Education: Cachez ce terrorisme que je ne saurai voir (No terrorism please, we’re Muslims)

King David bombing (1946)Irgun hanged sergeants (1947)
https://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/en/2/2b/Ap_munich905_t.jpg
Arafat at UN (1974)
Les combattants de la liberté ou les révolutionnaires ne font pas sauter des autobus transportant des non-combattants ; les assassins terroristes le font. Les combattants de la liberté ne capturent pas ou ne massacrent pas des écoliers ; les assassins terroristes le font. Les combattants de la liberté n’assassinent pas des hommes d’affaires innocents, ne prennent pas en otage des hommes, femmes ou enfants innocents; les assassins terroristes le font. Henry Scoop Jackson (25 octobre 1984)
Dieu donne à une nation qui perfectionne l’industrie de la mort et qui sait mourir noblement, une vie fière en ce monde et la grâce éternelle dans la vie future. Hassan Al-Banna (fondateur des Frères musulmans et grand-père des frères Ramadan, 1938)
Comment la puissance américaine a-t-elle été contestée le 11 septembre 2001? Sujet de géographie (brevet, 2005)
Il a attiré des convertis plus nombreux, plus jeunes, souvent issus des milieux populaires, qui voyaient en l’islam non plus une réalité extérieure, étrangère, voire exotique, mais au contraire un phénomène local et même souvent, de manière paradoxale, un facteur d’intégration! Paul Landau
Le terrorisme est une méthode d’action violente répétée inspirant l’anxiété, employée par des acteurs clandestins individuels, en groupes ou étatiques (semi-) clandestins, pour des raisons idiosyncratiques, criminelles or politiques, selon laquelle — par opposition à l’assassinat — les cibles directes de la violence ne sont pas les cibles principales. Les victimes humaines immédiates de la violence sont généralement choisies au hasard (cibles d’occasion) ou sélectivement (cibles représentatives ou symboliques) dans une population cible, et servent de générateurs de message. Les processus de communication basés sur la violence ou la menace entre les (organisations) terroristes, les victimes (potentielles), et les cibles principales sont utilisés pour manipuler la (le public) cible principale, en faisant une cible de la terreur, une cible d’exigences, ou une cible d’attention, selon que l’intimidation, la coercition, ou la propagande est le premier but. A.P. Schmid (1988)
Le terrorisme est l’équivalent en temps de paix d’un crime de guerre. Définition légale courte de l’ONU proposée par A.P. Schmid)
Le terrorisme est « toute action […] qui a pour intention de causer la mort ou de graves blessures corporelles à des civils ou à des non-combattants, lorsque le but d’un tel acte est, de par sa nature ou son contexte, d’intimider une population, ou de forcer un gouvernement ou une organisation internationale à prendre une quelconque mesure ou à s’en abstenir. Proposition de l’ONU (novembre 2004)
Pour l’historien des stratégies militaires et du terrorisme Gérard Chaliand, il faut déconnecter l’acte terroriste de son projet politique, ce qui permet d’évacuer tout jugement moral, forcément contestable. Le terrorisme est donc un moyen, un ensemble de techniques qui visent à forcer un adversaire plus puissant à une remise en cause de sa politique. Reprenant la définition de Raymond Aron, Chaliand définit comme action terroriste « tout acte dont les conséquences psychologiques sont plus importantes que les conséquences physiques ».
Le phénomène terroriste est par conséquent lié à l’affirmation de la démocratie car l’action terroriste a besoin d’une presse libre pour la diffusion des images et d’une très libre expression de l’opinion publique, alors censée se retourner contre son gouvernement qui n’est pas capable de la protéger. Contrairement à l’idée reçue, le terrorisme n’est pas le reflet de la fragilité des démocraties modernes (qui seraient incapables de contrôler les flux qui les traversent) mais plutôt de leur invulnérabilité : c’est parce qu’une guerre est impossible, c’est parce que même une guérilla est illusoire contre ces régimes que le terrorisme s’impose comme la seule solution pour ceux qui veulent attaquer radicalement un Etat. Si la guérilla est l’arme du plus faible, il serait ainsi l’arme du beaucoup plus faible. Arnaud Leleu

A l’heure où, évoquant les attentats du 11 septembre 2001, une enseignante de collège se fait agresser pour avoir qualifié Al-Qaïda de terroriste

Où, la stratégie islamiste des « convertis aux yeux bleus » à la fois comme propagandistes et « soldats du jihad » semble être repartie de plus belle …

Pendant que pour les Français de souche de certains quartiers, la conversion à l’islam est perçue comme un véritable « facteur d’intégration »

Retour, avec le site histoire-géographie de l’Académie de Lille, sur la périlleuse question de la définition du terrorisme (on se souvient le procès en diffamation de certains de nos confrères de Suisse romande pour avoir qualifié d’ex-terroriste une membre du Hezbollah libanais ayant été commanditée par son organisation pour assassiner chez lui après s’être gagné l’amitié de son épouse un général libanais) …

Où, dans un dossier très complet (dans le cadre de l’enseignement du « nouvel ordre mondial ») mais faisant étrangement l’impasse sur les définitions actuellement en discussion à l’ONU, l’on découvre outre le refus d’envisager toute définition normative comme le ciblage délibéré de civils, la plus grande équivalence morale.

Où, prenant soin de le distinguer du « terrorisme d’Etat en temps de guerre » (« bombardements stratégiques des villes allemandes », « largage des deux bombes atomiques » censés « terroriser les populations afin de les désolidariser de leurs gouvernements ») et sous couvert d’ »évacuer tout jugement moral, forcément contestable », le terrorisme est réduit pour l’essentiel à sa seule dimension psychologique (« tout acte dont les conséquences psychologiques sont plus importantes que les conséquences physiques »).

L’action terroriste étant présentée comme « efficace » et payante sur la base des exemples mis en parallèle d’un Begin et d’un Arafat tous deux finissant nobélisés et de l’attentat de 1946 contre l’hôtel King David (se gardant bien de rappeler que les autorités avaient été prévenues) comme de la pendaison de deux soldats britanniques suite à l’exécution de trois juifs ayant tué des gardes lors d’une évasion de la prison britannique d’Acre d’un coté et de l’autre le massacre d’athlètes israéliens par des Palestiniens lors des Jeux olympiques de Munich de 1972 …

Extraits:

Plus intéressants peut-être sont les exemples où la mémoire a occulté l’histoire : ainsi, des acteurs majeurs du conflit du Moyen-Orient ont transformé leur image, passant en deux ou trois décennies du statut historiquement incontestable de terroriste à celui bien plus valorisant de prix Nobel de la Paix (Menahem Begin, ancien terroriste de l’Irgoun, prix Nobel de la Paix 1978 et Yasser Arafat, leader de l’OLP, prix Nobel de la Paix 1994). De même, les actes de terrorisme du FLN paraissent aujourd’hui davantage absous que les actes de torture de l’armée française.

Ces exemples démontrent par ailleurs que le terrorisme est un moyen efficace d’atteindre des objectifs politiques et idéologiques. Les deux actions terroristes les plus connues de l’Irgoun ont permis à celle-ci de faire avancer la cause sioniste. En juillet 1946, des bombes explosent à l’hôtel King David de Jérusalem faisant 91 morts et 45 blessés. Le retentissement médiatique est tel que la question sioniste devient un problème international majeur dont l’ONU s’empare. En outre, la répression britannique aveugle attire les sympathies de la population juive envers l’organisation. Enfin, la pendaison de deux soldats britanniques en Juillet 1947 (en réaction à l’exécution de trois activistes juifs) retourne l’opinion britannique contre son gouvernement et montre l’incapacité de l’armée à lutter contre le terrorisme. Quelques semaines plus tard, le comité de l’ONU chargé de la question demande le retrait britannique de Palestine, ce qui est fait le 15 Mai 1948. De même, dix-huit mois après la prise d’otages des athlètes israéliens aux JO de Munich devant 900 millions de télespectateurs répartis dans une centaine de pays le leader de l’OLP Yasser Arafat fait un discours à l’ONU. Son organisation en devient membre observateur.

La difficulté à définir le terrorisme objectivement réside donc dans le fait que s’y mêle souvent un jugement moral : un acte terroriste ne sera pas caractérisé comme tel quand le but final poursuivi (libération du territoire, guerre d’indépendance, réponse à une oppression de l’Etat) est jugé légitime et même souhaitable.

Comment alors définir le terrorisme ?

Pour l’historien des stratégies militaires et du terrorisme Gérard Chaliand, il faut déconnecter l’acte terroriste de son projet politique, ce qui permet d’évacuer tout jugement moral, forcément contestable. Le terrorisme est donc un moyen, un ensemble de techniques qui visent à forcer un adversaire plus puissant à une remise en cause de sa politique. Reprenant la définition de Raymond Aron, Chaliand définit comme action terroriste « tout acte dont les conséquences psychologiques sont plus importantes que les conséquences physiques ».

Le terrorisme doit donc être relié à l’émergence des médias de masse qui écrivent la dramaturgie (les récits de témoins, l’affliction des familles) et réalisent la mise en image de l’acte terroriste (la chute des corps du World Trade Center, les blessés ensanglantés du métro de Londres). Ce dernier est donc une coproduction des terroristes et des médias. Les attentats anarchistes de la fin du XIXème siècle sont ainsi liés au développement de la presse : leurs actes étaient justifiés par de longs communiqués repris par les journaux. Leurs actions spectaculaires correspondaient aux souhaits de la presse à sensation (Le Petit Journal, L’Illustration) d’utiliser le sang, la violence, la peur et la terreur pour fidéliser leurs lecteurs. Le premier détournement d’avion (de la compagnie israélienne El Al) par des palestiniens du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) en 1967 est concomittent à la massification de l’audiovisuel. De plus ce type d’action longue, tout comme les prises d’otages de la même période, prend un aspect feuilleton qui correspond bien à ce média. Il s’agit alors d’un « terrorisme publicitaire » (G. Chaliand) apte à faire connaître mondialement une cause.

Le phénomène terroriste est par conséquent lié à l’affirmation de la démocratie car l’action terroriste a besoin d’une presse libre pour la diffusion des images et d’une très libre expression de l’opinion publique, alors censée se retourner contre son gouvernement qui n’est pas capable de la protéger. Contrairement à l’idée reçue, le terrorisme n’est pas le reflet de la fragilité des démocraties modernes (qui seraient incapables de contrôler les flux qui les traversent) mais plutôt de leur invulnérabilité : c’est parce qu’une guerre est impossible, c’est parce que même une guérilla est illusoire contre ces régimes que le terrorisme s’impose comme la seule solution pour ceux qui veulent attaquer radicalement un Etat. Si la guérilla est l’arme du plus faible, il serait ainsi l’arme du beaucoup plus faible.

La force de l’acte terroriste vient aussi d’un effet de surprise : c’est une forme de violence illégitime (par opposition à la violence légitime des Etats) qui met fin brutalement à la stabilité du monde en dehors d’une guerre déclarée. Il se distingue ainsi du terrorisme d’Etat en temps de guerre dont les bombardements stratégiques des villes allemandes ou le largage des deux bombes atomiques sont des exemples (rappelons qu’il s’agissait alors de terroriser les populations afin de les désolidariser de leurs gouvernements).

ABORDER LA QUESTION DU TERRORISME EN TERMINALE
Lycée Charlotte Perriand, Genech.
Arnaud Leleu
Site d’histoire et de géographie de l’Académie de Lille
18 décembre 2006

La question dans les programmes de terminales.

Dans la partie du programme d’histoire intitulé « Le monde de 1945 à nos jours », l’enseignant doit aborder la question du nouvel ordre mondial depuis la fin de la guerre froide. Le terrorisme y est inscrit dans le cadre de l’affirmation d’un radicalisme islamiste déterritorialisé. Le document d’accompagnement des programmes fait d’ailleurs une mise au point assez précise sur le phénomène islamiste (eduscol.education.fr).

En effet, les semaines qui ont suivi les attentats du 11 Septembre ont parfois donné lieu à des conclusions définitives sur l’évolution du monde et beaucoup ont vu dans cette date le vrai début du XXIème siècle comme le 28 juin 1914 avait été le commencement du XXème siècle. Cinq années plus tard, il parait utile de faire le point sur le phénomène terroriste et, avec un peu plus de recul, d’essayer de lui donner sa juste place dans la difficile définition du nouvel ordre mondial. Outre l’impact des images, on peut s’interroger sur les raisons qui font du 11 septembre une date immédiatement identifiée par les élèves alors que celle du 9 Novembre 1989, certes plus lointaine, semble avoir laissé moins de traces dans les mémoires. La chute du mur de Berlin n’a-t-elle pas pourtant remis plus fondamentalement en cause l’ordre mondial existant que celle des tours du World Trade Center ? Un premier élément de réponse vient sans doute de la négation radicale de l’humanisme occidental par le terrorisme, puisqu’il engage un rapport à la vie et à la mort tout à fait opposé à celui-ci. Les terroristes interrogés en prison par Farhad Khosrokhavar [1] indiquaient que s’attaquer à la vie -sacralisée- des occidentaux tout en méprisant leur propre mort était un moyen de laver l’humiliation qu’ils ressentaient et de rééquilibrer le rapport de force entre eux et les « infidèles ».

Les origines historiques du terrorisme moderne [2].

Le terrorisme moderne est d’abord un terrorisme d’Etat : sous le gouvernement montagnard de Salut Public mené par Robespierre, la Terreur est justifiée au nom de la liberté et de la lutte contre les tyrans, les Enragés en font même un moyen sublime pour purifier la société [3]. Elle trouve sa source dans les massacres de septembre 1792 (1300 prisonniers exécutés) et son apogée dans la répression de l’insurrection vendéenne et dans la loi du 22 Prairial an II (les tribunaux ne sont plus tenus d’entendre les accusés et les témoins).

Un Etat terroriste est donc celui qui pratique une politique de terreur dirigée contre tout ou partie de sa population. Les régimes totalitaires entrent dans cette catégorie : l’Etat nazi pratique une telle politique envers les juifs et l’Etat soviétique envers les Koulaks ou supposés tels. Le gazage des villages kurdes par Saddam Hussein en 1988 (50 à 80000 morts) en est un autre exemple.

Cependant, tout Etat qui utilise un groupe terroriste afin d’atteindre des objectifs de politique étrangère est lui aussi un Etat terroriste : pendant la guerre froide, certaines démocraties populaires ont ainsi soutenu de tels groupes en Europe (la STASI est-allemande a financé le terrorisme des Fractions Armée Rouge) et au Moyen-Orient.

Mais le terrorisme est aussi le fait de groupes généralement clandestins qui cherchent par la terreur à « produire sur une population et ses gouvernants un état de trouble psychologique susceptible de favoriser la réalisation (directe ou indirecte) de leurs buts politico-idéologiques » [4]. Ce terrorisme moderne, né dans les années 1870, est la « création conjointe d’Alfred Nobel [la dynamite] et de Fleet Street [la rue des grands tirages de la presse londonienne] » [5]. En effet, le but commun de ces groupes, des anarchistes à Al Qaida, est de susciter une crise de confiance des populations dans leurs institutions chargées de la sécurité et de provoquer une répression telle qu’elle solidarise finalement certains groupes avec les terroristes (prolétariat pour les anarchistes du XIXème siècle ou pour l’ultra-gauche des années 70, musulmans pour les jihadistes). C’est à ce type de terrorisme auquel nous allons nous intéresser ici. En effet, la fin de la guerre froide a notablement diminué l’utilisation du terrorisme par les Etats.

Les difficultés d’une définition du terrorisme. Le terrorisme est une notion construite par les Etats qui en sont la cible. Elle évolue donc selon le contexte historique et politique. L’enseignant pourra faire retrouver aux élèves de terminale des époques où cette notion a été utilisée alors que l’histoire, et plus encore la mémoire des peuples, n’ont pas retenu cette qualification. Les exemples sont nombreux dans le cadre des programmes du Lycée : les résistants traités de terroristes par les autorités d’occupation nazies et les gouvernements de collaboration sont le cas le plus évident d’une accusation qui n’a pas été retenue par l’histoire [6].

Plus intéressants peut-être sont les exemples où la mémoire a occulté l’histoire : ainsi, des acteurs majeurs du conflit du Moyen-Orient ont transformé leur image, passant en deux ou trois décennies du statut historiquement incontestable de terroriste à celui bien plus valorisant de prix Nobel de la Paix (Menahem Begin, ancien terroriste de l’Irgoun, prix Nobel de la Paix 1978 et Yasser Arafat, leader de l’OLP, prix Nobel de la Paix 1994). De même, les actes de terrorisme du FLN paraissent aujourd’hui davantage absous que les actes de torture de l’armée française.

Ces exemples démontrent par ailleurs que le terrorisme est un moyen efficace d’atteindre des objectifs politiques et idéologiques. Les deux actions terroristes les plus connus de l’Irgoun ont permis à celle-ci de faire avancer la cause sioniste. En Juillet 1946, des bombes explosent à l’hôtel King David de Jérusalem faisant 91 morts et 45 blessés. Le retentissement médiatique est tel que la question sioniste devient un problème international majeur dont l’ONU s’empare. En outre, la répression britannique aveugle attire les sympathies de la population juive envers l’organisation. Enfin, la pendaison de deux soldats britanniques en Juillet 1947 (en réaction à l’exécution de trois activistes juifs) retourne l’opinion britannique contre son gouvernement et montre l’incapacité de l’armée à lutter contre le terrorisme. Quelques semaines plus tard, le comité de l’ONU chargé de la question demande le retrait britannique de Palestine, ce qui est fait le 15 Mai 1948. De même, dix-huit mois après la prise d’otages des athlètes israéliens aux JO de Munich devant 900 millions de télespectateurs répartis dans une centaine de pays le leader de l’OLP Yasser Arafat fait un discours à l’ONU. Son organisation en devient membre observateur.

La difficulté à définir le terrorisme objectivement réside donc dans le fait que s’y mêle souvent un jugement moral : un acte terroriste ne sera pas caractérisé comme tel quand le but final poursuivi (libération du territoire, guerre d’indépendance, réponse à une oppression de l’Etat) est jugé légitime et même souhaitable.

Comment alors définir le terrorisme ?

Pour l’historien des stratégies militaires et du terrorisme Gérard Chaliand, il faut déconnecter l’acte terroriste de son projet politique, ce qui permet d’évacuer tout jugement moral, forcément contestable. Le terrorisme est donc un moyen, un ensemble de techniques qui visent à forcer un adversaire plus puissant à une remise en cause de sa politique. Reprenant la définition de Raymond Aron, Chaliand définit comme action terroriste « tout acte dont les conséquences psychologiques sont plus importantes que les conséquences physiques ».

Le terrorisme doit donc être relié à l’émergence des médias de masse qui écrivent la dramaturgie (les récits de témoins, l’affliction des familles) et réalisent la mise en image de l’acte terroriste (la chute des corps du World Trade Center, les blessés ensanglantés du métro de Londres). Ce dernier est donc une coproduction des terroristes et des médias. Les attentats anarchistes de la fin du XIXème siècle sont ainsi liés au développement de la presse : leurs actes étaient justifiés par de longs communiqués repris par les journaux. Leurs actions spectaculaires correspondaient aux souhaits de la presse à sensation (Le Petit Journal, L’Illustration) d’utiliser le sang, la violence, la peur et la terreur pour fidéliser leurs lecteurs. Le premier détournement d’avion (de la compagnie israélienne El Al) par des palestiniens du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) en 1967 est concomittent à la massification de l’audiovisuel. De plus ce type d’action longue, tout comme les prises d’otages de la même période, prend un aspect feuilleton qui correspond bien à ce média. Il s’agit alors d’un « terrorisme publicitaire » (G. Chaliand) apte à faire connaître mondialement une cause.

Le phénomène terroriste est par conséquent lié à l’affirmation de la démocratie car l’action terroriste a besoin d’une presse libre pour la diffusion des images et d’une très libre expression de l’opinion publique, alors censée se retourner contre son gouvernement qui n’est pas capable de la protéger. Contrairement à l’idée reçue, le terrorisme n’est pas le reflet de la fragilité des démocraties modernes (qui seraient incapables de contrôler les flux qui les traversent) mais plutôt de leur invulnérabilité : c’est parce qu’une guerre est impossible, c’est parce que même une guérilla est illusoire contre ces régimes que le terrorisme s’impose comme la seule solution pour ceux qui veulent attaquer radicalement un Etat. Si la guérilla est l’arme du plus faible, il serait ainsi l’arme du beaucoup plus faible.

La force de l’acte terroriste vient aussi d’un effet de surprise : c’est une forme de violence illégitime (par opposition à la violence légitime des Etats) qui met fin brutalement à la stabilité du monde en dehors d’une guerre déclarée. Il se distingue ainsi du terrorisme d’Etat en temps de guerre dont les bombardements stratégiques des villes allemandes ou le largage des deux bombes atomiques sont des exemples (rappelons qu’il s’agissait alors de terroriser les populations afin de les désolidariser de leurs gouvernements).

Quelles sont les spécificités du terrorisme actuel de type jihadiste ?

Les programmes du Lycée abordent clairement le terrorisme dans le contexte de l’après guerre froide et de celui de l’après 11 septembre. Or, ce terrorisme d’origine jihadiste possède des caractères originaux.

Le plus connu est le lien qu’entretient ce terrorisme avec la mondialisation : les réseaux de financement et de recrutement sont transnationaux, les lieux de la mondialisation sont aussi les cibles visées : quartiers d’affaires (Manhattan en 1993 et 2001), nœuds de communication (métro londonien en juillet 2005, réseaux de banlieues à Madrid en mars 2004, aéroports et réseaux aériens), lieux touristiques (Bali en Octobre 2002, Louxor en novembre 1997). Les réseaux médiatiques sont utilisés pour la publicité des attentats, pour les messages de propagande (Al Jazira) ou pour la formation idéologique des terroristes (Internet).

Attention cependant : les réseaux jihadistes peuvent être localisés et donc cartographiés : les territoires de recrutement sont les mégapoles du Nord ou du Sud (les écoles coraniques de Karachi, certaines mosquées londoniennes), les territoires d’entraînement ou de repli sont les zones hors contrôle de l’Etat (les zones tribales pakistanaises) ou sous contrôle d’un Etat complice (le Soudan jusqu ‘en 1998, l’Afghanistan jusqu’en 2001).

Mais c’est surtout le projet politique et les cibles visées qui font l’originalité de ce terrorisme :

Le terrorisme jihadiste ne peut pas être réduit à Al Qaida [7]. Cette organisation en a cependant été le porte-étendard. Si elle a été créée à la fin des années 80 pour prendre en charge les combattants de la guerre en Afghanistan, il semble qu’elle ait pris sa forme actuelle au début des années 90 à Peshawar (Pakistan). Elle résulterait d’une alliance entre le jihadisme saoudien de Ben Laden et le jihadisme égyptien de Ayman Al-Zawahiri (qui serait donc plus l’associé que le second de Ben Laden). Elle se situe à la confluence de deux phénomènes qui en a assuré le succès initial : une idéologie salafiste (voir glossaire) conquérante qui croit que le destin de l’islam est de conquérir le monde et le désoeuvrement des jeunes vétérans de la guerre en Afghanistan en quête d’un nouvel idéal.

Le projet politique d’une organisation comme Al Qaida est donc déterritorialisé : il diffère ainsi des projets essentiellement nationaux d’organisations terroristes comme le Hamas (projet d’un Etat palestinien) ou le Hezbollah (lutte pour un Etat islamique au Liban et contre Israël) et dont les actes de terrorisme ne dépassent pas le cadre du Proche-Orient et visent des ennemis précis (israéliens, chrétiens et sunnites libanais). Le terrorisme jihadiste recherche au contraire à provoquer un choc massif parmi des victimes indiscriminées. Les victimes les plus nombreuses de ce terrorisme sont d’ailleurs les musulmans eux-mêmes (voir l’Irak).

Les organisations jihadistes ne sont pas instrumentalisées par des Etats comme c’était le cas dans les années 70-80 (les attentats organisés depuis la Libye, l’Iran ou la Syrie). -Ce projet est, de plus, largement utopique : restauration du califat, unification de l’oumma, du Maroc jusqu’aux Philippines, symbiose totale du politique et du religieux, renversement des gouvernements impies (c’est-à-dire tous !). Bref, toutes choses qui, soit n’ont jamais existé, soit ont disparu depuis le VIIème siècle [8]. Il en résulte que, contrairement au terrorisme classique, le terrorisme d’Al Qaida ne recherche pas à arracher des concessions politiques. Aucune négociation n’est souhaitée et le terrorisme apparaît comme une fin en soi.

Le 11 Septembre 2001 peut-il être interprété comme une rupture au même titre que l’attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 ?

Non : si l’attentat contre l’archiduc François-Ferdinand a entraîné la première guerre mondiale et un bouleversement de la géopolitique, les attentats du 11 Septembre n’ont pas produit de changements conséquents dans les rapports de force mondiaux.

Pour la plupart des historiens du terrorisme, le 11 septembre s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de la période précédente. Le mode opératoire de l’attentat a utilisé des techniques déjà éprouvées auparavant (commandos-suicides, détournement d’avion) et un matériel rustique (cutter). Il s’agirait donc du zénith du terrorisme classique, adapté aux temps modernes. Olivier Roy parle d’une continuation du terrorisme d’extrême gauche « repensée à l’échelle des jeux vidéo et des films catastrophes de Hollywood ».

De même, plusieurs auteurs insistent sur une continuité dans les motivations idéologiques entre l’ultra gauche des années 70 et les mouvements jihadistes : la remise en cause radicale de l’hégémonie américaine et un anti-impérialisme virulent. C’est ainsi que le terroriste Carlos, converti à l’islam, ne cache pas son admiration pour Ben Laden qu’il qualifie d’ « être lumineux ». Cependant, l’anti-impérialisme d’Al Qaida n’est pas de nature économique (il ne conteste pas le capitalisme) mais il est une remise en cause morale des Etats-Unis.

L’origine et le parcours des jihadistes reflètent cette motivation : il ne s’agit pas de pauvres des bidonvilles mais d’éléments issus des classes moyennes instruites qui vivent en Occident ou qui y ont résidé. Il faut d’ailleurs écarter l’idée que le terrorisme serait la conséquence de la pauvreté, ce qui ferait de l’Afrique subsaharienne son principal terreau de recrutement. Farhad Khosrokhavar, qui a étudié ces parcours, montre que le basculement dans la violence est le résultat d’une crainte que l’occidentalisation du monde n’aboutisse à une perte d’identité. A cela s’ajoute un sentiment d’humiliation dû à la situation personnelle de l’individu (discrimination subie) ou à la situation des musulmans dans le monde (les images en provenance du Moyen-Orient ou de Tchétchénie véhiculées par Internet). Le jihadiste fait alors un retour vers le religieux et se fabrique à travers Internet ou des prédicateurs autoproclamés un islam bricolé, « copié/collé », mondialisé, qui n’a pas grand-chose à voir avec l’islam traditionnel. Bruno Tertrais [9] parle ainsi d’un mélange détonnant de « testostérone et de théologie ».

Il ne faut donc pas surévaluer l’impact du terrorisme international sur le nouvel ordre mondial, il s’agit plus d’une nuisance considérable que d’une force réellement déstabilisatrice. Ce sont encore les Etats qui peuvent faire évoluer en profondeur le système mondial : la prolifération nucléaire, le choc économique des puissances, anciennes et émergentes, le contrôle de l’approvisionnement des ressources naturelles apparaissent plus déstabilisateurs que le terrorisme.

Quel bilan peut-on faire du terrorisme jihadiste ? Fait-il partie de ces organisations terroristes qui ont atteint leurs objectifs ?

Il faut bien entendu éviter toute conclusion hâtive sur un fait historique qui est loin d’être terminé. Il est possible cependant de faire un bilan partiel en prenant les objectifs mêmes de ces organisations terroristes.

Le bilan apparaît ainsi plutôt négatif : le soulèvement des populations musulmanes n’a pas eu lieu, aucun Etat musulman n’a basculé dans la guerre totale à l’Occident : le passage d’un jihadisme groupusculaire à un jihadisme de masse ne s’est donc pas réalisé. Cela tient sans doute au fait que la grande majorité des musulmans a pris conscience qu’elle serait la première victime du succès de l’islamisme radical comme l’a dramatiquement démontré les dizaines de milliers de victimes de la guerre civile en Algérie dans les années 90.

Ensuite, le mouvement terroriste n’a plus de base territoriale depuis le renversement des Talibans en Afghanistan. Al Qaida est donc devenue une marque franchisée et un concept dont peuvent se saisir des groupes locaux pour organiser des actes terroristes.

La défaite électorale de José Maria Aznar en Espagne s’explique bien davantage par l’obstination des conservateurs espagnols à attribuer les attentats de Madrid de mars 2004 à l’ETA que par les attentats eux-mêmes.

Sur un plan plus général, les attentats du 11 septembre paraissent avoir délégitimé durablement l’acte terroriste comme le montrent en Europe les condamnations de plus en plus massives du terrorisme basque.

Le seul succès tient peut-être dans la condamnation de certaines initiatives des Etats-Unis à la suite des attentats : Guantanamo, les prisons secrètes de la CIA en Europe et au Moyen-Orient, le « bourbier irakien » semblent avoir fait reculer la domination morale et idéologique que les Etats -Unis avaient conquis dans le monde après la fin de la guerre froide. De même, les projets néo-conservateurs de réorganisation du Moyen-orient sont durablement discrédités. En Irak, si les techniques employées relèvent bien du terrorisme, se contenter de ce terme pour qualifier la situation à laquelle se trouve confrontée les Etats-Unis et leurs alliés apparaît réducteur. Gérard Chaliand parle d’insurrection contre la présence américaine. Le terme de guerre civile paraît tout aussi approprié dans la situation actuelle.

Le seul vrai bénéficiaire du terrorisme jihadiste est sans doute l’Iran qui s’est vue débarrassée de ses deux adversaires dans le monde musulman (les Talibans sunnites et Saddam Hussein) et dont le leadership sur la mouvance islamiste mondiale s’est renforcé.

Quelles sont les origines historiques du terrorisme jihadiste et ses modes opératoires ? Un essai de chronologie :

1979 : Révolution islamiste en Iran accompagnée de la prise d’otage du personnel de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran. Cette révolution dans le bastion du chiisme est vue par certains sunnites comme une menace sur leur leadership dans le monde musulman. C’est alors que l’Arabie Saoudite accroît ses financements pour la diffusion du wahhabisme, dont vont sortir beaucoup de terroristes. C’est sans doute dans ce contexte qu’il faut aussi comprendre la prise d’otages perpétrée à La Mecque par des terroristes sunnites (20 novembre1979, 153 morts, 560 blessés).

1979 : Invasion soviétique de l’Afghanistan. La guérilla contre l’Armée Rouge a favorisé le développement des mouvements salafistes. Les Etats-Unis n’ont pas hésité à soutenir, des années 80 jusqu’en 1991, les mouvements les plus extrémistes. C’est en Afghanistan que Al Qaida a été fondée même s’il ne faut pas surestimer le rôle de cette organisation dans la lutte contre les soviétiques.

Octobre 1981 : Assassinat d’Anouar el Sadate par un commando salafiste issu des Frères Musulmans. Ayman al-Zawahiri, numéro 2 supposé d’Al Qaida, est inculpé et relâché faute de preuves.

Octobre 1983 : premier exemple de camion-suicide au Proche-Orient contre les immeubles des Etats-majors américain et français (241 morts parmi les GI’s, 57 parmi les parachutistes français). La réaction américaine pèsera lourd dans l’avenir : l’armée se retire pour mieux intervenir …à Grenade ( !). L’acte terroriste peut donc faire plier les Etats-Unis.

1986 : Série d’attentats du Hezbollah à Paris, commandités par l’Iran afin que la France change sa politique dans la guerre Iran/Irak.

1989 : création d’Al Qaida par l’islamiste palestinien Abdallah Azzam. L’organisation s’occupe des camps d’entraînement pour les moudjahidins

1991 : première guerre du Golfe. Les américains installent des bases militaires en Arabie Saoudite et provoquent ainsi l’indignation des organisations islamistes pour qui les « infidèles » ne doivent pas fouler le sol de la terre du Prophète. Les Etats-Unis deviennent le nouvel ennemi du mouvement terroriste qui veut leur faire subir la même humiliation qu’aux soviétiques.

1992 : début de la guerre civile en Algérie après l’annulation des élections qui menaçaient d’amener les islamistes du FIS au pouvoir. Les Groupes Islamistes Armés (GIA) sont animés notamment par les « Afghans », anciens moudjahidins de la guérilla afghane. Ils mènent aussi une guerre religieuse et exécutent sept moines chrétiens à Tibhirine en 1996.En Décembre 1994, un groupe du GIA détourne un avion d’Air France qu’il voulait lancer sur la Tour Eiffel.

1993 : premier attentat contre le World Trade Center.

1994 : premier attentat suicide au Proche-Orient : un palestinien se fait sauter pour protester contre l’attentat de l’extrémiste juif Baruch Goldstein au Caveau des Patriarches.

1998 : le Front islamique mondial réunit des organisations terroristes et appelle à lutter contre les « juifs et les croisés ».

LES RESSOURCES PEDAGOGIQUES :

-Ressources internet :

-Le centre de recherche sur le terrorisme et les menaces criminelles de Paris II édite notes et études sur le sujet :www.drmcc.org.

-D’autres instituts et fondations éditent des études sur le terrorisme :

-Fondation pour la recherche stratégique :www.frstrategie.org.

-Institut de relations internationales et stratégiques :www.iris-france.org. . -Site d’information sur le terrorisme :www.terrorisme.net.

http://www.terrorwatch.ch.

-Sur le site de RADIO France : dossier et reportages sur les attentats du 11/09/2001:www.radiofrance.fr/reportage/dossier.

-Dans les revues :

-L’histoire, « Juifs, chrétiens, musulmans, terroristes au nom de Dieu », dossier, n°259.

-L’histoire, « Les islamistes », dossier, n° 281.

-Esprit, « Terrorisme, contre-terrorisme, la guerre perpétuelle », dossier, n°327.

-CRETTIEZ Xavier, Problèmes économiques et sociaux, « Le terrorisme, violence et politique », La documentation Française, septembre 2001.

-Bibliographie :

-Le livre le plus pratique : GERE François, Pourquoi le terrorisme ?, Larousse, 2006.

-Le livre le plus complet : CHALIAND Gérard, BLIN Arnaud (dir), Histoire du terrorisme, de l’Antiquité à Al Qaida, Bayard, 2006.

DAYAN Daniel (dir), La terreur spectacle, terrorisme et télévision, de Boeck, 2006.

GUBERT Romain, Le terrorisme, la guerre des temps modernes, Les essentiels Milan, 2005.

SOMMIER Isabelle, Le terrorisme, Flammarion, 2000.

KHOSROKHAVAR Farhad, Quand Al Qaida parle, Grasset, 2006.

LAÏDI Ali, Retour de flamme, Calmann-Lévy, 2006.

ROY Olivier, Généalogie de l’islamisme, Hachette, 2001.

[1] Farhad Khosrokhavar , Quand Al Qaida parle, Grasset, 2006.

[2] Le numéro 259 de la revue l’Histoire aborde l’historique du mot terrorisme (Michel Winock) et fait un rapide panorama du phénomène, de l’Antiquité à nos jours.

[3] François Géré souligne que « le terme terroriste est donc à l’époque synonyme d’honnête et vertueux républicain » et que « la terreur est tenue pour juste au point d’être sacralisée », dans François Géré, Pourquoi le terrorisme ? , Larousse, 2006.

[4] François Géré, op. cit.

[5] François Géré, op. cit.

[6] Les différences entre les deux phénomènes sont d’ailleurs nombreuses : les résistants luttaient contre une armée d’occupation qui avait supprimé toutes les libertés démocratiques, leurs cibles n’étaient pas indiscriminées et les débats ont été rudes autour des attentats visant directement l’élimination physique d’officiers allemands.

[7] Le terme provient du mot arabe caïd, le chef, qui reçoit ses affidés dans sa maison, sa base (le caïdat).

[8] Voir sur ce sujet l’article de Gabriel Martinez -Gros, L’histoire, n°281, pp 42-49. L’auteur y montre que la pureté originelle de l’islam revendiquée par les terroristes islamistes relève du mythe et non de la réalité historique. Il indique notamment que la symbiose entre l’Etat et l’islam n’a pas eu de réalité durable et que le « califat » qui en est l’illustration est remis en cause dès la première génération des successeurs de Mahomet.

[9] Bruno Tertrais, Note de la Fondation pour la Recherche Stratégique, 21 Août 2006.

Voir aussi :

Glossaire

lundi 18 décembre 2006 par Arnaud Leleu

Contre-terrorisme : ensemble des moyens de lutte contre le terrorisme. L’ECJS peut-être un moyen d’engager un débat autour de certains aspects de la politique des Etats-Unis (Guantanamo, prisons délocalisées de la CIA, autorisation de certaines formes de torture par le président des Etats-Unis, remise en cause de l’habeas corpus). Le débat pourra s’engager autour de la réponse du Général Dalla Chiésa à ceux qui lui proposait d’utiliser le torture afin d’extorquer des informations sur l’enlèvement du leader démocrate-chrétien Aldo Moro : »L’Italie peut se permettre de perdre Aldo Moro, elle ne peut pas se permettre la torture ».

Djihad : pour les terroristes, il s’agit du combat par les armes au nom de Dieu. Cette interprétation, tombée en désuétude, a été réactualisée par les Frères Musulmans égyptiens créés en 1927. Mais cette notion est vraiment utilisée dans les années 70, à partir de la guerre du Kippour et du choc pétrolier.

Cette interprétation est très contestée dans le monde musulman. Ce mot ne signifie pas « guerre sainte » mais « l’effort par excellence ». C’est la lutte intérieure que doit mener chaque musulman contre ses propres passions, il s’agit de remporter la victoire sur soi-même. La guerre sainte n’est d’ailleurs autorisée que dans des cas très précis : pour protéger les musulmans de toute agression extérieure (cas de la lutte de l’émir Abdelkader contre les Français) ou venir en aide à des musulmans dans d’autres pays. Même dans ce cas, le pays musulman ne peut pas s’attaquer à un pays avec lequel il a signé un traité. C’est dire que cette notion a été totalement pervertie par les islamistes.

Fanatisme religieux : volonté de renverser l’ordre politique et social existant, forcément corrompu, afin de lui substituer un ordre « nouveau », en fait un retour à la pureté originelle (et fantasmée) du message religieux. Cela se traduit souvent chez le djihadiste par la rupture des liens familiaux et la recherche d’une nouvelle solidarité à travers le groupe des combattants. François Géré insiste sur l’importance des liens tissés dans les camps d’entrainement et l’attachement au chef dans la psychologie des membres des commandos-suicides.

Les objectifs du fanatique l’amène à définir un ennemi absolu (le juif, le croisé) radicalement privé d’humanité et qui doit donc être radicalement détruit.

Cet aspect du terrorisme djihadiste le distingue des terrorismes nationalistes de type FLN, ETA ou IRA qui ne veulent pas ou n’ont pas voulu la destruction indiscriminée des Français, Espagnols ou Anglais.

Fondamentalisme : doctrine religieuse considérant le texte sacré comme l’expression absolue de la vérité, impliquant le strict respect des injonctions morales et sociales du texte. Le fondamentaliste se distingue de l’intégriste par son souci de se confronter au monde moderne et d’apporter des réponses à partir du texte sacré.

Intégrisme : Interprétation du message religieux. Il repose sur la dénonciation du monde moderne, qui fonctionne de plus en plus sans Dieu, et prône le retour à une observance religieuse stricte dans tous les aspects de la vie sociale. Son expansion est parallèle à la mondialisation. Celle-ci met en compétition des systèmes de valeur différents et les intégristes considèrent que le monde musulman risque la dissolution de son identité. L’échec du nationalisme arabe à faire émerger une puissance régionale explique sans doute une crainte que n’éprouve pas les Asiatiques ou les Sud-américains. Ce mouvement n’est pas forcément politique, il peut viser la réislamisation d’une société à travers le retour vers la religion des individus.

Islamisme : Idéologie manipulant l’islam en vue d’un projet politique : transformer le système politique et social d’un Etat en faisant de la charia, dont l’interprétation univoque est imposée à l’ensemble de la société, l’unique source du droit.

Islamisme radical ou djihadiste : projet politique qui vise à transformer complètement un ensemble géoplitique régional (le monde arabo-musulman), voire le système mondial (contre l’hégémonie des Etats-Unis et l’occidentalisation du monde). La notion de Djihad, terme sujet à des interprétations multiples, est mobilisée (manipulée ?) afin de donner un caractère messianique et transcendantal à l’acte terroriste. Ali Laïdi parle même d’une instrumentalisation pure et simple de l’islam s’appuyant sur une citation de Ben Laden : »Même si Dieu ne nous avait pas gratifié du don de l’islam, nos ancêtres païens auraient refusé la venue de ces mulets rouges ». Ben Laden fait ici allusion à la présence de l’armée américaine en Arabie Saoudite depuis la première guerre du Golfe de 1991.

Les mouvements djihadistes peuvent être, soient nationaux, soit transnationaux mais leurs objectifs sont globaux : s’attaquer à la domination des « croisés et des juifs » (Déclaration du Front islamique mondial réuni à Khartoum en 1998).

Il faut noter que ces mouvements interviennent peu dans le conflit israëlo-palestinien. Alors que les organisations terroristes telles que le Hamas ou le Hezbollah ont des objectifs essentiellement nationaux et agissent à un niveau très localisé, le mouvement djihadiste est présent essentiellement en Bosnie (année 90), en Tchétchénie, au Cachemire, dans les zones pachtounes de la frontière pakistano-afghane et en Irak.

Moujahidin : combattant du djihad.

Salafisme (de la racine salaf, ancien, ancêtre) : mouvement politico-religieux qui donne la primauté à une lecture littérale et puritaine du Coran. Son objectif est de revenir à la société idéalisée de l’époque du Prophète. Cette idéologie rejette le cadre national et les cultures nationales spécifiques.

Wahhabisme : version saoudienne du salafisme qui tire sa force de son alliance avec la tribu des Saoud lors de la constitution du pays dans les années 20.

LES RESSOURCES PEDAGOGIQUES

-Ressources internet :

-Le centre de recherche sur le terrorisme et les menaces criminelles de Paris II édite notes et études sur le sujet :www.drmcc.org.

-D’autres instituts et fondations éditent des études sur le terrorisme :

-Fondation pour la recherche stratégique :www.frstrategie.org.

-Institut de relations internationales et stratégiques :www.iris-france.org. . -Site d’information sur le terrorisme :www.terrorisme.net.

http://www.terrorwatch.ch.

-Sur le site de RADIO France : dossier et reportages sur les attentats du 11/09/2001:www.Radiofrance.fr/reportage/dossier.

-Dans les revues :

-L’HISTOIRE n°224 : Les islamistes.

-L’HISTOIRE n°259 : Terroristes , au nom de Dieu.

-ESPRIT n°327 (Août-septembre 2006) : Terrorisme et contre-terrorisme, la guerre perpétuelle.

-DOCUMENTATION FRANCAISE (Problèmes économiques et sociaux), Septembre 2001 : Le terrorisme, violence et politique (CRETTIEZ Xavier).

-Bibliographie :

-Le livre le plus pratique à utiliser est celui de GERE François, Pourquoi le terrorisme, Larousse, 2006.

-Le livre le plus complet : CHALIAND Gérard, BLIN Arnaud (dir), Histoire du terrorisme, de l’Antiquité à Al-Qaïda, Bayard, 2006.

DAYAN Daniel (dir), La terreur spectacle, terrorisme et télévision, de Boeck,2006.

GUBERT Romain, Le terrorisme, la guerre des temps modernes, Les essentiels Milan, 2005.

SOMMIER Isabelle, Le terrorisme, Flammarion, 2000.

KHOSROKHAVAR Farad, Quand Al-Qaïda parle, Grasset, 2006.

LAÏDI Ali, Retour de flamme, Calmann-Lévy, 2006.

ROY Olivier, Généalogie de l’islamisme, Hachette, 2001.

Un commentaire pour Education: Cachez ce terrorisme que je ne saurai voir (No terrorism please, we’re Muslims)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    le véritable problème, c’est lorsque les élites occidentales soutiennent le terrorisme. Ce qui change totalement la logique évoquée dans les articles ci-dessus

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