Identité nationale: Cachez ces chiffres que je ne saurai voir (No numbers, please, we’re French!)

Profiling follies
https://iaata.info/chroot/mediaslibres/ml-toulouse/ml-toulouse/public_html/IMG/arton240.jpgDans certains dossiers, les personnes contrôlées présentent des profils tellement éloignés des profils traditionnels des terroristes qu’il n’y a pas la moindre possibilité qu’il ou elle soit un terroriste. Ce n’est bon pour personne d’être arrêté uniquement pour obtenir des statistiques raciales équilibrées. Lord Carlile
Ce qu’ils ont fait avant avec les Juifs, ils le font maintenant avec nous. Jeune berlinois d’origine libanaise (primé par le SPD en 2006)
En 1979, il y avait tous les jours des manifestations. Tous les jours, les islamistes mettaient des cadavres de moutons ensanglantés dans des linceuls (simple drap blanc qui couvre le corps d’un défunt) en criant au « martyr » ou encore : « je tuerais, celui qui a tué mon frère ». Trompés par ces draps ensanglantés, de nombreux Iraniens ont rejoint la révolution avant d’apprendre plus tard qu’ils avaient pleuré des moutons qui ont fini en Kebab dans le ventre des mollahs. Iran-Resist
Les scanners « permettent de voir jusqu’aux parties génitales, si une femme a de gros ou de petits seins », s’est insurgé le social-démocrate bavarois Wolfgang Kreissl-Dörfler, qui voit là l’illustration de la « paranoïa des ministres de l’intérieur » des Vingt-Sept en matière de terrorisme. Le Monde (23.10.08)
Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an. (…) «Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale. Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement. Rapport ONUDC (2006)
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde (03.12.09)
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
Michèle Tribalat affirme que nous avons arrondi le chiffre concernant la part des immigrés dans la population, en 2006, en le situant à 8% alors qu’il atteint, selon elle, 8,2%. Il suffit de se référer à la page 294 de « France, Portrait social », un document rendu public le 13 novembre 2009, pour constater que ce chiffre est tout simplement celui de l’Insee. « Au 1er janvier 2006, écrit l’Institut, 5 millions d’immigrés vivent en France métropolitaine, soit 8% de la population. » 2/ Michèle Tribalat ajoute que le nombre d’immigrés a augmenté de 25% de 1982 à 2006 puisqu’il est passé de 4 à 5 millions. Il n’aura cependant pas échappé à Michèle Tribalat, puisqu’elle est démographe, que pendant la même période, la population de la France métropolitaine a, elle aussi, progressé, passant de 54,2 à 61,4 millions. Pour analyser la place des immigrés dans la société française, il était donc plus judicieux de suivre l’évolution de sa part en pourcentage dans la population que le nombre total d’immigrés. C’est ce que nous avons fait. 3/ Michèle Tribalat estime que nous travestissons la réalité en affirmant que la « proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980 ». Cette affirmation est pourtant extrêmement simple à justifier : comme le montraient les graphiques publiés dans la double page, la France comptait 7,4% d’immigrés en 1982, 7,4% en 1990, 7,4% en 1999 et 8% en 2006. La part des immigrés est donc passée, en vingt ans, de 7,4% à 8%. Libre à Michèle Tribalat de considérer qu’il s’agit d’une très forte augmentation. Dans cet article qui retraçait l’histoire de l’immigration depuis le XIXe siècle et non les tendances de ces dernières années, nous avons préféré écrire que la proportion n’a « guère varié ». Ariane Chemin (Le Monde)
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat

A l’heure où, pour continuer à se cacher la vérité du terrorisme, nos aéroports vont devoir, comme nos policiers pour la délinquance, dépenser toujours plus de millions et de temps à fouiller toutes les petites grand-mère juives de la planète qui appellent au massacre des « croisés » …

Et où, pendant qu’à la veille d’un nouvel ultimatum les mollahs nous refont « le coup des moutons » de 1979, l’omerta continue sur les quelque 300 000 Africains qui, via de véritables filières mafieuses avec complices dans les consulats européens, réseaux de soutien en Europe et toutes sortes d’activités parallèles (drogue, fraude, falsification, corruption de fonctionnaires, prostitution), pénètrent chaque année illégalement l’espace européen pour un trafic qui approchait les 240 millions d’euros en 2006 et des passages de 300 à 3000 euros …

Retour, avec la critique d’un article du Monde par Michèle Tribalat, sur l’une de nos exceptions si françaises, à savoir le tabou des chiffres ethniques.

Qui, quand il ne condamne pas les débats à des généralités aussi oiseuses que bien-pensantes, contraint nos rares médias qui tentent de les faire sortir à n’en retenir que ceux qui confortent la pensée unique et à soigneusement éviter ceux qui fâchent.

Ainsi, si l’on s’en tient à l’immigration officielle pour la seule France métropolitaine en n’explicitant jamais la distinction « immigrés »/ »étrangers » (sans compter les sous-estimations comme en 1999), il est effectivement tout à fait justifié de rappeler une énième fois que la « proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980 » (de 7,4% en 1982 à 8% en 2006).

Pourtant, une réelle prise en compte de la réalité vécue par nombre de lecteurs, n’aurait-elle pas exigé de développer un peu plus la question de la perception commune qui y voit au contraire une augmentation du fait que les nouvellement naturalisés ne vont tout simplement pas changer du jour au lendemain d’apparence et surtout de comportement?

De même, s’il est effectivement vrai que « les nouveaux immigrés viennent de terres de plus en plus lointaines, comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est », fallait-il, pour illustrer les origines en baisse, citer l’Algérie et la Tunisie et omettre le Maroc où la tendance est précisément inverse?

Enfin, connaissant la nature sensible du sujet, comment expliquer qu’une journaliste digne de ce nom ne prenne pas la peine non seulement de consulter mais de citer les avis divergents y compris parmi les chercheurs, ce qui lui aurait de plus évité l’actuelle polémique?

Michèle Tribalat au Monde: «Vérifiez vos chiffres sur l’immigration»
Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’Institut national des études démographiques, et spécialiste de l’immigration, a été choquée du traitement sinon manipulateur du moins maladroit des chiffres par Anne Chemin, journaliste du Monde. Elle réagit dans cette tribune, également envoyée au Monde, pour remettre un peu les faits sur leurs pieds. Marianne2.fr a proposé à Anne Chemin, journaliste auteur de l’article, de répondre ici même à Michelle Tribalat.

J’aimerais revenir sur le dossier du Monde du 4 décembre intitulé Le nouveau visage de la France, terre d’immigration.

Il y est écrit : « Sous l’effet de ces restrictions, les flux migratoires se stabilisent : la France compte 4 millions d’étrangers en 1982, 4,1 millions en 1990, 4,3 millions en 1999, 5 millions en 2006, soit entre 7,4 % et 8 % de la population française ».

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’étrangers mais d’immigrés. Autre précision, les chiffres cités sont ceux de la France métropolitaine. Mais passons.

Entre 1982 et 2006, l’augmentation, qui se produit presque entièrement sur la dernière période, est de 25%. Décrire cette évolution comme une stabilisation est proprement mensonger. L’indicateur de fécondité, qui est passé de 1,66 en 1993 à 2,0 aujourd’hui, d’après les chiffres publiés par l’Insee, s’est accru de 20 %. Qui oserait parler d’une stabilisation?

Voilà un graphique qui permet de connaître l’évolution de la proportion d’immigrés en France de manière un peu plus objective et qui couvre près de 100 ans, puisque l’article du 4 décembre n’hésite pas à remonter très loin en arrière.

Le commentaire honnête de cette évolution est, qu’après une phase de stabilisation qui dure, si l’on prend les chiffres des recensements au pied de la lettre, de 1975 à 1999, la France a renoué avec l’immigration étrangère, ce qui a porté la proportion d’immigrés à 8,2 % en 2006 (et non pas 8 %). On pourrait même ajouter qu’en 2006 la France connaît la proportion d’immigrés la plus forte de son histoire. Par ailleurs, il faut avoir une pratique cohérente des arrondis. Il faut choisir. C’est soit 7 % à 8 %, soit 7,4 % à 8,2 %, mais pas 7,4 % à 8 %.

(…)

Si l’on veut soutenir que la période 1982-2006 est une période de stabilisation, alors il faut déclarer qu’il ne s’est rien passé depuis la dernière guerre.

La vérité est que l’on a renoué, depuis le milieu des années 1990, avec un régime migratoire qui, en termes quantitatifs, a plus à voir avec le pic 1968-75 qu’avec les années précédentes. On se demande bien d’ailleurs comment la France aurait pu rester cette « terre de brassage » dont il est question dans l’article s’il ne s’était rien passé depuis la guerre. Il est vrai que, comme il est écrit, près d’un habitant sur quatre a, non pas un grand-parent, mais au moins un parent ou un grand-parent immigré. Je suis l’auteur de l’estimation (Tribalat M., « Une estimation des populations d’origine étrangère en 1999 », Population, 59 (1), 2004).

Le plus grave reste à venir.

L’infographie qui illustre l’article du Monde fait le départ entre les régions d’origine qui montent et celles qui baissent. Il y aurait donc trois régions qui monteraient (l’Afrique noire, la Turquie et l’Asie du Sud-Est) et trois régions qui baisseraient (l’Algérie, le Portugal et la Tunisie). L’emploi de l’article « les » ne laisse aucun doute sur l’exclusivité ou l’exemplarité de ces évolutions. L’emploi du temps présent en souligne l’actualité. On ne parle pas des régions qui ont monté ou qui ont baissé, mais des régions qui montent ou qui baissent.

Première critique: On ne peut parler de la période récente (ce que laisse entendre l’emploi du présent) en arrêtant la série à 1999, c’est-à-dire il y a dix ans.

Il n’est pas difficile d’avoir des données plus récentes, que l’on trouve en ligne sur le site de l’Insee pour le premier janvier 2005. Ce n’est pas 2009 mais enfin c’est moins vieux que 1999.

(…)

Pourquoi avoir oublié le Maroc ?
Pourquoi avoir tronqué la série, au prix de contresens absolus ?
Entre 1999 et 2005, le nombre d’immigrés d’Algérie au augmenté de 105 000 personnes, soit un accroissement de 18 %. Bon, c’est vrai que, pour Le Monde, au-dessous de 25 % c’est une stabilisation. Dans ce cas, pourquoi mettre en exergue des évolutions aussi plates que celle qui a affecté la population immigrée originaire de Tunisie ? D’après Le Monde, le nombre d’immigrés de Tunisie, qui passe de 202,5 milliers en 1982 à 201,5 milliers en 1999, a baissé (-0,5 %), alors que la population immigrée se stabilise en augmentant de 25 % !
Voilà un véritable exercice pédagogique de la part du Monde.

Quant à l’utilisation du solde migratoire, j’ai écrit de nombreuses fois ce que j’en pensais. Je n’y reviendrai pas. Que Le Monde, habituellement présenté comme le journal de référence en France, se soit livré à pareil montage est désespérant.
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer.
Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Cet article est manifestement l’illustration de ces mensonges qui entretiennent la méfiance dans l’opinion publique.

Mercredi 9 Décembre 2009
Michèle Tribalat – Démographe (INED)

Voir aussi:

Enquête
Le nouveau visage de la France, terre d’immigration
Le Monde
03.12.09

A l’heure de la controverse sur l’identité nationale, beaucoup feignent d’oublier que la France, depuis près de 150 ans, est une terre d’immigration. Au XIXe siècle, alors que ses voisins envoyaient des millions d’émigrants vers l’Amérique, la France accueillait déjà des travailleurs venus de toute l’Europe et cette politique s’est poursuivie tout au long du XXe siècle. Ce brassage qui a transformé en profondeur le visage de la France a fait de l’Hexagone l’un des pays les plus multiculturels du monde. La France, résume l’historien Gérard Noiriel, est ainsi devenue « l’Amérique de l’Europe ».

Cette longue histoire a diversifié en profondeur l’origine des Français : selon les démographes Catherine Borrel et Patrick Simon, un quart des enfants de moins de 18 ans qui vivent sur le territoire français ont au moins un grand-parent maternel né à l’étranger. « La France, à la différence de ses voisins, est un vieux pays d’immigration, explique le démographe François Héran dans Le Temps des immigrés (Seuil, 2007). A de rares interruptions près, comme la crise des années 1930 ou le choc de 1974, elle accueille des migrants depuis le milieu du XIXe siècle. »

En 1891, la France comptait ainsi plus d’un million d’étrangers venus de Belgique, d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne ou de Suisse. « Ils seront rejoints dans l’entre-deux-guerres par les Polonais, les Russes et les Arméniens, écrivent Catherine Borrel et Patrick Simon dans Histoires de familles, histoires familiales (INED, 2005). La reconstruction et le décollage économique des années 1950 et 1960 verront les flux d’émigration s’intensifier. » La France des « trente glorieuses » accueille alors des Algériens, des Portugais, des Marocains et des Tunisiens.

Au début des années 1970, alors que la crise pétrolière se profile, l’immigration de travail qui avait nourri les flux migratoires de l’après-guerre est rigoureusement encadrée : suspension de l’immigration des salariés, instauration d’une politique de retours volontaires (le « million Stoleru »), expulsion de ceux que l’on n’appelle pas encore les sans-papiers.

Sous l’effet de ces restrictions, les flux migratoires se stabilisent : la France compte 4 millions d’étrangers en 1982, 4,1 millions en 1990, 4,3 millions en 1999, 5 millions en 2006, soit entre 7,4 % et 8 % de la population française. Un chiffre étonnamment stable : contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Associée à un taux de fécondité record – le plus élevé de l’Europe des Vingt-Sept -, cette stabilisation des flux migratoires fait aujourd’hui de la France une exception par rapport à ses voisins. Selon Eurostat, l’immigration contribue à hauteur de 20 % à la croissance de la population française, contre 60 % en Irlande, 70 % au Danemark, 75 % en Belgique et… 86 % en Espagne ! « Dans l’Europe des Vingt-Sept, la croissance démographique est principalement due à l’immigration, sauf en France, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne », constate Giampaolo Lanzieri dans une note d’Eurostat.

Si l’immigration s’est stabilisée, son visage, en revanche, s’est transformé. Aux jeunes célibataires venus du Maghreb pour travailler en usine dans les années 1970 se sont substitués peu à peu des femmes et des enfants accueillis dans le cadre du regroupement familial. « Au fil du temps, les raisons de migration ont changé et, depuis 1974, elles ont essentiellement trait à des motifs familiaux », soulignent Olivier Monso et François Gleizes, dans une étude publiée en novembre par l’Insee. Les pays d’origine, eux aussi, se modifient : les immigrés viennent de terres de plus en plus lointaines, comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est.

Cette longue histoire de l’immigration française a donné naissance à un phénomène que la plupart de ses voisins ignorent : l’émergence de deuxièmes, voire de troisièmes générations d’immigrés. « Le reste de l’Europe, à l’exception de la Suisse et, dans une moindre mesure, de l’Allemagne fédérale, ne connaît pas au même degré ce phénomène, écrit François Héran dans Le Temps des immigrés. L’Angleterre a longtemps pratiqué des échanges intenses avec les pays du Commonwealth peu propres à stabiliser les secondes générations. Au sud de l’Europe, l’immigration est trop récente pour que le problème se pose. »

Au fil des décennies, ces deuxièmes, voire troisièmes générations ont façonné en profondeur le visage de l’Hexagone, laissant croire à beaucoup de Français que l’immigration ne cessait de croître. Selon les travaux de Catherine Borrel et Patrick Simon, la France comptait ainsi, en 1999, 4,5 millions de descendants d’immigrés : la deuxième génération représentait alors 7,7 % de la population totale, soit presque autant que la première génération (7,4 %). Au total, sur les 58 millions d’habitants que comptait la France en 1999, près de 9 millions étaient soit des immigrés, soit des descendants d’immigrés.

L’origine de cette deuxième génération reflète l’histoire des vagues migratoires françaises : la deuxième génération italienne est de loin la plus nombreuse (22,6 %), devant l’algérienne (14,1 %), l’espagnole (12,9 %), la portugaise (10,4 %) et la marocaine (9,1 %). « On voit tout juste apparaître les deuxièmes générations d’Afrique subsaharienne et turque, qui, dans les années à venir, occuperont une place plus importante », soulignent Catherine Borrel et Patrick Simon. En 1999, elles ne représentaient respectivement que 5,6 % et 3,4 % des deuxièmes générations.

La singularité de la France réside dans cette longue histoire, qui a fait du brassage l’une des constantes de notre politique démographique : au fil des décennies, elle a créé des deuxièmes, des troisièmes, voire des quatrièmes générations qui ont diversifié l’origine des Français. « Près d’un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré et l’on arriverait sans peine à un Français sur trois avec une génération de plus », estime ainsi François Héran. Selon l’ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques (INED), l’immigration, sans être jamais massive comme elle l’est en Espagne depuis quelques années, a constitué une « infusion durable ».

Anne Chemin
Article paru dans l’édition du 04.12.09

Voir également:

Droit de réponse du Monde sur la tribune de Michelle Tribalat
Nous publions ci-dessous un droit de réponse du Monde concernant la tribune de Michelle Tribalat éditée hier soir.

Droit de réponse du Monde sur la tribune de Michelle Tribalat

Dans un article intitulé « Michèle Tribalat au Monde : vérifiez vos chiffres sur l’immigration », Michèle Tribalat accuse Le Monde d’avoir, au nom des « bons sentiments », « manipulé » les chiffres afin de « redresser l’opinion publique ». Elle invoque, à l’appui de cette thèse, un certain nombre d’arguments d’une grande fragilité.

1/ Michèle Tribalat affirme que nous avons arrondi le chiffre concernant la part des immigrés dans la population, en 2006, en le situant à 8% alors qu’il atteint, selon elle, 8,2%. Il suffit de se référer à la page 294 de « France, Portrait social », un document rendu public le 13 novembre 2009, pour constater que ce chiffre est tout simplement celui de l’Insee. « Au 1er janvier 2006, écrit l’Institut, 5 millions d’immigrés vivent en France métropolitaine, soit 8% de la population. »

2/ Michèle Tribalat ajoute que le nombre d’immigrés a augmenté de 25% de 1982 à 2006 puisqu’il est passé de 4 à 5 millions. Il n’aura cependant pas échappé à Michèle Tribalat, puisqu’elle est démographe, que pendant la même période, la population de la France métropolitaine a, elle aussi, progressé, passant de 54,2 à 61,4 millions. Pour analyser la place des immigrés dans la société française, il était donc plus judicieux de suivre l’évolution de sa part en pourcentage dans la population que le nombre total d’immigrés. C’est ce que nous avons fait.

3/ Michèle Tribalat estime que nous travestissons la réalité en affirmant que la « proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980 ». Cette affirmation est pourtant extrêmement simple à justifier : comme le montraient les graphiques publiés dans la double page, la France comptait 7,4% d’immigrés en 1982, 7,4% en 1990, 7,4% en 1999 et 8% en 2006. La part des immigrés est donc passée, en vingt ans, de 7,4% à 8%. Libre à Michèle Tribalat de considérer qu’il s’agit d’une très forte augmentation. Dans cet article qui retraçait l’histoire de l’immigration depuis le XIXe siècle et non les tendances de ces dernières années, nous avons préféré écrire que la proportion n’a « guère varié ».

4/ Michèle Tribalat affirme que près d’un habitant sur quatre a, non pas un grand-parent, mais au moins un parent ou un grand-parent immigré. « Je suis l’auteur de l’estimation », poursuit-elle. En réalité, les chiffres que nous avons donnés sur l’origine des Français – un quart des Français de moins de 18 ans ont au moins un grand-parent maternel né à l’étranger – ne sont pas extraits d’une étude de Michèle Tribalat. Comme l’indiquait clairement l’article, ils sont issus d’un travail mené par le responsable de l’unité de recherche sur l’immigration de l’Ined, Patrick Simon, et la responsable de la cellule « Statistiques et études sur l’immigration » de l’Insee, Catherine Borrel. L’article indiquait même les références de ce travail (Histoires de familles, histoires familiales, Ined, 2005). Je comprends que Michèle Tribalat ait été un peu froissée que son étude ne soit pas citée mais j’imagine qu’elle comprendra aisément que pour cet article sur la diversification des origines des Français, nous nous soyons adressés à Patrick Simon et Catherine Borrel, auteurs en 2005 d’une étude intitulée « Les origines des Français ».

5/ Michèle Tribalat conteste les choix infographiques que nous avons fait en retenant, parmi les régions ou les pays d’origine qui montent, l’Afrique noire, la Turquie et l’Asie du sud-est, et parmi ceux qui baissent, l’Algérie, le Portugal et la Tunisie. Peut-être aurait-il fallu retenir le Maroc parmi ceux qui montent ou le Portugal parmi ceux qui baissent, mais nous ne pouvions, faute de place, les citer tous. Nous avons donc fait des choix qui, comme tous les choix, peuvent être discutés. Nul ne peut cependant nier que tous les pays placés dans la rubrique en baisse affichent des chiffres en recul et que tous ceux qui ont été placés dans la rubrique en hausse progressent.

6/ Michèle Tribalat n’a envoyé son texte ni à l’auteur de l’article, ni à la rédaction en chef du Monde, ni à la direction de la rédaction du journal. Elle s’est contentée d’envoyer un mail à la médiatrice du journal, mardi 8 décembre, à 14 heures, puis une version corrigée, mercredi 9 décembre, à 9 heures. Sans même attendre une réponse, sans nous donner l’occasion de discuter avec elle, sans écouter nos arguments, elle a transmis son texte à Marianne : Philippe Cohen, le rédacteur en chef de Marianne 2, nous a contactés, mercredi 9 décembre, à 11 heures. A ce moment-là, la médiatrice du journal, Véronique Maurus, qui reçoit jusqu’à 500 mails par jour, n’avait évidemment pas fini de lire les courriers de la veille. Que dire d’une méthode qui consiste à formuler les accusations les plus graves qui soient contre un journaliste – mensonge, montage, manipulation- le mardi à 14 heures pour transmettre ces accusations à Marianne, le lendemain matin, avant même que nous ayons pu lire son mail, la contacter, discuter avec elle et répondre à ses accusations ? Avait-elle vraiment envie d’ouvrir le débat ?

7/ Un mot, enfin, sur les pratiques de Marianne2. Si le Monde recevait des courriers formulant de graves accusations contre des journalistes de Marianne, imagine-t-on un instant qu’il les publie sur le site du Monde.fr et ce, avant même que la rédaction en chef de Marianne et les auteurs des articles incriminés aient eu le temps d’en prendre connaissance et d’y répondre ? Nous n’avons jamais adopté de telles pratiques.

Précision de Marianne2

Le point 7 de cette lettre concerne Marianne2. Nous comprenons l’émotion de l’auteur. Nous avons proposé à Anne Chemin de réagir immédiatement à l’article de Michelle Tribalat avant même de le publier. Si Anne Chemin avait répondu de façon positive, nous aurions reculé la publication de la tribune de Michelle Tribalat de façon à publier simultanément les deux points de vue. Nous ne souhaitions dans cette affaire que faire rebondir un débat souvent « interdit » sur la place de l’immigration dans la société française.

Jeudi 10 Décembre 2009
Anne Chemin – Le Monde

Voir de plus:

Les gros profits du trafic de clandestins africains
Le Figaro
Le 22 août 2006

LE TRAFIC d’immigrés clandestins vers l’Europe est un commerce florissant. C’est le constat dressé par l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui affirme que le phénomène est en plein essor et tente de prévenir l’action de mouvements criminels très organisés.

Début juillet au Maroc, le directeur-général de l’ONUDC, l’Italien Antonio Maria Costa, dévoilait à un parterre de responsables africains les résultats d’une longue enquête, conclue par une mission de terrain au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, Gambie et au Sierra Leone, du 19 juin au 1er juillet.

Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an.

Derrière ces chiffres, une grande tragédie, insiste l’ONUDC. Chaque année, des dizaines de milliers d’Africains tentent l’aventure vers un improbable Eldorado. Un nombre indéterminé d’entre eux disparaît corps et bien dans le désert ou en mer, victimes de trafiquants peu préoccupés du devenir de leur «cargaison».

Les causes de ce flux, écrit encore l’ONUDC, sont faciles à tracer : quinze des vingt pays les plus développés du monde se trouvent en Europe, tandis que les vingt pays les moins développés se situent en Afrique, aux portes méridionales de la forteresse Europe. Et pendant que le reste de la planète gagnait en prospérité ces vingt dernières années, l’Afrique, elle, s’est appauvrie. Rebuté par la violence, la misère et le chômage, un nombre croissant de jeunes Africains échoue dans les bras de trafiquants peu scrupuleux, qui leur proposent diverses «solutions» pour atteindre l’Europe. Toutes sont très chères : les «forfaits» vont en moyenne de 300 à 3 000 euros, selon le point de départ, le point d’arrivée et la sophistication des moyens employés.

La première solution consiste à fournir aux candidats au voyage un visa en règle pour l’Union européenne et les aider à y demeurer après son expiration légale. Elle suppose la participation active de complices dans les consulats européens et des réseaux de soutien en Europe. La deuxième leur procure de faux papiers pour franchir sans encombre tous les postes-frontières africains. La troisième, enfin, organise la logistique nécessaire pour voyager clandestinement, en évitant les points de passage officiels.

Des «paquets» complets

Telles des agences de tourisme spécialisées, les groupes de trafiquants vont jusqu’à proposer des «paquets» complets, incluant à la fois transport, faux papiers et passage clandestin des frontières rencontrées. Ils se livrent en général à d’autres activités parallèles : trafic de drogue, fraude et falsification, corruption de fonctionnaires et trafic d’êtres humains.

«Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale.»

Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement.

Voir par ailleurs:

Immigration: l’INSEE aurait-t-elle peur des chiffres?
Jessica Thomas
Marianne
22 Juillet 2009

Dès qu’il s’agit d’immigration, l’Insee fait le gros dos: Non, crie-t-elle, cachez ces chiffres que je ne saurais voir! Mais des chiffres sortent malgré tout. Et ils sont assez inattendus. Attention, données sensibles…

Un couloir sombre, une porte anodine, une pièce mal éclairée, un placard insoupçonné, et là : des chiffres. Soigneusement planqués par l’Insee. Parce qu’ils lui font peur : 37% de jeunes d’origine étrangère en Ile-de-France, plus de 60% dans une vingtaine de villes, explosion du nombre de jeunes originaires d’Afrique sub-saharienne, proportion de jeunes d’origine étrangère en très forte hausse dans l’ouest de la France…

Attention ! Cela ressemble étrangement à des statistiques ethniques ! Et ça, on n’y touche pas. Le 14 juillet dans Le Monde, Hervé le Bras, démographe, affirme l’inefficacité et l’inutilité des statistiques ethniques. En tous cas, à court terme. Il craint surtout un effet pervers à long terme : habituer les Français à penser en terme de races. Ou plutôt, légitimer cette tendance, « d’autant plus facilement qu’elle existe déjà à l’état latent. » Le débat n’est donc pas clos, il est béant. Plaie ouverte, terrain glissant. On détourne les yeux.
Peu importe. Ténus, imperceptibles, ces chiffres sont là. Et s’ils sont là, c’est grâce à l’Insee. Même si ça l’emmerde.

Et ça, Michèle Tribalat et Bernard Aubry, les auteurs de l’étude, en savent quelque chose. « On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France », déplore Michèle Tribalat. Qu’importe, l’étude paraît ailleurs, dans le numéro de juin de la revue Commentaire.

Un petit exemple des chiffres que l’étude met en lumière.

Immigration: l’INSEE aurait-t-elle peur des chiffres?

L’Insee, tentaculaire, ne peut pas contrôler absolument tous ses fichiers. Et dans un petit bout de bureau à Strasbourg, Bernard Aubry a confectionné le fichier Saphir. Un fichier historique des recensements qui permettait d’harmoniser les données, « sans rupture, sur une longue période, sans se préoccuper de l’espace géographique et des CSP… Une mine », se souvient Michèle Tribalat. « C’était un fichier hierarchisé, avec un niveau familial et individuel. On pouvait faire des liens entre le niveau enfant et le niveau famille. Et donc, s’intéresser aux jeunes de moins de 18 ans avec au moins un des parents immigré. » Ce sont eux que Michèle Tribalat et Bernard Aubry ont nommé les jeunes d’origine étrangère. « Ce qui m’a étonné le plus, c’est ce mouvement vers l’ouest. Il était pas perceptible. Pour l’Ile de France, on savait qu’on allait trouver des concentrations très fortes. Mais ça, on n’avait aucun élément pour le voir. Alors, on avait d’autres projets, pour creuser… Mais on est tombé en rade. »

Ce fichier a été mis à jour jusqu’en août 2008. Et puis… Et puis Bernard Aubry a pris sa retraite. Et l’Insee a reconquis l’Alsace, laissant Saphir se perdre dans les limbes kafkaïennes de l’Institut. « Ce fichier doit exister quelque part à l’Insee Strasbourg mais hors d’usage. Aujourd’hui, on peut savoir si les personnes sont nées en France ou à l’étranger mais on ne sait pas où. Ce qu’on a fait nous ne peut plus être fait. C’est foutu. »

C’est que l’Insee a peur des chiffres… (le comble, pour l’institut de la statistique !) Alors, il tente de cacher tout ça sous un tapis… Mais, comme le soupire Michèle Tribalat, « ce ne sont pas des bâtons de dynamite », ce sont des chiffres. Et d’une façon ou d’une autre, ils se faufilent et sortent du tiroir. Car les chiffres ne se rangent pas, ils se publient. Même s’ils risquent de faire débat.

Voir enfin:

Immigration
Le compte n’est pas bon
Julie Joly
L’Express
le mardi 18 juillet 2006

Quel est le solde migratoire du territoire français? Le chiffre calculé par l’Insee est «purement fictif», estiment certains experts. Et la polémique rebondit

Combien d’étrangers s’installent en France chaque année? Combien y restent? Combien en repartent? Mieux: combien de Français quittent le territoire pour aller vivre ailleurs? Alors que l’immigration agite le débat politique, ces questions demeurent sans réponse. Elles sont pourtant cruciales. Au début de juillet, l’Insee révisait ses projections démographiques pour la France: d’ici à 2050, notre solde migratoire (différence entre le nombre de personnes entrées et le nombre de personnes sorties du territoire) serait chaque année de 100 000 personnes, deux fois plus élevé que dans les années 1990. Ces chiffres sont «purement fictifs», dénoncent les experts. La démographe Michèle Tribalat confirme: privé de données fiables, «l’Insee improvise». Quitte à jouer avec le feu.

Les acrobaties de l’Insee

1968
Le recensement de la population comptabilise 360 000 habitants de moins que prévu. L’Insee crée une «variable d’ajustement» et 200 000 recensés sortent des statistiques. Il diminue ensuite le solde migratoire des années 1963-1967 de 160 000 personnes.

1975
Nouveau recensement et 43 000 habitants de moins que prévu. Le solde migratoire des années 1968 à 1974 est diminué rétroactivement, mais à la marge.

1982
Officiellement, l’immigration étrangère s’est arrêtée avec la fin des visas de travail, en 1974. Les enquêtes disent le contraire. Pas l’Insee, qui annonce un solde migratoire virtuel «nul».

1990
Surprise: le recensement dénombre 274 000 habitants de plus que prévu. L’Insee révise ses projections antérieures, et notamment le solde migratoire.

1999
Il manque 480 000 personnes à l’appel. Le recensement paraît inexact. Pourtant, l’Insee entérine ce résultat. Il diminue rétroactivement l’accroissement de la population entre 1990 et 1998, sans toucher, cette fois, au solde migratoire.

2004
On dénombre 420 000 habitants de plus que prévu. L’Insee augmente le solde migratoire des années 1999-2003.

«Les statistiques, c’est comme le Bikini: ça donne des idées, mais ça cache l’essentiel», aimait à répéter Coluche. En l’espèce, les idées sont trompeuses. En février 2004, notre Institut national de la statistique et des études économiques (Insee, établissement public à la réputation internationale) annonçait une diminution historique, la première depuis longtemps, de notre solde migratoire. Le scoop fait alors la Une des journaux, et pour cause: le retournement s’expliquerait notamment par une forte baisse des entrées de familles de réfugiés et de travailleurs étrangers sur le territoire, explique l’Insee.

Petit hic: dans les faits, c’est tout le contraire. «Le nombre d’immigrants venus s’installer en France progresse de manière quasi continue depuis 1997», constatent à l’Institut national d’études démographiques (Ined) les chercheurs Michèle Tribalat et Xavier Thierry. Les chiffres du ministère de l’Intérieur enfoncent le clou: la barre symbolique des 200 000 entrées annuelles a même été franchie en 2002. Et, entre 1999 et 2003, le flux a augmenté de 50%. Une baisse du solde migratoire en 2003 paraît donc peu crédible.

Acculé, l’Insee rectifie discrètement le tir: le solde migratoire pour l’année 2003 est augmenté de plusieurs milliers, mais corrigé officiellement – en positif, cette fois – au printemps 2004 seulement. «Nous avons fait une petite erreur, reconnaît aujourd’hui Guy Desplanques, chef du département de la démographie au siège de l’Insee. Le solde migratoire a été sous-estimé de quelques milliers, mais l’erreur nous a paru mineure comparée à l’effectif total de la population.»

Mineure? Les arrangements comptables de l’Insee choquent la communauté des experts. Pour la spécialiste de l’immigration Michèle Tribalat, ces acrobaties révèlent une lacune grave: «Nous sommes sans boussole pour déterminer en France le solde migratoire, dit-elle. Le chiffre annoncé par l’Insee ne représente que l’idée qu’il s’en fait.» Or l’idée est parfois très éloignée de la réalité.

Car comment l’Insee s’y prend-il? Officiellement, en deux temps. Chaque année, en attendant que la population soit précisément recensée, une estimation est calculée en fonction des tendances générales de notre démographie. Puis, une fois les résultats du recensement obtenus, l’Insee corrige ses estimations. Sur le papier, rien à redire. A un détail près: tous les recensements ne se valent pas.

Recensement, nouvelle formule

Depuis janvier 2004, tous les résidents français ne sont plus recensés la même année. L’Insee a substitué au recensement national, organisé tous les huit ou neuf ans, une nouvelle méthode de collecte qui permet de fournir des résultats chaque année. Les communes de moins de 10 000 habitants produisent une étude exhaustive tous les cinq ans. Les communes de plus de 10 000 habitants réalisent, quant à elles, une enquête par sondage tous les ans, auprès d’un échantillon de leur population. Le coût final des deux méthodes est équivalent: entre 25 et 30 millions d’euros par an.

Et c’est là que la mécanique coince. Chaque année, la population française fluctue: une forte natalité ou une baisse de la mortalité peuvent augmenter notre solde naturel; moins d’entrées sur le territoire et plus de sorties, diminuer notre solde migratoire. Chaque année donc, l’Insee, comme tous ses pairs étrangers, compile les données officielles et les courbes de tendance pour tenter d’estimer notre évolution démographique. Mais que faire quand la population recensée n’est pas celle attendue?
Personne ne peut contester le solde naturel – les chiffres sont indiscutables. En revanche, avec le solde migratoire… tout est possible. En théorie, ce chiffre dépend de quatre paramètres: le nombre de Français et le nombre d’étrangers entrés sur le territoire; le nombre de Français et le nombre d’étrangers qui en sont sortis. Mais, en pratique, c’est le flou total. Sur les mouvements de Français, «on ne sait rien ou presque, il n’existe aucune donnée exhaustive», affirment Guy Desplanques et Michèle Tribalat. Quant aux étrangers, ce n’est pas beaucoup mieux. Seules les sorties déclarées du territoire sont connues. Les intra-Européens, les enfants d’immigrés, les étudiants étrangers ou encore les clandestins – par définition – ne sont pas tous, loin s’en faut, enregistrés par l’administration.

Des statistiques fiables dans trois ou quatre ans
La nouvelle méthode de recensement inaugurée par l’Insee en 2004 était censée améliorer notre connaissance du sujet. Las! Dès les premiers résultats, la forte augmentation de la population (420 000 résidents de plus que prévu) a pris toutes les prévisions statistiques à revers. Pour les démographes, l’écart est dû aux défaillances du précédent recensement, celui de 1999. L’Insee réfute. Pour rester en ligne avec ses estimations, l’institut trouve même cette fois une parade inédite: une variable d’ajustement «positive». En clair, 564 000 personnes recensées en 2004 sont attribuées à un nouveau solde, ni naturel ni migratoire. D’où viennent-elles alors? L’Insee ne le dit pas.

En Grande-Bretagne aussi

En 2001, le résultat du recensement national britannique a pris à revers toutes les estimations officielles: le service statistique a dénombré 1 million d’habitants… de moins que prévu! L’ampleur de l’immi- gration étrangère aurait été largement surestimée. Et l’émigration des Britanniques, notamment en France, sensiblement sous- estimée.

«Nous sommes en rodage, il nous faudra encore trois ou quatre ans de recul avant de disposer de données fiables», plaide Guy Desplanques, à l’Insee. Certes. La direction de l’institut national cherche d’ailleurs la solution. Car, si les recensements ne suffisent pas, comment mesurer précisément l’ampleur des migrations sur notre territoire? Jusqu’à présent, l’Insee utilisait les données recueillies par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (Anaem, ancien Office des migrations internationales) pour recouper ses sources. Mais ces fichiers sont parcellaires. Désormais, les fichiers du ministère de l’Intérieur pourraient être davantage mis à contribution. De même que les travaux des démographes de l’Ined.

«Il va nous falloir un peu de courage pour envisager toutes les hypothèses, estime Michèle Tribalat. Y compris celle, politiquement incorrecte, d’une sortie importante de Français du territoire.» Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, mais une chose est sûre: le sujet des migrations est trop sensible pour supporter les approximations.

Voir enfin:

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En France, l’immigration a été un phénomène massif et structurel depuis un siècle et demi qui a connu deux périodes d’activité particulièrement intenses : l’entre-deux-guerres et l’après seconde guerre mondiale. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les immigrés étaient surtout Belges et Italiens. Puis vinrent les Polonais et les Espagnols. La France comptait près de 500 000 Belges lors du recensement de 1886 et c’est en 1931 que le nombre d’Italiens a atteint un maximum (808 000), devançant celui des Polonais (508 000) et des Espagnols (352 000). Après la seconde guerre mondiale, les courants espagnol et italien ont connu un nouvel essor, tandis que des « Français musulmans » d’Algérie sont venus travailler en métropole après avoir obtenu la liberté de circulation en 1946. Ils étaient 331 000 à la veille de l’indépendance. La population italienne a atteint un nouveau pic en 1962 (629 000 personnes), tandis que celui de la population portugaise sera enregistré en 1975 (759 000) et celui de la population algérienne en 1982 (805 000). Les courants migratoires se sont diversifiés en s’étendant dès les années 1960-1970 aux autres pays du Maghreb, à la Turquie et plus tard à bien d’autres pays (d’Afrique sub-saharienne notamment). Certains de ces courants migratoires sont issus de pays anciennement colonisés (Maghreb et Afrique sub-saharienne) devenus indépendants. L’indépendance a été acquise en 1956 pour la Tunisie et le Maroc, en 1960 pour la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne et en 1962 pour l’Algérie. Seul le courant migratoire algérien, qui avait déjà débuté avant l’indépendance, a la particularité d’avoir enregistré le maximum de ses flux pendant les toutes premières années du nouvel État algérien, en 1962-1963, quelques mois après la fin de la guerre d’Algérie.

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Ces courants migratoires ont eu d’autant plus d’effets démographiques sur la population de la France qu’ils étaient intenses et anciens, facteurs qui exercent une influence sur la constitution de la descendance des immigrés en France. En outre, l’état matrimonial à l’entrée et la plus ou moins grande précocité du regroupement familial expliquent des décalages de calendrier en la matière : pour les hommes qui sont arrivés mariés ou sont retournés se marier au pays, tant que les épouses n’ont pas rejoint leur époux, aucun enfant ne naît en France. Ainsi, le regroupement familial a été beaucoup plus tardif pour les migrants du Maghreb et de Turquie que pour ceux d’Europe du Sud. Certains courants ont été actifs pendant les deux grandes vagues migratoires du siècle dernier et ont donc fortement contribué aux première et deuxième générations nées en France et présentes aujourd’hui. C’est le cas des migrations italienne et espagnole. Mais la série des effectifs d’étrangers ou d’immigrés au fil des recensements est incapable de traduire l’impact des courants migratoires sur la démographie française. Rapidement français, quand ils ne l’étaient pas dès la naissance, les enfants et petits-enfants d’immigrés. ont grossi le lot des Français nés en France. Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un pays qui possède une longue tradition d’immigration, peu de démographes ont tenté d’estimer, d’une manière ou d’une autre, la contribution démographique de l’immigration. On ne compte que deux tentatives avant 1945. En 1927, Alfred Sauvy a estimé le nombre des « francisations » intervenues entre 1872 et 1927 [1]  Soit les personnes françaises en 1927 mais qui auraient… [1] .à 1,2 million, ce qui représente la moitié de la croissance de la population française sur la période. Quinze ans plus tard, Pierre Depoid (1942) a évalué, dans le même esprit, sur la base des flux d’acquisition de la nationalité française, à 2,9 millions le nombre de « Francisés » entre 1871 et 1940. Il procédait aussi à une estimation de l’effectif des enfants nés de deux parents ou d’un seul parent étranger (2,7 millions). En 1945, il a publié une autre présentation de ses résultats en supposant que la population d’origine étrangère est égale à l’ensemble des personnes nées de deux parents étrangers auquel il adjoint la moitié du nombre de personnes n’ayant qu’un seul parent étranger (1,9 million au total). En y ajoutant les 2,2 millions d’étrangers présents en 1940, il estimait à 4,1 millions de personnes les populations étrangère et d’origine étrangère, soit 11 % de la population de la France (Landry, 1945). Après la seconde guerre mondiale, il a fallu attendre les années 1980 pour voir réapparaître l’intérêt pour les effets démographiques de l’immigration.

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Au milieu des années 1980, une nouvelle étude avait en effet entrepris de reconstituer la population d’origine étrangère vivant en métropole due à un siècle d’immigration (Tribalat et al., 1991). En partant de l’immigration intervenue depuis la fin du XIXe siècle, cette étude avait permis d’estimer le nombre des personnes nées en France, encore présentes au premier janvier 1986, qui avaient au moins un parent ou un grand-parent ayant immigré au cours du siècle passé. Leur nombre dépend de l’importance de l’immigration bien sûr, mais aussi de la fécondité des couples d’immigrés et des brassages de populations. Le résultat de cette estimation était compris entre 9,4 millions et 10,3 millions de personnes nées en France, ayant au moins un parent ou un grand-parent immigré. Ce qui, ajouté à 3,9 millions d’immigrés, donnait un chiffre global de 13,3 à 14,2 millions en 1986. Les informations disponibles étaient si lacunaires que de nombreuses hypothèses avaient été nécessaires, notamment sur la fécondité suivant la nationalité du père et de la mère, pour évaluer la première génération née en France. La validité des résultats obtenus n’avait pu être confirmée par la confrontation à une autre source. Une autre manière de procéder à cette estimation aurait été de partir d’une enquête donnant des informations sur l’ascendance, mais de telles données n’existaient pas. Par le passé, en 1951 et 1971, des enquêtes sur l’attitude des Français à l’égard de l’immigration avaient recueilli des informations sur l’ascendance (Girard, 1971). Mais, outre qu’elles portaient sur des personnes de nationalité française âgées de 20 ans ou plus, la taille de l’échantillon était faible et le questionnement pas totalement adéquat [2]  Celle de 1971 avait concerné 2693 personnes et les… [2] . Plus récemment, quelques enquêtes ont certes collecté l’information sur le lieu de naissance, mais leurs effectifs étaient limités. En 1992, l’enquête Mobilité géographique et insertion sociale (MGIS) [3]  Cette enquête était destinée à apprécier les conditions… [3] est allée bien au-delà puisque, en combinant le pays de naissance des parents et leur nationalité actuelle ou antérieure, elle avait extrait de l’échantillon démographique permanent un échantillon de jeunes adultes enfants d’immigrés. Pour la première fois en 1999 l’enquête Famille associée au recensement de la population, baptisée Étude de l’histoire familiale (EHF) et conçue et exploitée conjointement par l’Insee et l’Ined (Cassan, Héran et Toulemon, 2000) [4]  Voir aussi le site bilingue de l’enquête : http ://… [4] , a recueilli l’information sur le pays de naissance des parents. Celle-ci s’ajoutant au pays de naissance des enquêtés et de leurs enfants, on dispose ainsi de l’information sur trois générations successives (cf. encadré). La taille exceptionnelle de l’échantillon (380 481 hommes et femmes âgés de 18 ans ou plus) permet de mettre à jour et de valider l’estimation de 1986. En outre, l’enquête comprend un volet sur les pratiques linguistiques des parents durant la petite enfance des enquêtés et celle de leurs propres enfants [5]  Le traitement de ce volet a bénéficié d’un financement… [5] , information décisive dans la nouvelle estimation.

Encadré Informations disponibles dans l’enquête Étude de l’histoire familiale et utiles pour l’estimation

L’enquête Étude de l’histoire familiale (EHF), réalisée par l’Insee, a été enrichie par les données du recensement, ce qui permet, par exemple, de connaître le lieu de naissance et la nationalité des répondants (âgés de 18 ans ou plus). On peut donc, en ajoutant les répondants majeurs nés à l’étranger, de nationalité étrangère ou devenus français (1), aux enfants mineurs nés à l’étranger des répondants immigrés (2), reconstituer la population immigrée. La première génération née en France est composée des enfants mineurs nés en France de répondants immigrés (4) et des répondants (forcément majeurs) nés en France d’au moins un parent né à l’étranger (3). Pour estimer la deuxième génération née en France, il faut se placer au niveau « enfants » et sélectionner ceux qui sont nés de parents (répondants) nés en France dont au moins l’un des parents est né à l’étranger (5).

Mais cette enquête souffre d’un défaut de représentation des populations immigrées par rapport au recensement, qui est lui-même sans doute moins satisfaisant que le précédent. Contrairement aux précédentes enquêtes Famille, celle-ci n’était pas obligatoire. Les efforts déployés par les chercheurs de l’Ined et de l’Insee pour trouver une pondération qui corrige ce défaut n’y sont pas totalement parvenus. La pondération la moins mauvaise a abouti à surreprésenter certains segments de la population immigrée (femmes venues de Turquie et immigrés des deux sexes venus d’Italie). Le taux de sous-enregistrement de l’enquête EHF par rapport au recensement reste substantiel pour les hommes venus du Portugal (16 %), de Turquie (17 %), d’Algérie (19 %), d’Afrique sub-saharienne (25 %) et surtout de Tunisie (35 %). Pour plus de sûreté, les effectifs d’immigrés ont donc été tirés du recensement de 1999. Pour les enfants d’immigrés (obtenus à partir des déclarations des répondants à l’enquête EHF), on a donc repondéré les résultats pour corriger ce sous-enregistrement, en supposant qu’il affectait moins fortement les immigrés qui ont fondé une famille (et donc leurs enfants) que l’ensemble des immigrés. On a ainsi appliqué un taux de sous-enregistrement moitié moindre pour les mineurs nés en France de parents immigrés.

…/…

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Dans l’estimation de 1986, les limites des données disponibles et la complexité des hypothèses utilisées n’avaient pas permis de ventiler l’estimation globale par pays d’origine. C’est désormais possible avec l’enquête Étude de l’histoire familiale. Cette précision est capitale dans la mesure où elle replace dans une perspective historique les courants migratoires les plus récents, sur lesquels se focalise toute l’attention de l’opinion publique, et ainsi les relativise.

I – La méthode d’estimation

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Comme en 1986, l’objectif est d’estimer la population composée des immigrés et des personnes nées en France d’au moins un parent ou un grand-parent immigré, qui sera appelée « population d’origine étrangère », même si certains d’entre eux ont plus qu’une origine étrangère puisqu’ils sont étrangers tandis que d’autres n’ont qu’un ascendant immigré. En cohérence avec nos travaux précédents, sont considérés comme immigrés les individus venus en France alors qu’ils étaient de nationalité étrangère, quel que soit leur âge à leur arrivée en France (Tribalat, 1989).

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Comme lors de l’estimation de 1986, certaines hypothèses comportent une part d’arbitraire, qui tient à l’exercice lui-même. En 1945, Pierre Depoid avait lui aussi utilisé une hypothèse arbitraire lorsqu’il ajoutait la moitié des personnes dont un seul parent était étranger à celles nées de deux parents étrangers. Il faut y consentir ou renoncer.

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Pour pouvoir agréger des populations d’origines diverses et appartenant à différentes générations, il est nécessaire de se prémunir contre deux types de doubles comptes possibles : une même personne peut être à la fois enfant d’immigré et petit-enfant d’immigré et elle peut, au titre de ses deux parents ou de plusieurs grands-parents, avoir plusieurs origines étrangères.

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Sur le premier point, la solution adoptée est la même qu’en 1986 : lorsqu’une personne est née d’un parent immigré et d’un parent né en France lui-même enfant d’immigré, elle sera classée dans la première génération née en France et ôtée de l’effectif de la seconde génération née en France. C’est le caractère immigré d’un des parents qui l’emporte.

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Sur le second point, il a fallu décider d’une hiérarchie a priori des pays d’origine, soit par ordre décroissant : Algérie, Maroc, Tunisie, pays d’Afrique sub-saharienne, Turquie, Italie, Espagne, Portugal, autre pays de l’Union européenne, autre pays d’origine. Par exemple, un enfant dont le père est immigré d’Algérie et la mère est immigrée d’Espagne sera considéré comme étant d’origine algérienne. Cette hiérarchie a été déterminée de manière à ne pas sous-représenter les origines sur lesquelles se porte toute l’attention aujourd’hui, afin de ne pas risquer le reproche de les sous-estimer en raison de l’ordre choisi. Toutefois, un ordre différent n’aurait pas changé grand-chose aux résultats. Avec un ordre exactement inverse, la composition de la première génération d’adultes nés en France s’en serait trouvée peu affectée : 4 % d’adultes d’origine algérienne en moins, et respectivement 6 % et 2 % d’adultes d’origine marocaine et tunisienne en plus ; 2 % d’adultes d’origine italienne en moins, mais 3 % d’adultes d’origine espagnole et 4 % d’adultes d’origine portugaise en plus ; 3 % d’adultes originaires d’un pays d’Afrique sub-saharienne et 4 % d’adultes d’origine turque en plus ; 9 % d’adultes d’une autre origine en plus. Pour l’ensemble des originaires d’un autre pays de l’Union européenne, le résultat aurait été très légèrement inférieur (– 0,5 %).

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Certaines origines précises ne peuvent être distinguées car la codification des pays de naissance diffusée pour l’instant par l’Insee ne le permet pas. Cette dernière a manifestement été pensée par rapport aux migrations ultérieures à la seconde guerre mondiale. La contribution de l’immigration belge, polonaise ou russe ne peut donc être évaluée.

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Enfin, l’utilisation des déclarations des enquêtés sur leurs enfants pose un problème. Pour figurer parmi les enfants il faut, c’est une évidence, que les parents ne soient pas décédés et qu’ils soient présents en France au moment de l’enquête. La première source de sous-estimation – la mortalité – peut être corrigée à partir des probabilités d’être orphelin de père ou de mère [6]  Voir les résultats tirés de l’enquête EHF par Alain… [6] . L’effet de la mortalité des parents est considéré comme étant négligeable pour les mineurs de la première génération née en France. En ce qui concerne la seconde génération née en France, pour les originaires des vieux pays d’immigration [7]  Italie, Espagne, autre pays de l’Union européenne et… [7] , la correction n’a été appliquée qu’aux personnes nées de 1945 à 1982 – les effectifs étant trop faibles et trop variables dans les générations plus anciennes. Ce faisant, on rajeunit la pyramide des âges de cette fraction de la seconde génération née en France en l’amputant d’une grande partie de ses effectifs de 55 ans ou plus. Pour les descendants d’immigrés d’Algérie, la deuxième génération née en France est plus jeune et la correction a été appliquée aux personnes nées de 1960 à 1982. Pour ceux du Portugal, elle a porté sur les personnes nées en 1970-1982. Globalement, on sous-estime de quelques centaines de milliers de personnes la deuxième génération née en France. La deuxième source de sous-estimation ne peut pas être corrigée car on ne sait pas quelle est la proportion d’enfants d’immigrés (première génération née en France) qui ont décidé de partir s’installer à l’étranger – dans le pays d’origine de leur(s) parent(s) par exemple – après avoir élevé leurs enfants qui, eux, sont restés en France. Elle est supposée négligeable.

1 – Estimation de la première génération née en France à l’exception de celle d’origine africaine : les enfants d’immigrés

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Les personnes majeures appartenant à la première génération née en France sont obtenues directement à partir des déclarations des répondants sur le pays de naissance de leurs parents.

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L’enquête a concerné un échantillon dont les mineurs sont absents. Il faut donc exploiter les déclarations des répondants sur leurs enfants pour estimer les enfants d’immigrés mineurs, séparément des majeurs. Mais on ne peut agréger simplement les déclarations des hommes à celles des femmes car la plupart des enfants de la première génération ont deux parents immigrés. Ont donc été retenus les enfants mineurs présents en France déclarés par des femmes immigrées auxquels ont été ajoutés les enfants mineurs présents en France des hommes immigrés n’ayant formé qu’une seule union et dont la conjointe (ou l’ex-conjointe) est née en France [8]  L’information sur le conjoint est tirée du recensement… [8] .

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Le cas particulier des originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne sera traité plus loin : pour ces derniers, des hypothèses supplémentaires sont nécessaires afin d’exclure les migrations de rapatriés, ou plus généralement d’anciens expatriés, et leurs effets démographiques. Mais la logique d’ensemble reste la même.

2 – Estimation de la deuxième génération née en France à l’exception de celle d’origine africaine : les petits-enfants d’immigrés

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L’estimation de la seconde génération née en France repose sur les déclarations des adultes relatives à leurs enfants lors de l’enquête EHF. Elle concerne indistinctement mineurs et majeurs. Globalement, cette génération est composée des enfants de mère née en France de parent(s) immigré(s) et des enfants de père né en France de parent(s) immigré(s). Pour l’estimer, il faut éliminer les doubles comptes.

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En effet, un problème se pose lorsque l’un des parents est enfant d’immigré et que l’autre parent est immigré. L’enfant a déjà été compté dans la première génération née en France. Ainsi en va-t-il des enfants de mère elle-même enfant d’immigré et de père immigré, déjà comptés côté père [9]  D’après l’enquête MGIS de 1992, parmi les femmes âgées… [9] dans la première génération. Symétriquement, on ne comptera pas une nouvelle fois les enfants de mère immigrée et de père lui-même enfant d’immigré(s) déjà retenus dans la première génération côté mère.

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Un problème similaire se pose avec les enfants dont les deux parents sont eux-mêmes des enfants d’immigré(s) qui peuvent être comptés dans la deuxième génération côté mère ou côté père. Dans ce cas, pour éviter les doubles comptes, on les retranche de la deuxième génération née en France côté père.

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Au total, nous ne retenons du côté paternel que les enfants dont la mère est née en France de parents nés en France. Encore une fois, l’enquête MGIS nous a fourni des indications [10]  Nous prenons en compte 50 % des enfants d’origine algérienne,… [10] .

3 – Estimation des première et deuxième générations nées en France originaires des pays du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne

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La décolonisation a été à l’origine de retours d’anciens colons que l’on appelle généralement rapatriés. C’est le cas des pays du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne. Il convient de distinguer la descendance des rapatriés de celle des immigrés originaires de ces pays.

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Le recueil du pays de naissance des parents constitue une avancée certaine mais qui reste insuffisante pour traiter des contributions des courants migratoires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne [11]  Il faudrait introduire une question supplémentaire,… [11] . L’Algérie a été un département français jusqu’en 1962 et la Tunisie et le Maroc ont été sous protectorat français jusqu’en 1956. Au moment de la colonisation, s’y trouvaient déjà en grand nombre, et depuis longtemps, des juifs que l’arrivée des Français soulagea de leur condition de Dhimmi [12]  Statut inférieur prévu pour les juifs et les chrétiens… [12] . (Ye’Or, 1980). Les juifs d’Algérie acquirent la pleine citoyenneté française avec le décret Crémieux du 24 octobre 1870 tandis que ceux du Maroc et de Tunisie gardèrent leur nationalité. De nombreux Français s’implantèrent dans ces territoires du temps de la colonisation, surtout en Algérie, mais aussi des étrangers (Espagnols, Italiens, etc.) dont beaucoup devinrent Français. La plupart des juifs du Maroc sont partis lors de la création de l’État d’Israël, mais surtout après l’indépendance du Maroc en 1956. 90 % d’entre eux ont émigré en Israël et les autres vers le Canada ou la France (Tolédano Attias, 2003 ; Bin Nun, 2003). La France a donc accueilli très peu de juifs marocains. Par contre, de nombreux juifs ayant quitté la Tunisie, principalement après l’indépendance de celle-ci, se sont réfugiés en France (un peu moins de la moitié des 110 000 juifs qui habitaient la Tunisie au moment de la création de l’État d’Israël). Les deux moments forts de cette émigration ont été la crise de Bizerte en 1961 [13]  Crise entre la France et la Tunisie qui « se firent… [13] et la guerre des Six Jours en 1967 [14]  Beaucoup partirent après le pogrom de la guerre des… [14] ). Enfin, « Plus de 140 000 juifs vivaient en Algérie à la veille de la décolonisation en 1962. […] La plupart émigrèrent vers la France avec les autres rapatriés ». Très peu allèrent en Israël et parmi eux, une moitié l’auraient fait avant 1962 (Liling, 2003).

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La complexité est telle que la solution adoptée pour séparer descendants d’immigrés du Maghreb et descendants de rapatriés sera forcément imparfaite. Mais la nécessité de ne retenir que les descendants d’immigrés en cohérence avec la définition des immigrés paraît évidente. Sans compter que, comme nous le verrons et comme l’ont montré Richard Alba et Roxane Silberman (2002), ils ont une origine sociale très différente [15]  Alba et Silberman ont eux-mêmes proposé une méthode… [15] . Y renoncer reviendrait à minimiser les difficultés des populations d’origine maghrébine tout en en grossissant le nombre. Pour l’Algérie, ne seront donc pas considérés comme immigrés les rapatriés, juifs ou non, car ils étaient, pour la plupart, Français de naissance. Près d’un million sont venus en France au moment de l’indépendance de l’Algérie (Baillet, 1976) [16]  On sait que des « Français musulmans » ont été rapatriés… [16] . Ils étaient encore 660 000 Français de naissance nés en Algérie dans l’enquête EHF. Pour le Maroc, la solution adoptée est la même ; la plupart des juifs marocains ayant choisi d’aller en Israël, ils sont peu nombreux parmi les immigrés en France. Pour la Tunisie, la situation est plus complexe. Parmi les immigrés, tels que définis, on compte un certain nombre de juifs, qui sont d’ailleurs pour la plupart venus en France alors qu’ils étaient étrangers. D’après l’enquête, en 1999, 318 000 Français de naissance sont nés en Tunisie et sont donc rapatriés. Compte tenu des informations disponibles dans l’enquête EHF pour tenter de départager les enfants de rapatriés des enfants d’immigrés, comme on le verra, nous n’aurons probablement pas, dans la descendance des immigrés, les enfants et petits-enfants des quelques dizaines de milliers de juifs venus se réfugier en France.

23

L’Afrique sub-saharienne a connu, elle aussi, du fait de la colonisation [17]  Ces pays africains étaient des territoires d’outre-mer… [17] puis de la coopération, des implantations de Français qui ont eu des enfants là-bas, dont certains sont ensuite retournés vivre en France métropolitaine après l’indépendance. Certaines personnes possédant la nationalité d’un pays d’Afrique sub-saharienne ont elles-mêmes pu, après l’indépendance de leur pays, si elles « venaient à résider de manière habituelle et continue sur le territoire de la République française, se faire reconnaître la nationalité française par déclaration », possibilité offerte jusqu’au 12 juillet 1973. « Le bénéficiaire était réputé n’avoir jamais cessé d’être français tout en étant devenu national du nouvel État » (Massicot, 1986). Dans l’enquête EHF, plus de 130 000 personnes nées dans un pays d’Afrique sub-saharienne se sont déclarées françaises de naissance et ne sont pas comptées parmi les immigrés (qu’elles soient d’anciens expatriés ou aient été habilitées à prendre la nationalité française du fait de leur résidence en France). Alors que pour le Maghreb, on emploiera le terme de rapatriés, pour l’Afrique sub-saharienne, on utilisera la dénomination « Français de naissance d’Afrique sub-saharienne ».

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Au total, le problème de la séparation entre la descendance des immigrés, d’une part, et celle des rapatriés et Français de naissance d’Afrique sub-saharienne, d’autre part, ne se pose que pour les majeurs de la première génération née en France et l’ensemble de la seconde, puisque l’enquête EHF ne permet alors de connaître que le pays de naissance des parents des répondants. En revanche, les mineurs de la première génération née en France peuvent bien être identifiés puisqu’ils ont été déclarés par leurs parents (répondants) dont on connaît à la fois le lieu de naissance et la nationalité actuelle ou antérieure.

25Le volet de l’enquête EHF consacré aux langues reçues dans l’enfance et des informations issues de l’enquête MGIS vont permettre de pallier ce problème.
Majeurs de la première génération née en France

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L’enquête EHF de 1999 a recueilli des informations sur la langue parlée avec les parents des répondants grâce à la question suivante : « En quelles langues, dialectes ou patois vos parents vous parlaient-ils quand vous étiez enfant, vers l’âge de cinq ans ? ». La réponse à cette question devait être fournie séparément pour le père et pour la mère, et suivant deux modalités hiérarchisées : « d’habitude en…. » ; « et aussi en…. ».

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En ce qui concerne les natifs des pays du Maghreb, ils se sont adressés à leurs enfants (les répondants) en arabe ou en berbère [18]  Les variantes sont nombreuses mais mentionnent toutes… [18] , mais aussi dans d’autres langues, le plus souvent européennes, et généralement le français. On considère que ceux qui se sont adressés aux répondants en arabe ou en berbère sont forcément des immigrés et, par conséquent, que leurs enfants (les répondants) sont des enfants d’immigrés, et ce, même lorsque ces langues ont été parlées par l’un des parents seulement en alternance avec le français (ou une autre langue européenne) [19]  Les enfants d’immigrés originaires des pays du Maghreb… [19] . Les majeurs de la première génération née en France qui sont dans ce cas seront dits de langue maternelle arabe ou berbère. Mais une partie des répondants à qui leurs parents n’ont jamais parlé ni arabe ni berbère sont aussi des enfants d’immigrés (et non pas tous des enfants de rapatriés). Pour simplifier, et parce que cela représente l’écrasante majorité des cas, ces répondants seront dits de langue maternelle française exclusive ; parmi eux, il reste à estimer ceux qui sont des enfants d’immigrés. Pour les répondants dont les parents sont nés en Afrique sub-saharienne, qui peuvent avoir entendu parler de multiples langues dans l’enfance, la démarche adoptée est similaire.

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L’enquête MGIS de 1992 donne, pour les immigrés originaires d’Algérie, du Maroc et d’Afrique sub-saharienne, des informations sur la part prise par l’usage des langues du pays d’origine, en alternance ou non avec le français, dans la communication avec leurs enfants [20]  60 % pour l’Algérie, 70 % pour le Maroc et 50 % pour… [20] . Ces informations permettent d’estimer, pour chaque origine, l’effectif total des enfants d’immigrés, c’est-à-dire y compris ceux de langue maternelle française : pour cela, on divise le nombre d’enfants d’immigrés de langue maternelle arabe ou berbère pour le Maghreb, et de langue maternelle d’un pays d’Afrique sub-saharienne pour l’Afrique sub-saharienne, tiré de l’enquête EHF, par la proportion d’immigrés qui, à l’enquête MGIS, ont déclaré parler l’arabe ou le berbère, ou une langue d’un pays d’Afrique sub-saharienne, en alternance ou non avec le français, à leurs enfants.

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La séparation entre enfants d’immigrés, d’une part, et enfants de rapatriés ou de Français de naissance d’Afrique sub-saharienne, d’autre part, n’a été possible qu’en faisant les hypothèses suivantes : 1) les enfants d’immigrés qui sont aussi enfants de rapatriés ou de Français de naissance d’Afrique sub-saharienne sont peu nombreux ; 2) les rapatriés qui parlaient arabe, berbère ou une langue d’Afrique sub-saharienne et en ont fait usage avec leurs enfants nés en France sont rares. Si de nombreux juifs du Maghreb parlaient l’arabe ou le berbère, on peut penser qu’ils n’ont pas utilisé ces langues avec leurs enfants nés en France, où ils se sont réfugiés. Les enfants des juifs venus de Tunisie ne sont donc probablement pas pris en compte dans la première génération née en France, alors que leurs parents sont bien comptabilisés parmi les immigrés s’ils se sont déclarés tunisiens ou tunisiens de naissance. A contrario, les enfants des Français de naissance d’Afrique sub-saharienne peuvent être pris en compte dans la première génération née en France si on leur a parlé une langue d’Afrique sub-saharienne, alors que leurs parents ne sont pas comptés comme immigrés.

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Afin d’estimer le nombre de personnes appartenant à la première génération née en France, il était envisageable de compter simplement le nombre d’enfants déclarés par les immigrés et de corriger ces résultats pour tenir compte de la mortalité des répondants (probabilité que les enfants soient orphelins). Mais cette solution présente deux inconvénients : d’une part, l’effet de la mortalité, qui est important aux âges élevés, ne peut être que partiellement corrigé ; d’autre part, elle n’est pas utilisable, seule, pour estimer la seconde génération née en France, puisqu’il faut dans ce cas exploiter les réponses sur le pays de naissance de leurs parents des présents à l’enquête appartenant à la première génération née en France. Si la méthode fondée sur le nombre d’enfants déclarés par les répondants immigrés n’a pas été retenue, on l’a cependant appliquée dans le cas des enfants majeurs afin d’offrir un point de comparaison et donc de validation de l’estimation par les langues pour les majeurs de la première génération née en France (tableau 1).

Tableau 1 – Estimation des majeurs de la première génération née en France : comparaison de l’estimation par les langues à celle qu’on obtiendrait à partir des déclarations des répondants immigrés sur le nombre de leurs enfants nés en France (en milliers)Tableau 1

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La deuxième colonne du tableau 1 présente les résultats de l’estimation fondée sur les langues et la troisième colonne résulte des déclarations des immigrés sur le nombre de leurs enfants nés en France, aujourd’hui majeurs et résidant en France (en corrigeant du sous-enregistrement des immigrés dans l’enquête – cf. encadré – et de la mortalité des répondants). Deux hypothèses ont été testées pour les originaires d’Algérie et du Maroc : 60 % et 70 % des parents immigrés auraient parlé à leurs enfants une langue arabe ou berbère dans l’enfance. La première proportion résulte des déclarations des parents venus d’Algérie dans l’enquête MGIS et la seconde, des déclarations des parents venus du Maroc [21]  La même proportion a été appliquée uniformément à tous… [21] ). L’estimation à partir de la proportion de 60 % de parents ayant parlé l’arabe ou le berbère à leurs enfants surestime probablement l’effectif des majeurs de la première génération née en France d’origine algérienne. Mais l’hypothèse à 70 % le sous-estime indubitablement. C’est donc la première qui sera retenue (soit 472 000). Pour les personnes d’ascendance marocaine, les deux estimations sont un peu faibles, mais l’hypothèse de 60 % paraît là encore préférable (161 000).

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S’agissant des immigrés de Tunisie, qui n’ont pas été enquêtés dans MGIS, la proportion de 50 % ayant parlé arabe ou berbère à leurs enfants a été arrêtée [22]  Cette proportion est inférieure à celle retenue dans… [22] . Le nombre de majeurs, descendants d’immigrés de Tunisie, se révèle lui aussi un peu faible (82 000). Cela peut s’expliquer en partie du fait que l’estimation par les langues élimine les enfants de juifs tunisiens alors que ceux-ci sont comptés comme immigrés (cf. supra ). Enfin, sur la base d’une hypothèse de 50 % (tirée de MGIS) nous obtenons un effectif un peu faible pour les majeurs de la première génération originaires d’Afrique sub-saharienne (47 000).

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Au total, l’estimation du nombre de personnes majeures appartenant à la première génération née en France obtenue en combinant l’exploitation de la déclaration sur le lieu de naissance des parents dans l’enquête EHF et les usages linguistiques conduit, mis à part pour les originaires d’Algérie, à des effectifs inférieurs à ceux que l’on obtient sur la base du nombre d’enfants nés en France déclarés par les répondants immigrés. Il est donc possible qu’elle surestime les enfants de migrants algériens et sous-estime les autres. Ajoutons que la sous-estimation globale l’emporte un peu sur la surestimation. Mais, sur quelque 5 millions de personnes, comme nous le verrons, cette incertitude paraît acceptable [23]  Par ailleurs, l’information sur la langue maternelle… [23] .

Majeurs et mineurs de la deuxième génération née en France

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La deuxième génération de descendants d’immigrés d’Afrique sub-saharienne ou de Turquie n’a pas été évaluée car l’immigration est dans son ensemble très récente et la seconde génération n’aurait représenté que quelques milliers de personnes, ce qui n’aurait pas modifié les résultats de façon substantielle compte tenu de la marge d’erreur qui est la nôtre. Pour la seconde génération née en France originaire des pays du Maghreb, la démarche adoptée est la même que pour la première génération : on recourt à l’estimation par les langues pour distinguer les descendants d’immigrés des descendants de rapatriés, en appliquant les hypothèses retenues sur les proportions de locuteurs d’une langue arabe ou berbère pour la première génération à la génération suivante.

II – Population d’origine étrangère par origine et génération

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Au terme de ce traitement des données de l’enquête Étude de l’histoire familiale de 1999, la population d’origine étrangère ou partiellement étrangère compterait près de 13,5 millions de personnes, si l’on prend en compte l’information disponible sur une séquence de trois générations : les immigrés vivant en métropole, leurs enfants et leurs petits-enfants. Elle se décompose en 4,3 millions d’immigrés, 5,5 millions d’enfants d’immigrés et 3,6 millions de petits-enfants d’immigrés. Sans la sous-estimation de la deuxième génération née en France après 55 ans, le nombre de personnes ayant au moins un grand-parent immigré serait vraisemblablement proche de 4 millions. Cette population d’origine étrangère, même en tenant compte de la sous-estimation, reste en moyenne un peu plus jeune que la population métropolitaine dans son ensemble : la part des personnes âgées de moins de 40 ans est plus élevée tandis que celle des plus de 60 ans est plus faible.

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Les femmes sont moins nombreuses en proportion dans la génération des immigrés que dans la première génération née en France où leur nombre dépasse, logiquement, celui des hommes (tableau 2). Dans la deuxième génération née en France, il devrait en aller de même au-dessus de 30 ans. Or tel n’est pas le cas. Cette génération est estimée d’après les déclarations des répondants sur leurs enfants et il est possible que les quelques oublis d’enfants aient concerné plus souvent des filles – à l’instar des enfants mineurs de la première génération déclarés par les immigrés originaires de certains pays (Algérie et Maroc par exemple). Par ailleurs, la non-correction des effets de la mortalité des répondants à partir de 55 ans joue en défaveur de la présence féminine.

Tableau 2 – Estimation de la population d’origine étrangère par génération et groupe d’âges (en milliers)Tableau 2

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Dans l’ensemble de la population de la France métropolitaine (59 millions), 23 % seraient ainsi d’origine étrangère (24 % si l’on corrige grossièrement de la sous-estimation après 55 ans). Cette part varie peu avec l’âge avant 60 ans (tableau 3). Jusqu’à 60 ans, un quart environ des hommes sont d’origine étrangère. C’est aussi le cas des femmes, mais avant 40 ans. Après, la proportion de femmes d’origine étrangère diminue car la contribution des immigrées faiblit. Suivant l’âge, les trois générations ont un poids variable dans la population française. Les immigrés dominent après 40 ans, la première génération née en France avant cet âge et notamment chez les mineurs. C’est également chez ces derniers que la participation de la deuxième génération née en France est la plus élevée.

Tableau 3 – Estimation de la contribution de la population d’origine étrangère à la population de la france par génération et groupe d’âges (en %)Tableau 3

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En France, le débat public des dernières années réduit volontiers la population d’origine étrangère à sa composante maghrébine. Or, les originaires du Maghreb appartenant aux trois générations étudiées ne représentent que près de trois millions de personnes, soit 22 % seulement de l’ensemble de la population d’origine étrangère (tableau 4). On est très loin des chiffres les plus fantaisistes publiés dans la presse [24]  Cf. par exemple le chiffre de six millions avancé par… [24] . Parmi les originaires du Maghreb, un peu plus de la moitié sont des immigrés ou descendants d’immigrés d’Algérie.

Tableau 4 – Estimation de la population d’origine étrangère par pays d’origine et par génération (en milliers et en %)Tableau 4

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La population d’origine algérienne (1,6 million) est largement devancée en nombre par celle d’origine italienne, pour laquelle l’immigration a démarré à la fin du XIXe siècle (2,6 millions). Elle fait jeu égal avec celle d’origine espagnole (1,5 million) qui a aussi une plus grande ancienneté. Alors que la première génération née en France est loin d’être complète et que la deuxième commence juste pour le courant algérien, elles ont eu le temps de se constituer pour les deux autres courants migratoires. Et, au total, en ajoutant 1,1 million d’individus d’origine portugaise, l’Europe du Sud a fourni la plus forte contribution à la population de la France (5,2 millions, soit près de 40 % de l’ensemble de la population d’origine étrangère). L’impact de la vieille immigration belge est noyé dans la population originaire d’un autre pays de l’Union européenne (1,8 million) et celui des courants polonais et russe dans la catégorie des autres pays d’origine (2,5 millions).

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La plus ou moins forte proportion d’unions mixtes formées par les parents des répondants exerce une forte influence sur la croissance, au fil des générations, des populations d’origine étrangère. Comme on ne connaît pas les quatre grands-parents dans l’enquête EHF, on ne peut mesurer cet impact sur la deuxième génération née en France. En effet, les pays de naissance des parents du (des) conjoint(s) des répondants ne sont pas connus. Par contre, il est possible de combiner les pays de naissance des parents des adultes de la première génération née en France pour distinguer ceux qui sont nés d’unions entre immigrés et ceux qui sont nés de couples mixtes dans lesquels un des conjoints est immigré. Pour les originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne, ne sont pris en compte que les répondants dont la langue maternelle est une langue du pays d’origine (l’arabe ou le berbère pour les premiers et une langue d’un pays d’Afrique sub-saharienne pour les seconds), car on ne peut distinguer parmi ceux dont la langue maternelle est le français les enfants d’immigrés des enfants de rapatriés. Ces données figurent dans le tableau 5 qui donne, avec le tableau 4, une bonne idée de l’impact des unions mixtes.

Tableau 5 – Répartition des adultes de la première génération née en France par type de couple parental (en %)Tableau 5

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Parmi les adultes de la première génération d’origine maghrébine de langue maternelle arabe ou berbère, la proportion d’unions mixtes chez les parents est faible et concourt à réduire l’importance de cette génération. Mais il est possible que ceux de langue maternelle française exclusive aient plus souvent eu un de leurs deux parents né en France. Le résultat chez les enfants de migrants turcs n’est surprenant que si l’on oublie la présence parmi eux d’enfants d’Arméniens. Pour ces derniers, comme pour tous les courants les plus anciens, les parents immigrés sont plus souvent venus dans l’enfance et ont été élevés, au moins en partie, en France [25]  C’est un phénomène qui avait déjà été remarqué dans… [25] . Les enfants d’origine italienne et espagnole ont plus souvent un père ou une mère nés en France qu’ils n’ont deux parents immigrés. C’est aussi le cas des personnes ayant une autre origine européenne. Les flux d’immigration espagnole et italienne ont été importants avant la seconde guerre mondiale (dès la fin du XIXe siècle pour ce dernier) et ont connu un nouveau pic dans l’après-guerre. Pour les courants anciens, une apparente hétérogamie d’origines du couple parental peut donc masquer une certaine homogamie, lorsque le conjoint né en France est lui-même un descendant d’immigré. Mais la prédominance forte de la population d’origine italienne tient aussi à la fréquence des unions mixtes. Le courant migratoire portugais plus récent n’a pas produit autant d’unions mixtes, au moins en apparence, mais vraisemblablement beaucoup plus que ceux du Maghreb.

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Suivant l’ancienneté des courants migratoires, les populations d’origine étrangère sont plus ou moins jeunes. Pour les courants d’Afrique sub-saharienne et de Turquie, la première génération est toute récente ; plus des trois quarts des populations de ces origines ont moins de 40 ans et les mineurs représentent 40 % des effectifs. A contrario, l’ancienneté des migrations italiennes a laissé à la première et même à la deuxième génération le temps de se former et tous les âges sont plus harmonieusement représentés : on compte 55 % de personnes de moins de 40 ans et 20 % de mineurs, soit une situation proche de la moyenne nationale.

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La contribution de chaque courant à chacune des générations, par groupe d’âges, met en évidence les décalages temporels dans la formation des populations d’origine étrangère (tableau 6).

Tableau 6 – Estimation de la contribution de différents courants migratoires à la formation des trois générations de la population d’origine étrangère (en %)Tableau 6

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Si les Maghrébins ne représentent que 22 % de l’ensemble de la population d’origine étrangère, ils sont les plus nombreux dans la génération des immigrés (30 %) et parmi les mineurs de la première génération née en France (41 %). Lorsqu’on ajoute les courants plus récents d’Afrique sub-saharienne et de Turquie, l’ensemble représente la moitié de la génération immigrée avant 40 ans et 60 % de la première génération née en France avant 18 ans [26]  Pour une estimation, dérivée de ces chiffres, du nombre… [26] . Autrement dit, les enfants nés en France de parent(s) immigré(s), mineurs, et qui fréquentent les écoles, collèges et lycées sont massivement originaires de ces pays : dans six cas sur dix. Par contre, à partir de 60 ans, ce sont les migrants d’Europe du Sud qui dominent nettement dans la génération des immigrés (43 % des hommes et 48 % des femmes). Moins représentée parmi les mineurs nés en France de parent(s) immigré(s), l’Europe du Sud est le premier contributeur à cette génération parmi les majeurs, sa part approchant 50 % après 40 ans. Dans la deuxième génération née en France, elle est majoritaire, pratiquement à tous les âges et plus encore après 60 ans. Les originaires des autres pays de l’Union européenne, qui pèsent si peu dans la génération immigrée (8 %), représentent 12 % de la première génération née en France, surtout aux âges élevés (21 % après 60 ans), et 22 % de la deuxième génération née en France. Là encore, plus l’âge augmente, plus la part des originaires d’un pays de l’Union européenne hors Europe du Sud est élevée. Nous retrouvons là, notamment, les effets de l’immigration belge très ancienne de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. La catégorie « autres origines » recouvre à la fois des courants anciens (Russie, Pologne) et des courants plus récents (Chine, ex-Yougoslavie, etc.) et sa contribution aux trois générations de la population d’origine étrangère reflète ce curieux mélange : 30 % des immigrés mineurs, plus de 25 % des enfants d’immigré(s) âgés d’au moins 40 ans et 24 % des petits-enfants âgés de 18-39 ans.

III – Importance de la distinction entre enfants d’immigrés et enfants de rapatriés

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Après le recensement de 1999, l’Insee n’a pas publié de tableau portant sur les Français de naissance nés dans les pays du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne. Ces informations sont donc tirées de l’enquête Étude de l’histoire familiale. Sous les hypothèses de partage entre enfants d’immigrés et enfants de rapatriés ou de Français de naissance d’Afrique sub-saharienne explicitées plus haut, cette enquête permet de calculer la répartition par groupe d’âges de la première génération née en France de parents Français de naissance nés dans ces pays anciennement colonisés [27]  On peut être à la fois enfant de rapatrié et enfant… [27] . Sur deux générations, la population formée par les rapatriés d’Algérie et leurs enfants (1,37 million de personnes) fait jeu égal avec celle qui est issue de l’immigration algérienne (1,36 million). Le nombre de rapatriés dépasse celui des immigrés adultes (660 000 contre 545 000) et la première génération née en France est un peu moins nombreuse en ce qui concerne les enfants de rapatriés, mais toujours un peu plus âgée.

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Si cette estimation est correcte, l’erreur qui serait commise en assimilant l’ensemble des enfants dont au moins un parent est né en Algérie aux enfants d’immigrés de ce pays peut donc être importante et variable avec l’âge, à moins de supposer que les caractéristiques et les comportements des uns et des autres sont identiques. Globalement, environ la moitié des enfants nés en France de parent(s) né(s) en Algérie descendent des rapatriés (tableau 7). Inférieure à 50 % avant 40 ans, cette proportion s’accroît aux âges plus élevés. Les variantes d’hypothèses sur la langue parlée avec les parents (cf. supra ) ne modifient pas de façon substantielle ces résultats.

Tableau 7 – Estimation de la proportion d’enfants de rapatriés ou de Français de naissance d’Afrique sub-saharienne parmi les personnes nées en France de parents nés en Algérie, au Maroc, en Tunisie ou en Afrique sub-saharienne par groupe d’âges (en %)Tableau 7

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Environ 370 000 personnes sont soit rapatriées soit enfants de rapatriés du Maroc. La part des enfants de rapatriés parmi les enfants nés en France de parent(s) né(s) au Maroc est globalement proche de 30 %. Voisine de 20 % chez les mineurs, elle s’accroît fortement avec l’âge. Pour la Tunisie, le nombre de rapatriés et d’enfants de rapatriés atteint 305 000 ; la proportion de descendants de rapatriés dans la première génération née en France, qui est en moyenne de 45 %, s’accroît avec l’âge. Enfin, les Français de naissance nés en Afrique sub-saharienne et leurs enfants nés en France représentent près de 300 000 personnes. Ces derniers sont en moyenne plus âgés que les enfants d’immigrés d’Afrique sub-saharienne dont la descendance commence juste à se constituer en France. Ainsi, un peu plus de 20 % seulement des mineurs nés en France de parents nés en Afrique sub-saharienne sont des enfants de Français de naissance, contre plus de la moitié des jeunes adultes (18-39 ans). Par ailleurs, si l’on avait choisi de se fonder sur l’effectif des enfants nés en France déclarés par les répondants à l’enquête EHF nés en Tunisie et en Afrique sub-saharienne (cf. tableau 1), la proportion d’enfants de rapatriés et de Français de naissance aurait encore dépassé 40 % chez les 18-39 ans.

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Pour les courants migratoires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne, se contenter de l’information sur le pays de naissance des parents pour estimer la première génération née en France est donc illusoire. Ceci est d’autant plus gênant que l’essentiel des interrogations actuelles porte précisément sur les populations apportées par ces courants migratoires. Il n’y a aucune raison pour que la situation et les comportements des enfants de rapatriés (ou de Français de naissance d’Afrique sub-saharienne) soient les mêmes que ceux des enfants d’immigrés. D’après nos hypothèses, les enfants de rapatriés représenteraient 72 % de l’ensemble des personnes nées en France de parent(s) né(s) en Algérie de langue maternelle française exclusive. Cette même proportion s’élèverait à 65 % pour les originaires du Maroc et à 72 % pour les originaires de Tunisie. Par conséquent, lorsqu’on analyse globalement les populations nées en France de parents nés dans un pays du Maghreb de langue maternelle française exclusive, on traite davantage des enfants de rapatriés que des enfants d’immigrés.

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D’ailleurs, les origines sociales diffèrent radicalement en fonction de la langue maternelle. D’après l’enquête EHF, 78 % des enfants de parents nés en Algérie de langue maternelle arabe ou berbère – soit 60 % de l’ensemble des enfants d’immigrés, selon notre hypothèse – ont (eu) un père ouvrier [28]  Proportion voisine de celle des jeunes âgés de 20-29… [28] ), contre 32 % des personnes de langue maternelle française exclusive. L’écart est également important parmi les enfants dont les parents sont nés au Maroc (respectivement 76 % et 23 %) et en Tunisie (67 % et 30 %). Dans le meilleur des cas, on peut faire l’hypothèse que les caractéristiques des enfants d’immigrés de langue maternelle française exclusive ressemblent à celles des enfants de rapatriés : c’est alors supposer que l’ensemble des personnes à qui l’on s’est adressé en français seulement dans leur enfance forment un bloc homogène. Dans le cas le plus défavorable, le profil des enfants d’immigrés de langue maternelle arabe ou berbère décrit celui de l’ensemble des enfants d’immigrés. On ne considérera pas comme plausible l’hypothèse selon laquelle les enfants d’immigrés de langue maternelle française exclusive seraient en meilleure position que les enfants de rapatriés. Selon le pays d’origine, les deux hypothèses retenues n’ont pas la même vraisemblance.

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L’exemple du chômage des enfants de parents nés au Maghreb va permettre de l’illustrer. Le taux de chômage des personnes dont au moins un parent est né en Algérie (colonne (3) du tableau 8) est la moyenne entre celui très élevé des enfants d’immigrés de langue maternelle arabe ou berbère (colonne (1)) et celui plus faible des enfants de parent(s) né(s) en Algérie de langue maternelle française exclusive (colonne (2)). Ce dernier est supérieur au taux de chômage des personnes d’origine française [29]  Nés en France de deux parents nés en France. [29] (colonne (4)). Les enfants de parent(s) né(s) en Algérie à qui l’on n’a parlé que le français comprennent des enfants d’immigrés, mais surtout des enfants de rapatriés d’Algérie. On sous-estime donc énormément les difficultés des Français d’origine algérienne [30]  Raccourci pour désigner les majeurs nés en France de… [30] en se fondant sur le seul lieu de naissance des parents. Le surchômage des adultes de langue maternelle arabe ou berbère s’accroît avec l’âge au moins jusqu’à 35-39 ans, signe de difficultés anormalement persistantes. À 35-39 ans, le taux de chômage des Français dont au moins un parent est né en Algérie (3) n’est dans l’ensemble « que » deux fois et demie supérieur à celui des personnes d’origine française, alors qu’il est presque cinq fois supérieur parmi ceux qui sont de langue maternelle arabe ou berbère. Et, chez les hommes dont au moins un parent est né en Algérie par exemple, le taux de chômage serait deux fois plus faible à 40-44 ans qu’à 18-24 ans, contre un tiers de moins parmi ceux qui sont de langue maternelle arabe ou berbère.

Tableau 8 – Effets sur le taux de chômage de la non-différenciation entre enfants de rapatriés et enfants d’immigrés d’AlgérieTableau 8

51

Dans l’hypothèse où le chômage des enfants d’immigrés de langue maternelle française exclusive serait aussi faible que celui des enfants de rapatriés (hypothèse A), le chômage des personnes d’origine algérienne resterait bien supérieur à celui que laisse apparaître le recours au seul pays de naissance des parents (3).

52

Si l’on suppose que les enfants d’immigrés de langue maternelle française exclusive (soit 40 % de l’ensemble des enfants d’immigrés d’après l’hypothèse retenue) sont aussi souvent au chômage que les autres jeunes d’origine algérienne (hypothèse B), les taux de chômage des enfants de rapatriés par âge devraient être, chez les hommes, trop faibles pour être crédibles. Par contre, chez les femmes, ils sont voisins de ceux des Françaises nées en France de parents nés en France. Au moins chez les hommes, le chômage des adultes de langue maternelle française exclusive serait donc inférieur à celui des adultes de langue maternelle arabe ou berbère [31]  Si les premiers représentaient non plus 40 %, mais… [31] . La prise en compte du seul pays de naissance des parents fausse donc le niveau et les variations selon l’âge du taux de chômage des enfants d’immigrés.

53

L’exemple marocain (tableau 9) nous dissuade fortement d’assimiler l’ensemble des enfants d’immigrés à ceux qui sont de langue maternelle arabe ou berbère. Supposer que les enfants d’immigrés de langue maternelle française exclusive ont le même taux de chômage que ces derniers reviendrait à attribuer un taux de chômage négatif aux fils de rapatriés âgés de 18-24 ans et un taux de chômage très faible à ceux qui sont âgés de 25-49 ans, deux hypothèses invraisemblables. Pour les Français d’origine marocaine, on est donc obligé de conclure que les hommes à qui l’on n’a parlé que le français dans l’enfance ont un chômage plus proche de celui des enfants de rapatriés. Se fonder sur l’ensemble des enfants de personnes nées au Maroc est moins faux que de se limiter à ceux de langue maternelle arabe ou berbère. C’est un peu moins vrai à 25-49 ans. Cela l’est nettement moins pour les femmes qui se trouvent probablement dans une situation intermédiaire, notamment à 25-49 ans. Le surchômage des Français d’origine marocaine serait ainsi élevé chez les jeunes, principalement les garçons, mais retrouverait une position plus « normale » après 25 ans, contrairement aux difficultés persistantes des Français d’origine algérienne.

Tableau 9 – Effets sur le taux de chômage de la non-différenciation entre enfants de rapatriés et enfants d’immigrés du MarocTableau 9

54

L’exemple tunisien aboutit au même résultat, c’est-à-dire à privilégier l’hypothèse d’un surchômage faible chez les enfants d’immigrés de langue maternelle française exclusive, en tout cas chez les hommes. Parmi l’ensemble des hommes français d’origine tunisienne, les difficultés à 18-29 ans sont certes moindres que celles de leurs homologues français d’origine algérienne, mais sont encore très supérieures à celles des enfants d’origine française (tableau 10).

Tableau 10 – Effets sur le taux de chômage de la non-différenciation entre enfants de rapatriés et enfants d’immigrés de TunisieTableau 10

55

Ces trois exemples nous dissuadent vivement de privilégier a priori une hypothèse. Ils montrent aussi l’imperfection de la catégorie « d’origine maghrébine » qui, si elle procure l’avantage de travailler sur des effectifs plus nombreux, fait le mélange de situations très variables suivant l’origine, le sexe, l’âge, les langues reçues, etc. Les difficultés sont majeures chez les Français d’origine algérienne et notamment à des âges où, d’habitude, elles se sont atténuées. Elles sont moindres mais restent préoccupantes chez les autres Français d’origine maghrébine. Ces problèmes de mesure vont se poser pour tous les phénomènes étudiés avec les mêmes incertitudes et la même complexité.

Conclusion

56

L’estimation de la population d’origine étrangère sur trois générations à partir de l’enquête Étude de l’histoire familiale de 1999 est finalement très proche de celle qui avait été obtenue treize ans plus tôt suivant une autre méthode. Compte tenu de la sous-estimation de la seconde génération née en France à partir de 55 ans et des quelques dizaines de milliers de personnes originaires d’un pays du Maghreb ou d’Afrique sub-saharienne manquant dans la première génération née en France, notre chiffre de 1999 se rapproche plutôt de 14 millions de personnes immigrées ou ayant au moins un parent ou un grand-parent immigré et, donc, du haut de la fourchette obtenue en 1986 : 14,2 millions. Même à treize ans d’écart, cette proximité de résultats donne quelque crédibilité aux deux estimations, celle de 1986 pouvant être un peu au-dessus de la réalité alors que celle de 1999 la sous-estimerait un peu. Cette dernière a l’énorme avantage de comporter une répartition par pays d’origine et donc de replacer les contributions des différents courants migratoires à la population d’origine étrangère dans leur dimension historique. Ainsi, la constitution de la première génération née en France d’origine maghrébine est loin d’être complète et la deuxième commence juste. Nous sommes donc au cœur du processus de fabrication de nouveaux Français. Pour les courants plus anciens, nous avons aujourd’hui l’impression que l’affaire est réglée et que nous n’aurions plus rien à apprendre. Si des inquiétudes ont surgi au moment où il fallait assimiler les Italiens et leurs descendants, les choses se sont rétrospectivement plutôt bien passées. La question se pose donc de savoir si les appréhensions actuelles sont le reflet d’une difficulté objectivement plus grande, pouvant tenir à la spécificité des aires culturelles et religieuses dont proviennent les nouveaux courants et à l’hostilité particulière qu’ils susciteraient, ou si elles résultent du questionnement qui accompagne nécessairement tout processus d’assimilation chez ses contemporains. Si l’absence d’inquiétude est elle-même un indicateur de la réussite du « creuset » (Noiriel, 1988) dans lequel sont passés des millions de descendants d’Italiens, d’Espagnols, de Russes, de Polonais, etc., cela ne nous dispense pas de chercher à savoir comment a fonctionné l’intégration pour ces courants, tant qu’il en est encore temps : les calculs précédents montrent qu’il reste une « fenêtre » pour étudier l’assimilation de ces courants, au moins ceux d’Europe du Sud, encore dominants dans la première génération adulte née en France. Au contraire, l’étude de ceux qui sont au cœur de l’actualité est encore prématurée, au moins après 40 ans.

57

L’exemple du chômage donne une idée de l’ampleur des problèmes rencontrés par les Français d’origine maghrébine. Les difficultés pour entrer dans le marché du travail et s’y maintenir constituent un obstacle majeur chez ceux d’origine algérienne, déjà mis en évidence par l’enquête MGIS (Gaymu et Parant, 1996). Ces difficultés anormalement persistantes avec l’âge touchent un peu moins les hommes d’une autre origine maghrébine (Maroc ou Tunisie). Si ces quelques résultats étaient confirmés, cela voudrait dire deux choses. Premièrement, nous aurions tort de considérer comme un bloc homogène les populations d’origine maghrébine. Deuxièmement, si le chômage de l’ensemble des hommes et des femmes d’origine maghrébine est singulièrement élevé, il y aurait bien un problème spécifique avec la population d’origine algérienne, sur lequel nous devons nous interroger : hostilité réciproque restée vive, attentes démesurées, effets négatifs de représentations dépréciatives, discriminations spécifiques, etc. (Silberman et Fournier, 1999) ?

58

Mais il ne faudrait pas se laisser aveugler par les difficultés présentes, au risque d’un pessimisme absolu. Les dynamiques d’intégration doivent être appréciées sur le très long terme, ce qui suppose qu’on développe les outils nécessaires à la connaissance de leur fonctionnement.

 


RÉFÉRENCES

  • alba R., Silberman R., 2002, « Decolonization immigrations and the social origins of the second generation : the case of North Africans in France », International Migration Review, vol. 36.
  • Baillet P., 1976, Les rapatriés d’Algérie en France, thèse de doctorat 3e cycle, Paris X, Nanterre, La Documentation française (Notes et Études documentaires, n° 4275-4278).
  • Bin Nun Y., 2003, « La quête d’un compromis pour l’évacuation des juifs du Maroc », in L’exclusion des Juifs des pays arabes, Pardès (Études et culture juives, n° 34).
  • Cassan F., Héran F., Toulemon L., 2000, « Étude de l’histoire familiale : l’édition 1999 de l’enquête Famille », Insee, Courrier des statistiques, n° 93.
  • Depoid P., 1942, « Les naturalisations en France, 1870-1940 », Études démographiques, n° 3, Paris, Service national des statistiques.
  • Gaymu J., Parant A., 1996, « Les débuts dans la vie active des jeunes immigrés et des jeunes d’origine étrangère », Espace, populations, sociétés, n° 2-3, p. 439-455.
  • Girard A., 1971, « Attitudes des Français à l’égard de l’immigration étrangère. Enquête d’opinion », Population, 26(5), p. 827-875.
  • Landry A., 1945, Traité de démographie, Paris, Payot.
  • Liling J.-M., 2003 « La confiscation des biens juifs en pays arabes », in L’exclusion des Juifs des pays arabes, Pardès (Études et culture juives, n° 34).
  • Massicot S., 1986, « Effets sur la nationalité française de l’accession à l’indépendance des territoires ayant été sous souveraineté française », Population, 41(3), p. 533-546.
  • Noiriel G., 1988, Le creuset français : histoire de l’immigration XIX-XXe siècles, Paris, Seuil, 442 p.
  • Sauvy A., 1927, « La population étrangère en France et les naturalisations », Journal de la Société de Statistique de Paris (réédité dans Annales de Démographie, Paris, 1989).
  • Silberman R., Fournier I., 1999, « Les enfants d’immigrés sur le marché du travail, les mécanismes d’une discrimination sélective », Formation-Emploi, n° 65.
  • Toledano Attias R., 2003, « L’antisémitisme au Maroc au début du XXe siècle », in L’exclusion des Juifs des pays arabes, Pardès (Études et culture juives, n° 34).
  • Tribalat M., 1989, « Immigrés, étrangers, français : l’imbroglio statistique », Population et Sociétés, n° 241.
  • Tribalat M. (dir.), 1991, Cent ans d’immigration, étrangers d’hier, Français d’aujourd’hui. Apport démographique, dynamique familiale et économique de l’immigration étrangère, Paris, Ined (coll. Travaux et documents, Cahier 131), 302 p.
  • Tribalat M., 1995, Faire France, La Découverte.
  • Tribalat M. (avec la participation de P. Simon et de B. Riandey), 1996, De l’immigration à l’assimilation, Ined/La Découverte, 302 p.
  • Ye’Or B., 1980, Le Dhimmi. Profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe, Anthropos.

Notes

Institut national d’études démographiques, Paris.

[1]

Soit les personnes françaises en 1927 mais qui auraient été étrangères si la loi n’avait prévu aucun changement de nationalité.

[2]

Celle de 1971 avait concerné 2693 personnes et les questions étaient formulées ainsi : « Avez-vous un ou plusieurs étrangers parmi vos arrière-grands-parents ? Vos grands-parents ? Vos parents ? » La nationalité, on le sait, est bien plus mal connue que le pays de naissance et l’on peut encore être étranger tout en étant né en France. En 1971, 14,1 % des Français âgés de 20 ans ou plus avaient déclaré avoir au moins un parent ou un grand-parent étranger, contre 7,1 % vingt ans plus tôt.

[3]

Cette enquête était destinée à apprécier les conditions d’assimilation des immigrés et enfants d’immigrés en France. Elle a donné lieu à un rapport et de nombreuses publications (Tribalat, 1995, 1996).

[4]

Voir aussi le site bilingue de l’enquête : http :// www-ehf. ined. fr

[5]

Le traitement de ce volet a bénéficié d’un financement de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF).

[6]

Voir les résultats tirés de l’enquête EHF par Alain Monnier et Sophie Pennec : « Orphelins et orphelinage », dans l’ouvrage collectif Histoires familiales, histoires de famille, à paraître dans les Cahiers de l’Ined fin 2004.

[7]

Italie, Espagne, autre pays de l’Union européenne et autre pays d’origine.

[8]

L’information sur le conjoint est tirée du recensement de 1999. Les hommes immigrés ayant formé plus d’une union ont été exclus afin de ne pas prendre en compte les enfants vivant au foyer d’un homme immigré qui seraient nés d’une précédente union. Au total, manquent les enfants de mère née en France et de père immigré ayant formé une seconde union, que ces enfants soient issus de la première ou de la seconde union formée par leur père. Mais l’approximation n’est pas trop grossière.

[9]

D’après l’enquête MGIS de 1992, parmi les femmes âgées de 20-29 ans, nées en France de parents immigrés, la proportion de celles qui vivent avec un immigré s’élève à 36 % pour les femmes d’origine algérienne, 14 % pour celles d’origine espagnole et 29 % pour celles d’origine portugaise. Nous avons supposé que la fréquence de ces unions était identique à celle des femmes d’origine espagnole pour les femmes d’origine italienne ou d’un autre pays de l’Union européenne et que celle des femmes d’origine portugaise s’appliquait aux femmes d’autres origines.

[10]

Nous prenons en compte 50 % des enfants d’origine algérienne, portugaise et d’une « autre origine » et 60 % pour ceux d’origine espagnole, italienne et d’un autre pays de l’Union européenne. Il est probable que nous surestimons un peu la deuxième génération née en France d’origine algérienne. Ainsi, une proportion du tiers réduirait son effectif de 20000.

[11]

Il faudrait introduire une question supplémentaire, mais qui ne serait pas simple. Pour l’Algérie, ce pourrait être une question du type : « Votre père était-il Algérien au sens d’aujourd’hui, même si à l’époque il avait comme tous les Algériens la nationalité française, ou bien était-il un descendant de ceux qui se sont installés en Algérie du temps de la colonisation française, voire même avant pour les juifs ? »

[12]

Statut inférieur prévu pour les juifs et les chrétiens dans la charia.

[13]

Crise entre la France et la Tunisie qui « se firent la guerre pendant quelques jours », la seconde voulant récupérer la base aéronavale occupée par la France « en vertu des accords conclus entre les deux pays » (Liling, 2003). Les juifs soupçonnés de bienveillance à l’égard des Français prirent peur et certains se réfugièrent en France.

[14]

Beaucoup partirent après le pogrom de la guerre des Six Jours. Les acquisitions de na tionalité française par des Tunisiens suivent assez bien cette périodisation de l’exil : 2 756 de 1956 à 1960, dont la plupart accordées en Tunisie, 7355 de 1961 à 1966 et 9860 de 1968 à 1972, majoritairement accordées en France. Un certain nombre d’entre eux sont donc venus en France alors qu’ils étaient déjà français.

[15]

Alba et Silberman ont eux-mêmes proposé une méthode visant à distinguer « les enfants de pieds-noirs au sens large » des enfants de migrants maghrébins d’après un certain nombre de caractéristiques sociodémographiques. Leur méthode est loin d’être parfaite puisqu’elle risque de donner « une prime » aux caractéristiques sociales très défavorables, noircissant un peu plus la situation des enfants d’immigrés maghrébins. Mais ils la jugent préférable à l’absence de distinction entre les deux populations, trop différentes à maints égards.

[16]

On sait que des « Français musulmans » ont été rapatriés à la même époque. En 1968, dernière année où l’Insee fera usage de la catégorie « Français musulmans », ils étaient 85000 et se sont déclarés pour moitié Français de naissance et pour moitié Français par acquisition. Ces derniers figurent donc parmi les immigrés.

[17]

Ces pays africains étaient des territoires d’outre-mer (Tom).

[18]

Les variantes sont nombreuses mais mentionnent toutes une référence soit à l’arabe, soit au berbère (berbère, kabyle ou chaoui), soit à un dialecte (ou patois) précisé comme arabe, berbère, algérien, etc.

[19]

Les enfants d’immigrés originaires des pays du Maghreb sont donc ceux qui ont répondu à l’enquête que leur père et/ou leur mère leur avait parlé « d’habitude » ou « aussi » en arabe ou en berbère.

[20]

60 % pour l’Algérie, 70 % pour le Maroc et 50 % pour l’Afrique sub-saharienne.

[21]

La même proportion a été appliquée uniformément à tous les âges.

[22]

Cette proportion est inférieure à celle retenue dans le cas des immigrés d’Algérie et du Maroc afin de tenir compte de la présence des juifs tunisiens qui auraient parlé français à leurs enfants (cf. supra ).

[23]

Par ailleurs, l’information sur la langue maternelle peut également être exploitée avec profit dans le cas des enfants adultes d’immigrés de Turquie. Dans les années 1920, ont afflué en France de nombreux Arméniens traumatisés par le génocide de 1915 et déçus par le traité de Lausanne de 1923 qui mettait fin à tout espoir d’État indépendant. Certains immigrés nés en Turquie, parmi les plus âgés, sont en fait des Arméniens, sans doute quelques milliers. Il en va de même, a fortiori, dans la première génération née en France. Parmi les enfants de père et/ou de mère nés en Turquie, ceux à qui l’on a parlé arménien dans l’enfance, seul ou en alternance avec le français, représentent un peu plus de 20 % de l’effectif (un peu plus de 9000 sur 43000). Ces personnes appartenant à la première génération née en France sont âgées. Il paraît imprudent d’étudier les comportements des adultes d’origine turque dans les tranches d’âges supérieures en supposant qu’ils sont de même origine « ethnique » que les plus jeunes.

[24]

Cf. par exemple le chiffre de six millions avancé par Le Monde dans un article présentant la nouvelle chaîne de télévision créée par Beur FM (Beur TV) : « Elle tentera de répondre aux attentes des six millions de Maghrébins qui vivent en France… » (Le Monde, 5 avril 2003).

[25]

C’est un phénomène qui avait déjà été remarqué dans l’enquête MGIS : les deux tiers des immigrés d’Espagne âgés de 20-59 ans étaient arrivés avant l’âge de 16 ans.

[26]

Pour une estimation, dérivée de ces chiffres, du nombre de personnes vivant en France susceptibles d’être musulmanes, voir : M. Tribalat, « Le nombre de musulmans en France : qu’en sait-on ? », in Yves Charles Zarka (dir.), L’islam en France (Cités hors série, mars 2004).

[27]

On peut être à la fois enfant de rapatrié et enfant d’immigré d’Algérie. Le nombre de ces cas est supposé être négligeable. Cette hypothèse est moins vraisemblable pour la génération suivante.

[28]

Proportion voisine de celle des jeunes âgés de 20-29 ans d’origine algérienne dans l’enquête MGIS.

[29]

Nés en France de deux parents nés en France.

[30]

Raccourci pour désigner les majeurs nés en France de parents immigrés d’Algérie. Presque tous sont français.

[31]

Si les premiers représentaient non plus 40 %, mais 30 % de l’ensemble des enfants d’immigrés, les taux de chômage, tant masculins que féminins, des enfants de rapatriés seraient voisins de ceux des Français d’origine française. Les enfants d’immigrés pourraient alors être bien représentés par ceux de langue maternelle arabe ou berbère.

4 commentaires pour Identité nationale: Cachez ces chiffres que je ne saurai voir (No numbers, please, we’re French!)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    Ne sont pas considérés comme « immigrés » les enfants nés en France de deux parents étrangers, enfants qui bien souvent ont la double nationalité.
    Mais surtout, combien y a-t-il de musulmans en France ? Cela donnera véritablement l’importance de l’immigration musulmane dans notre pays depuis 50 ans. En effet, les musulmans sont les seuls en importance à exiger de vivre selon d’autres codes que les références françaises habituelles et à vouloir imposer un nouveau mode de vie.

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  2. […] Identité nationale: Cachez ces chiffres que je ne saurai voir (No numbers, please, we’re French!) […]

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  3. […] l’instar des voyages aériens post-Ben Laden, l’immigration qu’elle et ses amis bien-pensants nous présentent […]

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  4. […] 2 ou 3 émeutes raciales de retard, ose (timidement) lever le tabou des tabous (jusque meme aux statistiques!) de l’origine ethnique (pardon: « culturelle ») des populations […]

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