour ? Comme beaucoup de philosophes, je n’avais aucun sens historique et philologique. En travaillant sur ce rhéteur de la ville de Rome, traducteur des traités de Plotin et qui s’était finalement converti au christianisme, j’ai découvert alors la difficulté d’établir les textes – rendus parfois inintelligibles à cause des fautes de copie des manuscrits -, mais aussi de les comprendre : j’ai souvent passé une journée entière pour m’assurer du sens d’un mot. D’une certaine manière, j’ai consumé des années à élucider le sens de cet aphorisme d’Heraclite, à l’origine d’une réflexion qui a occupé quarante années de ma vie, et que j’ai publiée dans «le Voile d’Isis» : «La nature aime à se cacher.» J’ai étudié de très près cette phrase et j’ai suivi la longue chaîne de contresens que les philosophes ont faits sur sa traduction – de Philon d’Alexandrie à Heidegger. A cet égard, il est troublant de penser que la raison ait opéré, pour produire des concepts nouveaux, avec des méthodes aussi irrationnelles en se laissant dériver au gré de fantaisies exégétiques.

Intuition

Dans ma jeunesse, en pensant à Platon, à Aristote, ou à Hotin, j’avais tendance à me représenter que ce qui caractérisait la pensée grecque, c’était l’abstraction et la théorie; mais alors un problème surgissait : pourquoi trouvait-on dans ces textes tant et de si manifestes incohérences ? Les critiques et les historiens disaient à propos de tel ou tel texte antique que leur auteur se contredisait ou qu’il composait mal. C’était vrai, si l’on croyait que l’intention de l’auteur antique était d’«informer», d’exposer une doctrine, de construire un système. Mais si l’on admettait qu’il voulait «former», qu’il avait une intention pédagogique ou thérapeutique, en un mot qu’il voulait exercer un certain effet sur des personnes déterminées et non sur des lecteurs inconnus, on pouvait comprendre les digressions, les dissymétries, les longueurs… Victor Goldschmidt a eu, à propos des dialogues platoniciens, une formule extraordinaire : «Ces dialogues visent, non pas à informer, mais à former.» Cette intuition vaut pour toute la philosophie antique.

Conscience joyeuse

J’ai rédigé, en 1977, dans l’Annuaire de la 5e Section de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, un article intitulé «Exercices spirituels» dont les différents chapitres avaient pour titre : apprendre à vivre, apprendre à dialoguer, apprendre à mourir, apprendre à lire. J’ai plaisir à penser du reste que ce texte influença beaucoup, en son temps, Foucault, comme il l’a reconnu lui-même dans «l’Usage des plaisirs». Personnellement, je définirais l’exercice spirituel comme une pratique volontaire, personnelle, conçue pour déclencher une transformation de soi. Comme, par exemple, chez les stoïciens qui pensaient que, pour être en mesure de supporter les coups du sort, la maladie, la pauvreté, l’exil, il fallait se préparer par la pensée à leur éventualité et que c’était une des tâches de la philosophie. Les épicuriens aussi ont élaboré un «corpus» d’exercices spirituels : l’aveu des fautes, par exemple; la limitation des désirs ou, s’accordant en cela avec les stoïciens, l’examen de conscience déjà en honneur chez les pythagoriciens, qui permet de prendre conscience de son état moral; la lecture méditative; la concentration de l’attention sur l’instant présent; l’effort pour voir les choses d’un point de vue supérieur. Certains de ces exercices n’ont pas cessé d’être pratiqués au cours des siècles. Par exemple, le regard d’en haut porté sur les choses humaines, pratiqué par Pascal, Voltaire, Leopardi, ou encore Hubert Beuve-Méry, dans des chroniques du «Monde» qu’il avait intitulées «Le point de vue de Sirius»; ou la concentration sur l’instant présent, que Goethe ou Schopenhauer ont recommandée, tout comme André Gide qui écrivait, dans ses «Nourritures terrestres» : «Chaque instant de notre vie est essentiellement irremplaçable; sache parfois t’y concentrer uniquement.»

Nietzsche comparait les exercices pratiqués dans les différentes écoles philosophiques antiques à des modèles d’action qui pouvaient nous inspirer. Je ne peux évidemment exposer ici ces différents choix de vie qui supposaient d’ailleurs une vie commune entre maître et disciples. Je m’en tiendrai au programme proposé par Marc Aurèle, qui distingue les trois rapports déterminants pour tout individu : celui que nous avons avec notre propre pensée, celui que nous entretenons avec les autres hommes et enfin celui que nous cultivons avec la nature. Il s’agissait, pour Marc Aurèle, d’abord de veiller à ne pas se laisser égarer par de fausses représentations, d’avoir le courage de voir la réalité telle qu’elle est; ensuite, de toujours agir au service de la communauté humaine et dans un esprit de justice; enfin, de vivre dans la conscience joyeuse que l’on est une partie du monde. Ces trois disciplines à l’oeuvre dans nos existences correspondaient bien, d’une part, à un matériel conceptuel : une théorie du jugement, de l’action et de la nature; mais elles donnaient corps aussi, d’autre part, à une pratique s’exerçant dans ces trois domaines. L’essentiel, à mes yeux, c’est que l’action et le sentiment soient considérés, au fond, comme une partie intégrante de la philosophie.

Tentation

De nos jours, l’enseignement de la philosophie dans les lycées et à l’université a perdu le caractère personnel et communautaire qu’il avait dans l’Antiquité. Par ailleurs, certains philosophes contemporains ont considéré l’activité philosophique comme la construction d’un échafaudage conceptuel qui serait une lin en soi. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau. Car la philosophie doit toujours commencer par le discours, qu’il s’agisse de rapporter une expérience, de poser des questions ou de proposer un mode de vie. Ensuite devraient succéder à cette première phase l’engagement existentiel et l’action concrète. Mais la grande tentation, pour tout philosophe, consiste à s’en tenir au discours. C’est pourquoi, d’un bout à l’autre de l’histoire de la philosophie, deux types de philosophes se sont constamment opposés : ceux qui limitent la philosophie à un discours et ceux qui mettent l’accent sur sa dimension existentielle et vitale.

Dans l’Antiquité, par exemple chez Epictète, Plutarque, ou encore Platon, on trouve une critique virulente de ceux qui se veulent exclusivement «professeurs», qui veulent briller par leurs argumentations et leur style et qui se distinguent ainsi de ceux qui vivent leur philosophie. Cette même opposition se perpétue dans la philosophie moderne. Kant oppose à la philosophie scolaire la philosophie du monde qui intéresse tout homme; Schopenhauer se moque de la philosophie universitaire qui n’est que de l’escrime devant un miroir. Thoreau déclare : «De nos jours, il y a des professeurs de philosophie, mais pas de philosophes», et Nietzsche écrit : «Avons-nous appris la moindre des choses que les Anciens enseignaient à leur jeunesse ? Avons-nous appris le moindre trait de l’ascétisme pratique de tous les philosophes grecs ?» Bergson et les existentialistes défendent la même conception, celle d’une philosophie qui ne serait pas un échafaudage de concepts, mais un engagement de et dans l’existence.

La santé du moment

Goethe a une représentation idyllique et erronée de la vie«quotidienne dans l’Antiquité. Les . hommes étaient heureux de vivre leur vie terrestre, dans ce qu’il appelait la «santé du moment». Ce que veut dire Goethe, c’est que le christianisme a détruit cette belle harmonie en obligeant les hommes à penser à la mort et en leur interdisant les plaisirs de la vie. Par ailleurs, il admire les philosophes grecs, tout spécialement les stoïciens et les épicuriens. Pour lui, le peuple grec et ses philosophes disaient oui à l’existence et au monde. Comme Marc Aurèle qui écrivait : «Le propre de l’homme de bien, c’est d’aimer et d’accueillir avec joie tous les événements.»

Goethe ne dit pas autre chose, mais plus brièvement : «La vie, quelle qu’elle soit, elle est bonne.» J’ai été étonné, à cet égard, de constater la grande parenté qui existe entre Goethe et Nietzsche.

Cette parenté est d’ailleurs revendiquée par Nietzsche, qui parle du «fatalisme joyeux» de Goethe. Accepter la vie et le monde, même dans leurs aspects les plus terribles ! Pour ma part, je comprends cette position dans la perspective du caractère merveilleux de l’existence. Mais comment accepter l’atroce souffrance de milliards d’être humains ? C’est le mérite du stoïcisme d’avoir intégré l’action au service de la communauté humaine dans la philosophie. Dans ce sens, je dirais que sont des philosophes, probablement des philosophes «sans le savoir», tous ceux qui combattent pour la défense des droits de l’homme ou pour l’avenir de la planète ! Sénèque le stoïcien avait déjà imaginé pour eux un beau slogan : «L’homme, chose sacrée pour l’homme.» Vous me permettrez de faire une citation un peu plus longue de ce même Sénèque faisant l’éloge de l’école stoïcienne : «La fin qu’elle nous prescrit, c’est d’être utile aux autres et d’avoir le souci, non seulement de soi-même, mais de tous en général et de chacun en particulier.» On se demande en lisant ce texte par quel défaut de lecture on a pu prétendre que le stoïcien ne se souciait que de son propre bonheur !

Extase

«J’ai quitté l’Eglise depuis longtemps. C’est aujourd’hui, pour moi, une vie antérieure. J’ai eu une enfance à l’eau bénite. Petit séminaire. Grand séminaire. Prêtrise. En pleine Occupation, j’ai lu les textes des grands mystiques. J’étais passionné par la monumentale «Histoire littéraire du sentiment religieux» de l’abbé Bremond. Mon intérêt pour la mystique prend naissance dans ces lectures des poèmes de saint Jean de la Croix et des textes de Thérèse d’Avila ou de Thérèse de Lisieux. Ce qui m’a conduit à Plotin et à Wittgenstein. J’éprouvais alors ardemment le désir de l’union mystique. L’idée d’un contact direct avec Dieu me fascinait. Mais j’ai été déçu. Mes directeurs de conscience ne paraissaient pas faire grand cas des trois voies – d’ailleurs héritées de Plotin et du néoplatonisme – qui devaient conduire à l’extase : la voie purgative, la voie illuminative et la voie unitive.

A la lin des années 1940, je me suis retrouvé dans la paroisse Saint-Séverin. J’habitais le presbytère et je participais à la vie de la communauté paroissiale. En même temps, j’allais suivre les cours de Jean Hyppolite sur Hegel à la Sorbonne ! Période décisive de ma vie. C’est à ce moment que j’ai commencé à adopter une attitude critique à l’égard de l’Eglise. Beaucoup de choses me contrariaient dans la vie quotidienne – le fait, par exemple, de ne pas vivre vraiment selon le modèle évangélique (comme de ne pas accueillir dans l’église les SDF de l’époque…). Mais il y eut un choc. L’encyclique «Humani generis» du 12 août 1950 qui condamnait l’évolutionnisme deTeilhard de Chardin, et aussi l’oecuménisme – pour un lecteur de la revue protestante «Réforme» que j’étais, ce fut un autre choc ! La proclamation du dogme de l’Assomption ajouta encore à ma déception. En juin 1952, j’ai donc quitté Saint-Séverin et me suis marié un an après !

Rupture

Le drame du catholicisme, c’est de s’être rapidement éloigné du message évangélique (sans doute depuis Constantin) avec l’installation du pouvoir temporel des papes, avec les fastes de la liturgie, l’Inquisition… Le dernier concile avait apporté quelques corrections à cet état de fait, mais le pape actuel (comme son prédécesseur) paraît bien vouloir liquider cet héritage. En fait, le problème n’est pas celui du catholicisme, mais celui des religions. Elles semblent toutes avoir déformé le message de leurs fondateurs. Elles ont été et demeurent encore pour l’humanité, notamment les religions du Livre, la source de guerres horribles, de persécutions impitoyables, de souffrances pour des millions d’hommes et de femmes. Je ne sais si l’humanité parviendra à se délivrer de ce besoin religieux. Pour ma part, je dirais avec Einstein : «Je suis un non-croyant profondément religieux.» Si l’on entend par religion l’émerveillement devant le mystère du monde et de la nature.

Pierre Hadot

Né en 1922, Pierre Hadot, philosophe et historien de la philosophie, est professeur honoraire au Collège de France pour la chaire d’histoire de la pensée hellénistique et romaine. Il a publié de nombreux ouvrages, dont «Qu’est-ce que la philosophie antique ?» (Folio Essais), et cette année une réédition, «le Voile d’Isis» (Folio Essais), et «N’oublie pas de vivre. Goethe et la tradition des exercices spirituels» chez Albin Michel.

Voir aussi:

Historien de la philosophie antique
Pierre Hadot
Roger-Pol Droit
Le Monde
27.04.10

Professeur honoraire au Collège de France, l’historien de la philosophie antique Pierre Hadot est mort dans la nuit du 24 au 25 avril, à l’âge de 88 ans. Il a modifié pour longtemps la manière même d’envisager la philosophie – voilà ce qu’il convient de souligner avant tout. Qu’il ait été un savant à l’érudition étourdissante, un homme aux moeurs simples, un auteur à l’écriture exacte et limpide, un pédagogue de haut vol, un précurseur dans plusieurs domaines est évidemment important. Mais la principale répercussion de son oeuvre, dont les effets dépassent de très loin le cercle des érudits, consiste en une mutation profonde du regard.

Pour le comprendre, il faut revenir deux générations en arrière. Dans les années 1960 et 1970, parler à un professeur de philosophie de bonheur, de sagesse, de maîtrise des passions, de travail spirituel sur soi-même, suscitait le plus souvent un haussement d’épaules. Dans l’esprit de cette époque, le travail du philosophe consistait presque exclusivement à travailler des concepts, à construire des analyses, à produire les cours et les livres qui les mettaient en oeuvre. Cette production théorique mise à part, qui se préoccupait de philosophie était censé vivre comme tout le monde, sans rapport avec ses élaborations intellectuelles. C’est ce paysage que Pierre Hadot a changé. Il a rappelé, de livre en livre, pour les chercheurs comme pour le grand public, combien la philosophie consistait, avant toute chose, en une conversion existentielle.

Au coeur de la démarche philosophique se tient selon lui un changement profond, concerté et volontaire, dans la manière d’être au monde. Pierre Hadot l’a souligné en montrant combien, chez les épicuriens et les stoïciens notamment, il s’agissait de se transformer, de métamorphoser sa manière de vivre par un long et constant travail sur soi-même.

Telle fut sa leçon centrale, éclairée avec une force et une ténacité incomparables : la tâche première du philosophe, dans l’Antiquité, était de changer sa vie, non de produire des écrits, ou même de travailler des concepts. Quand le philosophe donne des cours ou rédige des textes, c’est pour se soutenir lui-même dans cette métamorphose, ou pour aider ses disciples.

Cette perspective est devenue familière. A tel point qu’on oublie parfois combien c’est au long chemin de Pierre Hadot qu’on doit l’essentiel de ces idées, répandues à présent sous mille formes, voire mille déformations : la philosophie est « thérapie de l’âme », cheminement vers le bonheur du sage, travail affectif autant qu’intellectuel pour se dépouiller de l’angoisse, des passions, de l’illusoire et de l’insensé. Manière de vivre, et non simple façon de discourir.

Le plus souvent, on ignore à travers quelle longue et lente élaboration cette mutation s’est préparée, dans le parcours singulier de ce penseur de fond qui a traversé le XXe siècle en solitaire. Né à Paris, en 1922, dans une famille très catholique, Pierre Hadot a connu, à Reims, « une enfance à l’eau bénite », comme il le souligne dans des entretiens autobiographiques parus en 2001. Sa mère n’imaginant pas qu’il puisse devenir autre chose, il entre au petit séminaire à l’âge de 10 ans et se retrouve ordonné prêtre en 1944. Il commence à travailler au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 1949, quitte l’Eglise en 1952, se marie alors une première fois, avant de divorcer et d’épouser, par la suite, la philosophe Ilsetraut Hadot.

Son temps de labeur est marqué à la fois par l’austérité de l’érudition et par les libres explorations personnelles. Sur le versant érudit, Pierre Hadot fait l’apprentissage des manuscrits, découvre la nécessité d’établir scrupuleusement les textes.

De Plotin à Wittgenstein

Il consacre de nombreuses années de patience à Marius Victorinus, un rhéteur romain du IVe siècle qui a traduit le philosophe néoplatonicien Plotin (IIIe siècle). Dans le même temps, il fréquente Jean-Pierre Vernant ou Louis Dumont, et explore notamment l’oeuvre de Wittgenstein dont il fut, à la fin des années 1950, l’un des premiers commentateurs et traducteurs en France.

En 1963, le savant se fait connaître du public par un petit livre exemplaire de clarté et de puissance, Plotin ou la simplicité du regard (Gallimard), qui demeure aujourd’hui une des meilleures introductions possibles au néoplatonisme et à ce philosophe de l’expérience mystique.

Devenu en 1964 directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, le chercheur poursuit son labeur dans l’ombre, avant d’être élu en 1982, à 60 ans, à la chaire d’histoire au Collège de France. L’initiative en revient à Michel Foucault, dont les derniers ouvrages furent influencés par une lecture très personnelle des travaux de Pierre Hadot. Ce dernier avait notamment mis en lumière, dans une série d’études, la pratique des « exercices spirituels » dans la philosophie antique.

Là aussi, le point de départ est simple et les conséquences nombreuses. La vie philosophique exige un entraînement, une série de pratiques mentales destinées à faire passer les préceptes dans la réalité vécue. Pierre Hadot montre alors comment de nombreux textes antiques – de Platon, d’Aristote, de Sénèque, de Marc Aurèle – sont à lire moins comme des développements théoriques que comme des exercices de retour sur soi, de concentration sur l’instant présent, d’examen de sa conduite.

Loin de se limiter à l’Antiquité, ces exercices traversent toute l’histoire. En 2008, avec N’oublie pas de vivre. Goethe et la tradition des exercices spirituels (Albin Michel), le philosophe insiste sur la pérennité de cet entraînement spirituel. On le retrouve, sous des formes diverses, chez Nietzsche, Bergson ou Wittgenstein, dont les « jeux de langage » sont aussi des exercices de ce type. C’est donc également la philosophie moderne, qu’il connaissait magistralement, que Pierre Hadot incite à regarder d’un oeil neuf. Descartes se préoccupe d’une modification de nous-mêmes et de nos actions par la philosophie, Spinoza conclut l’Ethique par la béatitude du sage, Schopenhauer se soucie de l’existence…

Ce grand bouleversement des perspectives a entraîné une cascade de conséquences. Quelques-unes sont regrettables, des esprits débiles ayant conclu que vivre et penser sont une seule chose. Le génie de Pierre Hadot fut au contraire de ne jamais confondre les concepts et les temps de la vie, mais de souligner sans cesse leur difficile interaction, en rappelant continûment les allers-retours nécessaires d’un registre à l’autre. En outre, sa vertu fut de refuser d’être un gourou : « J’ai toujours pensé que mon rôle n’était pas de dire ce qu’il convient de faire », confiait-il dans l’une de ses dernières interviews. Il lui suffisait d’avoir la science limpide.

Car la marque suprême de cet esprit fut l’exacte clarté, l’écriture sans contorsion, l’explication juste et nette, présentes dans tous ses textes, même les plus spécialisés. L’immense succès de Qu’est-ce que la philosophie antique ? (Gallimard, Folio, 1995) est dû aussi à l’élégance d’une plume absolument sobre. Conforme à sa pensée, cette sobriété se retrouvait évidemment dans son existence quotidienne, traversée de joies intenses parce qu’élémentaires. Malgré cela, Pierre Hadot n’aimait pas qu’on parle de lui comme d’un sage. C’est sans doute le seul point sur lequel il avait tort.

21 février 1922 : Naissance à Paris.

1942 : Est ordonné prêtre.

1949 : Entre au CNRS.

1952 : Quitte l’Eglise catholique

1963 : « Plotin ou la simplicité du regard » (Gallimard)

1964 : Enseigne à l’Ecole pratique des hautes etudes

1982-1991 : Chaire d’histoire de la pensée hellénistique et romaine au Collège de France

1995 : « Qu’est-ce que la philosophie antique ? » (Gallimard)

2001 : « La philosophie comme manière de vivre », livre d’entretiens (Albin Michel)

2004 : « Le Voile d’Isis » (Gallimard).

Nuit du 24 au 25 avril 2010 : Mort à Orsay (Essonne).

Voir également:

Les leçons de vie des philosophes grecs
Aude Lancelin et Marie Lemonnier
Le Nouvel Observateur
15.07.04

Socrate, Diogène, Aristote, Zénon, Epicure ou Pyrrhon n’ont pas été que des purs esprits. Ils ont souffert, ils ont aimé, ils ont été raillés ou admirés. Aude Lancelin et Marie Lemonnier sont parties à la recherche de ces vies qui éclairent les nôtres.

Épicuriens, stoïciens, sceptiques, cyniques, hédonistes… Pourquoi ces mouvements de pensée de l’Antiquité désignent-ils un mode de vie, une attitude fondamentale devant l’existence et non un système conceptuel ? Parce que, comme l’a rappelé Pierre Hadot, la pensée antique est un lieu où l’on apprend à vivre.

Alors que la philosophie, née en Grèce au ive siècle avant notre ère, ne cessait de refluer au fil du temps vers les brumes du Nord, un curieux diktat s’imposa. On ne justifie ni n’éclaire une pensée par la vie de son auteur. Circulez, rien à voir. Une attitude qui eût bien surpris les hommes de l’Antiquité. Eux jaugeaient une philosophie à l’aune de l’indépendance et de la force intérieure qu’elle donnait à qui la mettait en œuvre. Les contemporains de Zénon, fondateur du stoïcisme, estimaient la simplicité de sa vie davantage que ses œuvres. Platon lui-même voyait dans la résistance de Socrate à l’ivresse un des signes les plus indubitables de sa sagesse. Et lorsqu’on demandait à Diogène ce qu’il avait gagné à philosopher, le Cynique répondait: «Au moins ceci, sinon rien d’autre: je suis prêt à toute éventualité.»

La philosophie n’était alors ni élaboration solitaire d’un système ni jongleries conceptuelles désincarnées. Même chez Aristote, fondateur de la métaphysique, la conversion préconisée à «la vie selon l’esprit» vise avant tout à assurer la liberté et l’absence de trouble. Le jeune Grec qui devait opter pour l’une des grandes écoles athéniennes, l’Académie de Platon, le Jardin d’Epicure ou le Portique de Zénon, engageait toute sa manière de vivre, sa sexualité autant que son rapport aux affaires publiques. Peu de chose à voir avec ce que, soigneusement barricadé derrière les murs de l’université, l’on nomme aujourd’hui philosophie, de «l’escrime face à un miroir», «de la philosophie pour rire», raillait Schopenhauer qui, baignant dans la tradition antique, fut l’un des rares penseurs postérieurs au xviiie siècle à envisager celle-ci comme conversion radicale de toute une vie.

Un cliché répandu veut que pendant la période hellénistique, qui va du règne d’Alexandre le Grand à la domination romaine au ier siècle avant J.-C., les philosophes grecs aient compensé la vie politique perdue et le sentiment de décadence par un repli sur la vie intérieure et le souci éthique. Une vision fausse, ainsi que l’a maintes fois montré Pierre Hadot, le grand helléniste français. Dès le dialogue socratique, la philosophie vise à provoquer la rupture avec les soucis factices, le dégel de toute une existence, sans quoi elle n’est rien. «Vide est le discours du philosophe s’il ne contribue pas à guérir la maladie de l’âme», dit une sentence épicurienne, tandis que les Stoïciens, eux aussi, réduisent le noyau théorique au minimum indispensable et privilégient l’efficacité psychique. Les six grands courants présentés dans ce dossier s’entendent sur l’essentiel. Chaque homme peut ici et maintenant devenir le vrai maître de sa vie en s’affranchissant de tout ce qui lui est étranger. Leurs divergences portent sur l’ennemi intime à combattre. Les faux plaisirs, pour les Epicuriens. Les opinions égarantes, pour les Sceptiques. L’intérêt égoïste, pour les Stoïciens. Les conventions sociales, pour les Cyniques.

L’éthique grecque, on le sait, connaît depuis une vingtaine d’années un intérêt toujours renouvelé. Est-il pourtant si aisé de la réactualiser? S’il est une chose frappante en effet dans la philosophie antique, c’est bien la valeur incommensurable, infinie, accordée au cosmos et à la vie, quelles que soient les horreurs innombrables de la condition humaine. Le pessimisme contemporain s’en accommode mal. A parcourir les préceptes acérés du «Manuel» d’Epictète, à suivre les méandres des «Dialogues» de Platon, nul doute possible pourtant. Aucune révolution, aucun progrès ni recul, ne semble pouvoir altérer la force de ces grandes consciences antiques placées face à l’équation de la vie.
La préférence de Kierkegaard, philosophe de l’angoisse, allait à Socrate, celle de Nietzsche à Epicure, «le grand consolateur de l’Antiquité». A qui ira celle du lecteur? Convenons-en en tout cas avec l’auteur du «Gai Savoir»: «Rien de plus joyeux ni de meilleur ne peut être accordé à l’homme que d’approcher de l’un de ces victorieux qui pour s’être adonnés aux pensées les plus profondes n’en aiment que mieux la réalité la plus vivante.»

Voir également:

La quête de la sagesse
Ursula Gauthier
Le Nouvel Observateur
28.11.02

Une mode? Non, une vague de fond. Quand les croyances sont en crise et les utopies en berne, que reste-t-il? Les interrogations essentielles. Celles que posaient déjà, il y a 2 500 ans, les inventeurs de la philosophie: comment donner sens à sa vie?

Souvenez-vous: il n’y a pas si longtemps, la sagesse sentait le moisi. Si philosophie veut dire en grec amour de la sagesse, les philosophes, eux, ont longtemps été «sophiaphobes», préférant d’ailleurs se faire appeler intellectuels. Exclusivement centrés sur la sphère politique, acharnés à dénoncer la «barbarie à visage humain» et à fustiger les «maîtres-penseurs», ils auraient ri au nez du ringard qui aurait aventuré devant eux les mots de salut ou de spiritualité. La sagesse? Un idéal pour retraités… Luc Ferry, alors jeune agrégé, persuadé qu’il n’y avait rien de plus philosophique que d’examiner les rapports entre la politique, le droit et l’histoire, publiait le premier tome de sa trilogie «Philosophie politique» (PUF). C’était en 1984. La même année paraissait sous la plume d’un autre jeune et obscur agrégé de philo un «Traité du désespoir et de la béatitude» (PUF). Un ovni dans le paysage vibrionnant de la philosophie dite «nouvelle». «Voici enfin un penseur qui vit sa philosophie et ne fait pas semblant de méditer», s’exclamait Roger-Pol Droit dans «le Monde», s’émerveillant de «ce propos fort ancien mais qui paraît neuf tellement fut oubliée cette simple exigence: le bonheur s’acquiert par la sagesse»… La sagesse, la vraie? L’idéal éternel de Socrate et d’Epicure? Jugez-en: «La sagesse, expliquait le jeune normalien dans un style vintage inspiré de l’élégance d’Alain, c’est le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité.» L’auteur de ce come-back, André Comte-Sponville, redoutait alors de paraître ridiculement archaïque aux yeux de ses pairs: «La plupart pensaient que j’avais quelques siècles de retard», se souvient-il avec un sourire. Douze ans et quelques best-sellers plus tard, le succès inouï du «Petit Traité des grandes vertus» (PUF, 450 000 exemplaires vendus) allait prouver qu’il avait en fait quelques années d’avance…

Aujourd’hui, on a peine à comprendre cet anathème. La sagesse ne provoque plus ni ricanements, ni grincements de dents. Luc Ferry, le fana de la théorie de l’agora, vient de signer un ouvrage que ne renierait aucun héritier de Socrate: «Qu’est-ce qu’une vie réussie?» (Grasset) pose la question fondamentale de la «vie bonne», celle qui a du sens et qui se vit dans la joie. Comment, s’interroge le ministre-philosophe, fonder une spiritualité laïque à l’usage des athées – dont il fait partie? «Je me suis trompé pendant vingt ans, avoue-t-il au sociologue Frédéric Lenoir, en pensant que la morale laïque suffisait. Elle ne suffit pas! Même si vous n’êtes pas croyant, vous avez besoin d’une spiritualité, d’une sagesse, pour aborder des questions comme l’éducation de vos enfants, l’art, la culture, l’amour ou le deuil…»

Pas très sexy, pas très hype, ces austères interrogations existentielles, ces sempiternels «où suis-je et dans quelle étagère»? Ce n’est pas l’avis de nos contemporains qui s’arrachent des ouvrages parfois bien ardus: plus de 100000 exemplaires vendus de «la Sagesse des modernes» (Robert Laffont), une coproduction Ferry – Comte-Sponville. Ce dernier, champion hors catégorie du blockbuster philosophique, est traduit en 25 langues, et a été vendu au total à plus d’un million d’exemplaires! Dans le sillage, d’autres «amis de la sagesse» font aussi de beaux succès de librairie: Michel Onfray, Clément Rosset, Marcel Conche… Une aubaine pour des éditeurs jusque-là habitués aux micromarchés, qui lancent des collections grand public et multiplient les rééditions de classiques.

«La philo m’a fait économiser dix ans de psychanalyse», déclare sans rire Inès. Avec ses 35 ans longilignes, sa vie bien remplie de mère et de prof de piano, Inès n’a pourtant rien d’une paumée. «Il fallait me voir il y a trois ans: coincée à l’intérieur, terne à l’extérieur, et explosive en profondeur!» En surface, tout allait bien, elle avait un mari, un enfant et un labrador. Mais il y avait un hic: le mari menait une double vie. Inès ne trouvait ni le courage de rompre, ni celui de se battre. «J’étais paralysée, et ça me détruisait un peu plus chaque jour.» Elle manque plusieurs fois se faire renverser dans la rue, se rompre le cou dans l’escalier. «J’étais suicidaire sans le savoir.» Est-ce parce qu’elle se sent prise dans un cul-de-basse-fosse que le désespoir selon Comte-Sponville fait un déclic? Elle qui avait à peine eu la moyenne à l’épreuve de philo au bac se met à dévorer les auteurs cités par ce dernier, Conche, Rosset, Deleuze, Cioran, puis s’attaque à Nietzsche, Montaigne, Pascal… «J’ai calé devant Spinoza. Mais c’est quand même lui, à travers Deleuze, qui m’a sauvée: je me suis vue dans sa critique des passions tristes comme dans un miroir. Je n’étais que culpabilité et ressentiment, alors qu’il n’y a que la joie qui vaille.» Et alors? «Alors un jour, je suis partie. ça n’a pas posé de problème grave. Je lis toujours de la philo, mais moins qu’avant.» La leçon de l’histoire? «Je ne suis responsable que de ce qui dépend de moi, c’est-à-dire moi et ma fille, tant qu’elle est petite. C’est à moi de nourrir ma puissance de joie. Un jour je lirai « l’Ethique » en entier.» Spinoza superstar…

Qu’il faille s’en réjouir ou en pleurer, le ciel étoilé des sages illumine les nuits sans lune de Petits Poucets toujours plus nombreux, lâchés sans boussole dans la jungle de la vie. C’est à cette lame de fond qu’appartient la vogue, apparue au début des années 1990, des cafés-philo. Inauguré au Café des Phares, place de la Bastille, le modèle fait plus de 200 émules en France et se répand comme une traînée de poudre en Europe, en Amérique et jusqu’au Japon. Dans la foulée, une nouvelle profession, celle de philosophe thérapeute, apparaît. Evidemment, la méthode trouve sa limite face aux pathologies sérieuses. Mais les Anciens, qui ne voyaient d’autre intérêt à la philosophie que d’apprendre à mieux vivre, auraient approuvé.

Que s’est-il donc passé pour qu’une telle soif de sagesse fasse soudain irruption? Demandons-nous plutôt, suggère Comte-Sponville, comment la sagesse, idéal constant de la philosophie au long des vingt-cinq siècles de son histoire, a pu paraître dérisoire pendant quelques décennies. «Ça a tenu je crois au poids écrasant de la politique entre les années 1930 et 1970: la lutte contre le fascisme, l’enthousiasme pour le communisme nous dispensaient, croyions-nous, de toute réflexion sur la transformation de soi. Et puis le tout-politique a fait long feu…» Dans le désarroi qui a suivi l’effondrement des dernières utopies soixante-huitardes, le je a pris sa revanche sur le nous. «On est revenus à une réflexion sur la vie et le monde tels qu’ils sont, pour tenter de répondre à la question: qu’est-ce que j’en fais?»

Les réponses ne manquent pas. La nouvelle «sophiaphilie» des philosophes a rouvert l’accès aux sources mêmes de la pensée occidentale. Qui sont donc ces cyniques dont se réclame Onfray? Et ces atomistes que révère Conche? Voici M. Tout-le-monde parti à l’assaut des auteurs escarpés: réédités en «petits prix», Parménide, Epicure, Plotin, Lucrèce, Epictète remplissent les bacs des libraires. Simple curiosité intellectuelle, passion des idées pures? Non, explique Jean-Philippe de Tonnac, coauteur de «Fous comme des sages» (Seuil 2002): «Grâce aux travaux de Pierre Hadot (1), on sait maintenant qu’il s’agit de philosophie vécue, d’exercices spirituels pratiqués au quotidien, et ça change tout.» Tout quoi? «Notre regard sur la sagesse des Anciens: ils ne bâtissaient pas des théories abstraites comme on le croyait, ils visaient très concrètement la transformation de soi et celle de l’existence.»

Loin des systèmes spéculatifs, une sagesse modeste, sensitive, fondée sur une pratique physique et mentale, centrée sur les destinées individuelles. Ça ne vous rappelle rien? Comment ne pas penser aux gymnastiques spirituelles venues d’Asie, qui séduisent des dizaines de milliers de nos contemporains: yoga, zazen, tai-chi, qigong, sans oublier toute la famille des «do» (judo, aïkido, etc.)? Pour les quêteurs de salut, depuis Voltaire et Montesquieu, l’Orient symbolise – à défaut de l’incarner… – la sagesse et la tolérance. «C’est une vieille idée européenne que la sagesse est ailleurs, en Chine, en Perse ou chez les Hurons, explique Jacques Julliard. Une idée qui remonte au XVIIIe siècle.» Pas étonnant que tant d’entre nous aillent aujour-d’hui à la rencontre des chamans, des soufis, du tao ou du zen, censés être plus authentiques, plus accessibles aussi, que notre propre tradition, que la révolution rationaliste avait rejetée dans les ténèbres de l’obscurantisme.

Désormais, loin des dogmes collectifs et des vérités enseignées, chacun est libre de tracer sa Voie en puisant à son gré dans l’infini éventail des traditions du monde. «Le « Livre des sagesses » qui vient de paraître chez Bayard est un événement historique, n’hésite pas à déclarer le philosophe Michel Lacroix, qui étudie les sensibilités collectives actuelles. Notre civilisation fait la somme des patrimoines spirituels de l’humanité, comme à la Renaissance!» (Lire pages 30 à 34 l’article de Catherine David.) Frédéric Lenoir, codirecteur du livre, voit dans cette charnière de notre siècle l’aboutissement d’un processus déclenché en effet à la Renaissance, et qui a vu l’émancipation progressive de l’individu par rapport aux normes: «L’autonomie du sujet pousse au découplage complet de la religion et de la sagesse. La première est collective, nous n’en voulons plus. La seconde, qui s’expérimente dans le vécu, le ressenti, le tangible, l’efficace, est au contraire très moderne.»

Emblème de cette sagesse instinctive du corps, le yoga est cette discipline très codifiée, issue de l’hindouisme, qui s’est solidement implantée chez nous depuis deux générations. Mais en s’adaptant, en s’occidentalisant. «En Inde, explique Ysé Tardan-Masquelier (2), historienne des religions, la relation maître-disciple est à la base de tout travail. Mais pour nous, enfants de Freud et de Nietzsche, qui refusons les relations de dépendance, un prof de yoga n’est pas un gourou. Nous avons gagné notre autonomie spirituelle.» L’Ecole française de Yoga qu’elle dirige a formé 2 000 élèves diplômés depuis sa fondation en 1967. On avance parfois le chiffre considérable de 8000 professeurs de yoga en France. Pas étonnant que des notions aussi ésotériques que chakras, kundalini ou corps subtil envahissent notre vocabulaire et notre vision de l’organisme. «Aujourd’hui, on a accès à tout le savoir sur le yoga, estime Ysé Masquelier. Il y a moins de touristes, plus de travail en profondeur. On peut s’en servir comme un moyen de mise à distance du monde. Ou bien on peut en faire une plate-forme d’énergie pour aller vers le monde.» Et parfois, c’est l’un puis l’autre, le repli sur soi débouchant sur l’ouverture aux autres.

Le bouddhisme offre le même choix. Des dizaines de futurs lamas s’enferment pour des retraites de «3 ans 3 mois 3 jours» dans les temples que les ordres tibétains construisent en France. Certains resteront ermites à vie. Le plus grand nombre s’emploie activement à acclimater en Europe la doctrine de l’Eveillé. Pour les 15 000 Français convertis, le bouddhisme est une nouvelle foi. Pour les cinq millions qui s’en disent «proches», c’est une sagesse qui leur apporte une inspiration, une réflexion, une part de vérité, peut-être.

Muriel Merigout, 34 ans, thérapeute, se dit «bouddhiste par choix; mais je suis restée chrétienne, se dépêche-t-elle d’ajouter. Pour moi, Jésus est un bodhisattva qui aide les gens.» Longtemps, elle a étudié le bouddhisme auprès de son maître, un lama Nyingmapa, comme une réalité extérieure qu’elle tentait d’intégrer. Et puis, lors d’un voyage au Laos, elle croise le chemin de brigands armés et frôle la mort. Avec une balle dans le dos, elle agit dans un état second et réussit à se sauver et à protéger ses amis. «Depuis cette expérience, la plus forte et la plus belle de ma vie, le bouddhisme est devenu une chose que je pratique, vis et respire.» De cette «ouverture du cœur» à sa récente vocation de thérapeute, c’est la même question qui se pose: comment répondre à la souffrance? Muriel y répond avec les gestes doux du shiatsu et du reiki, méthodes manuelles dérivées de la conception chinoise des méridiens. La douceur n’a pas de bornes. Comme il importe d’effacer les tensions du corps, il est indispensable aussi de «sourire aux caissières» et à tous ceux qui sont derrière un guichet, ces trucs «séparatifs et violents». Petite recette de sagesse dans un monde de brutes.

«Nous sommes un champ ouvert où on peut tout essayer, créer un art de vivre propre, faire de sa vie une œuvre d’art», s’enthousiasme Frédéric Lenoir. Mais à cette aune, tout le monde est-il égal? Pour quelques purs génies de la réalisation de soi, combien de laborieux artisans du métier d’être soi? «Non, il n’y a pas d’aspects mineurs dans cette entreprise: bien manger, bien dormir, être bien dans sa peau, des besoins du corps le plus concret aux aspirations les plus éthérées de l’intériorité, tout est bon à qui cherche la transformation. Nietzsche disait: la sagesse, c’est savoir comment boire son thé.»

Notez que Nietzsche parle du thé. Pas du café, ni du vin. Le thé de Nietzsche indique l’origine que nous donnons instinctivement à la sagesse: l’Asie. Mais pour les quêteurs de salut, ce n’est pas l’Asie qui compte, c’est les outils qu’elle nous propose. Le bonheur mode d’emploi, pour cadres stressés et bobos pressés. «Ils y cherchent une voie de sortie aux impasses de la modernité: psychologiques, écologiques ou professionnelles, explique Anne Garrigue, qui prépare un essai, «Besoin d’Asie» (3). La passion pour l’Asie n’est pas le moteur de cette quête, elle peut en être la résultante.»

Pour Martine Leherpeur, «tendanceuse» en vogue, l’Asie était depuis longtemps un terrain connu: cela fait vingt ans qu’elle œuvre pour des marques japonaises. Comment est-il devenu un «horizon de sagesse»? Il a fallu, il y a cinq ans, l’épreuve d’un terrible cancer qui l’a laissée mutilée dans son corps. Mais aussi transfigurée, rayonnante, et pour tout dire heureuse. «J’étais une sportive énervée qui courait plus vite que son ombre. Grâce à la maladie, j’ai compris la valeur de la patience, de la tolérance, d’un certain sourire, le sourire du Bouddha.» Aujourd’hui, passionnée par le Tibet, elle va dans l’Himalaya faire de la marche tout en lisant saint Augustin, et en pratiquant le yoga dans son entreprise. Et comme la quête demande du temps, elle songe à confier sa boîte au personnel pour aller séjourner dans un temple tibétain. Puis vivre dans un monastère catholique pour s’initier à la sagesse chrétienne. Bref, «faire le chemin d’Alexandre à l’envers».

L’itinéraire est moins singulier qu’il y paraît. Un peu de spiritualité éloigne de ses racines, beaucoup y ramène. La Voie est un boomerang. Ils sont nombreux, les voyageurs partis sur la route de Katmandou, qui au bout du chemin redécouvrent qui la kabbale, qui Thérèse d’Avila, Raymond Lulle ou Maître Eckhart. «Les années 1990 ont été l’âge d’or des livres bouddhistes, explique Jean-Louis Schlegel, le «Monsieur Religion» du Seuil. Dans la collection Points sagesse, Shogyam Trungpa s’est vendu à 70000 exemplaires, Walpola Rahula à 95000.» Aujourd’hui, dalaï-lama mis à part, la bouddhamania semble s’essouffler, au profit de textes de la tradition chrétienne comme «les Récits du pèlerin», vendus à 100 000 exemplaires. Est-ce un hasard si ce classique de l’Eglise orthodoxe préconise l’exercice de la «petite philocalie du cœur», c’est-à-dire la répétition indéfinie du nom du Christ, comme dans les mantras orientaux. Où l’on découvre que l’Asie et l’Europe ne se tournent pas forcément le dos.

«Il se passe quelque chose de sociologiquement très important, affirme Jean Mouttapa (4), le patron de la plus importante collection de spiritualités, celle d’Albin Michel, c’est un immense intérêt pour la spiritualité, qui reste pourtant médiatiquement invisible.» Ses livres ne figurent jamais sur la liste des best-sellers, mais son chiffre d’affaires progresse de 15-18% pour 2002. Sur les 500 000 exemplaires vendus annuellement, nombreux sont les «long-sellers», rarement signalés par la critique, qui finissent par atteindre, sur la durée, des tirages considérables. C’est le cas d’Annick de Souzenelle (5), psychothérapeute et orthodoxe. Ainsi que du moine dominicain Anselm Grün (6). Deux auteurs emblématiques de ce «nouveau style de spiritualité» qui n’hésite plus à se référer à la fois aux lectures hébraïques, aux Pères de l’Eglise, et aux conceptions jungiennes sur la psychologie des profondeurs…

C’est donc aujourd’hui au tour de la spiritualité chrétienne de se frotter aux courants psy. Il y a quarante ans, la contre-culture américaine opérait, sous l’invocation de Jung, une hybridation sauvage de la psychologie occidentale et des mystiques orientales. Et accouchait d’un vaste mouvement baptisé «Développement personnel». Le DP, comme on l’appelle, n’est pas une des innombrables modes qui pullulent sur le psychomarché américain, mais leur matrice commune. Il dérive du Mouvement du Potentiel humain, né au sein du prestigieux institut Esalen, en Californie. Son ambition, prométhéenne, consiste à offrir à la personne un développement total: actualisation complète du moi, dépassement des habitudes culturelles et communication élargie avec les autres et la nature. Pour Abraham Maslow, père de la psychologie humaniste, nous n’avons pas seulement besoin d’être aimés, reconnus, respectés – tous besoins de base dont le déficit provoque la névrose. Nous avons aussi un besoin psychique supérieur: le besoin de développement, qu’il appelle parfois «besoin d’accomplir sa destinée, d’être créatif» et auquel il n’hésite pas à assigner l’ambition métaphysique ultime: la réalisation de l’Etre. Il ne suffit plus de soigner sa névrose, il faut oser l’intensité nietzschéenne, l’accomplissement, la plénitude. Né dans les années hippies, cet enseignement est aujourd’hui furieusement tendance.

«C’est l’idéal capital vissé au cœur du psychisme actuel, constate le philosophe Michel Lacroix, auteur d’une passionnante étude (7) sur ce thème. La notion centrale du « potentiel » – cognitif, relationnel, mystique – à développer est un puissant moteur pour notre époque.»
D’où le sidérant succès des nombreuses techniques dérivées du DP: pensée positive, PNL, coaching, analyse transactionnelle, Gestalt-thérapie, relaxation… Monopolisant le mar-ché des formations d’entreprise, le DP s’étend au nouveau marché du mieux-être qui explose dans les salons: «Médecines douces», «Rentrez zen», «Vivre autrement». Il bouleverse le paysage éditorial, où les ventes d’ouvrages de psycho grand public ont augmenté de 45% en 2002! Il contribue au succès du mensuel «Psychologies» de Jean-Louis Servan-Schreiber, qui tire à plus de 200000 exemplaires. Y a-t-il une sagesse dans tout ça? «Certainement, répond Michel Lacroix. Et même de la plus haute eau spéculative. Mais à manier avec précaution: on est toujours au bord de la manipulation sectaire.»

Pour résumer, c’est le «Connais-toi toi-même» de Socrate, boosté par le «Deviens ce que tu es» de Nietzsche, tendant à la béatitude de Spinoza, dans la maîtrise de soi du samouraï. Où est le hic, docteur? «Si le but, c’est Prométhée, la surhumanité nietzschéenne, raisonne Michel Lacroix, il est à craindre qu’il n’y ait que peu d’élus.» Le rêve du Moi total promet autant de désenchantement que l’utopie collective. Quid de tous ceux qui ne réaliseront pas «l’homme illimité» en germe dans leur potentiel? S’ils survivent à leur vol d’Icare, ils pourront toujours cultiver leur jardin…

(1) «Exercices spirituels et philosophie antique» (Albin Michel).
(2) «Le Yoga» (Plon-Mame).
(3) A paraître chez Philippe Picquier.
(4) «Religions en dialogue» (Albin Michel).
(5) 120000 exemplaires pour son «Symbolisme du corps humain».
(6) «Chacun cherche son ange», «Petit Traité de spiritualité au quotidien», vendus à 30 000 exemplaires chacun.
(7) «Le Développement personnel» (Flammarion).

Voir enfin:

LA SOIF DE PHILO
Gilles Anquetil
Le Nouvel Observateur
13.05.99

Plus que jamais, notre société désenchantée est en quête de sens. Le succès phénoménal des essais d’un Comte-Sponville, d’un Ferry ou, auprès des ados, du «Monde de Sophie» de Jostein Gaarder en témoigne. Dénoncés par les puristes comme de «piètres penseurs

La philosophie, à qui l’on demande beaucoup, toujours trop, a pour vocation de différer ses réponses. On la presse de toutes parts d’intervenir dans l’actualité, de se colleter avec le présent, d’éclairer nos lanternes, de produire balises et repères, bref de penser en temps réel. Mais la philosophie est toujours en retard. En retrait, décalée par rapport aux multiples demandes sociales. Elle prend son temps et fait le lent et nécessaire détour par la réflexion ou par sa propre histoire pour ne pas donner l’illusion qu’elle va dire plus qu’elle ne sait. Malheureusement pour les quêteurs de sens, la patience du concept s’accorde mal avec l’urgence contemporaine, et les philosophes dignes de ce nom ont horreur des injonctions. C’est tout le quiproquo d’une époque qui veut passionnément philosopher en s’épargnant tout effort philosophique; qui veut en savoir plus en pensant moins. Il faut, bien sûr, prendre cette demande de philosophie au sérieux, sans oublier de rappeler qu’elle sera toujours frustrée – car si la philosophie apprend à penser, elle n’apprend que rarement à vivre. Et dire avec Roger-Pol Droit que «l’oubli des philosophies sur la scène publique serait un véritable drame. Nous ne savons peut-être pas ce que peut la philosophie. Mais nous connaissons à quoi son absence laisse le champ libre».

Le paysage philosophique français d’aujourd’hui est étrange. Entre l’essayisme démagogique de ceux qui réussissent l’exploit de transformer des livres de philosophie en succès de librairie et le repli frileux des professeurs dans leur niche universitaire, le fossé est béant. Il y a trente ans de cela, les maîtres penseurs ont pu être des intermédiaires féconds et inventifs entre la caste savante et le grand public désireux de se frotter à l’aventure philosophique. Il n’y a plus d’intercesseurs: seul Pierre Bourdieu, campant avec quelque morgue sur le terrain de la radicalité politique, jouant au fond les prolongations d’un combat intellectuel qui en trente ans a changé de nature et d’enjeu, donne l’illusion que la pensée est toujours pugnace. Bref, à une demande de philosophie permanente et confuse s’oppose une offre brouillonne et dispersée. Le malentendu est total. Et l’on peut craindre avec Jacques Bouveresse, professeur au Collège de France, que «l’attitude du public envers la philosophie ne continue à osciller entre l’attente déraisonnable et la désillusion complète».Ce ne sont pas, en effet, les fanfaronnades actuelles de petits maîtres fort prolixes ni les attitudes aristocratiques des experts universitaires qui vont apporter quelque sagesse aux modernes. L’époque réclame bruyamment son dû philosophique. Mais, comme l’écrivait déjà en 1953 un beau philosophe à l’ancienne, Maurice Merleau-Ponty, «on ne peut pas attendre d’un philosophe qu’il aille au-delà de ce qu’il voit lui-même, ni qu’il donne des préceptes dont il n’est pas sûr. L’impatience des âmes n’est pas ici un argument; on ne sert pas les âmes par l’à-peu-près et l’imposture».

La France est fière de son exception culturelle. Elle est l’un des rares pays au monde – avec, dans une certaine mesure, l’Italie et le Portugal – à proposer à ses enfants de philosopher à 18 ans. L’offre d’apprentissage au savoir philosophique est devenue massive. En 1950, il y avait 33000 bacheliers. Ils étaient 105000 en 1965. Ils sont aujourd’hui environ 450000. On comptait 328 profs de philo en 1910; ils sont 6000 aujourd’hui. Le fait que la France soit le seul pays à offrir en classes terminales un enseignement de philosophie à la fois national et obligatoire ne doit pas camoufler d’autres chiffres, moins glorieux: plus de 70% des copies de philo au baccalauréat ont moins de 10 sur 20; et 45%, 7 ou moins. Plus inquiétant encore: à l’écrit du concours d’agrégation, l’année dernière, la moyenne générale ne dépassait pas 5 sur 20. Seuls 6% des candidats ont eu plus de 12.Dans un livre à paraître (1), Luc Ferry et Alain Renaut, qui président le Conseil national des Programmes, s’alarment de ces piteux résultats et se demandent s’il ne serait pas temps de réformer un enseignement de la philosophie objectivement assez peu «performant».

Entre la classe de philo, qui affiche ses faiblesses, et les cafés du même nom – nouveau théâtre subjectiviste de l’opinion brute, où une proposition philosophique se résume le plus souvent à «Moi, à mon avis, personnellement, je pense que…» –, les occasions de philosopher à 18 ans ne se révèlent pas si fructueuses.Luc Ferry n’en baisse pas pour autant les bras; il défend avec ardeur l’initiation rigoureuse à la philo. «Il n’est tout simplement pas vrai qu’il soit possible, sur toute chose, de penser spontanément par soi-même. Faux également de prétendre qu’il n’y a rien à savoir en philosophie. Pour parvenir à l’autonomie intellectuelle, il faut réunir au moins deux conditions: l’esprit critique et une connaissance.» Ferry et Renaut plaident donc pour une réhabilitation de l’art de l’argumentation, au lycée et ailleurs, car «argumenter, ce n’est pas renoncer à penser par soi-même, mais tout au contraire chercher en soi des raisons qui vaillent aussi pour autrui. C’est relier la dimension de la réflexion personnelle avec celle de l’altérité».L’art d’argumenter, qui ne peut être confondu avec une sophistique manipulatrice, s’acquiert. C’est même la meilleure école de la démocratie. Or l’institution universitaire, jalousement repliée sur l’histoire de la philosophie et l’érudition vétilleuse, omet de se préoccuper de l’absence des philosophes sur la place et dans le débat publics. La disparition des grandes figures pensantes, de Foucault à Deleuze, de Jankélévitch à Lacan, a laissé la scène vide. Plus de repères, plus de points fixes, plus de pensées maîtresses pour orienter les idées communes. Alain Renaut le constate: «La philosophie universitaire prend de moins en moins en charge les demandes, venues de la société, qui étaient autrefois adressées aux philosophes.»

Cette coupure entre philosophie universitaire, majoritairement historienne, et vie intellectuelle n’est pas saine. Le discours savant qui hier encore, par la voix des maîtres penseurs, se branchait sur les passions politiques s’est autonomisé, bunkérisé, laissant le champ libre à des interventions philosophantes d’essayistes plus ou moins sérieux, opportunistes ou inspirés, dont les écrits tiennent lieu de nouvelles Tables de la Loi. L’intello médiatique fait profession d’ignorer les cercles savants. Et la secte universitaire diabolise le «philosophe» de plateau télé. Nous voilà bien avancés!Il n’est pourtant pas vain de le rappeler: philosophie et culture sont inséparables. Les concepts de Beau, de Juste, de Vrai ou de Bien ont une histoire, qu’il serait absurde d’ignorer. Les succès récents chez Folio Essais de «Notions de philosophie», sous la direction de Denis Kambouchner (plus de 25000 exemplaires), de «Qu’est-ce que la philosophie antique?», de Pierre Hadot (50000 exemplaires), ou de «l’Etonnement philosophique», de Jeanne Hersch (37000 exemplaires), prouvent que les lecteurs ne s’y trompent pas.

La morosité règne dans les amphis. Déconnectés de tout projet politique, prisonniers de cursus toujours plus spécialisés, les étudiants en philosophie poursuivent vaille que vaille leurs chères études. Mais l’enthousiasme n’est plus là. Frédéric et Nathalie, 20 ans, sont en licence à Paris-I. Lui, étudiant sérieux, avoue sans remords son désintérêt pour la vie philosophique d’aujourd’hui. «Ce n’est pas ma priorité, explique-t-il. Je fais une distinction entre mes études et ma vie. A l’université, j’acquiers une formation et fais l’apprentissage du travail critique. Pour l’heure, il m’est difficile d’évaluer les enjeux de la philosophie vivante. Entre étudiants, à la fac, on n’en parle jamais. Chacun se contente d’y travailler. C’est une expérience individuelle, pas collective. Nous n’appartenons pas à une génération philo. Les profs, qu’ils soient artistes ou académiques, nous sont nécessaires; mais les échanges avec eux sont très pauvres.» Nous sommes loin de l’arrogance conceptuelle des sixties. Nathalie, elle, n’hésite pas à parler de «pudeur vis-à-vis de la philosophie»: «C’est moins passionné qu’avant, dit-elle, c’est plus léger. On ne se prend pas la tête.»

Jean-Paul Dollé, agrégé de philosophie et auteur d’essais aussi débraillés que toniques, a toujours refusé de s’adresser exclusivement à ses pairs. «Ce qui m’intéresse dans la philosophie, dit-il, c’est son dehors. C’est pourquoi, au sein des écoles d’architecture, j’ai toujours voulu m’adresser aux non-philosophes. Chez les apprentis architectes, il n’y a aucune demande de philosophie. Mon boulot, c’est de proposer une offre. Je tente avec eux de problématiser leurs évidences professionnelles. Qu’est-ce qu’un lieu, un vide, un espace? Les architectes sont sensibles à la notion de projet ou de décision. Je les aide à prendre parti. J’insiste sur le fait que la pensée est un droit qu’il faut prendre et défendre avec détermination, mais qui ne peut se confondre avec celui de vitupérer ses propres opinions.» Jean-Paul Dollé a dirigé des ateliers de philosophie dans des établissements scolaires de banlieue. «Mon but n’était pas d’imposer le questionnement philosophique, mais d’en donner envie.»

Aujourd’hui qu’il n’y a plus de mots de passe philosophiques, où l’éclatement et la parcellisation des savoirs rendent difficile le repérage de courants dominants et fédérateurs (le dernier intellectuel «dominant» n’est-il pas Bourdieu?), beaucoup, heureusement, ne renoncent pas aux plaisirs majuscules de la pensée vive. Mais le plaisir de la philo est devenu plus solitaire. La tribu pensante a explosé, ce qui a fragilisé l’édifice commun.L’effondrement économique des Presses universitaires de France – le premier pourvoyeur de publications philosophiques – n’est guère rassurant. Mais la détermination de petits éditeurs – Verdier, l’Eclat, Kimé, les Empêcheurs de penser en rond, Jérôme Millon – et la belle santé du Collège de Philosophie prouvent qu’aux bastions il faut préférer les sillons. François Jullien, spécialiste de la pensée chinoise et ancien président du Collège de Philosophie, veut croire à une nouvelle alliance de la compétence et du risque de la pensée. «La philosophie doit toujours être un terrain d’expérimentation. Ma devise est simple: ni amateurisme ni académisme.»La démocratisation de la réflexion, la «publicité de la raison» selon les termes de Kant, ne doit pas être l’occasion du retour d’une philosophie satisfaite, bien-pensante et dépourvue de style ou de finesse. Contre les «filousophes», comme les appelle Jean Maurel, qui s’achètent une vertu en attirant le public dans des gargotes où on ne lui sert que des poncifs, beaucoup rappellent après Jankélévitch que la noblesse de la philosophie, c’est de ne servir à rien. Mais ce rien est immense!

(1) «Philosopher à 18 ans», par Luc Ferry et Alain Renaut, à paraître chez Grasset le 18 mai.

Rayon nouveautés

«Le Sens de la philosophie», par Marcel Conche, Encre marine, 72 p., 60 F.
«L’Exercice différé de la philosophie», par Guy Lardreau, Verdier, 92 p., 75 F.
«Au fil de la philosophie», par Christian Godin, Editions du Temps, 192 p., 85 F.
«Martin Heidegger. Souvenirs etchroniques», par Frédéric de Towarnicki, Rivages, 196 p., 100 F.
«Vladimir Jankélévitch», par Jean-Jacques Lubrina, Editions Josette Lyon, 224 p., 70 F.
«Histoires de dinosaure. Faire dela philosophie, 1965-97», par PierreMacherey, PUF, 336 p., 149 F.
«Histoire de la philosophie», autrefoispubliée dans la Pléiade, désormais disponible en six volumes Folio Essais.
«Petit Cahier de philosophie»,par Jean-Baptiste Scherrer, Gallimard-Education, 102 p., 59 F.

Voir par ailleurs:

André Comte-Sponville : Les athées n’ont pas moins d’esprit que les autres
Dans un essai passionnant, L’Esprit de l’athéisme, le philosophe André Comte-Sponville tente d’inventer une spiritualité sans Dieu ni religion. Il lance un appel à la tolérance et à l’ouverture, et trace le chemin qui aidera les non-croyants à cultiver leur vie intérieure.
Isabelle Taubes
Psychologies

Juillet 2009

« Les athées doivent inventer une spiritualité en accord avec la laïcité. »
Le projet du philosophe André Comte-Sponville ne peut que sidérer tous ceux s’imaginant que la spiritualité n’est qu’un autre nom du religieux. Il réussit pourtant à nous montrer que tout possesseur d’un cerveau a forcément une vie spirituelle. Pas question pour lui de partir en croisade contre les religions, et encore moins de ridiculiser les croyants. S’il y a un combat à mener, nous dit-il, c’est pour la laïcité et pour la liberté de croyance et d’incroyance. Un appel à la tolérance et à l’ouverture qui fait franchement du bien à l’heure où les intégrismes tentent de nous noyer dans des bains de sang.
André Comte-Sponville a longtemps été maître de conférences à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne avant de se consacrer à l’écriture. Il est l’auteur notamment d’un Traité du désespoir et de la béatitude (PUF, Quadrige, 2002), d’un Petit Traité des grandes vertus (PUF, 1998) et d’un Dictionnaire philosophique (PUF, 2001). A 18 ans, il a perdu la foi et est devenu athée.

Psychologies : Pourquoi ce plaidoyer pour une spiritualité laïque ?

André Comte-Sponville : Essentiellement pour trois raisons. La première, la plus importante : cela faisait des années que j’avais envie de m’expliquer sur la spiritualité. Je suis athée, matérialiste, rationaliste. Mais ce n’est pas une raison pour renoncer à toute vie spirituelle. Ce n’est pas parce que je suis athée que je vais me « châtrer » l’âme ! Vous connaissez le mot de Flaubert : « Je suis mystique et je ne crois en rien. » Cela ne me paraît nullement contradictoire. Les athées n’ont pas moins d’esprit que les autres. Pourquoi s’intéresseraient-ils moins à la vie spirituelle ?

La deuxième raison, c’est le retour du religieux, y compris dans ses formes les plus dangereuses : intégrisme, obscurantisme, fanatisme… Il m’a paru urgent de les combattre ! Encore faut-il le faire sans tomber dans la même intolérance que les plus sectaires des croyants.

C’est ma troisième raison : montrer que l’on peut défendre les Lumières et la laïcité sans tomber dans la haine antireligieuse.

Etre athée, en quoi ça consiste ?
C’est croire que Dieu n’existe pas. C’est une croyance négative, mais c’est bien une croyance. C’est la différence avec l’agnosticisme. L’agnostique refuse de se prononcer ; il coche la case « Sans opinion » du grand sondage métaphysique. Telle n’est pas ma position ! Je ne suis ni neutre ni indifférent. Je n’ai pas de preuve – personne n’en a sur ces questions. Mais les arguments contre l’existence de Dieu me paraissent plus forts que les arguments en sa faveur.

Pourquoi, malgré la faiblesse des preuves, la croyance en Dieu subsiste-t-elle ?

La plupart des croyants, aujourd’hui, ont renoncé aux prétendues « preuves » de l’existence de Dieu. On aurait tort de le leur reprocher. A l’impossible, nul n’est tenu… Leur Dieu, comme celui de Pascal, est sensible au cœur plutôt qu’à la raison. Il relève de la foi plutôt que d’une démonstration. La religion n’en continue pas moins. Pourquoi la croyance en Dieu subsiste-t-elle, malgré l’absence de preuve de Son existence ?

D’abord parce qu’il n’y a pas de preuve non plus de Son inexistence. Ensuite parce que l’existence d’un Créateur semble expliquer celle, autrement plus mystérieuse, de l’univers – mais qu’est-ce qui explique le Créateur ? Enfin, et surtout, parce que cette croyance répond à un besoin : celui d’être rassuré, protégé, aimé, consolé… Un Père tout-puissant, plein d’amour et de miséricorde, cela fait comme un soutien, au moins fantasmatique, dans l’existence. Il est difficile d’y renoncer ! Et puis il y a la mort : la sienne, celle de ses proches…

Croire en Dieu, c’est aussi, presque toujours, croire en une vie après la mort. C’est un réconfort. L’athéisme, à certains égards, est plus difficile. Mais pourquoi la vérité serait-elle facile ? A nous de transformer cette difficulté en courage, en sérénité, en bonheur…

Quelle différence alors entre le Dieu biblique, les fées et les loups-garous ?
Trois mille ans de civilisation ! Et aussi quelques-uns des plus grands génies de toute l’histoire de l’humanité. C’est vrai notamment en philosophie. Saint Augustin, Descartes, Pascal, Leibniz, Kant, Kierkegaard, Bergson, Levinas, Ricœur et bien d’autres se sont reconnus dans le Dieu d’Abraham et de Jacob. Les fées et les loups-garous n’ont guère convaincu que des enfants ou des ignorants. Bref, je prends au sérieux la tradition judéo-chrétienne. Que l’on ne compte pas sur moi pour la mépriser ou la haïr !

C’est pourquoi vous vous définissez comme « athée fidèle » ?
Oui. Athée, parce que je ne crois en aucun Dieu. Fidèle, parce que je reste attaché aux valeurs véhiculées par cette tradition-là. La morale des Evangiles me convient. Et puis toute notre civilisation est judéo-chrétienne. Faudrait-il, parce que je suis athée, travailler à sa disparition ? Ce serait confondre l’athéisme avec la barbarie ou le nihilisme. Très peu pour moi !

J’ai plutôt envie de transmettre à mes enfants les valeurs morales que j’ai reçues, qui ont forgé notre histoire, notre société, notre façon de vivre et d’aimer… Ne pas croire en Dieu, ce n’est pas une raison pour renoncer à se battre pour la justice, pour la paix, pour l’amour, pour une certaine conception de la vie et de l’humanité.

En quoi le spirituel est-il différent du religieux ?
C’est comme le tout et la partie. La spiritualité, c’est la vie de l’esprit. La religion n’est qu’une de ses formes. Comme la seule spiritualité socialement observable, dans nos pays, fut pendant des siècles une religion – le christianisme –, on a fini par croire que « religion » et « spiritualité » étaient synonymes. Il n’en est rien.

Il suffit de prendre un peu de recul, aussi bien dans le temps – spécialement du côté des sagesses grecques – que dans l’espace – par exemple, du côté de l’Orient bouddhiste ou taoïste –, pour découvrir qu’il a existé et qu’il existe encore d’immenses spiritualités qui n’étaient ou ne sont en rien des religions, au sens occidental du terme, c’est-à-dire des croyances en Dieu.

Cette « spiritualité sans Dieu », en quoi consiste-t-elle ?
Il y a d’abord ce qui relève de la morale, de l’éthique, de ce que j’appelle la fidélité. Mais il y a aussi autre chose. La vie spirituelle, c’est la vie de l’esprit. Mais qu’est-ce qu’un esprit ? « Une chose qui pense », répondait Descartes. Peu importe que cette « chose » soit le cerveau, comme je le crois, ou une substance immatérielle, comme le voulait Descartes. Ce qui compte, c’est cette puissance en nous de penser, d’aimer, de vouloir.

Un cerveau, cela ne sert pas seulement à lire une carte routière ou à passer une commande sur Internet. Nous sommes des êtres finis ouverts sur l’infini ; des êtres éphémères ouverts sur l’éternité ; des êtres relatifs ouverts sur l’absolu. La spiritualité consiste à expérimenter cette ouverture, à l’exercer, à la vivre. C’est en quoi elle touche à la mystique, qui peut se caractériser par « un état modifié de conscience », comme disent nos psychologues. Autrement dit par un certain nombre d’expériences : expériences à la fois de mystère et d’évidence, de plénitude, de simplicité, d’unité, de silence, d’éternité, de sérénité, d’acceptation, de liberté…

Au fond, c’est ce que Freud, reprenant une expression de l’écrivain Romain Rolland, appelait « le sentiment océanique » : non la rencontre d’un Tout autre – Dieu –, mais la fusion dans le Tout même – la nature, le devenir, l’éternel présent. C’est ce que j’ai essayé de comprendre, en m’appuyant aussi bien sur des philosophes occidentaux – Epicure, Marc Aurèle, Spinoza, Nietzsche, Wittgenstein… – que sur des penseurs orientaux – Lao-Tseu, Nâgârjuna, Prajnânpad, Krishnamurti…

La philosophie n’a pas de frontières. La spiritualité non plus.

Vous nous invitez à nous affranchir de l’ego. D’où vous est venue cette réflexion ?
De l’expérience. Il y a plus intéressant à aimer que soi-même, plus intéressant à vivre que l’égoïsme ou le narcissisme. On ne va pas passer toute sa vie à tourner autour de son nombril, de son inconscient ou de son moi. La spiritualité que je propose n’a rien à voir avec l’introspection ou l’enfermement douillet dans la « vie intérieure ». C’est plutôt une ouverture : aux autres, au monde, à l’infini disponible.

Pourquoi dites-vous que l’espérance est une entrave à l’action ?
Elle ne l’entrave pas forcément, mais elle n’en tient pas lieu. Espérer, c’est désirer ce qui ne dépend pas de moi. Mieux vaut désirer ce qui en dépend, c’est-à-dire vouloir, donc agir. C’est l’esprit du stoïcisme. Espérer, c’est désirer ce qui n’est pas. Mieux vaut désirer ce qui est, c’est-à-dire aimer. C’est l’esprit du spinozisme, qui rejoint celui des Evangiles. Voilà : il ne s’agit pas de s’interdire d’espérer ; il s’agit d’apprendre à agir et à aimer.

Etes-vous sûr d’avoir réussi à devenir un authentique athée ?

Ce n’est pas vraiment mon problème ! Au demeurant, être athée, c’est facile : de nombreux imbéciles y arrivent fort bien. Le but, ce n’est pas d’être athée, c’est d’être libre, lucide, serein, et heureux si l’on peut. Au fond, c’est ce que l’on appelle la sagesse. Vous allez me demander si je suis devenu un sage authentique… Bien sûr que non ! Raison de plus pour continuer à philosopher ! J’ai progressé quelque peu, me semble-t-il, depuis mon adolescence. Mais la vie continue, donc la philosophie aussi.

Six bonnes raisons de croire
Dans l’ouvrage d’André Comte-Sponville, nous avons extrait six bonnes raisons de ne pas croire en Dieu, que nous avons opposés à six bonnes raisons de croire. A vous de choisir…

1. Croire en Dieu permet de penser que la vie n’est qu’une étape et qu’il existe, après la mort, un « autre chose », un « ailleurs » où retrouver tous ceux que l’on a aimés.

2. Qui, sinon Dieu, aurait mis l’idée de Dieu dans l’homme ? L’homme est le seul animal doté d’une spiritualité, et ce depuis les quelques millions d’années qui nous séparent de la nuit des cavernes.

3. Aucune création n’est sans créateur, rien dans l’univers n’existe sans raison. Croire que la vie relève du hasard, c’est comme jeter deux millions de lettres alphabétiques par terre et attendre qu’elles produisent un roman.

4. La perfection de ce monde. « L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger », disait Voltaire. Si tous les actes gratuits, les gestes d’amour, Descartes, Mozart et Michel-Ange, les destins extraordinaires comme les petites vies quotidiennes existent depuis des millions d’années, c’est que la beauté, le bien et le mal ont un sens. A nous de le trouver.

5. Pour appartenir à une communauté, ne pas se sentir seul.

6. Pourquoi avoir besoin d’une preuve pour croire ? La foi est un pari, c’est un acte d’amour fou, un anarchisme : l’ultime chose gratuite et qui ne sert à rien.

Six bonnes raisons de ne pas croire
1. La faiblesse des arguments avancés, et spécialement l’absence de preuve de l’existence de Dieu.

2. L’absence ou la faiblesse des expériences : si Dieu existait, cela devrait se voir ou sentir davantage !

3. Croire en Dieu, c’est expliquer ce que l’on ne comprend pas (le monde, la vie, la conscience) par quelque chose que l’on comprend encore moins (Dieu). Mais ce que l’on ne comprend pas, comment savoir si c’est un Dieu ou une chimère ?

4. L’existence du mal, ou plutôt son excès, sa surabondance : il y a trop d’horreurs dans le monde pour croire qu’il a été créé par un Dieu tout-puissant et infiniment bon.

5. La médiocrité de l’espèce humaine : comment, devant une telle petitesse des créatures, croire à l’infinie perfection d’un Créateur ?

6. Dieu correspond tellement bien à nos désirs (d’être protégés, d’être aimés, de ne pas mourir…) qu’il y a tout lieu de penser qu’il a été inventé pour cela : c’est ce qui fait de la religion, comme Freud l’avait vu, une illusion.

A lire
Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? Quelle spiritualité pour les athées ? Telles sont les trois grandes questions qui sous-tendent ce livre. Le propos est sérieux,
mais ici, nulle pesanteur. Le style de l’auteur, concis et enlevé, rend la lecture plus qu’agréable. Osons le dire, cet essai philosophique se lit comme un roman.

L’Esprit de l’athéisme, introduction à une spiritualité sans Dieu d’André Comte-Sponville (Albin Michel, à paraître le 4 octobre, 200 p., 16 €).


Attentat de Times Square: C’est la faute aux banques, imbécile! (Shahzad: The foreclosure made me do it)

9 mai, 2010
Foreclosures
On peut confirmer que sa maison a été saisie ces dernières années. Je veux dire par là qu’on peut imaginer que cela a apporté beaucoup de pression et beaucoup de chagrin à cette famille. CNN
C’est un rappel de l’énorme quantité de misère, inquiétude et dépression que produisent les saisies immobilières, pouvant faire basculer leurs victimes dans toutes sortes de comportements dangereux qui ne font pas la une des journaux mais ruinent des vies. Et malgré tout ce que nous avons fait pour sauver le secteur financier, nous sommes loin d’avoir fait assez pour aider les propriétaires en difficulté. Ezra Klein
De plus en plus nombreux sont ceux qui « se tirent » – walk away, dit-on ici. Bien que solvables, ils cessent, en toute légalité, de rembourser leur emprunt. Que la banque se débrouille! Le prêteur récupère la maison et les « propriétaires », eux, sont libérés de leur dette. Le Monde
Selon une étude récente, ce sont souvent les emprunteurs les plus solvables et non les plus endettés qui abandonnent brusquement et intentionnellement leurs hypothèques. The LA Times
L’Histoire est truffée de récits d’hommes qui se sont tournés vers la violence pour cause de mauvais placements immobiliers. The WSJ

Après la poste, l’école, le bureau, la route, l’air, le vélo, le caddy, l’ordinateur, les anabolisants, les emballages, le syndrome d’extrême stress,… la saisie immobilière?

L’imagination de nos belles âmes est décidément sans bornes!

Alors que, pour la troisième fois en moins de six mois, les Etats-Unis viennent d’être confrontés à un attentat ou tentative d’attentat islamiste sur leur sol …

La dernière victime en date de jihadite subite ne serait en fait, si l’on en croit le blogueur-vedette du Washington post Ezra Klein, que celle de la crise immobilière

Et d’ailleurs, comme le rappelle le WSJ qui accordait récemment son absolution aux « walkaways  » (ces millions d’Américains menacés de saisie immobilière – généralement les plus privilégiés – qui choisissent de « laisser leur maison et leur dette aux banquiers »), la liste est longue, de Brutus à Hitler, des terribles conséquences de la plus impitoyable des victimisations …

Shahzad’s Lesson: Foreclosed Is Forearmed
History is littered with tales of men who turned to violence because of bad real-estate investments.
Joe Queenan
The WSJ
May 8, 2010

The news that Faisal Shahzad, the alleged Times Square bomber, is in the midst of foreclosure proceedings on his Connecticut home has brought a much-needed sense of perspective to the incident. Ruminating about the circumstances that drove Shahzad around the bend, CNN’s Jim Acosta said that the possibility of losing one’s house most assuredly « brought a lot of pressure and a lot of heartache on that family. »

Even more insightful was Ezra Klein of the Washington Post, remarking: « It’s a reminder that foreclosures generate an enormous amount of misery and anxiety and depression that can tip people into all sorts of dangerous behaviors that don’t make headlines but do ruin lives. And for all that we’ve done to save the financial sector, we’ve not done nearly enough to help struggling homeowners. »

No, we haven’t. And since an awful lot of people of all nationalities are in foreclosure at this very moment, the authorities are going to need all the help they can get in monitoring this situation. If you know of anyone in your neighborhood that has fallen behind in his mortgage payments, immediately contact the police.

As CNN’s and the Post’s astute analyses make clear, homeowners are only one missed payment away from becoming depraved terrorists. This is yet another case where unscrupulous mortgage brokers, heartless banks and conscienceless real-estate agents have brought this society to its knees.

The Shahzad incident has spawned a great deal of soul-searching among the media about the connection between personal humiliation and violence. Hitler, it is widely known, was so devastated by his failure to win acceptance to art school that he drifted into fascism and ultimately mass murder. Stalin, with his peasant roots and comically rustic accent, never really felt part of the Soviet in-crowd, which may have accounted for his otherwise puzzling decision to butcher 50 million of his countrymen. Napoleon, a short foreigner from Franco-Podunk was saddled with a coarse Corsican accent, strange hair and very poor orthographic skills. Many psychologists believed that he waged his lifelong war against the English merely to avenge a youthful slight, when the Brits turned him down for a position in the Royal Navy upon his graduation from military school.

Rancor against such humiliation can run deep, and mistreatment at the hands of the high and the mighty is not soon forgotten. As the great English poet W.H. Auden once put it:

I and the public know

What all schoolchildren learn.

Those to whom evil is done

Do evil in return.

Obviously, the inept Shahzad’s crime pales in comparison with those of the totalitarian fiends of the 20th century. Yet it doesn’t take a whole lot to unleash the evil that forever lies slumbering in the deepest recesses of the human heart. And in an astonishing number of cases, a real-estate deal that went south is the cause of all the trouble.

On this point, the historical record is clear. Che Guevara and Fidel Castro, roommates in medical school, only became bloodthirsty revolutionaries after the title-search company handling their lease-purchase of a Mexico City duplex ran off with their deposit, taking their life’s savings.

Lee Harvey Oswald’s decision to assassinate John F. Kennedy was almost certainly triggered by a $30,000 beating he took on the sale of his suburban Dallas condo.

Augusto Pinochet, who presided over Chile from 1974 until 1990, decided to depose his rival Salvador Allende after a Santiago-based Real Estate Investment Trust went belly-up. Recalls a retired junta member: « Augusto was a klutz when it came to real estate. When that REIT blew up, he just went ballistic. »

The library of Alexandria, with a collection that included scores of irreplaceable Aeschylus manuscripts, was burned to the ground in A.D. 642 by eight silent partners in a downtown Luxor redevelopment project that imploded.

The sack of Rome, in A.D. 476, was ordered by a barbarian named Odoacer, who had squandered the inheritance left him by his grandfather Attila on a Helvetian buy-leaseback garrison conversion deal brokered by a cabal of shady Brigantes.

And the assassination of Julius Caesar was almost certainly triggered by Brutus’s getting scammed on a Transalpine Gaul timeshare deal by Marc Antony. As Cicero said at the time: « This is a reminder that foreclosures generate an enormous amount of misery and anxiety and depression that can tip people into all sorts of dangerous behaviors that don’t make headlines but do ruin lives. The evil that men do dies with them. The crummy real-estate deals live on for centuries. »

Mr. Queenan, a satirist, is the author, most recently, of the memoir « Closing Time » (Viking, 2009). His parents lost their home during the 1958 recession.

Voir aussi:

Ezra Klein: The Foreclosure Made Him Do It
Jennifer Rubin
Commentary
05.05.2010

Ezra Klein is one of the lefty horde of bloggers the Washington Post has taken on board in an effort to remain relevant. Or get eyeballs on the Internet. Or something. Anyway, he writes mostly on domestic policy. I think that’s a good idea, if his latest offering is any indication.

It is, in a few short graphs, the perfect distillation of the left’s cockeyed take on terrorism, the nature of man, and evil. (I will assume Klein is not a clever comic out to skewer his ilk.) He writes: “The arrested subject of last weekend’s Times Square bomb plot is a homeowner in the midst of foreclosure.” Citing an MSNBC story, he notes that Faisal Shahzad bought a house in 2004 and was foreclosed.” (He leaves out the part that the home was abandoned “months ago.” More on why he actually stopped paying his mortgage later.) And what conclusion does Klein reach?

This guy is like string theory for the media: He brings together the seemingly incompatible stories that drove the past decade. That said, you of course don’t want to speculate on why someone “really” did something. The hearts of men are opaque, and motives are complex. But it’s a reminder that foreclosures generate an enormous amount of misery and anxiety and depression that can tip people into all sorts of dangerous behaviors that don’t make headlines but do ruin lives. And for all that we’ve done to save the financial sector, we’ve not done nearly enough to help struggling homeowners.

Thunk. Where to begin — how about the explanation for why he quit his job, stopped paying his mortgage, and started buying propane tanks, wires, and such? He stopped living a normal life — and paying his mortgage — to become a terrorist and train in Pakistan. Oh, yes. That. (His own paper has a fairly good account of the sequence of events, as does the Wall Street Journal, which notes that he hated President George W. Bush. I await his column excoriating Keith Olbermann for fomenting violence.)

But the disinclination to accept the obvious — as we saw in the Fort Hood shooting — is strong. “The hearts of men are opaque, and motives are complex,” Klein waxes lyrical. Do we really think a man who travels to Pakistan to get bomb training has an opaque heart? Really, maybe he was upset about global warming. Animal rights?

And the defense lawyer should take note. Klein presents the closing summation for the jury: “It’s a reminder that foreclosures generate an enormous amount of misery and anxiety and depression that can tip people into all sorts of dangerous behaviors that don’t make headlines but do ruin lives.” (Who knew that all those risky Fannie and Freddie loans to uncreditworthy buyers were breeding terrorists?)

This is the mentality that cheers ideas like closing Guantanamo, eschewing enhanced interrogation (if they had captured the suspect and the location of the bomb had been unknown, would the administration have stuck to the Army Field Manual?), Mirandizing terrorists, and tying ourselves in knots to avoid identifying the enemy as Islamic fundamentalists out to butcher Americans. Nothing opaque about that.

Voir également:

Denying Jihad — Again
Robert Spencer
FrontPage Magazine
May 5, 2010

We know now that the car bomb in Times Square was an attempted Islamic jihad attack. But the mainstream media, following its usual pattern, is once again denying, minimizing, or obfuscating this fact.

Writing in The Nation on Monday, Robert Dreyfuss epitomized the mainstream media’s hope that the car bomber would turn out to be a right-wing extremist: “It may be that the Pakistan-based Taliban, the Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP), has quietly established a Connecticut franchise while we weren’t looking. That’s possible. But it seems far more likely to me that the perpetrator of the bungled Times Square bomb plot was either a lone wolf or a member of some squirrely branch of the Tea Party, anti-government far right. Which actually exists in Connecticut, where, it seems, the car’s licence plates were stolen.”

In reality, according to Pakistani authorities, Faisal Shahzad, the would-be car bomber, attended a jihad training camp in that country. He spent five months in Pakistan recently, including some time in Peshawar, a center of Al-Qaeda and Taliban activity. A Pakistani Taliban group claimed responsibility for the attack — a claim that American authorities immediately dismissed, but which gained a new claim to serious consideration when Shahzad’s Pakistani connections were revealed.

Shahzad parked his explosives-laden SUV outside the offices of Viacom, the parent company of Comedy Central, which presents South Park, the cartoon whose creators were just threatened with death by Islamic supremacists in New York for daring to lampoon Muhammad. The Muslim group that issued the threat, Revolution Muslim, was proselytizing in Times Square just hours before Shahzad’s car bomb was discovered.

Yet for all this, virtually no media reports are saying anything about Shahzad being a Muslim. Such a reference, however, would hardly be gratuitous: Islamic jihad theology and the death penalty enshrined in Islamic law for anyone who insults Allah or Muhammad are the most likely keys to Shahzad’s motivation. But the politically correct, multiculturalist imperative demands that Islam and Muslims, being (at least in this addled view) non-white and non-Western, must always be portrayed as victims, no matter how imaginative the lengths to which analysts must go in order to find something, anything, to blame for the carnage other than Islam’s doctrines of hatred of and violence against unbelievers.

Ezra Klein in the Washington Post led the way in the imaginative department. Observing that Shahzad defaulted on the mortgage on his home in Connecticut and that the property is now in foreclosure, Klein discovered a hitherto-unnoticed motivation for violent jihad: “foreclosures generate an enormous amount of misery and anxiety and depression that can tip people into all sorts of dangerous behaviors that don’t make headlines but do ruin lives. And for all that we’ve done to save the financial sector, we’ve not done nearly enough to help struggling homeowners.” Help struggling homeowners, or they’ll try to set off car bombs in Times Square!

MSNBC’s Contessa Brewer, meanwhile, may not have had to face the heartbreak of foreclosure, but she had her own reason to feel “an enormous amount of misery and anxiety and depression”: what got Brewer down was that Shahzad turned out to be a Muslim. “There was a part of me,” lamented Brewer once the perpetrator was identified, “that was hoping this was not going to be anybody with ties to any kind of Islamic country.”

Brewer explained that she hoped that Shahzad’s action would not give rise to a resurgence of what she called “outdated bigotry” – voicing the common mainstream media preoccupation with a “backlash” against innocent Muslims. This preoccupation manifests itself in a flood of articles about Muslims fears of this “backlash” every time there is an attempted or successful jihad terror attack in America or Europe; the only thing that never appears is the backlash itself, which remains more a figment of the Leftist media’s imagination than an actual threat against innocent Muslims.

Nonetheless, New York Mayor Michael Bloomberg was likewise preoccupied with this phantom threat of a backlash, warning New Yorkers several times that any action against Muslims or Pakistanis. Bloomberg ought to be ashamed of himself. He should have been making statements about protecting Americans of all creeds, and calling the Muslim community in America to account for its tolerance of jihadists. There has never been a backlash against innocent Muslims in the U.S. It is a fiction that we only hear about when a Muslim plots mass murder of Americans. And then we hear about it endlessly, as if Muslims were the victims rather than the perpetrators.

Faisal Shahzad and his car bomb is yet another indication of the tenacity and persistence of the jihad against the United States – and of the continuing and even hardening resistance of American officials to the elementary step of even admitting that that jihad is being waged.

Voir aussi:

Pourquoi voudrait-on faire sauter « Times Square »?
Daniel Pipes
National Review
5 mai 2010Version originale anglaise: Why Would Anyone Want to Blow Up Times Square?
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

Quand l’information nous parvient que des musulmans se livrent à la violence, la triade de politiciens, policiers et médias suppose toujours que l’auteur souffre d’une faiblesse mentale ou affective (pour une liste rapide d’exemples, voir mon article « Djihad soudain ou « syndrome d’extrême stress » à Fort Hood ? »)

Au lieu de cela, je soutiens qu’ils devraient commencer par une présomption d’intention djihadiste. Autrement dit on devrait parler de passion idéologique, et non pas la folie. Répandre l’islam et appliquer la loi islamique sont les objectifs. Bien sûr, certains musulmans fous existent et ils s’engagent dans la violence mais ils constituent un pourcentage microscopique des 15.247 incidents terroristes musulmans depuis le 11 septembre, comptés par http://www.thereligionofpeace.com

La tentative avortée de faire exploser le véhicule à Times Square de New York a provoqué des spéculations sur les soi-disant motifs des kamikazes avant même que l’identité de Faisal Shahzad, un immigrant en provenance du Pakistan, ait été rendue publique. Robert Dreyfus de The Nation a écarté la possibilité d’un djihadiste du Pakistan relié aux Talibans. « Il semble beaucoup plus probable pour moi qu’il soit un solitaire dérangé ou un membre d’une branche bizarre ou un membre d’ extrême-droite anti-gouvernement.

Puis, quelques heures après que Shahzad a été arrêté, les autorités se précipitèrent pour assurer au public que son action n’avait rien à voir avec l’islam. Citations du 4 mai.

La classe dirigeante est d’accord – l’islam n’a joué aucun rôle dans la tentative de terrorisme de Faisal Shahzad

* Mike Bloomberg , le maire de New York : la bombe pourrait avoir été placée « par quelqu’un ayant un programme politique qui n’aime pas le projet de loi sur les soins de santé ou quelque chose comme cela. Cela pourrait être n’importe quoi.
* Mahkdoom Qureshi , ministre des Affaires étrangères du Pakistan « C’est une réaction [pour les activités militaires au Pakistan.]. Il s’agit de représailles. Et vous pouvez vous attendre à ce que (cela continue]. Ne soyons pas naïfs. Ils ne vont pas s’asseoir sans rien faire et vous souhaiter la bienvenue pour que vous les éliminiez. Ils vont se battre.
* Nadeem Haidar Kiani, porte-parole de l’ambassade du Pakistan à Washington : il est trop tôt pour dire exactement ce qui a motivé l’attentat, mais les premières indications donnent à penser qu’il s’agit d’ « un individu agité »
* Cable News Network « On peut confirmer que sa maison a été saisie ces dernières années. Je veux dire par là qu’on peut imaginer que cela a apporté beaucoup de pression et beaucoup de chagrin à cette famille. »
* CBS News : « Il n’est pas clair s’il y a d’autres suspects en liberté OU quel motif ce pourrait être.
* Washington Post : sous le titre « la crise économique se réunit au terrorisme », Ezra Klein note que la maison de Shahzad était forclose et il commente : « ce gars-là joue sur plusieurs cordes pour les médias : il est au centre d’histoires apparemment incompatibles. Cela dit, bien sûr vous ne voulez pas spéculer sur les raisons pour lesquelles quelqu’un « réellement » fait quelque chose. Le cœur des hommes est obscur et les motivations sont complexes.

Et voici une collection de journaux du jour

* Law enforcement (tel que rapporté par NY1) : « Les enquêteurs disent qu’ils n’ont toujours pas de motif pour les actions de Shahzad » (5 mai 2010) .
* Kifyat Ali, un parent de Shahzad : « Nous sommes choqués. Il n’avait aucun lien avec un parti politique ou groupe djihadiste » ( 5 mai 2010)
* Associated Press titrait : le suspect de la voiture piégée coopère, mais le mystère du motif reste entier (5 mai 2010)
* Associated Press Story : « Les fonctionnaires fédéraux ne parlent pas d’un motif à l’arrestation d’un citoyen naturalisé américain accusé d’avoir tenté de faire exploser une bombe à New York à Times Square (5 mai 2010)
* New York Post « exclusive » : Shahzad « dit qu’il fut poussé au mal par la flopée de décès parmi les leaders du groupe terroriste, ont révélé les sources de la Police, hier. Selon certaines sources, il avait été témoin de l’attaque tout au long des huit mois passés au Pakistan, commençant l’été dernier (5 mai 2010)
* USA Today titre « le motif de la bombe de la voiture à NYC demeure un mystère.
* The Guardian, la manchette, « La bombe de Times Square : les Pakistanais perplexes sur les motifs du poseur de bombes.

Commentaires

(1) Certaines de ces interprétations disent que les motifs sont mystérieux. Certaines d’entre elles spéculent sur une chose ou sur une autre- mais tous assidûment évitent de voir l’éléphant dans la pièce.

(2) Vous ne pouvez pas gagner une guerre, si vous n’avez pas le courage de nommer l’ennemi.

(3) Nommer l’ennemi, c’est changer certains des aspects les plus agréables de la vie occidentale, et c’est si difficile à faire.

(4) Je pense que nommer l’ennemi aura lieu seulement après un cataclysme qui en terminera avec notre patience en n’y allant pas par quatre chemins ( en ne mâchant plus les mots).

Mise à jour du 5 mai 2010 : comme on pouvait s’y attendre, la nouvelle vient du Pakistan que Shahzad a des liens avec le terrorisme islamiste, comme c’est rapporté par Alex Rodriguez dans le Los Angeles Times « Un lien émerge entre la bombe du Times Square et un groupe militant pakistanais.

Un des hommes arrêtés au Pakistan est en rapport avec l’attentat à la bombe manqué au Times Square de New York ; c’est un membre de Jaish-e-Muhammade un groupe militant pakistanais allié à Al-Qaeda, (sources de renseignement à Karachi ). La révélation note que c’est la première fois qu’un groupe militant pakistanais spécifique a été associé avec le cas de Faisal Shahzad un américano-pakistanais de 30 ans suspect dans l’attentat manqué. Mais cela ne signifie pas nécessairement que l’organisation ait fomenté le complot et orienté les actions de Shahzad.

Voir enfin:

REPORTAGE
Aux Etats-Unis, les « walk away » laissent leur maison… et leur dette aux banquiers
Sylvain Cypel avec Isabelle Rey-Lefebvre
Le Monde
09.02.10

Des emprunteurs solvables cessent de rembourser leur prêt immobilier en toute légalité. Onze millions de ménages ont un bien dont la valeur est inférieure au montant emprunté

Fairfield, à 65 kilomètres de San Francisco (Californie), est l’un de ces lieux où les cadres californiens sont, depuis 2004, venus chercher qualité de vie et immobilier abordable. Dans cette ville nouvelle, ils se sont fait construire de belles maisons avec piscine, jardin et un garage pour trois véhicules. Beaucoup ont choisi de quitter leur appartement en ville pour acheter une de ces villas. Et pour financer ce rêve à 800 000 dollars (près de 600 000 euros), sûrs de faire, grâce à la hausse des prix de l’immobilier, une bonne affaire, ils ont emprunté sur 30 ans.

Aujourd’hui, ces quartiers sont un désastre urbain, un désert. Les propriétaires insolvables ont déjà vu leur villa saisie ou sont menacés d’expropriation et les commerçants partent les uns après les autres. Pour les rares habitants qui restent, la situation est inextricable : leur villa ne vaut plus que 40 % ou 50 % du prix payé, ils n’ont pas commencé à rembourser le capital et n’entrevoient aucune perspective de revalorisation de leur bien. De plus en plus nombreux sont ceux qui « se tirent » – walk away, dit-on ici. Bien que solvables, ils cessent, en toute légalité, de rembourser leur emprunt. Que la banque se débrouille ! Le prêteur récupère la maison et les « propriétaires », eux, sont libérés de leur dette.

Des Fairfield, il y en a partout aux Etats-Unis. Au total, 11 millions de ménages, soit 23 % des emprunteurs immobiliers, sont actuellement under water (sous la ligne de flottaison), c’est-à-dire disposant d’un appartement dont la valeur est inférieure au montant emprunté. Cette proportion va jusqu’à 65 % en Californie, en Floride, au Nevada, en Arizona, dans le Michigan ou en Géorgie. Selon la société d’études immobilière First American CoreLogic, 2,2 millions de ménages ont vu la valeur de leur patrimoine chuter de plus de 50 % depuis l’achat.

En Californie, la pratique du short sale, c’est-à-dire la vente à perte, se répand : elle permet à un propriétaire de se libérer de sa dette en vendant à prix bradé, après accord de la banque. « A Los Angeles, 21 % des biens à vendre sont issus de saisies et 34 % sont en short sale, car les établissements bancaires ont compris l’intérêt de cette solution par rapport à la saisie », témoigne Alain Silverston, un agent immobilier français installé en Californie.

Il cite l’exemple des Donavan. Ils ont acquis, en 2008, une villa pour 590 000 dollars et la revendent 429 000 dollars, en partant vivre à quelques kilomètres de là, dans un logement loué 2 000 dollars, soit moins que les 3 800 dollars de leurs anciennes mensualités de remboursement. Une économie bienvenue car leurs revenus ont chuté, Mme Donovan ne travaillant plus qu’à mi-temps dans l’immobilier, son époux ne percevant plus les bonus et primes d’antan.

A peine le phénomène de walk away était-il apparu qu’Henry Paulson, le secrétaire au Trésor sous George Bush, traitait ses adeptes de « spéculateurs ». Président de l’Association des banquiers du crédit immobilier (Mortgage Bankers Association), John Courson leur a, lui, récemment lancé un appel : « Pensez au mauvais exemple que vous donnez à votre famille, à vos enfants et vos amis. » Et même Barack Obama leur a demandé de se montrer « responsables ».

Les Donavan trouvent-ils leur évasion immorale ? La question les amuse : ils sont bien contents d’avoir feinté leur banquier. La proportion des emprunteurs qui cessent volontairement de payer leur crédit atteindrait 3 %, mais une étude LA Times-Real Estate Economy Watch de décembre 2009 révèle que 10 % des sondés sont tentés par cette option. Et l’argument du comportement antisocial ou immoral ne tient pas, surtout venant des banquiers, puisqu’eux-mêmes s’adonnent à cette pratique lorsqu’ils y trouvent leur intérêt !

Dans le New York Times du 10 janvier, Roger Lowenstein, propriétaire du fonds d’investissement éthique Sequoia, donnait l’exemple de la banque d’affaires Morgan Stanley qui avait acquis cinq immeubles de bureaux de haut standing à San Francisco lorsque le marché était au plus haut, et qui a cessé de les payer depuis l’effondrement immobilier. « Personne, à Wall Street, ne l’accuse d’immoralité », note-t-il. Le promoteur Tishman Speyer et le fonds BlackRock ont annoncé, fin janvier, ne pas pouvoir payer les 16 millions de dollars d’intérêts d’un prêt contracté, en 2006, pour acquérir 11 232 appartements à Manhattan, pour 5,4 milliards de dollars, et qui n’en valent plus, désormais, que 1,8…

Si la stratégie du walk away se répand, elle ne peut qu’amplifier la chute des prix et le nombre de propriétaires under water. Selon la Mortgage Bankers Association, 4,38 % des emprunteurs américains étaient, au troisième trimestre 2009, en procédure de saisie et 9,9 % avaient des retards de paiement, soit un total de 15 % d’emprunteurs en difficultés.


Idiots utiles: Cherchez le juif! (You’ll find the Jews behind every conflict on Earth)

8 mai, 2010
Leopold Weiss (Islam's useful idiot)
Il n’existe aucune guerre dans n’importe quelle partie du monde dont ils ne soient les instigateurs. Charte du Hamas (1988)
Vous trouverez les juifs derrière chaque conflit de la Terre. Ibrahim Mudayris (télévision palestinienne, 2010)
En 2004, les juifs américains ont voté démocrate (Kerry) à 76 pour cent, et qu’une grande partie des juifs américains qui enseignent à l’université et oeuvrent dans les media sont, à l’unisson de leurs corporations, des gens de gauche. Ils partagent les préjugés de leur caste et sont souvent hostiles à Israël et au sionisme ; il faut ainsi conclure que (…) les Juifs américains, censément principaux soutiens du Lobby juif américain, sont caractérisés par leur opposition à la politique israélienne (celle des « Likoudniks ». (…) La communauté juive américaine s’oppose largement à George Bush, mais la politique de ce dernier est le fruit d’une conspiration juive… Allez y comprendre quelque chose! Laurent Murawiec
Un groupe d’intellectuels et de personnalités se réclamant avec ostentation de leur appartenance juive pour gage de leur objectivité a pris l’initiative sélective d’un « Appel à la raison » auquel il entend assurer la plus large diffusion possible. En réalité, cet appel va à l’encontre de ses buts affichés : la démocratie, la moralité, la solidarité de la Diaspora, le souci du destin d’Israël. (…) Alors que ces mêmes signataires font peser la responsabilité de l’impasse sur le seul Israël, toutes les enquêtes objectives montrent et démontrent que ni l’Autorité ni la société palestiniennes ne sont véritablement intéressées par une paix juste (…). La création d’un État palestinien sans la confirmation de la volonté de paix du monde arabe sans exception exposerait le territoire exigu d’Israël à une faiblesse stratégique fatale. Contre-pétition à JCall

Cherchez le juif!

Fascination pour la « pureté » islamique, nombreux voyages en orient, conversion àl’islam, traduction du Coran et nombreux ouvrages hagiographiques sur l’Islam, proche des roi Saoud et futur roi Fayçal, collaboration à la formation du Pakistan, premier ambassadeur pakistanais à l’ONU, critique du mouvement sioniste …

En ces temps de dhimmisation galopante …

A l’heure où l’universitaire juif américain qui nous avait révélé les influences occultes du lobby pro-israélien aux Etats-Unis en est à présent à classer ses compatriotes en « Juifs justes » et « nouveaux Afrikaners » …

Pendant que ses collègues européens, un autrefois plus prudent Alain Finkielkraut compris, se laissent embarquer dans un prétendu « appel à la raison » téléguidé par une des officines du financier d’Obama George Soros et ne désignant à la dénonciation publique (surprise!) que le seul Etat d’Israël …

Et où, pendant que les signes se multiplient du réarmement du Hezbollah comme du Hamas, on découvre (nouvelle surprise!) à nouveau un musulman et un Pakistanais à l’origine de la dernière tentative d’attaque terroriste à New York …

Retour, histoire d’illustrer l’accusation séculaire du juif comploteur et pousse au crime planétaire et de mesurer le chemin parcouru, sur l’un des grands dhimmis du siècle dernier, l’idiot utile Leopold Weiss.

Qui, sous le nom de Muhammad Assad, poussa la dhimmitude jusqu’à la conversion à l’islam et, avant de le regretter à la fin de sa vie, à la création du premier Etat islamique du monde contemporain, le « Pays des purs » (un certain Pakistan) dont il deviendra même le représentant aux Nations unies …

Converti
Leopold Weiss, alias Muhammad Assad
Henry Rousso
L’Express
le 04/07/2005

Leopold Weiss est né en 1900 à Lemberg (aujourd’hui Lviv), en Galicie, dans l’Empire austro-hongrois. Muhammad Assad est mort en Espagne en 1992 et est enterré au cimetière musulman de Grenade. Le premier est presque inconnu; le second a été un intellectuel islamique renommé, associé à la création du Pakistan. Il s’agit pourtant du même homme, dont le parcours, extraordinaire, traverse le XXe siècle de toutes les tragédies.

Issu d’une famille juive traditionnelle, ce personnage symbolise le déracinement volontaire. Il est un «passeur de frontières culturelles», écrit Florence Heymann, historienne du judaïsme est-européen, qui lui consacre une biographie captivante. Elle y retrace la généalogie d’une double rupture. Celle qui conduit un jeune homme avide de voyages et d’écriture à rompre avec le judaïsme orthodoxe pour s’insérer dans le monde germanophone séculier, à Vienne, puis à Berlin, où il sera un temps l’assistant du cinéaste Friedrich Wilhelm Murnau. Celle, plus rare, qui amène, à la fin des années 1920, l’écrivain et journaliste qu’il est devenu à rompre avec l’Occident pour se convertir à l’islam et consacrer une partie de sa vie à étudier, traduire et diffuser le Coran.

Florence Heymann nous décrit ainsi la fascination d’une partie des juifs de langue allemande pour le Proche-Orient, et singulièrement la Palestine d’après la déclaration Balfour (1917), cet Orient vers lequel l’antisémitisme grandissant les rejette de manière fantasmatique. Mais, contrairement à une idée reçue, tous les intellectuels juifs n’adhèrent pas au projet sioniste originel de Herzl. Beaucoup développent une connaissance approfondie du monde arabe et de la religion musulmane, et prônent – déjà – la cohabitation entre juifs et Arabes en Terre sainte. Leopold Weiss, lui, ira plus loin. Après un long voyage en Palestine, dont le récit est publié en 1923, il décide, trois ans plus tard, de franchir le pas de la conversion, attiré par la pureté spirituelle qu’il croit déceler dans l’islam et par sa capacité à créer un fort sentiment communautaire, loin du matérialisme et de l’individualisme européens.

Par la suite, après avoir été interné avec sa femme et son fils comme ressortissants autrichiens ennemis dans un camp britannique, et alors que sa famille a été décimée par la Shoah, il rejoint le petit groupe d’intellectuels et d’idéologues qui, avec Muhammad Ali Jinnah, vont participer, en 1947, à la création du Pakistan, premier Etat islamique du monde contemporain. Il en sera même le représentant aux Nations unies, avant de s’en éloigner vers la fin de sa vie, pour retrouver sa culture européenne d’origine. A l’heure où l’on disserte sur le «choc des civilisations», que l’on réduit à une apocalypse programmée, cet ouvrage nous emmène aux frontières culturelles desdites civilisations, là où les passages de l’une à l’autre sont encore possibles.

A noter la réédition du journal de voyage de 1924 de Leopold Weiss, Un Proche-Orient sans romantisme, traduit et annoté par Florence Heymann. CNRS Editions, 160 p., 19 euros.

Voir aussi:

Why Pakistan Produces Jihadists

Carved out of the Muslim-majority areas of British India in 1947, it was the world’s first modern nation based solely on Islam.
Sadanand Dhume
The WS
May 3, 2010

Monday night’s arrest of Faisal Shahzad, a 30-year-old Pakistani-American accused of planting a car bomb in Times Square on Saturday, will undoubtedly stoke the usual debate about how best to keep America safe in the age of Islamic terrorism. But this should not deflect us from another, equally pressing, question. Why do Pakistan and the Pakistani diaspora churn out such a high proportion of the world’s terrorists?

Indonesia has more Muslims than Pakistan. Turkey is geographically closer to the troubles of the Middle East. The governments of Iran and Syria are immeasurably more hostile to America and the West. Yet it is Pakistan, or its diaspora, that produced the CIA shooter Mir Aimal Kasi; the 1993 World Trade Center bomber Ramzi Yousef (born in Kuwait to Pakistani parents); 9/11 mastermind Khalid Sheikh Mohammed; Wall Street Journal reporter Daniel Pearl’s kidnapper, Omar Saeed Sheikh; and three of the four men behind the July 2005 train and bus bombings in London.

The list of jihadists not from Pakistan themselves—but whose passage to jihadism passes through that country—is even longer. Among them are Osama bin Laden and Ayman al-Zawahiri, Mohamed Atta, shoe bomber Richard Reid, and John Walker Lindh, the so-called American Taliban. Over the past decade, Pakistani fingerprints have shown up on terrorist plots in, among other places, Germany, Denmark, Spain and the Netherlands. And this partial catalogue doesn’t include India, which tends to bear the brunt of its western neighbor’s love affair with violence.

In attempting to explain why so many attacks—abortive and successful—can be traced back to a single country, analysts tend to dwell on the 1980s, when Pakistan acted as a staging ground for the successful American and Saudi-funded jihad against the Soviet Union in Afghanistan. But while the anti-Soviet campaign undoubtedly accelerated Pakistan’s emergence as a jihadist haven, to truly understand the country it’s important to go back further, to its creation.

Pakistan was carved out of the Muslim-majority areas of British India in 1947, the world’s first modern nation based solely on Islam. The country’s name means « Land of the Pure. » The capital city is Islamabad. The national flag carries the Islamic crescent and star. The cricket team wears green.

From the start, the new country was touched by the messianic zeal of pan-Islamism. The Quranic scholar Muhammad Asad—an Austrian Jew born Leopold Weiss—became an early Pakistani ambassador to the United Nations. The Egyptian Said Ramadan, son-in-law of Muslim Brotherhood founder Hassan al-Banna, made Pakistan a second home of sorts and collaborated with Pakistan’s leading Islamist ideologue, the Jamaat-e-Islami’s Abul Ala Maududi. In 1949, Pakistan established the world’s first transnational Islamic organization, the World Muslim Congress. Mohammad Amin al-Husayni, the virulently anti-Semitic grand mufti of Jerusalem, was appointed president.

Through alternating periods of civilian and military rule, one thing about Pakistan has remained constant—the central place of Islam in national life. In the 1960s, Pakistan launched a war against India in an attempt to seize control of Kashmir, the country’s only Muslim-majority province, one that most Pakistanis believe ought to be theirs by right.

In the 1970s the Pakistani army carried out what Bangladeshis call a genocide in Bangladesh; non-Muslims suffered disproportionately. Prime Minister Zulfikar Ali Bhutto boasted about creating an « Islamic bomb. » (The father of Pakistan’s nuclear program, A.Q. Khan, would later export nuclear technology to the revolutionary regime in Iran.) In the 1980s Pakistan welcomed Osama bin Laden, Ayman al-Zawahiri and the Palestinian theorist of global jihad Abdullah Azzam.

In the 1990s, armed with expertise and confidence gained fighting the Soviets, the army’s notorious Inter-Services Intelligence (ISI) spawned the Taliban to take over Afghanistan, and a plethora of terrorist groups to challenge India in Kashmir. Even after 9/11, and despite about $18 billion of American aid, Pakistan has found it hard to reform its instincts.

Pakistan’s history of pan-Islamism does not mean that all Pakistanis, much less everyone of Pakistani origin, hold extremist views. But it does explain why a larger percentage of Pakistanis than, say, Indonesians or Tunisians, are likely to see the world through the narrow prism of their faith. The ISI’s reluctance to dismantle the infrastructure of terrorism—training camps, a web of ultra-orthodox madrassas that preach violence, and terrorist groups such as the Lashkar-e-Taiba—ensure that Pakistan remains a magnet for any Muslim with a grudge against the world and the urge to do something violent about it.

If Pakistan is to be reformed, then the goal must be to replace its political and cultural DNA. Pan-Islamism has to give way to old-fashioned nationalism. An expansionist foreign policy needs to be canned in favor of development for the impoverished masses. The grip of the army, and by extension the ISI, over national life will have to be weakened. The encouragement of local languages and cultures such as Punjabi and Sindhi can help create a broader identity, one not in conflict with the West. School curricula ought to be overhauled to inculcate a respect for non-Muslims.

Needless to say, this will be a long haul. But it’s the only way to ensure that the next time someone is accused of trying to blow up a car in a crowded place far away from home, the odds aren’t that he’ll somehow have a Pakistan connection.

Mr. Dhume, the author of « My Friend the Fanatic: Travels with a Radical Islamist » (Skyhorse Publishing, 2009), is a columnist for WSJ.com.

Voir enfin:

RAISON GARDER

Un groupe d’intellectuels et de personnalités se réclamant avec ostentation de leur appartenance juive pour gage de leur objectivité a pris l’initiative sélective d’un « Appel à la raison » auquel il entend assurer la plus large diffusion possible. En réalité, cet appel va à l’encontre de ses buts affichés : la démocratie, la moralité, la solidarité de la Diaspora, le souci du destin d’Israël. L’offensive politicienne qui le sous-tend est claire pour tout le monde.

1) L’idée d’une paix imposée à Israël sous la pression, voire l’intervention de puissances, est un déni de la démocratie et du droit international, aux relents néo-colonialistes. Elle bafoue le libre choix des citoyens de la démocratie israélienne et constitue un dangereux précédent pour toutes les autres démocraties.

2) Elle se repose sur un président américain qui échoue à faire face au défi mortel iranien et une Union européenne qui s’est globalement identifiée à la cause palestinienne. Israël est sous une menace d’extermination proférée par la République islamique d’Iran et ses satellites qui l’enserrent au nord, le Hezbollah, au sud, Gaza.

3) Alors que ces mêmes signataires font peser la responsabilité de l’impasse sur le seul Israël, toutes les enquêtes objectives montrent et démontrent que ni l’Autorité ni la société palestiniennes ne sont véritablement intéressées par une paix juste: 66,7% de cette population rejettent la création d’un État palestinien sur la base des frontières de 1967, 77,4 % rejettent l’idée que Jérusalem soit la capitale de deux États (sondage d’avril 2010 par l’Université Al Najah de Naplouse). La création d’un État palestinien sans la confirmation de la volonté de paix du monde arabe sans exception exposerait le territoire exigu d’Israël à une faiblesse stratégique fatale.

4) L’«Appel à la raison » souffre d’amnésie : les accords d’Oslo ont conduit à une vague de terrorisme sans précédent, le retrait du Liban à l’installation du Hezbollah – et les garanties du Conseil de sécurité à ce propos sont un chiffon de papier -, le désengagement de Gaza a conduit au coup d’État du Hamas et à une pluie de missiles de plusieurs années. Demain « Jérusalem-Est » et l’État de Palestine seront-ils sous la coupe de ce dernier ? Les regrets des signataires de l’Appel ne serviront à rien…

5) La morale et l’honneur, la volonté de paix, ne sont l’apanage d’aucun camp. Ils sont un enjeu de chaque instant. Par ses motivations partisanes et partiales, cet « appel à la raison » contribue aux tentatives de boycott et de délégitimation qui visent l’État d’Israël, et il porte gravement préjudice à sa population.

6) Devant les véritables menaces qui visent Israël dans son existence même et qui compromettent les chances d’une paix durable au Moyen-Orient nous entendons constituer un mouvement d’opinion véritablement médiateur au sein de l’Union européenne dont nous sommes les citoyens, qui se propose de défendre et d’illustrer la légitimité de l’État d’Israël dans le cadre d’une véritable paix, et de lutter contre l’antisémitisme qui s’y développe dangereusement.

Nous appelons à signer en masse cette déclaration.

Premiers signataires :

Jean Pierre Bensimon, professeur de sciences sociales, Raphaël Draï, professeur de sciences politiques et de droit, Judith Gachnochi, psychologue, Georges Gachnochi, psychiatre-psychanalyste, Nicolas Nahum, architecte, Georges Elia Sarfati, professeur des universités, linguiste et philosophe, Perrine Simon Nahum, chercheur au CNRS, historienne, Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS, philosophe, politologue et historien des idées, Michèle Tribalat, démographe, Shmuel Trigano, professeur de sociologie politique, directeur de la revue « Controverses ».
http://www.rayonpolar.co


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