Identité nationale: Les anti-racistes n’ont fait que renverser les signes (Custer died for our sins redux)

First Polynesian received at King George III's court (1774)
Quand le gouvernement est une saloperie, vous devenez francophobe à la fin des fins… C’est bien normal ! (…) Sarkozy c’est tout de même pire qu’un ouvrier malien balayeur! Alain Badiou
N’oublions pas que Sarkozy est l’élu des vieux [53% quand même!] (…) le sarkozysme est une pathologie sociale (…) ce qu’il propose aux Français parce qu’il n’arrive pas à résoudre les problèmes économiques du pays, c’est la haine de l’autre (…) Sarkozy a un comportement et un vocabulaire extrêmement brutaux vis-à-vis des gamins de banlieue ; il les avait utilisés durant la campagne présidentielle tandis qu’il exprimait son hostilité à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne dans un langage codé pour activer le sentiment antimusulman. (…) Je me demande même si la stratégie de confrontation avec les pays musulmans – comme en Afghanistan ou sur l’Iran – n’est pas pour lui un élément du jeu intérieur. (…) quand on est confronté à un pouvoir qui active les tensions entre les catégories de citoyens français, on est quand même forcé de penser à la recherche de boucs émissaires telle qu’elle a été pratiquée avant-guerre. (…) L’Etat se mettant à ce point au service du capital, c’est le fascisme. L’anti-intellectualisme, la haine du système d’enseignement, la chasse au nombre de profs, c’est aussi dans l’histoire du fascisme. De même que la capacité à dire tout et son contraire, cette caractéristique du sarkozysme. Emmanuel Todd

On attend toujours les excuses des représentants de l’Organisation de la Conférence Islamique pour le génocide des 120 millions de noirs africains castrés et vendus dans le cadre de la traite orientale. On attend toujours les excuses des Turcs pour avoir détruit le christianisme d’Orient, ou, plus proche de nous, pour le génocide arménien! On attend toujours l’autocritique des Chinois d’avoir asservi et acculturé les Tibétains. On peut attendre encore longtemps les excuses des Russes d’avoir voulu slaviser l’Europe orientale. Et les Indiens peuvent attendre jusqu’à la fin de l’Age de Fer les excuses pour les massacres de l’Hindou Kouch, et les 80 millions de morts de la conquête musulmane du sous-continent indien!

Les anti-racistes n’ont fait que récupérer la vision du monde des suprématistes qu’ils prétendent combattre, en en renversant les signes. Radu Stoenescu

A l’heure où notre Khadafi de service se dévoue pour demander au monde le « démantèlement » de la Suisse comme « source du terrorisme » …

Pendant que, condamné de toutes parts y compris dans le propre camp du président qui avait trouvé astucieux de le lancer à la veille des élections régionales, le débat sur l’identité nationale continue à déchainer les passions et délier les langues …

Retour, avec Radu Stoenescu, sur l’étrange refus dudit débat par une certaine gauche, qui se trouve être une longue tradition nationale dans laquelle tout attachement à sa culture particulière et toute dimension culturelle est systématiquement condamné ou déniée comme potentiellement d’extrême-droite et fasciste au profit d’une approche strictement économiste des problèmes.

Et ce en un saisissant renversement qui voit nos anti-racistes « récupérer la vision du monde des suprématistes qu’ils prétendent combattre en en renversant les signes », « l’Autre étant forcément pur, innocent, authentique et intègre » et les occidentaux intrinsèquement mauvais, coupables et décadents …

Extraits:

comme l’explique Alain Finkielkraut dans La défaite de la pensée, après 1945, tout ce que le monde intellectuel français comptait de progressistes s’est évertué à éliminer toute problématique culturaliste de son horizon de pensée : l’attachement à sa culture particulière était vu comme une pente glissante vers le maurrassisme et le fascisme. C’est pourquoi la plupart des intellectuels ont trouvé refuge dans le langage universaliste de l’économie, c’est-à-dire, à l’époque, dans le marxisme. Cela perdure aujourd’hui : il n’y a pas de problèmes culturels, assène la gauche divine, il n’y a que des problèmes économiques : la pauvreté, l’exclusion, le chômage, etc. Seul l’économisme est un humanisme, croient en cœur les disciples et les descendants de Sartre. Parler de problèmes strictement culturels, c’est déjà, pour ces culturophobes, faire un pas avec l’extrême droite.

En fait, ce qui fait le propre de l’identité européenne, et donc, de l’identité française, c’est qu’elle est sans cesse capable de se remettre en question. L’autocritique culturelle est le fondement même de l’identité culturelle occidentale. Il y a comme un perpétuel mouvement de pendule entre les deux pôles du commandement chrétien « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Cependant, ce perpétuel mouvement de balancier entre haine de soi et amour de soi ne se retrouve que chez nous ! Aucune autre culture ne s’est montrée capable de se critiquer autant elle-même et de survivre, à part la culture occidentale. On attend toujours les excuses des représentants de l’Organisation de la Conférence Islamique pour le génocide des 120 millions de noirs africains castrés et vendus dans le cadre de la traite orientale (4). On attend toujours les excuses des Turcs pour avoir détruit le christianisme d’Orient, ou, plus proche de nous, pour le génocide arménien ! On attend toujours l’autocritique des Chinois d’avoir asservi et acculturé les Tibétains. On peut attendre encore longtemps les excuses des Russes d’avoir voulu slaviser l’Europe orientale. Et les Indiens peuvent attendre jusqu’à la fin de l’Age de Fer les excuses pour les massacres de l’Hindou Kouch, et les 80 millions de morts de la conquête musulmane du sous-continent indien !

Ceux qui font la moue devant le débat sur l’identité nationale, lancé par le Ministre de l’Immigration, parce qu’ils le soupçonnent de dérives xénophobes, sont les mêmes qui croient que l’Autre est forcément pur, innocent, authentique, intègre. Ils croient que le monde est partagé en deux récipients étanches : les innocents « primitifs » et les coupables décadents. Par là, ces amoureux de la diversité se manifestent comme les frères jumeaux de ces racistes qui croyaient les occidentaux intrinsèquement supérieurs aux barbares.

L’identité nationale française, c’est être capable d’en débattre!
Radu Stoenescu
le 16 novembre 2009

Ce qui est amusant dans le débat sur l’identité nationale lancé par Eric Besson, c’est qu’il ne s’agit absolument pas d’un débat nouveau. Avant de montrer que celui-ci est aussi vieux que l’Europe moderne, il faut préciser qu’il est absurde de parler d’un « piège électoraliste » ou bien d’une « manipulation de l’opinion » à propos du lancement de ce débat. Ceux qui condamnent ce débat en employant ces mots ne se rendent pas compte du mépris absolu pour le peuple et la démocratie qu’ils manifestent. Dire qu’il y a uniquement une visée électoraliste derrière ce débat, c’est affirmer que lorsque l’Etat discute d’un sujet qui intéresse les citoyens, il trahirait son rôle et chercherait à les manipuler !

Or l’Etat, c’est la représentation nationale, c’est-à-dire le moyen que le peuple souverain se donne pour parler de ce qui le regarde, étant donné qu’avec soixante millions d’habitants, la France ne peut être une démocratie directe. Affirmer que ce débat n’est lancé que pour gagner les élections régionales de 2010, c’est postuler d’une manière péremptoire que les citoyens ne devraient avoir aucune gratitude envers leurs représentants de les représenter ! Selon les contempteurs du débat ouvert par le Ministre de l’Identité nationale et de l’immigration, les représentants élus de la nation auraient tort de faire plaisir à leurs mandataires de parler de ce qui les intéresse. Ô rage, cela les amènerait peut-être à les reconduire dans leurs fonctions !

Quel ressentiment et quel mépris des électeurs que de les accuser implicitement de s’intéresser à ce débat parce qu’il a été lancé par le gouvernement en place. Le Parti socialiste, à la différence du Grand Orient de France qui a appelé à participer activement à ce débat (1), fait la fine bouche et annonce qu’il ne « se rendra pas » au grand débat sur l’identité nationale (2). Il n’a décidément tiré aucune leçon des différentes déculottées qui lui ont été infligées par les urnes ces dernières années. La « gauche divine », comme l’appelait feu Jean Baudrillard, n’aime pas ce peuple imbécile si prompt à récompenser ceux qui touchent à ce qu’elle a déclaré tabou. En creux, ce que cette gauche affirme, c’est que sa spécialité, c’est faire tout le contraire de ce pourquoi le peuple l’élit. Elle, elle ne saurait avoir de « visées électoralistes », quelle idée vulgaire !

Si la gauche veut absolument éviter ce débat sur l’identité nationale, ce n’est pas par inconscience ou par débilité précoce. Ce refus s’inscrit dans une longue tradition… nationale. En effet, comme l’explique Alain Finkielkraut dans La défaite de la pensée, après 1945, tout ce que le monde intellectuel français comptait de progressistes s’est évertué à éliminer toute problématique culturaliste de son horizon de pensée : l’attachement à sa culture particulière était vu comme une pente glissante vers le maurrassisme et le fascisme. C’est pourquoi la plupart des intellectuels ont trouvé refuge dans le langage universaliste de l’économie, c’est-à-dire, à l’époque, dans le marxisme. Cela perdure aujourd’hui : il n’y a pas de problèmes culturels, assène la gauche divine, il n’y a que des problèmes économiques : la pauvreté, l’exclusion, le chômage, etc. Seul l’économisme est un humanisme, croient en cœur les disciples et les descendants de Sartre. Parler de problèmes strictement culturels, c’est déjà, pour ces culturophobes, faire un pas avec l’extrême droite.

N’étant pas à une contradiction près, cet économisme cohabite dans la tête des bobos avec un engouement indéfectible pour les identités culturelles des autres, les appartenances exotiques, dont ils déplorent la destruction par la « mondialisation libérale », tandis qu’ils se moquent de ceux qui s’inquiètent du sort de la culture nationale. « Economiste chez soi, culturaliste chez les autres », telle est leur devise. Dans le même mouvement, ils ignorent une réalité inquiétante, bien documentée par les psychiatres : les troubles de la personnalité, c’est-à-dire de l’identité, sont en constante augmentation : « Selon l’OMS, dans les 20 ans à venir, le pourcentage de Français touchés par une pathologie mentale va passer de 10 à 20 % de la population totale. » (3)

Ce que les adversaires du débat lui reprochent, c’est qu’il soit lancé par un ministre qui a aussi en charge l’immigration. C’est le rapprochement entre identité nationale et immigration qui les froisse. Il y aurait là un sous-entendu « nauséabond », lepéniste : l’identité nationale ne se ferait que sur le dos des « des noirs et des bougnoules », comme l’a affirmé l’inénarrable Houria Bouteldja, sur le plateau de Ce soir ou jamais.

C’est ce qui rend cette discussion aussi ancienne que le retable d’Issenheim. Ce qui est en jeu, c’est encore et toujours le rapport entre l’Occident et l’Autre. Déjà, dans ses Essais, au Livre I, chapitre 33, « Des cannibales », Montaigne écrivait « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Puis, d’une manière joueuse, le maire de Bordeaux s’amusait à moquer les prétentions des chrétiens à se croire supérieurs aux Tupinambas, « sauvages » vivant sur la côte du Brésil. C’était une des premières apparitions littéraires de ce qui deviendra le « bon sauvage » sous la plume de Rousseau, deux siècles plus tard.

Depuis cinq cents ans, l’Europe se délecte à se critiquer en prenant pour contre exemple de ses « mœurs corrompues » différentes espèces de « bons sauvages », hommes « fraîchement formés par les dieux » (Montaigne). A la Renaissance, il y eu ces Tupinambas, ces « cannibales » dont parlait Montaigne, et qui l’étaient véritablement, puis au 18ème siècle les Persans de Montesquieu, l’Ingénu de Voltaire, et l’homme à « l’état de nature » de Rousseau. Maintenant, nous avons nos « sans-papiers », l’Elias du film Eden à l’ouest de Costa-Gavras. A chaque fois, l’Europe joue la même comédie, celle de se croire inférieure à toutes les autres cultures, plus « authentiques », plus « pures », plus « innocentes », plus « naturelles », moins décadentes.

Entre chaque bouffée de « primitivisme », entre chaque envolée lyrique en hommage à l’Autre, fût-il réellement cannibale, fanatique ou arriéré, l’Europe s’est repliée sur un occidentalisme et un ethnocentrisme parfois criminel, souvent seulement équivalent à l’ethnocentrisme de toutes les autres cultures. C’est ce repli qui fait peur aux belles âmes qui l’accusent de tous les crimes, et l’y poussent sans s’en rendre compte !

En fait, ce qui fait le propre de l’identité européenne, et donc, de l’identité française, c’est qu’elle est sans cesse capable de se remettre en question. L’autocritique culturelle est le fondement même de l’identité culturelle occidentale. Il y a comme un perpétuel mouvement de pendule entre les deux pôles du commandement chrétien « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : il y a des époques où l’Europe adore son prochain plus qu’elle-même et des époques où elle fait l’inverse, et se met à dire avec Pierre Desproges : « Dieu ou pas, j’ai horreur qu’on me tutoie, et puis je préfère moi-même. »

Cependant, ce perpétuel mouvement de balancier entre haine de soi et amour de soi ne se retrouve que chez nous ! Aucune autre culture ne s’est montrée capable de se critiquer autant elle-même et de survivre, à part la culture occidentale. On attend toujours les excuses des représentants de l’Organisation de la Conférence Islamique pour le génocide des 120 millions de noirs africains castrés et vendus dans le cadre de la traite orientale (4). On attend toujours les excuses des Turcs pour avoir détruit le christianisme d’Orient, ou, plus proche de nous, pour le génocide arménien ! On attend toujours l’autocritique des Chinois d’avoir asservi et acculturé les Tibétains. On peut attendre encore longtemps les excuses des Russes d’avoir voulu slaviser l’Europe orientale. Et les Indiens peuvent attendre jusqu’à la fin de l’Age de Fer les excuses pour les massacres de l’Hindou Kouch, et les 80 millions de morts de la conquête musulmane du sous-continent indien !

L’Occident n’est sûrement pas l’espace le plus criminel sur la face de la terre, ni la culture la plus meurtrière. Par contre, il possède sûrement la culture la plus autocritique. Il faut en finir avec la repentance, certes, car cela n’est à présent qu’un avilissement devant plus criminel que soi, quand toutes les cultures sont jugées à la même aune. L’Occident est grand parce qu’il a su se repentir, tirer des leçons de ses fautes et rebondir.

Ceux qui font la moue devant le débat sur l’identité nationale, lancé par le Ministre de l’Immigration, parce qu’ils le soupçonnent de dérives xénophobes, sont les mêmes qui croient que l’Autre est forcément pur, innocent, authentique, intègre. Ils croient que le monde est partagé en deux récipients étanches : les innocents « primitifs » et les coupables décadents. Par là, ces amoureux de la diversité se manifestent comme les frères jumeaux de ces racistes qui croyaient les occidentaux intrinsèquement supérieurs aux barbares. Les anti-racistes n’ont fait que récupérer la vision du monde des suprématistes qu’ils prétendent combattre, en en renversant les signes. Non, le monde humain n’est pas divisé. La barbarie et l’injustice sévissent du Levant au Couchant. Mais qui a eu le courage de le reconnaître, à part les Occidentaux ? Quelle culture, à part celle issue des traditions judéo-chrétiennes, (et pour cause !), a su demander pardon pour ses crimes ?

La haine exacerbée de soi d’un certain Occident n’est pas une rupture avec le racisme et le suprématisme occidental, mais une de ses manifestations : elle consiste à se croire membre de l’élite du Mal, mais de l’élite quand même. Or, la seule attitude véritablement respectueuse de l’Autre, et authentiquement égalitaire, c’est celle qui le considère capable des mêmes horreurs et des mêmes merveilles que soi. C’est pourquoi seule la critique impitoyable, sous les auspices des valeurs communes de l’humanité, constitue la véritable marque de considération pour ses frères humains.

Ceux qui refusent le débat sur l’identité nationale font comme s’il était barbare de se demander s’il y a des barbares. Ils adoptent une pose offusquée qui laisse entendre que tout cela est futile et sans objet, puisque eux, ils aiment l’humanité au-delà de ses différences culturelles. Et leur dédain ne signifie rien d’autre qu’ils n’aiment aucune humanité en particulier. C’est là le dernier avatar, l’avachissement sublime d’un certain universalisme français, qui, comme en 1793, aimerait bien dévorer ses propres enfants, mais qui ne parvient qu’à les mâchonner de ses gencives pâteuses : « Salauds de pauvres ! »

(1) http://www.godfstats.com/?q=node/569

(2)http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/politique/20091109.FAP2451/debat_sur_lidentite_nationale_le_parti_socialiste_ny_pa.html

(3) http://www.uncpsy.fr/dotdoc/20060909-colloque-uncpsy/20061016-resume-de-actes.pdf

(4) http://www.youtube.com/watch?v=jcIcd3T2BMw

Voir aussi:

« Ce que Sarkozy propose, c’est la haine de l’autre »
Le Monde
26.12.09

Démographe et historien, Emmanuel Todd, 58 ans, est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED).

Inspirateur du thème de la fracture sociale, repris par Jacques Chirac lors de sa campagne présidentielle de 1995, il observe depuis longtemps la coupure entre élites et classes populaires. Il livre pour la première fois son analyse du débat sur l’identité nationale. Sans dissimuler sa colère. « Si vous êtes au pouvoir et que vous n’arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature », estime-t-il.

Que vous inspire le débat sur l’identité nationale ?

Je m’en suis tenu à l’écart autant que possible, car ce débat est, à mes yeux, vraiment pervers. Le gouvernement, à l’approche d’une échéance électorale, propose, je dirais même impose, une thématique de la nation contre l’islam. Je suis révulsé comme citoyen. En tant qu’historien, j’observe comment cette thématique de l’identité nationale a été activée par en haut, comme un projet assez cynique.

Quelle est votre analyse des enjeux de ce débat ?

Le Front national a commencé à s’incruster dans le monde ouvrier en 1986, à une époque où les élites refusaient de s’intéresser aux problèmes posés par l’intégration des populations immigrées.

On a alors senti une anxiété qui venait du bas de la société, qui a permis au Front national d’exister jusqu’en 2007. Comme je l’ai souligné dans mon livre, Le Destin des immigrés (Seuil), en 1994, la carte du vote FN était statistiquement déterminée par la présence d’immigrés d’origine maghrébine, qui cristallisaient une anxiété spécifique en raison de problèmes anthropologiques réels, liés à des différences de système de moeurs ou de statut de la femme. Depuis, les tensions se sont apaisées. Tous les sondages d’opinion le montrent : les thématiques de l’immigration, de l’islam sont en chute libre et sont passées largement derrière les inquiétudes économiques.

La réalité de la France est qu’elle est en train de réussir son processus d’intégration. Les populations d’origine musulmane de France sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d’Europe, grâce à un taux élevé de mariages mixtes. Pour moi, le signe de cet apaisement est précisément l’effondrement du Front national.

On estime généralement que c’est la politique conduite par Nicolas Sarkozy qui a fait perdre des voix au Front national…

Les sarkozystes pensent qu’ils ont récupéré l’électorat du Front national parce qu’ils ont mené cette politique de provocation, parce que Nicolas Sarkozy a mis le feu aux banlieues, et que les appels du pied au FN ont été payants. Mais c’est une erreur d’interprétation. La poussée à droite de 2007, à la suite des émeutes de banlieue de 2005, n’était pas une confrontation sur l’immigration, mais davantage un ressentiment anti-jeunes exprimé par une population qui vieillit. N’oublions pas que Sarkozy est l’élu des vieux.

Comment qualifiez-vous cette droite ?

Je n’ose plus dire une droite de gouvernement. Ce n’est plus la droite, ce n’est pas juste la droite… Extrême droite, ultra-droite ? C’est quelque chose d’autre. Je n’ai pas de mot. Je pense de plus en plus que le sarkozysme est une pathologie sociale et relève d’une analyse durkheimienne – en termes d’anomie, de désintégration religieuse, de suicide – autant que d’une analyse marxiste – en termes de classes, avec des concepts de capital-socialisme ou d’émergence oligarchique.

Le chef de l’Etat a assuré qu’il s’efforçait de ne pas être « sourd aux cris du peuple ». Qu’en pensez-vous ?

Pour moi, c’est un pur mensonge. Dans sa tribune au Monde, Sarkozy se gargarise du mot « peuple », il parle du peuple, au peuple. Mais ce qu’il propose aux Français parce qu’il n’arrive pas à résoudre les problèmes économiques du pays, c’est la haine de l’autre.

La société est très perdue mais je ne pense pas que les gens aient de grands doutes sur leur appartenance à la France. Je suis plutôt optimiste : quand on va vraiment au fond des choses et dans la durée, le tempérament égalitaire des Français fait qu’ils n’en ont rien à foutre des questions de couleur et d’origine ethnique ou religieuse !

Pourquoi, dans ces conditions, le gouvernement continue-t-il à reprendre à son compte une thématique de l’extrême droite ?

On est dans le registre de l’habitude. Sarkozy a un comportement et un vocabulaire extrêmement brutaux vis-à-vis des gamins de banlieue ; il les avait utilisés durant la campagne présidentielle tandis qu’il exprimait son hostilité à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne dans un langage codé pour activer le sentiment antimusulman. Il pense que cela pourrait marcher à nouveau.

Je me demande même si la stratégie de confrontation avec les pays musulmans – comme en Afghanistan ou sur l’Iran – n’est pas pour lui un élément du jeu intérieur. Peut-être que les relations entre les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis, c’est déjà pour lui de la politique extérieure ? On peut se poser la question…

Si vous êtes au pouvoir et que vous n’arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature. Comme un réflexe conditionné. Mais quand on est confronté à un pouvoir qui active les tensions entre les catégories de citoyens français, on est quand même forcé de penser à la recherche de boucs émissaires telle qu’elle a été pratiquée avant-guerre.

Quels sont les points de comparaison avec cette période ?

Un ministre a lui-même – c’est le retour du refoulé, c’est l’inconscient – fait référence au nazisme. (Christian Estrosi, le 26 novembre, a déclaré : « Si, à la veille du second conflit mondial, dans un temps où la crise économique envahissait tout, le peuple allemand avait entrepris d’interroger sur ce qui fonde réellement l’identité allemande, héritière des Lumières, patrie de Goethe et du romantisme, alors peut-être, aurions-nous évité l’atroce et douloureux naufrage de la civilisation européenne. ») En manifestant d’ailleurs une ignorance de l’histoire tout à fait extraordinaire. Car la réalité de l’histoire allemande de l’entre-deux-guerres, c’est que ce n’était pas qu’un débat sur l’identité nationale. La différence était que les nazis étaient vraiment antisémites. Ils y croyaient et ils l’ont montré. La France n’est pas du tout dans ce schéma.

Il ne faut pas faire de confusion, mais on est quand même contraint de faire des comparaisons avec les extrêmes droites d’avant-guerre. Il y a toutes sortes de comportements qui sont nouveaux mais qui renvoient au passé. L’Etat se mettant à ce point au service du capital, c’est le fascisme. L’anti-intellectualisme, la haine du système d’enseignement, la chasse au nombre de profs, c’est aussi dans l’histoire du fascisme. De même que la capacité à dire tout et son contraire, cette caractéristique du sarkozysme.

La comparaison avec le fascisme, n’est-ce pas excessif ?

Il ne s’agit pas du tout de dire que c’est la même chose. Il y a de grandes différences. Mais on est en train d’entrer dans un système social et politique nouveau, qui correspond à une dérive vers la droite du système, dont certains traits rappellent la montée au pouvoir de l’extrême droite en Europe.

C’est pourtant Nicolas Sarkozy qui a nommé à des postes-clés plusieurs représentantes des filles d’immigrés…

L’habileté du sarkozysme est de fonctionner sur deux pôles : d’un côté la haine, le ressentiment ; de l’autre la mise en scène d’actes en faveur du culte musulman ou les nominations de Rachida Dati ou de Rama Yade au gouvernement. La réalité, c’est que dans tous les cas la thématique ethnique est utilisée pour faire oublier les thématiques de classe.

Propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon et Sylvia Zappi
Article paru dans l’édition du 27.12.09

4 Responses to Identité nationale: Les anti-racistes n’ont fait que renverser les signes (Custer died for our sins redux)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    La jeune génération est plus islamisée que l’ancienne, les statistiques le prouvent. Les imams modérés se sont quasiment tous fait expulser des mosquées françaises. Il y a 30 ans, les frères musulmans ou les salafistes n’existaient pas en France. La population musulmane française s’oppose plus que tout autre population française à une interdiction de la Burka. Les exigences quant à la nourriture halal étaient anecdotiques.

    Si la population musulmane française est tolérante à cause des mariages mixtes, et donc de l’influence d’une philosophie ou d’une religion non musulmane, cela signifie que sans cette influence, l’Islam livré à lui-même est une religion intolérante ! Todt est islamophobe, que fait le Mrap ? Les catholiques ne sont pas plus laïcs ou tolérants à cause des mariages mixtes

    L’Islam français est le plus tolérant et le plus laïc d’Europe. Donc les autres Islams d’Europe ne sont ni laïcs ni tolérants. Cette caractéristique de l’islam français s’est développée dans un pays qui a cause de la guerre d’Algérie avait la plus grande méfiance de l’Islam parmi les pays européens (« le sourire algérien », « la valise ou le cercueil »). En fait, c’est cette méfiance des Français qui a obligé les musulmans à faire profil bas. Dans les pays européens où il n’y avait pas cette méfiance et où l’Islam a pu se développer sans contrainte selon sa dynamique propre, l’Islam est beaucoup plus intolérant. Plus la méfiance envers l’Islam va disparaître en France, plus l’Islam deviendra intolérant avec le soutien de Todt.

    Il faut quand même noter que cette intolérance française n’a pas empêché les musulmans de faire des mariages musulmans avec des femmes françaises. Alors que dans les pays musulmans, un chrétien ne peut pas faire un mariage chrétien avec une musulmane, ce qui ne gêne absolument pas Todt et autres intellectuels. La plupart des mariages mixtes sont à sens unique: un musulman et une non musulmane, parfois beaucoup plus rarement, une musulmane avec un converti à l’Islam. Exceptionnellement, une musulmane et un non musulman. Donc, dans la quasi-totalité des cas, les enfants sont musulmans. Ce qui n’est pas le signe d’une véritable tolérance ou « laïcité ». Curieusement, Todt le démographe refuse de nous communiquer des chiffres là-dessus, alors qu’il est payé pour cela

    La jeune génération française est moins méfiante vis-à-vis de l’Islam que ses ainés, grâce au matraquage de l’éducation nationale qui ne cesse de présenter l’Islam comme bien meilleur que le christianisme (cf les livres d’histoire ayant l’imprimatur de l’éducation nationale), des rabbins, des pasteurs, des prêtres et des évêques, des médias dont 92 % des journalistes sont de gauche (et qui nous inondent d’images du conflit israélo-palestinien mais refusent de parler des 3 millions de massacrés par des musulmans au Sud Soudan et de l’esclavage au sens propre du terme qui sévit dans ce pays), du pouvoir politique, des juges, et grâce à l’interdiction totale de débattre de l’Islam : combien de français connaissent l’histoire de l’esclavage islamique, en Afrique noire ou en Europe ? Combien connaissent l’atrocité de l’émasculation des eunuques et le pourcentage de tués par cet acte barbare (à peu près 80 %)? Combien savent que le Coran autorise ce système ? Combien savent que le harem dont les mérites sont vantés par arte est une combinaison d’esclavage et de viols le tout en conformité avec la législation et la morale islamique ? Combien savent que Mahomet pratiqua lui-même l’esclavage, la torture, le mensonge, le massacre, et eut des rapports sexuels avec une fillette de neuf ans ? Combien savent les différences entre le judaïsme, le christianisme et l’Islam, que pour les musulmans Allah a substitué un autre homme au Christ sur la croix pour que le Christ ne soit pas crucifié, que Abraham tenta de sacrifier Ismael et non Issac, que la Trinité d’après le Coran c’est « le Père, le Fils, Marie » ? Combien savent que les juifs et les chrétiens eurent le choix entre se convertir à l’Islam ou quitter l’Arabie, et que les polythéistes eurent le choix entre mourir et devenir musulmans, tout comme les kabyles ancêtres de Zidane au XIVe siècle ? Combien savent qu’un musulman ne peut pas prendre pour ami un juif ou un chrétien « associateur » donc polythéiste, encore moins un athée? Combien savent que Mahomet demande de condamner à mort les musulmans qui quittent l’Islam ? Combien savent que la plupart des pays arabo musulmans interdisent aux musulmans de quitter l’Islam aujourd’hui encore ? Combien connaissent le code de la famille algérien, et les législations des divers pays musulmans aussi exotiques que les Maldives ?

    Personne ! Cela s’appelle du conditionnement. C’est utilisé par toutes les dictatures, c’est comme cela que l’on a fabriqué les SS et les soldats de Pol Pot. Conditionnement avec la collaboration active de Todt. En fait, ici il y a un seul fasciste : Todt. La vérité ne peut sortir que de la confrontation des idées, confrontation que Todt interdit à tout prix. Todt qui est complice de l’assassin de Theo Van Gogh, des tueurs d’Al Qaïda, et de ceux qui menacent Ayan Irsi Ali, Todt le complice aux côtés de toutes les élites occidentales des persécutions des minorités religieuses en pays musulmans.

    Quant à l’État complice du « capital », capital qui paie grassement son salaire de fonctionnaire, l’affirmation est tellement ridicule qu’il n’est pas besoin d’en faire une critique supplémentaire.

    Il a raison sur un seul point : il n’y a jamais eu de problèmes d’immigration en France, ni de problèmes de racisme, mais uniquement un problème avec l’Islam, qui n’est pourtant mentionné à aucun moment dans l’énoncé du débat sur l’identité nationale.

    « La haine exacerbée de soi d’un certain Occident n’est pas une rupture avec le racisme et le suprématisme occidental, mais une de ses manifestations : elle consiste à se croire membre de l’élite du Mal, mais de l’élite quand même. Or, la seule attitude véritablement respectueuse de l’Autre, et authentiquement égalitaire, c’est celle qui le considère capable des mêmes horreurs et des mêmes merveilles que soi. C’est pourquoi seule la critique impitoyable, sous les auspices des valeurs communes de l’humanité, constitue la véritable marque de considération pour ses frères humains. » (Radu Stoenescu)

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  2. Thot Har Megiddo dit :

    Merci Alize,
    « Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
    Aux bords mystérieux du monde Occidental » (Les conquérants, in Les Trophées, de José-Maria de Hérédia)

    Ah, si seulement nos élites savaient au lieu de croire !

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  3. Thot Har Megiddo dit :

    Todt :
    « La réalité, c’est que dans tous les cas la thématique ethnique est utilisée pour faire oublier les thématiques de classe. »
    Thématique ethnico religieuse qu’il se dépêche de ramener au pas de charge ! Sinon, rhétorique classique du plus pur marxisme-léninisme sur la lutte des classes, parfait modèle de démocratie !

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