Régionales 2010: Ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient plus (France’s voters make the most of their chance to protest in low-stakes regional elections)

Punishment electionsRegional elections (France 2004)Regional elections (France 2010)Les Français ont opté cette année ( ?) pour une forme de cohabitation territoriale avec des régions roses censées équilibrer un pouvoir bleu. Seront-ils bientôt tentés par un retour à la cohabitation politique avec un président de droite et une Assemblée nationale de gauche? Eric Dupin
Je ne vais voter qu’aux présidentielles et aux municipales, car les autres élections ne m’intéressent pas. Auditeur de RTL (mars 2010)
Dans la région Centre, seuls 7% des administrés sont capables de donner le nom de leur président. (…) moins d’un tiers (29%) des Français sont capables d’y répondre spontanément, selon un sondage LH2 rendu public mardi. 6% des sondés citent un autre nom et 65% ne donnent aucun nom. Le Figaro (08.12.09)
En France plus qu’ailleurs, du fait de notre prédilection pour les statuts, les échecs professionnels sont très longs et difficiles à surmonter. Il en résulte une peur de l’avenir qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde, capable de motiver des réactions de repli et de rejet aussi extrêmes qu’un vote FN. Eric Maurin
Toute l’incompréhension française face au libéralisme est là. L’interaction spontanée des acteurs économiques n’est pas vue comme bénéfique pour la prospérité collective, mais comme un égoïsme fauteur de désordre, qu’il faut réprimer ou au moins dépasser. C’est l’esprit du jardin à la française: l’homme doit ordonner la nature, à la façon d’un Le Nôtre traçant des perspectives rectilignes dans la végétation des forêts royales. (…) Mais (…) derrière ces discours idéalistes, il y a, selon Dominique Bourg, «un élan religieux qui vient du christianisme». (…) La politique française demeure infusée d’une aspiration surnaturelle au paradis sur terre. Sylvain Besson
Suite aux résultats des dernières élections régionales que la plupart de nos commentateurs s’obstinent à présenter comme l’échec de la droite et du président Sarkozy …Alors que si du fait de leur manque d’enjeux (leurs pouvoirs se limitant aux transports, écoles et musées et de création récente – moins de 25 ans, un tour les 3 premiers scrutins, 2 tours les 2 derniers – peu de gens connaissent même le nom de leurs conseillers régionaux– de 7, hormis quelques grands ténors comme Ségolène Royal, à 29%!), celles-ci sont surtout effectivement l’occasion de manifester son humeur du moment, le prétendu triomphe de la gauche la fait passer d’une domination de 24 à… 23 régions sur 26 ! (20 métropolitaines et 4 ultramarines contre 21 métropolitaines et 2 ultramarines) …

Tout se passant en fait comme si, comme aux temps bénis des cohabitations Mitterrand-Chirac puis Chirac-Jospin, les Français (et c’est d’ailleurs la carte que jouent explicitement les partis de gauche) s’étaient installés dans une sorte de cohabitation de fait, les régions servant de fait de contrepoids à un Etat perçu comme de plus en plus impuissant face aux menaces de la mondialisation (d’où le contresens total d’un parti gouvernemental alignant jusqu’à 20 ministres – et futurs cumulards jamais là – pour 26 régions !) …

Le tout dans un pays somme toute paradoxalement épargné par la crise par rapport à ses voisins mais qui paie cette protection plus grande par l’aggravation d’un chômage en hausse constante (10%, contre 7.5% et 8% en Allemagne et Grande-Bretagne, mais jusqu’à 26% pour les hommes de moins de 25 ans !) du fait du poids écrasant des charges sociales sur les entreprises qui n’osent plus embaucher (jusqu’à 45% du salaire contre 13% en Grande-Bretagne) …

Intéressant commentaire du sociologue Eric Maurin qui montre en réalité, derrière la hausse de l’abstention (47% contre 35 en 2004 au 2e tour) et du vote Front national, la persistance, depuis au moins une cinquantaine d’années, d’un rejet massif dans le paysage politique français.

Qu’il explique par la peur particulièrement marquée de l’avenir d’une société « parmi les plus fragmentées et les plus inquiètes du monde développé » où, face aux évolutions économiques et du fait de notre « prédilection pour les statuts », « les échecs professionnels sont très longs et difficiles à surmonter ».

D’où un clivage, non pas tant géographique que social, à l’intérieur des classes populaires et moyennes, entre les plus protégés (tous les postes à statuts du public, fonctionnaires et assimilés) et les plus exposés aux évolutions économiques (plutôt dans le privé) et donc au risque de déclassement.

Et ce à chaque grand tournant histoire économique, où tour à tour certains métiers et classes sociales voient leur position s’effondrer, donnant naissance à des mouvements de protestation pour ceux qui ne se sentent plus représentés par les formations politiques traditionnelles.

Du poujadisme des petits commerçants et petits artisans des années 50 au FN des ouvriers des années 1980 et jusqu’à aujourd’hui dans les vieux territoires ouvriers de la désindustrialisation du nord et de l’est du pays.

Mais aussi, avec la globalisation technologique et commerciale actuelle, toute une partie des classes moyennes du secteur privé (représentants de commerce, techniciens, encadrement intermédiaire, contremaîtres, mais aussi agriculteurs, etc. – avant bientôt les cadres du privé ?) menacés par le déclassement tant salarial que résidentiel (avec la flambée des prix de l’immobilier notamment dans les grandes villes).

D’où enfin, par rapport à ces effets structurels et la récession économique actuelle, l’effet relativement marginal des aspects conjoncturels sur lesquels se polarisent nos commentateurs pour stigmatiser le gouvernement en place (débat sur l’identité nationale…), sinon justement comme prétexte ou catalyseur.

Mais un déchirement qui s’aggrave entre les classes moyennes protégées du public arc-boutées sur la défense de leurs statuts qui font le fonds de commerce de la gauche (et qui contrôlent depuis une vingtaine d’années les régions) et les classes moyennes menacées du privé qui, juste avant l’actuelle crise financière et économique, avaient compté sur Sarkozy pour défendre leur niveau de vie, d’où l’actuelle déception.

La question se ramenant ainsi, retraduite par la polarisation droite/gauche, à l’acceptation ou non de l’actuel « mouvement de libéralisation du monde économique tel qu’il se construit », abandonnant les plus démunis au rejet du système incarné par le FN.

Mais aussi, ce que Maurin comme nombre d’analystes et commentateurs bien-pensants semblent étrangement se refuser à voir, à l’impact d’une immigration (régulière ou irrégulière) non seulement en hausse mais surtout, pour les derniers arrivés qui commencent eux-mêmes à progresser dans l’échelle sociale et à revendiquer, sur fond de radicalisation islamiste et de terrorisme, de meilleurs conditions et une plus grande reconnaissance de leur culture et religion, plus visible dans un monde du travail où les places sûres deviennent rares et donc chères.

D’où effectivement la chance nouvelle, pour un FN menacé par l’élèvation générale du niveau d’études et la diminution consécutive de la proportion de non ou peu diplomés qui faisaient traditionnellement son fonds de commerce, de se positionner sur une question qui continue à rester tabou (et qu’avait commencé à prendre en compte un Sarkozy) et d’accéder ainsi, en « agitant, comme on dit, la peur de l’islam » et en se présentant comme défenseur de la laïcité, à des milieux traditionnellement hostiles à l’extrême-droite (comme le monde enseignant ?).

Mais également, deuxième étrange omission de Maurin mais du côté des plus diplomés cette fois, l’autre exception française qu’est ce si caractéristique foisonnement de groupuscules d’extrême-gauche qui agace tant nos voisins (certes en baisse dans les dernières élections régionales du moins du côté du petit facteur de Neuilly mais apparemment récupéré par le front de gauche du stal Mélanchon) que décrit bien dans son dernier article le correspondant du quotidien suisse francophone Le Temps Sylvain Besson.

Qui explique « toute l’incompréhension française face au libéralisme » par une vision négative (toute catholique ?) de « l’interaction spontanée des acteurs économiques vue non pas comme bénéfique pour la prospérité collective mais comme un fauteur de désordre qu’il faut réprimer ou au moins dépasser »

Derrière laquelle se cacherait rien de moins qu’un « élan religieux qui vient du christianisme » « depuis la Révolution qui voulait remplacer le Dieu de la Bible par l’Être suprême, en passant par la croyance marxiste dans un avenir rendu radieux par la science et l’émancipation des travailleurs, « la foi dans des lendemains meilleurs, l’engagement passionné au service du progrès social (…) présentés comme des substituts nécessaires et possibles à la foi dans le salut de l’âme ». Autrement dit, « la politique française demeure infusée d’une aspiration surnaturelle au paradis sur terre ».

Sauf qu’outre la «déprime post-messianique» d’un pays orphelin entrainée par l’effondrement de l’Union soviétique et le « discrédit plus global des espérances révolutionnaires » et les « trois chocs fondateurs du sarkozysme » (Le Pen au 2e tour de la présidentielle de 2002, rejet de la Constitution européenne et émeutes des banlieues de 2005), ce « mythe d’une nation communiant dans la ‘passion de l’égalité’ » est naturellement « démenti par les faits: fossé grandissant entre élites diplômées, qui s’auto-reproduisent, et lumpenprolétariat de travailleurs pauvres; régime pyramidal où le peuple vote peu et décide peu; ségrégation des quartiers HLM dont les noms -cité des Poètes, des Musiciens, Pablo-Picasso… – apparaissent comme autant d’appellations mensongères, plaquées sur une réalité laide ».

Doublé d’un autre « formidable contresens français », « celui d’un pays qui peste volontiers contre ‘la dictature des marchés’, tout en dépendant d’eux depuis trente ans pour financer ses dépenses courantes, au point d’accumuler une dette de 140 milliards d’euros ».

Pendant que ses philosophes les plus en vogue comme le néostal Alain Badiou (73 ans au compteur) rêve[nt] de la révolution mais vi[ven]t pépère[s], comme un fonctionnaire de l’Etat» (il enseigne à l’Ecole normale supérieure) ou ses intellectuels radicaux «se réfugient dans une sorte de nihilisme ludique» (« saccage des vitrines et du mobilier urbain de Poitiers par un collectif anti-carcéral, en octobre, ou dans les coupures sauvages d’électricité pratiquées à l’occasion d’une grève chez EDF, en avril ») …

Eric Maurin, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)
« En France, la peur de l’avenir n’a pas d’équivalent ailleurs »
Propos recueillis par Luc Bronner
Le Monde
24.03.10

Eric Maurin, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), est l’auteur de La Peur du déclassement (Le Seuil).

Comment analyser les résultats de l’élection régionale ?

Les scrutins se suivent et se ressemblent, sourdement dominés par l’abstention et le vote Front national. Beaucoup de commentateurs insistent sur le caractère volatil des électeurs mais ce qui me frappe, c’est plutôt la persistance d’un rejet massif. Toute une partie de la population vit aujourd’hui dans la peur du lendemain et ne se sent pas représentée. Les régionales sont à bien des égards une réplique de scrutins antérieurs, comme 2002 ou 2004, même si la défiance peut prendre des visages différents selon la conjoncture politique. Ce climat est installé depuis longtemps dans le paysage politique français. Il est caractéristique d’une société parmi les plus fragmentées et les plus inquiètes du monde développé.

La géographie des comportements protestataires a-t-elle évolué ?

Pour moi, la première clé de lecture n’est pas géographique mais sociale. Le clivage central de la société se situe entre ceux dont l’avenir est protégé et ceux que menace la violence du marché du travail et des évolutions économiques. Ce clivage traverse les classes populaires et les classes moyennes. Il n’y a pas une seule « classe moyenne », une seule « France d’en bas », mais plusieurs, très inégalement exposées au risque de déclassement, les unes défendant des statuts chèrement acquis, les autres bataillant pour en obtenir, souvent en vain.

De fait, à chaque grand tournant de notre histoire économique, comme celui que nous vivons actuellement, certains métiers, certaines classes sociales voient leur position s’effondrer. Dans les années 1950, avec l’avènement de la société salariale, cela a été le cas du monde des petits commerçants, des petits artisans – ce qui a donné naissance au poujadisme. Dans les années 1980, c’est la classe ouvrière, celle du monde industriel traditionnel, qui a pris la mutation économique de plein fouet – d’où l’explosion initiale du Front national et sa persistance aujourd’hui dans les vieux territoires ouvriers de la désindustrialisation, comme le Nord-Pas-de-Calais ou l’est de la France.

Avec la globalisation technologique et commerciale, nous assistons désormais à un nouveau tournant : toute une partie des classes moyennes du secteur privé – les représentants de commerce, les techniciens, l’encadrement intermédiaire, les contremaîtres, mais aussi les agriculteurs, etc. – se retrouvent en grande difficulté, tant sur le plan du pouvoir d’achat que sur le plan résidentiel.

Ce mouvement de déclassement reste, pour l’heure, relativement contenu. Mais la question, c’est de savoir ce qui se passera, d’un point de vue électoral, si la crise s’étend encore aux cadres du privé par exemple. Jusqu’où, alors, progressera le discours de rejet ?

Cela signifie que les aspects conjoncturels (débat sur l’identité nationale…) n’ont en réalité qu’un effet limité sur les votes ?

Probablement. Les éléments structurels sont toujours déterminants. Et s’il existe un élément conjoncturel, c’est avant tout la récession économique : elle accroît le déchirement entre les classes moyennes du public, qui perçoivent la remise en cause de leurs statuts comme injuste, et les classes moyennes du privé, qui se sentent plus que jamais abandonnées face aux destructions d’emplois. Les classes sociales les plus menacées dans leurs statuts sont traditionnellement les plus proches de l’abstention ou du FN.

Dans sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy avait stigmatisé les fonctionnaires et promis qu’il défendrait le niveau de vie des catégories les plus affectées par la désindustrialisation. Or M. Sarkozy, pas plus qu’un autre, ne peut faire face à la concurrence de la Chine sur l’industrie européenne par exemple. D’où la déception d’une partie de son électorat, tant idéologique qu’économique. Le débat sur l’identité nationale a juste contribué à réactiver la répulsion qu’opère M. Sarkozy chez beaucoup de gens de gauche.

Le FN a-t-il retrouvé un espace politique ?

L’économie moderne postfordiste rejette en permanence une partie de la population sur le bord de la route, plus ou moins durablement déclassée. Du coup, les scrutins ne sont plus simplement polarisés entre droite et gauche, mais également par le clivage entre ceux qui adhèrent et ceux qui rejettent le monde économique tel qu’il se construit, autour des valeurs libérales notamment. Comme toute formation qui prône le rejet du système, l’extrême droite tire profit de cette polarisation fondamentale de l’électorat.

En France plus qu’ailleurs, du fait de notre prédilection pour les statuts, les échecs professionnels sont très longs et difficiles à surmonter. Il en résulte une peur de l’avenir qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde, capable de motiver des réactions de repli et de rejet aussi extrêmes qu’un vote FN.

Dans un sondage publié par « Le Monde » en janvier, les valeurs du FN (peine de mort, immigration…) apparaissaient en recul. Comment le comprendre ?

La cible traditionnelle du FN est principalement constituée d’électeurs peu diplômés. Elle a tendance à se réduire parce que la proportion de diplômés augmente. Le FN fait donc évoluer ses idées. En agitant la peur de l’islam, ses dirigeants se positionnent sur la laïcité, ce qui leur permet sans doute d’avoir un écho dans des milieux qui, traditionnellement, votent peu pour l’extrême droite. Je suis curieux, par exemple, de voir si le FN progresse dans des milieux comme le monde enseignant.

Voir aussi:

France, les derniers utopistes
Sylvain Besson
Le Temps
22 mars 2010

Insatisfaits du capitalisme, les Français continuent de nourrir une espérance quasi religieuse en la politique. Ce trait de caractère, qui agace à l’étranger, retrouvera-t-il sa raison d’être à la faveur de la crise? Avec cet article, Sylvain Besson quitte son poste de correspondant à Paris. Il prendra d’autres fonctions au sein de la rédaction du «Temps» en avril

Le village gaulois existe encore, dans les têtes et dans les sondages. En novembre 2009, pour les vingt ans de la chute du mur de Berlin, la BBC a demandé aux habitants de 27 pays leur jugement sur le capitalisme. Comme presque toujours dans ce genre d’enquête, la France est sortie du lot: 43% des personnes interrogées y répondaient que «le capitalisme est fondamentalement vicié, il faut un système économique différent».

Dans le monde, seul le Mexique, avec 38%, approchait ce score. En Europe occidentale, 29% des Espagnols – autres grands sceptiques sur
les vertus du marché – jugent le capitalisme «fondamentalement vicié», et à peine 8% des Allemands.

Ce n’est pas tout: en plus de rejeter le modèle économique dominant, les Français sont aussi le peuple le plus critique sur sa propre organisation sociale. En septembre 2009, dans un autre sondage de la BBC, 84% d’entre eux affirmaient que la richesse était répartie injustement dans leur pays, un résultat sans équivalent sur la planète.

Malgré bientôt trois ans de sarkozysme, l’exception française demeure bien vivante. Le dirigeant du plus grand syndicat du pays, Bernard Thibault de la CGT, reste encarté au Parti communiste. La principale formation de gauche, le Parti socialiste, continue de revendiquer l’héritage des communards qui voulurent renverser l’Etat et brûler les monuments de Paris en 1871. Le président de la République se réclame toujours d’un document de 1944, le programme du Conseil national de la Résistance, qui prévoit «une organisation rationnelle de l’économie, assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général».
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Toute l’incompréhension française face au libéralisme est là. L’interaction spontanée des acteurs économiques n’est pas vue comme bénéfique pour la prospérité collective, mais comme un égoïsme fauteur de désordre, qu’il faut réprimer ou au moins dépasser. C’est l’esprit du jardin à la française: l’homme doit ordonner la nature, à la façon d’un Le Nôtre traçant des perspectives rectilignes dans la végétation des forêts royales. Le 4 décembre dernier, lors d’un colloque à l’Ecole militaire de Paris, le premier ministre François Fillon a érigé cette propension à mêler «l’esprit de géométrie avec le sens de l’utopie» en trait constitutif de «l’identité nationale».

Dans cette optique, il ne peut y avoir d’ordre naturellement juste, seulement des situations imparfaites qui peuvent être améliorées – à condition de le vouloir. C’est le fameux «volontarisme», dont tous les candidats à la présidence doivent se réclamer pour être élus.

(…)

Chez les voisins d’Europe du Nord, qui se considèrent comme plus pragmatiques et performants, cette prétention française à dompter le chaos est source d’infinis sarcasmes. Dans le domaine économique, on y voit une preuve de naïveté, d’archaïsme, d’ignorance face à la globalisation.

Mais il y a une autre manière de voir ce trait de caractère: comme une soif inassouvie d’utopie, une recherche d’alternative à un système dont on sait qu’il ne peut être le dernier mot de l’histoire humaine. Un refus orgueilleux, aussi, des évidences du monde.

«C’est quelque chose que j’apprécierais plutôt chez les Français, commente Dominique Bourg, figure française de la pensée écologique, qui enseigne à l’Université de Lausanne. D’une certaine façon, je préfère cette constante de râleur international à la façon dont beaucoup de peuples se sont couchés devant un système où 2% de la population mondiale possède 50% des richesses, et où 50% se partagent 1%.»

Même assourdis, les échos de cette quête d’absolu continuent de traverser la classe politique. On l’a vu le week-end dernier, au premier tour des élections régionales, lorsque Martine Aubry du PS et Cécile Duflot des Verts ont souhaité l’avènement d’une «société plus douce».

Derrière ces discours idéalistes, il y a, selon Dominique Bourg, «un élan religieux qui vient du christianisme». Dans un essai paru en 2006, Fragments d’un discours réformiste (Ed. de L’Aube), le socialiste Laurent Baumel en a retracé la filiation. Depuis la Révolution, qui voulait remplacer le Dieu de la Bible par l’Etre suprême, en passant par la croyance marxiste dans un avenir rendu radieux par la science et l’émancipation des travailleurs, «la foi dans des lendemains meilleurs, l’engagement passionné au service du progrès social se sont présentés comme des substituts nécessaires et possibles à la foi dans le salut de l’âme». La politique française demeure infusée d’une aspiration surnaturelle au paradis sur terre.

Voilà qui explique le foisonnement de groupuscules communistes dans les grandes manifestations, ou le fait que la gauche radicale recueille encore plus de 10% des voix aux élections. Aberrantes vues de l’étranger, ces spécificités françaises ont le mérite, selon Laurent Baumel, d’empêcher que la politique ne se réduise à une simple alternance gestionnaire, entre réformisme de centre droit et réformisme de centre gauche. Mais l’effondrement de l’Union soviétique, et le discrédit plus global des espérances révolutionnaires, a laissé son pays orphelin. Ou, comme il le dit, en proie à une «déprime post-messianique».

Tout le problème, bien sûr, est de savoir quel serait le contenu d’une alternative française au capitalisme dominant. Les trois chocs fondateurs du sarkozysme – Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, le rejet de la Constitution européenne et les émeutes des banlieues en 2005 – ont accrédité l’idée d’un ébranlement irrémédiable du «modèle républicain» traditionnel. Son postulat central, le mythe d’une nation communiant dans la «passion de l’égalité», est démenti par les faits: fossé grandissant entre élites diplômées, qui s’auto-reproduisent, et lumpenprolétariat de travailleurs pauvres; régime pyramidal où le peuple vote peu et décide peu; ségrégation des quartiers HLM dont les noms -cité des Poètes, des Musiciens, Pablo-Picasso… – apparaissent comme autant d’appellations mensongères, plaquées sur une réalité laide ».

Le plus formidable de ces contresens français reste celui d’un pays qui peste volontiers contre la «dictature des marchés» – un mot des altermondialistes d’Attac, repris par Nicolas Sarkozy –, tout en dépendant d’eux depuis trente ans pour financer ses dépenses courantes, au point d’accumuler une dette de 1400 milliards d’euros (plus de 2000 milliards de francs).

Devant tant de contradictions, on comprend que les radicaux d’aujourd’hui se soient réfugiés dans les bois (lire LT du 23.04.2009), ou dans des villages du Massif central, où de petites communautés réapprennent le travail de la terre. A l’instar du groupe de Tarnac, accusé par les autorités de sabotage de lignes TGV, et dont le livre L’insurrection qui vient a connu un succès quasi planétaire. Mais cette contestation par le mode de vie vise à fuir le monde, faute de pouvoir le changer. «C’est plus raisonnable, juge Dominique Bourg, on ne pense plus que la Jérusalem céleste va descendre sur terre.»

Dans la sphère intellectuelle, la quête d’alternatives tourne à vide. Le plus en vogue des philosophes français du moment, le communiste Alain Badiou, 73 ans, est sans doute le dernier à proposer un changement radical de système par la révolution. Et même si son éditeur, La Fabrique, est aussi celui de L’insurrection qui vient, lui semble peu goûter la frugalité de la vie à la ferme et des potagers cultivés à la main. «C’est typique de la gauche française, estime Dominique Bourg. Badiou rêve de la révolution mais vit pépère, comme un fonctionnaire de l’Etat» (il enseigne à l’Ecole normale supérieure).
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Selon le professeur lausannois, «même l’hypergauche ne croit plus aux lendemains qui chantent», et les intellectuels radicaux «se réfugient dans une sorte de nihilisme ludique». Cette tendance s’est manifestée dans le saccage des vitrines et du mobilier urbain de Poitiers par un collectif anti-carcéral, en octobre, ou dans les coupures sauvages d’électricité pratiquées à l’occasion d’une grève chez EDF, en avril. Dans tout cela, on cherche en vain une école de pensée, ou une personnalité capable de structurer un projet de civilisation différent.

La France étant ce qu’elle est – insatisfaite, dissidente à l’ordre établi, en pensée sinon en actes – il y a fort à parier que d’autres, quelque part, continuent de chercher. L’idéal des Lumières, «le progrès par la liberté de la raison», garde son actualité, écrivait le philosophe Marcel Gauchet en 2008 dans sa revue Le Débat. Avec la crise financière, et le discrédit au moins partiel du libéralisme, la vieille utopie française d’une humanité prenant en main son destin, pour inventer une société meilleure, peut retrouver sa raison d’être. A condition de lui donner un contenu qui soit autre chose qu’un pâle reflet des illusions du passé.

Voir également:

France’s regional elections
The strange unpopularity of Nicolas Sarkozy
The Economist
Mar 11th 2010

The ruling party of Nicolas Sarkozy is bracing itself for a bad result in France’s regional elections

THIS ought to be a buoyant time for Nicolas Sarkozy. France’s economy is holding up better than its neighbours’: GDP rose by 0.6% in the fourth quarter of 2009 over the previous quarter, whereas it was flat in Germany. No big French bank has had to be rescued, nor has there been a wave of mortgage repossessions. The top 40 quoted companies have just reported combined profits of €47 billion ($64 billion) for 2009. The French president has a big parliamentary majority and faces no credible opposition leader. He even has a popular prime minister, François Fillon.

Yet Mr Sarkozy faces an imminent political humiliation, as disillusioned voters snub him in regional elections. The two-round poll, being held on March 14th and 21st, will elect governments in France’s 22 mainland regions (plus four overseas). All the opinion polls agree that the results will be terrible for Mr Sarkozy’s ruling UMP party. As it is, the party runs only Alsace and Corsica. With turnout likely to be low, and uncertainty over the vote for the far-right National Front, there could still be a surprise. But even the UMP has resigned itself to at best one region gained—and, at worst, Corsica and even Alsace lost.

In part this is just mid-term blues. At the previous regional poll in 2004, when Jacques Chirac was president, the Socialists also swept the board. Regional elections offer a chance to register a protest vote or an abstention, since for most voters the stakes are low. Despite winning more autonomy, French regions, which run services like transport, schools and museums, do not have the powers of German states. Their combined budget of some €28 billion in 2009 is little over a third of the combined budget of France’s departments—the level of government below regions.

Few voters feel attached to their regions, which were created only in 1986; fewer still know who runs them. Just 29% of respondents could name their regional president, according to LH2, a polling group. The best-known, identified by 85%, was Ségolène Royal, the defeated Socialist ex-presidential candidate who is president of Poitou-Charentes. François Bonneau, president of Centre, was correctly named by a paltry 7% of his own electorate.

Another factor is the strange disconnect between the Socialist Party at local level, where it is credible, and on the national stage, where it is not. Martine Aubry, the party’s boss, has criss-crossed France on the campaign trail, but it is local candidates who seem to count more. In Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, the incumbent president, looks like being re-elected, despite being kicked out of the party for an anti-Semitic slur. On this basis the regional elections may have little bearing on the prospects for the 2012 presidential election.

Why are the French so fed up and so ready to protest at the ballot box? One reason is that it is little comfort, in the midst of an economic slump, to be told that life is even harder next door. The French may have been spared the worst of the speculative bubble, but they have been badly battered by unemployment, the economy’s longstanding weak spot. The jobless rate is now above 10%, its highest for over ten years, compared with 7.5% in Germany and 8% in Britain.

Unemployment among men under 26 is as high as 25%. Night after night, French television news seems to announce yet more job losses and factory closures. Last year, protesting workers went in for “boss-napping” in protest. The cumulative effect is to spread fearfulness.

Mindful of this, Mr Sarkozy has tried to apply his interventionist, action-man approach to industry. In a speech after visiting a helicopter factory near Marseille earlier this month, he announced that the state would keep a closer watch on the strategy of any company in which it had a stake. He also repeated that he “would not accept” such firms making cars outside France that are intended for the French market. He has summoned bosses to the Elysée, squeezing out concessions just in time for the evening news. When Total recently said that it would close an oil refinery employing 370 workers in Dunkirk, its boss, Christophe de Margerie, had to fly back from New York to meet the president. Total then promised not to make any compulsory redundancies and to keep another five refineries open for the next five years.

The trouble is that, as time passes, all such efforts seem palliative at best. Mr Sarkozy has pledged to keep factories open before, only for them to close once the TV cameras move on. When it comes to jobs and industry, the French seem to doubt his ability to keep his promises. This is upsetting voters who elected Mr Sarkozy precisely because of his energetic, can-do approach. Among his personal qualities, he is still considered “determined” by 76% and “authoritative” by 70% of respondents, says a survey by Ipsos, a pollster. Yet only 42% find him “efficient”.

The underlying flaw in French industrial policy is not a lack of strategic oversight by the state, but the crushing weight of payroll charges for employees who are paid above the minimum wage. For employers, these add up to 45% of salary in France, against 13% in Britain. They deter firms from hiring or expanding. Mr Sarkozy knows this full well. He even mutters periodically about doing something to remedy it. Yet, in today’s restless popular mood, he seems to calculate that he cannot push the trade unions too far.

The same may hold for pension reform, which Mr Sarkozy has vowed to pursue after the regional elections. He wants to raise the retirement age from 60, which is well below Germany’s level. Yet this is likely to trigger fierce resistance on the streets, with protesters no doubt emboldened by the government’s poor regional results.

Maybe Mr Sarkozy will have to turn, for once, to his prime minister. The man whom Elysée staff used to nickname “Mr Nobody” has a higher popularity rating than the president, and a glowing press. One recent news magazine even splashed “President Fillon” on its cover. Mr Sarkozy has already suggested that there will be no ministerial reshuffle, however bad the regional results are. So Mr Fillon may be his best weapon for taking on tough reform. If he fails, Mr Sarkozy could at least copy Mr Chirac’s old tactic of blaming his prime minister—and then sacking him.

Voir enfin :

http://www.directgestion.com/sinformer/dgmag/5656-les-classes-moyennes-sont-mal-dans-leur-bien

DG Mag
Les classes moyennes sont mal dans leur bien

18/02/2010

La propriété n’est plus un aboutissement, ni même une garantie.

La question du logement est généralement peu évoquée dans le monde de l’entreprise. Les besoins des salariés en la matière sont mal connus. Pour remédier à ce déficit de diagnostic, la Confédération Française de l’Encadrement-CGC, au travers de l’Association pour la promotion et l’étude du logement des salariés, a demandé à l’Université Paris-Dauphine de réaliser un état des lieux du logement des classes moyennes

Un malaise perceptible dans les opinions des ménages
Selon l’étude menée par questionnaire auprès de quatre mille ménages représentatifs de la population active française, les classes moyennes ne manquent pas de motifs d’insatisfaction vis-à-vis de leur situation résidentielle. Elles déplorent principalement le manque d’espace (25% le déclarent comme motif d’insatisfaction), la cherté de leur logement (16%) et leur exposition au bruit (15%). Elles sont aussi insatisfaites vis-à-vis de leur quartier (9%) et de l’inconfort de leur habitation (7%). Enfin, elles se disent confrontées à de réelles difficultés d’accès aux transports (20%) et au lieu de travail (13%) ainsi qu’aux commerces (12%), aux espaces verts (11%) et aux écoles (6%), bref à tout ce qui fait le quotidien.

Le logement, facteur d’éclatement des classes moyennes ?
Les classes moyennes ont longtemps été associées à un imaginaire de progrès et à l’idée de démocratisation de la société. En matière de logement, elles ont connu pendant les Trente glorieuses des trajectoires résidentielles ascendantes massivement marquées par l’amélioration des conditions de logement et l’accession à la propriété. Une communauté de destin et d’aspirations semblait alors les unir.
Après avoir été secouées par trois décennies de mutations économiques, les classes moyennes risquent aujourd’hui l’éclatement. Le logement en témoigne : autrefois garant et marqueur d’une distinction de « classe », il est désormais un puissant facteur de différenciation interne. C’est aussi la source de décalages inédits entre statut social et conditions matérielles de vie. Le malaise résidentiel qui en découle alimente de nombreuses frustrations et insatisfactions. Il trouve un de ses symptômes les plus aigus dans les difficultés d’accès à la propriété que rencontre une part croissante de ménages.

Qui sont les principales victimes du malaise résidentiel ?
Le mal-logement est un problème saillant mais l’onde de choc du malaise résidentiel se propage jusqu’aux classes moyennes, en tous cas jusqu’à ses franges les plus modestes qui, en matière de logement, ont peu à envier aux classes populaires. Le phénomène touche en premier lieu le tiers « inférieur » des classes moyennes, c’est-à-dire des professions intermédiaires, voire ces cadres qui gagnent moins de 1800 euros nets par mois. Il révèle le risque de déclassement qui pèse sur cette fraction des classes moyennes marquée par une nette surreprésentation des femmes, jeunes, célibataires et familles monoparentales. Les principales causes de décrochage trouvent leur explication dans la fragilisation des parcours professionnels, avec son lot de chômeurs, salariés précaires et travailleurs déclarant un temps partiel subi. La baisse du pouvoir d’achat aussi est en cause. Elle résulte de la faible progression des revenus et de la hausse des dépenses contraintes, en particulier de l’augmentation du coût du logement. Sur le plan résidentiel comme sur le plan professionnel, l’ascenseur n’est pas seulement en panne, pour certains, il descend.

Les difficultés d’accès à la propriété, un symptôme du malaise résidentiel
Le malaise résidentiel des classes moyennes trouve un de ses symptômes les plus aigus dans les difficultés d’accès à la propriété que rencontre une part croissante de ménages. Ces difficultés sont principalement liées à un problème de pouvoir d’achat qui résulte de la faible progression des revenus et de la hausse des dépenses contraintes, en particulier de l’augmentation du coût du logement, après dix années de flambée des prix immobiliers qui ont porté le taux d’effort des ménages à près de 40%, soit à un niveau supérieur aux seuils tolérés par les banquiers pour l’accès à un prêt immobilier.
Les difficultés d’accès à la propriété touchent à un symbole. La propriété en effet, après avoir justement été le symbole de l’émancipation des classes moyennes, reste, pour tous, un symbole de réussite. C’est bien plus qu’un investissement patrimonial. C’est un véritable statut social. Un statut social, et c’est un phénomène nouveau, qui vient aujourd’hui différencier les classes moyennes entre elles alors qu’il était autrefois un des dénominateurs de leur destin commun. Face à la propriété en effet, les classes moyennes n’apparaissent plus égales. En particulier, la classe moyenne inférieure décroche. Elle va même jusqu’à partager le sort des classes populaires, avec son taux de propriété inférieur à 40%, contre respectivement 54% et 63% pour les classes moyennes intermédiaire et supérieure.

La perte du statut de propriétaire, signe et facteur de décrochage
Lorsqu’elle peut finalement accéder à la propriété, la classe moyenne inférieure apparaît particulièrement mise à l’épreuve. Le dernier Rapport sur le Mal-Logement de la Fondation Abbé Pierre fait état de ses difficultés à payer ses charges et ses remboursements de prêts. Ce rapport, de son côté, va jusqu’à pointer ses difficultés à conserver son statut même de propriétaire en révélant un taux de près de 30% de ménages confrontés à la perte du statut de propriétaire lors de leur dernier déménagement.
Avec ce taux record, la classe moyenne inférieure non seulement décroche de nouveau par rapport aux classes moyennes intermédiaire et supérieure, mais elle s’avère encore plus sensible que les classes populaires aux aléas de la vie, en l’occurrence à l’instabilité professionnelle et familiale qui, avec l’insuffisance des ressources et la perte d’emploi, sont au motif de la perte de la propriété.
Le phénomène est nouveau par son ampleur. Il révèle un fait de taille : à savoir que la propriété n’est plus un aboutissement, ni même une garantie. C’est le signe que les classes moyennes peuvent désormais connaître des parcours résidentiels descendants, alors que la principale caractéristique de leurs trajectoires était justement qu’elles suivaient une pente ascendante, c’est-à-dire que chacune de leurs étapes marquait un pas vers plus de confort et de sécurité.

Vers des parcours descendants ?
Les classes moyennes sont 40% à avoir le sentiment de ne pas avoir amélioré leurs conditions de logement lors de leur dernier déménagement et près de 10% à avoir connu une dégradation de ces conditions. Ce constat aussi est symptomatique si l’on considère que la stabilité, autant que le recul, vont contre le principe d’aspirations croissantes qui est caractéristique des classes moyennes. C’est le signe que le moteur est grippé.

Contribution : Université Paris Dauphine. Confédération française de l’encadrement-CGC au titre de l’Association pour la promotion et l’étude du logement des salariés.

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One Response to Régionales 2010: Ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient plus (France’s voters make the most of their chance to protest in low-stakes regional elections)

  1. jcdurbant dit :

    Voir aussi l’intéressant commentaire des Echosnoclastes:

    « En matière politique, les électeurs de la V e République ont intuitivement compris que pour contrebalancer un pouvoir exécutif fort, on ne pouvait attendre du Parlement qu’il joue son rôle de contre-pouvoir. A deux reprises déjà, en choisissant la cohabitation, ils ont installé la contestation au sein même du gouvernement. La gifle que le vote des Français a infligée dimanche dernier à l’UMP n’est sans doute pas étrangère à ce mode de raisonnement. »

    Augustin Landier et David Thesmar

    Même s’ils oublient que l’expérience de Milgram peut être interprétée d’autres manières:

    « Ces résultats furent largement interprétés comme la démonstration de l’énorme puissance de l’autorité sur l’esprit humain. En effet, les résultats peuvent être compris en partie en ces termes. Mais il y a une autre interprétation : ces personnes ont appris que quand les experts leur disent que quelque chose est bien, cela est probablement le cas, et ce même si cela n’apparaît pas ainsi. (En fait, il vaut la peine de noter que dans le cas en question, l’expérimentateur avait effectivement raison: il était légitime de continuer à infliger des chocs électriques « – même si la plupart des sujets n’en suspectaient pas la raison). Ainsi, les résultats de l’expérience de Milgram peuvent également être interprétés comme motivés par l’expérience passée des gens concernant la fiabilité des autorités. »

    Robert Shiller

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