Téléthon/polémique: Dans notre monde idéal, les associations caritatives ne devraient pas exister (No charity, please, we’re French)

Tax_deadweightIl y aura toujours des pauvres dans le pays. C’est pourquoi je te donne ce commandement: tu ouvriras ta main à ton frère, à celui qui vit dans la misère et dans la pauvreté dans ton pays. Deutéronome 15:11
A quoi bon perdre ce parfum? On aurait pu le vendre plus de trois cents deniers, et les donner aux pauvres. Et ils s’irritaient contre cette femme. Mais Jésus dit: Laissez-la. Pourquoi lui faites-vous de la peine? Elle a fait une bonne action à mon égard; car vous avez toujours les pauvres avec vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez, mais vous ne m’avez pas toujours. Marc 14 : 3-9
Fraternitas: le mot n’apparait qu’au IIe siècle, chez les auteurs chrétiens. C’est le Dieu Un qui nous en a fait don, en nous créant à son image. La fraternité émerge dans l’Ancien Testament, Adam puis Noé étant les pères uniques de la multitude. Elle se déploie dans le Nouveau, avec les Actes des apôtres. Ce fut une révolution. Le croyant doit aide et assistance aux malheureux, obligation de bienfaisance dévolue à l’Eglise (et ignorée par le monde antique). Régis Debray (Le Moment Fraternité, p 251)
Tout le jeu du pousse-pousse fonctionne autour de ce manque. Gérard Séverin
Si l’impôt se substituait au téléthon, le coût de la collecte d’argent serait vingt fois moins cher. Jean-François Couvrat
Dans notre « monde idéal », les associations caritatives ne devraient pas exister, les impôts que paient tous les citoyens devraient suffire à répondre à leurs besoins, et les pouvoirs publics devraient suffisamment entendre ces besoins pour en faire des priorités d’action. Pierre Bergé

Comme d’habitude, l’intérêt des scandales ou des polémiques n’est-il pas ce qu’ils révèlent sur ce qui passait jusque là pour la normalité?

Alors qu’avec sa tribune dans le Monde, le maitre d’œuvre du Sidaction et accessoirement financier d’une bonne partie de notre gauche nationale Pierre Bergé a considérablement remis les formes à sa virulente diatribe de la semaine dernière contre le Téléthon …

Et, sans compter la nécessaire vulgarité liée à son origine américaine et au-delà de la question de la gestion, il est vrai non exempte de reproches comme l’a rappelé récemment la Cour des comptes, de ladite association …

Retour sur une autre de ces exceptions bien françaises, à savoir la tradition nationale de soupçon systématique jeté sur toute entreprise non-étatique et notamment sur la charité privée.

Et qui, après la suppression de toute libéralité dans la restauration (sous le terme certes très daté de pourboire, établissements de luxe exceptés – les Etats-Unis ayant apparemment fait le chemin inverse, le service compris n’étant plus conservé que dans la restauration rapide) …

Le refus pendant longtemps des déductions fiscales pour les œuvres de bienfaisance …

Et la résistance à toute rémunération au mérite dans la fonction publique …

Semble avoir comme idéal, contre le pragmatisme des pays protestants (ie. le réalisme biblique du « Il y aura toujours des pauvres » mais aussi la place évangélique au geste gratuit), …

L’ultime suppression de toute initiative privée et volontaire au profit, via la prise en charge totale par l’Etat-providence, de la seule obligation fiscale (à la collecte d’ailleurs deux fois plus coûteuse que dans les pays à prélèvement à la source) …

Sans voir apparemment, derrière la suppression de toute flexibilité qui en découlerait, l’aggravation inévitable tant de la situation d’une recherche notoirement famélique que d’un emploi largement réservé aux happy few ou d’une justice sociale où est sérieusement mise à mal l’égalité devant l’impôt …

Line Renaud et Bertrand Audoin, président, vice-présidente et directeur général de Sidaction
Les moyens du Téléthon ne sont-ils pas disproportionnés?
Le Monde
24.11.09

L’Association française contre les myopathies (AFM), grâce au Téléthon, a pu créer de grands pôles de recherche, comme le Génopole ou le Généthon ; des PME travaillent à ses côtés dans les biotechnologies ; certaines de ses recherches bénéficient à d’autres pathologies, comme c’est aussi souvent l’inverse ; l’argent du Téléthon n’est pas détourné.

Tout cela, Sidaction l’a toujours affirmé, et n’a jamais dit le contraire. Mais ce constat – qu’une association fasse simplement son travail – doit-il pour autant interdire tout questionnement, toute divergence de vue, toute interrogation ? Nous ne le croyons pas.

Le Téléthon récolte, bon an mal an, 100 millions d’euros environ. Sans même comparer avec les 7 millions d’euros que récolte Sidaction chaque année, ou aux résultats des collectes dédiées aux autres causes, dont le Téléthon est le champion financier toutes catégories, nous est-il permis de comparer avec le budget annuel de l’Agence nationale – et publique – de recherche sur le sida et les hépatites : 40 millions d’euros environ ? Deux fois et demie moins.

Et quel budget public pour les recherches sur les myopathies et les maladies rares ? Quelle place, alors, quel poids pour les pouvoirs publics face à l’AFM dans les grands choix d’orientation de la recherche ?

AUCUNE CAUSE N’EST MEILLEURE QU’UNE AUTRE

Dans notre « monde idéal », les associations caritatives ne devraient pas exister, les impôts que paient tous les citoyens devraient suffire à répondre à leurs besoins, et les pouvoirs publics devraient suffisamment entendre ces besoins pour en faire des priorités d’action.

Mais dans notre monde réel, les citoyens doivent se mobiliser pour obtenir ce qu’ils veulent, et les associations caritatives comme Sidaction ou l’AFM doivent être les instruments de cette mobilisation. Une mobilisation qui doit se faire dans la mesure, et dans la complémentarité avec les pouvoirs publics; négocier et travailler avec les pouvoirs publics, oui, les remplacer, non.

De ce point de vue, nous est-il interdit de nous demander si les moyens dont dispose le Téléthon ne sont pas disproportionnés ? Dans la lutte contre les maladies, aucune cause n’est, per se, meilleure qu’une autre, car il n’y a pas d’échelle du malheur.

Cancers, myopathies, sida, maladies rares, nouveaux virus, d’autres encore, tous devraient pouvoir travailler ensemble et à armes égales dans un objectif commun : le mieux-être de l’humanité, la lutte contre des injustices sociales, pour des droits, contre des discriminations liées à la maladie, mais aussi à des choix de vie, comme en subissent trop souvent des malades, et beaucoup de séropositifs.

Quand nous devons défendre des idées ensemble, quand nous pensons que nous serions plus forts à négocier côte à côte, nous est-il interdit d’appeler de nos vœux, à nos côtés, une présence constructive, égalitaire, et positive, de l’association avec laquelle les Français montrent la plus grande générosité ?

EXHIBITION POPULISTE ET INDÉCENTE

La lutte contre les myopathies a été construite en grande partie par les malades, leurs familles et leurs proches. La lutte contre le sida aussi. A Sidaction, comme très sûrement à l’AFM, les malades et leur entourage ne sont jamais oubliés dans les prises de décision.

Nous est-il cependant interdit de constater que l’AFM et nous avons fait des choix différents, voire diamétralement opposés, dans l’image que nos deux associations donnent des malades et de la maladie ?

De constater que Sidaction a fait le choix de montrer, simplement, que les malades du sida sont avant tout des citoyens comme les autres, que les mettre à part n’a pas de sens, mais que nous n’avons pas vu le Téléthon nous montrer l’exemple d’un malade atteint de myopathie à inclusion des membres inférieurs, par ailleurs intégré dans la société, comme l’est par exemple l’un des signataires de cet article (Pierre Bergé) ?

Nous est-il interdit de penser que parler des myopathies et des maladies rares en ne mettant au premier rang que des enfants malades, et malheureusement très souvent gravement malades, peut être indécent ?

L’AFM pense sûrement que le respect de la dignité des malades et leur intégration dans la société passent par l’exposition médiatique de cas parmi les plus graves, ou les plus touchants – et graves et touchants, ils le sont.

Nous, nous trouvons cette exhibition populiste et, répétons-le, indécente. Nous pensons que ce combat passe par l’exposition d’exemples d’intégration réussis, par une lutte quotidienne et sur le terrain, mais, hélas, rarement par la télévision. Sur ce point, c’est certain, nous ne sommes pas d’accord.

MALGRÉ LA CRISE, LA SOLIDARITÉ N’A PAS FAIBLI

Alors, avons-nous voulu, à un moment quelconque, la mort du Téléthon, la disparition de la générosité des Français pour la lutte contre les myopathies et les maladies rares ? Certainement pas. Nous serions d’ailleurs mal placés pour cela.

Nous est-il interdit, en revanche, de nous demander simplement pourquoi le Téléthon est un si grand succès, alors que Plus de vie, ELA, les Pièces jaunes, les Restos du cœur et Sidaction, qui se succèdent dans les médias pour faire appel à la même générosité, ne collectent jamais le quart de ce même Téléthon ?

Ne pouvons-nous pas nous étonner que la lutte contre le cancer, seule, ne bénéficie pas du même soutien médiatique ?

Les Français sont généreux. Nous sommes plus de six millions à donner chaque année aux associations caritatives, et souvent à plusieurs. Malgré la crise, la solidarité avec les plus pauvres et les plus meurtris par la vie n’a pas faibli.

Mais ne pourrions-nous pas enfin tenter de nous organiser tous ensemble pour que nos appels à la générosité soient mieux coordonnés et cette générosité mieux répartie ?

Pour mettre plus souvent en place des programmes communs de recherche ou d’aide aux malades ?

Pour être, enfin, plus transparents et mieux organisés ?

C’est ce que nous appelons de nos vœux. De tout cœur, nous espérons être entendus.
Pierre Bergé, Line Renaud et Bertrand Audoin sont président, vice-présidente et directeur général de Sidaction.

Voir aussi:

Collecter par téléthon est 20 fois plus cher que par l’impôt
Jean-François Couvrat
Déchiffrages
24 novembre 2009

Merci à Pierre Bergé. Sans lui, la télévision publique aurait diffusé le téléthon 2009 comme chaque année depuis 1987. Sans se demander si l’indispensable lutte contre la myopathie bénéficie du meilleur financement. Or on en est loin.

Si l’impôt se substituait au téléthon, le coût de la collecte d’argent serait vingt fois moins cher. On prélèverait d’ailleurs moins, puisque le téléthon draine chaque année bien plus qu’il n’en faut. C’est ainsi que sa créatrice, l’Association française contre les myopathies (AFM), accumule des réserves financière qui la transfigurent. Elle est de moins en moins un collecteur de la générosité publique et de plus en plus un fonds de placement.

L’AFM se plait à souligner son ratio d’excellence – apparemment. Pour 100 euros collectés, elle n’en dépense pas plus de 20 en frais de collecte et en frais de fonctionnement. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait exact. Beaucoup de frais de rapport-afm-parce-que-navons-rien-a-cacher.1259032254.jpgcommunication, qui contribuent directement à favoriser la collecte, sont comptabilisés en frais de missions sociales, soulignait la Cour des Comptes dans le rapport qu’elle consacra en 2004 à l’Association française contre les myopathies.

En outre, tous les frais du Téléthon ne sont pas comptabilisés. L’AFM ne finance qu’un tiers des émissions de télévision. Quant aux frais des opérations régionales – la fameuse « force T » -, ils sont purement et simplement oubliées, soulignait le Cour des Comptes.

Mais admettons qu’il n’en coûte que 20 euros à l’AFM pour en collecter 100. Mieux vaudrait tout de même recourir à l’impôt. Il en coûterait vingt fois moins : 97 centimes cout-de-la-collecte-en-des-recettes-fiscales.1259032602.pngtrès exactement selon les données de l’OCDE pour l’année 2007. Notons au passage que l’administration fiscale française, si souvent décriée, coûte moins cher qu’on ne le croit. Elle est d’un coût moyen, au sens propre : quatorzième sur vingt-neuf au classement mondial.

Revenons à l’AFM. Collectant grâce au Téléthon bien plus qu’elle ne peut en dépenser, elle accumule des réserves devenues gigantesques. Début 2008, selon le rapport annuel de l’association, les ressources non utilisées des exercices antérieurs atteignaient déjà 97,767 millions d’euros. Cette masse, accrue du résultat de l’exercice 2008, dépassait 101 millions d’euros début 2009. C’est à peu de choses près ce qu’a rapporté le dernier téléthon (1).

Bref, l’AFM est aujourd’hui en mesure de supporter un téléthon sans aucun dopierre-berge.1259032927.jpgnateur. Cela n’affecterait pas ses activités.

Jusqu’où cette réserve financière grandira-t-elle ? Bonne question que la Cour des Comptes posait en 2004 : « La Cour constate que l’AFM n’a jamais indiqué dans les documents qu’elle publie quel est, selon elle, le niveau optimal de fonds associatifs et réserves qu’elle doit atteindre afin de faire face à une éventuelle baisse des ressources du Téléthon ».

Si la lutte contre les myopathies était financée par l’impôt, la question ne se poserait évidemment pas.

___

(1) 104,9 millions d’euros.

4 commentaires pour Téléthon/polémique: Dans notre monde idéal, les associations caritatives ne devraient pas exister (No charity, please, we’re French)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    « Mais admettons qu’il n’en coûte que 20 euros à l’AFM pour en collecter 100. Mieux vaudrait tout de même recourir à l’impôt. Il en coûterait vingt fois moins : 97 centimes cout-de-la-collecte-en-des-recettes-fiscales.1259032602.pngtrès exactement selon les données de l’OCDE pour l’année 2007. »

    Mais, si l’État percevait l’argent, c’est lui qui déciderait de la destination des fonds. Or, en matière de recherche l’État est totalement incompétent.

    L’AFM fait parfois des erreurs en matière de stratégie de recherche. Mais étant directement impliqués dans les maladies, ils sont plus à même de réaliser leurs erreurs.

    L’Afm et le Téléthon, ce sont des familles et des patients qui s’occupent d’améliorer leur condition, les recherches qu’ils financent profitant à tous les malades, y compris aux malades du sida.

    Le Sidaction est fait par des vedettes du showbiz, tandis que le Téléthon est fait majoritairement par quelques célébrités généralement du monde du sport, le peuple ainsi que par les malades et leurs familles. Vive le Téléthon !

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  2. jcdurbant dit :

    Effectivement, comment ne pas voir qu’avec l’Etat, on a affaire non seulement à une ponction obligatoire (que, contrairement à un don volontaire, chacun aura naturellement tendance à vouloir réduire), mais en plus en effet à l’impossibilité notoire d’en contrôler l’utilisation?

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  3. […] à comprendre pourquoi, au nom de l’intérêt supérieur des amis de Pierre Bergé, la liberté et la générosité des gens devraient nécessairement être kolkhozées […]

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  4. Hamed Moussa Alassayad dit :

    Nous sommes une Association des jeunes Action pour le bien être ( APBE), notre structure se trouve au Niger et implantée dans 3 régions du Niger (Agadez, Niamey et Nord Tahoua). Nous avons une expérience dans plusieurs domaines notamment l’éducation, la santé, la sécurité alimentaire, nous intervenons également dans les actions humanitaires.

    A travers les informations recueillis dans votre site nous poursuivons presque les mêmes objectifs, c’est pour cela que nous demandons de bien vouloir étudier notre requête pour un éventuel partenariat.

    Nous vous souhaitons une bonne et heureuse année 2010.

    Coordialement,

    Alassayad Hamed Moussa
    Coordonnateur
    APBE
    Niger
    Tél: 0022796404565

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