Turquie: L’aveuglement de l’Occident face à la poutinisation rampante du pouvoir turc (Is the West falling again for Islamists’ latest ploy to rein in Turkey’s secularist forces?)

Putin cueing in ErdoganPutin-AhmajinedadErdogan-Ahmadinejad
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
Vous avez la psychologie d’un coupable (…) Vous savez très bien tuer les gens. Erdogan (à Peres, Davos, janvier 2009)
Bienvenue, conquérant de Davos! Slogan accueillant le premier ministre turc à son retour de Davos (janvier 2009)
Recep Tayyip Erdogan a dit la vérité, en faisant triompher la justice, la liberté et le peuple palestinien. Tu nous rappelles la position glorieuse de tes ancêtres ottomans. Que les dirigeants musulmans écoutent comment l’Histoire fait des héros et comment les hommes font l’Histoire. Khalil al-Hayya (chef du Hamas à Gaza, le 30 janvier 2009)
La Turquie est en Europe (…) Les opposants à l’adhésion avancent de faux prétextes. En réalité, ils veulent maintenir une Europe conçue comme un club chrétien, réservé aux pays de tradition chrétienne. De même qu’on a souhaité l’adhésion de pays de l’Est parce qu’ils sortaient du communisme, il convient de tendre la main à la Turquie, le seul pays musulman à avoir su organiser la séparation entre la religion et l’Etat. Bernard Kouchner (le 11 décembre 2002)
Medvedev est un type bien. Jamais, depuis Pierre le Grand, la Russie n’a été aussi apaisée et pacifiée qu’aujourd’hui. (…) Ce que je rêve de faire, c’est de favoriser la constitution d’un grand ensemble entre l’Union européenne, la Russie, l’Ukraine et la Turquie. J’en ai parlé avec Medvedev et ça l’intéresse. Sarkozy (Conseil des ministres du 03.03.10, rapporté par le Canard enchainé du 10.03.10)
Ce qui est train de se passer aujourd’hui, c’est la normalisation. (…) Il s’agit des progrès que nous faisons en tant que démocratie avancée (…) La direction prise par la Turquie est évidente. (…) La Turquie est en train de progresser sur le chemin de l’accession à l’Union européenne. Erdogan
Nous n’allons pas demander pardon… il n’y a aucune raison de demander pardon. Viktor Tchernomyrdine (ambassadeur de Russie en Ukraine, août 2003)
Nous condamnons cette résolution qui accuse la nation turque d’un crime qu’elle n’a pas commis. Le gouvernement turc (05.02.10)
Les premiers trains de sanctions n’ont produit aucun résultat et d’autres sanctions ne produiront aucun résultat. Ceux qui veulent empêcher l’Iran d’acquérir l’arme atomique devraient s’assurer qu’aucun (autre) pays de la région ne dispose d’armes nucléaires. Erdogan
Si les militaires vraiment avaient prévu de renverser le gouvernement, ils n’auraient quand même pas détaillé leur plan dans un document de 5 000 pages. Sner Cagaptay

Mêmes impunité et impénitence par rapport à ses crimes de guerre, mêmes revanchisme et positionnement anti-occidental, même soutien de régimes voyous, mêmes autoritarisme et non-respect des droits fondamentaux de sa propre population, mêmes manœuvres d’intimidation de ses médias et de ses juges, même aveuglement de l’Occident sous prétexte de soutien en vue de toujours plus improbables sanctions contre les mollahs iraniens …

Comment ne pas voir, comme le rappelle l’auteur turc Soner Cagaptay dans le WSJ, la rapide poutinisation du pouvoir turc par le « nouveau Mehmet le conquérant »?

Et, avec la toute récente arrestation de dizaines d’officiers de l’Armée pour cause d’un très improbable complot contre l’Etat et sous prétexte d’une prétendue normalisation et démocratisation de la société et même de sa préparation à l’entrée dans l’Union européenne, le renforcement d’année en année de sa lutte contre la déjà très problématique laïcité du pays?

Ainsi, comme en témoigne l’indifférence qui a accueilli lesdites arrestations du côté occidental, qu’un aveuglement de plus en plus patent?

Turkey’s Republic of Fear
The Islamist government continues its assault on the military and the press.
Sner Cagaptay
The WSJ
MARCH 4, 2010

Last week’s arrests in Turkey of dozens of high-ranking military officers mark the country’s latest step toward authoritarianism. Neither Europe nor the United States can afford to ignore Turkey’s transformation.

Since coming to power in 2002, the ruling Islamist Justice and Development Party (AKP) and ultra-conservative Fethullah Gulen Movement have gained significant leverage over the police and media. Emulating Russian Prime Minister Vladimir Putin, the AKP has made selective use of the legal code to effectively silence the country’s two largest independent media groups.

Dogan, which owns about half of the media outlets in the country, faces a record $3.5 billion fine on delayed tax payments. Liberal media mogul Mehmet Emin Karamehmet has been sentenced to 12 years in jail on charges related to dealings at his bank for which he was earlier acquitted. Editors now think twice before running stories critical of the government.

Until recently, the judiciary and the military were able to keep government excesses in check. That apparent equilibrium between Islamists and secularists was shattered a few weeks ago, when Gulenist papers published a 5,000-page memo allegedly written by military officers planning a coup.

U.S. diplomats I have talked to and Turkish analysts say that if the military really had planned to overthrow the government, it would have hardly written it down in a detailed 5,000 page document. The idea that the military would bomb Istanbul’s historic mosques and shoot down its own planes to precipitate such a coup—as the alleged memo describes—is simply outlandish. The military denies any plans for toppling the government and says much of the document is actually taken from a 2003 war game exercise. It says that the incriminating elements detailing the alleged coup were added to the document.

For the past two years, the Turkish military has been the target of illegal wiretaps and accusations that it is plotting against the government. The question is whether the military will tolerate the assault or strike back, as it has done in the past when it thought the secular nature of the state was threatened.

The Islamist government has also targeted Turkey’s other secular bastion—the judiciary. Last month, a Gulenist prosecutor arrested a secular prosecutor in Erzincan. He was officially charged with belonging to an ultranationalist gang known as Ergenekon, which the Gulenists and AKP claim is trying to overthrow the government. Whether that’s true or not, there is no doubt the arrest solved a lot of problems for the government. Before his arrest, the Erzincan prosecutor was investigating alleged connections between Gulenist fund raising and Chechen and Hamas terrorists. He was also looking into the armed activities of Ismailaga, a radical Islamist movement.

The Gulenists and the AKP are further targeting the courts by appointing a disproportionate number of Gulenist jurists, thus eroding the secular nature of the judiciary. And the courts seem to have been wiretapped as well. According to media reports, the police have bugged over 130 top judges and prosecutors, as well as the high court of appeals. This is not that hard to believe, given that the justice minister admitted in 2009 that the police have wiretapped 70,000 people.

What is the way forward for Turkey? A military coup isn’t the answer and a court ban against the AKP would likely backfire, boosting the party’s popularity. The next general elections are scheduled for 2011, but by that time the cards might be stacked too much in favor of the governing parties. That’s why the West should press for elections that are free and democratic. The next elections won’t be fair if the Turkish media are not independent and if Turks fear that they live in a police state that wiretaps its judiciary and citizens.

Hoping to win Ankara’s support for tougher Iran sanctions and more troops in Afghanistan, the U.S. and Europe have so far been hesitant to criticize the AKP-led government. The « pragmatists » fail to realize that an illiberal and Islamist Turkey will be increasingly opposed to Western policies.

Mr. Cagaptay is a senior fellow at the Washington Institute for Near East Policy and the author of « Islam, Secularism and Nationalism in Modern Turkey: Who is a Turk? » (Routledge, 2006).

Voir aussi:

Turquie: nouvelle vague d’arrestations dans l’armée
Le Monde avec AFP et Reuters
26.02.10

Dix-huit militaires ont été interpellés en Turquie, vendredi 26 octobre, portant à quarante-neuf le nombre de personnes arrêtées en une semaine dans le cadre de l’enquête sur un complot présumé contre le gouvernement en 2003. Onze des trente et un militaires à la retraite ou en activité arrêtés en début de semaine ont déjà été mis en détention préventive par un tribunal d’Istanbul.

Cette offensive judiciaire d’une ampleur inédite contre l’armée a attisé les tensions entre partisans du gouvernement de l’AKP et l’opposition : l’armée se considère en Turquie comme la garante du régime laïque tandis que l’AKP, issu de la mouvance islamiste, est accusé par ses opposants de vouloir islamiser la Turquie.

Alors que la vague d’arrestations était en cours, vendredi matin, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a balayé les critiques de l’opposition selon lesquelles son parti, l’AKP, devenait de plus en plus autoritaire et tentait de discréditer l’armée. « Ceux qui préparent des plans en secret pour écraser la volonté du peuple doivent se rendre compte qu’à partir de maintenant ils devront affronter la justice. (…) Personne n’est au-dessus des lois. Personne ne peut jouir de l’impunité », a lancé le premier ministre lors d’un rassemblement de l’AKP sans toutefois mentionner directement l’affaire. « Ce qui est train de se passer aujourd’hui, c’est la normalisation. (…) Il s’agit des progrès que nous faisons en tant que démocratie avancée (…) La direction prise par la Turquie est évidente. (…) La Turquie est en train de progresser sur le chemin de l’accession à l’Union européenne. »

« PROBABLEMENT UN PROCESSUS DE REVANCHE POLITIQUE »

Les commandants de l’armée ont, eux, fait état d’une « situation grave » à l’issue d’une réunion extraordinaire qu’ils ont tenue pour discuter de l’enquête. Selon la presse turque, le complot auquel les gradés interpellés sont accusés d’avoir participé, aurait été planifié en 2003. Il aurait notamment consisté à semer le chaos dans les rues d’Istanbul en posant des bombes dans des mosquées et des musées, le but étant de démontrer l’incapacité de l’AKP au pouvoir à protéger la population turque, afin de justifier un éventuel coup d’État. Ils sont également soupçonnés d’avoir voulu abattre un avion de chasse turc pour provoquer un conflit armé avec la Grèce afin, là encore, de déstabiliser le gouvernement.

PLUSIEURS COMPLOTS PRÉSUMÉS CONTRE LE GOUVERNEMENT

L’armée a toujours assuré que les documents qui servent à l’accuser faisaient partie d’une procédure d’entraînement et n’étaient en aucun cas destinés à déstabiliser le gouvernement. Parmi les militaires arrêtés, l’ex-général Cetin Dogan est désigné comme l’instigateur supposé du plan. Il a nié toute implication, indiquant qu’il s’agissait d’un « jeu de stratégie » militaire conçu à l’époque où il portait l’uniforme. L’état-major, qui a rejeté les accusations et dénoncé une campagne de dénigrement, a bien reconnu l’existence d’un plan, mais a également évoqué un « scénario » de « wargame » imaginé en 2003 comme simple procédure d’entraînement.

Les deux grands partis d’opposition, victimes de putschs militaires dans le passé, ont pointé du doigt le gouvernement. Le chef de l’opposition laïque, Deniz Baykal, s’est interrogé sur le moment choisi pour la rafle menée à partir d’allégations remontant à sept ans et qui ne se sont jamais concrétisées. « C’est visiblement un processus de revanche politique », a-t-il estimé. Une allusion au fait que la plupart des cadres de l’AKP étaient membres d’un parti pro-islamiste interdit par la justice en 2008 après avoir été chassé du pouvoir par l’armée l’année précédente.

Plusieurs complots présumés contre le gouvernement ont été mis au jour, provoquant une succession de procédures judiciaires qui ont attisé les tensions entre les partisans du gouvernement, accusé d’avoir un plan caché d’islamisation du pays, et ses opposants. Mais l’armée, qui a déposé quatre gouvernements depuis 1960, avait récemment déclaré par la voix de son chef, le général Basbug, que le temps des coups d’Etat était révolu.

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