Zone Xtrême/Experts piégés: Quand nos psys perdent contact avec la (télé)réalité (Look who’s punking who now?)

Milgram experiment (1960-1963)Télétrochoc
Punk'd
Les exigences de l’autorité promue par la voie démocratique peuvent elles aussi entrer en conflit avec la conscience. L’immigration et l’esclavage de millions de Noirs, l’extermination des Indiens d’Amérique, l’internement des citoyens américains d’origine japonaise, l’utilisation du napalm contre les populations civiles du Viêt Nam représentent autant de politiques impitoyables qui ont été conçues par les autorités d’un pays démocratique et exécutées par l’ensemble de la nation avec la soumission escomptée. Stanley Milgram (1974)
La civilisation est caractérisée, avant tout, par la volonté de ne pas faire souffrir gratuitement nos semblables. Selon les termes de cette définition, ceux d’entre nous qui se soumettent aveuglément aux exigences de l’autorité ne peuvent prétendre au statut d’hommes civilisés. Harold Laski (cité par Milgram)
Laisser croire que, sans menace physique, »80% des gens » seraient susceptibles d’accepter de faire souffrir un innocent si on leur en donnait l’ordre est faire insulte à l’intelligence des individus qui ont refusé le postulat de base du jeu pilote. Si l’on se fie aux chiffres de l’équipe de Zone Xtreme, le « documentaire » diffusé en grandes pompes hier sur France 2, 80% d’entre eux environ (2600 sur 13000 des personnes sollicitées) ont répondu négativement à l’idée d’y participer. Véronique Anger
C’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui. Rémi Gaillard
Deux adeptes des marchés efficients marchent dans la rue et voient sur le trottoir un billet de 100$; aucun des deux ne se penche pour le prendre, pensant que si c’était un vrai billet de 100$, quelqu’un l’aurait déjà ramassé. Blague du billet de 100 dollars
Shiller donne l’exemple de deux restaurants situés côte à côte et dont l’ouverture a lieu le même jour. Un premier client arrive, ne sait pas lequel est le meilleur, et en choisit un au hasard. Quelques minutes plus tard, un autre client se présente. Voyant une personne en train de manger dans le premier et personne dans le second, il choisit – de façon assez logique – le premier. Et ainsi de suite. Deux heures plus tard, le premier restaurant est bondé et le second vide, alors qu’il est pourtant peut-être bien meilleur. Appliqué aux marchés, cela donne : « Je ne sais pas pourquoi le marché monte, mais, puisqu’il monte, c’est que des investisseurs disposent d’informations les incitant à acheter, donc je vais acheter aussi. » On n’est plus au restaurant, mais à Wall Street ou chez Lehman Brothers. Le Monde
J’étais convaincu que Milgram obtenait des chiffres élevés –62% dans son cas- parce qu’il inscrivait son expérience dans le cadre d’une institution alors très valorisée et respectée : la science. Je pensais que seul ce contexte de légitimité pouvait donner un pouvoir prescriptif sur un individu sans qu’on exerce un pouvoir formel, hors de toute structure pas comme des soldats nazis ou des GI qui balancent du napalm… (…) On se disait toutefois que le pouvoir de la télévision manquait de légitimité et de caractère formel. On n’y croyait pas trop, en réalité. On se trompe, des fois… (…) Un levier essentiel, c’est la familiarité qu’on entretient avec la télévision, comme objet domestique. Elle fait partie de la famille, elle nous imprègne au quotidien, contrairement à la religion, qui passe, elle, par la croyance. La source d’influence est d’autant plus efficace qu’on n’y fait pas attention. Qu’on ne s’en méfie pas. Par ailleurs, les gens viennent avec, en tête, un modèle de la conduite à adopter sur un plateau. Ils ont vu Michel Rocard répondre aux questions déplacées de Thierry Ardisson, ou bien des candidats de jeux télé ramper au milieu des rats, croquer des araignées, etc. Là, ils sont venus pour rendre ce service en adoptant le « bon » comportement. Et ils le rendent, même si ça les fait terriblement souffrir! Jean-Léon Beauvois (coordinateur de l’expérience de la Zone Xtrême)
Ces résultats furent largement interprétés comme la démonstration de l’énorme puissance de l’autorité sur l’esprit humain. En effet, les résultats peuvent être compris en partie en ces termes. Mais il y a une autre interprétation : ces personnes ont appris que quand les experts leur disent que quelque chose est bien, cela est probablement le cas, et ce même si cela n’apparaît pas ainsi. (En fait, il vaut la peine de noter que dans le cas en question, l’expérimentateur avait effectivement raison: il était légitime de continuer à infliger des chocs électriques « – même si la plupart des sujets n’en suspectaient pas la raison). Ainsi, les résultats de l’expérience de Milgram peuvent également être interprétés comme motivés par l’expérience passée des gens concernant la fiabilité des autorités. Robert Shiller

Et si, après nos économistes et nos sociologues, c’était nos psys qui avaient perdu le contact avec la (télé)réalité?

Au lendemain du faux jeu télévisé de France 2 (« Le Jeu de la mort », présenté comme « documentaire ») censé remesurer, après ABC news il y a deux ans, le degré de soumission ou de résistance des gens à l’autorité

Intéressant commentaire, dans le NYT, reprenant, contre toute attente, l’analyse de l’un des rares chercheurs à avoir prévu tant l’explosion de la bulle internet que celle de l’immobilier, l’économiste comportementaliste de Yale Robert Shiller.

Mondialement célèbre, on le sait, pour sa critique de la trop grande foi des économistes en la rationalité des marchés (l’axiome selon lequel les prix des actifs financiers reflèteraient à tout instant toute l’information disponible) comme de la confiance aveugle des investisseurs en leur capacité à anticiper le marché ou de la causalité circulaire des cours qu’entraine la « tendance des individus à porter leur attention sur ce qui attire l’attention des autres »), celui-ci montre que, dans l’expérience de Milgram, c’est finalement les cobayes involontaires (sommés par un « expérimentateur » d’envoyer des électrochocs de plus en plus douloureux mais en réalité fictifs à un « élève ») qui avaient eu raison de faire confiance aux autorités.

De même, en conclut le journaliste du NYT, pour le documenteur de France 2 où, outre un dispositif particulièrement pervers fondé comme pour Milgram sur la tromperie (« jeu de la mort »?, avec moult pressions du style « Veuillez continuer, s’il vous plait », « C’est la règle », « Nous assumons toutes les conséquences », appel à la pression du public) et loin des conclusions traditionnelles sur la prétendue soumission à l’obéissance aveugle à l’autorité qu’elle était censée avoir redémontrées (à plus de 80%, s’il vous plait, si l’on oublie bien sûr les 10 400 refus de participation sur les 13 000 personnes contactées!), l’appréciation des questionneurs sur le sérieux des autorités de l’émission s’était en fait révélée exacte puisque finalement personne n’avait en fait été maltraité.

Autrement dit, comme le dit Shiller lui-même sur l’expérience de Milgram, les résultats peuvent tout aussi bien être interprétés comme la vérification de l’expérience passée des gens concernant la fiabilité des autorités.

Sans compter, en plus de l’effet Hawthorne de la situation d’expérimentation elle-même, que leur longue expérience des jeux télévisés (notamment de nombreux cas où, à la Punk’d ou son équivalent français Rémi Gaillard) les participants se font piéger) ne pouvait que les confirmer dans leur sentiment que non seulement les producteurs d’un jeu télévisé ne pouvaient leur faire commettre des actes aussi immoraux mais qu’il y avait probablement – ce qui se révélera en fin de compte exact – une large part de simulation dans le jeu en question …

Wait, Wait, Don’t Torture Me
Robert Mackey
The Lede
The New York Times News Blog
March 18, 2010

Updating a famous psychological experiment first conducted in the 1960s by researchers at Yale University, French documentary producers managed to trick dozens of people — who were told that they were taking part in a pilot for a new game show that, in fact, never existed — into administering what seemed like painful electric shocks to a fellow contestant.

As in the original experiment, which was devised to test obedience to authority by a psychologist named Stanley Milgram, the person sitting in the electrified chair was in fact an actor, who was not actually being shocked but acted as if he was in extreme pain and begged to be let go. The French television documentary, shot last year and broadcast on Wednesday night, shows that obedience to authority among the game show contestants in 2009 was, apparently, even stronger than that documented in Mr. Milgrim’s lab in 1961.

In his 1963 paper, “Behavioral Study of Obedience,” (available for download from the BBC’s Web site) Mr. Milgram reported a 65 percent “success” rate:

Of the 40 subjects, 26 obeyed the orders of the experimenter to the end, proceeding to punish the victim until they reached most potent shock available on the shock generator. At that point, the experimenter called a halt to the session. (The maximum shock is labeled 450 volts, and is two steps beyond the designation ‘Danger: Severe Shock.’)

Frédéric Joignot, of the French newspaper Le Monde, reported that in the version of the experiment recreated in the guise of a game show, only 16 of 69 people asked by the host to push levers that delivered a “dangerous shock” of 460 volts refused.

The producer of the documentary, Christophe Nick, suggested that the reason nearly 80 percent of his subjects agreed to help in what appeared to be torture was connected to the extraordinary power of television. Mr. Nick told The Associated Press, “this experience shows that in certain circumstances, a power — the TV in this case — is able to make you [do] something you don’t want to do.”

In scenes hauntingly similar to those filmed by Mr. Milgram in the 1960s, an excerpt from the documentary broadcast on France 24 showed that even people who responded to the screams and asked the show’s host to allow them to stop were quite easily persuaded to continue.

Mr. Milgram’s methods and findings provoked a debate about the ethics of concealing from participants in a psychological study the fact that they were not assisting the researchers but were unwittingly the subjects of the experiment.

While the study, and the various recreations of it, has generally been interpreted as evidence that the human desire to obey authority is so strong that it overrides most people’s unwillingness to take part in torture, Robert Shiller, an economist at Yale, has argued that the participants in all of these studies are actually correct that the authorities who are telling them to administer shocks are trustworthy, since no one is in fact being hurt. In his book “Irrational Exuberance,” Mr. Shiller wrote:

These results were widely interpreted as demonstrating the enormous power of authority over the human mind. Indeed the results may be understood partly in those terms. But there is another interpretation: that people have learned that when experts tell them something is all right, it probably is, even if it does not seem so. (In fact, it is worth noting that in this case the experimenter was indeed correct: it was all right to continue giving the “shocks” — even though most of the subjects did not suspect the reason.) Thus the results of Milgram’s experiment can also be interpreted as springing from people’s past learning about the reliability of authorities.

Applying Mr. Shiller’s logic to the case of the fake game show, it might be that even though some of the contestants were conflicted and experienced stress about what seemed to them to be the facts of what was going on, it is true that their faith that television producers would not ask them to do something as immoral as what they appeared to be doing was in fact correct.

Given that there is also a whole genre of television programs dedicated to playing pranks on participants — and the fake French game show is in fact akin to an episode of “Punk’d,” or its French equivalent, “ N’Importe Qui” — it might also be argued that today, when people are in front of television cameras, somewhere in their minds they may always suspect that what appears to be reality may in fact be some sort of a hoax.

For more on the original study, and its possible implications, embedded below is part of Mr. Milgram’s book, “Obedience to Authority,” published in 1974.


Voir aussi:

Zone Xtreme : c’est Milgram qu’on assassine…
Véronique Anger
Le Post
le 18/03/2010

Laisser croire que, sans menace physique, « 80% des gens » seraient susceptibles d’accepter de faire souffrir un innocent si on leur en donnait l’ordre est faire insulte à l’intelligence des individus qui ont refusé le postulat de base du jeu pilote.

Si l’on se fie aux chiffres de l’équipe de Zone Xtreme, le « documentaire » diffusé en grandes pompes hier sur France 2, 80% d’entre eux environ (2600 sur 13000 des personnes sollicitées) ont répondu négativement à l’idée d’y participer. En revanche, imaginer que le flingue sur la tempe, une majorité de gens auraient accepté de tuer, est vraisemblable… quoique non démontré.

Toujours selon les explications de France 2, 2600 personnes auraient souhaité « jouer », mais seuls 80 candidats ont été sélectionnés. Un choix sujet à caution puisque l’expérience est loin d’être une vraie expérimentation scientifique, contrairement à ce que sous-entend la promotion faite autour de ce jeu de dupes.

Jean-Léon Beauvois(1), le psychologue social qui apporte sa caution scientifique à ce test fait un sacré raccourci pour arriver à démontrer (sans tenir compte du taux de refus ou de non réponse de 10400 personnes) que « 80% des gens » se transformeraient en bourreau sous la pression (ce qui est faux puisque les candidats ont adhéré d’eux-mêmes au principe du jeu : jouer les tortionnaires en envoyant des décharges électriques à un pauvre bougre qui ne leur a rien fait…) et se sont engagés qui plus est par contrat. « Moralement », si j’ose dire…

Un psy aux allures de gourou pour qui la fin justifie les moyens… et veut à tout prix démontrer que sa thèse est juste : la télé rend l’être humain violent ? A partir de là, personne n’est coupable, personne n’est responsable. Les gens sont infantilisés, déresponsabilisés, puisqu’ils perdraient leur libre arbitre sous la pression télévisuelle… La télé, et la société tout entière rendraient des gens doux comme des moutons violents. Sans blague ?

Accepter l’inacceptable : s’engager par contrat à envoyer des décharges électriques (si ce n’est mortelles tout au moins douloureuses) à un pauvre type) n’est-ce pas mettre consciemment le doigt dans l’engrenage ? Où est la pression physique ou psychologique exercée sur des candidats invités à s’inscrire par courriel ? La vraie question que devraient se poser ces 80 personnes retenues parmi 2600 candidats potentiels est celle-ci : Hors de tout contrôle social, avec la garantie de l’impunité, est-ce ma vraie nature qui s’est exprimée ?

Et nous, nous devrions nous demander s’il faut vraiment s’étonner que sur ceux qui ont accepté le principe de faire souffrir un inconnu qui ne leur a rien fait passent à l’acte ? Pourquoi ceux qui « se rebellent » (parmi cet échantillon de 80 personnes non représentatives de la population…) acceptent-ils tout de même d’envoyer quelques décharges bien dosées avant de commencer à être tourmentés par leur conscience ? En revanche, on aurait pu se féliciter que 80% des personnes sollicitées aient tout simplement refusé de participer au pilote. Personnellement, je trouve cela plutôt rassurant !

L’exemple que l’on veut donner aux jeunes générations est-il celui de la déresponsabilisation permanente ? Pauvres petites choses irresponsables, vous n’aviez pas le choix, la pression de la hiérarchie, du pouvoir, de la société, de la télé… est telle que vous n’êtes jamais vraiment coupables ? Tenir un tel discours n’est pas pousser au civisme ni à l’exemplarité…

Pour conclure, je dirais que cette « expérimentation » télévisuelle inspirée de la très célèbre expérience de Migram relève de l’escroquerie intellectuelle. Une expérience de Milgram dénaturée. En réalité, Zone Xtreme est à Stanley Milgram ce que les sondages d’opinion sont à la vérité scientifique…

(1) Egalement auteur de : Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (PUG, 2002).

______________________

Plus d’infos :
– Expérience du Pr Stanley Milgram (tests de soumission à l’autorité, de 1960 à 1963)
– Expérience de Stanford, menée par le Pr Philip Zimbardo (inspirée de l’expérience de Milgram, 1971)
– Expériences de Salomon Asch sur le pouvoir du conformisme (1951).

Pour ceux qui veulent aller plus loin, lire : Soumission à l’autorité de Stanley Milgram (Calmann Lévy, 1974).

Voir de plus:

Basic Instincts: The Science of Evil
‘Primetime’ Re-Creates a Famous Experiment to Understand How Ordinary People Can Perform Unthinkable Acts
Caroline Borge
ABC News
Jan. 3, 2007Most of us have struggled to understand how seemingly ordinary people can sometimes do morally questionable things.Two years ago, the photos of young American soldiers smiling while torturing Iraqi prisoners at Abu Ghraib horrified the world and raised the question of who was to blame.

Some of the soldiers defended themselves by claiming they were just doing what their superiors had instructed. But the smiling faces in the photos seemed to imply that they followed the orders without protest.

Are those soldiers inherently bad people? Or is it more complex than that? Do you have to be an evil person to do evil things?

The Experiment

In 1961, social psychologist Stanley Milgram asked those same questions. That was the year Nazi Adolf Eichmann, on trial for his war crimes, denied responsibility for his actions by saying he was simply doing what his superiors told him to do.

Contemplating this rationalization, Milgram came up with a famous and controversial experiment to examine what happens when ordinary people are faced with morally questionable orders. What he learned shocked not only him but the entire world.

In the experiment, conducted at Yale University over a period of months in 1961, an authority figure — « the experimenter » — dressed in a white lab coat and instructed participants to administer what they believed were increasingly painful electric shocks to another person.

Although no one was actually receiving shocks, the participants heard a man screaming in pain and protest, eventually pleading to be released from the experiment. When the subjects questioned the experimenter about what was happening, they were told they must continue.

And continue they did: Two-thirds of Milgram’s participants delivered shocks as they heard cries of pain, signs of heart trouble, and then finally — and most frightening — nothing at all.

The response to the experiment was enormous, and in 1975, strict guidelines about regarding psychological experiments on humans shelved any further potential replications. Since then, scientists have been stymied in efforts to replicate Milgram’s study.

« Primetime » wanted to know if ordinary people today would still follow orders, even if they believed their actions were causing someone else pain. Would as many follow the seemingly dangerous and painful orders as in the original experiment? After contacting respected psychologist Jerry Burger at Santa Clara University in California, ABC News was able to replicate Milgram’s study in a modified way.

The Re-Creation

After the American Psychological Association provided feedback on the testing protocol, this collaboration between « Primetime » and Santa Clara University marks the first time in decades that the famous study has been re-created.

Burger said, « People have often asked the question, ‘Would we find these kinds of results today?’ and some people try to dismiss the Milgram findings by saying, ‘That’s something that happened back in the ’60s. People aren’t like that anymore.' »

After placing an ad in the paper looking for participants for « a learning and memory study » and putting the respondents through psychological screening, « Primetime » found 70 people lined up for the experiment.

One of the first participants in the study was Troy, a 39-year-old electrician. Like all the participants, he was paid $50 and was told that the money would be his to keep, even if he quit the experiment early. Brian, in the role of the « experimenter, » informed Troy that he was taking part in a learning and memory study and would be teaching word pairs to Ken, who was really a plant in the experiment.

If Ken got a word pair wrong, Troy was instructed to punish him with an electric shock from another room. The more word pairs Ken answered incorrectly, the more intense the shocks seemed to become. After getting a few wrong, at 75 volts, Troy heard what he thought was Ken shouting in pain — but it was really an automatic audio cue that was set to go off at that voltage.

Each shock after that triggered a similar audio cue of pain. At 105 volts, Troy became uncomfortable. At 150 volts, he heard Ken plead, « That’s all. Get me out of here. I told you I had heart trouble. My heart’s starting to bother me. … Let me out! » Troy looked questioningly at the experimenter, who told him he must continue. Though he was clearly uncomfortable, Troy continued with another word pair before the experiment was stopped.

‘I Was Doing What I Was Supposed to Do’

After the experiment, Troy said, « I was not comfortable. I cannot tell you why I listened to him and kept going. I should have said no. »

When asked why he didn’t stop administering the shocks, Troy explained, « I was doing what I was supposed to do, and I’m there to help conduct an experiment, so I’m just doing my part. »

Troy’s response is easy to understand, according to Burger. « The typical response is to turn toward the experimenter and if not to say something, at least give a look that says, ‘What should I do?’ And of course, when an expert tells them, ‘Not a problem. This is nothing to worry about, continue.’ The rational thing to do in that situation is to continue. »

Milgram’s original experiment tested just a handful of women, but « Primetime’s » sampling was approximately half men and half women. Would the « gentler » sex be more reluctant to shock someone? And what about the people who refused to continue to shock the subject after hearing his demand to be released? What made them choose to stand up to authority?

‘The Results’

In ABC News’ version of the Milgram experiment, we tested 18 men, and found that 65 percent of them agreed to administer increasingly painful electric shocks when ordered by an authority figure.

22 women signed up for our experiment. Even though most people said that women would be less likely to inflict pain on the learner, a surprising 73 percent yielded to the orders of the experimenter.

Out of the 30 people we tested with an additional accomplice acting as a moral guide, 63 percent still inflicted electric shocks, even though the accomplice refused to go on.

Our subjects had an unusually high level of education. 22.9 percent had some college, 40 percent had bachelor’s degrees and 20 percent had master’s degrees.

The group was also ethnically diverse with 54.3 percent (white), 18.6 percent (Asian), 12.9 percent (Latin/Hispanic), 8.6 percent (Indian-Asian) and 4.3 percent (African -American).

Voir par ailleurs:

La théorie de la rétroaction versus celle des marchés efficients (Robert Shiller)
20 janvier 2010
Forcast

Les économistes ont toujours été fascinés par l’efficacité du marché boursier. Surtout quand ils le comparent avec le marché de l’immobilier, pour lequel on n’a pas besoin d’avoir de grandes connaissances afin de faire de bonnes affaires, avec le marché du travail ou n’importe quel autre marché de biens et de services.

De fait, dans le marché de l’immobilier, vous pouvez facilement disposer de renseignements circonstanciels que vous serez le seul à connaître (tel immeuble, à tel endroit, vendu par tel propriétaire, pour telle raison, etc.) et mettre cette information à profit pour réaliser des gains intéressants.

Le marché boursier est bien différent. Toute information d’importance concernant une entreprise X, aussitôt communiquée par la direction ou autrement, est connue par des centaines, voire des milliers d’investisseurs à la fois, si bien que personne ne peut vraiment en profiter pour réaliser des gains substantiels.

Tous les plus grands investisseurs du monde vous le diront: «Il est très difficile de battre le marché et de réaliser, année après année, avec constance, des rendements supérieurs aux indices de référence.»

Burton Malkiel, un important défenseur de la théorie des marchés efficients, va jusqu’à soutenir que toute anomalie des marchés permettant de réaliser des rendements plus élevés que la normale ne dure que le temps des roses. Dès qu’un public d’initiés connaît cette anomalie, bien souvent grâce à la recherche universitaire, celle-ci perd automatiquement tout son potentiel de surprofit.

Les économistes qui doutent de la validité de l’hypothèse des marchés efficients aiment bien raconter la blague suivante: «Deux adeptes des marchés efficients marchent dans la rue et voient sur le trottoir un billet de 100$; aucun des deux ne se penche pour le prendre, pensant que si c’était un vrai billet de 100$, quelqu’un l’aurait déjà ramassé.»

La théorie de la rétroaction

Robert Shiller, auteur du best-seller Irrational Exuberance et champion de la nouvelle théorie behavioriste, se serait penché pour ramasser le billet de 100$. Opposant farouche de la théorie des marchés efficients, le professeur Shiller n’hésite pas à faire appel à la sociologie, à la psychologie, aux méthodes statistiques et, même, à l’histoire des 400 dernières années pour montrer que les marchés boursiers ne sont pas des plus efficients.

Dès 1989, dans un ouvrage intitulé Market Volatility (MIT Press), il soutenait que la majeure partie de la volatilité des cours boursiers n’est pas explicable par des facteurs économiques ou financiers liés aux entreprises. Autrement dit, plus de 50% des fluctuations des cours boursiers semblent dépendre de l’humeur des investisseurs et de leur perception purement subjective du marché; bref, de phénomènes qui ont plus à voir avec la psychologie de masse qu’avec l’analyse financière fondamentale.

Il faut réhabiliter, dit Robert Shiller, la bonne vieille théorie de la causalité circulaire ou ce qu’il appelle la théorie de la rétroaction (feedback theory). Une théorie qui énonce qu’une hausse des cours peut s’alimenter par elle-même, sans aucune autre raison que l’optimisme et l’appât du gain que cette hausse suscite. Autrement dit, la hausse des prix engendre l’appât du gain, lequel nourrit la hausse des prix, dans une sorte de boucle de rétroaction sans fin, ou presque.

L’histoire se répète

Charles MacKay, il y a plus de 160 ans, avait bien décrit ce phénomène pour expliquer les périodes intenses de spéculation boursière, comme la «tulipemania» des années 1630 en Hollande.

Auteur de Memoirs of Extraordinary Popular Delusions, un livre publié en 1840, MacKay avait bien montré comment naissent les euphories boursières, quand le succès de certains investisseurs attire tout à coup le grand public. La machine à rumeurs et le simple bouche à oreille, alimentés par des attentes élevées quant aux cours futurs des actions, font grimper les prix, attirant de plus en plus d’investisseurs.

Évidemment, les cours continuent leur ascension, et les investisseurs se croient tout à coup tous plus brillants les uns que les autres dans l’exercice de la prévision des tendances du marché. La boucle est bouclée.

Il se trouvera même de supposés experts pour parler d’une nouvelle ère économique de progrès perpétuel. Tant que l’effet boule de neige n’est pas interrompu, la bulle spéculative gonfle et gonfle encore. Il faudra un événement ou une cause externe à ce processus pour faire éclater cette bulle.

Évidemment, la même causalité circulaire qui expliquait la hausse peut jouer en sens inverse et entraîner le marché dans une tendance baissière: plus les prix baissent, plus le pessimisme règne en maître, et plus il règne en maître, plus les prix baissent.

Cette théorie de la boucle de rétroaction, pourtant exposée et propagée par de nombreux observateurs depuis plus de 200 ans, est trop négligée et tournée en ridicule par les économistes financiers qui adhèrent à la théorie des marchés efficients. Certains concèdent que c’est un des mécanismes qui nous permettent de comprendre comment, à certaines occasions (lors des grandes bulles spéculatives), fonctionnent les marchés boursiers.

Robert Shiller va plus loin. Selon lui, ce processus joue en permanence sur les marchés, en s’attaquant soit à certains secteurs particuliers, soit à certains titres.

Un manteau scientifique

La nouvelle finance behavioriste a choisi de réhabiliter la vieille théorie de la rétroaction, en la drapant d’un nouveau manteau scientifique. Ainsi, plusieurs expériences de psychologie sociale et cognitive, réalisées en laboratoire avec des sujets volontaires ou involontaires, ont tenté de mettre à jour les mécanismes mentaux qui sont au coeur des phénomènes de rétroaction boursière. D’autres chercheurs ont choisi d’apporter des preuves de la théorie de la rétroaction en observant les sujets dans des conditions plus naturelles, avec de vrais réseaux de relations sociales, de vrais placements, sous l’influence de vrais leaders d’opinion.

Appelant à la barre les psychologues qui ont travaillé sur le phénomène de l’attention, Robert Shiller pense que ce concept peut jouer un rôle significatif dans notre compréhension des processus financiers de rétroaction. Or, la plupart des gens ne savent pas ou ne peuvent pas expliquer ce qui a attiré leur attention sur une réalité. Les psychologues ont toutefois bien montré que les individus ont tendance à porter leur attention sur ce qui attire l’attention des autres.

Dans le domaine financier, cela se traduit par le fait que les gens portent leur attention sur les titres qui montent en flèche, plutôt que sur ceux qui languissent ou baissent. Et par la force des choses, ils achètent des titres qu’ils connaissent bien plutôt que ceux qu’ils ne connaissent pas.

Un autre mécanisme par lequel la hausse des prix modifie le jugement des investisseurs a trait aux sentiments de confiance et d’estime de soi qui surgissent quand les investisseurs connaissent du succès avec un style ou une catégorie d’actifs. Quand un investisseur a du succès avec une approche, il manifeste une émotion grandissante qui le porte à surestimer le potentiel de cette approche. Il ne fait plus vraiment la distinction entre ce qu’il croit et ce qu’il souhaite. Il mélange les deux. Il tombe alors dans le piège et prend ses désirs pour des réalités. Ce mécanisme atteint son paroxysme lors de bulles spéculatives comme celles de la fin des années 90.

On redécouvre peu à peu les vertus explicatives du processus de rétroaction et des mécanismes psychologiques qui lui sont inhérents. Ainsi, je reste convaincu que le phénomène de momentum des cours boursiers à court terme (les titres qui ont eu de forts gains au cours des 12 derniers mois ont tendance à continuer à en avoir lors des 12 mois suivants) s’explique en bonne partie par le processus de rétroaction. Et il est assez évident que l’analyse technique, quand elle fonctionne, repose également sur le processus de rétroaction.

On pourrait aussi penser que c’est ce phénomène de rétroaction qui fait qu’à certaines occasions, certains styles d’investissements et certaines catégories d’actifs sont plus performants que d’autres. Et on pourrait dire la même chose de la rotation des actifs.

La vente à découvert

Contrairement à ce que peuvent nous laisser croire la plupart des manuels de finance, l’hypothèse de l’efficience des marchés n’exige pas que les prix des actions sur le marché boursier représentent en tout temps la valeur réelle d’un actif correspondant. Cette hypothèse pose seulement que les erreurs d’évaluation sont réparties au hasard, et qu’elles peuvent aussi bien se produire à la baisse qu’à la hausse.

En d’autres termes, il y a autant de chances qu’un titre soit sous-évalué que surévalué. Et comme le disent les statisticiens, il n’y a pas de corrélation ou de rapport de cause à effet entre ces déviations et une autre variable observable.

Robert Shiller, évidemment, n’adhère pas à cette version corrigée de la théorie des marchés efficients. Selon lui, le processus de rétroaction joue beaucoup plus à la hausse qu’à la baisse, de telle sorte que les actions en bourse sont beaucoup plus souvent surévaluées que sous-évaluées.

On pourrait croire que la popularité grandissante des stratégies de vente à découvert, à la faveur de trois années de baisse des marchés, est en train de changer cette situation; et que la vente à découvert conduira à plus de rétroaction négative sur les marchés, dans le sens évidemment de la baisse des titres.

Or, les ventes à découvert sont encore une pratique très marginale. Selon des données de la Bourse de New York, le volume des actions du marché new-yorkais échangées à découvert a oscillé entre 0,14 et 1,91% pour la période qui va de 1977 à 2000. Il serait étonnant que le volume des ventes à découvert dépasse, au cours des prochaines années, le seuil de 5% du total des actions négociées. La surévaluation systématique des titres cotés en bourse a encore de belles années devant elle.

Références:

Shiller, Robert J., «From efficient markets theory to behavioral finance», The Journal of Economic Perspectives, hiver 2003.

Shiller, Robert J., «Bubbles, human judgment, and expert opinion», Financial Analysts Journal, mai-juin 2002.

André Gosselin, Ph.D
Analyste principal-Gestion privée, http://www.orientationfinance.com

Voir enfin:

Pour Shiller, les lois psychologiques jouent un rôle essentiel dans les décisions des investisseurs
Pierre Antoine Delhommais
Le Monde
21.11.09

Si l’on n’a pas cette formidable chance de participer à une émission de télé-réalité, il est un autre moyen très efficace pour devenir une star du Net et entrer dans le coeur des Français. C’est d’arnaquer des banquiers. Une soixantaine de groupes ont été créés sur Facebook en l’honneur de Toni Musulin, le convoyeur de fonds lyonnais qui avait dérobé 11,6 millions d’euros. On n’avait pas vu pareil phénomène depuis… l’affaire Kerviel !

On comprend sans peine ces élans spontanés de sympathie de l’opinion publique pour ces héros d’un nouveau genre. Les Français n’ont jamais beaucoup aimé lesbanquiers – il suffit de relire Balzac, il est vrai le romancier le plus surendetté de la littérature mondiale -, et la crise des subprimes n’a rien arrangé.

Les détrousser – sans violence – apparaît désormais comme un acte de justice, une légitime vengeance vis-à-vis de ceux qui ont mis l’économie mondiale par terre et envoyé des millions de personnes au chômage. Volons-les gaiement, dépouillons-les lecoeur léger, dans une nouvelle forme de démarche citoyenne.

La justice semble toutefois peu sensible à cette célébrité médiatique et à ces marques de soutien populaire. Un juge a mis en examen cette semaine Toni Musulin pour vol, la Cour de cassation vient de rejeter le pourvoi que Jérôme Kerviel avait formé.

Bien sûr, avec ses 50 milliards de dollars partis en fumée, l’oncle d’Amérique « Bernie Madoff » a fait un peu d’ombre à l’ex-trader de la Société générale. Mais il s’agissait là de pure et vulgaire es-cro-querie. L’affaire Kerviel est d’une autre nature, autrement plus subtile et passionnante. Ne serait-ce que par son côté dostoïevskien qui démontre, de façon caricaturale, à quel point la psychologie est au coeur du comportement des marchés financiers et explique bien des dérives qu’on y observe. Dérives psychologiques individuelles (Kerviel), collectives (subprimes). Le tout dans un mélange de rationalité et d’irrationalité difficile à démêler.

C’est à cette tâche que l’économiste américain Robert Shiller a consacré une grande partie de ses recherches. En 1981, il publie un article montrant les limites de la théorie dominante des « marchés efficients » selon laquelle, pour faire bref et simple, les prix des actifs financiers reflètent à tout instant avec précision toute l’information disponible. Les marchés ne peuvent donc pas se tromper, il n’existe pas de bulles. Les thèses de Shiller lui vaudront à l’époque les critiques ironiques de Robert Merton – futur Prix Nobel d’économie qui trouvera toutefois les marchés nettement moins « efficients » quand en 1998 le fonds spéculatif LTCM qu’il codirigeait fera faillite.

Pour Shiller, les lois psychologiques jouent un rôle essentiel dans les décisions des investisseurs, en particulier dans la formation des bulles spéculatives. Avec des phénomènes de mimétisme et de comportements grégaires qui font que des conduites individuellement rationnelles aboutissent à des comportements de groupe parfaitement irrationnels, selon la loi des informations en cascade.

Shiller donne l’exemple de deux restaurants situés côte à côte et dont l’ouverture a lieu le même jour. Un premier client arrive, ne sait pas lequel est le meilleur, et en choisit un au hasard. Quelques minutes plus tard, un autre client se présente. Voyant une personne en train de manger dans le premier et personne dans le second, il choisit – de façon assez logique – le premier. Et ainsi de suite. Deux heures plus tard, le premier restaurant est bondé et le second vide, alors qu’il est pourtant peut-être bien meilleur. Appliqué aux marchés, cela donne : « Je ne sais pas pourquoi le marché monte, mais, puisqu’il monte, c’est que des investisseurs disposent d’informations les incitant à acheter, donc je vais acheter aussi. » On n’est plus au restaurant, mais à Wall Street ou chez Lehman Brothers.

Shiller s’est aussi intéressé aux problèmes de trop grande confiance en soi, dont des psychologues ont démontré qu’elle est une caractéristique de la nature humaine. Les gens pensent en savoir plus qu’ils ne savent. Dans des tests, on a posé à des personnes des questions simples et factuelles et on leur a ensuite demandé d’évaluer la probabilité d’exactitude de leur réponse. Le résultat est qu’elles ont une très fâcheuse tendance à surestimer leur chance d’avoir raison.

Ce symptôme de « confiance aveugle », que Shiller a notamment pu vérifier à travers des sondages effectués auprès d’investisseurs pendant le krach d’octobre 1987, peut provoquer des dégâts considérables. Les traders, persuadés de leur capacité à deviner comment vont évoluer les marchés, prennent des risques excessifs. Surtout s’ils sont victimes d’une autre anomalie très répandue du jugement humain : la croyance, dans une situation d’incertitude, que le futur ressemblera au passé. Il a fait beau hier, il fera beau aujourd’hui, la Bourse a monté hier, elle montera aujourd’hui. C’est ainsi qu’on attrape des rhumes et que se forment les bulles.

Plutôt que de chercher l’origine de la crise des subprimes dans l’hypermathématisation de la finance mondiale, mieux vaut se tourner vers ses acteurs, étudier leurs biais psychologiques, leurs fragilités, leurs émotions, leur irrationalité, leur « folie ».

Finance humaine, trop humaine. En fait, plus que de régulation ou de contrôles plus stricts, c’est d’une bonne psychothérapie comportementale que les marchés et pas mal de leurs intervenants ont probablement besoin.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :