OGM: Attention, un détournement peut en cacher bien d’autres! (As former scare-mongerer comes clean, will French media finally give up their anti-GMO cover generators?)

Anti-GMO Liberation cover (1996)Anti-GMO pirated children's bookL’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)
J’ai toujours su qu’il n’y aurait jamais de preuves irréfutables du crime que dénonçait sa mère, tout simplement parce que cette femme démunie d’un bidonville n’avait pas eu les moyens d’intenter un procès au moment des faits (dix ans plus tôt) et que sa parole ne faisait pas le poids face au puissant lobby des mandarins. Marie-Monique Robin
C’était au moment de l’épidémie de la vache folle, pour laquelle les spécialistes prédisaient qu’il pourrait y avoir 500 000 victimes. Il était prouvé qu’un agent infectieux venant d’un animal était transmissible à l’homme, c’était très sérieux. Au même moment arrivait en Europe le premier bateau chargé de soja génétiquement modifié, (…) une des premières campagnes de Greenpeace sur le sujet. (…) Je ne sais pas si j’ai changé de point de vue, en tous les cas j’ai enquêté à fond ce qui n’était pas le cas en 1996. Jean-Claude Jaillette
J’étais à l’époque chef de service à Libération, et donc directement impliqué dans la conception du titre des papiers correspondants. Autant dire que comme la plupart de mes confrères sensibles aux questions d’environnement et de santé publique, je considérais le soja OGM comme aussi dangereux pour le consommateur que le prion responsable de la transmission de la vache folle (…) Comment [treize ans plus tard] en suis-je arrivé à écrire un livre pour supplier les scientifiques de prendre la parole et d’oser affirmer que les OGM peuvent contribuer à sauver l’humanité de la famine et de la surconsommation des pesticides ? Jean-Claude Jaillette
Pourquoi l’activisme contre les OGM de Greenpeace est-il quasi absent aux États-Unis (où se concentrent 50 % des cultures OGM) et si virulent en Europe (où la culture des OGM est marginale) ? (…) Le mensonge a changé de camp. Du pouvoir politique et des industriels, il a gagné […] le contre-pouvoir. Jean-Claude Jaillette
On parle de tout durant ce Grenelle, des autoroutes, des incinérateurs, des OGM mais surtout pas du nucléaire. (…) Une telle impasse, un tel silence se paient au prix fort. Sans détour, Nicolas Sarkozy a offert aux ONG la disparition du sol français des OGM cultivées. Jean-Claude Jaillette
Autre livre de journaliste, celui de Jean-Claude Jaillette sur les OGM (3). L’auteur parle d’expérience. Il était aux manettes du service société de Libération, le 1 er novembre 1996, lorsque le quotidien titra Alerte au soja fou en une, pour saluer l’arrivée à Bordeaux d’une cargaison de soja transgénique, résistant à l’herbicide Roundup, de Monsanto. Jean-Claude Jaillette regrette ce titre et son allusion à l’encéphalite spongiforme bovine (la vache folle), alors soupçonnée de pouvoir tuer de nombreux consommateurs de viande. Il dénonce utilement les faiblesses ou mensonges du discours militant et du traitement journalistique anti-OGM. Mais il est passé du Yuk au Wow. Ne pas diaboliser la technique de la transgénèse ne signifie pas qu’elle va «sauver la planète de la pauvreté». Ni que l’introduction massive de semences de plantes résistantes à un herbicide ne pose pas de problèmes environnementaux, ou ne participe pas à des transformations agronomiques et sociales indésirables. Sylvestre Huet (Libération)
On se souvient de la controverse autour du maïs MON863: les chercheurs de Monsanto avaient conclu, en 2005, dans la revue Food and Chemical Toxicology, à l’absence de différences « significatives » entre les groupes de rongeurs examinés. Deux ans plus tard, des chercheurs français assuraient, dans Archives of Environmental Contamination and Toxicology, que la consommation du fameux OGM entraînait des troubles hépatiques et rénaux. Le piquant de l’histoire étant que ces deux conclusions, opposées, étaient tirées des mêmes données expérimentales : seule changeait la moulinette statistique à laquelle elles étaient passées… Le Monde
Il faut fonder un cadre d’analyse statistique qui mette tout le monde d’accord, s’entendre sur une méthodologie commune qui permettrait de sortir de la suspicion généralisée (…) La publicité des données est absolument nécessaire. A défaut, c’est un peu comme si on attribuait le prix Goncourt à un livre en ayant seulement eu accès à sa quatrième de couverture. (…) pour détecter, sur le rat, avec une certitude de 99 %, une variation du poids du foie de l’ordre de 10 %, il faut un échantillon de cinquante rongeurs au moins. Sur un échantillon de vingt rats, la probabilité de détection du même effet tombe à 88 %. Avec dix rats testés, elle est d’environ 60 %. Marc Lavielle

Après Martine, Marianne va—elle enfin arrêter de faucher des OGM? Et nos médias leur générateur de couvertures anti-OGM ?

Manchette géante en une (« Alerte au soja fou », Libération du 1er novembre 1996) qui lance en France le lynchage médiatique des OGM, France barricadée alors que la recherche continue partout ailleurs, activisme anti-OGM de Greenpeace quasi absent aux États-Unis (50 % des cultures OGM, marginale en Europe), organisation « toujours à la recherche des meilleurs créneaux pour drainer des contributions financières », accord politiques – écologistes pour les amener au Grenelle de l’environnement (OGM contre nucléaire), manœuvres du gouvernement et du Sénateur Le Grand contre le maïs MON810), insultes de Nicolas Hulot contre des scientifiques « nervis des lobbies pro-OG »), journalistes pourvoyeurs d’intox et rompu aux méthodes de « lecture partielle et partiale » (Paul Moreira, Canal+, la « grande prêtresse » Marie-Monique Robin du fameux film d’Arte « Le Monde selon Monsanto » et d’un reportage controversé sur un soi-disant trafic d’organes « Les Voleurs d’yeux »), création de faux martyrs (agriculteur attaqué en justice par Monsanto, chercheurs incompétents privés de crédits pour résultats soi-disant dérangeants) …

Au lendemain du succès que l’on sait d’un certain sommet de Copenhague (merci Zorro!) qui, sans compter la controverse qui l’avait précédé sur certaines pratiques douteuses des réchauffagistes, voit quand même certains de ses plus vifs partisans se poser ouvertement la question de la viabilité du Machin …

Et à l’heure où, après un automne et un début d’hiver relativement doux (comme il a 10 ans), chacun peut vérifier de visu le réchauffement climatique (-46 à Edmonton!) …

Retour, d’un détournement de couverture  à l’autre, sur l’une des raretés dans la corporation, un journaliste qui fait son mea culpa et se met au travail pour bucher ses données.

Spécialiste des questions agroalimentaires à Marianne et déjà auteur d’un ouvrage sur la malbouffe et d’un autre sur la vache folle, notre Enderlin des OGM avait en effet été, avant apparemment de rencontrer le frère généticien de son patron JF Khan, l’un des principaux créateurs, avec la couverture de Libération du 1er novembre 1996 (« Alerte au soja fou »), du lancement, au milieu des années 90 et au pays natal d’un des inventeurs du maïs transgénique (Philippe Gay pour le groupe pharmaceutique et semancier suisse Novartis), du « lynchage médiatique des OGM ».

D’où peut-être, au-delà des réactions pas toujours très charitables de ses confrères dont il dénonce de l’intérieur les pratiques, le relativement faible écho de son livre dans nos chers médias.

Il faut dire qu’au-delà de réels problèmes méthodologiques d’échantillons trop petits et de la protection nécessaire de la recherche sous brevet, ils ont bien d’autres chats à fouetter pour se préoccuper de recherches susceptibles, comme l’a rappelé à ses risques et périls Jean-Claude Jaillette en ces temps de plafonnement de la production agricole et de début d’émeutes de la faim avec le prix de l’énergie qui flambe, de « réduire les pesticides, économiser du carburant, améliorer la qualité et la quantité des plantes produites ».

Comme par exemple, mis à part les exploits de nos chauffeurs climatiques à la Al Gore et de nos faucheurs volontaires à la José Bové, le cas de l’habituel épouvantail israélien qui, avec le départ du cowboy Bush, se voit brutalement attribué la double charge d’ultime fauteur de trouble universel.

A quand donc un Jean-Claude Jaillette du Proche-orient et… un moratoire médiatique du « anti-Israel cover generator »?

Livres
Sauvez les OGM
Jean-Claude Jaillette, Hachette Littératures, 2009, 245 pages, 16,50 €.

Note de lecture de Marcel Kuntz , directeur de recherche au CNRS – SPS n° 286
juillet 2009

Si seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, alors Jean-Claude Jaillette n’en est pas un. En effet, l’auteur du livre Sauvez les OGM (Hachette littératures, 2009) fut responsable en novembre 1996 de l’article de Libération intitulé « Alerte au soja fou », que d’aucuns considèrent comme le lancement en France du lynchage médiatique des OGM.

Pour J.-C. Jaillette, les OGM sont « minés par l’idéologie », on oublie le lien étroit entre recherche scientifique et principe de précaution (on invoque ce principe alors que « des milliers d’études menés par des scientifiques tendent à prouver que [cette technologie] est sans danger [sanitaire] »). Pour l’auteur, il faut sauver les OGM car ils sont indispensables pour relever les défis qui ont pour noms : avenir de l’agriculture française, pauvreté, nourrir la planète. L’auteur rappelle cruellement (Première Partie, Chapitre VIII) qu’« autour de la France barricadée », la recherche continue : Monsanto investit 2 millions de dollars par jour dans ses programmes, alors que Madame Pécresse annonce un hypothétique et imprécis plan de 45 millions d’euros… sur 3 ans ! La première partie du livre se termine sur la dénonciation d’une « imposture » : pourquoi l’activisme contre les OGM de Greenpeace est-il quasi absent aux États-Unis (là où se concentrent 50 % des cultures OGM) et si virulent en Europe (où la culture des OGM est marginale) ? Réponse de l’auteur : une affaire de gros sous pour l’organisation « toujours à la recherche des meilleurs créneaux pour drainer des contributions financières ».

La seconde partie dissèque l’accord passé entre Alain Juppé et les écologistes, pour les amener au Grenelle de l’environnement (les OGM contre le nucléaire), les manœuvres du gouvernement et du Sénateur Le Grand (pour aboutir à l’activation de la clause de sauvegarde contre le maïs MON810) et rappelle les insultes de Nicolas Hulot à l’encontre des scientifiques (« nervis des lobbies pro-OGM ») opposés à cette interdiction.

J.-C. Jaillette n’est pas plus tendre avec ses confrères journalistes, notamment Paul Moreira, implicitement accusé d’« intox » (au sujet du reportage « OGM : l’étude qui accuse » diffusé par Canal+), et dans la troisième partie, la « grande prêtresse » Marie-Monique Robin, dont il rappelle le passé controversé (son reportage « les Voleurs d’yeux » sur un soi-disant trafic d’organes) et la similitude de méthode utilisée contre Monsanto : une « lecture partielle et partiale [pour] accréditer la thèse ».

« La religion anti-OGM a besoin de martyrs », mais J.-C. Jaillette refuse de manière étayée la béatification de l’agriculteur Percy Schmeiser (attaqué en justice par Monsanto) et des chercheurs privés de crédits, dont Arpad Pusztai et Manuela Malastesta, pour cause de résultats soi-disant dérangeants mais en fait simplement de mauvaise qualité.

On pardonnera à l’auteur quelques approximations (exemple: la transgenèse végétale utilise une bactérie passeuse naturelle de gènes dans les plantes, et non un virus) pour retenir ce fait historique : « le mensonge a changé de camp. Du pouvoir politique et des industriels, il a gagné […] le contre-pouvoir »…

Voir aussi:

« Les anti-OGM, pas accessibles à des arguments rationnels »
Sophie Verney-Caillat
Rue 89
05/23/2009

Dans « Sauvez les OGM », Jean-Claude Jaillette accuse les écologistes de diaboliser un progrès qui a déjà « fait ses preuves ».

Il est des sujets sur lesquels on sait d’avance qu’on ne fera pas plaisir à ses lecteurs… Pourtant, en interviewant Jean-Claude Jaillette, auteur de « Sauvez les OGM » [1], on a l’impression de faire avancer le débat, en refusant de tenir pour acquis que la culture des organismes génétiquement modifiés [2] serait forcément nuisible à la santé et à l’environnement.

Le journaliste de Marianne [3] est un spécialiste des questions agroalimentaires, déjà auteur d’un ouvrage sur la malbouffe [4] et d’un autre sur la vache folle [5]. Lorsqu’il était à Libération [6] en 1996, il avait participé au basculement des consciences dans l’irrationnel avec ce titre, « Alerte au soja fou ».

Depuis, le succès de toutes les informations relatives au danger des OGM ne se dément pas.

Pour preuve le livre [7] et le documentaire de Marie-Monique Robin « Le Monde selon Monsanto » [8], vendu à 200 000 exemplaires et traduit dans plusieurs langues, qui selon Jayette « livre au public ce qu’il a envie d’entendre » à coups d’« amalgames, raccourcis scientifiques, diabolisation, victimisation des scientifiques anti-OGM ».

Un terme qui provoque le « dégoût »

Pour lui, renoncer aux OGM, c’est un refuser le progrès scientifique, alors que l’agriculture est déjà incapable de nourrir la planète et que personne ne sait comment cela se passera quand, vers 2050, il y aura 9 milliards de bouches sur terre.

Une méfiance vis-à-vis de la science qui remonte à Hiroshima [9], s’est poursuivie en France avec l’affaire du sang contaminé [10] et celle de la vache folle [11], au point que « le seul énoncé d’organisme génétiquement modifié provoque le dégoût » et que « les scientifiques renoncent à s’exprimer sur le sujet au risque de passer pour des vendus ».

Si Jean-Claude Jaillette a écrit ce livre, préfacé par le généticien Axel Kahn [12], c’est pour dire « halte aux guerres de religion » et pour donner la parole à tous ces scientifiques « indignés par le déni de débat démocratique ». Il en est certain, c’est d’ailleurs un propos « fondamentalement écologique ». (Voir la vidéo)

L’enquête quitte un moment le terrain scientifique pour nous emmener sur le champ politique et révéler qu’un « pacte » aurait discrètement été scellé entre le gouvernement et les associations écologistes :

« On parle de tout durant ce Grenelle, des autoroutes, des incinérateurs, des OGM mais surtout pas du nucléaire. (…) Une telle impasse, un tel silence se paient au prix fort. Sans détour, Nicolas Sarkozy a offert aux ONG la disparition du sol français des OGM cultivées. »

S’il n’apporte pas de preuve matérielle de ce « deal », Jean-Claude Jaillette fournit des précisions troublantes : en janvier 2008, en pleine grève de la faim du « sulfureux José Bové [13] », la France a activé la clause de sauvegarde sur le MON810 [14] au motif qu’il présenterait des « risques sérieux » [15], dixit le comité d’experts installé par le gouvernement en préfiguration à une future Haute autorité sur les OGM, présidé par le sénateur UMP Jean-François Le Grand [16].

Or douze des quinze experts du comité en question ont protesté car « les mots magiques “doutes sérieux” ne figurent pas dans leur rapport », souligne Jean-Claude Jaillette, qui pense que, le moratoire n’étant pas jusitifié scientifiquement, « le gouvernement français devra faire machine arrière et (…) les anti-OGM se retrouveront cocus du pacte élyséen ».

Oui au principe de précaution, que certains lisent « très mal »

Ce qui rassure sur les intentions de l’auteur, c’est qu’il n’est pas aussi manichéen que ceux qu’il dénonce : il n’a pas un avis uniforme sur les OGM et leurs vertus.

Si, comme l’Agence français de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) [17], il pense que le maïs transgénique [18] est inoffensif, il pense en revanche que les OGM de seconde et troisième génération (dont plusieurs gènes ont été modifiés) devraient être soumis à des « autorisations de mise sur le marché [19] » comme les médicaments. Ce qui supposerait beaucoup d’études scientifiques.

Tout comme les écolos, Jean-Claude Jaillette vante les mérites du « principe de précaution [20] » défini dans le code de l’environnement [21]en 1995 mais en estimant qu’on « le lit très mal » et qu’on oublie un peu trop d’« actualiser les connaissances en fonction des nouvelles recherches ».

Voir également:

OGM: LA CONTROVERSE DE LONG EN LARGE
Nouvel Obs
28 mai 2009

JEAN-CLAUDE JAILLETTE (1), Chef du service « Société  » à l’hebdomadaire Marianne, vient de publier « SAUVEZ LES OGM » préfacé par Axel Kahn (Hachette Littérature). ( photo à gauche ). Il défend le considérable progrès que constitue à ses yeux la technologie OGM jaillette.jpget dénonce une offensive idéologique irraisonnée.

CHRISTIAN VELOT (2), Maître de conférence en Génétique Moléculaire à l’Université de Paris Sud , a publié peu avant « OGM, TOUT S’EXPLIQUE » aux Editions Goutte de Sable, préfacé par Gilles-Eric Séralini et Jacques Testart.. Il est favorable à la clause française de sauvegarde sur le Maïs Monsanto 810, et détaille les « doutes sérieux » concernant les effets environnementaux et sanitaires de ces plantes génétiquement modifiées

Deux thèses irréconciliables. Deux convictions. Deux bons livres.

Ce débat qui clive de manière inouïe les scientifiques, les politiques, les consommateurs et les citoyens est nécessaire. Encore faut-il avoir la patience d’entendre chacun des arguments avancés. Et ne pas en rester aux caricatures et aux simplismes véhiculés parfois de part et d’autre.

Ce long échange, vif, courtois mais sans langue de bois, ne permet peut-être pas de conclure. Mais il aide à penser les enjeux imposés par les applications des techno-sciences dans notre vie quotidienne.

Grand merci à Christian Vélot et à Jean-Claude Jaillette d’avoir joué le jeu pour le Nouvel Observateur.

Guillaume Malaurie

Nouvel Observateur / Question préalable à vous deux : à force d’employer le terme OGM a tout va, on risque les amalgames et les simplifications outrancières. Dans votre livre, Christian Vélot, vous rappelez que le mode de production de l’insuline en laboratoire via la technique OGM, ce n’est pas la même chose que de fabriquer des maïs génétiquement modifiés. D’un côté, dites-vous, il y a un « OGM outil » fiable et de l’autre un « OGM produit » dont est en droit de se méfier. Et de son côté, Jean Claude Jaillette, estime que si l’on a pas à exiger sur les OGM actuels les mêmes tests que ceux auxquels on soumet les médicaments, il faudrait l’envisager sur les OGM végétaux de 2° et 3° génération…

« On mange des OGM sans le savoir »

Christian Vélot : En préambule, je dirais que l’on peut maîtriser parfaitement un geste technique mais pas forcément ses conséquences. Maintenant, il est parfaitement exact qu’il y a une grande différence entre un OGM agricole et nombre d’ OGM pharmaceutiques. Quand on fait d’une protéine un médicament en recourant à une technique OGM pour soulager une maladie chez des hommes ou des animaux, on le fait dans un tube à essai. Le cas le plus exemplaire, c’est l’insuline. Ça fonctionne depuis quinze ans et ça marche très bien. Mais attention. D’abord cette insuline est produite dans des espaces confinés. En laboratoire. Ensuite, si elle est bien fabriquée à partir de cellules modifiées génétiquement, ce n’est pas un OGM. L’OGM est ici utilisé comme un outil.

D’autre part, l’insuline produite est un médicament et donc soumis à des vérifications et des tests d’innocuité rigoureux. Mieux, comme il y a toujours prescription médicale, il y a traçabilité. On peut donc suivre les effets à long terme sur la santé humaine. Il en va tout autrement des OGM agricoles. Ce sont des « OGM produits ». Des plantes génétiquement modifiées. Et lorsqu’on les met dans les champs, dans les assiettes ou dans la nourriture des animaux que l’on mange, cela soulève inévitablement des questions d’ordre environnementales et sanitaires. On peut ne pas être d’accord sur les réponses, mais les questions, elles, ne sont pas escamotables. D’autant qu’il n’y a pas pour les OGM agricoles de tests particuliers exigés. Que nous ne disposons d’aucune traçabilité puisque le consommateur mange des céréales, du soja ou du maïs génétiquement modifiés sans même le savoir.

Nouvel Obs : Il y a donc bien OGM et OGM. Et il faut se garder des amalgames.

Christian Vélot/ Dans les deux sens. On ne peut pas se prévaloir du succès de cette insuline fabriquée grâce à un OGM outil pour invalider les questions posées sur les OGM agricoles. Or c’est très fréquent. Tout ceci est nécessaire au débat mais pas facile à synthétiser posément en trois minutes sur un plateau TV ….

Jean-Claude Jaillette : Là, on est d’accord. Ce débat mérite qu’on lui accorde du temps. Moi , mon propos, ce sont ces OGM agricoles qu’on est en train, en France, de passer à la trappe d’une manière qui me semble injustifiée et expéditive. Ma question, c’est pourquoi cette polémique prend-elle un tour aussi violent allant jusqu’à la destruction en toute illégalité des récoltes. Il me semble que ce positionnement procède en définitive d’avantage de l’idéologie que du doute scientifique raisonnable. Ce dont je suis persuadé, c’est qu’on ne peut pas « désinventer » une technologie qui a fait ses preuves et que la majorité des scientifiques considèrent comme fiable sans dommage sur la santé. Mais l’accumulation d’études favorables et rassurantes n’y font rien. A chaque fois, le camp anti OGM les conteste. Demande un complément d’information. Revendique une nouvelle expertise. Et encore une autre. Peut-on rassurer des personnes qui ne souhaitent pas l’être ?

Christian Vélot /Là on commence à ne plus être d’accord. Je ne crois pas que la majorité des scientifiques soient des inconditionnels des OGM. Il me semble que l’on peut parler de deux minorités. Celle qui émet des doutes et l’exprime haut et fort. J’en fais partie. Je l’assume d’autant mieux que je n’ai jamais cru que la science soit neutre. Elle est jalonnée de nécessaires controverses. Souvenez vous de celle qui entoura l’amiante : il y avait aussi des scientifiques pour dire que le danger était à peu prés inexistant. La controverse sur les OGM est sérieuse. Face au camp des sceptiques et des critiques, il y a ceux qui affirment n’avoir aucun doute et qu’on peut dormir tranquille. Ils sont tout autant minoritaires que nous le sommes. Quand bien même il mettent en avant des certitudes.

Parmi eux, il faut bien le dire, certains sont engagés dans l’aventure économique OGM. Ils ont donc intérêt à ce qu’elle prospère. D’autres ont simplement une approche que je qualifierai sans être péjoratif de scientiste. Ils estiment tout ce qui sort d’un labo, c’est bon à prendre. Et à appliquer. Au milieu, il y a la grande majorité des chercheurs, silencieuse le plus souvent, qui s’interroge. Certains penchent plutôt pour les OGM. D’autres ont des réserves petites et grandes. Ça dépend d’ailleurs beaucoup des spécialités.

« La transparence contre le conflit d’intérêt »

Jean-Claude Jaillette/ Ne caricaturons pas les situations. Les conflits d’intérêt existent. Mais lorsqu’ils surgissent à l’ Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) ou à l’ Afssa (Agence Française pour la Sécurité Sanitaire des Aliments), eh bien, les intéressés en font état et, généralement, ils se retirent lorsque la délibération les concerne. Quand Martin Hirsch était le patron de l’Afssa en 2004, il était très sourcilleux sur ces procédures. La question, ce n’est pas l’indépendance idéale de chercheurs qui ne déposeraient jamais de brevet et travailleraient tous dans la solitude de leurs bureaux. Non, la seule exigence qui vaille, c’est la transparence. La clarté sur la qualité de chacun. Sur les attaches de chacun. Pour le reste, mieux vaut avoir des experts compétents, impliqués dans la recherche de pointe, pour prendre des décisions.

Christian Vélot / J’entends bien. Mais pourquoi dans le Haut Conseil des Biotechnologies qui vient d’être institué, tous les scientifiques candidats venant du Criigen (Comité de Recherche et d’information Indépendant sur le Génie Génétique ) ont-ils été retoqués ? Je ne conteste pas les compétences de ceux qui ont été retenus. Mais il me semblerait normal qu’il puisse y avoir un certain équilibre entre les experts plutôt réservés et les autres plutôt très favorables. Ce n’est pas le cas.

Jean-Claude Jaillette/ Sans doute parce ceux qui sont favorables sont plus nombreux que les autres. Exemple : pourquoi 14 des 17 membres du Comité de préfiguration du Haut Conseil en Biotechnologie ont-ils démissionné quand ils ont entendu le sénateur Jean-François Le Grand (Ump) ( alors Président de la Haute autorité provisoire sur les OGM) qui s’exprimait en leur nom évoquer des « doutes sérieux » et des incertitudes sur les OGM ? Pourquoi se sont sont-ils estimés trahis ? Expliquez-moi pourquoi l’écrasante majorité de scientifiques du Comité a bravé le pouvoir politique qui souhaitait entendre que les OGM étaient suspects pour justifier la décision d’un moratoire français sur les OGM ? 14 sur 17, ce n’est pas rien.

« Les experts ne donnent que des avis. Ils ne décident pas »

Christian Vélot /Le Sénateur Jean-François Le Grand a reconnu qu’il aurait sans doute dû, lors de sa déclaration, marquer une pause plus nette entre ce qu’il disait au nom du Comité et ce qu’il disait en qualité de politique. Moi, ce qui me frappe dans cette affaire, c’est que ces experts se vivent comme faisant partie d’un comité décisionnel. Axel Kahn – que je respecte scientifiquement – avait eu la même réaction à la présidence de la CGB (Commission du génie biomoléculaire ) quand il avait donné un avis favorable sur le Bt11 et que le Ministère ne l’avait pas suivi. Il avait démissionné. Or, faut-il le rappeler, les Comités Consultatifs donnent des avis. Aussi importants soient-ils, ce ne sont que des avis. C’est aux politiques de trancher dans un sens ou un autre.

« 150 études attestent de la fiabilité des OGM »

Jean-Claude Jaillette/ Sans doute, mais ils ont droit à ce que leurs conclusions ne soient pas dénaturées. D’autant que s’agissant du Maïs OGM, et contrairement à ce qu’a dit le sénateur Le Grand, rien ne permet de mettre en cause son innocuité. en l’état actuel des connaissances. Plus de 150 études l’attestent. Et l’on a quinze ans de recul sans pépin ! C’est tout bonnement l’application du principe de précaution tel qu’il est défini dans notre constitution.

Christian Vélot /Encore faut-il prendre en compte toutes les connaissances, le fait qu’on ne maîtrise pas tout. Et que les évaluations soient conduites correctement. Là où je suis d’accord avec ce qui vient d’être dit, c’est que le principe de précaution doit s’appliquer « en l’état actuel des connaissances »…

Jean-Claude Jaillette/ J’en suis heureux. Reconnaissez qu’on occulte souvent cette clause. Et c’est ennuyeux car il est tout de même difficile de se prononcer sur l’état supposé des connaissances à venir !

« Prenons le temps de lever les doutes. Où est donc l’urgence ? »

Christian Vélot / On est obligé de se fier à se qu’on connaît aujourd’hui, j’en suis d’accord. Mais il convient, j’insiste, de justifier de l’utilité sociale d’une nouvelle technologie. Pour les antibiotiques, on a foncé en avant en commettant certains excès après guerre. Reste qu’on a sauvé des vies : les avantages l’ont emporté sur les inconvénients. Mais pour les OGM, où est l’urgence ? Où est l’attente ? Qu’est ce qui nous oblige de trancher à la va vite ? Et de passer outre les nouvelles questions qui se posent ici et maintenant dans la communauté scientifique ?

« L’urgence ? 9 milliards de bouches à nourrir en 2050 »

Nouvel Observateur/ Justement, et c’est d’ailleurs l’argument cardinal d’Axel Kahn dans sa préface au livre de Jean Claude Jaillette : l’urgence serait de se préparer à ravitailler une planète qui comptera 9 Milliards de bouches à nourrir en 2050. Peut-on y parvenir sans maximiser les rendements y compris grâce aux biotechnologies ?

« Les OGM, c’est moins de pulvérisation de pesticides… »

Jean-Claude Jaillette : J’ajoute un autre argument sur l’urgence : la santé des agriculteurs. Ceux qui produisent du coton traditionnel en Inde au milieu des pulvérisations de pesticides en savent quelque chose. Le succès des cotons OGM (sur 35 millions d’hectares de coton cultivés 15 millions sont OGM), c’est la possibilité d’augmenter le rendement de 50% et de préserver et les hommes et les sols de la chimie des produits phytosanitaires …

« … mais ca multiplie l’usage des herbicides »

Christian Vélot /. Ce que vous dites est recevable pour le coton OGM dit Bt qui est une plante uniquement insecticide. Mais je vous rappelle que les OGM uniquement insecticides ne représentent que 18% des OGM cultivées. Les autres en revanche sont soit rendues tolérantes aux herbicides soit à la fois insecticides et tolérantes aux herbicides. Ce qui du coup permet l’utilisation massive d’herbicide. Les statistiques officielles canadiennes nous montrent même que la vente de ces herbicides a augmenté de 41% en cinq ans ! En somme, plus on cultive des OGM et plus la consommation d’herbicide a tendance à progresser.

Jean-Claude Jaillette / Attention aux généralisations. L’usage des herbicides est moins le fait des agriculteurs que des particuliers, des entreprises ferroviaires, des golfs ou des entreprises de travaux publics. Ils représenteraient 60% des utilisateurs selon une estimation effectuée en Bretagne. Ne sollicitons donc pas trop les chiffres.

Christian Vélot/ Sauf qu’aux Etats-Unis, le rapport Benbrook enregistre une progression de 65 000 tonnes d’herbicides entre 1999 et 2004 qui ne concernent que le secteur agricole. Et puis ne soyons pas non plus naïfs ! Il faut savoir que Monsanto qui commercialise aussi l’herbicide Round up gagne sur les deux tableaux. Sur ses semences génétiquement modifiées et sur son herbicide. C’est si vrai que dans leur contrat avec la firme semencière américaine, les agriculteurs doivent renoncer à acheter du glyphosate générique et s’engager à ne prendre que du Round up. Je le maintiens : les OGM, pour la majorité d’entre eux, aggravent la pollution environnementale. Autre question qui est loin d’ être annexe : que devient l’insecticide produit par les plantes OGM ?

Jean-Claude Jaillette : Et que devient celui qui est pulvérisé ? C’est trop facile de comparer un état de nature virginal et le monde satanique des OGM !

Christian Vélot/ Justement, on aimerait bien comparer ce que pèsent les pesticides pulvérisés classiques et ceux produits par les plantes OGM. Il n’y a eu que deux études pour évaluer le volume des insecticides produits par le Maïs 810 Monsanto. Deux études, c’est trop peu pour se faire une opinion définitive. Reste qu’elles convergent l’une et l’autre pour dire que la quantité d’insecticide serait 500 fois supérieure aux pulvérisations classiques. Encore une fois, notre connaissance est beaucoup trop fragmentaire pour acter un tel chiffre. Reste un constat de bon sens : le maïs OGM produit en continu de l’insecticide alors que dans l’agriculture conventionnelle, les aspersions ne sont que ponctuelles et sporadiques.

« On risque la sortie de route »

Jean-Claude Jaillette / Reconnaissez qu’à force de vouloir convaincre a tout prix en mettant en avant des études approximatives, on risque la sortie de route. C’était d’ailleurs le cas dans le premier rapport de Yvon Le Maho en 2008 (Directeur de recherches au CNRS et membre du Comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM) qui a conduit à la clause de sauvegarde. Des erreurs de bibliographie, sur les noms, sur des références improbables que n’avaient pas manqué d’épingler les experts de l’Afssa.

Christian Vélot/ Je vous l’accorde: il y a eu des erreurs à cette étape-là du rapport . Mais d’abord, elles ont été rectifiées par Yvon Le Maho dans le rapport qu’il a rédigé pour défendre le moratoire à Bruxelles. Et dans mon livre, je peux vous assurer que j’ai fait très attention. Les études dont je parle sont sourcées et ont été dûment vérifiées Mais je veux revenir sur l’idée que vous avancez selon laquelle, page 137 de votre livre, il n’y pas de problème avec la toxine insecticide produite par le maïs Monsanto 810. L’argument massue est le suivant: qu’importe que ce maïs génétiquement modifié génère 500 ou 800 fois plus de pesticides, puisque la toxine responsable est la même que celle utilisée en agriculture biologique et qui est produite dans la bactérie du sol. Une toxine qui serait donc tout ce qu’il y a de plus naturelle.

Jean-Claude Jaillette/ Oui, c’est exactement ça…

La toxine pesticide du maïs Monsanto ? Bio ou pas Bio ?

Christian Vélot/ : Eh bien non ! Cette toxine n’est pas la même que celle utilisée en agriculture biologique. Il faut savoir qu’au préalable, on modifie le gène de cette bactérie du sol. On va enlever des petits de bouts du gène que l’on remplace par des petits bouts de gène de virus de plante. Ce n’est donc pas le gène naturel mais bien un gène modifié. On appelle ça une CGA : « construction génétique artificielle ». Le fait que le gène soit reprogrammé entraîne, la plupart du temps, une modification de la protéine elle-même. Dans le cas des toxines Bt, la formule chimique des protéines est même modifiée jusqu’à hauteur de 40%. Autre différence de taille : dans le maïs Monsanto, la protéine est soluble alors qu’a l’état naturel, celle de la bactérie du sol, elle est de forme cristalline. Conséquence: elle ne tue pas seulement la pyrale, le ravageur du maïs, mais aussi un autre insecte ravageur: la sésamie.

Or sachez que la toxine utilisée en Bio n’a aucun effet sur la sésamie. Cela veut bien dire qu’on a affaire à un nouvel insecticide produit dans des quantités considérables et qui a de nouvelles propriétés physico-chimiques, un nouveau spectre insectogène et qui n’a jamais été évalué comme un nouvel insecticide au prétexte qu’il serait le même que celui vendu en Bio. C’est là, je pèse mes mots, une véritable supercherie. Et quand vous avancez qu’il n’y a aucune étude qui montre les effets néfastes de ce mais OGM, je suis désolé de vous contredire. Entre 2003 et 2008, des études universitaires sur la toxine produite par le maïs OGM montrent que celle-ci a bien des effets toxiques sur un papillon de nuit, les coccinelles, les lombrics ou encore des guêpes qui sont les amis du maïs car prédatrices des œufs de la Pyrale, la ravageuse du maïs.

Jean-Claude Jaillette Alors expliquez-nous pourquoi les experts de l’ Afssa et de l’Efsa ne prennent pas ces recherches en compte alors qu’ils ont analysé une centaine d’études ?

Christian Vélot/ . Vous mettez quelqu’un au bord d’une autoroute et vous lui dites de surveiller l’accidentologie de 1000 voitures. Il voit 1000 voitures passer et il ne voit aucun accident. Conclusion : la voiture, c’est un moyen de transport archi sûr. Il n’y a aucun danger à conduire. C’est un peu ça l’attitude de l’Afssa. Mais si quelqu’un est resté sur le bord de l’autoroute un peu plus longtemps et observe un accident au passage de la 1756 ème voiture, que doit-il faire ? Se taire ? Relativiser ? Regarder ailleurs ?

Jean-Claude Jaillette / Facile ! Je répliquerai par une autre fable : si vous demandez à quelqu’un de manger des pommes de terre et seulement des pommes de terre, pendant deux mois, je vous assure, qu’on va constater des problèmes digestifs. Voire pire. Faudra-t-il exiger la suspension sine die de la consommation de frites jusqu’aux résultats d’une expertise sur l’éventuelle toxicité des pommes de terre ?!

Christian Vélot/ Ce qu’il convient d’ entendre, au-delà des arguments polémiques, c’est que la biologie est une science empirique et qu’il faut avoir du recul pour statuer. Surtout lorsque rien ne presse à part l’appétit économique de Monsanto.

Jean-Claude Jaillette/ : Sur le Maïs OGM, on ne manque pas de recul. Je me répète mais quinze ans de production et de consommation sans accident, ce n’est pas négligeable !

Christian Vélot/ Sauf que les études universitaires concernant les effets sur la faune datent de 2003. Soit cinq ans après la première autorisation en Europe. Si l’ Afssa était vraiment dans son rôle, elle aurait du dire que, eu égard à ces conséquences inattendues sur la faune non ciblée, il serait bon d’être prudent. Et de solliciter des vérifications. Et puis s’agissant des questions de la santé des personnes, qui est allé vérifier que les OGM n’ont aucune incidence sur l’Homme aux Etats-Unis ? Personne.

Jean-Claude Jaillette / Que suspectez vous au juste ?

« Quand les experts sortent de leur rôle »

Christian Vélot/ Ca ne va pas vous plaire, mais quand les experts de l’Afssa signent une pétition contre le moratoire français sur le Monsanto 810 qui n’est pas encore décidé, c’est, au fond, qu’ ils souhaitent avant tout qu’on la cultive. Pourquoi ? Je comprendrais parfaitement qu’ils martèlent qu’ils n’y a pas de danger à leurs yeux, mais pourquoi monter au front pour obtenir un feu vert industriel ? Désolé, mais, là, ces experts sortent de leurs rôle.

Nouvel Observateur / Autre controverse : le risque de dissémination des pollens Ogm qui rendrait le maïs transgénique invasif.

Jean-Claude Jaillette/ : Les études dont nous disposons semblent montrer que la coexistence du maïs hybride classique et du maïs Monsanto est parfaitement possible.

Christian Vélot/ Pierre Henri Gouyon, (Professeur au Muséum national d’Histoire Naturelle de Paris et membre du Conseil scientifique du CRIIGEN). qui est un des experts en ce domaine…

Jean-Claude Jaillette / Un expert parmi d’autres …

Christian Vélot/ Oui, mais un des experts qualifiés sur le sujet : il faisait partie de la Haute Autorité provisoire. Et il se dit pour le moins réservé sur l’argument du « pollen de maïs lourd » qui ne pourrait se déplacer au-delà de huit mètres ! Il s’avère que le vent existe et qu’on trouve des concentrations constantes de pollens de maïs à une altitude de 1800 mètres au-dessus des champs de maïs. Ils peuvent alors être transportés par les courants aériens sur des distances considérables allant de quelques kilomètres jusqu’à une centaine de kilomètres La coexistence est possible, c’est exact, mais pas dans le respect du cahier des charges des autres agricultures. C’est si vrai que Bruxelles veut imposer une présence fortuite de 0,9% dans les produits de l’agriculture Bio.

« Pourquoi pas des Régions 100% OGM ? «

Jean-Claude Jaillette / Pour limiter les risques, Antoine Messéan (Inra) suggère de spécialiser des territoires, voir des zones ou des régions sur des cultures OGM. Il y a donc des solutions…

Christian Vélot/ Ca, c’est idéal sur du papier blanc. Mais allez expliquer à des exploitants qu’ils doivent déménager du Nord au Sud ou l’inverse parce que chez eux ça sera OGM ou rien…

Jean-Claude Jaillette/ : Allez aux Pays-bas et vous verrez qu’il est possible d’organiser des territoires spécialisés.

Christian Vélot/ Revenons aux 0,9% de contamination tolérée. C’est le seuil officiel que retient aujourd’hui Bruxelles. Mais j’attire votre attention sur le fait qu’ une plante OGM est conçue pour posséder un avantage sélectif. Elle pourra donc prendre le pas sur ses congénères conventionnels dans un environnement agricole donné. Très vite ce seuil purement administratif et qui ne correspond à aucune logique biologique, sera dépassé. On évoque déjà son élévation à 1,1%.

Jean-Claude Jaillette/ En fait, vous estimez que la coexistence n’est pas souhaitable. Qu’elle est dangereuse Et qu’il faut par conséquent proscrire les OGM. Vous êtes passé insensiblement du doute sur les OGM à leur interdiction. Ça va vite…

Christian Vélot/ Oui, l’interdicion est envisageable dés lors que l’utilité sociale n’est pas démontrée.

Nouvel Observateur / Prenons les choses à l’envers. Christian Vélot. Quelles seraient à vos yeux les études qui pourraient lever vos appréhensions ? C’est utopique cette question ?

Christian Vélot/ Pas du tout. Moi, je souhaiterais que les OGM soient évalués comme les pesticides pour ce qui relève du risque sanitaire. Somme toute logique puisque ce sont des plantes pesticides. Ce qui implique alors des études sur trois mois sur trois espèces différentes nourries avec du maïs OGM. Plus des tests à deux ans sur des rongeurs dans les mêmes conditions.

Jean-Claude Jaillette/ Vous êtes conscient qu’à ce régime-là, on trouvera toujours quelque chose qui cloche. Si on nourrissait quelqu’un pendant trois mois avec seulement des pigeons ou du sorgho qui contiennent – on le sait peu – du cyanure, ou encore du soja, qui recèle des perturbateurs endocriniens, on aurait forcément des surprises désagréables. Faut-il pour autant interdire le sorgho ou le soja ?

Christian Vélot/ Les doses absorbées sont très faibles parce que les populations qui se nourrissent avec le sorgho diversifient leur nourriture. Mais qui sait aujourd’hui qu’il mange ou pas des Ogm ? Et dans quelle quantité ? Je reviens à ma démonstration : dans le cadre des évaluations officielles, aucune étude n’a été menée à plus à de trois mois sur des rongeurs. Et pour les ruminants, ça ne va pas au-delà de 14 à 28 jours. Quant aux rats, il faudrait des études sur deux ans parce que c’est la durée de vie d’un rat. Et là, les semenciers répliquent que financièrement, ça serait trop cher et que ça ne vaudrait pas le coup. Deux ans sur des rats des deux sexes, car les pesticides sont des perturbateurs endocriniens, c’est une facture d’un million d’€.

Jean-Claude Jaillette/ Mais si : il y a des rats qui ont été étudiés 128 jours….

Christian Vélot/ Non, pas dans le cadre des évaluations officielles.

Jean -Claude Jaillette/ : Vous oubliez cependant une petit détail essentiel : l’accord international, auquel ont d’ailleurs participé des scientifiques, sur le principe de l’ « équivalence des substances » qui ne fait pas de différence entre une plante OGM et une autre. C’est précisément en application de ce principe, mondialement reconnu, que l’on n’exige pas les mêmes contrôles sur les OGM que ceux en vigueur sur les pesticides ou les médicaments.

Christian Vélot/ Vous n’ignorez pas non plus que ce principe d’ »équivalence en substance » fait aujourd’hui controverse partout sur la planète scientifique. Vous connaissez le rapport du projet Encode? Trente-cinq groupes de recherche de quatre-vingt organisations dans le monde qui remettent complètement en cause les fondements de cette notion.

La Guerre des études, des experts et des rapports

Jean -Claude Jaillette/ C’est toujours le même mécanisme : tout ce qui a fait consensus sur la fiabilité des Ogm est récusé. Mais en revanche, la moindre enquête qui remet en cause les consensus fait la Une des journaux pendant des semaines. Je pense à l’étude d’ Arpad Pustzai en Grande Bretagne sur la pomme de terre transgénique qui affecterait les organes digestifs des rats ou à celle portant sur le monarque ou à l’étude autrichienne qui concluait à la modification des organes des souris et à la baisse de leur fertilité. Au bout du compte, on s’aperçoit qu’il y a des biais, que les manipulations ont été menées de manière peu conforme, que les échantillons ne collent pas ou que les interprétations sont hâtives… Mais de ces démentis-là, on n’en voit que rarement la trace. Pour ainsi dire jamais. Ou en tous petits caractères.

Christian Vélot/ L’étude autrichienne, je l’écarte, parce qu’elle n’a pas été publiée …

Jean -Claude Jaillette/ Si, partout dans les médias. A tel point qu’elle a justifié la clause de sauvegarde du gouvernement autrichien sur le Monsanto 810 !

Christian Vélot/ Elle n’a pas été publiée dans une revue scientifique. Mais vous savez, des erreurs de ce type dans l’autre sens, on peut en trouver en quantité. Pour l’étude de Pustzai , il y a des choses critiquables mais elle a été publiée dans le Lancet…

Jean -Claude Jaillette/ Parce que le Lancet ne voulait pas prêter le flanc à des accusations d’étouffement du travail de Putzai qui faisait alors polémique en Grande-Bretagne. Mais ce fut contre contre l’avis, unanime, du comité de lecture….

Christian Vélot/ Ecoutez, pourquoi toutes les études produites par les firmes semencières seraient-elles incontestables ? Et que toute les autres, de source indépendante, seraient suspectes ? A passer sur le grill ?

Jean -Claude Jaillette/ Mais c’est tout le contraire ! Vous ne décrivez pas la réalité ! Vous ne lisez pas la presse !

Christian Vélot/ A l’ Afssa en tout cas, c’est très exactement leur disposition d’esprit. Et c’est tout de même formidable de voir qu’à L’Efsa, les avis sont quasiment toujours rendus à l’unanimité des experts européens ! Jamais de bémol. Toujours l’accord parfait.

Nouvel Observateur : Ce qu’on peut dire pour vous mettre d’accord, c’est que dans l’opinion, tous les sondages en font foi, il y a une prédisposition à mettre en cause la vérité officielle tranquillisante sur les OGM. Et que dans la communauté scientifique, on observe en revanche, une très grande réserve à l’égard de tout ce qui altère l’image du progrès. D’un côté, une hostilité quasi réflexe face aux manipulations génétiques du vivant d’autant que les industriels de pointe sont américaines. De l’autre un sentiment de citadelle assiégée par les forces obscures du « talibanisme vert ». J’exagère à peine au vu de ce qu’on peut lire dans nos forums sur le site Nouvelobs .com.

Reste une question. Est-ce que ce débat n’est pas dépassé sachant que les surfaces cultivées en OGM progressent de 10% par an et que dés 2007, pour le seul soja, comme le rappelle Jaillette dans son livre, 58, 6 Millions d’hectares étaient OGM et 32,4 millions non OGM. La messe est-elle dite ?

La messe OGM est-elle dite ?

Christian Vélot/ Non, je ne le crois pas du tout. La messe OGM est loin d’être dite. Les OGM aujourd’hui, c’est 3% des surfaces cultivables. Vous dites, Jean-Claude Jaillette, 8%, mais ce n’est guère plus. Et 80% de ces 125 millions d’hectares plantées en OGM sont concentrées sur le continent américain. N’oublions pas que l’intention déclarée des firmes semencières, c’était d’avoir en Europe 50% de maïs OGM et sans doute aussi de colza OGM en 2000. Et il y en a moins de 0,1 % en 2009 …

Jean -Claude Jaillette/ : Je ne sais pas si la messe est dite mais tout indique que la progression des OGM est formidablement rapide partout dans le monde. Que les premiers concernés, les agriculteurs, ne s’en plaignent manifestement pas. Tout au contraire, puisque leur rendement augmente. Ce que je redoute, c’est que dans la grande compétition internationale sur la génétique agricole, la France soit vassalisée. Qu’elle devienne dépendante des semenciers américains. Et absente de ce gigantesque marché mondial. Bien triste, quand on sait que notre pays, première puissance agricole européenne, a contribué à inventer la technologie de l’OGM. Qu’elle fut même pionnière comme je le rappelle dans mon livre : le premier maïs transgénique , qui le sait ?, est l’œuvre du français Philippe Gay en 1992. Un homme que j’ai rencontré et qui est aujourd’hui bien amer.

Il faut savoir que Monsanto, contrairement à ce qu’on raconte, n’est pas du tout le premier semencier mondial, loin de là. Mais, dans la course aux brevets, oui, la firme fait course en tête. Savez-vous qu’elle investit dans la seule recherche 2 millions de dollars toutes les 24h ! Alors que le récent plan français sur les biotechnologies végétales, c’est tout juste 45 Millions d’ € sur … trois ans. Sur ce constat, oui, la messe est en train d’être dite. En bridant la recherche et les cultures OGM en France, en procédant à la fauche sauvage, je n’hésite pas à affirmer qu’on fait le jeu de Monsanto.

Christian Vélot/ Est ce que l’on doit toujours systématiquement concurrencer les Américains sur leur propre terrain ? Ne peut-on pas faire nos preuves sur une agriculture plurielle ? A-t-on souffert de l’interdiction d’importation du bœuf aux hormones ? Faut-il foncer tête baissée dans une seule et même technologie, celle des Ogm ? Ne peut-on pas étudier les autres alternatives. Les cultures vivrières notamment qui permettraient à des populations qui aujourd’hui souffrent de la faim de s’approvisionner. N’oublions pas que 80% des individus qui souffrent de malnutrition sont des paysans. Et que si on permet à chacun de ces paysans de vivre de sa terre, on peut résoudre 80% des drames de la sous-alimentation. J’observe d’ailleurs que la FAO nous dit que l’on peut nourrir avec l’agriculture d’ aujourd’hui 12 Milliards de personnes. Il y a donc de la marge ! On veut nous faire croire que le noeud du problème est biotechnologique. Il est d’abord politique.

Jean -Claude Jaillette/ : Le chiffre de la FAO est peut-être une vérité statistique moyenne mais dans la réalité, c’est pure chimère. Les sites de production sont formidablement mal répartis et ne correspondent pas aux besoins les plus criants des populations concernées, vous le savez très bien. La vérité, c’est qu’en quarante ans, la surface cultivée pour nourrir un habitant a été divisée par deux. Que la hausse des rendements de l’agriculture traditionnelle, multipliée par deux dans la même période, a permis de faire face mais ne permettra pas de satisfaire une planète de plus en plus peuplée. 1 milliard et demi d’êtres humains souffrent déjà de la faim et les surfaces cultivées se réduisent. Si l’on ne veut pas défricher les dernières grandes forêts, que faire ? La solution OGM est une des solutions. Peut-être pas la seule. Mais elle a fait ses preuves.

Christian Vélot/ Je crois au contraire que d’autres solutions existent. La renaissance d’une agriculture de proximité par exemple qui peut largement permettre de contrer les crises alimentaires là où la faim se fait le plus sentir. C’est le modèle de l’agriculture intensive qui est en crise. Qui fait produire du soja en Amérique latine qu’on exporte ensuite en Europe pour nourrir veaux et cochons des pays riches. A ne pas regarder les alternatives agronomiques locales et régionales, à foncer tête baissée vers deux ou trois solutions biotechnologiques miracle, on se leurre. Et on livre à quelques grands groupes nord américains l’agriculture mondiale clés en main.

Jean -Claude Jaillette/ : Refuser la domination de ces trusts, ça passe précisément par la conception , comme en Chine, d’OGM locaux spécifiques au milieu. Alors seulement on peut prétendre à l’indépendance.

Propos recueillis par Guillaume Malaurie le 18/05/2009

(1) Jean Claude Jaillette avait supervisé le 1° novembre 1996 la Une de Libération « Alerte au Soja fou » . Il a déja publié « Les dossiers noirs de la malbouffe » (Albin Michel) et « Le procès de la vache folle n’aura pas lieu » ( Hachette Litteratures) .

(2) Christian Vélot est membre du CRIIGEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie génétique).

Voir enfin:

Selon un mathématicien, la fiabilité statistique des études portant sur les effets sanitaires des OGM est insignifiante
Stéphane Foucart
Le Monde
13.05.09
Marc Lavielle est membre du nouveau Haut Conseil des biotechnologies, installé mardi 12 mai

Il faudrait tout oublier. Des affirmations définitives sur la toxicité ou l’innocuité des organismes génétiquement modifiés (OGM), il faudrait ne rien retenir – ou vraiment pas grand-chose. C’est, en substance, la thèse que défend Marc Lavielle, seul mathématicien membre du Haut Conseil des biotechnologies (HCB), instance qui a pour mission d’apporter son expertise sur des sujets comme les OGM et qui devait tenir, mardi 12 mai, sa toute première réunion.

Car, à en croire ce statisticien de l’Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria), qui dirige un groupe de recherche sur les usages de la statistique dans le domaine de la santé, aucune étude de toxicologie n’est aujourd’hui en mesure de conclure, une fois pour toutes, que les OGM font – ou ne font pas – peser de risques sanitaires. La faute, selon lui, à des pratiques statistiques contestables et à des protocoles expérimentaux trop peu ambitieux.

« Aujourd’hui, explique le chercheur, les tests ne sont menés que sur des groupes de l’ordre d’une dizaine de rats, pendant quelques semaines… » Et le traitement statistique appliqué aux données issues de ces expériences – mesures de différents paramètres biologiques en fonction du régime alimentaire des rongeurs – permettrait de changer les conclusions du tout au tout.

On se souvient de la controverse autour du maïs MON863 : les chercheurs de Monsanto avaient conclu, en 2005, dans la revue Food and Chemical Toxicology, à l’absence de différences « significatives » entre les groupes de rongeurs examinés. Deux ans plus tard, des chercheurs français assuraient, dans Archives of Environmental Contamination and Toxicology, que la consommation du fameux OGM entraînait des troubles hépatiques et rénaux. Le piquant de l’histoire étant que ces deux conclusions, opposées, étaient tirées des mêmes données expérimentales : seule changeait la moulinette statistique à laquelle elles étaient passées…

Qui croire ? Marc Lavielle renvoie les deux analyses dos à dos – la première étant selon lui un peu « légère », la seconde ayant cherché à pallier cette « légèreté » au prix d’erreurs techniques. Pourtant, trancher le débat pourrait être simple : « Il faut fonder un cadre d’analyse statistique qui mette tout le monde d’accord, s’entendre sur une méthodologie commune qui permettrait de sortir de la suspicion généralisée », affirme-t-il.

Autre point de crispation : l’accès aux données expérimentales. Celles-ci sont tenues secrètes par les firmes agrochimiques qui financent et commanditent les études. C’est ainsi une action de Greenpeace devant une juridiction allemande qui avait permis la « réanalyse » des effets présumés du MON863. « La publicité des données est absolument nécessaire, explique M. Lavielle. A défaut, c’est un peu comme si on attribuait le prix Goncourt à un livre en ayant seulement eu accès à sa quatrième de couverture… »

Hélas, même avec l’accès aux données, le statisticien peut ne pas pouvoir se prononcer ! Le nombre de rongeurs testés est toujours trop faible pour détecter des effets fins. « C’est pourtant un travail qui est fait tous les jours par les statisticiens des laboratoires pharmaceutiques : on pose la variation d’un paramètre, par exemple le poids de l’animal, à partir de laquelle on estime qu’il y a un effet préoccupant, ensuite on établit le niveau de certitude qu’on veut atteindre dans la détection de cet effet. A partir de ces données, on peut établir la taille de l’échantillon nécessaire. »

Marc Lavielle donne un exemple simple : pour détecter, sur le rat, avec une certitude de 99 %, une variation du poids du foie de l’ordre de 10 %, il faut un échantillon de cinquante rongeurs au moins. Sur un échantillon de vingt rats, la probabilité de détection du même effet tombe à 88 %. Avec dix rats testés, elle est d’environ 60 %.

Rien de révolutionnaire dans de telles pratiques : elles sont non seulement mises en oeuvre par l’industrie pharmaceutique mais aussi… par Monsanto lui-même. Avec malice, Marc Lavielle précise que l’agrochimiste américain met en oeuvre de telles techniques lorsqu’il s’agit de définir le nombre de questionnaires (2 500) à envoyer aux agriculteurs et obtenir une statistique fiable dans la compilation des réponses… Pourtant, s’agissant des rats et des OGM, « on en reste à des échantillons trop petits pour sortir de l’incertitude ».

Le biochimiste Gilles-Eric Séralini, dont la « réanalyse » des données brutes de l’étude du MON863 est critiquée par Marc Lavielle, précise que des effets « statistiquement significatifs » de cet OGM sont désormais reconnus par la firme agrochimique. Qui, cependant, en conteste le caractère « biologiquement significatif »… Pour clore le débat sur la toxicité présumée des OGM, de bonnes pratiques statistiques sont certainement nécessaires ; elles ne seront sans doute pas suffisantes.

Voir par ailleurs:

Martine s’offre une seconde jeunesse sur le Net
20 minutes
le 24.10.07

INTERNET – Un générateur de couvertures détournées…
Martine, la petite fille modèle imaginée par Gilbert Delahaye et Marcel Marlier, qui allait à la ferme, à la plage, à l’école, au cirque, fait un retour en fanfare sur le Net. Fin septembre, un petit marrant, prénommé Tremechan, s’est amusé à re-titrer les couvertures bien pensantes des albums de l’icône cinquantenaire. Mais sous une forme pervertie, c’est là tout le sel de l’initiative. On y voyait donc une Martine faisant gouzi-gouzi à son canari, sous le titre «Martine doigte un piaf».

Générateur
Depuis que Casterman, la maison d’édition des albums Martine, a fustigé l’initiative de Tréméchan, celui-ci a fermé son espace Internet (on peut encore voir ses détournements ici). Mais sur la toile, rien n’est jamais vraiment perdu. Depuis le 18 octobre, un informaticien du nom de Deelight a mis en ligne le «Martine cover generator», un programme qui permet aux internautes de réaliser leurs propres albums détournés de Martine. Un clic pour choisir la couverture, un champ texte pour écrire le titre, et hop, le résultat est en ligne. Parmi les réalisations les mieux notées figurent «Martine n’a pas de clopes, dégage» (sur la couverture, un lapin semble demander quelque chose à l’héroïne) ou «Martine a raté son test ADN» (on la voit sur le point de prendre l’avion). La rédaction de 20 Minutes n’a pas manqué de mettre sa pierre à l’édifice. Ainsi est née «Martine a retrouvé le corps de Steve Fossett» alors qu’elle montre du doigt un point depuis la nacelle d’une montgolfière.

Politiquement incorrect?
«Je m’attends à avoir des nouvelles de Casterman un jour ou l’autre, confie Deelight au site Poptronics. Mais mon intention n’est pas de leur nuire, ni de gagner le moindre centime avec ces détournements. J’espère donc que si cela les dérange, ils me demanderont simplement de fermer le site. Si cela arrivait, ou plutôt « quand cela arrivera », je compte distribuer les sources du site (sans les couvertures) en espérant que cela inspire d’autres développeurs (pour d’autres couvertures que celles de Martine par exemple).»

Tréméchan, lui, a aussi refait à sa sauce certaines couvertures de «Oui Oui» et «Le Club des cinq».

Vous aussi créez vos Martine et envoyez-les nous à multimedia@20minutes.fr
Nous publierons les plus drôles de vos contributions.
Alice Antheaum
Martine sur le Net, l’histoire d’un buzz ascensionnel
Créé le 19.11.07
LIVRE – Casterman l’a exigé, le «Martine cover generator» n’est plus…

Le «Martine cover generator» n’est plus. Ce site, qui permettait de créer en deux clics des parodies de couvertures de l’icône des années 50, a «fermé ses portes à la demande (amiable) des éditions Casterman», est-il indiqué sur la page d’accueil.

Depuis la création de ce site, le 18 octobre dernier, près d’1 million de visiteurs uniques s’y sont connectés, dont plus de 70.000 internautes pour la seule journée du 25 octobre. Un succès inouï, orchestré par un buzz viral efficace. Au total, 946.008 couvertures détournées ont été générées grâce à cet outil.

Pourquoi Casterman a-t-il demandé la suppression du site?
Pour des questions de droits d’une part. Parce que l’image d’une Martine «doigtant un piaf» ne collait pas avec celle de la petite fille modèle créée par Gilbert Delahaye et Marcel Marlier aussi. Et enfin, pour des questions de référencement sur l’Internet. En effet, quand on tape le mot «Martine» dans le moteur de recherche de Google, le «Martine cover generator» arrive en première ligne, devant le site web de Casterman.

Le créateur de cette blague, Deelight, le prend bien. Il confie qu’il préfère que son invention soit stoppée à l’apogée de sa gloire plutôt que «d’attendre que tout le monde en soit lassé.»

Et que les accros à Martine version remasterisée se rassurent: «Je compte en effet distribuer le script du générateur, explique Deelight, mais sans les couvertures détournées (ni les modèles de couverture, sans les titres). Puisqu’il ne contiendra aucun référence à Martine, ni aucune image sous copyright, ce sera totalement légal. Cela demandera quand même un peu de travail à quelqu’un qui voudrait créer un site miroir (ou un site détournant d’autres couvertures), mais rien d’insurmontable.»

En attendant, 20minutes.fr a trouvé un substitut pour patienter: un générateur de couvertures comme celles des livres «pour les nuls».

One Response to OGM: Attention, un détournement peut en cacher bien d’autres! (As former scare-mongerer comes clean, will French media finally give up their anti-GMO cover generators?)

  1. […] Pourquoi l’activisme contre les OGM de Greenpeace est-il quasi absent aux États-Unis (où se concentrent 50 % des cultures OGM) et si virulent en Europe (où la culture des OGM est marginale) ? (…) Le mensonge a changé de camp. Du pouvoir politique et des industriels, il a gagné […] le contre-pouvoir. Jean-Claude Jaillette […]

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :