Mort de Salinger: Holden Caulfield pouvait-il être autre chose qu’un anti-David Copperfield? (All that David Copperfield kind of crap: Hold on to your caul, Holden Caulfield!)

Le succès est toujours issu d’un malentendu. Paul Valéry (?)
Au héros du plus grand désir succède le héros du moindre désir. (…) Le romantique ne veut pas vraiment être seul; il veut qu’on le voit choisir la solitude. René Girard (Pour un nouveau procès de L’Etranger, Critiques dans un souterrain, 1976)
Coming thro’ the rye, poor body, Coming thro’ the rye, She draiglet* a’ her petticoatie, Coming thro’ the rye. (…) Gin a body meet a body, Comin thro’ the rye, Gin a body kiss a body, Need a body cry? Robert Burns (Coming thro’ the Rye”, 1796)
Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première chose que vous allez demander c’est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé, ma saloperie d’enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m’avoir, et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j’ai pas envie de raconter ça et tout. Holden Caufield (1ère phrase de L’attrape-coeurs, 1951)
(…) Je suis né coiffé: on mit ma coiffe en vente par la voie des annonces de journaux, au très-modique prix de quinze guinées. Je ne sais si c’est que les marins étaient alors à court d’argent, ou s’ils n’avaient pas la foi et préféraient se confier à des ceintures de liège, mais ce qu’il y a de positif, c’est qu’on ne reçut qu’une seule proposition; elle vint d’un courtier de commerce qui offrait cinquante francs en argent, et le reste de la somme en vin de Xérès: il ne voulait pas payer davantage l’assurance de ne jamais se noyer. On renonça donc aux annonces qu’il fallut payer, bien entendu. Quant au xérès, ma pauvre mère venait de vendre le sien, ce n’était pas pour en acheter d’autre. Dix ans après on mit ma coiffe en loterie, à une demi-couronne le billet, il y en avait cinquante, et le gagnant devait ajouter cinq shillings en sus. J’assistai au tirage de la loterie, et je me rappelle que j’étais fort ennuyé et fort humilié de voir ainsi disposer d’une portion de mon individu. La coiffe fut gagnée par une vieille dame qui tira, bien à contre-coeur, de son sac les cinq shillings en gros sols, encore y manquait-il un penny; mais ce fut en vain qu’on perdit son temps et son arithmétique à en convaincre la vieille dame. Le fait est que tout le monde vous dira dans le pays qu’elle ne s’est pas noyée, et qu’elle a eu l e bonheur de mourir victorieusement dans son lit à quatre-vingt- douze ans. On m’a raconté que, jusqu’à son dernier soupir, elle s’est vantée de n’avoir jamais traversé l’eau, que sur un pont: souvent en buvant son thé (occupation qui lui plaisait fort), elle s’emportait contre l’impiété de ces marins et de ces voyageurs qui ont la présomption d’aller «vagabonder» au loin. En vain on lui représentait que sans cette coupable pratique, on manquerait de bien de petites douceurs, peut-être même de thé. Elle répliquait d’un ton toujours plus énergique et avec une confiance toujours plus entière dans la force de son raisonnement:«Non, non, pas de vagabondage.» Mais pour ne pas nous exposer à vagabonder nous-même, revenons à ma naissance. David Copperfield (Charles Dickens, 1850)
Le problème avec les enfants, c’est que s’ils veulent récupérer l’anneau en or, il faut les laisser faire et ne rien dire. S’ils tombent, ils tombent. Holden Caulfield
C’est ça le problème. Vous pouvez jamais trouver un endroit qui soit sympa et paisible, parce qu’y en a pas. Ça peut vous arriver de croire qu’y en a un mais une fois que vous y êtes, pendant que vous regardez pas, quelqu’un s’amène en douce et écrit « je t’enc… » Juste sous votre nez. Essayez pour voir. Holden Caulfield
Je suis sûr que la plus grande partie de moi même est Holden Caulfield. L’autre doit être le diable. Mark David Chapman (assassin de John Lennon)
In its modern form the American bildungsroman (the novel of formation) descends from  »The Catcher in the Rye » (1951). Reinvigorated by feminism in the 70’s, urbanized and coked-up in the 80’s, it was grunged-down and nonfictionalized in the memoir-mad 90’s (not necessarily a terrible development since most first novels are quasi memoirs anyway.)Though often disappointed and frequently bored senseless by the antics of Holden’s progeny, I still believe there’s a type of cultural news that can be delivered only by those who’ve recently crossed over from the riotous country of adolescence, as well as a new spin on the literary traditions that have long since become reified in the minds of older writers. There are certain zeitgeist frequencies to which young ears are more attuned. Jay Mcinerney
Le jeune Holden Caufield est donc un anti-David Copperfield (cité dans l’incipit). Un anti-héros. Contrairement à la mythologie américaine, il ne va pas vers l’Ouest (vers Hollywood, par exemple, où son frère DB a fait fortune comme scénariste) mais retourne plutôt vers l’Est, vers New-York, vers sa famille, ses origines sociales (bourgeoisie intello East Coast). (…) On le voit: L’attrape-coeurs n’est pas un roman d’apprentissage, ni même un roman de voyage. Il crée plutôt un genre: le roman de la résignation. Le héros ne parvient ni à découvrir le monde ni à le fuir, encore moins à l’enchanter ou à le transformer. Il n’en tire ni sagesse ni émerveillement; au contraire, le personnage est réduit à néant par des forces sociales qui le soumettent. Skanderkali
L’auteur de L’attrape-cœurs est mon écrivain préféré, il a 88 ans et j’en ai marre qu’il soit mon contraire absolu. Quand il avait mon âge, Salinger était une star qui draguait les filles, dînait au Stork Club, jouait au poker, fréquentait les journalistes, et se saoûlait au Chumley’s avec des écrivains et des éditeurs. Et puis, un beau jour, il a complètement disparu.(…) Son célèbre héros Holden Caulfield, l’éternel adolescent fugueur, a changé ma vie: un garçon qui s’enfuit de son école, ment sur son âge pour entrer dans des bars, harcèle une pute, prend des taxis qui puent le vomi, se demande où vont les canards de Central Park en hiver, dit «nom de Dieu» tout le temps avant de tomber amoureux d’une bonne sœur ne pouvait que devenir mon meilleur copain. (…) En Amérique, The Catcher in the Rye est un peu l’équivalent de L’étranger de Camus, publié dix ans plus tôt (si Albert Camus n’avait pas eu d’accident de voiture en 1960, il aurait aujourd’hui à peu près le même âge que Salinger – à peine six ans de plus). Frédéric Beigbeder

Holden Caufield pouvait-il être autre chose qu’un anti-David Copperfield?

Alors qu’avec son ultime disparition, l’auteur du livre culte qui avait mis à la portée de tant de générations d’ados (et de quelques criminels) la révolte et les poses romantiques de notre « Etranger » national, semble avoir relancé pour un tour le mythe à présent plus que cinquantenaire de l’ « Attrape-cœurs » …

Retour sur une intéressante critique de 2006 du site Skandrkali qui a le mérite de rappeler l’étrange affinité de l’escapade du « fils-à-papa ado et new-yorkais des années 40 » avec « les fils-à-papa parigots de [pas seulement] 2007 ».

Et surtout son côté anti-roman d’apprentissage où un anti-héros et véritable anti-David Copperfield (contre lequel, dès la première phrase, le roman se positionne justement) passe son temps à refuser tout ce qui l’entoure pour s’enfermer (comme plus tard son auteur dans le silence) dans la maladie mentale.

Mais qui pourtant semble étrangement oublier tout ce que ces refus ont de (sur)joué et surdéterminé pour, dix ans après le triomphe de « l’Etranger » et à la veille de la « génération beat » et de la contreculture (et, de « la Fureur de vivre » à « A bout de souffle », tous leurs émules du « mal de vivre »), ce bon élève de nos existentialistes à la Sartre et Camus (« l’enfer c’est les autres » et la « phoniness » est-elle autre chose que la bonne vieille « aliénation » ou « mauvaise foi » de nos « philosophes de classe terminale »?).

Le reste n’étant, comme on dit, que littérature, autrement dit qu’écran de fumée.

Comme son obsession de rattraper les enfants (« l’attrapeur dans les seigles » du titre, lui-même pourtant si pressé de perdre sa virginité) de peur qu’ils ne chutent et perdent leur innocence, métaphore centrale de l’histoire tirée de la déformation d’une vieille ritournelle du poète écossais Robert Burns où, à la faveur d’une confusion entre deux mots (« meet »/ »catch »), la défense des joies innocentes des amours des champs de seigle (une sorte d’anti-« A la Claire fontaine » où au contraire une jeune invitée de retour de noces pleure son ami perdu pour lui avoir refusé son « bouquet de roses » ou, plus explicitement, son « bouton de rose ») se transforme en son exact opposé.

Ou son nom qui, au-delà du prénom du bon ami de l’auteur Holden Bowler, musicien itinérant rencontré dans sa jeunesse sur un bateau de croisière où il travaillait comme garçon de salle, évoque le terme anglais pour la coiffe (« caul » – suivi du « field  » du « champ de seigles » mais aussi de la fin du nom du héros dickensien), la membrane avec laquelle naissent certains bébés (la poche des eaux non rompue en fait) et qui, comme pour le héros du merveilleux roman pseudo-autobiographique de Dickens (qui 100 ans plus tôt commence par… raconter sa propre naissance!) était autrefois considéré comme un signe de bonne fortune et de haute destinée (d’où l’expression « être né coiffé »), voire d’une certaine capacité de défendre la fertilité et les récoltes contre les forces du mal incarnées par les sorcières et sorciers (jusqu’à être précieusement conservée, roulée ou cousue dans les vêtements, comme amulette, voire revendue, comme dans le cas du héros de Dickens, comme porte-chance notamment à des marins!).

D’où, nouveau renforcement de la métaphore centrale de l’oeuvre, l’attrape-coeurs (ou plutôt « attrape-coiffes ») Holden Caulfield (« hold on to caul ») se voyant appeler à aider lesdits enfants à « retenir leur coiffe », autrement dit à préserver, en bon élève de Rousseau face au monde adulte jugé corrompu, l’innocence avec laquelle ils étaient censés être nés …

« L’attrape-coeurs » de Salinger: roman de la résignation et de l’enfermement
Skanderkali
décembre 26, 2007

La plupart des gens qui parlent de L’attrape-coeurs (« The catcher in the rye » en vo) ne semblent pas l’avoir lu.

En général, en évoquant ce texte, on causera de l’auteur (ah! le mythe de l’ermite Salinger…), de quelques répliques ou références (pratique pour ne pas avoir à lire l’oeuvre entièrement…) ou, pire, du vague mal-être adolescent et de la gouaille qui va avec.

Ce type de remarques paresseuses, superficielles et branchées sont d’autant plus pernicieuses qu’elles ne sont pas totalement fausses, même si elles ne font qu’effleurer la réalité. Autant réduire Wilde à l’homosexualité, Yourcenar à la bisexualité et Camus à l’Algérie des pieds-noirs. La caricature est parfois vraisemblable ; elle est souvent mensongère.

Tout ça pour dire que L’attrape-coeurs mérite d’être lu attentivement et non pas cité pour ses quelques bons mots, insignifiants hors de leur contexte.

Mais ce n’est pas un hasard si cette oeuvre fait un tabac parmi les fils-à-papa parigots de 2007 qui ne prennent pas vraiment le temps de lire (d’ailleurs, aiment-ils vraiment ça, lire ?)

Car justement, le héros du « Catcher in the rye », Holden Caufield est un fils-à-papa ado et new-yorkais des années 40.

Lycéen « emprisonné » dans une pension pour gosses de riches en Pennsylvannie, Holden fait une « fugue » qui le ramène dans son quartier, à New-York, en plein Manhattan chicos. Entre bars branchés, rencontres urbaines et micro-aventures, il retournera même chez ses parents, clandestinement, afin de rendre visite à sa petite soeur.

Le jeune Holden Caufield est donc un anti-David Copperfield (cité dans l’incipit). Un anti-héros. Contrairement à la mythologie américaine, il ne va pas vers l’Ouest (vers Hollywood, par exemple, où son frère DB a fait fortune comme scénariste) mais retourne plutôt vers l’Est, vers New-York, vers sa famille, ses origines sociales (bourgeoisie intello East Coast).

On le voit : L’attrape-coeur n’est pas un roman d’apprentissage, ni même un roman de voyage. Il crée plutôt un genre : le roman de la résignation. Le héros ne parvient ni à découvrir le monde ni à le fuir, encore moins à l’enchanter ou à le transformer. Il n’en tire ni sagesse ni émerveillement; au contraire, le personnage est réduit à néant par des forces sociales qui le soumettent.

Autrement dit, malgré sa pseudo-fugue, Holden se trouve englué dans son milieu, dans ses amitiés, dans ses flirts. La brouille avec sa copine Sally qui refuse de le suivre dans une improbable escapade pour le Massachussets est symptomatique. La dispute se conclut d’ailleurs par un aveu d’échec existentiel :

« Y aura pas d’endroits merveilleux où aller quand j’aurai fini mes études. »

Et c’est là qu’apparaît un des thèmes majeurs du texte : l’enfermement.

L’enfermement physique (pensionnat), géographique (New-York et précisèment Manhattan), social (une bourgeoisie où tout se monnaie en dollars, où les relations sociales sont codées et les avenirs déterminés) et surtout psychologique.

L’enfermement est psychologique, avant tout. Car Holden Caufield est, même si personne n’évoque jamais ce point assez subtil, un maniaco-dépressif interné. Ce point discret mais manifeste est souligné dès la première page :

« Je veux juste vous raconter ce truc dingue qui m’est arrivé l’année dernière vers la Noël avant que je sois pas mal esquinté et obligé de venir ici pour me retaper. »

Ce ici ne peut qu’être qu’une maison de repos. Ce point est d’ailleurs évoqué, de manière synthétique, à la fin du texte :

« Je pourrais vous raconter […] comment je suis tombé malade et […] quand je serai sorti d’ici. Y a un tas de gens comme ce type, le psychanalyste qu’ils ont ici, ils arrêtent pas de me demander si je vais m’appliquer en classe…. »

Bref, Holden est un malade psychiatrique interné qui raconte une fugue dans un univers clos. Et ses pulsions de mort omniprésentes structurent sa narration. D’où les répétitions constantes de l’expression « ça m’a tué’ ou l’évocation de la mort de son jeune frère Allie atteint d’une leucémie ou encore, la scène macabre dans la salle-de-bains où Holden s’imagine avec « une balle dans le ventre ».

D’où une voix narrative saturée de répétitions et de variations sur la mort, la saleté, la dévalorisation. Son langage « ado » n’est pas pauvre, au contraire : il souligne le ressassement d’Holden et son enfermement linguistique pathologique.

D’ailleurs une lecture fine mettrait en valeur la mise en scène du langage lui-même : entre les noms propres, les noms de marques, de lieu, les titres, les italiques et le discours indirect, toute parole semble étrangère, sujette à commentaire ou à réinterprétation par le héros psychopathe.

Voilà. Enfermement psychiatrique, pulsions morbides, déterminisme social implacable, résignation : c’est la réalité textuelle de L’attrape-coeur. Pas forcèment glamour et paillettes. Heureusement. En tout cas mieux vaut lire ce bon vieux Salinger qu’en parler…

Voir aussi:

A l’occasion de la mort de l’écrivain américain, nous republions une série d’articles sortis en 1995 et 2001 dans Le Monde des Poches.
Le mystère « Attrape-cœurs »
Martine Silber
Le Monde
28.01.10
Le Monde des Poches

Le 16 juillet 1951, The Catcher in the Rye est publié aux Etats-Unis. L’auteur en est un jeune homme, Jerome David Salinger, dont on a déjà pu lire quelques nouvelles, très applaudies dans les milieux littéraires, dans des magazines comme Collier, Story ou The New Yorker. Rien toutefois qui puisse laisser deviner la déferlante provoquée par The Catcher.

Difficile d’imaginer aujourd’hui qu’un livre puisse déclencher à la fois un tel enthousiasme et un tel rejet. Il a marqué de façon indélébile toute la jeunesse américaine, et cela de façon continue pendant des années – Mark Chapman, l’assassin de John Lennon, en avait un exemplaire dans sa poche –, puis la jeunesse européenne, en particulier en France. Plus de cinquante ans après (l’action se situe à la fin décembre 1949), on a du mal à comprendre à la fois comment ce livre a pu avoir un succès si phénoménal et susciter tant de hargne et de rejet aux Etats-Unis, où il a été exclu des bibliothèques de certaines écoles et par certaines communautés : ainsi, en 1982, il a été retiré des bibliothèques scolaires de Calhoun County, en Alabama.

Le succès du Catcher n’a pas été immédiat – il lui faudra quatre ou cinq années avant de devenir un livre « culte » – mais il ne fera que croître et embellir avec la publication des recueils de nouvelles qui vont suivre, même si la critique anglo-saxonne, qui avait encensé les premiers livres, se mobilise pour descendre en flammes Franny and Zooey : de John Updike à Norman Mailer en passant par John Steinbeck, George Steiner, Mary McCarthy ou Katherine Anne Porter, c’est à qui vilipendera le plus l’auteur et ses œuvres : il ne sait pas écrire, il ne rédige que de « prétentieux divertissements », il n’a aucune maturité, il est une sorte d’ « industrie » à lui tout seul, « un homme sandwich »… Les paroles s’envolent, le succès reste.

Quand The Catcher in the Rye est publié en France, par Robert Laffont, en 1953 – sous ce titre raté mais qui lui est resté, L’Attrape-cœurs, qui faisait écho au déjà très célèbre roman de Boris Vian : L’Arrache-coeur –, il passe quasiment inaperçu, atteignant à peine 7 000 exemplaires jusqu’en 1960, alors qu’à la même époque il s’en vendait quelque 250 000 exemplaires par an aux Etats-Unis, rien qu’en édition de poche. Ce sont les Nouvelles (Nine Stories), publiées en français en 1961, qui produisirent sur les jeunes Français et sur les critiques cette onde de choc qui se fait sentir encore aujourd’hui chez tous ceux qui les ont lues, il y a donc quelque quarante années. Ce sont les lecteurs des Nouvelles qui vont se précipiter sur le roman. Un bulletin publicitaire des éditions Robert Laffont cite, au moment de la publication de Franny and Zooey, les avis (français et prémonitoires) émis à propos de L’Attrape-cœurs par d’éminents critiques comme Robert Kanters, qui compare Salinger à Alain-Fournier (et le livre au Grand Meaulnes) ou Kléber Haedens : « L’auteur vient de prouver que l’on pouvait toujours rendre neuf et surprenant le thème le plus usé de l’écriture. »

L’Attrape-cœurs comme les Nouvelles ont été traduits par un jeune homme de 19 ans qui signe Jean-Baptiste Rossi et qui deviendra plus tard Sébastien Japrisot. Ces traductions n’ont pas toujours emporté l’adhésion du public. L’éditeur fit retraduire The Catcher en 1986 par Annie Saumont – en ajoutant un « s » au titre qui devint L’Attrape-cœurs – mais aujourd’hui cette version a également beaucoup vieilli… Grâce peut-être à ces traductions contestées, J. D. Salinger a été souvent le premier auteur lu directement en anglais par les jeunes Français.

Pour des raisons jamais vraiment explicitées, Salinger s’est retiré du monde et n’a plus rien publié, à part une longue nouvelle dans The New Yorker daté du 19 juin 1965, Hapworth 16,1924, dont on attend une réédition toujours repoussée (mais promise sur Amazon.com pour novembre 2002). Cette disparition a sans aucun doute été l’un des facteurs du mythe Salinger, l’auteur en qui tant d’adolescents voyaient cet écrivain dont parle Holden Caulfield, le narrateur : « Mon rêve, c’est un livre qu’on n’arrive pas à lâcher et quand on l’a fini on voudrait que l’auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu’on en aurait envie. » J. D. Salinger a déçu toutes ces espérances en refusant tout courrier, tout entretien, tout hommage, que ce soit sous forme de livre, de film ou même de site Internet. Cela n’a pas empêché quelques paparazzi de faire des photos terribles de cet homme vieillissant. Et surtout, très récemment, une de ses anciennes petites amies, Joyce Maynard, publiait ses Mémoires, At Home in the World ; elle a même vendu aux enchères les lettres qu’il lui avait adressées, lettres achetées par un admirateur qui les lui a retournées. La fille de Salinger a également publié un livre de souvenirs, faisant de lui un portrait accablant.

Voir également:

Pour saluer Salinger

Pierre Assouline

La République des livres

29 janvier 2010

Jerome David Salinger dit J.D. Salinger a vraiment existé : la preuve vient de nous en être donnée avec l’annonce de sa mort. Il avait 91 ans. Si nombre d’écrivains sont connus pour leur notoriété, lui l’était pour sa ténacité à la fuir sous toutes formes. Ce grand absent de la scène littéraire était pourtant bien plus présent dans l’imaginaire des lecteurs que la plupart des saltimbanques du circuit. Les cyniques y trouvèrent matière à persiflage en rappelant qu’il n’est justement pas de meilleure manière de captiver l’opinion que de s’envelopper de ce mystère-là dans une société où triomphe le spectacle. Qu’importe puisque au bout du compte, seule compte l’oeuvre, ce qui restera vraiment. Peu de livres publiés, peut-être davantage écrits mais détruits ou enfermés dans un coffre, avec lui il faut s’attendre à tout. Une poignée de volumes, donc, des recueils de nouvelles Franny and Zooey (1961), et Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers (1963) éclipsés de toute façon dès 1951 par L’Attrape-coeurs (The Catcher in the rye, traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Rossi alias Sébastien Japrisot, Robert Laffont, 1953, disponible au Livre de poche, retraduit longtemps après par Annie Saumont, titre original anglais inspiré du poème de Robert Burns Coming through the rye).

C’est l’un des rares romans du XXème siècle qui ait profondément marqué plusieurs générations sur plusieurs continents (on lira ici ses premières critiques). Une lecture considérée comme un rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte. On parle de 60 millions d’exemplaires mais allez savoir. A croire que l’expression galvaudée « livre-culte » a été inventée tout exprès pour lui. Le nom même du narrateur Holden Caulfield est devenu un mot de passe et un sésame entre des lecteurs qui ne se connaissent pas : il n’est que de dresser l’inventaire de tout (chansons, poèmes, livres etc) dans la culture populaire lui lance des clins d’oeil. On s’en doute, malgré les propositions mirifiques qui n’ont pas manqué de lui être envoyées, Salinger n’a jamais cédé les droits d’adaptation cinématographiques de son livre. Mais il n’a pu empêcher que l’assassin de John Lennon lui fasse dédicacer son propre exemplaire de L’Attrape-coeurs juste avant le coup de feu.

Juif new yorkais par son père, catholique irlandais par sa mère, c’était un Américain. On peut dire qu’il a connu lui aussi les étapes assez classiques de bon nombre d’écrivains américains de sa génération : une scolarité assez médiocre, la révolte contre le père jusqu’à sa mise en à distance définitive, le traumatisme du combat au cours de la seconde guerre mondiale, les ateliers d’écriture à Columbia University (NY), la publication d’un grand nombre de nouvelles dans des petites revues puis des grands magazines… Sauf que si presque tous ont plus ou moins vécu cela, un seul a réussi comme lui à rendre les désarrois de l’élève Caulfield, ses colères d’adolescent en crise ruminées à New York durant les deux jours au sein desquels s’inscrit le récit de ce glissement progressif dans la folie, loin de Pencey Prep qui l’a jeté, un collège fortement inspiré de sa propre académie militaire de Valley Forge (Pensylvannie). Une manière tout sauf racoleuse d’interpeller le lecteur dès le début pour le rendre complice et ne plus le lâcher pendant 255 pages, un humour mâtiné d’argot d’une rare inventivité, la crudité du langage, le travail sur l’écriture prétendument parlée, l’errance d’un jeune dans la ville, les scènes sexuellement ambiguës, l’incapacité à communiquer avec les autres, la connivence avec le professeur Antolini, les sentiments très forts pour son grand frère charismatique disparu et sa petite soeur, toutes choses qui signent sa singularité, jusqu’au dévoilement final que sal.1264715717.jpgtout ceci étant une confession enregistrée ce n’est pas tant au lecteur qu’elle s’adressait…(on n’en dira pas davantage par empathie pour les heureux qui ne l’ont pas encore lu). Outre son roman et ses nouvelles, J.D. Salinger se trouve aussi, quoi qu’il en ait dit, dans la non-biographie ou la biographie impossible que Ian Hamilton lui consacra sous le titre A la recherche de J.D. Salinger (L’Olivier), exercice hautement périlleux si l’on en juge par les lambeaux de lettres qu’elle contient, l’écrivain, furieux de ce projet, ayant fait mener par son avocat une longue bataille judiciaire pour user de toutes les prérogatives qui lui conférait sa propriété de ses propres lettres. A partir des années 50, rattrapé mais pas dépassé par son succès, J.D. Salinger choisit aux yeux du monde la réclusion volontaire dans sa maison de Cornish, New Hampshire, bien moins « enfermé » que ne l’était son héros. Et basta ! lisez-le et vous verrez, même si vous n’avez plus 17 ans. Quoi encore ?

« Et tout, et tout… », comme il est dit dans un certain roman.

Voir encore:

When books kill
Movies and video games get blamed for acts of senseless violence all the time. But some famous murderers got their ideas from literature.
Aidan Doyle
Salon
December 15, 2003

We’ve all heard about how computer games and films have supposedly influenced people to commit violence. In October a $246 million lawsuit was lodged against the makers of the game Grand Theft Auto III by the families of two people shot by teenagers allegedly inspired by the game. Such movies as « Natural Born Killers, » « A Clockwork Orange » and « Money Train » have routinely been accused of inspiring copycat crimes. But what about novels? Is literature incapable of inspiring moronic acts of mayhem?

Many of the controversial novels of the last century were publicly condemned because it was believed they would lead to a decay in public morals. These criticisms were often patronizing (« Won’t somebody please think of the children? »), expressing the belief that less educated members of society were likely to imitate anything and everything they read. The prosecutor in the 1960 British obscenity trial of « Lady Chatterley’s Lover » asked jurors if it was the kind of book they wanted their wife or servants to read.

As ludicrous as that may sound today, obviously people are influenced by what they see and read, and authors have little control over how people will react to the ideas in their books. Although Isaac Asimov was a fierce critic of religion and New Age thinking, the Japanese doomsday cult Aum Shinrikyo was heavily influenced by his « Foundation » series of novels. The novels depict a universe where a galactic empire has become decadent and ripe for collapse. The empire’s ruling planet is a vast hive of people and the only natural environment is the garden surrounding the emperor’s palace. Only the foresight of Hari Seldon and his secret society of scientists can preserve civilization’s knowledge before it is lost in the dark ages. Seldon’s followers convert their society into a religion, believing « it is the most potent device known with which to control men and worlds. »

Although Asimov based his empire on ancient Rome, members of Aum Shinrikyo saw similarities between Asimov’s empire and modern Japanese society. The cult’s founder, Shoko Asahara, preached that civilization was coming to an end and only the faithful would survive. He gathered around him a team of scientists from diverse disciplines. David Kaplan and Andrew Marshall’s « The Cult at the End of the World » outlines how the cult’s chief scientist, Hideo Murai, saw Aum’s mission to save humanity from the coming apocalypse as mirroring the Foundation’s struggle:

« In an interview, Murai would state matter-of-factly that Aum was using the Foundation series as the blueprint for the cult’s long term plans. He gave the impression of ‘a graduate student who had read too many science fiction novels,’ remembered one reporter. But it was real enough to the cult. Shoko Asahara, the blind and bearded guru from Japan, had become Hari Seldon; and Aum Shinrikyo was the Foundation. »

Asahara directed his scientists to create a variety of chemical and biological weapons to fight their enemies. When the predicted apocalypse wasn’t forthcoming, Asahara decided to take matters into his own hands. On March 20, 1995, some of his followers released sarin gas in the Tokyo subway, killing 12 people and injuring more than 5,000.

An article in the Guardian, the British newspaper, speculated that « Foundation » may have also influenced Osama bin Laden and al-Qaida. It related claims that « Foundation » had been translated into Arabic under the title « al-Qaeda » — which means the base or foundation — and that bin Laden might have identified with the idea of a small group of rebels fighting against a decadent evil empire. This speculation has not, however, been widely accepted. It isn’t even clear that an Arabic version of the novel was ever published.

« Foundation » is not the only novel to have influenced terrorists. A copy of « The Turner Diaries » was found in Timothy McVeigh’s car when he was arrested. The novel was written by a leader of the National Alliance and tells the story of a white supremacist group that overthrows the government and subsequently eradicates nonwhites as well as « race traitors. » The narrator destroys FBI headquarters by detonating a truck loaded with ammonium nitrate and fuel oil. McVeigh used a similar mechanism to destroy the federal building in Oklahoma City, killing 168 people.

Several of McVeigh’s friends testified he had given them copies of the book, encouraging them to read it. McVeigh had highlighted phrases in his copy of the book including: « the real value of all of our attacks today lies in the psychological impact, not in the immediate casualties, » as well as one promising that politicians will not escape: « We can still find them and kill them. » The novel ends with the narrator flying a bomb-laden plane into the Pentagon.

Another bomber with a fondness for reading was Ted Kaczynski. The Unabomber was a big fan of Joseph Conrad’s « The Secret Agent, » an ironic novel in which a university professor turned anarchist is recruited to blow up a scientific icon, London’s Greenwich Observatory. A Washington Post article revealed that prior to Kaczynski’s arrest, the FBI had suspected the novel’s influence and contacted Conrad scholars to help them in constructing their profile.

Author Joe Haldeman has spoken about the unintended influence of a short story he published in the Magazine of Science Fiction & Fantasy in 1974. In « To Howard Hughes: A Modest Proposal, » a blackmailer forces world disarmament by developing his own nuclear bomb. Haldeman says the story contained « pretty detailed instructions for acquiring plutonium and constructing a subcritical nuclear device (information not that easy to find, pre-Internet, but nothing classified) … [Someone] used the story as a template and wrote a blackmail letter to the mayor of Los Angeles, saying he had a van parked somewhere downtown with a nuclear bomb in it, and he’d blow it up in 24 hours if he didn’t get a million dollars, delivered to such-and-such a park at noon. Evidently the details were accurate enough for them to respond with a suitcase full of money, and of course a park full of agents disguised as normal people. The miscreant turned out to be a 15-year-old science fiction fan. »

Dec 15, 2003 | Science fiction operates on a grander scale than other genres, often portraying world-changing events that can be attractive to people who want to change the world. Such was the case with Robert Heinlein’s highly influential novel « Stranger in a Strange Land. » Time magazine reported that Charles Manson used the novel as a blueprint for his infamous family and that it led to the murder of Sharon Tate and others. It was later revealed, however, that Manson had never read the novel.

Some of Manson’s followers had indeed adopted ideas and terminology from the book into their rituals. « Stranger in a Strange Land » features a Martian with superpowers who comes to earth and starts a free love movement. The novel also influenced others to form their own polygamous societies, including a « neo-pagan » group known as the Church of All Worlds. The church’s Web site explains how its founders were inspired by Heinlein’s novel: « This book suggested a spiritual and social way of life and was a metaphor expressing the awakening social consciousness of the times. » (The Church of All Worlds has not been linked to any murders.)

Films reach a much wider audience than novels and often the real public outcry about a book isn’t raised until the film version is released. « A Clockwork Orange » was blamed for inspiring so many copycat crimes — from homeless people beaten to death to a gang rape where the attackers sang « Singin’ in the Rain » — that director Stanley Kubrick had it withdrawn from cinemas in England. The book’s author, Anthony Burgess, insisted that there was no definitive proof « that a work of art can stimulate antisocial behavior … the notorious murderer Haig who killed and drank [his victims’] blood said he was inspired by the sacrament of the Eucharist. Does that mean we should ban the Bible? »

Burgess was later to change his mind after the 1993 murder near Liverpool, England, in which 2-year-old James Bulger was abducted and tortured to death by two 10-year-old boys. The horror film « Child’s Play 3 » was linked to the case, and Burgess wrote that he now accepted the arts could exert a negative influence, adding, « I begin to accept that as a novelist, I belong to the ranks of the menacing. »

Criminals will sometimes blame a work of fiction for their crimes, hoping to shift responsibility. These claims are inevitably treated with considerable skepticism. But one book that has been linked to a number of serial killers is John Fowles’ « The Collector. » The 1963 novel tells the story of a butterfly collector who becomes so obsessed with a woman called Miranda that he kidnaps and imprisons her in his cellar. California serial killers Charles Ng and Leonard Lake named one of their schemes « Operation Miranda. » Lake later committed suicide, but Ng was found guilty of the imprisonment, torture and murder of 11 people during the 1980s. Ng blamed Lake for the murders and said he had been inspired to capture the women after reading « The Collector. »

In Fowles’ novel, Miranda encourages her kidnapper to read « The Catcher in the Rye, » hoping he might identify with Holden Caulfield’s feelings of alienation. Her captor complains that he doesn’t like the book and is annoyed that Holden doesn’t try harder to fit into society. There are enough rumors about murders linked to J.D. Salinger’s classic that the unwitting assassins in the Mel Gibson film « Conspiracy Theory » are portrayed as being brainwashed with the urge to buy the novel.

John Lennon’s murderer, Mark David Chapman, was famously obsessed with « The Catcher in the Rye. » Chapman wanted to change his name to Holden Caulfield and once wrote in a copy of the book « This is my statement, » and signed the protagonist’s name. He had a copy of the book in his possession when the police arrested him.

French author Max Valentin (a pseudonym) got more than he bargained for when he wrote « On the Path of the Golden Owl, » a 1993 novel featuring clues to the location of a real-life buried treasure. France was gripped with treasure-hunting fever as readers tried to find a replica of the golden owl (which could be exchanged for the real one) that Valentin had buried somewhere in rural France. In an interview with the Times of London, the author said he had received death threats and bribes amid the torrent of mail from people wanting to know where the owl was hidden.

He does not customarily respond to questions about the owl’s location, but once had to intervene to stop someone from digging up a cemetery. Others have gone even further. « There was one who tried to dig up a train track, » he said, « and another who walked into a bank with a pickaxe and started to dig up the floor of the lobby. I’ve told everyone it is buried in a public place but some people are crazy … a man had firebombed a church and left behind a book containing the message: ‘The golden owl is underneath the chapel.' » After more than 10 years, no one has yet managed to find the golden owl.

Voir par ailleurs:

Je viens au monde

Serai-je le héros de ma propre histoire ou quelque autre y prendra-t-il cette place ? C’est ce que ces pages vont apprendre au lecteur. Pour commencer par le commencement, je dirai donc que je suis né un vendredi, à minuit (du moins on me l’a dit, et je le crois). Et chose digne de remarque, l’horloge commença à sonner, et moi, je commençai à crier, au même instant.

Vu le jour et l’heure de ma naissance, la garde de ma mère et quelques commères du voisinage qui me portaient le plus vif intérêt longtemps avant que nous pussions faire mutuellement connaissance, déclarèrent : 1° que j’étais destiné à être malheureux dans cette vie ; 2° que j’aurais le privilège de voir des fantômes et des esprits. Tout enfant de l’un ou de l’autre sexe assez malheureux pour naître un vendredi soir vers minuit possédait invariablement, disaient-elles, ce double don.

Je ne m’occupe pas ici de leur première prédiction. La suite de cette histoire en prouvera la justesse ou la fausseté. Quant au second point, je me bornerai à remarquer que j’attends toujours, à moins que les revenants ne m’aient fait leur visite quand j’étais encore à la mamelle. Ce n’est pas que je me plaigne de ce retard, bien au contraire : et même si quelqu’un possède en ce moment cette portion de mon héritage, je l’autorise de tout mon cœur à la garder pour lui.

Je suis né coiffé: on mit ma coiffe en vente par la voie des annonces de journaux, au très-modique prix de quinze guinées. Je ne sais si c’est que les marins étaient alors à court d’argent, ou s’ils n’avaient pas la foi et préféraient se confier à des ceintures de liège, mais ce qu’il y a de positif, c’est qu’on ne reçut qu’une seule proposition; elle vint d’un courtier de commerce qui offrait cinquante francs en argent, et le reste de la somme en vin de Xérès: il ne voulait pas payer davantage l’assurance de ne jamais se noyer. On renonça donc aux annonces qu’il fallut payer, bien entendu. Quant au xérès, ma pauvre mère venait de vendre le sien, ce n’était pas pour en acheter d’autre. Dix ans après on mit ma coiffe en loterie, à une demi-couronne le billet, il y en avait cinquante, et le gagnant devait ajouter cinq shillings en sus. J’assistai au tirage de la loterie, et je me rappelle que j’étais fort ennuyé et fort humilié de voir ainsi disposer d’une portion de mon individu. La coiffe fut gagnée par une vieille dame qui tira, bien à contre-coeur, de son sac les cinq shillings en gros sols, encore y manquait-il un penny; mais ce fut en vain qu’on perdit son temps et son arithmétique à en convaincre la vieille dame. Le fait est que tout le monde vous dira dans le pays qu’elle ne s’est pas noyée, et qu’elle a eu l e bonheur de mourir victorieusement dans son lit à quatre-vingt- douze ans. On m’a raconté que, jusqu’à son dernier soupir, elle s’est vantée de n’avoir jamais traversé l’eau, que sur un pont: souvent en buvant son thé (occupation qui lui plaisait fort), elle s’emportait contre l’impiété de ces marins et de ces voyageurs qui ont la présomption d’aller «vagabonder» au loin. En vain on lui représentait que sans cette coupable pratique, on manquerait de bien de petites douceurs, peut-être même de thé. Elle répliquait d’un ton toujours plus énergique et avec une confiance toujours plus entière dans la force de son raisonnement:«Non, non, pas de vagabondage.» Mais pour ne pas nous exposer à vagabonder nous-même, revenons à ma naissance.

David Copperfield (Charles Dickens, chapitre 1)

Voir enfin:

The Praises and Criticisms of J.D. Salinger’s The Catcher in the Rye

Eric Lomazoff

1996

Ever since its publication in 1951, J.D. Salinger’s The Catcher in the Rye has served as a firestorm for controversy and debate. Critics have argued the moral issues raised by the book and the context in which it is presented. Some have argued that Salinger’s tale of the human condition is fascinating and enlightening, yet incredibly depressing. The psychological battles of the novel’s main character, Holden Caulfield, serve as the basis for critical argument. Caulfield’s self-destruction over a period of days forces one to contemplate society’s attitude toward the human condition. Salinger’s portrayal of Holden, which includes incidents of depression, nervous breakdown, impulsive spending, sexual exploration, vulgarity, and other erratic behavior, have all attributed to the controversial nature of the novel. Yet the novel is not without its sharp advocates, who argue that it is a critical look at the problems facing American youth during the 1950’s. When developing a comprehensive opinion of the novel, it is important to consider the praises and criticisms of The Catcher in the Rye.

When studying a piece of literature, it is meaningful to note the historical background of the piece and the time at which it was written. Two J.D. Salinger short stories, « I’m Crazy » and « Slight Rebellion off Madison, » were published in periodicals during the 1940’s, and introduced Holden Caulfield, the main character of The Catcher in the Rye. Both short stories were revised for later inclusion in Salinger’s novel. The Catcher in the Rye was written in a literary style similar to prose, which was enhanced by the teenage slang of the 1950’s. It is a widespread belief that much of Holden Caulfield’s candid outlook on life reflects issues relevant to the youth of today, and thus the novel continues to be used as an educational resource in high schools throughout the nation (Davis 317-18).

The first step in reviewing criticism of The Catcher in the Rye is to study the author himself. Before his novel, J.D. Salinger was of basic non-literary status, having written for years without notice from critics or the general public. The Catcher in the Rye was his first step onto the literary playing field. This initial status left Salinger, as a serious writer, almost unique as a sort of free agent, not bound to one or more schools of critics, like many of his contemporaries were. This ability to write freely, his status as a nobody in the literary world, was Salinger’s greatest asset. Rather than to scope inside Salinger’s mind and create a grea tness for him, we are content instead to note him for what he is: « a beautifully deft, professional performer who gives us a chance to catch quick, half-amused, half-frightened glimpses of ourselves and our contemporaries, as he confronts us with his brilliant mirror images » (Stevenson 217).

Much of Salinger’s reputation, which he acquired after publication of The Catcher in the Rye, is derived from thoughtful and sympathetic insights into both adolescence and adulthood, his use of symbolism, and his idiomatic style, which helped to re-introduce the common idiom to American literature. While the young protagonists of Salinger’s stories (such as Holden Caulfield) have made him a longtime favorite of high school and university audiences, establishing Salinger as « the spokesman for the goals and values for a generation of youth during the 1950’s » (qtd. in Davis 317), The Catcher in the Rye has been banned continually from schools, libraries, and bookstores due to its profanity, sexual subject matter, and rejection of some traditional American ideals. Robert Coles reflected general critical opinion of the author when he called Salinger « an original and gifted writer, a marvelous entertainer, a man free of the slogans and clichés the rest of us fall prey to » (qtd. in Davis 317).

Obviously, the bulk of praise and criticism regarding any novel or piece of literature will come from published critical reviews. When a novel or any piece of literature is published in the United States, critics from newspapers, magazines, and various other sources flock to interpret the book and critique its style. The same was true for Salinger’s novel. Noted book reviewers from across America critiqued The Catcher in the Rye, bestowing both praise and criticism at different levels. Each reviewer commented on different parts of the novel, from Holden’s cynicism to the apparently homosexual Mr. Antolini. The novel, like any other, was devoured and picked apart piece by piece. It is the role of the researcher, therefore, to analyze the various reviews and develop a clear understanding of the novel.

One of the most widespread criticisms of The Catcher in the Rye deals with the adolescence and repetitive nature of the main character, Holden Caulfield. Anne Goodman commented that in the course of such a lengthy novel, the reader would weary of a character such as Holden. Goodman wrote « Holden was not quite so sensitive and perceptive as he, and his creator, thought he was » (20). She also remarked that Holden was so completely self-centered that any other characters who wandered through the book, with the exception of Holden’s sister, Phoebe, had no authenticity at all. She wrote of Salinger’s novel: « The Catcher in the Rye is a brilliant tour-de-force, but in a writer of Salinger’s undeniable talent one expects something more » (21). Goodman did have a point in the fact that Holden was something of an over-developed character. He described himself early in the novel, and with the sureness of a « wire recording, » (Goodman 20) he remained strictly in character throughout. Salinger failed in his novel to address other characters with as much detail as Holden. This is due in part to the fact that Holden tells his own story, and also to the idea that a story told by Holden Caulfield would never describe others, as he speaks only of himself.

Reviewer James Stern of the New York Times critiqued Salinger’s novel by incorporating Holden’s style of speech into his review. Stern tried to imitate Holden by using short, incomplete sentences with undeveloped ideas: « That’s the way it sounds to me, Hel said (a friend of the author), and away she went with this crazy book, The Catcher in the Rye. What did I tell ya, she said the next day. This Salinger, he’s a short story guy. And he knows how to write about kids. This book, though, it’s too long. Gets kinds of monotonous. And he should have cut out a lot about these jerks and all at that crumby school. They depress me. They really do. Salinger, he’s best with real children. I mean the ones like Phoebe, his kid sister. She’s a personality. Holden and little Phoebe, Hel said, they kill me. This last part about her and this Mr. Antolini, the only guy Holden ever thought he could trust, who ever took any interest in him, and who turned out queer — that’s terrific. I swear it is » (5).

Stern’s goal in this review was to critique the novel for its length and its melancholy nature. He saw The Catcher in the Rye as being too depressive to be of any redeeming value to the reader. Stern did praise him, however, when he commented on Salinger’s ability to write about children. Other short stories by Salinger, such as « A Perfect Day for Bananafish » and « Franny and Zooey, » are also based around children and adolescents.

Some critics have argued that Holden’s character is erratic and unreliable, as he possesses many of the middle-class values that he claims to reject. Later commentators, however, have praised the wry humor of the main character, his « technical virtuosity » (qtd. in Davis 318), and the skilled mockery of verbal speech by Salinger. These critics have commented that the structure of the novel personifies Holden’s unstable state of mind. Alastair Best remarked: « There is a hard, almost classical structure underneath Holden’s rambling narrative. The style, too, appears effortless; yet one wonders how much labour went into those artfully rough-hewn sentences » (qtd. in Davis 318).

A larger field of critics at the time of The Catcher in the Rye’s publication in 1951 took a positive view of the novel. For example, Chicago Tribune reviewer Paul Engle commented that the story was « emotional without being sentimental, dramatic without being melodramatic, and honest without simply being obscene » (3). Engle also wrote of the authenticity of Holden’s character, the idea that his voice was typical of a teenager, never childish or written down to that age level. He praised the book in noting that it was not merely another account of adolescence, complete with general thoughts on youth and growing up. Engle wrote: « The effort has been made to make the text, told by the boy himself, as accurate and yet as imaginative as possible. In this, it largely succeeds » (3). Engle’s viewpoint is one that is echoed by many. The Catcher in the Rye is not simply a coming-of-age novel with usual twists and turns, but rather, the unique story of a unique child. It is rare to find a character, actual or fictitious, who is as dazzling and enticing as Holden Caulfield. As Engle wrote, « The story is engaging and believable . . . full of right observations and sharp insight, and a wonderful sort of grasp of how a boy can create his own world of fantasy and live forms » (3).

Generally, critics view the novel as Holden Caulfield’s melodramatic struggle to survive in the adult world, a transition that he was supposed to make during his years at preparatory school. Some critics will point to the fact that Holden has flunked out of three Pennsylvania prep schools, and use it to symbolize the fact that he is not truly ready for adulthood (Davis 318). David Stevenson commented that the novel was written « as the boy’s comment, half-humorous, half agonizing, concerning his attempt to recapture his identity and his hopes for playing a man-about-town for a lost, partially tragic, certainly frenetic weekend » (216). Reviewer Charles Kegel commented that the novel could be read as Holden Caulfield’s « quest for communicability with his fellow man, and the hero’s first person after-the-fact narration indicates . . . he has been successful in his quest » (53).

Though considered by most to be a tragedy, The Catcher in the Rye is found by some critics to be humorous, witty, and clever. The use of Chaplin-like incidents serves to keep the story hovering in ambivalence between comedy and tragedy. Whenever a character is nearing the point of no return in a Salinger piece, it is usually done by route of the comic (Stevenson 216). Other commentators have noted that much of the humor in The Catcher in the Rye comes from Holden’s misconceptions about adulthood. An example is shown in Holden’s relationship with an old schoolmate, Luce. Although the older man is more experienced than Holden, he is not as mature as Holden believes him to be. After an attempt at communication with Luce fails, Holden flees to Phoebe, the only person he completely trusts (Davis 318). S.N. Behrman also noted that the literalness and innocence of Holden’s point of view in the face of complicated and depraved facts of life makes for the humor of the novel: haggles with unfriendly taxi-drivers, futile conversations with a prostitute in a hurry, an intellectual discussion with a man a few years older than himself, and a completely hilarious date with Sally Hayes, an old girlfriend (74). The humor in Holden’s character comes from his communication with the outside world. His innocence, in my point of the view, his hunger for stability and permanence, make him both a tragic and touching character, capable of making dark activities on the surface seem hilarious and silly below.

One of the most popular means by which The Catcher in the Rye is critiqued is through the comparison of Holden Caulfield to other literary characters. The novel is often compared to traditional period literature, particularly Mark Twain’s novel The Adventures of Huckleberry Finn. Both works feature naive, adolescent runaways as narrators, both commenting on the problems of their times, and both novels have been recurrently banned or restricted (Davis 318). John Aldrige remarked that both novels are « study in the spiritual picaresque, the joinery that for the young is all one way, from holy innocence to such knowledge as the world offers, from the reality which illusion demands and thinks it sees to the illusion which reality insists, at the point of madness, we settle for » (129). Harvey Breit of The Atlantic Bookshelf wrote of Holden Caulfield: « (He) struck me as an urban, a transplanted Huck Finn. He has a colloquialism as marked as Huck’s . . . Like Huck, Holden is neither comical or misanthrope. He is an observer. Unlike Huck, he makes judgments by the dozen, but these are not to be taken seriously; they are conceits. There is a drollery, too, that is common to both, and a quality of seeing that creates farce » (82). It is possible, in theory, to do an entire character study comparing Holden and Huck. Both are adolescents, runaways from society, seeking independence, growth, and stability in their lives.

Another character that Holden Caulfield is compared to, though to a lesser degree than Huck Finn, is Hamlet. Like Hamlet, as Charles Kegel wrote, Holden is a « sad, screwed-up guy » (54), bothered by words which only seem true, but are really quite phony. The honesty and sincerity that Holden cannot seem to find in others he tries to maintain within himself. Holden often makes a point of using the word « really » to assert the fact that something is really so, to prove to the reader that had not become a phony himself. Holden is distressed often by the occasional realization that he too, must be phony to exist in the adult world. With regard to the insincere « Glad to’ve met you » formula, he comments that « if you want to stay alive, you have to say that stuff, though » (qtd. in 54-5).

It is evident by studying the reviews of The Catcher in the Rye that most critics enjoy picking apart the character of Holden Caulfield, studying his every action and the basis for that action. Reviewers of the novel have gone to great lengths to express their opinions on Salinger’s protagonist. Some consider Holden to be sympathetic, others consider him arrogant, but the large majority of them find him utterly entertaining.

In her review of The Catcher in the Rye for the New York Herald Tribune, Virgilia Peterson commented on Holden Caulfield’s innocence. Peterson wrote that Holden was on the side of the angels, despite his contamination by vulgarity, lust, lies, temptations, recklessness, and cynicism. « But these are merely the devils that try him externally, » she wrote, « inside, his spirit is intact » (3). Holden does not tilt against the entire adult world, for he knows that some decent citizens still remain, nor does he loathe his worst contemporaries, for he often hates to leave them. Peterson commented: « For Holden Caulfield, despite all the realism for which he is supposedly depicted, is nevertheless a skinless perfectionist. » In addition, Peterson wrote that Salinger speaks for himself as well as his hero when he has Holden say to little Phoebe: « I keep picturing all these little kids playing some game in this big field of rye and all. Thousands of little kids, and nobody’s around- nobody big I mean- except me. And I’m standing on the edge of some crazy cliff. What I have to do, I have to catch everybody if they start to go over the cliff. I mean if they’re running and they don’t look where they’re going I have to come out from somewhere and catch them . . . I’d just be the catcher in the rye and all. . .  » (qtd. in 3; Salinger 173).

In essence, Holden Caulfield is a good guy stuck in a bad world. He is trying to make the best of his life, though ultimately losing that battle. Whereas he aims at stability and truth, the adult world cannot survive without suspense and lies. It is a testament to his innocence and decent spirit that Holden wouldplace the safety and well-being of children as a goal in his lifetime. This serves to only re-iterate the fact that Holden is a sympathetic character, a person of high moral values who is too weak to pick himself up from a difficult situation.

S.N. Behrman, in his review for The New Yorker, also took a sharp look at Holden’s personality. Behrman found Caulfield to be very self-critical, as he often refers to himself as a terrible liar, a madman, and a moron. Holden is driven crazy by phoniness, an idea under which he lumps insincerity, snobbery, injustice, callousness, and a lot more. He is a prodigious worrier, and someone who is moved to pity quite often. Behrman wrote: « Grown men sometimes find the emblazoned obscenities of life too much for them, and leave this world indecorously, so the fact that a 16-year old boy is overwhelmed should not be surprising » (71). Holden is also labeled as curious and compassionate, a true moral idealist whose attitude comes from an intense hatred of hypocrisy. The novel opens in a doctor’s office, where Holden is recuperating from physical illness and a mental breakdown. In Holden’s fight with Stradlater, his roommate, he reveals his moral ideals: he fears his roommate’s sexual motives, and he values children for their sincerity and innocence, seeking to protect them from the phony adult society. Jane Gallagher and Allie, the younger brother of Holden who died at age 11, represent his everlasting symbols of goodness (Davis 317).

A quote by Charles Kegel seems to adequately sum up the problems of Holden Caulfield: « Like Stephen Dedalus of James Joyce’s A Portrait of the Artist as a Young Man, Caulfield is in search of the Word. His problem is one of communication: as a teenager, he simply cannot get through to the adult world which surrounds him; as a sensitive teenager, he cannot get through others of his own age » (54).

When critics consider the character of Holden Caulfield, many point to the novel’s climactic scene, when Holden watches as Phoebe rides the Central Park carousel in the rain and his illusion of protecting the innocence of children is symbolically shattered. Critics regard this episode as Holden’s transition into adulthood, for although the future is uncertain, his severed ties with the dead past have enabled him to accept maturity. James Bryan observed: « The richness in the spirit of this novel, especially of the vision, the compassion, and the humor of the narrator reveal a physche far healthier than that of the boy who endured the events of the narrative. Through the telling of the story, Holden has given shape to, and thus achieved control of, his troubled past » (qtd. in Davis 318).

S.N. Behrman noted in his critique of The Catcher in the Rye that the hero and heroine of the novel, Holden’s dead brother Allie and Jane Gallagher, never appear in it, but they are always in Holden’s mind, together with his sister, Phoebe. These three people constitute Holden’s emotional frame of reference — the reader knows them better than the other characters Holden encounters, who are generally, except for Phoebe, nonessential (71).

When asked for a final comment on the character of Holden Caulfield, John Aldrige stated that the innocence of the main character was a combination of urban intelligence, juvenile contempt, and New Yorker sentimentalism. The only challenge it has left, therefore, is that of the genuine, the truly human, in a world which has lost both the means of adventure and the means of love (130).

One of the most intriguing points in Holden’s character, related to his prolonged inability to communicate, is Holden’s intention to become a deaf-mute. So repulsed is he by the phoniness around him that he wishes not to communicate with anyone, and in a passage filled with personal insight he contemplates a retreat within himself: « I figured that I could get a job at a filling station somewhere, putting gas and oil in people’s cars. I didn’t care what kind of job it was, though. Just so people didn’t know me and I didn’t know anybody. I thought what I’d do was, I’d pretend I was one of those deaf-mutes. That way I wouldn’t have to have any goddam stupid useless conversation with anybody. If anybody wanted to tell me something, they’d have to write it on a piece of paper and shove it over to me. They’d get bored as hell doing that after a while, and then I’d be through with having conversations for the rest of my life. Everybody’d think I was just a poor deaf-mute bastard and they’d leave me alone . . . I’d cook all my own food, and later on, if I wanted to get married or something, I’d meet this beautiful girl that was also a deaf-mute and we’d getmarried. She’d come and live in my cabin with me, and if she wanted to say anything to me, she’d have to write it on a piece of paper, like everybody else » (Salinger 198).

Caulfield’s inability to communicate with others is also represented symbolically in the uncompleted phone calls and undelivered messages which appear throughout the novel . . . On fifteen separate occasions, Holden gets the urge to communicate by phone, yet only four phone calls are ever completed, and even those are with unfortunate results (Kegel 55).

The final step in the critical analyzing of The Catcher in the Rye is to look at what has occurred at or near the end of the novel. John Aldrige wrote that in the end, Holden remains what he was in the beginning- cyni cal, defiant, and blind. As for the reader, there is identification but no insight, a sense of »pathos but not tragedy. » This may be Salinger’s intent, as Holden’s world does not possess sufficient humanity to make the search for humanity dramatically feasible (131).

Other critics, however, have taken a slightly more optimistic view of the novel’s conclusion. For example, S.N. Behrman remarked that Holden knows that things won’t remain the same; they are dissolving, and he cannot allow himself to reconcile with it. Holden doesn’t have the knowledge to trace his breakdown or the mental clarity to define it, for all he knows is that « a large avalanche of disintegration is occurring around him » (75). Yet there is some sort of exhilaration, an immense relief in the final scene at Central Park, when we know Holden will be all right. Behrman quipped: « One day, he will probably find himself in the mood to call up Jane. He may become more tolerant of phonies . . . or even write a novel. I would like to read it. I loved this one. I mean it- I really did » (75-6). Charles Kegel wrote that Holden will not submit to the phoniness of life, but will attain an attitude of tolerance, understanding, and love which will make his life endurable. There is no doubt that when he returns home to New York, for he will return home, he will be in the mood to give « old Jane a buzz » (56).

In the end, The Catcher in the Rye will continue to be a point of great public and critical debate. One must remember, however, in the study and critique of the novel, particularly for a researcher or critic in 1996, that the story was written in a different time. If originally published today, the novel would probably create little publicity and garner only average book sales. The fact that a novel of such radical social opinion and observation was written in a time of conservatism in America made it all the more controversial. Some critics scolded the novel as being too pessimistic or obscene, too harsh for the society of the 1950’s. Others, however, nominated Salinger himself as the top-flight « catcher in the rye » for that period in American history (Peterson 3). They argued that Salinger’s concerns represented an entire generation of American youth, frustrated by the phoniness of the world, just like Holden was. The popularity of the novel and debate over its redeeming social value have never faltered since its initial publication, due in no large part to the fact that J.D. Salinger is now a recluse. It would be conclusive to say that critics of The Catcher in the Rye have legitimate criticisms of the novel, while advocates and supporters of the story’s message also have expressed veritable praise.

Works Cited

Aldrige, John. « The Society of Three Novels. » In Search of Heresy: American Literature in an Age of Conformity. New York: McGraw-Hill Book Company, 1956, 126-48.

Behrman, S.N. « The Vision of the Innocent. » Rev. of The Catcher in the Rye by J.D. Salinger. The New Yorker, Vol. XXVII, No. 26, 11 August 1951, 71-6.

Breit, Harvey. Rev. of The Catcher in the Rye by J.D. Salinger. The Atlantic Bookshelf, Vol. CLXXXVIII, No. 2, August 1951, 82.

Davis, Robert Con, ed. Contemporary Literary Criticism. Vol. 56. Detroit: Gail Research Inc., 1989.

Engle, Paul. « Honest Tale of Distraught Adolescent. » Rev. of The Catcher in the Rye, by J.D. Salinger. Chicago Sunday Tribune Magazine of Books 15 July 1951, 3.

Goodman, Anne. « Mad about Children. » Rev. of The Catcher in the Rye by J.D. Salinger. The New Republic, Vol. 125, No. 3, 16 July 1951, 20-1.

Kegel, Charles. « Incommunicability in Salinger’s ‘The Catcher in the Rye’. » Studies in J.D. Salinger: Reviews, Essays, and Critiques of ‘The Catcher in the Rye’ and Other Fiction, Marvin Laser, ed. New York: Odyssey Press, 1963, 53-6.

Peterson, Virgilia. « Three Days in the Bewildering World of an Adolescent. » Rev. of The Catcher in the Rye, by J.D. Salinger. New York Herald Tribune Book Review 15 July 1951, 3.

Salinger, Jerome David. The Catcher in the Rye. Boston: Little, Brown, and Company, 1951.

Stern, James. « Aw, the World’s a Crumby Place. » Rev. of The Catcher in the Rye by J.D. Salinger. New York Times Book Review 15 July 1951, 5.

Stevenson, David. « J.D. Salinger: The Mirror of Crisis. » The Nation, Vol. 184, No. 10, 9 March 1957, 215-17.

J.D. Salinger page

4 commentaires pour Mort de Salinger: Holden Caulfield pouvait-il être autre chose qu’un anti-David Copperfield? (All that David Copperfield kind of crap: Hold on to your caul, Holden Caulfield!)

  1. […] par le premier fan venu (lecteur un peu trop assidu lui-même du « Catcher in the rye« ) […]

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  2. […] Au héros du plus grand désir succède le héros du moindre désir. (…) Le romantique ne veut pas vraiment être seul; il veut qu’on le voit choisir la solitude. René Girard […]

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  3. […] ne pas se réjouir après l’annonce de la parution future de la suite de Catcher in the rye de Salinger il y a deux ans […]

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  4. Women admire men more for their status or achievements: in smart dress or uniform.

    While watching lady which sports Religious Louboutin boots and shoes, some
    of our want turned on in addition to some of our intellect has been in addition bewildered.
    Mumbai is the place where everyone wants to
    fulfil his or her dreams.

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