Boboland: Attention, une exclusion peut en cacher une autre! (Trouble in Bobo paradise)

Bienvenue à BobolandSi on abandonne l’assimilation, il faut également consentir à faire son deuil de la mixité sociale à laquelle les autochtones se plient à condition qu’on ne les oblige pas à voisiner avec des personnes dont le mode de vie est trop différent des leurs. On ne peut pas à la fois désirer respecter les différents usages et empêcher les individus de choisir leur voisinage. Philippe d’Iribarne
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Dans les quartiers populaires, on se mélange, on se supporte. Les bobos, eux, ils nous prennent de haut. Ils viennent avec leurs soi-disant Lumières, mais leur arrivée annonce des choses. Leur but, en fait, c’est de nettoyer le quartier et de nous envoyer en banlieue. Si tu veux réussir aujourd’hui, il faut faire le bobo! Grand frère
Pour avoir la paix, il faut connaître tout le quartier, même ceux qui sont morts ou en prison». Makhlouf (patron d’un «café-tagine-concert»)
L’espace est devenu à la fois plus cher et plus restrictif. Auparavant, les logements étaient insalubres et la rue servait de salon. Maintenant, les nouveaux venus imposent leurs moeurs et leur argent. On ferme les passages, on pose des digicodes, on «protège» ses enfants en les envoyant à l’école privée. Les gamins ne cassent pas par hasard. Leur révolte n’est pas formulée. Mais ils sentent très bien qu’ils sont persona non grata et que la logique économique ne tardera pas à les chasser.» Entre ces deux mondes, les passerelles se sont peu à peu effondrées. Raul Velasco (ancien président des «artistes de Belleville»)
Ce sont deux mondes qui se superposent sur le même espace avec des règles parfaitement antagoniques. L’univers de la ville, où l’anonymat garantit la liberté de chacun, côtoie le monde de la cité, son omerta et son système d’entraides entre «frères», où tout le monde se connaît. Didier Lapeyronnie (sociologue)
Il ne faut pas sous-estimer le poids de l’islam. Ça ne veut pas dire qu’il y a un salafiste à chaque coin de rue, mais l’islam dans les cités parisiennes est culturellement très fort, en termes de référent, même quand les types ne sont pas du tout pratiquants. (…) «parler de relégation sociale n’a pas grand sens quand on est à dix minutes du métro et au coeur d’un marché de l’emploi gigantesque». Christophe Guilluy (géographe, voisin de la cité Piat)
Les premiers opposants à la construction de logements sociaux étaient des syndiqués, des universitaires de gauche, des militants des droits de l’homme. (…) Personne ne disait qu’il ne voulait pas d’Arabes sur la commune, mais on entendait tous les prétextes. Marie-Christine Jaillet (sociologue, enquête dans le Sud de la France)
Dans Bobo au contraire, il y a bourgeois […] Reste que le principe de générosité connaît ses limites. On peut soutenir les enfants de sans-papiers et contourner discrètement la carte scolaire. Par ailleurs, le bobo a beau se rattacher à la tradition ouvriériste du Paris faubourien, rien ne le déstabilise plus qu’un prolo blanc (…) Le pauvre du bobo, c’est l’étranger fraichement immigré qui vit à ses côtés dans les cités HLM du nord-est parisien. Contrairement au prolo, l’immigré est une personne éminemment sympathique, avec qui vous voudrez entretenir une relation placée sous le signe du rapport interculturel. Christophe Guilluy, auteur d’un « Atlas des nouvelles fractures sociales (Le Nouvel Observateur, 29 Mars 2007)
Belleville est un territoire à part dans la métropole parisienne. On y retrouve des populations situées aux deux extrêmes de la pyramide sociale. D’un côté donc, les fameux bourgeois-bohèmes, qui investissent les anciens immeubles ouvriers remis à neuf. De l’autre, des familles maghrébines ou noires-africaines, regroupées dans les grands ensembles HLM. D’un côté, la constellation des bars «tendance» et des lofts pour bienheureux. De l’autre, des isolats comme la cité Piat, où se concentrent tous les stigmates de la précarité sociale : 17% de chômage, 22% de familles bénéficiaires d’aides sociales et une petite délinquance suffisamment ancrée pour que le quotidien des habitants soit rythmé par les descentes musclées des flics.
De fait, si les bourgeois-bohèmes sont souvent les premiers à se réjouir de la mixité colorée du quartier, leur arrivée massive se solde paradoxalement par l’éviction des classes populaires. (…) Vivre à Belleville n’est pas une punition. Et tous les enfants de la cité, loin s’en faut, ne sont pas dans la conflictualité. Certains tirent même partie des évolutions en cours. De jeunes patrons de bars kabyles ont su ainsi métamorphoser les vieux tripots communautaires de leurs pères pour les adapter au goût des branchés. De l’autre côté, tous les bobos ne vivent pas nécessairement en parias. Raul Velasco s’est fait voler un Nikon et du numéraire il y a quelques mois par une bande extérieure au quartier. Le «caïd du coin» a été contacté, et le Nikon est revenu dans la journée. Le Nouvel Obs

Attention: une exclusion peut en cacher une autre!

Part des étrangers dans la population française (maintenue depuis des décennies, au gré des naturalisations massives, à 10%), fécondité des femmes d’origine étrangère (Turques : 3,2 ; Marocaines : 2,97 ; Africaines : 2,86 ; Algériennes : 2,57 contre 1,7, soit pas loin de la moyenne européenne, pour les « non-immigrantes », comme sont pudiquement appelées les Françaises de souche par nos démographes bien-pensants), ratés de l’assimilation (près des deux-tiers des Italiens et près de la moitié des Polonais lors des vagues précédentes, ne laissant sur place que les plus assimilables), taux d’exogamie (officiellement de 15% mais, entre les mariages forcés et l’instrumentalisation pour l’obtention de papiers, un tiers des mariages sont célébrés avec un étranger), communautarisation (notamment via la culture et la musique ostensiblement virile et machiste, la seule autorisée par le féminement correct) …

Autant de sujets tabous et de bidonnages que, dans son dernier brûlot antimondialiste, a le mérite de rappeler notre Zemmour national …

Comme en témoignent la manière dont nos chers bobos de Belleville gèrent au quotidien cette fameuse mixité sociale qu’ils voudraient imposer à tous.

Mais aussi cette nouvelle et souvent méconnue fracture sociale qui, face à la double ghettoïsation des centres-villes par le haut et l’immigration, voit toujours plus marginalisée et rejetée à la périphérie comme raciste une France plutôt populaire d’employés et d’ouvriers (tout de même près de 60% de la population active) …

Vouée, comme on l’a encore vu aux dernières régionales, à l’abstention ou aux votes extrêmes de gauche ou de droite ….

Les tempêtes de Belleville
Anne Fohr, Gurvan Le Guelec
Le Nouvel Obs
20/04/2006

Menaces, intrusions, jets de pierres… A Belleville, une exposition de caricatures antireligieuses a failli tourner au drame. Et révélé un malaise profond entre nouveaux arrivés et anciens habitants

Un air de jazz, un prof qui corrige ses copies, un papy à moustaches qui regarde le temps passer : c’est un beau café zen aux larges baies vitrées comme on en trouve de plus en plus dans l’est de Paris. On pourrait se croire à la Bastille, on est sur les hauteurs de Belleville. Le café, baptisé La Mer à Boire, est branché ; le quartier, pas encore. Ce coin du 20e arrondissement, c’est « Amélie Poulain » retouché par Kassovitz. Les intellos y roulent à vélo, les lascars foncent à Vespa. Paris s’étale tout en bas, sous le parc à tonnelles qui dévale la colline. Maisonnettes, petites épiceries, ateliers d’artistes, restaurant-musette qui figure dans les guides japonais, c’est encore le vieux Paris. Mais ici il y a aussi une cité en béton, une grande, une vraie de 650 logements, dénommée Piat-Faucheur-Envierges, enfermée derrière des grilles, dans le labyrinthe des rues tortueuses, à l’abri du regard.

Derrière leur comptoir, les trois associés de La Mer à Boire, Marika, Marianne et Zayed, font grise mine. La veille, il y a «encore eu des problèmes». Trois gamines aux yeux rougis se sont enfermées ensemble dans les toilettes. Marika les a délogées, elles ont frappé un client. Des filles maintenant ! Comme si les incursions à répétition des mecs du quartier ne suffisaient pas… Depuis trois semaines, on les a vus débarquer plus d’une fois, ces jeunes qu’on «connaît bien». Des 10-12 ans, armés de bâtons, sont venus casser des cadres de l’exposition en cours, « Ni Dieu, ni Dieu », accrochés au mur. Des plus grands se sont pointés pour s’excuser, puis menacer : ces dessins, c’était «pas bien», les Frères musulmans allaient leur «régler leur compte». Un soir, à la fermeture, une baie vitrée a même failli voler en éclats sous le coup d’un pavé.

L’objet de leur courroux ? Des caricatures au vitriol pondues par la bande de dessinateurs de « Charlie Hebdo ». Des bites à l’air, des barbus féroces ou idiots au langage débridé croqués par Willem, Siné, Charb et les autres. Visibles de la rue, elles ont vite mis le feu aux poudres dans tout le quartier. «Ils ont mis des choses qu’on peut pas mettre», lâche un lycéen énervé. «On n’a pas pensé qu’on pouvait avoir des ennuis, répond Marika, alias Marie-Caroline, compagne de Charb et ancienne gérante du magazine. L’expo est contre toutes les religions, le droit à la caricature est universel, et on a refusé de croire qu’on est dans un quartier d’abrutis! D’ailleurs, il y a des musulmans qui nous soutiennent.»

L’expo se termine cette semaine. En haut lieu, on respire : car les ennuis de La Mer à Boire ont fait craindre le pire. Sans la fièvre nationale autour du CPE, la petite polémique bellevilloise aurait peut-être dégénéré en version française de «l’affaire des caricatures danoises».«On l’a redouté. Voile, communautarisme, islamisme, extrême-gauche, on aurait eu droit à tout…», lâche un haut fonctionnaire. Probable que la police, muette sur l’affaire, a veillé à contenir la violence sur place. «Se faire de la pub, c’est juste ce qu’ils voulaient, ceux du café, balance Sébastien, un jeune du quartier. Si on avait voulu…»

Les caricatures de Belleville ont mis le quartier en ordre de bataille. Mardi 4 avril, deux camps se sont révélés au cours d’un débat musclé à La Mer à Boire. Chacun sur sa planète, avec sa bonne foi, ses dogmes et ses langues… D’un côté, une masse de républicains bon teint pour qui «la liberté d’expression n’est pas négociable, un point c’est tout». «On a besoin de blasphèmes! a lancé un dessinateur remonté. Balade-toi dans le monde et va dans les dictatures!» De l’autre, quelques jeunes, blacks ou beurs, qui se veulent les porte-parole d’une majorité silencieuse blessée. «Vous parlez de démocratie, on vous parle de rapports humains, a balancé l’un d’eux. N’obligez pas les gens à voir ce que vous voulez montrer!» Triste réunion, qui a révélé le méchant climat d’insécurité régnant dans le quartier et l’exaspération qu’il suscite chez les nouveaux installés, commerces et artistes branchés en tête. C’est dans leurs ateliers sur rue que les «petites frappes» se pointent le plus souvent. Insultes machistes, intimidations… «Chez moi, en deux ans, ils sont venus quatre fois, explique Estelle, une modeuse qui créée des chapeaux de rêve pour le music-hall. Leur leitmotiv : ton bizness, on va le fermer !»

Chez les vieux grognards du coin, installés là depuis des années, les positions sont moins tranchées. Les « conneries » des délinquants, personne ne les cautionne. Mais le ramdam médiatique provoqué par Marika et ses amis est loin de faire l’unanimité. Au conseil de quartier, beaucoup regrettent que La Mer à Boire n’ait pas fait un «petit effort» pour s’adapter aux «réalités» du cru. S’adapter ou ne pas s’adapter, c’est la question qui tue. Qu’on le déplore ou non, les jeunes du haut Belleville n’ont pas le même décodeur mental que les lecteurs de « Charlie Hebdo ». Pour Leeroy, Sélassié et Loïc, trois grands frères en veine de paroles, La Mer à Boire n’est pas qu’un bar à BD, c’est un océan de fantasmes dont la principale chimère s’appelle le « bourgeois-bohème » ! Le fameux bobo, ils le voient partout, ils en parlent tout le temps, et ils ne l’aiment guère. «Dans les quartiers populaires, on se mélange, on se supporte. Les bobos, eux, ils nous prennent de haut. Ils viennent avec leurs soi-disant Lumières, mais leur arrivée annonce des choses. Leur but, en fait, c’est de nettoyer le quartier et de nous envoyer en banlieue. Si tu veux réussir aujourd’hui, il faut faire le bobo!»

Cette haine un peu confuse du bourgeois étonne. Mais elle s’appuie sur une sourde réalité. Belleville est un territoire à part dans la métropole parisienne. On y retrouve des populations situées aux deux extrêmes de la pyramide sociale. D’un côté donc, les fameux bourgeois-bohèmes, qui investissent les anciens immeubles ouvriers remis à neuf. De l’autre, des familles maghrébines ou noires-africaines, regroupées dans les grands ensembles HLM. D’un côté, la constellation des bars «tendance» et des lofts pour bienheureux. De l’autre, des isolats comme la cité Piat, où se concentrent tous les stigmates de la précarité sociale : 17% de chômage, 22% de familles bénéficiaires d’aides sociales et une petite délinquance suffisamment ancrée pour que le quotidien des habitants soit rythmé par les descentes musclées des flics.

Entre ces deux mondes, les passerelles se sont peu à peu effondrées. Dans son petit atelier de gravure à flanc de colline de la rue des Cascades, Raul Velasco, ancien président des «artistes de Belleville», voit son quartier se «refermer» année après année. «L’espace est devenu à la fois plus cher et plus restrictif. Auparavant, les logements étaient insalubres et la rue servait de salon. Maintenant, les nouveaux venus imposent leurs moeurs et leur argent. On ferme les passages, on pose des digicodes, on «protège» ses enfants en les envoyant à l’école privée. Les gamins ne cassent pas par hasard. Leur révolte n’est pas formulée. Mais ils sentent très bien qu’ils sont persona non grata et que la logique économique ne tardera pas à les chasser.» De fait, si les bourgeois-bohèmes sont souvent les premiers à se réjouir de la mixité colorée du quartier, leur arrivée massive se solde paradoxalement par l’éviction des classes populaires. La pression foncière dont parlent Leeroy et Sélassié est une réalité qui s’impose avec brutalité. Rue des Envierges, la «mauvaise réputation» n’empêche pas les prix d’atteindre 5 000 euros le mètre carré ! Résultat : un titi du quartier ne peut pas se loger sur place, sauf à jouer les Tanguy à perpétuité dans le HLM familial.

Reste que le conflit de classes n’explique pas tout. Lorsqu’en été des bandes de gamins hauts comme trois pommes caillassent les promeneurs du parc de Belleville, la rancoeur sociale cède la place à une hostilité beaucoup plus primaire. Entre Marika et ses tourmenteurs, c’est bien plus qu’une confrontation bobos-prolos qui se joue. «Ce sont deux mondes qui se superposent sur le même espace avec des règles parfaitement antagoniques», explique le sociologue Didier Lapeyronnie. L’univers de la ville, où l’anonymat garantit la liberté de chacun, côtoie le monde de la cité, son omerta et son système d’entraides entre «frères», où tout le monde se connaît. «Pour avoir la paix, il faut connaître tout le quartier, même ceux qui sont morts ou en prison», sourit Makhlouf, le patron des Trois Chapeaux, un «café-tagine-concert», installé rue des Cascades. Makhlouf connaît tout le monde, et cela se sait… Gare en revanche aux nouveaux venus, surtout quand ils se confrontent frontalement aux valeurs du quartier. «Les gars de La Mer à Boire, ils sont arrivés la fleur au fusil! Ils ne savent vraiment pas où ils sont, les patrons…»

Dans ce petit monde construit en réaction aux séductions de Paris-Paname, le sexe, les filles, la religion des pères sont encore des sujets tabous, autant de valeurs auxquelles on ne touche pas. «Il ne faut pas sous-estimer le poids de l’islam, note le géographe Christophe Guilluy (1), voisin de la cité Piat. Ça ne veut pas dire qu’il y a un salafiste à chaque coin de rue, mais l’islam dans les cités parisiennes est culturellement très fort, en termes de référent, même quand les types ne sont pas du tout pratiquants.»

Alors, rupture ? Pas forcément. Des passerelles et des échappatoires existent. Comme le souligne encore Christophe Guilluy, «parler de relégation sociale n’a pas grand sens quand on est à dix minutes du métro et au coeur d’un marché de l’emploi gigantesque». Vivre à Belleville n’est pas une punition. Et tous les enfants de la cité, loin s’en faut, ne sont pas dans la conflictualité. Certains tirent même partie des évolutions en cours. De jeunes patrons de bars kabyles ont su ainsi métamorphoser les vieux tripots communautaires de leurs pères pour les adapter au goût des branchés. De l’autre côté, tous les bobos ne vivent pas nécessairement en parias. Raul Velasco s’est fait voler un Nikon et du numéraire il y a quelques mois par une bande extérieure au quartier. Le «caïd du coin» a été contacté, et le Nikon est revenu dans la journée.

(1) Il a publié « Atlas des nouvelles fractures sociales en France », Editions Autrement.

Voir aussi:

La « ghettoïsation par le haut »
Le Nouvel Obs
18/11/04
Jacqueline de Linares

La première conséquence de cette flambée immobilière, c’est la « boboïsation » spectaculaire des centres-villes qui chasse les classes populaires dans les périphéries. Dans leur remarquable «Atlas des nouvelles fractures sociales en France» (1), les géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé lancent un véritable cri d’alarme sur les conséquences de la «gentrification» des centres-villes où ne cohabitent plus que deux types de population: d’un côté les cadres supérieurs, profs, journalistes, artistes qui ont réussi, de l’autre les immigrés. Exemple: à Lyon dans le 1er arrondissement, ancien fief des canuts, la part des cadres moyens et supérieurs est passée de moins de 20% en 1975 à 65% en 1999. Lille connaît aussi la boboïsation de ses quartiers populaires, comme celui de Wazemmes. A Marseille, le Panier est en voie de gentrification accélérée.

Mais alors, où vont les employés, les ouvriers qui représentent tout de même près de 60% de la population active? D’abord en banlieue, et puis de plus en plus loin à la périphérie, surtout quand ils veulent fuir les cités. On préfère un pavillon bas de gamme très loin de la ville qu’une cité.

Résultat: une «ghettoïsation par le haut» de la société française. D’un côté, ce qu’ils appellent les «centres prescripteurs». Ceux-ci regroupent les catégories les plus impliquées dans la sphère publique (partis, syndicats, associations) qui veillent aux aspirations économiques et sociales des couches supérieures. La ville est pensée en fonction d’eux. De l’autre, les couches populaires, «reléguées spatialement» dans les périphéries sous-équipées, ignorées des politiques, des populations en «panne d’intégration sociale», mais aussi victimes de «relégation culturelle»: ouvrier en milieu rural, petit paysan employé d’un lotissement pavillonnaire bas de gamme, chômeur de banlieue. Autrefois, les classes populaires étaient au moins structurées politiquement – notamment autour du Parti communiste. Aujourd’hui, elles ne constituent plus qu’une France aphone qui s’abstient ou vote aux extrêmes («Lutte ouvrière parfois, Front national souvent»).

Attention, disent en substance nos deux géographes, cette mixité sociale, dont on nous rebat les oreilles, est un leurre absolu. Les ségrégations de demain s’organisent aujourd’hui. Sous nos yeux.

(1) «Atlas des nouvelles fractures sociales. Les classes moyennes oubliées et précarisées», par Christophe Guilluy et Christophe Noyé, Autrement.

On parle très peu de la jeunesse rurale ou périurbaine. L’époque où les enfants des ménages modestes allaient à la ville pour étudier est révolue. Du fait des logiques foncières, l’accès à la ville pour les enfants des catégories populaires est devenu quasi impossible. Sciences-po s’est ouvert aux jeunes des zones urbaines sensibles mais n’a pas pensé aux jeunes ruraux. Culturellement, cette jeunesse est « out ». On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle.

En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. La contradiction est bien là.

Voir également:

Elections présidentielles
Comment Sarkozy a conquis les classes populaires
Ivan du Roy
Témoignage chrétien
25 avril 2007

La bataille du second tour ne se jouera pas seulement au centre. Une part importante des classes populaires ont voté en faveur de la droite dure, de Sarkozy à Le Pen. La fracture politique et culturelle apparue après le 21 avril 2002 n’a fait que s’agrandir. Dangereusement. L’analyse du géographe Christophe Guilluy, qui étudie les nouvelles fractures sociales.

Tout est redevenu normal, se rassurent les grands médias. Pourtant, derrière le traditionnel affrontement gauche-droite de ce second tour, se cache une énorme fracture. La gauche, malgré le 21 avril et le référendum, semble l’avoir oublié. Une grande partie des employés, ouvriers et classes moyennes déclassées, reléguées loin des grands centres urbains, de leur dynamisme économique et culturel, ont permis à Sarkozy de passer la barre des 30% au 1er tour. Paradoxe : si le candidat néo-libéral est élu président, ce sera grâce aux classes populaires. Explications avec le géographe Christophe Guilluy*, co-auteur de l’Atlas des nouvelles fractures sociales (Autrement). Une analyse qui bouscule les discours convenus, du PS à l’extrême gauche.

Quelle est la géographie des fractures sociales ?

Les grandes métropoles concentrent les emplois les plus qualifiés et attirent de plus en plus cadres et classes moyennes supérieures. C’est la ville duale : d’un côté des catégories qui profitent à fond de la mondialisation, de l’autre des poches de logements sociaux qui accueillent les familles les plus modestes, notamment immigrées. La création d’une économie urbaine intégrée à l’économie monde provoque des dommages collatéraux : la déconnexion entre emplois urbains très qualifiés et flux migratoires, d’où un taux de chômage hallucinant dans certaines cités ; l’éviction des classes populaires – et maintenant des classes moyennes les moins aisées – de ces « villes centres » vers l’espace péri-urbain voire rural, à cause de l’augmentation des prix immobiliers. Ce processus se retrouve aussi bien à Paris, Nantes, Marseille ou Lyon.

Les catégories populaires ont aussi suivi le redéploiement industriel loin des grands centres urbains. Il n’existe pas de concentration de logements sociaux dans ces espaces. Dispersés, les ménages en difficulté deviennent presque invisibles. Les services sociaux ont du mal à les repérer. Il n’y a pas de maillage social comme dans les banlieues proches des centres. D’où un sentiment relatif d’abandon. D’autant que la majorité des ménages qui s’installent dans ces espaces sont précaires. Les fractures culturelles s’accentuent de plus en plus.

En quoi la relégation des classes populaires vers les périphéries des grandes villes influence-t-elle les élections ?

La géographie du non au référendum est exactement celle des zones périurbaines, alors que les grandes villes ont voté oui. Les gens qui bénéficient de la mondialisation, qui sont dans une dynamique économique et culturelle plus favorables, sont davantage tournés vers l’extérieur et plus ouverts à l’autre. Ce sont dans les centres que les immigrés sont susceptibles d’être le mieux accueillis. Les catégories supérieures prônent la mixité alors que les catégories populaires y sont plus réticentes. Dans les zones périurbaines et les petites villes, on est davantage dans une logique de repli, notamment identitaire. Le vote FN en 2002, comparé aux moyennes régionales, apparaît fortement dans ces endroits.

Et au premier tour ?

C’est une France plutôt populaire et périphérique qui a permis à Sarkozy de passer les 30%. La carte du vote Sarkozy ressemble à celle du non au référendum. Il a capté une partie de l’électorat populaire du FN, même si le vote Le Pen résiste dans les régions ouvrières. Immigration, insécurité, peur de la mondialisation : Sarkozy semble faire la synthèse entre ces thématiques. On pourrait croire qu’en votant pour lui les électeurs lepénistes reviennent dans une logique républicaine. C’est oublier les thèmes qui ont été mis en avant par le candidat de l’UMP. Cette situation peut être comparée à la carte du vote Bush au Etats-Unis. La révolution néo-conservatrice vient des zones péri-urbaines et rurales. Ici, les classes populaires blanches en dehors des villes votent Sarkozy ou Le Pen. Le vote Royal et Bayrou est sur-représenté à Paris et dans les grandes villes. La rupture culturelle entre ces deux mondes est énorme. Quelle réconciliation est possible dans ces conditions ?

La notion de « France périphérique » a-t-elle été totalement absente du débat ?

Quasiment. Tout le monde a à l’esprit ce chiffre : 80% des français sont urbains. En fait, un quart seulement de la populations vit dans les villes centres, un tiers si on y ajoute les banlieues proches. La majorité des gens vivent donc dans des endroits qui, vu des centre villes, paraissent marginaux. Les zones périurbaines pèsent démographiquement plus que la ville centre alors que les discours abordent peu leurs problèmes. Les salariés du privé à petits revenus sont surreprésentés dans ces zones alors que les cadres et les salariés du public y sont plus rares. Y vivent donc des gens au salaire bloqué, recevant de plein fouet la dégradation des conditions de travail, la hausse de l’essence – la voiture y est le principal moyen de transport – et sont davantage susceptibles de connaître le chômage et la précarité. Regardez la géographie des plans sociaux. Ces territoires sont les plus touchés par les fermetures d’usines alors qu’il y est très difficile de retrouver un emploi. Les Moulinex n’ont jamais retrouvé de boulot.

Les délocalisations ne représentent cependant que 10% des suppressions d’emplois…

Quand un plan social touche une petite ville, il n’y a pas de création d’emploi au même endroit pour compenser la perte. Et la mobilité tend à régresser du fait de la crise du logement. Les ménages ont tendance à rester là où ils ont pu accéder à la propriété, là où ils bénéficient de loyers plus bas. Être mobile à 4000 euros par mois, d’accord, mais au Smic et à plus de 50 ans pour un boulot instable, non. Quand on dresse la carte des jeunes diplômés au chômage, on retombe encore sur les zones périurbaines et rurales, même s’il y a de graves problèmes de discriminations en banlieues. C’est le signe d’un système qui se casse la gueule. Le comble est que ces thématiques – pouvoir d’achat, place des catégories populaires dans la société post-industrielle – sont portées par l’extrême gauche. Je ne suis pas certain que Sarkozy, une fois au pouvoir, en fera sa priorité. Qui alors va exprimer les aspirations des classes populaires ?

Quelles sont les perspectives des jeunes de ces périphéries lointaines ?

On parle très peu de la jeunesse rurale ou périurbaine. L’époque où les enfants des ménages modestes allaient à la ville pour étudier est révolue. Du fait des logiques foncières, l’accès à la ville pour les enfants des catégories populaires est devenu quasi impossible. Sciences-po s’est ouvert aux jeunes des zones urbaines sensibles mais n’a pas pensé aux jeunes ruraux. Culturellement, cette jeunesse est « out ». On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle.

Comment se manifeste cet antagonisme entre périphérie « invisible » et centre où résident « les élites » en dehors des élections ?

Par l’intercommunalité. Les communes périurbaines sont plus petites et peu friquées. Résultat : la ville centre lui impose ses diktats. La question des transports publics est posée à partir des centres dont les préoccupations sont les transports en commun et la réduction de la voiture, alors que celle-ci est incontournable en zone semi rurale. C’est le débat entre mobilité et précarité. Les chômeurs et RMIstes des zones périurbaines rencontrent des problèmes de déplacements pour chercher un emploi. Leurs faibles revenus ne leur permettent pas d’avoir de voitures. En Champagne-Ardenne, une expérience de taxis collectifs a été mise en place par des associations. Mais cela reste des initiatives locales, qui ne sont pas reprises et coordonnées par des politiques publiques. Il y a aussi la question de la fermeture des services publics en milieu rural alors que le taux de fécondité y est plus élevé que dans les centres. Le rural se repeuple mais, pour des raisons comptables, on décide d’y fermer les services publics. C’est anachronique.

La définition de classe moyenne a fait débat pendant la campagne. Que recouvre-t-elle ?

C’est un débat byzantin et inutile. La classe moyenne est un concept culturel. On se moque de savoir si elle démarre à 1000 ou 1500 euros par mois et si elle s’arrête à 3000 ou 4000 euros. Ce qui est important, c’est le sentiment d’y appartenir. Beaucoup de gens, y compris les ouvriers pendant les trente glorieuses, ont le sentiment d’en faire partie, parfois malgré de petits salaires et une certaine précarité. Décrocher de la classe moyenne signifie décrocher culturellement. Le jour où on a l’impression de ne plus en faire partie, on se sent déclassé. C’est la porte ouverte au vote FN. La petite bourgeoisie des villes centres aura plus de mal à voter pour l’extrême droite qu’un déclassé. Le sentiment de déclassement ou de relégation, réel ou supposé, est de plus en plus fort. Cela n’a pas été abordé dans la campagne, ni la question du logement d’ailleurs. Pendant des années on soulève ces questions sociales et, au moment d’en débattre, on parle d’identité nationale.

Recueilli par Ivan du Roy

*Christophe Guilluy, 42 ans, est géographe. « Socio-géographe » devrait-on dire car il est l’auteur avec Christophe Noyé de l’Atlas des nouvelles fractures sociales, édité l’année dernière par Autrement. L’atlas s’est vendu à plus de 13 000 exemplaires selon l’éditeur. Le chercheur et consultant travaille sur la politique de la ville pour l’Etat ou des collectivités locales : évolution démographique des quartiers, bilan des politiques de démolition et de reconstruction… Tel est son quotidien. Un nouvel atlas sera probablement édité dans un an. Les fractures se seront-elle encore aggravées ?

Voir enfin:

La fracture populaire
Christophe Guilluy *
Le Nouvel Obs
21/06/07

Au premier tour de la présidentielle, la gauche et l’extrême-gauche n’ont attiré qu’un tiers de l’électorat populaire. Quand elles votent, ce qui est d’ailleurs de moins en moins le cas, les couches populaires ne choisissent plus le camp du progrès social. Ce constat aurait dû provoquer un aggiornamento de la gauche, au moins un débat sur les thématiques qui ont permis à la droite et à l’extrême-droite de capter le peuple : travail, immigration et insécurité. Il n’en a rien été, au contraire. En faisant exploser les vieilles oppositions héritées de la révolution industrielle, la nouvelle géographie sociale a rendu la France populaire invisible pour la gauche. La France des ouvriers, des petits salariés du secteur privé, des revenus modestes, des précaires est aujourd’hui une « France périphérique », dispersée, périurbaine et rurale. Ce ne sont plus les anciennes banlieues ouvrières qui structurent les nouvelles fractures sociales. Cette « France périphérique », qui est aussi celle des plans sociaux, vit à la marge des métropoles les plus actives, mondialisées et cosmopolites. Inexistante culturellement, elle n’en est pas moins majoritaire et enregistre une forte poussée démographique. Peuplée des salariés les moins protégés des effets de la mondialisation, elle hurle depuis vingt ans sa demande de protection. C’est ce qu’ont très bien entendu Sarkozy et, plus tôt encore, Le Pen. Car ici l’image de la mondialisation, ce n’est pas seulement les délocalisations, c’est aussi l’immigration. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes ( Français ou immigrés ), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social ( du bobo à l’immigré ), la mondialisation est une bénédiction. La contradiction est bien là.

(*) Géographe

2 commentaires pour Boboland: Attention, une exclusion peut en cacher une autre! (Trouble in Bobo paradise)

  1. […] de retrouver, via sa récupération par des sociologues en quête d’un terme commode pour vulgariser leurs analyses de la gentrification (pendant que […]

    J'aime

  2. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    chaque lendemain de soirée ensoleillée,le canal et ses abords se transformenten cloaque. Bouteilles de bière, paquets de chips, déchets divers et variés flottant dans le canal ou s’entassant sur les rives. Et les traces d’urine et de vomi sur les pas-de-porte. Alors, une jeune femme de 32 ans a lancé un compte Instagram pour diffuser les photos du massacre et alerter le maire du Xe arrondissement, qui ne semble pas ému plus que cela. Le Figaros’en est fait l’écho, tout comme Les Inrocks. C’est dire si la cause semblait consensuelle. Pourtant, le journalLibérationa voulu montrer son indignation face à l’action de ces affreux bourgeois dont on précise qu’ils ont payé 8 000 euros le mètre carré, ce qui les range visiblementdans le camp des ennemis de classe. L’argument est de poids: ces riches-là n’aiment pas les pauvres qui sontde sortie dès la canicule venue, «et aussi les étudiants, les djembéistes, les sosiesde Zaz, les futurs festivaliers d’Aurillac, les intérimaires fauchés, les trompettistes amateurs, les buveurs de 8.6 et même les punks à chiens». Ces propriétaires (Libé oublie qu’on peut être locataire à Paris) amateurs d’Amélie Poulain et de son Paris «sépia» (en langage Libé, ça veut dire nostalgique, donc pétainiste, donc nous renvoyant aux «heures sombres, etc.») sont furieux de constaterque leur quartier est véritablement pittoresque, qu’il est resté véritablement parisien et pas gentrifié.

    L’argument aurait de quoi faire hurler de rire de la part d’un journal qui vante les bistrots branchés et pour quile peuple se réduit si souventà des beaufs racistes votant FN.Mais il nous révèle en fait commentune part de la gauche a remplacédans son horizon idéologique le peuple par une entité indéfinie, ces «étudiants, djembéistes, intérimaires fauchés»et autres. Cette foule folklorique a bien sûr le droit d’être sale et de déverserses déchets sur un site jusqu’à lui ôter toute beauté, parce qu’ils sont du côté du «mouvement» et de la «vie». Le même processus incite à ne pas considérer comme des «pauvres»les populations des cités HLM qui à intervalle régulier s’élèvent contre les saletés et dégradations qui massacrent les parties communesde leurs immeubles. Les «pauvres»ne protestent pas, ils ne réclament pas la sécurité et la pauvreté. Les «pauvres», les «damnés de la terre», ce sont les «jeunes» qu’il ne faut pas «stigmatiser» et qui, de ce fait, peuvent imposer des immondices à leurs voisins.

    La meilleure preuve que, dans la lutte des classes sans cesse réinventée,les défenseurs du droit à polluer l’espace public pour cause de divertissement de masse ne sont pas du côté qu’ils croient, c’est que ce que subissent les petits bourgeois du canal Saint-Martin ou les prolétaires des cités du 9.3, on ne permettrait pas une seconde que le subissent les grands bourgeois du XVIe arrondissement ou les dirigeants de Libération aux abords de leur maison de campagne ou de bord de mer …

    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/07/12/31003-20150712ARTFIG00003-natacha-polony-quand-liberation-insulte-les-pauvres.php

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :