Polémique Bouchared: La sauvagerie de cette tuerie dont seule l’armée française assume l’entière responsabilité (From El-Halia to Melouza: Looking back at the FLN’s unspeakable barbarity)

El-Halia massacre (FLN, 1957)Melouza massacre (FLN, 1962)Algerian working for the French (FLN, 1957)Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux « Damnés de la terre », 1961)
Un drame affreux vient d’ensanglanter la terre algérienne déjà si éprouvée par les crimes sans nom d’un colonialisme aux abois. Toute la population mâle du douar de Melouza a été sauvagement assassinée. Si ce carnage s’inscrit normalement dans la longue liste des crimes collectifs organisés avec préméditation et exécutés froidement par l’armée française dite de « pacification », il dépasse de beaucoup tout ce que tout esprit sain peut imaginer. Aux crimes délibérés s’ajoute cette fois une exploitation politique savamment orchestrée. […] En fait, l’abominable machination politico-militaire tend à démontrer qu’avec le départ de la France, l’Algérie serait à feu et à sang. […] C’est pourquoi, le F.L.N. peut s’adresser solennellement à la conscience universelle pour proclamer à la face du monde civilisé son indignation devant la sauvagerie de cette tuerie dont seule l’armée française assume l’entière responsabilité. Tract du FLN (1957)
Ne l’oublions pas, ce n’est pas une paisible communauté villageoise que le FLN a attaqué, mais un véritable camp de guerre du MNA, dont les hommes utilisaient la population comme bouclier. Mohammedi Saïd (31 octobre 1991).
ll y a eu entre les différents courants de la résistance algérienne des liquidations internes, des exécutions sommaires. Il y a eu un jeu de pouvoir, un rapport de forces qui a évolué. Donc tout cela serait remis au jour si on ouvrait les archives complètement. C’est peut-être une des raisons qui expliquent le mutisme algérien. Gisèle Halimi

Massacres d’enfants, égorgements, viols, mutilations, balles bourrées de poils et de bris de lames de rasoir …

Adversaires politiques massacrés au fusil, au couteau, à coups de pioche, taillés en pièces …

Loyalistes lapidés, éventrés, baïonnette, énucléés, ébouillantés vivant,
promenés habillés en femmes, nez, oreille, et lèvres coupés, émasculés, enterrés vivants dans la chaux ou même dans le ciment, brûlés vifs à l’essence, enterré vivant la tête dépassant et recouverte de miel, crucifiés sur des portes, nus sous le fouet en traînant des charrues, les muscles arrachés avec des tenailles …

Suite au retour en force de la bonne conscience anti-coloniale avec le dernier film de Rachid Bouchared à Cannes (« Hors la loi ») dans lequel il prétend « rétablir la vérité historique » …

Retour, via le témoignage d’une rescapée, sur l’une des dates les plus occultées du conflit franco-algérien

La barbarie sans nom du massacre d’El-Halia (et Ain-Abid) en août 1955 …

Mais aussi, outre les crimes de guerre contre le parti rival de la MNA (faussement attribués de surcroit à l’Armée française), la terrible barbarie des exactions, après les accords de paix, contre les loyalistes

Le 20 août 1955, j’étais à El-Halia

Le 20 août 1955, « une date terrible, une date inoubliable » dira Yves Courrière dans son « Histoire de la guerre d’Algérie » (éd. Taillandier). Ce jour-là, Zighout Youssef, le chef de la wilaya 2, lance la population civile de certains douars du Nord-Constantinois contre les Européens. A EI-Halia, petit centre minier près de Philippeville, trente-deux personnes sont assassinées dans des conditions barbares. Marie-Jeanne Pusceddu témoigne.

Je m’appelle Marie-Jeanne Pusceddu, je suis Pieds-Noirs, née à Philippeville en 1938 de parents français, d’origine italienne. Mes parents étaient des ouvriers; toute ma famille, frères, oncles, cousins, travaillait à la mine d’El-Halia, près de Philippeville. Ce petit village d’El-Halia n’était qu’un village de mineurs, d’artisans qui travaillaient dur dans la mine de fer.

Il y avait également des ouvriers arabes avec qui nous partagions, au , moment de nos fêtes respectives, nos pâtisseries et notre amitié. Ils avaient leurs coutumes, différentes des nôtres, nous nous respections. Nous étions heureux.

Les « événements d’Algérie » ont commencé en 1954. Mais pour nous, la vie était la même, nous ne nous méfions pas de nos amis arabes.

Je me suis mariée le 13 août 1955, nous avons fait une belle fête et tous nos amis étaient là, notamment C…, le chauffeur de taxi arabe que nous connaissions bien… Avec mon mari, nous sommes partis en voyage de noces.

Le 19 août 1955, avec mon mari André Brandy (ingénieur des mines employé au Bureau de la recherche minière d’Algérie), nous avons pris le taxi de C…pour rentrer à El-Halia. Pendant le trajet, C… nous dit : « Demain, il y aura une grande fête avec beaucoup de viande ». Je lui répondis : « Quelle fête ? Il n’y a pas de fête ». Je pensais qu’il plaisantait…

Le lendemain, 20 août, tous les hommes étaient au travail à la mine sauf mon mari. Il était juste midi, nous étions à table, quand soudain, des cris stridents, les youyous des mauresques et des coups de feu nous ont surpris. Au même moment, ma belle-sœur Rosé, sa petite dernière Bernadette (trois mois) dans les bras arrive, affolée, suivie de ses enfants, Geneviève 8 ans, Jean-Paul 5 ans, Nicole 14 ans, Anne-Marie 4 ans. Son aîné Roger, âgé de 17 ans, était à la mine avec son père. Avec ma mère, mon frère Roland de 8 ans, Suzanne ma sœur de 10 ans, Olga mon autre sœur de 14 ans et mon mari, nous avons compris qu’il se passait quelque chose de grave. Les cris étaient épouvantables. Ils criaient : « Nous voulons les hommes ». Je dis à mon mari : « Vite, va te cacher dans la buanderie ! ».

Nous nous sommes enfermés dans la maison, mais les fellaghas ont fait irruption en cassant la porte à coup de hache. À notre grande stupeur, c’était C…, le chauffeur de taxi, « l’ami » qui avait assisté à mon mariage. Je le revois encore comme si c’était hier. Il nous a poursuivis de la chambre à la salle à manger, puis dans la cuisine; nous étions pris au piège. C…, avec son fusil de chasse, nous menaçait. Il a immédiatement tire sur ma pauvre mère, en pleine poitrine, elle essayait de protéger mon petit frère Roland. Elle est morte sur le coup avec Roland dans ses bras, lui aussi gravement atteint. Ma belle-sœur Rosé a été tuée dans le dos. Elle gardait son bébé contre le mur, ma jeune sœur Olga s’est jetée, dans une crise d’hystérie, sur le fusil, il a tiré à bout portant, la blessant salement. Il nous narguait avec son fusil.

Bravement et affolée, je lui dis : « Vas-y ! Tire ! Il ne reste plus que moi ». Il a tiré, j’ai reçu la balle à hauteur de la hanche, je n’ai même pas réalisé et il est parti.

J’ai pris les enfants, les ai cachés sous le lit avec moi, mais je souffrais trop et je voulais savoir si mon mari était toujours vivant. Je suis allée dans la buanderie et me suis cachée avec lui derrière la volière. Les fellaghas, les fils de C…, sont revenus. Ils se dirigeaient vers nous en entendant un bruit, mais l’un d’eux a dit en arabe : « C’est rien, c’est les oiseaux ». Et nous sommes restés, apeurés, désemparés, sans bouger jusqu’à cinq heures de l’après-midi. Les cris, les youyous stridents, la fumée, le feu, quel cauchemar !…

Un avion de tourisme est passé au-dessus du village et a donné l’alerte. L’armée est arrivée à dix-sept heures. Et là, nous sommes rentrés dans la maison pour constater l’horreur. Mon petit frère Roland respirait encore; il est resté cinq jours dans le coma et nous l’avons sauvé. Malheureusement, ma sœur Olga a été violée et assassinée, ma sœur Suzanne, blessée à la tête, elle en porte encore la marque. Puis l’armée nous a regroupés. Ma famille Azeï, tous massacrés au couteau, la sœur de ma mère, son mari, ses deux filles dont l’une était paralysée, l’une des filles qui était en vacances avec son bébé a été, elle aussi/ assassinée à coups de couteau (c’est la fiancée de son frère, qui s’était cachée, qui a tout vu et nous l’a raconté). Le bébé avait été éclaté contre le mur. Puis, mon cousin a été tué à coups de fourchette au restaurant de la mine, le frère de ma mère. Pierrot Scarfoto a été, lui aussi massacré, en voulant sauver ses enfants, à coups de couteau, les parties enfoncées dans la bouche, ainsi que mon neveu Roger, âgé de 17 ans. Mon père, sourd de naissance, blessé à coups de couteau, s’était réfugié dans une galerie abandonnée. Il n’a pas entendu l’armée, on ne l’a retrouvé que quinze jours plus tard, mort à la suite de ses blessures. Il a dû souffrir le martyre. Mon jeune frère Julien a été également massacré.

Treize membres de ma famille ont ainsi été martyrisés, massacrés par le F.L.N.

Je suis restée à l’hôpital près de trois mois, j’avais fait une hémorragie interne avec infection, car les balles fabriquées étaient bourrées de poils, de bris de lames de rasoir.

Nous avions échappé à la mort, mais pas à la souffrance. Mon mari fut muté à Bougie, mais le chantier ayant subi une attaque, il a dû fermer; puis à Ampère, près de Sétif, et finalement au Sahara. Mais les femmes n’étaient pas admises. J’ai été recueillie avec mes deux frères à Lacaune-les-Bains, chez les sœurs de Saint-Vincent-de-Faul, j’y étais déjà venue plus jeune.

Le fellagha meurtrier de ma famille a été arrêté, j’ai dû venir témoigner pendant trois ans en Algérie, car j’étais le seul témoin. Mon témoignage fut mis en doute, du moins la façon dont les miens ont été massacrés. Ils ont déterré ma mère pour voir si je disais la vérité, je n’en pouvais plus. On a retiré plusieurs balles et la seule chose de positive dans tout ce cauchemar, c’est le collier qu’elle portait et que l’on m’a remis; collier dont je ne me séparerai jamais.

Voir aussi:

MASSACRE D’UNE FAMILLE EN ORANIE
Jean-Cllaude KESSLER

Témoignage recueilli par Hervé CUESTA dans le dernier numéro d’Aux Echos d’Alger

Depuis quelques jours une espèce d’hystérie collective s’est emparée de la presse et de l’audiovisuel mettant en cause le comportement de l’armée Française durant la guerre d’Algérie. D’anciens soldats du contingent éprouvent aujourd’hui, disent-ils, un besoin impérieux de parler…. de dénoncer Certaines dérives qu’aurait pu commettre notre armée durant ce conflit. Aussi, j’ai décidé à mon tour de parler, de raconter…

Tout ce qui va suivre est un témoignage destiné aux générations présentes et à venir, afin de ne jamais oublier le martyre qu’ont subit ces Français d’Algérie, véritable génocide que la France a caché.

Je veux raconter…

Les toutes premières victimes innocentes, qui au lendemain de la Toussaint sanglante, pour la plupart des femmes et des enfants, étaient retrouvées affreusement mutilées, mais ceci n’allait être que le prélude d’une extermination qui devait durer plus de sept ans.

Alors que je me trouvais avec mon unité en Oranie, nous étions chargés d’assurer la protection de femmes isolées et au cours de la journée nous passions les voir afin de les rassurer. Je me souviens en particulier d’une famille de cultivateurs dont leur ferme n’était qu’à une vingtaine de kilomètres de notre base, elle était composée du père, de la mère et de quatre enfants dont l’aînée, une fillette de quatorze ans et le dernier âgé seulement de quelques mois, ils avaient installé sur le toit une sirène à air comprimé qu’ils devaient déclencher en cas d’attaque. Je me souviens de cette nuit où le hurlement lugubre de la sirène semblait nous dire : « dépêchez-vous » .

Je veux vous raconter ce que nous avons retrouvé à notre arrivée :
La grange était en feu, dans la cour la fillette était au sol, morte et entièrement dévêtue, après l’avoir violée ils lui avaient tranche la tête et déposée entre ses jambes nues. Mes hommes et moi étions pétrifiés, incapable de bouger, le plus jeune du groupe a vomi et a refusé d’aller plus loin.

Nous nous sommes dirigés vers l’entrée de la maison et là, dans la grande pièce qui servait de séjour, j’ai découvert ce qu’on appelle l’horreur, le père était étendu près de la grande table qui occupait le centre de cette pièce, son visage, les yeux grand ouvert disaient encore sa souffrance et sa bouche entre-ouverte avait vainement tenté de prendre un peu d’air quand ils l’ont égorgé, son pantalon était rabattu sur ses chaussures.

Il était émasculé et il y avait du sang partout sur le sol.

Sur la grande table gisait sa femme, la jupe retroussée sur sa poitrine, une grande plaie allant du pubis jusqu’à la taille et par où s’échappaient ses viscères qui pendaient le long de la table.

Un peu plus loin sur le sol, une « bouillie » sanguinolente qui de prime abord ne ressemblait à rien, était en fait les deux garçons sur qui les terroristes s’étaient acharnés probablement à coup de barre transformant leur tête en une espèce de galette rouge dont la cervelle striait de blanc cette flaque.

Enfin je dois raconter aussi comment nous avons découvert le quatrième enfant. Un bébé d’une quinzaine de mois, comment décrire la scène tant cela est hideux, dans la cheminée éteinte ils s’étaient servi du tournebroche pour empaler l’enfant, le pique qui traversait son corps ressortait près du cou, sa tête pendait et ses mains touchaient les cendres du foyer.

Il flottait dans la pièce une odeur fade, et je sais à présent ce que l’on appelle l’odeur de la mort ; Les corps étaient encore chauds preuve que le massacre venait d’avoir lieu, les ***** ne devaient pas être bien loin.

Nous avons roulé les cadavres dans nos toiles de tentes afin de les ramener à notre camp, et j’ai du personnellement retirer le pique qui empalait le bébé car les hommes qui m’accompagnaient ont refusé de toucher le petit corps meurtri et je ne voulais pas, par respect pour cet enfant dont le seul crime avait été de naître européen, que d’autres le voient.

Peut-on imaginer que des êtres humains puissent commettre de tels actes au nom d’une quelconque idéologie sans devenir eux-mêmes des animaux.

Voir également :

http://mdame.unblog.fr/2007/06/24/1957-melouza-un-oradour-sur-glanes/

1957 MELOUZA un Oradour sur Glanes
24 juin, 2007

Village de MELOUZA

Bilan: 315 morts, 150 blessés.

Motif invoqué : refus de soumission au F.L.N.

Nous sommes le 28 mai 1957, dans le village de Melouza en Kabylie. La cible du FLN, ce n’est plus les Européens cette fois, mais ses propres frères. C’est à Melouza en effet que le FLN a décidé de « punir » le MNA, l’organisation rivale qui lui fait de l’ombre dans la région.

Au début de l’après-midi , sous les ordres de Mohamedi Saïd, ( ancien de l’abwer, le renseignement allemand pendant la seconde guerre mondiale) commandant de la willaya 3, une bande F.L.N. , renforcée par de nombreux habitants des environs, prélevés de force, encercle la partie est du douar.

Ce petit territoire comporte une population de 3395 habitants groupés en 5 mechtas; son centre est la mechta Kasba où vivent 700 personnes. Les rebelles fouillent chaque mechta, pillent, extirpent les hommes et les jeunes gens qu’ils refoulent jusqu’au lieu du massacre. En fin d’après-midi, tout le monde est parqué dans la mechta, et dès la tombée de la nuit commence l’exécution systématique de tous les hommes présents. Saahnoun ordonnera à ses hommes de massacrer tous les civils.

« Et c’est le massacre, la folie sanguinaire. Au fusil, au couteau, à coups de pioche, les fellaghas taillent en pièces leurs prisonniers… Des flots de sang s’écoulent maintenant des maisons transformées en abattoirs humains. Le massacre dure une demi-heure à peine. Aux cris, aux supplications, aux coups de feu, aux hurlements des djounouds déchaînés succède un silence pesant. Abdelkader Sahnoun réunit ses hommes. Il faut fuir. Maculés de sang, les yeux égarés, ils regagnent la zone Est. »

La tuerie se termina vers 16 heures… C’est le groupe d’un nommé Chaffaï qui aura la charge d’achever les blessés. Peu après, les femmes maintenues à distance se précipitent

« Hagardes, se déchirant le visage de leurs ongles, comme prises de folie, elles allaient d’une maison à l’autre, glissant dans des flaques de sang gluant, retournant les cadavres pour retrouver un fils, un frère, un mari. Le village n’était plus qu’un hurlement. Dans chaque gourbi, le même spectacle. Des corps affreusement mutilés, des cadavres dont le visage gardait l’empreinte d’une terreur indicible, et du sang partout, en mares, en plaques, en traînées sur le sol et sur les murs. Et flottant dans l’atmosphère, cette odeur lourde, chaude et fade, du sang et des corps en décomposition. »

Dans les maisons et les ruelles transformées en abattoir, l’armée française, à son arrivée sur les lieux deux jours plus tard, dénombrera 315 cadavres.

Le martyre de Melouza fut abondamment exploité par la propagande de la gauche française, qui expliqua le massacre par les sentiments profrançais des habitants du village, alors qu’il s’agissait d’un conflit fratricide. Les victimes étaient des maquisards ARABES

Le “général” Bellounis, effrayé par le carnage, demanda quelques jours plus tard un rendez-vous au capitaine Combette, responsable de la région et lui annonça qu’il se ralliait à l’armée française.

Voir aussi:

La vérité sur la tragédie des Harkis
Le Point
8 février 2002

La guerre d’Algérie s’arrête officiellement le 19 mars 1962. Pourtant, elle n’est pas finie pour les Harkis. Au moins 50 000 vont être victimes des pires exactions de la part du nouveau pouvoir. Aujourd’hui, il est temps de se souvenir de ces musulmans.

Dillem Areski était un harki. Un parmi ces 200 000 Français musulmans qui ont combattu aux côtés de la France pendant la guerre d’Algérie. Dans la nuit du 26 janvier dernier, une patrouille de police a découvert son corps dans une rue du 19e arrondissement de Paris. A 59 ans, SDF, il aurait dû finir dans une fosse commune. Mais une association d’anciens officiers français en Algérie ne l’a pas voulu. Le soldat a été enterré in extremis dans le carré musulman du cimetière de Thiais (Val-de-Marne), aux côtés d’autres harkis sans famille. Dillem Areski s’était engagé à 17 ans dans l’armée française. C’était en 1959, après que toute sa famille eut été assassinée par le FLN. Son père, adjudant-chef de l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale, refusait de se battre contre la France. Les faits d’armes de Dillem Areski au sein du 3e régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMA) lui vaudront trois citations. Partisan de l’Algérie française, il quitte l’armée et embarque clandestinement en juin 1962 pour la France.

Un drame parmi d’autres. Il illustre le destin tragique de ces musulmans d’Algérie qui avaient choisi le “parti de la France”. A côté des Dillem Areski qui ont pu gagner la France et ont sombré dans l’oubli une fois arrivés en métropole, il y a tous ceux qui ont payé de leur vie le fait de n’avoir pu s’enfuir à temps. Car, après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, qui précédait de quelques mois l’indépendance de l’Algérie, scellée par les accords d’Evian, des dizaines de milliers de harkis et de pieds-noirs ont été abandonnés par l’armée française aux représailles du FLN. Pendant quarante ans, cette page douloureuse de notre histoire a été trop rarement évoquée. Jusqu’à ce que, le 25 septembre 2001, lors de la 1re Journée nationale d’hommage aux harkis, le président Jacques Chirac déclare enfin : « Le moment est venu pour nous tous, Français, de porter un regard de vérité sur une histoire méconnue, une histoire déformée, une histoire effacée. »

Le 19 mars 1962, les harkis sont désarmés dans le cadre du cessez-le-feu et leurs unités, dissoutes, tandis que l’armée française entame son retrait du territoire algérien. Désormais, la sécurité des anciens « supplétifs » ne repose plus que sur les accords d’Evian, qui garantissent en principe l’absence de représailles. « J’avais sous mes ordres une cinquantaine de moghaznis qui faisaient office de gendarmes locaux et protégeaient les dix-huit villages dont j’avais la charge », raconte Daniel Abolivier, à l’époque lieutenant de l’armée de l’air, détaché à la section administrative spécialisée (SAS) d’Irdjen, en Kabylie. « Après le cessez-le-feu, un colonel m’a convoqué avec la vingtaine d’officiers SAS de la région pour nous dire : vous allez désarmer vos hommes. Nous avons protesté en disant qu’ils allaient être massacrés. Il a répondu : vous le ferez comme tout le monde. C’est comme cela que j’ai eu mes galons en Indochine et j’espère passer bientôt général. » Ecoeuré par « la lâcheté » de certains officiers supérieurs, le lieutenant Daniel Abolivier démissionnera de l’armée et deviendra instituteur. Dans certains commandos de harkis, le désarmement s’est carrément fait sous la pression d’unités blindées.

De la Kabylie à l’Oranais, les anciens partisans de la France se retrouvent ainsi sans arme, en butte à la vindicte des « marsiens », ces combattants de la dernière heure qui ont rejoint le FLN à partir de mars 1962. « Les désarmer puis les abandonner, c’était envoyer un message d’encouragement au FLN : faites-en ce que vous voulez, on vous les laisse », dénonce Daniel Abolivier. Dès la nuit du 19 mars 1962, le maire musulman de Saint-Denis-du-Sig-en-Oranie est égorgé, défiguré et mutilé, ainsi qu’une douzaine de moghaznis. Parmi les victimes figure l’ordonnance d’un jeune sous-officier français, Jean-Pierre Chevènement.

Le général François Meyer a lui aussi vécu cette période sanglante comme lieutenant au 23e régiment de spahis, dans le Sud oranais. A la brasserie de l’Ecole militaire, où il nous a donné rendez-vous, il a accepté d’évoquer ses souvenirs : « En avril 1962, j’ai retrouvé les corps de 22 de mes anciens supplétifs, ainsi que celui du maire de Bou Alam, dans trois charniers. » Certains ont été égorgés, d’autres massacrés à coups de pierre. Le 26 avril, François Meyer rejoint en hélicoptère le poste militaire de Géryville lorsqu’il aperçoit au sol un groupe d’hommes qui fait de grands signes. « C’étaient les harkis du poste d’Agneb. Ils se sentaient menacés et voulaient partir en France, mais nos hélicoptères étaient pleins. Je leur ai promis de prévenir le poste de Géryville. Nous n’avons plus jamais entendu parler d’eux. » Le lendemain, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Georges Pompidou, assure que « toutes les dispositions ont été prises pour qu’il n’y ait pas de représailles ».

Licenciés avec prime

Pierre Messmer, à l’époque ministre des Armées, fournit une explication au moins partielle en nous recevant dans son bureau de chancelier à l’Institut de France : « Nous avons proposé aux harkis de s’engager dans l’armée française. Ceux qui l’ont fait ont été protégés. Très peu malheureusement ont choisi cette option. » Sauf que beaucoup de ces supplétifs ne réunissaient pas les conditions pour intégrer l’armée française. Qui plus est, s’engager signifiait laisser la famille à la merci des vengeances du FLN. Une autre possibilité était de signer un « contrat de réflexion de six mois non renouvelable en tant que personnel civil », ce qui impliquait d’aller vivre désarmé au milieu d’une population désormais acquise au FLN.

Seulement 1 000 harkis souscriront un engagement dans l’armée et 2 000 un contrat civil. La grande majorité sera licenciée avec prime, ce qui implique qu’ils sont retournés dans leur village en espérant se noyer dans la masse et se faire oublier. D’autres ont déserté en emportant des armes afin de se racheter aux yeux du FLN. Le général Meyer se souvient : « Certains des spahis m’ont dit en partant : « On aurait aimé que cela finisse autrement, mais maintenant c’est fichu, et notre pays, c’est ici. » Je les revois encore s’éloigner. Certains seront suppliciés, on leur épinglera à même la peau leur médaille de l’armée française. » Reste le départ pour la France. En mars 1962, il n’est pas officiellement proposé. « Celui qui souhaitait être rapatrié devait prouver qu’il était « particulièrement menacé » afin d’être inscrit sur une liste, avant de retourner attendre dans son village », indique François Meyer. Pas étonnant que les candidats au départ n’aient pas été légion, 1 500 au total. « Au début du mois d’avril, des moghaznis que je connaissais ont demandé de partir pour la France. Le commandement local leur a signifié d’attendre dans leurs douars. Plusieurs d’entre eux ont été enlevés et assassinés seize jours plus tard. »

Une liste noire

Pendant ce temps, le FLN ne fait pas grand mystère du sort qu’il réserve aux anciens alliés de la France. Le commandant de la wilaya 5, qui est la structure administrative des rebelles pour l’Oranie, annonce que le « jugement final » des harkis aura bientôt lieu et recommande d’inscrire leurs noms sur « une liste noire qu’il faudra conserver minutieusement ». Ces ordres, interceptés par l’armée française, figurent aujourd’hui dans les archives militaires.

Ce n’est que le 11 avril 1962 que Louis Joxe, ministre d’Etat aux Affaires algériennes, demande au haut-commissaire en Algérie de recenser les supplétifs menacés qui souhaitent venir en France et de les regrouper pour les protéger. Mais l’instruction arrive trop tard, la plupart sont déjà repartis dans leurs villages. Pour le transfert en métropole, Louis Joxe précise que « les problèmes d’hébergement et de recasement font l’objet d’études poursuivies par une commission interministérielle ». La veille, le président de la commission, le conseiller d’Etat Michel Massenet, a rendu un rapport dans lequel il préconise d’importants transferts. « Les musulmans fidèles ont besoin de notre aide et on n’a pas le droit de les abandonner », écrit-il. Neuf jours plus tard, la commission est dissoute…

Sur les 300 harkis du commando Georges, pour la plupart anciens combattants du FLN « retournés », seule une soixantaine sera rapatriée en France à la fin de la guerre. Les autres seront massacrés. « Ils ont été tués à coups de pierre, de baïonnette, leur sergent a eu les yeux crevés puis il a été ébouillanté vivant dans un chaudron », indique René Bail, ancien photographe militaire qui a suivi le commando en Algérie. En septembre 1959, de Gaulle en avait décoré plusieurs de la croix de la Valeur militaire en les félicitant d’avoir, entre la rébellion et la France, choisi la France…

En mai 1962, le plan général de rapatriement promis par la France n’a toujours pas débuté. « C’est la cause première du drame », estime le général Maurice Faivre [8], vice-président de la Commission française d’histoire militaire. L’ancien soldat nous reçoit dans sa bibliothèque où trônent les fanions des escadrons qu’il a commandés en Algérie. « Les instances parisiennes étaient persuadées que les accords d’Evian suffisaient à garantir la sécurité des Français musulmans », assure le général.

Certains officiers décident de faire passer clandestinement en métropole leurs anciens supplétifs. Le lieutenant Abolivier réunit ses hommes. « Je leur ai dit : ceux qui le souhaitent peuvent venir en France avec moi. Avec l’aide d’un sous-préfet nous avons fait des faux papiers et monté un réseau pour les accueillir en métropole. Seuls les plus âgés ont décidé de rester. »

Des rapatriements clandestins

A Paris, on supporte mal ces rapatriements clandestins. Le 12 mai, Louis Joxe adresse au haut-commissaire de la République en Algérie un message en priorité absolue dans lequel il indique : « Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront en principe renvoyés en Algérie. » Louis Joxe demande en prime des « sanctions appropriées » contre ceux qui participent à ces filières clandestines. Il précise également qu’il faut « éviter de donner la moindre publicité à cette mesure ». Jusqu’à présent, l’Histoire n’avait retenu que le message du ministre des Affaires algériennes. Le Point est aujourd’hui en mesure de révéler que l’ordre a été relayé le jour même par le ministre des Armées, Pierre Messmer, dans un message secret de trois pages, n° 1334. Un document que Pierre Messmer n’a pas souhaité commenter.

Il faudra attendre le 26 mai pour que le ministère des Armées se décide à ouvrir deux camps en métropole afin d’accueillir les harkis menacés. Le général Meyer a organisé un des premiers convois officiels, qui quitte l’Algérie le 13 juin, soit trois mois après le cessez-le-feu. « J’avais prévenu mon colonel que je ne partirais pas sans les familles de mes soldats. » Quelques semaines plus tard, l’officier réitère. Mais cette fois le sauvetage manque de tourner court. Le 5 juillet, l’Algérie fête son indépendance, dans les rues l’ambiance est survoltée. « La population insultait les hommes et les femmes assis dans les camions », se souvient le général. Le convoi est stoppé par un barrage de l’Armée de libération nationale (ALN) qui refuse de laisser partir les « traîtres ». Le convoi passera en force sous la menace des automitrailleuses. Une fois à Oran, aucune caserne militaire ne veut des familles. « Heureusement, l’amiral a accepté de nous accueillir dans la citadelle de Mers el-Kébir pendant cinq jours, jusqu’à ce que le bateau arrive. » Finalement, le lieutenant Meyer ramènera en France 300 anciens harkis, moghaznis et spahis avec femmes et enfants.

Mais les rapatriements qui se font au compte-gouttes vont bientôt s’arrêter sur l’initiative de Pierre Messmer. Le 19 juillet 1962, dans un message estampillé « extrême urgence » adressé à Louis Joxe, il demande que cesse l’accueil des anciens supplétifs dans les camps militaires français, en raison de la « somme de charges et d’efforts considérables » que cela représente. « L’armée est ainsi arrivée à la limite du concours qu’elle peut accorder », écrit-il. Aujourd’hui, Pierre Messmer estime que cette décision était justifiée : « Nous n’avions plus de places dans les camps, l’armée supportait seule la charge des rapatriements. Il y avait quasiment 1 million de pieds-noirs à rapatrier et nos militaires qui revenaient avec leur matériel. »

Pourtant, en Algérie, les exactions redoublent. « A partir de juillet 1962 débute une vague de massacres organisés dans pratiquement toutes les régions d’Algérie », indique l’historien Maurice Faivre. Dans une note confidentielle adressée en 1963 au vice-président du Conseil d’Etat, Jean-Marie Robert, le sous-préfet d’Akbou, en Kabylie, fait état de 2 000 victimes dans son arrondissement, entre mars et décembre 1962. Il rapporte que des « massacres généralisés » ont eu lieu « dans des villages qui avaient été les premiers à se rallier à la France en 1957 ». Quelques dizaines de harkis furent « promenés habillés en femmes, nez, oreille, et lèvres coupés, émasculés, enterrés vivants dans la chaux ou même dans le ciment, ou brûlés vifs à l’essence ». Les élus ne furent pas épargnés : cinq des onze maires de l’arrondissement d’Akbou furent ainsi tués. Le document relate aussi le supplice d’un conseiller général qui avait pris position pour la France : « Il fut enterré vivant le 7 août, la tête dépassant et recouverte de miel. » Son agonie, « le visage mangé par les abeilles et les mouches », dura cinq heures. Et le sous-préfet de préciser : « Les supplices dans cette région n’atteignirent pas la cruauté de ceux d’un arrondissement voisin à quelque 15 kilomètres de là : harkis morts, crucifiés sur des portes, nus sous le fouet en traînant des charrues, ou les muscles arrachés avec des tenailles. » Selon Maurice Faivre : « 50 000 à 70 000 Français musulmans auraient disparu ou auraient été tués en Algérie entre mars 1962 et la fin de l’année 1966. »

Des « sauvetages »

Pendant que se déroulent les massacres, les militaires français ont pour consigne de rester l’arme au pied. Le 24 août 1962, dans une note sur la protection des harkis, l’état-major Interarmées précise qu’il ne faut « procéder en aucun cas à des opérations de recherche dans les douars de harkis ou de leurs familles ». Pierre Messmer a confié au Point avoir demandé au général de Gaulle au mois de juin 1962 « l’intervention de l’armée à trois endroits différents pour faire cesser les exactions commises par le FLN. Le général m’a dit : il n’en est pas question, vous allez recommencer la guerre d’Algérie. Il avait raison ». Cette passivité est mal vécue par les militaires. Le rapport sur le moral de l’année 1962 du général Masson, en poste à Alger, en atteste. Il évoque « le sentiment de culpabilité » des militaires vis-à-vis « des Européens et plus encore des harkis livrés sans défense à la vengeance d’Algériens fanatiques ».

C’est le Premier ministre Georges Pompidou qui prendra l’initiative d’autoriser à nouveau les arrivées d’anciens supplétifs sur le sol français. Nous sommes le 19 septembre 1962. « 50 000 personnes, engagés démobilisés, supplétifs et familles, ont pu être rapatriées entre 1962 et 1965 », précise le général Faivre. Au moins 40 000 autres ont pu gagner la France grâce aux filières clandestines. La plus importante d’entre elles sera montée par Nicolas d’Andoque, un ancien lieutenant qui organisera des milliers de « sauvetages » avec l’aide, à Paris, de l’Association des anciens des affaires algériennes, constituée d’ex-officiers SAS. Des familles de harkis sont cachées là où l’on peut, dans plusieurs propriétés privées et même dans les locaux d’une banque. En fait, les harkis n’étaient pas les bienvenus sur le sol français. Les autorités françaises, obnubilées par la lutte contre Organisation de l’armée secrète (OAS), les considéraient comme des recrues potentielles pour le groupe terroriste. Le 16 mai 1962, Louis Joxe annonce au Comité des affaires algériennes : « Il faut combattre une infiltration qui, sous prétexte de bienfaisance, aura pour effet de nous faire accueillir des éléments indésirables. » Surtout, le gouvernement est persuadé que les harkis ne pourront pas s’intégrer à la société française. Dès novembre 1961, Alain Peyrefitte, qui sera nommé un an plus tard ministre délégué chargé des Rapatriés, explique clairement dans son livre « Faut-il partager l’Algérie ? » (Plon) pourquoi l’arrivée en France des anciens supplétifs n’est pas souhaitable. Ils sont trop nombreux ! « Environ 1 100 000 », a-t-il calculé en tenant compte du « coefficient familial appliqué aux familles musulmanes ». Un afflux de réfugiés qui provoquerait selon lui « un grave traumatisme » et « ôterait toute retenue à la bête hideuse du racisme que la présence de 400 000 musulmans en France n’est déjà pas loin de lâcher ». Et Alain Peyrefitte de conclure : « Voulant être humain, on serait inhumain. » Inhumain, le sort des harkis le sera…

Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé, Olivia Recasens
_____________________________
Concluons avec Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l’Homme.

« La République a commis en 1962, en Algérie, un crime d’Etat. En laissant les supplétifs algériens qu’il avait employés, le gouvernement français les a sciemment exposés aux massacres qui ont été commis. Nul n’ignorait que la violence de la guerre d’Algérie ne pouvait qu’engendrer de tels comportements : cette chronique annoncée d’un massacre met en évidence la responsabilité conjointe de ceux qui l’ont perpétré mais aussi de ceux qui l’ont autorisé. »

Michel Tubiana [9]
Notes
[1] Voir sur ce site la guerre révolutionnaire et la tragédie des harkis, par Pierre Vidal-Naquet.

[2] On englobe sous le terme de harkis plusieurs catégories de personnes : 61 000 harkis au sens propre (membres des « harkas », groupes militaires supplétifs), 62 000 GAD (groupes d’autodéfense constitués de civils volontaires), 19 000 moghaznis (dont la mission était de protéger les 700 sections administratives spécialisées – SAS), 8 600 GMS (groupes mobiles de sécurité recrutés essentiellement parmi les anciens combattants musulmans) et 2 270 sentinelles. Soit près de 153 000 hommes. Auxquels s’ajoutaient environ 50 000 élus et fonctionnaires musulmans. (Chiffres de janvier 1961).

Actuellement, le terme harki est utilisé pour désigner les personnes résidant en France qui se considèrent descendants des précédents.

[3] Référence http://www.elysee.fr/elysee/elysee…..

[4] Entretien de Pierre Messmer avec Philippe Bernard, publié dans Le Monde du 25 sept 2001.

[5] Les deux derniers paragraphes sont partiellement repris de l’article de Guy Pervillé « la tragédie des harkis : qui est responsable ? », publié dans L’Histoire N°231, avril 1999.

[6] Recueilli par Anne-Charlotte De Langhe, publié dans Le Figaro le 29 août 2001.

[7] En complément de l’article déjà cité écrit en 1962 par Pierre Vidal-Naquet, on peut consulter :
Mohand HAMOUMOU, Et ils sont devenus harkis, préface de Dominique Schnapper, Fayard, Paris, 1993, 364 p.
Charles-Robert AGERON, « Les supplétifs algériens dans l’armée française pendant la guerre d’Algérie », in Vingtième siècle, revue d’histoire, n°48, octobre-décembre 1995, pp. 3-20.
Tom CHARBIT, Les harkis, La Découverte, coll. « Repères », Paris, 2005, 120 p..

[8] « Les archives inédites de la politique algérienne », L’Harmattan.

[9] « Harkis : un crime d’État », Michel Tubiana, Libération, lundi 10 septembre 2001.

Voir enfin:

La Torture ! Il faut en parler!

Sail ould laid, qui refusait de quitter son travail chez un proprietaire européen est mutile et assassiné par les rebelles FLN, le 26 janvier 1957.

Le texte ci-dessous provient du livre « ASPECTS VERITABLES DE LA REBELLION ALGERIENNE » Il date de 1957. Il est aujourd’hui hélas encore d’actualité.

 » Aux excès et aux injustices des propagandes qui entendent faire apparaître la rébellion algérienne comme un mouvement populaire, comme le soulèvement unanime d’un peuple dressé contre ses oppresseurs, nous avons été contraints de répondre par des faits et des documents irréfutables dans leur brutalité et leur horreur. Ces documents n’auraient jamais été livrés à la connaissance de l’opinion, si les bourreaux n’avaient entrepris de se présenter en victimes, si les criminels ne s’étaient mués en accusateurs. ”

La liste des atrocités commises par les rebelles en ALGERIE dès 1954 est tellement longue que nous en évoquerons que quelques-unes. Les photos sont dures, cruelles,

Mais la vérité doit être sue, à défaut que justice ne se fasse !

Les manuels scolaires, les médias, les politiques, ne parlent jamais des atrocités commises par le FLN pendant la guerre d’ALGERIE. Avec notre site, nous espérons faire connaître la vérité. Pour ceux qui voudraient un complément d’information ou pour ceux qui douteraient de l’authenticité de ces faits, nous tenons un livre à leur disposition.

EL – HALIA

Le village d’EL-Halia est situé à une quinzaine de kilomètres à l’est de Philippeville. Il comprenait 130 habitants européens (hommes, femmes et enfants), employés de bureau, cadres techniques et ouvriers spécialisés de la mine. Ces Européens vivaient en bons termes avec les ouvriers musulmans qui depuis le début des évènements leur avaient affirmé qu’ils n’avaient rien à craindre et qu’ils sauraient les défendre si une bande de hors-la-loi tentait un coup de main.

C’était un village de travailleurs où régnait la paix.

Le 20 août, entre 11 H 55 et 12 heures, le petit centre était attaqué aux deux extrémités par quatre bandes opérant avec une simultanéité parfaite.

L’effet de surprise fut d’autant plus grand que les attaquants ouvriers ou anciens ouvriers – étaient tous connus des Européens.

Au même moment, une embuscade placée sur la route, à 1,500 KM, surprit un des camions de la société dont le chauffeur fut égorgé, et la camionnette du courrier transportant trois Européens qui furent tués et une Européenne qui grièvement blessée et laissée pour morte sur le terrain, put être sauvée.

Au village, les hommes habitant la première et la dernière maison furent surpris sur la route à proximité de chez eux et égorgés.

Les autres, soit 10 Européens, parvinrent à se barricader dans les maisons. Certains armés de fusils et réunis dans le même logement, purent résister ; les autres, non armés, furent égorgés ou échappèrent au massacre en se cachant ou s’enfuyant.

Toutes les femmes et les enfants découverts furent égorgés. Aux ateliers, tous les ouvriers furent abattus sans qu’ils aient pu résister. Parmi les rescapés, six familles seulement durent leur salut à la défense armée ; certains autres échappèrent aux recherches par chance et par suite du manque de cohésion des insurgés.

Au bout d’une heure d’attaque, les ouvriers musulmans étrangers à la région qui avaient assisté jusque-là en spectateurs aux scènes qui se déroulaient sous leurs yeux, se précipitèrent  » à la curée  » sous les you-you d’encouragement des femmes et se joignirent aux assaillants.

Le massacre se généralisa : les portes des habitations furent dynamitées. Les émeutiers, une fois dans les maisons, cherchaient dans les placards, sous les lits, des hommes, des femmes et des enfants qu’ils connaissaient pour la plupart depuis des années, pour les abattre à coups de fusil, mais surtout à l’aide de haches, de serpes et de coutelas.

Certains recherchèrent avec acharnement leurs camarades de travail européens et les membres des familles qui manquaient parmi les cadavres, pour les exterminer à leur tour. Ils appliquaient à la lettre la consigne de fanatisme aveugle et xénophobe qui leur avaient été données : celle d’exterminer tous les Européens.

Les victimes furent égorgées, mutilées, dépecées avec une sauvagerie indescriptible : une femme fut éventrée et son nouveau-né introduit dans la blessure béante. D’autres femmes furent violées. Des bébés de quelques mois eurent le crane fracassé contre les murs. De jeunes enfants furent égorgés d’ « une oreille à l’autre et leur corps lardé à coup de couteau. Et lorsqu’ils ne trouvèrent plus d ‘Européens vivants dans le centre, ils saccagèrent les maisons puis les dynamitèrent. Il y eut, dans ce seul village, 33 tués, 15 blessés et 2 disparus : parmi eux 21 enfants ou adolescents de moins de 20 ans….

La Liste des victimes du massacre de El-HALIA

18 MAI 1956 – LE MASSACRE DE PALESTRO

Les rebelles torturent le jeune medecin auxiliaire, Maurice Feignon, au fer rouge et au liquide bouillant avant de l’égorgé.

Le 18 mai 1956, de jeunes appelés du 11/9e RIC tombent dans une embuscade. Submergés par un ennemi supérieur en nombre, plusieurs d’entres eux résisteront avant de tomber – blessés mais vivants – entre les mains de leurs tortionnaires.

Quand le lieutenant Poinsignon, lieutenant commandant la 6è compagnie du 11/9e RIC, arrivera sur les lieux, il découvrira une véritable boucherie :  » On s’était acharné avec une incroyable sauvagerie  » Chargé, le 20 mai, d’identifier les dépouilles des malheureux, il aura le plus grand mal à reconnaître les restes des hommes qu’il avait sous ses ordres.

Ce que nous avons vu était tel que j’ai demandé par écrit un examen médico-légal pour déterminer les causes de la mort et si les mutilations avaient précédé ou suivi celle-ci. Je n’en ai jamais connu les résultats ; je n’ai même jamais su si cette autopsie avait bien été faite…. Torturés à mort, les jeunes soldats ont eu les yeux crevés… Les corps ont été vidés de leurs entrailles et bourrés de cailloux. Le FLN leur ont zébré les pieds à coups de couteau et leur ont coupé les testicules….

27 MAI 1957 – MELOUZA

Le lundi 27 mai, deux bandes fellaghas, fortes de 220 hommes environ encerclent le douar de Beni llmane (MELOUZA). La première est commandée par le chef FLN Sahnoun. L’autre par Si M’Ahmed. Dans la matinée du 29 mai, Saahnoun ordonnera à ses hommes de massacrer tous les civils. La tuerie se terminera vers 16 heures… C’est le groupe d’un nommé Chaffaï qui aura la charge d’achever les blessés. Au total, on relèvera 303 morts et 150 blessés – tous mutilés – sur le terrain.

TORTURE EN ALGERIE ?

Ces quatre musulmans voulaient vivre en harmonie avec les européens; ils seront décapités par le FLN. Les têtes de ces quatre hommes seront découvertes le 28 fevrier 1956 sur la route nationale. Les corps ne furent jamais retrouvés.

Une campagne sans précédent bat son plein depuis plusieurs semaines sur le territoire national, traînant dans la boue l’Armée Française et, par conséquent, la France.

Lancée par le Parti communiste, relayée bien entendu par « L’Humanité », soutenue par nos adversaires « de tout poil », pseudo-intellectuels gauchisants, « Porteurs de valises » en mal de réhabilitation, cette campagne rencontre un écho complaisant et amplifié auprès de certains médias spécialisés dans ce type d’exercice, avides de sensationnel commode et d’images-choc. Chaînes télévisuelles (la palme revenant sans conteste à « La Cinq »…talonnée par notre chaîne  » nationale  » France 3 …), Presse écrite (« Le Monde » éternel hélas, Le Nouvel-Obs., Libération…), Radios (France-Inter…). Tout un chacun y va de son couplet, dans un climat de surenchère avide : c’est à qui exhibera les photographies les plus sanglantes, accumulera les « témoignages » les plus croustillants.

Mais tout de même, pourquoi un tel acharnement, plus de quarante ans après ? Un certain nombre d’éléments conjoncturels semblent à l’origine du phénomène :

* La visite à Paris du Président Bouteflika, véritable boute-feu qui a ravivé passions et rancoeurs en dépit du lustre indécent de la réception qui lui a été réservée ;
* Les déclarations imprudentes du Premier Ministre à l’occasion du Congrès du C.R.I.F. encourageant, de façon inespérée, la pétition initiée par  » L’Humanté  »
* L’acharnement des déserteurs et  » porteurs de valises  » soucieux de réhabilitation transformant leur trahison en titre de gloire
* La.vindicte des  » victimes  » contre leurs « bourreaux  » gommant leur propre engagement dans le terrorisme aveugle.
* L’invitation indécente sur les plateaux de France 3 de YACEF SAADI, chef des tueurs de la Casbah, venu spécialement plastronner aux côtés du Président de notre Assemblée Nationale et claironner  » En guerre révolutionnaire, tous les moyens sont bons !  »
* Les interviews maladroites et habilement orientées de Généraux aujourd’hui séniles, cibles privilégiées des attaques les plus venimeuses, ont semblé constituer autant d’opportunités aux  » chasseurs  » embusqués, patients et obstinés, à l’affût depuis tant d’années pour lancer leurs attaques contre certains maillons supposés vulnérables.

Eh bien  » OUI  » il y a eu torture en Algérie. Souvenons-nous !

Elle a commencé dans la matinée du 1er novembre 1954, sur la piste poussiéreuse qui mène d’Arris à Biskra par les gorges de Tighanimine. les cibles ? Un couple d’Instituteurs métropolitains, les époux Monnerot installés depuis peu à Tifelfel… Guy Monnerot est abattu d’une rafale de Sten en même temps que le Caïd Hadj Sadok qui tente de s’interposer… Première d’une longue liste, Mme Monnerot est violentée, grièvement blessée et laissée pour morte. Les auteurs ? Une dizaine de  » vaillants  » militants du tout jeune Front de Libération Nationale, sous l’autorité de Chihani Bachir… Rappelons, puisque nécessaire, quelques unes des étapes marquantes sur ce long chemin du calvaire : le 20 août 1955 à midi, le petit centre minier d’El-Halia voit déferler la populace, armée de faux, de serpes, de machettes : femmes, enfants sont odieusement égorgés, éventrés… Le 25 février 1956, au col de Sakamody, un car et deux voitures tombent dans une embuscade huit personnes sont tuées sauvagement, parmi elles le sergent Abid Lazidi, une famille de touristes malouins est décimée : sous le yeux de M Robert Salle, garroté, sa belle-mère, son épouse et sa fillette âgée de sept ans sont violées puis égorgées… L’homme est alors égorgé à son tour… Le 8 mars1956, à 4 km de Palestro, sept fermiers français sont massacrés : M Bénéjean père, sa femme (55 ans) leurs deux fils, Michel et André, M Lucien Servat, son père, sa mère, sa femme et le petit Gérard, 5 ans… A Alger, les équipes de Ben M’Hidi (Ali la Pointe, Belkacem Bouchafa, Debih Cherif, Yacef Saadi) entament la série d’attentats aveugles : le 30 septembre trois bombes explosent au Milk Bar, rue d’Isly, à la Cafeteria, rue Michelet (3 tués, 62 blessés) ; le 26 janvier 1957, trois bombes explosent dans trois cafés, l’Otomatic, la Cafeteria, le Coq Hardi (5 morts, 40 blessés) ; le 10 février 1957, trois bombes explosent dans le Stade d’El-Biar et le Stade Municipal (12 morts, 45 blessés)… En Kabylie,  » la nuit rouge de la Soummam « , dirigée par Amirouche, sacrifie le millier d’habitants du douar Ioun-Dagen et le 28 mai 1957, à Mechta Kasba, à 12 km de Melouza, 300 Arabes pro-M.N.A. sont sauvagement massacrés par les Kabyles F.L.N. Arrêtons là : huit longues années verront se succéder les monstruosités, horrible mélange de cruauté et de sadisme n’épargnant ni l’âge, ni le sexe.

Moins affichée, la torture s’est poursuivie, contre l’O.A.S., à partir d’octobre 1961, avec l’engagement contre nature des  » Barbouzes  » du Mouvement Pour la Communauté (M.P.C.) créé en 1959 par Jacques Dauer (en Algérie,  » Mouvement pour la Coopération « ), sous l’impulsion de Me Lemarchand, Roger Frey, Alexandre Sanguinetti, animé par Lucien Bitterlin et André Goulay. Cette organisation parallèle allait employer pendant près d’un an les moyens les plus extrêmes pour tenter de démanteler les réseaux de l’Organisation Secrète. Entraînant dans ses activités sanglantes plus de deux cents hommes employés à plein temps, l’opération allait coûter un milliard et demi d’anciens francs. Installés à l’origine dans la villa Andréa (Dar Es Saada), sur El-Biar, les Barbouzes allaient peu à peu développer leur implantation, dans différentes villas des hauteurs d’Alger, organisées en centres de torture. Les policiers de la  » mission C  » aux Tagarins, les gardes mobiles de l’Ecole de Police d’Hussein-Dey, les gendarmes du Colonel Debrosse (impliqués notamment dans les sévices infligés à Mme Salasc – alors qu’elle était enceinte – et à Claude Rodenas) ne se sont pas montrés en reste…

Et l’Armée Française, dans tout cela ? Elle aurait dû, aux yeux de certains, juges intransigeants, implacables, rester stoïque, le regard fixé sur la ligne bleue des djebels ! Pantalon garance et gants blancs… Pourquoi pas ? Eh bien non ! l’Armée française a pratiqué l’interrogatoire musclé, violent, c’est un secret de polichinelle. Ces méthodes qui répugnent ont été mises en œuvre dans un contexte donné, sur une durée limitée (essentiellement pendant la  » bataille d’Alger « ) et dirigées contre des individus convaincus de préparer des attentats contre des civils. Ces méthodes n’ont jamais été généralisées, systématisées, comme cela a trop souvent été affirmé. Elles n’ont été mises en application que pour prévenir d’autres attentats plus meurtriers encore. Ce n’est pas beau, certes, mais la guerre – et surtout celle-là – n’est pas belle ! L’Armée française a assumé, elle, sa mission, coûte que coûte, alors que la classe politique avait totalement abdiqué… Comme toujours quand la Patrie est en danger !

Et voilà nos  » oies blanches « , confortablement carrées dans leur fauteuil discourant, tranchant, jugeant de tout et de tous… Oubliant aussi… Ils en rêvent tellement et depuis si longtemps : voir ces vieux Soldats, ces Officiers, la poitrine chargée de médailles qu’ils n’auront jamais eues, traînés devant les prétoires pour plaider, argumenter, expliquer l’inexplicable… Car qui n’a pas vécu ces moments douloureux ne pourra jamais comprendre… Ces scènes leur rappelleraient ces doux souvenirs d’interminables défilés devant la barre de tribunaux d’exception de tant de glorieux Combattants demeurés fidèles à la parole donnée, tel le Commandant Elie Denoix de Saint-Marc, et tant d’autres ?.. Mais aujourd’hui, les Juges se sont effacés, ce sont les Journalistes qui tiennent désormais leur rôle et combien en abusent ! Leurs jugements sont prononcés bien avant d’entendre la défense… D’ailleurs qui pourrait écouter une défense à laquelle nul n’accorde jamais la parole ?

Mais cette parole, nous Rapatriés, victimes sacrifiées et témoins génants, nous l’avons encore, nous la conserverons autant qu’il le faudra autant qu’il se pourra… Pour rétablir notre vérité, pour gueuler notre vérité,

LA VERITE !

Extrait de FRANCE-HORIZON , JOURNAL DE L’ANFANOMA.

GUERRE D’ALGERIE – F.L.N. – ARMÉE FRANÇAISE

Les sévices, la question, la torture… Soudain, avec la bataille d’Alger, nos assassins lointains avaient trouvé un bon javelot à planter dans le dos du soldat, surtout s’il portait l’uniforme de para, une arme enfin capable de détruire à la fois la dernière raison de son combat et la dernière valeur qui lui valait le respect de la nation : son honneur et son courage.

L’interrogatoire, sévère ou non, ne pouvait qu’être un acte de violence physique ou mentale. Il rejoignait ces besognes qui étaient passées pour nécessaires ou tout au moins pardonnables dans l’autre guerre dont la cause était juste – le bombardement des populations civiles, l’exécution sommaire de l’ennemi sans uniforme, la balle dans le dos de l’officier allemand qui s’égare dans la nuit ou dans la tête du prisonnier encombrant -, mais qui deviennent exécrables dans une guerre dont la cause est réputée mauvaise.

Là où le jeune officier voyait dans son prisonnier sa seule chance d’atteindre les racines de la terreur et de sauver des innocents au prix de sa propre innocence, le rhéteur lointain y voyait l’être humain qu’un autre être dégrade. Depuis son univers sans doutes, sans enfants crucifiés, sans filles empalées, sans hommes émasculés, sans membres épars dans le sang, il ne s’abaissait pas à comprendre celui qui voulait éviter le retour de ces spectacles. Il se serait montré scandalisé si on avait osé lui parler de la connivence qui se crée entre l’interrogateur et l’interrogé, ou encore de la brutalité comme d’un rite qui permet à l’interrogé d’offrir un visage héroïque avant de dénoncer les siens…

Extrait du onzième commandement d’ANDRÉ ROSSFELDER.

9 commentaires pour Polémique Bouchared: La sauvagerie de cette tuerie dont seule l’armée française assume l’entière responsabilité (From El-Halia to Melouza: Looking back at the FLN’s unspeakable barbarity)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    Vous faites une grave erreur : il s’agissait de massacres de gauche, avec l’autorisation des forces de gauche et de progrès. Quand on est de gauche, on peut lutter contre les droits de l’homme et la démocratie, à condition que cela soit au nom et pour la défense des valeurs de gauche et de progrès. La plupart des intellectuels de gauche ont un jour soutenu un dictateur ou des terroristes, mais uniquement ceux qui étaient de gauche. 92 % des journalistes français ont voté Ségolène Royale à la dernière présidentielle : c’est la pluralité de la presse à la française ; encore une « exception culturelle française » républicaine et citoyenne

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  2. Chapaille dit :

    Bien écrit, Thot Har Megiddo !

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  3. Ché Guévara dit :

    Arrêtez vos mensonges…toutes ces histoires n’ont rien de vrai, le contraire est juste…qui a tué les enfants algériens, qui a violé les filles et femmes algériennes? c’est votre armée de lâches qui a commit des milliers de génocides en Algérie, après avoir échouer à confronter les Hommes de l’ALN au Djebel, votre armée de batares s’est vengée des pauvres femmes et enfants algériens. Notre indépendance n’est, en aucun cas, la fin…la fin c’est le jour où nous(Algériens) rendrons justice pour nos glorieux martyrs…oeil pour oeil..dent pour dent…et…vive l’Algérie.

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  4. toujino dit :

    J’ai vu les photos de ces femmes et surtouts celles de ces enfants atrocement mutilés, j’en ai presque pleuré.Même les nazis allemands n’ont jamais atteind le niveau de cruauté de ces monstres du FLN qu’on devraient accuser de crime contre l’humanité.Il ne s’agissait pas d’une guerre pour l’indépendance mais bien d’une jihad avec son programme d’épuration ethnique.L’islam ne tolére pas le cosmopolitisme, la diversité etc…Quand les musulmans sont majoritaires dans un pays, ça devient trés trés dangeureux pour les autres minorités, on a des tas d’exemples qui devraient être des avertissements.

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  5. […] On parle beaucoup des atrocités françaises, mais parle-t-on de ces français et de ces loyalistes … […]

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  6. […] libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux damnés de la terre, […]

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  7. […] libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux damnés de la terre, […]

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  8. […] libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux damnés de la terre, […]

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  9. jcdurbant dit :

    Oran, 5 juillet 1962: requiem pour un massacre oublié (1/2)
    Combien de temps encore pour que la lumière soit faite?
    Gérard Rosenzweig
    Causeur
    04 juillet 2016

    Jeudi 5 juillet 1962. Cinq heures du matin. Le jour commence à se lever sur Oran. Il devrait faire très chaud. Un souffle de sirocco vient de franchir la barrière des hauts plateaux et se laisse glisser vers la mer. Comme le reste du pays, la ville a voté l’indépendance le dimanche 1er juillet. Celle-ci est effective depuis le 3.

    Les festivités populaires sont pour la journée du 5. C’est une rumeur insistante qui l’annonce, de rue en rue, de quartier en quartier. Sur les 200 000 Oranais français d’origine européenne, dont 30 000 de religion juive, sont encore là environ 40 000 personnes, hommes, femmes et enfants mêlés. Peut-être moins. Dans des conditions matérielles inimaginables, les autres ont déjà pris le terrible et définitif chemin de l’exil…

    Quarante mille vivants, mais dont deux tiers sont pris au piège du manque de moyens de transport. Et pour cause : le gouvernement gaulliste n’a pas ajouté la moindre rotation — de navire ou d’avion — pour répondre à l’immense et prévisible torrent des départs : les pieds-noirs ne sont pas les bienvenus . Mais l’ont-ils jamais été hors en 1914 -1918 et 1944-1945 ? Les abords de l’aéroport de La Sénia et la zone portuaire sont ainsi devenus des lieux d’entassement, de désordre indescriptible et de désespoir. Le chaos humanitaire s’ajoute au chaos militaire. Paris a choisi de l’ignorer.

    Restent donc quelques milliers d’Oranais pieds-noirs qui, volontairement, n’ont pas encore quitté leur terre natale. Eux ont choisi d’attendre et voir (« Tout va peut-être rapidement s’améliorer… »), ou par opportunisme personnel, ou craignant pour leur entreprise, leur commerce ou leurs biens. Des vieillards isolés aussi, qui n’ont plus la force de partir vers une terre que pour la plupart ils ne connaissent pas.

    Ou plus volontairement encore pour quelques centaines d’entre eux. Ces derniers sont logiques avec eux-mêmes et le choix politique qui les a conduits à soutenir plus ou moins activement le FLN. Pour eux, bientôt, le mirage d’une carte d’identité algérienne. Ceux que l’on appellera plus tard les « pieds-verts ». Un pour cent des Français d’Algérie.
    Officiellement, la guerre est stoppée

    5 juillet 1962. Depuis plus de trois mois, et contre toute évidence, la guerre est officiellement terminée. L’armée française qui a stoppé unilatéralement toute action militaire depuis le 19 mars à midi, ne protège plus la population civile européenne. Encore plus qu’avant, les pieds-noirs sont ainsi livrés depuis ce jour de défaite et de deuil, aux innombrables attentats aveugles du FLN et aux enlèvements qui augmentent en flèche. Désormais seule, face aux tueurs FLN et l’inflexibilité du parjure, l’OAS fondée à la mi-1961. Ses commandos ont poursuivi le combat contre l’inéluctable. A un contre dix. Contre le FLN et les forces françaises devenus désormais alliés contre nature.

    Le gigantesque incendie du port pétrolier est le point final de cette guerre dans la guerre. Collines et Autonomes ont quitté Oran pour l’Espagne dès le 26 juin. L’Organisation armée secrète n’est plus, et avec elle son rêve de conserver l’Algérie à la France. Il ne reste plus un seul de ses quelques centaines de jeunes hommes survivants d’une année d’ultra-violence, et durant laquelle — comme à Alger — ils se sont battus contre le sanglant terrorisme FLN, et l’impitoyable répression d’une armée française dirigée contre un million de civils français désarmés. Français dits « d’Algérie »… De ces commandos oranais, la moitié d’entre eux est tombée les armes à la main en moins de douze mois. Et majoritairement face aux balles de l’armée française et la terrible et tortionnaire gendarmerie mobile.

    Impitoyable et aveugle répression dirigée contre ces petits blancs coupables d’avoir cru jusqu’au bout au « Vive l’Algérie française » crié devant 100 000 personnes le 4 juin 1958 à Mostaganem à 90 km à l’est d’Oran, et par le Général de Gaulle lui-même. Le Général-parjure.

    Le chaos a tout dévoré. Entre un monde qui vient de mourir et celui qui ne lui a pas encore succédé, vient de s’ouvrir une béance d’apocalypse où le pire et l’impossible deviennent ordinaires. Malgré l’apparence, plus aucune structure officielle ne fonctionne. Bien à l’abri dans ses cantonnements urbains, l’armée française observe et ne bouge plus. Pour la seule ville, 16 000 hommes en armes et leurs officiers, réduits sur ordre au déshonneur. Oran-la-Française, Oran-la-Rebelle finit de mourir.

    Sept heures. Le soleil est déjà haut. Santa-Cruz, son fort et sa basilique vont tenter une dernière fois de veiller sur les survivants. La nuit n’a pas été calme malgré les rues désertées. Pas de fusillades, pas d’explosions, et pourtant peu nombreux sont ceux qui ont pu dormir. Les bruits les plus contradictoires se font entendre partout. Une tension de plus en plus palpable a précédé le progressif envahissement des avenues et des boulevards par une foule déchaînée. Même les murs ont peur.

    Cette tension qui monte, peu à peu se fait tintamarre. Tandis que le centre-ville tarde à s’ouvrir au présent, les faubourgs surpeuplés se répandent dans les rues étroites. Direction le centre. Depuis deux jours le bled a investi Oran pour y célébrer l’indépendance et matérialiser la victoire sur la France.
    La ville entre en ébullition

    La couronne de quartiers périphériques entre progressivement en ébullition. Ebullition de joies et de triomphe politique, modérée d’incertitudes soigneusement provoquées et entretenues par des meneurs du FLN. Comme l’annonce l’une de leurs banderoles : « L’indépendance n’est qu’une étape »…

    Mais pour qui œuvrent-ils ? Pour le clan Ben Bella ou celui du seul Boumediene et son armée des frontières ? Pour l’un des multiples courants d’un gouvernement provisoire de la République algérienne déjà dépassé ? Pour l’un ou l’autre des nombreux clans avides de pouvoir ? Nul ne le sait. Et cela n’a pas d’importance ; le peuple algérien triomphe pour quelques jours encore tandis que chaque faction veut démontrer l’incompétence de l’autre et confisquer à son bénéfice les rênes du pouvoir naissant.

    Le Maroc n’est pas loin, et « Radio Trottoir » assure que l’armée des frontières fonce depuis cette nuit dans la direction de cette capitale de l’Ouest algérien… Capitale dont le contrôle lui ouvrira ensuite la route d’Alger et d’un pouvoir à prendre.

    Huit heures. Une chaleur qui s’annonce étouffante et lourde va s’infiltrer partout. Le soleil déjà écrase la ville. Les faubourgs commencent leur lente descente vers le centre-ville. Médioni, Lamur, Victor-Hugo, Ville-Nouvelle, le Village-Nègre, le sanguinaire quartier des Planteurs, Eckmühl… Des dizaines de milliers d’Algériens, ivres de joie et de vengeance, déferlent vers le centre. Dans toutes les bouches, les cris, les slogans révolutionnaires et les chants de mort se mêlent en un charivari de violence et de transe. Cette marée humaine se retrouve progressivement aux portes des quartiers à dominante européenne.

    Entre neuf heures et dix heures, trois points névralgiques sont investis : par la rue d’Oudjda, la rue de Tlemcen et le boulevard du 2ème Zouaves, dix mille manifestants surexcités convergent vers la place Karguentah. Le lieu est devenu politiquement symbolique même si les pieds-noirs l’ignorent : la vaste place ovale est dominée par l’étrange bâtiment nommé « Maison du colon ». En Algérie, jusqu’en 1962, « colon » est le titre de noblesse de celui qui travaille une terre difficile. Après 1962, ce sera autre chose… C’est donc l’équivalent d’une Maison des agriculteurs… Dans Le Minotaure ou la halte d’Oran, Albert Camus a longuement brocardé ce bâtiment très original et de belle taille, mais à l’architecture inclassable et surprenante.

    Son faîte en forme de coupe renversée domine la cohue vociférante. A quelques centaines de mètres, au terme du boulevard de Mascara et du boulevard Joffre, la place d’Armes — vaste espace arboré bordé de bâtiments officiels — est maintenant noyée elle aussi d’une masse humaine maintenant déchaînée, hurlant et gesticulant. De rares meneurs en civil — commissaires politiques — s’y sont infiltrés, et tentent là aussi d’amplifier et diriger cette puissance que plus rien ne pourra bientôt contenir.

    Là aussi, deux ou trois dizaines de milliers d’hommes jeunes surtout, excités par les you-you stridents des femmes. Cette mer humaine se répartit entre la mairie et sa façade de mini-Versailles, le remarquable et gracieux théâtre municipal construit au début du siècle, et enfin le Cercle militaire, mess des officiers où des centaines de soldats français sont retranchés sur ordre. Ils savent qu’ils ne bougeront pas. « Quoi qu’il arrive », comme cela a été décidé à l’Elysée.

    Et puis, dernier lieu symbolique un peu plus bas vers cette avenue du Général-Leclerc qui mène vers le cœur urbain de la place des Victoires, le square Jeanne d’Arc au pied des escaliers de la cathédrale, à la façade de style néo-mauresque. Là aussi enfin, une foule gigantesque occupe tout ce qui peut l’être et entoure la statue équestre de la Pucelle. Celle-ci, toute dorée des sabots jusqu’à l’épée inclinée vers le sol, élève depuis trente et un ans son visage vers le ciel. Encore quelques instants, puis escaladée par les plus agiles, elle va se retrouver porteuse d’un immense drapeau vert et blanc.
    Le triangle de la mort prend forme

    Le triangle de la mort est ainsi tracé et scellé. Le décor est en place. Il ne manque plus que les trois coups d’une prévisible et inévitable tragédie… Trois coups bientôt frappés à la porte du malheur… Le rideau va se lever sur le plus grand massacre de civils de toute la guerre d’Algérie. Et dont pourtant celle-ci ne fut pas avare.

    Aussi étrange que cela puisse paraître aujourd’hui, de nombreux pieds-noirs marchent sans crainte au milieu de cette foule. Oran la populaire se maintient fidèle à sa vieille tradition cosmopolite. Depuis toujours, dans l’Oran populaire, on cohabitait, on était voisin, la pauvreté partagée était le meilleur lien…

    Les derniers Oranais français observent, certains se réjouissent, d’autres tentent de rejoindre leur lieu de travail par volonté ou habitude. Avec le temps, ils se sont habitués aux attentats aveugles, aux grenades, aux brusques fusillades, aux bombes du FLN, aux attaques brutales des groupes OAS, aux mitrailleuses 12,7 et aux canons de 37 de l’armée française. La guerre et la mort n’ont pas réussi à empêcher ce peuple d’âme espagnole à continuer de vivre.

    Et puis, cette guerre qui n’a jamais dit son nom, n’est-elle pas finie depuis plus de trois mois ? L’armée française l’a placardé partout ; ce doit donc être vrai puisqu’elle l’affirme. Et puis, et puis elle est bien toujours là ; c’est donc bien que tout va rentrer dans l’ordre. L’Oranais n’est pas avare de contradictions…
    Une détonation et la ville s’embrase

    Onze heures. Ou quelques minutes avant. Place Karguentah. Soudain un coup de feu, parti d’on ne sait où ; suivi de plusieurs autres. Quelqu’un est tombé. La panique. Des cris, des hurlements ; des doigts se tendent selon un automatisme parfait. « La Maison du colon ! C’est là ! C’est là ! L’OAS ! C’est l’OAS ! »

    Presque à la même seconde, devant la cathédrale, même tir, mêmes doigts qui se tendent, eux, vers les balcons des immeubles proches, mêmes cris : « C’est l’OAS ! C’est l’OAS ! » Le massacre peut enfin commencer.

    En quelques secondes, c’est la chasse à l’homme blanc. D’abord vont mourir ces Européens présents parmi la foule. Les couteaux jaillissent des poches, des pistolets, des cordes, des haches, des ongles de femmes, de lourdes et tranchantes pierres toutes bien préparées… Le double abattoir qui vient simultanément de s’ouvrir va engloutir en quelques minutes les premières dizaines de victimes. L’horreur ne peut se décrire… Place de la cathédrale, place Karguentah, on tue. On tue comme on chante ; on tue comme on respire…

    Oran, 5 juillet 1962: requiem pour un massacre oublié (2/2)

    Combien de temps encore pour que la lumière soit faite?

    Gérard Rosenzweig

    Causeur

    05 juillet 2016
    Malheur au blanc et à tout ce qui s’en rapproche

    Place d’Armes, les manifestants, après de multiples égorgements, font maintenant des prisonniers. Tout ce qui montre allure européenne, vêtements, visages, langage, tout est capturé, dépouillé, roué de coups, blessé. Malheur au blanc et à tout ce qui s’en rapproche. Là aussi, des dizaines et des dizaines d’hommes de femmes ou d’enfants touchent à leur dernier jour. La ville n’est plus qu’une clameur multiple de cris de mourants, de pogroms et de haine brutale.

    La contagion est instantanée : en moins d’une heure le massacre pousse ses métastases partout et s’organise selon d’épouvantables modes. Ici, on tue à la chaîne. Là, c’est à l’unité, à la famille. En quelques lieux, le sang a envahi les caniveaux. Ailleurs, on assassine, on démembre, on violente, on blesse pour faire plus longtemps souffrir ; le parent meurt devant le parent provisoirement épargné.

    Douze heures trente. La place d’Armes est devenue maintenant un lieu de détention et de transit. Tandis qu’à cinquante mètres, à l’abri du Cercle militaire et des arbres qui le dissimulent, les soldats français ne peuvent pas ne pas entendre l’affreux concert de mort qui va durer jusqu’à dix-sept heures.

    Plus connu sous le nom de « Boucher d’Oran », le général Katz nommé à cette fonction par un autre général-président, effectuera même à cette heure-là un rapide survol en hélicoptère. Sans rien repérer de particulier certifiera t-il, sinon quelques attroupements et défilés de manifestants joyeux. « Ne craignez rien, mon Général, aucun imprévu notable dans cette ville où vous avez prononcé l’un de vos meilleurs discours, et qui vous a tant acclamé… »
    « Mort aux Roumis ! », « Mort aux Youdis ! »

    Treize heures. Place d’Armes toujours. Des camions militaires se présentent et s’alignent. Dans les premiers, on entasse ceux des prisonniers qui tiennent encore debout. Les autres sont chargés de cadavres. De dizaines et de dizaines de cadavres jetés les uns sur les autres. Ces camions proviennent des Etablissements du Matériel de l’armée française. Camions que celle-ci a remis depuis le 19 mars au FLN pour la logistique de la force locale chargée d’effectuer la transition et le maintien de l’ordre.

    Tous se dirigent vers le sinistre quartier du Petit Lac. Où les vivants sont atrocement massacrés, et tous les corps enfouis dans d’innommables charniers rapidement ouverts à la pelleteuse, ou au fond de ces marigots d’eau salée et putride qui lui ont donné son nom.

    Treize heures. L’horreur couvre maintenant toute la ville. Partout des chasses à l’homme menées aux cris de « Mort aux Roumis ! », « Mort aux Youdis ! » Les tueurs sont innombrables. Ici, on égorge une famille. Un peu plus loin, une autre est fusillée contre un mur déjà balafré de sang. Là, on arrête les voitures ; les occupants blancs meurent ou prennent la direction du Petit Lac tandis que la voiture est volée ou incendiée. Ailleurs, des groupes déchaînés pénètrent dans les immeubles, éventrent les portes et tuent tout ce qui est pied-noir. Ailleurs encore, un vieil homme est jeté du haut de son balcon. Plus loin une femme court et tente inutilement d’échapper à ses poursuivants.

    Des groupes indistincts d’hommes et de femmes, les mains en l’air, sont conduits à pied vers le commissariat central, ou un autre lieu de détention qui deviendra vite lieu de mort. Peu de coups de feu. Beaucoup de cris d’agonie. Des hurlements, des ordres encore. Des poursuites.

    Des hangars, des gymnases, des dépôts commerciaux deviennent lieux de détention. Détention très provisoire. Et durant ces heures maudites, les mêmes camions poursuivent leur lent travail de noria et d’effacement des traces. C’est ainsi qu’au quartier de la Marine proche de la Calère, plus d’une centaine de « suspects » sont regroupés dans un vaste local duquel ils seront libérés, leur a-t-on dit, après vérification de leur identité. Il n’y aura pas un survivant. Tous disparaissent à jamais.

    Quinze heures. Un bref accrochage a lieu sur l’esplanade de la gare, tandis que finit de se consumer à même le sol le corps d’un homme jeune qui a longtemps hurlé. L’accrochage est le fait d’une section de soldats français menée par un jeune officier qui sans le savoir va tenter à lui seul de sauver l’honneur d’une armée déshonorée. Sa section reprend ainsi un petit groupe de prisonniers conduit à pied vers leur destin. De la même façon, plus bas vers le centre, un lieutenant courageux va ravir plus d’une dizaine d’otages européens en passe de disparaître dans les sous-sols du commissariat central.
    Une bouteille à la mer

    Quinze heures encore. Place de la Bastille. Dans le bâtiment de la Grande Poste, plus précisément dans la partie occupé par le central téléphonique relié à la métropole, se trouvent encore des téléphonistes — dont une majorité de jeunes femmes. Celles-ci ont lancé un appel au secours sur les fréquences internationales. Comme on lance une dernière bouteille à la mer. Cet appel aurait été capté par un navire anglais qui l’aurait amplifié et transmis vers le Nord-Méditerranée. Mais cet appel a aussi été capté par les radios de l’armée FLN des frontières. Ses hommes viennent d’encercler le bâtiment et l’investissent. La plupart des occupants sont tués sur place. Les survivants chargés sur leurs véhicules pour disparaître à jamais. Là aussi, nul ne sera jamais retrouvé.

    Même le dieu des chrétiens abandonne les siens ; les églises n’ont su protéger les quelques fuyards éperdus qui espéraient y trouver refuge. La grande synagogue du boulevard Joffre n’a pu faire mieux. « Mort aux Youdis ! »,« Mort aux Roumis ! »

    Ça et là, cependant, de très rares prisonniers échappent au massacre. Le hasard, autre nom du destin, fait passer un Algérien musulman près d’un groupe de vivants provisoires. Celui-ci y reconnaît un voisin, un ami, un employeur, une femme ; quelqu’un qu’il connaît peut-être depuis l’enfance. Si l’homme a réussi à convaincre exécuteurs ou garde-chiourmes, un homme est épargné, une femme revit. Ces retours de l’enfer restent hélas rarissimes.

    Dix sept heures. Ou un peu avant. Les rumeurs internationales commencent à se faire trop insistantes. Les questions des capitales affluent vers Paris. « Que se passe-t-il à Oran ? » Est-ce là la seule cause du changement d’attitude ? Soudain, de plusieurs casernes simultanément, surgissent des patrouilles armées et quelques blindés. Un corps militaire FLN se joint à elles. Le secret politique ne livrera rien des rapides accrochages, des rares échanges de feu. Le calme est rétabli dans l’heure qui suit. Même les bourreaux ont besoin de repos.

    Mais si cette réaction reste bien timide, elle suffit pourtant à stopper les massacres et ses tragédies. L’ALN publie aussitôt un communiqué affirmant que l’ordre est rétabli dans Oran, et que les ennemis de la révolution algérienne ne sont pas parvenus à leurs fins. « Des meneurs, disent-ils, ont été arrêtés et seront jugés et punis par les tribunaux de la République algérienne démocratique et populaire. »

    Le couvre-feu est instauré à partir du coucher du soleil à 19h55. Mais pas pour tout le monde. Pendant la nuit, les mêmes camions nettoient la ville de ces derniers cadavres et effacent les traces et les preuves du carnage. La gendarmerie mobile française prend quelques photos des derniers entassements de cadavres. Ces photos sont introuvables.
    Le 6 juillet, rien n’y paraît plus

    Le 6 juillet, la ville est propre. Même si ça et là, quelques tueurs sont encore à l’œuvre. Les journalistes français présents sortent des bâtiments militaires où la France a assuré leur protection. Mais il n’y a plus rien à voir, ils peuvent circuler…

    Dans les jours qui suivent, des hélicoptères français ramèneront d’indiscutables clichés, pris au-dessus du Petit Lac, et montrant de multiples et longues fosses parallèles en passe d’être refermées.

    L’Algérie nouvelle vient de naître. Son acte de naissance est paraphé des sept cents noms des victimes françaises, sacrifiées sur l’autel du vent de l’Histoire et celui de l’anticolonialisme.

    Cinquante quatre ans après, un bilan plus précis reste difficile à établir. Sans doute entre sept cents et mille deux cents morts. L’administration française, la civile aussi bien que la militaire, a tout fait pour que la vérité ne puisse sortir du puits qu’elle a contribué à fermer avec l’aide active des différents pouvoirs algériens.

    Le pouvoir gaulliste ne peut être coupable. Le pouvoir algérien non plus. L’amitié franco-algérienne est intouchable. Cette perversion du silence fonctionne toujours aujourd’hui, ardemment soutenue par la gauche française.

    D’abord, il fut question de 25 morts (Général Katz). Puis d’une petite centaine, un an plus tard et dans la presse parisienne. Ce nombre a plafonné ensuite à 325, pendant quarante ans, de 1970 à 2010. Sans listes nominatives précises ni recherches réelles. Il a fallu la volonté et l’obstination d’un chercheur historien pour pouvoir rompre « à titre exceptionnel » le secret des archives officielles françaises, et découvrir dans l’épouvante et l’horreur, la réalité de la tragédie du 5 juillet 1962 à Oran.
    Raison d’Etat…

    Sept cents morts… Au minimum. A 95%, les corps n’ont jamais été retrouvés. C’est à dire qu’ils n’ont jamais été recherchés. La France et son allié l’Algérie ne pouvant être soupçonnées d’assassinats collectifs et de complicité. Cela se nomme « raison d’Etat ».

    Aujourd’hui encore et pour le nombre, rien n’est sûr, rien n’est prouvé. Seuls savent les pieds-noirs d’Oran et les vieux Algériens qui se souviennent et en parlent discrètement encore entre eux. Le sujet est devenu une bombe à retardement politique qui finira inéluctablement par exploser.

    Mais les sept cents morts du 5 juillet 1962 ne sont qu’une partie d’un bilan encore plus lourd. Après la signature des accords dits d’Evian, et ne pouvant poursuivre les assassinats de pieds-noirs avec la même liberté qu’auparavant, le FLN a développé une terrible politique d’enlèvements. Pour briser, chez ce peuple, la volonté de se maintenir. Et lui imposer la seule alternative, celle de « la valise ou du cercueil… »

    De ce funeste mois de mars 1962 jusqu’à mars 1963, il y a eu plus de 2 000 enlèvements effectués sur cette part de la population française. Des blédards surtout, des petits blancs qui refusaient de perdre cette terre qu’ils aimaient et qui avait été leur patrie. Parmi eux, quelques centaines ont été libérés vivants, quelques dizaines de corps retrouvés. Les autres, avec ceux du 5 juillet 1962, ont désormais leurs noms gravés sur le Mur des Disparus à Perpignan. Tel qu’il est écrit à l’entrée du monument : « C’est ici leur premier et ultime tombeau »…

    Combien de temps va t-il encore falloir attendre pour que ce jour affreux trouve enfin la page toujours blanche qui l’attend dans les livres d’histoire ? Combien de temps va t-il encore falloir attendre pour que soient sondés les charniers du Petit Lac ? Combien de temps va t-il encore falloir attendre pour que s’ouvrent toutes les archives, et que la France ait la grandeur de reconnaître sa complicité dans ce crime d’abandon de son propre peuple ? Et, comme pour ceux d’Oradour-sur-Glane, recevoir en son sein la mémoire de ces Disparus qui n’avaient cessé de croire en elle. Oui, combien de temps encore ?

    Réveille-toi Antigone, Créon est toujours de ce monde. A nouveau Polynice a besoin de toi…

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