Idiots utiles: Howard Zinn nous rappelle que la gauche n’est pas une idée folle (No nation-state please, we’re Jews!)

Ilhem Moussaid
Le monde moderne est plein d’idées chrétiennes devenues folles. G. K. Chesterton
Militante féministe, internationaliste et anticapitaliste, je lutte contre les discriminations, le racisme dans les quartiers populaires, contre l’apartheid et l’injustice en Palestine. Ilham Moussaïd (candidate NPA dans le Vaucluse)
En son temps, le combat du MLF a, lui aussi, été jugé « petit-bourgeois » et « secondaire ». En 1976, une militante féministe, qui venait de dénoncer le viol commis par un « camarade » immigré, a connu un véritable procès de Moscou. Ses « camarades » gauchistes l’accusaient de stigmatiser les classes populaires. Caroline Fourest
Il ne m’était pas venu à l’esprit – tant était grande mon ignorance sur le Moyen-Orient – que l’établissement d’un Etat juif impliquait la dépossession de la majorité arabe qui vivait sur cette terre. Je n’en savais pas plus que quand j’étais écolier et que, devant une carte de géographie de l’Expansion américaine vers l’Ouest, j’assumais que les colons blancs s’installaient dans un territoire vide. Dans un cas comme dans l’autre je ne réalisais pas que l’avance de la « Civilisation » impliquait ce que nous appellerions aujourd’hui du « nettoyage ethnique. (….) C’est seulement après la  » Guerre des de six jours » de 1967 et l’occupation par Israël des territoires saisis dans cette guerre (Cisjordanie, bande de Gaza, Hauteurs du Golan, péninsule du Sinaï) que j’ai commencé à voir Israël non pas seulement comme un petite nation entourée d’Etats arabes hostiles mais comme une puissance expansionniste. En 1967, j’étais totalement engagé dans le mouvement contre la guerre au Vietnam. J’avais compris depuis longtemps que les expressions « securité nationale » et  » défense nationale » étaient employés par le gouvernement américain pour justifier la violence agressive contre d’autres pays. En fait, il y avait un lien clair entre Israël et les Etats-Unis dans leur politique étrangère respective, illustré par le soutien militaire et économique que les Etats-Unis apportaient à Israël et l’approbation tacite d’Israël à la guerre américaine au Vietnam.
J’ai longtemps considéré l’Etat-nation comme une abomination de notre temps – la fierté nationale menant à la haine nationale, menant à la guerre. Il m’a toujours semblé que les juifs, sans territoire national, étaient une influence d’humanisation dans le monde. L’accusation contre eux par Staline, selon laquelle les juifs étaient « cosmopolites », est exactement pour moi la grande vertu des juifs. Ainsi le fait que les juifs deviennent juste un autre Etat-nation, avec toutes les caractéristiques de l’Etat-nation – xénophobie, militarisme, expansionisme – n’a jamais été pour moi une évolution bienvenue. Et les politiques de l’Etat d’Israël depuis sa naissance ont confirmé mes craintes. Howard Zinn
A l’heure où le centrisme résigné de Barack Obama semble déboucher sur une impasse démocratique, la voix d’Howard Zinn nous rappelle que la gauche n’est pas une idée folle en Amérique. Sylvie Laurent
C’est le rôle des Églises qu’il faut combattre, pas les croyances individuelles. Raoul Marc Jennar (militant NPA altermondialiste, porte-parole de José Bové à la présidentielle de 2007)
La capitulation gagne ceux qui, au nom de l’apaisement, refusent de résister à l’islam politique qui en appelle à la tolérance démocratique quand cela l’arrange et la refuse au nom de ses propres règles. Les Chrétiens ne se disent pas humiliés quand par la République quand celle-ci dresse ses listes noires de sectes issues de leur religion ; pourquoi faudrait-il que les musulmans se sentent victimes de haine quand de semblables dérives, autrement plus dangereuses que la Scientologie, mobilisent le législateur? Ivan Rioufol

On se lève tous pour la Palestine! (air connu)

A l’heure où, pour ne pas désespérer Billancourt et ses sondages en chute libre, notre facteur de Neuilly nous ressort pour les prochaines régionales une candidate avec foulard et keffyeh de rigueur contre l’apartheid et l’injustice en Palestine (les PS-PC ayant apparemment leur propre perle rare conseillère municipale à Echirolles dans l’Isère) .…

Et où un PS étrangement silencieux quand ses amis défilaient encore l’an dernier pour soutenir, entre les étoiles de David brulées et les vociférations antisémites, les islamistes du Hamas s’excite sur une petite phrase sortie de son contexte (un mois après mais à la veille d’élections régionales contestées) d’un Frêche connu pour ses liens avec la communauté juive et Israël …

Pendant qu’une actrice franco-algérienne un peu trop ouvertement féministe se voit menacée et aspergée d’essence et un iman opposé au voile intégral (dont nos encagoulés ont eux bien compris tout l’intérêt) chassé de sa mosquée de Drancy par les intégristes …

Et que nos magistrats offrent un séjour tous frais payés à une centaine de clandestins syriens débarqués sur nos plages par leurs négriers à 10 000 dollars pièce et qu’une auxiliaire de police qui insiste depuis bientôt six ans à porter le voile sur son uniforme (jusqu’à refuser de serrer la main aux agents masculins de son service !) est « payée à rester chez elle »

Sans parler de nos chercheurs qui ici continuent à refuser les statistiques ethniques mais outre-quievrain à apporter leur soutien théorique au remaniement de toute notre législation matrimoniale pour attribuer le mariage comme l’adoption d’enfants aux victimes des réactions hormonales et immunologiques de leur mère …

Retour sur deux textes d’un des maitres à penser, tout récemment décédé, qui ont rendu possible l’actuelle Obamania (ou ce qu’il en reste) où, derrière la même stigmatisation de l’abomination de l’Etat-nation (pour le seul Israël!) et entre deux appels à une intifada américaine sur Al Jazeera, l’on retrouve (surprise !) le même soutien des nouveaux damnés de la terre en keffyeh …

The poisons of nationalism
Howard Zinn
Tikkun Magazine
June 13 2009

I was not long out of the Air Force when in 1947 the U.N. adopted a partition plan for Palestine, and in 1948, Israel, fighting off Arab attacks, declared its independence. Though not a religious Jew at all, indeed hostile to all organized religions, I had an indefinable feeling of satisfaction that the Jews, so long victims and wanderers, would now have a « homeland. »

It did not occur to me–so little did I know about the Middle East–that the establishment of a Jewish state meant the dispossession of the Arab majority that lived on that land. I was as ignorant of that as, when in school, I was shown a classroom map of American « Western Expansion » and assumed the white settlers were moving into empty territory. In neither case did I grasp that the advance of « civilization » involved what we would today call « ethnic cleansing. »

It was only after the « Six-Day War » of 1967 and Israel’s occupation of territories seized in that war (the West Bank, the Gaza Strip, the Golan Heights, the Sinai peninsula) that I began to see Israel not simply as a beleaguered little nation surrounded by hostile Arab states, but as an expansionist power.

In 1967 I was totally engaged in the movement against the war in Vietnam. I had long since understood that the phrases « national security » and « national defense » were used by the United States government to justify aggressive violence against other countries. Indeed, there was a clear bond between Israel and the United States in their respective foreign polices, illustrated by the military and economic support the United States was giving to Israel, and by Israel’s tacit approval of the U.S. war in Vietnam.

True, Israel’s claim of « security, » given its geographical position, seemed to have more substance than the one made by the U.S. government, but it seemed clear to me that the occupation and subjugation of several million Palestinians in the occupied territories did not enhance Israel’s security but endangered it.

I was reinforced in my view during a spirited discussion of the Israel-Palestine conflict I was having with my large lecture class at Boston University. A number of Jewish students were fervently defending the Occupation, whereupon two young women who had been silent up to that point rose, one after the other, to say something like the following: « We are from Israel. We served in the Israeli army. We want to say to you who love Israel that the occupation of the West Bank and Gaza will lead to the destruction of Israel, if not physically, then morally and spiritually. »

As the years of the Occupation went on, the cycle of violence seemed endless–a rock-throwing intifada met by over-reaction in the form of broken bones and destroyed homes, suicide bombers killing innocent Jews followed by bombings which killed ten times as many innocent Arabs.

The invasion of Lebanon in 1982 was a particularly horrifying episode in that cycle: rocket fire from the Lebanese side into Israel brought a full scale invasion and ruthless bombing, in which perhaps 16,000 Lebanese civilians were killed. The culmination was the massacre of hundreds, perhaps thousands of Palestinians in the Sabra and Shatila refugee camps. An Israeli commission put the responsibility on General Ariel Sharon.

I have for a long time considered the nation-state as an abomination of our time–national pride leading to national hatred, leading to war. It always seemed to me that Jews, without a national territory, were a humanizing influence in the world. The charge against them by Stalin, that Jews were « cosmopolitans » was exactly what I thought the great virtue of Jews.

So for Jews to become just another nation-state, with all the characteristics of the nation-state–xenophobia, militarism, expansionism–never seemed to me a welcome development. And the policies of the State of Israel since its birth have borne out my fears. Some of the wisest Jews of our time–Einstein, Martin Buber–warned of the consequences of a Jewish state. Einstein wrote, at the very inception of Israel:

« My awareness of the essential nature of Judaism resists the idea of
a Jewish state with borders, an army, and a measure of temporal
power, no matter how modest. I am afraid of the inner damage Judaism will sustain…. »

Of course, there is no turning back the clock and it may be that an independent Palestine alongside an independent Jewish state is the best interim solution, but since the poison of nationalism will undoubtedly infect both states, the ideal of a democratic, secular community of Jews and Palestinians should remain a goal of all who desire lasting peace and justice.

Howard Zinn is a historian, playwright, and social activist. His best-known work is A People’s History of the United States.

Voir aussi:

Les Etats-Unis ont besoin d’un esprit révolutionnaire
Howard Zinn
Al Jazeera s’entretient avec Howard Zinn, écrivain, historien de l’Amérique, critique social et activiste, de la manière dont la guerre en Irak a changé le regard des autres sur les Etats-Unis et des raisons pour lesquelles « l’Empire » serait près de l’effondrement.

9 septembre 2008

Howard Zinn: Depuis un certain temps, et à coup sûr aujourd’hui, l’Amérique évolue vers moins de pouvoir et moins d’influence dans le monde.

Manifestement, depuis la guerre en Irak, le reste du monde s’est détourné des Etats-Unis et, si la politique étrangère américaine persiste dans cette voie agressive, violente et indifférente aux sentiments et réflexions des autres peuples, alors oui, l’influence des Etats-Unis va poursuivre son déclin.

C ‘est l’empire le plus puissant qui ait jamais existé tout en étant en train de s’écrouler, un empire qui n’a pas d’avenir… parce que le reste du monde lui devient étranger et tout simplement aussi parce qu’il croule sous les engagements militaires, avec des bases partout dans le monde alors qu’il est à bout de ressources sur son propre territoire.

Cette situation entraîne un mécontentement croissant au pays et je pense que l’empire américain va dès lors suivre le chemin des autres empires avant lui, c’est ce qui est en train de se produire.

Question : Y a-t-il un espoir de voir les Etats-Unis aborder sous un autre angle le reste du monde ?

HZ : s’il y a un espoir, il ne peut être porté que par le peuple américain.

Par un peuple américain suffisamment révolté et indigné par ce qui est arrivé à son pays, par la dégradation de son image aux yeux du monde, par l’épuisement de ses ressources humaines, les carences en éducation et dans le domaine de la santé ainsi que par la mainmise du monde des affaires sur la politique, avec les répercussions que cela entraîne sur la vie au quotidien du peuple américain.

Sans compter les prix à la hausse de la nourriture, l’insécurité croissante et la mobilisation des jeunes pour la guerre. Je pense que tout cela peut faire naître un mouvement de révolte.

Nous avons assisté à des soulèvements dans le passé : le mouvement ouvrier, les droits civils, la mobilisation contre la guerre au Vietnam. Je pense que si les Etats-Unis poursuivent dans la même direction, nous pourrions assister à la naissance d’un nouveau mouvement populaire. C’est le seul espoir pour les Etats-Unis.

Q : Comment les Etats-Unis en sont-ils arrivés là ?

HZ : Si nous en sommes arrivés là, je présume que c’est parce que la population américaine a laissé les choses se dégrader à ce point, c’est-à-dire qu’il s’est trouvé assez d’Américains pour s’estimer satisfaits de leur situation, juste assez.

Bien sûr, beaucoup d’Américains ne le sont pas, c’est pourquoi la moitié de la population ne vote pas, elle se sent exclue.

Mais il y a juste assez d’Américains qui sont satisfaits, qui estiment recevoir assez de petits cadeaux de l’Empire, juste assez de personnes suffisamment satisfaites pour perpétuer le système. Nous en sommes arrivés là grâce à l’aptitude du système à se maintenir en satisfaisant juste assez de monde pour maintenir sa légitimité. Mais je pense que cette époque sera bientôt révolue.

Q : Que devrait savoir le monde à propos des Etats-Unis ?

HZ : Je pense que beaucoup dans le monde ignorent qu’il existe une opposition aux Etats-Unis.

Très souvent, les gens dans le monde croient que Bush est populaire chez nous, ils pensent : « oh, il a été élu à deux reprises » ; ils ne comprennent pas la perversité du système politique américain qui a permis à Bush de l’emporter deux fois. Ils ne comprennent pas la nature fondamentalement anti-démocratique d’un système dans lequel tout le pouvoir est aux mains de deux partis qui ne diffèrent guère l’un de l’autre et dont les gens ne peuvent saisir les différences.

Dès lors, nous sommes dans une situation où il va falloir des changements fondamentaux de la société américaine si nous voulons que la population soit à nouveau en harmonie avec elle.

Q : Pensez vous que les Etats-Unis puissent se remettre de leur situation actuelle ?

HZ : Et bien, j’espère en un rétablissement mais à ce jour, nous n’avons rien vu venir.

Vous m’avez interrogé au sujet de ce que le reste du monde ignore à propos des Etats-Unis et, comme je vous l’ai dit, il ignore l’existence d’une vraie opposition. Il y a toujours eu une opposition, mais elle a toujours été écrasée ou anesthésiée, maintenue à l’ombre ou marginalisée en sorte que sa voix ne puisse être entendue.

Les gens dans le monde n’entendent que les voix des dirigeants américains. Ils n’entendent pas les voix de tous ceux qui dans ce pays n’approuvent pas les dirigeants et veulent des politiques différentes.

Je pense aussi que le reste du monde devrait savoir que ce qui se passe en Irak n’est que le prolongement d’une longue politique impériale d’expansion dans le monde.

Je pense aussi que beaucoup croient que cette guerre en Irak n’est qu’une aberration ponctuelle et qu’avant cette guerre les Etats-Unis étaient un pouvoir inoffensif. Ils n’ont jamais été un pouvoir inoffensif et cela depuis le tout début, dès la révolution américaine, depuis la confiscation des terres des Indiens, la guerre du Mexique, la guerre hispano-américaine… C’est embarrassant à dire, mais nous avons dans ce pays une longue histoire d’expansion violente et je pense que non seulement beaucoup d’étrangers l’ignorent, mais aussi beaucoup d’Américains.

Q : Peut-on améliorer cette situation ?

HZ : Vous savez, cet espoir, s’il existe, réside dans ce grand nombre de citoyens américains qui sont corrects, ne veulent pas la guerre, ne veulent pas tuer d’autres peuples.

Il est difficile d’entrevoir cette espérance parce que les Américains qui pensent ainsi sont exclus des médias, leurs voix ne sont pas entendues et on ne les voit jamais à la TV. J’ai participé dans ma vie à nombre de mouvements sociaux et j’ai pu voir qu’au début ou juste avant le développement de ces mouvements, il semblait n’y avoir aucun espoir.
J’ai vécu dans le Sud pendant sept ans, pendant les années du mouvement des droits civils, et la situation semblait désespérée mais il y avait de l’espoir en profondeur. Quand les personnes s’organisent, commencent à agir, commencent à travailler ensemble, alors elles osent prendre des risques, s’opposer à l’ordre établi et commettre des actes de désobéissance civile.

Alors l’espoir devient évident et se concrétise en changement.

Q : Pensez vous qu’il existe une façon pour les Etats-Unis de retrouver une influence positive sur la marche du monde ?

HZ : Oui mais pour cela nous avons besoin d’une nouvelle direction politique qui soit sensible aux vrais besoins des Américains et ni la guerre ni l’agression ne font partie de ces besoins. Elle devra être également sensible aux besoins des autres peuples et comprendre que les ressources américaines, au lieu de financer les guerres, pourraient contribuer à aider ceux qui souffrent. Il y a eu des tremblements de terre et des catastrophes naturelles partout dans le monde et aux Etats-Unis aussi, mais cela a entraîné bien peu de réactions, voyez l’ouragan Katrina. Les gens dans ce pays, particulièrement les pauvres et les gens de couleur ont été victimes du pouvoir américain comme d’autres peuples ailleurs dans le monde.

Q : Pourriez-vous nous faire une synthèse de ce dont nous venons de débattre, le pouvoir et l’influence des Etats-Unis ?

HZ : Le pouvoir et l’influence des Etats-Unis ont décliné rapidement depuis la guerre en Irak parce que cette guerre a exposé, comme cela n’avait jamais été le cas dans l’Histoire, la manière dont s’exerçait le pouvoir américain dans ce type de situation et dans d’autres. Dès lors que l’influence US décroît, son pouvoir décroît aussi. Si forte que soit la machine de guerre, le pouvoir ne dépend pas que d’elle. Au total, le pouvoir décroît. À terme, le pouvoir repose sur la légitimité morale du système et les Etats-unis ont perdu cette légitimité morale. Mon espoir est que le peuple américain se soulève spontanément et change cette situation pour son plus grand bénéfice et celui du reste du monde.

Traduit par Oscar GROSJEAN pour Investig’Action – michelcollon.info

Source: Al Jazeera

Voir enfin:

Howard Zinn et les damnés de l’Amérique
Sylvie Laurent
Le Monde
04.02.10

La mort, il y a quelques jours, de l’historien Howard Zinn nous prive, chercheurs, américanophiles, esprits curieux, d’une des plus belles paroles américaines, celle d’un intellectuel qui fut également un héros de l’histoire des Etats-Unis du XXe siècle. Ouvrier avant de devenir soldat puis professeur, il aura été de toutes les luttes pour une Amérique plus juste : pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam, contre les ravages du capitalisme, contre les discriminations raciales et sexistes, contre la guerre d’Irak. Intellectuel et activiste, il incarna par son existence une forme de courage, d’intégrité et de clairvoyance que l’on a eu trop tendance à caricaturer en gauchisme suranné et vain.

Dans la préface de son étude Le Peuple, Jules Michelet s’adresse à Edgar Quinet en ces termes : « Ce livre, je l’ai fait de moi-même, de ma vie et de mon cœur. Il est sorti de mon expérience, bien plus que de mon étude. Je l’ai tiré de mon observation, de mes rapports d’amitié, de voisinage ; je l’ai ramassé sur les routes… Enfin pour connaître la vie du peuple, ses travaux, ses souffrances, il me suffisait d’interroger mes souvenirs. » Bien avant d’écrire son histoire du peuple des Etats-Unis, Hower Zinn a lui aussi fait l’expérience de l’histoire. Après s’être ouvert aux brutalités sociales dans le New York prolétaire des sourdes luttes de classes observées par Dos Passos, c’est dans le Sud ségrégationniste qu’il s’engage et qu’il devient un radical. A ce moment-là, dans ce pays-là, seul un héros pouvait quitter le confort du monde blanc pour s’engager dans ce combat. Révolté par le racisme institutionnalisé qui interdit aux Africains-Américains de manger au même comptoir que les Blancs, il devient leur compagnon de lutte.

Non seulement s’engagea-t-il dans le mouvement des droits civiques le plus radical de l’époque, le Student Non-Violent Coordinating Comittee, participant physiquement aux confrontations sanglantes avec la police et les Blancs hostiles, mais il s’imprégna de la pensée noire la plus forte et la plus révolutionnaire. De la lecture de Dickens, il passe à celle de W.E.B. Du Bois, de Martin Luther King Jr pour s’attarder plus tard sur la pensée de Malcolm X dont il tirera un chapitre remarquable de son histoire du peuple américain. Dépassant la vulgate marxiste qui n’est jamais véritablement parvenue à articuler conscience de classe et conscience de race, Zinn se convertit à une pensée de gauche complexe dans laquelle on ne peut penser la question des discriminations raciales sans les lier au capitalisme et à l’impérialisme, une même rhétorique nationale les reliant.

Comme Jean-Pierre Vernant après son engagement dans la Résistance, il puise dans la lutte avec les camarades l’inspiration d’un travail qui cherchera avant tout la remémoration et le témoignage des acteurs afin de raconter une histoire « vraisemblable » à défaut d’être vraie. Il s’indigne en effet de l’absence des voix du peuple dans les textes canoniques de la démocratie américaine. Bien avant le travail de Bourdieu sur les pratiques de contrôle social et les formes de domination discursives et bien avant la conversion des campus américains aux études minoritaires (Chicano Studies, Gender Studies, Subaltern Studies….) qui institutionnalisent à la fin des années 1970 la relecture des textes-maîtres dans une perspective dissidente, Zinn interrogeait : « Nous le peuple ? » De quel peuple parle-t-on, raille-t-il, lorsque l’on récite la Constitution américaine, la main sur le cœur ? Intégrons-nous ceux à qui l’on refuse la citoyenneté de droit et les milliers d’oubliés des manuels scolaires, Amérindiens, pauvres, immigrés ? Les héros américains sont-ils ceux dont on nous dit qu’il est de notre devoir de les vénérer ?

Aujourd’hui, les livres abondent qui soulignent les incohérences de Lincoln ou les mensonges de Jefferson. Mais lorsque Zinn commence à publier dans les années 1960, l’intelligentsia le taxe de propagandiste « communiste » et sa parole est disqualifiée comme « anti-américaine ». Il refuse, il est vrai, toutes les entourloupes du contrat social américain d’alors, au premier rang desquels la guerre du Vietnam et toutes celles, ultérieures, qui prétendront que l’Amérique est impériale parce qu’elle est bonne. Il n’a pas attendu qu’il soit de bon aloi de critiquer le bellicisme viscéral de l’administration de George W. Bush. Pas plus qu’il ne cacha ses inquiétude face à la politique de Barack Obama en Afghanistan, quelques mois à peine après l’élection euphorisante de ce dernier.

C’est aussi dans la salle de classe qu’il vivait son engagement, d’abord dans le collège pour jeunes filles noires de Spellman à Atlanta, où l’on envoyait les professeurs juifs privés de postes ailleurs, puis à New York et enfin à Boston. Sans jamais abandonner la lutte contre les inégalités et les injustices qu’il voyait miner l’idéal démocratique du pays, il enseigna à des milliers d’étudiants à regarder l’histoire de façon oblique, à renoncer à la prétentieuse vérité officielle pour choisir une « intrigue » (pour reprendre le mot de Paul Veyne) : la force historique des humiliati, par les yeux desquels le grand récit national nous apparaît moins glorieux, mais aussi plus riche. Craignant plus que tout la neutralité qui rend complice, il forma et soutint nombre d’historiens critiques qui revisitent l’histoire du monde avec une attention particulière au point de vue des insatisfaits. La romancière Alice Walker dit qu’elle n’eut jamais meilleur professeur. Sans doute le million et demi d’Américains qui ont acheté Une histoire populaire des Etats-Unis depuis sa parution en 1980 sont-ils également à compter parmi ses élèves.

A l’heure où le centrisme résigné de Barack Obama semble déboucher sur une impasse démocratique, la voix d’Howard Zinn nous rappelle que la gauche n’est pas une idée folle en Amérique.

Sylvie Laurent, américaniste à Sciences-po et Fellow au W.E.B Du Bois Institute de l’université Harvard

3 Responses to Idiots utiles: Howard Zinn nous rappelle que la gauche n’est pas une idée folle (No nation-state please, we’re Jews!)

  1. Le foulard et keffyeh de cette « femme » portent les griffes des grands couturiers du monde islamique : de l’acide de l’humiliation et du sang des génocides. Sa prestance sulfureuse et son regard « persan » me bouscule dans mes valeurs judéo-chrétiennes pour ne pas dire tout simplement humaines. Il est triste de constater que notre république depuis Vichy n’a rien compris et s’enlise dans la torture des mots et des gestes pour les rendre compatibles avec le néant d’une société qui se croit distincte et supérieure.

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  2. XIAN dit :

    c ki ces gens qui manifestaient dans des pays libres du communisme,,contre une oppression annoncée par ce système(communisme,socialisme,pur et dur)au vietnam!
    ce ne son pas eux qui devaient s enfuir sur des boats,risquer la mort,mourir,violés,,,
    ce ne sont pas à eux que le socialisme,le communisme a dépouillé la liberté de réflexion,d action,sinon de devenir des moutons de panurge!!
    honte à ces gens,ces « intellectuels »,à leur nom,à leur famille,,pour avoir fait souffrir des populations qui n ont demandé que vivre en paix,dans leur pays,en liberté,sans le joug du communisme,du socialisme d état,du parti unique,,

    J'aime

  3. jcdurbant dit :

    Dernier petit échantillon en date de cette « griffe » islamique et de cette culture du « néant » qui passent chez nos dhimmis locaux comme « supérieurs »:

    Le Hamas assure ne jamais s’être excusé pour la mort de civils
    Le Monde avec AP
    07.02.10
    Le gouvernement Hamas à Gaza est revenu, samedi 6 février, sur les excuses qu’il avait formulées pour la mort de trois civils israéliens tués par des roquettes tirées depuis la bande de Gaza pendant la guerre de l’hiver 2008-2009.

    Dans un rapport remis à l’ONU en réponse au rapport Goldstone, les rapporteurs du Hamas écrivaient notamment : « Nous regrettons toute nuisance qui a pu être causée aux civils israéliens ». Le mouvement expliquait ces « erreurs » de cibles par le manque de technologie de son arsenal militaire. Des déclarations inédites qui n’avaient convanincu ni le gouvernement israélien ni les organisations de défense des droites de l’homme. Ni apparemment le Hamas lui-même. A l’annonce du rapport, un responsable du Hamas avait assuré que son mouvement continuerait de mener des « opérations martyres ».

    « INTERPRÉTATION ERRONÉE »

    Samedi, le gouvernement Hamas à Gaza, a expliqué, dans une déclaration officielle, que le rapport « ne comporte aucune excuse et ce qui a été pris pour tel résultait d’une interprétation erronée de certains formulations ». Le gouvernement s’est refusé à expliquer plus avant ces contradictions, mais des analystes, comme Naji Sharrab, spécialiste de Gaza, estiment que le mouvement est contraint de « s’adresser à deux publics différents », et que ces excuses mettaient se crédibilité interne en cause.

    Le Hamas a également subi les foudres du Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbas, après ces regrets. Ahmed Assaf, porte-parole de la présidence, s’est dit « stupéfait » de l’argumentation du Hamas, jugeant que le mouvement islamiste aurait mieux fait de s’excuser pour les morts et blessés palestiniens victimes de son coup de force contre le président palestinien en juin 2007 à Gaza. Celui-ci a causé « le pire dommage à la cause palestinienne », a ajouté M. Assaf, en soulignant en outre qu’invoquer l’imprécision des roquettes revenait à admettre que leur usage n’avait rien fait pour améliorer le sort quotidien des Palestiniens.

    Voir aussi:

    Deux gros fûts remplis d’explosifs suspectés de provenir de la bande de Gaza ont été découverts, lundi 1er février, sur le littoral méditerranéen d’Israël, a indiqué un responsable de la police.

    Mais heureusement le Mossad ou ses amis veillent:

    « Comme c’est la règle dans ce genre d’affaires, on ne saura jamais avec certitude si le Mossad, le service israélien chargé du renseignement extérieur, est responsable de la mort de Mahmoud Abou Al-Mabhouh, l’un des principaux responsables militaires du Mouvement de la résistance islamique (Hamas), trouvé mort, mercredi 20 janvier, dans une chambre de l’hôtel Al-Bustan Rotana, situé près de l’aéroport de Dubaï, où il était arrivé la veille, en provenance de Damas.

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