Katyn/70e: Attention, un brouillard peut en cacher un autre (The fog over Katyn Forest)

14 avril, 2010
Katyn crashNous n’entendons pas les protestations qu’on pourrait attendre. Le monde poursuit sa vie comme si de rien n’était alors que l’Iran intensifie ses efforts pour se doter d’armes nucléaires et menace de rayer Israël de la carte. Benjamin Netanyahou
Katyn est le premier film qui porte sur le massacre et l’agression soviétique contre la Pologne, commise en accord avec Hitler. Ce fut un sujet tabou pour la gauche française. Pendant de longues années, elle garda le silence autour de l’invasion de la Pologne par l’Armée rouge, des crimes des Soviétiques, de même que sur Katyn. Jusqu’à aujourd’hui, ce tragique événement historique est un cadavre dans le placard de la gauche française, si longtemps indulgente à l’égard du « Grand Linguiste » (Staline). Adam Michnik
Quelle satisfaction aurait-on de voir que la carrière semi-clandestine d’un film sur le massacre soviétique perpétré à Katyn ne serait que le fruit d’une manœuvre réussie de diversion, de sorte que le grand public ne prenne pas connaissance d’un des plus atroces crimes du communisme. Pour peu que l’on ne veuille pas le corriger à l’aide d’excursions pédagogiques de spectateurs révoltés, il faut se rendre à l’évidence que les distributeurs timorés prévoyaient consciemment pire que la censure : les pires aspects du communisme, même confiés à un grand metteur en scène, n’émeuvent guère le grand public, ne suscitent aucune indignation sincère, n’enflamment pas la passion ou l’imagination d’un large publi (…) C’est une conclusion amère et triste, mais réelle. (…) 20 ans après la chute du Mur de Berlin, le communisme et ses massacres n’intéressent pratiquement personne, à l’exception de ceux pour qui l’anticommunisme est devenu une obsession. (…) Concernant le communisme – aucune indignation. Dans le monde de la culture, dans le débat public, aux caisses des cinémas, l’anticommunisme a subi une défaite mélancolique. Pierluigi Battista (Pourquoi « Katyn » n’intéresse personne?, Corriere della Sera)
Il fallait qu’un journaliste ose le mot. C’était trop tentant. On a guetté tout le week-end. Ils tournaient autour, parlaient de « malheur », de « tragédie », mais se retenaient. Et c’est finalement Nicolas Demorand, lundi matin, sur France Inter, qui a décroché la timbale en haut du crucifix en évoquant la « malédiction » de Katyn. Malédiction ! Aussi impressionnant que soit l’accident aérien qui a coûté la vie au président polonais, et à une centaine de membres du personnel politique et de hauts fonctionnaires, sur les lieux même du massacre des officiers polonais en 1940, aussi « inimaginable » que soit cette « tragédie », pour reprendre les mots mesurés de Lech Walesa, faut-il pour autant tomber à genoux, Jesus Marie, en parlant de « malédiction » ? (…) dans les premiers récits du crash polonais, discrétion de violette sur la chaîne des responsabilités de « l’erreur humaine ». Et pourtant ! Imagine-t-on une seconde qu’un pilote transportant le tout-Etat, ayant tenté trois fois un atterrissage dans le brouillard, tente seul un quatrième atterrissage, sans en référer à ses prestigieux passagers ? Cherchez bien, dans vos médias, qui pose cette simple question, et venez nous le raconter. Soyons juste : avec une loupe, on peut en trouver trace. Il faut par exemple arriver aux toutes dernières lignes de l’article de Libération, pour lire ceci : « le pilote aurait été sous pression de l’équipe présidentielle. Elle aurait mis en avant le fait que quelque 400 personnes venues de Varsovie en train étaient sur place, qu’une messe était prévue, et que la retransmission télévisée ne pouvait pas attendre ». Pour la suite de l’enquête, on attendra la fin du délai de décence. Daniel Schneidermann
C’était, naturellement, un genre très ordinaire de brouillard qui (avec le pilotage apparemment imprudent) a abattu l’avion transportant le Président polonais Lech Kaczynski, son épouse et son entourage de notables politiques alors qu’ils tentaient d’atterrir pour la commémoration du 70e anniversaire du massacre de Katyn. Pourtant, on peut être pardonné pour se demander si les mondes physique et métaphysique ne s’étaient pas ligués contre eux dans ce dernier épisode de la tragédie polonaise. Le brouillard jette un voile sur le monde connu; le déchirer a toujours été l’objet de la longue quête de la Pologne pour la liberté. (…) L’histoire est peut-être irréversible, mais elle existe sous un constant état de siège de ceux qu’elle gêne. La défendre est le fardeau permanent de tous les peuples libres, la tâche essentielle pour laquelle les Polonais ont encore payé le prix le plus terrible. Bret Stephens
Au lieu de reconnaître les faits sur les origines de la deuxième guerre mondiale, le Kremlin est engagé dans une fraude massive, cherchant à convaincre le monde que la Russie était la clef de la victoire en Europe. Il ne précise pas que sous Josef Staline, l’Union Soviétique était également la clef de la défaite pour beaucoup d’Européens. L’Union Soviétique permit à Hitler de lancer la guerre éclair contre la Pologne ; assura à Berlin des approvisionnements vitaux en crédits, énergie et armes, permettant à Hitler de lancer sa conquête de l’Europe occidentale ; et contribua aux conditions de l’holocauste nazi tout en conduisant ses propres déportations et crimes de masse contre les nations soumises. (…) Sans de telles mesures courageuses, le dégel entre Varsovie et Moscou ne sera jamais plus qu’une poignée de terre meuble jetée sur le permafrost. Janusz Bugajski
Attention: un brouillard peut en cacher un autre.

Au lendemain de la catastrophe aérienne qui a coûté la vie au président et à une centaine de hauts responsables politiques et militaires polonais sur les lieux même du massacre de 1940 …

Et de la 65e commémoration de la journée de la Shoah en Israël alors que, devant le refus du Pénitant en chef d’appeler les choses par leurs noms, l’Iran multiplie tant les déclarations que les préparatifs pour une nouvelle Solution finale …

Comme à la veille, le mois prochain, des cérémonies grandioses qu’un Moscou plus révisionniste et revanchard que jamais va nul doute encore nous concocter pour le 65e anniversaire de sa victoire sur le nazisme …

Comment éviter le mot qui indigne tant le chroniqueur des médias Daniel Schneidermann, à savoir celui de malédiction, employé lundi matin sur France inter par Nicolas Demorand ?

Comment en effet ne pas comprendre, au-delà de la trop facile explication par le syndrome du passager VIP présentée par des journalistes particulièrement hargneux au moment où le contenu des boites noires va être rendu public, l’intense pression qui a apparemment poussé si désastreusement les victimes elles-mêmes à faire coûte que coûte après la troisième tentative ce fatidique atterrissage dans le brouillard de Katyn?

Comment ne pas imaginer, au-delà des centaines de personnes venues de Varsovie, de la messe et de la retransmission télévisée, l’attente de tout un peuple depuis 70 longues années pour cette reconnaissance, devant le reste du monde et contre la tentative de récupération de Moscou trois jours plus tôt, d’un des pires crimes de guerre de l’Union soviétique sur quelque 22 000 membres de leurs élites?

Et, un an après l’incroyable indifférence qui a accueilli la sortie en Occident du film de Wajda, comment ne pas voir, avec le chroniqueur du WSJ Bret Stephens, cet autre brouillard, bien humain celui-là, que tant les actuelles autorités russes avec leur censure sur les archives et leur volonté révisionniste que certains de nos propres historiens semblent vouloir maintenir sur l’ignoble massacre et ses tout aussi dévastatrices répercussions?

The Fog Over Katyn Forest
Poland’s struggle of memory against forgetting.
BRET STEPHENS
The Wall Street Journal
April 13, 2010

‘The struggle of people against power, » Milan Kundera famously observed, « is the struggle of memory against forgetting. » Is there any place that better captures that truth than the Katyn Forest, or any metaphor more apt for Katyn’s place in our historical memory than fog?

It was, of course, a very mundane kind of fog that (along with some apparently reckless piloting) brought down the plane carrying Polish President Lech Kaczynski, his wife and an entourage of political notables as they attempted to land for Saturday’s commemoration of the Katyn Forest massacre’s 70th anniversary. Still, one can be forgiven for wondering whether the physical and metaphysical worlds didn’t conspire in this latest cycle of Polish tragedy. Fog makes the known world unseen; cutting through it is what Poland’s long quest for freedom—itself so often dashed to pieces—has always been about.

Today, the facts about Katyn are not in doubt. In the spring of 1940, 22,000 Polish prisoners of war—most of them army officers, but also thousands of leading members of the Polish intelligentsia—were systematically murdered by the Soviet secret police on direct orders from Joseph Stalin. Comrade Stalin, who was then carving up central Europe as an ally of Adolf Hitler, worried that some future Polish state might someday oppose him. « Under those circumstances, » observes historian Gerhard Weinberg, « depriving [Poland] of a large proportion of its military and technical elite would make it weaker. »

In one of history’s richer ironies, the massacre was first discovered and publicized by the Nazis in 1943. That made it that much easier for the Soviets to dismiss the revelation as German propaganda to cover up a German crime, a line the U.S. and Britain were only too happy to adopt to propitiate their wartime ally. The behavior of the Roosevelt administration was particularly disgraceful: As Rutgers Professor Adam Scrupski has noted, the U.S. Office of War Information « implicitly threatened to remove licensure from the Polish language radio stations in Detroit and Buffalo if they did not cease broadcasting the details of executions. »

Thus was the cause of a free Poland—the very reason the West had gone to war against Germany in the first place—sold out on the altar of realpolitik. It would not be the only sellout.

In 1968, Gabriel Kolko, now a professor emeritus at Toronto’s York University, published « The Politics of War: The World and United States Foreign Policy, 1943-1945. » The book—a landmark work of Cold War revisionism—affects to be agnostic on the question of culpability for the massacre. But Prof. Kolko did something else: He trivialized the massacre. Even assuming the Soviets bore responsibility, Katyn was « the exception » to Soviet conduct. « Its relative importance, » he said, « must be downgraded very considerably. » There is in that remark something very much like the view of France’s neo-fascist Jean-Marie Le Pen that the Holocaust was « just a detail in the history of World War II. »

Then again, Mr. Kolko’s book at least acknowledges Katyn, which is more than can be said for Eric Hobsbawm’s 1994 bestselling history of the 20th century, « The Age of Extremes, » which the New York Times called « a bracing and magisterial work. » In his 627-page catalogue of « extremes, » the celebrated British historian and lifelong communist—who at 92 also remains the president of the University of London’s Birkbeck College—devotes exactly one paragraph to Stalin’s several million victims. Katyn itself rates no mention, even though the book was published four years after the Soviets finally acknowledged their responsibility.

Katyn denialism doesn’t end there. In Russia in recent years, there has been a renewed effort to raise a fresh round of doubts about Soviet guilt. To his credit, Russian Prime Minister Vladimir Putin has disavowed that line, and last week gave a conciliatory speech linking Russians and Poles as two peoples that « paid an exorbitantly high price . . . for the inhumanity of totalitarianism. »

Still, Russia continues to seal its archives related to Katyn. And it is under Mr. Putin that the Russian government has been systematically scrubbing its history textbooks so as to present Soviet history in a better light. It brings to mind the old joke that, under socialism, « the past can never be predicted. »

It goes without saying that Katyn is hardly the only piece of history lying under a fog. The Iranian government has made it its business to deny the Holocaust, partly out of true belief, and partly because Holocaust denial plays well throughout the Muslim world. And the governor of Virginia had a recent mental lapse in the matter of the peculiar institution the Confederacy was created to uphold. History may be irreversible, and yet it exists under a permanent state of siege from those whom it inconveniences. Defending it is the permanent burden of all free people, the essential task for which the Poles have again paid the terrible price.

Voir aussi:

The curse of Katyn
Janusz Bugajski
The Washington Times
April 14, 2010

The tragic death of Polish President Lech Kaczynski, together with dozens of military commanders, politicians and top advisers, has fixed the spotlight on the Katyn massacre of 70 years ago and the context in which it occurred. This will have a sobering effect on Polish-Russian reconciliation unless all the facts about World War II are finally acknowledged by leaders of the Russian Federation – the legal inheritor of the Soviet Union.

While Russian leaders celebrate the 65th anniversary of World War II Victory Day in Moscow on May 9, awkward questions will be asked about the infamous Soviet-Nazi alliance that made World War II possible. In recent years, the Kremlin, in claiming Russia’s « great power » continuity, has sought to downplay or disguise the origins of the war. Indeed, official statements and history books continue to depict the Soviet Union as a victim and victor rather than as a co-conspirator with Hitler when it invaded Poland in September 1939, murdered tens of thousands of Polish citizens and deported more than a million into Siberian exile.

The air crash near Katyn will refocus Polish-Russian relations and give new urgency to recent moves by both capitals toward reconciliation. Indeed, Russian Prime Minister Vladimir Putin had been lauded for inviting Polish Prime Minister Donald Tusk to a commemoration ceremony in Katyn before the fatal air crash, thereby acknowledging its importance for the Polish nation.

However, Mr. Putin’s objective may not have been so clear-cut. Plainly, the Kremlin can no longer brazenly deny that the Katyn murders were perpetrated by the Soviet security services. Instead, it is seeking to contextualize them and thereby minimize their significance. Russia has avoided issuing a formal state apology to Poland; it depicts Katyn as one of several atrocities by the faceless « totalitarian regime » and refuses to call the Katyn massacres a war crime.

The reasoning is logical. If Katyn were defined as a war crime, one would need to ascertain who was at war with whom. Why did more than 20,000 Polish officers and more than a million Polish citizens find themselves in the Soviet Union in September 1939, prevented from defending Poland from the Nazi invasion? Russia’s current leaders want to avoid discussion about the Soviet invasion of Poland, the Hitler-Stalin pact and the close collaboration between the two dictators before and during World War II aimed at carving up Poland and the rest of Eastern Europe. The Soviets only became anti-Nazi when Hitler decided he no longer needed Moscow as an ally.

Instead of acknowledging facts about the origins of World War II, the Kremlin is engaged in a massive deception, seeking to convince the world that Russia was the key to victory in Europe. It fails to point out that under Josef Stalin, the Soviet Union also was the key to defeat for many Europeans. The Soviet Union enabled Hitler to launch the blitzkrieg against Poland; provided vital economic, energy and military supplies to Berlin, enabling Hitler to launch the conquest of Western Europe; and assisted in creating the conditions for the Nazi Holocaust while conducting its own mass murders and deportations from subject nations.

It is not surprising that Mr. Putin wanted to push Katyn to the sidelines before the May 9 anniversary and calculated that Polish leaders would reciprocate for his minimal acknowledgement of Katyn by attending the celebrations and thus giving credence to Moscow’s skewered version of history. The Katyn air crash may undermine this strategy, as the mass murders of 70 years ago have become a live subject for public debate amidst calls for closer scholarly scrutiny.

Ironically, the second Katyn tragedy provides an opportunity to initiate a genuine Russian-Polish reconciliation if Russia’s leaders undertake several crucial steps. First, they will need to acknowledge publicly that the Katyn murders were a war crime perpetrated against Poland and an attempt to decapitate the leadership of a country that the Stalin regime wanted to occupy and annex, which it did after the war.

Second, all the archives sealed in Russia pertaining to the atrocity will need to be opened to historians in order to gain all pertinent facts on the precise identity of the perpetrators and how the crime was covered up for more than 50 years.

Third, the Russian authorities must begin to tell the full truth about Stalin and the Soviet role during World War II as a co-conspirator with Hitler as well as one of Hitler’s eventual victims. Without such courageous measures, the Warsaw-Moscow thaw will simply remain a layer of loose earth over the permafrost.

Janusz Bugajski is the holder of the Lavrentis Lavrentiadis Chair at the Center for Strategic and International Studies.

Voir enfin:

‘VIP passenger syndrome’ may have contributed to Polish plane crash
The role of the Polish president in the air crash in which he and 95 others died has been called into question amid suggestions he many have put pressure on the pilot to land despite bad weather warnings.
Andrew Osborn in Moscow and Matthew Day in Warsaw
The Telegraph
12 Apr 2010

Russian aviation experts claimed that « VIP passenger syndrome » could have played a part in causing of the tragedy, as it was disclosed that Lech Kaczynski had previously tried to sack a pilot who refused to land a plane for him in dangerous circumstances.

Black box recordings have confirmed that the pilot, Arkadiusz Protasiuk, an experience airman serving with the Polish air force, had ignored warnings to divert to another airport because of heavy fog.

However, it has been suggested that Mr Kaczynski did not want to miss a ceremony for the 22,000 Poles massacred by Soviet forces in the Second World War and may have urged the air crew to continue trying to land the plane.

Viktor Timoshkin, an aviation expert, said: « It was quite obviously ‘VIP passenger syndrome’. Controllers suggested that the aircraft’s crew divert the plane to an alternate route. I am sure that the commander of the crew reported this to the president. But in response, for whatever reasons, he had a clear order to land. »

In August 2008, Mr Kaczynski « shouted furiously » at a pilot who had disobeyed his order to land his plane in then war-torn Georgia for safety reasons. He later tried to have Captain Grzegorz Pietuczak removed from his post with the Polish air force for insubordination, however, Donald Tusk, the Prime Minister intervened. Captain Pietuczak was later awarded a medal for carrying out his duties conscientiously for his refusal to land having judged the risks.

A Russian aviation expert said yesterday: « If he tried to land three times and fell on the fourth then he probably had the 2008 incident in mind and that was why he felt he had to land at any price. In effect, he did not take the decision but the main passenger on board did – even if the main passenger did not utter a word to the pilot. »

Andrzej Seremet, Poland’s chief prosecutor, said that there was no information from the investigation so far to suggest that Mr Kaczynski had put undue pressure on the pilot.

A senior air traffic controller at the Russian airport where the Polish plane was trying to land stirred controversy by suggesting that the Polish pilots’ poor knowledge of the Russian language was to blame.

« They were supposed to give us a report about their altitude on the approach to landing, » he said. « They did not give it. » When asked why, he said: « Because they have a bad command of the Russian language. There were Russian speakers among them but for them numbers were quite complex. »

It came as tensions between Russia and Poland over the air crash were escalated when a Polish MP claimed the Kremlin was partly to blame for the tragedy.

The two countries have set aside centuries of mutual distrust to present a united and recrimination-free front but yesterday Artur Gorski, a member of the Law and Justice party founded by Mr Kaczynski, said that Russia may have tried to deliberately prevent Mr Kaczynski’s plane from landing and thereby indirectly caused his death.

Mr Gorski said: « One version of events says that the plane approached the airport four times, because every time the Russians refused it permission to land; they wanted to send the plane with the president to an airport in Moscow or Minsk,

« They came up with some dubious reasons: that there was fog over the airport, that the navigation system didn’t work as it was under repair, and that the airport had a short landing strip. »

Mr Gorski suggested that the real reason Moscow did not want President Kaczynski to land was because he was due to attend a ceremony marking the 70th anniversary of an infamous Soviet massacre of Polish officers.

The Russians, he claimed, did not want Mr Kaczynski to upstage a similar event hosted by Vladimir Putin, the Russian prime minister, a few days earlier.

The Kremlin may also have feared that the Polish president, a noted hawk when it came to Russia, may have planned to criticise Moscow for not issuing a proper apology for the 1940 massacre, he added.

Mr Putin, who has taken charge of the investigation into the air crash, which is being carried out by both Russian and Polish teams, yesterday promised an « objective and thorough » investigation.

Bronislaw Komorowski, Poland’s acting head of state, has announced an immediate review of regulations, or the lack of them, governing just which political and military leaders can fly together. The air crash was carrying nine senior military leaders, as well as the governor of Poland’s central bank.

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Russie: Après la Géorgie, le Kirghizistan? (How far will the West let the Russian bully go?)

12 avril, 2010
Russia bullies GeorgiaLa destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (25.04. 05)
Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations? Françoise Thom
Les Russes ont monté de toutes pièces des « séparatistes » ossètes, et abkhazes, pour casser la Géorgie, coupable de lèse-Russie. Moscou préparait depuis des mois l’assaut qui vient de se produire. La 58ème armée, qui s’est ruée sur la Géorgie, avait été préparée de longue main. (…) Poutine a préparé l’action (…) dès le mois d’avril, nous dit le spécialiste russe des affaires militaires Pavel Felgenhauer. On ne lance pas à l’improviste une opération combinée des commandos, des unités de blindés, de la marine et de l’armée de l’air, sans oublier une vaste cyber-attaque commencée une ou deux semaine avant l’assaut. Vu l’état général des forces russes, où les officiers vendent les pneus, les munitions, les carburants et les équipements, il a fallu préparer spécialement l’invasion pendant des mois. Laurent Murawiec
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. Françoise Thom
La Russie a proposé à la Chine de vendre conjointement leurs bons Fannie Mae et Freddie Mac en 2008 pour forcer le gouvernement américain à renflouer ces deux géants de l’hypothèque-finance, a déclaré l’ancien secrétaire au Trésor américain Hank Paulson. Le Financial Times
Jeudi, un membre du gouvernement provisoire avait laissé entendre que la Russie avait joué un rôle dans l’éviction du président. Selon des analystes, le président déchu s’était attiré la colère de Moscou en maintenant une base militaire américaine dans son pays. Lors d’une visite à Moscou, l’année dernière, Bakiev s’était assuré une aide au développement de 2 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros) et avait annoncé que les troupes américaines devraient quitter Manas avant fin 2009. Mais, après avoir négocié davantage d’argent, il avait changé d’avis. La Russie s’inquiète de cette présence américaine dans une région longtemps considérée comme sa zone d’influence naturelle. Moscou dispose d’ailleurs aussi d’une base aérienne non loin de Bichkek, à quelques kilomètres seulement de l’aéroport, où sont stationnés les militaires américains. Par ailleurs, le numéro deux du gouvernement provisoire du Kirghizistan, Almazbek Atambaïev, s’est envolé, vendredi 9 avril, pour Moscou « pour des pourparlers avec le gouvernement russe sur une aide économique ». Un représentant du premier ministre russe, Vladimir Poutine, avait indiqué jeudi que la Russie était prête à fournir une assistance humanitaire au pays. Moscou y a dépêché des troupes pour protéger ses ressortissants. Cent-cinquante hommes sont déjà arrivés sur place, selon Nikolaï Makarov, chef d’état-major de l’armée. Le Monde
Les violentes menaces et actes hostiles à l’encontre de nations européennes donnent sens à cette brutale affirmation. Embargos énergétiques à répétition, tentatives de déstabilisation et passage à l’action armée contre la Géorgie empoisonnent les relations russo-européennes. Dans les crises extérieures qui mettent au défi l’Occident, en Iran ou dans d’autres théâtres géopolitiques, la Russie exploite, en vue de ses seuls intérêts, les opportunités stratégiques qu’elle rencontre. Jean-Sylvestre Mongrenier

Après la Géorgie, le Kirghizistan?

« Autoritarisme néo-patrimonial » accaparant les biens de l’Etat, contrôle du régime par des anciens membres des agences de sécurité KGB/FSB, obsession de la volonté de puissance et de la « grande Russie », « volonté de reconstitution d’une sphère de contrôle exclusif dans l’espace post-soviétique », déstabilisation de ses voisins, de l’Europe ou des EU via des « embargos énergétiques à répétitio »n, tentatives de déstabilisation de ses anciens satellites avec passage à l’acte (Géorgie ou tout récemment au Kirghizistan avec l’objectif avoué de reprise aux Américains de la base de Manas), « pressions politico-énergétiques, incitations monétaires, manipulation des réseaux de connivence hérités de l’ère soviétique, ‘barbouzeries’ diverses », voire le recours à la cyberguerre (Estonie), positionnement clairement anti-occidental sur les dossiers nord-coréen et iranien …

A l’heure où nombre d’observateurs se posent la question de l’implication russe dans la toute récente chute du régime Kirghise

Et après l’annonce par notre Sarko national il y a quelques mois de la vente de matériel militaire sophistiqué au régime autoritaire et revanchard de Poutine

Comme, encore plus récemment après le retrait du bouclier antimissile en Pologne, la signature par Obama d’un plan de réduction du nombre d’ogives nucléaires et l’annonce de son refus d’utiliser l’arme nucléaire contre un pays ayant signé le pacte de non-prolifération …

Retour sur un entretien du chercheur français Jean-Sylvestre Mongrenier qui, à la suite de son dernier ouvrage (« La Russie menace-t-elle l’Occident? ») a le mérite de poser clairement la question de la menace russe pour l’Occident.

Pointant, contre les naïvetés de l’actuel président américain et malgré les limites des moyens (militaires, économique, démographique population, notamment en regard de l’immensité du territoire à défendre et de l’épuisement à terme de ses ressources énergétiques) de ce qui est encore le 2e producteur de pétrole mondial derrière l’Arabie saoudite et le 1er pour le gaz, la néanmoins forte capacité de nuisance que celle-ci conserve …

La Russie et la question de la puissance
Jeudi 21 Janvier 2010

Texte complémentaire de l’interview-TV de Jean-Sylvestre Mongrenier pour « Fenêtre sur l’Europe » réalisée le 18 janvier 2010). Entretien avec Jean-Michel Floc’hlay.

1-Avec l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, en 1999-2000, est-il possible d’évoquer un renouveau du culte de la « Russie-puissance » ?

De fait, le culte de la « Derjava », c’est-à-dire de la puissance étatique et militaire russe, est un classique de l’histoire russe lorsqu’on l’appréhende sur la longue durée. Il suffit pour cela de se référer au fameux « testament » de Pierre le Grand et de le confronter aux discours en vogue à Moscou. Il est ainsi possible de mettre en évidence un « trend » séculaire (une tendance lourde) depuis les XVe-XVIe siècles, lorsque les grands-princes de Moscou se libèrent de la domination asiatique (les hordes mongoles) et se lancent dans une longue entreprise d’expansion territoriale. Cette période initiale correspond aux règnes d’Ivan III (1462-1505) et d’Ivan IV, dit Le Terrible (1533-1584).

Cet expansionnisme qui mue la principauté de Moscou en un Etat-continent est perpétué par les Tsars puis il est repris par Staline qui porte la « Russie-Soviétie » à son apogée territoriale. Ces temps longs de l’histoire sont entrecoupés de périodes d’affaiblissement et de décadence comme le Temps des troubles (1584-1613) ou les années qui suivent la défaite dans la guerre de Crimée (1853-1856) ; le parallèle avec la dislocation de la « Russie-Soviétie » et la décennie 1990 s’impose de lui-même. Les politiques de libéralisation de l’ère Eltsine sont ensuite dénoncées et le paradigme de la transition ne rend plus compte de la Russie, placée sous l’incertain duumvirat Medvedev-Poutine.

Les cycles de puissance s’ordonnent de la manière suivante : la quête de puissance étatique et guerrière mène à une grave défaite et à un effondrement national ; un mouvement de réformes s’ensuit jusqu’à ce que l’obsession de la puissance reprenne le dessus. C’est ce que l’on peut observer durant les deux mandats présidentiels de Vladimir Poutine (2000-2004 ; 2004-2008), suite aux années Eltsine, avec la réémergence d’une forme d’autoritarisme patrimonial et un mouvement de reconstitution de la puissance russe. Cela dit, il y a un écart entre les rhétoriques de puissance d’une part, les réalités de la Russie contemporaine d’autre part.

2-Toutefois, cette puissance russe n’est-elle pas dépourvue d’armée solidement constituée et compétitive ?

Nonobstant la démonstration de force que la Russie a voulu administrer en Géorgie, en août 2008, la puissance militaire de cet Etat est largement amputée. L’armée russe a étalé ses points faibles et dysfonctionnements parmi lesquels nous mentionnerons la vétusté du matériel et les lacunes des systèmes de communication, la faiblesse des moyens satellitaires et la relative inefficacité de l’aviation (6 ou 7 appareils russes ont été abattus). A cet égard, il faut souligner le retard pris par l’aviation russe dans le domaine de la stratégie aérienne moderne et de l’« hyper-guerre » aérosatellitaire. Les avions russes sont de bons appareils mais un avion de combat n’est aujourd’hui que l’une des composantes d’une vaste « bulle » technologique et informationnelle et ce sont ces capacités qui font défaut à l’armée russe. Plus généralement, les budgets militaires (à peu près équivalent aux dépenses militaires françaises, en ordre de grandeur) ne sont pas à la mesure des immensités géographiques et des milliers de kilomètres de frontières ; en la matière, l’espace est un réducteur de puissance.

Cela dit, l’armée russe a prouvé sa capacité à mener une opération de force au-delà de ses frontières, sur le territoire géorgien. Au regard des ambitions russes dans l’ « étranger proche », c’est cela qui compte. La Russie n’a certes pas la capacité de « jeter » des milliers de blindés dans la trouée de Fulda, comme aux grandes heures de la Guerre froide, mais ce n’est pas ainsi que la question de la puissance militaire russe doit être abordée. L’enjeu, du point de vue du Kremlin, est de pouvoir appuyer au plan militaire une stratégie multidimensionnelle dans son « étranger proche » (un « mix » de pressions politico-énergétiques, d’incitations monétaires, de manipulation des réseaux de connivence hérités de l’ère soviétique, de « barbouzeries » diverses, voire le recours à la cyberwar ainsi que cela a pu être constaté en Estonie).

3- Quels sont les territoires sur lesquels s’exerce cette puissance russe ?

Appréhendée en termes globaux, l’ambition géopolitique du Kremlin consiste en une réaffirmation de la puissance russe dans l’ « étranger proche », on l’a dit, ce qui correspond peu ou prou à l’aire post-soviétique ; l’expression en usage est plutôt celle de « sphère de responsabilités privilégiées ». Ces espaces correspondent à la Biélorussie, à l’Ukraine et à la Moldavie sur les frontières occidentales de la Russie, au Sud-Caucase (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan) et l’espace Caspienne-Asie centrale (l’ancien Turkestan occidental). L’ensemble de ces territoires correspond à ce que les eurasistes considèrent comme relevant de l’aire de pertinence des géopolitiques-pratiques russes. A l’exception de la Géorgie suite à la « guerre des cinq jours » d’août 2008, les Etats considérés appartiennent à la CEI (Communauté des Etats indépendants) qui fonctionne comme un ensemble à géométrie variable, sans grande cohérence (voir le tropisme occidental de l’Ukraine ou de la Moldavie, sans parler de la Géorgie). Certains de ces pays sont aussi membres de l’OTSC (Organisation du traité de Sécurité collective) que Moscou voudrait transformer en une « OTAN » eurasiatique et russo-centrée.

Là encore, il faut insister sur les limites des discours et des ambitions affichées, la politique russe ayant une forte dimension déclaratoire ; Moscou éprouve bien des difficultés à « tenir » ces espaces. Nombre des pays membres de la CEI sont attirés par l’ensemble UE-OTAN encore que, du fait des urgences de l’heure, les dirigeants occidentaux ne soient pas toujours à la hauteur des attentes et des appels lancés depuis l’Ukraine, la Géorgie, la Moldavie ou l’Azerbaïdjan (la politique de la Biélorussie et des régimes centre-asiatiques tient plus d’un simple marchandage et d’une « carte » dans leurs relations avec Moscou). Par ailleurs, la percée diplomatique, énergétique et commerciale de la Chine populaire en Asie centrale ne devrait pas être négligée par les dirigeants russes. Moscou s’emploie à limiter l’accès direct des Occidentaux au bassin de la Caspienne (voir la féroce opposition au gazoduc « Nabucco ») mais le président chinois et ses homologues centre-asiatiques ont, le 14 décembre 2009, inauguré un pipeline qui acheminera le gaz turkmène et kazakh jusqu’à Shanghaï (soit un trajet d’environ 7000 km). Et ce n’est qu’un début. Les républiques d’Asie centrale échappent d’ores et déjà à l’emprise russe et, au sein même de l’OTSC, certaines d’entre elles (le Kirghizistan, l’Ouzbékistan) joignent leurs efforts à ceux de la Biélorussie pour empêcher une plus forte intégration politico-militaire de cette alliance.

Enfin, il faudrait se demander si l’hostilité russe au déploiement de systèmes antimissiles en Europe centrale et orientale, en dépit du fait que ces engins ne seraient pas en mesure d’intercepter une salve de missiles balistiques russes (d’autant plus que ce système devrait être moins puissant que prévu), n’est pas l’expression d’une revendication implicite de la Russie sur les territoires des pays de la zone, autrefois membres de l’URSS (les Pays baltes) ou du Pacte de Varsovie. Moscou ne s’oppose pas réellement à la Missile Defense, dans son aspect global, et il a même été suggéré que la composante européenne de ce système global soit déployée en Grande-Bretagne, en Italie ou en Turquie. C’est la fonction de « marqueur » géopolitique des sites pré-identifiés par les Etats-Unis et leurs alliés, sur le territoire de pays autrefois dominés par la « Russie-Soviétie », qui semble poser problème. Soyons donc attentifs à cet aspect de la question des antimissiles.

4- Le rôle des ressources énergétiques dans la mise en œuvre de la puissance russe semble pour le moins décisif …

La puissance est un tout, irréductible à sa dimension militaire, et c’est dans le compartiment « énergie» que la Russie dispose de réelles options pour peser sur les équilibres géopolitiques et contraindre les pays récalcitrants à céder devant ses ambitions. Rappelons que la Russie est le second producteur mondial de pétrole, derrière l’Arabie Saoudite (avec des réserves amoindries et une marge de manœuvre beaucoup plus réduite, toutefois) et surtout elle détient les premières réserves mondiales de gaz naturel ; elle exporte une très large partie de son « or gris » vers les marchés européens (le gaz russe représente 40% des importations européennes de gaz naturel, avec d’importantes variations d’un pays à l’autre). Si la dimension « business » de ces exportations d’hydrocarbures est indéniable, la répétition des embargos énergétiques à l’encontre des pays clients et/ou des pays de transit (l’Ukraine, la Biélorussie, la Géorgie mais aussi les Pays baltes ou encore la Pologne), avec des effets dans l’ensemble de la zone UE, a mis en évidence le fait que Moscou utilise ces exportations comme un outil de puissance et joue sur la dépendance énergétique des pays européens. D’où le refus de ratifier le traité sur la Charte de l’Energie (traité signé en 1994), texte dont l’application remettrait en cause les monopoles russes (voir Gazprom) et conduirait au respect de règles de juste conduite entre pays partenaires (de facto, il n’y a pas de partenariat UE-Russie).

Le jeu russe consiste à renforcer la dépendance des pays européens au moyen de liaisons énergétiques renforcées d’une part (voir le North Stream en mer Baltique et le South Stream en mer Noire) et à interdire aux Occidentaux le libre accès aux ressources énergétiques de la Caspienne (opposition au Nabucco et à la construction de pipelines sous la Caspienne). De surcroît, le contournement des pays de transit (Biélorussie et Ukraine) permettrait d’abaisser la valeur géopolitique de ces territoires au regard des intérêts énergétiques ouest-européens, contribuant ainsi à les affaiblir plus encore. Toutefois, le manque d’investissements dans les gisements russes, alors que les ressources en hydrocarbures de la Sibérie occidentale s’épuisent, pourrait affaiblir cette « grande stratégie énergétique ». Le Kremlin et Gazprom comptent sur les ressources de la Caspienne pour compenser l’épuisement de certains des gisements nationaux et remplir les engagements contractés tous azimuts mais la poussée chinoise, précédemment évoquée, pourrait contrarier ces plans (surtout en cas de forte reprise économique).

5-En conclusion, la puissance russe ne devrait donc pas être sous-estimée ?

En fin de compte, c’est une question d’échelle de temps ou encore de rythmes historiques. Si l’on en croit Vladimir Poutine et sa mise en avant, à la fin de son second mandat, du concept de « BRIC », la Russie serait une puissance émergente mais tel n’est pas le cas. En fait, la Russie est en proie à un krach démographique et sanitaire de grande ampleur et son économie de rente présente tous les symptômes du « malaise hollandais ». Le fait a d’ailleurs été souligné par Dmitri Medvedev lui-même. Si l’on porte le regard sur le long terme, il semble difficile à la Russie de se poser en puissance tierce dans un improbable « mundus tripartitus » (un monde tripartite). Entre l’ensemble occidental (OTAN-UE) et ses solidarités politico-stratégiques (et une « économie atlantique » qui représente 57% de la richesse mondiale) d’une part, un ensemble sino-asiatique qui renforce son influence jusque dans l’ancien Turkestan occidental d’autre part, on peut s’interroger sur le devenir de la Russie et la capacité du pouvoir central à maintenir la cohésion du territoire russe. Bref, l’Etat russe n’est certainement pas au bout de ses épreuves (voir l’instabilité du Nord-Caucase).

Si ces faits et tendances devraient inviter les dirigeants russes à la circonspection, voire à privilégier une orientation occidentale, rien n’est assuré. Rappelons que l’histoire politique, diplomatique et militaire est faite d’erreurs de calcul, de mésinterprétations dans l’évaluation des rapports de puissance et d’emballements inattendus. On ne peut que souligner les déclarations hostiles de la part de nombreux dirigeants russes (jusqu’au sommet) à l’encontre de pays européens, les menaces et le passage à l’acte en Géorgie. Relevant de ce que l’on pourrait nommer l’ « Europe byzantine », ce pays-clef de l’aire géopolitique mer Noire-Caucase-Caspienne n’est pas un lointain théâtre géopolitique, plus ou moins exotique. Par ailleurs, la nature du régime et de ses modes de fonctionnement, les rémanences historiques et la diffusion de référents néo-eurasistes dans certains segments de l’opinion publique russe (peu importe la caractère sommaire des discours néo-eurasistes), sans parler du retour de la contre-figure de Staline, ne peuvent être ignorés. Tout cela est susceptible d’avoir d’autres prolongements au plan extérieur, ce qui nous concerne au premier chef.

Je dirais donc que cet ensemble de faits exclut toute politique de complaisance de la part des Occidentaux, d’autant plus que la « diplomatie de la main tendue » pratiquée par l’administration Obama n’a guère produit de résultats tangibles, dans quelque domaine que ce soit (négociations nucléaires stratégiques, crise nucléaire iranienne, transit aérien vers l’Afghanistan, résolution du conflit russo-géorgien sur la base du respect du droit international et des frontières post-soviétiques). A fortiori, ce n’est certainement pas en vendant des armes à la Russie, sous couvert d’un engagement constructif et au prétexte de ne pas lui faire insulte ( !), que l’on arraisonnera cet Etat-continent. Si l’on va au fond des choses, il appert que la cohésion des instances euro-atlantiques – essentielle à la défense et à la sécurité de l’Europe – prime sur l’hypothétique organisation d’un cercle extérieur de sécurité avec les périphéries eurasiatiques du « premier monde ». Le plus grand service que l’on puisse rendre à la Russie est d’inciter ses dirigeants à la modération afin qu’ils se concentrent sur leurs problèmes intérieurs et l’ordonnance de relations de réciprocité avec leur voisinage. C’est là le préalable à l’organisation d’un vaste espace économique et sécuritaire de Vancouver à Vladivostok.

Docteur en géographie-géopolitique, Jean-Sylvestre Mongrenier est chercheur à l’Institut Français de Géopolitique (Paris VIII) et chercheur associé à l’institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier est l’auteur de « La Russie menace-t-elle l’Occident ? », Editions Choiseul, 2009)

Voir aussi:

Kirghizistan: interrogations sur le rôle de Moscou
Le Monde avec Reuters et AFP
09.04.10

Après avoir fui la capitale kirghize, le président, Kourmanbek Bakiev, démis par l’opposition à la suite de violentes émeutes, réaffirme vendredi 9 avril qu’il ne démissionnera pas de son poste. Il dit en outre voir une implication étrangère dans le soulèvement qui l’a évincé ; mais, espère-t-il, pas celle de Moscou.

« Je ne peux pas dire que la Russie est derrière cela. Je ne veux pas dire cela, je ne veux tout simplement pas le croire », a déclaré Bakiev lors d’une interview téléphonique à l’agence Reuters. Disant se trouver dans le sud du Kirghizistan, il s’est néanmoins déclaré convaincu d’une implication étrangère, appuyant son propos en citant le comportement « très professionnel » de la foule qui assiégeait mercredi le siège du gouvernement. « Un leadership et une gestion très compétente étaient manifestes. Des forces extérieures étaient à l’évidence impliquées », a-t-il avancé.

Jeudi, un membre du gouvernement provisoire avait laissé entendre que la Russie avait joué un rôle dans l’éviction du président. Selon des analystes, le président déchu s’était attiré la colère de Moscou en maintenant une base militaire américaine dans son pays. Lors d’une visite à Moscou, l’année dernière, Bakiev s’était assuré une aide au développement de 2 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros) et avait annoncé que les troupes américaines devraient quitter Manas avant fin 2009. Mais, après avoir négocié davantage d’argent, il avait changé d’avis. La Russie s’inquiète de cette présence américaine dans une région longtemps considérée comme sa zone d’influence naturelle. Moscou dispose d’ailleurs aussi d’une base aérienne non loin de Bichkek, à quelques kilomètres seulement de l’aéroport, où sont stationnés les militaires américains.

Par ailleurs, le numéro deux du gouvernement provisoire du Kirghizistan, Almazbek Atambaïev, s’est envolé, vendredi 9 avril, pour Moscou « pour des pourparlers avec le gouvernement russe sur une aide économique ». Un représentant du premier ministre russe, Vladimir Poutine, avait indiqué jeudi que la Russie était prête à fournir une assistance humanitaire au pays. Moscou y a dépêché des troupes pour protéger ses ressortissants. Cent-cinquante hommes sont déjà arrivés sur place, selon Nikolaï Makarov, chef d’état-major de l’armée.


Présidence Obama: Même leurs problèmes, désormais, sont européens (Welcome to the European club of high unemployment, huge deficits, high taxes and foreign paralysis!)

11 avril, 2010
We're all socialists nowIls appelaient l’Europe de leurs voeux et ils sont exaucés: même leurs problèmes, désormais, sont européens. D’après René Girard
Bienvenue dans le club des Etats qui ne laissent pas tomber les gens malades. Nicolas Sarkozy

Alors que, sous prétexte de nouvelle stratégie nucléaire et après avoir multiplié les menaces de sanctions qui n’arrivent jamais, l’Administration Obama joue maintenant à relancer la menace d’une frappe militaire de l’Iran …

Que le président Karzai se permet à présent de menacer ses protecteurs américains et otaniens …

Et que, sur le plan intérieur, le pays du premier président américain postmoderne voit, pour la première fois dans son histoire récente, son taux de chômage longue durée passer en un an de 24.6%.à 44% et son chômage des moins de 25 ans dépasser la Grande Bretagne (20%. contre 19%) ou se rapprocher des niveaux européens (22.6 en Belgique, 25.2 en France ou 26.2 en Italie) …

Pendant qu’en France, le Monde se décide à mener l’enquête et découvre que ce n’est pas de quatre mais de six actes de délinquance en 10 ans dont la tête de liste d’origine malienne du PS dans le Val d’Oise Ali Soumaré est l’auteur (violence, vols, destruction de biens publics, défaut de permis de conduire, violences à agent de la force publique) …

De plus en plus d’Américains se demandent si les scénarios catastrophes envisagés un temps par la seule extrême-droite ne seraient pas en train de se réaliser?

Joblessness: The Kids Are Not Alright
Will the U.S. accept youth unemployment levels like Europe’s?
Daniel Henninger
The WSJ
April 8, 2010

Unemployment today doesn’t look like any unemployment in the recent American experience. We have the astonishing and dispiriting new reality that the « long-term jobless »—people out of work more than six months (27 weeks)—was about 44% of all people unemployed in February. A year ago that number was 24.6%.

This is not normal joblessness. As The Wall Street Journal reported in January, even when the recovery comes, some jobs will never return.

But the aspect of this mess I find more disturbing is the numbers around what economists call « youth unemployment. » The U.S. unemployment rate for workers under 25 years old is about 20%.

« Youth unemployment » isn’t just a descriptor used by the Bureau of Labor Statistics. It’s virtually an entire field of study in the economics profession. That’s because in Europe, « youth unemployment » has become part of the permanent landscape, something that somehow never goes away.

Is the U.S. there yet?

No public figure has ever taken more flak for a comment than former Defense Secretary Donald Rumsfeld for « old Europe. » These are the Western European nations that spent the postwar period free of Soviet domination. With that freedom they designed what came to be called the « social-market economy, » a kind of Utopia where a job exists to be protected and the private sector exists mainly to pay for the state’s welfare plans.

Daniel Henninger asks whether the U.S. will accept youth unemployment levels like Europe’s.

Alas for Utopia it came to pass that the marginal cost of adding employees increased so much around Europe that private-sector hiring of new workers slowed and « youth unemployment » rose. And stayed.

Eight years ago, a bittersweet movie about this tragedy of fallen expectations for Europe’s young, « L’Auberge Espagnole, » ends with a bright young Frenchman getting a « job » at a public ministry, where on the first day his co-workers explain the path to retirement. He runs from the building.

In the final month of 2009, these were European unemployment rates for people under 25: Belgium, 22.6; Spain, 44.5; France, 25.2; Italy, 26.2; the U.K., 19; Sweden, 26.9; Finland, 23.5. Germany, at 10% uses an « apprentice » system to bring young people into the work force, though that system has come under stress for a most relevant reason: a shortage in Germany of private-sector jobs.

In the U.S., we’ve always assumed that we’re not them, that America has this terrific, unstoppable job-creation machine. And that during a « cyclical downturn, » all the U.S. Congress or the states have to do is keep unemployment benefits flowing and retraining programs running until the American jobs machine kicks in and sops up the unemployed.

But what if this time the new-jobs machine doesn’t start?

In the U.S., we’ve thought of youth unemployment as mainly about minority status linked to poor education. Not in Europe. German TV recently broadcast a sad piece on Finland, which has the continent’s most admired school system. It showed an alert, vivacious young woman—she looked like someone out of an upper-middle-class U.S. high school—roaming Helsinki’s streets begging waitress jobs, without success.

It was during the Reagan presidency’s years of strong new-job growth, with an expansion that lasted 92 months between 1983 and 1990, that Europeans began to envy the employment prospects for American graduates. The envy continued through the dot.com boom of the Clinton years. Some of Europe’s most ambitious young workers emigrated to the U.S.

Which brings us to the current American presidency. Last March, its admirers proclaimed that the Obama budget drove « a nail in the coffin of Reaganomics. » And replaced it with what?

Mr. Obama spent his first year saving the public economy (the stimulus’s money mainly protected public-sector jobs) and designing a U.S. health-care system led, if not run, by the public sector. The year’s most significant U.S. fiscal policies created an array of new taxes to finance the congressionally designed health system, and raised federal spending to 25% of GDP. Another broad tax increase begins Jan. 1.

The only new-jobs idea the philosopher kings around Mr. Obama have had is the « green economy. » No doubt it will create some jobs. But an idea so dependent on subsidy economics is not going to deliver strong-form employment for the best, brightest or willing and able in the next American generation. The path we’re on is toward a flatter, gentler U.S. economy.

This is not the way forward to the next version of an American economy that once created Microsoft, Intel, MCI, Oracle, Google or even Twitter. The United States needs tremendous economic forces to lift its huge work force. Since 1990, roughly 80 million Americans have been born. They can’t all be organic farmers or write scripts for « 30 Rock. »

Many upscale American parents somehow think jobs like their own are part of the nation’s natural order. They are not. In Europe, they have already discovered that, and many there have accepted the new small-growth, small-jobs reality. Will we?

Voir aussi:

Our American Catharsis
Will Obama-time be a transitory experience or an enduring tragedy?
Victor Davis Hanson
National Review Online
April 10, 2010

For years conservatives have railed about the creeping welfare state. They have tried to tag liberals with being soft on national security, both for courting those who faulted America and for faulting others who courted it. The parameters of all these fights were well known, as talk radio, the blogs, and cable news hourly took up hammer and tongs against the creeping “liberal agenda.”

But for all the furor, there were few unabashed leftist gladiators in the arena who openly fought under the banner of radically transforming the country into something that it had never been. Bill Clinton was a centrist pragmatist who put Bill Clinton’s political interests well above any ideology. His brief flirtation with Hillary’s hard leftism was rendered inoperative after the Republicans took Congress in 1994. Indeed, Hillary herself eventually ended up running as a blue-collar, Annie Oakley centrist alternative to Barack Obama.

One-termer Jimmy Carter remained a Democratic embarrassment. He was elected on the fumes of Watergate — and through his own efforts at convincing voters for a few crucial weeks in the autumn of 1976 that his folksy Southern Christian Democrat persona was no veneer, but the natural expression of a true conservative.

By 2000 even Democrats talked more fondly in retrospect of the Reagan years than of the era of appeasement and stagflation of 1977–80. The old progressive dream of electing a genuine leftist president was rendered quixotic by the disastrous campaigns of Northern liberals like George McGovern, Walter Mondale, Michael Dukakis, and John Kerry.

All this is not to say that statism did not make advances. By 2008, almost 40 percent of the population was either entirely, or in large part, dependent on some sort of government handout, entitlement, or redistributive check. The size of government, the annual deficit, and the aggregate debt continued — no matter who was president — to reach unprecedented highs.

Nonetheless, until now we had not in the postwar era seen a true man of the Left who was committed to changing America into a truly liberal state. Indeed, had Barack Obama run on the agenda he actually implemented during his first year in office — “Elect me and I shall appoint worthies like Craig Becker, Anita Dunn, and Van Jones; stimulate the economy through a $1.7-trillion annual deficit; take over healthcare, the auto industry, student loans, and insurance; push for amnesty for illegal aliens and cap-and-trade; and reach out to Iran, Russia, Syria, and Venezuela” — he would have been laughed out of Iowa.

It was not his agenda but his carefully crafted pseudo-centrism that got Obama elected — that, and a dismal McCain campaign, weariness over the Iraq War, a rare orphaned election without any incumbent candidate, the September 2008 meltdown, and the novelty of the nation’s first serious African-American presidential candidacy.

Now, however, for the first time in my memory, the United States has an authentic leftist as president — one who unabashedly believes that the role of the U.S. government at home is to redistribute income in order to ensure equality of results through high taxes on a few and increased entitlements for many, while redefining America abroad as a sort of revolutionary state that sees nothing much exceptional in either its past role or its present alliances — other than something that should be “reset” to the norms embraced by the United Nations.

In sum, for years the loud Right warned Americans about what could happen should they vote for a genuine leftist. We mostly did not believe their canned horror stories. But now the country has got what it unwittingly voted for — and at last we have evolved beyond the rhetoric and entered into the real liberal world of the way things must be.

In just a year, the manner in which Americans look at things has changed radically. Something as mundane as buying a Ford or a GM car now takes on ideological connotations: The former company, in politically recalcitrant fashion, resists government takeover; the latter has been transmogrified from Michael Moore’s Roger & Me bogeyman into a sanctioned, government-subsidized brand. Toyota went from the good green maker of Priuses to a foreign corporate outlaw whose handful of faulty accelerators symbolizes the non-union threat to fair-play American production.

The whole notion of capital and debt has changed — mostly on the issue of culpability. Buying too much house at too high interest is the bank’s fault. Not being able to pay a debt is certainly negotiable and most certainly nothing to feel bad about. Maxing out credit cards and getting caught with high interest is proof of corporate malfeasance. Cash in the bank earns little, if any, interest. Owing lots of money costs little, and it does not necessarily have to be paid back, if one is able to stake a persuasive claim against “them.”

The reaction to a hated and greedy Wall Street is now to be an omnipotent, all-wise, and all-caring state technocracy. Today there is nothing so simplistic as the actual “unemployment rate”; “jobs saved” by government borrowing is the better barometer of who is actually working and who is not. A $200-billion shortfall is a “deficit”; a trillion-dollar one is “stimulus.”

Not purchasing a cheap catastrophic-healthcare plan is quite understandable. The Department of Motor Vehicles, Amtrak, and the Postal Service are models of what good government can do. Social Security and Medicare are not unsustainable or insolvent; those loaded adjectives are simply constructs of a wealthy class unwilling to pay the taxes needed to fund them.

Worrying about the deficit or national debt is a neurotic tic. Why fret, when millions in the oppressing class have enough money to eliminate these problems whenever we acquire the backbone to make them pay what they owe us? We are in a them/us, winners/losers zero-sum age, one in which a forever static pie must have its finite slices radically reapportioned.

Colin Powell and Condoleezza Rice were not paradigms of racial equality, as we once assumed. The new correct protocol of unity and togetherness is not to ignore race but to accentuate difference whenever possible. Thus we have a uniter and his flock talking of a “typical white person,” of white country folk who “cling” to their fears and superstitions, of “cowards” who refuse to discuss racial matters, of a “wise Latina,” of police who “stereotype” and act “stupidly,” and of polluters and high-school mass-murderers identified as typically “white.” In place of real civil-rights marches, we have psychodramas where congressmen wade into a crowd of protestors in search of a televised slur. To this president, the tea-partiers are sexually slurred “tea-baggers,” in his Manichean worldview of opponents to whom we are “to get in their faces” and “bring a gun” to their knife fight — all as we praise “unity,” “bipartisanship,” and “working across the aisle.”

Fourteen months ago, the number $250,000 meant little. Now the arbitrary figure is an economic them/us Mason-Dixon line seared into our collective thoughts. Those who cross it are the proven greedy who profit inordinately and must have their payroll, income, and healthcare taxes commensurately increased. But those who earn below it are still kind and decent folk deserving of credits and entitlements.

I used to think that old-stand nations like Britain, Canada, the Czech Republic, France, Germany, Israel, Norway, and Poland were our natural friends by virtue of a shared Western heritage and values, commitment to constitutional government, and acknowledgment of a distinguished intellectual history. Today their leaders are to be snubbed, ignored, or lectured; we are unsure only whether their sin is post-imperialism, post-colonialism — or pro-Americanism.

In contrast, more revolutionary states that bore America ill will, and certainly despised George W. Bush, must ipsis factis have been onto something — and therefore can be courted. Iran, the Palestinians, Russia, Syria, and Venezuela are, at worst, misunderstood. At best, their strong leaders are somewhat sympathetic for their prior opposition to much of what America has done and stood for.

In 2008 I had no idea of what an “overseas contingency operation” or “man-made disaster” was. And even Michael Savage could not scare me into thinking that the U.S. government would attempt to try the beheader and architect of 9/11, the self-avowed jihadist Khalid Sheikh Mohammed, in a civilian courtroom, replete with Miranda rights, lengthy appeals, and government-appointed lawyers — all that a couple of thousand yards from the scene of his own mass murdering.

The watchdog media have become a house kitten that purrs rather than barks at such radical change. Mass assemblies — so common in protests against wars during the last decades — are now racist and subversive. Grassroots political expression like talk radio and cable TV is in need of government-enforced fairness. Hollywood no longer produces movies like the anti-war, anti-administration Redacted and Rendition; Knopf no longer publishes novels like Checkpoint; and there are, we may be thankful, no longer docudramas about shooting presidents — the latter would be both unpatriotic and clearly defined as hate speech. Filibusters are not traditional ways of checking Senate excess; the “nuclear option” is now a slur for legitimate majority legislative rule; and recess appointments don’t thwart the legislature’s will but resist its tyranny.

In other words, the last 14 months have been a catharsis of sorts. At last the world of Rush Limbaugh’s fears and Sean Hannity’s nightmares is upon us, and we can determine whether these megaphones were always just alarmists — or whether they legitimately warned of what logically would follow should faculty-lounge utopian rhetoric ever be taken seriously. Europe screamed for a multilateral, multipolar, non-exceptional America. Now in place of the old Johnny-on-the-spot NATO colossus, they are quickly getting what they wished for — America, the new hypopower. Perhaps the European Rapid Reaction Force will take on the Milosevices and Osamas to come.

Keynesians have sermonized for decades about a truly appropriate mega-debt. Now we’re quickly on the way to achieving that vision, to testing just how much debt a country can incur and still survive. If Reagan and Co. talked about “starving the beast” — cutting needless government spending by first reducing tax revenue — this is the age of “gorging the beast”: borrowing and spending as much as possible to ensure later vast increases in taxes, and with them proper redistributive change.

Politics is high-stakes poker with real losers and winners, not a mere parlor game. The country voted for the party of Pelosi, Reid, and Obama, and for once such statists are governing in the manner of their rhetoric. Time will soon tell whether this strange American experience is transitory and so becomes a needed catharsis, or whether it will be institutionalized and thus result in an enduring tragedy — this rare moment when the dreams of a zealous few are at last becoming the nightmares of a complacent many.

Voir de plus:

A Postmodern Presidency
by Victor Davis Hanson
Pajamas Media
April 8, 2010

A Pretentious Word for a World Without Rules

Given thirty years of postmodern relativism in our universities, we were bound to get a postmodern president at some point.

Postmodernism is a fancy word — in terms of culture, nihilist; in terms of politics, an equality of result and the ends justifying the means — that a lot of people throw around to describe the present world of presumed wisdom that evolved in the last part of the 20th century.

“After modernism” or “beyond modernism” can mean almost anything — nihilistic art that goes well beyond modern art (think a crucifix in urine rather than the splashes of modernist Jackson Pollock). Or think of the current English Department doggerel that is declared “poetry” (no transcendent references, echoes of classicism, no cadence, rhyme, meter, particular poetic language, theme, structure, etc.) versus Eliot’s or Pound’s non-traditional modern poetry of the 1920s and 1930s. In politics, there is something of the absurd. The modern age saw life and death civil rights marches and the commemoration of resistance to venomous racial oppression; the postmodern civil right marches are staged events at the D.C. Tea-party rally, as elites troll in search of a slur, or Prof. Gates’s offer to donate his “cuffs” to the Smithsonian as proof of his racial “ordeal.”

Genres, rules, and protocols in art, music, or in much of anything, vanish as the unnecessary obstructions they are deemed to be — constructed by those with privilege to perpetuate their own entrenched received authority and power. The courage, sacrifice, and suffering of past American generations that account for our present bounty are simply constructs, significant only to the degree that we deconstruct the race, class, and gender power machinations that pervade American exploitive society.

Relativism Everywhere

But the chief characteristic of postmodern thinking is the notion of relativism and the primacy of language over reality. What we signify and brand as “real,” in essence, is no more valid than another’s “truth,” even if we retreat to specious claims of “evidence” — especially if our aim is to perpetuate the nation state, or the primacy of the white male capitalist Westerner who long ago manufactured norms in his own interests.

“Alternate” realities instead reflect those without power speaking a “truth,” one just as valid as the so-called empirical tradition that hinged on inherited privilege.

The New National Creed

OK, so how does this affect Obama?

He was schooled in the postmodern university and operates on hand-me-down principles from postmodernism. One does not need to read Foucault or Derrida, or to be acquainted with Heidegger, to see how relativism enhances contemporary multiculturalism. Keep that in mind and everything else makes sense.

Try healthcare. By traditional standards, Obama prevaricates on most of the main issues revolving healthcare reform — from the fundamental about its costs and effects, to the more superficial such as airing the entire process on C-Span, or promising not to push through a major bill like this on narrow majoritism. And recall the blatant bribes for votes to politicians from Nebraska to Louisiana. Look also at the enormous borrowing and cuts from Medicare that will be involved.

Well, those were not misstatements or misdeeds at all. You, children of privilege, only think they are, since you use antiquated norms like “abstract” truth to adjudicate the discomforting efforts of a progressive President.

He, on the other hand, is trying to force the privileged at last to account for their past oppressions (insurance companies that gouge, surgeons that lop off legs or tear out tonsils for profit, investors who private jet to the Super Bowl, or the lesser, but equally selfish Joe the Plumber types who do not wish to “spread the wealth”) by extending care to the underprivileged. Your “Truth” about his past statements is something reactionaries evoke to thwart such progressive change; in fact, the constructed truth of Obama’s is that a child will now have regular check-ups. All the other “gottacha” games about abstract truth and falsehood are just semantics.

Mean Speech for Thee, But Not for Me

Look at supposed hate speech. An empiricist would ignore Obama’s recent warnings about the new wave of rightwing tough talk from Limbaugh and Beck, and determine instead whether the President remembers the novel Checkpoint, or the award winning film about killing George Bush, or the venom of a Michael Moore or Keith Olbermann.

That is, a traditional inquirer would weigh the furor of the Right against Left, in ascertaining whether hate speech is at all partisan, or simply politics of all stripes. And he would remind the President that it was Barack Obama himself who asked of his supporters to “get in their face”, and bragged “if they bring a knife to the fight, we bring a gun”, and who used graphic examples in damning his opponents (cf. the taunt to Hannity (“he’ll tear him up”).

But you see, all this is not so. The postmodernist constructs a different reality. A person of color who is striving to level the playing field against oppressive interests speaks the “truth” to power. Of course, from time to time he draws on emotive language to drive home his points — quite unlike the cool, detached and deliberate attacks of those seeking to protect corporate or entrenched interests.

When Obama attacks Beck, or Hannity, or calls for someone to bring a gun to a fight, or has Rahm Emanuel curse a fence-sitting representative, these protocols seem extreme only to those whose economic interests are threatened. Poor children in Detroit or in the barrios of El Paso don’t get the opportunity for tit-for-tat score-keeping, as if millionaires “think” they are entitled to the same “fair” treatment as their victims. When Limbaugh rails, it is to protect his Gulfstream V; when Obama distorts, it is the expediency needed to wring from the wealthy salvation for the voiceless.

Racialism — No Such Thing!

Race is the same. A person of color can hardly, given the history of oppression accorded to non-whites, himself be guilty of dividing people by race.

So if Obama says “typical white person”, or entitles his book from the sloganeering of a racist preacher he courted for 20 years, or stereotypes rural Pennsylvanians, or dubs police as acting “stupidly” in matters of supposed racial confrontation, or has an Attorney General who damns the country as “cowards” on race, or appoints a Supreme Court Judge who thinks a “wise Latina” by virtue of race and gender has superior wisdom, or recruits a Van Jones who characterizes everyone from polluters to mass murderers by race (I could go on), well, all this is not at all racial stereotyping with an intent to deprecate.

Why? Because constructs of language, expression, and reality hinge on status and class. Obama is seeking to dethrone traditional nexuses of power. So when he, from time to time, muses on real racial inequality, reactionaries retreat to “objective” “standards” of reciprocity to thwart his proposed changes.

Take-overs — What Take-overs?

And those “take-overs”? Take-over from what to what?

An outraged managerial and capital laden class feigns outrage when working folks at last have a say in how the nation’s profits are derived and enjoyed, originating from their own labor in banking, insurance, auto production, and student loans. All these retreats to “private” income, “my property,” “liberty,” “The Founders,” and the “Constitution,” simply can be deconstructed to “don’t dismantle a system that is weighted in my favor!”

No wonder “they” construct all sort of scary “narratives” about the Postal Service, Amtrak, Social Security, Medicare, and other shared collective enterprises that are branded “insolvent” and “unsustainable” despite serving the people — the economic gobbledygook talk from those who really mean they are not willing to transfer their own unfairly obtained capital to more deserving working folks through legitimate “redistributive change.”

The Voices of the Oppressed

Finally, examine foreign policy. Now many of us are upset that we court enemies and shun friends, and seem to be reaching out to the most authoritarian regimes imaginable, whether Putin’s Russia or Iran, or Venezuela. Well, once again, that is only because you construct reality on the norms predicated upon your own comfortable globalized privilege — that, in fact, as Obama thankfully grasps, is a result of thousands of daily oppressions, both here and abroad, of which you are not even aware.

Consider the trumped-up crisis with Iran. We hold Ahmadinejad to our artificially constructed standards of “civil” discourse and “fair” play — forgetting (but not Obama) the 1953 Western-inspired coup, the profit-mongering of the global oil companies, and the neo-imperialist role of the United States in the Gulf. We hide all that with constructs like “the mullahs”, the “theocrats”, “Islamofascism” and other demonization rooted in class, gender, race, and religion.

If Iran had been behind a past U.S. coup, if Iranian warships were off the coast of California, if an Iranian coal company were buying and selling our national energy production, then we too might sound somewhat unhinged as we sought to employ language to offset our oppressor’s ill-gotten material advantages.

In an American constructed world order, we artificially adjudicate Iran a rogue would-be nuclear menace for wishing five or six small nuclear weapons to protect its vulnerable borders (American troops now abut them); we have thousands of such devices, and have used them, and yet are deemed “responsible” and “peaceful,” we of all people, who, as the President once reminded us, have alone used them on real people.

So what Obama has done is “contextualized” the world, and “located,” as it were, the seemingly hostile anti-American rhetoric of “enemies” into a proper race/class/gender landscape.

And what he has found is that nationalism and the construct of the state have fooled us into thinking that there are “allies” and “enemies”, when, in fact, these are mere labels used by the privileged to “exaggerate” “difference” that only enhances Western entrenched economic, racial, cultural and political hegemonies.

Once, thanks to Obama, we “unpack” that “reality,” then we can see that most Americans have much in common with Venezuelans, Russians, Iranians, Syrians and others who likewise struggle against the same enemies that brought us the 2008 Wall Street meltdown and now oppose healthcare reform, cap and trade, amnesty, and the takeover of the automobile, banking, and insurance industries.

So a postmodernist looks at the Falklands and does not rely on archaic notions of “sovereignty” or a “history” of a prior war. Instead, one sees a postcolonial power once more claiming “ownership” of a far distant island, proximate to a Latin American people, with long experience with European and American economic and political exploitation. Presto — we are now “neutral,” which means we don’t see anything intrinsically convincing in Britain’s claims to the Falklands.

Note Israel. What are we to make of the Netanyahu humiliating smack down, the seeming indifference over the Iranian nuclear program, the nominations and appointments on the Middle East front of a Freeman or Power, the reach out to Syria and Iran, the interviews with Al Arabiya and the Cairo speech, the bow to a Saudi royal, the ritual trashing of George Bush juxtaposed to the praise of a Saudi king, the strange past outbursts of Obama advisor Zbigniew Brzezinski, the ranting about Jews from the former spiritual advisor Wright, etc.

In short, Israel is a construct of Western privilege — its democratic, capitalist, and Western customs hinge on the oppression of a vast “other” that is far more egalitarian, socialist, and antithetical to Western consumer-capitalism with all of its pathologies of race, class, and gender exploitation.

In that context, in archaic fashion, we struggle to damn any effort to end such hegemony and empower the voices of the oppressed. We are not, in fact, “allied” to Israel, but properly speaking instead to the underprivileged in the Gaza slums, to those without healthcare on the West Bank, and, yes, to the progressive Israelis of noble spirit who are trying to battle the reactionary Likudniks and instead do something about the tentacles of their own discriminatory state, whose capital is derived from exploited labor and resources of a silenced other.

I could go on but you get the picture of our first postmodern presidency.

Voir enfin:

Afghanistan and the Decline of American Power
President Karzai’s anti-American shift is a statement about the standing of the Obama administration in the region.
Fouad Ajami
The WSJ
April 9, 2010

President Obama’s « war of necessity » in Afghanistan increasingly has to it the mark of a military campaign disconnected from a bigger political strategy.

Yes, it is true, he « inherited » this war. But in his fashion he embraced it and held it up as a rebuke to the Iraq war. The spectacle of Afghan President Hamid Karzai going rogue on the American and NATO allies who prop up his regime is of a piece with other runaway clients in far-off lands learning that great, distant powers can be defied and manipulated with impunity. After all, Mr. Karzai has been told again and again that his country, the safe harbor from which al Qaeda planned and carried out 9/11, is essential to winning the war on terror.

Some months ago, our envoy to Kabul, Ambassador Karl Eikenberry, saw into the heart of the matter in a memo to his superiors. Mr. Eikenberry was without illusions about President Karzai. He dismissed him as a leader who continues to shun « responsibility for any sovereign burden, whether defense, governance or development. He and his circle don’t want the U.S. to leave and are only too happy to see us invest further. They assume we covet their territory for a never-ending war on terror and for military bases to use against surrounding powers. »

The Eikenberry memorandum lays to rest once and for all the legend of Afghanistan as a « graveyard of empires. » Rather than seeking an end to the foreign military presence, the Afghans and their leader seek to perpetuate it. It spares them the hard choice of building a nation-state, knitting together feuding ethnicities and provinces, and it brings them enormous foreign treasure.

Mr. Karzai may be unusually brazen and vainglorious in his self-regard. He may have been acting out of a need to conciliate the Pashtun community from which he hails and which continues to see him as the front man for a regime that gives the Tajiks disproportionate power and influence. But his conduct is at one with the ways of Afghan warlords and chieftains.

Still, this recent dust-up with Mr. Karzai—his outburst against the West, his melodramatic statement that he, too, could yet join the Taliban in a campaign of « national resistance, » his indecent warning that those American and NATO forces soldiering to give his country a chance are on the verge of becoming foreign occupiers—is a statement about the authority of the Obama administration and its standing in Afghanistan and the region.

Forgive Mr. Karzai as he tilts with the wind and courts the Iranian theocrats next door. We can’t chastise him for seeking an accommodation with Iranian power when Washington itself gives every indication that it would like nothing more than a grand bargain with Iran’s rulers.

In Afghanistan, and throughout the Middle East, populations long in the path, and in the shadow, of great foreign powers have a good feel for the will and staying power of those who venture into their world. If Iran’s bid for nuclear weapons and a larger role in the region goes unchecked, and if Iran is now a power of the Mediterranean (through Hamas in Gaza and Hezbollah in Beirut), the leaders in Kabul, whoever they are, are sure to do their best to secure for themselves an Iranian insurance policy.

From the very beginning of Mr. Obama’s stewardship of the Afghan war, there was an odd, unsettling disjunction between the centrality given this war and the reluctance to own it in full, to stay and fight until victory (a word this administration shuns) is ours.

Consider the very announcement of the Obama war strategy last November in Mr. Obama’s West Point address. The speech was at once the declaration of a « surge » and the announcement of an exit strategy. Additional troops would be sent, but their withdrawal would begin in the summer of 2011.

The Afghans, and their interested neighbors, were invited to do their own calculations. Some could arrive at a judgment that the war and its frustrations would mock such plans, that military campaigns such as the one in Afghanistan are far easier to launch than to bring to a decent conclusion, that American pride and credibility are destined to leave America entangled in Afghan troubles for many years to come. (By all indications, Mr. Karzai seems to subscribe to this view.)

Others could bet on our war weariness, for Americans have never shown an appetite for the tribal and ethnic wars of South Asia and the Middle East. The shadow of our power lies across that big region, it is true. But we blow in and out of these engagements, generally not staying long enough to assure our friends and frighten our enemies.

Zia ul-Haq, the military dictator who recast Pakistani politics away from that country’s secular beginnings and plunged into the jihad and its exertions, once memorably observed that being an ally of the United States was like sitting on the bank of a great river where the ground is lush and fertile, but that every four to eight years the river changes course and the unsuspecting friend of American power finds himself in a barren desert. Mr. Obama has not given the protagonists in the Afghan war the certainty that he is in it for the long haul.

In word and deed, Mr. Obama has given a sense of his priorities. The passion with which he pursued health-care reform could be seen at home and abroad as the drive of a man determined to remake the American social contract. He aims to tilt the balance away from liberty toward equality. The very ambition of his domestic agenda in health care and state intervention in the economy conveys the causes that stir him.

Granted, Mullah Omar and his men in the Quetta Shura may not be seasoned observers of Washington’s ways. But they (and Mr. Karzai) can discern if America is marking time, giving it one last try before casting Afghanistan adrift. It is an inescapable fact that Mr. Obama hasn’t succeeded in selling this Afghan venture—or even the bigger war on terror itself—to his supporters on the left. He fights the war with Republican support, but his constituency remains isolationist at heart.

The president has in his command a great fighting force and gifted commanders. He clearly hopes they will succeed. But there is always the hint that this Afghan campaign became the good, worthwhile war by default, a cause with which to bludgeon his predecessor’s foray into Iraq.

All this plays out under the gaze of an Islamic world that is coming to a consensus that a discernible American retreat in the region is in the works. America’s enemies are increasingly brazen, its friends unnerved. Witness the hapless Lebanese, once wards of U.S. power, now making pilgrimages, one leader at a time, to Damascus. They, too, can read the wind: If Washington is out to « engage » that terrible lot in Syria, they better scurry there to secure reasonable terms of surrender.

The shadow of American power is receding; the rogues are emboldened. The world has a way of calling the bluff of leaders and nations summoned to difficult endeavors. Would that our biggest source of worry in that arc of trouble was the intemperate outburst of our ally in Kabul.

Mr. Ajami, a professor at Johns Hopkins School of Advanced International Studies and a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is the author of « The Foreigner’s Gift » (Free Press, 2007).


Education: Sarkozy recalé en 1ère année d’économie à Columbia (Unprompted Sarkozy flunks Economics 101)

6 avril, 2010
Clueless Sarkozy at Columbia (Mar. 30, 2010)
Lors d’une réunion, ce dernier [Michel Rocard] a récemment qualifié l’état de l’enseignement de l’économie de « catastrophe ambulante » et le rend « responsable du blocage du dialogue social dans notre pays ». Le Figaro (07/01/2008)
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, le 16 mars 2005)
Vu d’Europe parfois quand on voit les débats américains sur la réforme de la santé, on a du mal à y croire. L’idée que ça fasse un débat d’une telle violence que de vouloir que les plus pauvres d’entre vous soient pas dans la rue seuls sans un centime face à la maladie, excusez-moi mais nous, ça fait jamais que cinquante ans qu’on a résolu le problème. Si vous venez en France, que vous avez quelque chose sur le trottoir, on ne vous demandera pas votre carte de crédit avant de vous accepter à l’hôpital. Bienvenue dans le club des Etats qui ne laissent pas tomber les gens malades. Nicolas Sarkozy
Je crains que l’élève Sarkozy ne soit pas accepté en première année d’économie à Columbia : il ne comprend pas du tout , mais alors pas du tout, comment le marché fonctionne. Guy Sorman
Invité par l’Université Columbia à New-York , Nicolas Sarkozy impressionné par le luxe du campus a déclaré vouloir des universités identiques en France, « mais sans les droits d’inscription ». Payés par qui ? On ne sait pas. Guy Sorman
Les « dérivés » financiers, au cœur de la crise mondiale – on ne sait plus quelle est la valeur réelle de ces papiers – avaient durant vingt-cinq ans, jusqu’en 2008, alimenté la croissance par un capital abondant et bon marché. Sans ces « dérivés » aujourd’hui diabolisés, nous n’aurions certainement pas connu, de 1983 à 2008, un développement mondial sans précédent historique . Fallait-il interdire cette innovation-là ? Les « dérivés » sont en fait , comparables à une médecine puissante qui guérit si on ne dépasse pas la dose prescrite. La dose a été dépassée, ce qui a conduit à la paralysie du crédit. À qui la faute ? Il est tentant d’incriminer les pharmaciens, je veux dire le banquier qui a distribué une surabondance de « dérivés » à une clientèle présumée innocente. Cette accusation est commode pour des politiciens et commentateurs en quête de coupables à désigner à la vindicte de l’opinion. Mais du point de vue de la science économique, cette réduction de la crise à un complot de banquiers, motivés par l’appât du gain, n’est pas une explication: on confond l’innovation avec l’excès. Guy Sorman

Enième et cruelle illustration de l’état de l’enseignement de l’économie en France

Suite au petit monument d’ignorance et d’arrogance mêlées qu’a été, après sa prétendue défaite électorale en France, le discours (improvisé) de notre Sarkozy national à l’université Columbia de New York …

Et après le coup de force législatif de l’auteur du hold up du siècle de Chicago …

Retour, avec un intéressant billet de Guy Sorman, sur l’actuelle désignation de boucs émissaires à laquelle semble se réduire ces derniers temps l’analyse économique.

Qui, au-delà de la trop grande baisse des taux d’intérêt de la part de la Banque centrale des Etats-Unis et de l’abandon de Lehman Brothers par l’Administration Bush (mais y avait-il d’autres choix?) mais aussi de l’aggravation de l’endettement provoqué par des plans de relance aussi massifs qu’inutiles, a le mérite de rappeler une cause jusqu’ici peu mentionnée.

A savoir le véritable « 3e choc pétrolier » provoqué par « l’émergence de nouvelles puissances dévoreuses d’énergies et de matières premières » comme la Chine et accessoirement l’Inde et le Brésil, cassant, avec le doublement de l’essence, la croissance américaine (baisse des achats d’automobiles et des maisons éloignées des centres-villes conduisant à un effondrement de l’immobilier).

Mais surtout, même si elle peut et a tourné mal, la nécessité de l’innovation sans laquelle n’aurait pas été possible le « développement mondial sans précédent historique » des 25 dernières années.

D’où la mauvaise foi des discours moralisateurs sur la « régulation du capitalisme » de gouvernements qui, comme la Grèce (mais la situation française est-elle bien différente ?), ont largement profité des années à présent dites « folles » pour vivre au-dessus de ses moyens

Crise: vraies causes et fausses pistes
Guy Sorman

« À quoi servent les économistes, pourquoi n’ont-ils pas prévu la crise ? » : question posée par la Reine d’Angleterre à ses ministres, le 15 septembre 2008. La faillite de la Banque d’investissement Lehman Brothers à New York venait de paralyser tous les marchés financiers, la première crise économique véritablement mondiale. Mais en accuser les économistes reviendrait à tenir le médecin pour responsable de toutes vos maladies. Comme un médecin, un économiste ne peut que recommander des comportements qui favorisent la santé sans la garantir : dans le meilleur des cas, il saura guérir une maladie – ou abréger les crises – sans certitude d’y parvenir. Prophétiser, l’homme de science ne le peut pas, l’économiste en est incapable. Il est aussi réducteur de tenir « quelques centaines de spéculateurs « pour seuls coupables de la crise, ce qu’a déclaré Nicolas Sarkozy à l’Université Columbia à New-York, le 29 mars: cette désignation de boucs émissaires rappelle trop les accusations des années 1930 contre « Les deux cent familles ». La réalité est plus complexe, on commence tout juste à l’interpréter: voici les cause réelles de la crise mondiale, telles que les économistes dits classiques l’entendent en une sorte de consensus scientifique :

La raison première tient à la nature même de toute société industrielle. La croissance y est fondée sur l’innovation, scientifique, technique, marchande ou financière : la combinaison de ces innovations constitue la base du développement. Sans innovation, le développement n’existe pas. Mais toute innovation comporte un risque : pour un Thomas Edison ou un Steve Jobs à qui l’on doit l’alimentation électrique et le smartphone, combien d’échecs ! De cet échec, le marché décide. Il est impossible de départager par avance l’innovation qui conduit à la faillite de celle qui améliorera nos conditions de vie . Voici pourquoi les tentatives de planifier l’avenir ont toutes échoué au vingtième siècle: la croissance est aléatoire et accidentée par nature .

Le marché financier n’échappe pas à ce mariage instable entre risque et innovation : les « dérivés « financiers, au cœur de la crise mondiale –on ne sait plus quelle est la valeur réelle de ces papiers – avaient durant vingt-cinq ans, jusqu’en 2008, alimenté la croissance par un capital abondant et bon marché. Sans ces « dérivés » aujourd’hui diabolisés, nous n’aurions certainement pas connu, de 1983 à 2008, un développement mondial sans précédent historique . Fallait-il interdire cette innovation-là ? Les « dérivés » sont en fait , comparables à une médecine puissante qui guérit si on ne dépasse pas la dose prescrite. La dose a été dépassée, ce qui a conduit à la paralysie du crédit. À qui la faute ? Il est tentant d’incriminer les pharmaciens, je veux dire le banquier qui a distribué une surabondance de « dérivés » à une clientèle présumée innocente. Cette accusation est commode pour des politiciens et commentateurs en quête de coupables à désigner à la vindicte de l’opinion. Mais du point de vue de la science économique, cette réduction de la crise à un complot de banquiers, motivés par l’appât du gain, n’est pas une explication : on confond l’innovation avec l’excès . D’où vint cet abus ?

La plupart des économistes classiques s’accordent sur trois facteurs de risque objectifs :

Tout d’abord, la Banque centrale des Etats-Unis, à partir de 2003, a trop baissé ses taux d’intérêt, avec l’espoir excessif d’accélérer le taux de croissance mondiale. Cette accumulation de Dollars, à laquelle s’est ajoutée l’épargne chinoise en Dollars, a provoqué une bulle spéculative qui s’est investie dans l’immobilier : un mouvement de folie s’est emparé des investisseurs de tous les pays, pariant sur une hausse infinie aux Etats-Unis . Ce phénomène classique en économie relève de la psychologie des foules : beaucoup d’épargnants se sont enrichis tandis que ceux qui dénonçaient la bulle passaient pour des rabat-joie.

Une seconde cause a engendré la crise, trop négligée jusqu’ici : en 2007, le prix du pétrole et des matières premières doublait en raison de l’arrivée sur le marché de nouveaux acquéreurs, la Chine, accessoirement l’Inde, le Brésil . Ce « choc pétrolier » a cassé la croissance américaine : le prix de l’essence a entraîné une baisse des achats d’automobiles et des maisons éloignées des centres-villes, conduisant à un effondrement de l’immobilier. Cette récession qui a commencé en 2007 aux Etats –Unis , a produit la débâcle financière de 2008 et pas l’inverse.

Troisième cause, également Made in USA : l’abandon de Lehman Brothers par le gouvernement de George W. Bush . D’autres banques avaient été sauvées de la faillite : pourquoi pas cette société là ? Dés lors , la panique a paralysé toutes les banque du monde parce que le gouvernement américain ( et les autres en Europe qui l’imitèrent ) était devenu totalement imprévisible .

Voilà, sommairement analysés, les agents de la crise mondiale : une innovation qui tourne mal, la mauvaise gestion publique de la monnaie, des Etats soudain imprévisibles, la concurrence de l’Asie. Quelles leçons pour l’avenir ?

Les discours moralisateurs sur la « régulation du capitalisme » par les Etats sont peu utiles : les gouvernements ne sont pas plus moraux ni efficaces que les marchés ( la preuve par la Grèce ) . Réglementer encore plus un marché qui est déjà très réglementé, ( contrairement à ce que l’on en dit publiquement ) risque de bloquer l’innovation là où elle serait nécessaire , tout en luttant contre la spéculation d’hier sans voir arriver celle de demain. Mieux vaut laisser l’innovation se poursuivre mais absolument contraindre les banques à s’assurer contre les risques qu’elles prennent : ces risque devraient désormais être affichés comme une notice accompagne les médicaments . Mieux vaut aussi que les Banques centrales , à commencer par la Banque européenne, en reviennent aux règles de sagesse préconisées par les économistes classiques : gérer la monnaie avec pour seul objectif la stabilité des prix qui encourage l’investissement plutôt que la spéculation Cette sagesse vaut pour les Etats qui ont sur-réagi à la crise en s’endettant pour des « relances » inutiles : appelons cela la Tragédie Keynésienne ( théorie jamais prouvée qui laisse croire que le déficit crée des emplois ) dont il faut maintenant sortir . Enfin, et surtout , prenons en compte l’émergence de nouvelles puissances dévoreuses d’énergies et de matières premières. Cette concurrence stimulante nous invite à découvrir des futurs modes de production qui seront moins consommateurs d’énergies fossiles.

Conclura-t-on de cette crise que le capitalisme et la mondialisation sont indépassables ? Il est remarquable que la crise dans le capitalisme ne soit pas devenue une crise du capitalisme. Les pays d’Asie et d’Amérique latine représentés au G20 auront beaucoup contribué à cette stabilité du capitalisme : une nation qui émerge de la pauvreté sait mieux que les pays riches ce qu’elle doit à la mondialisation. Cette économie de marché , mondialisé , reste , malgré ses ratés , le seul moteur connu de développement : il est aussi imparfait que la nature humaine mais supérieur à toutes les utopies.

Voir aussi:

Sarkozy à New-York: oui au capitalisme, non au marché
Guy Sorman

A New-York, ce 29 mars,

Invité par l’Université Columbia à New-York , Nicolas Sarkozy impressionné par le luxe du campus a déclaré vouloir des universités identiques en France, « mais sans les droits d’inscription ». Payés par qui ? On ne sait pas.

Devant un millier d’étudiants et d’enseignants, le Président a écarté le discours préparé par son cabinet ( il a eu tort car on attendait de lui un discours universitaire ) pour improviser, ou « délivrer un message » comme il le dit ( ce qui est un anglicisme).

Premier message : j’aime l’Amérique et les Américains, avec des coups de pattes à ses prédécesseurs, soupçonnés de » n’avoir pas été de leur temps ».
Deuxième message : Vous êtes les plus forts et vous allez donc m’écouter parce que je suis plus avancé que vous dans la réflexion sur le 21e siècle (je résume). Il s’en est suivi une leçon de « capitalisme régulé » qui a laissé les économistes présents dans la salle ( Jean Paul Fitoussi , conseiller du Président, Jean Tirole, Pierre André Chiappori , etc) pantois . Mais Joe Stiglitz, Prof à Columbia, enchanté parce que cité par le Président pour ses travaux tendant à dépasser les critères quantitatifs du développement ( en vrai, une vieille lune ).

Du capitalisme selon Sarkozy, devraient être exclus, » les spéculateurs », en gros les banquiers qui ne serviraient à rien. Prétendre , comme l’a déclaré Sarkozy que » les 25 dernières années ont été des années de spéculation », c’est beau comme du Besancenot, mais cela ne veut vraiment rien dire : ces années furent remarquables par la production de services et engins inédits qui fut rendue possible par des innovations financières capitalistiques : qui sans ces instruments financiers aurait permis le risque inhérent à la production ? L’opposition sarkozyenne production / spéculation, c’est du bas de gamme électoral .
Et ces spéculateurs que l’on reconnait à leur bonus, sont – nous a dit Sarkozy- les seuls responsables de la crise. Avec la complicité de » Paulson qui a laissé choir Lehman en septembre 2008 « ! Selon Sarkozy, ce serait la cause de la crise … (alors que c’en fut plutôt une conséquence). De même que la « crise grecque » à l’entendre , serait » provoquée par les attaques des spéculateurs » : pas par la mauvaise gestion grecque ??? Mais Sarkozy penche pour la théorie du complot : dans les années 1930 , en France , on accusait les Deux cents familles et au 18e siècle, quand le pain manquait , le peuple soupçonnait « le complot de famine ». Même registre !

Les prix essentiels, dit aussi le Président, devraient être fixes, en particulier » le prix du pétrole « et « la valeur relative de l’euro et du dollar ». Il n’est pas supportable, dit-il, que « ça bouge tout le temps ».

Je crains que l’élève Sarkozy ne soit pas accepté en première année d’économie à Columbia : il ne comprend pas du tout , mais alors pas du tout, comment le marché fonctionne. Fitoussi, dans les couloirs , tentait de s’en sortir par des pirouettes :  » Je vais fixer le prix du pain et rétablir les queues devant les magasins ». Attali ? Tiens, pas invité Attali : fin de l’ouverture à gauche ?

Sarkozy serait-il mieux accepté dans la section diplomatie? En réponse à un étudiant , il a expliqué sa « conception du gouvernement mondial ». Ce devrait être le Conseil de sécurité de l’ONU, étoffé par un représentant élu de chaque continent. Les Africains désigneraient le pays qui doit représenter l’Afrique : idem pour l’Amérique latine. Plus l’Inde et le Japon , mais l’Allemagne a été oubliée … »Good luck » , fit mon voisin , Jean-Marie Guéhenno, qui connaissait le sujet.

Autant « d’idées d’avenir » que Sarkozy défendra « quand il sera Président du G20″ , quasiment Président du monde, en 2011. Il s’impatiente, c’est clair.

Commentaire d’un Professeur de Columbia : » Le Président français a ignoré ce que les Romains appelaient le « decorum », c’est- à dire le lieu où l’on parle et à qui l’on parle » .

Sollicité par des médias français qui accompagnent le Président, j’ai été plus prudent:  » Nicolas Sarkozy n’a qu’un discours, il est très cohérent ».

NB : en réponse à une question sur la réforme de l’assurance maladie aux Etats-Unis, Sarkozy a vanté le système français « où quand quelqu’un tombe dans la rue on ne lui demande pas sa carte de crédit avant de le ramasser ». Cette caricature de l’Amérique , empruntée aux poncifs de la gauche européenne, a sucité dans la salle ce que l’on nomme  » des réactions diverses ».


Racisme antiblanc: Vers un scénario zimbabwéen pour l’Afrique du sud? (In South Africa, we are just starting)

5 avril, 2010
Zapiro (Sep. 08)
Mugabe
Kill the boer! (Zimbabwe slogan)
Shoot the Boer, shoot, shoot, shoot them with a gun. Chant antiapartheid
Nous avons dû former des Noirs. Et, après nous avons été licenciés. Steve (ancien employé des chemins de fer devenu SDF)
Julius Malema dit tout le temps “tuez les Boers, tuez les Boers”, et ils l’ont fait. C’est inacceptable, totalement inacceptable. Rien ne peut le justifier. Qui sera le suivant ? Sudafricaine (venue rendre hommage au leader blanc extrémiste assassiné)
Je vis au Zimbabwe, donc je respecte la loi du pays, mais celle-ci indique clairement que je dois être dédommagée, sinon cela s’appelle du vol! Catherine Jouineau (Française victime d’expropriation au Zimbabwe)
En Afrique du sud, nous commençons tout juste. Ici au Zimbabwe vous êtes déjà bien avancés. La question de la terre a été abordée. Nous sommes très heureux qu’aujourd’hui vous comptiez plus de 300 000 nouveaux fermiers contre les 4 000 qui dominaient auparavant votre agriculture. A ce qu’il paraît, vous allez maintenant vous attaquer directement aux mines. C’est ce que nous comptons faire en Afrique du Sud. Nous voulons les mines. Ils exploitent depuis longtemps nos minerais. Maintenant c’est à notre tour d’en profiter aussi. Ils sont si lumineux, ils sont colorés, on les appelle les blancs, peut-être que leur couleur est venue en raison de l’exploitation de nos minerais et peut-être que si certains d’entre nous peuvent avoir accès à ces minerais que nous pourrons développer un peu de cette belle couleur comme eux. Julius Malema (Harare, 04. 01. 10)
Nous sommes prêts à prendre les armes et à tuer pour Zuma. Julius Malema (pour mettre fin à ce qu’il considère comme un acharnement judiciaire contre le président de l’ANC, soupçonné alors de corruption, 17. 06. 08)
La femme qui a accusé de viol Jacob Zuma a dû prendre ‘du bon temps’ avec lui puisque le matin elle a ‘demandé un petit déjeuner et de l’argent pour prendre le taxi’. Julius Malema (lors d’un procès tenu en 2006, Jacob Zuma a été acquitté, 22.01.09)
Elle, Helen Zille, la petite fille raciste, doit se rappeler que Zuma est son boss. Julius Malema (Helen Zille, ancienne opposante blanche au régime d’apartheid et présidente du premier parti d’opposition, l’Alliance démocratique, 01. 05. 09)

Vers un scénario zimbawéen pour l’Afrique du sud?

Record de criminalité (52 meurtres par jour), reforme agraire et discrimination positive profitant surtout aux amis du régime, marginalisation culturelle, exode massif et fuite des cerveaux (de 20 à moins de 10% de la population en 16 ans, dont le célèbre prix Nobel de littérature J.M. Coetzee), paupérisation des moins qualifiés, nettoyage ethnique des noms de lieu comme de la langue afrikaans dans l’enseignement, projet d’état ethnique, appel au meurtre par des dirigeants de l’ANC,  plus d’un millier de fermiers blancs tués depuis 1994 (« soit beaucoup plus qu’au Zimbabwe voisin pourtant montré du doigt pour sa brutale réforme agraire ») …

Au lendemain du meurtre de la figure de proue du nationalisme d’extrême-droite afrikaaner Eugène Terre’Blanche, battu à mort par deux de ses jeunes employés de ferme (16 et 21 ans) …

Et à l’heure même où le jeune très populaire président de la Ligue des Jeunesses de l’ANC Julius Malema (29 ans) est en visite au Zimbabwe voisin du régime-voyou de Mugabe dont il vient, entre deux appels à « tuer le Boer », de vanter et reprendre à son compte le programme de confiscation des fermes et des mines blanches

Pendant qu’avec ses centaines de milliers de billets et de chambres d’hôtel sur les bras à deux mois à peine de la Coupe du monde de football, le régime sud-africain du démagogue Zuma fait naturellement tout pour noyer le poisson …

Retour, avec un article de Slate, sur ce racisme antiblanc que même après la demande d’asile politique d’un jeune Sudafricain blanc en septembre dernier (d’ailleurs en voie d’expulsion suite à l’intervention de l’Etat canadien), nos belles âmes continuent à refuser de voir.

Et surtout sur la question que pose pour l’avenir de cette dernière importante minorité blanche d’Afrique noire (mais, sans parler du pogrom médiatique de Durban de septembre 2001 et comme l’ont montré les émeutes xénophobes des townships de mai 2008, les autres minorités – noirs compris – sont-elles réellement mieux loties?) l’émergence de démagogues de la trempe d’un Zuma élu depuis à peine un an ou d’un Malema souvent présenté comme son futur successeur…

En Afrique du Sud, les Blancs n’ont plus d’avenir
Dans l’ère post-apartheid de la nation «arc-en-ciel», les Blancs sont victimes de discriminations.
Pierre Malet [1]
Slate
11 Septembre 2009

Au pays qui s’est lui-même rebaptisé «Nation arc-en-ciel» depuis la fin de l’apartheid, lorsque Nelson Mandela est devenu Président en 1994, les accusations de racisme anti-blancs font l’effet d’une bombe. C’est pourtant sur ce motif de persécutions racistes dans son pays d’origine qu’un Sud-africain blanc a obtenu l’asile au Canada [2].

Brandon Huntley, 31 ans, a déclaré au quotidien Sud Africain The Star [3] qu’il avait convaincu les autorités d’Ottawa de lui accorder l’asile pour avoir été attaqué sept fois par des Noirs à cause de sa couleur de peau. Ils l’auraient traité de «chien blanc» et de «colon». Des accusations jugées scandaleuses par les autorités sud-africaines, qui s’étonnent que Brandon Huntley n’ait jamais porté plainte. Pour sa part, ce dernier refuse de communiquer avec son «gouvernement». Le régime de Pretoria s’indigne également de ne pas avoir été consulté avant que le verdict ne soit rendu. Il accuse le Canada de favoriser le racisme en prenant ce type de décision. Face à cette pression diplomatique, les autorités canadiennes ont décidé le 3 septembre de faire appel de la décision de justice.

Quel que soit l’épilogue judiciaire, il n’en reste pas moins que cette affaire a soulevé une question jusque-là presque taboue. D’ailleurs, les médias sud-africains adoptent le plus souvent un traitement très factuel de cette affaire. Ce sont les courriers des lecteurs et les commentaires des articles via internet qui prennent volontiers un ton virulent. Des lecteurs blancs du Citizen se sont félicités de la décision de justice canadienne. Ils espèrent que cela va permettre à des milliers de sud-africains blancs d’émigrer. Et inciter le régime de Jacob Zuma (élu président en avril 2009) à prendre en compte leur malaise. Mais l’exode a déjà commencé depuis longtemps. Le South african institute of Race relations [4][SAIRR, institut sud-africain de relations raciales, un organisme indépendant] a publié l’année dernière un rapport alarmant. Il affirme que 800 000 sud-africains blancs ont quitté leur pays de 1995 à 2005: des hommes actifs, âgés de 25 à 35 ans pour la plupart. Ces chiffres sont encore plus impressionnants si on les rapporte à la population sud-africaine: seulement 10 % des 49 millions de Sud-africains sont blancs.

Les départs seraient en constante progression, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Jacob Zuma. Alors que Mandela faisait de la réconciliation avec les Blancs une priorité absolue, Zuma considère qu’il a avant tout été élu pour défendre la cause des Noirs. D’ailleurs, l’électorat blanc a massivement porté ses suffrages sur les candidats de l’opposition. Selon Johan Van Rooyen, auteur d’une enquête pour l’Unisa (Université sud-africaine), «60 % des Sud-africains quittent le pays en raison du fort taux de criminalité: dans les années 90, près de 250 000 personnes ont été assassinées». Autre cause de départ, la mise en place de l’affirmative action (la discrimination positive). Des milliers de Blancs ont été licenciés. «Nous avons dû former des Noirs. Et, après nous avons été licenciés» affirme Steve, la cinquantaine, ancien employé des chemins de fer devenu SDF.

Son point de vue reflète l’amertume de beaucoup de Blancs qui ne comprennent pas pourquoi ils doivent laisser la place à des Noirs qu’ils considèrent comme moins bien formés qu’eux.

En arrivant à Johannesburg, l’un des premiers sujets d’étonnement n’est autre que la présence de SDF blancs. Loin du cliché selon lequel tous les Blancs d’Afrique vivraient dans l’opulence. Un grand nombre d’entre eux —souvent des Afrikaners venus des campagnes-—sont séropositifs. Le fait de leur apporter de l’aide n’est pas forcément la priorité des nouvelles autorités. Comme le signale David Smith, le correspondant du Guardian à Johannesburg, «les Blancs font comme si, (l’apartheid) n’était jamais arrivé [5], les Noirs comme s’ils avaient pardonné». Pour comprendre que rien n’est terminé, il suffit d’une expérience simple à réaliser pour un Blanc: se balader à pied de nuit dans le centre-ville de Johannesburg en compagnie d’une jolie fille noire. Les Noirs que vous allez croiser vous jetteront rarement des regards bienveillants. Si vous réussissez à rejoindre votre véhicule sans avoir été agressé c’est que vous êtes très chanceux. Mais ne recommencez plus jamais.

Même André Brink, un écrivain qui a combattu l’apartheid aux côtés de l’ANC [6](Congrès national africain, au pouvoir depuis 1994) se montre très critique vis-à-vis du régime actuel. Il a écrit des tribunes au vitriol pour dénoncer la remise en cause de l’Etat de droit. A commencer par le droit à la sécurité. Le «malaise blanc» est l’un des thèmes récurrents de ses derniers romans. Tout comme ceux de John Maxwell Coetzee, prix Nobel de Littérature et auteur de Disgrâce, roman qui lui a valu les foudres de l’ANC. Le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid considère cette œuvre comme hostile à l’Afrique du Sud. Certes, tout n’est pas négatif comme le souligne l’écrivain afrikaner Deon Meyer [7]: «Par rapport à la situation d’il y a quelques années, les changements sont importants. Mes enfants, qui ont entre 15 et 20 ans, sont la première génération à avoir fréquenté des écoles multiraciales. Ils ont des amis de toutes les couleurs, habitent les mêmes quartiers, partagent le même environnement. Il est bien plus facile pour eux de s’intégrer, d’être ensemble socialement. Ceux qui, comme moi, n’ont grandi qu’avec des gens de leur race n’ont jamais eu l’opportunité de se faire des amis au-delà de cette barrière de la couleur. J’avais des amis noirs, mais ils vivaient dans des quartiers noirs à cinquante kilomètres de là. Ceci étant dit, ça change, mais lentement. Les gens ont surtout des amis au sein de leur propre communauté». Mais l’écrivain à succès, qui voyage partout dans le monde, ajoute: «Je ne pense pas que ce soit un cas unique. A New York, les Grecs sont entre eux, ainsi que les Afro-américains ou les Italiens, et il n’y a pas tant de relations avec les autres groupes. C’est la même chose à Paris. Il est rare que je voie dans les restaurants parisiens des gens de couleurs différentes assis à la même table.»

André Brink veut lui aussi conserver un fond d’optimisme: «Si les Afrikaners ont survécu, c’est grâce à leur affinité particulière et à leur profonde relation avec l’Afrique. C’est la raison pour laquelle je crois qu’ils ont un avenir ici. Même si beaucoup ont préféré émigrer ces dernières années». A l’image de John Maxwell Coetzee qui s’est installé en Australie et conserve des relations très distantes avec son pays d’origine. La Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Canada et la Grande-Bretagne sont les nouvelles terres d’élection des Sud-africains.

Le régime de Zuma devra agir vite s’il veut les persuader de rester au pays. Sinon la seule tribu blanche d’Afrique ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Pierre Malet

Voir aussi:

Ces fermiers blancs que le Zimbabwe exproprie

Sébastien Hervieu
L’Express
le 13/03/2010

Trente cinq hectares de patates douces, 20 hectares d’orangers, 20 hectares de maïs, 11 hectares de potager, 30 vaches… » Dans la petite salle du tribunal, Catherine Jouineau-Meredith égrène à la barre tout ce qu’elle a perdu. Un foulard rouge et bleu autour du cou, l’élégante femme, âgée d’une quarantaine d’années, se tient droite. Derrière le pupitre en bois, elle constate d’une voix ferme: « Je n’ai pas reçu un centime de dédommagement. »

Au fond de la pièce, Jamaya Muduvuri, le sénateur du parti présidentiel qui l’a expulsée de sa ferme il y a un an vient de faire son entrée. En tenue kaki, il s’assied sur un banc en occupant deux places. Justement, elle parle de lui, avec une pointe d’ironie: « Il a déjà mangé la moitié de mes 300 moutons. » L’avocat de l’Etat zimbabwéen l’accuse d’être restée illégalement sur ses terres? Elle brandit des papiers officiels et argumente en anglais. Si ses yeux lançaient des éclairs, l’homme serait déjà foudroyé.
En un an, Catherine Jouineau a dépensé près de 28 000 euros en frais d’avocat. Sans doute pour rien.

Ce mercredi 17 février, c’est la douzième fois depuis son expulsion que la fermière française se retrouve devant la cour de justice de la petite ville de Chegutu, située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Harare, la capitale zimbabwéenne. La voie juridique est la seule qu’il lui reste pour espérer rentrer un jour chez elle. « Ici, je suis locataire, tous mes meubles sont restés à la ferme », confie avec amertume Catherine Jouineau, installée sur la terrasse d’une maison nichée dans une banlieue huppée de Harare.

Depuis le lancement, en 2000, de la réforme sur la redistribution des terres au Zimbabwe, qui s’est traduite par l’expulsion de 93% des 4500 fermiers blancs, la Française avait été menacée trois fois. En 2004, en 2005, puis au début de 2009. « Un ou plusieurs individus se présentaient à ma barrière pour réclamer ma ferme comme un dû », se souvient-elle. La dernière tentative fut la bonne.

« C’était un dimanche, il était 5 h 30 du matin. » A l’aube de ce 15 mars 2009, Catherine Jouineau et son mari, zimbabwéen, quittent leur propriété en catimini. « Mon plat de queues de boeuf est resté dans le four… » Le couple vient à nouveau de passer une nuit horrible. Depuis un mois, une trentaine de jeunes désoeuvrés, payés par le sénateur Muduvuri, occupent ses terres. En direction de la maison, ils crient: « C’est une ferme zimbabwéenne, pas française, faites vos bagages! » La nuit, elle entend: « On va vous tuer, on va vous tuer! »

Je me croyais à l’abri de la réforme agraire avec ma petite exploitation

Elle sait que ce ne sont pas que des paroles. Des voisins fermiers ont déjà été tabassés. « Parfois, vers minuit, ils réveillaient les enfants de nos ouvriers agricoles pour les forcer à voir leurs parents roués de coups de bâton sur la plante des pieds. » Le couple ne dort plus que de une à deux heures par nuit. C’en est trop. Ce 15 mars, Catherine Jouineau abandonne en quelques minutes tout ce qu’elle a construit en une décennie.

Elle se souvient encore de la proposition d’un ami, faite en 2000: « Tu aimes les grands espaces, pourquoi n’achèterais-tu pas cette ferme? » « Ça ne va pas? Je n’y connais rien! » s’entend-elle encore lui répondre. Mais l’idée fait son chemin. Originaire de la Haute-Normandie, cette jeune femme qui a passé son enfance à Paris était vite tombée amoureuse de l’Afrique.

Son diplôme d’école de commerce en poche, elle s’était envolée pour l’Angola afin de travailler comme experte-comptable dans une multinationale. Le climat de violence qui entoure les élections de 1992 l’oblige à quitter le pays. Mais elle reste dans la région et pose ses valises au Zimbabwe, alors la perle de l’Afrique australe. Au début des années 2000, elle a finalement abandonné ses activités de consultante auprès d’entreprises pour s’installer dans sa ferme, nommée Twyford, distante d’une dizaine de kilomètres de Chegutu.

« J’ai appris le métier en allant voir mes voisins fermiers », explique-t-elle. En trois ans, à l’aide de ses ouvriers, elle bâtit sa maison au toit de chaume et en briques. « Je me croyais à l’abri de la réforme agraire avec ma petite exploitation de 639 hectares. »

Car son profil contraste avec celui de la majorité des autres fermiers blancs zimbabwéens ou sud-africains. Ceux-là possédaient plusieurs fermes. Elle n’en a qu’une. Ils cultivaient des milliers d’hectares. Elle n’en exploite que quelques dizaines. Certains propriétaires traitaient leurs ouvriers avec peu de considération. Elle bichonne sa centaine de travailleurs. Chaque jour, elle fait conduire à l’école 18 enfants dont elle règle les frais de scolarité. Les plus petits se retrouvent dans une crèche créée sur l’exploitation.

Mais, cette année, il n’y aura pas de récolte. « Ce sénateur n’a rien semé, il paie les ouvriers épisodiquement, et s’introduit dans ma maison pour nous voler des biens », assure la Française, dépitée. La dernière fois qu’elle a pu mettre les pieds sur sa ferme, où une brousse de hautes herbes et d’acacias grignote peu à peu les terres cultivées, c’était le 17 avril dernier. Ce jour-là, l’élu, assis sur un tracteur, assure devant des officiels en visite qu’il « cohabitera » avec Catherine Jouineau. Deux heures plus tard, tous les verrous étaient changés… La police n’ose pas intervenir. Devant les ouvriers, il répète que « c’est [sa] ferme ». En réalité, il en a déjà envahi cinq, alors que le texte de loi impose normalement le principe « un homme, une ferme ».

Un pays au ralenti

En février 2009, l’opposant Morgan Tsvangirai contracte un mariage forcé avec son ennemi, le président Robert Mugabe, à la tête du pays depuis trois décennies. Un an plus tard, le Premier ministre du gouvernement d’union nationale peut se targuer d’avoir redonné un peu d’espoir aux quelque 12 millions de Zimbabwéens, victimes depuis une décennie d’une triple crise, politique, économique et humanitaire.

L’introduction du dollar américain a mis fin à l’hyperinflation. Les rayons des magasins sont de nouveau garnis. Le PIB a progressé de 4,7% en 2009. Les fonctionnaires sont retournés au travail, mais ils réclament des salaires plus élevés. Et 90% de la population reste au chômage. Les pays occidentaux ne délivrent toujours leur aide financière qu’au compte-gouttes.

La raison? L’attelage politique avance de plus en plus difficilement. Dans les campagnes, les partisans du parti présidentiel poursuivent leurs violences. Le processus de rédaction d’une nouvelle constitution a pris du retard. Or c’est une étape indispensable avant la tenue de nouvelles élections

S. H.

Le cas n’est nullement isolé dans le pays. Les bénéficiaires de la réforme agraire sont souvent des parlementaires, des ministres et des militaires récompensés pour leur fidélité au pouvoir. La Française ne remet pas en question le bien-fondé de la redistribution des terres. « Je vis au Zimbabwe, donc je respecte la loi du pays, mais celle-ci indique clairement que je dois être dédommagée, sinon cela s’appelle du vol! »

En février 2007, un arrêt rendu par la cour de justice de Harare a confirmé que sa ferme était protégée par un accord bilatéral de protection des investissements. Signé en 2001, celui-ci n’a toutefois jamais été ratifié par la France et le Zimbabwe, ce qui annule sa portée juridique. Une anomalie qui n’a pas été relevée à l’époque par la justice zimbabwéenne.

En un an, Catherine Jouineau a dépensé l’équivalent de près de 28 000 euros en frais d’avocat. « Je suis convaincue de mon bon droit mais, faute de revenus, je risque bientôt de devoir cesser le combat. » L’issue de cette lutte est prévisible, selon son avocat, David Drury : « On a zéro chance de gagner ce procès, car cette justice est contrôlée par le pouvoir politique. » Dans le tribunal, sous le vieux portrait officiel du président Robert Mugabe accroché de travers, le juge annonce qu’il rendra sa décision le 18 mars prochain. Lui aussi s’est vu gratifier d’une ferme, il y a quelques semaines.

Voir par ailleurs:

Zuma Seeks to Calm South Africa After Killing
Barry Bearak
The New York Times
April 4, 2010

JOHANNESBURG — South Africa’s president, Jacob Zuma, called for calm on Sunday, warning that “agents provocateurs” might try to incite racial hatred after the brutal killing of the white supremacist Eugene TerreBlanche.

The killing comes at a time when the nation’s racial divisions seem particularly acute, the cleft deepened by the singing of a song.

Julius Malema, the leader of the governing party’s youth league, has recently included a singalong at his public appearances. The song, “Ayesab’ Amagwala,” dates back to the struggle against apartheid. Its lyrics include the lines “Shoot the Boer” — the Dutch word for farmer — “shoot, shoot, shoot them with a gun.”

These renditions have led to hot crosscurrents of opinion here, with some saying that the song has historical importance and that the “shooting” part is metaphorical, while others claim the words are a renewed solicitation to kill.

Last week two judges, in separate hearings, declared the song unlawful and banned its performance, a decision that had many legal experts debating the boundaries between free speech and hate speech.

According to the police, Saturday’s killing of Mr. TerreBlanche, the 69-year-old leader of a right-wing party that has largely slipped from significance, was carried out by two farm workers angry with him in a dispute over their pay.

The crime, while certainly notable, might have followed its victim into obscurity were it not for the current prominence of the song. Mr. TerreBlanche considered himself a Boer and was proud to say so.

Some of his party followers in the Afrikaner Resistance Movement now blame Mr. Malema for inciting the death. Its general secretary, Andre Visagie, was quoted by the South African Press Association as vowing an unspecified revenge.

“Our leader’s death is directly linked to Julius Malema’s ‘shoot the Boer’ song,” he reportedly said, adding that Mr. Malema’s party, the African National Congress, condoned the death because it approved of “Ayesab’ Amagwala.”

The killing of white farmers is a volatile issue in South Africa. The police say nearly 900 of them have been slain since 2001. But many farmers insist the number is far higher and charge that a government conspiracy is at the root.

To them, “kill the Boer” is a lyric with a fearsome immediacy. The knifing and bludgeoning of Mr. TerreBlanche was just another in a common pattern.

For his part, Mr. Malema denied any responsibility for the crime. Reuters quoted him as saying, “On a personal capacity, I am not going to respond to what people are saying.”

Mr. Malema is on a trip to Zimbabwe, where he is again proving to be South Africa’s most inflammatory politician. In a speech in Harare on Saturday, he allied himself with the 86-year-old autocrat Robert Mugabe, a stance likely to complicate negotiations in Zimbabwe’s political crisis and intensify the apprehensions of white farmers and mining interests in his own country.

Mr. Malema, 29, commended Mr. Mugabe for “standing firm against imperialists” in the same manner as Fidel Castro. He further praised him for appropriating the land of Zimbabwe’s white farmers.

“In South Africa, we are just starting,” he said, according to news reports. “Here in Zimbabwe, you are already very far. The land question has been addressed.”

He continued: “We hear you are now going straight for the mines. That’s what we are going to be doing in South Africa. Now it’s our turn to enjoy from these minerals.”

Actually, the A.N.C.’s official position opposes the nationalization of mines. And the government’s land redistribution program, while very troubled in its execution, nevertheless buys white-owned farms rather than confiscating them, paying a reasonable price to landowners willing to sell.

Mr. Malema’s blustery remarks, then, might seem inconsequential. After all, the presidency of the party’s youth league is a position relatively low on the party’s flow chart.

But after Mr. Zuma, Mr. Malema, a relentless newsmaker, is the second-most-quoted person in the country. If people prone to saying the outrageous are called loose cannons, Mr. Malema could be considered heavy ordnance.

There is recurring speculation about why the A.N.C. does not curb his vitriol and racially polarizing statements. It is a hierarchical organization that insists on party discipline. Many here believe that Mr. Malema’s comments must come with the sanction of some within the party leadership.

Mr. Malema’s trip to Zimbabwe is itself curious. Last month, Mr. Zuma himself traveled to Harare, trying to revive a power-sharing agreement between Mr. Mugabe and his chief rival, Prime Minister Morgan Tsvangirai. As the official mediator for a group of southern African nations, Mr. Zuma needed to seem even-handed in the delicate negotiations.

Mr. Malema scorned Mr. Tsvangirai, a man beaten up several times for his opposition to Mr. Mugabe. He called him a lackey for “imperialists,” a term usually directed at the United States and Britain.

A man who dresses in expensive clothes and drives luxury cars, Mr. Malema additionally condemned some of his white countrymen. “The economy is still controlled by white males who are refusing to change, and the media is also controlled by white males who are refusing to change,” he said.

Mr. Malema is scheduled to meet with Mr. Mugabe on Monday. His visit has been hosted by the youth league of Zimbabwe’s governing party, Zanu-PF. During Saturday’s speech, Mr. Malema’s remarks were largely received with boisterous approval.

In honor of their guest, the crowd, with Mr. Malema joining in, sang, “Shoot the Boer, shoot, shoot, shoot them with a gun.”

Voir de même:

Malema lauds Bob, says SA will copy Zim’s land seizures
The Sunday Times

Apr 4, 2010 ANC Youth League President Julius Malema yesterday endorsed Zimbabwean President Robert Mugabe’s economic policies – and threatened to import them to South Africa and to nationalise white-owned farms and mines.

 » ‘In SA we are just starting – here in Zimbabwe you are already very far’ « 

In a fiery speech at a netball complex in Harare’s Mbare township, Malema told a cheering 2000-strong crowd of Zanu-PF youths that, after his visit to Zimbabwe he was going to intensify his campaign for the confiscation of farms and mines in South Africa.

« In SA we are just starting. Here in Zimbabwe you are already very far. The land question has been addressed. We are very happy that today you can account for more than 300000 new farmers against the 4000 who used to dominate agriculture. We hear you are now going straight to the mines. That’s what we are going to be doing in South Africa, » Malema said amid cheers.

« We want the mines. They have been exploiting our minerals for a long time. Now it’s our turn to also enjoy from these minerals. They are so bright, they are colourful, we refer to them as white people, maybe their colour came as a result of exploiting our minerals and perhaps if some of us can get opportunities in these minerals we can develop some nice colour like them. »

Only five months ago, Malema said Mugabe should go – but yesterday he endorsed the Zimbabwean ruler, whose government has killed thousands of those opposed to Zanu-PF rule and overseen the destruction of the economy through land seizures.

Malema meets Mugabe tomorrow for talks before returning home. Today, he will visit farms and mines in a move calculated to fuel his campaign for nationalisation in South Africa.

Malema – who was introduced at the rally as a « young revolutionary icon » – said Mugabe was a hero in the mould of former Cuban leader Fidel Castro and his successor, brother Raul, because he was « not afraid of imperialists ».

He also paid tribute to South African President Jacob Zuma, former president Nelson Mandela and Mandela’s former wife Winnie – while lambasting Zimbabwean Prime Minister Morgan Tsvangirai, whom he described as an ally of « imperialists ».

The youth league leader’s attack on Tsvangirai could compromise Zuma’s mediation efforts in continuing talks between Mugabe and Tsvangirai on a unity government.

« We salute President Mugabe for standing firm against imperialists. The reason why they want him to go is because he has started attending to real issues, » Malema said.

« To them he can stay in power for 100 years as long as he doesn’t talk about the economy and addressing real issues. »

In November, Malema said Mugabe must go. « He must step down – we need a new president in Zim, » he said at the time.

« Zanu-PF is not the problem, the problem is the old man who is refusing to leave power, » Malema said.

« And I don’t know why the youth of that country are not taking him on. »

However, yesterday Malema said that Mugabe was a hero.

He said Mugabe and Zuma, together with the ANC and Zanu-PF, had fought in the « trenches’ together against colonial regimes and shared a common history with Swapo in Namibia, Frelimo in Mozambique and the MPLA in Angola.

He claimed western countries wanted to destroy Zanu-PF – and then deal with the ANC and other liberation movements to put surrogate parties in power, in order to retain control of resources.

Shifting attention to his homeland, Malema said SA was in desperate need of across-the-board transformation and fundamental reform, because the economy and even the judiciary and media were still « white-controlled ».

He said « white males » were dominating those areas and were even banning the « singing of liberation struggle songs ».

That, he said, showed democracy was too qualified in South Africa.

Malema said the ANC would not stop singing the « ayesab’amagwala, dubul’ ibhunu » (Shoot the Boer) song, despite a court ruling against it and were prepared to go to jail for it.

« The judiciary is still controlled by white males who are refusing to change.

« The economy is still controlled by white males who are refusing to change and the media is also still controlled by white males who are refusing to change, » Malema said.

« We can no longer sing liberation songs in South Africa because we will be arrested for undermining the courts. Now we have to go to Zimbabwe, Mozambique and other countries, like we did during exile days, to sing liberation struggle songs. »

« We will never retreat. If it means singing this song leads straight into jail, we are prepared to go there. They can never tell which song we must sing! »

Yesterday morning Malema visited Zimbabwe’s North Korean-built Heroes Acre, a burial ground for liberation struggle fighters, and a bombed house in Avondale suburb where ANC exiles lived.

He denounced political violence and claimed Zanu-PF would win free and fair elections if they were held in Zimbabwe.

He said Zimbabwe must defy sanctions like Cuba and « stand firm ».

He then launched a withering attack on the media, saying they could write what they wanted, and that he did not care. He said Zanu-PF youths should not care about what the media said.

« You, the youths of Zanu-PF, must defend the gains of the revolution. You must be focused. You must be militant, radical and resolute, » Malema said.

« We don’t care about what the imperialist media write. They can write what they want.

« We are not products of the media, but of the struggle.

« So let them write what they want to write. We don’t need a London newspaper to tell us who Mugabe is, » said Malema.

« We don’t need the so-called independent media to tell us who Zuma is. We know them. »

Malema chanted Mugabe’s and Zuma’s names repeatedly during his rousing address, and closed by singing Dubul’ ibhunu and Awuleth’ umshini wami, to hysterical cheers.

Voir de plus:

Persecuted white South African Brandon Huntley made international race refugee
Jonathan Clayton
The Times
September 3, 2009

A white South African man has been granted refugee status in Canada after successfully arguing his life would be in danger if he returned home because of his skin colour, in a case which has infuriated the ruling African National Congress.

Brandon Huntley, 31, from Cape Town, fled to Canada where his sister lives last April. He told immigration officials he had been attacked seven times by black South Africans who called him a “white dog” and a “settler”.

Last Thursday, an Immigration Board in Ottawa ruled that his “fear of prosecution by African South Africans” was justified.

William Davis, the only member of the board, ruled the unemployed former salesman would “stick out like a sore thumb due to his colour in any part of the country.”

He added that Mr Huntley, who also argued that affirmative action policies put him at a further disadvantage, had given “clear and convincing” proof of the state’s “inability or unwillingness to protect him.”

With some 52 murders a day, South Africa has one of the worst crime records in the world. However, the ruling ANC denies it is racially inspired, and argues that blacks are just as much victims as whites and other minorities. However, there is little sympathy shown by the authorities to white crime victims who are frequently dismissed as “white whingers”.

Both government and the ANC slammed Canada’s decision as racist, saying it perpetuated false stereotypes that black people attacked white people, whereas both were victims of crime which newly elected President Jacob Zuma has pledged to reduce.

“We find the claim by Huntley to have been attacked seven times by Africans due to his skin colour without any police intervention sensational and alarming,” said the ANC’s Brian Sokutu. “Canada’s reasoning for granting Huntley a refugee status can only serve to perpetuate racism.”

The ruling struck a chord with many whites, who say the government has done nothing to stop a wave of attacks on white farmers since 1994 and is deliberately failing to make public crime statistics in the hope of improving the country’s image ahead of the 2010 football World Cup.

AfriForum, a Afrikaner civil rights organisation, immediately seized on the ruling to try and highlight the issue of “white flight” from the country which has suffered a huge brain drain since the end of apartheid in 1994.

It asked the Home Affairs minister to appoint a task team to probe the reasons for emigration of minority communities. A recent report by the South African Institute on Race Relations said that some 800,000 whites out of a population of some four million had left the country since 1994.

It added, however, that many educated blacks had also left.

It described such a pace of migration as more consistent with the advent of “widespread disease, mass natural disasters or large scale civil conflict.”

Ronnie Mamoepa, spokesman for the Home Affairs Ministry, slammed the Canadian move as preposterous. “It would have been courteous for the Canadian authorities to contact the South African government to verify this case,” he told reporters. “The allegations are as preposterous as they are laughable.”

The South African government was directly criticised in the ruling for affirmative action and black economic empowerment policies which although “there is an explanation for them, are discriminatory”.

Race relations in South Africa are again under scrutiny with many people arguing the country has gone backwards since the heady days of Nelson Mandela’s inauguration of the Rainbow Nation. Last week, an ANC youth leader said whites were notable by their absence when controversial gold medal winner Caster Semenya, whose gender has been questioned, was given a hero’s welcome at Johannesburg airport.

“If it was rugby they would have been here,” said Julius Malema, President of the Youth League.

Voir enfin:

Emeutes xénophobes, Afrique du sud mai 2008

Emeutes raciales et xénophobie en Afrique du Sud
Les territoires de la mémoire
n°46, octobre-décembre 2008

Depuis plusieurs mois, l’Afrique du Sud doit faire face à des émeutes d’une extrême violence qui opposent certaines populations locales et les nouveaux migrants venus des pays limitrophes à la recherche d’un emploi et d’une vie meilleure. Le pays n’a pas encore fait le point sur son propre passé que des nouveaux drames font déjà leur apparition.

Entretien avec Kathryn Pillay,
Maître de conférence à la « School of Sociology & Social Studies « de l’Université de KwaZulu-Natal à Durban

Julien Paulus : Les médias en Europe ne parlent pas beaucoup des attaques xénophobes et racistes contre les étrangers en Afrique du Sud, on peut dès lors se poser la question suivante : est-ce que c’est vraiment un sujet important dans les médias aujourd’hui ?

Kathryn Pillay : La violence qui a émergé à Johannesburg en mai de cette année et qui s’est répandue rapidement à travers le pays n’est vraiment pas un sujet sans importance ! Les élections démocratiques de 1994, les nouvelles politiques, et l’arrêt des sanctions internationales ont provoqué une augmentation des migrations vers l’Afrique du Sud en particulier des pays limitrophes et d’autres pays du continent africain. Contrairement à une croyance fort répandue, les migrations internationales vers l’Afrique du Sud ne sont pas du tout un nouveau phénomène. La longue histoire des migrations semble avoir été oubliée par le grand public, les médias et les hommes politiques, et, malgré ces mouvements de populations massifs sur plusieurs décennies, il y a clairement des signes d’une xénophobie galopante dans le chef de la population d’Afrique du Sud. Cette xénophobie est orientée contre les migrants en général, contre les migrants illégaux, contre les réfugiés, et tout cela dans une société post-apartheid et démocratique. Ce n’est pas tant la xénophobie en tant que peur des étrangers qui augmente depuis 1994 mais la violence qui accompagne ce rejet. Cette violence place l’Afrique du Sud parmi des pays comme on en trouve en Europe qui ont également des problèmes de xénophobie. Dans une société qui prétend rejeter le racialisme, dans une société où les gens refusent d’inclure ou d’exclure l’autre sur une base raciale, on trouve aujourd’hui des processus de rejet de l’autre et d’exclusion qui rappellent l’apartheid et qui ont une influence sur les flux migratoires et les migrations en général vers l’Afrique Sud. La société en Afrique du Sud est donc visiblement en train de vivre une période de transformation avec de nouvelles réalités et de nouvelles opportunités et, d’une certaine manière, on peut dire que l’apartheid a été remplacé par la xénophobie. Même si mon point de vue peut paraître extrême, la xénophobie est une question sociale qui doit être au coeur du débat si les idéaux démocratiques et « la renaissance africaine « tels que promus par le gouvernement, sont vraiment des objectifs.

Julien Paulus : Quelles sont les nationalités des victimes de la xénophobie ?

Kathryn Pillay : En Afrique du Sud, la xénophobie ne peut pas être considérée comme un rejet des étrangers en général ; il a été remarqué que les Africains noirs en provenance d’autres parties du continent sont bien plus souvent affectés par la xénophobie en comparaison avec les Blancs. Les réfugiés, les demandeurs d’asile et les migrants sans papiers viennent de toute l’Afrique mais plus particulièrement du Zimbabwe, de Somalie, du Burundi, du Mozambique, du Malawi et de la République démocratique du Congo. Ces migrants viennent en Afrique du Sud pour une foule de raisons mais essentiellement pour trouver refuge face à la violence politique dans leur propre pays. Par exemple, les migrants qui viennent du Congo cherchent à fuir une guerre qui a fait quatre millions de morts en dix ans. Ils sont venus en Afrique du Sud avec leur famille à la recherche d’une vie meilleure et plus sécurisante.

Julien Paulus : Pouvez-vous nous en dire davantage au sujet de ces émeutes et comment elles sont répandues à travers le pays ?

Kathryn Pillay : Beaucoup de raisons ont été avancées pour expliquer la terrible violence qui a eu lieu en mai de cette année. Une explication parmi d’autres, c’est que certains citoyens d’Afrique du Sud perçoivent les étrangers comme des « voleurs d’emploi « ou encore des criminels. Les étrangers sont aussi blâmés pour leur prétendue responsabilité dans la propagation du Sida, l’augmentation du chômage et le viol des femmes d’Afrique du Sud. Il y a une croyance très répandue ici selon laquelle les Africains du Sud doivent entrer en compétition avec les étrangers dans un contexte de ressources économiques rares. Ces perceptions vis-à-vis des étrangers sont souvent entretenues par les médias mais aussi par des attitudes ouvertement xénophobes dans le chef des hommes politiques ou des officiels du gouvernement qui font des déclarations xénophobes et des commentaires qui ne sont pas remis en question par la presse. Les médias ne reflètent donc pas seulement le racisme et la xénophobie ambiants mais peuvent également contribuer à l’incompréhension par rapport à la réalité et aux faits. Les étrangers qui vivent et qui travaillent dans les provinces de Gauteng (Western Cape), et de Kwazulu-Natal ont été très touchés par les violences xénophobes. Ce n’est pas seulement la violence qui pose problème mais le degré terrible de celle-ci. Les journaux locaux et nationaux diffusent régulièrement des photos en première page d’étrangers brûlés vifs par leurs ravisseur. s Des reportages à la télévision révèlent des traitements absolument inhumains qui rappellent des scènes que l’Afrique du Sud n’avait plus connues depuis longtemps. La violence a laissé plus de soixante morts et vingt mille blessés depuis le début des émeutes. Et à ce jour, il y a toujours près de trois mille étrangers qui vivent dans des camps de réfugiés à Johannesburg.

Julien Paulus : Qu’est-ce que les autorités font pour faire face à cette violence ?

Kathryn Pillay : Le gouvernement a eu connaissance d’événements xénophobes qui s’étaient produits par le passé mais rien n’a été fait pour lutter contre ceux-ci. Il a fallu attendre l’explosion de violence en mai pour que les autorités reconnaissent finalement l’existence du problème. Plusieurs villes d’Afrique du Sud sont cependant toujours aujourd’hui dans la négation de Kathryn Pillay l’existence de la xénophobie. A Durban, par exemple, les médias ont affirmé que la ville était largement épargnée. La réalité cependant est toute différente : près de deux mille cinq cents étrangers ont dû se réfugier dans les églises et dans les postes de police pendant les attaques. Des bus ont été envoyés des pays limitrophes comme le Mozambique et le Malawi pour embarquer les réfugiés et les ramener dans leur pays d’origine. A ce jour, il y a toujours des victimes qui vivent dans des bidonvilles ou dans la rue alors que la persécution continue contre leurs communautés. Quant aux personnes qui sont toujours sur les sites de réfugiés, ce sont celles qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays d’origine et qui ne peuvent pas non plus réintégrer l’Afrique du Sud. Parmi elles, nombreuses sont celles qui ont fui des pays en guerre pour découvrir les atrocités qui les attendaient en Afrique du Sud, pays dit en paix. Fin mai 2008, plus de deux cents responsables présumés des attaques xénophobes ont été arrêtés.

Julien Paulus : Avec le souvenir de l’apartheid et l’idéologie racialisante qui le caractérisait, comment expliquez-vous de tels comportements vis-à-vis des étrangers ?

Kathryn Pillay : Je dirais que l’Afrique du Sud contemporaine est passée d’un rejet de l’autre interne à la communauté nationale, tel que promu par le régime de l’apartheid, à un rejet de l’autre figurant en dehors de cette même communauté : les étrangers. De la même façon que l’apartheid a criminalisé la couleur de peau noire, la nouvelle xénophobie criminalise l’appartenance noire quand elle est associée au statut d’étranger. Dans ce contexte, le nationalisme devient central dans la problématique xénophobe et constitue une dérive de la volonté de créer une nouvelle identité nationale. Pour toute une partie du peuple sudafricain qui n’est que depuis très récemment considéré comme citoyen à part entière, l’ennemi dans la lutte pour l’accès aux ressources et aux services n’est plus l’Etat blanc de l’apartheid, mais celui qui n’est pas citoyen de la Nation : l’étranger.

Julien Paulus : Nous ne sommes donc peut-être pas devant du racisme à l’état pur mais plutôt un combat pour l’accès à l’emploi à la sécurité sociale, êtes-vous d’accord avec cela ?

Kathryn Pillay : Les attaques violentes ont été perpétrées contre des Noirs africains par des Noirs sud-africains. Je dirais donc que la xénophobie n’est pas seulement liée à l’économie et à l’emploi, mais aussi à l’opposition « nous « et « eux «. Cette opposition renvoie à « l’inclusivité « et « l’exclusivité « mais aussi à l’existence des Nations et des Etats-Nations. Je crois qu’il est nécessaire de faire une distinction conceptuelle entre la xénophobie et le racisme. Le racisme peut-être décrit comme un rejet basé sur la croyance qu’il existe des différences biologiques entre les êtres humains et que ceux-ci puissent dès lors être catégorisés et classés en divers groupes homogènes qui entretiendraient des rapports hiérarchiques entre eux. Par contre, la xénophobie caractérise une distinction opérée parmi un groupe d’individus et qui prend sa source essentiellement (mais pas seulement) dans les concepts de nation et de citoyenneté. Même si je maintiens une distinction théorique entre ces deux concepts, je ne suis pas certaine que les gens sur le terrain maintiennent cette distinction. C’est là qu’on voit clairement la différence entre le débat théorique et la complexité du terrain, un terrain dramatique aujourd’hui en Afrique du Sud.

Notes : Traduction : Jérôme Jamin

Retranscription : Jamila Tita

Des milliers d’immigrés fuient l’Afrique du Sud, effrayés par la xénophobie

26 mai 2008

JOHANNESBURG (AFP) — Des dizaines de milliers d’immigrés, effrayés par les violences xénophobes, continuaient lundi à fuir l’Afrique du Sud ou à se regrouper dans des camps de fortune, bien que le président Thabo Mbeki ait tenté de calmer les esprits, trop tard selon les critiques.

Les violences à Johannesburg, épicentre des attaques qui ont fait au moins 50 morts et des centaines de blessés en deux semaines, semblaient s’atténuer, la police signalant seulement quelques incidents sporadiques.

« C’est très, très tranquille, à part quelques masures vides incendiées à Katlehong », un bidonville de la banlieue est de Johannesburg, a déclaré lundi matin à l’AFP Govindsamy Mariemuthoo, porte-parole de la province du Gauteng, où se trouve la capitale économique du pays.

« Nous faisons des patrouilles et surveillons la situation », a-t-il ajouté.

Plus de 35.000 immigrés ont toutefois déjà déserté les townships pour se réfugier sur des terrains vagues près de commissariats ou dans des centres sociaux, dans des conditions sanitaires préoccupantes en ce début d’hiver austral, marqué par des températures nocturnes voisines de zéro.

Des dizaines de milliers d’étrangers, dont plus de 26.000 Mozambicains, ont préféré rentrer dans leurs pays.

Le président Mbeki, très critiqué pour son absence du devant de la scène depuis le début des violences le 11 mai, s’est adressé pour la première fois à la Nation dimanche soir, condamnant les « actes honteux » qui ont « terni le nom du pays ».

« Jamais depuis la naissance de notre démocratie nous n’avons vu une telle inhumanité », a-t-il continué, dénonçant des « meurtres commis de sang froid, des attaques brutales, des pillages ».

Ces violences « contredisent tout ce que notre libération de l’apartheid représente », a-t-il dit dans ce message retransmis par les radios et télévisions du réseau public SABC.

« C’était un très bon discours, mais il intervient trop tard », a cependant estimé lundi un analyste de l’Institut sud-africain pour les relations entre les races, Sipho Seepe. « Le défi, ce n’est pas de condamner, mais de prendre des mesures immédiates quand il y a du grabuge dans le pays », a-t-il déclaré sur la radio publique SAFM.

Dans la journée, plusieurs ministres s’étaient rendus dans certains des énormes bidonvilles de la métropole sud-africaine pour tenter d’apaiser les tensions.

Le chef du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), Jacob Zuma, habituellement très populaire, a été hué à Springs, dans la banlieue est, par une foule en colère demandant que les étrangers quittent le pays et que le gouvernement améliore les conditions de vie dans les quartiers pauvres.

Nombre de Sud-Africains reprochent aux étrangers de prendre des emplois et de contribuer à la criminalité dans la première puissance économique du continent, où le chômage et la misère touchent toutefois quelque 40% de la population.

« Ce n’est pas en vous battant que vous résoudrez vos problèmes, vous ne ferez au contraire que les exacerber », a déclaré Zuma, favori pour la présidence de la République en 2009.

« Dites (aux dirigeants africains) de dire à leurs peuples de ne pas venir nous embêter dans notre pays! Ils se nourrissent sur la bête! », a lancé un jeune homme, soulevant un hurlement collectif d’approbation.

Des dizaines de milliers d’étrangers fuient l’Afrique du Sud. Plus de 26.000 Mozambicains ont déjà regagné leur pays, selon le directeur de l’Institut national de gestion des catastrophes, Joao Ribeiro.

Le gouvernement mozambicain a affrêté 19 autobus pour rapatrier ses ressortissants et ouvert trois centres de transit pour les accueillir.

Le président Armando Guebuza s’est rendu lundi dans celui de Belualane, à environ 20 km de Maputo, où il a appelé une centaine de rapatriés, à se réinstaller dans le pays et à y chercher un nouvel emploi.

Derrière les violences urbaines, le « Slum act » ?

jeudi 22 mai 2008

Depuis dix jours, la population d’Afrique du Sud assiste, effarée et impuissante, à la violence extrême déployée contre les résidents étrangers des bidonvilles. Tout a démarré le 11 mai à Alexandra, l’emblématique bidonville situé en proche périphérie de Johannesburg, à côté du quartier d’affaires ultra-moderne de Sandton. Les agressions ont rapidement été répliquées dans d’autres quartiers, faisant 42 morts et un grand nombre de blessés, semant la panique. Plus de 16 000 personnes ont quitté leur shack, cherchant refuge dans les églises, les postes de police, les écoles… La police, assistée par l’armée, a arrêté 400 personnes. Les agresseurs s’en prenaient aux étrangers qui vivent sans papiers dans ces quartiers, ayant fui notamment la répression politique et la crise économique du Zimbabwe, et qu’ils accusent de leur voler emplois et logements.

Dans une attitude désormais classique de déni, le gouvernement de M. Thabo Mbeki s’est empressé de pointer du doigt une sinistre « troisième force (1) » — rappelant qu’en 1994, des éléments pro-apartheid avaient jeté de l’huile sur le feu entre l’African National Congress (ANC) et l’Inkhata Freedom Party, pour provoquer des violences présentées comme inter-ethniques. De son côté, l’ANC, désormais dirigé par M. Jacob Zuma, attribuait la responsabilité du chaos aux « échecs du gouvernement ».

En difficulté sur l’énergie (avec les coupures d’électricité qui ont affecté le pays depuis début 2008), sur l’alimentation (avec les hausses de prix) et sur la délinquance, ce gouvernement en fin de règne apparaît également incapable de maîtriser la crise du logement qu’il a laissé se développer dans le pays. Avec l’extension progressive du « Slums Act », une loi visant à éradiquer les bidonvilles, il semblait en effet penser qu’il suffisait d’en décréter la suppression et de procéder à des expulsions manu militari pour que les pauvres rentrent chez eux.

Leçon de cette dernière semaine, la violence quotidienne de la vie des bidonvilles, où la grande pauvreté le dispute au mépris des autorités, peut conduire à un embrasement incontrôlable. A l’approche de la Coupe du monde de football qui doit se tenir en 2010, la valeur foncière d’un quartier comme Alexandra suscite inévitablement de grands appétits.

Au début de l’année, nous avions rencontré, à Alexandra, dans la zone de Marlboro South, les habitants d’une usine, désaffectée après les émeutes anti-apartheid de 1986, et squattée depuis lors. Ils s’attendaient à se voir signifier à tout moment un avis d’expulsion, car les anciens propriétaires avaient obtenu en justice la restitution de leur bien. A l’intérieur de l’usine vivaient deux cents foyers, installés dans des cabanes de bois et de carton empilées comme un château de cartes sur deux étages (« Nous sommes comme les oiseaux, nous faisons notre nid en hauteur ! »). Un lit pouvait servir à quatre personnes qui y dormaient à tour de rôle. En l’absence d’électricité, on s’y chauffait à la paraffine, au risque de provoquer un incendie. Sud-Africains fraîchement débarqués des homelands, Zimbabwéens ou Mozambicains sans papiers, les résidents s’y côtoyaient en bonne intelligence, s’asseyant ensemble chaque soir sur le muret de la cour d’enceinte pour discuter. Ils travaillaient comme agents de sécurité ou ouvriers du bâtiment, pour des salaires de misère ; avec 35 rands par jour, soit environ deux euros, impossible même de payer le transport : il fallait aller travailler à pied. « Nous venons de différents endroits, et chacun a ses habitudes. Nous ne nous sommes pas mis d’accord pour faire à manger en commun », expliquait à regret M. White, un des habitants (un Sud-Africain). Chacun pour soi, donc, mais plutôt compagnons de galère que partisans de la guerre civile.

De nombreuses organisations ont décidé de se coordonner pour assurer la sécurité de tous les résidents et pour empêcher de nouveaux crimes — montrant ainsi le peu de crédit dont jouit une police plus crainte que respectée. Il faudrait, quand la poussière sera retombée, que la population soit associée à un véritable plan de réhabilitation de ces quartiers.

Philippe Rivière

(1) Peter Fabricius, « “Third force behind attacks” », Cape Times, Le Cap, 21 mai.


Histoire: N’oublions pas que la première révolution a eu lieu en Angleterre (Human rights did not begin with the French Revolution)

4 avril, 2010
England's two revolutionsIl me semble voir toute la destinée de l’Amérique renfermée dans le premier Puritain qui aborda sur ses rivages, comme toute la race humaine dans le premier homme. Tocqueville
Quand la révolution éclata à Boston, on peut dire que ce n’était pas une révolution nouvelle mais la révolution de 1649 qui reparaissait après un ajournement d’un peu plus d’un siècle, et qu’allaient exécuter les descendants des Puritains de Cromwell. Châteaubriand (1827)
Il est paradoxal et absurde d’attribuer l’honneur d’avoir inventé les droits de l’homme à ceux qui ont mis la terreur à l’ordre du jour et promulgué la loi des suspects, en vertu de laquelle n’importe qui pouvait être poursuivi pour n’importe quoi. Georges Gusdorf
N’oublions pas que la première révolution était celle de 1688 et qu’elle a eu lieu en Angleterre. Margaret Thatcher (à François Mitterrand lors du bicentenaire de la Révolution française, 1989)
Les droits de l’homme n’ont pas commencé avec la Révolution française. Ils remontent à la tradition judéo-chrétienne qui a proclamé l’importance de l’individu et le caractère sacré de la personne humaine et de certains droits des individus qu’aucun gouvernement ne peut leur retirer. Nous avons eu ensuite la Grande Charte en 1215, et la Déclaration des droits au dix-septième siècle, et notre révolution tranquille de 1688, lorsque le Parlement a imposé sa volonté à la monarchie. Nous avons d’ailleurs célébré, mais discrètement, cet événement l’an dernier. Bien sûr, ce n’était pas une révolution, mais un changement dans le calme, sans bain de sang. Liberté, Egalité, Fraternité ! C’est la fraternité qui a manqué pendant longtemps. Il n’y avait que sept prisonniers lorsque la Bastille a été prise… C’est incroyable que la Terreur ait pu suivre. Certains arguments qui ont été utilisés alors, par exemple que les contre-révolutionnaires doivent être exterminés, rendent un son familier aujourd’hui. C’est le langage des communistes. Et après, vous avez eu Napoléon, un homme remarquable, dont on ne célèbre pas assez les innovations administratives et juridiques, et qui a essayé d’unifier l’Europe par la force. On ne s’en est débarrassé qu’en 1815. Non, les droits de l’homme n’ont pas commencé en France. La Révolution a été un tournant fantastique, mais aussi une période de terreur. Quand on relit les livres d’histoire, on est horrifié par de nombreux aspects de cette époque, et certains Français sont tout autant horrifiés que nous. Margaret Thatcher
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
Bienvenue dans le club des Etats qui ne laissent pas tomber les gens malades (…) L’idée que ça fasse un débat d’une telle violence, que les plus pauvres d’entre vous ne soient pas laissés dans la rue, seuls, sans un centime face à la maladie, excusez-moi, nous, ça fait que 50 ans qu’on a résolu le problème. (…) Si vous venez en France, s’il vous arrive quelque chose sur le trottoir, on ne vous demandera pas votre carte de crédit avant de vous accepter à l’hôpital. Nicolas Sarkozy (Columbia university, 01.04.10)
La France a besoin d’être un pays qui ne fait pas que donner des leçons. Le New York Times (01. 04. 10)

Après notre drapeau et notre  Déclaration des droits de l’homme, notre Voltaire et notre Proust nationaux…

Au lendemain du jour où, au nom du « pays autoproclamé des droits de l’homme » qui donna aussi au monde la Terreur, notre Sarko national est allé faire la leçon à la plus ancienne démocratie du monde …

Qui de surcroit venait de subir un véritable coup de force législatif du premier président américain à manifester autant de mépris pour la longue tradition libérale anglosaxonne

Guerre civile, renversement de la monarchie, exécution du roi, république, coup d’Etat à la 18 brumaire, dictature militaire, restauration, révolution de velours …

Retour, avec le dernier livre de l’historien Michel Duchein, sur cette grande oubliée et pourtant première des révolutions européennes.

A savoir la ou plutôt les deux révolutions anglaises qui en 50 ans à peine (de 1638 à 1689) et avec un siècle d’avance sur une France où triomphait alors l’absolutisme du Roi-Soleil, virent la terre natale de Locke expérimenter la quasi-totalité des modèles politiques.

Pour donner à l’Ancien comme au Nouveau monde, le premier modèle de nos démocraties modernes

1640-1688: l’Angleterre invente la révolution
Frédéric Valloire
le 25/03/2010

Monarchie absolue, république, dictature, les Anglais ont tout essayé durant un demi-siècle avant d’établir leur actuelle monarchie parlementaire. N’oublions pas que la première révolution a été celle de 1688, et qu’elle a eu lieu en Angleterre, aurait dit avec ironie Mme Thatcher, lors des cérémonies du bicentenaire de la Révolution française où elle avait été invitée par François Mitterrand. Avec un siècle d’avance sur la France, l’Angleterre entreprend le premier procès royal, met un roi à mort, installe un régime républicain, connaît une restauration qui échoue, puis elle plonge dans une seconde révolution et s’engage dans la voie politique qui est restée la sienne.

La première révolution dure vingt ans, de 1640 à 1660. Le roi Charles Ier y perd la tête, une guerre civile éclate, la monarchie est abolie, une république proclamée (le Commonwealth d’Angleterre). Elle aboutit à un gouvernement personnel, militaire, autoritaire dirigé par un lord protecteur, l’énigmatique Oliver Cromwell, sorte de Frédéric II mystique, génie militaire spontané, qui traverse l’histoire anglaise avec la rapidité d’un météore. Une séquence que les Anglais nomment la Grande Rébellion.

Lui succède une restauration monarchique de vingt-huit années. Roi de 1660 à 1685, Charles II, le fils du roi décapité, promulgue la loi de l’habeas corpus et cherche à cicatriser les blessures passées. À sa mort, la couronne revient à son frère Jacques II. Courageux, patriote, affable, il a le tort d’être catholique et rigide. En trois ans, il perd tout crédit. Un concours de circonstances entraîne ses adversaires, des nobles protestants, à prendre contact avec Guillaume d’Orange, son gendre, protestant et hollandais.

En novembre 1688, Guillaume débarque en Angleterre. Abandonné par tous, Jacques se réfugie en France d’où il tentera des débarquements en Irlande. En février 1689, une Convention élue déclare Guillaume III et Marie, son épouse, roi et reine, qui doivent accepter le Bill of Rights, la “Déclaration des droits”.

En 1660, restauration monarchique : “Le roi, c’est la loi”

Ainsi en moins d’un demi-siècle, les Anglais expérimentent tous les régimes politiques et imaginent toutes les utopies. Est mise à l’épreuve une monarchie absolue avec Charles Ier qui fait sienne la formule de son père Rex est lex, et avec Jacques II, obstiné dans sa mission divine de restaurer le catholicisme. Est essayée une sorte de communisme protestant et puritain avec le mouvement des Niveleurs qui voyaient en Jésus-Christ, ce “puissant esprit de fraternité”, le “Niveleur en chef”. Dans la société égalitaire conforme à l’ordre divin dont ils rêvaient et que les diggers (“piocheurs”) tentent de mettre sur pied dans le Surrey, il n’y a plus ni mendiants, ni seigneur, ni police, ni prisons. Est aussi mise à l’essai une république parlementaire pendant cinq ans : le résultat est un désastre ; le Parlement républicain et le Conseil d’État déconsidérés, l’Écosse et l’Irlande écrasées, et le puritanisme impose une série de lois intransigeantes. Quant à Cromwell, il invente un régime personnel, dictatorial, avec « Dieu le Père et Jésus-Christ comme inspirateurs quotidiens, la Bible comme manuel de gouvernement et la “verge de fer” en main ». À quoi s’ajoute un Parlement qui oppose la coutume anglaise au droit divin.

Pendant cinquante ans, l’Angleterre se transforme en laboratoire politique qui annonce les révolutions américaine, française et même soviétique. Et tout cela débouche sur une monarchie tempérée, modèle et référence obligés pour les philosophes du siècle des Lumières.

Car avec le Bill of Rights naît, dit-on, la démocratie en Europe. Voté par les deux Chambres (Lords et Communes), ce document est déroutant pour les Français. Point de grands principes universels fondés sur une vision philosophique des droits de l’homme, mais une énumération prosaïque et concrète de ce qui est interdit au roi, par exemple lever de l’argent sans l’autorisation du Parlement ou limiter le droit de pétition, la liberté de parole. Et c’est seulement après avoir juré de respecter ce catalogue d’interdictions que Guillaume reçoit le titre royal, comme s’il était nommé souverain sous condition. La mise sous tutelle de la Couronne est complétée par la loi de Succession, votée en septembre 1701, qui constitue l’acte fondateur du régime constitutionnel anglais dont les dispositions sont toujours en vigueur.

Dans ce laboratoire politique, Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Burke, Benjamin Constant, Karl Marx, Jaurès et Rosa Luxemburg piochent des idées, trouvent des leçons à méditer, découvrent des justifications et des ancêtres. Et comme les personnalités et les caractères y tiennent une place essentielle, chacun en tire un rapprochement à sa convenance. Ainsi en France, où la Révolution de 1789 est prise comme l’étalonnage, se dessinent des parallèles entre Charles Ier et Louis XVI, Cromwell et Bonaparte, Charles II et Louis XVIII, Jacques II et Charles X, Guillaume III et Louis-Philippe.

Les historiens s’accordent pour rechercher les origines de la révolution de 1640 dans le règne de Charles Ier qui succède en 1625 à son père Jacques Ier, le premier des Stuarts. Personne n’affirme plus, comme aux deux derniers siècles, que la révolution de 1640 est le résultat inéluctable du sens de l’Histoire. Mais les historiens hésitent en revanche sur le point de savoir si les deux révolutions sont des événements indépendants l’un de l’autre, ou si le putsch de 1688-1689 est l’ultime aboutissement de la révolution de 1640-1660.

Partisan de la première solution, Guizot, le libéral de la monarchie de Juillet. Dans son Histoire de la révolution d’Angleterre, 1625-1660, une œuvre brillante, essentielle, parue de 1827 à 1856 (disponible chez “Bouquins”, Robert Laffont), il ne dépasse pas l’année 1660, date de la Restauration de Charles II. S’il est vrai que la première révolution constitue le traumatisme majeur de l’histoire de la Grande-Bretagne, il est nécessaire malgré tout de poursuivre l’histoire jusqu’à la Glorieuse Révolution pour disposer d’une vision globale. Ce qu’a entrepris Michel Duchein dans une belle synthèse qui enchaîne les deux épisodes.

De cet entrelacs d’événements où alternent les armes et les prières, où s’entretuent Écossais, Irlandais et Anglais, où s’affrontent “cavaliers” et “têtes rondes”, où naissent whigs et tories, où les drames, les favoris, les complots succèdent aux grands procès et aux coups de force, où la politique étrangère intervient sans cesse et brouille les pistes, Duchein démêle le déroulement et les enchaînements. Il en dégage deux lignes de force : le problème des rapports entre le Parlement et le roi, la place de la religion et de l’Église anglicane dans la vie politique. Sans négliger de vigoureux portraits et le hasard qui fait dévier le cours de l’Histoire.

Durant ces cinquante années, l’Angleterre a changé. Profondément. Avec son lot de destructions et de saccages : palais royaux vandalisés, châteaux de lords royalistes rasés, leur contenu vendu ou détruit. Ainsi un Rubens est jeté à la Tamise. Sans connaître une cassure comparable à celle de 1789 pour la France, l’Angleterre est ébranlée par ces révolutions qui ruinent les royalistes, enrichissent les soldats de Cromwell et mettent en avant de nouvelles générations de propriétaires soucieux du rendement de leurs terres.

La monarchie absolue et la république sont également rejetées. Deux régimes détestables aux Anglais. La victoire revient à la monarchie qui sort renforcée de l’épreuve. Renforcée et transformée. Depuis le règne d’Élisabeth Ire, la dernière des Tudors, un conflit, latent puis ouvert, existe entre le pouvoir du roi et celui du Parlement : la prérogative royale l’emportait nettement sur le contrôle parlementaire. Même évolution sur le continent où les monarchies dites absolues remplacent les vieilles monarchies féodales. Or en Angleterre, à partir de 1689 se met en place la première monarchie parlementaire de l’Histoire.

Autre innovation liée à la seconde révolution : la liberté de l’édition et de la presse, une exception en Europe avec les Provinces-Unies. Enfin, dernière innovation politique, l’union des trois royaumes, Angleterre, Écosse, Irlande en un État unique de 1651 à 1660. Certes, l’union est éphémère, mais elle ouvre des perspectives, prépare en Écosse les esprits au traité d’Union de 1707 qui crée la Grande-Bretagne. À l’inverse, en Irlande, les conséquences de la rébellion catholique de 1641, la reconquête cromwellienne et la guerre orangiste de 1689-1690 se feront sentir jusqu’au XXe siècle.

La montée du puritanisme presbytérien marque la société

Bouleversements religieux également. Les plus mal lotis sont les catholiques ; seuls les protestants bénéficient de la liberté de culte. Et toute personne professant la religion papiste, mariée à un (ou une) papiste, est exclue de la couronne. L’Angleterre n’aura donc jamais plus un roi, un régent ou un protecteur catholique. Même si l’Église anglicane est rétablie dans ses privilèges, la montée du puritanisme presbytérien marque la société. Les soldats de Cromwell proscrivent le théâtre, la danse, les jeux et le dimanche est jour d’ascèse.

En 1642, une vague d’iconoclasme dévaste le pays, s’étend jusqu’à l’aspect des rues, jusqu’aux enluminures des livres. À Cantorbéry, 63 vitraux sur 68 sont détruits ; ils rivalisaient en beauté avec ceux de Chartres ! De cela, une survivance : le redoutable dimanche anglais. Ce n’est qu’à partir de la Glorieuse Révolution que les questions religieuses n’interfèrent plus dans le champ politique.

En outre, les controverses politiques et les débats religieux ont encouragé la vie intellectuelle. Si le théâtre a perdu sa puissante vitalité, pamphlets, essais, libelles et traités pullulent. Avec son Oceana (1656) qui peint une république idéale, James Harrington, un utopiste, influencera la constitution des colonies anglaises d’Amérique et celle des États-Unis. Au contraire, Thomas Hobbes, dans son Leviathan (1651), pense que seul un pouvoir fort peut juguler l’instinct naturel de l’homme pour l’anarchie et la violence. John Milton, lui, artiste sensuel et puritain moralisateur, compose un grand poème chrétien sur le thème de la chute originelle, le Paradis perdu (1667). Enfin, John Locke, avec ses Deux traités sur le gouvernement (1689) qui exposent la théorie du pacte social et la division des pouvoirs, irriguera toute la réflexion politique des Lumières, que fascine le XVIIe siècle anglais.

C’est ainsi que Louis XVI lit l’Histoire d’Angleterre, maison de Stuart sur le trône d’Angleterre, de David Hume dans la traduction de l’abbé Prévost. Ce qui lui vaut la remarque de Turgot, admirateur du libéralisme économique britannique : « Sire, souvenez-vous que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles Ier sur le billot. » 50 années qui ébranlèrent l’Angleterre, de Michel Duchein, Fayard, 500 pages, 26 euros.

Voir aussi:

Ce demi-siècle de feu et de sang où la bourgeoisie britannique chercha sa voie
Guy Lemarchand, historien
L’Humanité
le 20 mars 2010

50 années qui ébranlèrent l’Angleterre, de Michel Duchein, Éditions Fayard, 2010, 500 pages, 26 euros.

Marx présentait les révolutions anglaises du XVIIe siècle comme les premières révolutions bourgeoises de l’histoire. Alors que leurs collègues britanniques y consacrent toujours de nombreuses recherches, dans les dernières décennies elles ont peu attiré l’attention des historiens français, probablement parce que les commotions d’outre-Manche paraissent plus entachées d’archaïsme que la Révolution française.

D’une écriture aisée, cette synthèse de Michel Duchein est donc singulièrement opportune. Y sont décrits le développement de l’autoritarisme politique et fiscal et les sympathies apparemment catholiques des deux souverains Stuart jusqu’à la rupture de 1641, la longueur et les intrigues de la guerre entre le Parlement et Charles Ier jusqu’à son exécution en 1649, et le caractère dictatorial du régime de Cromwell qui en résulte.

Apparaît aussi combien la révolution de 1688 constitue l’achèvement des réformes esquissées dans les années 1640, établissant un système de relative liberté individuelle, d’alternance au pouvoir de partis différents et de tolérance dans le cadre du christianisme anglican d’État. La renommée du Royaume-Uni au XVIIIe siècle vient de la « glorieuse révolution » et de sa légende faisant de Guillaume d’Orange un père du libéralisme.

L’auteur a adopté un parti pris d’historiographie uniquement politique et religieuse, où prime de manière presque exclusive le récit dans l’ordre chronologique. L’enchaînement mécanique des événements, le heurt des personnalités dirigeantes et le hasard deviennent les clefs qui ouvrent toutes les portes.

À l’inverse, les données économiques, démographiques et sociales, comme la crise de subsistances de 1641-42 ou la dépression de la draperie ancienne après 1620 qui déstabilisent nombre de travailleurs, ou le boom du commerce dans les années 1690 qui facilite l’acceptation du changement de 1688, ne sont pas réellement prises en compte.

La présence du peuple dans ces mouvements se limite aux manifestations de foule relevées dans la capitale, tandis que la province et la campagne, malgré les travaux britanniques sur ces terrains, n’ont pas voix au chapitre.

La question de l’ouverture de la noblesse, la gentry, ou celles des actes de navigation et du déclin des corporations, premiers signes de la puissance nouvelle de la bourgeoisie auraient mérité d’avantage. Mais on lira force détails sur Buckingham, le faux amant d’Anne d’Autriche, ou sur les faiblesses de Jacques II.

Voir enfin:
La préparation du sommet des Sept et la célébration du Bicentenaire

« Les droits de l’homme n’ont pas commencé en France », nous déclare Mme Thatcher
Jacques Amalric, Dominique Dhombres
Le Monde
13.07.89

Alors que les premiers chefs d’Etat et de gouvernement invités à célébrer le Bicentenaire de la Révolution française et à participer – du 14 au 16 juillet – au sommet des sept pays industrialisés arrivent à Paris, la polémique se poursuit à propos de la simultanéité des deux événements. Dans un entretien qu’elle a accordé le mardi 11 juillet au « Monde », Mme Margaret Thatcher entre à sa façon dans le débat en affirmant notamment : « Les droits de l’homme n’ont pas commencé en France. »

– Etes-vous agacée par la coincidence du sommet des Sept avec la commémoration du Bicentenaire de la Révolution française ?

– Je ne suis nullement irritée puisque nous devions de toute façon avoir un sommet des Sept entre mai et juillet. M. Mitterrand a estimé que, si nous nous réunissions en juillet, nous pourrions aussi rencontrer beaucoup d’autres chefs d’Etat et de gouvernement, ce qui est toujours utile. Par exemple, si je viens de voir Mme Bhutto à Londres, je n’ai pas vu M. Gandhi depuis longtemps.

_ Que pensez-vous de l’idée selon laquelle les droits de l’homme ont commencé avec la Révolution française ?

_ Les droits de l’homme n’ont pas commencé avec la Révolution française. Ils remontent à la tradition judéo-chrétienne qui a proclamé l’importance de l’individu et le caractère sacré de la personne humaine et de certains droits des individus qu’aucun gouvernement ne peut leur retirer. Nous avons eu ensuite la Grande Charte en 1215, et la Déclaration des droits au dix-septième siècle, et notre révolution tranquille de 1688, lorsque le Parlement a imposé sa volonté à la monarchie. Nous avons d’ailleurs célébré, mais discrètement, cet événement l’an dernier.  » Bien sûr, ce n’était pas une révolution, mais un changement dans le calme, sans bain de sang. Liberté, Egalité, Fraternité ! C’est la fraternité qui a manqué pendant longtemps. Il n’y avait que sept prisonniers lorsque la Bastille a été prise… C’est incroyable que la Terreur ait pu suivre. Certains arguments qui ont été utilisés alors, par exemple que les contre-révolutionnaires doivent être exterminés, rendent un son familier aujourd’hui. C’est le langage des communistes. Et après, vous avez eu Napoléon, un homme remarquable, dont on ne célèbre pas assez les innovations administratives et juridiques, et qui a essayé d’unifier l’Europe par la force. On ne s’en est débarrassé qu’en 1815. Non, les droits de l’homme n’ont pas commencé en France. La Révolution a été un tournant fantastique, mais aussi une période de terreur. Quand on relit les livres d’histoire, on est horrifié par de nombreux aspects de cette époque, et certains Français sont tout autant horrifiés que nous.

_ Pensez-vous que les Français en font trop pour cette célébration ?

_ C’est à chaque pays de décider comment il veut célébrer ce genre d’événement. Vous avez eu la tour Eiffel, il y a un siècle, pourquoi ne vous amuseriez-vous pas cette fois comme vous l’entendez ?

_ Etes-vous hostile à la publication d’une déclaration sur les droits de l’homme à l’occasion du sommet des Sept ?

_ Je suis tout à fait disposée à ce qu’il y ait une déclaration sur les droits de l’homme proprement dits : liberté d’expression, liberté de circulation, liberté de culte. Ce sont des droits qu’on ne peut pas vous retirer. Mais il y a des gens qui parlent de leur droit à une protection sociale. Il ne s’agit pas d’un droit en tant que tel. Vous en bénéficiez seulement si quelqu’un d’autre y a pensé pour vous. Cela n’entre pas dans la catégorie des droits de l’homme. Pour en jouir, vous avez de votre côté des devoirs à accomplir. C’est une sorte de contrat mutuel que vous passez avec la collectivité :  » Je m’occuperai de vous si vous êtes dans le besoin, à condition que vous fassiez de même à mon égard.  » Vous n’avez pas non plus droit à un bon environnement. Qu’est-ce qui se passe lorsqu’il y a un tremblement de terre, un ouragan, une inondation, un incendie ?

_ Quelles sont les principaux sujets politiques que vous voudriez voir aborder à Paris ?

_ Il faut évidemment parler de la Chine. Le monde ne comprendrait pas si nous n’en parlions pas. Nous avons tous encore en tête les images que nous avons vues à la télévision. Nous pensions tous que Deng Xiaoping avait réformé la Chine. Il avait subi la révolution culturelle, et nous pensions que ce qu’il avait fait était irréversible, et qu’il était impossible d’en revenir à cette tyrannie. Nous avions tort. Cela a été un choc. Il est trop tentant, en politique étrangère, de prêter inconsciemment à nos partenaires nos valeurs fondamentales. C’est une grave erreur. Nous devons les juger en fonction de ce qu’ils sont réellement, et non selon nos désirs.

_ Est-ce que cette leçon des événements chinois peut s’appliquer à l’Union soviétique ?

_ Oh oui ! Certains pensent que ce qui se passe en URSS est irréversible ; je le souhaite et je suis encouragée par les réformes politiques intervenues. Mais on ne peut pas oublier que l’Union soviétique a des siècles de retard en matière économique, et qu’elle ne connait rien à la liberté d’entreprise. Les ordres, même concernant les sujets les plus mineurs, sont toujours venus d’en haut. C’est bien pour cela que M. Gorbatchev a commencé par des réformes politiques, mais la vraie difficulté sera d’en finir avec des siècles d’autoritarisme et de centralisme.  » Une partie des réformes politiques est sans doute irréversible, mais le vrai problème restera d’élever le niveau de vie. L’incertitude dans laquelle nous sommes à propos de l’Union soviétique s’applique aussi à des pays comme la Hongrie et la Pologne, et elle va durer encore très longtemps. C’est pourquoi des gens comme moi insistent pour que nous maintenions une défense sûre. Si nous estimons que notre liberté dépend de l’existence d’un Etat de droit, nous devons nous souvenir que ces pays n’en ont jamais bénéficié, et nous, Occidentaux, devons rester unis.

_ M. Mitterrand a dit récemment que le devoir des démocraties était d’aider M. Gorbatchev et la perestroika. Qu’en pensez-vous?

_ Grands dieux ! J’ai été la première à le dire. Souvenez-vous, quand il est venu la première fois ici en tant que secrétaire général. Quand j’ai lu et entendu ses discours sur la perestroika, et Dieu sait qu’ils sont longs, je lui ai dit :  » Oui, nous vous soutenons !  » Alors, les dirigeants d’autres pays m’ont demandé :  » Pourquoi le soutenez-vous ? Ne pensez-vous pas qu’il s’efforce simplement d’améliorer le communisme ?  » Je leur ai répondu :  » Non, parce qu’on ne peut pas améliorer le communisme et élargir le champ des libertés  » ; tout élargissement des libertés est bénéfique pour l’humanité toute entière. Le fait que je soutienne les efforts de Gorbatchev ne signifie absolument pas que je sous-estime les difficultés qu’il rencontre. Mon approche est très réaliste. Il n’en demeure pas moins que c’est le premier Russe pas comme les autres que j’aie rencontré.  » Je suis sûre que M. Mitterrand partage mon point de vue. Nous avons beaucoup en commun tous les deux. De même, nous sommes d’accord sur la nécessité de maintenir nos forces de dissuasion.

_ Avez-vous été déçue par le résultat du dernier sommet de l’OTAN à Bruxelles à propos des armes nucléaires à courte portée ?

_ Non, pas du tout. Nous avons obtenu d’excellents résultats à cette réunion. Il n’y aura pas de négociations sur les armes nucléaires à courte portée avant bien longtemps, pas avant qu’un accord sur les armes conventionnelles ne soit mis en application. Il est entendu qu’il n’y aura pas de troisième option zéro. On ne peut pas avoir en même temps une troisième option zéro et le maintien de la doctrine de la riposte graduée. Cela reviendrait à proclamer cette doctrine tout en se refusant les moyens militaires de l’appliquer. Il est également très clair dans la déclaration que les armes à courte portée ne sont pas assimilées aux armes conventionnelles mais font partie intégrante de la dissuasion nucléaire. Il ne resterait sinon que les gros missiles intercontinentaux, dont les Soviétiques peuvent penser qu’ils ne seront jamais utilisés.  » Je vous assure, c’est une excellente déclaration, à condition bien sûr que tous les gouvernements qui y ont souscrit respectent son esprit. N’oubliez surtout pas que ce communiqué ne concerne que l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ; si les choses tournent mal, nous les Occidentaux ne pourrons obtenir de renforts qu’après qu’ils auront traversé l’Atlantique. Mais les Soviétiques n’ont que trois heures de vol depuis l’Oural jusqu’à la ligne de front. N’oubliez jamais la géographie quand vous négociez avec les Soviétiques.

_ Quelles sont vos priorités économiques pour le sommet des Sept ?

_ La première est que nous poursuivions une politique économique saine. Pendant les premières années des sommets économiques, on a surtout essayé d’ajuster nos politiques, ce qui abouti à un fort taux de chômage et d’inflation. Pendant les années suivantes, on est allé plus loin. On a décidé que l’essentiel était que la masse monétaire reste en rapport avec les capacités de production de chaque pays, que les dépenses publiques soient contrôlées, et que le déficit budgétaire ne soit pas trop élevé. Il faut aussi que le système fiscal ne décourage pas ceux qui travaillent dur. Il n’y a pas de solution de rechange à une saine gestion de l’économie.  » L’autre sujet très important pour ce sommet est la recherche d’une politique de libre-échange sur une base multilatérale. Alors que les discussions dans le cadre du GATT se poursuivent, il existe une tendance à conclure des accords bilatéraux qui réduisent la liberté de commerce. Trop d’entre nous adoptent aussi des règlements protectionnistes. La politique agricole commune, par exemple, est protectionniste. Il faut examiner tout cela dans le cadre du GATT. Et cela doit concerner non seulement l’agriculture, mais aussi les services et la propriété intellectuelle. Toute tendance au protectionnisme, et nous y sommes tous sujets, ne peut que limiter les échanges mondiaux, et cela ne fait aucun bien ni aux pays industrialisés ni au monde libre.  » Nous devrons aussi, comme nous l’avons fait l’an dernier à Toronto, étudier la position des pays riches vis-à-vis de la dette. Je ne pense pas cependant qu’on puisse prendre à cette occasion les décisions vraiment nouvelles. Ce qui est accompli actuellement par le biais des institutions internationales, le FMI,la Banque mondiale, est la bonne manière de procéder.  » Dernier sujet important, l’environnement. Pendant trop longtemps, nous avons supposé que l’écosystème mondial ne serait pas affecté par l’homme. Or ce n’est pas le cas. Nous n’avons qu’un droit de location sur ce monde, et nous devons le transmettre aux générations à venir dans le même état que nous l’avons trouvé.

_ Et la dette privée?

_ Je ne parlais que de la dette publique. Les banques d’affaires prennent leurs propres décisions. Il leur appartient de dire si elles veulent prêter davantage, dans l’espoir de récupérer leurs créances, si elles réduisent la dette, ce qui est justifiable d’un point de vue comptable, puisque, dans notre pays, une créance douteuse vient en déduction des bénéfices imposables. D’une certaine manière donc, c’est le contribuable qui finance aussi la réduction de la dette privée. Le contribuable est également souvent sollicité par le biais de la garantie que le gouvernement accorde à certains prêts ou à certains contrats qui ne sont finalement ni remboursés ni remplis. Voilà pourquoi, depuis dix ans que je suis au gouvernement, je n’ai jamais essayé de persuader une banque soit d’accorder un prêt, soit d’agir de façon contraire à ses intérêts commerciaux.

_ Vous attendez-vous à une confrontation entre les pays européens et les Etats-Unis à propos du protectionnisme ?

_ Je ne crois pas qu’il y aura de confrontation. Je pense que tout le monde sera d’accord pour faire tomber les barrières. La grande bataille reste la politique agricole commune. Beaucoup de gens craignent que son protectionnisme soit renforcé après 1992, et c’est aussi parfois mon cas. J’ai jeté un coup d’oeil sur le projet de charte sociale européenne, et je crains que de telles mesures n’alourdissent les coûts de production dans une proportion telle qu’on doive élever une grande barrière pour se protéger du monde extérieur. Ce serait absurde. Ce qu’il faut reconnaitre, c’est que la liberté du commerce est favorable aussi bien aux pays industrialisés qu’à ceux du tiers-monde. Souvenez-vous que l’objectif du traité de Rome était de créer un marché unique, et il y a quelque ironie en ce que cela ait demandé tant de temps. Le but était d’abaisser les barrières entre nous et non d’en dresser d’autres avec l’extérieur. « 

_ Que répondez-vous quand vous entendez M. Mitterrand dire que vous êtes un frein pour l’Europe ?

_ Est-ce qu’il peut vraiment dire que je suis un frein ? Nous avons été les premiers à tenter de remettre d’aplomb la politique agricole commune et nous avons persisté parce que nous estimions qu’on ne pouvait pas continuer à consacrer la moitié du budget à subventionner des excédents de production agricole. Nous avons réussi. Nos avons été les premiers à assainir le budget. Nous sommes le second bailleur de fonds de la Communauté, avec milliards de livres (plus de milliards de francs). Nous avons aboli le contrôle des changes il y a dix ans. La France ne l’a pas encore fait. Nous sommes un exemple pour l’Europe. Nous avons depuis dix ans une liberté totale de circulation des capitaux. La France ne l’a pas encore. Londres est la place financière la plus ouverte qui soit. Prenez Francfort à titre de comparaison. De nombreux règlements nous en interdisent l’accès.  » Un frein ? Les navires de toute l’Europe et d’ailleurs peuvent venir chercher du fret dans un de nos ports pour l’amener dans un autre. Est-ce que nos bateaux peuvent faire de même dans les ports européens ? Jamais de la vie ! Le tunnel sous la Manche, dont nous avons décidé la construction avec M. Mitterrand, est l’un des plus grands changements de ce siècle. Mais un camion qui apporte de la marchandise en Europe devrait avoir le droit de prendre un nouveau chargement et de le déposer là où il veut sur le chemin du retour. Est-ce que c’est le cas ? Jamais de la vie ! Il y a des centaines de barrières en Europe et nous sommes à l’avant-garde du combat pour les faire tomber.

_ Avez-vous été déçue par le résultat des élections européennes, en particulier par le succès des Verts ?

_ Oui, j’ai été déçue. Mais le problème est que vu d’ici, le Parlement européen semble une institution très lointaine. Le Parlement de Westminster est familier aux Britanniques. Tous les mardis et tous les jeudis, ils m’entendent répondre à l’opposition. Ils comprennent cela mais ils ne comprennent pas vraiment un parlement où l’on parle dix langues et où il n’y a pas ce genre de débats. Voilà pourquoi certains de nos électeurs ne sont pas allés voter.  » Quant au vote en faveur des Verts, je crois qu’il s’agit d’un vote de protestation en milieu de législature. Mais le programme des Verts qui demande un revenu minimum pour tous et le désarmement unilatéral est délirant. Jadis le vote de protestation allait aux libéraux ou aux sociaux-démocrates : cette fois-ci il a joué en faveur des Verts. Mais, quand il s’agit de mesures concrètes, il n’y a pas, en Grande-Bretagne, de parti plus écologiste que nous.  » L’univers est resté intact pendant des millions d’années avec une très faible population humaine. Depuis ma naissance, la population a doublé. Et au cours du siècle écoulé, on a brûlé le charbon, le gaz et maintenant le pétrole, en quantités colossales. L’écosystème a nécessairement été bouleversé. Nous ne savons pas tout mais nous savons qu’il y a un certain nombre de choses qu’il ne faut pas faire. Nous ne devons pas abattre les forêts tropicales et nous ne devons pas rejeter dans l’atmosphère des gaz qui endommagent la couche d’ozone. Il faut prendre des mesures à l’échelle mondiale. Ce n’est pas seulement un désir, c’est une nécessité.

_ Etes-vous favorable ou hostile à des sanctions contre la Chine ?

_ Je suis absolument contre des sanctions économiques. Bien sûr, nous avons suspendu toute coopération militaire ainsi que les visites de haut niveau et l’octroi de nouveaux crédits pour de gros contrats d’équipement. En revanche, les contrats en cours, comme la construction d’une centrale nucléaire en commun avec la France, sont maintenus. N’oubliez-pas que des sanctions économiques se retourneraient contre Hongkong.  » Nous avons fait connaitre notre sentiment d’horreur, mais nous avons une grande responsabilité à l’égard de Hongkong. Nous devons veiller à ce que l’accord que nous avons signé en toute bonne foi avec Pékin soit respecté. Il implique que le mode de vie propre à Hongkong, sa liberté, le développement de sa démocratie, son système capitaliste soient préservés pendant cinquante ans après 1997. Et le meilleur moyen pour ce faire est que Hongkong conserve sa valeur économique pour la Chine en tant que partenaire commercial et point d’ouverture sur le monde extérieur.

_ Vous devez rencontrer mercredi Mme Albertina Sisulu, une des militantes noires anti-apartheid d’Afrique du Sud. Comment voyez-vous les récents changements en Afrique australe ?

_ M. Walter Sisulu, qui est âgé de plus de quatre-vingts ans, a été arrêté en même temps que M. Nelson Mandela, et je souhaitais rencontrer son épouse. Je pense effectivement que la situation évolue en Afrique australe. Il y a eu d’abord l’accord sur l’indépendance de la Namibie, qui aurait été impossible sans la pleine coopération de l’Afrique du Sud, des Etats-Unis, de l’Union soviétique, de Cuba et de l’Angola. Et après les élections de septembre prochain en Afrique du Sud, les dirigeants de ce pays savent qu’ils ne pourront pas entamer un processus de négociation interne aussi longtemps que Nelson Mandela ne sera pas libre de ses mouvements et de ses propos. Aucun Noir sud-africain n’acceptera de négocier avec le gouvernement tant que Mandela sera en prison. Mais je crois qu’il y a maintenant un espoir de le voir libéré, bien que je n’aie reçu aucune garantie à ce sujet.

_ Où en est-on à propos de la  » condamnation à mort  » de Salman Rushdie ?

_ C’est vraiment consternant. Il est inadmissible que l’on puisse demander à ses fidèles d’aller assassiner quelqu’un dans un autre pays. C’est la liberté d’expression qui est en jeu. Il n’est tout simplement pas question de renoncer à défendre ce qui est un droit de l’homme essentiel. J’espère que bientôt les Iraniens aussi le comprendront. Mais en attendant, il nous appartient de protéger Salman Rushdie. « 


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