Nobel 2009: La mise en cause de George Bush ne divise plus le Comité Nobel (Nobel Committee Honors Obama, Disses Bush)

Just for changing the bumper stickerJe pense que nous ne pouvons pas nous soustraire à l’obligation de travailler au Conseil de sécurité des Nations unies, d’attendre que nous y obtenions la condamnation de Saddam Hussein, de le forcer, à travers les Nations unies, à se plier à des inspections illimitées et de nous assurer qu’il détruise toutes ses armes de destruction massive, ainsi que ses capacités de production d’armes nucléaires, dans l’avenir. Carter (CNN)
Il est clair que, compte tenu de la position prise par M. Carter sur cette question, cela peut aussi être pris comme une critique de la ligne adoptée par l’administration américaine actuelle vis-à-vis de l’Irak. Gunnar Berge (président du Comité Nobel, octobre 2002)
Faut-il voir dans le choix du Comité Nobel norvégien d’attribuer le prix Nobel de la paix à l’ancien président américain Jimmy Carter une critique explicite de la politique de son successeur, George W. Bush, en ces temps de préparation de guerre contre l’Irak ? La question agite le Tout Oslo après les propos controversés tenus vendredi 11 septembre par le président du Comité, Gunnar Berge. Le Monde (octobre 2002)
L’homme que le jury d’Oslo a choisi pour le Nobel de la paix 2002 incarne autant l’Amérique que George W. Bush. Il symbolise à merveille l’une des facettes de l’Amérique: l’engagement militant, la générosité, l’optimisme humaniste, l’ouverture à l’Autre – le contraire d’un hyper-patriotisme un tantinet paranoïaque, dont certains des tenants disent leur fierté de ne pas posséder de passeport et ignorent superbement une scène internationale à laquelle, jurent-ils, les Etats-Unis n’auraient pas à rendre de comptes. (…) Jimmy Carter incarne une autre Amérique que l’officielle. Et cette Amérique-là méritait le Nobel de la paix. Le Monde (éditorial, octobre 2002)

Pour ceux qui n’ont toujours compris qu’Obama était le nouveau Carter

Faut-il voir dans le choix du Comité Nobel norvégien d’attribuer le prix Nobel de la paix à l’actuel président américain une critique explicite de la politique de son prédécesseur, George W. Bush?
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Nouvelle confirmation, à la relecture de ces articles du Monde de 2002 (dont on apprécié au passage la leçon d’antiaméricanisme à la Frédo sur « l’autre Amérique »), que l’attribution du prix à l’actuelle « incarnation même de la naïveté et de l’impuissance sur la scène internationale » est bien à nouveau le contre-prix destiné en fait à l’ancien président américain Bush qu’il avait déjà été il y a sept ans face à Carter (qui lui aussi, autre redécouverte, semblait croire à la présence d’ADM en Irak).

Sauf bien sûr que cette année la question ne semble plus agiter grand monde à Oslo ou ailleurs

La mise en cause de George Bush divise le Comité Nobel
Antoine Jacob
Le Monde
13.10.02

Faut-il voir dans le choix du Comité Nobel norvégien d’attribuer le prix Nobel de la paix à l’ancien président américain Jimmy Carter une critique explicite de la politique de son successeur, George W. Bush, en ces temps de préparation de guerre contre l’Irak ? La question agite le Tout Oslo après les propos controversés tenus vendredi 11 septembre par le président du Comité, Gunnar Berge.

Comme le veut la tradition, celui-ci a lu devant la presse les attendus motivant le choix de l’institution qu’il préside, avant de répondre aux questions des journalistes. Interrogé sur le fait de savoir si le choix de Jimmy Carter pouvait être interprété comme une critique de la politique irakienne de l’actuel président américain, l’ancien ministre et député travailliste a répondu par l’affirmative : « Il est clair que, compte tenu de la position prise par M. Carter sur cette question, cela peut aussi être pris comme une critique de la ligne adoptée par l’administration américaine actuelle vis-à-vis de l’Irak. »

Dans ses attendus, le Comité Nobel s’est bien gardé de donner une telle dimension polémique à son choix. Seul le dernier paragraphe évoque la tension à propos de l’Irak : « Dans une situation actuellement marquée par des menaces d’utilisation de la force, peut-on lire, M. Carter s’en est tenu aux principes selon lesquels les conflits doivent, autant que possible, être résolus par la médiation et la coopération internationale, fondées sur le droit international, le respect des droits de l’homme et le développement économique. »

Les propos de M. Berge ont surpris deux des quatre autres membres du Comité Nobel, avec lesquels il avait pourtant longuement discuté, ces dernières semaines, de la désignation du lauréat du prix 2002. Une critique de la politique américaine « n’était pas un thème de discussion lors des réunions du Comité, a assuré Inger Marie Ytterhorn. Nous sommes tous unis derrière l’attribution du prix et sa justification, mais M. Berge n’avait pas pour mandat d’aller plus loin que cela ». Mme Ytterhorn, qui est conseillère auprès du Parti du progrès, une formation populiste et xénophobe représentée au parlement norvégien, a été épaulée dans ses critiques par un autre membre du Comité, Hanna Kvanmo, du bord politique opposé puisqu’elle est une ancienne députée des Socialistes de gauche. M. Berge a toutefois reçu le soutien public d’un autre membre, l’évêque Gunnar Johan Staalsett, et du secrétaire du Comité Nobel.

Divergences internes

Les cinq membres de cette institution sont élus par le Parlement norvégien pour une période de six ans renouvelable. Durant leur mandat, ils sont censés mettre leurs opinions politiques de côté, ce qu’ils parviennent généralement à faire. Les divergences internes, s’il y en a, ne sont que rarement étalées en public, ce qui rend plus étonnant encore la polémique suscitée par les déclarations de M. Berge. Ce n’est toutefois pas la première fois que le Comité Nobel prend des risques dans le choix des lauréats. La décision de récompenser Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, en 1994, avait été considérée comme prématurée et lourde de sens politique. Un des membres du Comité avait d’ailleurs démissionné pour protester contre l’attribution du prix au dirigeant palestinien – l’un des rares autres éclats à avoir entaché le choix du Comité.

La Norvège, qui siège actuellement parmi les membres non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, y appuie Washington et Londres à propos de l’Irak. Le ministre norvégien des affaires étrangères, le conservateur Jan Petersen, s’est dit « un peu surpris » par les propos de M. Berge. Mais la plupart des autres responsables norvégiens, ainsi que de nombreuses capitales de par le monde, de Tel Aviv à La Havane, ont choisi de ne pas évoquer la controverse, préférant se féliciter du choix de M. Carter et rappeler ses initiatives multiples en faveur de la paix.

Voir aussi:

L’attribution du prix Nobel de la paix à Jimmy Carter irrite Washington
Patrick Jarreau
Le Monde
13.10.02

Selon l’ancien président, il appartient à l’ONU de gérer la crise avec l’Irak

Commençant sa journée, comme d’habitude, à 7 heures du matin, George W. Bush a téléphoné à Jimmy Carter pour le féliciter de s’être vu attribuer le prix Nobel de la paix. « Il m’a dit que ç’aurait dû être fait depuis longtemps », a raconté M. Carter, quelques heures plus tard, sur CNN.

M. Bush a profité de l’occasion pour remercier l’ancien président démocrate du travail qu’il avait fait, avec le républicain Gerald Ford, à la tête d’une commission chargée de proposer une réforme des opérations électorales après le long contentieux de l’élection présidentielle de 2000 en Floride. M. Carter a fait observer à M. Bush que la réforme avait certes progressé au Congrès, mais qu’elle n’était toujours pas financée. « Il m’a assuré qu’il allait faire en sorte qu’elle le soit. Ce fut donc une conversation très agréable », a résumé M. Carter avec son insoupçonnable sourire.

Le ton était moins amène à la Maison Blanche. Interrogé sur les propos du président du comité Nobel, qui avait opposé les accords de Camp David entre l’Egypte et Israël, patronnés par M. Carter, à la politique de l’administration Bush au Proche-Orient, le porte-parole de la présidence, Ari Fleischer, a répété plusieurs fois : « Le président pense que c’est un grand jour pour Jimmy Carter. Il s’est concentré là-dessus. » « N’est-ce pas un grand jour pour le peuple américain ? », a lancé Helen Thomas, la très impulsive doyenne des journalistes de la Maison Blanche, qu’elle suit depuis Kennedy. « La conversation a été amicale. Elle a aussi été courte », a répondu M. Fleischer.

En dehors de l’importance qu’a pour eux la religion, tout oppose M. Bush et M. Carter. Celui-ci a déclaré que s’il avait siégé au Congrès il aurait voté contre la résolution soutenant la politique du président au sujet de l’Irak. « Je pense, a-t-il dit sur CNN, que nous ne pouvons pas nous soustraire à l’obligation de travailler au Conseil de sécurité des Nations unies, d’attendre que nous y obtenions la condamnation de Saddam Hussein, de le forcer, à travers les Nations unies, à se plier à des inspections illimitées et de nous assurer qu’il détruise toutes ses armes de destruction massive, ainsi que ses capacités de production d’armes nucléaires, dans l’avenir. »

Le voyage à la havane

Pour M. Carter, « tout cela doit être fait à travers les Nations unies et non pas, unilatéralement, par les Etats-Unis ». Il s’est félicité des choix que M. Bush a faits contre « le secrétaire à la défense et le vice-président », Donald Rumsfeld et Richard Cheney, « qui appelaient à agir unilatéralement et à contourner les Nations unies » d’emblée.

Le président a décidé d’aller devant les Nations unies, le 12 septembre, mais la résolution qu’il a obtenue du Congrès l’autorise à agir hors du cadre de l’ONU s’il le juge nécessaire.

M. Bush ne pouvait manquer de féliciter M. Carter, mais il avait certainement présente à l’esprit l’initiative récente de l’ancien président démocrate de se rendre à La Havane, en mai, pour appuyer ceux qui plaident en faveur de l’abandon de l’embargo américain sur les échanges avec Cuba. M. Bush a décidé, au contraire, de maintenir cet embargo, toute autre attitude ne pouvant que profiter, selon lui, à Fidel Castro. Le gouvernement cubain a d’ailleurs exprimé sa « grande satisfaction » de l’attribution du prix Nobel à M. Carter.

L’ancien président Bill Clinton a salué le prix Nobel de M. Carter avec une chaleur très politique. « Personne n’en est plus digne », a-t-il déclaré, voyant dans cette distinction « un hommage à l’Amérique, à la cause de la paix dans le monde et, spécialement, au président Carter pour une vie au service de l’intérêt commun ».

L’exécutif s’est gardé de polémiquer avec le comité Nobel et de répondre aux propos de M. Carter sur l’Irak, mais l’honneur fait à l’ancien président démocrate ne peut qu’irriter une administration républicaine aux yeux de laquelle il est l’incarnation même de la naïveté et de l’impuissance sur la scène internationale.

Voir enfin:

EDITORIAL

L’autre Amérique
Le Monde
13.10.02

LA LEÇON S’ADRESSE, peut-être involontairement, aux antiAméricains. Elle vise ceux d’entre eux qui « démonisent » en réduisant, en simplifiant, en gommant la pluralité et la diversité d’un pays comme les Etats-Unis. Car, en distinguant Jimmy Carter, vendredi 11 octobre, ce sont bien les Etats-Unis que le comité Nobel a décidé d’honorer. L’homme que le jury d’Oslo a choisi pour le Nobel de la paix 2002 incarne autant l’Amérique que George W. Bush. Il symbolise à merveille l’une des facettes de l’Amérique : l’engagement militant, la générosité, l’optimisme humaniste, l’ouverture à l’Autre – le contraire d’un hyper-patriotisme un tantinet paranoïaque, dont certains des tenants disent leur fierté de ne pas posséder de passeport et ignorent superbement une scène internationale à laquelle, jurent-ils, les Etats-Unis n’auraient pas à rendre de comptes.

Le jugement que l’Histoire portera sur le mandat de Jimmy Carter à la Maison Blanche (1976-1980) peut être divers. Pour certains, il est l’homme dont les hésitations ont conduit à l’humiliation de l’Amérique en Iran ; celui dont la préoccupation pour les droits de l’homme a laissé le champ libre à l’expansionnisme soviétique ; le président qui a donné du pays une image de faiblesse, qu’il reviendra au flamboyant Ronald Reagan de corriger. Pour d’autres, il restera le bâtisseur de la paix israélo-égyptienne – qui a changé la face du Proche-Orient ; celui qui, réglant l’épineuse question du canal de Panama, a contribué à des relations plus confiantes avec le sud du continent. Ce n’est pas rien ; c’est même beaucoup.

Mais son action politique ne s’est pas arrêtée à sa sortie de la Maison Blanche. L’homme ne sera pas l’un de ses ex-présidents courant le cachet sur les circuits des conférences (façon George Bush père et Bill Clinton). Il va se battre pour la paix et le développement ; il va montrer l’importance que peut prendre une ONG dans la vie publique ; il va tenter de promouvoir une éthique du règlement des conflits par la négociation. Exaspérant d’angélisme et de bonne conscience ? Peut-être. Mais l’Amérique est bien là, aussi, dans cette part de rêve d’un monde moins cruel, dans la conviction que les problèmes ont des solutions, dans l’utopie entretenue que le meilleur de l’homme peut, parfois, prendre le dessus. Jimmy Carter ou le progressisme version baptiste.

Il n’est pas indifférent que l’attribution du Nobel attire l’attention sur son opposition à la politique irakienne de George W. Bush. Mais elle manifeste aussi la pluralité d’une Amérique trop souvent caricaturée en Europe, et particulièrement en France. Parce que Jimmy Carter est très « américain », ce Nobel brouille l’image d’une Amérique en proie à une crise aiguë d’unilatéralisme belliqueux. Les Etats-Unis sont un lieu de pouvoirs – et de contre-pouvoirs ; un pays qui cultive institutionnellement la contradiction ; une nation qui hésite, débat et doute, irréductible à une administration ou à une politique.

Jimmy Carter incarne une autre Amérique que l’officielle. Et cette Amérique-là méritait le Nobel de la paix.

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