Identité nationale: Les pierres crieront (Old stones bring out France’s long-suppressed Jewish roots)

The very rocks will cry outS’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Si l’expulsion de 1306 a pu faire l’objet d’une très discrète mention au titre de commémoration nationale en 2006, la présence juive dans la France médiévale est presque absente des synthèses historiques sur le Moyen Age. Du « Petit Lavisse » aux manuels scolaires des années 1980, le judaïsme médiéval n’appartient pas au « roman national », comme l’a montré l’historienne Suzanne Citron. (…) Les découvertes récentes signalent donc, comme par effraction, que les « archives du sol » recèlent les traces d’une histoire ignorée. La connaissance de la présence juive y gagne en profondeur : chaque site exhumé témoigne d’une terre où, au Moyen Age, les juifs ont vécu, produit, reçu, pensé, échangé mais aussi été persécutés et chassés. Laurence Sigal-Klagsbald et Paul Salmona

Rue aux juifs, rue de la juiverie, rue de la synagogue, chemins aux juifs, pas aux juifs, prés aux juifs, champs aux juifs, herbages aux juifs ou aux juives, nécropoles antiques, cimetières médiévaux, synagogues, bains rituels, écoles talmudiques, juiveries, carrières, calls …

A l’heure où nos postmodernes voudraient réduire la France à « un agrégat de peuples » ou, reniant alternativement nos racines judéo-chrétiennes, nous en imposer de musulmanes avec les minarets et les burqas qui vont avec …

Pendant que continuent à brûler, comme encore en Crète ces derniers jours, synagogues et livres rares …

Et que certaines de nos chères têtes blondes se mettent à refuser, avec le sport-piscine, de visiter nos églises …

Retour du refoulé, avec cette tribune dans Le Monde de l’historienne du judaïsme Laurence Sigal-Klagsbald et de l’archéologue Paul Salmona, sur l’étrange amnésie de notre historiographie nationale pour le judaïsme médiéval.

Qui, après les édits d’expulsion, bannissements, spoliations, autodafés et persécutions du passé, semble continuer à faire l’impasse sur un véritable trésor de manuscrits comme de brillants commentateurs et en fait de témoignages uniques de notre culture et de l’évolution notre langue.

Et ce au point où ce sont les pierres elles-mêmes, ces véritables « archives du sol que sont tant les noms de rues ou de lieux que les vestiges longtemps enfouis sous la terre qui se voient (parfois contre la volonté de certains religieux eux-mêmes) à présent chargées de crier cette histoire ignorée …

Les juifs en France, une présence oubliée

Laurence Sigal-Klagsbald et Paul Salmona
Le Monde
16.01.10

Nécropoles antiques, cimetières médiévaux, synagogues, bains rituels, écoles talmudiques, juiveries, carrières en Provence, calls en Catalogne : l’essor de l’archéologie préventive au cours des vingt dernières années a révélé une myriade de vestiges qui rappellent que des communautés juives vécurent en Europe de l’Antiquité jusqu’au Moyen Age.

Ces découvertes font émerger la réalité de communautés connues à travers la littérature rabbinique mais dont ne subsistait la trace que dans de rares monuments et dans des noms de lieux : on recense ainsi, dans des centaines de communes, des « rues aux juifs », « de la juiverie » ou « de la synagogue », mais aussi des chemins, pas, prés, champs, herbages « aux juifs » ou « aux juives », remontant à l’époque médiévale. Sur notre territoire, ces communautés, qui purent compter jusqu’à 100 000 habitants à la fin du XIIIe siècle, ont presque toutes disparu à la fin du Moyen Age en raison des édits d’expulsion dont le premier – pris par Philippe Auguste en 1182 – inaugure la sinistre litanie des bannissements des juifs d’Europe occidentale.

Un jeu de rappels moyennant finances, et d’expulsions accompagnées de la spoliation des biens et des terres, se poursuivra avec les décrets pris par Philippe le Bel en 1306, Philippe V en 1322 et Charles VI en 1394. De Provence, les juifs ne seront chassés qu’en 1501, tandis qu’ils demeureront sous la protection des papes dans le Comtat Venaissin, et que des communautés de « nouveaux chrétiens », d’origine hispano-portugaise, renaîtront à Bayonne et à Bordeaux au XVIe siècle.

Ces découvertes « contribuent à recomposer un passé plus complexe, échappant à la réécriture strictement chrétienne (…) des sociétés médiévales européennes », comme le notent les archéologues Astrid Huser et Claude de Mecquenem. Et si l’expulsion de 1306 a pu faire l’objet d’une très discrète mention au titre de commémoration nationale en 2006, la présence juive dans la France médiévale est presque absente des synthèses historiques sur le Moyen Age. Du « Petit Lavisse » aux manuels scolaires des années 1980, le judaïsme médiéval n’appartient pas au « roman national », comme l’a montré l’historienne Suzanne Citron.

Et au-delà de l’historiographie scolaire, rares sont les ouvrages généraux sur l’histoire de France qui abordent ces persécutions en dehors des lapidaires chronologies de fin de volume. Il en va de même pour les synthèses d’histoire de l’art et les grandes expositions, qui font l’impasse sur les manuscrits juifs médiévaux français, admirables par l’originalité de la calligraphie et la singularité du rapport de l’image au texte.

Un corps étranger

Il en est également ainsi des sommes d’histoire culturelle qui ignorent, par exemple, le nom de Rachi, le maître champenois dont les commentaires monumentaux sur la Bible et le Talmud constituent, dès son vivant et jusqu’à aujourd’hui, l’accès le plus indispensable à la compréhension de ces textes. Sa méthode l’a conduit à insérer dans l’hébreu de ses commentaires des traductions en langue romane des termes rares ou difficiles à une époque où la langue des lettrés chrétiens reste le latin. Rachi rassemble ainsi un thésaurus de cinq mille mots qui constitue le premier témoignage de l’ancien français. Omettrait-on Bernard de Clairvaux et Pierre Abélard, ses (presque) contemporains, ou Chrétien de Troyes dans nos synthèses historiques ?

Dans un raisonnement circulaire qui prévaut encore aujourd’hui en dehors des études juives, les juifs du Moyen Age n’appartiennent pas à la communauté nationale et n’ont pas leur place dans l’histoire de France. Les représentations conventionnelles font d’eux un corps étranger, un Autre dont l’exclusion est un fait « normal », donc inexorable. L’absence de référence au judaïsme dans l’histoire médiévale entérine l’idée fausse que les juifs n’auraient pas existé en France avant la fin du XVIIIe siècle ou que leur contribution à la société médiévale serait dérisoire.

On peut s’étonner de l’amnésie durable qui frappe l’historiographie française. L’antijudaïsme chrétien dans la France médiévale serait-il d’une telle « évidence » qu’il ne mériterait pas d’être évoqué et que l’histoire contrastée, parfois catastrophique, des juifs sur notre territoire serait insignifiante ? Les exactions, massacres et expulsions ont eu raison des êtres. En 1242, le brûlement de monceaux de manuscrits du Talmud à Paris en place de Grève tenta d’en effacer l’esprit. Qui se souvient de Yéhiel de Paris qui avec ses pairs – Moïse de Coucy, Samuel dit Morel de Falaise et Juda Ben David de Melun – fut sommé à une disputation théologique par Louis IX (le « bon roi » Saint Louis), lequel ordonna la destruction par le feu du texte incriminé.

Les découvertes récentes signalent donc, comme par effraction, que les « archives du sol » recèlent les traces d’une histoire ignorée. La connaissance de la présence juive y gagne en profondeur : chaque site exhumé témoigne d’une terre où, au Moyen Age, les juifs ont vécu, produit, reçu, pensé, échangé mais aussi été persécutés et chassés. Il ne s’agit pas ici de stigmatiser les historiens, mais de montrer un déni collectif qui contribue à la persistance du fantasme d’une France historiquement chrétienne et homogène.

A l’instar des recherches archéologiques concernant le paléolithique, le néolithique ou l’Antiquité tardive, qui montrent que notre pays est le fruit de vagues de peuplement et d’acculturations successifs, chaque découverte de vestiges juifs vient réinscrire une réalité ancienne dans l’environnement d’aujourd’hui et, par là même, modifie nos représentations. L’archéologie provoque ainsi une forme de « retour du refoulé » et contribue à l’écriture d’une nouvelle histoire nationale.

Directrice du Musée d’art

et d’histoire du judaïsme à Paris

Directeur du développement culturel à l’Institut national

de recherches archéologiques préventives

Laurence Sigal-Klagsbald

Paul Salmona

4 commentaires pour Identité nationale: Les pierres crieront (Old stones bring out France’s long-suppressed Jewish roots)

  1. simon maujean dit :

    Bonjour,

    Je pense avoir laissé sur le net des très bon outils pour cette chère dame mais aussi de bon outils pour nous avertir du danger de mort que nous connaissons avec les musulmans.
    Je pense que ce genre de conclusion sur la diversité française n’est bienvenue que pour les adeptes du dieu shoah excusable simplement pour tous ceux ayant un début d’alzheimer.

    D’abord parce que la galout non content de disparaitre fait du tord aux pays qu’elle occupe, je pense d’ailleurs qu’elle n’a pas non plus une bonne influence sur Israël.

    Par exemple, les juifs de France sont devenus des boulets pour la lutte des français contre les musulmans voir les dernières interventions du crif et du curé bernheim mais aussi le problème de chrita qui a empêché l’interdiction de la viande halal (lois qui avait faillit être votée mais abandonné à cause de nous) ce qui aurait tout simplement permis l’arrêt net de l’invasion musulmane en europe.

    La seule chose que l’on peut souhaiter est une expulsion rapide et une confiscation des bien de la galout par Israël.

    C’est impossible?

    Pas du tout si premièrement on répétait ce que je viens d’écrire aux nationalistes trop heureux de s’en prendre à des cibles bien faciles que les musulmans, ce qui a déjà commencé.

    Deuxièmement si Israël arrêtait la stupide lois du retour indistincte pour les nuisibles ou pas en faveur d’une lois imposant un droit d’entrée proportionnel à la richesse des individus pour ceux qui n’ont pas rendus de service particuliers à Israël.

    Ce scénario n’est malheureusement pas amorcé de part les piqures de rappels de culpabilisation qu’a donné beaucoup de juifs à des peuples démocratiques leur ôtant tout esprit de résistance, esprit de résistance qu’ils n’ont souvent eux même jamais eu (les résistants juifs étant presque tous morts en déportation).

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  2. […] après avoir nié les différences raciales (pardon: ethniques) et l’antisémitisme (voire la présence juive !) en France […]

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