Education: Bienvenue au meilleur des mondes où Billancourt finance Neuilly! (Welcome to France’s high ed brave new world: Do we really want to drive Neuilly to despair?)

13 février, 2010
We must not drive Billancourt to despair (Sartre)Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et que cependant ce petit nombre d’hommes vraiment cultivés n’était possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonnait à la culture; qu’on ne devait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; que le vrai secret de la culture était là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence d’un petit nombre. Nietzsche
On considère le chef d’entreprise comme un loup à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char. Churchill
La Révolution abolit les privilèges et crée immédiatement ensuite l’Ecole polytechnique et l’Ecole normale supérieure, pour offrir à la nation ses cadres « naturels », en bref sa propre aristocratie. Daniel Cohen
L’université est un service public. C’est l’Etat qui doit payer. Etudiant (Nanterre)
Entre 1951 et 1955, les jeunes d’origine modeste y étaient 29 %, contre 9 % trente ans plus tard. Ils ont aujourd’hui 24 fois moins de chances d’intégrer une grande école que des enfants de cadres ou d’enseignants. Libération
Un rapport de la Banque mondiale explique la mauvaise position des universités françaises dans les classements internationaux par l’absence de sélection à l’entrée. Cette question reste taboue mais la sélection existe de façon larvée puisque seuls 64 % des inscrits obtiennent une licence, souvent après avoir redoublé. Un échec en partie lié à l’afflux des bacheliers professionnels et technologiques qui s’inscrivent à la fac, même s’ils n’y sont pas préparés. Aujourd’hui, 40 % des 25-34 ans ont un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 20 % il y a vingt ans. Aux États-Unis c’était déjà 40 % il y a vingt ans. «La France a rattrapé son retard mais doit s’atteler aux problèmes que les autres pays ont résolus, comme l’efficacité des formations universitaires et leurs débouchés», affirme Éric Charbonnier, expert auprès de l’OCDE. Le Figaro
En France les moins favorisés financent les études des plus favorisés. Gilbert Béréziat

A l’heure où, devant la concurrence internationale, nos universités se décident enfin à se regrouper pendant que la contestation gagne à nouveau l’Education nationale …

Et où, à la veille du renouvellement de sa convention de financement, un établissement d’enseignement supérieur se sent contraint de faire son kowtow en censurant l’une de ses élèves pour crime supposé de lèse-majesté

Enfin un universitaire qui se décide à cracher le morceau sur le système universitaire français!

Et, derrière les beaux discours et la stigmatisation du système américain, la véritable inégalité d’un système …

Où, comme pour les retraites ou la culture, « les moins favorisés financent les études des plus favorisés » jusqu’à leur « payer un salaire pendant leurs études » et leur « procurer un emploi quasiment à vie derrière » …

Où, en frais de scolarité comme en débouchés, les études du plus grand nombre ne valent littéralement rien …

Où « les dix vraies grandes écoles fournissent l’essentiel des hauts cadres de la nation, c’est-à-dire, mettons, pas plus de trois mille à quatre mille diplômés par an, soit un bassin de cent vingt mille personnes, sur une nation de 60 millions d’habitants et quelque six cent mille jeunes qui finissent chaque année la scolarité obligatoire » …

Où, contrairement au système anglo-saxon, il n’y aucun « dispositif de prêts à intérêts quasiment nuls ou à très bas taux d’intérêt, dont certains ne sont remboursés que lorsque l’étudiant commence à travailler » …

Où, contrairement à ailleurs, « il est très difficile d’obtenir des syndicats d’étudiants et de personnel que l’on crée des jobs à l’intérieur de l’université destinés aux étudiants [qui pourraient ainsi financer tout seuls leurs études] comme l’ouverture des bibliothèques le soir tard, sous la surveillance d’étudiants » …

Où les universités n’ont pour se financer ni « les revenus de la capitalisation qu’elles ont réalisée depuis plus d’une centaine d’années qui financent l’université ni leur activité de recherche financée par les différentes agences de l’Etat »

Et où, faute d’un réseau d’anciens élèves et d’un faible sentiment d’appartenance à une université quasiment gratuite, les grands donateurs potentiels (mécènes, grosses firmes du CAC 40, etc.) tous issus du système des grandes et des petites écoles donnent en priorité à leurs établissements d’origine …

Où enfin « les plus doués sont orientés vers des filières de management, de business, etc. », privant de candidats les filières scientifiques et la recherche

Et le pays des innovations et du potentiel industriel sans lesquels n’est tout simplement pas viable un système éducatif digne de ce nom et véritablement égalitaire et méritocratique!

Extraits:

Actuellement, c’est la nation qui s’endette pour payer les études des riches. Donc la question est trop simple. On n’est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c’est que le système américain est une organisation en pyramide : il y a une base très large, avec les Community Colleges de deux ans et les Colleges habituels de quatre ans, et c’est à partir de ces collèges que se fait la sélection vers les formations plus longues. En France, la sélection se fait à 14 ans, j’exagère. Mais en tout cas, elle se fait avant le bac. Donc quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.

Pourquoi, dans les écoles de management et de commerce, peut-on imposer des frais d’inscription ? Tout simplement parce que le pays considère que ces écoles donnent des débouchés sur le marché du travail, alors que les diplômes nationaux traditionnels ne donneraient pas de tels débouchés. Donc en quelque sorte Dauphine fait jouer le marché. Mais il faut aussi trouver des arguments positifs pour Dauphine. Certains considèrent – et ils n’ont pas forcément tort – que dès lors qu’une formation est payante, l’établissement se doit de donner le diplôme qui suit. Donc les étudiants vont être plus exigeants vis-à-vis de leurs enseignants. Mais encore une fois, c’est dans un secteur où, à tort ou à raison, la population pense qu’il y a des débouchés importants. La question qui peut se poser est : la France va-t-elle devenir une nation de commerçants et plus une nation d’inventeurs, et une nation avec un potentiel industriel donnant des biens d’exportation, en particulier. (…)

Je pense qu’en France l’élitisme existe déjà, car on peut considérer que les dix vraies grandes écoles fournissent l’essentiel des hauts cadres de la nation, c’est-à-dire, mettons, pas plus de trois mille à quatre mille diplômés par an. Si vous comptez qu’un diplômé formé dans ces conditions a une activité professionnelle pendant trente ans, cela fait un bassin de cent vingt mille personnes, sur une nation de 60 millions d’habitants. Si vous comparez cela à la génération des six cent mille jeunes qui finissent chaque année la scolarité obligatoire, on est plutôt dans une monarchie que dans un système républicain.

Le système français est incroyable, puisque les élèves les plus doués pour les sciences sont orientés vers des filières de management, de business, etc., et que les filières scientifiques, conduisant à la recherche, manquent de candidats.

Je prends un exemple, celui du Canada. Dans ce pays, dans certaines grandes universités, on fait payer les étudiants assez fortement dans le cycle licence. Mais on les subventionne lorsqu’ils entrent en master dans les filières scientifiques. Aucune université en France n’a les moyens de faire cela. Deuxième chose : dans le système anglo-saxon, il y a tout un dispositif de prêts à intérêts quasiment nuls ou à très bas taux d’intérêt, dont certains ne sont remboursés que lorsque l’étudiant commence à travailler.

C’est très difficilement comparable avec le système français où, sous couvert d’égalitarisme, en réalité, l’Etat subventionne les études de tout le monde mais, comme nous savons très bien que les couches les moins favorisées accèdent le plus difficilement à l’enseignement supérieur et acquittent l’impôt sous forme de taxe (TVA), puisqu’en France l’impôt direct ne représente pas les revenus principaux de l’Etat, sans trop de risque de se tromper, on peut dire qu’en France les moins favorisés financent les études des plus favorisés.

Et je rappelle que les élèves de Polytechnique sont payés, et que les élèves normaliens sont payés. Et, cerise sur le gâteau, on leur procure un emploi quasiment à vie derrière.

Il est évident qu’en France, ce qui coûte cher pour un étudiant, c’est ce que les Anglo-Saxons appellent le « housing ». Comparons avec Manchester : l’université de Manchester, trente-cinq mille étudiants, six mille logements pour étudiants, 42e au classement de Shanghaï. L’Université Pierre-et-Marie-Curie : trente mille étudiants, aucun logement d’étudiant à sa disposition. Tout dépend du Crous, dont je ne suis pas sûr qu’il ait le meilleur rapport qualité-prix en matière de logement.

Par ailleurs, il est très difficile en France d’obtenir des syndicats d’étudiants et de personnel que l’on crée des jobs à l’intérieur de l’université destinés aux étudiants. Exemple : cela fait six ans qu’à l’UPMC nous bataillons pour obtenir que les bibliothèques soient ouvertes le soir tard, sous la surveillance d’étudiants. Ce qui se pratique couramment partout ailleurs dans le monde.

Il faut bien comprendre que dans les plus onéreuses, pour les étudiants, des grandes universités américaines, le revenu généré par les droits d’inscription ne dépasse pas 20 % du budget de l’université. Pourquoi ? Parce que dans ces universités, c’est d’une part les revenus de la capitalisation qu’elles ont réalisée depuis plus d’une centaine d’années qui financent l’université, et d’autre part, l’activité de recherche financée à presque 80 %, voire 90 %, par les différentes agences de l’Etat américain.

Enfin, le problème des Fondations dans notre pays est très compliqué. Parce que les grands donateurs potentiels (mécènes, grosses firmes du CAC 40, etc.) sont issus du système des grandes et des petites écoles. Donc ils donneront en priorité à Polytechnique. (…) Il nous faut d’abord recréer un réseau d’anciens de l’université, qui n’existe pas en France. Et d’une certaine manière, cela nous ramène à la question de départ : l’université étant gratuite, le sentiment d’appartenance à cette université est faible. Les étudiants pensent que l’Etat leur a donné l’éducation supérieure et n’ont qu’une reconnaissance modérée pour l’université qui a fait le business. Et c’est le problème majeur de l’université française aujourd’hui.

« Le système universitaire américain est moins inégalitaire que le nôtre »
Le Monde
02.02.10
L’intégralité du débat avec Gilbert Béréziat, vice-président de l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI), mercredi 3 février, à 16 h .

Jocelyn : Le système universitaire est-il en train de s’américaniser et de nous obliger à nous endetter pour payer les études de nos enfants ?

Gilbert Béréziat : Actuellement, c’est la nation qui s’endette pour payer les études des riches. Donc la question est trop simple. On n’est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c’est que le système américain est une organisation en pyramide : il y a une base très large, avec les Community Colleges de deux ans et les Colleges habituels de quatre ans, et c’est à partir de ces collèges que se fait la sélection vers les formations plus longues.

En France, la sélection se fait à 14 ans, j’exagère. Mais en tout cas, elle se fait avant le bac. Donc quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.

Mirko : Indexer les frais de scolarité sur le revenu des parents, comme le fait Sciences Po Paris, qui exonère totalement les personnes les plus défavorisées, me paraît juste. Qu’en pensez-vous?

Gilbert Béréziat : Sciences Po fait mieux que cela, puisque non seulement il exonère les enfants d’origines les plus modestes, mais il fait des bourses aussi, de manière qu’ils aient des conditions de travail qui se rapprochent des autres. Dauphine, contrairement à Sciences Po, n’est pas une université autonome, ne dispose pas à ma connaissance d’une fondation bien financée. Et je ne pense pas qu’il ait aujourd’hui les moyens de faire des bourses pour les étudiants issus de milieux dont on dit aujourd’hui qu’ils sont des « quartiers difficiles ».

Simon : Ce qui a créé le débat, c’est l’augmentation des frais d’inscription d’un diplôme d’université, mais cela reste impossible pour un diplôme national. La question est donc : combien de temps avant que les universités passent massivement aux diplômes non nationaux pour pouvoir augmenter leurs frais ? Qu’est-ce qui les en empêche ou les freine ?

Gilbert Béréziat : Pourquoi, dans les écoles de management et de commerce, peut-on imposer des frais d’inscription ? Tout simplement parce que le pays considère que ces écoles donnent des débouchés sur le marché du travail, alors que les diplômes nationaux traditionnels ne donneraient pas de tels débouchés. Donc en quelque sorte Dauphine fait jouer le marché.

Mais il faut aussi trouver des arguments positifs pour Dauphine. Certains considèrent – et ils n’ont pas forcément tort – que dès lors qu’une formation est payante, l’établissement se doit de donner le diplôme qui suit. Donc les étudiants vont être plus exigeants vis-à-vis de leurs enseignants.

Mais encore une fois, c’est dans un secteur où, à tort ou à raison, la population pense qu’il y a des débouchés importants. La question qui peut se poser est : la France va-t-elle devenir une nation de commerçants et plus une nation d’inventeurs, et une nation avec un potentiel industriel donnant des biens d’exportation, en particulier.

Joan.UK : Bonjour, je suis actuellement étudiant à la London School of Economics et ancien de l’EHESS à Paris. J’ai dû quitter Paris car rien n’est fait en France pour promouvoir la recherche en sciences humaines. Ni bourse ni création de postes. En Angleterre, je suis certain de pouvoir trouver un emploi décent en tant que chercheur, mais pour cela je dois payer 11000 euros de frais d’inscription par an… Selon vous, la France devrait-elle suivre un modèle identique, basé sur un élitisme injuste mais réaliste ?

Gilbert Béréziat : Je pense qu’en France l’élitisme existe déjà, car on peut considérer que les dix vraies grandes écoles fournissent l’essentiel des hauts cadres de la nation, c’est-à-dire, mettons, pas plus de trois mille à quatre mille diplômés par an. Si vous comptez qu’un diplômé formé dans ces conditions a une activité professionnelle pendant trente ans, cela fait un bassin de cent vingt mille personnes, sur une nation de 60 millions d’habitants. Si vous comparez cela à la génération des six cent mille jeunes qui finissent chaque année la scolarité obligatoire, on est plutôt dans une monarchie que dans un système républicain.

Jérémy : On sait qu’un bon nombre d’étudiants en fac sont là un peu par défaut, ou parce qu’ils ont été mal orientés. Pensez-vous qu’élever les frais de scolarité peut réduire la part de ces élèves à la fac ? De plus ne faudrait-il pas offrir plus de bourses au mérite pour les élèves réellement motivés à suivre une formation à la fac mais qui n’en auraient pas les moyens ?

Gilbert Béréziat : Ce sont des questions de gens qui sont dans les secteurs sciences humaines et sociales. Le système français est incroyable, puisque les élèves les plus doués pour les sciences sont orientés vers des filières de management, de business, etc., et que les filières scientifiques, conduisant à la recherche, manquent de candidats. Donc on ne peut pas répondre à cette question de manière globale.

Je prends un exemple, celui du Canada. Dans ce pays, dans certaines grandes universités, on fait payer les étudiants assez fortement dans le cycle licence. Mais on les subventionne lorsqu’ils entrent en master dans les filières scientifiques. Aucune université en France n’a les moyens de faire cela.

Deuxième chose : dans le système anglo-saxon, il y a tout un dispositif de prêts à intérêts quasiment nuls ou à très bas taux d’intérêt, dont certains ne sont remboursés que lorsque l’étudiant commence à travailler.

C’est très difficilement comparable avec le système français où, sous couvert d’égalitarisme, en réalité, l’Etat subventionne les études de tout le monde mais, comme nous savons très bien que les couches les moins favorisées accèdent le plus difficilement à l’enseignement supérieur et acquittent l’impôt sous forme de taxe (TVA), puisqu’en France l’impôt direct ne représente pas les revenus principaux de l’Etat, sans trop de risque de se tromper, on peut dire qu’en France les moins favorisés financent les études des plus favorisés.

Et je rappelle que les élèves de polytechnique sont payés, et que les élèves normaliens sont payés. Et, cerise sur le gâteau, on leur procure un emploi quasiment à vie derrière.

Hako : De plus en plus d’étudiants se voient contraints de trouver un job étudiant pour payer les frais de logement, de nourriture… ce qui contribue beaucoup à leur échec. Ne pensez-vous pas qu’une augmentation des frais d’inscription aggraverait cela alors qu’il faut faire en sorte de limiter les jobs étudiants pénibles ?

Gilbert Béréziat : Il est évident qu’en France, ce qui coûte cher pour un étudiant, c’est ce que les Anglo-Saxons appellent le « housing ». Comparons avec Manchester : l’université de Manchester, trente-cinq mille étudiants, six mille logements pour étudiants, 42e au classement de Shanghaï. L’Université Pierre-et-Marie-Curie : trente mille étudiants, aucun logement d’étudiant à sa disposition. Tout dépend du Crous, dont je ne suis pas sûr qu’il ait le meilleur rapport qualité-prix en matière de logement.

Par ailleurs, il est très difficile en France d’obtenir des syndicats d’étudiants et de personnel que l’on crée des jobs à l’intérieur de l’université destinés aux étudiants. Exemple : cela fait six ans qu’à l’UPMC nous bataillons pour obtenir que les bibliothèques soient ouvertes le soir tard, sous la surveillance d’étudiants. Ce qui se pratique couramment partout ailleurs dans le monde.

Julien : L’université Paris 6 a-t-elle prévu d’augmenter les frais d’inscription des Masters ? Si oui quel serait le montant ?

Gilbert Béréziat : La réponse est non. Pourquoi ? Parce que nous, nous voulons avoir des étudiants dans nos masters. D’ailleurs je vous signale qu’à l’UPMC, les stages dans les laboratoires sont rémunérés. Certes, modestement, mais au même niveau que les externes des hôpitaux de la faculté de médecine.

Marc : Doit-on craindre que certains établissements (gros consortiums technologiques et management qui sont en train de se constituer) prennent les filières rentables et laissent à l’université le « reste » ? N’est-ce pas ce que les fusions-acquisitions en cours suggèrent ?

Gilbert Béréziat : Bien sûr, on peut faire ça. Mais ce n’est pas la voie que nous avons suivie à l’UPMC, puisque nous sommes en train de nous fédérer avec l’université Panthéon-Assas (droit) et l’université Paris-Sorbonne (sciences humaines et sociales). Pourquoi ? Parce que dans l’avenir, nous pensons que les jeunes qui auront eu une double formation en sciences pures, bonnes, excellentes, et aussi une formation dans les disciplines qui donnent une ouverture culturelle plus large, auront plus d’opportunités d’affronter les difficultés à venir.

Donc nous ne voulons pas du tout devenir une super-université technologique comme celle de Zurich ou de Lausanne. Je rappelle que le MIT possède un département de sciences humaines extrêmement riche et qui n’est pas destiné à former des businessmen ou businesswomen.

Thomas : Pourquoi ne pas réformer en profondeur le système CPGE + grandes écoles en l’intégrant aux universités pour en finir avec cette dualité franco-française ?

Gilbert Béréziat : Je suis plus radical que vous : pourquoi ne pas supprimer les classes préparatoires, qui ne sont que des lieux de training intense, de coaching intense, de dopage intellectuel destinés à faire réussir des élèves à un concours ? Je pense que le cycle licence devrait être un cycle d’orientation, et évidemment d’orientation sélective, permettant tout à la fois l’orientation vers des écoles d’ingénieurs, de management, etc. et vers les filières plus traditionnelles d’érudition ainsi que des filières de formation par la recherche et à la recherche. Je pense qu’à l’âge de 17-18 ans, les élèves doivent s’épanouir, et pas être formatés.

M.Siebert : Pourquoi ne pas faire payer uniquement les redoublements universitaires pour encourager l’investissement des étudiants ?

Gilbert Béréziat : Pour faire réussir des étudiants, il faut qu’ils comprennent que, inscrits dans un cycle, ils doivent faire le travail nécessaire pour avoir le minimum requis par le diplôme. L’Etat et les institutions doivent pouvoir leur en donner les moyens (bourses, prêts à taux zéro, etc.).

Certains n’auront pas la capacité d’aller dans le cycle master, il faut le reconnaître et les aider à s’insérer sur le marché du travail. C’est ce que beaucoup d’universités ont fait ces dernières années en développant les licences professionnelles. Dans beaucoup de disciplines, il est impensable d’avoir une formation à la recherche et de la cumuler avec un travail à temps complet ou même à mi-temps.

C’est pourquoi, par exemple, à l’UPMC, nous n’acceptons pas d’étudiants en doctorat si celui-ci n’est pas financé, c’est-à-dire s’ils n’ont pas une bourse, privée ou publique, leur permettant de consacrer tout leur temps à la recherche et à la préparation de leur doctorat. Il est vrai que de ce point de vue les sciences humaines et sociales sont défavorisées. C’est lié au fait que dans les disciplines littéraires, beaucoup de thésards se recrutent parmi les professeurs du second degré. Et on peut difficilement faire une thèse en trois ans et avoir une activité salariée à plein temps.

On pourrait peut-être s’interroger aussi sur la nécessité de fabriquer autant de thésards dans ce secteur.

Guest : Est-ce que les montants doivent être fixés par la loi de l’offre et de la demande? Quelle régulation mettre en place pour s’assurer d’une certaine justice?

Gilbert Béréziat : Ce que je n’ai pas très bien compris dans la décision de Dauphine, c’est si l’argent dégagé par le paiement des droits d’inscription par les plus « fortunés » était destiné entièrement à subventionner les moins fortunés. Si c’était le cas, je ne pourrais que m’en réjouir. Mais j’ai bien peur que ce soit aussi pour compenser la faiblesse du financement par l’Etat des universités.

JR : Si les frais universitaires n’augmentent pas, de quelle manière l’université peut-elle se procurer des revenus plus importants qu’actuellement ?

Gilbert Béréziat : Il faut bien comprendre que dans les plus onéreuses, pour les étudiants, des grandes universités américaines, le revenu généré par les droits d’inscription ne dépasse pas 20 % du budget de l’université. Pourquoi ? Parce que dans ces universités, c’est d’une part les revenus de la capitalisation qu’elles ont réalisée depuis plus d’une centaine d’années qui financent l’université, et d’autre part, l’activité de recherche financée à presque 80 %, voire 90 %, par les différentes agences de l’Etat américain.

Si vous prenez l’UPMC, 80 % de son budget sont liés à son activité de recherche, d’une manière ou d’une autre. Donc ce problème des droits d’inscription se pose d’abord dans les universités qui n’ont pas la force de frappe que procure la recherche scientifique dans les sciences dures.

Enfin, le problème des Fondations dans notre pays est très compliqué. Parce que les grands donateurs potentiels (mécènes, grosses firmes du CAC 40, etc.) sont issus du système des grandes et des petites écoles. Donc ils donneront en priorité à Polytechnique. Certes, cela peut changer. Mais c’est un très long chemin. Nous y travaillons depuis trois ans à l’UPMC. Nous avons mis deux ans avant de créer notre Fondation partenariale, et nous n’avons pas encore pu déclencher de campagne de levée de fonds d’un niveau comparable aux universités étrangères.

Il nous faut d’abord recréer un réseau d’anciens de l’université, qui n’existe pas en France. Et d’une certaine manière, cela nous ramène à la question de départ : l’université étant gratuite, le sentiment d’appartenance à cette université est faible.

Les étudiants pensent que l’Etat leur a donné l’éducation supérieure et n’ont qu’une reconnaissance modérée pour l’université qui a fait le business. Et c’est le problème majeur de l’université française aujourd’hui.

Modéré par Philippe Jacqué


Présidence Obama: C’est pas moi, c’est Bush qui m’a poussé! (Obama’s war on terror: Bush made me do it)

10 février, 2010
Evil BushMiss me yet? (Bush billboard, Wyoming, Minn., Feb. 2010)
La décision que j’ai prise – et franchement je la prendrais à nouveau – c’était que s’il existait une quelconque possibilité qu’il puisse développer des armes de destruction massive (ADM), nous devions l’arrêter. (…) Je n’aurais pas fait l’Irak si je n’avais pas pensé que c’était juste. (…) (J’ai) une responsabilité oui, mais je n’ai aucun regret d’avoir renversé Saddam Hussein. (…) C’était un « monstre », qui « menaçait non seulement la région mais le monde entier. Même rétrospectivement, il était préférable de régler cette menace, de la régler en le renversant et je crois vraiment que le résultat en est que le monde est plus en sécurité. (…) Les renseignements étaient certes « fragmentaires », mais il était « difficile d’en arriver à une conclusion autre que celle » que Saddam continuait son programme d’ADM. (…) Quand vous relisez la (résolution de l’ONU) 1441, il est assez évident que vous pouvez argumenter » qu’elle légitimait la guerre. Tony Blair (devant la commission Chilcot sur l’engagement britannique en Irak, 29.01.10)
De 100 000 à 500 000 Irakiens, personne ne sait, ont été tués pendant et après l’invasion de 2003. De même, 4 500 GI américains et 179 soldats britanniques ont péri en Irak. Le pays le plus développé du monde arabe a été ramené au Moyen Age. Une guerre civile dont les cendres sont encore tièdes a provoqué une hécatombe sans précédent. L’insécurité règne. La corruption est partout, l’avenir, incertain. Patrice Claude (désinformateur en chef du Monde sur l’Irak)
La commission Chilcot doit faire face à l’attente déraisonnable d’un courant particulièrement actif dans les médias, pour lequel une seule conclusion est acceptable: Tony Blair a menti, l’engagement britannique était contraire au droit international, l’intervention en Irak était pire qu’un crime, une faute. Peut leur chaut que, loin d’avoir agi avec dissimulation, Tony Blair a proclamé dans un discours à Chicago le 24 avril 1999 la « doctrine de la communauté internationale » fondant un engagement internationaliste démocratique pour renverser tant Slobodan Milosevic que Saddam Hussein. Que loin d’être étouffée, la discussion en 2002 et 2003 a été vive et contradictoire, et que la décision n’a pas été prise par ukase de l’exécutif mais par un vote du Parlement nullement gagné d’avance (et Blair était prêt à démissionner s’il l’avait perdu), à l’issue d’un impressionnant débat qui a vu toute la palette des objections représentées avec force, de l’isolationnisme à l’anti-impérialisme, l’ancien ministre des affaires étrangères Robin Cook menant par exemple la charge après une spectaculaire démission du gouvernement Blair. Que pendant que des centaines de milliers de pacifistes égarés manifestaient à l’appel des apologistes des dictateurs du tiers-monde et des habituels tenant de la haine de soi comme Occidental libre et prospère, les sondages d’opinion confirmaient qu’une solide majorité de la population soutenait la position du gouvernement. La désinformation contemporaine sur l’intervention en Irak confine au False Memory Syndrome ou au révisionnisme de la pire espèce: ignorance ou oubli du fait que Saddam Hussein avait bel et bien disposé d’armes de destruction massive qu’il avait d’ailleurs utilisées dans la guerre contre l’Iran et contre son propre peuple; refus de voir la cohérence stratégique qu’il y avait à ne pas tolérer le potentiel destabilisateur de ce régime après avoir libéré l’Afghanistan des Talibans; occultation de la duplicité chiraco-villepinienne après le vote en 2002 de la résolution 1141 du Conseil de sécurité en refusant le vote d’une seconde résolution en 2003 (et dès lors de se joindre à la coalition après l’avoir laissé espérer; Mitterrand, lui, n’avait pas failli lors de l’intervention pour la libération du Koweit) alors que Saddam Hussein ne se conformait nullement à ses obligations; ahurissante incapacité à se représenter ce qu’aurait signifié « l’autre politique »: le maintien au pouvoir de Saddam Hussein, l’encouragement donné partout dans le monde aux ennemis de la liberté, de la démocratie et du progrès. François Brutsch
Pour moi, c’est un signe de maturité, de force et d’intellect. Si quelqu’un propose une meilleure idée – si le monde change – il faut changer. Michael Bloomberg (maire démocrate puis républicain et aujourd’hui indépendant de New York)
Je crois qu’il est important de prendre en considération les problèmes pratiques et logistiques que cela implique. Je veux dire, si vous avez une ville qui dit non, une police qui dit non et un maire qui dit non, ça rend les choses difficiles. Mais, pour moi, le plus important, c’est que les gens comprennent que nous ne traitons aucun de ces cas différemment que ne l’a fait l’Administration Bush pour tout le dossier du 11/9. Barack Obama (Interview du Superbowl, 07.02.10)

C’est pas moi, c’est le diable qui m’a poussé!

Report indéfini de la fermeture de Guantanamo, maintien des tribunaux militaires, accentuation des éliminations ciblées, abandon du projet cauchemardesque de juger le cerveau du 11/9 à New York …

A l’heure où, avec le fiasco du terroriste au caleçon explosif de Noël et le redépart de feu d’Al Qaeda au Yemen, la fameuse promesse d’investiture du Pleurnicheur en chef de fermeture de Guantanamo « d’ici un an » semble de plus en plus compromise …

Et après une année d’attaques quasiment ininterrompues dudit Pleurnicheur en chef contre son prédécesseur et notamment sa politique anti-terroriste …

Pendant que le « caniche de Bush » continue lui à défendre courageusement l’invasion d’un Irak qui se permet à présent le luxe d’injecter 600 millions dans l’économie délabrée de ses mollahs de voisins …

Retour, avec le WSJ, sur la jusqu’ici peu remarquée dernière défense en date de la Dream Team Obama.

A savoir que si, contre toutes ses déclarations précédentes et à l’instar de ses mégadéficits, la politique anti-terroriste de la nouvelle administration ressemble de plus en plus à celle de son prédécesseur honni, c’est tout simplement… la faute à Bush!

Bush Was Right, Says Obama
‘We’re not handling any of these cases any different from the Bush administration.’
William Mcgurn
The Wall Street Journal
February 9, 2010

This weekend, Americans were treated to something new: Barack Obama defending his war policies by suggesting they merely continue his predecessor’s practices. The defense is illuminating, not least for its implicit recognition that George W. Bush has more credibility on fighting terrorists than does the sitting president.

Mr. Obama’s explanation came in an interview with Katie Couric just before the Super Bowl. Ms. Couric asked about trying Khalid Sheikh Mohammed in New York. After listing some of the difficulties, the president offered a startling defense for civilian trials:

« I think that the most important thing for the public to understand, » he told Ms. Couric, « is we’re not handling any of these cases any different than the Bush administration handled them all through 9/11. » Mr. Obama went on to add that « 190 folks »—folks presumably just like the mastermind of the Sept. 11 attacks—had been tried and convicted in civilian court during Mr. Bush’s tenure.

Leave aside, for just a moment, the substance. Far more arresting is that Mr. Obama now defends himself by invoking a man he has spent the past year blaming for al Qaeda’s growth. You know—all those Niebuhrian speeches about how America had gone « off course, » « shown arrogance and been dismissive, » and « made decisions based on fear rather than foresight, » thus handing al Qaeda a valuable recruiting tool.

Others have happily piled on. John Brennan, a career CIA holdover, used his first public appearance last August as Mr. Obama’s counterterrorism chief to declare a new dawn. No longer would America’s policies serve as « a recruitment bonanza for terrorists. » No longer would we be « defining and indeed distorting our entire national security apparatus » because of terrorism. Henceforth, Mr. Obama would abandon the « global war » mindset, and take care not to « validate al Qaeda’s twisted worldview. »

Like Mr. Obama, Mr. Brennan was singing a different tune this weekend. On NBC’s « Meet the Press, » a testy Mr. Brennan defended the decision that allowed Christmas bomber Umar Farouk Abdulmutallab to lawyer up by invoking—you guessed it—the Bush administration. Mr. Brennan claimed the process for reading Abdulmutallab his Miranda rights was « the same process that we have used for every other terrorist who has been captured on our soil. » The FBI, he asserted, was simply following guidelines put in place by Bush Attorney General Michael Mukasey.

Mr. Mukasey begs to differ. « First, the guidelines Mr. Brennan refers to involve intelligence gathering, » he told me. « They do not deal with whether someone in custody is to be treated as a criminal defendant or as an intelligence asset. »

« Second, as for gathering intelligence, it begs the whole question about whether he [Abdulmutallab] should have been designated a criminal suspect. And there is nothing—zero, zilch, nada—in those guidelines that makes that choice. It is a decision that ought to be made at the highest level, and the heads of our security agencies have testified that it was made without consulting them. »

Ditto for the « 190 folks » Mr. Obama invoked in his interview with Ms. Couric. The figure comes from a report by Human Rights First (they actually claim 195), which ransacked the federal files to find any cases even remotely connected with terrorism. Most charges, the report concedes, involve not acts of terrorism but charges of material support. These 190 men and women may be guilty of bad things, but to suggest they are comparable with KSM is highly misleading.

Here’s the bigger picture: When Mr. Obama arrived in the Oval Office his first official act was to order the closing of Guantanamo in the manner of Christ cleansing the temple. Attorney General Eric Holder soon followed by opening a criminal investigation of the CIA’s interrogators. And everywhere he went, Mr. Obama told anyone who would listen that when it came to terror, he would be the anti-Bush.

Abdulmutallab’s foiled attempt to blow up a Northwest flight has changed everything. The administration’s misstatements and mishandling are provoking questions about its competence. The debate over Miranda rights feeds worries that Mr. Obama’s security decisions have more to do with protecting terrorists’ legal rights than protecting Americans. And the bomber’s connections with Islamic extremists in Yemen will make it even more difficult to close Guantanamo, given the significant population of Yemenis held there.

In other words, we have what Team Obama would define as a messaging problem. So expect more presidential speeches sprinkled with tough-sounding words such as « war » and « terrorist. » Maybe Robert Gibbs promising a review of policies that were themselves supposed to be revisions. And when they realize they cannot close it, perhaps a renaming of Guantanamo as our new « Caribbean House of Constitutional Correction. »

William McGurn is a Vice President at News Corporation who writes speeches for CEO Rupert Murdoch. Previously he served as Chief Speechwriter for President George W. Bush.

Mr. McGurn has served as chief editorial writer for The Wall Street Journal in New York. He spent more than a decade overseas — in Brussels for The Wall Street Journal/Europe and in Hong Kong with both the Asian Wall Street Journal and the Far Eastern Economic Review. And in the mid-1990s, he was Washington Bureau Chief for National Review.

Bill is author of a book on Hong Kong (« Perfidious Albion ») and a monograph on terrorism (« Terrorist or Freedom Fighter »). He is a member of the Council on Foreign Relations, holds a BA in philosophy from Notre Dame and an MS in Communications from Boston University.

Voir aussi:

Cheney’s Revenge
The Obama Administration is vindicating Bush antiterror policy.
The WSJ
February 9, 2010

Dick Cheney is not the most popular of politicians, but when he offered a harsh assessment of the Obama Administration’s approach to terrorism last May, his criticism stung—so much that the President gave a speech the same day that was widely seen as a direct response. Though neither man would admit it, eight months later political and security realities are forcing Mr. Obama’s antiterror policies ever-closer to the former Vice President’s.
In fact, the President’s changes in antiterror policy have never been as dramatic as he or his critics have advertised. His supporters on the left have repeatedly howled when the Justice Department quietly went to court and offered the same legal arguments the Bush Administration made, among them that the President has the power to detain enemy combatants indefinitely without charge. He has also ramped up drone strikes against al Qaeda and Taliban operatives in Pakistan.

However, the Administration has tried to break from its predecessors on several big antiterror issues, and it is on those that it is suffering the humiliation of having to walk back from its own righteous declarations. This is Dick Cheney’s revenge.

Begin with Mr. Obama’s executive order, two days after his inauguration, to shut the detention facility at Guantanamo Bay within one year. The President issued this command before undertaking a study to determine how or even whether his goal was feasible. In his May speech, Mr. Obama declared, « The record is clear: Rather than keep us safer, the prison at Guantanamo has weakened American national security. »

Mr. Obama’s deadline has come and gone, and Guantanamo remains open. In part this is the result of political opposition from Americans—including many Congressional Democrats—who understandably do not want terrorists in their backyards. Another problem is that European allies, while pressing for Guantanamo’s closure, have been reluctant to accept more than a handful of detainees who are deemed suitable for release. The upshot is that Congress may never appropriate the money to close Gitmo, and Mr. Obama never mentioned the prison in his State of the Union address.

The Administration similarly has been backing away from its intention, announced in November, to try 9/11 mastermind Khalid Sheikh Mohammed and four other enemy combatants in civilian court a few blocks from Ground Zero. New York Mayor Michael Bloomberg, who at first endorsed the trials, has since reversed himself and urged the Administration to « do the right thing » and move the trials somewhere else, preferably to a military base.

The same day, New York’s Senator Chuck Schumer asked officials to find another venue. Within hours, Mr. Obama ordered the Justice Department to do just that, and Mr. Schumer has since said any trial shouldn’t be held anywhere in New York state. Meanwhile, bipartisan support is growing in Congress to block money from being spent on any civilian trial for KSM, anywhere.

The Administration seems to have thought no more deeply about the potential legal pitfalls of civilian trials than about the security and logistical problems. Mr. Obama himself responded to criticism by suggesting that what he had in mind was a series of show trials, in which the verdict and punishment were foreordained.

When NBC’s Chuck Todd asked him in November to respond to those who took offense at granting KSM the full constitutional protections due a civilian defendant, the President replied: « I don’t think it will be offensive at all when he’s convicted and when the death penalty is applied to him. » Mr. Obama later claimed he meant « if, » not « when, » but he undercut his own pretense of showcasing the fairness of American justice.

There is a real possibility, too, that convictions would be overturned on technicalities. KSM and other prospective defendants were subjected to interrogation techniques that, while justifiable in irregular war, would be forbidden in an ordinary criminal investigation. When Senator Herb Kohl, a Wisconsin Democrat, asked Attorney General Eric Holder what the Administration would do if a conviction were thrown out, Mr. Holder said: « Failure is not an option. » A judge may not feel the same way, and the Administration is derelict if it is as unprepared for the contingency as Mr. Holder indicated.

In the event of an acquittal or an overturned conviction, it would be entirely legitimate under the laws of war to continue holding KSM and the others as enemy combatants. But this would defeat the moral rationale of a trial and require the Administration to explain why it was continuing to detain men whose guilt it had failed to establish in court.

A third policy under increasing criticism is the Administration’s approach to interrogation. In August, Mr. Holder announced that he had appointed a special prosecutor to investigate—or rather re-investigate—allegations of abuse by CIA interrogators. At the same time, Mr. Obama declared that responsibility for interrogating detainees would shift from the CIA to a new, FBI-led High Value Detainee Interrogation Group, which would employ only tactics that are « noncoercive » or approved by the Army Field manual.

Then came the attempted Christmas bombing and the revelation that the new interrogation group is not fully operational and won’t be for months. Not that it would have had a chance to question Umar Farouk Abdulmutallab. On Mr. Holder’s order, investigators immediately classified him as a criminal defendant. After interrogating him for just 50 minutes, they advised him of his right to remain silent, which he promptly exercised.

Fifty minutes was plenty of time, White House Press Secretary Robert Gibbs assured « Fox News Sunday » viewers last month: « Abdulmutallab was interrogated, and valuable intelligence was gotten as a result of that interrogation. » Mr. Holder told Senate Minority Leader Mitch McConnell in a letter last week that Abdulmutallab « more recently . . . has provided additional intelligence to the FBI »—which is encouraging if true, but makes Mr. Gibbs’s earlier assurance look empty.

Meanwhile, one of Scott Brown’s most potent campaign themes in Massachusetts was his line that « Some people believe our Constitution exists to grant rights to terrorists who want to harm us. I disagree. » Mr. Brown even endorsed waterboarding.

As long as George W. Bush and Dick Cheney were responsible for keeping Americans safe, Democrats could pander to the U.S. and European left’s anti-antiterror views at little political cost. But now that they are responsible, American voters are able to see what the left really has in mind, and they are saying loud and clear that they prefer the Cheney method.

Mr. Holder has nonetheless begun a campaign to defend his decisions on Abdulmutallab and KSM, telling the New Yorker last week that « I don’t apologize for what I’ve done » and that trying KSM in a civilian court will be « the defining event of my time as Attorney General. »

Given that he still can’t find a venue and that even Democrats are having second thoughts about the spectacle, Mr. Holder may well be right that the trial will define his tenure. Before this debate is over, he may have to explain why he’s decided that the best place to try KSM really is a military tribunal—in Guantanamo.

Voir également:

Bay what? Guantanamo eyed for 9/11 trial
John Doyle and David Seifman in NY and Charles Hurt in DC
New York Post
January 30, 2010

The trial of 9/11 mastermind Khalid Sheik Mohammed won’t be held in lower Manhattan and could take place in a military tribunal at Guantanamo Bay, sources said last night.

Administration officials said that no final decision had been made but that officials of the Department of Justice and the White House were working feverishly to find a venue that would be less expensive and less of a security risk than New York City.

The back-to-the-future Gitmo option was reported yesterday by Fox News and was not disputed by White House officials.

Such a move would likely bring howls of protest from liberals already frustrated that President Obama has failed to meet his deadline for closing the prison at Guantanamo Bay.

It would also indicate that after years of attacking the Bush administration for its handling of the war on terror, Obama officials are embracing one of the most controversial aspects of it.

The administration is likely considering Gitmo because Congress is moving to cut off funding for holding the expensive trials in civilians courts.

Rep. Peter King (R-LI) has introduced a bill that would prohibit the use of Justice Department funds to try Guantanamo detainees in federal civilian courts, and Sen. Lindsey Graham (R-SC) said he would introduce a similar bill in the Senate next week.

The Washington Post, meanwhile, reports that wherever the terror trials are eventually held, it is virtually certain that they will not take place in New York City.

Police Commissioner Ray Kelly yesterday credited Mayor Bloomberg, who spoke out against the holding the trials in New York, with spurring the Obama administration to reconsider.

« I think the president responded to, certainly, the mayor’s statement yesterday and community concerns, and it, quite frankly, gives us a little more room in the Police Department, » he said.

« The mayor’s position is the right position, and I think the mayor was the reason it was moved.

« There was a lot of concern in the community. A lot of other political leaders were worried about it, but it wasn’t until the mayor made the statement that the White House reacted. It’s the right decision. »

But the administration insisted that Justice officials had been reviewing other options well before Bloomberg changed his mind and voiced his opposition.

It was not until word leaked out that the DOJ was reconsidering that Bloomberg spoke up, one official said.

Other domestic sites mentioned for the trials include a former military base in New York Harbor that welcomes summertime picnickers and bike riders, the US Military Academy at West Point, and Stewart Air National Guard Base in upstate Newburgh.

Bloomberg said yesterday that he would not brand Obama a flip-flopper over his turnabout.

« To me, it’s a sign of maturity, strength and intellect, » Bloomberg said on WOR radio yesterday.

« If somebody comes up with a better idea — if the world changes — you change. »

Gov. Paterson said he was « elated that our concerns are being considered by the president and the federal government. »

The effort to nix New York as the venue for the « terror trial of the century » also got a boost yesterday when Senate Intelligence Committee Chairwoman Dianne Feinstein (D-Calif.) urged Obama to hold the trial elsewhere.

She cited the high threat of terrorist strikes, especially for a city like New York.

« Without getting into classified details, I believe we should view the attempted Christmas Day plot as a continuation, not an end, of plots to strike the United States by al Qaeda affiliates, » she wrote.

« Moreover, New York City has been a high-priority target since at least the first World Trade Center bombing, in 1993. The trial of the most significant terrorist in custody would add to the threat. »

Voir enfin:

Intervention en Irak: la commission Chilcot va-t-elle trouver l’arme du crime?
François Brutsch
Un Swiss roll
26 janvier 2010

Si vous ne le savez pas déjà, vous pourrez difficilement l’ignorer vendredi quand le processus atteindra son point d’orgue: Tony Blair sera entendu toute la journée, en séance publique et télévisée notamment sur le web, par la commission indépendante chargée de faire rapport sur la participation britannique à l’intervention en Irak (The Iraq Inquiry). Présidée par sir John Chilcot, un haut fonctionnaire retraité, elle a été nommée par Gordon Brown en consultation avec les leaders des partis d’opposition quant à sa mission et à sa composition[1]. Une telle procédure est usuelle au Royaume-Uni pour tirer à froid les leçons de toute affaire sensible et elle obéit à des règles quasi-judiciaires. Il ne me paraît pas y avoir d’équivalent en France[2] où il faut tout en plus s’en remettre à des commissions d’enquête parlementaires aux moyens et au recul discutables; en Suisse on peut probablement faire l’analogie avec la commission Bergier constituée par le Conseil fédéral après le scandale des fonds en déshérence pour faire la lumière sur l’attitude de la Suisse durant la deuxième guerre mondiale, mais qui était justement exceptionnelle.

Sur l’intervention en Irak, il y a d’ailleurs déjà eu deux rapports de même nature sur des sujets particuliers: celui de la commission Butler sur le travail des services secrets et les éléments de renseignements remis aux autorités à l’époque[3], et celui du juge Hutton sur les circonstances ayant entouré la mort de David Kelly, le scientifique invoqué par la BBC comme source de l’accusation, au printemps 2003, que le gouvernement avait menti dans son rapport au Parlement sur la menace que représentait le gouvernement de Saddam Hussein en 2002[4]. La commission Chilcot a plus de recul et un mandat plus large. Elle est cependant confrontée à deux difficultés:

* Réclamée à corps et à cris pratiquement dès le déclenchement de l’intervention, il était pourtant évident qu’elle n’aurait un sens qu’ultérieurement. Mais fallait-il vraiment la nommer sitôt le dernier contingent combattant retiré (alors que des conseillers militaires britanniques restent cependant engagés et le pays toujours partie prenante du soutien international aux autorités démocratiques irakiennes)? Il est en tout cas propice à la légitimité des conclusions de la commission Chilcot que son rapport ne sera rendu que dans la législature suivante. Mais la tenue de ses travaux en pleine campagne électorale nuit à la sérénité nécessaire, et d’autant plus qu’il est apparu souhaitable que la commission procède à un grand nombre de hearings publics et télévisés (et pas seulement à du travail sur documents ou à des auditions non publiques).

* Mais surtout la commission Chilcot doit faire face à l’attente déraisonnable d’un courant particulièrement actif dans les médias, pour lequel une seule conclusion est acceptable: Tony Blair a menti, l’engagement britannique était contraire au droit international[5], l’intervention en Irak était pire qu’un crime, une faute. Peut leur chaut que, loin d’avoir agi avec dissimulation, Tony Blair a proclamé dans un discours à Chicago le 24 avril 1999[6] la « doctrine de la communauté internationale » fondant un engagement internationaliste démocratique pour renverser tant Slobodan Milosevic que Saddam Hussein. Que loin d’être étouffée, la discussion en 2002 et 2003 a été vive et contradictoire, et que la décision n’a pas été prise par ukase de l’exécutif mais par un vote du Parlement nullement gagné d’avance (et Blair était prêt à démissionner s’il l’avait perdu), à l’issue d’un impressionnant débat qui a vu toute la palette des objections représentées avec force, de l’isolationnisme à l’anti-impérialisme, l’ancien ministre des affaires étrangères Robin Cook menant par exemple la charge après une spectaculaire démission du gouvernement Blair. Que pendant que des centaines de milliers de pacifistes égarés manifestaient à l’appel des apologistes des dictateurs du tiers-monde et des habituels tenant de la haine de soi comme Occidental libre et prospère, les sondages d’opinion confirmaient qu’une solide majorité de la population soutenait la position du gouvernement.

La désinformation contemporaine sur l’intervention en Irak confine au False Memory Syndrome ou au révisionnisme de la pire espèce: ignorance ou oubli du fait que Saddam Hussein avait bel et bien disposé d’armes de destruction massive qu’il avait d’ailleurs utilisées dans la guerre contre l’Iran et contre son propre peuple; refus de voir la cohérence stratégique qu’il y avait à ne pas tolérer le potentiel destabilisateur de ce régime après avoir libéré l’Afghanistan des Talibans; occultation de la duplicité chiraco-villepinienne[7] après le vote en 2002 de la résolution 1141 du Conseil de sécurité en refusant le vote d’une seconde résolution en 2003 (et dès lors de se joindre à la coalition après l’avoir laissé espérer; Mitterrand, lui, n’avait pas failli lors de l’intervention pour la libération du Koweit) alors que Saddam Hussein ne se conformait nullement à ses obligations[8]; ahurissante incapacité à se représenter ce qu’aurait signifié « l’autre politique »: le maintien au pouvoir de Saddam Hussein, l’encouragement donné partout dans le monde aux ennemis de la liberté, de la démocratie et du progrès.

Comme avant lui son porte-parole, Alastair Campbell, et son secrétaire général à Downing Street, Jonathan Powell, je ne doute pas que Tony Blair illustrera brillamment devant la commission Chilcot pourquoi l’engagement britannique et l’intervention internationale en Irak furent justes et nécessaires. Loin d’avoir à les regretter, c’est un motif de fierté. Mais je suis bien persuadé que cela ne convaincra pas tout le monde[9]. Et j’espère que la commission Chilcot évitera de sombrer dans ce psychodrame pour se consacrer ensuite aux vraies leçons à tirer de l’intervention, touchant plus particulièrement à la planification des opérations et la mise en oeuvre de la transition une fois l’Irak libéré.

P.S. J’ai renoncé à renvoyer aux nombreux billets de ce blog qui documentent le point de vue des auteurs sur ce sujet, mais ils sont faciles à trouver. Dans la blogosphère britannique de gauche, il est en particulier partagé par Norman Geras, Harry’s Place, Oliver Kamm ou Nick Cohen qui en tiennent une chronique évidemment plus serrée (souvent reprise dans le fil de mes lectures)
Notes

[1] Ce qui n’a pas empêché d’aucuns de dénoncer l’absence d’un juriste parmi les membres (comme si cela devait les rendre incapables de comprendre une argumentation juridique), ou la présence de deux Juifs (comme si cela devait les récuser).

[2] Je n’ai pas souvenir d’un rapport officiel indépendant, et encore moins d’audiences publiques, sur l’engagement au Rwanda, le sang contaminé ou encore le Concorde.

[3] Qui a conclu que le gouvernement avait agi en toute bonne foi sur la base des données dont il disposait.

[4] Qui a conclu que la BBC avait violé sa mission d’information en manipulant les propos de David Kelly, qui s’est par la suite suicidé, et en refusant toute rectification. Le journaliste a été licencié et le directeur de la BBC a démissionné.

[5] Les juristes partagent avec les scientifiques l’honneur douteux d’être promus chamans, alors qu’ils ne sont que des donneurs d’avis, par ceux qui refusent la responsabilité de ce qui est pourtant l’essence de la politique (par opposition à l’administration): la décision discrétionnaire (que le vulgaire tend à appeler arbitraire quand elle lui déplaît mais qui est pourtant parfaitement légitime lorsqu’un processus démocratique la confie à une autorité élue plutôt qu’elle appartienne un monarque absolu ou autre dictateur).

[6] C’était donc sous Clinton, plus de 18 mois avant l’élection de George W. Bush, près de 30 mois avant le 11 septembre 2001.

[7] Dont la politique n’était, elle, nullement conduite par l’idéalisme.

[8] Car il faut rappeler que c’était à Saddam Hussein de prouver qu’il n’avait plus d’armes de destruction massives comme tout le monde alors le croyait, ce qu’il se gardait bien de faire puisque la terreur qu’il inspirait tant à l’intérieur qu’à l’extérieur reposait sur elles. A dire vrai, cet épisode de faux semblant rocambolesque est digne de l’affaire de « l’homme qui n’a jamais existé »: encore pendant la bataille, les combattants tant irakiens qu’alliés attendaient à tout moment leur emploi. La découverte qu’elles n’existaient plus priva la coalition d’un argument décisif pour faire taire les critiques, et nourrit au contraire chez ces derniers les théories de la conspiration les plus échevelées.

[9] Et ce n’est après tout pas indispensable. Mais il serait bon que les adversaires de l’intervention en finissent avec l’illusion qu’ils sont seuls détenteurs d’une vérité que tous doivent impérativement reconnaître, après s’être repentis.

Voir par ailleurs le petit joyau de désinformation et de mauvaise foi du premier croisé du Monde Patrice Claude:

Tony Blair Le dernier croisé
Patrice Claude
Le Monde
02.02.10

Pour Tony Blair, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Saddam Hussein était « un monstre ». Le dictateur irakien incarnait « le mal ». Puisque la conjoncture internationale, tétanisée par les attaques d’Al-Qaida du 11 septembre 2001 le permettait, il fallait, même s’il n’avait rien à y voir, l’éliminer et renverser son régime pour imposer ensuite, à l’ensemble du Moyen-Orient, la « démocratisation générale » dont rêvaient les néoconservateurs américains, avec la sécurité d’Israël en tête.

Au fond, ni les six heures d’audition de Tony Blair, vendredi 29 janvier à Londres, ni les milliers de pages de témoignages noircies depuis novembre 2009 par la commission Chilcot chargée de faire la lumière sur les motivations et les conditions de l’entrée en guerre du Royaume-Uni en 2003, n’autorisent d’autre conclusion que celle-ci : pétri de religion, pratiquant austère tout récemment passé de l’anglicanisme au catholicisme, l’ancien premier ministre britannique est convaincu depuis toujours, « même si ce n’est plus à la mode de l’affirmer tout haut », écrivait-il en 1994, que le monde se divise entre « le bien et le mal », entre « le juste et l’injuste ». La motivation fondamentale de l’invasion anglo-américaine amorcée le 20 mars 2003 est là.

Le reste, la manipulation de l’opinion, l’exagération délibérée du « danger continu et croissant » censément posé par le dictateur, la mise en avant d’une prétendue complicité entre lui et Oussama Ben Laden, la croyance « au-delà du doute » en un programme d’armes de destruction massive (ADM) qui s’avéra inexistant, la non-prise en compte des éléments contradictoires émis ici et là sur la réalité de la menace, voire la légalité de l’invasion, oui, tout le reste a découlé de cette certitude d’avoir raison contre tous. Et d’avoir fait « le bien » d’une humanité aveugle et sourde aux dangers.

Quand Tony Blair, sombre et tendu comme un ressort entre dans la petite salle silencieuse de la commission Chilcot le 29 janvier, « on dirait un fantôme », remarque Patrick Wintour, journaliste au Guardian. Costume sombre, cravate rouge, cheveux gris tirés vers l’arrière, teint hâlé, Tony Blair s’assoit face à des « juges » qui n’en sont pas. Quatre hommes et une femme. Deux sont hauts fonctionnaires à la retraite, un autre est ancien diplomate, deux sont des historiens spécialisés en politique intérieure. Zéro magistrat, zéro juriste, zéro militaire, zéro connaisseur de l’Irak.

Aucun n’y a jamais mis les pieds, plusieurs ont approuvé l’invasion, aucun n’a désapprouvé. Tous ont été choisis par le vieux frère rival de Tony Blair, l’actuel premier ministre Gordon Brown, qui sera lui-même entendu à la mi-février. Toute la presse locale dénonce la composition du panel depuis des mois et fustige « la mollesse et l’ignorance » de ses questionneurs.

Face à eux, l’homme qui a dirigé le pays pendant dix ans, avocat brillant, orateur hors pair et champion universel de la « com ». Derrière, soixante personnes silencieuses, vingt membres des familles de soldats tués en Irak, deux dizaines de journalistes et des badauds passionnés venus assister au spectacle. Chacun se dit que « King Tony » va dévorer tout cru ces pauvres pairs fatigués.

Mais l’intéressé se montre courtois, patient, accepte, à la demande, d’interrompre les citations qu’il fait de lui-même. Le « leader » a perdu de sa superbe et de son charme, mais il reste un grand professionnel. En regardant les auditions de ses anciens ministres et conseillers à la BBC, il a compris qu’il ne fallait pas, une réponse précise pouvant entraîner une question gênante, se montrer trop pointu.

Plus de 52 % des Britanniques, selon un sondage, estiment aujourd’hui que l’ex- premier ministre a « délibérément menti » pour les emmener dans une guerre dont ils ne voulaient pas. Menti ? Pas plus qu’un général qui, estimant sa patrie en danger, ravive l’ardeur des troupes en leur racontant que l’ennemi a des cornes et mange les enfants.

« Saddam Hussein a causé la mort de 1 million de personnes dans la région en utilisant des armes de destruction massive pour défaire ses ennemis », rappelle donc M. Blair. Nul ne relève que l’allusion concerne la guerre que se sont livrée l’Iran et l’Irak dans les années 1980, une guerre désirée et soutenue par la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis et l’Allemagne qui aida l’Irak, via ses industriels, à obtenir les gaz – « ADM », dans la terminologie du XXIe siècle – qui feront des dizaines de milliers de morts du côté de la partie attaquée, l’Iran khomeiniste.

« Il a fait tuer des dizaines de milliers de Kurdes et de chiites », dit encore l’orateur. Personne ne rappelle que les 60 000 chiites massacrés par l’armée du dictateur irakien s’étaient soulevés contre le régime, en 1991, à l’appel du président Bush senior. L’armée américaine, qui venait de libérer le Koweït et occupait alors l’extrême Sud irakien, avait ensuite autorisé Saddam Hussein à utiliser ses derniers hélicoptères pour mater la rébellion à coups de mitrailleuses. A l’époque, ni Washington, ni Londres, ni Paris ne voulaient renverser le régime, il n’y avait pas de solution de rechange.

En 2001, peu après la tragédie du 11-Septembre, George W. Bush, le fils, avait maladroitement évoqué la « croisade » qu’il fallait lancer de toute urgence contre « l’axe du Mal ». Tony Blair, qui n’ignorait pas la connotation ultranégative de ce concept dans le monde judéo-arabe, ne l’a jamais fait. Son approche en noir et blanc des relations internationales, vaut bien, à ses yeux, cette autre école de pensée qu’on appelle la realpolitik et qui s’appuie, avant tout, sur la prise en compte des intérêts concrets d’une nation.

Le Royaume-Uni n’avait aucun intérêt national patent de choisir, parmi tant d’autres dictatures, d’attaquer précisément celle de Saddam Hussein. En 2003, le régime était à genoux, ses défenses et industries militaires étaient régulièrement bombardées par la Royal Air Force et l’US Air Force depuis 1998. Des dizaines d’inspecteurs des Nations unies fouillaient partout, à la recherche des fameuses ADM. Cadenassée depuis l’invasion du Koweït, par le régime de sanctions internationales le plus dur – et le plus meurtrier pour les civils – qui se soit jamais vu dans l’histoire des Nations unies, son économie était en lambeaux.

« Pour moi, a martelé Tony Blair devant la commission Chilcot, il continuait de représenter une menace. Non seulement pour ses voisins, mais pour le monde entier. » Un jour, a-t-il ajouté, « si on l’avait laissé au pouvoir avec ses fils », il aurait « sans doute repris sa quête d’ADM ». Pire, « il aurait pu » en fournir « aux fanatiques religieux » d’Al-Qaida. « Dans le monde d’aujourd’hui, il n’est plus possible de prendre ce genre de risques. »

Dix fois, au cours de son audition, il l’a répété : « J’étais le chef du gouvernement, je croyais, et je crois toujours, qu’il était juste de renverser ce régime. » Il croit aussi que « les dirigeants d’aujourd’hui » vont devoir « s’occuper » de l’Iran aussi tôt que possible. Tony Blair n’est plus aux affaires mais il sait toujours mieux. « L’habitude du triomphe amoindrit le doute », disait Balzac. Tony Blair a vécu pas mal de triomphes et ignore le doute. Brillamment élu en 1997, réélu deux fois par la suite, il voulait faire du Royaume-Uni, « le phare de l’univers ». Il est à présent traité comme un paria. Un paria richissime, notez. En trente mois d’activité, depuis son départ de Downing Street, Tony Blair Associates, sa société, affiche un chiffre d’affaires supérieur à 20 millions d’euros.

Au pouvoir, « ce qui compte, c’est ce qui marche », répétait-il. Il a traité les prémices de la guerre d’Irak avec la même méthode. Une fois la décision prise de traiter la question Saddam, et les historiens retiendront qu’elle le fut lors d’un dîner en tête-à-tête avec George W. Bush le 6 avril 2002 dans son ranch de Crawford au Texas, il ne restait plus qu’à la faire avaliser. Par les Nations unies si possible – mais la France et la Russie s’y opposèrent -, par l’opinion publique si cela se révélait nécessaire. Ce qui fut fait avec célérité.

« Ce qui compte, c’est ce qui marche. » Comme son ami George W. Bush, de qui il est plus proche que d’un Bill Clinton, politicien brillant mais réputé cynique et époux volage, « King Tony » monnaye aujourd’hui sa gloire passée. A la tête de sa Fondation de la Foi et de Tony Blair Associates, il convoque désormais moins à l’esprit l’homme d’Etat que le télé-prêcheur version américaine ou égyptienne, fidèle à Dieu et dur en affaires.

Il prononce des conférences à 200 000 euros les 90 minutes. En échange de petites fortunes, il conseille les rois d’Arabie saoudite, du Koweït et d’Abou Dhabi. Il est en affaires avec des milliardaires d’Azerbaïdjan, de Chine et d’ailleurs. Il pratique le lobbying pour la banque JP Morgan et, bientôt, pour son ami Bernard Arnault. Il vient de s’offrir un hôtel particulier à Londres, il n’a rien contre l’idée de représenter le luxe de LVMH. Il est également l’émissaire du Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie, Nations unies) au Proche-Orient.

Mais sur l’Irak, quand même, « avez-vous des regrets ? », lui demande un membre de la commission Chilcot. De 100 000 à 500 000 Irakiens, personne ne sait, ont été tués pendant et après l’invasion de 2003. De même, 4 500 GI américains et 179 soldats britanniques ont péri en Irak. Le pays le plus développé du monde arabe a été ramené au Moyen Age. Une guerre civile dont les cendres sont encore tièdes a provoqué une hécatombe sans précédent. L’insécurité règne. La corruption est partout, l’avenir, incertain.

Des regrets, des remords, des doutes ? « Non. » Héraut et supplétif d’une invasion qui a coûté 7 milliards de livres au contribuable britannique, Tony Blair n’en a pas. Qui est sûr d’avoir sauvé le monde ne peut en avoir.


Idiots utiles: Howard Zinn nous rappelle que la gauche n’est pas une idée folle (No nation-state please, we’re Jews!)

6 février, 2010
Ilhem Moussaid
Le monde moderne est plein d’idées chrétiennes devenues folles. G. K. Chesterton
Militante féministe, internationaliste et anticapitaliste, je lutte contre les discriminations, le racisme dans les quartiers populaires, contre l’apartheid et l’injustice en Palestine. Ilham Moussaïd (candidate NPA dans le Vaucluse)
En son temps, le combat du MLF a, lui aussi, été jugé « petit-bourgeois » et « secondaire ». En 1976, une militante féministe, qui venait de dénoncer le viol commis par un « camarade » immigré, a connu un véritable procès de Moscou. Ses « camarades » gauchistes l’accusaient de stigmatiser les classes populaires. Caroline Fourest
Il ne m’était pas venu à l’esprit – tant était grande mon ignorance sur le Moyen-Orient – que l’établissement d’un Etat juif impliquait la dépossession de la majorité arabe qui vivait sur cette terre. Je n’en savais pas plus que quand j’étais écolier et que, devant une carte de géographie de l’Expansion américaine vers l’Ouest, j’assumais que les colons blancs s’installaient dans un territoire vide. Dans un cas comme dans l’autre je ne réalisais pas que l’avance de la « Civilisation » impliquait ce que nous appellerions aujourd’hui du « nettoyage ethnique. (….) C’est seulement après la  » Guerre des de six jours » de 1967 et l’occupation par Israël des territoires saisis dans cette guerre (Cisjordanie, bande de Gaza, Hauteurs du Golan, péninsule du Sinaï) que j’ai commencé à voir Israël non pas seulement comme un petite nation entourée d’Etats arabes hostiles mais comme une puissance expansionniste. En 1967, j’étais totalement engagé dans le mouvement contre la guerre au Vietnam. J’avais compris depuis longtemps que les expressions « securité nationale » et  » défense nationale » étaient employés par le gouvernement américain pour justifier la violence agressive contre d’autres pays. En fait, il y avait un lien clair entre Israël et les Etats-Unis dans leur politique étrangère respective, illustré par le soutien militaire et économique que les Etats-Unis apportaient à Israël et l’approbation tacite d’Israël à la guerre américaine au Vietnam.
J’ai longtemps considéré l’Etat-nation comme une abomination de notre temps – la fierté nationale menant à la haine nationale, menant à la guerre. Il m’a toujours semblé que les juifs, sans territoire national, étaient une influence d’humanisation dans le monde. L’accusation contre eux par Staline, selon laquelle les juifs étaient « cosmopolites », est exactement pour moi la grande vertu des juifs. Ainsi le fait que les juifs deviennent juste un autre Etat-nation, avec toutes les caractéristiques de l’Etat-nation – xénophobie, militarisme, expansionisme – n’a jamais été pour moi une évolution bienvenue. Et les politiques de l’Etat d’Israël depuis sa naissance ont confirmé mes craintes. Howard Zinn
A l’heure où le centrisme résigné de Barack Obama semble déboucher sur une impasse démocratique, la voix d’Howard Zinn nous rappelle que la gauche n’est pas une idée folle en Amérique. Sylvie Laurent
C’est le rôle des Églises qu’il faut combattre, pas les croyances individuelles. Raoul Marc Jennar (militant NPA altermondialiste, porte-parole de José Bové à la présidentielle de 2007)
La capitulation gagne ceux qui, au nom de l’apaisement, refusent de résister à l’islam politique qui en appelle à la tolérance démocratique quand cela l’arrange et la refuse au nom de ses propres règles. Les Chrétiens ne se disent pas humiliés quand par la République quand celle-ci dresse ses listes noires de sectes issues de leur religion ; pourquoi faudrait-il que les musulmans se sentent victimes de haine quand de semblables dérives, autrement plus dangereuses que la Scientologie, mobilisent le législateur? Ivan Rioufol

On se lève tous pour la Palestine! (air connu)

A l’heure où, pour ne pas désespérer Billancourt et ses sondages en chute libre, notre facteur de Neuilly nous ressort pour les prochaines régionales une candidate avec foulard et keffyeh de rigueur contre l’apartheid et l’injustice en Palestine (les PS-PC ayant apparemment leur propre perle rare conseillère municipale à Echirolles dans l’Isère) .…

Et où un PS étrangement silencieux quand ses amis défilaient encore l’an dernier pour soutenir, entre les étoiles de David brulées et les vociférations antisémites, les islamistes du Hamas s’excite sur une petite phrase sortie de son contexte (un mois après mais à la veille d’élections régionales contestées) d’un Frêche connu pour ses liens avec la communauté juive et Israël …

Pendant qu’une actrice franco-algérienne un peu trop ouvertement féministe se voit menacée et aspergée d’essence et un iman opposé au voile intégral (dont nos encagoulés ont eux bien compris tout l’intérêt) chassé de sa mosquée de Drancy par les intégristes …

Et que nos magistrats offrent un séjour tous frais payés à une centaine de clandestins syriens débarqués sur nos plages par leurs négriers à 10 000 dollars pièce et qu’une auxiliaire de police qui insiste depuis bientôt six ans à porter le voile sur son uniforme (jusqu’à refuser de serrer la main aux agents masculins de son service !) est « payée à rester chez elle »

Sans parler de nos chercheurs qui ici continuent à refuser les statistiques ethniques mais outre-quievrain à apporter leur soutien théorique au remaniement de toute notre législation matrimoniale pour attribuer le mariage comme l’adoption d’enfants aux victimes des réactions hormonales et immunologiques de leur mère …

Retour sur deux textes d’un des maitres à penser, tout récemment décédé, qui ont rendu possible l’actuelle Obamania (ou ce qu’il en reste) où, derrière la même stigmatisation de l’abomination de l’Etat-nation (pour le seul Israël!) et entre deux appels à une intifada américaine sur Al Jazeera, l’on retrouve (surprise !) le même soutien des nouveaux damnés de la terre en keffyeh …

The poisons of nationalism
Howard Zinn
Tikkun Magazine
June 13 2009

I was not long out of the Air Force when in 1947 the U.N. adopted a partition plan for Palestine, and in 1948, Israel, fighting off Arab attacks, declared its independence. Though not a religious Jew at all, indeed hostile to all organized religions, I had an indefinable feeling of satisfaction that the Jews, so long victims and wanderers, would now have a « homeland. »

It did not occur to me–so little did I know about the Middle East–that the establishment of a Jewish state meant the dispossession of the Arab majority that lived on that land. I was as ignorant of that as, when in school, I was shown a classroom map of American « Western Expansion » and assumed the white settlers were moving into empty territory. In neither case did I grasp that the advance of « civilization » involved what we would today call « ethnic cleansing. »

It was only after the « Six-Day War » of 1967 and Israel’s occupation of territories seized in that war (the West Bank, the Gaza Strip, the Golan Heights, the Sinai peninsula) that I began to see Israel not simply as a beleaguered little nation surrounded by hostile Arab states, but as an expansionist power.

In 1967 I was totally engaged in the movement against the war in Vietnam. I had long since understood that the phrases « national security » and « national defense » were used by the United States government to justify aggressive violence against other countries. Indeed, there was a clear bond between Israel and the United States in their respective foreign polices, illustrated by the military and economic support the United States was giving to Israel, and by Israel’s tacit approval of the U.S. war in Vietnam.

True, Israel’s claim of « security, » given its geographical position, seemed to have more substance than the one made by the U.S. government, but it seemed clear to me that the occupation and subjugation of several million Palestinians in the occupied territories did not enhance Israel’s security but endangered it.

I was reinforced in my view during a spirited discussion of the Israel-Palestine conflict I was having with my large lecture class at Boston University. A number of Jewish students were fervently defending the Occupation, whereupon two young women who had been silent up to that point rose, one after the other, to say something like the following: « We are from Israel. We served in the Israeli army. We want to say to you who love Israel that the occupation of the West Bank and Gaza will lead to the destruction of Israel, if not physically, then morally and spiritually. »

As the years of the Occupation went on, the cycle of violence seemed endless–a rock-throwing intifada met by over-reaction in the form of broken bones and destroyed homes, suicide bombers killing innocent Jews followed by bombings which killed ten times as many innocent Arabs.

The invasion of Lebanon in 1982 was a particularly horrifying episode in that cycle: rocket fire from the Lebanese side into Israel brought a full scale invasion and ruthless bombing, in which perhaps 16,000 Lebanese civilians were killed. The culmination was the massacre of hundreds, perhaps thousands of Palestinians in the Sabra and Shatila refugee camps. An Israeli commission put the responsibility on General Ariel Sharon.

I have for a long time considered the nation-state as an abomination of our time–national pride leading to national hatred, leading to war. It always seemed to me that Jews, without a national territory, were a humanizing influence in the world. The charge against them by Stalin, that Jews were « cosmopolitans » was exactly what I thought the great virtue of Jews.

So for Jews to become just another nation-state, with all the characteristics of the nation-state–xenophobia, militarism, expansionism–never seemed to me a welcome development. And the policies of the State of Israel since its birth have borne out my fears. Some of the wisest Jews of our time–Einstein, Martin Buber–warned of the consequences of a Jewish state. Einstein wrote, at the very inception of Israel:

« My awareness of the essential nature of Judaism resists the idea of
a Jewish state with borders, an army, and a measure of temporal
power, no matter how modest. I am afraid of the inner damage Judaism will sustain…. »

Of course, there is no turning back the clock and it may be that an independent Palestine alongside an independent Jewish state is the best interim solution, but since the poison of nationalism will undoubtedly infect both states, the ideal of a democratic, secular community of Jews and Palestinians should remain a goal of all who desire lasting peace and justice.

Howard Zinn is a historian, playwright, and social activist. His best-known work is A People’s History of the United States.

Voir aussi:

Les Etats-Unis ont besoin d’un esprit révolutionnaire
Howard Zinn
Al Jazeera s’entretient avec Howard Zinn, écrivain, historien de l’Amérique, critique social et activiste, de la manière dont la guerre en Irak a changé le regard des autres sur les Etats-Unis et des raisons pour lesquelles « l’Empire » serait près de l’effondrement.

9 septembre 2008

Howard Zinn: Depuis un certain temps, et à coup sûr aujourd’hui, l’Amérique évolue vers moins de pouvoir et moins d’influence dans le monde.

Manifestement, depuis la guerre en Irak, le reste du monde s’est détourné des Etats-Unis et, si la politique étrangère américaine persiste dans cette voie agressive, violente et indifférente aux sentiments et réflexions des autres peuples, alors oui, l’influence des Etats-Unis va poursuivre son déclin.

C ‘est l’empire le plus puissant qui ait jamais existé tout en étant en train de s’écrouler, un empire qui n’a pas d’avenir… parce que le reste du monde lui devient étranger et tout simplement aussi parce qu’il croule sous les engagements militaires, avec des bases partout dans le monde alors qu’il est à bout de ressources sur son propre territoire.

Cette situation entraîne un mécontentement croissant au pays et je pense que l’empire américain va dès lors suivre le chemin des autres empires avant lui, c’est ce qui est en train de se produire.

Question : Y a-t-il un espoir de voir les Etats-Unis aborder sous un autre angle le reste du monde ?

HZ : s’il y a un espoir, il ne peut être porté que par le peuple américain.

Par un peuple américain suffisamment révolté et indigné par ce qui est arrivé à son pays, par la dégradation de son image aux yeux du monde, par l’épuisement de ses ressources humaines, les carences en éducation et dans le domaine de la santé ainsi que par la mainmise du monde des affaires sur la politique, avec les répercussions que cela entraîne sur la vie au quotidien du peuple américain.

Sans compter les prix à la hausse de la nourriture, l’insécurité croissante et la mobilisation des jeunes pour la guerre. Je pense que tout cela peut faire naître un mouvement de révolte.

Nous avons assisté à des soulèvements dans le passé : le mouvement ouvrier, les droits civils, la mobilisation contre la guerre au Vietnam. Je pense que si les Etats-Unis poursuivent dans la même direction, nous pourrions assister à la naissance d’un nouveau mouvement populaire. C’est le seul espoir pour les Etats-Unis.

Q : Comment les Etats-Unis en sont-ils arrivés là ?

HZ : Si nous en sommes arrivés là, je présume que c’est parce que la population américaine a laissé les choses se dégrader à ce point, c’est-à-dire qu’il s’est trouvé assez d’Américains pour s’estimer satisfaits de leur situation, juste assez.

Bien sûr, beaucoup d’Américains ne le sont pas, c’est pourquoi la moitié de la population ne vote pas, elle se sent exclue.

Mais il y a juste assez d’Américains qui sont satisfaits, qui estiment recevoir assez de petits cadeaux de l’Empire, juste assez de personnes suffisamment satisfaites pour perpétuer le système. Nous en sommes arrivés là grâce à l’aptitude du système à se maintenir en satisfaisant juste assez de monde pour maintenir sa légitimité. Mais je pense que cette époque sera bientôt révolue.

Q : Que devrait savoir le monde à propos des Etats-Unis ?

HZ : Je pense que beaucoup dans le monde ignorent qu’il existe une opposition aux Etats-Unis.

Très souvent, les gens dans le monde croient que Bush est populaire chez nous, ils pensent : « oh, il a été élu à deux reprises » ; ils ne comprennent pas la perversité du système politique américain qui a permis à Bush de l’emporter deux fois. Ils ne comprennent pas la nature fondamentalement anti-démocratique d’un système dans lequel tout le pouvoir est aux mains de deux partis qui ne diffèrent guère l’un de l’autre et dont les gens ne peuvent saisir les différences.

Dès lors, nous sommes dans une situation où il va falloir des changements fondamentaux de la société américaine si nous voulons que la population soit à nouveau en harmonie avec elle.

Q : Pensez vous que les Etats-Unis puissent se remettre de leur situation actuelle ?

HZ : Et bien, j’espère en un rétablissement mais à ce jour, nous n’avons rien vu venir.

Vous m’avez interrogé au sujet de ce que le reste du monde ignore à propos des Etats-Unis et, comme je vous l’ai dit, il ignore l’existence d’une vraie opposition. Il y a toujours eu une opposition, mais elle a toujours été écrasée ou anesthésiée, maintenue à l’ombre ou marginalisée en sorte que sa voix ne puisse être entendue.

Les gens dans le monde n’entendent que les voix des dirigeants américains. Ils n’entendent pas les voix de tous ceux qui dans ce pays n’approuvent pas les dirigeants et veulent des politiques différentes.

Je pense aussi que le reste du monde devrait savoir que ce qui se passe en Irak n’est que le prolongement d’une longue politique impériale d’expansion dans le monde.

Je pense aussi que beaucoup croient que cette guerre en Irak n’est qu’une aberration ponctuelle et qu’avant cette guerre les Etats-Unis étaient un pouvoir inoffensif. Ils n’ont jamais été un pouvoir inoffensif et cela depuis le tout début, dès la révolution américaine, depuis la confiscation des terres des Indiens, la guerre du Mexique, la guerre hispano-américaine… C’est embarrassant à dire, mais nous avons dans ce pays une longue histoire d’expansion violente et je pense que non seulement beaucoup d’étrangers l’ignorent, mais aussi beaucoup d’Américains.

Q : Peut-on améliorer cette situation ?

HZ : Vous savez, cet espoir, s’il existe, réside dans ce grand nombre de citoyens américains qui sont corrects, ne veulent pas la guerre, ne veulent pas tuer d’autres peuples.

Il est difficile d’entrevoir cette espérance parce que les Américains qui pensent ainsi sont exclus des médias, leurs voix ne sont pas entendues et on ne les voit jamais à la TV. J’ai participé dans ma vie à nombre de mouvements sociaux et j’ai pu voir qu’au début ou juste avant le développement de ces mouvements, il semblait n’y avoir aucun espoir.
J’ai vécu dans le Sud pendant sept ans, pendant les années du mouvement des droits civils, et la situation semblait désespérée mais il y avait de l’espoir en profondeur. Quand les personnes s’organisent, commencent à agir, commencent à travailler ensemble, alors elles osent prendre des risques, s’opposer à l’ordre établi et commettre des actes de désobéissance civile.

Alors l’espoir devient évident et se concrétise en changement.

Q : Pensez vous qu’il existe une façon pour les Etats-Unis de retrouver une influence positive sur la marche du monde ?

HZ : Oui mais pour cela nous avons besoin d’une nouvelle direction politique qui soit sensible aux vrais besoins des Américains et ni la guerre ni l’agression ne font partie de ces besoins. Elle devra être également sensible aux besoins des autres peuples et comprendre que les ressources américaines, au lieu de financer les guerres, pourraient contribuer à aider ceux qui souffrent. Il y a eu des tremblements de terre et des catastrophes naturelles partout dans le monde et aux Etats-Unis aussi, mais cela a entraîné bien peu de réactions, voyez l’ouragan Katrina. Les gens dans ce pays, particulièrement les pauvres et les gens de couleur ont été victimes du pouvoir américain comme d’autres peuples ailleurs dans le monde.

Q : Pourriez-vous nous faire une synthèse de ce dont nous venons de débattre, le pouvoir et l’influence des Etats-Unis ?

HZ : Le pouvoir et l’influence des Etats-Unis ont décliné rapidement depuis la guerre en Irak parce que cette guerre a exposé, comme cela n’avait jamais été le cas dans l’Histoire, la manière dont s’exerçait le pouvoir américain dans ce type de situation et dans d’autres. Dès lors que l’influence US décroît, son pouvoir décroît aussi. Si forte que soit la machine de guerre, le pouvoir ne dépend pas que d’elle. Au total, le pouvoir décroît. À terme, le pouvoir repose sur la légitimité morale du système et les Etats-unis ont perdu cette légitimité morale. Mon espoir est que le peuple américain se soulève spontanément et change cette situation pour son plus grand bénéfice et celui du reste du monde.

Traduit par Oscar GROSJEAN pour Investig’Action – michelcollon.info

Source: Al Jazeera

Voir enfin:

Howard Zinn et les damnés de l’Amérique
Sylvie Laurent
Le Monde
04.02.10

La mort, il y a quelques jours, de l’historien Howard Zinn nous prive, chercheurs, américanophiles, esprits curieux, d’une des plus belles paroles américaines, celle d’un intellectuel qui fut également un héros de l’histoire des Etats-Unis du XXe siècle. Ouvrier avant de devenir soldat puis professeur, il aura été de toutes les luttes pour une Amérique plus juste : pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam, contre les ravages du capitalisme, contre les discriminations raciales et sexistes, contre la guerre d’Irak. Intellectuel et activiste, il incarna par son existence une forme de courage, d’intégrité et de clairvoyance que l’on a eu trop tendance à caricaturer en gauchisme suranné et vain.

Dans la préface de son étude Le Peuple, Jules Michelet s’adresse à Edgar Quinet en ces termes : « Ce livre, je l’ai fait de moi-même, de ma vie et de mon cœur. Il est sorti de mon expérience, bien plus que de mon étude. Je l’ai tiré de mon observation, de mes rapports d’amitié, de voisinage ; je l’ai ramassé sur les routes… Enfin pour connaître la vie du peuple, ses travaux, ses souffrances, il me suffisait d’interroger mes souvenirs. » Bien avant d’écrire son histoire du peuple des Etats-Unis, Hower Zinn a lui aussi fait l’expérience de l’histoire. Après s’être ouvert aux brutalités sociales dans le New York prolétaire des sourdes luttes de classes observées par Dos Passos, c’est dans le Sud ségrégationniste qu’il s’engage et qu’il devient un radical. A ce moment-là, dans ce pays-là, seul un héros pouvait quitter le confort du monde blanc pour s’engager dans ce combat. Révolté par le racisme institutionnalisé qui interdit aux Africains-Américains de manger au même comptoir que les Blancs, il devient leur compagnon de lutte.

Non seulement s’engagea-t-il dans le mouvement des droits civiques le plus radical de l’époque, le Student Non-Violent Coordinating Comittee, participant physiquement aux confrontations sanglantes avec la police et les Blancs hostiles, mais il s’imprégna de la pensée noire la plus forte et la plus révolutionnaire. De la lecture de Dickens, il passe à celle de W.E.B. Du Bois, de Martin Luther King Jr pour s’attarder plus tard sur la pensée de Malcolm X dont il tirera un chapitre remarquable de son histoire du peuple américain. Dépassant la vulgate marxiste qui n’est jamais véritablement parvenue à articuler conscience de classe et conscience de race, Zinn se convertit à une pensée de gauche complexe dans laquelle on ne peut penser la question des discriminations raciales sans les lier au capitalisme et à l’impérialisme, une même rhétorique nationale les reliant.

Comme Jean-Pierre Vernant après son engagement dans la Résistance, il puise dans la lutte avec les camarades l’inspiration d’un travail qui cherchera avant tout la remémoration et le témoignage des acteurs afin de raconter une histoire « vraisemblable » à défaut d’être vraie. Il s’indigne en effet de l’absence des voix du peuple dans les textes canoniques de la démocratie américaine. Bien avant le travail de Bourdieu sur les pratiques de contrôle social et les formes de domination discursives et bien avant la conversion des campus américains aux études minoritaires (Chicano Studies, Gender Studies, Subaltern Studies….) qui institutionnalisent à la fin des années 1970 la relecture des textes-maîtres dans une perspective dissidente, Zinn interrogeait : « Nous le peuple ? » De quel peuple parle-t-on, raille-t-il, lorsque l’on récite la Constitution américaine, la main sur le cœur ? Intégrons-nous ceux à qui l’on refuse la citoyenneté de droit et les milliers d’oubliés des manuels scolaires, Amérindiens, pauvres, immigrés ? Les héros américains sont-ils ceux dont on nous dit qu’il est de notre devoir de les vénérer ?

Aujourd’hui, les livres abondent qui soulignent les incohérences de Lincoln ou les mensonges de Jefferson. Mais lorsque Zinn commence à publier dans les années 1960, l’intelligentsia le taxe de propagandiste « communiste » et sa parole est disqualifiée comme « anti-américaine ». Il refuse, il est vrai, toutes les entourloupes du contrat social américain d’alors, au premier rang desquels la guerre du Vietnam et toutes celles, ultérieures, qui prétendront que l’Amérique est impériale parce qu’elle est bonne. Il n’a pas attendu qu’il soit de bon aloi de critiquer le bellicisme viscéral de l’administration de George W. Bush. Pas plus qu’il ne cacha ses inquiétude face à la politique de Barack Obama en Afghanistan, quelques mois à peine après l’élection euphorisante de ce dernier.

C’est aussi dans la salle de classe qu’il vivait son engagement, d’abord dans le collège pour jeunes filles noires de Spellman à Atlanta, où l’on envoyait les professeurs juifs privés de postes ailleurs, puis à New York et enfin à Boston. Sans jamais abandonner la lutte contre les inégalités et les injustices qu’il voyait miner l’idéal démocratique du pays, il enseigna à des milliers d’étudiants à regarder l’histoire de façon oblique, à renoncer à la prétentieuse vérité officielle pour choisir une « intrigue » (pour reprendre le mot de Paul Veyne) : la force historique des humiliati, par les yeux desquels le grand récit national nous apparaît moins glorieux, mais aussi plus riche. Craignant plus que tout la neutralité qui rend complice, il forma et soutint nombre d’historiens critiques qui revisitent l’histoire du monde avec une attention particulière au point de vue des insatisfaits. La romancière Alice Walker dit qu’elle n’eut jamais meilleur professeur. Sans doute le million et demi d’Américains qui ont acheté Une histoire populaire des Etats-Unis depuis sa parution en 1980 sont-ils également à compter parmi ses élèves.

A l’heure où le centrisme résigné de Barack Obama semble déboucher sur une impasse démocratique, la voix d’Howard Zinn nous rappelle que la gauche n’est pas une idée folle en Amérique.

Sylvie Laurent, américaniste à Sciences-po et Fellow au W.E.B Du Bois Institute de l’université Harvard


Présidence Obama: Le charme est définitivement rompu (Born charmer Obama discovers even he can’t live on charm alone)

3 février, 2010
The joke's on usLe charme Obama est rompu. Fouad Ajami
La boucle est à présent bouclée: du candidat Obama aux accents idéalistes et centristes, au Président Obama à la Carter-McGovern et à nouveau à l’aspirant 3e voie à la Clinton. La seule constante – aucune véritble identité, aucune ferme croyance, aucune conviction centrale pour convaincre que sa vision de gauche est la bonne pour le pays. Vous voyez, M. Obama n’avait jamais eu à le faire auparavant: le dogme de gauche avait toujours été une religion d’état dans les cercles où Obama a propspéré et une fois que le rossignol Obama a commencé sa chanson, peu des hypnotisés se sont inquiétés du message inepte qui a suivi. Victor Davis Hanson
Bush n’était pas le problème. Obama n’est pas la solution : un an après l’arrivée à la Maison Blanche d’un président démocrate, le désenchantement est réciproque de part et d’autre de l’Atlantique. Les alliés découvrent – si tant est qu’ils l’ignoraient – que les malentendus vont au-delà des personnes. (…) Après avoir dénoncé l’impérialisme de M. Bush, les Européens reprochent à M. Obama son impuissance. Le Monde

Pour ceux qui tentent encore désespérément de se convaincre que, rejeté par la gauche comme par la droite, Obama va enfin révéler au monde le vrai centriste qu’il est censé avoir toujours été …

.
A l’heure où, en chute libre dans les sondages après à peine une année, le Caméléon en chef se voit contraint de nous ressortir l’image du centriste à la Clinton …

Et, toujours aussi courtois avec ses alliés, vient d’annuler sa venue au prochain sommet UE-Etats-Unis de la fin mai …

Retour, avec le commentateur américain Victor Davis Hanson, sur quelques unes des raisons de cette incapacité à tenir une promesse et cette chute.

Comme le manque total de convictions et d’identité personnelle d’un homme dont, à défaut d’un véritable bilan, d’actes réels ou de réalisations concrètes, le soi-disant charme, origine raciale ou discours avaient jusque là tenu lieu de sésame.

L’incarnation vivante du refus postmoderne de toute vérité ou réalité en faveur d’un relativisme et d’une équivalence morale systématiques.

La croyance néo-socialiste en la justification des moyens par la fin par une sorte de philosophe-roi paternaliste sachant seul et mieux que tous ce dont le peuple a vraiment besoin.

Enfin, le narcissisme du prophète ou du messie convaincu, au besoin contre les faits et la réalité, de la justesse de sa propre vision.

Sauf que cette fois-ci, le charme, comme le rappelle Fouad Ajami, semble définitivement rompu …

As Predictable as Clockwork — the Obama Three-step
Victor Davis Hanson
Pajamas Media
January 31, 2010

I think we could see what was coming. This presidency has about as much subtlety in plot as a grade-B western, soap opera, or teenage tantrum.

Stage One

A lackluster McCain candidacy, the September 2008 meltdown, weariness with eight years of Bush incumbency, conservative anger over spending, liberal furor over Iraq, a toady media, and Republican congressional corruption all led to a 50/50 electorate that was open to being mesmerized by Obama’s rhetoric and the dream of the nation’s first African-American president.

With congressional majorities, a compliant press, soaring public support, a soon-to-be President Obama was convinced, as he had been convinced by his success in the Ivy League, in Chicago, and in the Senate (surely praise in Cambridge means those in Toledo would be similarly wowed), that he had a left-wing mandate and he could hope and change his way to almost anything he wanted — thin record, self-contradictions, constant inconsistencies, and general confusion be damned.

The hard left was salivating that at last they had an effective delivery system that could usher in a long awaited European socialism. So what followed was predictable: In his hubris, Obama cast off the campaign mask of moderation. Thick and fast came proposals for state-run healthcare, government take-overs, talk of nationalizing the student loan program, bailouts, mega deficits, more borrowing as stimulus, multicultural mea culpas abroad, loony symbolic appointments, and promiscuous talk of higher income, payroll, inheritance, and healthcare taxes, but only on “them.”

In other words, we saw in a trendy, new cool form, the age-old attempt to institutionalize an equality of result, as freedom and liberty give way to mandated egalitarianism and fraternity.

But wait — two thorny problems arose.

(1) The country not quite yet is left-wing, but voted for Obama for the perfect-storm reasons outlined above. Anyone who had read the history of America could see that it was always a different sort of place than France, Germany, or Sweden — at least for a while longer.

(2) So to ram down a left-wing agenda, the thespian Obama would have to continue his role as the bipartisan healer, centrist, reformer, purple-state uniter, transracial unifier, etc. But, alas, instead old habits die hard; and the public soon began here and there to get glimpses of the old reality behind the new mask.

The wages of years with Rev. Wright and Bill Ayers, the easy path through the Ivy League, the Axelrod at our throat politics, and the snow job that had wowed deans, philanthropists, and tony suburbanites all reappeared. How could they not? Still, if one is going to hypnotize the electorate to sleep-walk them into Belgium, then one cannot in Pavlovian fashion revert back to hard-left idolatry.

So even as Barack Obama sought to convince the farmer, plumber, and insurance agent to accept state healthcare, a landscape of windmills, and an E.U.-foreign policy, he slipped back into his old self. Thus we got the nut Van Jones and his racist, truther bombast. Anita Dunn praised Mao. Commissars at the NEA boasted of the new Caesar.

Stimuli were in part apportioned on red state/blue state agendas.

The Skip Gates incident prompted the president to trash the police first, and get the facts second. Creditors were politically rescheduled for bailed-out businesses. The president thoughtlessly weighed in on everything from the Special Olympics and the tea party movement to Fox News and America’s purported sins.

Suddenly we were no longer exceptional, but the Muslim world in fact had jump-started the Renaissance and Enlightenment. The old bad guys — Ahmadinejad, Assad, Castro, Chavez, and Putin — earned new kind talk; the prior president was reduced to contemporary satanic status. Readers, you can cite far more footnotes to these now run-of-the-mill absurdities.

Stage Two

So after a mere year, Obama has crashed and plummeted lower than any first year administration in polling history. His “let me be perfectly clear” and “make no mistake about it” are the equivalent now of the serial teenage filler “Ya know.”

Deadlines mean only more deadlines: “Please stop that Iranian nuclear program — or else I will set another deadline!”; “Pass healthcare before the summer recess; no, before Thanksgiving; no, before the Christmas holidays; no, before the first of the year!”; “We will air healthcare debates on C-span; and we will air them; and we will air them; and we…”

Conservatives are in a “I told you so mood” — as the 2008 talk-radio bombast about Bill Ayers, Rev. Wright, “redistributive” spread the wealth, European socialism, etc., well, turned out not to be 2009 bombast at all.

Moderates and independents sigh, “I can’t believe this is happening to me; he seemed just like Clinton with all that balanced budget talk, balanced energy policy, and mainstream help-the-little-guy talk. What happened to the Barack we trusted?” David Brooks, Peggy Noonan and Christopher Buckley no longer talk of the knowledge of the great books, of a first class mind and temperament, and a detached calm and sense of competence.

Liberals wonder, “Why is the coolest guy around suddenly flubbing every opportunity to get our agenda passed?” The hard-left laments, “This guy is a triangulator who gave us a nibble, then pulled away the bone.”

His supporters counter, “See, he is a pragmatist and centrist who alienates the extremes.” No, no, no — he alienates them, but now the middle as well. What keeps his approval ratings in the forties is only the idea that the American people cannot quite yet accept a failed presidency after a mere 12 months — one that they had invested such hopes in after the poll crashing of Bush’s final two years.

Stage Three

The finger-pointing and blame-gaming begin since no one can properly address the real and only problem: Barack Obama has had no previous identity or independent ideology. By osmosis (rather than by careful study or life-long experience) he absorbed the trendy left-wing cant that variously manifested itself wherever he traveled, from the Occidental lounge dorm to the Ivy League salon groupthink to Chicago organizing to Rev. Wright’s pulpit to the liberal caucuses of the U.S. Senate. For a while, it was all as easy as sonorously thundering “hope and change.” He never before had to articulate his leftism in any real detail, defend it, debate it, or analyze it.

But now as his polls dip, we hear instead gripes over tactics, not the essence of the problem — the absence of an identity confidently and honestly expressed. So we get nonsense: “He’s too detached and cool: we need a fighting Bob Lafollette!” “He outsourced his agenda to the polarizing, corrupt and inept Reid/Pelosi wing.” “He surrounded himself with one too many shady Chicago pols.” “He took on too much all at once.” “Who thought up the idea that healthcare and cap and trade ranked above the recession in the public mind?”

Duh?

What’s next? We can predict it in our sleep. He will continue the “let me be perfectly clear,” “fat-cat banker” talk to his base, do his selected-audience hope and change rants while trying to do a move-to-the-center light. Oh yes, a commission to balance the budget — sorta. Tough talk abroad — kinda. Healthcare reform we can all agree on — maybe.

In the past, every time Obama has been in a jam, two things followed. He first throws under the bus perceived liabilities (yesterday’s Rev. Wright and grandmother will be this year’s Rahm Emanuel, Timothy Geithner and Janet Napolitano).

Second, he adopts the no more red state/blue state, “bipartisan,” “there is only one America” rhetoric. Yes, soon we will indeed hear abroad of American exceptionalism, and a thing called “the war on terror,” and, at home, deficits that must be paid back and “working across the aisle.”

I doubt we get genuine effort at balancing the budget, keeping businesses competitive, cutting waste, restoring American alliances, securing borders, centrist appointments, real bipartisanship, or a simplified tax system.

Instead, we’ve come full circle from the idealistic-sounding, centrist candidate Obama, to the Carter-McGovern President Obama, back to the wannabe Clinton triangulator. The only constant — no real identity, no firm belief, no core convictions from which to make the argument that his left-wing vision is good for the country. You see, Mr. Obama never had to: left-wing dogma was always a state religion in the circles Obama thrived, and once Obama the nightingale started in his song, few of the hypnotized worried about the inane message that followed.

Being president is all so, so unfair!

Voir aussi:

The Obamarang
Victor Davis Hanson
Pajamas Media
January 30, 2010

All politicians fudge on their promises. But this president manages to transcend the normal political exaggeration and dissimulation. Whereas past executives shaded the truth, Barack Obama trumps that: on almost every key issue, what Obama says he will do, and what he says is true, is a clear guide to what he will not do, and what is not true. It is as if “truth” is a mere problem of lesser mortals.

1. Obama now rails against a pernicious Washington and its insiders: ergo, Obama controls Washington through both houses of Congress and the White House, and wants to expand Washington’s control over the auto industry, health care, energy, student loans, transportation, etc.

2. Obama bashes the Supreme Court on weakening public efforts to curb campaign contributions. Therefore, we know Obama has done more than any other president in destroying public campaign financing by being the first presidential candidate in a general election to refuse public funds — in confidence that he could raise a record $1 billion, much of it from big moneyed interests on Wall Street.

3. Obama calls for a freeze on government spending and deplores deficits. Hence, we know that the possible $15 billion savings in some discretionary spending will not affect the Obama record budget deficits that will continue to grow well over an annual $1.5 trillion a year — as Obama piles up the greatest budgetary shortfalls in any four-year presidential term in history.

4. The president calls for the Guantanamo Bay detention center to be closed within a year of his inauguration, and Khalid Sheik Mohammed, the architect of 9/11, to be tried in New York. Accordingly, we know that Guantanamo won’t be closed within a year and KSM won’t be tried in New York.

5. Obama issues four serial deadlines in autumn 2009 for Iran to comply with non-proliferation accords. Presto — we know that Iran will get the bomb unimpeded by U.S. opinion.

6. Obama promised an end to earmarks and lobbyists in government — of course, we assume, then, that lobbyists will be ubiquitous among his presidential appointments, and there will be thousands of earmarks.

7. Obama announces that he will end the war in Iraq by removing all combat brigades by August 2010. As a result, we understand that George Bush long ago signed an agreement with the Iraqis for a joint agreement on removing U.S. combat forces by August 2010.

8. Obama laments that his fall in popularity resulted from a failure to communicate directly with the American people. We conclude as a result that Obama has given more interviews, radio and TV appearances, and stump speeches than any first-year president in history.

9. Obama reiterates that “this is not about me.” That reflects the fact that he has employed the first-person pronouns “I,” “me,” and “my” more than any prior president.

10. Obama assures on eight occasions he will televise all healthcare deliberations on C-SPAN. This is clear proof that nothing will be televised as debate occurs behind closed doors, punctuated by votes purchased through $300 million bribes and state exemptions from federal statutes.

11. Obama promises to be a tax-cutter. So we know that vast new taxes will come through revised income tax rates, caps lifted off payroll taxes, Cadillac healthcare charges, and a variety of surcharges.

12. Obama warned that if another stimulus were not passed, unemployment would reach double-digits; hence, we were assured that the jobless rate would reach 10%.

13. Obama calls for bipartisanship and an end to finger-pointing. Of course, then, he will begin and end nearly every speech with attacks on George Bush and the prior administration.

I could continue ad nauseam, but you get the picture. So why does Obama serially tell untruths, mislead, and do the opposite of what he promises?

Here are four brief reasons. They are complementary, rather than mutually exclusive.

1) He does this because he can. Obama, from college at Occidental to Chicago organizing, has never been called to account. He was always assured that his charm, his ancestry, or his rhetoric alone mattered, while his record, actions, and accomplishments were mere footnotes. He channels our hopes and dreams and need not traffic in reality. We, the people, like the media, have tingly legs and believe the president is “some god,” and therefore need not question the charismatic face on the screen.

2) Obama is a reflection of an era of liberal academic postmodernism. There are no absolute facts; truth is only an illusion in the eye of the beholder. Reality instead is relative, and predicated on the basis of power. Ergo, what others say is true is simply a reflection of their race/class/gender/religion/cultural privileges. Speaking “truth” to power means simply opposing those who, you deem, have more advantages than you and yours.

3) Obama is a neo-socialist who believes the ends of social justice justify most means necessary to achieve them. As a philosopher-king who knows what is best for ignorant lesser folk, who can’t possibly appreciate all the ways in which he works and suffers on our behalf (Cf. Michelle’s “deigns to run”), Obama reluctantly must employ Platonic “noble lies” to achieve the common good: OK, we don’t understand ObamaCare and therefore fear it and the way it is packaged and sold; but once it is forced down our throat, we will come to love — what is good for us.

4) Obama is a narcissist, who believes that his reality is our reality, that his rules are our rules. If the king, the autocrat, the heart-throb, the prophet, or the messiah says something is true, then facts and reality adjust accordingly. Facts and corrections are boring. And if confronted with contrary evidence, the self-infatuated simply smiles with the assurance that the problem is others’, not his.

And it is, sort of.

Voir enfin:

The Obama Spell Is Broken
Unlike this president, John Kennedy was an ironist who never fell for his own mystique.
Fouad Ajami
The Wall Street Journal
February 2, 2010

The curtain has come down on what can best be described as a brief un-American moment in our history. That moment began in the fall of 2008, with the great financial panic, and gave rise to the Barack Obama phenomenon.

The nation’s faith in institutions and time-honored ways had cracked. In a little-known senator from Illinois millions of Americans came to see a savior who would deliver the nation out of its troubles. Gone was the empiricism in political life that had marked the American temper in politics. A charismatic leader had risen in a manner akin to the way politics plays out in distressed and Third World societies.

There is nothing surprising about where Mr. Obama finds himself today. He had been made by charisma, and political magic, and has been felled by it. If his rise had been spectacular, so, too, has been his fall. The speed with which some of his devotees have turned on him—and their unwillingness to own up to what their infatuation had wrought—is nothing short of astounding. But this is the bargain Mr. Obama had made with political fortune.

He was a blank slate, and devotees projected onto him what they wanted or wished. In the manner of political redeemers who have marked—and wrecked—the politics of the Arab world and Latin America, Mr. Obama left the crowd to its most precious and volatile asset—its imagination. There was no internal coherence to the coalition that swept him to power. There was cultural « cool » and racial absolution for the white professional classes who were the first to embrace him. There was understandable racial pride on the part of the African-American community that came around to his banners after it ditched the Clinton dynasty.

The white working class had been slow to be convinced. The technocracy and elitism of Mr. Obama’s campaign—indeed of his whole persona—troubled that big constituency, much more, I believe, than did his race and name. The promise of economic help, of an interventionist state that would salvage ailing industries and provide a safety net for the working poor, reconciled these voters to a candidate they viewed with a healthy measure of suspicion. He had been caught denigrating them as people « clinging to their guns and religion, » but they had forgiven him.

Mr. Obama himself authored the tale of his own political crisis. He had won an election, but he took it as a plebiscite granting him a writ to remake the basic political compact of this republic.

Mr. Obama’s self-regard, and his reading of his mandate, overwhelmed all restraint. The age-old American balance between a relatively small government and a larger role for the agencies of civil society was suddenly turned on its head. Speed was of the essence to the Obama team and its allies, the powerful barons in Congress. Better ram down sweeping social programs—a big liberal agenda before the people stirred to life again.

Progressives pressed for a draconian attack on the workings of our health care, and on the broader balance between the state and the marketplace. The economic stimulus, ObamaCare, the large deficits, the bailout package for the automobile industry—these, and so much more, were nothing short of a fundamental assault on the givens of the American social compact.

And then there was the hubris of the man at the helm: He was everywhere, and pronounced on matters large and small. This was political death by the teleprompter.

Americans don’t deify their leaders or hang on their utterances, but Mr. Obama succumbed to what the devotees said of him: He was the Awaited One. A measure of reticence could have served him. But the flight had been heady, and in the manner of Icarus, Mr. Obama flew too close to the sun.

We have had stylish presidents, none more so than JFK. But Kennedy was an ironist and never fell for his own mystique. Mr. Obama’s self-regard comes without irony—he himself now owns up to the « remoteness and detachment » of his governing style. We don’t have in this republic the technocratic model of the European states, where a bureaucratic elite disposes of public policy with scant regard for the popular will. Mr. Obama was smitten with his own specialness.

In this extraordinary tale of hubris undone, the Europeans—more even than the people in Islamic lands—can be assigned no small share of blame. They overdid the enthusiasm for the star who had risen in America.

It was the way in Paris and Berlin (not to forget Oslo of course) of rebuking all that played out in America since 9/11—the vigilance, the wars in Afghanistan and Iraq, the sense that America’s interests and ways were threatened by a vengeful Islamism. But while the Europeans and Muslim crowds hailed him, they damned his country all the same. For his part, Mr. Obama played along, and in Ankara, Cairo, Paris and Berlin he offered penance aplenty for American ways.

But no sooner had the country recovered its poise, it drew a line for Mr. Obama. The « bluest » of states, Massachusetts, sent to Washington a senator who had behind him three decades of service in the National Guard, who proclaimed his pride in his « army values » and was unapologetic in his assertion that it was more urgent to hunt down terrorists than to provide for their legal defense.

Then the close call on Christmas Day at the hands of the Nigerian jihadist Umar Farouk Abdulmutallab demonstrated that the terrorist threat had not receded. The president did his best to recover: We are at war, he suddenly proclaimed. Nor were we in need of penance abroad. Rumors of our decline had been exaggerated. The generosity of the American response to Haiti, when compared to what India and China had provided, was a stark reminder that this remains an exceptional nation that needs no apologies in distant lands.

***

A historical hallmark of « isms » and charismatic movements is to dig deeper when they falter—to insist that the « thing » itself, whether it be Peronism, or socialism, etc., had not been tried but that the leader had been undone by forces that hemmed him in.

It is true to this history that countless voices on the left now want Obama to be Obama. The economic stimulus, the true believers say, had not gone astray, it only needed to be larger; the popular revolt against ObamaCare would subside if and when a new system was put in place.

There had been that magical moment—the campaign of 2008—and the true believers want to return to it. But reality is merciless. The spell is broken.

Mr. Ajami, a professor at Johns Hopkins School of Advanced International Studies and a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is the author of « The Foreigner’s Gift » (Free Press, 2007).


Auschwitz/65e: Comment Staline a instrumentalisé le sauvetage des juifs (The propaganda of rescue: How Stalin used the Holocaust for his own purposes)

3 février, 2010
Black book on Soviet Holocaust (1947)Postwar inquisition of JAC (1952)
Einstein with JAC leaders (1943)
Moscow JAC memorial
Dans son livre L’Abandon des Juifs, David Wyman écrivait que, malgré tous les griefs qu’on pouvait leur adresser, les États-Unis avaient un meilleur bilan en matière de sauvetage des Juifs que la Grande-Bretagne ou l’Union soviétique 1. Cette comparaison n’est pas très pertinente. En effet, à la différence des États-Unis et de la Grande-Bretagne, le territoire soviétique fut en partie occupé par l’armée du Reich pendant trois ans – ce qui change complètement les données du problème. Comme le soulignait André Kaspi, pour mesurer l’ampleur de la tragédie, nous sommes contraints de recourir aux statistiques, de dresser une arithmétique macabre 2. Si l’on se place sur ce plan, la faillite du pouvoir soviétique fut totale.
L’information que le CAJ doit rassembler et diffuser sur la barbarie nazie à l’encontre des Juifs est destinée avant toute chose à mobiliser les communautés juives occidentales en faveur de l’URSS. Elle doit éventuellement servir de pièce à charge lorsque viendra l’heure des comptes avec l’Allemagne à la fin de la guerre, mais elle n’a pas pour objectif premier ni central de mobiliser le monde pour venir spécifiquement en aide aux Juifs menacés de destruction par les nazis.
En fait, le pouvoir stalinien poursuivait des objectifs contradictoires. Pour mobiliser les communautés juives occidentales en faveur de l’URSS, il devait souligner les crimes commis par les nazis contre les Juifs soviétiques, mais pour mobiliser d’autres segments de la société soviétique, asseoir sa légitimité et préserver son avenir, il devait au contraire éviter de mettre trop en avant le sort spécifique des Juifs.
Staline a utilisé les Juifs pour atteindre des objectifs politiques – obtenir une participation occidentale à l’effort de guerre soviétique –, mais il n’a pas cherché à les sauver de la tragédie, pour des raisons qui tenaient à ses objectifs internes : la mobilisation de la société soviétique, la légitimité de son pouvoir et la perspective de l’après-guerre. Si une partie des Juifs d’URSS a été sauvée, ce fut surtout parce que l’armée allemande n’a pas pu poursuivre sa progression en territoire soviétique. Les mesures prises par le Kremlin, en particulier dans le cadre de la politique d’évacuation de l’été et de l’automne 1941, qui leur ont permis de fuir l’avance nazie, ne leur étaient pas directement destinées. Laurent Rucker
Etrange amnésie sélective de nos anti-américains de service …
.
Alors qu’avec la sortie du livre de Hanael sur Jan Karski, la polémique a repris en France sur le rôle des Alliés et notamment des Américains par rapport à la Shoah …

Retour, avec un intéressant article de 2002 de Laurent Rucker dans les Cahiers de la Shoah, sur les grands absents de ces empoignades rétrospectives, à savoir l’Union soviétique et Staline, pourtant d’ordinaire si complaisamment mis en avant (A quand un Nuremberg du communisme?) dans la défaite du nazisme.

Qui, au-delà d’un bilan clairement catastrophique (près de la moitié des victimes de la Shoah exterminées, certes du fait de l’occupation nazie, sur son territoire, soit quelque 2, 6 millions) montre surtout la grande ambiguïté de la politique soviétique sur la question.

Pris, sans parler dans un premier temps une politique d’apaisement et des accords secrets avec Hitler, entre les objectifs contradictoires d’un mode de fonctionnement totalitaire et clanique considérant comme suspect tout groupe non controlé par lui et la volonté d’obtenir le soutien des Alliés, le sauvetage des juifs en tant que tels ne fut jamais pour le pouvoir soviétique l’objet d’une politique délibérée.

Que ce soit l’expulsion tsariste d’une partie d’entre eux dès 1915 vers l’intérieur du territoire, l’évacuation des grandes villes et des professions utiles à l’effort de guerre ou l’instrumentalisation, via le Comité antifasciste juif , d’un groupe d’intellectuels juifs (eg. Ehernbourg, Eisenstein) pour obtenir le soutien occidental.

D’où, par crainte d’encourager les revendications d’autres nationalités ou de rappeler la complicité des supplétifs locaux dans l’extermination de juifs perçus comme à l’origine de la répression bolchévique, l’exemple particulièrement révélateur des communiqués sur les massacres comme celui de Babi Yar qui ne mentionnaient jamais l’origine juive des victimes.

Ou, après guerre, non seulement l’interdiction en Union soviétique-même du Livre noir sur l’extermination des Juifs par les nazis mais l’élimination (la tristement fameuse « Nuit des poètes assassinés » avant le « Complot des blouses blanches » ) de nombre des membres du Comité antifasciste juif qui en était à l’origine …

L’union soviétique a-t-elle sauvé des juifs?
Laurent Rucker
Cahiers de la Shoah
Janvier 2002

Près de la moitié des victimes de la Shoah ont été exterminées sur le territoire soviétique. À lui seul, ce chiffre indique, s’il en était besoin, l’importance et le caractère central de l’entreprise de destruction des Juifs qui s’est déroulée en URSS. Comment ce crime contre l’humanité a-t-il pu être commis? Les Juifs soviétiques auraient-ils pu être sauvés? L’URSS de Staline a-t-elle fait tout ce qui était en son pouvoir pour les protéger?

Nous n’avons pas l’ambition de répondre à l’ensemble de ces questions dans le cadre de cet article. Notre propos sera plus limité. À partir des sources disponibles, nouvelles et anciennes, nous tenterons d’analyser la politique de l’URSS à l’égard des Juifs résidant dans les zones qui, après le 22 juin 1941, ont été envahies par l’Allemagne nazie. Nous essaierons de montrer que l’attitude soviétique vis-à-vis des Juifs pendant la guerre s’explique avant tout par un certain mode de fonctionnement du pouvoir stalinien, qu’elle fut moins guidée par la situation des Juifs en tant que telle et par les tragédies qu’ils étaient en train de vivre, que par les objectifs politiques de Staline.

Dans son livre L’Abandon des Juifs, David Wyman écrivait que, malgré tous les griefs qu’on pouvait leur adresser, les États-Unis avaient un meilleur bilan en matière de sauvetage des Juifs que la GrandeBretagne ou l’Union soviétique 1. Cette comparaison n’est pas très pertinente. En effet, à la différence des États-Unis et de la Grande-Bretagne, le territoire soviétique fut en partie occupé par l’armée du Reich pendant trois ans – ce qui change complètement les données du problème.

Comme le soulignait André Kaspi, pour mesurer l’ampleur de la tragédie, nous sommes contraints de recourir aux statistiques, de dresser une arithmétique macabre 2. Si l’on se place sur ce plan, la faillite du pouvoir soviétique fut totale.

Le destin des Juifs soviétiques a été en grande partie scellé dès les premières semaines de l’occupation allemande. Le refus de Staline, jusqu’au dernier moment, de rompre l’alliance avec Hitler conclue en août 1939, a entraîné la catastrophe que l’on sait pour l’URSS, et en particulier pour les Juifs qui figurèrent parmi les premières victimes de cette politique. Rien n’ayant été entrepris pour évacuer les populations civiles avant le 22 juin 1941 – pas plus les Juifs que les autres citoyens soviétiques –, celles qui se situaient dans les zones frontalières ont subi d’emblée les assauts de l’armée allemande. Or, 82% des 5 millions de Juifs résidant à l’intérieur des frontières de l’URSS de 1941 se trouvaient dans des territoires qui allaient être occupés par les troupes du Reich 3. En moins de six mois, entre juin et décembre 1941, 10% des Juifs soviétiques – soit environ 500 000 personnes – sont exterminés par les nazis, dont près de la moitié en Lituanie et en Lettonie 4. Et ces massacres ne sont pas perpétrés avec des techniques industrielles, mais de manière «artisanale» : sur la durée de la guerre, environ un million de Juifs soviétiques ont été fusillés, et non gazés dans les centres d’extermination 5.

Le bilan au terme de la guerre est terrible. Grâce à l’ouverture des archives soviétiques, on peut aujourd’hui confirmer certaines hypothèses démographiques. En effet, jusqu’à une période récente, nous ne disposions que du recensement de 1939, qui faisait état d’une population juive d’un peu plus de 3 millions d’âmes. Or, un précédent recensement avait été conduit en 1937. Mais les résultats obtenus n’ayant pas eu l’heur de plaire à Staline – ils faisaient apparaître un chiffre global de la population inférieur de 6 millions à celui qui était attendu par le Kremlin, traduisant les conséquences de la collectivisation, de la famine en Ukraine, en Russie et au Kazakhstan –, celui-ci en avait interdit la publication et les responsables du recensement avaient été arrêtés et déportés ou fusillés 6. Le recensement de 1937 est accessible depuis la fin des années 1980. Selon les données qu’il fournit, il y avait alors près de 2,7 millions de Juifs en URSS, contre un peu plus de 3 millions en 1939. Les travaux des démographes ont montré que le chiffre fiable est celui de 1939, car celui de 1937 a été sous-évalué en raison d’un enregistrement défectueux dans certaines régions, notamment dans le Caucase et en Asie centrale 7.

Donc, sur les 3 millions de Juifs résidant à l’intérieur des frontières de l’URSS d’avant 1939, environ 1 million ont péri et sur les presque 2 millions 8 qui vivaient dans les territoires annexés par l’URSS à la suite du pacte germano-soviétique – États baltes, partie orientale de la Pologne, Bessarabie et Bukovine du nord –, près de 80% ont été exterminés (soit environ 1,6 million) 9. Ce bilan est sans appel : le pouvoir stalinien n’a pas pu empêcher le génocide des Juifs soviétiques. La question est de savoir s’il a, malgré tout, tenté de les protéger. Pour y répondre, il faut distinguer deux périodes : d’une part les années 1939-1941 et, d’autre part, les années 1941-1944.

1939-1941

Les pactes germano-soviétiques d’août et de septembre 1939 ont eu une conséquence pour le moins inattendue : l’augmentation de 60% de la population juive vivant sous autorité soviétique. Entre septembre 1939 et juin 1940, celle-ci retrouve le niveau qui était le sien à la fin du XIX e siècle10. Cette «réunification forcée» est trop souvent négligée, alors qu’elle a produit des effets très importants sur un judaïsme soviétique qui était coupé du monde depuis plusieurs années et qui ne pouvait ni entretenir librement ses traditions ni pratiquer sa religion. Les retrouvailles entre le judaïsme soviétique et celui d’Europe orientale ont pris deux formes extrêmes : celle du soldat juif de l’Armée rouge entrant en conquérant en Pologne et y renouant des liens avec les Juifs polonais et celle du déporté juif polonais, militant du Bund ou d’une organisation sioniste, envoyé au Goulag et y retrouvant des prisonniers juifs soviétiques victimes des purges 11.

Mais surtout, à la suite de l’entrée de l’armée allemande en Pologne, en septembre 1939, l’URSS est pour la première fois confrontée aux conséquences de la politique nazie à l’égard des Juifs. Elle doit décider du sort de ceux qui, fuyant l’avancée de la Wehrmacht, tentent de se réfugier dans la partie orientale de la Pologne annexée par l’URSS. Pour la première fois, elle se trouve face à la question du sauvetage des Juifs.

Le problème des réfugiés, pas seulement juifs, a fait l’objet de négociations entre l’URSS et l’Allemagne. Une commission mixte soviéto-allemande, présidée côté soviétique par l’ex-commissaire du peuple aux Affaires étrangères, Maxime Litvinov, a été créée à cet effet à la mi-octobre 1939 afin de résoudre le problème de la réinstallation dans la partie allemande de la Pologne des Allemands se trouvant en territoire occupé par l’URSS et, inversement, celui des Ukrainiens et des Biélorusses se trouvant dans la partie allemande 12. Toutefois, dans un rapport adressé à Berlin, le représentant allemand de la commission notait que les Soviétiques n’étaient pas intéressés par le sort des réfugiés juifs 13. L’URSS ne souhaitait pas les accueillir, d’une part parce qu’elle ne voulait pas être l’instrument de la politique de l’Allemagne qui, dans les derniers mois de l’année 1939, avait essayé d’envoyer les Juifs polonais vers les territoires soviétiques et d’autre part, comme le montre un rapport du NKVD de février 1940, parce qu’elle se méfiait de ces réfugiés juifs. Elle considérait que leur présence dans des zones frontalières constituait une source d’insécurité et craignait surtout que parmi ceux-ci ne se trouvent des «agents» des organisations sionistes et bundistes 14.

Néanmoins, plusieurs dizaines de milliers de Juifs polonais ont pu fuir la zone occupée par l’Allemagne avant l’arrivée des troupes soviétiques, le 17 septembre 1939. Un certain nombre, difficile à évaluer, a ensuite réussi à franchir la frontière entre les deux zones, grâce notamment à la « complicité » de soldats juifs de l’Armée rouge 15. Ainsi, le responsable du NKVD en Biélorussie notait-il en février 1940 la présence de plus de 72000 réfugiés en provenance de Pologne, dont 65000 Juifs 16. Il est difficile d’établir un chiffre total précis du nombre de réfugiés juifs qui ont réussi à entrer en URSS mais, selon les estimations les plus récentes fondées sur les archives soviétiques, il serait de l’ordre de 150000 personnes 17. Celles-ci n’ont pas été à proprement parler «sauvées» par l’URSS, mais, en tout état de cause, elles ont pu échapper provisoirement aux nazis.

Le sort de ces réfugiés reflète les ambiguïtés et les contradictions de la politique soviétique. Une partie d’entre eux, environ 10000, a pu s’installer tout à fait normalement en acceptant d’aller travailler dans les mines du Donbass en Ukraine 18. À l’opposé, un nombre à peu près équivalent (environ 8000) a pris le chemin de la Loubianka ou du Goulag. Les statistiques de cette institution qui ont été conservées dans les archives montrent que le nombre de Juifs détenus dans les camps de travail correctif augmente de 58% entre janvier 1939 et janvier 1941, passant de 19758 à 31132; les Juifs représentent alors 2,08% des prisonniers. Avec 10,3 prisonniers pour 1000 habitants, ils figurent au troisième rang des peuples représentés au Goulag, juste derrière les Turkmènes (13,4) et les Allemands (11,9), mais devant les Russes (8,9) 19. Pour l’essentiel, ce sont des militants sionistes et bundistes, provenant de ces flux de réfugiés ou résidant dans les territoires annexés par l’URSS entre septembre 1939 et juin 1940. Parmi eux on trouve, entre autres, les dirigeants du Bund, Viktor Alter et Henryk Erlich, ou encore un certain Menahem Begin, alors dirigeant du mouvement de jeunesse de l’Organisation sioniste révisionniste, le Betar.

Paradoxe de l’attitude du Kremlin: en même temps qu’il envoyait au Goulagou en prison une partie des réfugiés, en février 1940, il proposait aux autres de devenir soviétiques 20. Proposition ambiguë puisque, si elle leur offrait la possibilité de redémarrer une vie nouvelle, à l’heure où tant de frontières se fermaient aux Juifs qui voulaient fuir les nazis, elle les plaçait sous l’autorité du pouvoir stalinien dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne constituait pas une garantie de sécurité. L’objectif était moins de faire preuve de générosité que de contrôler plus efficacement ces réfugiés, de les enregistrer et de les soumettre à la loi soviétique.

Environ la moitié d’entre eux accepta (65000) 21. L’autre moitié refusa; ce qui signifiait qu’elle avait opté pour le retour dans les territoires occupés par les nazis. Ce choix peut surprendre, mais il n’est pas dénué de sens. D’une part, de nombreux réfugiés avaient laissé leur famille et espéraient donc pouvoir la retrouver. D’autre part, leur expérience de l’URSS ne les incitait guère à y rester. Entre la peur de la répression et la perspective d’une vie difficile, ils doutaient de leur avenir dans la patrie du socialisme. Certains de leurs compagnons d’infortune avaient pris le chemin du Goulag; d’autres, celui des mines du Donbass – certes volontaire, mais pour un travail pénible.

En fait, seule une petite minorité retourna du côté allemand. Les autres (environ 65000), qui avaient refusé la citoyenneté soviétique, furent envoyés dans le second Goulag, celui des «peuplements spéciaux» 22, à la suite d’une opération qui se déroula en juin-juillet 1940. Avec le plus grand cynisme, le NKVD fit croire à ces réfugiés juifs qu’il allait exaucer leurs vœux. Il leur demanda de se rendre dans les gares et de prendre un train qui les emmènerait en territoire polonais sous occupation allemande. Mais, une fois remplis, les trains suivirent une toute autre feuille de route 23! Les réfugiés juifs rejoignirent au Kazakhstan, en Sibérie et au Nord de la Russie la cohorte des peuples déportés qui comprenait déjà des Coréens, des Finnois, des Polonais, des Lettons. Ils seront suivis, durant et après la guerre, par les peuples du Caucase, les Allemands et les Baltes 24. Quelques jours à peine avant le lancement par Hitler de l’opération Barbarossa, le NKVD mit en œuvre, sous la houlette du général Serov, une nouvelle opération de déportation, décidée par Staline et Beria, qui frappa cette fois la Lituanie. Entre le 15 et le 22 juin 1941, plus de 30000 personnes furent envoyées au Kazakhstan et en Sibérie. Les deux tiers de ces déportés étaient lituaniens et un peu plus d’un quart (environ 7000) étaient juifs 25.

Un dernier aspect de la politique soviétique pendant cette première période concerne le problème de l’émigration en Palestine. Dès 1940, soit bien avant la rupture germano-soviétique, les responsables du mouvement sioniste ont établi des contacts avec des diplomates soviétiques. Au menu des discussions : l’avenir de la Palestine, mais également le sort des réfugiés juifs polonais en URSS ; les dirigeants sionistes évitant d’aborder le problème des Juifs devenus soviétiques à la suite des annexions de territoires. Les responsables sionistes ont demandé des autorisations d’émigration d’une part pour des groupes d’étudiants d’écoles religieuses de Pologne qui s’étaient réfugiés en Lituanie après l’invasion allemande et, d’autre part, pour des Juifs lituaniens.

Les résultats de ces pourparlers furent limités pour des raisons qui ne tenaient pas uniquement à l’attitude de Moscou, mais également à celle de Londres qui, après l’annexion des États baltes en juin 1940, décida de refuser toute demande de visa en provenance des territoires conquis par l’URSS 26. Néanmoins, 5000 Juifs de Lituanie furent autorisés à émigrer en Palestine par l’URSS entre septembre 1940 et avril 1941. Au moins ceux-là furent-ils sauvés puisque, malheureusement, le judaïsme lituanien sera détruit à 90% par les nazis.

Au terme de ces deux années d’alliance germano-soviétique, on ne peut pas affirmer que l’URSS ait eu une politique de «sauvetage» des Juifs menacés par l’entreprise de destruction nazie. Elle leur ferma ses frontières et ceux qui parvinrent à fuir la partie de la Pologne occupée par les nazis l’avaient fait, pour l’essentiel, avant l’entrée de l’Armée rouge dans la partie orientale de la Pologne.

Cette attitude s’explique, non par une hostilité intrinsèque à l’égard des Juifs, mais par le mode de fonctionnement du régime soviétique dont l’un des principes cardinaux consiste à considérer comme suspecte toute population pouvant entretenir des relations transfrontalières, tout groupe échappant même partiellement à l’autorité du Parti-État, et ce d’autant plus en période de guerre. À ces facteurs, il faut en ajouter un autre, plus politique : le Kremlin redoutait l’arrivée massive de militants du Bund et des partis sionistes. Mais cette attitude ne concernait pas seulement les Juifs. Les responsables des autres partis politiques polonais ou baltes dans les zones annexées par l’URSS eurent tout autant à subir les foudres de la répression stalinienne. Cette politique s’inscrivait dans le cadre de la soviétisation des territoires conquis grâce à l’alliance avec l’Allemagne. Le nouvel ordre soviétique devait être rapidement instauré. Pour cela, il fallait éliminer tous ceux qui pourraient s’y opposer, «purger » les élites, détruire les allégeances antérieures. Comme les autres populations annexées, les Juifs subirent cette politique qui eut pour effet de désorganiser totalement et d’atomiser les communautés, de les priver de repères et de dirigeants à la veille de ce qui allait être la plus grande catastrophe de leur histoire 27.

À partir du 22 juin 1941, la situation des Juifs d’URSS change radicalement. Dès lors, la question de savoir si l’URSS a sauvé des Juifs se pose d’une toute autre façon. Il s’agit de déterminer si, dans un premier temps, le pouvoir soviétique a évacué autant que possible les Juifs menacés par l’avance fulgurante des troupes nazies et, dans un deuxième temps, s’il a mis en œuvre une politique d’information et de mobilisation pour faire connaître la tragédie qu’étaient en train de vivre les Juifs soviétiques.

1941-1944

Deux facteurs principaux ont déterminé le sort des Juifs soviétiques après le 22 juin 1941. Le premier est d’ordre démographico-spatial. Comme nous l’avons souligné, 70% des Juifs vivant dans les frontières de l’URSS d’avant 1939 habitaient dans des zones qui allaient être occupées par l’Allemagne, principalement l’Ukraine et la Biélorussie qui rassemblaient à elles seules 1,9 million de Juifs. La totalité des territoires annexés par l’URSS entre 1939 et 1940, où se trouvait une population juive de taille équivalente, sera elle aussi occupée par les armées du Reich.

Un million de Juifs résidaient dans des zones, essentiellement en Russie, qui ne seront pas occupées par les Allemands. Ceux-là seront sauvés ou du moins, si certains d’entre eux périrent, ce ne fut pas en raison de leur appartenance ethno-religieuse. La situation de ce mil lion de Juifs est le produit d’une véritable révolution migratoire qui s’est opérée au cours des vingt-cinq années précédentes. Alors qu’en 1897, 94% des Juifs de l’Empire vivaient dans la Zone de résidence, en 1939 ils n’étaient plus que 57,1% à y demeurer 28. Avant l’abolition des discriminations, en 1917, c’est l’expulsion de 600000 Juifs des régions frontalières vers l’intérieur de la Russie par le pouvoir tsariste, en août 1915, qui mit fin de facto à la Zone de résidence 29. Ironie de l’histoire, cette décision les sauva un quart de siècle plus tard.

Le deuxième facteur qui a scellé le destin des Juifs d’URSS est lié à la progression des troupes du III e Reich. Là où elle fut rapide, les Juifs d’URSS n’eurent aucune possibilité d’échapper au massacre. Ainsi, 175000 sur les 250/260000 Juifs de Lituanie (y compris la région de Wilno) avaient déjà été tués en décembre 1941 et la quasi-totalité des Juifs lettons sont morts au cours des premiers mois de l’occupation (68000 sur 75000). En Bukovine du nord et en Transnistrie, au cours du seul été 1941, ce sont plus de 150000 Juifs, soit la moitié d’entre eux, qui sont tués par les Einsatzgruppen avec l’aide de leurs supplétifs roumains. Près de Kiev, à Babi Yar, plus 33000 Juifs sont exterminés en deux jours (29-30 septembre). Compte tenu des très sévères revers subis par l’armée soviétique au cours des premières semaines de la guerre, il est évident que les Juifs qui vivaient dans les régions immédiatement conquises par l’Allemagne ne pouvaient plus être sauvés.

Cette déroute est le produit de l’attitude de Staline qui a tenté jusqu’au bout de maintenir sa politique d’apaisement vis-à-vis de Hitler. En attendant un «ultimatum» qui ne viendra jamais, en s’accrochant à la thèse de la «provocation» alors même que les villes soviétiques étaient bombardées, en empêchant la mise en œuvre de mesures préventives, il a condamné les populations des régions frontalières – pas seulement les Juifs –, totalement impuissantes et désarmées devant l’avancée des troupes allemandes.

Une fois l’attaque allemande déclenchée, les dirigeants soviétiques ont-ils pris les mesures nécessaires pour protéger les populations menacées, et, en particulier, les Juifs ?

Grâce à l’accès aux archives soviétiques, on en sait maintenant un peu plus sur la politique d’évacuation mise en œuvre par les dirigeants soviétiques au lendemain du 22 juin 1941. Lorsqu’au début du mois de juin 1941, Staline reçut des propositions de plans d’évacuation partielle de la population de Moscou, il les repoussa et demanda même que la commission ad hoc cessât son travail, entamé depuis plusieurs semaines : «La commission doit être liquidée et la discussion sur l’évacuation doit être arrêtée.

Lorsque cela sera nécessaire et si cela devient nécessaire, le comité central et le gouvernement vous informeront 30. » Le 22 juin, alors que les premières bombes s’abattent sur l’URSS, Staline, loin de songer à l’évacuation de la population, déclare la loi martiale dans toutes les zones frontalières et y interdit à quiconque de quitter son lieu de résidence ou de travail ; tout contrevenant sera considéré comme un déserteur 31.

En fait, l’organisation de l’évacuation ne commença que le 24 juin 1941, soit deux jours après le début de l’invasion allemande, avec la mise en place de l’administration pour l’évacuation de la population du Conseil suprême de l’évacuation. Créée dans l’urgence, cette institution avait néanmoins à sa disposition les plans qui avaient été préparés au cours des mois et des années précédentes par la bureaucratie soviétique. Toutefois, dans le chaos qui suivit l’invasion allemande, ce furent surtout l’improvisation et la désorganisation qui présidèrent aux conditions d’évacuation. Dans bien des cas, les autorités locales durent agir de leur propre initiative et recevaient souvent des ordres contradictoires. En fait, les chances d’être évacuées, pour les populations menacées, dépendaient de la combinaison de trois facteurs : le lieu de résidence et la proximité des moyens de transports ; la progression des troupes allemandes ; les priorités du pouvoir soviétique. Il faut distinguer deux périodes pour analyser cette politique d’évacuation : la première s’étend du 22 juin à la mi-juillet ; la seconde débute après le 15 juillet.

Avant même de s’inquiéter du sort de la population civile, le souci premier du pouvoir soviétique était de déménager au plus vite les usines, en particulier celles qui étaient nécessaires à l’effort de guerre 32.

Au cours de la première phase, les catégories de populations à évacuer en priorité, définies dans une résolution du 27 juin, étaient les suivantes : les ouvriers qualifiés qui doivent suivre leur usine ; les familles des officiers de l’armée, des membres du NKVD et des hauts fonctionnaires de l’État et du Parti; et les enfants de moins de quinze ans 33. Le 5 juillet, trois résolutions complémentaires furent adoptées, dont deux réaffirmaient les mêmes priorités. La troisième indiquait, sans instructions précises, que l’évacuation des autres catégories de la population, en particulier celles se trouvant à proximité des zones de guerre, étaient du ressort des autorités militaires locales 34.

Au plan géographique, Moscou et Leningrad constituèrent les objectifs prioritaires de la politique d’évacuation alors que les zones des combats furent placées au second plan. Du 22 juin au 14 juillet, 900000 Moscovites et 341000 Leningradois furent évacués, soit 64% du nombre total de personnes évacuées (2,311 millions), contre 520000 en provenance des zones de guerre 35. À partir de la mi-juillet, ce sont ces dernières qui deviennent prioritaires : à la date du 20 août, 2,139 millions de personnes ont pu être évacuées 36. Pendant les premières semaines, l’évacuation a été ralentie par la pénurie de moyens de transports, d’abord affectés à l’acheminement des troupes.

Le sort des Juifs a été étroitement lié à la progression de l’armée allemande. Ceux qui vivaient dans des régions qui n’ont pas été occupées avant la mi-juillet ont eu plus de chances de pouvoir être évacués que les autres. Entre le 22 juin et le 15 juillet 1941, 140 à 170000 Juifs sur 1,9 million ont pu fuir les territoires annexés par l’URSS après 1939, mais seulement 75 à 100000 d’entre eux ont réussi à rejoindre des zones non occupées par les Allemands, soit 4 à 5% de la population juive d’avant le 22 juin 37.

Dans les zones occupées à l’intérieur des frontières soviétiques d’avant 1939, environ 190000 personnes sur 590000, soit à peu près un tiers, ont pu être évacuées. Mais on constate d’importantes disparités régionales. Ainsi, dans la partie de la Biélorussie qui a été occupée avant la fin juin, seuls 11% de la population juive ont pu échapper aux nazis tandis que 44% environ ont été évacués dans la partie qui a été occupée à la mi-juillet. Dans les trois régions de l’Ukraine (toujours dans les frontières d’avant 1939) qui étaient occupées à la mijuillet, un tiers de la population juive a été évacué contre deux tiers dans celles occupées entre la mi-juillet et la mi-octobre 38.

Si on établit un bilan à partir des chiffres enregistrés par la Commission d’évacuation à la mi-octobre, environ 900000 Juifs, soit 55%, ont été évacués des zones occupées par l’Allemagne (frontières d’avant 1939), ce qui place les Juifs à la deuxième place, après les Russes; si l’on établit une ventilation par nationalité, ils représentent près d’un quart du chiffre global des personnes évacuées à la mi-août 39.

À partir des données, datant de la fin de l’année 1941, concernant les lieux de réinstallation, qui portent sur environ un quart de la totalité des personnes évacuées (soit 2,5 sur 8,5 à 9,5 millions), on constate que sur les 670000 Juifs recensés, près de la moitié (300000) ont trouvé refuge dans des zones qui ont été ensuite partiellement ou totalement occupées par les Allemands 40, notamment dans le Caucase, tandis que les autres ont gagné des régions épargnées par la guerre, en particulier l’Ouzbékistan.

Ces chiffres montrent que, dans les zones qui n’ont pas été immédiatement occupées par l’Allemagne nazie, une proportion importante de Juifs a pu échapper aux massacres, au moins dans un premier temps. Ceci s’explique par le fait que d’une part les Juifs étaient bien représentés dans les catégories de population évacuées en priorité : habitants des grandes villes, personnes qualifiées, et que, d’autre part, ils étaient probablement mieux disposés à partir, compte tenu du sort qui les attendait, que d’autres groupes de la population. En revanche, on ne trouve pas trace d’une politique d’évacuation spécifique à l’égard des Juifs, pas plus d’ailleurs qu’à l’égard d’aucun groupe national 41. Malgré le chaos qui a suivi l’attaque allemande, une proportion non négligeable de Juifs a pu être sauvée, mais ils ne le furent pas en tant que Juifs.

Information et mobilisation

Pour répondre à la question: l’URSS a-t-elle sauvé des Juifs ?, il faut également analyser son action en termes d’information et de mobilisation. L’URSS a-telle fait connaître le sort des Juifs ? A-t-elle mobilisé des forces pour leur venir en aide ?

Sur ce point aussi la politique soviétique fut ambiguë. Si elle a incontestablement contribué à diffuser de l’information sur la tragédie qui était en train de s’abattre sur les Juifs, cette information fut sélective. En outre, l’objectif principal de la sensibilisation au sort des Juifs soviétiques n’était pas de les sauver, mais de mobiliser la société soviétique et l’opinion publique alliée en faveur de la défense de l’URSS. Le principal instrument de cette politique fut le Comité antifasciste juif (CAJ).

L’histoire de ce comité est maintenant bien connue, grâce à l’accès aux archives soviétiques 42. Après le 22 juin 1941, le pouvoir stalinien est confronté non seulement à l’occupation d’une partie du territoire soviétique, mais aussi au risque d’être emporté par la défaite. Dans de nombreuses régions, les Allemands sont accueillis avec bienveillance, quand ce n’est pas avec enthousiasme. Dans un premier temps, le Kremlin doit donc quelque peu desserrer son emprise sur la société et en appeler à la défense de la patrie. Au plan extérieur, il lui faut opérer un retournement d’alliance avec la Grande-Bretagne et les États-Unis.

L’un des moyens mis en œuvre consiste à opérer un rapprochement avec les communautés religieuses et les minorités nationales, du moins avec certaines d’entre elles. Dans l’esprit de plusieurs dirigeants du Kremlin, notamment Beria qui est alors à la tête du NKVD, les Juifs peuvent devenir le principal vecteur d’une politique qui vise à obtenir le soutien des États-Unis. Il convient donc de les mobiliser. Il est nécessaire de trouver des personnalités juives capables d’accomplir cette tâche. Beria avait d’abord pensé à Henryk Erlich et Viktor Alter, les deux dirigeants du Bund polonais déjà cités,, qui faisaient partie des Juifs polonais qui, fuyant l’avancée de l’armée allemande, s’étaient réfugiés en zone soviétique. Mais ils ont été arrêtés par le NKVD, emprisonnés à la Loubianka et condamnés à mort en juillet-août 1941, soit après l’invasion allemande. Ils n’ont dû leur salut provisoire qu’à l’accord sur l’amnistie des prisonniers polonais signé entre l’URSS et le gouvernement polonais en exil en août 1941. C’est alors que Beria leur a proposé de réfléchir à la création d’un Comité antifasciste juif dont l’objectif serait de mobiliser les communautés juives occidentales. Dans la lettre qu’ils adressèrent à Staline pour exposer leur projet, Erlich et Alter insistaient pour que les Juifs fussent alertés sur le fait que le projet de Hitler visait à les exterminer. Mais, étant toujours considérés comme des ennemis par Staline, les deux hommes furent à nouveau arrêtés par le NKVD. Erlich se suicida en mai 1942 et Alter fut fusillé en février 1943.

Toutefois, le projet ne fut pas abandonné. Il fut confié à ceux qui avaient été à l’origine de «l’appel du 24 août 1941». À cette date, un groupe d’intellectuels, d’artistes et de scientifiques juifs soviétiques, parmi les plus prestigieux (Ilya Ehernbourg, David Bergelson, Piotr Kapitsa, Sergueï Eisenstein), lança à Moscou, lors d’un meeting radiodiffusé en Grande-Bretagne et aux États-Unis, un appel aux «frères juifs du monde entier» à venir en aide à l’URSS en guerre contre la « barbarie nazie ». Dans leurs discours, ils rappelèrent leurs origines juives et surtout, ils rapportèrent des informations sur les massacres commis contre les Juifs par les nazis.

Cet appel produit un effet considérable aux États-Unis, en Angleterre et en Palestine. Des comités de soutien à l’URSS en guerre sont créés. Aux États-Unis, il est présidé par Albert Einstein. Cet écho favorable pousse les dirigeants soviétiques à aller plus loin. En décembre 1941, ils décident de créer le Comité antifasciste juif dont la présidence est confiée à Solomon Mikhoels, directeur du Théâtre juif de Moscou et acteur célèbre. Outre la collecte d’argent et la mobilisation des communautés juives à l’étranger, l’un des objectifs assignés au Comité est de rassembler des informations sur la situation des Juifs en URSS et dans les pays occupés par l’Allemagne, et sur la participation des Juifs à la guerre patriotique.

Toute l’ambiguïté de l’attitude du Kremlin est contenue dans ce dernier élément. L’information que le CAJ doit rassembler et diffuser sur la barbarie nazie à l’encontre des Juifs est destinée avant toute chose à mobiliser les communautés juives occidentales en faveur de l’URSS. Elle doit éventuellement servir de pièce à charge lorsque viendra l’heure des comptes avec l’Allemagne à la fin de la guerre, mais elle n’a pas pour objectif premier ni central de mobiliser le monde pour venir spécifiquement en aide aux Juifs menacés de destruction par les nazis. Ce point est extrêmement important parce qu’il est à la source des contradictions de la politique soviétique et, en partie, à l’origine de la répression du pouvoir stalinien contre certains segments du judaïsme soviétique dans l’après-guerre.

L’exemple le plus emblématique de ces contradictions est celui du Livre noir sur l’extermination des Juifs par les nazis, préparé par les deux écrivains soviétiques, Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg 43. L’idée d’un tel livre a été suggérée aux membres du CAJ par Albert Einstein. Elle a été discutée pendant le voyage de Mikhoels et Fefer aux États-Unis, au cours de la deuxièmemoitié de l’année 1943, et mise en œuvre à leur retour. L’ouvrage aurait dû être publié au lendemain de la guerre, mais l’édition en fut interdite par Staline.

Le problème principal qui se posait aux responsables de ce projet était de savoir s’ils devaient diffuser des témoignages uniquement sur l’extermination des Juifs ou bien sur l’ensemble des crimes commis par les nazis en URSS. La publication du Livre noir pouvait provoquer des réactions en chaîne. Privilégier les atrocités commises contre les Juifs soviétiques risquait d’une part d’inciter d’autres nationalités à revendiquer leur Livre noiret, d’autre part, de poser la question de l’attitude des populations locales face aux massacres et de leur éventuelle participation à ces exactions dans des régions où la résistance au pouvoir soviétique était la plus grande et où la propagande nazie avait trouvé des échos favorables. En particulier, en s’appuyant sur le thème du «judéo-bolchevisme».

En effet, les premières semaines qui ont suivi l’attaque allemande en juin 1941 avaient fait la preuve de la faible légitimité reconnue au pouvoir soviétique dans certaines régions, en particulier en Ukraine, où la révolution d’Octobre était perçue comme une victoire des Juifs. Donc, souligner les crimes commis contre les Juifs dans des régions où l’armée allemande avait agi avec la complicité de supplétifs locaux présentait, aux yeux du Kremlin, non seulement le risque d’affaiblir l’effort de guerre qui nécessitait la mobilisation de tout le corps social, mais également celui de compliquer un peu plus la reprise en mains de ces régions qui devrait s’opérer après la défaite allemande.

On retrouve également cette contradiction dans les communiqués sur la destruction des Juifs diffusés par l’URSS. Dans les messages que Molotov adressa, les 6 janvier et 27 avril 1942, aux pays avec lesquels l’URSS entretenait des relations diplomatiques, il était souligné que des crimes de masse avaient été commis par les nazis sur le territoire soviétique. Si le message du 6 janvier faisait référence au massacre de Babi Yar, c’était sans mention du fait que les victimes étaient juives 44. De même, le texte qui paraît dans la Pravdale 19 décembre 1942, soit le lendemain de la publication de la déclaration des Alliés sur l’extermination des Juifs, est emblématique de cette volonté de ménager «l’union nationale». Tout en dénonçant l’entreprise de destruction des Juifs par les nazis, il souligne que l’immense majorité des victimes sont des paysans russes, ukrainiens et biélorusses, des ouvriers et des intellectuels, ainsi que des Baltes, des Moldaves et des Caréliens, c’est-à-dire des gens originaires de toutes les zones annexées par l’URSS en 1939-1940. Ce communiqué insiste également sur la solidarité manifestée par les Russes, les Biélorusses et les Lituaniens envers les Juifs. Il suggère que la tragédie subie par ces derniers est liée à l’intensification de «la campagne de terreur contre les paysans ukrainiens».

D’une manière générale, le pouvoir soviétique et les grands organes d’information se sont peu exprimés pendant la guerre sur l’extermination des Juifs. Cette tâche a essentiellement été assumée par le CAJ dans son journal en yiddish, Eynikayt, et dans les articles qu’il envoyait à l’étranger.

En fait, le pouvoir stalinien poursuivait des objectifs contradictoires. Pour mobiliser les communautés juives occidentales en faveur de l’URSS, il devait souligner les crimes commis par les nazis contre les Juifs soviétiques, mais pour mobiliser d’autres segments de la société soviétique, asseoir sa légitimité et préserver son avenir, il devait au contraire éviter de mettre trop en avant le sort spécifique des Juifs.

Pour comprendre l’attitude de l’URSS à l’égard des Juifs pendant la guerre, il est nécessaire de revenir sur le mode de fonctionnement du pouvoir stalinien. Celui-ci reposait sur une logique clanique dont le principe cardinal consistait à prévenir et à interdire la formation de groupes autonomes – qu’ils fussent nationaux, sociaux, religieux, professionnels –, à l’intérieur du Parti, du mouvement communiste international, de l’URSS et du cercle du Kremlin. Ce mode d’organisation, hérité de la culture politique du Caucase, a été mis en place par Staline au début des années vingt; il a constitué son clan à cette période. Le clan est dirigé par un chef auquel les autres membres qui le composent vouent une allégeance totale et exclusive. À partir des années trente, le système de clan devient un élément structurel de l’organisation du pouvoir et des rapports entre l’État, le Parti, l’Administration et la société. Staline a imposé, par la violence, ce principe clanique à l’ensemble du corps social à l’issue de plusieurs années d’affrontements 45. En quoi ce mode d’exercice du pouvoir a-t-il influé sur la politique à l’égard des Juifs pendant la guerre?

Pour le judaïsme soviétique, la guerre est une période totalement paradoxale puisque en même temps qu’il subit la plus grande tragédie de son histoire, il est doté pour la première fois d’une institution, le CAJ, qui rayonne au plan international. Le problème est que le Comité, conçu comme un instrument de propagande et de mobilisation au service de l’URSS, a progressivement dépassé le cadre qui lui avait été fixé, devenant une sorte de porte-parole des Juifs soviétiques, le réceptacle de leurs souffrances et de la tragédie qui les frappait. Pour les besoins du Livre noir, les dirigeants du CAJ ont recueilli des témoignages de la destruction des Juifs d’URSS. Mais ce faisant, ils ont été conduits à s’occuper de plus en plus des problèmes des Juifs soviétiques. Jusqu’à demander à Staline, en 1944, la création d’une République juive en Crimée en réparation de cette immense tragédie.

Cette attitude les a rendus suspects aux yeux de Staline. Le débordement du cadre des activités du CAJ constituait à ses yeux le signe d’un processus d’autonomisation non seulement de l’institution, mais également de l’ensemble des Juifs d’URSS. Cette suspicion était confortée par les relations que le CAJ entretenait avec ses interlocuteurs occidentaux qui portaient en germe, à ses yeux, le danger d’une transgression du principe d’allégeance exclusive. Ce qui, suivant sa logique clanique, était inacceptable.

Ce mode de fonctionnement du pouvoir stalinien explique en partie pourquoi l’URSS n’a pas eu de politique spécifique pour sauver les Juifs pendant la guerre. Staline a utilisé les Juifs pour atteindre des objectifs politiques – obtenir une participation occidentale à l’effort de guerre soviétique –, mais il n’a pas cherché à les sauver de la tragédie, pour des raisons qui tenaient à ses objectifs internes : la mobilisation de la société soviétique, la légitimité de son pouvoir et la perspective de l’après-guerre. Si une partie des Juifs d’URSS a été sauvée, ce fut surtout parce que l’armée allemande n’a pas pu poursuivre sa progression en territoire soviétique. Les mesures prises par le Kremlin, en particulier dans le cadre de la politique d’évacuation de l’été et de l’automne 1941, qui leur ont permis de fuir l’avance nazie, ne leur étaient pas directement destinées. Le «sauvetage des Juifs» n’a jamais constitué un but de guerre pour l’URSS, pas plus que pour la GrandeBretagne ou les États-Unis 46.

La Shoah en URSS constitue un immense champ de recherche qui demeure encore largement inexploré. Beaucoup d’archives nouvelles sont accessibles, pas seulement à Moscou, mais également dans les anciennes républiques de l’URSS, notamment en Biélorussie, en Ukraine et dans les pays baltes. Il est dommage que la recherche française y soit si peu présente alors que l’enjeu est considérable et que les résultats obtenus permettront d’approfondir et de renouveler notre connaissance de la Shoah.

Notes 1. David Wyman, L’Abandon des Juifs. Les Américains et la solution finale, Paris, Flammarion, 1987, p. 18.
2. André Kaspi, «Qu’est-ce que la Shoah?», Les Cahiers de la Shoah, n°1, 1993-1994, p. 18. 3. Mark Kupovetsky, «Estimation of Jewish Losses in the USSR During World War II », Jews in Eastern Europe, n°2 (24), 1994, p. 34.
4. Sur les 220000 à 225000 Juifs que comptait la Lituanie à la veille de l’invasion allemande (y compris le district de Wilno, qui fut rattaché à la Lituanie dans le cadre du pacte germano-soviétique), environ 150000 furent assassinés entre juillet et décembre 1941. Sur près de 95000 Juifs lettons, environ 70 000 avaient déjà été exterminés à la fin de l’année 1941. Cf. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe, Paris, Fayard, 1988, p. 337 ; Yitzhak Arad, Unitchtojenie evreev SSSR v gody nemetskoï okkupatsii (1941-1944), Jérusalem, Yad Vashem, 1992, p. 11.
5. Raul Hilberg, op. cit., p. 337.
6. Alain Blum, Naître, vivre et mourir en URSS, Paris, Plon, 1994, pp. 38-49.
7. Mordechaï Altshuler, Soviet Jewry on the Eve of the Holocaust. A Social and Demographic Profile, Jérusalem, The Centre for Research of East European Jewry, 1998, pp. 2-8.
8. Un chiffre précis de cette population demeure difficile à établir puisque les derniers recensements ont été effectués au début des années trente dans cinq États (les trois États baltes, la Pologne et la Roumanie) et à des dates différentes.
9. Mark Kupovetsky, op. cit., p. 34 ; Lucjan Dobroszycki, Jeffrey Gurock (dir.), The Holocaust in the Soviet Union, New York, M. E. Sharpe, 1993, pp. 207-213.
10. Selon le recensement de 1897, l’Empire russe comptait 5215 805 Juifs, soit 4,2% de la population (126,5 millions d’habitants).
11. Dov Levin, The Lesser of Two Evils. Eastern European Jewry Under Soviet Rule, 1939-1941, Philadelphie/Jérusalem, The Jewish Publication Society, 1995 ; Jan Gross, «The Jewish Community in the Soviet-Annexed Territories on the Eve of the Holocaust», in Lucjan Dobroszycki, Jeffrey Gurock (dir.), op. cit., pp. 155-171.
12. Emmanuil Ioffe, Viatcheslav Selemenev, «Jewish Refugees from Poland in Belorussia, 1939-1940 », Jews in Eastern Europe, n°32 (1), 1997, p. 46.
13. Ibid.
14. Archives nationales de la République de Biélorussie (ANRB), f. 4, o. 21, d. 2075, 7 février 1940, pp. 273-296; ibid., pp. 50-60.
15. Mordechaï Altshuler, «Escape and Evacuation of the Soviet Jews at the Time of the Nazi Invasion», in Lucjan Dobroszycki, Jeffrey Gurock (dir.), op. cit., p. 85.
16. Ibid., p. 50.
17. Ce chiffre ne constitue qu’une estimation, à laquelle il convient d’ajouter des réfugiés juifs en provenance de Tchécoslovaquie (5000) et de Roumanie (de 45000 à 130000); Cf. Mark Kupovetsky, op. cit., p. 29 ; Mordechaï Altshuler, op. cit., p. 326.
18. Yosef Litvak, «Jewish Refugees from Poland in the USSR», in Zvi Gitelman (dir.), Bitter Legacy. Confronting the Holocaust in the USSR, Bloomington, Indiana University Press, 1997, p. 127; Mordechaï Altshuler, op. cit., p. 324.
19. Mordechaï Altshuler, op. cit., p. 27 ; Alain Blum, op. cit., p. 113.
20. Mordechaï Altshuler, op. cit., p. 325.
21. Ibid., p. 326.
22. Ce second Goulagétait destiné aux «peuples punis». L’objectif du pouvoir stalinien était de coloniser à faible coût les régions inhospitalières d’Asie centrale ou de Sibérie. À son apogée, en 1953, ce «second Goulag» comptait autant de personnes que le «premier», celui des prisonniers politiques et des détenus de «droit commun», soit 2750000 personnes.
23. Selon un rapport du NKVD du 1er avril 1941, les Juifs constituèrent le principal «contingent » de cette opération de déportation avec 84,3%, suivis des Polonais (11,2%) et des Ukrainiens (2,3%). Cf. Mordechaï Altshuler, op. cit., p. 326; Keith Sword, Deportation and Exile. Poles in the Soviet Union, 1939-1948, Londres, St. Martin’s Press, 1994, p. 18; Yosef Litvak, op. cit., pp. 129-131.
24. Nikolaï Bougaï, Staline-Beria «Nado Ikh deportirovat », Moscou, Droujba Narodov, 1992 ; Jean-Jacques Marie, Les Peuples déportés d’Union soviétique, Bruxelles, Complexe, 1995. 25. Dov Levin, Baltic Jews under the Soviets 1940-1946, Jérusalem, The Hebrew University, 1994, p. 127 ; Nicolas Werth, «Un État contre son peuple», in Stéphane Courtois et alii,Le Livre noir du communisme, Paris, Robert Laffont, 1997, p. 236.
26. Sur ce point, voir notre ouvrage Staline, Israël et les Juifs, Paris, PUF, 2001, p. 63.
27. Ben-Cion Pinchuk, « Sovietisation and the Jewish Response to Nazi Policies of Mass Murder », in Norman Davies, Antony Polonsky (dir.),Jews in Eastern Poland and the USSR, 1939-1946, Londres, MacMillan, 1991, p. 129.
28. Mordechaï Altshuler, op. cit., p. 9.
29. Sur ce point, voir les contributions de Mark von Hagen et Peter Gatrell in Silvio Pons, Andrea Romano (dir.), Russia in the Age of Wars 1941-1945, Milan, Fondazione G. Feltrinelli, 2000.
30. Cité in Vadim Dubson, « On the Problem of the Evacuation of Soviet Jews in 1941», Jews in Eastern Europe, n°3 (40), 1999, p. 39.
31. Mordechaï Altshuler, «Escape and Evacuation of the Soviet Jews at the Time of the Nazi Invasion», in Lucjan Dobroszycki, Jeffrey Gurock (dir.), op. cit., p. 78.
32. Ibid., p. 79.
33. Archives d’ État de la Fédération de Russie (AEFR), f. A-259, o. 40, d. 3073, l. 26-27 publié in Izvestia TsK KPSS, n°6, 1990, p. 208.
34. AEFR, f. A-259, o. 40, d. 3073, l. 34.
35. Vadim Dubson, op. cit., p. 46. 36. Ibid.
37. Dov Levin, The Lesser…, op. cit., p. 292.
38. Vadim Dubson, op. cit., pp. 51-52.
39. Ibid., p. 53.
40. Nous ne disposons encore que de données partielles sur ce point. AEFR, f. A-259, o. 40, d. 3091, ll. 18-22.
41. Mordechaï Altshuler, «Escape… », op. cit., p. 100.
42. Laurent Rucker, Staline…, op. cit. ; Guennadi Kostyrtchenko, Prisonniers du pharaon rouge, Paris, Solin/Actes sud, 1998.
43. Ilya Ehrenbourg, Vassili Grossman, Le Livre noir, Paris, Actes Sud/Solin, 1995.
44. Stéphane Courtois, Adam Rayski, Qui savait quoi ? L’extermination des Juifs, 1941-1945, Paris, La Découverte, 1987, p. 32.
45. Sur cette approche, cf. Oleg Khlevniouk, Le Cercle du Kremlin. Staline et le Bureau politique dans les années 30 : les jeux du pouvoir, Paris, Seuil, 1996 ; et Nicolas Werth, «Totalitarisme ou révisionnisme : l’histoire soviétique, une histoire en chantier », Communisme, n°47-48, 1997 – voir également les nombreux autres travaux de cet auteur sur la question.
46. Raul Hilberg, op. cit., p. 911.


Polémique Haenel: C’est en connaissance de cause que les Alliés n’ont pas cherché à arrêter l’extermination des juifs d’Europe (We would simply have saved the Germans work)

1 février, 2010
Saving the jews (Robert Rosen)C’est en connaissance de cause qu’ils n’ont pas cherché à arrêter l’extermination des juifs d’Europe. Peut-être à leurs yeux ne fallait-il pas qu’on puisse l’arrêter? Peut-être ne fallait-il pas que les juifs d’Europe soient sauvés? Yannick Haenel (Extrait de « Jan Karski »)
J’ai en effet répété à Karski ce que j’avais dit à Varsovie : que la question du sauvetage des juifs serait importante dans mon film, celle de la responsabilité des Alliés aussi. Cela, c’était au début de mon travail. Je me suis ensuite convaincu que tout cela était infiniment plus complexe que je ne l’avais pensé. Claude Lanzmann
Le Royaume-Uni, les États-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques socialistes soviétiques ont reçu de nombreuses sources la preuve des atrocités, des massacres et des exécutions en masse effectués de sang-froid par les forces hitlériennes dans un grand nombre de pays qu’elles ont envahis, et d’où elles sont actuellement en voie d’être systématiquement chassées. La bestialité associée à la domination nazie n’est pas chose nouvelle, et tous les peuples et territoires qui sont sous ce joug ont été les victimes de la pire forme de gouvernement par la terreur. Ce qui est nouveau, c’est que plusieurs de ces territoires sont en voie d’être délivrés par l’avance des armées libératrices, et que, dans leur rage, les Huns redoublent de cruauté à mesure qu’ils reculent. Ceci est prouvé très clairement par les crimes monstrueux commis sur le territoire de l’Union soviétique, en voie de libération, ainsi que sur les territoires français et italien. En conséquence, les susdites trois puissances alliées, parlant au nom et dans l’intérêt des 33 Nations Unies, proclament solennellement ce qui suit, et donnent avertissement de leur proclamation : lorsqu’un armistice sera accordé à un gouvernement formé en Allemagne, quel qu’il soit, les officiers et soldats allemands et les membres du Parti nazi qui ont été responsables, ou qui ont donné leur consentement aux atrocités, massacres et exécutions dont il a été question, seront renvoyés dans les pays où ils auront perpétré leurs abominables forfaits, pour y être jugés et châtiés conformément aux lois de ces pays libérés et des gouvernements libres qui y seront formés. Des listes seront établies avec tous les détails possibles, dans chacun de ces pays, et particulièrement dans les territoires envahis de l’Union soviétique, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Yougoslavie et de la Grèce (y compris la Crète et les autres îles), de la Norvège, du Danemark, de la Hollande, de la Belgique, du Luxembourg, de la France et de l’Italie. Ainsi les Allemands qui ont pris part aux fusillades en masse des officiers polonais, à l’exécution d’otages français, hollandais, belges, norvégiens et de paysans crétois, ou qui ont pris part aux massacres effectués en Pologne et dans les territoires de l’Union soviétique actuellement arrachés à l’ennemi, ces Allemands sauront qu’ils seront ramenés sur la scène de leurs crimes et jugés sur place par les peuples qu’ils auront martyrisés. Que ceux qui n’ont pas jusqu’à présent trempé leurs mains dans le sang innocent sachent ce qui les attend s’ils deviennent eux-mêmes des coupables. Car il est certain que les trois puissances alliées les poursuivront jusqu’au bout de la terre et les remettront aux mains de leurs accusateurs pour que justice soit faite. La déclaration ci-dessus ne préjuge pas du cas des criminels de guerre allemands dont les crimes ont été commis sans qu’il soit possible de les localiser géographiquement. Ceux-là seront punis par une décision commune des gouvernements alliés. Déclaration de Moscou (signée de Churchill, Staline et Roosevelt, 30 octobre 1943)
La « Solution finale », sans précédent, paraît inconcevable jusqu’en automne 1942 (…) Même au Congrès juif américain, on doute de la véracité des informations dont on dispose. Comment imaginer que des êtres humains puissent avoir de tels comportements? (…) des informations fiables passent pour des « rumeurs délirantes inspirées par les peurs juives ».(…) les responsables américains et britanniques se rappellent les rumeurs de la Première Guerre mondiale, lorsque des officines du camp de l’Entente fabriquaient de toutes pièces des atrocités allemandes prétendument commises en Belgique et dans le nord de la France, afin de retourner l’opinion mondiale contre le IIe Reich. Les Allemands auraient transformé les cadavres en produits chimiques! Ce qui est faux pendant la Première Guerre mondiale s’avère vrai pendant la Seconde (…) Surtout, il faut admettre qu’il s’avère très difficile de reconnaître un fait qui excède les limites de l’entendement. Comment croire à l’inhumanité illogique des nazis qui ont décidé de liquider tous les juifs d’Europe, alors que le Reich manque de main-d’œuvre? Hervé de Weck
Le Lt Col. Uttal, vétéran de 35 missions de bombardement au-dessus de l’Allemagne au cours de la Seconde Guerre Mondiale (…) cite un raid de bombardement d’octobre sur les installations de pétrole de Merseberg, au cours duquel 400 chasseurs nazis attaquèrent la force de bombardement et abattirent 26 avions. Kitchen ajoute que l’installation pétrolière de Monowitz était défendue par 79 canons lourds. (…) A titre de comparaison, il note qu’il n’a pas fallu moins de 10 raids de bombardements séparés, entre juillet et novembre 1944, avec des flottes de 100 à 350 bombardiers lourds, pour que les Alliés arrivent à paralyser l’installation pétrolière de Blechhammer, près d’Auschwitz. (…) il rappelle qu’aux bombardiers qui ont attaqué les raffineries de pétrole à Ploesti il fallut plus de 6 000 sorties et 13 464 tonnes de bombes pour accomplir leur mission. 350 bombardiers furent perdus. Uttal note que les bombardiers lourds de la Deuxième Guerre Mondiale « touchèrent leurs cibles 3% du temps », et insiste sur leur difficulté à viser leurs cibles lorsqu’ils volaient à 25000 à 30000 pieds d’altitude. (…) Il reconnaît que les Mitchells auraient pu atteindre Auschwitz qui se trouvait à la limite de leur portée, mais la nécessité de voler en formations de masse pour la protection leur aurait fait perdre tout élément de surprise et aurait conduit à des pertes prohibitives. Le Jerusalem Post
Le Professeur Martin Van Crefeld, un historien militaire renommé de l’Université Hébraïque (de Jérusalem) affirme que des raids de bombardement répétés auraient été nécessaires pour qu’Auschwitz fût mis hors d’état pour de bon. Il dit que le camp était comparable, en tant que cible, à Peennemunde, une île près de la côte Baltique, où les Allemands assemblaient les fusées V2. « Les Alliés menèrent une attaque aérienne sur celle-ci en 1942 ou en 1943, et l’endommagèrent, mais ils ne réussirent pas à la faire fermer définitivement ». Van Crefeld ajoute que, si les Alliés avaient décidé de viser de façon répétitive Auschwitz, les Allemands auraient frappé en retour. « Si les Allemands savaient qu’ils venaient, les bombardiers auraient rencontré de l’opposition. En octobre 1943, les bombardiers alliés attaquèrent le principal centre nazi de fabrication de roulements à billes, à Schweinfurt. Le premier assaut ne fit pas beaucoup de dommage. Quand les Alliés attaquèrent une seconde fois 100 bombardiers furent perdus ». Le Jerusalem Post
Si les Alliés avaient utilisé quelques dizaines de leurs bombardiers lourds, qui manquaient de précision, pour un raid unique sur Auschwitz, les Juifs en auraient été les principales victimes. (…) Un seul bombardement lourd aurait simplement fait le travail des Allemands. quatre-vingt-dix pour cent des tués auraient été Juifs. Et le camp n’aurait pas été détruit de façon permanente. Les nazis auraient pu le reconstruire assez rapidement. Van Crefeld
L’opinion juive informée était dans son ensemble contre l’opération. Levy
Les premières victimes seraient des Juifs [et un raid allié pourrait servir comme un] « prétexte bienvenu pour les Allemands pour affirmer que leurs victimes juives avaient été massacrées non par leurs assassins mais par les bombardiers alliés. Leon Kubowitzki (responsable du service d’aide du Congrès Juif Mondial, lettre au Conseil des réfugiés de guerre)
Une autre considération cruciale, facile à négliger 50 ans après, est que, alors qu’aujourd’hui nous pouvons voir qu’une victoire alliée était virtuellement inévitable en 1944, les stratèges militaires de l’époque n’avaient pas cette assurance. Chaque bombardement était potentiellement crucial, chaque écart par rapport aux buts stratégiques principaux, était catastrophique. Le Jerusalem Post
Les Alliés n’ont jamais été sûrs combien de progrès les Allemands avaient fait sur leur projet de bombe atomique. Uttal

Où l’on (re)découvre que c’est bien « en connaissance de cause » que les Alliés ont dû renoncer à « arrêter l’extermination des juifs d’Europe » …

Alors que s’accumulent les preuves du peu de sérieux et de l’amateurisme de quelqu’un qui prétendait en remontrer aux historiens …

Suite à l’actuelle polémique autour de l’ouvrage de Yannick Haenel sur le résistant polonais Jan Karski …

Et pendant que nos bouffons nationaux ne ménagent à nouveau ni leur talent ni leur peine pour animer, à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution islamique, le « quart d’heure négationniste » des mollahs …

Retour, avec l’historien américain Robert Rosen (Saving the jews, 2006), à la polémique originelle (l‘accusation de non-assistance, voire de complicité passive, des Alliés et tout particulièrement de l’Administration Roosevelt face au génocide juif) qui avait secoué l’historiographie américaine il y a quelque 25 ans.

Notamment autour des livres des historiens David Wyman (« L’Abandon des Juifs », 1984), Henry Feingold (« Politique du sauvetage ») ou Arthur D. Morse (« Alors que six millions mouraient »).

Et qui a le mérite de montrer la diffculté (et, a contrario, quand on connait déjà la fin du film, la facilité rétrospective à voir des complots partout) à imaginer un évènement jusque là, Turquie exceptée mais c’était pas encore les usines de mort, complètement inouï et inédit et proprement dément (à un tout autre niveau et toutes proportions gardées, c’est un peu ce qui a permis le « succès » des attentats jusque là inédits, du 11/9 – exception faite du dernier avion).

Surtout que l’entreprise se fait même, contre toute logique, au prix de l’effort de guerre: continuer à donner la priorité à des convois de juifs à éliminer alors que les troupes manquent de tout sur certains fronts ne pouvait apparaitre que comme de la pure folie …

Petit résumé:

Sur l’abandon des passagers du St. Louis en 1939 (où un navire transportant 963 réfugiés juifs allemands se vit refouler de Cuba vers l’Europe):

Rosen rappelle qu’avec les efforts des autorités américaines [dès la Conférence d’Evian de juillet 1938], plus des deux tiers furent sauvés mais surtout qu’à la veille de la guerre et donc bien avant le début de la Solution finale, bien peu imaginaient la tournure qu’allaient prendre les évènements.

Sur l’échec de Roosevelt à changer les lois sur l’immigration:

Rosen ajoute que les Etats-Unis venaient d’accueillir des millions de juifs, Polonais, Italiens, Grecs, Slaves et autres nationaux mais qu’après les attentats anarchistes de Haymarket à Chicago, la montée de mouvements syndicaux violents et radicaux et même révolutionnaires, l’assassinat du Président McKinley par un anarchiste polonais comme l’attentat contre un cadre de Carnegie Steel par l’ami d’Emma Goldman, la Révolution bolchévique et la montée du Parti communiste et sans parler, à partir des années 30, de la Grande Dépression et de toute une série d’autres réfugiés (anti-nazis, anti-fascistes, socialistes, syndicalistes, refugiés de la Guerre civile espagnole, nombre d’Américains prirent peur et exigèrent les mesures particulièrement répressives contre l’immigration de 1921 et 1924, d’où l’impossibilité de changer ces lois.

Sur sa non-dénonciation de la Shoah:

Rosen signale qu’à partir de la Nuit de Cristal, Roosevelt avait été l’un des seuls à protester publiquement et à avoir rappelé son ambassadeur d’Allemagne jusqu’à la fin de la guerre, multipliant les menaces de « châtiment » contre les nazis qui seraient reconnus coupables de crimes de guerre (jetant ainsi les bases pour après-guerre du Tribunal de Nuremberg). Et qu’avec sa Commission pour les réfugiés de guerre, les Etats-Unis étaient le pays ayant accueilli le plus de juifs, qui représentaient, entre 1938 et 1940, la moitié de ses réfugiés et plus de deux fois plus que le total du reste du monde (200,000 sur 300,00). Sans compter que personne n’imaginait que l’Europe occidentale (France, Norvège, Danemark, Pologne, Pays-Bas et Belgique) s’effondrerait si vite devant Hitler, d’où la réticence devant une telle menace (Hitler controlait l’essentiel de l’Europe où les juifs n’étaient pas accessibles) et celle du Japon, de recevoir plus de réfugiés.

Sur le refus de bombarder Auschwitz:

Rosen conclut avec le manque de précision des bombardiers de l’époque (seulement 1 sur 5 réussissait à approcher à moins de 7 km sa cible), les morts de juifs (dont la propagande aurait pu tirer parti) et la diversion de bombardiers pour le Débarquement de Normandie que cela aurait impliqué, l’inutilité de bombarder des voies ferrées qui auraient été très vite réparées. Et même si cela avait été possible, comme le complexe industriel qui y avait déjà été bombardé entre mai et novembre 1944, la majorité des leaders juifs (dont le futur premier ministre israélien David Ben-Gourion, la Jewish Agency Executive of Palestine et le World Jewish Congress) y étaient opposés …

Saving The Jews
Robert Rosen
Carter Center Library Speech
July 17, 2006

This book was inspired by a visit to the Boston Holocaust Memorial near Quincy Market. My daughter, Ali, then a student at Phillips Academy, and I visited that Holocaust Memorial, and we read these words:

“By late 1942, the United States and its Allies were aware of the death camps, but did nothing to destroy them.”

I told Ali that this statement could not possibly be true. The United States was not even a belligerent in World War II until December 7, 1941 when the Japanese bombed Pearl Harbor. How could we have saved the Jews of Europe in 1942?

But, “Dad,” she said, “I don’t think they put lies on Holocaust Memorials.” I told Ali I thought the statement – while literally true – was not correct, and I set out to find what this was all about. It turns out that the statement implies, incorrectly, that we Americans were morally culpable for failing to destroy death camps we were unable to destroy in 1942,or in 1943 for that matter.

What I found was quite remarkable: One of the biggest mistaken interpretations of American history ever, and it involved one of our most important presidents, Franklin Delano Roosevelt. A large group of historians, writers, journalists, filmmakers, activists, rabbis, and others, have created a body of work which paints FDR, his Administration and the American people as not caring at all about the plight of European Jewry, and even complicit in the Holocaust. In the words of one prominent historian, David Wyman, the Roosevelt Administration and the American people were, the “ all too passive accomplices,” of the Nazis.

Many of you are familiar with these books, The Abandonment of the Jews by Wyman, While Six Million Died by Arthur D. Morse – among many others, and with this version of history. Millions of Americans have been influenced by them because general American histories rely on these books and authors.

THE ONLY PROBLEM IS THAT IN MY OPINION – AFTER SIX YEARS OF RESEARCH – THEY ARE WRONG.

These are the main charges made against Franklin Roosevelt: His failure to save the passengers on the S.S. St. Louis in 1939, his failure to change the immigration laws and to speak out against the Holocaust; and his refusal to bomb Auschwitz.

1. The S.S. St. Louis

The critics say that Roosevelt refused to let Jewish refugees come to America. The voyage of the S.S. St. Louis, the “Voyage of the Damned,” is the chief incident trumpeted against him. Let the facts speak for themselves. The St. Louis sailed from Hamburg in May of 1939 before either World War II or The Final Solution had begun. It arrived in Cuba. The Jewish passengers had purchased visas which were illegal under Cuban law and the Cuban president would not honor them. The State Department and the American Jewish Joint Distribution Committee-known as the “Joint”- worked day and night to convince the Cubans to take in the passengers. The Joint sent a lawyer to Havana with a suitcase full of money to bribe the Cuban government. Henry Morganthau Jr., Roosevelt’s Jewish Secretary of the Treasury, the person in charge of the Coast Guard, was person ally involved. Sadly, all of their efforts failed. 29 of the 936 passengers got off in Cuba. Even though the Roosevelt Administration urged the Cuban government to allow the remaining 907 passengers to land, the S.S. St. Louis began its return to Europe.

With the active intervention of the State Department and the “Joint”, the St. Louis went to England (not Germany), where 288 of the 907 passengers disembarked and survived the Holocaust. The remaining 619 disembarked at Antwerp and went to France, Belgium, and Holland. The leading authorities on the St. Louis estimate that 392 of the 619 who disembarked at Antwerp survived the war. Thus more than 2/3 of the passengers on the St. Louis survived the Holocaust.

The passengers knew that Americans had saved them. “Our gratitude is as immense as the ocean on which we are now floating,” they wired Morris Troper of the Joint. Three years later, after Hitler conquered the Netherlands, France, and Belgium, and initiated the Final Solution, 227 of the St. Louis’s 936 passengers became victims of the Holocaust. Of course in June 1939 no one could have foreseen this. The death camps did not even exist in 1939. The Roosevelt Administration had done all it could.

2. Immigration Laws

But why did we not allow the St. Louis passengers in? America had taken in millions of Jews, Poles, Italians, Greeks, Slavs, and others in the late 19 th and early 20 th century. The ancestors of most Jews in America today emigrated between 1880 and 1920. But by the 19 teens, the great majority of Americans feared the new wave of immigrants. By the 1920s, after the Haymarket bombing by anarchists in Chicago in 1886, the rise of violent, radical, and even revolutionary labor movements, the assassination of President McKinley in 1901 by a Polish anarchist, the Bolshevik Revolution of November, 1917, the rise of the Communist party in the United States, the dramatic increase in the number of Polish and Italian Catholics, Slavs, Jews and others whose politics, culture, religion, dress, language, and behavior were very foreign to the majority of white Anglo Saxon, Protestants, Americans demanded that Congress dramatic ally curtail immigration. Congress did so in draconian laws enacted in 1921 and 1924.

Antisemitism certainly played in this legislation, although only a part. Clearly Jewish radicals, such as Emma Goldman whose boyfriend, Alexander Berkman who shot Carnegie Steel executive, Henry Clay Frick, did not win any friends. And the large number of Jews who were active in left-wing Socialist, anarchist and Communist causes, did not endear the American people to Jewish immigrants.

“The Statue of Liberty would still stand in New York harbor,” Maldwyn Jones observed, “but the verses on its base would henceforth be but a tribute to a vanished ideal.” (40) The immigration laws were amended, by an overwhelming vote in the Senate of 62 to 6 and in the House of Representatives of 326 to 71. (40)

Thus, when Hitler came to power in 1933 and began persecuting the Jews, America was no longer an asylum for those seeking freedom. A strict quota system had been put in place in 1924, 15 years before the voyage of the St. Louis and 17 years before the “Final Solution” began. Every historian agrees that it was a political impossibility to change these laws.

We must also keep in mind that when Roosevelt came into office in 1933, the Great Depression overshadowed everything else. Tens of millions of Americans were unemployed. Life in the United States presented a dismal picture: “In the long-blighted countryside,” David M. Kennedy wrote, “unmarketable crops rotted in fields and unsalable livestock died on the hoof….in towns and cities across the country haggard men in shaggy overcoats, collars turned up against the chill wind, newspapers plugging the holes in their shoes, lined up glumly for handouts at soup kitchens.” (42)

There was no possibility of the United States opening its doors to any more immigrants, regardless of their religion, race, or tragic situation. The passengers on the St. Louis were among many European refugees—anti-Nazis, anti-Fascists, Socialists, labor leaders, refugees from the Spanish Civil War—all seeking entrance to the United States.
3. Crystal Night

Despite all that, Franklin Roosevelt was outraged by the Nazis’ treatment of German Jews. He thought Hitler was insane. After the Crystal Night pogrom of November 1938, Roosevelt recalled the American ambassador to Germany. He was shocked by the actions of the Nazis. “I myself could scarcely believe that such things could occur in a twentieth century civilization,” he said at a press conference. No U.S. Ambassador returned to Germany until the Nazis were overthrown. And Roosevelt was the only important world leader to criticize Germany about Crystal Night. (76)

4. Immigration in 1940-1941

Contrary to popular belief, and in the face of strict immigration quotas, both the leadership of the American Jewish community and the Roosevelt Administration were actively involved in trying to save as many Jews as they reasonably could prior to the outbreak of World War II in September 1939 and the fall of France in June, 1940. 25% of all German Jews had fled from Germany between 1933 and 1937. In September 1939 the German Jewish population was 185,000 meaning 340,000 German Jews (65%) had fled prior to World War II. Of the 185,000 Jews in Austria in 1938, 126,000 had emigrated by 1940. (441) Between 1933 and 1942, 161,000 Jews came to the U.S. Between 1938-1940 half of all immigrants to the U.S. were Jews. [ I repeat, half of all immigrants…] The United States accepted about twice as many refugees as the rest of the world combined, 200,000 of 300,000. (442)

After the fall of France in 1940, the United States and Great Britain were stunned. France’s army had been larger than the German army. People could not believe that Germany could so swiftly conquer, not only France, but Norway, Denmark, Poland, the Netherlands, and Belgium.

In this atmosphere, Roosevelt was not about to admit any European refugees to the United States given the nature of the threat, the adamant opposition of the American people and Congress, the possibility of terrorists bombing American military targets (which the Germans actually did during World War I), and the desperate need for consensus in the conduct of American foreign policy.

Meanwhile, Hitler’s chief victims, were the Jews of Poland and Russia, who could not be saved. Of the nearly six million Jews who were murdered in the Holocaust, 4,565,000 were Polish and Russian and 125,000 were German. We have to keep in mind that the German Army and the S.S. controlled all aspects of life in Europe and that Poland was a very long way from Great Britain. We barely saved Great Britain and the Soviet Union. The Jews of Europe could only be saved by the defeat of the massive German war machine.

We must also remember that, after Pearl Harbor, our nation’s mission was the defeat of not one but two genocidal tyrannies, the Nazis and the Japanese militarists who had attacked us and killed over 2,000 Americans at Pearl Harbor. During World War II, the Japanese committed genocide on a massive scale. American CartoonThey murdered 20 million Asian civilians. (493) The United States was in a vicious war with the Japanese, whom the American people detested far more than the Germans. Roosevelt, however understood that the Germans must be defeated first.

The Final Solution began with the German invasion of the Soviet Union in June 1941. Roosevelt had been re-elected by promising to keep a reluctant America out of the war. Massive massacres of Jews, such as the murder of 33,000 at Babi-Yar occurred in September 1941 before the United States was even in the war.

By the end of 1942, Hitler was the master of Europe, from Norway to North Africa, from the Atlantic Ocean to the gates of Moscow. He was able to annihilate six million Jews in Poland, the Soviet Union and Europe, as he had absolute control of the killing fields.

5. Silence

Those who say that Roosevelt and the American people were silent about the Holocaust are wrong again. Roosevelt denounced the massacre of the Jews in the strongest possible terms beginning in August 1942. War criminals, he said, would face “fearful retribution.” The State Department made “the most vigorous representations possible,” to the French Vichy government, protesting the deportation of the Jews. View US Rebukes Vichy On Deporting Jews

As early as October 7, 1942, Roosevelt warned the Nazi leaders that the Allies were aware of their war crimes and that “it was the intention of this government that the successful close of the war shall include provisions for the surrender to the United Nations of War Criminals; and that the criminals would receive a certain punishment.” This was the origin of the Nuremberg trials.
View Nazi Punishment Seen By Roosevelt
View President Predicts Murder Orgy by Nazis to Wipe Out Minorities

Rabbi Stephen Wise and other Jewish leaders meet with Roosevelt on December 8, 1942 to request that the president issue a declaration condemning the massacre of Jews specific ally. The United Nations Declaration on Jewish Massacres was issued on December 17, 1942, nine days after Rabbi Wise and his delegation requested it. Signed by the United States, Great Britain, the Soviet Union, and eight occupied countries, it denounced, “in the strongest possible terms, this bestial policy of cold-blooded extermination.” Five MenIt condemned the German governments’ “intention to exterminate the Jewish people in Europe….” The Declaration received wide publicity in the American press. It was on the front page of the New York Times. In the eyes of the world, it committed the Allies to prosecute war crimes against the Jewish people. It simply would not have happened without FDR’s strong concern about the Jews of Europe.
View 11 Allies Condemn Nazi War On Jews

Why this declaration is barely quoted by legions of Roosevelt critics I do not know. Michael Beschloss in his best seller, The Conquerors, entitles his chapter on the subject, “The Terrible Silence,” and claims there was a “conspiracy of silence.” But there was no conspiracy and Roosevelt was certainly not silent.

The Jews of Europe had been Hitler’s prisoners since 1940. 3.5 million Jews were dead by December 1942, one year after Pearl Harbor. Not until the Normandy invasion could we begin the process of liberating Hitler’s Jewish prisoners, held, beyond Germany, in faraway Poland.

Until May 1943 we were losing the Battle of the Atlantic. We could not invade Western Europe, let alone rescue the Jews in Poland. Roosevelt’s critics do not seem to know that until May 1943 more American ships were sunk by German U-boats than succeeded in arriving in Great Britain. Sinking ShipThousands of merchant mariners died in the freezing waters of the North Atlantic. Churchill later admitted that the U-boat was “the only thing that really frightened me during the war.” “The Germans never came so near to disrupting communication between the New World and the Old World as in the first 20 days of March 1943,” the Admiralty Staff concluded. “From the Allied point of view,” historian Samuel Elliot Morison observed, “Victory was not even in sight.”

6. War Refugee Board

Even in the face of this difficult military situation, Henry Morganthau, Jr. and others, convinced FDR to establish an American agency to try to save the Jews of Europe, FDR created the War Refugee Board in 1944 by executive order. He warned the Hungarians in March 1944 to not participate in what he called, “one of the blackest crimes of all history, begun by the Nazis in the days of peace and multiplied by them a hundred times in time of war. The wholesale systematic murder of the Jews of Europe goes on unabated every hour.” He promised swift punishment to the Nazis. “The United Nations has made it clear,” he said, “that they will pursue the guilty and deliver them up in order that justice be done.”

accomplishments of the War Refugee Board are disputed by historians. But whatever it did accomplish (and some historians argue that it saved up to 200,000 Jews) was accomplished with funds from the American Jewish community, the Joint, and the Roosevelt Administration. For example, the savior of many Jews, Raoul Wallenberg, is revered by Roosevelt’s critics as, “a Swedish diplomat.” But, in fact, he was an agent of the War Refugee Board, the Roosevelt Administration and the Joint. He would never have gone to Hungary had it not been for the War Refugee Board, the Joint and the donations of American Jews.

7. Auschwitz

Finally we come to the explosive issue of the failure to bomb of Auschwitz. Arial View Of Auschwitz

We first have to accept the fact that the power and precision of World War II aerial bombardment was mythical and the American military knew it. Only one in five bombers got within 5 miles of its designated target. Successfully bombing Auschwitz meant killing the Jews in the camps. This included killing Anne Frank and her entire family. Bombing the railroad tracks from Hungry to Auschwitz would have been useless. First, it was a difficult task limiting air power needed for Normandy invasion in the Summer of 1944; second, trains could divert to other routes; and third, the railway lines could be repaired in a matter of hours. As Georgians are well aware, even the Confederate Army could quickly repair railway lines during the Civil War. That is why General William Tecumseh Sherman tied them in knots (474).
View Railroads and Auschwitz

There is no question that American bombers could have bombed Auschwitz between May and November 1944. Indeed the U.S. Air force bombed the complex where Auschwitz was situated. But no one wanted to bomb Auschwitz, especially Jews. The overwhelming majority of the Jewish leadership worldwide – including David Ben-Gurion (later the first Prime Minister of Israel), Jewish Agency Executive of Palestine, and the World Jewish Congress – adamantly opposed the bombing, “We do not know the truth concerning the entire situation in Poland,” Ben-Gurion said, “and it seems we will be unable to propose anything concerning this matter.” Another member of the JAE said, “it is forbidden for us to take responsibility for a bombing that could very well cause the death of even one Jew.”

A. Leon Kubowitzki, himself a refugee from Nazi-occupied Europe and head of the rescue department of the World Jewish Congress, wrote the director of the War Refugee Board, John Pehle, and underlined it for emphasis: “ View Letter The destruction of the death installations cannot be done by bombing from the air, as the first victims would be the Jews who are gathered in these camps, and such a bombing would be a welcome pretext for the Germans to assert that their Jewish victims have been massacred not by their killers, but by the allied bombings.”

Despite erroneous assertions by many historians and the United States Holocaust Memorial Museum, Jewish leaders overwhelmingly opposed the bombing of Auschwitz. Kubowitzki wrote to one Jewish leader, “I think you know that we are not in favor of the bombing of the extermination installations….Because we believe in hayei shaa [literally, “life of the hour,” meaning saving those currently living] and we are afraid for the Jewish victims of such bombings and giving the Germans an alibi.” View Letter

The Holocaust Museum takes one of Kubowitzki’s numerous letters to John McCloy, assistant Secretary of War and enlarged it to make it appear that he was requesting the bombing of Auschwitz. Not True. This letter, the centerpiece of the Museum’s display on the bombing of Auschwitz, merely passed on a message from the Czechoslovakian government in exile and McCloy was well aware that Kubowitzki and the World Jewish Congress adamantly opposed the bombing of Auschwitz. View First Letter View Second Letter (I have written the Holocaust Museum about this blatant error, but have yet to hear back from their Chief Historian.)

Representatives of all major Jewish organizations meet with Pehle, the Director of the War Refugee Board, on August 16, 1944 and none were in favor of the bombing of Auschwitz. It is a controversy created by historians, not by the actual participants in history.

What then can we say finally about
Franklin Roosevelt and the Holocaust?

First FDR had the support of 90% of American Jews in his races for the Presidency. “The Jews have three velten [“worlds” in Yiddish], Congressman Jonah J. Goldstein quipped, “Die velt [this world], yene velt [the next world], and Roosevelt.” [xxi] In fact, there were so many Jews in high and mid-level positions in FDR’s administration that it was referred to by numerous antisemites as “the Jew Deal” not the “the New Deal.”

In February of 1945 after the Yalta conference, Roosevelt went to see Ibn Saud, the leader of Saudi Arabia to convince the Muslim leader to support a Jewish state in Palestine. He told Saud he felt “a personal responsibility” for the Jewish victims of the Holocaust who had suffered “indescribable horrors at the hands of the Nazis” (412-413). Although he failed to convince Ibn Saud, Roosevelt had no political reason to go see him. He had no more elections ahead of him. He did not need votes in New York. In fact he would be dead in 8 weeks. So much for the nonsense that FDR was an antisemite.

***

I will leave you with the views of two contemporary American rabbis on FDR’s death:

“Men the world over will ever be grateful to God,” Rabbi Max Kleiman said in his eulogy of Roosevelt, “that is was this man who stood at the helm in a position to give leadership to the American people in the dark hours of ruthless Nazi barbarism seeking to destroy the work of ages.” (89)

And Rabbi David Matt said:
“As to the Jews in Europe and the Jewish aspirations in Palestine, Roosevelt was a powerful and sympathetic friend and spokesman. His passion for justice and his innate, over-mastering desire to aid the underprivileged, those who were most in need of help, explain his great interest in the welfare of the Jews of the world, who were the first, and the greatest, sufferers from Nazism and Fascism. »

Voir aussi:

POURQUOI LES ALLIES N’ONT PAS BOMBARDE AUSCHWITZ
David HOROWITZ
Extrait de PLURIELLES N° 4
1995

Cinquante ans après la libération du plus connu des camps de la mort nazi il est presque accepté comme un fait établi que les Alliés auraient pu et dû agir pour arrêter le meurtre. Mais non seulement un assaut réussi aurait été extrêmement complexe, mais il aurait sans doute coûté plus de vies qu’il n’en aurait sauvé. Le 13 septembre 1944, une force de bombardiers américains, poursuivant la stratégie alliée d’attaque des installations de production de pétrole sur lesquels reposait l’effort de guerre nazi, lançait un assaut sur Monowitz, une installation de production de pétrole synthétique qui se trouvait juste à quatre kilomètres du camp principal d’Auschwitz, et à moins de huit kilomètres des chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau. Volant sous un intense feu anti-aérien les bombardiers ne purent infliger que des dommages légers à l’usine. Beaucoup de leurs bombes ratèrent également leur cible. Quelques unes, par accident, tombèrent sur Auschwitz, frappant un atelier d’habillement, dans lequel 23 Juifs et 17 autres occupants furent tués. Elles détruisirent des baraques S.S.tuant 15 membres de la S.S., et en blessant 28. D’autres bombes perdues frappèrent Birkenau qui était proche- tuant 30 personnes dans un abri anti-bombe, endommageant un remblai de chemin de fer et la voie de garage qui menait aux crématoires. Quatre mois et demi plus tard, le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques “libéraient” les 7500 survivants d’Auschwitz – les derniers rescapés de l’humanité dans un camp où, au cours des deux années et demi qui venaient de s’écouler, des millions de Juifs et d’autres victimes avaient été systématiquement tués dans les chambres à gaz. L’estimation des morts varie de un à quatre millions; le premier commandant du camp ayant confessé que lui-même ”avait personnellement organisé le gazage de deux millions de personnes entre juin-juillet 1941 et la fin de 1943”. Cinquante ans après la libération du camp, il est presque accepté comme un fait établi, par beaucoup d’historiens de l’Holocauste, d’analystes et de survivants que les Alliés auraient pu mettre un terme au meurtre de masse à Auschwitz et qu’un assaut aérien direct aurait pu sauver des centaines de milliers de vies.

Et rétrospectivement, une telle affirmation semble à priori bien fondée. Le raid de bombardement accidentel de septembre 1944 pourrait apparaître comme une démonstration absolue qu’un assaut aérien sur Auschwitz était tout à fait dans les capacités des Alliés.” Il n’y pas de doute, « c’était possible” dit Yaakov Silberklang, un historien supervisant le projet d’extension actuel du Mémorial de l’Holocauste à Yad Vashem à Jérusalem. ”Il est évident que les avions auraient pu arriver là”. Il est également évident que si les Alliés en avaient la capacité il aurait fallu l’utiliser. Des milliers de gens étaient mis à mort chaque semaine. L’impératif moral était d’agir. Mais aussi tentant que puisse être le fait de chercher des boucs émissaires parmi les stratèges militaires alliés, d’attribuer à l’antisémitisme ce qui autrement serait une inexplicable indifférence aux prières des victimes d’Auschwitz, un examen sans à priori de la controverse révèle cependant que bombarder le camp constituait une opération bien plus complexe que beaucoup d’historiens ne voudraient nous le faire croire. En réalité les premières demandes juives concernant une intervention alliée arrivèrent trop tard dans la guerre pour sauver la majorité des victimes d’Auschwitz. Et qui plus est, un raid unique opéré par des bombardiers lourds aurait bien pu tuer plus de Juifs qu’il n’en aurait sauvé, n’endommageant le camp lui-même que superficiellement. S’il est vrai qu’un assaut soutenu sur Auschwitz aurait pu le mettre hors service, ce type de mission aurait constitué une diversion majeure de l’effort de guerre allié – qui consistait à démanteler la machine de guerre allemande aussi rapidement que possible. Irving Uttal, un lieutenant colonel à la retraite de l’U.S. Air Force qui lui-même participa à des missions de bombardement sur des objectifs nazis au cours de la seconde guerre mondiale, soutient qu’Auschwitz n’aurait pas pu ni dû être visé. Il raisonne avec son expérience personnelle pour réaffirmer que le bombardement réussi de petites cibles comme les chambres à gaz de Birkenau, à partir d’une hauteur de 25 000 pieds, aurait nécessité plusieurs missions, et des milliers de tonnes de bombes, jetées par des douzaines d’avions. Les pertes auraient été lourdes. Le détournement de l’effort de guerre principal aurait retardé la fin de la guerre, et aurait coûté encore beaucoup plus de vies. Dans son introduction à une analyse convaincante de cette question, publiée dans le Journal of Military History, James H. Kitchen III, un archiviste à l’Agence Historique de l’U.S Air Force, résume succinctement : “Des contraintes opérationnelles, en plus des préjugés, ont empêché les autorités alliées de bombarder Auschwitz.” Les leaders alliés ont fait les fautes que tous les humains font, écrit-il, “mais à l’évidence le non-bombardement du camp de la mort ne peut être attribué à des préjugés.” Dégoutté par “toutes les choses insensées” qui ont été publiées au cours des cinquante années passées sur le fait qu’il aurait été simple de bombarder Auschwitz, et que tant de vies juives auraient pu être sauvées, Richard H. Levy, un ingénieur à la retraite, de Seattle, vient juste de terminer un long article de recherche intitulé « Le bombardement d’Auschwitz revisité- une analyse critique », à paraître chez St Martin Press à New York. « Le traitement des aspects opérationnels de cette affaire par les « historiens de l’Holocauste » est pathétique », écrit-il avec colère. « Nombreux parmi eux sautent à la conclusion que le bombardement aurait pu être réalisé facilement, et passent directement de cette affirmation à celle que l’incapacité à avoir opéré le bombardement était dû à des motivations politiques ». Les historiens d’Auschwitz ne sont pas toujours d’accord avec cela. Mais il y a une question au sujet de laquelle il y a peu de conflit : celle concernant le moment où des nouvelles détaillées, crédibles arrivèrent aux Alliés au sujet de ce qui se passait dans ce camp. Il se peut qu’il soit vrai que de la fin 1942 au printemps 1994 des informations soient parvenues à l’Ouest suivant lesquelles des Juifs étaient mis à mort dans cet endroit : Dans une étude qui fait date  » Auschwitz et les Alliés » l’historien anglais Martin Gilbert détaille les rumeurs concernant de « grands bâtiments en béton » sur la frontière russo-polonaise » où les gens sont tués par gaz et sont brûlés »; il évoque les comptes rendus de seconde main sur des « masses de Juifs » qui sont exterminés « en masse » ; la lettre qui parlait de « fusillades et brûlage » à Auschwitz. Mais ce ne fût que fin juin ou début juillet 1944, avec la réception de témoignages de première main de rescapés d’Auschwitz que la « destination inconnue » vers laquelle tant de Juifs disparaissaient fut révélée dans toute son horreur et des demandes pressantes d’intervention faites par des dirigeants Juifs aux Alliés, commencèrent à se multiplier. Et à ce moment, l’immense majorité des Juifs qui devaient mourir à Auschwitz-Birkenau avaient déjà rencontré leur destin. Cependant, les chambres à gaz fonctionnaient encore, et des dizaines de milliers de Juifs furent encore anéantis avant que celles-ci ne fussent démantelées en novembre. Les transports vers Auschwitz durant la fin du printemps, durant l’été, et l’automne amenèrent des Juifs hongrois par dizaines de milliers; des Juifs de Corfou, d’Athènes, de Rhodes; de l’Italie du Nord; de Transylvanie; de Paris, de Belgique, de Berlin, de Slovaquie; des Juifs d’autres camps de concentration qui ne servaient plus à rien; les Juifs du ghetto de Lodz… La liste de ceux qui sont prêts à blâmer les Alliés pour leur inaction déraisonnable est longue, et s’allonge. Dans « Auschwitz et les Alliés », Gilbert affirme sans équivoque que lorsqu’ils furent pressés d’intervenir, par les dirigeants juifs orthodoxes et sionistes à la fin du printemps et au début de l’été de 1944 , les « Alliés avaient la capacité technique de bombarder aussi bien les voies de chemin de fer conduisant au camp, que les chambres à gaz dans le camp lui-même ». Les installations de production de pétrole dans la zone d’Auschwitz furent, après tout, bombardées de façon répétée par les Alliés cette année là. Elie Wiesel, survivant d’Auschwitz, a allègrement émis un blâme à l’égard de « d’une bureaucratie lente et insensible » pour le manque d’avoir fait bombarder Auschwitz. Michael Barenbaum, dans son livre « Le monde doit savoir- L’histoire de l’Holocauste comme il est raconté dans le Musée Mémorial de l’Holocauste » affirme que l’U.S. Air Force avait depuis mai 1944 la capacité de frapper Auschwitz « à sa guise ». Dans un livre récemment publié et intitulé « La guerre secrète contre les Juifs », John Loftus et Mark Aarons déclarent abruptement que « pour le prix de quelques bombes américaines, les camps de la mort restèrent ouverts ». Et David Wyman, auteur d’une autre étude américaine majeure, « L’abandon de Juifs » raille le Département de la Guerre américain pour avoir rejeté les supplications à bombarder en arguant de leur impossibilité à être exécutées. Pour lui cet argument n’est « rien de plus qu’une excuse pour l’inaction ». Wyman affirme que les Alliés avaient le contrôle complet du ciel au dessus de l’Europe- et donc rien à craindre de l’aviation allemande; que leurs avions avaient la portée nécessaire pour atteindre leur cible; que le bombardement aérien pouvait « certainement » être suffisamment précis pour mettre hors service les chambres à gaz; et que même (le temps) la météorologie était du côté allié pendant les mois d’août et septembre 1944. Wyman, un professeur d’histoire dont la biographie ne mentionne aucune expertise militaire, va même jusqu’à détailler le type d’avions qui auraient pu être utilisés pour la mission : bombardiers lourds, des bombardiers Mitchell volant plus bas, plus précis, des bombardiers en piqué Lightning, ou finalement, des chasseurs bombardiers britanniques Mosquito. Aussi bien l’historien militaire Kitchens que le Lt Col. Uttal, vétéran de 35 missions de bombardement au-dessus de l’Allemagne au cours de la Seconde Guerre Mondiale et qui est à présent à la retraite et vit en Californie, contestent systématiquement tous les arguments de Wyman. Contredisant l’affirmation de Wyman selon laquelle les Alliés avaient la maîtrise des cieux, Uttal note qu’au cours de l’année 1944, les Allemands avaient concentré beaucoup de leurs chasseurs pour la défense des installations pétrolières comme celles de la zone d’Auschwitz. Il cite un raid de bombardement d’octobre sur les installations de pétrole de Merseberg, au cours duquel 400 chasseurs nazis attaquèrent la force de bombardement et abattirent 26 avions. Kitchen ajoute que l’installation pétrolière de Monowitz était défendue par 79 canons lourds. « Des formations tournantes de bombardiers lourds au-dessus de Birkenau auraient difficilement pu éviter ce parapluie défensif ». Uttal détaille ensuite la véritable masse d’avions et de bombes qui auraient été nécessaires pour mettre hors service les installations des chambres à gaz d’Auschwitz, en partie souterraines. A titre de comparaison, il note qu’il n’a pas fallu moins de 10 raids de bombardements séparés, entre juillet et novembre 1944, avec des flottes de 100 à 350 bombardiers lourds, pour que les Alliés arrivent à paralyser l’installation pétrolière de Blechhammer, près d’Auschwitz. Citant l’étude, qui fait autorité, « Les forces armées dans la Deuxième Guerre Mondiale », il rappelle qu’aux bombardiers qui ont attaqué les raffineries de pétrole à Ploesti il fallut plus de 6 000 sorties et 13 464 tonnes de bombes pour accomplir leur mission. Trois cent cinquante bombardiers furent perdus. Uttal note que les bombardiers lourds de la Deuxième Guerre Mondiale « touchèrent leurs cibles 3% du temps », et insiste sur leur difficulté à viser leurs cibles lorsqu’ils volaient à 25000 à 30000 pieds d’altitude. Et Kitchen, expose l’impossibilité d’utiliser les autres avions suggérées par Wyman. Il reconnaît que les Mitchells auraient pu atteindre Auschwitz qui se trouvait à la limite de leur portée, mais la nécessité de voler en formations de masse pour la protection leur aurait fait perdre tout élément de surprise et aurait conduit à des pertes prohibitives. Il note que les bombardiers de plongée Ligthning ont été utilisé une seule fois, expérimentalement, dans une attaque en juin 1944 sur la raffinerie de Ploesti, attaque au cours de laquelle 22 sur les 94 avions furent perdus. L’installation reprit ses activité huit jours plus tard. Il établit que pas un Mosquito n’était stationné durant l’été 1944 en Méditerranée. L’auraient-ils été, les chances de succès d’une opération à la limite de leur portée, étant donné qu’ils n’avaient pas d’armement de défense, « aurait été improbable », affirme-t-il. Le Professeur Martin Van Crefeld, un historien militaire renommé de l’Université Hébraïque (de Jérusalem) affirme que des raids de bombardement répétés auraient été nécessaires pour qu’Auschwitz fût mis hors d’état pour de bon. Il dit que le camp était comparable, en tant que cible, à Peennemunde, une île près de la côte Baltique, où les Allemands assemblaient les fusées V2. « Les Alliés menèrent une attaque aérienne sur celle-ci en 1942 ou en 1943, et l’endommagèrent, mais ils ne réussirent pas à la faire fermer définitivement ». Van Crefeld ajoute que, si les Alliés avaient décidé de viser de façon répétitive Auschwitz, les Allemands auraient frappé en retour. « Si les Allemands savaient qu’ils venaient, les bombardiers auraient rencontré de l’opposition. En octobre 1943, les bombardiers alliés attaquèrent le principal centre nazi de fabrication de roulements à billes, à Schweinfurt. Le premier assaut ne fit pas beaucoup de dommage. Quand les Alliés attaquèrent une seconde fois 100 bombardiers furent perdus ». Pour Uttal, Kitchen et Van Crefeld, ces facteurs permettent de défendre l’argument allié officiel, mis en avant par le Département de la Guerre U.S. en juin 1944, mais dédaigné et même raillé par tant d’historiens, à savoir « que l’opération aérienne suggérée est impraticable … et ne pourrait être exécutée qu’en détournant un appui aérien considérable essentiel pour le succès de nos forces engagés dans des opérations décisives ailleurs … Nous considérons que l’aide la plus efficace aux victimes de la persécution par l’ennemi est la défaite rapide de l’Axe, une entreprise à laquelle nous devons consacrer toutes les ressources à notre disposition. » Et Uttal furieux écrit : « Gilbert, Wyman et d’autres spéculent à propos de ce qui aurait pu arriver si l’on avait détourné des missions du grand plan aérien pour le bombardement d’Auschwitz. Mais les arguments dans le sens opposé sont des faits – à savoir qu’en nous tenant à notre stratégie nous avons vaincu l’Allemagne plus tôt et non plus tard. La tuerie cessa dans les camps et sur les champs de bataille. Et les Juifs furent sauvés des pays occupés par les nazis avant qu’ils ne puissent être transportés » 6 Cet argument trouve un appui dans le témoignage après guerre du ministre allemand des Armements et de la Guerre, Albert Speer, qui raconta à ses interrogateurs alliés en juillet 1945 que la stratégie Alliée consistant à attaquer les installations allemandes de production, de raffinage et de stockage de pétrole avait été d’une efficacité dévastatrice. Vers l’hiver 1944, « Pour autant que l’armée était concernée, le manque d’essence liquide devint catastrophique. » Pour preuve, Richard Levy cite l’offensive nazie dans les Ardennes en décembre 1944, qui a failli atteindre Anvers et répéter la victoire écrasante nazie de 1940. « Un facteur important a été le manque d’essence de l’ennemi », note Levy. Si les avions US qui avaient bombardé les usines d’essence synthétique dans la zone d’Auschwitz avaient été détournés des plans stratégiques d’ensemble, afin de bombarder à la place Birkenau, affirme-t-il simplement, « l’essence aurait moins manqué. » Même si le bombardement d’Auschwitz n’apparaît pas aussi évident que certains historiens l’ont suggéré, on peut affirmer qu’une telle mission aurait au moins dû être tentée. Si les Alliés avaient pu bombarder Auschwitz, même si cela représentait un écart par rapport aux objectifs stratégiques globaux, alors ils auraient dû le faire. « Les gens venaient, à raison de 10 000 ou 15 000 par jour », se souvient Leo Laufer, un survivant qui est resté à Birkenau d’août 1943 à novembre 1944. « Quelques bombes sur les côtés des voies de chemin de fer, même si les dégâts n’avaient mis que quelques semaines à être réparés, auraient signifié cent mille personnes sauvées. Les transports auraient dû être détournés vers quelque autre destination, et il n’y avait pas d’installations de remplacement dans lesquelles autant de gens pouvaient être éliminés. » Le fait est que, loin d’avoir été examinée en profondeur, une attaque avait été rapidement rejetée en Grande-Bretagne comme étant au-dessus du pouvoir de la Royal Air Force, et n’avait pas été sérieusement évaluée par les stratèges militaires aux USA. Les suppliques de l’Agence Juive avaient été appuyées en Grande-Bretagne par le Premier Ministre Winston Churchill et son ministre des Affaires Étrangères Anthony Eden, mais le Ministre de l’Air était peu disposé à agir. A Washington, John J. McCloy, le Secrétaire-adjoint à la Guerre, ordonna sans ménagement à ses collaborateurs de « tuer » cette idée. Hugo Gryn, à présent, un important Rabbin britannique, a été adolescent à Birkenau. Se souvenant du son des bombardiers alliés, qui passaient au-dessus de têtes pour aller bombarder d’autres objectifs, il dit à Gilbert que « l’un des aspects les plus pénibles de la vie dans le camp était la sensation d’avoir été totalement abandonnés. » Mais plus important que le soutien psychologique aux Juifs d’Auschwitz, la question réelle est de savoir si le bombardement du camp aurait sauvé des vies. Wyman n’a aucun doute. Il estime que 150 000 Juifs ont été gazés entre le début de juillet, où les demandes de bombardement d’Auschwitz ont commencé à arriver à Washington, et le démantèlement des chambres à gaz en novembre. Si les raids de bombardement avaient été immédiatement approuvés, suggère-t-il, « le mouvement des 437 000 Juifs qui ont été déporté de Hongrie à Auschwitz aurait très probablement été arrêté. » Non, ce n’est pas cela, contredit Richard Levy dans sa nouvelle étude. Les appels de juillet à bombarder Auschwitz « coïncidèrent avec la fin de la déportation et le meurtre massifs de Hongrie », affirme-t-il. « Il n’a jamais été possible », poursuit-il, « que des bombardements aient pu interrompre le meurtre à large échelle des Juifs hongrois. » Et comme le rythme des meurtres à Auschwitz  » tomba fortement après la mi-juillet,il est beaucoup moins probable qu’un raid aurait sérieusement perturbé les opérations de meurtre »,conclut-il. Uttal soutient, de plus, que les nazis auraient rapidement récupéré même après un raid très réussi, ayant causé de larges dégâts. Il cite le ministre allemand de l’Armement, Speer, faisant remarquer, à propos des raids sur des installations de production de pétrole, qu’il « était possible de faire redémarrer une installation en six à huit semaines après une attaque, grâce à nos mesures de réparation. » De plus, avec une population « résidente » à Auschwitz en été 1944, au-dessus de 100 000 unités, un bombardement imprécis aurait pu signifier plus de vies perdues que sauvées. Wiesel a lui-même écrit que « si une bombe était tombée sur les blocks » où les Juifs étaient logés à Auschwitz, » elle aurait fait elle-même des centaines de victimes sur le lieu même. » L’historien de l’Air Force, James Kitchen, est sans équivoque : les bombardiers lourds B-17 et B-24, affirme-t-il simplement, « ont été conçus pour bombarder à partir (d’une altitude) de 15 000 à 30 000 pieds. Malheureusement frapper de cette hauteur, des immeubles choisis, sans faire de victimes humaines, était une mission tout à fait impossible. Il cite des études de l’Air Force pour montrer que « dans des conditions optimales » au moins la moitié des bombes jetées seraient tombées à au-moins 500 pieds de leur cible, et ensuite il note sobrement que deux des chambres à gaz de Birkenau se trouvaient exactement à 300 pieds des logements du camp. Une étude datant de 1983 réalisée par Pierre Sprey, un analyste d’armes du bureau de l’adjoint au Secrétaire d’État à la défense, a estimé que si des bombardiers lourds avaient attaqué Auschwitz, un tiers des bombes auraient frappé la zone des baraques des prisonniers. Le professeur à l’Université Hébraïque Van Crefeld, affirme que, si les Alliés avaient utilisé quelques dizaines de leurs bombardiers lourds, qui manquaient de précision, pour un raid unique sur Auschwitz, les Juifs en auraient été les principales victimes. « Nous avons tous vu les photographies des longues lignes de Juifs à Auschwitz gardés par trois officiers allemands et un chien, » dit-il.  » La réalité était ainsi. » Un nombre minuscule d’Allemands et des masses de prisonniers. Un seul bombardement lourd aurait simplement sauvé le travail des Allemands. quatre-vingt-dix pour cent des tués auraient été Juifs. Et le camp n’aurait pas été détruit de façon permanente. Les nazis auraient pu le reconstruire assez rapidement. » En août et septembre 1944, les Alliés s’écartèrent de leur objectif général qui était de terminer la guerre aussi vite que possible; ils surmontèrent les difficultés techniques, et envoyèrent des dizaines d’avions dans des dizaines de missions pour lâcher des armes et des approvisionnements aux Polonais qui se battaient contre les Allemands dans Varsovie. Les pertes furent lourdes, et la majeure partie de l’équipement n’atteignit pas l’Armée Intérieure polonaise. « Malgré le coût tangible , qui dépassait de loin les résultats tangibles obtenus, » un rapport des forces aériennes stratégiques U.S. expliqua que « cette mission était amplement justifiée.. L’Amérique tint ses promesses envers son allié. » Pour Wyman, le fait que les Alliés étaient prêts à détourner une partie considérable de leur puissance aérienne pour une telle mission, mais non pour une tâche similaire consistant à bombarder Auschwitz, équivaut à la preuve la plus claire que « pour les militaires américains, les Juifs d’Europe représentait un problème extérieur et un fardeau non désiré. » Pour Uttal, qui note que « nous n’avons jamais parachuté de la nourriture aux millions de troupes soviétiques mourant de faim dans les camps de prisonniers de guerre nazis, ni essayé d’aider les soldats américains ou les britanniques enfermés dans les camps de prisonniers de guerre allemands ou japonais, » les aides lâchées sur Varsovie furent une « exception malencontreuse » à la règle suivant laquelle « tous les écarts humanitaires [à la stratégie définie] étaient subordonnés aux besoins militaires. » Gilbert vient quelque part au milieu de ces positions, en suggérant dans son livre que « l’histoire de la réponse négative des Alliés aux demandes d’aide juives fut celle du manque de compréhension et d’imagination, en face de l’incroyable. » Il note, qu’après tout, de nombreux Juifs trouvèrent l’échelle du massacre difficile à comprendre. » En effet dans le demi-siècle qui vient de passer, beaucoup de gens semblent avoir oublié que les appels juifs à bombarder Auschwitz ne furent ni soutenus de façon convaincante ni même largement soutenus.. « L’opinion juive informée », dit Levy, « était dans son ensemble contre l’opération. » Une figure aussi connue que Leon Kubowitzki, responsable du service d’aide du Congrès Juif Mondial, s’opposa publiquement au bombardement, affirmant dans une lettre au Conseil des réfugiés de guerre que « les premières victimes seraient des Juifs » et qu’un raid allié pourrait servir comme un « prétexte bien venu pour les Allemands pour affirmer que leurs victimes juives avaient été massacrées non par leurs assassins mais par les bombardiers alliés. » Le Comité d’aide de l’Agence Juive à Jérusalem vota contre le fait même de réclamer un bombardement. Et alors que les représentants de l’Agence Juive plaidèrent pour un bombardement au cours d’une réunion avec Anthony Eden, ils rédigèrent ensuite un document affirmant qu’il aurait peu d’effets pratiques. « Aucun ne produisit un argument cohérent au moment où le bombardement d’Auschwitz était réalisable, et possible » affirme Levy.  » Personne n’amena le sujet directement au Président américain Roosevelt, qui était la seule personne qui aurait pu donner l’ordre de l’opération. » Une autre considération cruciale, facile à négliger 50 ans après, est que, alors qu’aujourd’hui nous pouvons voir qu’une victoire alliée était virtuellement inévitable en 1944, les stratèges militaires de l’époque n’avaient pas cette assurance. Chaque bombardement était potentiellement crucial, chaque écart par rapport aux buts stratégiques principaux, était catastrophique. Voici une raison citée par Levy pour montrer l’urgence qui était ressentie : « Les Alliés n’ont jamais été sûrs combien de progrès les Allemands avaient fait sur leur projet de bombe atomique. » Il est facile, d’un fauteuil d’histoire de pointer des doigts accusateurs, de blâmer, de railler l’engagement allié résolu pour un écrasement le plus rapide possible de la machine de guerre allemande. Cinquante ans plus tard, demande Uttal, « N’est-il pas temps de terminer la calomnie? » ( avec l’aimable autorisation du Jérusalem Report. Copyright The Jerusalem Report 1995)
Voir aussi chronologie de la déportation : http://users.skynet.be/pierre.bachy/chronologiedeportation.html

Voir également:

October 12, 1997
The Prison That Was Europe The author argues that the Allies were powerless to stop the Holocaust.
MICHAEL SHERR

THE MYTH OF RESCUE
Why the Democracies Could Not Have Saved More Jews From the Nazis.
By William D. Rubinstein.
267 pp. New York: Routledge. $25.

ITOOK on this book reluctantly, irritated by its dogmatic, sensational subtitle. My misgivings turned out to be only partly justified.  »The Myth of Rescue » challenges those parties — among them some filmmakers and Holocaust historians, and to a degree the United States Holocaust Memorial Museum — who insist that Allied governments and timorous Jewish groups missed opportunities to rescue more Jews from the Holocaust. An American teaching history in Wales and the author of  »A History of the Jews in the English-Speaking World, » William D. Rubinstein begins by declaring that  »no Jew who perished during the Nazi Holocaust could have been saved by any action which the Allies could have taken at the time, given what was actually known about the Holocaust, what was actually proposed at the time and what was realistically possible. »

 »Fully 72 percent of German Jewry escaped from Nazi Germany before emigration became impossible, » he points out (adding the astonishing figure that  »in 1934 as many as 16,000 returned »). What trapped the remainder was not quotas elsewhere, but the inability to foresee an awful fate, the poverty or family obligations that tied some down, and then the outbreak of war. Other European Jews had no compelling reason to fear the worst until the Nazis seized their homelands. Although then and now called  »refugees » — the United States had a War Refugee Board — they were in fact  »prisoners, » as Rubinstein rightly terms them,  »quite literally unreachable by the Allies. » Getting out of Europe, not getting in somewhere else, was the problem.

Most wartime proposals to rescue Jews showed  »bankruptcy, helplessness, inaccuracy and wishful thinking, » Rubinstein asserts, especially schemes to bomb Auschwitz or the rail lines to it: some plans surfaced too late to help, all faced grave difficulties and indeed  »many Jewish groups specifically opposed the bombing of Auschwitz. » Had the Allies bombed Auschwitz, he speculates, then in today’s climate of finger-pointing they  »would now be blamed for ‘killing Jews’ in a foolish and unnecessary way. » The most plausible (if farfetched) method of stopping the Holocaust was to assassinate Hitler, but that option was neglected.

Rubinstein regards reasons  »sometimes offered for the lack of a rescue policy — ignorance of genocide, Jewish community powerlessness, anti-Semitism and anti-Zionism in the democracies » — as  »essentially irrelevant to the basic fact that rescue was impossible, » and also as unsound. He finds, for example,  »an astonishing degree of American sensitivity to anti-Semitism and hostility to Nazi oppression » by the end of the 1930’s. The  »paper walls » blocking immigration, as the historian David S. Wyman has termed them, arose after World War I, not in response to refugees from Nazism, and proved porous, especially after 1938. Rubinstein concludes too much from thin polling data and tends facilely to equate antifascism with philo-Semitism, but he makes the case that European Jews were largely exempted from Americans’ prevailing suspicions toward immigrants.

Rubinstein makes his claims about Allied capabilities mostly persuasive, but does so in a style as dogmatic and vindictive as that of some of the  »myth » purveyors he condemns:  »All of the many studies which criticize the Allies (and the Jewish communities of the democracies) . . . are inaccurate and misleading, their arguments illogical and ahistorical »; Wyman’s work in  »The Abandonment of the Jews » is  »egregiously and ahistorically inaccurate. » Such invective detracts from his weighty evidence and illustrates a disturbing trend: some scholars shout as if engaged in  »McLaughlin Group » combat or the expose culture of the tabloids. Gray academic prose presents its own problems, and Rubinstein is not the first on this subject to shout. But his tone can cheapen his valuable scholarship.

Moreover, Rubinstein misses one thrust of the criticism of Allied behavior, concerning what people wanted to do. The United States War Department rejected one proposal for bombing Auschwitz because it would require the  »diversion of considerable air support essential for the success of our forces. » The language suggests that rescue was not a high priority or, more charitably and accurately, that it was subsumed under the goal of speedy victory ( »the most effective relief to the victims, » the War Department maintained). Major Allied powers displayed a gritty, unsentimental stance — in Stalin’s case, something far worse — toward most of the war’s victims, including civilians bombed in occupied lands and many non-Jewish refugees.

Though a savage realist about the Holocaust, Rubinstein naively asserts that  »no government, in wartime, will direct scarce and valuable resources . . . into projects whose success was dubious »; an attack on Auschwitz would have been carried out only  »for political rather than for military reasons. » But as desperation or politics pressed them, Allied governments, like all nations in titanic wars, knowingly pursued many  »projects whose success was dubious, » bombing cities to inflict terror and exact revenge, for example. War is not only an extension of politics, but it is partly that. Rubinstein convinces me that the capacity to rescue more Jews was rarely available, but not that the will to do more was there, although will and capacity are of course related — it’s hard to pursue the impossible.

If rescue is a myth, why did the myth arise as it did after the mid-1960’s? He suggests that  »extremist claims » and ambitious politicians exploited — in the United States and elsewhere more than in Israel — lingering guilt about the Holocaust, and that internal Jewish politics and the rising voice of strictly Orthodox Jews also played a role. Other forces were at work too. The bankrupt American policy in Vietnam (at a time of a crisis of authority in other Western governments) prompted revisionism: if John Kennedy, Lyndon Johnson and Richard Nixon committed grave misdeeds, what about their great predecessor Franklin Roosevelt? Dark suspicions about F.D.R. were hardly new; the  »myth of rescue » joined earlier, mostly conservative myths — that F.D.R. knowingly permitted the attack on Pearl Harbor or sold out Eastern Europe. But after the 1960’s, suspicions about government spread over the political spectrum and over time. While stimulating useful scholarship, these suspicions also nurtured myths. With a more supple approach, Rubinstein could have done even more to cut one of them down to size.

Michael Sherry is the author of  »In the Shadow of War: The United States Since the 1930’s. »

Voir de plus:

Could The Allies Have Bombed Auschwitz-Birkenau?
Mitchell Bard
Jewish Virtual Library

One of the longstanding controversies about World War II regards the question of whether the Allies could have and should have bombed Auschwitz. In his seminal work, The Abandonment Of The Jews,1 David Wyman argued that the failure to bomb the camp was a result of the Allies’ indifference to the fate of the Jews rather than the practical impossibility of the operation. Several recent studies have suggested that it was not possible to bomb,2 however, in perhaps the most exhaustive analysis of the issue, Stuart Erdheim proves otherwise.3

One argument is that the Allies did not know about the Final Solution early enough to make plans to bomb the camps and they didn’t have reliable intelligence about their location. In fact, the Allies began had information about the Nazi plan to exterminate the Jews by 1942. As early as June 1944, the United States had detailed information about the layout of Auschwitz from Rudolf Vrba and Alfred Wexler, who had escaped that April. In fact, he cites Richard Breitman, who concluded that prior to 1994 “there was enough generally accurate information about Auschwitz-Birkenau to preclude the argument that the Allies did not bomb the camp because they got the necessary information too late.”4

Erdheim insists that bombing the camp would have been “no more complex than numerous other missions.” He says P-38 or Mosquito fighters could have been used without causing significant collateral damage and that heavy and medium bombers had the range to attack the camp as well.5

Some defenders of the Allied policy argue Auschwitz should not have been bombed even if it were possible because many prisoners would have been killed. Prisoners would surely have died in any raid, but Erdheim notes that Birkenau prisoners worked outside the camp, so the number of casualties would not been as high as some critics suggest. Moreover, the focus, Erdheim says, should be on the number of Jews who might have been saved by the bombing.6
Aerial reconnaissance photograph of Auschwitz showing Auschwitz II (Birkenau) taken by the U.S. Air Force between April 4, 1944 and January 15, 1945. The photos were discovered in the Defense Intelligence Archives by two CIA photo analysts in 1978 (USHMM Photo Archives).

Both the British Secretary of State for Air, Sir Archibald Sinclair, and the U.S. Assistant Secretary of War, John McCloy, concluded Auschwitz could not be bombed. Erdheim notes, however, that this determination was made without following normal procedures to make such a decision. “The ‘could not’ assessment, in short,” Erdheim says, “appeared the most expedient way to implement the already established policy of not using the military to aid ‘refugees.’”7

Yet another argument for not bombing the camps was that it would have made no difference. The Jews still would have been killed by the millions. Erdheim notes, however, that destroying Crematoria II and III at Birkenau would have eliminated 75 percent of its killing capacity at a time when it would have been difficult, if not impossible to rebuild them. Erdheim also rejects the idea that the Jews could have simply been sent to another camp:

Without the extermination facilities, the SS undoubtedly would have been forced to slow or altogether halt the deportations (which in the spring/summer of 1944 amounted to 70-80,000 Hungarian Jews a week) while they resorted to other, less efficient means of killing and body disposal.8

Another argument used by McCloy and others for not bombing Auschwitz was that it would have required a “diversion of considerable air support essential to the success of our forces now engaged in decisive operations.” Erdheim’s response is that if Churchill or Roosevelt had ordered an attack, it would not have been considered a diversion.9

Erdheim concludes:

Doris Kearns Goodwin, a noted Roosevelt historian, once said that she thought bombing Auschwitz would have been worthwhile “if it had saved only one Jew. FDR somehow missed seeing how big an issue it was.” With the kind of political will and moral courage the Allies exhibited in other missions throughout the war, it is plain that the failure to bomb Birkenau, the site of mankind’s greatest abomination, was a missed opportunity of monumental proportions.10

Former U.S. Senator George McGovern piloted a B-24 Liberator in December 1944, and his squadron bombed Nazi oil facilities less than five miles from Auschwitz. In 2005, he said “There is no question we should have attempted…to go after Auschwitz. There was a pretty good chance we could have blasted those rail lines off the face of the Earth, which would have interrupted the flow of people to thos death chambers, and we had a pretty good chance of knocking out those gas ovens.” Reflecting the ongoing controversy, U.S. Holocaust Memorial Museum historian Peter Black’s response to McGovern’s argument was that had the reail lines been destroyed, the Nazis might have shot the Jews instead. He also said the government couldn’t pinpoint where the gas chambers were and would have had to carpet-bomb the camp.11

The focus on bombing Auschwitz may actually be misplaced, since that was just one of hundreds of concentration camps (albeit perhaps the worst). Many Jews could have been saved by bombing other camps. The Allies did bomb Buchenwald, for example, but not for the purpose of saving Jews.12
Notes

1David S. Wyman, The Abandonment Of The Jews, (NY: Pantheon Books, 1984).
2See, for example, James H. Kitchens III, “The Bombing of Auschwitz Reexamined,” The Journal of Military History (April 1994), pp. 233-66; Richard H. Levy, “The Bombing of Auschwitz Revisited: A Critical Analysis,” in Holocaust and Genocide Studies, (Winter 1996), pp. 267-98 and William D. Rubinstein, The Myth of Rescue, (London: Routledge, 1997), pp. 157-181.
3Stuart G. Erdheim, “Could the Allies Have Bombed Auschwitz-Birkenau?” Holocaust and Genocide Studies, (Fall 1997), pp. 129-170.
4Richard Breitman, “Allied Knowledge of Auschwitz-Birkenau in 1943-1944” in Verne E. Newton, ed., FDR and the Holocaust, (NY: St. Martin’s Press, 1996), p. 180, cited in Erdheim, p. 137.
5Erdheim, pp. p. 130, 155.
6Erdheim, pp. 133, 146.
7Erdheim, p. 154.
8Erdheim, p. 156
9Erdheim, p. 154.
10Erdheim, p. 157.
11Washington Post, (January 30, 2005).
12Mitchell G. Bard, Forgotten Victims: The Abandonment of Americans in Hitler’s Camps, (CO: Westview Press, 1994), pp. 50-51.

Voir par ailleurs:

La Shoah, ce que les Alliés et… le Gouvernement suisse en savaient
Hervé de Weck
Revue militaire suisse
juin-juillet 2006

Les exécutions massives de juifs et leur gazage à Chlemno commencent à la fin de l’année 1941 en territoire soviétique occupé, alors que le 75 à 80% des victimes de la Solution finale sont encore en vie à la mi-mars 1942. Ils sont effectuées par les SS, les Einsatzgruppen, les formations de la Police d’ordre et des policiers auxiliaires baltes. Seule une partie des officiers de la Police d’ordre fait partie de la SS mais pas la troupe. La «Solution finale», au sens strict du terme, n’est pas mise en œuvre à grande échelle avant le deuxième semestre 1942, décidée à la conférence de Wansee le 21 janvier 1942.

Dans Secrets officiels. Ce que les nazis planifiaient, ce que les Britanniques et les Américains savaient[1], l’Américain Richard Breitman en véritable historien, sans jouer au procureur, exploite une source inédite: les décryptages réalisés en Grande-Bretagne de messages radio de la police d’ordre et du SS Wirtschaft-Verwaltungshauptamt. Son ouvrage, fruit d’un travail de bénédictin, démontre que les décideurs ont toujours beaucoup de peine à croire une information qui ne correspond pas à leur vision des choses et qu’ils semblent avoir peur de la vérité. A propos de la Shoah, ce ne sont pas les renseignements qui font défaut, mais la capacité des responsables alliés de les accepter comme vrais et de rassembler les pièces du puzzle pour avoir une image claire et cohérente de la situation. Ils ont tendance à détourner le regard parce qu’ils ne croient pas. Il faut admettre que les informations exigent le plus souvent d’être interprétées en les comparant à l’ensemble des données disponibles[2].

Il s’avère encore difficile aujourd’hui d’évaluer de manière exhaustive la façon dont les services de renseignements britanniques et américains ont réagi à l’Holocauste. Certains rapports peuvent avoir été détruits, la plupart restent classifiés mais il y en a assez pour se faire une bonne idée. L’OSS, qui disposait d’informations moins nombreuses et moins fiables que le MI 8 et le MI 14 à Londres, n’a pas été en mesure de représenter correctement la «Solution finale» avant la fin de l’année 1942.

Londres dispose d’informations fiables…

Dès 1941, les services de renseignements britanniques disposent d’informations crédibles sur les massacres de juifs par les nazis. A partir de 1937, ils ont en effet réussi à déchiffrer certains codes allemands, entre autres ceux de la Police d’ordre qui, depuis septembre 1939, passe des messages radio concernant les transferts de main-d’œuvre dans le Gouvernement général de Pologne et, depuis juin 1941, les liquidations de juifs dans les territoires soviétiques. Dès le début de la guerre, les services britanniques ont percé certaines clés utilisées avec la machine de codage sophistiquée Enigma, entre autres une de celles du SS Wirtschaft-Verwaltungshauptamt en charge des camps de concentration, puis d’extermination. En revanche, ils ne sont pas parvenus à percer les clés Enigma de la Gestapo et du Sicherheitsdienst, qui servent à crypter les messages des Einsatzgruppen.

Les analystes militaires britanniques comprennent que les fonctionnaires nazis recourent à l’euphémisme et au camouflage lorsqu’ils évoquent des mesures extrêmes. «Umsiedlung» (réinstallation) ou «Sonderbehandlung» signifie exécution de juifs ou de Russes, . Entre l’été et l’automne 1941, ils déchiffrent des douzaines de rapports clairs concernant des exécutions massives. Le 30 août, le chef SS Bach-Zelewski se vante que, dans sa région, les exécutions dépassent les trente mille. Le chef du Secret Intelligence Service envoie chaque semaine à Winston Churchill des résumés en anglais des activités de la police allemande sur territoire soviétique. Certains messages déchiffrés figurent dans les rapports quotidiens soumis au Premier ministre.

En août 1941, le problème juif ne se trouve pourtant pas au centre des préoccupations de Churchill, qui lie les atrocités nazies à l’âpre résistance soviétique et met en relation les exécutions de dizaines de milliers de patriotes russes avec l’irritation des responsables allemands face aux pertes de la Wehrmacht. A ce moment, il pourrait pourtant déceler un nombre et un pourcentage grandissants de victimes juives. En ce qui concerne les juifs, le Premier ministre, les gouvernants et les spécialistes initiés se montrent peu enclins à croire les rapports les plus alarmistes.

Les mises en garde des services d’Himmler concernant la vulnérabilité des transmissions radio réduisent considérablement les indiscrétions. Comparés à ceux de l’été et de l’automne 1941, les messages transmis par la Ordnungspolizei en 1942 comprennent beaucoup moins de données sur les exécutions massives de juifs et d’autres victimes dans les territoires soviétiques. En revanche, ils évoquent souvent le sérieux manque de main-d’œuvre dont souffre le Reich, qui amène la décision d’exploiter les juifs aptes au travail au lieu de les exécuter immédiatement.

Le décryptage de messages radio diffusés par le SS Wirtschaft-Verwaltungshauptamt donne des indications de première main sur les camps d’extermination et le processus industriel d’extermination. A Auschwitz-Birkenau, on liquide dans les meilleurs délais les nouveaux arrivants mais, dans le camp, il se trouve aussi des contingents de juifs travailleurs forcés, ce qui brouille les pistes. En 1942, les responsables SS transmettent par radio un compte rendu presque quotidiennement du nombre d’individus ajoutés ou retranchés à la population du camp. Quoi qu’il en soit, «au milieu de l’année 1942, et à partir de ces seuls décryptages, il eût été très difficile pour les analystes britanniques de faire le lien entre les transports de juifs vers Auschwitz et les nouvelles installations [nouveaux fours crématoires] qui s’y trouvaient. Rien n’indique que les services secrets l’aient fait.» Mais d’autres renseignements auraient pu être exploités, par exemple ceux de la résistance polonaise…

Les messages radio décryptés de la police d’ordre et de la SS sont diffusés d’une manière très restreinte, vraisemblablement pour éviter de divulguer des sources majeures. Cette restriction empêche des hauts fonctionnaires du Foreign Office de comprendre le génocide décidé par les nazis. Malgré ces messages et les autres sources annonçant la disparition et l’exécution de juifs, le Gouvernement britannique opte pour le silence face à la politique nazie à l’égard des juifs. «Pour autant qu’on puisse en juger, écrit Richard Breitman, la Grande-Bretagne a tout simplement mis en réserve les informations relatives aux débuts de ce qu’on appelle maintenant la Shoah, obtenues par l’intermédiaire des messages décodés ou de toute autre source.»

Les Etats-Unis ne bénéficient pas des décryptages

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la collaboration américano-britannique dans le domaine du renseignement, si elle commence avant l’entrée en guerre des Etats-Unis, reste peu intense. Les deux communautés ont leur caractère propre et des particularités qui font qu’elles sont peu en phase avec les relations politiques entre les deux Etats. Les services de renseignements gardent traditionnellement les secrets qu’ils découvrent, ils les exploitent sans les partager. Jusqu’en 1945, les autorités civiles et militaires américaines ne connaissent pas les succès britanniques touchant à Enigma et les décryptages des messages radio de la Police d’ordre allemande; elles ne reçoivent que quelques documents de synthèse émis par les Britanniques. En revanche, elles disposent de l’enregistrement des conversations entre prisonniers allemands. L’ambassade américaine à Berlin prévoit, à fin octobre 1941, que tous les juifs d’Allemagne seront déportés «en l’espace de quelques mois», ajoutant à la mi-novembre, que les individus valides sont transférés d’Allemagne en Russie comme travailleurs forcés. L’attaché militaire rapporte que des unités SS exécutent des juifs dans de nombreuses localités occupées de Russie.

Les médias américains publient de nombreuses informations. Le principal correspondant allemand de l’Associated Press écrit à fin octobre 1941 que l’élimination totale des juifs est «une politique allemande déterminée» et que le sort des déportés reste inconnu. Le New York Journal American, à la mi-novembre, fait un gros titre en première page de l’assassinat par les Roumains de 25000 juifs à Odessa: en réalité le chiffre est beaucoup plus élevé. A la fin du mois, le New York Herald Tribune, qui veut rester prudent, évoque certains rapports provenant d’Europe centrale qui «parlent de massacres de juifs par les Allemands». The New York Time annonce en mars 1942 que la Gestapo a assassiné 24000 juifs déportés en Ukraine; le Daily Telegraph, dans un grand article paru en juin, mentionne l’utilisation par les nazis de chambre à gaz mobiles. Le New York Herald Tribune, le 25 novembre, titre «Hitler a donné l’ordre de tuer 4 millions de juifs en 1942». Mais la presse américaine traite en général avec scepticisme toute information concernant les exécutions de juifs.

Aux Etats-Unis, de réels obstacles empêchent de croire à l’existence de l’Holocauste. La barbarie nazie se produit à des milliers de kilomètres. La «Solution finale», sans précédent, paraît inconcevable jusqu’en automne 1942 dans les hautes sphères du département d’Etat et chez les proches du Président. Même au Congrès juif américain, on doute de la véracité des informations dont on dispose. Comment imaginer que des êtres humains puissent avoir de tels comportements? Le Gouvernement américain dit avoir besoin de faits soigneusement documentés ne laissant planer aucun doute sur leur authenticité, Au milieu de l’année 1942, il ne croit pas encore en disposer, alors que des informations fiables passent pour des «rumeurs délirantes inspirées par les peurs juives». Les articles de journaux ne suffisent pas à convaincre l’opinion, d’autant plus qu’ils sont souvent écrits en termes modérés, voire sceptiques…

Les raisons de cette attitude

Face aux informations relatives aux assassinats massifs de juifs par les Allemands, les responsables américains et britanniques se rappellent les rumeurs de la Première Guerre mondiale, lorsque des officines du camp de l’Entente fabriquaient de toutes pièces des atrocités allemandes prétendument commises en Belgique et dans le nord de la France, afin de retourner l’opinion mondiale contre le IIe Reich[3]. Les Allemands auraient transformé les cadavres en produits chimiques! Ce qui est faux pendant la Première Guerre mondiale s’avère vrai pendant la Seconde…

Les dirigeants alliés ne veulent pas donner l’impression qu’ils manipulent leur opinion publique, et ils soupçonnent les réseaux d’information juifs et polonais d’exagérer les crimes nazis afin d’obtenir de secours pour leurs peuples. En août 1943, c’est toujours la conviction de Victor Cavendish-Bentinck, patron du Britsh Joint Intelligence Committee, alors qu’il a en main des preuves indiscutables de certains épisodes de l’Holocauste.

Même Churchill, qui est pro-sioniste, craint d’officialiser le massacre des juifs, ce qui risquerait de circonscrire la cause antinazie, voire de la compromettre, vu l’antisémitisme culturel[4] régnant en Grande-Bretagne comme partout en Europe, ainsi que l’hostilité envers les juifs chez les Arabes du Commonwealth. Se focaliser sur la question juive accréditerait également la thèse de la propagande allemande selon laquelle les Alliés mènent la guerre pour le compte des juifs. Il faut donc attendre le 17 décembre 1942 pour que les gouvernements alliés, pour la première et la dernière fois, publient une condamnation formelle «de la mise en pratique de la menace maintes fois répétée par Hitler de détruire le peuple juif[5]».

Le Gouvernement britannique refuse d’envoyer des secours aux juifs qui meurent de faim, entre autres dans les ghettos polonais, parce que cela n’empêcherait pas les nazis de liquider ces populations et que la stratégie choisie par la Grande-Bretagne implique d’obliger l’Allemagne à nourrir les peuples qu’elle a conquis. Faire quitter l’Allemagne et les territoires occupés à des enfants, des femmes, des personnes âgées allégerait pour le pouvoir nazi l’obligation de subvenir aux besoins des résidents. Des envois de nourriture ou de médicaments permettraient à l’Allemagne de consacrer des ressources supplémentaires pour son effort de guerre, ce qui risquerait de retarder son effondrement. Pour les Alliés, il faut que le blocus déploie ses pleins effets et que l’on continue à faire la guerre sans soulager les souffrances des civils sous la botte ennemie.

Surtout, il faut admettre qu’il s’avère très difficile de reconnaître un fait qui excède les limites de l’entendement. Comment croire à l’inhumanité illogique des nazis qui ont décidé de liquider tous les juifs d’Europe, alors que le Reich manque de main-d’œuvre? Le décalage entre les informations disponibles et le crédit qu’on leur attribue constitue un problème de psychologie sociale durant toute la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas avant le second semestre 1942, prétend Richard Breitman, que des informations en provenance de plusieurs sources permettent qu’à Londres et à Washington, on comprenne la monstrueuse entreprise nazie, particulièrement la volonté d’anéantir la totalité des juifs résidant en Europe. Même à ce moment, plusieurs responsables du Foreign Office et du département d’Etat restent sceptiques face aux preuves de l’existence de la Shoah.

Cette impossibilité de voir la réalité se rencontre également dans les milieux juifs. A fin 1943, le consistoire juif français prend soigneusement note de toutes les informations à sa disposition, mais rien n’indique qu’il en saisisse la véritable signification. Deux évadés d’Auschwitz décrivent à des résistants de Nice la réalité du camp de la mort. On ne les croit pas, on les prend pour des individus traumatisés par leurs malheurs[6]…

Ni Churchill, ni Roosevelt, qui ont pourtant reconnu très tôt les méfaits du nazisme et ont pris des risques énormes pour s’opposer à l’Allemagne, n’expliqueront pas leur attitude de réserve face au génocide des juifs. Les autorités britanniques et américaines refusent d’utiliser les récits d’atrocités, d’informer le peuple allemand de ce qui se passe pour contraindre les nazis à stopper les massacres, voire de décider des bombardements aériens de représailles sur des villes allemandes. Cette dernière mesure risquerait de mettre en question la légitimité des attaques aériennes normales sur les villes considérées comme des cibles militaires.

Aux Etats-Unis, cette absence de réactions semble s’expliquer par la crainte de mesures de rétorsion touchant les prisonniers alliés dans les pays ennemis, par le fait qu’on n’a pas compris ce que signifie concrètement l’extermination ou qu’on est décidé à ne pas distinguer les meurtres en masse de juifs de la souffrance des autres victimes. Décrire la situation désespérée des juifs entrave la guerre psychologique américaine: les juifs étrangers ne figurent pas parmi les groupes les plus populaires dans le pays, et la propagande nazie accuse les Alliés de mener la guerre pour le compte des juifs.

Depuis qu’à la mi-septembre 1941, le Secret Intelligence Service (MI 6) cesse de transmettre ses rapports concernant le sort des juifs en Allemagne à Churchill, celui-ci ne sollicite aucune information; il a délégué la question au Foreign Office. A la mi-décembre 1942, il manifeste cependant la volonté d’en arriver à une décision commune des Alliés concernant l’anéantissement des juifs. Le 17 décembre, les gouvernements alliés dénoncent pour la première fois le massacre des juifs par les nazis, mais cela ne modifiera pas leur stratégie; ils ne prennent pas de mesures destinées à sauver des juifs. Le Ministre britannique de l’Intérieur, le 31 décembre, consent tout au plus à accueillir quelques milliers de réfugiés, rappelant qu’il y en a «environ 100000 (…) dans le pays, principalement des juifs, et que le problème de l’hébergement, qui est déjà assez difficile, deviendrait critique en cas d’attaques aériennes renouvelées.» Il ajoute qu’il y a «un très fort antisémitisme larvé dans ce pays. S’il y avait un accroissement substantiel du nombre de réfugiés juifs ou si ces réfugiés ne quittaient pas le pays après la guerre, nous serions en sérieuse difficulté.»

En dernière analyse, il semble que les autorités américaines, mais surtout britanniques, craignent que les nazis et leurs satellites puissent libérer un grand nombre de juifs qu’il leur faudrait alors accueillir et entretenir en plein effort de guerre. La position d’Anthony Eden, ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Churchill, apparaît significative: toute tentative de négocier le sauvetage de quelques juifs pourrait avoir pour résultat que «Hitler veuille que nous prenions tous les juifs». En revanche, Américains et Britanniques encouragent les neutres à ouvrir leurs frontières… Le 23 mars 1943, la Chambre des lords débat de la motion de l’archevêque Temple demandant d’accueillir tous les réfugiés pouvant atteindre la Grande-Bretagne. Le Gouvernement la rejette, invoquant les difficultés de ravitaillement et le manque de bateaux disponibles.

Voir enfin:

10 Most Absurd Holocaust Remarks
Dr. Rafael Medoff
Arutz Sheva
28 January 10Authors claiming that President Franklin Roosevelt was helpless to rescue any Jews from the Holocaust topped the 2009 annual list of ten most absurd statements about the Allies’ reaction to the Nazi genocide.

1. « The only meaningful way to save the intended victims of Hitler’s murder machine was to win the war as quickly as possible. »

(William J. Vanden Heuvel, longtime president of the Franklin & Eleanor Roosevelt Institute, on NewYorkTimes.com, 5 October 2009.)

[COMMENT: There were, in fact, a variety of ways that Jews could have been saved before the war ended, such as using empty troop supply ships returning from Europe to bring refugees for temporary shelter to the United States; bombing the Nazi death camps or the railway lines leading to them; and pressing the British to open Palestine to Jewish refugees.]

2. « [W]e have to keep in mind that the German army controlled everything after 1940. Nobody was escaping. The uh–the uh, nobody could get out….The Jews of Europe had been Hitler’s prisoners since 1940. They couldn’t get out. It didn’t matter whether we let ’em in, they couldn’t get out. »

(Robert N. Rosen, author of ‘Saving the Jews,’ speaking on May 7, 2009 at the Hauenstein Center for Presidential Studies, Grand Valley State University, Allendale, MI,http://main.gvsu.edu/hauenstein/?id=40130E84-99A9-ABD7-8BB977C001C18738)

[COMMENT: In fact, Hitler Europe was far from hermetically sealed. For example, more than 26,000 European Jewish refugees escaped to Palestine between 1941 and 1944; about 8,000 Jews escaped from German-occupied Denmark to Sweden in 1943; thousands of Jews fled from German-occupied territory to Soviet territory during 1940-1945; several thousand refugees, mostly Jews, were smuggled out of Vichy Francy in 1940-1941 by Varian Fry’s rescue network; and thousands of Jewish refugees escaped from elsewhere in Europe to Italy, 1,000 of whom were brought to the United States in 1944.]

3. « [A]ll presidents are required to take an oath of office to enforce the laws of the United States, and the then-in-effect law, that of 1924, prohibited more than 100,000 people coming into this country a year, and that 100,000 were allocated by a complicated formula. So the fact that a president [such as Roosevelt] doesn’t like a particular law doesn’t somehow mean that there is automatically a change in the law. »

(Prof. Gerhard Weinberg, speaking on the radio program « MTSU on the Record » [Tennessee] on October 18, 2009. http://frank.mtsu.edu/~proffice/podcast/2009/OTR_10-18-09.mp3

[COMMENT: The maximum number that could have been admitted in any one year was 154,000, not 100,000. The fact that President Roosevelt could not unilaterally alter the immigration law does not change the fact that the Roosevelt administration could have saved many Germany Jews without changing the law, simply by permitting the existing quotas to be filled each year. A total of 184,525 immigrants could have been admitted to the U.S. from Germany (and, later, German-annexed Austria) from 1933 to 1939, but the actual number of German Jews admitted during those years was only about 70,000.]

4. « We have found some fundamentally new information about the president’s views and policies before and during the Holocaust… » (p.4) « [W]e have uncovered some key episodes in changing American refugee polices previously overlooked … President Roosevelt promised McDonald and George Warren, under the right circumstances, to ask Congress to appropriate $150 million to help resettle refugees in various parts of the world. » (p.335)

(Richard Breitman, Barbara Stewart McDonald, and Severin Hochberg, eds. Refugees and Rescue: The Diary and Papers of James G. McDonald 1935-1945. Bloomington: Indiana University Press, in association with the United States Holocaust Memorial Museum.)

[COMMENT: The episodes Breitman et al claim to have « uncovered » were not « previously overlooked »; they were described in, among other works, David S. Wyman’s Paper Walls (1968) and Henry Feingold’s The Politics of Rescue (1970). McDonald did not succeed in « changing American refugee policies »; indeed, the Roosevelt administration’s intransigence was the whole problem. Roosevelt’s statement to McDonald and Warren may or may not have constituted a « promise, » but in any event he did not fulfill it; he never asked Congress to appropriate funds to resettle refugees. Finally, the term « under the right circumstances » is an elastic loophole that in effect cancels out the rest of that « promise »; for when it came to FDR and the Jews, « the right circumstances » never arrived.]

5. Concerning the Wagner-Rogers bill, which would have admitted 20,000 refugee children from Germany outside the quota system, and which FDR refused to endorse:
« [President Roosevelt] saw that bill as a gesture–not a solution. He was a man of grand vision who wanted to resettle a much larger number of refugees from Germany. » (p.335)

(Richard Breitman, Barbara Stewart McDonald, and Severin Hochberg, eds. Refugees and Rescue: The Diary and Papers of James G. McDonald 1935-1945. Bloomington: Indiana University Press, in association with the United States Holocaust Memorial Museum.)

[COMMENT: There are no known documents in which FDR states that he disliked Wagner-Rogers because it would have saved too few Jewish refugees.]

6. « Bombing the railway lines to Auschwitz and other camps would only have achieved a temporary respite for the Jews, and distracted attention and resources from the larger purpose of overthrowing the regime that was killing them. »

–Richard J. Evans, The Third Reich at War (New York: Penguin Press, 2009), p. 560

[COMMENT: Even a temporary respite might have saved many lives by disrupting the mass murder process. The claim that bombing the railway lines would have « distracted resources » was made by the Roosevelt administration in 1944, and was baseless, as demonstrated by the fact that U.S. bombers were already in the area, flying over Auschwitz repeatedly in the summer and autumn of 1944 as they struck German oil factories in the vicinity, some of them less than five miles from the gas chambers.]

7. « McCloy, he was Assistant Secretary of War, and he’s a very convenient target, because he’s kind of a WASP, mildly anti-Semtitic guy, who belongs to some clubs in New York that Jews don’t belong to, and so he’s kind of a good guy to make into a villain. »

–Robert N. Rosen, author of ‘Saving the Jews,’ speaking on May 7, 2009 at the Hauenstein Center for Presidential Studies, Grand Valley State University, Allendale, MI,http://main.gvsu.edu/hauenstein/?id=40130E84-99A9-ABD7-8BB977C001C18738)

[COMMENT: In fact, scholars have criticized McCloy not because of his ethnic background or club memberships, but because of his opposition to the use of even minimal U.S. military resources to aid refugees or interrupt the mass murder process; his instruction to an aide to « kill » a request to bomb the railways to Auschwitz; his knowingly false claims, in rejecting bombing requests, that bombing would require the diversion of planes from elsewhere in Europe; and his decision to pardon or commute the sentences of large numbers of Nazi war criminals when he was High Commission of Germany from 1949 to 1952.

8. « [American c]ollege and university presidents defended cultural exchanges [with Nazi Germany] as a good way to enhance mutual understanding between the people of Germany and the United States. … In the 1930s, of course, leaders in higher education didn’t have the luxury of hindsight. »

–Glenn C. Altschuler, in the Boston Globe, July 26, 2009, in his review of The Third Reich in the Ivory Tower, by Stephen Norwood.

[COMMENT: The violence, antisemitism, and totalitarianism of Nazi Germany was well known when such cultural exchanges took place during the early and mid-1930s –not only « in hindsight. » Among the well known features of Nazi Germany during this period were the mass expulsion of Jews from most professions; the book burnings, suppression of political dissidents, and state takeover of the news media; the Nazification of all school and university curricula; the Berlin pogrom of 1935; and the Nuremberg Laws.]

9. « The United States accepted about twice as many refugees as the rest of the world combined, 200,000 of 300,000.”

–Robert N. Rosen, author of ‘Saving the Jews,’ speaking on May 7, 2009 at the Hauenstein Center for Presidential Studies, Grand Valley State University, Allendale, MI,http://main.gvsu.edu/hauenstein/?id=40130E84-99A9-ABD7-8BB977C001C18738)

[COMMENT: In fact, while the United States did admit about 200,000 Jews between 1933 and 1945, the « rest of the world combined » admitted about 365,000. Thus the U.S. admitted about one-third, not two-thirds, of the world total. (The most widely-accepted figures for Jewish immigration to destinations other than the U.S. from 1933 to 1945 are: Palestine, 138,000; Latin America, 85,000; Great Britain, 70,000; Canada, 5,000; Australia, 15,000; Switzerland, 22,000; Shanghai, 18,000, and Sweden, 12,000.)]

10. « [W]hen Allied long-range bombers were able to make flights from our airbase in Foggia, Italy, with long-range fighter support, could they then have bombed the marshalling yards at Birkenau? Yes, they could have, but by that time all activity had really ceased and the Germans by November 29, 1944 were dismantling the crematoria at Auschwitz, and making efforts to re-locate, or kill the balance of the Jews that remained. »

–Richard J. Garfunkel, radio talk show host, June 16, 2009, « The Bombing of Auschwitz and Jewish Reaction to the Holocaust: Fact, Feelings and Reactions. »http://rjgpublicthoughts.blogharbor.com/blog/_archives/2009/6/16/4226131.html

[COMMENT: The Allies had sufficient information about Auschwitz-Birkenau and control of the skies in the region to bomb it by the early summer of 1944. The mass deportation of hundreds of thousands of Hungarian Jews to Auschwitz was still underway at that time; it is not true that « by that time all [mass murder] activity had really ceased. »

Information about the List:

The annual list for 2009 was released this week by The David S. Wyman Institute for Holocaust Studies, in conjunction with International Holocaust Remembrance Day, which is commemorated on January 27, the anniversary of the liberation of Auschwitz.

« Despite mountains of evidence to the contrary, some FDR apologists still claim there was nothing he could have done to rescue Jews from the Holocaust, » says the writer, Wyman Institute director Dr. Rafael Medoff. « Like the last Japanese soldier holding out on a remote island years after World War II ended, these diehards simply refuse to face the facts. »

Medoff said the purpose of the annual list is to « expose the most severe misrepresentations of the Allies’ response to the Holocaust, so that the public will have an accurate and balanced account of those crucial historical events. »

The nominees were judged by a panel of scholars who have researched the Allies’ response to the Holocaust: Prof. David S. Wyman, author of The Abandonment of the Jews; Prof. Laurel Leff, author of Buried by ‘The Times’; Dr. Racelle Weiman, founding director (emer.) of Hebrew Union College’s Center for Holocaust and Humanity education; Prof. Bat-Ami Zucker, author of In Search of Refuge; Prof. Judith Baumel-Schwartz, author of Unfulfilled Promise; Dr. Alex Grobman, author of Denying History; and Wyman Institute director Medoff, author of Blowing the Whistle on Genocide.


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