Chute du Mur/20e: Pour nous, tout a commencé à Prague le 17 novembre… (There is more to statesmanship than making speeches)

La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (le 25 avril 2005)
Nous avons besoin de nouveaux manuels qui rendent les jeunes fiers de leur pays. Poutine
La politique étrangère de l’Administration Obama a dirigé beaucoup d’optimisme et de bonne volonté vers les amis et les ennemis. Des perspectives si gaies sont louables tant qu’elles ne s’opposent pas à la réalité. (…) M. Poutine s’est servi des droits de l’homme et de la démocratie comme monnaies d’échange parce que ces choses importent à l’Occident et pas à lui. Jusqu’à ce que le jeu soit joué avec des enjeux de valeur pour le Kremlin, ce sera une confrontation à sens unique. (…) la politique, c’est bien plus que d’imprimer de l’argent et de faire des beaux discours. L’inflation rhétorique peut, comme l’inflation monétaire, mener au désastre. Garry Kasparov
En Russie, le régime est plus moderne, plus démocratique et plus sophistiqué que le stalinisme. Mais il faut être vigilant. L’action de Poutine doit au moins nous inviter à la prudence. Avec lui, la Russie veut restaurer sa zone d’influence, son « étranger proche », comme ils disent là-bas. Nous n’avons pas le droit de fermer les yeux et de le laisser faire. Vaclav Havel
Pendant qu’après avoir tout lâché (et d’abord ses alliés géorgiens, polonais ou tchèques) face au nostalgique de l’URSS et accessoirement l’une des probables plus grandes fortunes du monde mais aussi trahi (notamment sur le climat) ses thuriféraires européens, le Génuflexeur en chef poursuit sa tournée mondiale de dénigrement de son propre pays …
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Retour, en cette Journée internationale des étudiants commémorant l’assassinat par les nazis en 1939 de neufs étudiants de l’Université de Prague (comme l’envoi de 1200 dans les camps de concentration), sur un autre 17 novembre (suite à l’annonce, celle-ci infondée, d’un nouveau Jan Opletal tué par la police) qui, comme le rappelle Vaclav Havel, marqua 50 ans plus tard le début de la fin du communisme en Tchécoslovaquie.

Et surtout sur l’avertissement de l’ancien dissident tchèque sur le nouveau danger de la Russie de l’ex-cagébiste Poutine …

Vaclav Havel : «Le régime s’effondrait d’heure en heure»
J.-M. G.
Le Figaro
30/10/2009

De passage à Paris pour recevoir un doctorat honoris causa de Sciences-Po, Vaclav Havel, l’ancien dissident tchèque devenu président revient sur la «révolution de velours».

Le Figaro Magazine – A quand remonte la véritable mort du communisme en Tchécoslovaquie, 1968 ou 1989 ?

Vaclav Havel – Certainement 1989. Le Printemps de Prague de 1968 était quelque chose d’ambigu. C’était un réveil, un sursaut qui s’est, malheureusement, arrêté à mi-chemin. Le pouvoir n’a pas compris ce que la société voulait exprimer. 1968, c’était une tentative de changement avortée qui s’est achevée par une brutale intervention militaire.

En 1989, nous avons commencé par suivre de près l’exode des Allemands de l’Est. C’était une fuite massive, notamment via Prague. Ils campaient dans le parc de l’ambassade d’Allemagne fédérale. Je m’étais rendu sur place pour voir ça de mes yeux. J’ai compris que le cours des choses avait changé. Les Tchèques leur témoignaient leur solidarité en apportant du thé, des couvertures… Le mouvement prenait de l’ampleur, y compris chez nous.

La «révolution de velours» naît-elle naturellement de la chute du Mur ?

En premier lieu, elle est partie de profonds changements dans la société. Dans chacun des pays socialistes, il a fallu lutter pour la liberté et la conquérir. Nulle part, il n’était garanti que cela allait se passer de manière pacifique et non-violente. Mais partout, on sentait quelque chose dans l’air. On devinait que l’Union soviétique ne pouvait plus intervenir sous peine d’ouvrir une crise internationale et de rompre toute la nouvelle politique de perestroïka. Mais personne ne savait où et comment l’avalanche partirait. Chez nous, tout a commencé à Prague le 17 novembre avec une manifestation d’étudiants que la police a brutalement réprimée.

Comment vous et vos amis dissidents avez pris les rênes du pouvoir ?

La dissidence n’était pas prête. Nous n’avions pas prévu de gouverner le pays. Le mouvement des dissidents disait seulement à haute voix ce qu’il se passait vraiment dans le pays. Nous répondions ainsi à la propagande monolithique du régime qui se faisait passer pour la voix de la société. Notre objectif consistait à promouvoir et exprimer une réflexion libre.

Nous n’avons eu qu’une influence minime sur les événements eux-mêmes. Mais quand le pouvoir a cherché à dialoguer, il a fait de nous ses interlocuteurs. Il n’existait pas de mouvement politique organisé auquel il pouvait parler. Nous avons alors fondé le Forum civique dans ce but. Rien n’était calculé. Et cela d’autant moins que l’effondrement du communisme s’est produit beaucoup plus tôt que nous le pensions.

Le communisme tchécoslovaque était au bout du rouleau…

Je sais qu’en France le Printemps de Prague a eu un grand retentissement. Mais ce qui l’a suivi a été terrible pour le pays. Des centaines de milliers de cadres ont été limogés et remplacés par les plus conservateurs. L’Etat a été placé entre les mains de gens de deuxième catégorie, des incompétents. L’intervention et l’occupation soviétiques ont produit une situation pire que dans tout le reste du bloc socialiste.

En 1989, pourtant, les choses se sont déroulées sans drame. Les Tchèques ont été conséquents. Mais ils n’ont pas cru un instant au communisme réformé, à une sorte de retour du Printemps de Prague vingt ans après.

Alexander Dubcek, figure de proue du Printemps, a tout de même été ressorti de l’oubli…

Il a fallu le tirer par la manche pour qu’il apparaisse au balcon face à la foule de Prague. Il avait préparé un long discours que nous lui avions demandé d’abréger. Les gens ne l’écoutaient pas, ils ne l’écoutaient plus. Ce qu’il disait n’était pas en phase avec la société de 1989. En plus, c’était un piètre orateur. Dans les jours qui ont suivi, il s’est révélé comme une sorte de pleurnichard qui versait des larmes sur chaque compromis passé entre le pouvoir et le Forum civique.

Pourquoi le communisme tchécoslovaque se réclamait-il d’une légitimité populaire ?

C’est une circonstance historique. Il n’avait pas d’ancrage particulier chez nous. Mais il est vrai qu’après la guerre le PC avait récolté 37 % des voix. C’était dû à l’atmosphère du moment. Les Soviétiques nous avaient libérés. Le nazisme était né d’une grave crise du capitalisme. Et le lâchage de Munich avait donné le sentiment aux gens que nous avions été abandonnés par l’Occident. Si l’on avait voté six mois plus tard, le PC n’aurait jamais récolté autant de voix. C’est pour ça que les communistes ont fait le coup de Prague en 1948.

Comment avez-vous conduit l’après-communisme ?

Nos idéaux étaient restés les mêmes. Les premières réformes se résumaient aux principes de la dissidence : élections libres, pluralisme, économie de marché, Etat de droit, respect des libertés individuelles. Ensuite, notre priorité a consisté à démettre et écarter tous les responsables des exactions du communisme.

Mais au-delà de ces bases établies très vite, il a fallu administrer le pays car le régime s’est effondré à une vitesse vertigineuse. Il s’écroulait d’heure en heure. Nous n’étions pas prêts à assumer ces responsabilités. Mais faute de classe politique de remplacement, nous avons pris le relais. Je me souviens que j’ai dû implorer un grand nombre d’amis pour qu’ils acceptent des fonctions ministérielles.

Quel regard portez-vous sur Gorbatchev ?

C’est une figure tragique de l’Histoire. Il a ouvert la chaudière du communisme pour faire baisser la pression. Elle lui a sauté au visage. Mais, d’un autre côté, sans la glasnost et la perestroïka, le communisme aurait chuté plus tard et Dieu sait dans quelles conditions et dans quel état.

Avec votre ami Milos Forman, vous voulez adapter le livre de Georges-Marc Benamou, « Le Fantôme de Munich ». Cet esprit a-t-il hanté votre pays après Yalta ?

Il est difficile de comparer Munich et Yalta. Mais on a exagéré la signification des accords de Yalta. C’était une répartition de zones militaires qu’on a transformées ensuite en sphères d’influence. En Crimée, on s’est distribué les rôles pour combattre le nazisme. Pas plus. Tandis qu’à Munich, on a passé un compromis avec le Mal.

Vous multipliez les mises en garde contre la Russie de Poutine. Le «fantôme» est-il de retour ?

En Russie, le régime est plus moderne, plus démocratique et plus sophistiqué que le stalinisme. Mais il faut être vigilant. L’action de Poutine doit au moins nous inviter à la prudence. Avec lui, la Russie veut restaurer sa zone d’influence, son « étranger proche », comme ils disent là-bas. Nous n’avons pas le droit de fermer les yeux et de le laisser faire.

Voir aussi:

Russia Worries About the Price of Oil, Not a Nuclear Iran
The Obama administration’s foreign-policy goodwill has yet to be repaid in kind.
Garry Kasparov
The Wall Street Journal
October 18, 2009

Last Wednesday in Moscow, the remaining illusions the Obama administration held for cooperation with Russia on the Iranian nuclear program were thrown in Secretary of State Hillary Clinton’s face. Stronger sanctions against Iran would be « counterproductive, » said Russian Foreign Minister Sergei Lavrov, just days after President Dmitry Medvedev said sanctions were likely inevitable. This apparent inconsistency should remind us that Mr. Medvedev is little more than a well-placed spectator, and that Prime Minister Vladimir Putin, who discounted sanctions in a statement from Beijing, is still the voice that matters.

This slap comes after repeated concessions—canceling the deployment of missile defenses in Eastern Europe, muted criticism of Russia’s sham regional elections—from the White House. Washington’s conciliatory steps have given the Kremlin’s rulers confidence they have nothing to fear from Mr. Obama on anything that matters.

And nothing matters more to Mr. Putin and his oligarchs than the price of oil. Even with oil at $70 a barrel, Russia’s economy is in bad straits. Tension in the Middle East, even an outbreak of war, would push energy prices higher. A nuclear-armed Iran would, of course, be harmful to Russian national security, but prolonging the crisis is beneficial to the interests of the ruling elite: making money and staying in power.

The Obama administration’s foreign policy has directed a great deal of optimism and good will toward friends and foes. Such a cheery outlook is commendable as long as it does not clash with reality. Unfortunately, there were several clashes in the past week.

On Wednesday, a top Russian security chief, Nikolai Patrushev, said in an interview in Izvestia, one of the main Kremlin propaganda papers, that Russia was planning to reshape its policies on nuclear force to allow for pre-emptive strikes and use in regional conflicts. Since it cannot be a coincidence that this news leaked while Mrs. Clinton was still in Moscow, it can be considered a response to Mr. Obama’s talk of a world without nuclear weapons and rescinding the deployment of missile defenses.

Also last week, Lt. Gen. Vladimir Shamanov was cleared of wrongdoing for dispatching a squad of his paratroopers to interfere with the criminal investigation of a firm owned by his son-in-law. Transcripts of the general’s phone calls demonstrating his involvement were published in Novaya Gazeta newspaper, the last print outlet critical of the Kremlin. But this was not enough to cause trouble for this idol of the second Chechen war, where his forces were repeatedly accused by Human Rights Watch and other organizations of atrocities against civilians.

Then there was the spectacle of Russia’s regional elections. They were as fraudulent and superfluous as every election under Mr. Putin’s reign, with real opposition candidates barred and the ruling United Russia party receiving its predetermined majority. This time the fraud was too blatant even for Kremlin-allowed opposition party leaders Alexander Zhirinovsky and Gennady Zyuganov, who loudly protested results that have moved Russia to the verge of a one-party dictatorship. Mr. Medvedev asserted that the elections had gone perfectly well. Meanwhile, the U.S. statement expressed the usual concerns and quoted President Medvedev’s own words on the importance of free and fair elections—as if he would be shamed by them.

From the shameless expect no shame. And from a corrupt and criminal regime, expect no changes unless real consequences are put on the table. With Russia, this would mean going after Mr. Putin’s coterie of oligarchs and hitting them where it hurts: their privileges and their pocketbooks. If the European Union and the U.S. started canceling visas and prying into finances, they would find the Kremlin far more interested in sanctions against Iran. Mr. Putin has used human rights and democracy as bargaining chips because these things matter to the West and not to him. Until the game is played for stakes with value to the Kremlin, it’s a one-sided contest.

If the U.S. is serious about preventing Iran from getting a nuclear weapon, then Mr. Obama must get to the point and state the penalties unequivocally. Repeating over and over that it is « unacceptable » has become a joke. For more than 10 years a nuclear North Korea was also « unacceptable. » If Mr. Obama says the U.S. will do whatever it takes to prevent Iran from attaining a nuclear weapon, then we will see if Tehran blinks. At a minimum, the White House should publicly promise that any attack on Israel with weapons of mass destruction will be treated as an attack on American soil and urge NATO to make a similar commitment.

Like many Russians, I was encouraged by Mr. Obama’s inspirational speech in Moscow last July, but he must know there is more to statesmanship than printing money and making speeches. Inflated rhetoric, like inflated currency, can lead to disaster. The goodwill bubble Mr. Obama is creating will burst unless there are real results soon.

Mr. Kasparov, leader of The United Civil Front, is a contributing editor of The Wall Street Journal.

Voir enfin:

RUSSIE | L’histoire selon Vladimir Poutine
Marin Coudreau
Europa
08/11/07

Depuis l’élection de Vladimir Poutine, une révolution idéologique s’est opérée en Russie, réhabilitant le passé soviétique, jusque dans les manuels d’histoire des écoliers.

« He who controls the past controls the future. And he who controls the present controls the past. » Vladimir Poutine semble bien avoir fait sienne cette maxime d’Orwell. Si le passé soviétique de la Russie a toujours été source d’embarras pour le Kremlin, le président russe, lui, ne se gêne pas pour réhabiliter certains aspects de l’histoire russe synonymes d’une puissance et d’un rayonnement aujourd’hui révolus, quitte à en occulter ses facettes les plus sombres. Avec l’éclatement de l’URSS en 1991, Boris Eltsine avait entamé une « désoviétisation » de la Russie dont l’aboutissement symbolique logique aurait dû être l’enterrement de Lénine – momifié à sa mort en 1924. Cependant, la dépouille de Vladimir Ilitch Oulianov repose toujours dans son écrin du mausolée de la Place Rouge, et comme elle, le fantôme de l’URSS ne cesse de planer sur la Russie. Aujourd’hui la page de l’autocritique semble définitivement tournée. Depuis son entrée en fonction en 2000, Vladimir Poutine a entamé une révolution idéologique. Au nom d’un certain relativisme historique et d’une approche « patriotique » du passé russe, l’ex-officier du KGB réhabilite nombre de personnages et d’évènements de sinistre mémoire. «Nos pages noires n’étaient pas si terribles…» a lâché dernièrement le président russe jugeant l’histoire américaine bien plus dramatique. Pour Poutine, l’éclatement de l’URSS en 1991 est «la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle». Étrangement, les manuels scolaires avaient jusqu’alors été épargnés. Mais depuis le printemps 2004, le Kremlin s’est affairé à « éliminer les distorsions de l’histoire dues au pseudo-libéralisme ». Aujourd’hui, dans les nouveaux manuels, beaucoup de crimes sont occultés par les litanies sur les victoires glorieuses de l’URSS. Le passé est désormais relu à la lumière des ambitions de retour à la puissance et à la grandeur de la Russie. On oublie le pacte germano-soviétique (union entre Berlin et Moscou en 1939), la police politique, et on encense la « Grande Guerre patriotique » – dont le mythe est extrêmement vivace – l' »antifascisme » et la victoire contre le nazisme, la conquête de l’espace, la puissance militaire et le rayonnement international de l’URSS d’après-guerre. Staline est moins dépeint comme le dictateur terrible des heures de la Grande Terreur et du Goulag que comme l’unique artisan de la victoire de 1945. Quant à Lénine, le créateur du système, il est perçu comme un grand chef et non comme le démiurge de l’État-parti soviétique et l’idéologue de la violence et de l’intolérance. Un ancien professeur de marxisme-léninisme travaille actuellement sur de nouveaux manuels visant l' »éducation national-patriotique » des élèves… « Nous avons besoin de nouveaux manuels qui rendent les jeunes fiers de leur pays » a déclaré Poutine.

4 Responses to Chute du Mur/20e: Pour nous, tout a commencé à Prague le 17 novembre… (There is more to statesmanship than making speeches)

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