Affaire Polanski: Une certaine Amérique qui fait peur (A scary America that has just shown its face)

Free PolanskiJe refuse de considérer a priori comme terroristes actifs et dangereux des hommes qui sont venus, particulièrement d’Italie, longtemps avant que j’exerce les responsabilités qui sont miennes, et qui venaient de s’agréger ici et là, dans la banlieue parisienne, repentis… à moitié, tout à fait,… je n’en sais rien, mais hors du jeu. Doctrine Mitterrand (février 1985)
On sait les conditions dans lesquelles c’est arrivé, et de la même manière qu’il y a une Amérique généreuse que nous aimons, il y aussi une certaine Amérique qui fait peur, et c’est cette Amérique là qui vient de nous présenter son visage. Frédéric Mitterrand (ministre français de la Culture, septembre 2009)
Les cinéastes et auteurs français, européens, américains et du monde entier, tiennent à affirmer leur consternation. Il leur semble inadmissible qu’une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l’un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier. Forts de leur extraterritorialité, les festivals de cinéma du monde entier ont toujours permis aux œuvres d’être montrées et de circuler et aux cinéastes de les présenter librement et en toute sécurité, même quand certains États voulaient s’y opposer. L’arrestation de Roman Polanski dans un pays neutre où il circulait et croyait pouvoir circuler librement jusqu’à ce jour, est une atteinte à cette tradition: elle ouvre la porte à des dérives dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les effets. Pétition pour Romain Polanski (28.09.09)

Pour ceux qui avaient cru que le départ du cowboy honni avait définitivement tourné la page de l’antiaméricanisme français …

A l’heure où l’Amérique d’Obama se voit soudain traitée à nouveau comme aux pires moments de l’Amérique de Bush …

Et ce, à l’occasion de l’arrestation d’un fugitif de 30 ans et de la part d’un membre du gouvernement d’un pays qui, sans parler des terroristes fugitifs et avec la complicité de ses médias unanimes, avait pendant des années caché la famille morganatique de son président comme le trafic d’influence et les détournements de millions du successeur de celui-ci …

Ainsi que de cinéastes prétendant, pour leur corporation et leurs festivals, à rien moins que l’immunité diplomatique et l’extraterritorialité judiciaire …

Retour, avec le célèbre blog de maitre Eolas, qui, hormis une assimilation un tantinet hâtive et hasardeuse du viol d’une jeune fille de 13 ans avec l’aide d’alcool et de stupéfiants à la loi sur le téléchargement, a le mérite de remettre quelques pendules à l’heure.

D’abord, que la culpabilité de Roman Polanski ne fait plus débat puisque dès 1977, celui-ci a plaidé coupable pour abus sexuel sur mineur (unlawful sexual intercourse with a minor, code pénal californien section 261.5., délit puni de 4 ans de prison maximum).

Que si la victime a par la suite été indemnisée et a retiré sa plainte (suite à l’accord passé avec le parquet?), cela ne fait pas obstacle à la poursuite de l’action publique puisque la peine, qui doit être prononcée en présence du condamné, n’a pu l’être suite à sa fuite du territoire américain depuis 30 ans.

Que si, comme la France, la Suisse n’extrade pas ses propres citoyens, elle n’avait dans le cas précis pas le choix (le cinéaste s’étant d’ailleurs apparemment signalé de lui-même aux autorités en leur demandant une assistance de sécurité), étant liée par des accords bilatéraux avec les Etats-Unis.

Que si la loi californienne prévoit une prescription de 6 à 10 ans (d’inaction des autorités judiciaires) pour des faits de la nature de ceux reprochés à Roman Polanski (Code pénal de Californie, section 801.1), celle-ci peut être interrompue à chaque nouvelle demande de mandat d’arrêt international comme cela avait apparemment été fait en 2005.

Et enfin que l’on comprend, de la part d’une « justice qui n’épargne pas les puissants et les protégés des puissants » et prête il y a dix ans à « renverser son président en exercice parce qu’il avait menti sous serment devant un Grand Jury », qu’un « ministre de la République française, qui a soigneusement mis son président et ses ministres à l’abri de Thémis, trouve que cette Amérique fait peur »

Extraits

je trouve choquant deux choses dans le tir de barrage du monde artistique.

Je trouve honteux d’entendre des artistes qui il y a quelques semaines vouaient aux gémonies les téléchargeurs et approuvaient toute législation répressive et faisant bon cas de droits constitutionnels pour sanctionner le téléchargement illégal de leurs œuvres crier au scandale quand c’est à un des leurs qu’on entend appliquer la loi dans toute sa rigueur. Quand on sait que pas mal de téléchargeurs ont dans les treize ans, on en tire l’impression que les mineurs ne sont bons à leurs yeux qu’à cracher leur argent de poche et leur servir d’objet sexuel. Comme si leur image avait besoin de ça. Et après ça, on traitera les magistrats de corporatistes.

Et je bondis en entendant le ministre de la culture parler de « cette Amérique qui fait peur ». Ah, comme on la connait mal, cette amérique.

Tocqueville avait déjà relevé il y a 170 ans, la passion pour l’égalité de ce pays. Elle n’a pas changé. Il est inconcevable là-bas de traiter différemment un justiciable parce qu’il appartiendrait à une aristocratie, fut-elle artistique. Il y a dix ans, l’Amérique a sérieusement envisagé de renverser le président en exercice parce qu’il avait menti sous serment devant un Grand Jury. Quitte à affaiblir durablement l’Exécutif.

Une justice qui n’épargne pas les puissants et les protégés des puissants ? On comprend qu’un ministre de la République française, qui a soigneusement mis son président et ses ministres à l’abri de Thémis, trouve que cette Amérique fait peur.

Voir aussi:

France rushes to Polanski’s defense
Angela Doland
(AP)
4 days ago

PARIS — Was Roman Polanski « thrown to the lions because of ancient history? » That’s what France’s culture minister says, and many French people agree.

France has rushed to the filmmaker’s defense since he was arrested this weekend in Switzerland on a three-decade-old U.S. charge of having sex with a 13-year-old girl. French government ministers and France’s cultural world have lauded Polanski as a great artist, a family man and a survivor of countless hardships who deserves peace at age 76.

There’s a gulf between how Polanski is seen in France and by many outside the entertainment world in the U.S.: in Paris, he’s not a fugitive wanted for a sex crime but rather a revered artist and public figure who has never had much reason to hide.

While Polanski would have risked arrest to attend the 2003 Academy Awards in Los Angeles — where he was named best director for « The Pianist » — he is free to climb the red carpet at every Cannes Film Festival. Actor Harrison Ford eventually delivered the golden Oscar statuette to Polanski at another French film festival in the Normandy beach town of Deauville.

Polanski — who has dual French and Polish nationality — has long been protected by France’s refusal to extradite its citizens. But there’s more to it than that: France’s indulgence toward artists has played into the overwhelming sympathy for him, as has the French distaste for peering into public figures’ private lives.

Polanski has lived in France since he fled the United States in 1978, after pleading guilty to one count of unlawful sexual intercourse with a minor but before being formally sentenced. By all reports he leads a quiet life with his wife, actress Emmanuelle Seigner, and their two children. His early life was marked by tragedy — his mother died at Auschwitz during the Holocaust, and his second wife, actress Sharon Tate, was murdered in 1969 by followers of Charles Manson. She was eight months pregnant.

While French Cabinet ministers are generally cautious about commenting on the legal affairs of other countries, saying they don’t want to interfere, they have been astonishingly outspoken on behalf of Polanski, who risks extradition to the United States.

Both French Culture Minister Frederic Mitterrand and Foreign Minister Bernard Kouchner stressed Polanski’s artistic gifts in their defense of him, though in theory all men — regardless of talent — are equal before the law.

Kouchner called the arrest « sinister, » adding: « A man of such talent, recognized in the entire world, recognized especially in the country that arrested him — all this just isn’t nice. »

To many here, the slap of American justice seemed particularly sharp as the arrest came as Polanski was entering Switzerland to receive a lifetime achievement award from the Zurich Film Festival.

Mitterrand said, « To see him like that, thrown to the lions because of ancient history, really doesn’t make any sense. »

Mitterrand continued with a jab against the United States: « In the same way that there is a generous America that we like, there is also a scary America that has just shown its face. »

Many find it odd that Polanski is being sought for a 32-year-old crime. His French lawyers have stressed that the statute of limitations on the case would have expired long ago in France.

Polanski’s victim, Samantha Geimer, who identified herself publicly years ago, has joined in Polanski’s bid for dismissal, saying she wants the case to be over. She sued Polanski and reached an undisclosed settlement.

Justice Minister Michele Alliot-Marie was one of the few leading figures here to mention Polanski’s victim in her appraisal of Polanski’s case. The former justice minister said it « poses a problem » that the U.S. is still seeking his extradition — since Geimer herself wants to move on.

j

2 commentaires pour Affaire Polanski: Une certaine Amérique qui fait peur (A scary America that has just shown its face)

  1. amélie dit :

    De manière plus générale, son âge et sa situation personnelle font que nous avons des éléments vraiment très forts pour demander et obtenir sa mise en liberté », a ajouté l’avocat.

    J'aime

  2. jcdurbant dit :

    THE SOUND OF SILENCE (Attention: un puritanisme peut en cacher un autre !)

    You’ve been shooting so many of your films here in Europe and yet in the U.S. you haven’t even been convicted for rape.

    Laurent Laffite (Cannes festival MC)

    Tonight, the Cannes Film Festival kicks off with a new Woody Allen film. There will be press conferences and a red-carpet walk by my father and his wife (my sister). He’ll have his stars at his side — Kristen Stewart, Blake Lively, Steve Carell, Jesse Eisenberg. They can trust that the press won’t ask them the tough questions. It’s not the time, it’s not the place, it’s just not done. That kind of silence isn’t just wrong. It’s dangerous. It sends a message to victims that it’s not worth the anguish of coming forward. It sends a message about who we are as a society, what we’ll overlook, who we’ll ignore, who matters and who doesn’t. We are witnessing a sea change in how we talk about sexual assault and abuse. But there is more work to do to build a culture where women like my sister are no longer treated as if they are invisible. It’s time to ask some hard questions.

    Ronan Farrow

    Not in the room, but after the show, I was told that there were strong reactions. What I’ve learned only just this morning is that Woody Allen’s son made a statement yesterday with accusations [involving rape]. I didn’t know that. When I wrote this joke, it was more a joke about Europe and why one of the greatest American directors spent years in Europe, [while Allen] didn’t have to because he wasn’t accused of rape in his own country, compared to Roman Polanski. It was [meant] as a joke about American puritanism and the fact that it is surprising that an American director wants to do so many movies in Europe. I didn’t know about the other stuff.

    Laurent Laffite (Cannes festival MC)

    http://www.huffingtonpost.fr/2016/05/12/emmanuelle-seigner-laurent-laffite-cannes-roman-polanski-cannes_n_9925002.html

    ​Ça fait plaisir que vous soyez en France, parce que ces dernières années vous avez beaucoup tourné en Europe, alors que vous n’êtes même pas condamné pour viol aux Etats-Unis.

    Laurent Laffite

    Ce genre de silence n’est pas seulement mauvais. Il est dangereux. Il envoie un message de qui nous sommes en tant que société, de ce sur quoi nous allons fermer les yeux, de ce que nous allons ignorer, de qui compte et de qui ne compte pas. Ce soir, le Festival de Cannes s’ouvre avec une nouveau film de Woody Allen. Il y aura des conférences de presse et un red carpet où mon père et sa femme assisteront. Il aura ses stars à ses côtés – Kristen Stewart, Blake Lively, Steve Carrell, Jesse Eisenberg. Ils peuvent être assurés que la presse ne posera pas les questions difficiles. Ce n’est pas le moment, ce n’est pas l’endroit, ça ne se fait pas. Il y a encore beaucoup de travail pour construire une culture dans laquelle les femmes comme ma sœur ne seront plus traitées comme si elles étaient invisibles. Il est temps de poser les questions qui fâchent.


    Ronan Farrow

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