Recherche: C’est une croisade contre l’islam (French academics finally discover there’s a war on)

Big Bro is watching youPar rapport aux collègues, on hésite à se mettre en avant, à prendre des risques sur le plan de la fiabilité professionnelle ou des relations personnelles, et aussi parce qu’on est pris dans tout un réseau de complicités. Le représentant du CNRS à Kaboul ne va quand même pas signer une pétition ni écrire un article sur l’Afghanistan, même s’il sait ce qui s’y passe. Son institution lui impose un devoir de réserve. Celui qui fait de l’archéologie ou l’ethnologie qui y a fait du terrain, même s’il n’en fait plus, ne va pas compromettre le travail de son collègue qui s’y trouve ou pourrait y retourner. (…) Qu’on le veuille ou non, l’ethnologue n’est pas seulement celui qui fait de l’observation participative avec des paysans et des nomades, c’est aussi celui qui a obtenu une autorisation de Kaboul et qui par cela est impliqué dans un réseau de complicités. Pierre Centlivres (ethnologue suisse interrogé par Pierre Bourdieu in Et si on parlait de l’Afghanistan ?, ARSS, septembre 1980)
Entre le discours de l’intellectuel de service qui met sa compétence particulière au service d’une ligne, qui, connaissant le résultat, maquille les données jusqu’à ce que l’addition tombe juste (chose d’autant plus facile que la réalité considérée est plus complexe, plus ambiguë, plus rebelle aux modèles familiers) et le silence du spécialiste qui ne parle que pour ses pairs et qui trouve dans les limites imposées par les règles de la bienséance académique une raison ou une excuse pour s’abstenir, il y a place pour une analyse qui (…) tente de fournir au moins les éléments d’une vision critique. Pierre Bourdieu (s’étonnant du silence des anthropologues lors de l’invasion soviétique de 1979)
Dans les circonstances actuelles, il est recommandé de surseoir à tout voyage non essentiel en Iran. Cette recommandation s’applique aussi bien aux voyages d’affaires qu’aux voyages touristiques. Les services de sécurité sont en effet très suspicieux à l’égard des contacts avec la population, notamment avec les milieux universitaires et étudiants, qu’ils observent avec attention, et à l’égard des prises de photographies. Conseil aux voyageurs (Affaires étrangères)
Même fonctionnaire, un intellectuel, un enseignant, un chercheur, doit bénéficier de la même liberté d’expression que celle de tous les autres citoyens de la République, y compris celui de dire et d’écrire des bêtises, pour autant qu’elles ne tombent pas sous le coup de la loi. A la différence des fonctionnaires d’autorité, comme les préfets, sous-préfets, ambassadeurs, etc., qui incarnent l’Etat dans les lieux où ils sont affectés, le discours des chercheurs n’engage qu’eux-mêmes. (…)Il est cependant savoureux de constater que parmi les pétitionnaires si attachés à la liberté d’expression de Vincent Geisser emmenés par Esther Benbassa, un bon nombre avait réclamé que l’on réduise au silence – et si possible au chômage – Sylvain Gouguenheim. Luc Rosenzweig
Le fonctionnaire de défense [qui, selon le comité de soutien, est intervenu dans cette affaire] est un idéologue qui traque les musulmans et leurs «amis» comme, à une certaine époque, on traquait les juifs et les Justes. Vincent Gesser
C’est une croisade contre l’islam. Olivier Roy
Les premières manifestations de ce fonctionnaire datent de quelques années. On a essayé de se renseigner, il semble qu’il ait le grade de général, mais on ne sait pas quelles sont ses prérogatives, ni ce qu’il fait au CNRS, ni en quoi il est qualifié pour valider nos travaux. Quand on part en mission à l’étranger dans des pays sensibles, on est obligés de lui communiquer nos plans de mission: qui on va rencontrer, où on va loger. Et on doit avoir son autorisation pour partir. Françoise Lorcerie
D’ailleurs, dans l’un de ses livres, notre « chercheur » avait dressé une belle liste de musulmans alimentant, de son point de vue, « l’islamophobie » et naturellement il me réservera une place de choix dans cette énumération digne justement de l’époque antidreyfusarde. Le « chercheur » me désigna, avec beaucoup d’autres, à la vindicte intégriste. Lui, l’homme intègre, honnête, neutre, universitaire froid adoptant une méthode scientifique avançant sous la couverture d’une prestigieuse demeure comme le CNRS décida alors, que nous étions bons pour la fatwa et l’excommunication. Mohamed Sifaoui
Vincent Geisser, chercheur au CNRS, a entamé une enquête sur les enseignants issus des migrations maghrébines. En 2007, la direction administrative lui demande d’interrompre ses recherches ; on découvre à cette occasion qu’au CNRS un « fonctionnaire de sécurité et de défense » est chargé de surveiller toutes les recherches sociologiques et sociopolitiques jugées « sensibles », et notamment celles concernant l’islam. On apprend aussi que ce type d’intervention n’est pas exceptionnel et que le même fonctionnaire a écrit à d’autres chercheurs pour exprimer sa désapprobation de leurs opinions ou études. Sur le fond, la décision du CNRS ne peut que laisser perplexe : faut-il interdire une recherche de peur que ses résultats ne déplaisent au pouvoir ? Autant casser tous les thermomètres pour s’assurer que la fièvre ne monte pas. Tzvetan Todorov
S’ils peinent à étayer leurs convictions par des faits, plusieurs chercheurs, sous le couvert de l’anonymat, dénoncent un contexte de « délire sécuritaire », accentué par le sentiment « antimusulman » du fonctionnaire de défense en poste au CNRS. Il se murmure par exemple que la jeune musulmane chercheuse en microbiologie sanctionnée à Toulouse l’a été « parce que, dans le cadre de ses recherches, elle avait accès à des virus ». (…) Selon lui, l’un de ses collègues du Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences-Po) a même été consulté par le ministère de la Défense sur le « risque » que ses travaux ne cachent la constitution d’un « lobby arabo-musulman » au sein du CNRS. Le Monde

Jeune chercheuse en microbiologie ayant accès à des virus sanctionnée à Toulouse pour port du voile ostentatoire?

Travaux de recherche mis en question pour cause de « risque » de constitution d’un « lobby arabo-musulman » au sein du CNRS ?

Comme d’habitude, l’intérêt des polémiques, c’est ce qu’elles révèlent sur ce qui passait jusque là pour la normalité.

A l’heure où l’on reparle, en France et à tort et à travers, de droit de réserve

Et, où à l’occasion d’un nouveau cas de crise de jihadite subite aux Etats-Unis, l’on redécouvre la longue liste des cas précédents depuis les pirates de l’air du 11/9 …

Tandis que des mollahs condamnés à la provocation pour survivre nous ressortent, après l’Affaire Dudoignon il y a deux ans, le coup du procès de la jeune chercheuse française Clotilde Reiss comme de trois touristes américains d’origine juive …

Retour sur la polémique qui a déchiré le landerneau universitaire l’été dernier.

A savoir celle des sanctions administratives, pour propos insultants envers un haut fonctionnaire, contre le chercheur du CNRS très engagé et ouvertement islamophile Vincent Geisser.

Et qui, derrière la levée de boucliers et les pétitions habituelles de certains de ses collègues (dont nombre des mêmes, comme le rappelle malicieusement Luc Rosenzweig, qui avaient poussé un an plus tôt leur attachement à la liberté d’expression jusqu’à demander pour recherches non conformes l’exclusion de leur collègue Sylvain Gouguenheim), avait eu le mérite de rappeler ou faire découvrir au grand public l’existence, dans les domaines et pour les pays sensibles, d’une surveillance de la recherche française (qui vient d’ailleurs d’être classée 1ère par l’institut SCImago).

Et donc en gros que notre pays comme le reste de l’Occident, était, quoi qu’en disent nos savants distraits ou compagnons de route ou le tout fraichement nobélisé Apaiseur en chef à la tête du Monde libre, en guerre …

CNRS: polémique autour d’une procédure disciplinaire
Stéphanie Le Bars
Le Monde
13.06.09

La convocation de M. Geisser, spécialiste de l’islam, par un fonctionnaire de défense, met en émoi les chercheurs

C’est une petite phrase qui a tout déclenché. Dans un courrier électronique envoyé en avril, en soutien à une allocataire de recherche toulousaine menacée de licenciement pour port du voile islamique, le chercheur Vincent Geisser, spécialiste de l’islam au CNRS, laisse éclater son exaspération : « Le fonctionnaire de défense [qui, selon le comité de soutien, est intervenu dans cette affaire] est un idéologue qui traque les musulmans et leurs «amis» comme, à une certaine époque, on traquait les juifs et les Justes. »

Le « fonctionnaire de défense » en question est Joseph Illand, un ingénieur-général, chargé au CNRS de la « sauvegarde du patrimoine scientifique ». S’estimant diffamé, il porte plainte au pénal ; dans la foulée, la direction du CNRS convoque M. Geisser devant la commission de discipline le 29 juin, estimant ses propos « calomnieux et injurieux », et de surcroît contraires à l’obligation de réserve qui s’applique à tout fonctionnaire.

Sans cautionner les propos, qu’ils jugent souvent « excessifs » du mail de M. Geisser, nombre de chercheurs ont été indignés par cette convocation : 2 800 d’entre eux ont à ce jour signé une pétition lancée à l’initiative d’Esther Benbassa, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études, au nom d’un collectif pour « la sauvegarde de la liberté intellectuelle des chercheurs de la fonction publique ». Interpellée, Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur, estime, dans une lettre datée du 10 juin, qu’elle ne peut s’exprimer sur « un litige qui donne lieu à une procédure ju diciaire », mais rappelle qu’il est de sa « responsabilité de garantir la liberté de pensée et d’opinion des chercheurs ». Mme Benbassa demande la suspension de la procédure disciplinaire contre M. Geisser.

Car, sur la forme et sur le fond, cette affaire fait visiblement écho à des inquiétudes partagées par nombre de chercheurs sur le respect de leur statut d’intellectuels indépendants et, plus généralement, sur l’état de la recherche française. Comme il l’explique dans un long texte, M. Geisser replace en effet cette affaire dans un contexte plus large.

Sur la forme, les écrits pour lesquels il est convoqué relèvent, assure-t-il, d’une correspondance « privée, voire intime », qui n’était pas destinée à être rendue publique sur le blog de soutien à la jeune chercheuse (il en a été retiré). Il n’y aurait donc, selon ses défenseurs, aucune raison d’invoquer une éventuelle « obligation de réserve » ou une quelconque « diffamation ». Le CNRS conteste le caractère « priv é » des propos. Sollicitée, l’avocate de M. Illand n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Sur le fond, le chercheur, réputé pour ses recherches, mais aussi pour ses prises de position publiques parfois vives et ses chroniques sur le site d’information Oumma.com, a saisi l’occasion pour alerter ses collègues sur le « harcèlement » dont il estime être l’objet de la part du militaire depuis 2004, date à laquelle il a lancé une recherche sur « la contribution des chercheurs et universitaires maghrébins au rayonnement de la recherche française dans le monde ».

S’ensuit, selon M. Geisser, une série de convocations et « d ‘interrogatoires sur mes activités scientifiques, philosophiques et politiques », jusqu’à la demande « de destruction des éléments collectés dans le cadre de cette enquête » en 2007. « Il semblerait que l’action du fonctionnaire de défense durant ces quatre années n’avait nullement pour but de m’assister techniquement dans la procédure de légalisation de l’enquête [auprès de la CNIL] , mais tout simplement de l’enterrer sous prétexte que son auteur serait suspect «d’islamophilie» ou de relations de proximité avec les milieux musulmans. »

Citant des témoignages de ses collègues, qui l’auraient averti d’une enquête sur sa personne au motif qu’il était en train de constituer « un lobby ara bo-musulman » au sein du CNRS, il accrédite la thèse que « cette affaire traduit l’intrusion inquiétante de logiques policières et sécuritaires au sein même des milieux scientifiques et universitai res ». « Je confirme tout ce qu’écrit Vincent Geisser », nous déclare Marie-Françoise Courel, directrice sciences humaines et sociales du CNRS au moment des faits. « Et je garantis la qualité scientifique de ses travaux. »

S’ils peinent à étayer leurs convictions par des faits, plusieurs chercheurs, sous le couvert de l’anonymat, dénoncent un contexte de « délire sécuritaire », accentué par le sentiment « antimusulman » du fonctionnaire de défense en poste au CNRS. Il se murmure par exemple que la jeune musulmane chercheuse en microbiologie sanctionnée à Toulouse l’a été « parce que, dans le cadre de ses recherches, elle avait acc ès à des virus ». « Depuis quatre ans, un chercheur spécialiste de l’Afghanistan est empêché d’aller enquêter sur son terrain. Il fait quoi ? Il change de métier ? », s’interroge une chercheuse.

Seul Olivier Roy, également spécialiste de l’islam, témoigne avoir reçu il y a deux ans un courrier électronique de M. Illand lui reprochant « de mieux traiter l’islam que le christianisme ». Pour le chercheur, preuve est faite qu’il ne s’agit pas « d’un conflit personnel entre [le fonctionnaire de défense] et Vincent Geisser, mais bien d’une attaque systématique envers les chercheurs qui refusent les clichés sur l’islam ». « C’est une croisade contre l’islam », nous assure-t-il, regrettant aujourd’hui d’avoir jeté le message en question et traité cette affaire « par le mépris ».

Voir aussi:

CNRS: polémique autour d’une procédure disciplinaire
Chaque organisme de recherche dispose de son fonctionnaire de défense
Philippe Jacqué
Le Monde
13.06.09

C’EST PEUT-ÊTRE l’une des plus étonnantes découvertes des chercheurs engagés derrière le sociologue Vincent Geisser : le CNRS emploie un fonctionnaire de sécurité et de défense (FSD). « L’ensemble des organismes de recherche et des universités disposent aujourd’hui d’un tel fonctionnaire », explique Jean-Marie Durand, le haut fonctionnaire de défense et de sécurité de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. « Au CNRS, il s’agit d’une personne à plein-temps, tandis que dans des structures plus petites, il peut s’agir du secrétaire général de l’université ou d’un chargé de mission sécurité », poursuit M. Durand.

Ce dernier donne son avis sur le recrutement du fonctionnaire de sécurité du CNRS. Cependant, celui-ci dépend directement de la direction générale de l’organisme.

Sa mission est avant tout de « protection », comme l’assurait Joseph Illand, l’actuel FSD, dans un entretien publié par le Journal du CNRS en 2004. Cette protection concerne, dans le périmètre d’activité de l’organisme, les « intérêts fondamentaux pour la nation » que sont la sauvegarde du patrimoine scientifique et technique, la sécurité de l’information, la défense et la sécurité publique.

Dans ce cadre, le FSD doit prévenir le CNRS contre des menaces qui vont « de la fuite de secret-défense à l’utilisation frauduleuse de moyens informatiques, en passant par le pillage technologique », expliquait M. Illand. Il doit ainsi assurer la sécurité des échanges internationaux, en contrôlant par exemple l’accueil des ressortissants étrangers dans les laboratoires de recherche et en donnant son avis sur les coopérations internationales et les missions dans les « pays à risques ». Théoriquement, il ne doit pas s’intéresser au traitement des sujets, quelle que soit leur sensibilité. Au CNRS, après cette affaire qui touche de fait à des travaux sur l’islam, une chercheuse s’indigne : « Nous n’avons pas besoin d’un fonctionnaire de défense qui s’arroge des compétences de déontologie. »

Voir également:

L’honneur d’un ingénieur-général
Joseph Illand
Le Monde
10.07.09
Réponse aux accusations de Vincent Geisser

Vincent Geisser et son comité de soutien ont lancé une campagne médiatique visant à me présenter comme une sorte de barbouze infiltré au CNRS, en croisade contre l’islam. Jusqu’ici, je n’ai pas pu répondre à ces accusations, attendant que la commission consultative rende son délibéré. Ceci étant fait, il m’est possible de m’exprimer, à titre personnel, pour donner ma version des faits. Certaines contre-vérités lancées ces dernières semaines dans la presse portent atteinte à mon honneur professionnel, à celle de mon équipe, et, plus encore, à la vérité.

D’abord ma fonction: je conçois qu’elle soit mal connue du grand public, mais, contrairement aux fantasmes qu’elle semble susciter, il ne s’agit en rien d’un poste d’agent secret. J’ai un statut d’ingénieur général, d’un corps à statut interministériel, et, au CNRS, j’exerce depuis 2003 des fonctions de protection du «patrimoine scientifique». Je n’ai pas de pouvoir contraignant ou disciplinaire. En 2008, mon équipe et moi avons ainsi aidé à sécuriser plus de 1000 déplacements d’agents du CNRS à l’étranger. Il ne s’agit pas du tout de les contrôler, mais de conseiller et d’être réactif dans des situations qui peuvent être dramatiques… Une tâche qui nous tient à coeur et qu’il est dur de voir présenter comme une volonté d’espionner.

Ma seule autorité «décisionnelle» concerne mon habilitation à signer les dépôts de plainte pour intrusion dans les systèmes d’information. Les procédures que mon service gère se font sous forme d’avis, sans autorité pour autoriser ou interdire. Au titre de la protection du CNRS, il m’arrive aussi de signaler d’éventuelles utilisations abusives ou illégales de la marque «CNRS». Là non plus, pas de façon contraignante mais en tant que conseiller.

C’est en septembre 2005, à l’occasion d’une enquête lancée par Vincent Geisser, que j’ai fait sa connaissance. Son enquête sur les trajectoires de chercheurs issus des migrations rencontrait des oppositions. Il est vrai qu’elle posait de sérieux problèmes au regard de la loi informatique et libertés. Je suis intervenu alors, non pour le sanctionner (quelle idée?), mais pour lui éviter d’être épinglé par la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) et de courir, lui et son directeur, des risques pénaux! J’ai tenté de sauver son enquête sur la base d’une reformulation des questions. Nous avons tenu une réunion de travail à Aix-en-Provence, dans un esprit plutôt amical dont pourront témoigner les nombreux participants. J’avais aussi, en fin de réunion, évoqué le problème de l’appui explicite de l’autorité de chercheur du CNRS lorsque des propos relèvent, non de la recherche, mais d’engagements personnels. Il m’est arrivé de soumettre cette interrogation à la direction du CNRS, sans aucune prétention d’autorité et encore moins de sanctions.

Le 14 avril, pendant mes congés, des personnes du CNRS ont eu la surprise de trouver mon nom dans un courriel de Vincent Geisser mis en ligne sur un site. Il m’accusait d’être «un idéologue qui traque les musulmans et leurs «amis», comme à une certaine époque on traquait les juifs et les Justes». Il s’agissait d’un message envoyé à un comité de soutien, destiné à faire témoignage public. Le comité défendait une allocataire de recherche travaillant dans un laboratoire du CNRS, licenciée par l’université pour maintien du port de signes religieux ostensibles. Visiblement, Vincent Geisser me rend responsable de cette décision. Je ne suis pour rien dans cette décision, très ferme, de l’université.

Choqué par la violence du message, j’ai souhaité porter plainte à titre personnel. La direction du CNRS a engagé en parallèle une procédure administrative et convoqué M.Geisser en commission paritaire. Ce qui a déclenché une tempête médiatique et une campagne présentant Vincent Geisser comme étant la victime d’un complot digne d’un film d’espionnage. Quelque 5000 chercheurs l’ont soutenu, sincèrement persuadés d’une obscure barbouzerie, une version accréditée par le témoignage d’un chercheur, Olivier Roy, que je cite: «(…) Il ne s’agit pas d’un conflit personnel entre lui et Vincent Geisser, mais bien d’une attaque systématique envers les chercheurs qui refusent les clichés sur l’islam. En 2007-2008, j’ai reçu un mail signé du haut fonctionnaire de défense me reprochant de mieux traiter l’islam que le christianisme.»

J’avoue ne pas m’être remis de ces lignes. Il se trouve que contrairement à Olivier Roy j’ai conservé ce courriel. Il s’agissait d’une simple question qui ne portait pas du tout sur l’aspect religieux. Pourtant, ce vague souvenir a suffi pour censer prouver chez moi une inquisition obsessionnelle et islamophobe. Comment peut-on formuler des accusations aussi graves avec autant de légèreté? Ce procès d’intention est à la fois salissant et blessant. Je ne me reconnais ni dans ce portrait ni dans cette version des faits, reconstruite et fantasmagorique. Voilà pourquoi je tenais, malgré mon devoir de réserve, à rétablir une part de rationalité.

Voir enfin:

Geisser, Redeker, même combat!
Islamophiles et islamophobes, le droit d’écrire des bêtises
Luc Rosenzweig
Causeur
le 11 juin 2009

Nous voilà de nouveau avec une de ces affaires dont le landerneau intellectuel français raffole : le politologue Vincent Geisser est, paraît-il, “sommé” de se présenter devant le conseil de discipline du CNRS pour y répondre de “manquement à l’obligation de réserve”.

Que reproche-t-on à Vincent Geisser ? D’avoir, dans un courriel de soutien à une jeune femme privée d’allocation-recherche pour cause de voile islamique, mis en cause le fonctionnaire du ministère de la Défense détaché au CNRS, chargé de veiller à ce que les chercheurs ne mettent pas en danger la sécurité nationale.

Selon Geisser, la jeune femme sanctionnée, Sabrina Trojet, chercheuse en microbiologie, serait victime de ce fonctionnaire, Joseph Illand, qui se livrerait de surcroît à un harcèlement incessant de sa propre personne, en raison de ses prises de positions favorables aux musulmans. Il concluait son courriel en affirmant que Sabrina et lui-même étaient l’objet d’une persécution semblable à celle subie par “les Juifs et les Justes” pendant l’occupation nazie. Ce courriel s’est retrouvé, à l’insu de Vincent Geisser, sur le blog de Sabrina et quelques sites pro-islamistes.

Il n’en fallait pas plus pour que les signataires habituels de pétitions “progressistes” (entendez par-là les Etienne Balibar, Esther Benbassa et consorts à la compassion unilatérale) montent au créneau pour dénoncer cette atteinte intolérable à la liberté d’expression.

Vincent Geisser est l’auteur, entre autres, d’un livre paru en 2003 La nouvelle islamophobie, une riposte à La nouvelle judéophobie de Pierre-André Taguieff, qui prétend démontrer que les seules vraies victimes du racisme dans notre beau pays sont les musulmans en général et les Arabes en particulier. Vincent Geisser est un représentant de cette gauche universitaire islamophile qui a parfois du mal à distinguer clairement islamisme et islam. L’auteur de La nouvelle islamophobie expose une thèse aussi erronée qu’insupportable : la France, en raison du traumatisme hérité de son histoire coloniale, n’arriverait pas à appréhender le fait musulman comme un fait religieux national. Le discours islamophobe emprunterait de manière privilégiée au registre républicain ses arguments d’un islam incompatible avec l’universalisme issu des Lumières. Dans le prolongement du racisme néo-colonial, les “républicains” ne seraient toujours pas sortis d’un rapport civilisateur à l’islam et verraient l’identité française comme exclusive de l’identité musulmane, d’où l’hostilité des républicains au port du voile islamique à l’école !

Geisser ne se contente pas, d’ailleurs, de défendre ses positions dans de savants écrits destinés à ses pairs, mais il descend sur le terrain, à savoir dans les cités HLM où les immigrés maghrébins sont nombreux, pour les appeler à la révolte contre la situation injuste qui leur serait faite. Ainsi, il est arrivé jusqu’au pied des montagnes où je demeure, dans la petite ville industrielle de Scionzier, en Haute-Savoie, pour prêcher la bonne parole aux musulmans y résidant en compagnie d’Hani Ramadan, le frère de Tarik. Hani, responsable du Centre islamique de Genève a connu son quart d’heure de notoriété grâce à une tribune publiée dans Le Monde où il justifiait la lapidation des femmes adultères. Vincent Geisser est un compagnon de route des Frères musulmans, qui, en France, contrôlent l’UOIF, comme on était jadis compagnon de route du PCF et admirateur des réalisations grandioses de l’URSS.

Dès lors que Geisser ne se contente pas de faire de la politologie dans le silence studieux de son bureau, il est naturel que les “services” surveillent du coin de l’œil ses activités. Les Frères musulmans ont parfois quelque attirance pour des méthodes brutales pour faire progresser leurs idées, et ne se contentent pas de la rhétorique policée d’un Tarik Ramadan destinée à séduire les belles âmes occidentales.

Faut-il pour autant rappeler Geisser à ce “devoir de réserve”, dont tout fonctionnaire ne devrait jamais se départir ? Robert Redeker se vit, en 2006, lâché par les collègues du lycée où il enseignait à Toulouse pour avoir écrit une tribune violemment anti-islamique dans Le Figaro. Soutenu mollement par sa hiérarchie après qu’il eut reçu des menaces de mort, il finit par se retrouver chercheur au CNRS, comme Vincent Geisser.

Même fonctionnaire, un intellectuel, un enseignant, un chercheur, doit bénéficier de la même liberté d’expression que celle de tous les autres citoyens de la République, y compris celui de dire et d’écrire des bêtises, pour autant qu’elles ne tombent pas sous le coup de la loi. A la différence des fonctionnaires d’autorité, comme les préfets, sous-préfets, ambassadeurs, etc., qui incarnent l’Etat dans les lieux où ils sont affectés, le discours des chercheurs n’engage qu’eux-mêmes. Le limogeage, en 2007 du sous-préfet Bruno Guigue, pour cause de publication d’une tribune violemment anti-israélienne sur le site islamiste Oumma.com était donc parfaitement justifié, comme l’a tranché le conseil d’Etat. Il l’aurait été tout autant, d’ailleurs, s’il avait publié un texte violemment anti-islamiste dans Tribune Juive1. Qu’on lâche donc les babouches de Vincent Geisser, qui n’en pourrait plus de satisfaction narcissique d’être, enfin, une “victime” de l’arbitraire étatique à l’image de ceux qu’il s’efforce de faire passer pour tels.

1. Il est cependant savoureux de constater que parmi les pétitionnaires si attachés à la liberté d’expression de Vincent Geisser emmenés par Esther Benbassa, un bon nombre avait réclamé que l’on réduise au silence – et si possible au chômage – Sylvain Gouguenheim. EL.

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  1. […] S’ils peinent à étayer leurs convictions par des faits, plusieurs chercheurs, sous le couvert de l’anonymat, dénoncent un contexte de “délire sécuritaire”, accentué par le sentiment “antimusulman” du fonctionnaire de défense en poste au CNRS. Il se murmure par exemple que la jeune musulmane chercheuse en microbiologie sanctionnée à Toulouse l’a été “parce que, dans le cadre de ses recherches, elle avait accès à des virus”. Le Monde […]

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