Déclaration Balfour: Un message à toutes les terres où la race juive a été dispersée (Morris on Shlaim’s latest extended exercise in anti-Zionism)

Balfour declarationEn gros l’islam aurait remplacé le bouddhisme pour celles et ceux qui ne connaissent de l’islam que le thé à la menthe à la mosquée de Paris, le couscous chez le « copain maghrébin » les vacances au Maroc et la nounou sympa qui fait aussi le ménage, bref, l’islam est appréhendé comme fait uniquement culturel et exotique ou le vieil orientalisme qui faisait aimer la Turquie par Théophile Gauthier lorsqu’il en parlait au club des Hachichins. Ce qui fait que la dimension politique de l’islam sera évacuée et que toute critique à son égard sera taxée de racisme, y compris lorsque l’islam recèle les mêmes propositions de vie que dans le christianisme et le judaïsme alors que celles-ci seront vivement critiquées par les mêmes qui devant l’islam font par contre silence, ce silence de cristal qui fascina certains écrivains dans les années 30 lorsqu’ils virent s’ériger le nazisme et le fascisme. Lucien Oulahbib
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
Vous avez la psychologie d’un coupable (…) Vous savez très bien tuer les gens. Erdogan (à Peres, Davos, janvier 2009)
Bienvenue, conquérant de Davos! Slogan accueillant le premier ministre turc à son retour de Davos (janvier 2009)
Recep Tayyip Erdogan a dit la vérité, en faisant triompher la justice, la liberté et le peuple palestinien. Tu nous rappelles la position glorieuse de tes ancêtres ottomans. Que les dirigeants musulmans écoutent comment l’Histoire fait des héros et comment les hommes font l’Histoire. Khalil al-Hayya (chef du Hamas à Gaza, le 30 janvier 2009)
La Turquie est en Europe (…) Les opposants à l’adhésion avancent de faux prétextes. En réalité, ils veulent maintenir une Europe conçue comme un club chrétien, réservé aux pays de tradition chrétienne. De même qu’on a souhaité l’adhésion de pays de l’Est parce qu’ils sortaient du communisme, il convient de tendre la main à la Turquie, le seul pays musulman à avoir su organiser la séparation entre la religion et l’Etat. Bernard Kouchner (le 11 décembre 2002)

Pour ceux qui croiraient encore qu’Israël a été créé dans le seul but de remercier l’Alfred Nobel juif …

Au lendemain de la mort à New York du dernier prétendant au trône de la Sublime Porte, le petit-fils du sultan Abdulhamid II Osman Ertugrul et à la veille de l’arrivée à Washington d’un président qui déclarait il y à peine dix ans que « les mosquées sont nos casernes » …

Et qui, suite à son coup de colère de Davos contre son homologue israélien, fut accueilli en nouveau conquérant par un pays en pleine nostalgie d’un empire qui avait, pendant 600 ans et des Balkans à l’Océan indien et jusqu’aux portes de Vienne (y compris, sous ses successeurs, par le génocide), imposé l’islam à près des deux tiers de l’humanité …

Pendant que, profitant du complexe de culpabilité d’un Occident postmoderne déstabilisé par la crise financière (les croisades et le colonialisme comme seules explications du sous-développement des pays musulmans !), les islamistes masqués avancent leurs pions (minarets, appels à la prière, tribunaux spécifiques, voiles, burkas) …

Et que nos prétendument progressistes anti-mondialistes (d’ailleurs rejoints sur ce point par l’extrême-droite opposée à la globalisation libérale) tentent de se refaire une santé en nous vendant l’islam comme « nouveau creuset révolutionnaire » et « résistance face à l’américanisation du monde » et à la menace d’un petit Etat de 7 millions d’habitants qui refuse de collaborer à sa propre disparition (notamment via les 4,5 millions voire 7 millions de prétendus réfugiés que voudraient lui imposer, avec la complicité occidentale, l’Autorité palestinienne ou le Hamas) .…

Favoriser l’engagement des Etats-Unis et des juifs dans la guerre, préempter la Palestine face à la France, protéger le Canal de Suez et les routes commerciales de l’Empire, satisfaire les fondamentalistes protestants, limiter les frais de l’effort de guerre, remercier Weizmann pour la synthèse de l’acétone …

Les historiens n’ont, on le voit en ces temps de révisonnisme rampant, jamais manqué d’imagination pour expliquer la fameuse Déclaration de Balfour de 1917 pour l’établissement d’un foyer juif.

Tout ça pour éviter, comme le montre l’historien israélien Benny Morris à l’occasion de la sortie du dernier ouvrage d’Avi Shlaim (« Israel and Palestine: Reappraisals, Revisions, Refutations »), de reconnaître que, derrière les considérations impériales classiques, les dirigeants britanniques aient pu sincèrement se sentir redevables d’un des peuples les plus persécutés de l’histoire humaine.

Et ce, non seulement de la part des Européens, mais également de l’Empire ottoman et ses siècles d’oppression et d’expulsions.

D’où l’intérêt de ce discours oublié de Lord Balfour qu’il cite au moment où était remise en cause au sein même de son parti l’accès à l’auto-détermination du peuple juif que venait d’ouvrir, après six siècles de domination sans partage, la destruction de l’Empire ottoman.

Et qui, dans son langage nécessairement daté et au-delà des siècles de persécutions occidentales mais aussi ottomanes, avait le mérite de rappeler l’apport totalement disproportionné du peuple juif à l’humanité dont, alors comme aujourd’hui et avec les mêmes conséquences de sous-développement et d’archaïsme, le monde musulman s’obstine à vouloir se priver …

Extraits (traduits au babelfish):

Mon noble ami nous a dit dans son discours, et je le crois absolument, qu’il n’a aucun préjugé contre les juifs. Je pense que je peux dire que je n’ai aucun préjugé en leur faveur. Mais leur position et leur histoire, leurs liens avec les religions et la politique du monde sont absolument uniques. Ces liens sont sans précédent et sans et sans pareil dans n’importe quelle autre branche de l’histoire humaine. Voici une petite race habitant à l’origine un petit pays, pas plus grand je le pense que le Pays de Galles ou la Belgique, en tout cas de taille comparable à ces deux petits pays, n’ayant possédé à aucun moment de son histoire ce que l’on pourrait considérer comme une puissance temporelle, parfois écrasé entre de grandes monarchies orientales, ses habitants expulsés, puis dispersés, puis expulsés tout à fait de toutes les parties du monde et pourtant maintenant une continuité de tradition religieuse et raciale dont nous n’avons aucun parallèle ailleurs.

(…)

De façon à que nous puissions envoyer un message à toutes les terres où la race juive a été dispersée, un message qui leur indiquera que la Chrétienté n’est pas oublieuse de leur foi, du service qu’ils ont rendu aux grandes religions du monde et surtout à la religion que la majorité de Vous mes Lords professent, et que nous désirons autant que possible leur donner cette occasion de développer… ces grands cadeaux que jusqu’ici ils ont été contraints de faire fructifier dans des pays qui ne connaissent pas leur langue et n’appartiennent pas à leur race ? Tel est l’idéal que je désire voir accompli, tel est le but qui se trouve à la racine de la politique que j’essaie de défendre ; et bien que celle-ci soit défendable en effet à tous les niveaux, tel est le principal motif qui anime mon action. Lord Balfour (Discours à la Chambre des Lords, 1922)

Voir aussi les extraits de Morris :

Shlaim omet complètement de mentionner la pertinence du philo-sémitisme et du philo-sionisme comme facteur décisif dans l’établissement de la déclaration. En effet, c’était probablement le facteur le plus important dans l’appui des membres du Cabinet britannique: Lloyd George, Arthur James Balfour lui-même, Lord Milner, Robert Cecil, et janv. Smuts. Elevé dans la lecture de la Bible et dans croyance à la contribution des juifs à la civilisation judéo-chrétienne, ces leaders croyaient que la chrétienté avait une dette envers les juifs – et qu’elle devait réparer deux mille ans de persécution en leur rendant leur terre.

(…)

Comme Balfour l’avait déclaré à la Chambre des Lords en 1922 :

Pour Shlaim, Balfour, George, Milner, Smuts, et Cecil étaient tous des menteurs ou des dissimulateurs. Je préfère les croire. C’était principalement leur estime et leur sympathie pour les juifs qui les ont conduits à soutenir l’arrangement écervelé connu sous le nom de sionisme. Même si bien sûr les intérêts matériels de guerre et le calcul impérial d’après-guerre y ont également joué un rôle.

(…)

Les aspirations politiques palestiniennes, alors et maintenant, étaient « justes » selon Shlaim. Il n’applique jamais le mot aux aspirations sionistes, avant 1948 ou après. L’établissement d’Israël était-il « juste» et son existence continue « juste » à la lumière de l’ « injustice » monumentale qu’elle avait causé aux Palestiniens ? Les juifs n’auraient-ils jamais dû établir leur Etat en Palestine ? Shlaim laisse implicitement sur la table l’argument palestinien standard que les Palestiniens ont dû payer une injustice commise contre les juifs par d’autres.

Nulle part dans ce livre Shlaim ne dit un mot au sujet du lien vieux de 3000 ans du peuple juif à la terre d’Israël–que cette terre était le berceau du peuple juif; qu’ils ont plus tard régné sur elle, par intermittence, pendant plus de mille ans ; et que pendant les deux millénaires suivants, après l’entrée dans l’exil, ils ont aspiré et désiré ardemment d’y retourner.

Ni ne mentionne-t-il que les Arabes, qui n’avaient aucun lien avec la Palestine, l’ont arraché « injustement » au septième siècle à l’empire bizantin et s’y sont« illégalement » installés, la convertissant de force en terre « arabe ». Si la conquête n’accorde pas de revendication légitime, cela ne devrait-il pas être universellement vrai?

Nulle part Shlaim ne nous parle de la persécution, de l’oppression, et de l’assassinat de masse occasionnel des juifs par les Arabes musulmans au cours des siècles, à commencer par la destruction des communautés juives du Hijaz par Mahomet et pour finir avec les pogroms d’Aden et du Maroc en 1947-1948.

Et nulle part Shlaim ne précise-t-il que les Arabes palestiniens ont eu une main indirecte dans la mort des juifs européens pendant l’Holocauste, en conduisant les Anglais, par la violence anti-Britannique et anti-sioniste, à fermer les portes de la Palestine, qui était le seul asile sûr possible, après que les Etats-Unis et le monde anglo-saxon aient fermé leurs portes aux juifs européens en fuite. Et, plus directement, que les leaders palestiniens (et arabes en général) ont contribué à l’Holocauste en soutenant politiquement Hitler et, dans le cas de Haj Amin Al Husseini, en travaillant réellement à Berlin pour le Troisième Reich, colportant la propagande nazie dans le monde arabe et levant des troupes pour la Wehrmacht.

(…)

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Modern History Sourcebook:
A.J. Balfour (1848-1930):
Defense of the Palestine Mandate, 1922

A.J. Balfour (1848-1930) was British Prime Minister from 1902-1905 and later the Foreign Secretary responsible for the « Balfour Declaration ». In 1922 he responded to an attack on the British promise to the Jewish People in this speech.

My noble friend told us in his speech, and I believe him absolutely, that he has no prejudice against the Jews. I think I may say that I have no prejudice in their favour. But their position and their history, their connection with world religion and with world politics is absolutely unique. There is no parallel to it, there is nothing approaching to a parallel to it, in any other branch of human history. Here you have a small race originally inhabiting a small country, I think of about the size of Wales or Belgium, at any rate of comparable size to those two, at no time in its history wielding anything that can be described as material power, sometimes crushed in between great Oriental monarchies, its inhabitants deported, then scattered, then driven out of the country altogether into every part of the world, and yet maintaining a continuity of religious and racial tradition of which we have no parallel elsewhere.

That itself, is sufficiently remarkable, but consider-it is not a pleasant consideration, but it is one that we cannot forget-how they have been treated during long centuries, during centuries which in some parts of the world extend to the minute and the hour in which I am speaking; consider how they have been subjected to tyranny and persecution; consider whether the whole culture of Europe, the whole religious organization of Europe, has not from time to time proved itself guilty of great crimes against this race. I quite understand that some members of this race may have given, doubtless did give, occasion for much ill-will, and I do not know how it could be otherwise, treated as they were; but, if you are going to lay stress on that, do not forget what part they have played in the intellectual, the artistic, the philosophic and scientific development of the world. I say nothing of the economic side of their energies, for on that Christian attention has always been concentrated.

I ask your Lordships to consider the other side of their activities. Nobody who knows what he is talking about will deny that they have at least – and I am putting it more moderately than I could do – rowed all their weight in the boat of scientific, intellectual and artistic progress, and they are doing so to this day. You will find them in every University, in every centre of learning; and at the very moment when they were being persecuted, when some of them, at all events, were being persecuted by the Church, their philosophers were developing thoughts which the great doctors of the Church embodied in their religious system. As it was in the Middle Ages, as it was in earlier times, so it is now. And yet, is there anyone here who feels content with the position of the Jews? They have been able, by this extraordinary tenacity of their race, to maintain this continuity, and they have maintained it without having any Jewish Home.

What has been the result? The result has been that they have been described as parasites on every civilization in whose affairs they have mixed themselves very useful parasites at times I venture to say. But however that may be, do not your Lordships think that if Christendom, not oblivious of all the wrong it has done, can give a chance, without injury to others, to this race of showing whether it can organize a culture in a Home where it will be secured from oppression, that it is not well to say, if we can do it, that we will do it. And, if we can do it, should we not be doing something material to wash out an ancient stain upon our own civilization if we absorb the Jewish race in friendly and effective fashion in these countries in which they are the citizens? We should then have given them what every other nation has, some place, some local habitation, where they can develop the culture and the traditions which are peculiarly their own.

I could defend – I have endeavoured, and I hope not unsuccessfully, to defend this scheme of the Palestine Mandate from the most material economic view, and from that point of view it is capable of defence. I have endeavoured to defend it from the point of view of the existing population, and I have shown I hope with some effect, that their prosperity also is intimately bound up with the success of Zionism. But having endeavoured to the best of my ability to maintain those two propositions, I should, indeed, give an inadequate view to your Lordships of my opinions if I sat down without insisting to the utmost of my ability that, beyond and above all this, there is this great ideal at which those who think with me are aiming, and which, I believe, it is within their power to reach.

It may fail. I do not deny that this is an adventure. Are we never to have adventures? Are we never to try new experiments? I hope your Lordships will never sink to that unimaginative depth, and that experiment and adventure will be justified if there is any case or cause for their justification. Surely, it is in order that we may send a message to every land where the Jewish race has been scattered, a message which will tell them that Christendom is not oblivious of their faith, is not unmindful of the service they have rendered to the great religions of the world, and, most of all, to the religion that the majority of your Lordships’ House profess, and that we desire to the best of our ability to give them that opportunity of developing, in peace and quietness under British rule, those great gifts which hitherto they have been compelled from the very nature of the case only to bring to fruition in countries which know not their language, and belong not to their race. That is the ideal which I desire to see accomplished, that is the aim which lay at the root of the policy I am trying to defend; and, though it be defensible indeed on every ground, that is the ground which chiefly moves me.

Source:

Reprinted in Brian McArthur, Penguin Book of Twentieth Century Speeches (London: Viking Penguin, 1992), pp. 88-90.

Voir aussi:

Derisionist History
Benny Morris
The Republic
November 28, 2009

Israel and Palestine: Reappraisals, Revisions, Refutations

By Avi Shlaim

(Verso, 392 pp., $34.95)

Avi Shlaim burst upon the scene of Middle Eastern history in 1988, with the publication of Collusion Across the Jordan: King Abdullah, the Zionist Movement, and the Partition of Palestine. Before that, as a young lecturer at Reading University in England, he had produced two books, British Foreign Secretaries Since 1945 (1977) and The United States and the Berlin Blockade, 1948–1949 (1983), and several revealing essays on modern Middle Eastern historical issues in academic journals. But it was Collusion Across the Jordan, with its 676 pages of solid and well-written research, that thrust him into the academic limelight.

Shlaim’s book traced the thirty-year relationship between the Jewish Agency for Palestine and, later, the government of Israel and Prince Abdullah (later King) of Transjordan (later Jordan), focusing on their secret friendly ties and mutual interests–the “collusion” of the title–during the 1948 war, and their unsuccessful secret peace negotiations, which were suspended just before Abdullah’s assassination by a Palestinian gunman in July 1951. Shlaim argued that Abdullah and the leadership of the Yishuv, the Jewish community in Palestine/Israel, were united in their fear and their hatred of Haj Amin Al Husseini, the leader of the Palestinian national movement, and also in coveting the territory of Palestine; and so they agreed, in the run-up to the 1948 war, to “collude” to prevent the Palestinians from establishing a state.

Bowing to the realities of power, Shlaim contended, the Hashemite king and the Zionists agreed to divide the territory between themselves. As it turned out, and despite fierce Israeli-Jordanian clashes in and around Jerusalem, this is exactly what happened in the course of the war, the Jordanians occupying and eventually annexing the West Bank–the core of the area allotted by the United Nations partition resolution of November 1947 for a Palestinian Arab state–and the Jews establishing the state of Israel on the remainder (minus the Gaza Strip, also allotted to the Palestinians, which Egypt occupied in the course of the war and held until 1967). And following the war, the two countries embarked on peace negotiations, but failed to conclude a deal. Shlaim argues that it was an unconciliatory Israel that was largely responsible for the diplomatic failure–as it was, also, for the failure to explore properly the options for peace with Syria and Egypt that opened up, in his view, in those immediate postwar years.

Much of Shlaim’s spadework, especially relating to Zionist-Arab diplomacy before, during, and after the war, was original, but his thesis itself, about the nature of Jordanian-Israeli relations before and during 1948, was not. Israel Ber–who had served as an important officer on the General Staff of the Haganah, the Yishuv’s main pre-state militia that changed its name later to the Israel Defense Forces (IDF), and on the General Staff of the IDF in 1949–1950 (before his resignation, he headed its Planning and Operations Department)–had suggested the “collusion” thesis in his book Israel’s Security: Yesterday, Today, and Tomorrow, published posthumously in 1966. And Dan Schueftan and Uri Bar-Joseph had presented and analyzed it in their learned and well-argued works, A Jordanian Option (1986) and The Best of Enemies (1987).

But Ber’s was an unannotated political essay by a discredited man–he was jailed in 1961 as a Soviet spy–and it appeared only in Hebrew. Schueftan’s work also appeared only in Hebrew, and Bar-Joseph’s drew little attention. Shlaim certainly did his work more thoroughly, and he wrote with verve and elegance. Though one or two critics suggested that Shlaim had given too much weight to oral testimony elicited decades after the events described, Collusion Across the Jordan enjoyed wide acclaim. Some of that, without a doubt, was owed to what was seen as the book’s anti-Israeli slant.

The title itself gave the game away. When two states, with whose policies and leaders one agrees, act in unison against a third party, their cooperation is usually described as an alliance or a partnership. “Collusion,” by contrast, is a pejorative term. The Concise Oxford Dictionary defines “collusion” as a “fraudulent secret understanding, especially between ostensible opponents as in a lawsuit.” For many Britons (the book first appeared in England), the word raised the specter of the “imperialist collusion” between Israel, Britain, and France in their attack on Nasser’s Egypt in 1956; all three were vilified by opponents of the war as conspiring against a relatively innocent and weak Third World third party. Heeding criticism of the loaded title, Shlaim later published an abridged version of his book under the title Politics of Partition, but subsequently he expressed remorse over his momentary lapse, and stated that he should have stayed with Collusion. (He resurrects the usage in his new book when he speaks of “the Sharon-Bush collusion” against the Palestinians during the Second Intifada.)

In Collusion Across the Jordan, only one of the parties to the “collusion” was pilloried–the Yishuv and its leaders, chiefly David Ben-Gurion, chairman of the Jewish Agency Executive and, from May 14, 1948, Israel’s prime minister and defense minister. Ben-Gurion is portrayed as conniving, inflexible, and war-mongering. The other party to the “collusion,” Jordan, was let off by Shlaim with barely a slap on the wrist. Indeed, Abdullah was held up as a wise, noble, and peace-craving statesman–a portrait, incidentally, that greatly endeared Shlaim to the Hashemite princes, and did much to open doors for him in Amman for his subsequent biography of King Hussein, Lion of Jordan: The Life of King Hussein in War and Peace, which appeared in 2008. (Abdullah was Hussein’s beloved grandfather.) The fact that Abdullah, in defiance of the U.N. resolution of 1947, had occupied the core area of the proposed Palestinian state, and during the following years did nothing to promote Palestinian statehood in the West Bank, and, indeed, did a great deal to stifle Palestinian nationalism, and that in 1949–1951 he had proved unable to persuade and unwilling to force his Cabinet to endorse peace or even a limited non-belligerency pact with Israel–all this was somehow exempted from the moral fervor that characterized Shlaim’s treatment of Israel.

To be sure, Shlaim’s attitude to Israel earned him prestige among his British, European, and Arab academic colleagues. So did his voluminous The Iron Wall (2000), a history of Israeli-Arab relations since 1948. In his new book, a collection of essays, in a piece called “Free Speech? Not for Critics of Israel,” Shlaim sums up that book not inaccurately: “The central theme of … The Iron Wall is that Israel throughout its history too readily resorted to military force, and has been unwilling to engage in meaningful diplomacy.”

In fact, The Iron Wall was more balanced than that. In the heat of his current pro-Palestinian righteousness, Shlaim forgets that The Iron Wall devoted many pages to the Israeli-Egyptian and Israeli-Syrian post–October War disengagement negotiations, which led to substantial Israeli troop withdrawals; and to the Israeli-Egyptian negotiations and peace treaty of 1977–1979, which saw Israel evacuate every last inch of the Sinai Peninsula; and to the Israel-PLO Oslo accords and the negotiations that resulted in the Israel-Jordan 1994 peace treaty. And while Ehud Barak’s (and Bill Clinton’s) efforts in 2000 to achieve an Israeli-Palestinian peace may not have been successful, they cannot be airily dismissed as “meaningless” diplomacy. Indeed, one can say that in the course of its sixty-year history, Israel has engaged in very meaningful diplomacy–and in diplomacy that resulted in its evacuation of huge swathes of territory (Sinai alone is three times the size of Israel) and in peace treaties with two of its Arab neighbors.

Shlaim often refers to himself as an Israeli, though Wikipedia’s designation of him as a “British historian” is more accurate: born in Baghdad in 1945 and educated as a historian in Britain, Shlaim has lived in the United Kingdom since 1966. He was one of a small group who emerged in the late 1980s and were lumped together and designated-actually by me, in an article in Tikkun, an American Jewish journal–as the “New Historians,” their collective work being the “New Historiography.” I included myself and my own work in this rubric. It countered the “Old Historiography” of the “Old Historians,” which painted a roseate portrait of Zionism and its works. The “Old Historians” generally ignored, omitted, or otherwise swept under the carpet all that was morally reprehensible and dubious and unwise in the activities of the Yishuv and Israel before and after 1948. The “New Historians,” availing themselves of Israel’s very liberal Archives Law and its newly opened archives (and also British, U.N., and American material), published a series of books in the late 1980s that were critical of the traditional Zionist historical narrative. Collusion Across the Jordan was one of those transgressive books.

Over the past decade, the New Historians–we were never a tightly knit school but were all, loosely, “of the Left”–have largely parted ways politically. Ilan Pappé, formerly of Haifa University and now of the University of Exeter; Tom Segev, a journalist at Ha’aretz who does history on the side (in The Seventh Million: Israelis and the Holocaust, an important work on the Yishuv’s reaction to the Holocaust and the role of the Holocaust in post-1948 Israeli politics, and most recently in 1967, a far less impressive work); and Avi Shlaim steadily drifted leftward (if that really is the direction of people expressing understanding and sympathy for the likes of Yasser Arafat and Hamas), largely under the impact of the Second Intifada. I myself, while still believing that a two-state solution is the only just solution to the Israeli-Palestinian conflict, have moved marginally rightward–and in Israel and Palestine, while mildly praising my historiographic work, Shlaim castigates me for this in an essay called “Benny Morris and the Betrayal of History.” (“Benny is in danger of becoming … ‘a genuine charlatan,’” Shlaim writes, which is a very British way of saying that I am a charlatan. Also “his post-conversion interpretation of history is old history with a vengeance … indistinguishable from the propaganda of the victors.” Shlaim fails to explain how, precisely, I have “betrayed history,” and his name-calling is motivated solely by political disagreement.)

Israel and Palestine, which will probably earn Shlaim more Israel-bashing brownie points than all his previous books combined, is a collection of academic essays and reviews, along with some journalistic articles about politics. The pieces are mostly an extended exercise in anti-Zionism, nothing more. There is also one interview, originally published in The New York Review of Books in 1999, in which Shlaim asks King Hussein about his meetings with Israeli officials and leaders from the 1960s until the 1990s, and about Jordan’s participation, or non-participation, in the wars of 1967 and 1973. The monarch’s responses are vague, fluffy, and imprecise (he often answers that he cannot remember but will later look for the relevant documents, which, of course, are never referred to again) and generally uninformative, heavily larded with avowals of goodwill and the love of peace.

The scholarly essays deal with “The Balfour Declaration and its Consequences”; “The Rise and Fall of the All-Palestine Government in Gaza,” an impotent, short-lived organization established by the Egyptians in September 1948 as a means of controlling Palestinian politics, countering King Abdullah’s territorial, claims and, if one is prone to generosity, providing the Palestinians with some sort of representation; and “Husni Zaim and the Plan to Resettle Palestinian Refugees in Syria.” This last essay, which was trailblazing when published in 1986, describes a peace overture by Husni Zaim, Syria’s short-lived prime minister.

Zaim ruled Syria from March 30, 1949, to August 14, 1949, when he was deposed and executed by his colleagues. Working through American and U.N. mediators, Zaim proposed peace with Israel, and also that Syria absorb a quarter of a million Palestinian refugees in exchange for Israeli cession of the eastern half of the Sea of Galilee (according to the U.N. partition resolution, the whole sea was to be within Israeli territory) and, by implication, the Israeli-owned strip of land to the east of the lake, which included Kibbutz Ein-Gev.

Israel and Syria were at the time in the middle of armistice negotiations, and Ben-Gurion suspected that Zaim’s move was a ploy to delay Syrian withdrawal from Israeli territory that it had conquered during the war, which Israel was demanding. At the same time Ben-Gurion believed that Zaim was not trustworthy. (The Syrian was apparently a CIA agent and had previously been in intermittent contact with Haganah intelligence officers.) Ben-Gurion was in any case unwilling to give up half of Israel’s major water resource, and to surrender hard-won territory in exchange for a bilateral peace agreement on which the Syrians could at any time renege. He refused to meet with Zaim until the Syrians agreed to withdraw from Israeli territory, and the Syrians rejected the Israeli proposal to negotiate at the foreign ministers level.

According to Shlaim, Zaim gave Israel “every opportunity to bury the hatchet and lay the foundations for peaceful coexistence in the long term,” but an “intransigent” Israel and a “short-sighted” Ben-Gurion “spurned” his offer and “frittered away” a “historic opportunity.” A historic opportunity? I am not so sure, and in the absence of Syrian documentation the seriousness of Zaim’s offer and his ability to carry it out remain unclear. (Itamar Rabinovich, in The Road Not Taken, highlighted Zaim’s internal problems in this respect.) Equally unclear is what would have been the fate, after Zaim’s death, of any agreement that he had signed. It is also worth asking whether a semi-arid country should give up half of its main water resource (and territory) in exchange for a peace treaty of doubtful longevity with a country that has just attacked it. Shlaim, intent on pillorying Israel, does not ask this question.

On the face of it, Shlaim’s essay on the Balfour Declaration–the British declaration of November 2, 1917, which supported the establishment of a “Jewish national home” in Palestine–appears to be a straightforward inquiry into what happened and why, based on the documents. Yet it exudes an unscholarly myopia, a selectivity in the use of documents, which hints at anti-Zionist prejudice. Why did the British issue such a seemingly uncalled-for and unrealistic declaration? After all, the Zionists, even “the Jews,” had little power in or over the British government or any other major government, and a very meager presence in Palestine itself. (In 1917 there were some 55,000 Jews and 650,000 Arabs in the country.) Indeed, the only Jew in the British government, Edwin Montagu, fiercely opposed Balfour’s declaration, and most of the world’s Jews were non-Zionists or anti-Zionists. All knew it would alienate tens of millions of Arabs and perhaps many Muslims besides.

So why did Britain issue the declaration? Shlaim devotes several pages to reviewing the prevailing explanations. Leonard Stein, in his classic study The Balfour Declaration, suggested that it was due to “the activity and skill [as a persuader]” of Zionist lobbyist and leader Chaim Weizmann. The historian Mayir Verete offered a contrary thesis: that the British government was motivated by “British imperial interests in the Middle East”–that is, safeguarding the Suez Canal from the east and keeping France out of Palestine. As an afterthought Shlaim adds that the British may have hoped to “enlist the support of the Jews of America and Russia” for the anti-German war effort, or to pre-empt a similar declaration by the German government. Again, imperial British wartime interests.

Shlaim then gives pride of place to Tom Segev’s explanation in his book One Palestine, Complete–“a [historiographic] step forward,” Shlaim calls it. According to Shlaim, quoting Segev, David Lloyd George, Britain’s prime minister in 1917, pushed the declaration out of “ignorance and prejudice.” Lloyd George “despised the Jews, but he also feared them,” believing in their world-embracing “power and influence.” The people who sired the document “believed the Jews controlled the world,” says Shlaim, quoting Segev. Which is to say, the Balfour Declaration was primarily a product of anti-Semitism. Historians love paradoxes, even fictitious ones.

Shlaim fails completely to mention the relevance of philo-Semitism and philo-Zionism as a decisive factor in the issuance of the declaration. Indeed, it was probably the single most potent factor in the support of the key Cabinet ministers: Lloyd George, Arthur James Balfour himself, Lord Milner, Robert Cecil, and Jan Smuts. Brought up on the Bible and on a belief in the Jews’ contribution to Judeo-Christian civilization, these potentates believed that Christendom owed the Jews a debt–and that it must atone for two thousand years of persecution by restoring them to their land. As Balfour told the House of Lords in 1922:

It is in order that we may send a message to every land where the Jewish race has been scattered, a message that will tell them that Christendom is not oblivious of their faith, is not unmindful of the service they have rendered to the great religions of the world, and most of all to the religion that the majority of Your Lordships’ house profess, and that we desire to the best of our ability to give them that opportunity of developing … those great gifts which hitherto they have been compelled to bring to fruition in countries that know not their language and belong not to their race? This is the ideal which I desire to see accomplished, that is the aim that lay at the root of the policy I am trying to defend; and though it be defensible indeed on every ground [he means imperial interests, and so on], that is the ground which chiefly moves me.

Shlaim would have it that Balfour, George, Milner, Smuts, and Cecil were all liars or dissemblers. I prefer to believe them. It was mainly their esteem and their sympathy for the Jews that drove them into supporting the harebrained scheme known as Zionism. No doubt material wartime interests and postwar imperial calculations also played a part. Yet Shlaim cannot resist an opportunity to assert his high ethical credentials, his anti-Zionism and anti-imperialism at once, two birds with one stone: “Britain had no moral right to promise a national home for a tiny Jewish minority”–why “tiny”? The Zionists expected millions to pour into the country, as in fact they did–“in a predominantly Arab country. It did so not for altruistic reasons but for selfish and misguided ones.”

Shlaim once said that he believes historians should not merely describe and analyze but also act as “judge and jury” (or was it “judge, jury, and executioner”?)–that it is their responsibility to pass moral judgment on the actions (and the thinking?) of their protagonists. He has a powerful confidence in his own “moral compass.” He once wrote that I had lost mine. I do not believe that historians should moralize in their historiography: it is a sign of hubris, and it is tedious. My belief is that historians should seek truth, not “justice,” and describe and analyze events, using as wide a range of sources as possible to try and work out why people acted as they did and what were the consequences–and then let the reader judge, using his or her own “moral compass,” whether the protagonists were right or wrong, wise or unwise.

Shlaim concludes his essay on the Balfour Declaration with the flat personal assertion that “I can only agree with Sir John Chancellor [British high commissioner to Palestine, 1928–1931] that the Balfour Declaration was a colossal blunder–it has proved to be a catastrophe for the Palestinians and it gave rise to one of the most intense, bitter, and protracted conflicts in modern times.” But of course it was not the declaration but Zionism itself–the successive waves of Jewish immigration to Palestine, and the creation of Jewish social and political and economic institutions there, with the aim of recreating a sovereign Jewish state–that gave rise to the conflict.

What does all this tell us about Shlaim’s views? Well, he sets out his credo in the introduction to Israel and Palestine, where he tells us that “The Jews are a people and, like any other people, they have a natural right to national self-determination. In the aftermath of the Second World War, the moral case for a Jewish state became unassailable…. This was the background to the U.N. resolution of 29 November 1947 … an international charter of legitimacy for the Jewish state…. Arabs … felt that the gift of Palestine to the Jews was illegal. However, a resolution passed by the UN General Assembly by a large majority cannot be illegal. It may be unjust but not illegal.” Subsequently, Israel and the Arab states agreed in armistice negotiations and accords on Israel’s borders. “These are the only borders,” Shlaim writes, “that I regard as legitimate.” So, he concludes, “I believe the creation of the State of Israel involved a terrible injustice to the Palestinians…. I fully accept the legitimacy of the State of Israel within its pre-1967 borders.”

In 1967, Israel conquered the West Bank, East Jerusalem, the Golan Heights, Sinai, and the Gaza Strip. In November of that year, the U.N. Security Council passed Resolution 242. The resolution, Shlaim informs us, stressed “the inadmissibility of the acquisition of territory by war, and the resolution … called on Israel to give up the territories it had captured in return for peace.” Actually, the resolution, in its definitive English version, spoke of giving up not “the territories” but “territories,” as Shlaim notes elsewhere in his book. “But,” he continues, “Israel preferred land to peace.” Actually, it has been a mixed bag–as Shlaim well knows. Israel gave up the Sinai Peninsula in exchange for peace with Egypt, and hundreds of square kilometers of territory in exchange for peace with Jordan, and on June 19, 1967 (and, again, in 1994–2000) offered to give up the Golan Heights in exchange for peace with Syria. It has also given up the Gaza Strip without getting any peace in return. In the case of the West Bank and East Jerusalem, matters have been more complicated and Israel has been less “giving.” But historically speaking, the bald claim that “Israel preferred land to peace” is something less than a half-truth.

About more recent times, Shlaim has this to say: “I reject, and reject utterly, completely and uncompromisingly, the Zionist colonial project beyond [the pre-1967 borders].” And also this: “Ilan Pappé and I [following the Second Intifada] … held on to our belief that Israel bears the primary responsibility for both the persistence and the escalation of the conflict” This is a persistent nonsense. Far fewer Israelis or Palestinians have died in the major bouts of violence of the past three decades than, say, in 1948, or 1973; and of course both peoples suffered far more in 1948. The recent Israeli-Palestinian bouts of violence, the First Intifada (roughly 1987–1991) and the Second Intifada (roughly 2000–2004), have been more prolonged than the previous wars, but far less bloody and exacting. And as for the wider Israeli-Arab conflict, the region has seen, strategically speaking, a substantial de-escalation, with two Arab states making peace with Israel during the past three decades. There were wars between Israel and Arab states in 1948, 1956, 1967, 1973, and 1982, but none since then. And the recent bouts of violence between Israel and Hezbollah in 2006 and Israel and Hamas in Gaza in 2008–2009 were extended campaigns between a state and terrorist organizations, not “wars.”

As for the future, Shlaim writes: “The only fair and reasonable solution is the partition of Palestine … a two-state solution.” Presumably he means a Jewish state called Israel in the pre-1967 borders and a Palestinian Arab state composed of the West Bank, Gaza, and East Jerusalem. He does not tell us whether he is amenable to minor border changes between the two states to allow, say, for the incorporation in Israel of Jewish settlement blocs along the Green Line (the pre-1967 demarcation line between Israel and the West Bank) or, for that matter, of border-hugging Israeli Arab settlements in a Palestinian state.

All in all, there is much to be said for Shlaim’s credo. The problem with Israel and Palestine is the dissonance, which is sometimes very jarring, between these lofty professions of faith and Shlaim’s assertions (and their tone) about the very recent history of the conflict, which are not just critical of Israel’s post-1967 expansionism, but also unrestrainedly anti-Zionist and anti-Israeli. On page 307, for example, he tells us that the establishment of Israel “involved a monumental injustice to the Palestinians,” and goes on to quote a leading British Foreign Office anti-Semite, John Troutbeck, in 1948, to the effect that the Americans were responsible “for the creation of a gangster state headed by ‘an utterly unscrupulous set of leaders’.” Shlaim comments: “I used to think this judgement was too harsh,” but then Israel’s “vicious” assault on Gaza in December 2008–January 2009 “reopened the question.” His logic here is faulty: either Israel’s leaders in 1948 were “unscrupulous” and Israel was, at its inception, a “gangster state,” or it was not. These have nothing to do with how Israel behaved, or allegedly behaved, sixty years later. But more alarming than Shlaim’s lapse of logic is the content of his assertion, which seems to involve a renunciation of the credo that I have just outlined. “Legitimate” and “gangster state” have some difficulty in co-existing.

Palestinian political aspirations, then and now, were “just,” according to Shlaim. He never applies the word to Zionist aspirations, before 1948 or after. Was Israel’s establishment “just,” and is its continued existence “just,” in light of the monumental “injustice” that it caused the Palestinians? Should the Jews never have established their state in Palestine? Shlaim implicitly leaves on the table the standard Palestinian argument that the Palestinians have had to pay for an injustice committed against the Jews by others. Nowhere in this book does Shlaim say a word about the Jewish people’s three-thousand-year-old connection to the Land of Israel–that this land was the Jewish people’s cradle; that they subsequently ruled it, on and off, for over a thousand years; and that for the next two millennia, after going into exile, they aspired and longed for repatriation. Nor does he mention that the Arabs, who had no connection to Palestine, in the seventh century conquered the land “unjustly” from the Byzantine Empire and “illegally” settled in it, forcibly converting it into an “Arab” land. If conquest does not grant rightful claim, then surely this should be true universally?

Nowhere does Shlaim tell us of the persecution, oppression, and occasional mass murder of Jews by Muslim Arabs over the centuries, starting with Muhammad’s destruction of the Jewish communities in Hijaz and ending with the pogroms in Aden and Morocco in 1947–1948. And nowhere does Shlaim point out that the Palestinian Arabs had an indirect hand in causing the death of European Jewry during the Holocaust, by driving the British, through anti-British and anti-Zionist violence, to shut the gates of Palestine, which was the only possible safe haven, after the United States and the Anglo-Saxon world had shut their gates to escaping European Jews. And, more directly, Palestinian (and other Arab) leaders contributed to the Holocaust by politically supporting Hitler and, in the case of Haj Amin al Husseini, actually working in Berlin for the Third Reich, peddling Nazi propaganda to the Arab world and raising troops for the Wehrmacht.

Most scholars try to be thoughtful, moderate, and balanced when putting their thoughts into print, even if they are more truculent and extreme in their speech. Shlaim is the opposite. On stage, he is all sweet reasonableness, sensitive and fair-minded, in the manner of an Oxonian gentleman; but in print he is harsh, unbalanced, immoderate, and occasionally wild. He calls the young Yitzhak Rabin a “predator.” Ariel Sharon is variously described as a “bully” and “merciless,” his career marked by “the most savage brutality.” Shlaim even speaks of Sharon’s “attempts to destroy the Palestinian people.” In 2002, at the height of the Second Intifada, when Sharon was prime minister, he “waged a savage war against [the Palestinian] people which included … the bombardment of refugee camps … attacks on medical facilities … and summary executions.”

To be sure, in the Second Intifada there was quite a bit of “savagery”–but most of it was Palestinian. I know that terrorism is the inevitable–and for Shlaim and his ilk, the “understandable”–weapon of the weak. But the massive terrorism of the Palestinians, religious and so-called secular (both Hamas and Fatah suicide bombers believed that they were headed for heaven), truly merited the designation “savage”; and it was the series of suicide bombings that culminated in the Passover bombing at the Park Hotel in Netanya, with thirty-five dead and dozens of severely wounded, that triggered the IDF reoccupation of the Palestinian cities, which was actually conducted with great care for the lives of civilians. Though the Palestinians shouted “massacre” at every turn, as they have done for more than sixty years whenever Israel retaliates following their own acts of savagery, there was almost no deliberate killing of civilians by Israel in the four-year-long Second Intifada (whereas most of Israel’s 1,300 or so dead were deliberately targeted civilians). Of the four thousand Arabs killed, less than one-third were civilians. This is not nothing, but it is not quite what Shlaim says it is.

The Israeli Air Force did not, as Shlaim states, “bomb refugee camps.” Had it done so, there would have been hundreds or thousands of dead after each mission, but this was not the case. The IAF bombed specific targets in refugee camps (and outside them)–terrorist headquarters, the homes of terrorist leaders, military bunkers, and so on. There certainly were casualties–but this was inevitable, given that the Palestinians, in 2002 as today, placed their arsenals, their command posts, and their hideaways inside and on the peripheries of refugee camps. During the Israeli assault on Hamas in Gaza at the end of 2008, the Hamas leaders sat out the campaign in the basement of Gaza’s Shifa Hospital, gambling-correctly–that Israel would not bomb or storm a hospital.

And is Shlaim fair in his description of Sharon’s career? Take the phrase “the most savage brutality.” Presumably he is referring to the young Sharon who, in October 1953, led the infamous IDF attack on the West Bank village of Kibya, in which about sixty villagers were killed (in retaliation for a terrorist grenade attack at the nearby Israeli settlement of Yehud, in which a mother and her two children were murdered). If Kibya may be described as “the most savage brutality,” then what words are left to describe, say, Iraq’s gassing of thousands of Kurds in the 1980s, or the Sudanese Arabs’ mass murder of Darfurians and Christians, or Syria’s slaughter of twenty thousand or so Muslims in its own city of Hama in 1982? Were Sharon’s various campaigns, including the assault on the PLO in Lebanon and the reoccupation of the West Bank’s cities in 2002, after a string of suicide bombings claimed hundreds of Israeli lives in Tel Aviv, Netanya, Haifa, and Jerusalem, really “attempts to destroy the Palestinian people”–as, say, Turkey’s slaughter of the Armenians in World War I or Hitler’s murder of the Jews in World War II, were “attempts to destroy” peoples? Orwell would have charged Shlaim with abusing the English language, and noted, too, that Shlaim’s careless and inflammatory hyperbole is always directed against only one party.

When it comes to the Arabs, Shlaim is often mealy-mouthed, hesitant, disingenuous, and laudatory. Thus he tells us at one point that “the Palestinian people succeeded in building the only genuine democracy in the Arab world with the possible exception of Lebanon and Morocco.” I am sure that the imprisoned opponents of the absolutist monarchy in Rabat would be much amused–as would various Shiites, Greek Catholics, and Sunni Muslims in Lebanon. So would the Fatah prisoners tortured in Hamas jails in Gaza, and the Hamas prisoners tortured in Fatah jails in the West Bank. Does a single relatively open and successful general election transform a polity into a democracy?

One-sidedness and plain unfairness permeate almost every subject touched and every argument propounded in Israel and Palestine, perverting and distorting history. Take Shlaim on the post–Second Intifada Sharon. In 2005, breaking away from the Likud, Sharon uprooted all Israeli settlements in, and withdrew from, the Gaza Strip, and indicated that he intended a similar unilateral withdrawal–as he believed there was no peace partner on the other side with whom he could reach agreement–from the bulk of the West Bank. The evacuation from Gaza should have cheered Shlaim, who supports Israeli withdrawal from the territories. Instead he divines a nefarious plot, hatched with George W. Bush’s complicity. “The real purpose behind the plan,” Shlaim writes, “was to sweep away the remnants of Oslo, to undermine the position of Yasser Arafat and the Palestinian Authority, and to derail the road map [for a two-state solution]…. The plan is a pitch for politicide.” Presumably, if and when Israel pulls out of the bulk of the West Bank–again unilaterally, as there is still no credible Palestinian partner for peace–Shlaim will continue to inveigh against Israeli plots and Israeli-American conspiracies.

Sharon, who a few months after the Gaza pullout had a massive stroke and departed the political arena, never made clear how much of the West Bank he intended to evacuate. He was the driving spirit behind the construction of the security barrier separating the territory from pre-1967 Israel. The barrier probably indicated the lines to which Sharon intended to withdraw, though the initial motivation for building the barrier was to keep out suicide bombers, and in this purpose it was highly successful. The barrier–more than 90 percent of it is a fence, though Shlaim refers to it, in line with common Arab and Western usage, as “the wall”–incorporates (or will do so, when it is finished) about 7 percent of the West Bank into Israel. This 7 percent includes the large border-hugging settlement blocs that Israel intends to keep, and that both President Clinton and President Bush agreed should be ceded to Israel, with Israel compensating the Palestinians with land elsewhere. In Shlaim’s account, however, the “wall will gobble up by the time it is completed … 15 to 25 percent” of the West Bank–an exaggeration by 200 to 300 percent–and, alongside the Barak-Clinton peace plan (or “parameters”) of July and December 2000, will slice up the West Bank into several “bantustans,” preventing a contiguous Palestinian state.

Of course, a Palestinian state, if it ever emerges, will never be contiguous, inasmuch as the West Bank and Gaza Strip are separated by Israeli territory; but neither the barrier nor the Barak-Clinton proposals would have violated the contiguity of the West Bank (see the relevant map at the start of Dennis Ross’s The Missing Peace). Shlaim also charges that the barrier creates “an environmental catastrophe.” This, too, is hysterical nonsense. It is true that the barrier separates several thousand villagers from their fields and workplaces, making their lives difficult and requiring complicated improvisatory solutions. But bombs exploding in downtown Tel Aviv and Haifa–as happened almost daily at the height of the Second Intifada, which is what drove the construction of the barrier–also creates “difficulties.” These “difficulties” never exercise Shlaim and his “moral compass.”

Shlaim fails in this volume to properly describe what was without doubt a historic turning point in the conflict: the Barak-Arafat-Clinton negotiations in Camp David in July 2000, and the subsequent “Clinton Parameters” of December 2000. He fails to inform his readers even of what it was that the Palestinians were offered. Instead he declares that “the most fundamental cause of the failure … lies not in Arafat’s psychological makeup but in Barak’s package.” He singles out Barak’s demand that the Palestinians agree that the offered package would be final–that is, agree to an “end of conflict” and an “end of claims.” “This remorseless insistence on finality,” Shlaim explains, “was in fact part of the problem, not the solution,” as if most peace treaties include a loophole that one of the parties may resume hostilities after signing the treaty if all its demands are not met.

The Barak offer–a Palestinian state on 100 percent of the Gaza Strip and 91 percent of the West Bank–“was a reasonable basis,” Shlaim says, “for an interim agreement, not for the final end of the conflict.” Is Shlaim hinting here that he supports such Palestinian demands as the full repatriation of the five million refugees to the territory of pre-1967 Israel, the “right of return” espoused by the PLO and Hamas (and all the Arab states)? He doesn’t tell us. Nor, indeed, does he tell his readers that Clinton, in his “Parameters,” substantially upped the ante by awarding the Palestinians 95 percent of the West Bank, and sovereignty over half of Jerusalem and the surface area of the Temple Mount–and that the Palestinians again responded with a flat “no.” Again, bizarrely, Shlaim speaks of an Israeli-American “conspiracy” to “corner” the lamb-like Palestinians, which they rightly defied.

Nowhere in this volume is Shlaim more scathing than in his criticism of Israel’s retaliatory assault on Hamas in Gaza in December 2008–January 2009. “Merciless,” “unremitting brutality,” “totally disproportionate,” “indiscriminate”: these are some of the phrases he uses. He concludes his book by asserting that Israel has “become a rogue state with ‘an utterly unscrupulous set of leaders’ … In Gaza it went too far: It sowed the wind and it will surely reap the whirlwind.” Is he referring to a possible Iranian nuclear attack on Israel? Is he justifying it in advance?

At one point Shlaim concedes that “Hamas is not an entirely innocent party in this conflict.” But he quickly buries this observation under his own display of the basic inability of many Western liberals to come to grips with the phenomenon that they are confronting: true believers with a fundamentalist ideology. Shlaim says that it is wrong to portray the Hamas as “just a bunch of religious fanatics…. The simple truth is that the Palestinian people are a normal people with normal aspirations. They are no better but they are no worse than any other national group.”

But the Hamas leaders daily repeat the slogan, from their Charter or Constitution of 1988, that “Israel will exist until … Islam will obliterate it.” Does that sound like a “normal aspiration”? Do most people around the world speak this way about their neighbors? What does this, or the mass festivities in the streets of Nablus and Gaza when a suicide bomber successfully exploded in a bus in Tel Aviv, tell us about the Palestinians, who voted Hamas into power in free elections in 2006? Shlaim blithely informs his readers that “like other radical movements, Hamas began to moderate its political program following its rise to power.” He acknowledges “the ideological rejectionism” of Hamas’s charter, but he declares confidently that Hamas has begun “to move towards pragmatic accommodation of a two-state solution. Its spokesmen said many times that they would accept a Palestinian state within the 1967 borders and offered a long-term truce on that basis.”

Shlaim hears what he wants to hear, not what is actually said. The “moderate” Hamas leader Ismail Haniya almost daily repeats that Hamas will never recognize Israel, and less frequently says that it will continue the struggle until all of Palestine reverts to Palestinian Muslim rule. Hamas “extremists” such as Khalid Mashal speak even more firmly about Israel’s eventual demise and its replacement with a Muslim polity governed in line with sharia law. Indeed, sharia has been gradually imposed, without much fanfare, in the Gaza Strip since Hamas gained dominion there–no mixing of the sexes in public, harsh dress codes, no alcohol, no cinemas, no Internet cafes, and, gradually, no Christians (a few have been murdered, most have left).

True, Hamas’s leaders over the past few years have sometimes spoken about a prolonged truce–if Israel first agrees to withdraw to the 1967 borders and accepts the “right of return” of the refugees. Is this tantamount to accepting a two-state solution? Of course not. And we are talking tactics, not strategy. Hamas, despite massive pressure by the Palestinian Authority, Israel, and the United States, has been firm in resisting changes in its political goals, which are the destruction of Israel and the imposition of sharia law. When Hamas leaders amend the Charter in accordance with Shlaim’s irenic fantasies, I will start to believe that it is changing; but not a moment before.

About Israel’s restrictions on the flow of goods into the Gaza Strip since the Hamas takeover, Shlaim observes that “the aim was to starve the people of Gaza into submission” and resulted in “a humanitarian catastrophe.” This is simply wild. Darfur is a humanitarian catastrophe. Somalia at times has been a humanitarian catastrophe. But Gaza? As far as I know, no Gazan has died of thirst or starvation. There are no African-style bloated bellies there. It is true that Israel has barred the importation of iron and steel and other materials needed for reconstructing houses destroyed or damaged in the December 2008–January 2009 campaign (and, in my view mistakenly, also barred the entry into Gaza of various other goods). But Israel argues, with solid logic, that Hamas would immediately use these materials to rebuild bunkers, munitions storage facilities, trenchworks, and the other institutions and instruments of its aggression.

Without a doubt, history has ill-served the Palestinians. They became a separate and distinct “people” (while remaining part of the greater Arab “people”) as a result of the Zionist enterprise and the Zionist challenge, and Zionism has caused them repeated bouts of suffering. Their persistent rejection of compromise, as expressed by their successive leaders, has had a major role in the perpetuation of this suffering. And this suffering appears to fuel Shlaim’s animosity toward Israel. But there is a mystery here. Many intellectuals, in Israel as in the West, have been moved by the Palestinians’ history and their plight, but at the same time they have remained sympathetic to Israel’s predicament, and admiring of its real and in some ways incomparable achievements over the past six decades. In Israel and Palestine, by contrast, there is no sign of any such complex sympathy. For Shlaim, Israel and its leaders can do no right. It all begins to seem very personal. What is the source of this bias and this resentment? It is always hazardous to speculate on the motives of writers and scholars. Perhaps one day Shlaim will enlighten us on this score.

Benny Morris is a professor of Middle Eastern history at Ben-Gurion University and the author, most recently, of 1948: A History of the First Arab-Israeli War (Yale University Press).

La guerre des historiens israéliens
Avi Shlaim

Oxford University
2004/1 (59e année)
Pages : 266
Affiliation : Numéros antérieurs disponibles sur http://www.persee.fr

Éditions de l’EHESS

1« Une nation, disait le philosophe français Ernest Renan, est un groupe de personnes unies par une vision erronée de leur passé et par une haine commune pour leurs voisins. » Les mythes ont toujours été des instruments particulièrement efficaces pour forger l’identité des nations. Le mouvement sioniste qui présida à la naissance de l’État d’Israël parvint, en termes de relations publiques, à des résultats rarement égalés au XXe siècle. Pourtant, ce mouvement n’avait rien d’unique dans sa volonté de répandre une version simplifiée et redorée du passé afin de promouvoir ses objectifs nationalistes. Bien au contraire, à l’instar de tous les autres récits nationalistes de l’histoire, la version sioniste était sélective, simpliste et orientée. Elle visait à la fois à faire naître un sentiment d’appartenance nationale chez des Juifs d’origines différentes et à susciter la compassion et le soutien des autres pays à l’égard du tout nouvel État d’Israël. À l’inverse, elle desservait de manière notoire tout effort de compréhension mutuelle ou de réconciliation entre Juifs et Arabes.
2Les années 1990 furent le théâtre des soubresauts et des lenteurs du processus de paix entre Israël et ses ennemis de toujours, mais elles virent aussi apparaître un nouveau type d’affrontement : celui des historiens israéliens. Il oppose les historiens israéliens traditionnels et les « nouveaux historiens » qui ont entrepris de mettre en question la théorie sioniste sur la naissance de l’État d’Israël et sur les cinquante années de conflits et de confrontations qui suivirent.
3« Les conquérants, mon fils, ne reconnaissent que les faits historiques qu’ils ont eux-mêmes fabriqués », fait remarquer, dans le roman tragi-comique d’Émile 1 Habiby [1][1] Al-Waqa’ic al-Ghariba fi Ikhtifa’ Sa’id Abi al-Nahs…, le vieux proviseur arabe au jeune Saïd, à son retour à Haïfa pendant l’été 1948. Le proviseur parlait des Israéliens sur un ton qui révélait plus de tristesse que de colère : « Il est vrai qu’ils ont détruit ces villages […] et chassé leurs habitants. Mais, mon fils, ils ont bien plus de pitié que les conquérants auxquels nos ancêtres étaient confrontés autrefois. » Cette citation suggère qu’il ne peut y avoir d’entente sur ce qui s’est réellement produit en 1948. Chaque parti adhère à une version différente des événements. Les Palestiniens voient les Israéliens comme des conquérants et se considèrent comme les véritables victimes de la première guerre israélo-arabe qu’ils nomment al-Nakba, « la catastrophe ». L’historiographie palestinienne reflète cette opinion. Les Israéliens, vainqueurs incontestés de la guerre de 1948, l’ont appelée la guerre d’Indépendance. Et c’est, notamment, en tant que tels qu’ils sont parvenus, mieux que leurs ennemis, à faire circuler leur version de cette guerre fatidique. L’histoire n’est-elle pas, en un sens, la propagande des vainqueurs ?
4La version sioniste conventionnelle de la guerre de 1948 est la suivante : le conflit israélo-arabe en Palestine atteignit un seuil critique après le vote, le 29 novembre 1947, de la résolution des Nations unies demandant la partition du territoire et l’établissement de deux États, l’un juif et l’autre arabe. Les Juifs acceptèrent le plan de l’ONU en dépit des douloureux sacrifices qu’il exigeait, mais les Palestiniens, les États arabes voisins et la Ligue arabe le rejetèrent. La Grande-Bretagne s’employa, à la fin de son mandat en Palestine, à faire échouer la création d’un État juif conforme aux décisions arrêtées. Au terme de ce mandat et avant que l’État d’Israël ne fût proclamé, sept États arabes envoyèrent leurs troupes en Palestine avec la ferme intention d’étouffer l’État juif avant qu’il ne vît le jour. Il s’ensuivit une lutte inégale entre « un David juif » et « un Goliath arabe ». Le jeune État juif mena un combat désespéré mais héroïque et, contre toute attente, couronné de succès. Pendant la guerre, des centaines de milliers de Palestiniens auraient fui dans les États arabes voisins, principalement en réponse aux ordres de leurs chefs et en dépit des efforts entrepris par les Juifs pour les convaincre de rester et montrer qu’une coexistence pacifique était possible. Après la guerre, les dirigeants israéliens ont appelé la paix de leurs vœux mais n’ont trouvé aucun interlocuteur dans le camp adverse. L’intransigeance des Arabes fut la cause de l’impasse politique dans laquelle le Moyen-Orient se trouva. Et la situation ne put être débloquée avant la visite du président Anouar El-Sadate à Jérusalem, trente ans plus tard.
5Pendant de nombreuses années, cette version des événements prévalut à l’extérieur du monde arabe. La vision que l’on avait des causes, de la nature et du déroulement du conflit arabo-israélien était celle des sionistes. Le quarantième anniversaire de la création de l’État d’Israël fut pourtant marqué par la publication de quatre ouvrages, écrits par des chercheurs israéliens qui remettaient en question l’historiographie traditionnelle de la naissance de l’État d’Israël et de la première guerre israélo-arabe [2][2] Il s’agit de SIMHA FLAPAN, The birth of Israel : myths…. Leurs auteurs furent appelés les révisionnistes israéliens, ou nouveaux historiens.
6Deux facteurs expliquent l’apparition de cette nouvelle historiographie : l’ouverture des archives officielles de 1948 par le gouvernement israélien et le changement de climat politique en Israël au lendemain de la guerre du Liban de 1982. Israël suivit l’exemple anglais en autorisant l’ouverture des archives concernant la politique étrangère, trente ans après les faits. Un grand nombre de sources primaires devinrent ainsi accessibles à la recherche dans les archives centrales sionistes, dans celles de l’État d’Israël, de la Haganah, des Forces de défense israéliennes (FDI), du parti travailliste et dans les archives Ben Gourion. Les pays arabes n’ont aucune législation qui ressemble de près ou de loin à la loi des trente ans. Lorsqu’ils permettent l’accès à leurs documents, ce n’est que d’une manière limitée, imprévisible et arbitraire. Israël a le mérite d’autoriser aux chercheurs la consultation de ses documents internes et de rendre ainsi possible des études critiques.
7Si la mise à disposition de nouvelles et très riches sources d’information favorisa le révisionnisme historique, le changement dans le climat politique général y contribua également. Pour de nombreux Israéliens, et en particulier pour les Israéliens de gauche, la désastreuse invasion du Liban, (mal) préparée par le Likoud en 1982, constitua un moment décisif. Jusqu’alors, les dirigeants sionistes s’étaient employés à cultiver une image de pacifistes qui ne combattaient que sur la défensive. La notion d’einbreira (aucune alternative) justifiait à elle seule les entrées en guerre d’Israël et légitimait sa participation aux combats. Mais tandis qu’un débat divisait partisans et opposants à la guerre du Liban, le Premier ministre Menahem Begin fit une allocution devant l’académie du personnel des FDI sur les guerres voulues et les guerres subies. Il expliqua que la guerre du Liban comme celle du Sinaï en 1956 avaient été planifiées à des fins nationales. Cette affirmation sans précédent dans l’histoire du mouvement sioniste provoqua l’effondrement du consensus national sur la notion d’einbreira, et créa un espace politique qui permettait un réexamen critique de l’histoire du pays.
8La première vague d’études révisionnistes sur la guerre de 1948 suscita un vif intérêt et de violentes controverses sur la scène politique, ainsi que dans les milieux universitaires et les médias. Les premières réactions laissaient apparaître un certain malaise, voire une sorte de consternation, face à ce qui semblait mettre en question tout ce que les écoliers israéliens avaient appris à respecter et à révérer. Certains journalistes pensaient même que ces ouvrages constituaient une attaque orchestrée pour compromettre la réputation d’Israël, et qui ne pouvait rester impunie. D’autres se montraient plus favorables à cette tentative qui tendait à réexaminer, à la lumière de nouveaux indices, des vérités sanctifiées par le temps. Et alors même que les effets du premier choc se dissipaient, l’opinion demeurait très partagée quant aux mérites de cette nouvelle historiographie. Vétérans de la guerre de 1948 ou membres de la vieille garde sioniste, en particulier au parti travailliste, beaucoup nourrissaient des réactions d’une hostilité extrême à l’égard de ces nouvelles interprétations.
9Parmi les détracteurs des nouveaux historiens, le plus bruyant et le plus acharné était Shabtai Teveh, journaliste et biographe de David Ben Gourion, le fondateur et premier chef du gouvernement d’Israël. Son attaque, intitulée « Les nouveaux historiens », fut livrée en quatre articles successifs dans le quotidien indépendant Ha’aretz, en mai 1989. En septembre 1989, S. Teveh en publiait une version abrégée : « Accuser Israël du péché originel », dans le mensuel juifaméricain Commentary [3][3] SHABTAI TEVEH, « Changing Israel with original sin »,…. Il y décrivait la nouvelle histoire comme « un méli-mélo de distorsions, d’omissions, de lectures tendancieuses et de complètes falsifications ». Il vitupérait les nouveaux historiens, affirmant que cette nouvelle approche historique « s’appuy[ait] en partie sur des preuves défectueuses et se caractérisait par une incompétence professionnelle grave », puis accusait la nouvelle historiographie de servir des fins politiques pro-palestiniennes qui ne visaient qu’à mettre en cause la légitimité du sionisme et de l’État d’Israël.
10La droite israélienne, qu’il s’agisse ou non d’universitaires, s’est montrée plus ouverte à l’égard des découvertes des nouveaux historiens. Elle reconnaît aisément, par exemple, qu’Israël a effectivement expulsé les Palestiniens, regrettant cependant de n’en avoir pas renvoyé davantage puisqu’ils étaient à l’origine de cette guerre. Les représentants de la droite ont tendance à aborder la guerre de 1948 avec pragmatisme plutôt que d’un point de vue moral. La vieille garde travailliste, pour sa part, attache tant de prix au fait qu’Israël ait une conduite moralement juste qu’elle refuse d’envisager la duplicité cynique des Israéliens en certaines occasions, la brutalité des expulsions ou des expropriations que subirent les Palestiniens. Le fait qu’Israël soit une victime innocente est un des axiomes de leur récit, et ils redoutent les conséquences politiques d’une réécriture de l’histoire, d’où la virulence de leurs attaques contre la nouvelle historiographie.
11Alors que le débat initial s’articulait autour des méthodes, des sources et des motivations politiques présumées des nouveaux historiens, celui qui a suivi touchait à certaines de leurs conclusions. Cinq points d’achoppement principaux peuvent être identifiés dans cette controverse entre historiens traditionnels et nouveaux historiens : la politique des Britanniques à la fin de leur mandat en Palestine; le rapport de force militaire entre Israéliens et Arabes en 1948; les causes de l’exode palestinien; les objectifs militaires des Arabes; et la persistance de l’impasse politique à l’issue de chacun des conflits armés.
12La version sioniste traditionnelle affirme qu’au crépuscule de leur mandat en Palestine les Britanniques cherchèrent à empêcher la création d’un État d’Israël; que les Juifs étaient nettement moins nombreux et moins bien armés que leurs rivaux; que les Palestiniens partirent de leur propre chef et dans l’espoir d’un retour triomphal; qu’il existait une collusion entre les États arabes dont le but était de détruire le nouvel État juif à peine proclamé; et que seule l’intransigeance des Arabes a rendu impossibles les négociations après la guerre.
13La version révisionniste, pour faire court, explique que ce n’est pas la création d’un État juif mais d’un État palestinien que les Britanniques cherchèrent à empêcher; que les Juifs surpassaient en nombre les forces arabes réunies, régulières ou non, qui opéraient en Palestine, et qu’après la première trêve ils étaient, qui plus est, mieux armés qu’eux; que les Palestiniens, dans leur grande majorité, n’avaient pas choisi de partir mais avaient été expulsés; que les pays arabes n’avaient pas d’objectif de guerre précis, car il existait des dissensions entre leurs dirigeants, et que les efforts pour aboutir à un règlement politique du conflit se heurtèrent davantage à l’inflexibilité des Israéliens qu’à celle des Arabes.
14C’est le dernier point du débat qui est le plus sensible puisqu’il porte sur la responsabilité de l’échec du processus de paix. Les preuves à l’appui de cette interprétation proviennent principalement des dossiers du ministère des Affaires étrangères israélien. Elles mettent en évidence un désir de paix de la part des Arabes et leur volonté de négocier avec Israël dès septembre 1948. La question des frontières et celle des droits des réfugiés palestiniens étaient prioritaires. Chacun des chefs d’États arabes voisins se montrait prêt à négocier directement avec Israël dans l’espoir d’obtenir quelque avantage, territorial ou politique, en échange de la paix.
15Que ce soit avec l’Égypte, la Transjordanie ou la Syrie, bien que pour des raisons légèrement différentes, David Ben Gourion considéra que le prix à payer pour la paix était trop élevé. Il était prêt à la conciliation en s’en tenant au statu quo et se refusait à toutes concessions, sauf infimes, concernant les réfugiés et le tracé des frontières. Il pensait, comme le révèle son journal intime, que les armistices avec les États arabes voisins satisfaisaient pleinement les besoins d’Israël en matière de reconnaissance, de sécurité et de stabilité. Mais, pour obtenir des accords de paix officiels, il lui fallait céder d’importantes portions de territoire et accepter le retour d’un nombre considérable de réfugiés palestiniens; que Ben Gourion ait ou non fait le bon choix relève du jugement de chacun. Ce qui est indéniable, c’est qu’il avait le choix.
16L’opinion publique israélienne s’est intéressée à la guerre des historiens israéliens. Ce n’est donc pas une simple poignée de chercheurs mais toute une nation qui fait aujourd’hui face à son passé. Un tel degré d’implication de la population, dans une polémique dont les principaux protagonistes sont des professeurs d’université, est rare dans la plupart des pays, mais n’est pas pour surprendre s’agissant d’Israël. Car ce débat sur la guerre d’Indépendance renvoie aux Israéliens l’image même de l’identité de leur pays.
17Durant les années qui suivirent la publication des premiers livres révisionnistes, la guerre des historiens se focalisa sur la naissance d’Israël ainsi que sur les origines du conflit israélo-arabe. Elle s’étendit par la suite à d’autres fronts. L’ouvrage que Benny Morris publia en 1993 était le prolongement naturel de ses travaux 1 antérieurs [4][4] BENNY MORRIS, Israel’s border wars, 1949-1956 : Arab…, qui remettaient en question l’orthodoxie sioniste sur les causes de l’exode palestinien [5][5] B. MORRIS, The birth of the Palestinian…, op. cit.,…. Israel’s border wars traitait de la période fondatrice qui s’acheva par la guerre de Suez; B. Morris y contestait la thèse selon laquelle l’entière responsabilité de l’escalade qui aboutit au conflit incombait aux Arabes [6][6] B. MORRIS, Israel’s border wars, 1949-1956…, op…..
18À la fin de l’année 1999, la guerre des historiens prit un nouveau tour, marqué par deux publications couvrant une vaste période [7][7] BENNY MORRIS, Righteous victims : a history of the… : Righteous victims retrace l’histoire turbulente du conflit depuis ses origines, à la fin du XIXe siècle, jusqu’à la fin du XXe, tandis que The Iron wall analyse la politique d’Israël vis-à-vis du monde arabe au cours des cinquante premières années de l’histoire du pays. Son titre renvoie à une stratégie qui fut d’abord énoncée par Ze’ev Jabotinsky, fondateur du sionisme révisionniste.
19En 1923, Z. Jabotinsky publiait un article intitulé « Sur le mur d’acier » [8][8] ZE’EV JABOTINSKY, Writings : on the road to statehood,…. Il expliquait quelle naïveté il y avait à croire que les nationalistes arabes accepteraient un État juif en Palestine. Toute négociation initiale avec les Arabes était vaine. Le seul moyen de réaliser le projet sioniste était de dresser un mur d’acier à l’aide des forces militaires juives. En d’autres termes, le projet sioniste ne pouvait être mené à bien que de façon unilatérale et en faisant usage de la force. La stratégie de Jabotinsky était de traiter avec les Arabes seulement après s’être assuré une supériorité militaire complètement dissuasive. Mais son article faisait l’hypothèse d’un changement dans l’attitude des Arabes envers l’État juif. Il envisageait deux phases. La première devait, selon lui, forcer les Arabes à abandonner tout espoir de détruire l’État juif. Les Arabes finiraient par devenir plus modérés ou plus réalistes et l’on aboutirait alors à la phase deux, c’est-à-dire aux négociations avec les Palestiniens arabes à propos de leur statut et de leurs droits nationaux en Palestine.
20L’article de Jabotinsky déclencha un débat houleux au sein du mouvement sioniste. Des porte-parole du courant majoritaire l’accusèrent de militarisme et de trahison envers les valeurs du mouvement sioniste. Jabotinsky afficha son mépris pour ses détracteurs de gauche qu’il appelait les « végétariens ». Il les traita d’hypocrites et considérait comme son devoir sacré (mitzvah) de les dénoncer comme tels. Il s’en prit à ses opposants dans un article intitulé « La moralité du mur d’acier » [9][9] ID., « The morality of the Iron wall », in ibid., …. D’un point de vue moral, il y avait selon lui deux possibilités : le sionisme était soit une bonne, soit une mauvaise chose. Dans le dernier cas, il fallait l’abandonner; dans le premier, si c’était une cause juste, alors il fallait qu’elle triomphe, en dépit de la volonté des autres parties en présence.
21L’analyse de Jabotinsky était sûrement correcte : il s’agissait d’un conflit entre deux mouvements nationaux, qui ne pourrait être résolu par la négociation ou le compromis tant que les Arabes pensaient qu’ils avaient une chance de gagner. Un accord librement consenti était impensable. La stratégie de Jabotinsky fut reprise de manière inavouée par ses détracteurs du parti travailliste, dirigé par David Ben Gourion. Elle devint la pierre de touche de la stratégie sioniste dans le conflit. Et, plus important encore, cette stratégie a fonctionné. L’histoire de l’État d’Israël tout entière est une justification de la stratégie du mur d’acier.
22Les Arabes – les Égyptiens d’abord, les Palestiniens ensuite, les Jordaniens enfin – reconnurent l’invincibilité d’Israël et furent contraints de négocier avec lui alors qu’ils étaient dans une position de faiblesse évidente. Ils apprirent de manière douloureuse qu’Israël ne pouvait être vaincu sur un champ de bataille. Le vrai danger pour Israël était de s’éprendre éperdument du mur d’acier et de refuser de passer à la phase deux, celle des négociations et des compromis, c’est-à-dire le partage de la Palestine avec les Palestiniens. Paradoxalement, ce sont les politiciens de droite, plus que ceux de gauche (les héritiers de Jabotinsky), qui semblent les plus enclins à adopter la première phase de la stratégie du mur d’acier comme mode de vie permanent.
23Yitzhak Shamir, qui succéda à Menahem Begin en tant que leader du Likoud et Premier ministre en 1983, voyait le mur d’acier comme un rempart contre le changement et comme un moyen de maintenir les Palestiniens dans une situation de soumission permanente à Israël. Pour lui les négociations ne présentaient aucun intérêt. Son but était de préserver l’intégrité de la terre de ses ancêtres, de laisser le territoire d’Israël dans son entier, y compris la Judée et Samarie (la Cisjordanie) aux mains des Juifs. Ce fut le leader du parti travailliste, Yitzhak Rabin, qui sauta le pas et opéra la transition vers la phase deux en négociant les accords d’Oslo avec l’OLP en 1993. L’élection de Benyamin Netanyahou en 1996 provoqua un retour à la phase I du mur d’acier. Netanyahou n’acceptait pas les accords d’Oslo. Il s’évertua pendant trois ans à stopper, retarder et miner le processus entamé à Oslo pour finir par découvrir qu’il était irréversible. L’élection de mai 1999 constitua un tournant majeur dans l’histoire des relations d’Israël avec ses voisins. Les Israéliens sanctionnèrent lourdement Netanyahou et donnèrent clairement à Ehoud Barak pour mission de continuer le processus d’Oslo et de chercher une issue vers une paix globale au Moyen-Orient.
24L’alternance politique en Israël contribua à créer un climat dans lequel la nouvelle histoire pouvait encore progresser. Cette évolution vers des attitudes plus modérées sur la scène politique s’accompagnait d’une meilleure prise de conscience quant à la complexité des racines historiques du conflit et d’une compassion accrue pour les souffrances du peuple palestinien. Ces deux phénomènes parallèles se renforçaient mutuellement. Ils étaient le fruit d’une maturité et d’une confiance en soi plus grandes de la population israélienne et de ses dirigeants. 1 L’idée selon laquelle les Israéliens sont toujours dans leur bon droit et que les Palestiniens sont responsables de leur propre malheur commençait à faire place à une meilleure compréhension du rôle qu’avait joué Israël dans le conflit et à de plus grands efforts pour en refermer les plaies toujours ouvertes.
25L’ouvrage de B. Morris et le mien parurent pendant cette période relativement porteuse d’espoir dans l’évolution du processus de paix. Ces deux livres furent d’abord publiés aux États-Unis où ils retinrent l’attention des médias, suscitant de nombreux articles. Les opinions étaient partagées mais la majorité des critiques affichaient leur bienveillance, voire leur soutien, ce qui témoignait d’un changement général en Amérique en faveur d’une attitude plus critique à l’égard de la politique d’Israël. Ce que l’on considérait dix ans plus tôt comme un révisionnisme dangereux était presque devenu une approche sinon conventionnelle, du moins admise [10][10] ETHAN BRONNER, « Israel : the revised edition », The….
26Même ceux qui prenaient la défense du sionisme considéraient comme close l’affaire des nouveaux historiens contre l’État d’Israël, constatant que les critiques n’étaient pas aussi dures qu’ils le craignaient [11][11] HILLEL HALKIN, « Was Zionist unjust ? », Commentary,…. Les conservateurs n’en continuaient pas moins de penser que la nouvelle histoire était animée d’une volonté inavouée de saper les bases de la légitimité du sionisme et de l’État d’Israël. Contre les faits, l’enjeu est, à leurs yeux, de préserver les mythes fondateurs et, pour les nouvelles générations, de sauvegarder la version héroïque de la création d’Israël afin de ne pas miner les valeurs patriotiques et la confiance en la justesse de la cause sioniste.
27La rupture du processus de paix, le déclenchement de l’Intifada « al-Aqsa » et l’arrivée au pouvoir d’Ariel Sharon à la tête d’un gouvernement dominé par le Likoud en février 2001 ont poussé l’opinion publique à se détourner de la nouvelle histoire au profit de l’histoire traditionnelle. Le retour au pouvoir du Likoud entraîna une régression vers des positions fondamentalistes à l’égard des Palestiniens et la réaffirmation d’une perspective étroitement nationaliste de l’histoire d’Israël.
28Dans un article de janvier 2001, la ministre de l’Éducation du gouvernement d’Ariel Sharon déclarait : « Il est temps qu’Israël reconstruise le “mur d’acier” qui, une fois encore, convaincra les Arabes que ni les menaces militaires ni le terrorisme n’affaibliront la détermination d’Israël à pratiquer les droits et la liberté du peuple juif [12][12] LIMOR LIVNAT, « Back to the Iron wall », Jerusalem…. » Pourtant, pour Ze’ev Jabotinsky, le « mur d’acier » n’était pas une fin en soi, mais un moyen pour atteindre une solution satisfaisante au conflit entre le sionisme et le nationalisme palestinien. Or, l’un des obstacles à une réconciliation avec les Palestiniens dans le cadre d’une paix armée est précisément cette théorie, qui fait la part (trop) belle à la force militaire aux dépens de l’exigence négociatrice, s’il faut en effet qu’elle soit partagée par la partie adverse pour qu’elle aboutisse. En ce sens, les nouveaux historiens israéliens prétendent contribuer à cette solution.
29Traduit par Émilie Souyri
Notes
[1] Al-Waqa’ic al-Ghariba fi Ikhtifa’ Sa’id Abi al-Nahs al-Mutasha’il (La vie secrète de Saeed, l’infortuné pessoptimiste), Beyrouth, Dar Ibn Khaldun, 1974, pp. 35-37.
[2] Il s’agit de SIMHA FLAPAN, The birth of Israel : myths & realities, New York, Pantheon, 1987; BENNY MORRIS, The birth of the Palestinian refugee problem, 1947-1949, Cambridge, Cambridge University Press, 1988; ILAN PAPPE, Britain and the Arab-Israeli conflict, 1948-1951, Londres, McMillan/St. Anthony’s, 1988, et AVI SHLAIM, Collusion across the Jordan : king Abdullah, the Zionist movement and the partition of Palestine, Oxford, Oxford University Press, 1988.1
[3] SHABTAI TEVEH, « Changing Israel with original sin », Commentary, novembre 1999.
[4] BENNY MORRIS, Israel’s border wars, 1949-1956 : Arab infiltration, Israeli retaliation and the countdown to the Suez war, Oxford, Clarendon Press/Oxford University Press, 1993.
[5] B. MORRIS, The birth of the Palestinian…, op. cit., et ID., 1948 and after : Israel and the Palestinians, Oxford, Clarendon Press/Oxford University Press, 1990.
[6] B. MORRIS, Israel’s border wars, 1949-1956…, op. cit.
[7] BENNY MORRIS, Righteous victims : a history of the Zionist-Arab conflict, 1881-1999, New York, Knopf, 1999, et AVI SHLAIM, The Iron wall : Israel and the Arab world, New York, W. W. Norton, 2000.
[8] ZE’EV JABOTINSKY, Writings : on the road to statehood, Jérusalem, Avi Jabotinsky, 1959, pp. 251-260 (en hébreu).
[9] ID., « The morality of the Iron wall », in ibid., pp. 260-266.
[10] ETHAN BRONNER, « Israel : the revised edition », The New York Times book review, 14 novembre 1999.
[11] HILLEL HALKIN, « Was Zionist unjust ? », Commentary, novembre 1999; ANITA SHAPIRA, « The Past is not another country », The New Republic, 29 novembre 1999.
[12] LIMOR LIVNAT, « Back to the Iron wall », Jerusalem Post, 26 janvier 2001.
Résumé
Français

L’article retrace l’émergence à la fin des années 1980 d’une nouvelle école historiographique israélienne critiquant les universitaires de l’école traditionaliste. Il pointe cinq axes principaux de discussion dans le débat entre « nouveaux » et « anciens » historiens à propos du conflit de 1948. En un second temps, sont examinés deux livres récents sur le sujet, l’un par Benny Morris, l’autre de la plume de l’auteur, ainsi que les réponses critiques qui leur furent adressés. Enfin, l’auteur tente d’apprécier l’impact de cette nouvelle histoire sur les politiques, l’opinion publique et l’enseignement de l’histoire dans les écoles israéliennes.

English

The war between Israelian historians This essay deals with the emergence of the new school of revisionist Israeli historiography in the late 1980s and with the critique of the traditionalist school. It identifies five main bones of contention in the debate between the new and the “old” historians about 1948. The second part deals with two more recent books on the conflict, one by Benny Morris, one by the author, and with some critical responses to these books. The third part assesses the impact of the new history on politics, public opinion, and the teaching of history in Israeli schools.

Pour citer cet article
Shlaim Avi, « La guerre des historiens israéliens. », Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2004 (59e année) , p. 161-169
URL : http://www.cairn.info/revue-annales-2004-1-page-161.htm.

5 commentaires pour Déclaration Balfour: Un message à toutes les terres où la race juive a été dispersée (Morris on Shlaim’s latest extended exercise in anti-Zionism)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    « Et que nos prétendument progressistes anti-mondialistes (d’ailleurs rejoints sur ce point par l’extrême-droite opposée à la globalisation libérale) »

    C’est ce que je trouve frappant aujourd’hui : les identités de vues entre la gauche et l' »extrême droite » sur le révisionnisme, les théories du complot (11 septembre, guerre en Irak…), l’antiaméricanisme et le sentiment anti-israéliens, le rejet de la mondialisation ultralibérale et du capitalisme etc.

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  2. jcdurbant dit :

    Oui, c’est fou comme les inimitiés communes (les boucs émissaires, dirait Girard) ont l’art de rapprocher les anciens ennemis …

    Mais mon ami Lucien dit ça bien mieux que moi:

    Les nouveaux totalitaires de l’alterislamisme

    Cette nouvelle réaction masque bien son jeu : tandis que d’aucuns s’inquiètent à juste titre (comme à Riposte Laïque) de voir surgir une extrême droite religieuse se réclamant à corps et à cris de l’islam, ce qui leur permet d’expliquer avec quelques fondements le vote refuge allant vers certains partis nationalistes -alors que ceux-ci sont plutôt pro-musulmans et arabistes sur le plan international (ainsi le FN a soutenu le parti Baas irakien jusqu’au bout et défend les positions les plus radicales palestiniennes), les soit disant « antifascistes », eux, voient plutôt cette inquiétude comme la montée en puissance d’un nouveau nazisme dont les musulmans seraient l’enjeu.

    Cette vision, totalement contraire aux faits, se justifierait précisément dans le refus d’acquiescer à toutes les demandes de l’extrême droite religieuse islamique. Ainsi le voile voire la burka ne seront pas lus comme symboles d’une remise en cause des valeurs d’égalité et de liberté républicaines, tandis que leur refus sera uniquement perçu comme preuve d’une montée de l’intolérance du racisme etc.

    On n’ira pas non plus voir comment les centres musulmans dits cultu(r)els fonctionnent et si les femmes y ont le droit de diriger ne serait-ce que des cours de danse. Aucune enquête en la matière. Un journal comme Libération qui se vantait de faire du journalisme d’investigation à l’anglosaxonne préfère plutôt taxer de « honte » la réticence suisse envers les minarets (et non envers les mosquées). C’est que l’islam est analysé sous le seul prisme du religieux appréhendé seulement sous son acception judéo-chrétienne voire sous celle d’une sagesse : en gros l’islam aurait remplacé le bouddhisme pour celles et ceux qui ne connaissent de l’islam que le thé à la menthe à la mosquée de Paris, le couscous chez le « copain maghrébin » les vacances au Maroc et la nounou sympa qui fait aussi le ménage, bref, l’islam est appréhendé comme fait uniquement culturel et exotique ou le vieil orientalisme qui faisait aimer la Turquie par Théophile Gauthier lorsqu’il en parlait au club des Hachichins Ce qui fait que la dimension politique de l’islam sera évacuée et que toute critique à son égard sera taxée de racisme, y compris lorsque l’islam recèle les mêmes propositions de vie que dans le christianisme et le judaïsme alors que celles-ci seront vivement critiquées par les mêmes qui devant l’islam font par contre silence, ce silence de cristal qui fascina certains écrivains dans les années 30 lorsqu’ils virent s’ériger le nazisme et le fascisme.

    Aujourd’hui les défenseurs purs et durs de l’islam défendent celui-ci parce qu’il représenterait une « résistance » face à l’américanisation du monde, ce qui est largement partagé y compris à l’extrême droite, mais celle-ci ne peut guère le dire ouvertement, aussi profite-t-elle de l’inquiétude pour faire croire qu’elle la comprend alors qu’elle s’en sert pour se refaire une santé, ce qui s’avère être une aubaine pour les partisans gauchistes de l’islam parce qu’ils peuvent mieux ainsi masquer leur stratégie néoléniniste de se servir de l’islam pour asséner les coups les plus durs contre la démocratie républicaine certes imparfaite mais qui semble-t-il s’avère bien plus accueillante que les régimes politiques dans lesquels l’islam et le néoléninisme dominent.

    Au niveau intellectuel, la stratégie est assez subtile : il s’agit comme au bon vieux temps du stalinisme triomphant, celui de classe contre classe et de social-démocratie=Hitler, de désigner comme extrême droite tout penseur non convaincu du caractère progressiste de l’islam. Ainsi un Daniel Lindenberg, suivant ici Vincent Geisser, va poursuivre son identification, non fondé, de l’islam à un fait purement religieux pour s’en prendre à Alain Besançon et Pierre Manent dans son dernier ouvrage (Le procès des Lumières, 2009) parce que le premier aurait souligné que les Juifs aussi furent expulsés d’Espagne mais d’abord par les musulmans (sauf que Lindenberg n’a jamais entendu parler des Almohades) tandis que le second aurait souligné le caractère chrétien de l’Europe, ce qui ferait penser à  » Maurras » alors que l’on ne voit pas en quoi le fait d’indiquer ce qui est bien établi en Histoire serait la preuve d’un glissement vers la réaction conservatrice qui par ailleurs lorgnait bien plus vers le passé paganiste que chrétien de l’Europe.

    Mais le fait est là. Par un subterfuge bien mené, la spécificité européenne qui fut le creuset des droits humains doit être effacée au profit d’une théologie politique, l’islam, s’y opposant pourtant fermement. Le fait que cette théologie ait lu aussi Aristote n’explique pas pourquoi elle n’a pas connu en son sein des schismes tels qu’ils auraient sécrétés des courants de philosophie politique autonomes prônant la distinction entre le politique et le religieux au fondement de l’État de Droit. Mais nos critiques préfèreront se taire sur ce point où à en appeler à une hypothétique réforme que l’on ne voit guère surgir dans les pays bénéficiant d’une telle avancée.

    En réalité cet engouement pour l’islam tel quel empêche une quelconque réforme en son sein, et on le voit bien, ce ne sont pas les intellectuels musulmans critiques qui sont invités mais les théoriciens masqués qui présentent l’islam comme nouveau creuset révolutionnaire à même de construire cette nouvelle société frugale que d’aucuns appellent de leurs voeux.

    On assiste ainsi à une conjonction de tous les illuminismes s’appuyant sur du religieux et la science (comme au bon vieux temps de Lyssenko qui était soutenu par tous les scientifiques progressistes de l’époque), avec l’aval de politiques avides de solutions rapides face à une crise multiforme qui se dévoile peu à peu sous nos yeux et qu’il aurait fallu depuis vingt ans déjà lui répondre en ses nouveaux défis, ceux de l’ère techno-urbaine… mais ceci est une autre histoire…

    Voir aussi:

    (…)

    tous combattent en réalité la Modernité c’est-à-dire l’égalité des sexes et la séparation des pouvoirs, y compris envers le religieux. L’islam connaît en réalité la même tournure que les nationalismes allemands, italiens, japonais, espagnols, lorsqu’ils refusèrent le tournant démocratique pour choisir l’absolutisme de l’Etat total qui s’impose jusque dans les têtes et les coeurs. C’est ce paramètre qu’il faudrait étudier. Il expliquerait pourquoi les sociétés dominées par l’arabo-islamique stagnent malgré quelques progrès économiques. Mais y réfléchir reviendrait à mettre en cause tant d’idées reçues et de contre-vérités, tant de situations acquises, qu’il vaut mieux continuer à croire qu’Obambi arrivera à transformer un loup en agneau… Nous nageons dans l’irréalité la plus totale, prélude aux heures les plus sombres…

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  3. Thot Har Megiddo dit :

    Effectivement, c’est bien résumé. Quel esprit brillant ce Lucien ! (en dehors même de toute étymologie puisque vous êtes un spécialiste)

    J’ai beaucoup de mal à définir « l’extrême droite ». Si l’on considère que la droite est l’héritière des monarchistes, l’extrême droite est donc composée par des monarchistes catholiques régionalistes corporatistes nostalgiques de l’ancien régime : « Dieu et le Roi ». (En France d’ailleurs plutôt « Le Roi et Dieu »). Il y avait un slogan au début de la révolution comme cela : « Dieu la Loi le Roi ».
    D’un autre côté, l’extrême droite, c’est également une extrême gauche nationaliste et parfois raciste, issue dans ces deux dimensions de la révolution (le nationalisme) et de la philosophie des lumières (la révolution sociale, le scientisme comme absolu : le darwinisme social et les théories raciales).

    Donc en théorie, ces deux doctrines n’ont rien en commun. Et pourtant, elles se sont retrouvées à parfois collaborer, et donc à être assimilées l’une à l’autre.

    Etait-ce un goût commun pour la théorie du complot ? La haine des mêmes ennemis : juifs, francs-maçons (bien que l’extrême droite révolutionnaire soit férue d’ésotérisme gnostique)et autres « cosmopolites », haine des « puissances de l’argent » qui aujourd’hui encore rapproche catholiques sociaux et gauches révolutionnaires, et de façon intellectuelle les « nationaux bolcheviques » ?

    Je n’en sais rien. Toujours est-il que je trouve le terme « extrême droite » trop vague et difficile à utiliser. Il y a une parenté entre la gauche et l’extrême gauche, comme le montre la Bibliographie que devait lire les militants socialistes sous Lionel Jospin (Marx, Engels, Jaurès, Blum…), alors qu’il n’y a pas de lien entre « la droite » d’un côté, inspirée par la démocratie chrétienne sociale et néo libérale, et une partie de « l’extrême droite » qui historiquement combattit la démocratie chrétienne.

    Il faudrait que je lise Maurras, dont j’ai parcouru quelques idées dans d’autres livres, mais j’ai trop d’autres choses à lire. Je risque de mourir idiot de ce côté-là. Ou alors, dans une édition du Reader’s Digest.

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  4. jcdurbant dit :

    Oui, il est très bon (docteur en socio, etc. – vous devriez aller sur son site).

    Quant à moi, je suis pas du tout spécialiste mais simple amateur comme vous qui met en ligne ce qu’il trouve.

    Mais pour l’extrême-droite, faudrait voir Camus que j’ai justement mis en ligne (merci pour l’idée) dans mon dernier billet

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  5. […] soit défendable en effet à tous les niveaux, tel est le principal motif qui anime mon action. Lord Balfour (Discours à la Chambre des Lords, […]

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