Antifrancisme: Le peuple français n’existe pas (How the French people was invented)

21 septembre, 2009
The Invention of the jewish people (Shlomo Sand, 2008)Et puis, je crois que ce n’est pas le seul cas d’invention d’un peuple. Je pense par exemple qu’à la fin du XIXe siècle, on a inventé le peuple français. Le peuple français n’existe pas en tant que tel depuis plus de 500 ans, comme on a alors essayé de le faire croire. Shlomo Sand

En ce 5770e Nouvel An juif …

Retour sur un entretien particulièrement éclairant  de l’historien franco-israélien Shlomo Sand.

Qui, du fond de son long et difficile exil en Israël, évoque avec une émotion non contenue l’invention de sa patrie française

Morceaux choisis:

Et puis, je crois que ce n’est pas le seul cas d’invention d’un peuple. Je pense par exemple qu’à la fin du XIXe siècle, on a inventé le peuple français. Le peuple français n’existe pas en tant que tel depuis plus de 500 ans, comme on a alors essayé de le faire croire. (…) si vous et moi n’étions pas allés à l’école, nous ne connaîtrions pas l’existence de Louis XVI. Pour parler de la Révolution française, cette mémoire des noms de Danton et de Robespierre, vous ne l’avez pas reçue spontanément mais dans une structure, à l’école, dans le cadre d’un savoir que quelqu’un a créé et organisé pour vous le transmettre. Quelqu’un a décidé que vous deviez connaître x et pas y. Je ne trouve pas cela forcément critiquable. Chaque mémoire collective est une mémoire greffée, dans le sens où quelqu’un a décidé de la transmettre à d’autres. (…) En tant qu’historien, je pense que la nation est une invention très moderne. Je ne crois pas qu’il y a 500 ans, il y avait une nation française.

comme citoyen israélien je trouvais déjà fou que quelqu’un qui était sur une terre il y a deux mille ans puisse prétendre avoir des droits historiques sur cette même terre. Ou alors il faudrait faire sortir tous les Blancs des Etats-Unis, faire rentrer les Arabes en Espagne, etc.

Je n’essaie pas de détruire l’Etat d’Israël. J’affirme que la légitimité idéologique et historique sur laquelle se fonde aujourd’hui l’existence d’Israël est fausse.

D’un point de vue historique, je vous dis aussi : non, il n’y a pas de droit historique des juifs sur la terre de Palestine, qu’ils soient de Jérusalem ou d’ailleurs. Mais je dis aussi, d’un point de vue plus politique : vous ne pouvez réparer une tragédie en créant une autre tragédie. Nier l’existence d’Israël, cela veut dire préparer une nouvelle tragédie pour les juifs israéliens. Il y a des processus historiques que l’on ne peut pas changer.

Plus juste aurait été pour vous donner un exemple, et élargir nos horizons, de créer un Etat juif… aux Sudètes. En 1945, les Tchèques ont chassé 3 millions d’Allemands des Sudètes, qui sont restées «vides» quelques mois. Le plus juste aurait été de donner les Sudètes à tous les réfugiés juifs en Europe. Pourquoi aller ennuyer une population qui n’avait rien à voir avec la tragédie juive ? Les Palestiniens n’étaient pas coupables de ce que les Européens avaient fait. Si quelqu’un avait dû payer le prix de la tragédie, ça aurait dû être les Européens, et évidemment les Allemands. Mais pas les Palestiniens.

Hitler, écrasé militairement en 1945, aurait en fin de compte remporté la victoire au plan conceptuel et mental dans l’Etat « juif ». Qu’avez-vous essayé de démontrer ?

La majorité des Israéliens croient que, génétiquement, ils sont de la même origine. C’est absolument incroyable. C’est une victoire de Hitler. Lui a cherché au niveau du sang. Nous, nous parlons de gènes. Mais c’est pareil. C’est un cauchemar pour moi de vivre dans une société qui se définit, du point de vue de l’identité nationale, sur des bases biologiques. Hitler a gagné dans le sens où c’est lui qui a insufflé la croyance que les juifs sont une race, un «peuple-race». Et trop de gens en Israël, trop de juifs, ici, à Paris, croient vraiment que les juifs sont un «peuple-race». Il n’y a donc pas seulement les antisémites, il y a aussi ces juifs qui eux-mêmes se considèrent comme une race à part.

Dans mon livre, une chose importante que j’ai essayé de montrer est que, du point de vue historique, je dis bien historique, car je ne m’occupe pas ici de religion, les juifs ne sont pas des juifs. Ce sont des Berbères, des Arabes, des Français, des Gaulois, etc. J’ai essayé de montrer que cette vision essentialiste, profonde, que les sionistes partagent avec les antisémites, cette pensée qu’il y a une origine spéciale pour les juifs, cette pensée est fausse. Il y a au contraire une richesse extraordinaire, une diversité d’origines fabuleuse. J’ai essayé de montrer ça avec des matériaux historiques. Sur ce point, la politique a nourri mes recherches, de même que la recherche a nourri ma position politique.

Le sionisme est exceptionnel uniquement parce que, pour se réaliser, il doit coloniser une terre.

Entretien avec l’historien israélien Shlomo Sand: « Le peuple juif n’existe pas »
Mediapart
le 01 octobre 2008

«Je n’ai rien découvert de nouveau, j’ai simplement organisé autrement le savoir existant», assure Shlomo Sand. Ce professeur d’histoire à l’université de Tel-Aviv, né en 1946, est en France cette semaine pour présenter son dernier livre, paru le 3 septembre chez Fayard. Dans Comment le peuple juif fut inventé, il défend la thèse selon laquelle les juifs du monde entier ne sont pas tous issus du grand exil de l’an 70 mais bénéficient au contraire d’origines les plus diverses.

En Israël, où il a été publié au printemps, le livre a trouvé un excellent écho du côté des journalistes, et notamment auprès du quotidien Haaretz. Un accueil qui n’a que peu surpris Shlomo Sand. «Plus que les gens de gauche et les orthodoxes, qui ont plutôt un regard bienveillant sur mon travail, affirme-t-il, mon livre va déranger ces juifs qui vivent à Paris, à New York, et pensent que l’Etat d’Israël leur appartient davantage qu’à mon collègue arabe israélien.»

Pourquoi avoir choisi ce titre, qui sonne comme une provocation ?

Au début je craignais un peu cet effet provocant mais, en fait, le titre reflète parfaitement le contenu de mon livre. Et puis, je crois que ce n’est pas le seul cas d’invention d’un peuple. Je pense par exemple qu’à la fin du XIXe siècle, on a inventé le peuple français. Le peuple français n’existe pas en tant que tel depuis plus de 500 ans, comme on a alors essayé de le faire croire.

Le peuple juif, c’est encore plus compliqué, parce qu’on le considère comme un peuple très ancien, qui a cheminé de par le monde pendant 2000 ans, avant de retourner chez lui. Je crois au contraire que le peuple juif a été inventé.

Quand je dis peuple juif, j’utilise le sens moderne du mot peuple. Quand on évoque aujourd’hui le peuple français, on parle d’une communauté qui a une langue commune, des pratiques, des normes culturelles et laïques communes. Donc je ne pense pas que l’on puisse dire qu’il y a un peuple juif au sens moderne du terme. Je ne crois pas qu’il y a 500 ans, les juifs de Kiev et ceux de Marrakech avaient ces pratiques, ces normes culturelles communes. Ils avaient une chose importante en commun : une croyance, une foi commune, des rituels religieux communs. Mais si les seules affinités entre des groupes humains sont de nature religieuse, j’appelle cela une communauté religieuse et non un peuple.

Est-ce que vous savez par exemple que durant le Moyen Age, on a utilisé l’expression «peuple chrétien» ? Pourtant, aujourd’hui, aucun historien ne parlerait de «peuple chrétien». Avec la même logique, je ne pense pas qu’on puisse parler de peuple juif.

Je ne le pense pas en outre parce que les origines historiques des juifs sont très variées. Je ne crois pas en effet que les juifs ont été exilés par les Romains en l’an 70.

Je me souviens, il y a quelques années, alors que je m’interrogeais sur l’histoire du judaïsme, d’avoir ressenti un véritable choc: tout le monde est d’avis que l’exil du peuple juif est l’élément fondateur de l’histoire du judaïsme, et pourtant, cela paraît incroyable, mais il n’y a pas un livre de recherche consacré à cet exil. Il est pourtant considéré comme l’«événement» qui a créé la diaspora, l’exil permanent de 2000 ans. Rendez-vous compte : tout le monde «sait» que le peuple juif a été exilé mais personne n’a fait de recherche, ou n’a en tout cas écrit un livre pour faire savoir si c’est vrai ou non.

Avec mes recherches, j’ai découvert que c’est dans le patrimoine spirituel chrétien, au IIIe siècle, que le mythe du déracinement et de l’expulsion a été entretenu, avant d’infiltrer plus tard la tradition juive. Et que le judaïsme n’adopte cette notion d’exil permanent.

L’instrumentalisation de la mémoire

Sur ce point, vous évoquez dans votre ouvrage la notion de «mémoire greffée».

«Greffée» est un mot un peu fort. Mais vous savez, si vous et moi n’étions pas allés à l’école, nous ne connaîtrions pas l’existence de Louis XVI. Pour parler de la Révolution française, cette mémoire des noms de Danton et de Robespierre, vous ne l’avez pas reçue spontanément mais dans une structure, à l’école, dans le cadre d’un savoir que quelqu’un a créé et organisé pour vous le transmettre. Quelqu’un a décidé que vous deviez connaître x et pas y. Je ne trouve pas cela forcément critiquable. Chaque mémoire collective est une mémoire greffée, dans le sens où quelqu’un a décidé de la transmettre à d’autres.

Je ne parle pas ici de conspiration mais c’est cela l’éducation moderne. C’est-à-dire que ce n’est pas quelque chose qui coule de père en fils. La mémoire greffée, c’est la mémoire que l’éducation nationale a décidé que vous deviez recevoir.

Si vous aviez vécu en France dans les années 50, en tant qu’écolier, que lycéen, vous auriez su très peu de chose sur la Shoah. En revanche, dans les années 90, chaque lycéen a une notion de ce qu’est la Shoah. Mémoire greffée n’implique donc pas qu’il s’agisse nécessairement d’un mensonge.

Vous dites néanmoins que les autorités israéliennes ont «greffé» une mémoire pour justifier l’existence d’Israël.

Il faut comprendre que transmettre une mémoire, créer une mémoire, ou façonner une mémoire, une conscience du passé, cela a pour finalité d’être instrumentalisé, dans le sens où cela doit servir un intérêt, particulier ou collectif. Chaque mémoire collective, étatique, nationale, est instrumentalisée. Même la mémoire personnelle, qui est certes beaucoup plus spontanée et qui ne peut pas être dominée aussi facilement, est instrumentalisée : vous faites une bêtise, cela rentre dans votre expérience, et vous ne refaites pas la même. Toute mémoire nationale est instrumentalisée. Car sinon, pourquoi la mémoriserait-on ?

Le point central des mémoires nationales, c’est qu’elles sont instrumentalisées pour servir la nation. En tant qu’historien, je pense que la nation est une invention très moderne. Je ne crois pas qu’il y a 500 ans, il y avait une nation française. Et il n’y avait pas de nation juive. Donc je crois que ceux qui ont voulu façonner une nation juive israélienne ont commencé par réfléchir sur ce passé, en l’instrumentalisant pour faire émerger une dimension de continuité.

Dans le cas du sionisme, il fallait s’investir lourdement car il fallait acquérir une terre qui ne nous appartenait pas. Il fallait une histoire forte, une légitimité historique. Mais au final, cela demeure absurde.

Il y a dix ans, je n’avais pas ces idées, ce savoir que j’ai mis dans ce livre. Mais comme citoyen israélien je trouvais déjà fou que quelqu’un qui était sur une terre il y a deux mille ans puisse prétendre avoir des droits historiques sur cette même terre. Ou alors il faudrait faire sortir tous les Blancs des Etats-Unis, faire rentrer les Arabes en Espagne, etc. Je ne pensais pas que j’eusse, moi, juif israélien, un droit historique sur la terre de Palestine. Après tout, pourquoi deux mille ans oui et mille non ?

Mais je pensais cependant que j’appartenais à ce peuple, parti il y a deux mille ans, qui a erré, erré… qui est arrivé à Moscou, a fait demi-tour et est rentré chez lui. En faisant ce livre, je me suis rendu compte que cela aussi, c’était un mythe, qui est devenu une légende.

D’un point de vue politique cependant, ce livre n’est pas très radical. Je n’essaie pas de détruire l’Etat d’Israël. J’affirme que la légitimité idéologique et historique sur laquelle se fonde aujourd’hui l’existence d’Israël est fausse.

«Il n’y a pas de droit historique des juifs sur la terre de Palestine»

Vous citez néanmoins Arthur Koestler, qui disait à propos de son ouvrage La Treizième Tribu : « Je n’ignore pas qu’on pourrait l’interpréter [le livre] avec malveillance comme une négation du droit à l’existence de l’Etat d’Israël. » Cette remarque ne s’applique-t-elle pas à votre livre ?

Certes. Vous savez, j’essaie d’être un historien mais je suis aussi un citoyen, et un homme qui pense politiquement. D’un point de vue historique, je vous dis aussi : non, il n’y a pas de droit historique des juifs sur la terre de Palestine, qu’ils soient de Jérusalem ou d’ailleurs.

Mais je dis aussi, d’un point de vue plus politique : vous ne pouvez réparer une tragédie en créant une autre tragédie. Nier l’existence d’Israël, cela veut dire préparer une nouvelle tragédie pour les juifs israéliens. Il y a des processus historiques que l’on ne peut pas changer.

On ne peut donc pas éliminer Israël par la force mais on peut changer Israël. Une chose est importante : pour donner la chance à Israël d’exister, la condition est double : réparer, dans la mesure du possible, la tragédie palestinienne. Et créer en Israël un Etat démocratique. Le minimum pour définir un Etat démocratique est de dire qu’il appartient à l’ensemble de ses citoyens. C’est la base : on ne dira jamais par exemple que l’Etat français appartient uniquement aux catholiques.

L’Etat d’Israël se définit pourtant comme l’Etat du peuple juif. Pour vous donner un exemple, ça veut dire que l’Etat d’Israël appartient davantage à Alain Finkielkraut, citoyen français, qu’à un collègue qui travaille avec moi à l’université de Tel-Aviv, qui est originaire de Nazareth, qui est citoyen israélien mais qui est arabe. Lui ne peut pas se définir comme juif, donc l’Etat d’Israël ne lui appartient pas. Mais il est israélien, point. Il ne devrait pas être contraint de chanter un hymne national qui contient les paroles «Nous les juifs». La vérité, c’est qu’il n’a pas d’Etat.

On doit davantage parler de ce problème de démocratie, pour espérer conserver l’Etat Israël. Pas parce qu’il serait éternel, mais parce qu’il existe, même s’il existe mal. Cette existence crée de facto le doit des juifs israéliens de vivre là-bas. Mais pas d’être raciste, et ségrégationniste : cet Etat n’a pas le droit d’exister comme ça.

D’un autre côté, je demande à tout le monde, aux pays arabes et aux Palestiniens de reconnaître l’Etat d’Israël. Mais seulement l’Etat des Israéliens, pas l’Etat des juifs !

Les tragédies d’hier ne vous donnent pas le droit d’opprimer un peuple aujourd’hui. Je crois que la Shoah, les pogroms, que tout ce qu’ont subi les juifs au XXe siècle nous donne droit à une exception : que l’Etat d’Israël demeure, et continue à offrir un refuge pour les juifs qui sont pourchassés à cause de leurs origines ou de leur foi. Mais dans le même temps, Israël doit devenir l’Etat de ses citoyens. Et pas celui d’Alain Finkielkraut, qui demeure toutefois le bienvenu s’il se sent menacé, bien sûr.

Dans la suite de la citation d’Arthur Koestler que vous proposez, celui-ci justifie l’existence de l’Etat d’Israël en ces termes : «Mais ce droit n’est pas fondé sur les origines hypothétiques des juifs ni sur l’alliance mythologique entre Abraham et Dieu; il est fondé sur la législation internationale, et précisément sur la décision prise par les Nations unies en 1947.»

Ce que vous dites, vous, c’est qu’en 1947, l’ONU s’est trompée ?

Pas exactement. Peut-être le partage des terres était-il injuste : il y avait 1,3 million de Palestiniens et 600.000 juifs, et pourtant on a fait moitié-moitié. Plus juste aurait été pour vous donner un exemple, et élargir nos horizons, de créer un Etat juif… aux Sudètes. En 1945, les Tchèques ont chassé 3 millions d’Allemands des Sudètes, qui sont restées «vides» quelques mois. Le plus juste aurait été de donner les Sudètes à tous les réfugiés juifs en Europe. Pourquoi aller ennuyer une population qui n’avait rien à voir avec la tragédie juive ? Les Palestiniens n’étaient pas coupables de ce que les Européens avaient fait. Si quelqu’un avait dû payer le prix de la tragédie, ça aurait dû être les Européens, et évidemment les Allemands. Mais pas les Palestiniens.

En outre, il faut bien voir qu’en 1947, ceux qui ont voté pour la création de l’Etat juif n’ont pas pensé que la définition pour y être accepté serait aussi exclusive, c’est-à-dire nécessairement avoir une mère juive. On était au lendemain de la Shoah, l’idée était simplement d’offrir un refuge.

Une «victoire» de Hitler?

Dans votre livre, vous posez la question suivante : « Les juifs seraient-ils unis et distingués par les « liens » de sang ?», avant d’en conclure que « Hitler, écrasé militairement en 1945, aurait en fin de compte remporté la victoire au plan conceptuel et mental dans l’Etat « juif » ? » Qu’avez-vous essayé de démontrer ?

Vous savez, la majorité des Israéliens croient que, génétiquement, ils sont de la même origine. C’est absolument incroyable. C’est une victoire de Hitler. Lui a cherché au niveau du sang. Nous, nous parlons de gènes. Mais c’est pareil. C’est un cauchemar pour moi de vivre dans une société qui se définit, du point de vue de l’identité nationale, sur des bases biologiques. Hitler a gagné dans le sens où c’est lui qui a insufflé la croyance que les juifs sont une race, un «peuple-race». Et trop de gens en Israël, trop de juifs, ici, à Paris, croient vraiment que les juifs sont un «peuple-race». Il n’y a donc pas seulement les antisémites, il y a aussi ces juifs qui eux-mêmes se considèrent comme une race à part.

Dans mon livre, une chose importante que j’ai essayé de montrer est que, du point de vue historique, je dis bien historique, car je ne m’occupe pas ici de religion, les juifs ne sont pas des juifs. Ce sont des Berbères, des Arabes, des Français, des Gaulois, etc. J’ai essayé de montrer que cette vision essentialiste, profonde, que les sionistes partagent avec les antisémites, cette pensée qu’il y a une origine spéciale pour les juifs, cette pensée est fausse. Il y a au contraire une richesse extraordinaire, une diversité d’origines fabuleuse. J’ai essayé de montrer ça avec des matériaux historiques. Sur ce point, la politique a nourri mes recherches, de même que la recherche a nourri ma position politique.

Un de vos chapitres évoque à ce propos l’énigme que constituent pour vous les juifs d’Europe de l’Est.

Au début du XXe siècle, 80% des juifs dans le monde résidaient en Europe de l’Est. D’où viennent-ils ? Comment expliquer cette présence massive de juifs croyants en Europe de l’Est ? On ne peut pas expliquer cela par l’émigration de Palestine, ni de Rome, ni même d’Allemagne. Les premiers signes de l’existence des juifs en Europe datent du XIIIe siècle. Et justement, un peu avant, au XIIe siècle, le grand royaume de Khazar (judaïsé entre le VIIIe et le IXe siècle) a complètement disparu. Avec les grandes conquêtes mongoles, il est probable qu’une grande partie de cette population judaïsée a dû s’exiler. C’est un début d’explication.

L’histoire officielle sioniste affirme qu’ils ont émigré d’Allemagne. Mais en Allemagne, au XIIIe siècle, il y avait très peu de juifs. Comment se fait-il alors que, dès le XVIIe siècle, un demi-million de juifs résident en Europe de l’Est ? À partir de travaux historiques et linguistiques, j’ai essayé de montrer que l’origine des juifs d’Europe de l’Est n’est pas seulement due à une poussée démographique, comme on le dit aussi. Leur origine est khazar mais aussi slave. Car ce royaume de Khazar a dominé beaucoup de peuples slaves, et, à certaines époques, a adopté le yiddish, qui était la langue de la bourgeoisie germanique qui a existé en Lituanie, en Pologne, etc.

On en revient à la thèse de base de mon livre, un élément que j’ai essayé de démontrer, avec succès je pense : c’est qu’entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle apr. J.-C., le monothéisme juif était la première religion prosélyte. C’était quelque chose de parfaitement connu, notamment des spécialistes des religions de la fin du XIXe siècle, comme Ernest Renan.

À partir de la seconde partie du XXe siècle pourtant, on a tout «bloqué». On croit tout d’un coup que le judaïsme a toujours été une religion fermée, comme une secte qui repousserait le converti. Ce n’est pas vrai, ce n’est pas juste du point de vue historique.

Le sionisme, un «mouvement national»

Zeev Sternhell, dans son livre célèbre Aux origines d’Israël, considère que le sionisme a évacué la dimension socialiste pour se résumer à une révolution nationale. Etes-vous d’accord avec lui ?

Le sionisme, c’est un mouvement national. Je ne dis pas que c’est bien, ou pas bien, car je ne suis pas anti-national. Ce n’est pas la nation qui a créé le sionisme, c’est l’inverse. Définir cela comme une révolution fonctionne du point de vue des individus, mais ne m’intéresse pas beaucoup. Parce que je me demandece qu’est une révolution. De plus, parler de révolution nationale en France, c’est un peu compliqué car ces termes étaient employés en 1940 pour désigner un phénomène historique pas très sympathique.

Quant à opposer révolution nationale et révolution socialiste au sein du sionisme, je ne crois pas que cela soit juste. Dès le début, le socialisme était un instrument très important pour réaliser le but national. Donc, ce n’est pas quelque chose qui, soudain, n’aurait plus fonctionné. Dès le début, l’idée de communautarisme, l’idée des kibboutz, a servi à une colonisation. C’est-à-dire
que, dès le début, l’égalité n’était pas entre tous les êtres humains, l’égalité était seulement entre les juifs, qui colonisent une terre.

L’idée nationale, dans la modernité, a toujours dû être liée à une autre idée. En l’occurrence, pour le XXe siècle, la démocratie ou le socialisme. Tout le monde s’est servi des idées égalitaristes socio-économiques pour bâtir une nation. Le sionisme n’est pas exceptionnel en cela. On peut citer l’exemple du FLN algérien et de beaucoup d’autres mouvements du tiers-monde.

Le sionisme est exceptionnel uniquement parce que, pour se réaliser, il doit coloniser une terre.

Ne me faites cependant pas dire que je suis antisioniste. Parce qu’aujourd’hui, quand quelqu’un se dit antisioniste, tout le monde pense qu’il est contre l’existence de l’Etat d’Israël. De ce point de vue, mon livre est certes radical dans la démarche historiographique, mais pas tellement dans sonaspect politique, parce que j’exige la reconnaissance d’Israël par les Etats arabes. Mais, encore une fois, comme l’Etat des Israéliens, de tous les Israéliens.

Source : http://www.mediapart.fr


Israël/5770: Je n’ignore pas qu’on pourrait l’interpréter comme une négation de l’existence de l’Etat d’Israël (With friends like these, who needs enemies?)

21 septembre, 2009
Khazaria mapThe 13th tribe (Koestler, 1976)Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites! Vous parcourez terre et mer pour amener ne fût-ce qu’un seul païen à votre religion, et quand vous l’avez gagné, vous lui faites mériter l’enfer deux fois plus que vous. Rabbi Yeshoua (Matthieu 23: 15)
Celui qui est Sacré, béni soit il, n’a exilé les Juifs parmi les nations qu’afin de lui ajouter des convertis. Rabbi Eleazar (Pessa’him)
Les convertis sont à Israël comme le psoriasis. Rabbi Chelbo (Yevamot)
La grande majorité des juifs vient de l’Europe orientale et en conséquence elle est peut-être principalement d’origine khazare. Cela voudrait dire que les ancêtres de ces juifs ne venaient pas des bords du Jourdain mais des plaines de la Volga, non pas de Canaan mais du Caucase, où l’on a vu le berceau de la race aryenne : génétiquement ils seraient apparentés aux Huns, aux Ouigours, aux Magyars, plutôt qu’à la semence d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. S’il en était bien ainsi, le mot « antisémitisme » n’aurait aucun sens : il témoignerait d’un malentendu également partagé par les victimes et les coupables. A mesure qu’elle émerge lentement du passé, l’aventure de l’empire khazar commence à ressembler à une farce, la plus cruelle que l’histoire ait perpétrée.
Je n’ignore pas qu’on pourrait l’interpréter avec malveillance, comme une négation de l’existence de l’Etat d’Israël. Mais ce droit n’est pas fondé sur les origines hypothétiques des juifs ni sur l’alliance mythologique entre Abraham et Dieu ; il est fondé sur la législation internationale, et précisément sur la décision prise par les Nations Unies en 1947 (…) Quelles que soient les origines raciales des citoyens d’Israël et quelles que soient les illusions qu’ils nourrissent à leur propos, leur Etat existe de jure et de facto, et il est impossible de le supprimer, sinon par génocide. Arthur Koestler (La Treizième Tribu, pp. 17-18 et 258)
La conclusion, proprement perverse, de son livre est d’attribuer au peuple palestinien ce qui a été dénié aux juifs, à savoir qu’ils sont – eux, les Palestiniens – les vrais descendants génétiques des Hébreux originaires ! Cet épilogue est le révélateur de la finalité du livre. On y trouve le principe mythologique de l’inversion dont le peuple juif est la victime coutumière : les juifs deviennent des non-juifs et les Palestiniens les juifs génétiques. On peut, dès lors, en déduire qui est l’occupant légitime du pays. En ne déconstruisant pas radicalement la notion d’héritage génétique, en en faisant, au contraire, bénéficier le peuple palestinien, Sand révèle tout l’impensé qui obscurément pourrit ce qu’il tient pour être une entreprise libératrice. Il montre que la méthode substitutive qu’il emploie est tout simplement mystificatrice, et ce d’autant plus qu’elle voudrait être au service de l’entente entre les ennemis. Eric Marty
L’essai de Koestler couvrait d’un vernis scientifique une profession de foi de type assimilationniste: les juifs devaient d’autant plus se fondre dans les nations européennes que l’écrasante majorité d’entre eux y plongeaient, à en croire Koestler, leur véritables racines. L’auteur de La Lie de la terre prétendait en effet, par une hypothèse, jamais corroborée depuis, que tous les juifs ashénazes – autrement dit la majorité des juifs dans le monde – étaient des descendants des Khazars, et non des émigrants venus du Moyen-Orient via l’ouest de l’Europe à la suites des expulsions médiévales – comme la plupart des historiens continuent à le penser. Nicolas Weill

Après la condamnation quasi-unanime de son intervention contre les missiles du Hamas …

Après le rapport de l’ONU le condamnant sans appel …

Après l’élection du premier président américain d’origine musulmane décidé à lui imposer les diktats de ses coreligionnaires …

Après, sans compter les incessants appels à la solution finale du pays co-organisateur, la conférence sur le racisme le désignant à l’opprobre international …

Après le boycott ou les menaces d’autodafé de ses livres ou de ses films

Après la tentative de déconstruction radicale de ses origines par l’un de ses propres historiens …

Retour, en ce 5770e Nouvel An juif, sur un autre exemple de cette bonne volonté fourvoyée prétendant promouvoir l’entente entre les ennemis.

A savoir la thèse d’un autre écrivain d’origine juive lui aussi (Arthur Koestler) qui souhaitait, à la veille de sa mort au milieu des années 70, enterrer définitivement l’antisémitisme et les théories raciales nazies.

Mais finissait pour ce faire, comme l’historien israélien Shlomo Sand qui le cite abondamment dans son livre et via son célèbre livre-enquête sur les Khazars (ce peuple du Caucase s’étant massivement converti au judaïsme au IXe siècle dont les juifs ashkénazes étaient censés uniquemen descendre – « La Treizième Tribu », 1976), d’imposer scientifiquement l’assimilation forcée des juifs aux nations européennes en leur déniant toute origine moyen-orientale.

Autrement dit, tout en ayant le mérite de ramener le projecteur sur l’importance et l’ancienneté des conversions dans les diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale et donc sur l’origine partiellement mythique de l’idée d’exil et d’errance desdites populations, en profitait pour dénier toute réalité à la notion de peuple juif et partant toute légitimité à leurs revendications territoriales

Ne leur concédant, comme seule garantie de leur existence, que la législation internationale et notamment la décision de 1947 des mêmes Nations-Unies qui allaient assimiler le sionisme au racisme et s’apprêtent, comme chaque année, à prêter leurs tribunes au dernier champion de la solution finale

L’histoire retrouvée des Khazars
Nicolas Weill
Le Monde
09.07.99

Jusqu’à une date récente le destin de cette peuplade qui vécut au sud de la Russie et passa au Moyen Age du paganisme au judaïsme inspirait plus les romanciers que les historiens. La conférence de Jérusalem a pu redonner une identité historique à ce « peuple fantôme »

Parlerait-on autant des Khazars si cette peuplade qui vécut dans le sud de l’actuelle Russie n’avait suivi un itinéraire singulier, passant du paganisme au judaïsme en plein haut Moyen Age ? La conférence qui s’est tenue en Israël du 24 au 28 mai à l’institut Ben-Zvi – un centre rattaché à l’Université hébraïque de Jérusalem – a permis en tout cas, en rassemblant exceptionnellement des chercheurs russes, américains, israéliens et même français, de montrer que ce « peuple fantôme », comme l’appelait encore dans les années 30 un historien français d’origine russe, Alexandre Baschmakoff, n’était pas seulement un terreau pour romanciers comme il l’avait été à la fin des années 80 pour l’écrivain yougoslave, aujourd’hui proche du régime de Slobodan Milosevic, Milorad Pavic et son Dictionnaire khazar. Peuple de légende, les Khazars ont aussi une histoire.

En Israël même, le domaine khazar a été passablement laissé en friche depuis vingt ans, depuis la mort d’un universitaire de Tel-Aviv du nom d’Abraham Poliak. Ce fut pourtant le livre de Poliak, Khazarie : histoire d’un royaume juif en Europe (1951, en hébreu) qui servit de caution savante à l’un des derniers ouvrages d’Arthur Koestler : La Treizième Tribu (Calmann-Lévy), dont la parution en 1976 fit grand bruit. L’essai de Koestler couvrait d’un vernis scientifique une profession de foi de type assimilationniste : les juifs devaient d’autant plus se fondre dans les nations européennes que l’écrasante majorité d’entre eux y plongeaient, à en croire Koestler, leur véritables racines. L’auteur de La Lie de la terre prétendait en effet, par une hypothèse, jamais corroborée depuis, que tous les juifs ashénazes – autrement dit la majorité des juifs dans le monde – étaient des descendants des Khazars, et non des émigrants venus du Moyen-Orient via l’ouest de l’Europe à la suites des expulsions médiévales – comme la plupart des historiens continuent à le penser.

FAIBLES TRACES

Très récemment, un linguiste de l’université de Tel-Aviv, Paul Wexler, a cherché à renflouer cette théorie où politique et science s’entremêlent. Dans ses Juifs ashkénazes. Un peuple turco-slave en quête d’une identité juive (Slavica, 1993, en anglais), ce spécialiste, assez isolé parmi ses confrères, entendait démontrer que la langue yiddish, parlée par les juifs d’Europe de l’Est, était en réalité une « langue slave », malgré son vocabulaire germanique (et hébreu), puisque sa syntaxe serait proche du russe. Quoi qu’il en soit, si la présence de fortes communautés juives à l’est est attestée dès le XIVe siècle, on situe la fin du kaghanat khazar ( kaghan étant le titre du roi chez les peuples d’origine turque), sous les coups de boutoir de la puissance russe émergente, dès 965. Un espace vide et mystérieux reste à combler…

Car, depuis lors, la trace des Khazars se perd. Leur langue et leur écriture ont livré aux philologues moins d’une centaine de mots, et il n’est pas certain que ce lexique lacunaire ne puisse être rapporté aux autres dialectes turcs parlés à cette époque dans la région. On trouve aussi quelques inscriptions dites « turco-runiques », encore à déchiffrer. Quant aux frontières même de ce royaume semi-nomade, entre la basse Volga, la Crimée et la Transcaucasie, elles ne sont pas fixées avec plus de précision. De cette accumulation d’inconnues, il ne faudrait pas conclure que l’on ne sait rien des Khazars. Près de huit cents sites archéologiques ont été ou fouillés, ou repérés, parmi lesquels une centaine de tombes ainsi que des forteresses comme celle de Sarkel, sur le Don, édifiée peut-être pour se garder des Hongrois, alors proches. Tous attestent la puissance passée des Khazars, dont un des souverains alla jusqu’à marier sa fille avec l’empereur de Byzance Constantin V, au VIIIe siècle. Aucun, en revanche, ne permettait d’y distinguer une culture spécifique, a fortiori une culture juive, jusqu’à ce que la très récente reconstitution par le Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg (Russie), de fragments d’ustensiles, mis au jour en 1901, ait révélé quatre fois le mot « Israël » en lettres hébraïques. Certains érudits paraissent par ailleurs beaucoup attendre des tests génétiques sur l’ADN des ossements prélevés pour l’étude des migrations et l’authentification des sites. D’autres sont plus sceptiques sur ce genre de pratiques qui évoquent fâcheusement celle de la Rassengeschichte d’avant-guerre (l’histoire raciale à l’allemande).

Les test ADN ne donneront sans doute guère de renseignements sur la conversion du royaume au judaïsme, phénomène inédit dans un haut Moyen Age dominé par l’émergence de l’islam et la christianisation des peuples païens d’Europe. C’est aussi un thème qui a fait peser sur l’érudition un certain malaise, jusqu’à une période fort récente. Celui qui fut le recteur de l’université de Leningrad (redevenue Saint-Pétersbourg), Mikhaïl Artamonov, mort au début des années 70, était pourtant un grand spécialiste de l’histoire khazare. Mais celui-ci tenait à la thèse, aujourd’hui rejetée par la plupart des spécialistes, selon laquelle seule l’élite aurait été convertie, pour des raisons « économiques » – la masse du « bon peuple » demeurant extérieure à ce mouvement, dont les « coupables », selon les termes d’Artamonov, auraient pu être des juifs venus du Daghestan.

CONVERSION PAR ÉTAPES

Aujourd’hui, l’historien américain Peter Golden, de l’université de Rutgers (Etats-Unis), dont les ouvrages sur la question font autorité, penche plutôt pour la thèse d’une conversion par étapes. L’adoption par une peuplade païenne de l’« empire des steppes » d’une religion certes monothéiste, mais marginale, n’avait rien d’exceptionnel. Les Ouïgours, un autre rameau de la branche turque, ne sont-ils pas passés du paganisme à un christianisme dissident : le manichéisme ? Du reste, avant l’adoption du judaïsme ou, pour certains, de l’islam (l’armée khazare comprenait plusieurs milliers de soldats musulmans), les Khazars révéraient une sorte de dieu-ciel plus ou moins unique, du nom de Tengri.

Norman Golb, de l’université de Chicago, a publié en 1982 dans la traduction anglaise quelques éléments d’une correspondance datant du milieu du Xe siècle entre un ministre juif du calife de Cordoue, Hasdaï ibn Shaprout, et un certain roi khazar du nom de Joseph. Avec les récits des ambassadeurs, missionnaires ou voyageurs arabes, byzantins et même chinois, ces documents demeurent à ce jour la principale source écrite de l’histoire de la Khazarie. Pour Norman Golb, un prosélytisme juif avait bien cours au Moyen Age même en Occident, et pouvait même obéir à des motifs purement religeux, et non économiques ni géopolitiques.

Une conversion qui, d’après les sources, aurait été plus tardive qu’on ne le pensait. En 1995, relisant la correspondance entre Hasdaï ibn Shaprout et le « roi Joseph », un chercheur du Collège de France, Constantin Zuckerman, dans un article paru dans la Revue des études byzantines (tome 53, en anglais), a bouleversé la chronologie traditionnelle, qui la situait aux alentours de 740. Pour Zuckerman, c’est en 861 seulement, soit juste un siècle avant la destruction du royaume khazar, que le judaïsme serait devenu religion officielle alors que les liens avec l’allié byzantin se relâchaient. « Cette amitié se transforma en une immense haine, dit-il, entièrement due au choix religieux des Khazars. Qui oserait soutenir que la religion peut être distinguée de la politique ? »


Hommage à Irving Kristol: Pas de beurre sans canons (There Is no military free lunch)

19 septembre, 2009
Guns for butter
Un néoconservateur est un homme de gauche qui s’est fait braquer par la réalité. Un néolibéral est un homme de gauche qui s’est fait lui aussi agresser par la réalité, mais n’a pas porté plainte. Irving Kristol
Les Soviétiques font passer les canons au-dessus du beurre, mais nous plaçons presque tout au-dessus des canons. (…) Mais (…) la puissance militaire soviétique ne disparaîtra pas juste parce que nous refusons de la regarder. Margaret Thatcher (1976)
There is good reason — perhaps even right reason — for the administration’s position. It has to do with our definition of the American national interest in the Gulf. This definition does not imply a general resistance to ‘aggression.’ … And this definition surely never implied a commitment to bring the blessings of democracy to the Arab world. … [No military] alternative is attractive, since each could end up committing us to govern Iraq. And no civilized person in his right mind wants to govern Iraq. Irving Kristol
The only innovative trend in our foreign-policy thinking at the moment derives from a relatively small group, consisting of both liberals and conservatives, who believe there is an « American mission » actively to promote democracy all over the world. This is a superficially attractive idea, but it takes only a few moments of thought to realize how empty of substance (and how full of presumption!) it is. In the entire history of the U.S., we have successfully « exported » our democratic institutions to only two nations — Japan and Germany, after war and an occupation. We have failed to establish a viable democracy in the Philippines, or in Panama, or anywhere in Central America. Irving Kristol
Neo-conservatism is not at all hostile to the idea of a welfare state, but it is critical of the Great Society version of this welfare state. In general, it approves of those social reforms that, while providing needed security and comfort to the individual in our dynamic, urbanized society, do so with a minimum of bureaucratic intrusion in the individual’s affairs. Such reforms would include, of course, social security, unemployment insurance, some form of national health insurance, some kind of family assistance plan, etc. In contrast, it is skeptical of those social: programs that create vast and energetic bureaucracies to “solve social problems.” In short, while being for the welfare state, it is opposed to the paternalistic state. It also believes that this welfare state will best promote the common good if it is conceived in such a way, as not to go bankrupt. Irving Kristol (« What Is a ‘Neo-Conservative’?”, Newsweek, January 19, 1976)
La question légitime à se poser au sujet de n’importe quel programme, c’est: « cela marchera-t-il »?
Car il y a une chose que le peuple américain sait au sujet du sénateur McCarthy: il est, comme eux, irrévocablement anti-communiste. Conviction qu’ils ne partagent en aucune façon concernant les porte-paroles de la gauche américaine. Et avec une certaine justification. (1952)
C’est l’engagement pleinement assumé des néoconservateurs d’expliquer au peuple américain pourquoi il a raison et aux intellectuels pourquoi ils ont tort.
Aux Etats-Unis aujourd’hui, la loi insiste sur le fait qu’une fille de 18 ans a le droit à la fornication publique dans un film pornographique – mais seulement si elle est payée le salaire minimum.
Aussi loin que je me souvienne, j’ai été néo-quelque chose: néo-marxiste, néo-trotskyste, néo-gauchiste, néo-conservateur et, en religion, toujours néo–orthodoxe, même quand j’étais néo-trotskyste et néo-marxiste. Je vais finir néo-. Juste néo-, c’est tout. Néo-tiret-rien. Irving Kristol
Qui sait si la déliaison des individualités ne nous réserve pas des épreuves qui n’auront rien à envier, dans un autre genre, aux affres des embrigadements de masse? Marcel Gauchet
In April 1991, in the fallout of the Gulf War, Iraqi leader Saddam Hussein brutally suppressed Kurds and Shiites who were answering U.S. President George H.W. Bush’s call to overthrow him. With America standing by, Saddam used his Army helicopters to ensure the perpetuation of his bloody rule. Although many in the United States protested, one observer forcefully supported the White House’s decision not to intervene at that moment. (…) The observer was Irving Kristol, the so-called « godfather » of neoconservatism. But if that doesn’t sound like neoconservatism, it’s because, well, it isn’t. Kristol’s pronouncement was, in fact, plain realpolitik, as far as possible from the pro-intervention hawkishness that characterizes neoconservatism today. This doesn’t mean Kristol, who died Sept. 18 at 89, wasn’t a neoconservative. Rather, it shows how much Kristol’s neoconservatism — the movement he invented, or at least successfully branded and marketed — differed from its descendents today. In fact, the original strand of neoconservatism didn’t pay any attention to foreign policy. Its earliest members were veterans of the anti-communist struggles who had reacted negatively to the leftward evolution of American liberalism in the 1960s. They were sociologists and political scientists who criticized the failures and unintended consequences of President Lyndon Johnson’s « Great Society » programs, especially the war on poverty. They also bemoaned the excesses of what Lionel Trilling called the « adversary culture » — in their view, individualistic, hedonistic, and relativistic — that had taken hold of the baby-boom generation on college campuses. Although these critics were not unconditional supporters of the free market and still belonged to the liberal camp, they did point out the limits of the welfare state and the naiveté of the boundless egalitarian dreams of the New Left. These thinkers found outlets in prestigious journals like Commentary and The Public Interest, founded in 1965 by Kristol and Daniel Bell (and financed by Warren Demian Manshel, who helped launch Foreign Policy a few years later). Intellectuals like Nathan Glazer, Seymour Martin Lipset, Daniel Patrick Moynihan, James Q. Wilson, and a few others took to the pages of these journals to offer a more prudent course for American liberalism. They were criticized for being too « timid and acquiescent » by their former allies on the left, among them Michael Harrington, who dubbed them « neoconservatives » to ostracize them from liberalism. Although some rejected the label, Kristol embraced it. He started constructing a school of thought, both by fostering a network of like-minded intellectuals (particularly around the American Enterprise Institute) and by codifying what neoconservatism meant. This latter mission proved challenging, as neoconservatism often seemed more like an attitude than a doctrine. Kristol himself always described it in vague terms, as a « tendency » or a « persuasion. » Even some intellectuals branded as part of the movement were skeptical that it existed. « Whenever I read about neoconservatism, » Bell once quipped, « I think, ‘That isn’t neoconservatism; it’s just Irving.’ » Regardless of what it was, neoconservatism started to achieve a significant impact on American public life, questioning the liberal take on social issues and advancing innovative policy ideas like school vouchers and the Laffer Curve. If the first generation of neoconservatives was composed of New York intellectuals interested in domestic issues, the second was formed by Washington Democratic operatives interested in foreign policy. This strand gave most of its DNA to latter-day neocons — and Kristol played only a tangential role. The second wave of neoconservatives came in reaction to the nomination of George McGovern as the 1972 Democratic presidential candidate. Cold War liberals deemed McGovern too far to the left, particularly in foreign policy. He suggested deep cuts in the defense budget, a hasty retreat from Vietnam, and a neo-isolationist grand strategy. New neocons coalesced around organizations like the Coalition for a Democratic Majority and the Committee on the Present Danger, journals like Norman Podhoretz’s Commentary (the enigmatic Podhoretz being the only adherent to neoconservatism in all its stages), and figures like Democratic Sen. Henry « Scoop » Jackson — hence their alternative label, the « Scoop Jackson Democrats. » These thinkers, like the original neoconservatives, had moved from left to right. Many of them, even if members of the Democratic Party, ended up working in the Reagan administration. Others joined the American Enterprise Institute and wrote for Commentary and the editorial pages of the Wall Street Journal. Moreover, some original neoconservatives, like Moynihan, became Scoop Jackson Democrats. Thus, the labels became interchangeable and the two movements seemed to merge. But this elided significant differences between them. On domestic issues, Scoop Jackson Democrats remained traditional liberals. In the 1970s, while Jackson was advocating universal health care and even the control of prices and salaries in times of crisis, Kristol was promoting supply-side economics and consulting for business associations and conservative foundations. On foreign-policy issues, Scoop Jackson Democrats emphasized human rights and democracy promotion, while Kristol was a classical realist. They agreed, however, on the necessity of a hawkish foreign and defense policy against the Soviet empire. (…) Although a few other neoconservatives followed Kristol’s realist line (Glazer and, to some extent, Jeane Kirkpatrick), for most of the others the idea of retrenching and playing a more modest international role disturbingly looked like the realpolitik that had led to détente and other distasteful policies. The vast majority of Scoop Jackson Democrats advocated a more assertive and interventionist posture and continued to favor at least a dose of democracy promotion (most notably Joshua Muravchik, Ben Wattenberg, Carl Gershman, Michael Ledeen, Elliott Abrams, Podhoretz, and others). Their legacy would prevail. Thus, the neocons — the third wave — were born in the mid-1990s. Their immediate predecessors, more so than the original neoconservatives, provided inspiration. But they developed their ideas in a new context where America had much more relative power. And this time, they were firmly planted on the Republican side of the spectrum. Kristol’s son, Bill, played a leading role, along with Robert Kagan, in this resurrection through two initiatives he launched — the Weekly Standard magazine and the Project for the New American Century (PNAC), a small advocacy think tank. Bill Kristol and Kagan initially rejected the « neoconservative » appellation, preferring « neo-Reaganism. » But the kinship with the second age, that of the Scoop Jackson Democrats, was undeniable, and there was a strong resemblance in terms of organizational forms and influence on public opinion. Hence the neoconservative label stuck. The main beliefs of the neocons — originated in a 1996 Foreign Affairs article by Kagan and Bill Kristol, reiterated by PNAC, and promulgated more recently by the Foreign Policy Initiative — are well-known. American power is a force for good; the United States should shape the world, lest it be shaped by inimical interests; it should do so unilaterally if necessary; the danger is to do too little, not too much; the expansion of democracy advances U.S. interests. But what was Irving Kristol’s view on these principles and on their application? Toward the end of his life, the elder Kristol tried to triangulate between his position and that of most neocons, arguing in 2003 that there exists « no set of neoconservative beliefs concerning foreign policy, only a set of attitudes » (including patriotism and the rejection of world government), and minimizing democracy promotion. But at this point, the movement’s center of gravity was clearly more interventionist and confident of the ability to enact (democratic) change through the application of American power than Kristol could countenance. He kept silent on the 2003 invasion of Iraq, while the Scoop Jackson Democrats and third-wave neocons cheered. Thus, ironically, when most people repeat the line about Kristol being « the godfather of neoconservatism, » they assume he was a neocon in the modern sense. But this ignores his realist foreign policy — while also obscuring the impressive intellectual and political legacy he leaves behind him on domestic issues. Justin Vaïsse
Pour beaucoup d’analystes, le néoconservatisme est un phénomène spécifiquement américain: affirmation vigoureuse des «valeurs américaines» face au relativisme, opposition au libéralisme progressiste, défense du rôle social de la religion et de la tradition, souverainisme et promotion d’une politique étrangère «musclée» – autant de traits qui n’auraient pas cours dans notre «vieille Europe». Pourtant l’observation de l’évolution de la vie intellectuelle française au cours des vingt dernières années conduit à se rendre à l’évidence: il existe bel et bien des convergences frappantes entre une partie significative de notre intelligentsia – qui n’est d’ailleurs pas la moins influente – et les thèses de ces «neocons» qui ont fait couler tant d’encre ces dernières années. Plusieurs ouvrages récents argumentent dans ce sens: Les Maoccidents de Jean Birnbaum (Stock, 2009) est un réquisitoire implacable contre la «Génération» des ex-maoïstes soixante-huitards. La pensée anti-68 de Serge Audier (La Découverte, 2008), qui s’intéresse à la lecture de mai 1968, en général d’une grande sévérité, qui s’est peu à peu imposée dans le débat d’idées en France. (…) Daniel Lindenberg, qui publie ces jours-ci Le procès des Lumières (Seuil, 2009), va plus loin: le néoconservatisme serait un phénomène mondialisé, voire majoritaire dans le monde intellectuel. (…) On retrouve dans de telles analyses les grands thèmes de la pensée néoconservatrice américaine. Comme le montre Serge Audier, l’analyse de l’individualisme contemporain par Manent et Gauchet, caractérisée par son pessimisme extrême, reprend les conclusions d’une certaine sociologie américaine – celle d’un Daniel Bell ou d’un Christopher Lasch, auteur de La Culture du Narcissisme – qui a nourri la charge anti-libérale des «neocons». Pierre Manent se réfère fréquemment à leur maître à penser, le philosophe Leo Strauss, qui mettait en garde contre le caractère relativiste et donc nihiliste des Lumières et de la modernité. On retrouve chez des auteurs comme Manent et Gauchet la critique, caractéristique du néoconservatisme, de la «culture des droits». Même si elle est moins dirigée contre l’Etat-Providence qu’outre-Atlantique, on y retrouve la même focalisation sur le bilan négatif des mouvements des années 1960 et notamment de l’héritage de mai 1968, interprété comme un triomphe du narcissisme et du culte des jouissances matérielles. L’importance de la religion pour cimenter la communauté des citoyens n’est pas oubliée: il y a lieu de s’inquiéter de la «radicalisation fondamentaliste et universaliste de l’idée démocratique» qu’entraîne la disparition des derniers «vestiges de la forme religieuse» (Gauchet) et de «la vacuité spirituelle de l’Europe indéfiniment élargie» (Manent). (…) De façon surprenante, du moins à première vue, la vision du monde de certaines figures emblématiques de Mai 1968 n’est pas très éloignée. Elle est même plus radicale encore. Comme le raconte Jean Birnbaum, les têtes pensantes de la «Génération», formée à Normale Sup dans les séminaires de Louis Althusser et Jacques Lacan avant de s’engager avec ferveur, le «petit livre rouge» à la main, dans les rangs de la Gauche prolétarienne (GP), sont bien loin de la foi progressiste de leur jeunesse. En témoigne ce colloque organisé au théâtre Hébertot le 10 novembre 2003, «La question des Lumières», véritable rassemblement d’anciens militants (ou compagnons de route) de la GP, qui voit l’ensemble des participants (à la notable exception de Bernard-Henri Lévy) communier dans une remise en cause radicale de l’héritage des Lumières. Le thème du débat: l’œuvre de Benny Lévy, ex-leader de la GP sous le nom de Pierre Victor, décédé quelques jours auparavant, et le livre réquisitoire de Jean-Claude Milner, Les Penchants Criminels de l’Europe démocratique. La thèse de ce dernier est terrible, extrême: l’Europe doit son unification à la Shoah, «solution» à la question juive posée par la modernité rationaliste et universaliste elle-même. Birnbaum rappelle le soutien actif apporté à l’entreprise de Milner par Benny Lévy, ancien secrétaire de Sartre passé du maoïsme au judaïsme orthodoxe, fondateur avec Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy de l’Institut d’études lévinassiennes – personnage à l’influence restée intacte parmi ses anciens camarades. L’Europe des Lumières est selon Milner le «régime de l’illimité»: à l’intérieur, son souci essentiel est la satisfaction sans fin des intérêts de l’individu abstrait; à l’extérieur, son obsession est de favoriser l’expansion sans limites du droit et de la paix. Elle cherche ainsi à étendre son type de société à l’humanité entière. Un obstacle, pourtant, se dresse sur sa route: les porteurs du nom juif, incarnation par excellence du «limité», de la singularité, de la filiation. Cette Europe-là ne peut souhaiter que la destruction d’Israël, Etat juif à l’heure où règne l’universalisme abstrait; Etat qui incarne, par excellence, la «frontière» à une époque où l’Europe les abolit – en bref un Etat-Nation «à l’ancienne», incarné, charnel. C’est de cette Europe que provient aujourd’hui le danger principal pour les Juifs. Le vieux nationalisme européen, celui qu’a pu incarner un Charles Maurras, reprochait autrefois aux Juifs d’être les agents du cosmopolitisme, errant à la surface de la terre sans patrie ni frontières. Mais aujourd’hui, c’est l’Europe qui incarne cet «illimité», ce cosmopolitisme destructeur des singularités que dénonçait Maurras. Et c’est elle qui menace les Juifs, car ils disposent maintenant d’une patrie. (…) La critique, ici, est culturelle autant que politique. Dans cette veine, se distingue une autre figure de notre paysage intellectuel: Alain Finkielkraut. Sans appartenir pleinement à l’une des chapelles, il mène une réflexion personnelle qui puise abondamment aux deux sources néo-tocquevillienne et néo-lévinassienne (on en croise fréquemment les représentants dans son émission «Ripostes»). Ce qui le préoccupe au plus haut point, c’est le déclin de la «haute culture». «Tout est devenu culture, culture de la drogue, culture rock, culture des gangs de rue et ainsi de suite sans la moindre discrimination»: cette phrase n’est pas extraite de La Défaite de la Pensée mais de The Closing of the American Mind le best-seller du «neocon» Allan Bloom, le plus illustre disciple de Leo Strauss. La proximité de l’argumentation des deux ouvrages saute aux yeux. Le relativisme généralisé, nous dit «Finkie» à longueur d’émissions, le triomphe d’une «culture de masse» abêtissante, reflète et accentue le déchaînement narcissique et l’atomisation de la société. Il sécrète une nouvelle barbarie qui prospère sur les ruines de la Culture et détruit la politique. Cette argumentation arendtienne et tocquevillienne – mais aussi, donc, straussienne – a bel et bien des implications politiques: il faut résister au multiculturalisme, expression du relativisme, et surtout lutter à tout prix pour restaurer la transmission des valeurs et le respect de l’autorité – c’est-à-dire prendre le parti du «survivant», qui reçoit et transmet un héritage, contre le «moderne» qui sacralise l’individu. (…) «Un néoconservateur», clamait Irving Kristol, «c’est un homme de gauche qui a été agressé par la réalité». La réalité sociale contemporaine est en effet ce qui consterne au plus haut point les néoconservateurs à la française. Cette réalité, c’est d’abord l’absence du peuple. Ce peuple dans lequel ils plaçaient autrefois tous leurs espoirs s’est désagrégé en une «société d’individus», s’est vautré dans les jouissances matérielles, il a perdu la «common decency» dont parlait George Orwell. Il ne porte plus la promesse d’une nouvelle société; à en croire certains propos d’un Finkielkraut, il porte plutôt en lui une nouvelle forme de barbarie, celle qui sévit aujourd’hui dans nos banlieues. Nos intellectuels sont passés de l’antitotalitarisme, avec sa critique de l’optimisme historique et de l’idéologie du progrès, à la désillusion envers toute perspective progressiste.  (…) Contrairement à leurs homologues américains, ils se tiennent à bonne distance de la politique partisane: ils ont tiré les leçons des errements des intellectuels français au XXème siècle, et affichent pour certains un certain fatalisme. Ils n’ont pas lancé de vaste offensive politique, avec think tanks, revues et relais dans le monde politique et l’administration. La thèse de Daniel Lindenberg selon laquelle l’hégémonie du néoconservatisme aurait accouché du sarkozysme n’est pas entièrement convaincante. Mais l’influence que leur procure leur magistère intellectuel est réelle: on en trouve la trace dans les discours contre l’égalitarisme à l’école, le communautarisme, la «repentance» face au passé national, etc… (…) On a parfois présenté les néoconservateurs américains comme des «nouveaux jacobins» (au sens originel du terme) ou comme des «wilsoniens bottés», mus par le messianisme des Lumières. C’est tout le contraire. Ils croient certes qu’il faut défendre avec vigueur la liberté contre la tyrannie (contre le relativisme, la «douceur» et l’esprit de faiblesse caractéristiques de l’esprit démocratique même). Mais ils croient d’abord et surtout à la vérité de leurs traditions et valeurs nationales. (…) La seule vraie différence est l’obsession des «neocons», que ne partagent pas les Français, pour la politique étrangère. Sans doute la puissance des Etats-Unis leur attribue-t-elle à leurs yeux une mission particulière dans la défense de l’Occident en péril contre ses ennemis extérieurs. Les néoconservateurs français les retrouvent toutefois dans la dénonciation de la tendance européenne au pacifisme munichois (Finkielkraut, Milner) et dans l’appel à «des nations qui se comportent comme des nations» contre l’angélisme démocratique (Gauchet). Sans oublier le combat contre l’illusion dangereuse d’un «gouvernement mondial». Car là où leurs cousins américains fustigent l’ONU, les Français ont trouvé leur bête noire: cette Union européenne «sans corps», sans identité et sans frontières définies, triomphe «anti-politique» du règne du marché et du droit, pointe avancée du «patriotisme constitutionnel» d’Habermas et du projet kantien de paix perpétuelle. (…) Au bout du compte, malgré la valeur intellectuelle indéniable de leur réflexion, malgré le nombre des références, malgré la sophistication du propos, les réalités socio-économiques sont évacuées au profit d’un discours essentiellement moralisant. Telle est, selon Zeev Sternhell (Les Anti-Lumières, Fayard, 2006), la source du succès du néoconservatisme: il «a réussi à convaincre la grande majorité des Américains que les questions essentielles dans la vie d’une société ne sont pas les questions économiques, et que les questions sociales sont en réalité des questions morales». Contre leurs contempteurs (on se souvient de la violente controverse qui a suivi la publication du pamphlet, il est vrai très polémique, de Daniel Lindenberg sur «les nouveaux réactionnaires», et qui ne manquera pas d’être ravivée par le dernier ouvrage de son auteur), les néoconservateurs à la française défendront toujours le devoir de l’intellectuel de mener une critique lucide de la modernité et d’avertir leur contemporains des dangers qu’ils courent, et crieront toujours à la police de la pensée. Il n’empêche que leur discours doit continuer d’être examiné et critiqué, car il met en jeu la conception même que l’on se fait de la démocratie. Pour eux en effet, la démocratie n’est pas un projet inachevé, sans cesse à construire et à parfaire: il s’agit d’un legs, certes précieux, mais dont la fuite en avant menace d’entraîner la perte. Une dynamique à contenir, voire à bloquer, plutôt qu’à approfondir. Robert Landy

Au lendemain de l’annonce, dans son obsession à se démarquer du néo-conservatisme de son prédécesseur, de l’abandon du bouclier antimissile et à nouveau (contre les promesses faites mais ils doivent avoir l’habitude!) des pays de l’Europe centrale et de l’est comme la Tchécoslovaquie ou la Pologne par le nouveau Chamberlain de la Maison Blanche …

Et de la disparition, à 89 ans bien remplis, d’Irving Kristol, parrain du néoconservatisme et de tous les gens de gauche qui comme lui avaient, selon son mot fameux, été « braqués par la réalité » et avaient dès lors décidé de placer le pragmatisme au-dessus de l’idéologie et du mépris des aspirations des gens ordinaires.

Retour, en guise d’hommage et d’avertissement renouvelé à la fois, sur sa tribune classique de février 1990 (que le NYT venait d’ailleurs de ressortir).

Rappelant les faux calculs de ceux qui critiquaient la très faible hausse des dépenses militaires présentées par le ministre de la défense de Bush père Dick Cheney.

Au moment où revenait sur le tapis avec la fin de la guerre froide (comme aujourd’hui avec la fin de la guerre en Irak et la crise financière) le vieux débat (déjà à la veille de l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 suite à la démission du Secrétaire d’Etat pacifiste William Bryan Jennings et au sujet notamment de la construction d’usines de nitrates en Alabama « pour l’engrais en temps de paix et la poudre à canon en temps de guerre ») sur les « dividendes de la paix » et du « beurre contre les canons » …

There Is No Military Free Lunch
Irving Kristol
The New York Times
February 2, 1990

Now that the cold war is over and I need worry less about my personal safety and welfare, I find myself contemplating with pleasure all the money I shall save and be able to spend. These savings are of a peculiar kind: they represent expenditures I had thought of making but that no longer seem necessary.

To cope with the prospect of nuclear war, I had wondered about the advisability of purchasing a large country estate, which would shelter my wife, children, grandchildren and perhaps the families of a few nieces and nephews. To reach this refuge, I would need a large, fast station wagon, perhaps two. There would be other expenses, too, and I have calculated the total cost in the vicinity of $1.5 million, with maintenance costs of about $25,000 a year.

What a blessing to be relieved of such expenditures! There are so many needs I can satisfy with this saving. We can at last have our kitchen redone; we can take a long-delayed, unhurried holiday in Europe; we can double our contributions to charity – and more. We shall, of course, pay for these expenditures with a credit card. We shall also, of course, end up filing for bankruptcy.

A combination of hypothetical savings with actual spending is a clear path to financial ruin. Nevertheless, much of the discussion of a peace dividend, and the uses to which it might be put, revolves around exactly such a combination.

Those hypothetical savings are enormous. If we simply forget about providing ourselves with new land-based nuclear missiles, consigning the MX and Midgetman to oblivion, we would save $10 billion annually in the years ahead. That’s a lot of money, and under present circumstances a sensible idea. But while forgetting the MX and the Midgetman, we ought to remember that they barely exist. This is a hypothetical saving of a hypothetical expenditure. It gives us no cash in hand. Surely, however, there are real cash savings, in addition to such hypothetical savings, that will be available from a reduction in the Pentagon’s budget? Yes, there are – but they will be far more modest than one realizes. The villain is inflation.

Let us assume that we insist the Pentagon’s budget should remain exactly at its current level, with no adjustment for inflation. Let us further assume that we can look forward to economic growth of 3 percent a year, with inflation at 4 percent. Neither assumption seems particularly radical, and both allow more of the resources created by economic growth to be allocated to nonmilitary purposes. What’s wrong with that? Is it not a prudent and responsible reaction to the end of the cold war? Indeed, might we not think of a real (inflation-adjusted) cut in the military budget of another 3 percent, which would provide us with far more  »extra » money? Many liberals in Congress have exactly such thoughts.

Well, we had better not think too seriously along any such lines, because the interaction of these  »modest » assumptions will engender immodest results. This flows from the compounding effect of inflation, which can be devastating to anyone or anything with a static or declining income. If we take the more ambitious cut of 7 percent annually (4 percent inflation plus 3 percent cash), in 10 years we shall have a military budget, in 1990 dollars, of less than one-half the present size.

Even with fixing that budget at its current level, and with no further cuts, a decade from now it will be about 33 percent smaller (in 1990 dollars) than is the case today. We are talking about a truly radical shrinkage in our military establishment.

One does not wish to exaggerate. After any combination of these projected paths for the military budget, we shall still have a military establishment that will be more than negligible. It will probably be slightly superior to Japan’s, though perhaps not quite a match for Syria’s tanks and air power. It ought to be sufficient to deter a hostile power from invading our territory. Our military condition would be comparable to Sweden’s today.

Will we tolerate such a diminution of our position as a world power? Are we willing to relinquish the possibility of intervening anywhere, ever, to help shape a world order in flux? Will we count on our nursing homes and day care centers, rather than our Navy, Air Force and Marines, to deter foreign nations from taking actions offensive and hostile to us? Are we content to become a larger Sweden, existing comfortably, if a bit precariously, on the margin of world affairs?

I don’t believe it. Such a prospect goes too profoundly against the grain. Even Congress, which would dearly love to spend every penny of that dividend – if it existed – is likely to find such a future intolerable.

So we shall discover, after the dust has cleared, that there is a consensus in the vicinity of Defense Secretary Dick Cheney’s proposal to increase the defense budget, but only by a couple of percentage points below the inflation rate. If we have decent growth, we’ll end up with a small cash dividend next year, maybe $6 billion to $8 billion. If we have a period of slow growth, the dividend will not materialize. Meanwhile, our military establishment will experience a moderate (though real) decline – one that does not disarm us precipitously.

The odd thing is that since 1985 the military budget has been experiencing, under Congressional pressure, almost exactly the nominal increase and real cut Secretary Cheney proposes.

So where has the  »peace dividend » gone? In part, it has been spent on social programs, and in part it has been used to keep the budget deficit from getting even larger than it is. All in all, it has been virtually invisible. It would take at least a decade for this  »peace dividend » simply to pay for the bailout of the savings and loan industry.

Discussion of the  »peace dividend » is a distraction from the main debate taking place in Washington: To what degree should the fruits of economic growth, represented by increased Government revenues, be spent on social programs as against reducing the budget deficit? Conservatives will say that reducing the deficit must take priority. Liberals may not deny the importance of reducing the deficit but will demand a tax increase to cope with our social problems and social needs.

That is the real debate. As it proceeds, you will not hear serious people in Congress or the executive branch chattering about a  »peace dividend, » which has already been swallowed up by the deficit and mandated outlays on the environment, the drug war, medical services to the elderly and other popular programs.

Irving Kristol was publisher of The National Interest and co-editor of The Public Interest, quarterly journals.

Voir aussi:

Irving Kristol, Godfather of Conservatism, Dies
Barry Gewen
The New York Times
September 19, 2009

Irving Kristol, the political commentator who, as much as anyone, defined modern conservatism and helped revitalize the Republican Party in the late 1960s and early ’70s, setting the stage for the Reagan presidency and years of conservative dominance, died Friday in Arlington, Va. He was 89 and lived in Washington.

His son, William Kristol, the commentator and editor of the conservative magazine The Weekly Standard, said the cause of death was complications of lung cancer.

Mr. Kristol exerted an influence across generations, from William F. Buckley to the columnist David Brooks, through a variety of positions he held over a long career: executive vice president of Basic Books, contributor to The Wall Street Journal, professor of social thought at New York University, senior fellow at the American Enterprise Institute.

He was commonly known as the godfather of neoconservatism, even by those who were not entirely sure what the term meant. In probably his most widely quoted comment — his equivalent of Andy Warhol’s 15 minutes of fame — Mr. Kristol defined a neoconservative as a liberal who had been “mugged by reality.”

It was a description that summarized his experience in the 1960s, along with that of friends and associates like Daniel Bell, Nathan Glazer and Daniel Patrick Moynihan. New Deal Democrats all, they were social scientists who found themselves questioning many of President Lyndon B. Johnson’s Great Society ideas.

Mr. Kristol translated his concerns into a magazine. In 1965, with a $10,000 contribution from a wealthy acquaintance, he and Daniel Bell started The Public Interest. Its founding is generally considered the beginning of neoconservatism. “Something like a ‘movement’ took shape,” Mr. Kristol wrote, “with The Public Interest at (or near) the center.”

The Public Interest writers did not take issue with the ends of the Great Society so much as with the means, the “unintended consequences” of the Democrats’ good intentions. Welfare programs, they argued, were breeding a culture of dependency; affirmative action created social divisions and did damage to its supposed beneficiaries. They placed practicality ahead of ideals. “The legitimate question to ask about any program,” Mr. Kristol said, “is, ‘Will it work?’,” and the reforms of the 1960s and ’70s, he believed, were not working.

For more than six decades, beginning in 1942, when he and other recent graduates of City College founded Enquiry: A Journal of Independent Radical Thought, his life revolved around magazines. Besides The Public Interest, Mr. Kristol published, edited and wrote for journals of opinion like Commentary, Encounter, The New Leader, The Reporter and The National Interest.

All were “little magazines,” with limited circulations, but Mr. Kristol valued the quality of his readership more than the quantity. “With a circulation of a few hundred,” he once said, “you could change the world.”

Small circles and behind-the-scenes maneuverings suited him. He never sought celebrity; in fact, he was puzzled by writers who craved it. Described by the economics writer Jude Wanniski as the “hidden hand” of the conservative movement, he avoided television and other media spotlights; he was happier consulting with a congressman like Jack Kemp about the new notion of supply-side economics and then watching with satisfaction as Mr. Kemp converted President Ronald Reagan to the theory. Mr. Kristol was a man of ideas who believed in the power of ideas, an intellectual whose fiercest battles were waged against other intellectuals.

A major theme of The Public Interest under Mr. Kristol’s leadership was the limits of social policy; he and his colleagues were skeptical about the extent to which government programs could actually produce positive change.

Neoconservatism may have begun as a dispute among liberals about the nature of the welfare state, but under Mr. Kristol it became a more encompassing perspective, what he variously called a “persuasion,” an “impulse,” a “new synthesis.” Against what he saw as the “nihilistic” onslaught of the ’60s counterculture, Mr. Kristol, in the name of neoconservatism, mounted an ever more muscular defense of capitalism, bourgeois values and the aspirations of the common man that took him increasingly to the right.

For him, neoconservatism, with its emphasis on values and ideas, had become no longer a corrective to liberal overreaching but an “integral part” of conservatism and the Republican Party, a challenge to liberalism itself, which, in his revised view, was a destructive philosophy that had lost touch with ordinary people.

Neoconservatism maintained a lingering sympathy for certain aspects of Roosevelt’s New Deal, but its focus had shifted to the culture wars and to upholding traditional standards. Liberalism led to “moral anarchy,” Mr. Kristol said, arguing the point with one of his wisecracking encapsulizations: “In the United States today, the law insists that an 18-year-old girl has the right to public fornication in a pornographic movie — but only if she is paid the minimum wage.”

Mr. Kristol’s rightward drift, though it brought him new allies like Buckley and Robert Bartley, the head of The Wall Street Journal’s editorial board, broke up the original Public Interest family. Mr. Moynihan went on to a celebrated career as a Democratic senator from New York, and Mr. Bell gave up the coeditorship of the magazine in the early ’70s, declaring himself a socialist in economics, a liberal in politics and a conservative in culture. (He was replaced by Nathan Glazer.)

But neoconservatism turned quite literally into a family affair for Mr. Kristol. His wife, Gertrude Himmelfarb, a distinguished historian of 19th-century England, wrote books and articles critical of modern permissiveness and urged a return to Victorian values. His son, William, who had been Vice President Dan Quayle’s chief of staff, became a leading spokesman for neoconservatism in his own right as a television commentator, the editor of The Weekly Standard and briefly a columnist for The New York Times. Friends referred to them as America’s first family of neoconservatism.

Mr. Kristol’s weapon of choice was the biting polemical essay of ideas, a form he mastered as part of the famed circle of writers and critics known as the New York Intellectuals, among them the ferocious literary brawlers Mary McCarthy and Dwight Macdonald. Mr. Kristol once described feeling intimidated at a cocktail party when he was seated with Ms. McCarthy on one side, Hannah Arendt on the other and Diana Trilling across from him.

He learned the hard way that he was not destined to be an author of books. In the late 1950s he spent three months researching a study of the evolution of American democracy, only to abandon the project, he said, once he realized “it was all an exercise in futility.” An attempted novel was consigned to his incinerator. “I was not a book writer,” he said.

The four volumes published under his name — “On the Democratic Idea in America” (1972), “Two Cheers for Capitalism” (1978), “Reflections of a Neoconservative” (1983) and “Neoconservatism: The Autobiography of an Idea” (1995) — are collections of previously published articles.

As an essayist, Mr. Kristol was sharp, witty, aphoristic and assertive. “Equivocation has never been Irving Kristol’s long suit,” his friend Robert H. Bork said of him. Before achieving his reputation as a writer on political and social affairs, he was a wide-ranging generalist. In the 1940s and ’50s, his subjects included Einstein, psychoanalysis, Jewish humor and the Marquis de Sade.

His erudition could burst out at unexpected moments. An attack on environmental extremists uses a quotation from Auden; a passage about American men’s obsession with golf cites T.S. Eliot. But he could be a verbal streetfighter as well. John Kenneth Galbraith, he wrote, “thinks he is an economist and, if one takes him at his word, it is easy to demonstrate that he is a bad one.” After it was revealed that Magic Johnson had tested HIV positive, Mr. Kristol wrote: “He is a foolish, reckless man who does not merit any kind of character reference.”

Mr. Kristol seemed to need enemies: the counterculture, the academic and media professionals who made up what he called the New Class, and finally liberalism in its entirety. And he certainly made enemies with his harsh words.

Yet underlying the invective was an innate skepticism, even a quality of moderation and self-mockery, which was often belied by his single-mindedness. This stalwart defender of free enterprise could manage only two cheers for capitalism. “Extremism in defense of liberty,” he declared, taking issue with Barry Goldwater, “is always a vice because extremism is but another name for fanaticism.” And the two major intellectual influences on him, he said, were Lionel Trilling, “a skeptical liberal,” and Leo Strauss, “a skeptical conservative.”

“Ever since I can remember,” he said in summing himself up, “I’ve been a neo-something: a neo-Marxist, a neo-Trotskyist, a neo-liberal, a neo-conservative and, in religion, always a neo-orthodox, even while I was a neo-Trotskyist and a neo-Marxist. I’m going to end up a neo. Just neo, that’s all. Neo-dash-nothing.”

Irving William Kristol was born on Jan. 20, 1920, in Brooklyn into a family of low-income, nonobservant Jews. His father, Joseph, a middleman in the men’s clothing business, went bankrupt several times; his mother, Bessie, died of cancer when he was 16. “We were poor, but then everyone was poor, more or less,” Mr. Kristol recalled.

In the late 1930s he attended City College, the highly politicized, overwhelmingly Jewish New York institution where his indignation at the injustices of the Great Depression pushed him to the left, but not the far left. In the large, dingy school cafeteria were a number of alcoves where students could gather with like-minded colleagues. There was an athlete’s alcove, a Catholic alcove, a black alcove, an ROTC alcove. But the alcoves that later became famous were Numbers One and Two.

Alcove One held leftists of various stripes; Alcove Two housed the Stalinists, including a young Julius Rosenberg. The Stalinists outnumbered the anti-Stalinists by as much as 10-1, but among the anti-Stalinists were Mr. Bell as well as the future sociologist Seymour Martin Lipset and the future literary critic Irving Howe.

Mr. Howe recruited Mr. Kristol into the Trotskyists, and though Mr. Kristol’s career as a follower of the apostate Communist Leon Trotsky was brief, it lasted beyond his graduation from City College, long enough for him to meet Ms. Himmelfarb at a Trotskyist gathering in Bensonhurst, Brooklyn. He fell in love, and the two were married in 1942, when she was 19 and he was just short of his 22nd birthday. Besides William, they also had a daughter, Elizabeth. They, along with their mother and five grandchildren, survive him.

After marrying, Mr. Kristol followed his wife to Chicago, where she was doing graduate work and where he had what he called “my first real experience of America.” Drafted into the Army with a number of Midwesterners who were street-tough and often anti-Semitic, he found himself shedding his youthful radical optimism. “I can’t build socialism with these people,” he concluded. “They’ll probably take it over and make a racket out of it.”

In his opinion, his fellow GI’s were inclined to loot, rape and murder, and only Army discipline held them in check. It was a perception about human nature that would stay with him for the rest of his life, creating a tension with his alternative view that ordinary people were to be trusted more than intellectuals to do the right thing.

After the war he and Ms. Himmelfarb spent a year in Cambridge, England, while she pursued her studies. When they returned to the United States in 1947, he took an editing job with Commentary, then a liberal anti-Communist magazine. In 1952, at the height of the McCarthy era, he wrote what he called the most controversial article of his career: “ ‘Civil Liberties,’ 1952 — A Study in Confusion.” It criticized many of those defending civil liberties against the government inquisitors, saying they failed to understand the conspiratorial danger of Communism. Though he called Senator McCarthy a “vulgar demagogue,” the article was remembered for a few lines: “For there is one thing that the American people know about Senator McCarthy: he, like them, is unequivocably anti-Communist. About the spokesmen for American liberalism, they feel they know no such thing. And with some justification.”

After leaving Commentary, Mr. Kristol spent 10 months as executive director of the anti-Communist organization the American Committee for Cultural Freedom, and in 1953 he removed to England to help found Encounter magazine with the poet Stephen Spender. They made an unlikely pair: Mr. Spender, tall, artsy, sophisticated; Mr. Kristol, short, brash, still rough around the edges. Together, they made Encounter one of the foremost highbrow magazines of its time.

But another explosive controversy awaited Mr. Kristol. It was later revealed that the magazine had been receiving financial support from the C.I.A. Mr. Kristol always denied any knowledge of the connection. But he hardly appeased his critics when he added that he did not disapprove of the C.I.A.’s secret subsidies.

Back in New York at the end of 1958, Mr. Kristol worked for a year at another liberal anti-Communist magazine, The Reporter, then took a job at Basic Books, rising to executive vice president. In 1969 he left for New York University, and while teaching there he became a columnist for The Wall Street Journal.

It was during this time that Mr. Kristol became uncomfortable with liberalism, his own and others’. He supported Vice President Hubert H. Humphrey in his 1968 presidential campaign against Richard M. Nixon, saying that “the prospect of electing Mr. Nixon depresses me.” But by 1970 he was dining at the Nixon White House, and in 1972 he came out in favor of Nixon’s re-election. By the mid-’70s he had registered as a Republican.

Always the neoconservative, however — aware of his liberal, even radical, roots and his distance from traditional Republicanism — he was delighted when another Democratic convert, President Ronald Reagan, expressed admiration for Franklin D. Roosevelt. In 1987 he left New York University to become the John M. Olin Distinguished Fellow at the American Enterprise Institute.

By now Mr. Kristol was battling on several fronts. He published columns and essays attacking liberalism and the counterculture from his perches at The Wall Street Journal and The Public Interest, and in 1978 he and William E. Simon, President Nixon’s secretary of the treasury, formed the Institute for Educational Affairs to funnel corporate and foundation money to conservative causes. In 1985 he started The National Interest, a journal devoted to foreign affairs.

But Mr. Kristol wasn’t railing just against the left. He criticized America’s commercial class for upholding greed and selfishness as positive values. He saw “moral anarchy” within the business community, and he urged it to take responsibility for itself and the larger society. He encouraged businessmen to give money to political candidates and help get conservative ideas across to the public. Republicans, he said, had for half a century been “the stupid party,” with not much more on their minds than balanced budgets and opposition to the welfare state. He instructed them to support economic growth by cutting taxes and not to oppose New Deal institutions.

Above all, Mr. Kristol preached a faith in ordinary people. . “It is the self-imposed assignment of neoconservatives,” he wrote, “to explain to the American people why they are right, and to the intellectuals why they are wrong.”

Mr. Kristol saw religion and a belief in the afterlife as the foundation for the middle-class values he championed. He argued that religion provided a necessary constraint to antisocial, anarchical impulses. Without it, he said, “the world falls apart.” Yet Mr. Kristol’s own religious views were so ambiguous that some friends questioned whether he believed in God. In 1996, he told an interviewer: “I’ve always been a believer.” But, he added, “don’t ask me in what.”

“That gets too complicated,” he said. “The word ‘God’ confuses everything.”

In 2002, Mr. Kristol received the Presidential Medal of Freedom, often considered the nation’s highest civilian honor. It was another satisfying moment for a man who appears to have delighted in his life or, as Andrew Sullivan put it, “to have emerged from the womb content.”

He once said that his career had been “one instance of good luck after another.” Some called him a cheerful conservative. He did not dispute it. He had had much, he said, “to be cheerful about.”

COMPLEMENT:

Was Irving Kristol a Neoconservative?

In April 1991, in the fallout of the Gulf War, Iraqi leader Saddam Hussein brutally suppressed Kurds and Shiites who were answering U.S. President George H.W. Bush’s call to overthrow him. With America standing by, Saddam used his Army helicopters to ensure the perpetuation of his bloody rule.

Although many in the United States protested, one observer forcefully supported the White House’s decision not to intervene at that moment. « There is good reason — perhaps even right reason — for the administration’s position, » he wrote. « It has to do with our definition of the American national interest in the Gulf. This definition does not imply a general resistance to ‘aggression.’ … And this definition surely never implied a commitment to bring the blessings of democracy to the Arab world. … [No military] alternative is attractive, since each could end up committing us to govern Iraq. And no civilized person in his right mind wants to govern Iraq. »

The observer was Irving Kristol, the so-called « godfather » of neoconservatism. But if that doesn’t sound like neoconservatism, it’s because, well, it isn’t. Kristol’s pronouncement was, in fact, plain realpolitik, as far as possible from the pro-intervention hawkishness that characterizes neoconservatism today. This doesn’t mean Kristol, who died Sept. 18 at 89, wasn’t a neoconservative. Rather, it shows how much Kristol’s neoconservatism — the movement he invented, or at least successfully branded and marketed — differed from its descendents today.

In fact, the original strand of neoconservatism didn’t pay any attention to foreign policy. Its earliest members were veterans of the anti-communist struggles who had reacted negatively to the leftward evolution of American liberalism in the 1960s. They were sociologists and political scientists who criticized the failures and unintended consequences of President Lyndon Johnson’s « Great Society » programs, especially the war on poverty. They also bemoaned the excesses of what Lionel Trilling called the « adversary culture » — in their view, individualistic, hedonistic, and relativistic — that had taken hold of the baby-boom generation on college campuses. Although these critics were not unconditional supporters of the free market and still belonged to the liberal camp, they did point out the limits of the welfare state and the naiveté of the boundless egalitarian dreams of the New Left.

These thinkers found outlets in prestigious journals like Commentary and The Public Interest, founded in 1965 by Kristol and Daniel Bell (and financed by Warren Demian Manshel, who helped launch Foreign Policy a few years later). Intellectuals like Nathan Glazer, Seymour Martin Lipset, Daniel Patrick Moynihan, James Q. Wilson, and a few others took to the pages of these journals to offer a more prudent course for American liberalism. They were criticized for being too « timid and acquiescent » by their former allies on the left, among them Michael Harrington, who dubbed them « neoconservatives » to ostracize them from liberalism.

Although some rejected the label, Kristol embraced it. He started constructing a school of thought, both by fostering a network of like-minded intellectuals (particularly around the American Enterprise Institute) and by codifying what neoconservatism meant. This latter mission proved challenging, as neoconservatism often seemed more like an attitude than a doctrine. Kristol himself always described it in vague terms, as a « tendency » or a « persuasion. » Even some intellectuals branded as part of the movement were skeptical that it existed. « Whenever I read about neoconservatism, » Bell once quipped, « I think, ‘That isn’t neoconservatism; it’s just Irving.’ » Regardless of what it was, neoconservatism started to achieve a significant impact on American public life, questioning the liberal take on social issues and advancing innovative policy ideas like school vouchers and the Laffer Curve.

If the first generation of neoconservatives was composed of New York intellectuals interested in domestic issues, the second was formed by Washington Democratic operatives interested in foreign policy. This strand gave most of its DNA to latter-day neocons — and Kristol played only a tangential role.

The second wave of neoconservatives came in reaction to the nomination of George McGovern as the 1972 Democratic presidential candidate. Cold War liberals deemed McGovern too far to the left, particularly in foreign policy. He suggested deep cuts in the defense budget, a hasty retreat from Vietnam, and a neo-isolationist grand strategy. New neocons coalesced around organizations like the Coalition for a Democratic Majority and the Committee on the Present Danger, journals like Norman Podhoretz’s Commentary (the enigmatic Podhoretz being the only adherent to neoconservatism in all its stages), and figures like Democratic Sen. Henry « Scoop » Jackson — hence their alternative label, the « Scoop Jackson Democrats. »

These thinkers, like the original neoconservatives, had moved from left to right. Many of them, even if members of the Democratic Party, ended up working in the Reagan administration. Others joined the American Enterprise Institute and wrote for Commentary and the editorial pages of the Wall Street Journal. Moreover, some original neoconservatives, like Moynihan, became Scoop Jackson Democrats. Thus, the labels became interchangeable and the two movements seemed to merge.

But this elided significant differences between them. On domestic issues, Scoop Jackson Democrats remained traditional liberals. In the 1970s, while Jackson was advocating universal health care and even the control of prices and salaries in times of crisis, Kristol was promoting supply-side economics and consulting for business associations and conservative foundations. On foreign-policy issues, Scoop Jackson Democrats emphasized human rights and democracy promotion, while Kristol was a classical realist. They agreed, however, on the necessity of a hawkish foreign and defense policy against the Soviet empire.

These differences became most visible at the end of the Cold War. Now that the « evil empire » had fallen, what was America to do? Was the defense and promotion of democracy and human rights the reason for fighting the Soviets — or was it the other way round, just a useful tool in this fight? Kristol, who had always taken the second view, logically advocated restraint and pragmatism for post-Cold War America and had these words for some of his « fellow » neoconservatives:

The only innovative trend in our foreign-policy thinking at the moment derives from a relatively small group, consisting of both liberals and conservatives, who believe there is an « American mission » actively to promote democracy all over the world. This is a superficially attractive idea, but it takes only a few moments of thought to realize how empty of substance (and how full of presumption!) it is. In the entire history of the U.S., we have successfully « exported » our democratic institutions to only two nations — Japan and Germany, after war and an occupation. We have failed to establish a viable democracy in the Philippines, or in Panama, or anywhere in Central America.

Although a few other neoconservatives followed Kristol’s realist line (Glazer and, to some extent, Jeane Kirkpatrick), for most of the others the idea of retrenching and playing a more modest international role disturbingly looked like the realpolitik that had led to détente and other distasteful policies. The vast majority of Scoop Jackson Democrats advocated a more assertive and interventionist posture and continued to favor at least a dose of democracy promotion (most notably Joshua Muravchik, Ben Wattenberg, Carl Gershman, Michael Ledeen, Elliott Abrams, Podhoretz, and others). Their legacy would prevail.

Thus, the neocons — the third wave — were born in the mid-1990s. Their immediate predecessors, more so than the original neoconservatives, provided inspiration. But they developed their ideas in a new context where America had much more relative power. And this time, they were firmly planted on the Republican side of the spectrum.

Kristol’s son, Bill, played a leading role, along with Robert Kagan, in this resurrection through two initiatives he launched — the Weekly Standard magazine and the Project for the New American Century (PNAC), a small advocacy think tank. Bill Kristol and Kagan initially rejected the « neoconservative » appellation, preferring « neo-Reaganism. » But the kinship with the second age, that of the Scoop Jackson Democrats, was undeniable, and there was a strong resemblance in terms of organizational forms and influence on public opinion. Hence the neoconservative label stuck.

The main beliefs of the neocons — originated in a 1996 Foreign Affairs article by Kagan and Bill Kristol, reiterated by PNAC, and promulgated more recently by the Foreign Policy Initiative — are well-known. American power is a force for good; the United States should shape the world, lest it be shaped by inimical interests; it should do so unilaterally if necessary; the danger is to do too little, not too much; the expansion of democracy advances U.S. interests.

But what was Irving Kristol’s view on these principles and on their application? Toward the end of his life, the elder Kristol tried to triangulate between his position and that of most neocons, arguing in 2003 that there exists « no set of neoconservative beliefs concerning foreign policy, only a set of attitudes » (including patriotism and the rejection of world government), and minimizing democracy promotion. But at this point, the movement’s center of gravity was clearly more interventionist and confident of the ability to enact (democratic) change through the application of American power than Kristol could countenance. He kept silent on the 2003 invasion of Iraq, while the Scoop Jackson Democrats and third-wave neocons cheered.

Thus, ironically, when most people repeat the line about Kristol being « the godfather of neoconservatism, » they assume he was a neocon in the modern sense. But this ignores his realist foreign policy — while also obscuring the impressive intellectual and political legacy he leaves behind him on domestic issues.

Voir aussi:

Idéologie: les néoconservateurs français n’ont pas disparu

A l’image de leurs inspirateurs américains, ils dénoncent la dérive de nos démocraties marquées par le triomphe du narcissisme et de la «culture des droits».

La guerre d’Irak, qu’ils ont ardemment souhaitée et préparée, a fait pâlir leur étoile. Mais les néoconservateurs américains, ce groupe d’intellectuels partis de la gauche (souvent du trotskisme) pour occuper, pour certains d’entre eux, des positions de premier plan dans les administrations de Ronald Reagan puis de George W. Bush, auront exercé une influence profonde sur la vie intellectuelle et politique outre-Atlantique. Leur éminence grise, Irving Kristol, est mort il y a quelques jours à l’âge de quatre-vingt neuf ans, moins d’un an après le retour triomphal au pouvoir du «libéralisme» (la gauche au sens américain) honni que représente l’investiture de Barack Obama.

Pour beaucoup d’analystes, le néoconservatisme est un phénomène spécifiquement américain: affirmation vigoureuse des «valeurs américaines» face au relativisme, opposition au libéralisme progressiste, défense du rôle social de la religion et de la tradition, souverainisme et promotion d’une politique étrangère «musclée» – autant de traits qui n’auraient pas cours dans notre «vieille Europe». Pourtant l’observation de l’évolution de la vie intellectuelle française au cours des vingt dernières années conduit à se rendre à l’évidence: il existe bel et bien des convergences frappantes entre une partie significative de notre intelligentsia – qui n’est d’ailleurs pas la moins influente – et les thèses de ces «neocons» qui ont fait couler tant d’encre ces dernières années.

Plusieurs ouvrages récents argumentent dans ce sens: Les Maoccidents de Jean Birnbaum (Stock, 2009) est un réquisitoire implacable contre la «Génération» des ex-maoïstes soixante-huitards. La pensée anti-68 de Serge Audier (La Découverte, 2008), qui s’intéresse à la lecture de mai 1968, en général d’une grande sévérité, qui s’est peu à peu imposée dans le débat d’idées en France.

Le premier passe au crible la trajectoire de ces normaliens «passés du culte de l’Orient rouge à la défense de l’Occident». Le deuxième décrypte, entre autres développements, les thèses d’un courant qui se réclame de Tocqueville pour mettre en garde contre les dangers de l’évolution de nos démocraties – évolution dont mai 1968 constitue un moment clé. A première vue tout devrait opposer ces deux groupes. Pourtant, leurs conclusions sur la nature et les dangers de la modernité démocratique se recoupent largement – et rejoignent la vision du monde propagée par les néo-conservateurs outre-Atlantique. Daniel Lindenberg, qui publie ces jours-ci Le procès des Lumières (Seuil, 2009), va plus loin: le néoconservatisme serait un phénomène mondialisé, voire majoritaire dans le monde intellectuel.

L’angoisse des néo-tocquevilliens

On ne présente plus Marcel Gauchet, l’influent directeur de la revue Le Débat, autrefois proche de Claude Lefort et Cornelius Castoriadis. Son recueil d’articles publiés depuis une vingtaine d’années, La démocratie contre elle-même (Gallimard, 2002), dresse un tableau particulièrement sombre de la société contemporaine. En se débarrassant des éléments archaïques avec lesquels elle coexistait – la survivance de traditions préétablies –  la démocratie est revenue à sa source: les principes des Lumières, c’est-à-dire d’abord les droits de l’homme. La dynamique individualiste et égalitaire de la société démocratique qu’avait décrite Tocqueville a conduit au déchaînement incontrôlé des individualités narcissiques, au détriment de tout sens du collectif.

Le «droits-de-l’hommisme» en est l’expression: devenu l’idéologie dominante, il vient accentuer ce phénomène, favoriser son extension sans limites. Ainsi la démocratie est-elle conduite à saper ses propres fondements. D’un régime politique fondé sur l’auto-gouvernement, la délibération collective, elle se réduit progressivement à la gestion des multiples demandes individuelles à satisfaire. La politique est remplacée par le droit et le marché. La nation, cadre de la délibération collective, se vide de sa substance sous la pression d’une «embardée non-politique, voire anti-politique», la construction européenne, qui se réduit à un «territoire d’expérimentation de l’idéologie des droits de l’individu».

Cette analyse rejoint celle de Pierre Manent, un disciple de Raymond Aron qui, lui, ne vient pas de la gauche mais de la mouvance conservatrice. Il résume sa lecture de la situation politique contemporaine dans La Raison des Nations (Gallimard, 2006): le culte démocratique de la pitié – de la «douceur» pour reprendre un terme employé par Tocqueville – conduit à l’indifférenciation entre le moi et l’autre. Cette «passion de la ressemblance» a atteint son paroxysme en mai 1968, véritable «explosion de douceur» qui a cherché – et réussi – à effacer toutes les distances. «Entre gouvernants et gouvernés, c’est la fin de la hauteur gaullienne; entre enseignants et enseignés, c’est la fin de la discipline napoléonienne».

L’abolition de la peine de mort dans les démocraties européennes est la manifestation la plus éclatante de ce renversement du rapport entre l’individu et l’Etat. Mais la dynamique égalitaire et universaliste inhérente à la démocratie ne produit que nivellement et atomisation. Au nom de l’unification de l’humanité, elle finit même par s’attaquer à la Nation elle-même, pourtant le cadre de toute existence politique, le «principe unificateur de nos vies»: la construction européenn, qui ne crée aucune nouvelle «forme politique»  de gouvernement, est toute entière tendue vers la l’absolutisation de la garantie des droits individuels.

On retrouve dans de telles analyses les grands thèmes de la pensée néoconservatrice américaine. Comme le montre Serge Audier, l’analyse de l’individualisme contemporain par Manent et Gauchet, caractérisée par son pessimisme extrême, reprend les conclusions d’une certaine sociologie américaine – celle d’un Daniel Bell ou d’un Christopher Lasch, auteur de La Culture du Narcissisme – qui a nourri la charge anti-libérale des «neocons». Pierre Manent se réfère fréquemment à leur maître à penser, le philosophe Leo Strauss, qui mettait en garde contre le caractère relativiste et donc nihiliste des Lumières et de la modernité.

On retrouve chez des auteurs comme Manent et Gauchet la critique, caractéristique du néoconservatisme, de la «culture des droits». Même si elle est moins dirigée contre l’Etat-Providence qu’outre-Atlantique, on y retrouve la même focalisation sur le bilan négatif des mouvements des années 1960 et notamment de l’héritage de mai 1968, interprété comme un triomphe du narcissisme et du culte des jouissances matérielles. L’importance de la religion pour cimenter la communauté des citoyens n’est pas oubliée: il y a lieu de s’inquiéter de la «radicalisation fondamentaliste et universaliste de l’idée démocratique» qu’entraîne la disparition des derniers «vestiges de la forme religieuse» (Gauchet) et de «la vacuité spirituelle de l’Europe indéfiniment élargie» (Manent).

Le retour au Livre des ex-maos

De façon surprenante, du moins à première vue, la vision du monde de certaines figures emblématiques de Mai 1968 n’est pas très éloignée. Elle est même plus radicale encore. Comme le raconte Jean Birnbaum, les têtes pensantes de la «Génération», formée à Normale Sup dans les séminaires de Louis Althusser et Jacques Lacan avant de s’engager avec ferveur, le «petit livre rouge» à la main, dans les rangs de la Gauche prolétarienne (GP), sont bien loin de la foi progressiste de leur jeunesse.

En témoigne ce colloque organisé au théâtre Hébertot le 10 novembre 2003, «La question des Lumières», véritable rassemblement d’anciens militants (ou compagnons de route) de la GP, qui voit l’ensemble des participants (à la notable exception de Bernard-Henri Lévy) communier dans une remise en cause radicale de l’héritage des Lumières. Le thème du débat: l’œuvre de Benny Lévy, ex-leader de la GP sous le nom de Pierre Victor, décédé quelques jours auparavant, et le livre réquisitoire de Jean-Claude Milner, Les Penchants Criminels de l’Europe démocratique.

La thèse de ce dernier est terrible, extrême: l’Europe doit son unification à la Shoah, «solution» à la question juive posée par la modernité rationaliste et universaliste elle-même. Birnbaum rappelle le soutien actif apporté à l’entreprise de Milner par Benny Lévy, ancien secrétaire de Sartre passé du maoïsme au judaïsme orthodoxe, fondateur avec Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy de l’Institut d’études lévinassiennes – personnage à l’influence restée intacte parmi ses anciens camarades.

L’Europe des Lumières est selon Milner le «régime de l’illimité»: à l’intérieur, son souci essentiel est la satisfaction sans fin des intérêts de l’individu abstrait; à l’extérieur, son obsession est de favoriser l’expansion sans limites du droit et de la paix. Elle cherche ainsi à étendre son type de société à l’humanité entière. Un obstacle, pourtant, se dresse sur sa route: les porteurs du nom juif, incarnation par excellence du «limité», de la singularité, de la filiation.

Cette Europe-là ne peut souhaiter que la destruction d’Israël, Etat juif à l’heure où règne l’universalisme abstrait; Etat qui incarne, par excellence, la «frontière» à une époque où l’Europe les abolit – en bref un Etat-Nation «à l’ancienne», incarné, charnel. C’est de cette Europe que provient aujourd’hui le danger principal pour les Juifs. Le vieux nationalisme européen, celui qu’a pu incarner un Charles Maurras, reprochait autrefois aux Juifs d’être les agents du cosmopolitisme, errant à la surface de la terre sans patrie ni frontières. Mais aujourd’hui, c’est l’Europe qui incarne cet «illimité», ce cosmopolitisme destructeur des singularités que dénonçait Maurras. Et c’est elle qui menace les Juifs, car ils disposent maintenant d’une patrie. Milner, commente Birnbaum, établit une forme d’équivalence entre Maurrassiens et Juifs. Il semble bien dire qu’il faut désormais choisir Maurras contre Voltaire.

Ce discours radical contient bien une critique de la raison démocratique proche de celle des néo-tocquevilliens – menée ici aussi au nom de l’Etat-Nation traditionnel. Chez Milner comme chez Manent et Gauchet, son caractère «charnel», son «épaisseur» culturelle et religieuse, socle d’une communauté véritable, s’opposent en tous points à la logique des droits individuels et à l’unification européenne. Birnbaum résume ainsi le credo politique qui était devenu celui de Benny Lévy, passé du petit livre rouge à l’étude de la Torah: «toute politique digne de ce nom est d’abord une pastorale; le Pasteur garde et guide chacun de ses moutons».

La démocratie moderne, qui a «mis le peuple à la place du souverain pour faire du pouvoir un lieu vide, est une impasse». Lévy la qualifie «d’empire du rien», règne d’une «transcendance vide»: «absence de pasteur et règne du troupeau, ignorance de la Loi et prolifération des droits, oubli des hauteurs et bassesse de l’individu-roi». Face à ce relativisme et à ce nihilisme propres à la modernité, qui se sont radicalisés à l’époque contemporaine, l’auteur d’Etre Juif prône le retour au Livre (un judaïsme «d’affirmation», qui ne ménage pas ses critiques contre les Juifs «assimilés») et la rupture avec l’Europe.

Les deux Occidents

Nos pourfendeurs de la modernité, qu’ils se réclament plutôt de Tocqueville ou plutôt de Lévinas, sont en phase avec Leo Strauss lorsque ce dernier déclare que «l’homme occidental est devenu ce qu’il est et est ce qu’il est par la conjonction de la foi biblique et de la pensée grecque». La grande faute des Lumières, fondées sur la croyance en la toute-puissance de la Raison, est d’avoir méprisé «Athènes et Jérusalem», introduit le scepticisme et le relativisme alors qu’il fallait voir dans les textes des Anciens des vérités éternelles.

«A cet Occident-là, issu des Lumières, qui prétend débarrasser l’individu des contraintes de la tradition», note Jean Birnbaum, «ils en opposent un autre, respectueux de son héritage et qui affirme le primat de la communauté culturelle». «Etre d’Occident, ici, ce n’est pas appartenir à une même ethnie, encore moins à une même race, c’est partager des symboles, incarner une langue, reconnaître les événements spirituels par quoi cette civilisation s’est construite: miracle grec, droit romain, éthique biblique, révolution chrétienne, voire pensée libérale».

La critique, ici, est culturelle autant que politique. Dans cette veine, se distingue une autre figure de notre paysage intellectuel: Alain Finkielkraut. Sans appartenir pleinement à l’une des chapelles, il mène une réflexion personnelle qui puise abondamment aux deux sources néo-tocquevillienne et néo-lévinassienne (on en croise fréquemment les représentants dans son émission «Ripostes»). Ce qui le préoccupe au plus haut point, c’est le déclin de la «haute culture». «Tout est devenu culture, culture de la drogue, culture rock, culture des gangs de rue et ainsi de suite sans la moindre discrimination»: cette phrase n’est pas extraite de La Défaite de la Pensée mais de The Closing of the American Mind le best-seller du «neocon» Allan Bloom, le plus illustre disciple de Leo Strauss.

La proximité de l’argumentation des deux ouvrages saute aux yeux. Le relativisme généralisé, nous dit «Finkie» à longueur d’émissions, le triomphe d’une «culture de masse» abêtissante, reflète et accentue le déchaînement narcissique et l’atomisation de la société. Il sécrète une nouvelle barbarie qui prospère sur les ruines de la Culture et détruit la politique. Cette argumentation arendtienne et tocquevillienne – mais aussi, donc, straussienne – a bel et bien des implications politiques: il faut résister au multiculturalisme, expression du relativisme, et surtout lutter à tout prix pour restaurer la transmission des valeurs et le respect de l’autorité – c’est-à-dire prendre le parti du «survivant», qui reçoit et transmet un héritage, contre le «moderne» qui sacralise l’individu.

Cette lutte, pourrait-on dire, commence à l’Ecole. On peut en effet oser le parallèle avec le célèbre «notre route commence à Bagdad» de Richard Perle, car les deux sont considérés – où l’ont été, en ce qui concerne l’Irak – comme la «mère de toutes les batailles» dans le grand combat pour la restauration des valeurs de l’Occident.

La grande cause de l’institution scolaire en péril rassemble tous les néoconservateurs français, qu’ils se définissent comme tocquevilliens, arendtiens ou lévinassiens. Elle obsède Finkielkraut et reçoit l’appui de Gauchet. Milner, quant à lui, est l’auteur de la première grande charge intellectuelle contre le «pédagogisme», De l’Ecole, publié en 1984. L’évolution de l’école en France depuis quelques décennies, disent-ils, c’est le triomphe d’un égalitarisme niveleur, d’une pédagogie destructrice de l’autorité, l’alignement sur le niveau des plus faibles, le dénigrement de l’excellence. L’idéologie fallacieuse qui conduit à placer l’élève – et non le Savoir – «au centre du système» est le symptôme et le principal agent d’une grave dérive de notre démocratie. Cette idéologie détruit la Culture et le sens civique – elle menace donc la civilisation occidentale, mais aussi la démocratie elle-même.

Quelle politique?

«Un néoconservateur», clamait Irving Kristol, «c’est un homme de gauche qui a été agressé par la réalité». La réalité sociale contemporaine est en effet ce qui consterne au plus haut point les néoconservateurs à la française. Cette réalité, c’est d’abord l’absence du peuple. Ce peuple dans lequel ils plaçaient autrefois tous leurs espoirs s’est désagrégé en une «société d’individus», s’est vautré dans les jouissances matérielles, il a perdu la «common decency» dont parlait George Orwell. Il ne porte plus la promesse d’une nouvelle société; à en croire certains propos d’un Finkielkraut, il porte plutôt en lui une nouvelle forme de barbarie, celle qui sévit aujourd’hui dans nos banlieues.

Nos intellectuels sont passés de l’antitotalitarisme, avec sa critique de l’optimisme historique et de l’idéologie du progrès, à la désillusion envers toute perspective progressiste. Ainsi, leur critique de l’individualisme contemporain s’est-elle éloignée de celle que formulait autrefois l’Ecole de Francfort pour rejoindre les contours familiers de la vieille pensée antimoderne de droite. Toute trace des acquis positifs de la modernité démocratique, particulièrement lorsqu’ils sont récents, disparaît de leurs écrits.

Les promesses encore en partie inaccomplies des Lumières – l’émancipation et l’autonomie de l’individu, les avancées de l’égalité sociale, les progrès vers le règne du droit et de la paix à l’échelle mondiale – les préoccupent beaucoup moins que les dangers que nous courons en continuant à les poursuivre. Il faut défendre la démocratie contre elle-même en sauvant ce qui peut l’être: l’Ecole, la Nation, la Culture, voire la Religion. Ne subsiste, en somme, que la hantise de la décadence.

«Pour bien aimer la démocratie, il faut l’aimer modérément», nous dit Pierre Manent. Les néoconservateurs à la française ne préparent certes aucune contre-révolution. Si «nous ne pouvons garder le silence sur les dangers auxquels la démocratie s’expose elle-même et expose l’excellence humaine», elle doit être préservée, ne serait-ce que parce qu’en donnant à tous la liberté, elle l’accorde aussi à ceux qui recherchent cette excellence, disait Strauss. Toutefois, laisser libre cours à la dynamique individualiste, égalitaire et universaliste inhérente à la démocratie expose à de très graves périls. Gauchet va même jusqu’à affirmer: «Qui sait si la déliaison des individualités ne nous réserve pas des épreuves qui n’auront rien à envier, dans un autre genre, aux affres des embrigadements de masse?»

Contrairement à leurs homologues américains, ils se tiennent à bonne distance de la politique partisane: ils ont tiré les leçons des errements des intellectuels français au XXème siècle, et affichent pour certains un certain fatalisme. Ils n’ont pas lancé de vaste offensive politique, avec think tanks, revues et relais dans le monde politique et l’administration. La thèse de Daniel Lindenberg selon laquelle l’hégémonie du néoconservatisme aurait accouché du sarkozysme n’est pas entièrement convaincante. Mais l’influence que leur procure leur magistère intellectuel est réelle: on en trouve la trace dans les discours contre l’égalitarisme à l’école, le communautarisme, la «repentance» face au passé national, etc…

Les autres implications politiques de leur discours sont en général moins explicites mais ne se déduisent pas moins aisément: nos sociétés, disent-ils en somme, ne souffrent pas d’un excès d’inégalité sociale mais d’une fuite en avant de «l’esprit d’égalité extrême» (Finkielkraut); et s’il faut s’inquiéter du règne du néolibéralisme, c’est surtout en tant que conséquence du «droits de l’hommisme», du règne sans partage de l’individu-roi émancipé des traditions: «la consécration des droits de chacun débouche sur la dépossession de tous» (Gauchet).

On a parfois présenté les néoconservateurs américains comme des «nouveaux jacobins» (au sens originel du terme) ou comme des «wilsoniens bottés», mus par le messianisme des Lumières. C’est tout le contraire. Ils croient certes qu’il faut défendre avec vigueur la liberté contre la tyrannie (contre le relativisme, la «douceur» et l’esprit de faiblesse caractéristiques de l’esprit démocratique même). Mais ils croient d’abord et surtout à la vérité de leurs traditions et valeurs nationales.

C’est ainsi que pour les «neocons » comme John Bolton ou Paul Wolfovitz, la Constitution des Etats-Unis était la seule source de légitimité possible, le droit international n’étant qu’une mascarade. S’il y a une vérité donc, c’est celle qu’incarnent les valeurs de l’Occident – cette civilisation occidentale dont la spécificité a été soulignée par Huntington, et qui est aussi celle du fameux diptyque «Athènes et Jérusalem» de Strauss – et non celle de l’universalité de la raison humaine. Les ex-maos néo-lévinassiens se réclament d’un universalisme «en intensité», qui part du particulier pour atteindre une portée universelle (celle, par exemple, de la Torah) contre l’universalisme «en extension», absorbant tout dans la généralité, qui est celui des Lumières.

La seule vraie différence est l’obsession des «neocons», que ne partagent pas les Français, pour la politique étrangère. Sans doute la puissance des Etats-Unis leur attribue-t-elle à leurs yeux une mission particulière dans la défense de l’Occident en péril contre ses ennemis extérieurs. Les néoconservateurs français les retrouvent toutefois dans la dénonciation de la tendance européenne au pacifisme munichois (Finkielkraut, Milner) et dans l’appel à «des nations qui se comportent comme des nations» contre l’angélisme démocratique (Gauchet). Sans oublier le combat contre l’illusion dangereuse d’un «gouvernement mondial».

Car là où leurs cousins américains fustigent l’ONU, les Français ont trouvé leur bête noire: cette Union européenne «sans corps», sans identité et sans frontières définies, triomphe «anti-politique» du règne du marché et du droit, pointe avancée du «patriotisme constitutionnel» d’Habermas et du projet kantien de paix perpétuelle.

Deux conceptions de la démocratie

Tout ce discours se déploie, comme disait Kristol, au nom de la réalité. Mais de quelle réalité parlent-ils? Narcissisme, vulgarité des mass media, indifférence à la sphère publique… : les réflexions de nos intellectuels néoconservateurs entrent bien évidemment en résonance avec notre expérience d’occidentaux du début du XXIème siècle. Mais le bilan de la «culture des droits» est-il si négatif? Le déclin des traditions n’a-t-il pas aussi mené à davantage d’autonomie? Le legs des années 1960-70 (féminisme, mouvements pour la reconnaissance des droits des homosexuels, des cultures minoritaires) n’a-t-il pas été un facteur de progrès? La culture populaire ne produit-elle que médiocrité et nihilisme? Le grand danger du monde dans lequel nous vivons est-il vraiment le règne du «droits de l’hommisme»? Les Juifs ont-ils été victimes de la philosophie d’Emmanuel Kant plus que du nationalisme du sang et du sol? La construction européenne représente-t-elle vraiment la mort du politique et la destruction de la nation? Et nos sociétés sont-elles réellement menacées par un trop-plein d’égalité?

Ce que traduit le discours sans nuance, à sens unique, des néoconservateurs made in France, c’est un certain mépris de la réalité politique, historique, économique, sociale. Ce mépris est flagrant lorsque l’on considère leur cheval de bataille favori: la question scolaire. Alors que toutes les études et comparaisons internationales soulignent le caractère particulièrement élitiste et inégalitaire du système éducatif français, le phénomène de la «baisse du niveau» sous l’effet d’un égalitarisme excessif est présenté comme une vérité établie. Les propos de Jean-Claude Milner sur Les Héritiers de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron («livre antisémite» car «les héritiers, ce sont les Juifs») ne sont que la pointe extrême de ce refus de se confronter aux faits.

Au bout du compte, malgré la valeur intellectuelle indéniable de leur réflexion, malgré le nombre des références, malgré la sophistication du propos, les réalités socio-économiques sont évacuées au profit d’un discours essentiellement moralisant. Telle est, selon Zeev Sternhell (Les Anti-Lumières, Fayard, 2006), la source du succès du néoconservatisme: il «a réussi à convaincre la grande majorité des Américains que les questions essentielles dans la vie d’une société ne sont pas les questions économiques, et que les questions sociales sont en réalité des questions morales».

Contre leurs contempteurs (on se souvient de la violente controverse qui a suivi la publication du pamphlet, il est vrai très polémique, de Daniel Lindenberg sur «les nouveaux réactionnaires», et qui ne manquera pas d’être ravivée par le dernier ouvrage de son auteur), les néoconservateurs à la française défendront toujours le devoir de l’intellectuel de mener une critique lucide de la modernité et d’avertir leur contemporains des dangers qu’ils courent, et crieront toujours à la police de la pensée. Il n’empêche que leur discours doit continuer d’être examiné et critiqué, car il met en jeu la conception même que l’on se fait de la démocratie. Pour eux en effet, la démocratie n’est pas un projet inachevé, sans cesse à construire et à parfaire: il s’agit d’un legs, certes précieux, mais dont la fuite en avant menace d’entraîner la perte. Une dynamique à contenir, voire à bloquer, plutôt qu’à approfondir.


Militantisme: Dur dur, le métier d’artiste engagé! (No Celebration of Occupation or… of its critique!)

18 septembre, 2009

Love parade protestor against the occupation, Tel Aviv, Aug. 2009

En tant que membres du monde de la culture, notamment du cinéma, nous sommes troublés par la décision du TIFF de réserver une place de choix à Tel Aviv et de s’être ainsi rendu complice, intentionnellement ou pas, de la machine de propagande israélienne. Nous ne visons pas les cinéastes israéliens dont les œuvres sont inscrites au programme du festival. Mais nous dénonçons l’instrumentalisation du festival, par une campagne de propagande au service d’un régime d’apartheid. Ken Loach et al
La présentation sélective de la façade moderne et sophistiquée de Tel-Aviv, sans égard au passé et aux réalités de l’occupation israélienne des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ce serait comme si on glorifiait la beauté et la vie élégante chez les communautés exclusivement blanches au Cap ou à Johannesburg pendant l’apartheid, sans reconnaître les cantons noirs de Khayelitsha et de Soweto. Ken Loach , Jane Fonda, Naomi Klein, David Byrne, Alice Walker, Danny Glover, Harry Belafonte, Noam Chomsky, etc.

Alors qu’un film israélien dénonçant la guerre du Liban remportait le Lion d’or de Venise …

Dur dur, le métier d’artiste engagé!

Qui, au nom de la généreuse lutte contre le « régime d’apartheid » israélien, voit un maitre mondialement reconnu de la militance cinématographique comme l’Anglais Ken Loach obligé de choisir très précautionneusement ses cibles de boycott ou de pressions (Melbourne ou Edimbourgh ou Toronto mais pas Cannes aux trop gros enjeux commerciaux).

Et réduit finalement à punir les cinéastes israéliens les plus critiques de leurs propres société et gouvernement (tout en en recevant certes les subsides).

Au profit… des cinéastes de fait les moins critiques de la même région!

Israël, cible de Ken Loach
Ariel Schweitzer
Le Monde
15.09.09

On a appris cet été que le cinéaste Ken Loach, qui devait présenter son dernier film, Looking for Eric, au Festival de Melbourne, en Australie, a décidé de le retirer du programme. Loach a voulu ainsi protester contre la participation à cette manifestation d’un film israélien, Le Sens de la vie pour 9,99 dollars, dont les frais de voyage de l’auteur, Tatia Rosenthal, ont été payés par une institution publique israélienne. Auparavant, Loach avait demandé au directeur du festival, Richard Moore, de refuser la contribution financière israélienne. Devant le refus de ce dernier, qui a qualifié l’exigence de Loach de « chantage », le cinéaste anglais a choisi de boycotter l’événement.

Ce n’est pas la première fois que Loach applique la même méthode. Au mois de mai dernier, il a même réussi à convaincre la direction du Festival d’Edimbourg, en Ecosse, de refuser la venue d’une autre cinéaste israélienne, Tali Shalom-Ezer, dont le voyage devait être payé par l’ambassade israélienne. Au terme d’un long débat, la cinéaste est arrivée au festival qui a fini par assumer lui-même ces dépenses.

C’est le droit de Ken Loach d’envoyer son film où bon lui semble. C’est aussi son droit de protester contre l’Etat d’Israël et sa politique d’occupation. Le problème est la méthode choisie. Car si l’on suit la logique de Loach, on est en droit de questionner la décision du cinéaste de boycotter le Festival de Melbourne et non pas, par exemple, le dernier Festival de Cannes où il est venu présenter le même film, Looking for Eric, en compétition. En effet, cinq films israéliens (trois longs et deux courts métrages) furent présentés à Cannes cette année. Tous financés par des fonds publics israéliens et dont la venue au festival a été soutenue par des institutions du même pays.

Pourquoi donc Melbourne et pas Cannes ? Peut-être parce que Cannes est un grand festival dont les enjeux médiatiques et économiques sont trop importants, même pour un cinéaste engagé comme Ken Loach, alors que Melbourne est un petit festival où l’on peut faire son numéro de cinéaste militant donneur de leçons.

Liberté d’expression

Mais au-delà des méthodes pratiquées par Ken Loach, on peut aussi s’interroger sur le bien-fondé et l’efficacité de cette attitude. Car qui est finalement visé par ce boycottage ? Des cinéastes israéliens dont une grande majorité fait partie de la gauche israélienne et qui luttent depuis des années pour les droits des Palestiniens et contre la politique d’occupation de leur gouvernement. Des cinéastes d’opposition comme Amos Gitaï, Avi Mograbi, Ari Folman ou Keren Yedaya, pour ne citer que les plus connus, qui véhiculent dans leurs films une image complexe, souvent extrêmement critique de la société israélienne.

Loin de moi l’envie d’idéaliser l’Etat d’Israël, sûrement pas sa politique d’occupation, mais il faut au moins reconnaître que les auteurs israéliens bénéficient d’une grande liberté d’expression et que de nombreux films politiques sont financés par l’argent public israélien. Des mauvaises langues diront que cette politique cultuelle sert d’alibi, visant à donner du pays l’image d’une démocratie éclairée, une posture qui masque sa véritable attitude répressive à l’égard des Palestiniens. Admettons.

Mais je préfère franchement cette politique culturelle à la situation existante dans bien des pays de la région où l’on ne peut point faire des films politiques et sûrement pas avec l’aide de l’Etat. Les cinéastes israéliens, militants de gauche, sont déjà isolés dans leur propre pays. Au lieu de les isoler davantage, au lieu de les boycotter, donnons-leur au contraire la parole pour que leur voix et leur message soient entendus en Israël comme à l’étranger.

Ariel Schweitzer est historien du cinéma et critique.

Voir aussi:

La déclaration de Toronto : Pleins feux sur l’occupation

jeudi 17 septembre 2009

Lettre ouverte au festival international du film de Toronto :

Le 2 septembre, 2009

Nous, membres de la communauté canadienne et internationale des arts cinématographiques, des médias, et de la culture, sommes profondément déçus par la décision du Festival international du film de Toronto (TIFF) de mettre un « pleins feux » célébratoire sur Tel Aviv. Nous protestons que le TIFF, intentionnellement ou non, se soit rendu complice de la machine de propagande de l’État d’Israël.

En 2008, le gouvernement israélien, avec ses partenaires canadiens Sidney Greenberg de Astral Media, David Asper de CanWest Global Communications, et Joel Reitman de MIJO Corporation, lançait la campagne « Brand Israel » – une campagne publicitaire et médiatique d’un million de dollars visant à changer les perceptions du public canadien concernant l’État d’Israël. Plus précisément, la campagne « Brand Israel » détournerait l’attention de ses guerres agressives et son traitement inhumain de la population palestinienne, et mettrait l’accent sur ses réalisations dans les domaines de la médecine, de la science, et de la culture. Lors d’une conférence de presse où il annonçait le lancement de cette campagne, le Consul général d’Israël, Amir Gissin, déclarait que Toronto serait la ville-pilote d’une promotion qui pourrait alors être déployée dans le monde entier. Selon M. Gissin, la culmination de la campagne serait une importante présence israélienne au Festival international de film de Toronto en 2009. (Andy Levy-Alzenkopf, « Brand Israel set to launch in GTA, » Canadian Jewish News, la 28 août, 2008.)

En 2009, TIFF a annoncé que le festival allait inaugurer son nouveau programme, City to City, avec un « pleins feux » sur Tel-Aviv. Selon les notes de programmation écrites par Cameron Bailey, co-directeur du Festival et programmateur du volet City to City : « Les dix films dans l’édition 2009 du volet City to City témoignent des courants complexes qui se croisent à Tel-Aviv aujourd’hui. Alors qu’elle fête son centenaire en 2009, Tel Aviv est une ville jeune et dynamique qui, comme Toronto, célèbre sa diversité. »

L’accent mis sur la « diversité » en Ville à Ville est vide de sens, étant donné l’absence de cinéastes palestiniens dans le programme. En plus, ce que cette description ne révèle pas, c’est que Tel-Aviv est construite sur des villages palestiniens détruits, et que la ville de Jaffa, qui était au cœur de la vie culturelle palestinienne jusqu’en 1948, a été annexée à Tel-Aviv après l’exil en masse de la population palestinienne. Ce programme occulte la souffrance de milliers d’anciens résidents et leurs descendants de la région Tel Aviv/ Jaffa, qui vivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés dans les territoires occupés, ou vivent dispersés dans d’autres pays, dont le Canada. La présentation sélective de la façade moderne et sophistiquée de Tel-Aviv, sans égard au passé et aux réalités de l’occupation israélienne des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ce serait comme si on glorifiait la beauté et la vie élégante chez les communautés exclusivement blanches au Cap ou à Johannesburg pendant l’apartheid, sans reconnaître les cantons noirs de Khayelitsha et de Soweto.

Nous ne protestons pas contre les cinéastes israéliens inclus dans le programme City to City, et nous ne suggérons en aucune façon que le cinéma israélien devrait être exclu de TIFF. Toutefois, en particulier à la suite de l’assaut brutal de cette année sur Gaza, nous nous opposons à l’utilisation d’un festival international aussi important pour promouvoir une campagne de propagande au nom d’un régime que l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, l’ancien président des États-Unis Jimmy Carter, et le président général des Nations-Unies Miguel d’Escoto Brockmann ont appelé un régime d’apartheid.

Cette lettre a été rédigée par le comité ad hoc suivant :

Udi Aloni, cinéaste, Israël ; Elle Flanders, cinéaste, Canada ; Richard Fung, vidéaste, Canada ; John Greyson, cinéaste, Canada ; Naomi Klein, écrivaine et cinéaste, Canada ; Kathy Wazana, cinéaste, Canada ; Cynthia Wright, écrivaine et universitaire, Canada ; b h Yael, cinéaste et vidéaste, Canada

Signée par :

Ahmad Abdalla, cinéaste, Égypte

Hany Abu-Assad, cinéaste, Palestine

Mark Achbar, cinéaste, Canada

Zackie Achmat, activiste de SIDA, Afrique du Sud

Ra’anan Alexandrowicz, cinéaste, Jerusalem

Anthony Arnove, éditeur et producteur, É.-U.

Ruba Atiyeh, cinéaste documentaire, Liban

Joslyn Barnes, écrivaine et productrice, É.-U.

John Berger, auteur, France

Dionne Brand, poète/écrivaine, Canada

Judith Butler, professeure, É.-U.

David Byrne, musicien, É.-U.

Guy Davidi, réalisateur, Israël

Na-iem Dollie, journaliste/écrivain, Afrique du Sud

Igor Drljaca, cinéaste, Canada

Eve Ensler, dramaturge et auteure, É.-U.

Eyal Eithcowich, cinéaste, Israël

Sophie Fiennes, cinéaste, Royaume-Uni

Peter Fitting, professeur, Canada

Jane Fonda, actrice et écrivaine, É.-U.

Danny Glover, cinéaste et acteur, É.-U.

Noam Gonick, réalisateur, Canada

Malcolm Guy, cinéaste, Canada

Mike Hoolboom, cinéaste, Canada

Annemarie Jacir, cinéaste, Palestine

Fredric Jameson, critique littéraire, É.-U.

Juliano Mer Khamis, cinéaste, Jenin/Haifa

Bonnie Sherr Klein, cinéaste, Canada

Paul Laverty, producteur, Royaume-Uni

Min Sook Lee, cinéaste, Canada

Paul Lee, cinéaste, Canada

Yael Lerer, éditeur, Israël

Jack Lewis, cinéaste, Afrique du Sud

Ken Loach, cinéaste, Royaume-Uni

Arab Lotfi, cinéaste, Égypte/Liban

Kyo Maclear, auteure, Canada

Mahmood Mamdani, professeur, É.-U.

Fatima Mawas, cinéaste, Australie

Tessa McWatt, auteure, Canada/Royaume-Uni

Cornelius Moore, distributeur de film, É.-U.

Yousry Nasrallah, réalisateur, Égypte

Rebecca O’Brien, producteur, Royaume-Uni

Pratibha Parmar, productrice/réalisatrice, Royaume-Uni

Jeremy Pikser, scénariste, É.-U.

John Pilger, cinéaste, Royaume-Uni

Shai Carmeli Pollak, cinéaste, Israël

Ian Iqbal Rashid, cinéaste, Canada

Judy Rebick, professeure, Canada

David Reeb, artiste, Israël

B. Ruby Rich, critique et professeure, É.-U.

Wallace Shawn, dramaturge et acteur, É.-U.

Eyal Sivan, cinéaste et universitaire, Paris/London/Sderot

Elia Suleiman, cinéaste, Nazareth/Paris/New York

Eran Torbiner, cinéaste, Israël

Alice Walker, écrivaine, É.-U.

Thomas Waugh, professeur, Canada

Howard Zinn, écrivain, É.-U.

Slavoj Zizek, professeur, Slovenie

Original:

Toronto Declaration: No Celebration of Occupation

An Open Letter to the Toronto International Film Festival:

September 2, 2009

As members of the Canadian and international film, culture and media arts communities, we are deeply disturbed by the Toronto International Film Festival’s decision to host a celebratory spotlight on Tel Aviv. We protest that TIFF, whether intentionally or not, has become complicit in the Israeli propaganda machine.

In 2008, the Israeli government and Canadian partners Sidney Greenberg of Astral Media, David Asper of Canwest Global Communications and Joel Reitman of MIJO Corporation launched “Brand Israel,” a million dollar media and advertising campaign aimed at changing Canadian perceptions of Israel. Brand Israel would take the focus off Israel’s treatment of Palestinians and its aggressive wars, and refocus it on achievements in medicine, science and culture. An article in Canadian Jewish News quotes Israeli consul general Amir Gissin as saying that Toronto would be the test city for a promotion that could then be deployed around the world. According to Gissin, the culmination of the campaign would be a major Israeli presence at the 2009 Toronto International Film Festival. (Andy Levy-Alzenkopf, “Brand Israel set to launch in GTA,” Canadian Jewish News, August 28, 2008.)

In 2009, TIFF announced that it would inaugurate its new City to City program with a focus on Tel Aviv. According to program notes by Festival co-director and City to City programmer Cameron Bailey, “The ten films in this year’s City to City programme will showcase the complex currents running through today’s Tel Aviv. Celebrating its 100th birthday in 2009, Tel Aviv is a young, dynamic city that, like Toronto, celebrates its diversity.”

The emphasis on ‘diversity’ in City to City is empty given the absence of Palestinian filmmakers in the program. Furthermore, what this description does not say is that Tel Aviv is built on destroyed Palestinian villages, and that the city of Jaffa, Palestine’s main cultural hub until 1948, was annexed to Tel Aviv after the mass exiling of the Palestinian population. This program ignores the suffering of thousands of former residents and descendants of the Tel Aviv/Jaffa area who currently live in refugee camps in the Occupied Territories or who have been dispersed to other countries, including Canada. Looking at modern, sophisticated Tel Aviv without also considering the city’s past and the realities of Israeli occupation of the West Bank and the Gaza strip, would be like rhapsodizing about the beauty and elegant lifestyles in white-only Cape Town or Johannesburg during apartheid without acknowledging the corresponding black townships of Khayelitsha and Soweto.

We do not protest the individual Israeli filmmakers included in City to City, nor do we in any way suggest that Israeli films should be unwelcome at TIFF. However, especially in the wake of this year’s brutal assault on Gaza, we object to the use of such an important international festival in staging a propaganda campaign on behalf of what South African Archbishop Desmond Tutu, former U.S. President Jimmy Carter, and UN General Assembly President Miguel d’Escoto Brockmann have all characterized as an apartheid regime.

This letter was drafted by the following ad hoc committee:

Udi Aloni, filmmaker, Israel; Elle Flanders, filmmaker, Canada; Richard Fung, video artist, Canada; John Greyson, filmmaker, Canada; Naomi Klein, writer and filmmaker, Canada; Kathy Wazana, filmmaker, Canada; Cynthia Wright, writer and academic, Canada; b h Yael, film and video artist, Canada

Endorsed By:

Ahmad Abdalla, Filmmaker, Egypt
Hany Abu-Assad, Filmmaker, Palestine
Mark Achbar, Filmmaker, Canada
Zackie Achmat, AIDS activist, South Africa
Ra’anan Alexandrowicz, Filmmaker, Jerusalem
Anthony Arnove, Publisher and Producer, USA
Ruba Atiyeh, Documentary Director, Lebanon
Joslyn Barnes, Writer and Producer, USA
Harry Belafonte, Musician/Actor, USA
John Berger, Author, France
Walter Bernstein, Screenwriter/Film Producer, USA
Dionne Brand, Poet/Writer, Canada
Daniel Boyarin, Professor, USA
Judith Butler, Professor, USA
David Byrne, Musician, USA
Noam Chomsky, Professor, USA
Julie Christie, Actor, USA
Nandita Das, Actor/Filmmaker, India
Guy Davidi Director, Israel
Na-iem Dollie, Journalist/Writer, South Africa
Igor Drljaca, Filmmaker, Canada
Eve Ensler, Playwright, Author, USA
Eyal Eithcowich, Director, Israel
Lynne Fernie, Filmmaker and Programmer, Canada
Sophie Fiennes, Filmmaker, UK
Peter Fitting, Professor, Canada
Jane Fonda, Actor and Author, USA
Danny Glover, Filmmaker and Actor, USA
Noam Gonick, Director, Canada
Malcolm Guy, Filmmaker, Canada
Rawi Hage, Writer, Canada
Anne Henderson, Filmmaker, Canada
Mike Hoolboom, Filmmaker, Canada
Annemarie Jacir, Filmmaker, Palestine
Gordon Jackson, Jazz Musician, South Africa
Fredric Jameson, Literary Critic, USA
Nadia Kamel, Filmmaker, Egypt
Juliano Mer Khamis, Filmmaker, Jenin/Haifa
Bonnie Sherr Klein Filmmaker, Canada
Joy Kogawa, Writer, Canada
Paul Laverty, Producer, UK
Min Sook Lee, Filmmaker, Canada
Paul Lee, Filmmaker, Canada
Yael Lerer, publisher, Tel Aviv
Mark Levine, Professor, USA
Jack Lewis, Filmmaker, South Africa
Ken Loach, Filmmaker, UK
Arab Lotfi, Filmmaker, Egypt/Lebanon
Kyo Maclear, Author, Toronto
Guy Maddin, Screenwriter/Director, Canada
Mahmood Mamdani, Professor, USA
Fatima Mawas, Filmmaker, Australia
Anne McClintock, Professor, USA
Tessa McWatt, Author, Canada and UK
Viggo Mortensen, Actor, USA
Cornelius Moore, Film Distributor, USA
Yousry Nasrallah, Director, Egypt
Joan Nestle, Writer, USA
Rebecca O’Brien, Producer, UK
Pratibha Parmar, Producer/Director, UK
Anand Patwardhan, Documentary Film Maker, India
Jeremy Pikser, Screenwriter, USA
John Pilger, Filmmaker, UK
Shai Carmeli Pollak, Filmmaker, Israel
Ian Iqbal Rashid, Filmmaker, Canada
Judy Rebick, Professor, Canada
David Reeb, Artist, Tel Aviv
B. Ruby Rich, Critic and Professor, USA
Wallace Shawn, Playwright, Actor, USA
Eyal Sivan, Filmmaker and Scholar, Paris/London/Sderot
Elia Suleiman, Fimmlaker, Nazareth/Paris/New York
Eran Torbiner, Filmmaker, Israel
Alice Walker, Writer, USA
Thomas Waugh, Professor, Canada
Christian Wiener Freso, President – Union of Peruvian Filmmakers, Peru
Debra Zimmerman, Executive Director Women Make Movies, USA
Howard Zinn, Writer, USA
Slavoj Zizek, Professor, Slovenia


Iran: De quel droit agissez-vous pire que tous les envahisseurs n’ont jamais traité les Iraniens? (Our country is under another siege of darkness and domination by outsiders)

18 septembre, 2009
Mongolian hordesL’armée de la République islamique et les corps des Gardes de la Révolution (…) ont la responsabilité non seulement de la sauvegarde des frontières mais également d’une mission religieuse, qui est la Guerre Sainte selon la voie d’Allah, et la lutte pour étendre la suprématie de la loi d’Allah dans le monde. Constitution islamique (L’Armée religieuse, préambules)
Ce jour-là, la stratégie de l’Ouest sera caduque, car une unique bombe atomique a le pouvoir de complètement détruire Israël, alors qu’une contre-attaque israélienne ne peut causer que des dégâts mineurs au monde musulman. Rafsandjani (Journée de Jérusalem, le 14 décembre 2001)
Comment voulez-vous que les successeurs de Khomeini, dont le but reste l’exportation de la révolution, puissent s’asseoir un jour à la même table que le président Sarkozy ou le président Obama? Reza Pahlavi
La légitimité et la crédibilité d’un régime politique ne s’apprécie pas qu’à la seule aune du vote populaire, mais également à celle de sa capacité à assurer le bien être de son peuple et d’œuvrer pour l’intérêt national dans le respect des droits de l’homme. Un pouvoir qui ne puisse satisfaire cette double exigence est aussi digne de confiance qu’un gouvernement d’occupation, c’est hélas, Monsieur Khamenei, le cas de l’Iran de ces trente dernières années. (…) Il n’existe, de par le monde, qu’une poignée de régimes ayant privé leurs peuples aussi bien des droits humains fondamentaux que conduit leurs pays à la faillite économique. Il n’est donc pas étonnant de compter parmi vos rares pays alliés la Syrie, le Soudan ou la Corée du Nord. Reza Pahlavi

En ce Nouvel An juif (Shana Tova à tous nos amis!) …

Et nouvelle « Journée de Jérusalem » qui voit chaque année depuis 1979 un régime iranien à bout de souffle menacer l’existence de l’une des plus anciennes civilisations de la région et du monde …

Comme au lendemain de l’annonce, par le Pleurnicheur en chef, de l’abandon d’un bouclier anti-missile (au profit de croiseurs antimissiles et missiles Patriot en Pologne ?) qui aurait pu protéger son propre pays comme l’Europe de la folie d’un régime de plus en plus aux abois …

Retour sur le puissant avertissement que vient d’envoyer aux mollahs la probablement seule alternative crédible au régime actuel, à savoir le prince héritier Reza Pahlavi, fils ainé du Chah.

Rappelant le bilan sanglant de 30 ans de dictature islamique et remettant magistralement en cause, pour ces obsédés de la loi islamique, leur droit à traiter leurs propres compatriotes « pire que tous les envahisseurs n’ont jamais traité les Iraniens »

Open letter of Crown Prince Reza Pahlavi to the Religious Authorities of the Regime

September 8 th, 2009

Fellow Iranians,

Since the day of Khomeini’s helicopter landing at the graveyard, and the conquest of nothingness, full of its emptiness, over our sacred country, the phrase “Second Qadisiyyah” resounded. The deceitful and shameful execution of our country’s courageous military officers, the murder of patriotic politicians, the especially vicious execution of the first female Iranian minister, and the systematic execution of all those brave, young, innocent Iranians who chose to dissent and, like Babak, held their position and rejected the jurist of ignorance and tyranny, all in all demonstrated one thing: our country is under another siege of darkness and domination by outsiders.

My countrymen,

Ata Malek Joveyni, the great historian of our land, describes the raid of the Mongolian army on Iran as such: “They came, uprooted, burned, killed, took and left.” This concise sentence, in my opinion, is the grandest and most descriptive short story of the long reprehensible history of desert-dwellers in our country. And I have no doubt that on the day after the fall of the current evil regime; history will bestow a similar phrase to describe their deeds.

Fellow Iranians,

Enough is enough. The time has come to accept our historic duty. Our nation is still suffering from historic shortcomings due to external or internal causes. But a new millennium has begun, and we are standing on the verge of a historic moment. It is in this vein that I ask each and every one of you to think clearly and choose wisely a way forth for our nation.

My dearest,

Let us come together and collaborate regardless of our ethnicity, kin, class, language, religion or beliefs. Let us do our historic duty in both the cultural and political arenas, and once and for all, close this chapter of our nation’s history. I, for my part, cannot tolerate seeing the children of Cyrus tossed like sacrificial lambs from university windows to their deaths while their murderers scream that this is being committed in the name of such-and-such “pious ones”.

I, for my part, cannot tolerate seeing the sons and daughters of this ancient land raped, tortured and killed and their lifeless bodies burned or covered in cement in this regime’s Halls of Injustice while they shamelessly and foolishly call this barbarism “jihad in the name of Allah”.

And it is in this vein that I address every figurehead of this insane regime of jurisprudence, especially those within the religious institution affiliated with the regime. It is the institution of religion that is today, without a doubt, at a great crossroads of historic destiny, not only for Iran, but for the whole of Iranian civilization.

The choice is this: Stand with the people and depart wholly from this regime, or remain allied with the regime and maintain the doctrine of tyranny and culture of torture.

Gentlemen,

It is in this vein that I address you and all those leaders who have ruled this land for 1,400 years in the name of religion, at times through an arbitrator, and for the past thirty years directly. I ask you to answer the simple questions of this unassuming Iranian:

How and with reference to which religious code is it that you gaze at this land as if it were foreign to you?

How and with reference to which religious code is it that you treat our country as if it is an orphan of history?

How and with reference to which religious code is it that you consider Iran’s historic inheritance worthy of sale and burning and flooding and destruction?

How and with reference to which religious code is it that you treat Iranians as servants, worthless and small, abusing their children, selling their women in different corners of the world, and mistreating and oppressing their men?

I ask you how and with reference to which religious code is it that the raping of the sons and daughters of this land is considered legal?

Gentlemen,

Today it is you and only you who rule our nation. In the end, it is you and your religious traditions that will have to answer for the past thirty years of legalized felony and destruction, so, why are you silent and remain indifferent? Why do you, the religious authorities and defenders of conscience, not acknowledge the endless injustice which has been unleashed upon the gentle and patient people of this land?

Why are you deaf to the incessant screaming of the victims, and why do you not reject the violence that has been unleashed upon the children of this ancient land, such as Mehdi and Taraneh? Why do you not stand with the people against the flagrant violence of the most deceitful regime in history which does not have an ounce of regard for human dignity? Seriously, why? Tell me, what is the motivation for this indifference against such clear oppression?

Clergymen,

I respect any faith which honors human dignity regardless of the culture and society from which it originates, and of course I will stand against any faith which disrespects human dignity, especially that of Iranians. So clarify your stance because my choice is as clear as day.

In choosing between that young Iranian who is sacrificed by being thrown out of the window and your altar, without a doubt, I will stand on the side of that broken Iranian, the afflicted son of Cyrus, and not at your altar.

May God protect Iran!

Reza Pahlavi

Voir aussi:

Iran: La lettre qui a mis le feu au régime
Iran-Resist
18.09.2009

Selon Courrier International, l’hebdomadaire qui participe -et nous en avons la preuve- à la désinformation des mollahs en Europe, Hassan Khomeiny, petit-fils du fondateur de la République islamique, serait la cible d’attaques répétées de la part de la presse conservatrice. Courrier International parle aussi de pressions sur les petits-fils de Montazéri, le n°2 de la révolution islamique. Via ses lobbies médiatiques, Téhéran cherche à améliorer l’image des pères fondateurs de la révolution islamique. A l’origine de cette opération se trouve une simple lettre.

Il y a plus d’une semaine (plus exactement le 8 septembre), Reza Pahlavi, qui jouit d’une très forte popularité en Iran [1], mais aussi parmi les exilés (surtout de gauche) qui le voient comme le seul à pouvoir fédérer toutes les oppositions laïques, a interpellé les membres du clergé chiite iranien pour leur demander de dénoncer 30 ans de crimes de la révolution islamique, de Khomeiny et du régime afin de ne pas être tenus pour responsables de ces crimes au lendemain d’une libération pas si lointaine.

Cette lettre publiée sur son site en persan, mais aussi en anglais a été lue par son auteur pour être diffusé en Iran via son site (qui a plus d’1 million de visiteurs par mois) et aussi par les médias de l’opposition ou encore via Youtube. La lettre a soulevé immédiatement l’enthousiasme de nos compatriotes aussi bien en Iran que parmi les exilés car elle passait en revue toutes les exécutions sommaires dont certaines restent gravées dans les mémoires en raison de leur extrême cruauté. Reza Pahlavi a cité le cas des militaires torturés et exécutés pour avoir été fidèles à la constitution iranienne, les ministres torturés et exécutés pour avoir appliqué des lois laïques mais aussi de jeunes gauchistes tués pour avoir affirmé qu’ils étaient non croyants. Reza Pahlavi a aussi cité les victimes du récent soulèvement du peuple Iranien.

Cette lettre a réellement captivé les Iraniens car elle a été un cri du cœur plein de colère (comme eux aussi le sont) et pétrie de franchise comme ils souhaiteraient l’être, mais ne le peuvent par la peur des persécutions. Reza Pahlavi a dit ce qui pèse sur les cœurs : la manière dont les mollahs détournent les revenus destinés au peuple et à la construction de l’Iran… le traitement qu’ils infligent à l’histoire de ce pays et les vestiges préislamique et pire encore, la manière ignoble qu’ils ont de traiter les enfants (surtout les fillettes) ou les femmes, vendues comme prostituées à des amis du régime, sans que le clergé, normalement garant de la vertu et défenseur du peuple, ne manifeste la moindre critique.

Reza Pahlavi a posé une question simple : « de quel droit agissez-vous ainsi, pire que tous les envahisseurs n’ont jamais traité les Iraniens ? »

Reza Pahlavi qui tout au long de ces 30 ans avait toujours invité les Iraniens à concevoir la libération sans colère ni vengeance a, cette fois, parlé à ses adversaires de ce désir de vengeance qui habite les Iraniens, ce désir que les mollahs feignent d’ignorer. Pour rester fidèle à son idéal d’un Iran apaisé qui regarderait vers l’avenir et non vers le passé, Pahlavi a exigé des religieux qui font partie du pouvoir de rompre leurs liens pour sauver leurs têtes, mais aussi pour permettre à ce peuple méritant de se libérer sans plus de souffrance.

Le régime a très mal négocié cette attaque : Il a répondu à Reza Pahlavi … preuve que ce dernier a un poids et qu’il avait tapé juste. Le régime a même produit deux réponses, l’une plus mauvaise que l’autre.

Dans un premier temps, il s’est braqué pour défendre le bilan de Khomeiny et de la révolution dans une lettre rédigée le 10 septembre par Jannati, le président du Conseil des Gardiens de la Constitution. C’était une réponse sans remord ni regret.

A un moment où l’on parle d’un nouveau soulèvement combiné avec une grève générale pour renverser le régime, cette réponse a été une gaffe, une provocation. Il a essayé de réparer en se montrant moins cassant et plus à l’écoute.

C’est ce que le régime a fait de pire dans cette affaire car il a alors agi conformément à son habitude de fabriquer des faux opposants : le 15 septembre, il a pondu sa propre lettre de dénonciation et de mise en garde adressée au clergé !

Cela donne une lettre vide et sans saveur signée par le soi-disant dissident Montazéri qui parle de tout sauf des sujets cités par Reza Pahlavi et qui préoccupent les Iraniens. Dans un automatisme désarmant, le régime a complété le tableau par une soi-disant persécution à l’encontre de l’auteur et de sa famille.

Par ces réactions, le régime a prouvé qu’il ne savait pas répondre à une attaque inattendue sur son bilan et sur Khomeiny. Téhéran aurait dû ignorer la lettre ou bien rester sur la première réponse.

Que de panique pour un cri du cœur ! Que fera le régime quand les Iraniens scanderont « mort à la république islamique » ouvertement dans les rues et non dans l’obscurité de la nuit sur les toits de leurs maisons ?

La lettre de Reza Pahlavi a été une bombe, le régime a répondu par des pétards mouillés. Cela nous donne de l’espoir.

Voir enfin:

Message du Prince Reza Pahlavi:

Avertissement à Monsieur Ali Khamenei et à ses acolytes

Mercredi 21 Mai 2008

Comme une large majorité de mes compatriotes, je ne reconnais aucune légitimité juridique à votre pouvoir tyrannique, despotique et dépourvu de toute valeur morale. Bien que trompé sur vos véritables desseins, le peuple a donné par sa participation une légitimité à la révolution. Cette légitimité a été perdue par l’instauration et la poursuite dans la terreur et la corruption du régime fondé sur le magistère du guide suprême religieux.

La légitimité et la crédibilité d’un régime politique ne s’apprécie pas qu’à la seule aune du vote populaire, mais également à celle de sa capacité à assurer le bien être de son peuple et d’œuvrer pour l’intérêt national dans le respect des droits de l’homme. Un pouvoir qui ne puisse satisfaire cette double exigence est aussi digne de confiance qu’un gouvernement d’occupation, c’est hélas, Monsieur Khamenei, le cas de l’Iran de ces trente dernières années.

Depuis presque trente ans votre politique d’intimidation et de terreur a réduit à néant la liberté d’expression et de vote du peuple iranien. De notre vaste pays, vous n’avez fait qu’une large prison sans presse libre ni partis politiques indépendants pouvant être les portes paroles et défenseurs des différentes couches de la société.

Depuis son instauration, votre régime abuse toutes les couches de la société iranienne dans ses droits les plus élémentaires :

Je pense à nos travailleurs qui ont juste le droit de se taire mais jamais celui de pouvoir exprimer leurs revendications en se constituant en syndicats ;

Je pense à la bravoure de nos millions d’étudiants, ces portes paroles vigilants du peuple d’Iran, qui chaque fois qu’ils ont exprimé leur soif de démocratie ou défendu les intérêts de la nation n’ont reçu comme seules réponses que la prison, la torture ou la mort.

Je pense aux femmes d’Iran dont vous avez fait des citoyennes de seconde zone. Ces mères et filles démunies de notre patrie que votre régime maintient dans sa forteresse moyenâgeuse et qui luttent pour briser les chaines de la honte.

Je pense à ces religieux vertueux, réprimés pour avoir exprimé leur opposition et dénoncé que votre régime porte atteinte à la foi religieuse d’une large partie de la population.

De plus, vous avez fait des élections du Parlement une vulgaire mascarade truquée, un outil honteux dans le seul but de tromper notre peuple. Sans l’existence de partis politiques et de médias libres et d’une justice indépendante, vos « élections » sont comparables à celles qui avaient cours en ex URSS.

Monsieur Khamenei, votre inaptitude chronique ainsi que celle de vos prédécesseurs à satisfaire les besoins économiques minimaux du peuple d’Iran accentue l’illégitimité de votre régime despotique.

Je pense à nos ressources, à nos talents et à la place que l’Iran devrait occuper aujourd’hui dans le monde. Votre incompétence devient coupable alors que les revenus pétroliers de l’Iran de ces trente dernières années ont été nettement supérieurs à ceux du passé. Votre théocratie prive non seulement le peuple iranien de ses droits et libertés fondamentaux, mais après avoir hérité d’un Etat riche, prospère et servant de modèle de développement à toute la région, a amené notre pays au désastre et à la faillite économique, à l’hyperinflation et au chômage massif. Il n’existe, de par le monde, qu’une poignée de régimes ayant privé leurs peuples aussi bien des droits humains fondamentaux que conduit leurs pays à la faillite économique. Il n’est donc pas étonnant de compter parmi vos rares pays alliés la Syrie, le Soudan ou la Corée du Nord.

Dès le début de votre prise de pouvoir, vous avez insulté et humilié les grands héros de notre histoire, démontrant ainsi votre animosité à l’égard de notre identité et de notre culture, qui sont les véritables fondements des liens qui unissent notre peuple depuis des milliers d’années. Vous avez opprimé nos différentes communautés ethniques et minorités religieuses, affaiblissant ainsi notre coexistence pacifique et notre solidarité nationale. Dans le même esprit, dès le commencement de votre régime, vous avez œuvré à la destruction de notre puissante armée et exécuté ses chefs donnant au gouvernement irakien l’opportunité d’attaquer notre chère patrie.

Dans le but de dominer l’Irak et d’atteindre Jérusalem, vous avez prolongé la guerre en sacrifiant la vie des centaines de milliers de jeunes et d’adolescents et dilapidé d’énormes richesses. Cette guerre, vous l’avez tant prolongé que notre Iran, bien qu’agressé à l’origine, a été désigné co-agresseur par la communauté internationale et les Nations-Unies. En violant l’un des plus anciens et incontestables principes de droit international, avec l’occupation de l’ambassade des Etats-Unis et la prise d’otage de ses diplomates et en poussant ce pays à rompre ses relations avec l’Iran, vous avez fait supporter, à notre peuple, un coût économique et politique sans précédent.

Monsieur Khamenei, le non respect des droits et libertés fondamentaux du peuple iranien ainsi que l’accroissement des difficultés économiques sont intolérables pour notre peuple, mais votre politique qui consiste à générer des crises dans l’ensemble de la région, menace aujourd’hui la sécurité et l’intégrité territoriale de notre patrie.

Il est établi que dans les années précédant votre conquête du pouvoir, vous et vos complices avez théorisé et planifié l’utilisation de la religion comme un levier pour intervenir dans les affaires des pays voisins de l’Iran. D’ailleurs, dans le préambule de la Constitution de la République islamique, cette volonté est clairement affirmée.

Par votre ingérence directe ou indirecte dans les affaires des voisins de l’Iran, comme l’Irak, le Liban, la Palestine et l’Afghanistan ; et par votre soutien politique, financier et militaire, aux mouvements les plus extrémistes ennemis de la liberté et de la coexistence pacifique, vous avez associé le nom de l’Iran à ces organisations criminelles et terroristes. La conséquence de votre politique est que l’Iran est mis aujourd’hui au ban des nations. Si certains esprits naïfs dans le monde n’avaient pas encore réalisé le véritable rôle direct de votre régime dans les troubles et tueries effectués dans les pays voisins de l’Iran, les aveux prononcé récemment par votre vieux complice, Monsieur Mohammad Khatami, ne laissent plus aucun doute pour personne.

Cependant, en provoquant la communauté internationale et en recherchant la confrontation permanente, vous tentez d’atteindre votre objectif principal qui est de détourner l’opinion publique iranienne. En effet, sous le prétexte de posséder l’énergie nucléaire pour un usage civil, vous recherchez en réalité à obtenir des armes de destruction massive afin que l’Iran fasse une nouvelle fois l’objet de menaces et d’attaques. A cause de votre politique, notre patrie fait face à une crise extrêmement dangereuse et sans précédent. Une aventure clairement rejetée par notre peuple.

Le peuple avisé et clairvoyant d’Iran ne perçoit son intérêt, ni dans vos interventions armées et sournoises en Irak, au Liban et en Palestine, ni dans votre haine à l’égard des sociétés libres et développées du monde, ni dans votre course folle pour l’obtention de l’arme nucléaire. La nation iranienne n’ignore pas que bien avant la Révolution notre pays avait la compétence nécessaire et le droit d’obtenir l’énergie nucléaire et ce avec le soutien et la collaboration de la communauté internationale ; car aucun pays ne doutait des objectifs et de la politique de notre gouvernement de l’époque. Mais, avec votre politique agressive et provocante, vous avez anéanti cette atmosphère de confiance, et vous avez poussé la majorité des Etats du monde à prendre position contre l’Iran. Ainsi, vous cherchez à obtenir de nouveaux prétextes pour réprimer encore davantage le peuple d’Iran.

Monsieur Khamenei, bien qu’au début de cette lettre j’ai affirmé qu’aux yeux de mes compatriotes votre régime soit dépourvu de toute légitimité, cependant mon amour de la patrie et mon inquiétude à l’égard du destin de mes compatriotes m’obligent à vous avertir que vous et vos confrères êtes les principaux responsables de toute atteinte qui serait portée, par quelque force que ce soit, à l’intégrité et à la souveraineté de l’Iran.

Monsieur Khamenei je vous mets en garde; si une telle catastrophe se produit, votre destin sera comparable à celui de ces tyrans qui ces dernières années ont été traduits devant le Tribunal Pénal International pour crime contre l’humanité. Si vous ne tirez aucune leçon du destin de ces derniers, si la liberté et le bien être des Iraniens n’occupe aucune place dans votre cœur et dans votre esprit, au moins préoccupez vous de l’avenir de cette Terre qui vous a vu naître.

Aujourd’hui, vous pouvez encore solliciter le pardon de la nation, mais soyez averti que si vous n’acceptez pas les souhaits du peuple alors sa colère brisera votre pouvoir pharaonique et vous devrez répondre de trente ans de malheurs et d’injustices.

Que Dieu protège l’Iran.
Reza Pahlavi


Energies: Le politiquement correct coûte cher (Like forcing Greenland and the Sahara to quadruple their cereal production just for the example)

17 septembre, 2009

Your windmill kitIl faudrait tout de même s’interroger sur le coût pour la collectivité des transports publics urbains. C’est un mode de transport adapté au centre-ville – et tout ce qui devait être fait a été fait -, pas à la banlieue. En dehors des centres urbains, il est peu rentable. (…) La réalité, c’est que l’on se déplace en banlieue deux fois plus vite en voiture qu’en transport en commun, et que cela coûte beaucoup moins cher à la collectivité. (…) Le tramway par exemple coûte très cher, et souvent ne sert qu’à donner une image de modernisme au maire de la ville, dans un but électoral.
La bataille du CO2 se jouera, se gagnera ou se perdra, en Chine, en Inde, en Russie ou au Brésil. (…) Imaginons que la famine menace le globe, et qu’il soit impérieux d’augmenter la production de nourriture dans le monde (comme il est impérieux de diminuer les rejets de CO2). Que dirait-on d’une méthode planificatrice qui obligerait le Groenland et le Sahara à multiplier par quatre leur production de céréales, en alléguant que des zones plus fertiles vont « suivre cet exemple »? Rémy Prudhomme

A l’heure où le fond de l’air est chaque jour un peu plus vert …

Et où, sur fond d’opérations démagogiques comme la Journée du transport à 1 euro voire la gratuité des transports, les municipalités de nos villes sont reparties à la chasse aux crédits (hausses des impôts fonciers) …

L’économiste de l’Institut d’urbanisme de Paris Rémy Prudhomme remet quelques pendules à l’heure.

Notamment sur l’extension aux banlieues des transports collectifs des centres-villes, qui se révèlent à la fois inadaptés (moins rapides) et bien plus coûteux que les véhicules individuels.

Mais aussi sur les énergies renouvelables à la fois beaucoup moins utiles (1 000 heures de fonctionnement annuel pour un panneau solaire contre 7 000 pour une installation nucléaire) 1 000 heures et beaucoup plus chères (4 centimes le kWh éolien ou plus de 20 centimes le kWh solaire contre 2 centimes le kWh nucléaire, dont, à moins de passer à la fusion ou à la surgénération, le combustible – l’uranium – devrait certes être épuisé dans à peine 50 ans contre plus de 180 pour le charbon).

Ou les subventions plus ou moins hypocrites ( l’obligation d’achat par EDF de l’électricité éolienne ou de l’électricité solaire au double ou davantage de leur coût).

Soit un surcoût, pour les consommateurs que nous sommes (pour moitié en cadeau aux grands groupes énergétiques) qui dépassera à l’horizon 2020 les 5 milliards d’euros.

Sans parler, au-delà de la question de la réalité ou non du réchauffement climatique, de la folie du traitement hexagonal d’un problème mondial. Réduire de moitié les rejets d’un pays qui ne représente que 0,8 % des rejets du globe (moins de 200 tonnes par million de dollars de PIB produit contre 300 pour l’Allemagne, 500 pour les Etats-Unis, le Brésil ou le Mexique et plus de 2 500 pour la Chine et la Russie) aurait non seulement un impact négligeable mais pourrait même être contre-productif (« si une activité qui rejette 100 tonnes de CO2 est chassée hors de France et s’installe dans un pays où elle rejette 200 tonnes »).

Et de vouloir le faire comme actuellement indépendamment de leur coût. « A 300 ou 500 € la tonne de CO2 économisée » comme pour nombre des réductions du Grenelle de l’environnement, « le prix à payer pour réduire à 24 milliards de tonnes les rejets du globe en 2050 s’élèvera non pas à 1 %, mais à 5 ou 6 % du PIB mondial ».

La méthode économique consistant, pour atteindre le même objectif, à imposer partout dans le monde (et notamment dans les grands gisements de réduction de CO2 à un coût raisonnable que sont les pays émergents) une taxe carbone, avec au besoin une « assistance carbone » compensatrice des pays riches aux pays pauvres …

« La voiture coûte moins cher à la collectivité »

Rémy Prudhomme

20 minutes

le 17.09.09

Pensez-vous que le prix des transports publics augmentera ces prochaines années ?

Les fonds publics ne sont pas infinis, donc c’est sans doute l’usager qui paiera, que ce soit par l’impôt ou via le prix du ticket. Mais il faudrait tout de même s’interroger sur le coût pour la collectivité des transports publics urbains (TPU). C’est un mode de transport adapté au centre-ville – et tout ce qui devait être fait a été fait -, pas à la banlieue. En dehors des centres urbains, il est peu rentable.

Pourtant on entend dire qu’il faut densifier ces proches banlieues, il faudra donc bien y développer une offre de transports ?

Mais les gens, eux, veulent s’éloigner pour trouver des terrains moins coûteux. La réalité, c’est que l’on se déplace en banlieue deux fois plus vite en voiture qu’en transport en commun, et que cela coûte beaucoup moins cher à la collectivité.

Vous ne croyez donc pas à un développement massif des TPU ces prochaines années ?

Cela peut être nécessaire selon les besoins des collectivités, mais il y a quand même des projets déraisonnables en cours, que l’on ne devrait pas faire. Le tramway par exemple coûte très cher, et souvent ne sert qu’à donner une image de modernisme au maire de la ville, dans un but électoral.

Le projet de Nicolas Sarkozy, qui consiste à verser 35 milliards d’euros pour les transports dans le Grand Paris vous paraît-il aussi déraisonnable ?

Le Président a la dépense facile, mais cela peut se révéler raisonnable économiquement car il y a de grands pôles d’emploi. L’Ile-de-France représente un marché du travail considérable qu’il n’est pas absurde de vouloir développer pour créer de la richesse. W

Recueilli par M. B.

Voir aussi:

Débat – Eolien et solaire : le coût du conformisme

Rémy Prudhomme

Le Journal européen du développement durable

11 mars 2008

Rémy Prud’homme, professeur émérite à Paris XII, veut sortir de l’opposition artificielle faite en Europe entre énergies fossiles, donc mauvaises, et énergies renouvelables, donc propres. Une division qui fait l’impasse sur l’énergie nucléaire.

La vision dominante est qu’il y a deux types d’énergie : les mauvaises, les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), et les bonnes, les énergies renouvelables (vent, soleil, biomasse). Les énergies fossiles, qui sont de très loin les plus importantes, ont en effet des inconvénients très graves. Elles sont de plus en plus rares, et donc de plus en plus chères. Elles sont importées, et souvent de pays pas très stables. Enfin, leur consommation est la principale source de rejets de CO2 et donc la principale cause du réchauffement climatique. Trois raisons très fortes pour remplacer ces énergies fossiles par des énergies renouvelables qui n’ont aucun de ces inconvénients. C’est ce raisonnement simple qui motive la décision de l’Union Européenne et du Grenelle de l’Environnement de porter à plus de 20% la part des énergies renouvelables d’ici à 2020, à n’importe quel prix. Le raisonnement apparaît imparable. Il est faux.

La raison en est que cette vision dominante fait l’impasse sur l’énergie nucléaire, l’une des grandes innovations technologiques du vingtième siècle. C’est par un véritable tour de prestidigitation que le politiquement correct transforme la nécessité de réduire l’énergie fossile en nécessité d’augmenter les énergies renouvelables. En réalité, il n’y a pas deux types d’énergie, mais bien trois : fossile, renouvelable, et nucléaire. L’énergie nucléaire n’a aucun des trois péchés des énergies fossiles. Son prix, qui est bas, n’augmentera pas. Elle est presque totalement produite chez nous (le coût de l’uranium importé, facilement stockable et très abondant, est négligeable dans le coût total). Enfin, elle ne rejette pas de CO2. Contre les inconvénients des énergies fossiles, le nucléaire lutte clairement dans le même bataillon que les énergies renouvelables. Il en est même le meilleur soldat.

Mais il n’est pas du tout considéré comme tel à Bruxelles et à Grenelle. Le 20% d’énergie renouvelable à atteindre s’entend explicitement hors nucléaire. Le nucléaire est l’une des trois grandes haines du credo écologiste (avec la haine des véhicules automobiles et la haine des OGM). Plutôt des centrales au charbon qui rejettent des millions de tonnes de CO2 que des centrales nucléaires qui n’en rejettent pas ! Dans les pays européens qui n’ont pas d’industrie nucléaire et qui n’en veulent à aucun prix, l’objectif de l’Union Européenne de réduire à moins de 80% la part des énergies fossiles ne peut être atteint qu’au moyen de l’éolien, du solaire ou de la biomasse. Mais il en va différemment en France. La part de l’énergie fossile est déjà réduite à 70% environ, grâce au nucléaire (20%) et avec une part faible (10%) d’énergies dites renouvelables. Porter cette part à 20% est totalement injustifié parce que nuisible et coûteux.

Pour le comprendre, il faut considérer qu’une partie importante de l’énergie consommée l’est sous forme d’électricité. L’électricité est elle-même produite à partir de combustible fossiles (11% en France), d’énergie renouvelables (moins de 1%), de centrales hydrauliques (10%), et surtout de centrales nucléaires (78%). Augmenter l’énergie renouvelable en France, c’est changer ce cocktail en augmentant fortement (à 7 ou 8 % peut-être) la part de l’électricité solaire et éolienne, et en réduisant corrélativement la part de l’électricité nucléaire. Hélas, l’électricité renouvelable est à la fois beaucoup moins utile et beaucoup plus chère.

Moins utile. Une installation nucléaire fonctionne environ 7 000 heures par an, une éolienne environ 2 000 heures, un panneau solaire 1 000 heures. Surtout, éoliennes et panneaux solaires fonctionnent lorsque la météorologie le veut bien, et elle ne le veut pas nécessairement lorsque l’on a besoin d’électricité. Pour les pointes des soirées d’hiver froides, ne comptez pas sur le solaire. La fourniture d’électricité renouvelable, imprévisible, parfois à prendre au moment où l’on n’en a que faire, et souvent absente lorsqu’on en a besoin, peut même être une charge plus qu’une aide pour le réseau.

Plus chère. Le kWh nucléaire revient à peu près à 2 centimes (d’euro), le kWh éolien à 4 centimes, le kWh solaire à plus de 20 centimes. L’électricité renouvelable est donc de deux à au moins dix fois plus consommatrice de ressources rares que l’électricité nucléaire. Elle ne peut se développer qu’à condition d’être lourdement subventionnée. C’est bien ce qui se passe. Ces subventions prennent une forme particulièrement hypocrite : l’obligation d’achat par EDF de l’électricité éolienne au prix de 8 centimes le kWh et, tenez-vous bien, l’obligation d’achat de l’électricité solaire au prix de 55 centimes le kWh. Deux conséquences évidentes.

En obligeant EDF à acheter 8 ou 55 centimes ce qu’elle peut produire à 2 centimes, on augmente (de la différence) ses coûts, donc ses prix. On ampute d’autant le pouvoir d’achat des consommateurs. Pour des montants qui augmentent d’année en année, et qui vont vite devenir considérables. En 2020, si les objectifs de Grenelle sont atteints (et les mécanismes sont en place pour qu’ils le soient), on peut estimer que le surcoût éolien et solaire dépassera les 5 milliards d’euros. Comme la consommation d’électricité augmente moins vite que le revenu, cet impôt-là sera particulièrement régressif.

En obligeant EDF à acheter 8 ou 55 centimes ce qui coûte 4 ou 20 à produire, on crée une rente admirable pour les producteurs. Le plus fort est cette rente leur a été donnée par le politiquement correct, et qu’ils ne se sont, semble-t-il, même pas battus pour l’obtenir. Mais ils l’ont vite repérée, et tous les grands groupes se ruent sur des investissements sans risques (marché garanti) et à gros profits (achat au double du coût). Et on peut être sûr qu’ils se battront pour la conserver, cette rente. Elle est en gros la moitié du surcoût payé par les consommateurs.

Le politiquement correct coûte cher. Des 5 milliards ainsi prélevés sur le pouvoir d’achat en 2020 par la promotion des énergies renouvelables, la moitié sera du gaspillage pur et simple (le refus de la technique la moins coûteuse), l’autre moitié un cadeau aux grands groupes énergétiques. Au nom de l’environnement. Sans aucun gain pour l’environnement. Avec les compliments de MM. Borloo et Barroso.

Voir enfin:

Rémy Prud’homme: Les deux politiques du climat

Débat&Co
Institut de l’entreprise

le 05 mars 2008

Dans une tribune sur le site Débat&Co, espace de débats de l’Institut de l’entreprise, Rémy Prudhomme analyse les deux grandes politiques visant à protéger le climat : la méthode planificatrice (de la France et de l’Europe), et la méthode économique (avec une taxe carbone généralisée).

Acceptons la vision dominante sur les constats et les objectifs du réchauffement climatique, comme le fait par exemple l’excellent rapport Stern. Premièrement, en l’absence de politique volontariste de réduction des rejets annuels de CO2, le principal gaz à effet de serre d’origine humaine, nous allons à la catastrophe. Deuxièmement, une politique raisonnable est possible, qui consiste à réduire les rejets annuels de CO2 à environ 24 milliards de tonnes en 2050, soit environ 25 % de moins qu’en 2000. Cette politique limiterait le réchauffement, et ses dégâts. Elle coûterait environ 1 % du PIB.

Il y a un certain consensus sur cet objectif, mais pas sur la façon de l’atteindre. Deux méthodes s’affrontent : la méthode planificatrice, qui est celle de la France (et de l’Europe), d’un côté ; la méthode économique, avec une taxe carbone généralisée, de l’autre.

La méthode planificatrice consiste à dire : si le globe doit réduire ses rejets de 25 % par rapport à 2000, nous, pays riches, devons les réduire bien davantage. Bizarrement, en France, le -25 % a été transformé en -50 %. On a ensuite décidé que nous devions faire deux fois plus fort que les autres, et donc que nos rejets devaient être divisés par quatre d’ici 2050, dans chacun des secteurs. On en a déduit un long catalogue d’interdictions et d’obligations. Cette méthode est aussi inefficace que coûteuse.

Tout d’abord, traiter hexagonalement un problème mondial n’est pas une façon de le résoudre. En 2050 les rejets de la France représenteraient 0,8 % des rejets du globe (en l’absence de politiques volontaristes). Les réduire de 25 % ou de 50 % ou même de 75 % aurait un impact négligeable sur le total des rejets. Bon pour notre conscience, désastreux pour la planète. La méthode peut même être contre-productive : si une activité qui rejette 100 tonnes de CO2 est chassée hors de France et s’installe dans un pays où elle rejette 200 tonnes, notre zèle aura augmenté, pas réduit, les rejets mondiaux. La bataille du CO2 se jouera, se gagnera ou se perdra, en Chine, en Inde, en Russie ou au Brésil. Des politiques qui, par construction, ignorent ce que font ces pays n’atteindront certainement pas l’objectif de réduction globale visé.

La réponse à cette objection de bon sens tient en un mot : exemplarité. Si nous nous flagellons avec assez d’ostentation et d’obstination, les autres vont nous imiter. Cette foi dans la contagion de la vertu est naïve et irréaliste. La preuve en est que l’exemple, nous le donnons déjà, et qu’il n’est pas du tout suivi. La France est le pays du monde qui rejette le moins de CO2 par million de dollars de PIB produit : moins de 200 tonnes, à comparer avec 300 tonnes pour l’Allemagne, 500 pour les Etats-Unis, le Brésil ou le Mexique, plus de 2 500 pour la Chine et la Russie. Si l’exemplarité suffisait, tous les pays du monde s’aligneraient sur notre efficacité énergétique actuelle (pas même besoin d’une efficacité multipliée par quatre !), et l’objectif recherché serait atteint. Rien de tel ne se produit, hélas, ni ne se produira spontanément.

Ensuite, cette méthode planificatrice est sottement coûteuse. Lorsque le rapport Stern évalue à 1 % du PIB mondial le coût de la réduction des rejets de CO2 qu’il préconise, c’est à condition que les réductions soient faites là où elles coûtent le moins cher. En gros, si toutes les réductions qui coûtent moins de 20 € la tonne, et seulement celles-là, sont faites (le chiffre de 20 € est une estimation approximative). Mais si quelque Gosplan décide des réductions indépendamment de leur coût, ce qui est le cas actuellement (beaucoup des réductions du Grenelle de l’environnement coûtent 300 ou 500 € la tonne de CO2 économisée), alors le prix à payer pour réduire à 24 milliards de tonnes les rejets du globe en 2050 s’élèvera non pas à 1 %, mais à 5 ou 6 % du PIB mondial. Loin d’inciter les pays gros pollueurs à nous imiter, nos coûts élevés les en dissuaderont : exemplarité à l’envers.Qu’on le veuille ou non, les grands gisements de réduction de CO2 à un coût raisonnable ne sont pas chez nous, ils sont dans les pays émergents et un peu aussi aux Etats-Unis. Imaginons que la famine menace le globe, et qu’il soit impérieux d’augmenter la production de nourriture dans le monde (comme il est impérieux de diminuer les rejets de CO2). Que dirait-on d’une méthode planificatrice qui obligerait le Groenland et le Sahara à multiplier par quatre leur production de céréales, en alléguant que des zones plus fertiles vont « suivre cet exemple » ? La méthode planificatrice actuelle apparaît donc largement comme une impasse tragique.

La méthode économique consiste, pour atteindre le même objectif, à imposer partout dans le monde une taxe carbone, c’est-à-dire à faire payer 20 € à tous ceux qui rejettent une tonne de CO2 dans l’atmosphère commune. Pas pour les punir. Mais pour pousser tous ceux d’entre eux qui peuvent réduire leurs rejets à un coût moindre, à le faire. Cela stimulerait aussi chercheurs et industriels à trouver et à mettre en œuvre les innovations technologiques indispensables. Les spécialistes de l’Agence Internationale de l’Energie, et même du GIEC, nous assurent que cela suffirait à atteindre l’objectif de 24 milliards de tonnes de rejets de CO2 en 2050.

Cette taxe est évidemment inacceptable telle quelle pour les pays pauvres, qui sont les moins efficaces en CO2. La solution passe donc nécessairement par une « assistance carbone » compensatrice des pays riches aux pays pauvres.

Ce que nous pouvons faire, ce que nous devons faire, c’est aider ces pays à qui la nécessaire taxe carbone imposerait un fardeau injuste. C’est le meilleur usage que nous pouvons faire de nos ressources rares. Payer, hélas, mais payer utile. Non pas dépenser 1 000 € pour éviter un rejet d’une tonne de CO2 en France, mais dépenser 1 000 € pour économiser un rejet de 100 tonnes en Chine. Cette assistance peut prendre diverses formes, largement à inventer. L’une d’entre elles, peut-être la plus facile à mettre en œuvre, repose précisément sur la taxe carbone. Elle consiste à ce que tous les pays imposent la même taxe de 20 € par tonne de CO2 — pour l’efficacité — mais que les pays riches donnent aux pays pauvres tout ou partie du produit de cette taxe — pour la justice.


Présidence Obama: Assez de belles phrases! (This constant return to these soaring cadences that deliver banalities)

16 septembre, 2009
Obama doctrine Je pense qu’une part écrasante de l’intense animosité qui s’est exprimée envers le président Barack Obama tient au fait qu’il est noir, qu’il est afro-américain. Jimmy Carter (NBC, le 15.09.09)
Le temps des chamailleries est révolu. Le temps des petits jeux est terminé. Le moment est venu d’agir. Le moment est venu de réunir les meilleures idées des deux partis et montrer aux Américains que nous pouvons faire ce que nous avons été envoyés ici pour faire. Le moment est venu de ne pas trahir leurs attentes sur les soins de santé. Barak Hussein Obama
Le président devrait faire attention à ce retour constant aux cadences si altières qui ne renferment que des banalités. On ne peut pas ressembler à Lincoln s’il n’y a vraiment aucun message. Victor Davis Hanson
Qui sait? Peut-être qu’ils suivront le même plan que pour la guerre au terrorisme, quand ils ont condamné les tribunaux d’exception, l’externalisation des interrogatoires, les assassinats ciblés, etc. comme faisant partie de l’ordre du jour totalitaire de Bush – et puis arrivés au pouvoir ont tout adopté: ils pourraient reprendre des idées de certains modérés et conservateurs, déclarer que ce sont les leurs et en tirer une version améliorée de ce que nous avons maintenant comme preuve de l’habileté politique d’Obama. (…) On ne peut pas réinventer la physique et dire qu’il n’y a aucune conséquence à plonger le pays dans des déficits à 2 000 milliards annuels ou penser que s’excuser et apaiser des gaillards plutôt glauques comme Ahmadinejad, Chavez, Ortega, Poutin et compagnie n’aura pas de conséquences à un moment ou un autre. (…) C’est la faute à Bush commence à dater un peu au bout de 8 mois. Victor Davis Hanson

Alors que, comme prévu par notre commentateur préféré, les amis d’Obama ont déjà commencé à sortir l’accusation de racisme pour excuser l’effondrement de leur poulain dans les sondages (jusqu’à 47% d’avis favorables contre 52% de négatifs – certes pour le seul institut Rasmussen – à la fin de l’été!) …

Retour, avec une récente tribune et un entretien de Victor Davis Hanson, sur la manie des belles phrases à la Martin Luther King (« Now is the time » … répété ad nauseum) de l’auteur du hold up du siècle censées vendre à présent sa tentative de nationalisation du système de santé.

Et l’obligation, où il va bientôt se trouver, de choisir entre la réinvention centriste de lui-même comme Clinton en 1994 suite à l’échec de son propre plan santé.

Ou, à la Carter, de continuer à s’enferrer dans son arrogance moralisatrice et à terme de disparaître dans les oubliettes de l’histoire comme le pire président de l’histoire américaine récente.

Le fait que ce soit Carter lui-même qui ait le premier brandi l’excuse du racisme étant d’ailleurs aussi peu surprenant que peu rassurant pour la suite…

September 14, 2009
Obama’s Address to Congress Didn’t Quite Do It
Victor Davis Hanson
Pajamas Media

Obama’s problem with warning Americans about bickering, partisan politics, lying, and misrepresentation Wednesday night is that his green advisor Van Jones just left after it was disclosed that he called Republicans “a–holes”, whites polluters/more prone to mass murder in schools, and charged the former President with involvement in 9/11. Obama said nothing about such “lying” and “misrepresentation” in his administration — other than to warn school kids to be careful what they put on facebook, twitter and the internet since it can be brought back up for the rest of their lives (i.e., poor Van Jones).

Like ‘hope and change’, ‘this is our moment’, and the now old ‘greatest time in history’ tropes, so too we are getting used to a highly partisan president complaining about partisanship.

Yet, all the American people wanted to hear Wednesday night was 1) the rough cost and where the money comes from (not more gimmicks that bad people will have to cut their profits or magic savings will come from waste and fraud [if the latter is really true, why not bank the savings right now?]); 2) how those who fall through the cracks will be covered (is it 30, 46, or how many million in Obama’s latest version?); and some appreciation that a great system can be improved, rather than the old anecdotes about victims of bad people that we’ve become used to on the campaign trail. (Trying to attach his agenda to the condolences of Ted Kennedy or raising the bloody shirt that more will “die” will not scare or charm a reluctant public that likes its present health and is uneasy about a state-run plan with caretakers of the likes of a Geithner or Jones. Most believe that more will in fact die if we have a Canadian or British style system that devolves into rationing care.)

The President really has to watch this constant return to these soaring cadences that deliver banalities. One cannot sound like Lincoln if there really is no message. It is time to move on, ignore criticism, and offer something that most can work with; instead, after 9 months we are getting a ‘they are mean to me’ whine at about every speech and photo-op, in the manner of biblical prophets who lash out at doubters.

Obama never gives many concrete details, nor gets precise and concise, and now one wonders whether it is because he simply thinks he can go to the hope-and-change/soar-like-an-eagle mode, and we will once more get mesmerized, or he has nothing to say at all, or both. But most caught on to all that, and now want a plan, not a prophet.

Bottom line? Obama should just borrow from the Republican plan, assure the Democrats he’s extending coverage to those uncovered, and then, and only then, go back to his eagle routine and soar with it in the stratosphere with “I alone hoped and changed healthcare.”

Voir aussi:

September 15, 2009
Why Obama Blinked
Jamie Glazov
Frontpage Magazine

Frontpage Interview’s guest Victor Davis Hanson sheds light on the unfolding drama of a president whose unpopular proposals threaten to ruin his popularity.

FP: Victor Davis Hanson, welcome to Frontpage Interview.

I’d like to talk to you today about Obama’s retreat on healthcare and the hit he is taking in the polls.

The President has announced that his administration may abandon the idea of giving Americans the option of government-run insurance as part of a new health care system.

Your take on this retreat? What’s the significance here?

Hanson: Obama has discovered that his statist proposals are more unpopular than he is popular. But more importantly, dozens of Democratic Congress people sent a message to him that they simply cannot run next year in their purple districts on cap-and-trade energy taxes, $2 trillion deficits, socialized medicine, and higher taxes, with periodic gaffes like the Sotomayor « wise Latina » cut and the Gates « stupidly » fiasco. At some point, they made the decision that hope and change was being trumped by town hall meetings and as a result are making the necessary adjustments on healthcare.

If Obama is wise, he will do a little tinkering, and declare victory, and it will all go the way of Hillary-care. Then we will see whether Obama has a Clinton 1994 moment or prefers to go the Jimmy Carter oblivion route. Even more importantly is the President’s reaction to the setback, whether he will smile and move on, or lash out at « them » who « raised the bar » on him in a ‘downright mean » way.

FP: What is your view of the town hall protestors and their effectiveness?

Hanson: Well, they are less provocative than Code Pink, Moveon.org, and Michael Moore, who until this year were canonized as principled dissidents. Pelosi et al. once upon a time thought the boisterous anti-Bush demonstrators were reflective of the finest tradition of American protest. I’m sure our President, the ex-community organizer, would agree. As long as the town-hallers are non-violent and allow meetings to proceed as planned, I think they are admirable participants in direct democracy. Note they are increasingly non-partisan, but more representative of a senior cohort who fear Medicare will be looted for many of those who choose not to purchase catastrophic healthcare plans, illegal aliens, and others who make decisions for a variety of reasons not to acquire a private plan.

FP: So you believe that Obama’s Healthcare plans are, ultimately, doomed to fail?

Hanson: Well, I think he will now tinker and trim, and borrow some money to enable more to be able to have catastrophic insurance; but the notion of Hillary-care II I think just isn’t going to make it. The original secret dream was a single-payer system, then the fall-back was a Canadian-like system, then came a government medicare-like plan « competing » with private plans — and I think in the end they will just nuance the present system and declare victory. Who knows? Maybe they will follow the war on terror plan, when they damned tribunals, renditions, Predators, etc. as Bush’s totalitarian agenda — and then when in office adopted it whole hog: they could take some ideas from some moderates and conservatives, declare them their own, and get something more than we have now as proof of Obama’s statecraft.

FP: You referred earlier to Jimmy Carter’s “oblivion route.” Tell us a bit about it.

Hanson: Well, Obama shares some of Carter’s self-righteousness and messianic sense of self, and may really think, as did Carter, that his superior intellect and moral sense will inevitably be appreciated by hoi polloi — and therefore he will persist in the sermonizing, ramming down our throats the pie-in-the-sky therapeutic agendas, and then playing the wounded fawn when the rest of us don’t appreciate the genius of our President.

So if he does all that, he just won’t adjust — and we will probably get Carter stagflation at home, and a series of provocative challenges abroad. One cannot reinvent physics and say there is no consequence to running up annual $2 trillion deficits, or think that apologizing and appeasing rather creepy fellows like Ahmadinejad, Chavez, Ortega, Putin, and the rest will not have consequences down the line.

FP: So what is the overall good news regarding this retreat? What are the positive signs it gives off? What does it tell us and what hope does it give?

Hanson: Oh, I think it is all good news. Obama is now a mere mortal again, and will have to succeed or fail on his own merits, since a ministry-of-truth like obsequious media, vapid hope-and-change sloganeering, and tons of money have not exempted him from the normal political realities. So either Obama will go back and lick his wounds, study Clinton’s metamorphosis in 1995, and begin governing as promised in a ‘no more red state/blue state’ fashion, or he will persist in the European socialist mode and follow Pelosi, Reid, Frank, and the other hard-core partisans over the cliff, shrieking about how unfair it is, how illiberal the public is, how dastardly are Fox News, Drudge, and Rush Limbaugh all the way down into the political abyss.

FP: All of this is not happening at the best time for Obama. His approval rating has been dropping lately. One recent poll has his approval rating at 47 % and his disapproval at 52%.

What is going on?

Hanson: Two observations: one, Obama, in hubristic fashion confused general unhappiness with the two-term incumbent George W. Bush (who like Truman in 1952 was orphaned in the succession campaign), uncertainty in the midst of a recession and financial panic, and good will toward our first African-American president with a mandate for big government, higher taxes, nationalization, identity politics, and expansive liberal entitlement. The two were not synonymous; the country remains largely right/center, and Obama is losing an historic opportunity to govern from the center, as Clinton resorted to after his own 1994 disaster.

Two, the charisma and spell of the campaign have worn off. Obama is not reifying his ‘no more red state/blue state’ healing rhetoric, but turning out to be highly partisan, often unfortunately untruthful and gratuitously tough in off-teleprompter commentary, and highly sensitive to criticism. If his healthcare policies stagnate, if cap-and-trade crashes and burns, if the recession continues, and taxes must fall on the sacred 95% who were promised exemption even to meet $2 trillion annual deficits, and if his identity politics persist (e.g., the Gates incident, the « wise Latina », the Holder « cowards » outburst, etc.), then his polls will hit 40%, and we should expect his supporters in anguish to allege ‘racism’ to explain the President’s unpopularity. In truth, a fawning press has ensured Obama adulation in his decline in popularity, while in the past demonizing Bush as he too fell in the polls.

FP: In what ways does our country remain largely right/center?

Hanson: It still prefers low taxes, limited government, strong national defense, secure and enforced borders, more domestic gas and oil exploration and nuclear energy development, an end to affirmative action, strong ties with traditional allies like Britain and Israel, and on most social issues remains traditional like conventional marriage and no federal subsidies for abortions.

FP: What would governing from the center mean for Obama? In other words, what would he be doing different if he rose to that challenge?

Hanson: Well, just imagine: Obama enters office and realizes that the bailout, coupled with Bush’s prior $500 billion shortfall, left us with a $1 trillion shortfall. So instead of doubling it, he rides out the recession, and offers a plan to balance the budget. He could have modified rather than sought to replace the present healthcare system. Resorting to the Clinton income tax rates was enough without trying to lift caps on income subject to FICA taxes, as mere surcharges, at a time when state income tax rates are climbing.

Abroad, one liberal apology, not dozens, was enough. « Bush did it » is getting old after eight months. One can see that when he did seek the middle, such as the Gates retention at defense, he found success. And for all the campaign rhetoric about Bush shredding the Constitution, note that Obama in quiet fashion kept tribunals, renditions, wiretaps, intercepts, Predator missions, the Bush/Petraeus Iraq withdrawal plan, and troops in Afghanistan.

In short, anytime Obama sought moderate agendas, he enjoyed broad support. The question is not if, but when Obama realizes that the newfound prominence of a Nancy Pelosi, Barney Frank et al. is what may well wreck his presidency. With friends like those, who needs enemies?

FP: Expand for us a bit on why Clinton resorted to governing from the center after 1994. What did he do and what did it mean for the country?

Hanson: The successful 1994 Gingrich Contract for America was a reaction to Clinton’s initial plans for Hillary-care, open homosexuality in the military, and a host of planned new entitlements and further tax increases. By 1995-6 Morris had Clinton’s ear and the two adopted « triangulation, » or the tactic of running against both the ultra-conservative and liberal congressional factions. Not all of it was just politics, but valuable legislation like balance budget plans, deregulation, an « end of big government » credo, and welfare reform. Clinton triangulated to survive; and he managed to win again in 1996 — again without receiving a majority of the vote. Despite tax increases, there were two years of budget surpluses, reduced welfare rolls, and stronger defense such as the efforts to stop the Balkans genocide. True, much of Clinton’s few successes and undeniable popularity, despite his glaring character flaws, were due to Morris’s cynicism, the candidacy of Ross Perot in 1992 and 1996, the implosion of Newt Gingrich, and the disastrous Republican complicity in the shut-down of the government, but nonetheless Clinton the pragmatist prospered when Clinton the ideologue had failed utterly (not unlike the story of his Arkansas experiences as well.)

FP: How has Obama been untruthful?

Hanson: In a variety of ways:

[1] The constant refashioning of history — as in the crazy Cairo speech that alleged the U.S. ended slavery without violence, or that the Arab world was responsible for things from advanced medicine to the printing press, or that Muslims in Cordoba were beacons of tolerance during the Inquisition (cf. the chronology).

[2] The simple exaggerations that are nonsensical, whether his grandfather liberated Auschwitz, his parents first meeting at a civil rights march, or that if we inflate our tires properly we can thereby eliminate the need to drill offshore or in Alaska.

[3] Then there was the autobiographical revisionism about his real ties with Ayers, Rezko, Wright, Pfleger, etc. that were in fact quite close but air brushed away. But these are mere details.

[4] What is more dishonest are the ways in which he simply trashed Bush for things like rendition and military tribunals and then adopted them; or during the campaign suddenly swore off public financing and became the first candidate in three decades in the general election to do that, after saying he would not. We never heard a word from him that he was on record saying that the surge would make things worse. The result was Obama naturally campaigned one way, and immediately began to govern another. Imagine that in October 2008 Obama had said:

« I plan to run a $2 trillion deficit/stimulus, take over GM, Chrysler, AIG, etc. and refashion the order of creditors, nationalize healthcare, de facto stall on fossil fuel exploration, push through cap and trade, apologize to Europe, Turkey, the Muslim world, create distance between Israel and the US, etc. »

I don’t think he would have had a chance. He was the ultimate stealth candidate who knew that masking his intent was the only way to get elected. « Hope and Change » really meant « I am an old-fashioned statist liberal whose views are at odds with most of America, but which are in fact good for these lesser souls implemented from on high by gifted elites like myself — an agenda that means I must remain both charismatic and duplicitous in order that my personal popularity can carry through my unpopular agenda. »

Once Obama learns that his charisma wears thin, watch out — I think critics will be accused of all sorts of things for their apostasy.

FP: What most concerns you about Obama?

Hanson: I admire his set oratory, confidence, and ease under pressure. But I am worried on a number of counts:

[A] He distances himself from American history and traditions, as if he is a third party that can enjoy the prestige and power of the U.S. but at the same time not be subject to criticism from its envious enemies.

[B] His naiveté about human nature and his ignorance. He really does think that problems with a Putin, Chavez, Ahmadinejad, etc. were due to Bush and can be solved with his charismatic rhetoric, apologies, good intentions, and empathy, rather than seeing that the regional interests of such autocrats cannot be reconciled with U.S. interests in free commerce, safe seas, human freedom, and the integrity of existing borders.

[C] He has never run anything — other than having dispersed someone else’s money as a foundation board member. His cursus honorum is Ivy League, Chicago organizing, Chicago politics, Illinois politics, and so he seems completely unaware of the dilemma of those who run small construction companies, medical practices, real estate offices, etc. — the small businesses that are the backbone of America.

He has conflated them with Wall Street — as if making $250,000 a year is like taking a $10 million yearly bonus from AIG.

Finally, he seems to believe in a ‘spread the wealth’ equality of result creed that history shows has brought disaster everywhere it has been tried and failed. We are mimicking Europe at a time when they are having earnest discussions about trimming government and seeking more market than government solutions.

FP: Victor Davis Hanson, thank you so much for gracing us with your presence at Frontpage Interview. Your wisdom is priceless.


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