Education: Bienvenue au meilleur des mondes où Billancourt finance Neuilly! (Welcome to France’s high ed brave new world: Do we really want to drive Neuilly to despair?)

We must not drive Billancourt to despair (Sartre)Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et que cependant ce petit nombre d’hommes vraiment cultivés n’était possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonnait à la culture; qu’on ne devait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; que le vrai secret de la culture était là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence d’un petit nombre. Nietzsche
On considère le chef d’entreprise comme un loup à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char. Churchill
La Révolution abolit les privilèges et crée immédiatement ensuite l’Ecole polytechnique et l’Ecole normale supérieure, pour offrir à la nation ses cadres « naturels », en bref sa propre aristocratie. Daniel Cohen
L’université est un service public. C’est l’Etat qui doit payer. Etudiant (Nanterre)
Entre 1951 et 1955, les jeunes d’origine modeste y étaient 29 %, contre 9 % trente ans plus tard. Ils ont aujourd’hui 24 fois moins de chances d’intégrer une grande école que des enfants de cadres ou d’enseignants. Libération
Un rapport de la Banque mondiale explique la mauvaise position des universités françaises dans les classements internationaux par l’absence de sélection à l’entrée. Cette question reste taboue mais la sélection existe de façon larvée puisque seuls 64 % des inscrits obtiennent une licence, souvent après avoir redoublé. Un échec en partie lié à l’afflux des bacheliers professionnels et technologiques qui s’inscrivent à la fac, même s’ils n’y sont pas préparés. Aujourd’hui, 40 % des 25-34 ans ont un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 20 % il y a vingt ans. Aux États-Unis c’était déjà 40 % il y a vingt ans. «La France a rattrapé son retard mais doit s’atteler aux problèmes que les autres pays ont résolus, comme l’efficacité des formations universitaires et leurs débouchés», affirme Éric Charbonnier, expert auprès de l’OCDE. Le Figaro
En France les moins favorisés financent les études des plus favorisés. Gilbert Béréziat

A l’heure où, devant la concurrence internationale, nos universités se décident enfin à se regrouper pendant que la contestation gagne à nouveau l’Education nationale …

Et où, à la veille du renouvellement de sa convention de financement, un établissement d’enseignement supérieur se sent contraint de faire son kowtow en censurant l’une de ses élèves pour crime supposé de lèse-majesté

Enfin un universitaire qui se décide à cracher le morceau sur le système universitaire français!

Et, derrière les beaux discours et la stigmatisation du système américain, la véritable inégalité d’un système …

Où, comme pour les retraites ou la culture, « les moins favorisés financent les études des plus favorisés » jusqu’à leur « payer un salaire pendant leurs études » et leur « procurer un emploi quasiment à vie derrière » …

Où, en frais de scolarité comme en débouchés, les études du plus grand nombre ne valent littéralement rien …

Où « les dix vraies grandes écoles fournissent l’essentiel des hauts cadres de la nation, c’est-à-dire, mettons, pas plus de trois mille à quatre mille diplômés par an, soit un bassin de cent vingt mille personnes, sur une nation de 60 millions d’habitants et quelque six cent mille jeunes qui finissent chaque année la scolarité obligatoire » …

Où, contrairement au système anglo-saxon, il n’y aucun « dispositif de prêts à intérêts quasiment nuls ou à très bas taux d’intérêt, dont certains ne sont remboursés que lorsque l’étudiant commence à travailler » …

Où, contrairement à ailleurs, « il est très difficile d’obtenir des syndicats d’étudiants et de personnel que l’on crée des jobs à l’intérieur de l’université destinés aux étudiants [qui pourraient ainsi financer tout seuls leurs études] comme l’ouverture des bibliothèques le soir tard, sous la surveillance d’étudiants » …

Où les universités n’ont pour se financer ni « les revenus de la capitalisation qu’elles ont réalisée depuis plus d’une centaine d’années qui financent l’université ni leur activité de recherche financée par les différentes agences de l’Etat »

Et où, faute d’un réseau d’anciens élèves et d’un faible sentiment d’appartenance à une université quasiment gratuite, les grands donateurs potentiels (mécènes, grosses firmes du CAC 40, etc.) tous issus du système des grandes et des petites écoles donnent en priorité à leurs établissements d’origine …

Où enfin « les plus doués sont orientés vers des filières de management, de business, etc. », privant de candidats les filières scientifiques et la recherche

Et le pays des innovations et du potentiel industriel sans lesquels n’est tout simplement pas viable un système éducatif digne de ce nom et véritablement égalitaire et méritocratique!

Extraits:

Actuellement, c’est la nation qui s’endette pour payer les études des riches. Donc la question est trop simple. On n’est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c’est que le système américain est une organisation en pyramide : il y a une base très large, avec les Community Colleges de deux ans et les Colleges habituels de quatre ans, et c’est à partir de ces collèges que se fait la sélection vers les formations plus longues. En France, la sélection se fait à 14 ans, j’exagère. Mais en tout cas, elle se fait avant le bac. Donc quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.

Pourquoi, dans les écoles de management et de commerce, peut-on imposer des frais d’inscription ? Tout simplement parce que le pays considère que ces écoles donnent des débouchés sur le marché du travail, alors que les diplômes nationaux traditionnels ne donneraient pas de tels débouchés. Donc en quelque sorte Dauphine fait jouer le marché. Mais il faut aussi trouver des arguments positifs pour Dauphine. Certains considèrent – et ils n’ont pas forcément tort – que dès lors qu’une formation est payante, l’établissement se doit de donner le diplôme qui suit. Donc les étudiants vont être plus exigeants vis-à-vis de leurs enseignants. Mais encore une fois, c’est dans un secteur où, à tort ou à raison, la population pense qu’il y a des débouchés importants. La question qui peut se poser est : la France va-t-elle devenir une nation de commerçants et plus une nation d’inventeurs, et une nation avec un potentiel industriel donnant des biens d’exportation, en particulier. (…)

Je pense qu’en France l’élitisme existe déjà, car on peut considérer que les dix vraies grandes écoles fournissent l’essentiel des hauts cadres de la nation, c’est-à-dire, mettons, pas plus de trois mille à quatre mille diplômés par an. Si vous comptez qu’un diplômé formé dans ces conditions a une activité professionnelle pendant trente ans, cela fait un bassin de cent vingt mille personnes, sur une nation de 60 millions d’habitants. Si vous comparez cela à la génération des six cent mille jeunes qui finissent chaque année la scolarité obligatoire, on est plutôt dans une monarchie que dans un système républicain.

Le système français est incroyable, puisque les élèves les plus doués pour les sciences sont orientés vers des filières de management, de business, etc., et que les filières scientifiques, conduisant à la recherche, manquent de candidats.

Je prends un exemple, celui du Canada. Dans ce pays, dans certaines grandes universités, on fait payer les étudiants assez fortement dans le cycle licence. Mais on les subventionne lorsqu’ils entrent en master dans les filières scientifiques. Aucune université en France n’a les moyens de faire cela. Deuxième chose : dans le système anglo-saxon, il y a tout un dispositif de prêts à intérêts quasiment nuls ou à très bas taux d’intérêt, dont certains ne sont remboursés que lorsque l’étudiant commence à travailler.

C’est très difficilement comparable avec le système français où, sous couvert d’égalitarisme, en réalité, l’Etat subventionne les études de tout le monde mais, comme nous savons très bien que les couches les moins favorisées accèdent le plus difficilement à l’enseignement supérieur et acquittent l’impôt sous forme de taxe (TVA), puisqu’en France l’impôt direct ne représente pas les revenus principaux de l’Etat, sans trop de risque de se tromper, on peut dire qu’en France les moins favorisés financent les études des plus favorisés.

Et je rappelle que les élèves de Polytechnique sont payés, et que les élèves normaliens sont payés. Et, cerise sur le gâteau, on leur procure un emploi quasiment à vie derrière.

Il est évident qu’en France, ce qui coûte cher pour un étudiant, c’est ce que les Anglo-Saxons appellent le « housing ». Comparons avec Manchester : l’université de Manchester, trente-cinq mille étudiants, six mille logements pour étudiants, 42e au classement de Shanghaï. L’Université Pierre-et-Marie-Curie : trente mille étudiants, aucun logement d’étudiant à sa disposition. Tout dépend du Crous, dont je ne suis pas sûr qu’il ait le meilleur rapport qualité-prix en matière de logement.

Par ailleurs, il est très difficile en France d’obtenir des syndicats d’étudiants et de personnel que l’on crée des jobs à l’intérieur de l’université destinés aux étudiants. Exemple : cela fait six ans qu’à l’UPMC nous bataillons pour obtenir que les bibliothèques soient ouvertes le soir tard, sous la surveillance d’étudiants. Ce qui se pratique couramment partout ailleurs dans le monde.

Il faut bien comprendre que dans les plus onéreuses, pour les étudiants, des grandes universités américaines, le revenu généré par les droits d’inscription ne dépasse pas 20 % du budget de l’université. Pourquoi ? Parce que dans ces universités, c’est d’une part les revenus de la capitalisation qu’elles ont réalisée depuis plus d’une centaine d’années qui financent l’université, et d’autre part, l’activité de recherche financée à presque 80 %, voire 90 %, par les différentes agences de l’Etat américain.

Enfin, le problème des Fondations dans notre pays est très compliqué. Parce que les grands donateurs potentiels (mécènes, grosses firmes du CAC 40, etc.) sont issus du système des grandes et des petites écoles. Donc ils donneront en priorité à Polytechnique. (…) Il nous faut d’abord recréer un réseau d’anciens de l’université, qui n’existe pas en France. Et d’une certaine manière, cela nous ramène à la question de départ : l’université étant gratuite, le sentiment d’appartenance à cette université est faible. Les étudiants pensent que l’Etat leur a donné l’éducation supérieure et n’ont qu’une reconnaissance modérée pour l’université qui a fait le business. Et c’est le problème majeur de l’université française aujourd’hui.

« Le système universitaire américain est moins inégalitaire que le nôtre »
Le Monde
02.02.10
L’intégralité du débat avec Gilbert Béréziat, vice-président de l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI), mercredi 3 février, à 16 h .

Jocelyn : Le système universitaire est-il en train de s’américaniser et de nous obliger à nous endetter pour payer les études de nos enfants ?

Gilbert Béréziat : Actuellement, c’est la nation qui s’endette pour payer les études des riches. Donc la question est trop simple. On n’est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c’est que le système américain est une organisation en pyramide : il y a une base très large, avec les Community Colleges de deux ans et les Colleges habituels de quatre ans, et c’est à partir de ces collèges que se fait la sélection vers les formations plus longues.

En France, la sélection se fait à 14 ans, j’exagère. Mais en tout cas, elle se fait avant le bac. Donc quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.

Mirko : Indexer les frais de scolarité sur le revenu des parents, comme le fait Sciences Po Paris, qui exonère totalement les personnes les plus défavorisées, me paraît juste. Qu’en pensez-vous?

Gilbert Béréziat : Sciences Po fait mieux que cela, puisque non seulement il exonère les enfants d’origines les plus modestes, mais il fait des bourses aussi, de manière qu’ils aient des conditions de travail qui se rapprochent des autres. Dauphine, contrairement à Sciences Po, n’est pas une université autonome, ne dispose pas à ma connaissance d’une fondation bien financée. Et je ne pense pas qu’il ait aujourd’hui les moyens de faire des bourses pour les étudiants issus de milieux dont on dit aujourd’hui qu’ils sont des « quartiers difficiles ».

Simon : Ce qui a créé le débat, c’est l’augmentation des frais d’inscription d’un diplôme d’université, mais cela reste impossible pour un diplôme national. La question est donc : combien de temps avant que les universités passent massivement aux diplômes non nationaux pour pouvoir augmenter leurs frais ? Qu’est-ce qui les en empêche ou les freine ?

Gilbert Béréziat : Pourquoi, dans les écoles de management et de commerce, peut-on imposer des frais d’inscription ? Tout simplement parce que le pays considère que ces écoles donnent des débouchés sur le marché du travail, alors que les diplômes nationaux traditionnels ne donneraient pas de tels débouchés. Donc en quelque sorte Dauphine fait jouer le marché.

Mais il faut aussi trouver des arguments positifs pour Dauphine. Certains considèrent – et ils n’ont pas forcément tort – que dès lors qu’une formation est payante, l’établissement se doit de donner le diplôme qui suit. Donc les étudiants vont être plus exigeants vis-à-vis de leurs enseignants.

Mais encore une fois, c’est dans un secteur où, à tort ou à raison, la population pense qu’il y a des débouchés importants. La question qui peut se poser est : la France va-t-elle devenir une nation de commerçants et plus une nation d’inventeurs, et une nation avec un potentiel industriel donnant des biens d’exportation, en particulier.

Joan.UK : Bonjour, je suis actuellement étudiant à la London School of Economics et ancien de l’EHESS à Paris. J’ai dû quitter Paris car rien n’est fait en France pour promouvoir la recherche en sciences humaines. Ni bourse ni création de postes. En Angleterre, je suis certain de pouvoir trouver un emploi décent en tant que chercheur, mais pour cela je dois payer 11000 euros de frais d’inscription par an… Selon vous, la France devrait-elle suivre un modèle identique, basé sur un élitisme injuste mais réaliste ?

Gilbert Béréziat : Je pense qu’en France l’élitisme existe déjà, car on peut considérer que les dix vraies grandes écoles fournissent l’essentiel des hauts cadres de la nation, c’est-à-dire, mettons, pas plus de trois mille à quatre mille diplômés par an. Si vous comptez qu’un diplômé formé dans ces conditions a une activité professionnelle pendant trente ans, cela fait un bassin de cent vingt mille personnes, sur une nation de 60 millions d’habitants. Si vous comparez cela à la génération des six cent mille jeunes qui finissent chaque année la scolarité obligatoire, on est plutôt dans une monarchie que dans un système républicain.

Jérémy : On sait qu’un bon nombre d’étudiants en fac sont là un peu par défaut, ou parce qu’ils ont été mal orientés. Pensez-vous qu’élever les frais de scolarité peut réduire la part de ces élèves à la fac ? De plus ne faudrait-il pas offrir plus de bourses au mérite pour les élèves réellement motivés à suivre une formation à la fac mais qui n’en auraient pas les moyens ?

Gilbert Béréziat : Ce sont des questions de gens qui sont dans les secteurs sciences humaines et sociales. Le système français est incroyable, puisque les élèves les plus doués pour les sciences sont orientés vers des filières de management, de business, etc., et que les filières scientifiques, conduisant à la recherche, manquent de candidats. Donc on ne peut pas répondre à cette question de manière globale.

Je prends un exemple, celui du Canada. Dans ce pays, dans certaines grandes universités, on fait payer les étudiants assez fortement dans le cycle licence. Mais on les subventionne lorsqu’ils entrent en master dans les filières scientifiques. Aucune université en France n’a les moyens de faire cela.

Deuxième chose : dans le système anglo-saxon, il y a tout un dispositif de prêts à intérêts quasiment nuls ou à très bas taux d’intérêt, dont certains ne sont remboursés que lorsque l’étudiant commence à travailler.

C’est très difficilement comparable avec le système français où, sous couvert d’égalitarisme, en réalité, l’Etat subventionne les études de tout le monde mais, comme nous savons très bien que les couches les moins favorisées accèdent le plus difficilement à l’enseignement supérieur et acquittent l’impôt sous forme de taxe (TVA), puisqu’en France l’impôt direct ne représente pas les revenus principaux de l’Etat, sans trop de risque de se tromper, on peut dire qu’en France les moins favorisés financent les études des plus favorisés.

Et je rappelle que les élèves de polytechnique sont payés, et que les élèves normaliens sont payés. Et, cerise sur le gâteau, on leur procure un emploi quasiment à vie derrière.

Hako : De plus en plus d’étudiants se voient contraints de trouver un job étudiant pour payer les frais de logement, de nourriture… ce qui contribue beaucoup à leur échec. Ne pensez-vous pas qu’une augmentation des frais d’inscription aggraverait cela alors qu’il faut faire en sorte de limiter les jobs étudiants pénibles ?

Gilbert Béréziat : Il est évident qu’en France, ce qui coûte cher pour un étudiant, c’est ce que les Anglo-Saxons appellent le « housing ». Comparons avec Manchester : l’université de Manchester, trente-cinq mille étudiants, six mille logements pour étudiants, 42e au classement de Shanghaï. L’Université Pierre-et-Marie-Curie : trente mille étudiants, aucun logement d’étudiant à sa disposition. Tout dépend du Crous, dont je ne suis pas sûr qu’il ait le meilleur rapport qualité-prix en matière de logement.

Par ailleurs, il est très difficile en France d’obtenir des syndicats d’étudiants et de personnel que l’on crée des jobs à l’intérieur de l’université destinés aux étudiants. Exemple : cela fait six ans qu’à l’UPMC nous bataillons pour obtenir que les bibliothèques soient ouvertes le soir tard, sous la surveillance d’étudiants. Ce qui se pratique couramment partout ailleurs dans le monde.

Julien : L’université Paris 6 a-t-elle prévu d’augmenter les frais d’inscription des Masters ? Si oui quel serait le montant ?

Gilbert Béréziat : La réponse est non. Pourquoi ? Parce que nous, nous voulons avoir des étudiants dans nos masters. D’ailleurs je vous signale qu’à l’UPMC, les stages dans les laboratoires sont rémunérés. Certes, modestement, mais au même niveau que les externes des hôpitaux de la faculté de médecine.

Marc : Doit-on craindre que certains établissements (gros consortiums technologiques et management qui sont en train de se constituer) prennent les filières rentables et laissent à l’université le « reste » ? N’est-ce pas ce que les fusions-acquisitions en cours suggèrent ?

Gilbert Béréziat : Bien sûr, on peut faire ça. Mais ce n’est pas la voie que nous avons suivie à l’UPMC, puisque nous sommes en train de nous fédérer avec l’université Panthéon-Assas (droit) et l’université Paris-Sorbonne (sciences humaines et sociales). Pourquoi ? Parce que dans l’avenir, nous pensons que les jeunes qui auront eu une double formation en sciences pures, bonnes, excellentes, et aussi une formation dans les disciplines qui donnent une ouverture culturelle plus large, auront plus d’opportunités d’affronter les difficultés à venir.

Donc nous ne voulons pas du tout devenir une super-université technologique comme celle de Zurich ou de Lausanne. Je rappelle que le MIT possède un département de sciences humaines extrêmement riche et qui n’est pas destiné à former des businessmen ou businesswomen.

Thomas : Pourquoi ne pas réformer en profondeur le système CPGE + grandes écoles en l’intégrant aux universités pour en finir avec cette dualité franco-française ?

Gilbert Béréziat : Je suis plus radical que vous : pourquoi ne pas supprimer les classes préparatoires, qui ne sont que des lieux de training intense, de coaching intense, de dopage intellectuel destinés à faire réussir des élèves à un concours ? Je pense que le cycle licence devrait être un cycle d’orientation, et évidemment d’orientation sélective, permettant tout à la fois l’orientation vers des écoles d’ingénieurs, de management, etc. et vers les filières plus traditionnelles d’érudition ainsi que des filières de formation par la recherche et à la recherche. Je pense qu’à l’âge de 17-18 ans, les élèves doivent s’épanouir, et pas être formatés.

M.Siebert : Pourquoi ne pas faire payer uniquement les redoublements universitaires pour encourager l’investissement des étudiants ?

Gilbert Béréziat : Pour faire réussir des étudiants, il faut qu’ils comprennent que, inscrits dans un cycle, ils doivent faire le travail nécessaire pour avoir le minimum requis par le diplôme. L’Etat et les institutions doivent pouvoir leur en donner les moyens (bourses, prêts à taux zéro, etc.).

Certains n’auront pas la capacité d’aller dans le cycle master, il faut le reconnaître et les aider à s’insérer sur le marché du travail. C’est ce que beaucoup d’universités ont fait ces dernières années en développant les licences professionnelles. Dans beaucoup de disciplines, il est impensable d’avoir une formation à la recherche et de la cumuler avec un travail à temps complet ou même à mi-temps.

C’est pourquoi, par exemple, à l’UPMC, nous n’acceptons pas d’étudiants en doctorat si celui-ci n’est pas financé, c’est-à-dire s’ils n’ont pas une bourse, privée ou publique, leur permettant de consacrer tout leur temps à la recherche et à la préparation de leur doctorat. Il est vrai que de ce point de vue les sciences humaines et sociales sont défavorisées. C’est lié au fait que dans les disciplines littéraires, beaucoup de thésards se recrutent parmi les professeurs du second degré. Et on peut difficilement faire une thèse en trois ans et avoir une activité salariée à plein temps.

On pourrait peut-être s’interroger aussi sur la nécessité de fabriquer autant de thésards dans ce secteur.

Guest : Est-ce que les montants doivent être fixés par la loi de l’offre et de la demande? Quelle régulation mettre en place pour s’assurer d’une certaine justice?

Gilbert Béréziat : Ce que je n’ai pas très bien compris dans la décision de Dauphine, c’est si l’argent dégagé par le paiement des droits d’inscription par les plus « fortunés » était destiné entièrement à subventionner les moins fortunés. Si c’était le cas, je ne pourrais que m’en réjouir. Mais j’ai bien peur que ce soit aussi pour compenser la faiblesse du financement par l’Etat des universités.

JR : Si les frais universitaires n’augmentent pas, de quelle manière l’université peut-elle se procurer des revenus plus importants qu’actuellement ?

Gilbert Béréziat : Il faut bien comprendre que dans les plus onéreuses, pour les étudiants, des grandes universités américaines, le revenu généré par les droits d’inscription ne dépasse pas 20 % du budget de l’université. Pourquoi ? Parce que dans ces universités, c’est d’une part les revenus de la capitalisation qu’elles ont réalisée depuis plus d’une centaine d’années qui financent l’université, et d’autre part, l’activité de recherche financée à presque 80 %, voire 90 %, par les différentes agences de l’Etat américain.

Si vous prenez l’UPMC, 80 % de son budget sont liés à son activité de recherche, d’une manière ou d’une autre. Donc ce problème des droits d’inscription se pose d’abord dans les universités qui n’ont pas la force de frappe que procure la recherche scientifique dans les sciences dures.

Enfin, le problème des Fondations dans notre pays est très compliqué. Parce que les grands donateurs potentiels (mécènes, grosses firmes du CAC 40, etc.) sont issus du système des grandes et des petites écoles. Donc ils donneront en priorité à Polytechnique. Certes, cela peut changer. Mais c’est un très long chemin. Nous y travaillons depuis trois ans à l’UPMC. Nous avons mis deux ans avant de créer notre Fondation partenariale, et nous n’avons pas encore pu déclencher de campagne de levée de fonds d’un niveau comparable aux universités étrangères.

Il nous faut d’abord recréer un réseau d’anciens de l’université, qui n’existe pas en France. Et d’une certaine manière, cela nous ramène à la question de départ : l’université étant gratuite, le sentiment d’appartenance à cette université est faible.

Les étudiants pensent que l’Etat leur a donné l’éducation supérieure et n’ont qu’une reconnaissance modérée pour l’université qui a fait le business. Et c’est le problème majeur de l’université française aujourd’hui.

Modéré par Philippe Jacqué

4 Responses to Education: Bienvenue au meilleur des mondes où Billancourt finance Neuilly! (Welcome to France’s high ed brave new world: Do we really want to drive Neuilly to despair?)

  1. […] avec les bonus et non déductibles d’impôts -, cinq fois plus qu’un président d’université – ce qui en dit probablement plus long sur l’indigence des conditions de rémunération […]

    J'aime

  2. […] – certes avec les bonus et non déductibles d’impôts -, cinq fois plus qu’un président d’université – ce qui en dit probablement plus long sur l’indigence des conditions de rémunération de […]

    J'aime

  3. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    Comment expliquer un tel accroissement des durées de scolarité entre les moins et les plus scolarisés ? Deux processus ont additionné leur effet. D’une part, la politique de réduction du redoublement a raccourci la scolarité des élèves en difficulté et, d’autre part, la réforme LMD (licence, master, doctorat) a favorisé un allongement des études, de la maîtrise (bac + 4) au master (bac + 5) pour une partie des étudiants. La concurrence accrue entre les diplômés du supérieur a aussi entraîné une augmentation des double cursus. Ces processus n’ont pas eu le même effet. Les moins scolarisés n’ont guère gagné à la diminution des redoublements qui ne s’est pas accompagnée d’une aide individualisée suffisante leur permettant d’être plus souvent diplômés à la fin de leurs études. Chiffre énorme : 17% des sortants de l’école, issus essentiellement des deux premiers déciles, sont sans diplôme en 2009 (MEN, 2011). Inversement, les étudiants les plus scolarisés ont bénéficié d’un niveau de diplôme plus élevé avec l’obtention d’un ou plusieurs masters.
    Une répartition de plus en plus inégale des dépenses éducatives

    Ces différences considérables et croissantes des durées des études exercent des effets substantiels sur les bénéficiaires des dépenses éducatives. En 2011, les dépenses éducatives par élève sont annuellement de 5374 € en élémentaire, 8021 € en collège, 11 398 € en lycée général et technologique, 10 219 € à l’université, 14 812 € en CPGE (Dalous, 2011). Même si ces coûts sont des moyennes (les formations licences et masters ne représentent pas le même montant de dépenses selon la discipline et l’année), ils permettent une connaissance du coût total d’une formation sous réserve d’un certain nombre d’hypothèses. Pour les sorties précoces de l’école, il s’agit de scolarités marquées par des redoublements successifs en primaire et au collège. Ces sorties interviennent le plus souvent soit en fin de collège en 1986, soit au début du second cycle, en première ou seconde année de CAP en 2009. Le coût de ces scolarités courtes est passé de 58 018 € en 1986 (en euros 2009) (Martinez et Moutin, 2003) à 103 883 € en 2009, soit une croissance de 79%. Celle-ci résulte de l’allongement de la durée des études et de l’augmentation du coût annuel des scolarités.

    Le coût de la scolarité des étudiants les plus scolarisés (9e décile) est nettement supérieur. En 1986, avec une sortie à 22 ans (bac général à 18 ans suivi de quatre années universitaires), ce coût s’élève à 95 299 €. En 2009, les étudiants du 9e décile finissent leur scolarité à 26 ans. Une évaluation basse du coût de cette scolarité est réalisée sur la base de huit années universitaires post-bac (en raison de réorientation, redoublement et/ou double cursus). Le coût de cette scolarité s’élève à 199 997 €. Une évaluation haute repose sur un passage en CPGE, suivi d’une école d’ingénieur universitaire et d’un master complémentaire. En 2009, le coût de cette scolarité est de 239 279 €. Cette estimation est loin d’être maximum. Les scolarités de certaines écoles d’ingénieurs publiques non universitaires sont plus coûteuses. Ce coût s’élève encore davantage quand les étudiants sont rémunérés pendant leur scolarité comme à Polytechnique, l’ENA ou dans les Écoles Normales Supérieures. À titre d’exemple, le coût des études supérieures de L. Wauquiez (ENS, IEP puis ENA), ex-ministre de l’enseignement supérieur, est estimé à 230 000 € [1] auxquels il faut ajouter le coût d’une scolarité jusqu’au lycée (110 000 €), soit un total de 340 000 €. La croissance soutenue du coût des scolarités les plus longues tient essentiellement à l’allongement important de la durée de ces scolarités, plus de quatre années de 1986 à 2009.
    Une répartition des dépenses éducatives de plus en plus problématique

    Il est possible de tirer plusieurs conclusions des transformations de la durée des études. D’abord, les dépenses éducatives publiques – plus de 100 milliards d’euros annuels – profitent de façon très inégale aux jeunes générations. Les 10% les moins scolarisés en bénéficient relativement peu ; les 10% les plus scolarisés beaucoup. Cet écart entre les riches et les pauvres en éducation s’est creusé sur le dernier quart de siècle. Désormais, les étudiants qui ont les scolarités les plus longues reçoivent en nature, sous forme de cours, presque 200 000 €, pas loin du double de ce qui est perçu par les 10% d’élèves dont la scolarité est la plus courte. Ce raisonnement vaut aussi, pour une grande part, pour les 20% les moins scolarisés et les 20% les plus scolarisés. Les dépenses d’éducation publiques assurent ainsi un vaste mouvement « anti-redistributif » entre les jeunes générations et leurs familles.

    Ensuite, ce mouvement anti-redistributif, croissant de 1986 à 2009, ne concerne pas n’importe quelle catégorie sociale. Toutes les recherches montrent que les scolarités les plus courtes sont réalisées principalement par les enfants des catégories populaires ; les plus longues par les enfants des catégories supérieures (Merle, 2009), dont les scolarités sont de surcroît les plus coûteuses. Dans les grandes écoles (Polytechnique, ENA, HEC, ENS), la part des enfants des catégories aisées a même augmenté depuis les années quatre-vingts (Albouy et Wanecq, 2003). Si les dépenses éducatives publiques profitent davantage à certaines catégories sociales, il serait logique que celles-ci fassent l’objet d’une fiscalité progressive plus forte. Or, sur la période 1986-2009, le mouvement contraire est constaté avec une moindre imposition du capital et des hauts revenus, tout particulièrement sur les dix dernières années, et une montée parallèle de la fiscalité indirecte qui ponctionne de façon relative davantage les bas revenus. Le système éducatif actuel est de moins en moins largement financé par les catégories aisées qui en bénéficient pourtant de plus en plus puisque. Le bilan serait-il si différent pour l’accès au système de soins spécialisés ou aux diverses infrastructures publiques notamment culturelles ? Une société qui repose sur un tel déni des règles élémentaires d’équité et de justice n’est-elle pas une source intrinsèque de conflits, de violence et de radicalisation politique ?

    http://www.laviedesidees.fr/A-qui-profitent-les-depenses.html

    J'aime

  4. jcdurbant dit :

    Voir encore:

    Coût de la scolarité de Wauquiez

    Laurent Wauquiez-Motte a été un fort brillant étudiant. Combien ont coûté à l’Etat ses formations supérieures successives (9 années en continu, de 1992 à 2001) et combien a-t-il payé de droits d’inscription ? Dans une période où l’on supprime des postes d’enseignants et où des débats relancent opportunément la question de l’augmentation des droits d’inscription dans le Supérieur, il est légitime de poser ces deux questions.

    Reconstitution de la scolarité de Laurent, le 1er partout, à partir de 3 CV consultables en ligne : Wikipédia, Site perso, MESR. Certaines dates ne figurent pas dans ces trois sources : une erreur à la marge est possible. Que le lecteur averti veuille bien apporter des précisions. Vidéos Daymotion. Des dizaines de photos.

    Naissance en avril 1975. 1. « Etudes secondaires au lycée Louis le Grand et au Lycée Henri IV. Entrée en 1994 à l’ENS ULM ». Déduction : baccalauréat à 17 ans en 1992, deux années de classe préparatoire (CPGE) dans un des deux lycées parisiens prestigieux. Dépense publique pour 2 ans de scolarité en CPGE en euros 2010 : 30.000 euros (indicateur 10.5. des RERS 2011). Droits d’inscription : 0 euro.

    2. Deux ans de scolarité à l’ENS ULM de 1994 à 1996. Durant cette période, il obtient à l’université une licence puis une maîtrise d’histoire. Je suppose qu’il a obtenu l’agrégation d’histoire en 1997. Dépense publique pour 2 ans de scolarité à l’ENS ULM et pour une année de préparation de l’agrégation : 30.000 euros pour 2 années d’ENS + 10.000 euros pour une année de prépa Agrég + 50.000 de rémunération, charges incluses = 90.000 euros. Droits d’inscription : 750 euros (3 années d’inscription à l’université, en parallèle à la scolarité au sein de l’ENS).

    Laurent Wauquiez, agrégé d’histoire, ne s’engage pas dans un doctorat, décide de ne pas faire l’enseignant d’histoire en lycée ou en CPGE. Il poursuit ses études supérieures de 1997 à 1999. 3. Il intègre Sciences Po Paris, en sort diplômé ; il obtient alors un DEA de droit public. Agrégatin, DEA : il est toujours au même niveau : bac+5. Dépense publique pour ces deux années d’études supérieures : 30.000 euros. Droits d’inscription : 500 euros. Perçoit-il sa rémunération de fonctionnaire pendant les deux années de Sciences po ?

    Ce n’est pas fini. 4. Laurent Wauquiez réussit le concours d’entrée à l’ENA en 1999 et sort major de la promotion Mandela en 2001, après 2 années de formation et de stage (chronique : « Laurent 1er et le classement de l’ENA« ). Après 9 ans d’études en continu, il est toujours à bac+5 (le diplôme nécessaire pour candidater à l’ENA est la licence). Dépense publique pour ces deux années de formation supérieure : 30.000 euros + 50.000 euros de rémunération, charges sociales incluses (les élèves de l’ENA, de même que ceux de l’ENS, perçoivent un salaire) = 80.000 euros. Droits d’inscription = 0 euro.

    Au total, 9 ans d’études supérieures en continu (dont un an de stage lors de la formation à l’ENA) et un niveau d’études de bac+5. Dépense publique pour Laurent Wauquiez : 230.000 euros. Droits d’inscription : 1.250 euros. 230.000 euros, ce n’est pas une pécadille, même pour un jeune homme né « avec une cuiller d’argent dans la bouche ». Laurent, le 1er partout, se rend-il compte de ce que l’Etat, i.e. l’impôt des français, ont fait pour lui ? Destiné à la Haute fonction publique, qu’a-t-il rendu en échange ? « Faire l’élu ou le ministre d’une famille politique » n’est pas « faire le Haut fonctionnaire ».

    Je reconnais que je suis choqué par cette forte inégalité d’accès aux études supérieures longues. Oui, il faut poser la question des droits d’inscription. J’ai déjà exprimé un premier choix (chronique : « Faire un 2ème Master 2« ). Quand des études supérieures sont poursuivies après l’obtention d’un diplôme permettant l’accès au marché du travail (cas de Laurent Wauquiez après l’obtention de l’agrégation d’histoire), ce n’est pas à l’Etat de payer ! Il a déjà donné !

    Notes. Quelle est aujourd’hui la situation de Laurent Wauquiez par rapport à l’obligation décennale de servir dans la Fonction publique ? Régime financier de l’ENA (décret du janvier 2002, article 17) : « les recettes de l’Ecole nationale d’administration comprennent notamment : … 7° Le remboursement des frais de scolarité des élèves démissionnaires ».

    Pierre Dubois

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :